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“Simple” de Julie Estève

“Simple” est une véritable ode à la différence !

Simple
de Julie Estève (Auteur)
Broché – 22 août 2018
Éditeur : Stock

On ne l’appelle jamais Antoine Orsini dans ce village perché au coeur des montagnes corses mais le baoul, l’idiot du coin. À la marge, bizarre, farceur, sorcier, bouc émissaire, Antoine parle à sa chaise, lui raconte son histoire, celles des autres, et son lien ambigu avec Florence Biancarelli, une gamine de seize ans retrouvée morte au milieu des pins et des années 80.
Qui est coupable ?
On plonge à pic dans la poésie, le monde et la langue singulière d’un homme simple, jusqu’à la cruelle vérité.

2018_Julie Esteve - Simple

Bonjour à toutes et à tous…

“Simple” est une véritable ode à la différence !

L’histoire d’Antoine, l’idiot du village, “le baoul”, m’a vraiment beaucoup touché.
Je me suis laissé transporter dans cette histoire. Celle d’un simple d’esprit mais tellement clairvoyant, chaque mot a son importance et malgré son handicap, il porte sur le monde un regard juste et sincère, à la différence des autres habitants de son village.
Il sait qu’il est différent et la vie n’est pas simple pour lui.
Rejeté par sa famille, sa mère est morte à sa naissance, rejeté par son village.
Il fait peur, on l’accuse de tous les crimes, il vit en marge de tout, lui qui ne demande que de l’amour.
Alors, il décide de communiquer avec la nature, avec les arbres, les animaux et surtout avec une chaise.
Sa chaise, à qui il va raconter son histoire…

J’ai suivi et lu avec émotion l’histoire d’Antoine, de son enfance à l’âge adulte, ses amours, ses envies, ses erreurs aussi. Tout ne sera pas facile, vous devez vous en douter. Mais la force qui se dégage de lui va lui permettre d’accepter et de vivre la vie qu’il s’est choisi.

Je découvre Julie Estève avec ce superbe second roman.
Poignant sensible, une écriture à nulle autre pareil, une sorte de poésie se niche entre les lignes, entre les mots. La magie a opéré pour moi dès les premières phrases.
L’utilisation de la première personne y est sûrement pour quelque chose puisqu’elle nous donne un coté immersif, je suis très vite devenu Antoine.
Mais il n’y a pas que cela !
Il y a un vrai style dans l’écriture de Julie. Durant ma lecture, les répétitions narratives, correspondant à toutes les questions que se posent Antoine, ont résonné dans mon esprit comme certaines incantations venues d’un autre temps, tantôt directes, tantôt brutes, tantôt très imagées.

Il se dégage une grande force de “Simple”, que je vous conseillerai comme une lecture indispensable.

Extrait : “La mort c’est un trou ! On tombe dedans mais ça dure combien de temps la chute, et au bout du trou il y a quoi, on arrive où, quand on touche le fond, est-ce qu’on peut remonter, est-ce qu’on a le droit de recommencer, avoir une autre naissance, est-ce qu’on peut choisir qui on sera plus tard ou c’est le hasard et on est attribué au pif, moi par exemple, une fois de l’autre côté du trou, si j’ai envie, est-ce que je pourrais être une femme ou un sanglier ou Ayrton ou un cactus, essayer tous les métiers, tous les animaux, tous les arbres, ce serait bien d’être un figuier, un requin, un caillou, une bagnole, être quelqu’un, être un homme un vrai, et s’il n’y a pas de fin au trou, pas de fond, et si c’est un trou sans limite, est-ce qu’il fait nuit dedans ou c’est éclairé, est-ce qu’il fait froid ou brûlant, est-ce qu’on est tout seul dans notre trou ou tout le monde se retrouve dans le même, ce serait vachement encombré, mais dans l’idée qu’il y a un trou pour tous, ce serait possible alors que je revois madame Madeleine, en cherchant bien, et que je rencontre ma mère, on aurait plein de choses à se dire, ce serait l’occasion de se serrer et de m’excuser pour sa mort, mais les autres aussi il serait là alors, coincés avec moi, peut-être le trou c’est du vide, ça pèse combien le vide, pas grand chose, trois fois rien, mais sans le vide, y aurait pas le reste et alors ce serait le néant !”

 

Julie Estève est née en 1979 à Paris.
Moro-sphinx, son premier roman (Stock, 2016), a été très remarqué par la presse.

1 réflexion au sujet de ““Simple” de Julie Estève”

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