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Émotion, Drame, Folie, Noir, Thriller psychologique

La longue nuit de Bleka

de Elly Rosemad

 

“Je m’appelle Bleka. Je suis une jeune orpheline islandaise. Mon oncle Yrkill m’a recueillie depuis ma naissance, en 1762. Nous avons vécu à Hveravellir un certain nombre d’années, dans les Hautes Terres. Lorsqu’Yrkill partait « pour affaires », Góðvilda et son fils Frelsi, nos chers voisins, m’accueillaient dans leur foyer. Ils étaient comme ma famille. Et puis un sombre jour, Yrkill m’a arrachée à eux. Il m’a forcée à le suivre sans m’en donner la raison. Je sais simplement qu’Yrkill est un utilgumen, un banni. Il a perdu tous ses droits. Aujourd’hui je suis seule avec lui, tentant de survivre dans un abri de pierres au beau milieu du désert d’Ódáðarhaun, le désert des crimes. Ce lieu est soit disant notre meilleur moyen de survie. Mais en réalité, il me séquestre. Depuis longtemps déjà. Et s’il n’y avait que cela… Je fais partie de ceux qui n’ont plus peur de l’enfer car ils y sont déjà. Jour après jour les mots me manquent davantage. La douleur m’assaille.
Si ça continue je vais mourir.
Cette situation ne peut plus durer. Je dois fuir, mais comment ?”

 

 

Soyez les bienvenues dans le monde d’Elly Rosemad, ou peut-être dans “La” vision d’un nouveau monde qu’elle ne voudrait surtout pas voir se réaliser !
J’espère que vous êtes bien accrochés, car vous risquez d’être bien malmenés.

Bleka, à son grand désespoir, vit dans un abri de pierres au beau milieu du désert d’Ódáðarhaun, avec son oncle Yrkill qui l’a recueillie à sa naissance…
Yrkill est un homme “possédé”. Parfois, il se transforme et dans ces moments-là, il devient le mal, il devient le vice, il devient “le Barge”. Alors, dans ces moments-là, Bleka n’est plus que blessures, cris et souffrances…
Et, Yrkill en profitera, il pèsera de tout son poids sur la frêle jeune fille qui ne pourra retenir ses larmes. Comme il le fait régulièrement depuis des années, avec une violence inouïe, il déchire ses entrailles en se délectant de plaisir…

Voilà la vie de Bleka. Dès lors, elle n’a plus qu’une idée en tête… fuir.

Mais dehors aussi, le monde est perverti. Le jour, petit à petit a disparu, il a cédé sa place à l’obscurité qui recouvre la nature de noirceur et de ténèbres…
L’obscurité est le royaume de Bölvun, la mort est sa raison d’être… Il est dorénavant partout chez lui ! Gare à ceux qui auront le malheur de croiser sa route.

Bleka part à la recherche des siens qui pourraient encore être en vie. Elle doit briser la nuit, afin de faire fuir la mort. Sur son chemin, elle croise Sannur…
Sera-t-il de taille pour la protéger du chaos environnant ?

Psychologue de formation, Elly Rosemad construit ici un roman très personnel et presque “hermétique”. Ma curiosité m’a permis d’avancer, mais j’ai eu des sueurs froides en me demandant où voulait en venir l’auteure !
Et pour le coup, le switch final est excellent et m’a complètement surpris, Bravo !
C’est un roman qui se lit doucement, qui se déguste presque, qui s’apprécie à sa façon. J’avais peur de passer à côté d’éléments importants. Les noms des lieux, de personnages et parfois d’objets à consonance scandinave m’ont complètement immergé dans cette ambiance, glauque et froide qui m’a collé à l’esprit jusqu’au bout de mon récit.
C’est une sacrée expérience à vivre/lire !!!

Mais, “La longue nuit de Bleka” a une autre particularité…
Adolescent, un jour dans le métro, j’ai trouvé un livre sur un siège. Je l’ai pris et ouvert. Il y a avait une petite introduction. Le livre se présentait à nous comme un “livre voyageur”. La règle était simple. Une fois lu, il fallait rendre sa liberté à l’ouvrage. Y glisser éventuellement un petit mot et le laisser s’envoler. J’ai moi-même très régulièrement “libéré” ainsi des romans qui le méritaient vraiment…

“La longue nuit de Bleka” m’a fait penser à ces livres voyageurs, mais Elly a transcendé le concept !
Le récit existe.
Il ne demande qu’à vivre. Qu’à donner des émotions, à créer des Ressentis, l’idée est bien là… Le partage.
Il ne tient qu’à vous d’en faire la demande, directement auprès de l’auteure…

Challenge bien orchestré, ou pari complètement fou ? L’avenir nous le dira, mais l’idée est particulièrement séduisante ! Vous aurez la chance, comme moi d’être un acteur qui fera vivre l’histoire, par le biais de mon Ressenti…

J’ai passé un très bon moment de lecture. C’est un puzzle parfait où chaque pièce trouvait sa place au fur et à mesure où je tournais mes pages.
Chaque mot est ciselé, chaque idée rabotée, ma lecture du soir était devenue immersive.
J’ai dû laisser passer quelques jours avant de rédiger mon Ressenti. Le Noir, l’obscurité, les ténèbres étaient encore très/trop ? présent en moi.

