Histoire vraie, Témoignage

Et si l’homme devait mourir…

de Jean Marie Fonrouge
Broché – 22 août 2003
Éditions : Autrement

Bandeau_Intro

Tous les urgentistes connaissent le cas de cette jeune femme qui avait ingéré des médicaments pour le cœur et qu’une équipe de SAMU et d’un service d’urgence a réanimé grâce à un massage cardiaque externe effectué pendant six heures… en lui permettant, au bout, de recouvrer une vie sans séquelle. Alors se battre là, oui. Parfois même se battre de façon déraisonnable, repoussant de trente minutes l’arrêt de la réanimation d’un blessé de la route parce qu’il est jeune… puis voir ce confrère la poursuivre quinze minutes de plus parce qu’il a une alliance… Voir surtout que les médecins ont en eux cette volonté de réinventer la vie à venir parce que c’est trop tôt parce que c’est trop injuste, parce qu’il y a dehors assise et protégée du froid, la jeune femme de cet homme qui ne voudra pas croire que c’est déjà fini.

Un récit bouleversant. Par son style, son allant, la voix qui le porte. Et par la nature du récit : ni roman, ni essai, ce livre-témoignage parle d’une profession -« impensable », presque folle « folle »-, celle de médecin réanimateur, urgentiste qui plus est. Ré-inventer la vie lorsque tout espoir semble perdu. Ce métier, Jean Marie Fonrouge l’a exercé pendant plus de vingt ans en SAMU. Il en parle avec conviction, avec doute, avec colère, avec espérance. Les scènes qu’il décrit sont d’autant plus fortes qu’elles sont vécues. Elles questionnent la pratique de la médecine, nous interrogent sur notre propre rapport à la mort, nous rappellent l’essentiel nous disent de quoi la vie est faite. Ce livre est un cri, un message.

 

Couv_038_Fonrouge Jean Marie - Et si l'homme devait mourir….jpg

 

Je suis tombé, peu avant de me coucher hier soir, sur ce livre.
Je l’avais mis de côté, il y a fort longtemps. À l’époque où je l’ai eu, je m’étais dit que je le lirais “plus tard”…
Hier soir, le titre a résonné différemment… J’ai bouleversé l’ordre de ma PAL.
Je l’ai lu aujourd’hui pendant ma pause déjeuner.

C’est un témoignage très émouvant d’un médecin urgentiste dans son quotidien.
Je pense que l’on imagine difficilement leur vie. Les espoirs qu’ils portent sur leur dos, les regards des familles des personnes en soins, les déceptions qu’ils peuvent prendre de plein “fouet”. C’est ce vécu, que décide de nous faire partager Jean Marie Fonrouge, sans tricher, avec ses mots, simples, avec une envie de transmission, et justement derrière ses mots, j’ai senti un homme de cœur et les souffrances internes qu’il doit surmonter quotidiennement.

Mais c’est aussi, et c’est surtout le pourquoi je l’ai lu, une véritable réflexion philosophique sur la mort, sur le fait de prolonger ou pas la vie de certains patients à tout prix. Un urgentiste, doit-il “simplement” appliquer la loi, ou peut-il respecter les demandes de ses patients ?
Personnellement, j’espère qu’une fois “le moment” venu, si, je suis en paix avec les autres et avec moi-même, qu’on le laissera partir tranquillement, en respectant mon choix, sans s’acharner coûte que coûte, inutilement…

Des paroles écrites par un médecin réanimateur qui a du cœur, des paroles qui méritent le “détour”…

“En France, tout le monde veut aller au paradis et personne ne veut mourir.”
François Lefort, “Le Désert de l’homme fou”

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Extraits :

« Il y a de la beauté à avoir attendu autant. Il y a de la beauté à trembler pour la peine d’une mère qui ne pouvait supporter une si longue nuit.
Il y a de la beauté à savoir jusqu’où l’on peut cheminer avec dignité et savoir à quel moment la peine et la peur réunies peuvent nourrir la panique ou l’irrationnel. »

« Si je devais apprendre un « essentiel » à mon fils, je lui dirais cela : l’âme, c’est comme un parfum ; si le cristal est clos, il saura la retenir ; si le corps n’en peut plus, laisse-la partir, le corps ira la rejoindre bientôt.
Nous cherchons étrangement à retenir les corps déjà délaissés depuis longtemps par leur âme et, dans ces actes contre nature, nous oublions de l’entourage, les familles qui font passivement confiance, par impuissance. »

« Un réanimateur responsable doit admettre et faire admettre ses collaborateurs qu’il y a des situations dans lesquelles la réanimation devient de l’acharnement thérapeutique. (…) Il importe d’éviter le développement de l’attitude, bien répandue dans certains milieux hospitaliers, selon laquelle on ne meurt plus sans passer par l’unité de réanimation et sans y subir, comme une sorte d’ultime sacrement, la triade intubation – ventilation – massage cardiaque… Il est des accidents vasculaires cérébraux, des atteintes polyviscérales incurables (…), pour lesquelles il est urgent de ne rien faire sinon soulager le malade au besoin par l’utilisation de sédatifs. »

« Car il existe en France une multitude de petits services où on ne fait pas carrière, où les équipements sont insuffisants quand ils ne sont pas obsolètes.
Des hôpitaux où les médecins font une médecine « clinique » en auscultant, palpant, percutant le thorax des patients, car il n’y a pas d’échographie, ou seulement le jour où il n’y a bien sûr pas de scanner, et où l’on soigne en première ligne les mêmes blessés et malades que ceux qui habitent près d’un CHU. »

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Jean Marie Fonrouge est docteur en médecine et en droit, médecin anesthésiste réanimateur, spécialiste en médecine de catastrophe, et secrétaire général de l’Association française de droit de la santé et de « International association for humanitarian medecine » (en 2003).
Il est aussi, réalisateur et scénariste.

2 réflexions au sujet de “Et si l’homme devait mourir…”

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