Je remercie Elly pour sa confiance et pour m’avoir permis de vivre une lecture si intense, et si addictive au final.
Un très bon second roman, incroyable, qui est hors normes à de nombreux niveaux évidemment, mais quelle belle réussite littéraire… Le temps, je l’espère me donnera raison…

En attendant, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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Extraits :

« Juste un bruit. Un léger craquement. Comme si quelqu’un venait d’écraser un morceau de palagonite. Mes tripes se nouent. Je me relève difficilement. Je serre les dents. La douleur m’écrase. J’essaye de me retenir à la paroi pour ne pas tomber, mais mes poignets enflés me rappellent à l’ordre. Je me tiens les côtes. Autour de moi, c’est comme si l’air se chargeait d’une odeur épouvantable. Un frisson me parcourt. Je tremble et je presse Xowy contre moi. Une ombre grandit et se déplace dans ma direction. Plus elle avance et plus je me sens oppressée. Je sais reconnaître le poids des ténèbres lorsqu’il se rapproche. J’ai vécu avec depuis toujours. Il a le don de pousser mon cœur au bord de l’explosion. »

« Je relève la tête. L’ombre se découpe dans mon champ de vision. La silhouette est grande. Essoufflée. Elle se tourne vers moi. Sous le ciel zébré d’aurores, je vois son visage. C’est lui. Yrkill apparaît comme à son habitude, à l’identique d’un diable sortant de sa boîte. Il avance lentement. D’un pas sûr. D’une agilité prédatrice. Il me fixe de ses yeux injectés de sang. Son visage se fend d’un sourire plus malsain que jamais. Il se met à rire en ébouriffant ses cheveux noirs d’une saleté à écœurer n’importe qui. Malgré sa respiration saccadée, le barge parvient malgré tout à vociférer. Je suis tétanisée. À ma droite et à ma gauche, des pans rocheux font barrage. Je suis prise au piège. Ce qui devait me protéger va finalement permettre à Yrkill de me coincer. Puis de me tuer. »

« Je referme la porte. Grincement inquiétant. Dans l’obscurité la plus totale, j’essaie de me guider avec les structures en bois et je m’allonge sur la plus proche d’entre elles. Je déteste cet endroit. Définitivement. Une partie de mon être me somme de partir. Je perçois les bourrasques qui menacent au-dehors, comme pour me rappeler que j’ai de la chance d’avoir trouvé un toit. Alors je reste ainsi, étendue en chien de fusil. Mes angoisses laissent la place aux douleurs qui viennent et partent, dans un va-et-vient des plus pervers. Je n’ai pas d’autres choix que d’endurer cette souffrance qui me lancine, au point que ma respiration se coupe par intermittence. J’attends. Je ferme les yeux. Comme si un miracle pouvait survenir. »

 

Elly Rosemad est psychologue de formation.
Elle est l’auteure d’un premier roman, “Trauma zéro” (2018), un thriller d’anticipation.

Histoire, Émotion

Écoute la pluie tomber

de Olivia Ruiz
Broché – 11 mai 2022
Éditions : JC Lattès

Marseillette, 1977. Dans le café qui l’a accueillie, étouffée, puis révélée, Carmen pleure sa nièce chérie. À plus de quarante ans, elle se rappelle les personnages qui ont changé sa vie.
Ceux qui l’ont fait plonger, l’ont remise dans le droit chemin. Ceux qui ont su percer ses failles et écouter ses désirs. Sans oublier ses soeurs, dont elle partage les stigmates de l’exil mais refuse de suivre la route.
Parce qu’après tant d’épreuves, Carmen aussi veut s’inventer un destin…

 

 

“Écoute la pluie tomber” c’est l’histoire de Carmen…
Elle vivait paisiblement avec ses sœurs au rythme du café familial, lorsqu’elle fit la connaissance d’Antonio, un bel étalon pas si honnête que ça. Il précipitera son départ et provoquera sa chute !

À six ans, en 1939, Carmen fuit l’Espagne pour la France. La famille s’installe à Narbonne. La montée de Franco, fait peur à beaucoup de gens contrairement à ses deux sœurs, Leonor et Rita. Carmen à un caractère bien trempé, et gare à celui ou celle qui voudrait la diriger.
La plume de l’auteur est sensible et émouvante, et c’est la Famille qui tient quasiment le rôle principal du récit. Rita, Cali, Antonio, Carmen, la Yaya, Violette, Escouto, Alma, une galerie de portraits atypiques, des portraits de femmes surtout, bohèmes parfois, téméraires et émancipées, presque toutes, sans jamais perdre leur liberté d’esprit.

Contrebande, tauromachie, exil et déracinement. L’histoire d’un peuple qui doit se reconstruire ailleurs, où c’est la force d’une famille unie, qui pieds au sol et poing serrés lutteront jusqu’au bout pour défendre leurs valeurs.

L’écriture est tantôt joyeuse et sensuelle, tantôt triste et dramatique, alternant entre passé et présent.
J’ai lu cette histoire avec plaisir, et n’ai pu m’empêcher parfois de le lire à voix haute en cherchant l’accent de Marseillette !
Y sorpresa, algunos pasajes están escritos en español… ¡Qué placer encontrar este idioma que me encanta!*

Olivia Ruiz a réussit à m’entraîner vers les siens, mais je n’ai pas réussi à retrouver l’enthousiasme que j’avais eu pour son premier roman…

*Et surprise, certains passages sont écrit en espagnol… Quel plaisir de retrouver cette langue qui m’enchante !

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Extraits :

« La nuit est tombée sur ta terre ma sœur chérie. Sur la nôtre d’un même mouvement. Droit comme le couperet d’une guillotine. D’un geste aussi brusque et doux que la danse mécanique d’une main familière sur un interrupteur. Lumière. Puis nuit. Sans précaution. Sans préparation. Sans un indice pour annoncer que ça va arriver. Que ça peut arriver.
Cali, ta fille, s’est éteinte et nous a laissé Alma, comme un dernier sourire. Un ange blond. Le premier d’une longue descendance de brunettes incendiaires. »

« Marseillette, 1962. Cali est la seule d’entre nous qui a réussi sa vie. Et j’ai mis ma pierre à l’édifice. Une main a pourtant trois ou quatre doigts de trop pour compter ce que j’ai fait de bien au cours de ma pitoyable existence. Ma nièce est l’unique être de ma famille qui me retient ici. D’abord, elle a besoin de moi. Je la conduis à ses cours de danse sur ma pétrolette. Et à ses cours de piano. Cette soif d’apprendre et de se confronter à des mondes si éloignés du notre, c’est venu d’elle. Qu’est-ce qui peut bien nous empêcher, sa mère, Leonor et moi, de vivre la vie que nous méritons ? Qu’est-ce qui nous laisse penser que nous ne pouvons pas voir plus loin, plus grand, plus fort, plus haut… Comme elle ? »

« Quand je les regarde, je me dis que l’attachement n’a rien à voir avec les liens du sang. Ça va bien au-delà. Je me mets alors à fantasmer une famille qui ne serait pas la mienne, avec qui je me sentirais comprise, et pas jugée. Ces pensées me réchauffent quand je rêve de grand large. Mais si je vois Rita et Cali s’adresser un regard muet dont elles seules ont le secret, mes certitudes se craquellent… Leurs échanges ont une forme magique que rien ne peut expliquer. »

« Je dois ressembler à une orchidée vue du dessus, allongée au corps au cœur de cette grande tache carmin sur le sol blanc des sanitaires. L’eau qui s’étire en fait évoluer les contours, comme une fleur en proie au vent. Je perds connaissance avec cette dernière image. »

 

 

D’origine espagnole, Olivia Ruiz a grandi à Marseillette, en Occitanie.
Elle est auteure, compositrice et interprète. Trois de ses grands-parents ont fui la guerre civile mais n’en ont jamais parlé. De ce silence est né son premier roman, “La commode aux tiroirs de couleurs” qui a conquis un demi-million de lecteurs, faisant ainsi une entrée magistrale en littérature.

Adolescence, Émotion, Cercle littéraire, Drame

Dahlia

de Delphine Bertholon
Broché – 17 mars 2021
Éditions : Flammarion

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Début des années 1990, dans le sud de la France. Lettie, quatorze ans, vit avec sa mère dans un mobile home et brûle secrètement d’être quelqu’un d’autre. Quand survient Dahlia, une fille un peu étrange, une ardente amitié se noue entre ces adolescentes que tout semble opposer. Dahlia a deux jeunes frères, des parents généreux, et Lettie voit dans le père de son amie l’homme idéal, celui qui lui a toujours manqué. Chacune envie l’autre ; qui sa tranquillité, qui sa famille joyeuse. Mais le jour où Dahlia lui confie un secret inavouable, Lettie ne parvient pas à le garder. La famille de son amie vole en éclats. Au milieu du chaos, le doute : et si Dahlia avait menti ?

Delphine Bertholon explore le lien ambigu entre adolescence et vérité, et les frontières floues qui nous séparent du passé.

 

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Un roman touchant et captivant avec beaucoup de finesse envers toute une adolescente qui cherche sa place.
L’adolescence est pour moi la période la plus compliquée de notre vie, tout est possible.
Le pire comme le meilleur…

Delphine Bertholon nous propose avec “Dahlia”, une histoire qui m’a fait me poser pas mal de question !
Delphine bouscule et égratigne la notion de “la famille” qui est malmenée pendant tout ce roman.

Nous sommes dans les années 90. Entre Dahlia et Lettie, qui ont 14 ans, naît une amitié toute en fragilité. De conditions très différentes, elles apprennent petit à petit à se connaître.
Dahlia vit chez ses parents avec ses deux petits frères qui sont jumeaux, avec qui elle partage sa chambre. Sa maman ne travaille pas, son père est chauffeur routier.
Lettie vit avec sa mère dans un mobile-home, elle travaille dans les services sociaux. Elle n’a pas de papa. Elle ne l’a jamais vu, elle ne sait rien de lui. Sujet tabou pour la maman…

Dahlia étouffe dans un univers clos alors que Lettie représente une certaine liberté et a les faveurs des élèves de la classe.

Un jour Dahlia raconte un secret très important à Lettie, “son secret”, en lui faisait jurer de ne jamais le raconter à qui que ce soit… Mais ce secret va peser sur la conscience de Lettie qui ne tiendra pas. Elle finira par en parler à sa mère, qui se fera un devoir elle-même de le raconter à qui de droit, déclenchant ainsi un processus judiciaire ! Dès lors, une machine infernale démarre au grand désespoir de Dahlia…
Cette amitié naissante entre les deux jeunes filles, dès lors va s’écrouler et la famille de Dahlia va littéralement voler en éclats…

Delphine Bertholon interroge sur toutes les difficultés vécues par une adolescente qui arrive dans un nouvel environnement, nouvelle classe, constituée d’amitiés fragiles, de mensonges et de jalousies. Elle doit trouver sa place, mais tous les cercles d’amitiés sont déjà définis.
Dahlia, a du mal à s’intégrer et lorsque Nettie la remarque enfin, il faut absolument qu’elle arrive à la captiver, elle doit se faire remarquer…

Le sujet est bien mené, intéressant, mais pas suffisamment “fort” pour moi.
Je ne voudrai rien dévoiler à ceux qui ne l’ont pas encore lu, mais je pense que les réactions des divers personnages ne sont pas à la mesure de tous les préjudices vécus.

Par contre la fin du roman, les retrouvailles entre Dahlia et Nettie adultes, m’ont parus très intéressantes d’un point de vue psychologique.
Mon Ressenti reste un avis personnel, et cela ne m’empêchera pas de lire un autre roman de Delphine lorsque l’occasion se représentera.
C’est une belle histoire, avec beaucoup de sensibilité et la construction de l’écriture est plutôt agréable.
J’ai passé un bon moment, mais… Il m’a manqué un petit quelque chose !

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Extraits :

« La première fois que je m’aperçus de l’existence de Dahlia, c’était au début de mon année de troisième, au retour des vacances de la Toussaint. Je venais d’avoir quatorze ans le 2 novembre. Je suis née le jour des Morts et c’était l’une des choses que ma mère aimait répéter, par jeu ; devenu adulte, je le répète à mon tour. J’ai fini par aimer, je crois, cette façon d’oxymore, comme si cela me donnait une touche d’originalité. Dahlia était dans ma classe depuis la rentrée, mais je ne l’avais pas remarquée jusqu’alors. Elle était encore ce que je fus longtemps : une invisible. »

« Le soir tombe derrière les vitres étincelantes. Le ciel est gris et rosissant par-delà les toits en zinc, les antennes râteaux, l’ocre minérale des tubes de cheminée. À la radio, les millionnaires promettent des fortunes pour reconstruire Notre-Dame, tandis que le périmètre est pollué au plomb, ce que le grand public apprendra plus tard – trop tard, comme souvent. »

« Je n’ai jamais compris pourquoi Annie, qui avait enfanté à dix-huit ans, était pudique et ce point. Les essayages de maillots, c’était comme les scènes coquines dans les films. La sexualité, je crois, lui faisait peur. Elle m’a transmis une partie de cette peur, de manière nébuleuse. Toute ma vie de jeune fille, puis de femme, j’ai alterné par des phases entre deux extrêmes : la putain et la nonne. Deux catégories qui, sauf miracle, enfantent rarement et ne se marient jamais. Mina est un miracle engendré par une putain de nonne, mais, par chance, son père est coureur de jupons, dragueur invétéré gentleman à ses heures, ce qui devrait offrir à cette enfant un certain équilibre, précaire peut-être, mais qu’importe. »

« Lettie,
Il fallait que la colère descende. Elle est toujours là, mais j’avais besoin de te raconter ce qui m’arrive. Après ce dimanche, j’ai essayé de te téléphoner toute la semaine, mais tu n’étais jamais là, ou tu faisais semblant, ce qui est probable (et parfaitement dégueulasse). Si j’avais pu te parler, tout serait différent…
Tu avais promis. Je croyais que tu étais mon amie, que ta parole valait quelque chose. Mais rien ne vaut, jamais, je m’en rends compte. IL n’y a que dans les romans que les amitiés sont vraies.
Tu me dégoûtes, Lettie
Comment as-tu pu répéter ÇA ? »

 

 

Delphine Bertholon naît à Lyon et écrit depuis l’âge de six ans, âge auquel elle remporte un modeste concours de poésie. Après des études de lettres, elle se destine au professorat, mais y renonce pour se consacrer à l’écriture. Dans la vingtaine, elle commence à publier ses premiers romans, la plupart publiés aux éditions Jean-Claude Lattès, tel que “Twist, journal d’une jeune fille kidnappée”. Elle écrit également des scénarios pour la télévision, comme “Yes We Can”, afin de vivre plus confortablement de sa plume.

En juillet 2018, elle signe une tribune dans ActuaLitté où elle revient sur son parcours afin de témoigner de la précarité de sa vie d’écrivaine. Elle est attirée par les romans de Stephen King. Elle se joint ainsi au mouvement de contestation sociale #PayeTonAuteur et #AuteursEnColere et aux revendications de la Ligue des auteurs professionnels.
Elle est notamment l’auteure du très remarqué “Grâce” et, plus récemment, de “Coeur-Naufrage”.

Fantastique, Noir, Nouvelles, Psychologie, Suspense

La face cachée de l’arc-en-ciel

de David Ruiz Martin
Broché – 14 juillet 2018
Éditions : Independently published

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Sept couleurs. Sept histoires. Sept nuances aux pigments sombres, aux teintes douloureuses, parfois merveilleuses, où la peur côtoie la haine et où la haine, dans l’ombre, libère ce besoin viscéral de vengeance. Des histoires où le courage se montre en surface, où l’espoir évince la fatalité et où parfois, l’accablement et la honte poussent à la folie. Des récits qui souvent tutoient la mort, où les plus téméraires osent l’affronter, et où les plus couards préfèrent l’éviter. Certains tenteront de se jouer d’elle, mais elle finira, s’ils ne prennent pas garde, par les saisir… Et une fois dans ses serres, la mort ne relâche pas sa proie… Ne vous éloignez donc pas du chemin… Car la peur sème le doute… Et le doute finit toujours par vous perdre… Alors un conseil : restez prudents en tournant les pages de ce recueil de nouvelles.

 

Couv_052_Ruiz Martin David - La face cachée de l'arc-en-ciel

 

J’enchaîne avec un nouveau recueil de nouvelles “La face cachée de l’arc-en-ciel”…

La nouvelle est un support que j’affectionne tout particulièrement. Il oblige l’auteur à se dépasser, à synthétiser et faire abstraction de tout ce qui est futile, inutile et qui ne captera pas le lecteur dès le début de sa lecture… Une “bonne” nouvelle c’est un piège qui se referme sur vous sans que vous vous en rendiez compte et David Ruiz Martin y arrive horriblement bien !

Je vous en prie… N’hésitez surtout pas à me suivre, ouvrez la première page de ce “petit“ ouvrage qui vous mènera vers de nouveaux horizons…
Je sens votre tension palpable, des doutes qui s’immiscent dans votre cœur peut-être… Allez, plus que quelques centimètres… Prenez… C’est à vous maintenant.

“Les hommes.
Entre elle et eux, un conflit éternel subsistait.
Se sentant constamment observée, traquée, elle tentait tant bien que mal de les éviter, afin de s’écarter de tout danger. Mais aujourd’hui, le danger était bien présent…”

L’écriture de David est vraiment très efficace. Il nous balade d’un univers à l’autre au gré de ses envies, mais toujours avec des textes d’une excellente qualité.
Impossible de vous dire quelle est la nouvelle qui a eu ma préférence… Toutes ont une structure et des situations tellement différentes. Beaucoup de fluidité avec cette force de vouloir nous amener à lui systématiquement… Bravo David !
Je l’ai lu en un peu plus de deux heures, et j’avoue que quelques pages de plus, n’auraient été pour me déplaire.

Sept moments de lectures très différents, qui “grattent” là où ça fait du bien et parfois soumettent à rude épreuve.
Malgré les sept couleurs de l’arc-en-ciel, c’est surtout le noir qui domine. Un peu de fantastique, on ne coupe pas aux thrillers, une pointe de magie et un suspense moite qui plane le long de chaque récit. Vous souhaitiez des ambiances sombres, vous serez servis. Mais ce n’est pas que cela !
Que peut-il bien se cacher, dans l’ombre de “La face cachée de l’arc-en-ciel” ?

Êtes-vous vraiment prêt à en subir toutes les conséquences ?

Un livre que je vous conseille…
À savourer sans modération, si vous n’avez pas peur pour vos ongles !

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Extraits :

« Les médecins sont formels. La moelle épinière est touchée. Je ne marcherai plus. Je ne bougerai plus. Pas même le moindre doigt, le moindre cil, même le visage demeurera inerte. Plus aucun sourire possible. Je suis comme un enfant abandonné qui braille dans un corps ou la flamme a décliné. Qui hurle et qui pleure, mais que personne ne se risquer à contempler. »

« Le temps s’écoule différemment ici… tout est plus long… certaines choses se répètent… et en ce moment… ta peau brûle encore dans la carcasse de ta voiture… tu souffres tellement que tu n’as simplement plus la force de hurler… car tes poumons se sont collés sous la chaleur… »

« C’est en ouvrant ce livre que tout commença. Ma première réaction fut de sourire, évidemment. Puis, au fil des pages et de cette lecture insolite, ce sourire pourtant si sûr, si… assumé, se figea en une sorte de léthargie obscure, une inquiétude perverse et un profond mal-être. C’est alors que je me remémorai ses mots : « Ne prêtez pas attention à cette situation étrange, prenez le temps nécessaire pour lire les premières pages et, uniquement après cela, faites-vous votre propre opinion. »

« La tension est palpable au bout de mes doigts rongés par l’angoisse.
Car je connais mes faiblesses.
Sous l’effet de la peur, mes genoux tremblent, ma nuque frissonne et mes dents claquent, tandis qu’un sourire qui n’a rien de plaisant s’esquisse au bout de mes lèvres sèches.
Et dans le doute…
… une lettre après l’autre…
… à nouveau…
… s’inscrivent…
… hésitant…
… ces mots :
Chapitre sept »

 

 

David Ruiz Martin est né le 01.12.1978 à Madrid, Espagne. C’est à l’âge de quatre ans qu’il part vivre en Suisse.

Issu du domaine de la construction, David Ruiz Martin, menuisier de formation, n’a suivi aucun parcours littéraire.

Autodidacte et touche-à-tout, ce passionné de cinéma et de littérature débute, vers vingt ans, son parcours d’auteur, dans l’ombre et à l’insu de tous, avec quelques nouvelles qu’il garde pour lui encore à ce jour. Puis, durant près de dix ans, seule sa femme est mise dans la confidence de sa passion. C’est à l’âge de trente-deux ans qu’il se lance dans l’écriture de son premier roman, “Le syndrome du morveux”, thriller autoédité, qui surprend son entourage, suivi d’un second, “Que les murs nous gardent”, roman d’épouvante, l’année suivante. Fort d’un accueil enthousiaste, il prend plus de deux ans afin de peaufiner un troisième, “Je suis un des leurs”, une histoire le tenant particulièrement à cœur depuis de nombreuses années, prenant au dépourvu ses lecteurs tout en se dévoilant davantage, en leur offrant un roman personnel et qui colle à ses racines.

Depuis le succès de son premier roman, David Ruiz Martin se laisse du temps afin de mettre sur papier les histoires qui germent dans son esprit.

David Ruiz Martin est marié et vit à Cressier, en Suisse.

Adolescence, Émotion, Drame

Que Dieu lui pardonne

de Laurent Malot
Broché – 14 janvier 2021
Éditions : XO Éditions

Maya a dix-sept ans. Lorsqu’elle décide d’échapper à la violence de son père, elle trouve refuge à Fécamp, au pied des falaises. Elle se reconstruit et peut enfin se rêver un avenir : elle sera architecte.
Mais dans l’appartement mitoyen du sien, quatre enfants, de six à douze ans, sont la proie d’un homme tyrannique. Son combat, désormais, n’est plus seulement de sauver son âme, mais de les protéger.
Jamais elle n’aurait imaginé que les choses se passeraient ainsi. Elle va agir avec son cœur. Sans réfléchir. Que Dieu lui pardonne. Comme il pardonne aux lâches. Aux misérables…

Avec pudeur et simplicité, Laurent Malot écrit sur des drames
qui touchent des milliers de femmes et d’enfants.

Que Dieu lui pardonne est une histoire poignante d’où
jaillit la lumière, pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Une formidable ode à l’amour.

 

 

Je suis un lecteur heureux !

Je vous rassure tout de suite, ce n’est pas du tout le sujet du roman de Laurent Malot qui me rend heureux, bien au contraire… Cela fait plus de 45 ans que je lis régulièrement… Dernièrement, les romans que j’ai lus sont plus des “romans de vie”, roman de bonheur, de drames et de malheur.
Je me rends compte que ces romans m’ont amené beaucoup plus d’émotions et de sensations que de nombreux lus plus tôt.
J’ai l’impression que plus une histoire est dure et triste plus elle m’emporte, plus je vis.

“Que Dieu lui pardonne” fait partie de celles-là.

Tout d’abord, j’aime beaucoup les livres de Laurent.
Certaines personnes pensent et disent qu’il y a beaucoup de féminité dans son mode d’écriture ! Personnellement, je dirai qu’il y a beaucoup d’émotions, tout simplement. Il utilise des mots justes, ne tourne pas autour du pot, pas de superflu, de la pudeur et surtout jamais larmoyant quels que soient les sujets qu’il aborde.

“Que Dieu lui pardonne”, est une très belle et très triste histoire. Il raconte les violences familiales, les incestes et les viols d’enfants toujours beaucoup trop nombreux. Il raconte aussi… Les souffrances vécues par les victimes, pas que physiques, les psychologiques aussi. Le manque d’aide, manque de soutien et d’écoute pour c’est malheureux qui se perdent petit à petit. Mais il raconte aussi… La vie, l’espoir, l’amitié et l’amour.

Maya, jeune fille de dix-sept ans, fuie sa “vie” grâce à une tante. Son père, Maire de sa ville dans les Yvelines, la violait régulièrement depuis des années sous le regard « passif » de sa mère. Maya part vivre à Fécamp, en Normandie. Là-bas, elle tentera de se reconstruire… Mais “son” destin va vite la rattraper.
Lucien, six ans, un jeune voisin avec qui elle a fait connaissance quelques jours plus tôt sonne à sa porte. Il y a une grosse fuite chez eux, ses frères et sœurs sont tout seuls régulièrement chez eux, dans l’attente des “retours” avinés, d’un beau-père retord, violent et vicieux. Maya arrive assez vite à réparer la fuite, à la grande joie de la fratrie qui s’attendait déjà à voir “pleuvoir” les coups sur eux. C’est à ce moment précis que le beau-père rentre. Son regard lubrique se porte de suite sur la jeune fille, il jette ses enfants dehors et sauvagement commence à déshabiller Maya qui reste tétanisée tout en subissant ses assauts… Soudain elle sort de sa léthargie. Elle tient un marteau ensanglanté à la main… l’homme, lui est à terre…

“Que Dieu lui pardonne”, est un hymne, un cri, une souffrance, un besoin d’aide, un roman bouleversant, une ode à l’amour touchante et réaliste. Les personnages sont attachants, et certains sont vraiment très beaux à “l’intérieur”… Ça fait du bien.
Très sensible à ce sujet, je ne peux que vous le conseiller.
Merci Laurent, c’est un livre qui m’a transporté de la haine à la tristesse, puis de la colère à l’espoir…
Je résumerai par un seul mot, “Magnifique” !

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Extraits :

« Dans six mois, je serai majeure. Tout sera plus simple, parce que légal. Je cotiserai pour le chômage, la maladie, je paierai des impôts et j’aurai droit à des aides sociales. Ce serait déjà le cas si j’étais émancipée, mais pour ça, il faudrait l’accord de mes parents. Hors de question de leur demander quoi que ce soit. Ils font partie de la vie d’avant. Je l’ai raturée jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un affreux gribouillage. »

« Le médecin a rappelé que j’étais sous sa responsabilité. Si j’étais à l’hôpital, c’est qu’il y avait une raison. Le ton est encore monté, et mon père a rétorqué qu’il n’avait pas de leçon à recevoir. Ma mère était intervenue pour le calmer, promettant qu’ils allaient faire ce qu’il fallait. Le docteur n’a pas été dupe, les infirmières non plus. Mon père a abdiqué pour éviter le scandale. Dommage, parce que, ce jour-là, j’ai vu les veines de son cou se gonfler, ses yeux se rétrécir, et le tic au coin de sa bouche apparaître. Tous les signes annonciateurs de violence. J’ai prié pour qu’il s’emporte, qu’il frappe le médecin, qu’il révèle sa face cachée, mais non. L’homme politique a refait surface, dégoulinant d’hypocrisie. »

« Plusieurs fois, mon père m’a frappée, quand l’ado que j’étais, menaçait de raconter ce qu’il me faisait. Je me souviens des gifles, des cheveux tirés, mais surtout des étranglements. Avec le plat de la main, pour ne pas laisser de traces. C’est horrible de sentir qu’on ne respire plus. Encore plus avec le visage de son bourreau à quelques centimètres du sien, promettant de dire à tout le monde qu’on est une menteuse ou une folle qui invente des histoires. À onze ans ou dix-sept, l’effet est le même, on est terrorisée et on abdique. On se mure dans le silence et on encaisse. Parfois, on regarde la bête dans les yeux avec un sourire de défiance. Ce n’est pas du courage, juste un mélange de cynisme et de résignation ; on sait qu’on ne peut pas tomber plus bas. »

« Il y a des cœurs dessinés dans les croix. La feuille est floue derrière le rideau de larmes que déversent mes yeux. Même si je voulais les retenir, je n’ai pas parviendrais pas. Quelques mots griffonnés sur un coin de table ont transpercé mon armure. Des mots d’amour. Un message d’espoir qu’ils m’envoient. En se préparant, seuls, ils me montrent qu’ils sont capables d’assumer leur part de responsabilités, je peux compter sur eux, nous sommes plus qu’une équipe, nous sommes une famille. »

 

 

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scenarii pour le cinéma.

Anticipation, Dystopie, Nouvelles, Suspense

Digital Way of Life

de Estelle Tharreau
Kindle – 9 juin 2022
Éditions : Taurnada Éditions

Serons-nous l’esclave de notre assistante de vie connectée ?
Nos traces sur le Net constitueront-elles des preuves à charge ?
La parole et la pensée deviendront-elles pathologiques à l’heure de la communication concise et fonctionnelle ?
Qu’arrivera-t-il si les algorithmes des moteurs de recherche effaçaient des pans entiers de notre mémoire collective ?

Autant de questions parmi d’autres, qu’Estelle Tharreau soulève dans Digital Way of Life, ce nouvel « art » de vivre numérique qui place l’homme face au progrès et à ses dérives.

 

 

J’avais déjà eu l’occasion de lire certains thrillers d’Estelle Tharreau, et je n’ai jamais été déçu. Mais à travers de ce recueil de nouvelles, je suis vraiment resté complètement bouche bée !
Estelle nous entraîne dans plusieurs futurs plus terrifiants les uns que les autres, des futurs où tout est contrôlé, des futurs qui perdent toute leur humanité, qui se construisent d’ailleurs peut-être déjà malgré nous sans, que nous ne le sachions…
Toutes les nouvelles sont parfaitement maitrisées, et je serai incapable de vous dire celle qui m’a le plus inquiétée, mais une chose est sûre, plusieurs fois j’ai eu des frissons dans le dos en me demandant… Et si cela devait arriver !
Estelle, a-t-elle trouvé un chemin, une voie qui lui permettrait d’anticiper sur une réalité future ?
A-t-elle entr’aperçue des mondes où la réalité virtuelle serait notre quotidien, où l’humain deviendrait “sujet” d’études dans un monde entièrement dirigé par des machines. Les maisons seront-elles toutes connectées, nous rappelant à l’ordre au moindre écart de notre part de notre part ?
Est-ce le début de la fin ?

Dans tous les cas, ce ne sont pas des futurs que je souhaite pour mes enfants et petits-enfants… Mais j’ai vraiment été séduit par cette lecture. Beaucoup de rythme, un vrai travail de la part de l’auteure. Chaque nouvelle est poussée jusqu’au bout, c’est percutant, glaçant.
Personne ne pourra rester indifférent à ce livre. Les thématiques sont tellement proches de nous tous, de nos familles, de nos enfants…
Devons-nous continuer à rester dans ce “moule” qui nous endort par son “bien-être”, Internet, réseaux divers, monde connecté, wifi, fibre, G5 ? ou devons-nous réagir immédiatement ?

Estelle m’aurait-elle envoûtée…
Que dois-je faire ?
Seul, en aurai-je la force ?
Et vous, que ferez-vous ?

Et si vous commenciez par lire ce “petit bijou” ?

Coup de cœur pour ce recueil de nouvelles.
C’est prenant. J’en voulais plus encore. C’est superbe…
Un grand merci aux Éditions Taurnada pour leur confiance renouvelée !

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Extraits :

« Sibelle ne pouvait détacher son regard de la petite croix rouge qui clignotait tel un avertissement. Une croix largement en dehors du long tunnel bleu de la normalité.
Sans plus de commentaires, la pédiatre afficha le carnet de santé numérique pour établir le bilan de cette visite. Elle créa une alarme simple dans la rubrique “nombre de caractères” tandis que les yeux de Sibelle restaient accrochés aux deux encarts rouges qu’elle connaissait par cœur tant ils étaient repris dans toutes les applications pour parents et enfants.
– Si on ne comprend pas bien votre enfant quand il parle ou si ses phrases sont trop longues ;
– Si l’école vous a signalé un problème ;
Parlez-en avec votre médecin.
L’enfant et les écrans connectés :
– familiarisez votre enfant le plus tôt possible à un environnement numérique ;
– utilisez toujours une tablette adaptée à son âge de type Genius ou Mama. »

« Tout avait lamentablement échoué, Désormais, il ne s’agissait plus de surdéveloppement de la parole ni même d’hypertexte. Il n’y avait plus de traitement. Plus d’espoir. Elle venait elle-même demander ce qu’elle avait toujours refusé d’envisager.
“Il délaisse même les mathématiques et les sciences programmatiques. Il n’écrit plus une seule ligne en français automatique. Il ne va plus sur aucun réseau social. Il ne veut plus aller en cours. Il est coupé du monde.
– Qu’est-ce qu’il fait de ses journées ?
– On a baissé les bras, fit Sibelle, amère. On lui a laissé le livre de son arrière-grand-mère.”
Trémo se raidit.
“On ne sait plus quoi faire… Il devient violent. Il nous insulte. Il nous traite d’abrutis, de dégénérés. Tant qu’il lit, au moins, il n’est pas dangereux pour lui-même et pour les autres.”
La voix de Sibelle se fit lasse et douloureuse.
“Il s’enferme dans sa chambre. Il passe ses journées là-dedans avec ses “bouquins” comme il dit. Il descend à peine pour manger. On a tout essayé. Orthopsychologue, addictologue. Rien… Rien. Il reste figé comme une statue. Des heures entières. Des jours entiers. Sans parler. Sans bouger. À part ses yeux”. »

« Tout est devenu virtuel et fonctionnel. Plus de vie. Plus de cris d’enfants dans les cours, plus d’odeurs de papier et de crayons dans vos salles de classes numériques. Plus de nom à inscrire sur son cahier à la rentrée. Plus rien, plus d’âmes »

 

 

Passionnée de littérature depuis l’adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

Émotion, Drame, Psychologie

J’aurais aimé te dire

de Blandine Bergeret
Broché – 30 mars 2022
Éditions : Les Editions de l’ArtBouquine

Dijon. Sophie, dix-huit ans, voit sa vie brusquement bouleversée. Vingt ans plus tard, la maladie fait son apparition. L’occasion pour Sophie d’écrire à son fils, Martin, et de lui narrer leur vie. À deux, et à trois avec la voix de Madeleine, leur voisine et grand-mère de substitution, la mémoire des années après-guerre, qui vient s’intercaler dans les lettres de Sophie. Des anecdotes, des questionnements, des joies, des désillusions. Deux femmes, deux générations, deux écoles de vie, Martin au centre et un drame qui s’immisce au présent.

 

 

C’est avec beaucoup d’émotion que je termine le second roman de Blandine Bergeret.
Ohhh… Cette dernière lettre…
D’ailleurs, c’est tout le livre qui m’a mis dans un drôle d’état. Mais cette dernière lettre.

Par où commencer ?

Tout d’abord, en fin de lecture, je me pose plusieurs questions.

  • Mais où Blandine a-t-elle puisé autant de tristesse ?
  • Comment a-t-elle eu cette idée de roman, et d’où est venue cette construction si particulière, si rythmée ?
  • A-t-elle vécue, elle-même ou des proches, cette situation si pesante ?
  • Et comment se remet-on d’une telle expérience ?

On sent que chaque mot, chaque phrase, chaque idée est longuement pesée… étudiée avec beaucoup de finesse avant de nous être “offerte”.
J’ai pris ce récit comme ça. Comme un cadeau que Blandine me faisait. Un cadeau longuement réfléchi évidemment, qui nous montre une voie qui nous fait peur, que l’on ne veut surtout pas voir, une vie que l’on ne souhaite à personne.

“J’aurais aimé te dire” est un roman choral qui se décline à trois voix.
– La première, des lettres que Sophie écrit à son fils Martin. Elle commencera en 2010, et pendant un an, fera défiler plus de vingt ans de leur vie.
– La seconde, un journal tenu par Madeleine une voisine, devenue “la” grand-mère de substitution de Martin. Elle décrit sa vie, ses envies, ses enfants, ses chagrins.
– Et enfin la troisième. Une succession froide, rigide et scientifique, de dates, de rendez-vous, de résultats d’examens médicaux… Mais qui est donc la personne concernée ?

C’est ainsi que toute leur vie va se dérouler en alternance sous nos yeux.
Sous mes yeux, qui ont eu du mal à y croire, qui auraient tellement voulus que les choses se déroulent autrement, que ces drames n’ai jamais eu lieu.
Sophie. Très tôt orpheline, suite un accident de la route où ses parents se tuent, éternelle maman qui se découvre, qui tâtonne, qui apprend, ne renonce jamais et mène un combat quotidien pour protéger Martin, né de père inconnu.
Madeleine. Elle, vient d’un autre temps, d’une autre époque. Ses parents ont vécu la guerre. Dans sa fratrie de neuf frères et sœurs, ils n’ont pas eu le temps de se poser trop de questions. Il fallait avancer, travailler, nourrir, élever, punir quand ils ne marchaient pas droit. C’est cette éducation aux idées bien arrêtées qu’elle transmet à Martin. Pas facile tous les jours, mais pas méchante non plus. Elle soutient Sophie, et ce, sans jamais rien demander en retour.
Les ressentis de Martin m’ont manqué. J’aurais aimé savoir ce qu’il avait en tête, qu’elles étaient ses envies au fur et à mesure de son évolution, de son éducation…
Deux femmes, trois générations, trois destins qui s’entremêlent sur un peu plus de deux cent cinquante pages, mêlant présent et passé, trois destins qui ne demandent qu’à vivre…

Un livre bouleversant à tous niveaux. Un style concis et précis qui ne supporte pas l’a peu prêt. Je n’ai pu qu’admirer le courage, la pudeur de Sophie, personnage central de tous ces destins croisés. L’amour d’une mère n’aura jamais aucune limite…

Tout simplement, merci Blandine pour tes mots…

À lire absolument !

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Extraits :

« 1er janvier 2010
Maux de tête
Migraine
Céphalées
Quel que soit le terme, la douleur est là
Omniprésente
Elle frappe tel un tambour
Sur le front
Les tempes
Les yeux pétris de douleur ne forment plus qu’un interstice plissé pour empêcher la lumière d’entrer »

« Sans être naïve, à aucun moment, je n’avais songé à cette éventualité. Mon cerveau était sans doute submergé pour que l’idée n’affleure à sa surface. Pendant un an, sans précaution aucune, j’ai couché avec pléthore de type. Des jeunes, des moche, des vieux, des gars traînant dans la rue, des dépressifs, des basanés. Peu importait le style, l’accoutrement, la propreté. Je voulais du sexe masculin. Je me servais dans la rue. Les hommes n’étaient pas farouches. Je ne l’étais pas non plus. Je me suis vautré dans l’alcool et le sexe. »

« J’aimais m’observer nue dans le miroir du couloir. Mes formes s’arrondissaient. La peau tendue, l’abdomen proéminent, Madeleine m’avait prédit une fille Régulièrement, elle m’offrait des vêtements qu’elle tricotait pour ta naissance. Bonnet. Chaussons. Barboteuses. Brassières. Dans des tons de rose et mauve. Elle me tenait compagnie. Me racontait son enfance, sa jeunesse, post-seconde guerre mondiale. »

« Tu es né dans la douleur. Des pleurs plaintifs, tels des miaulements, ont pris la relève de mon ultime hurlement. Animal. Viscéral. Guttural. Pas de péridurale. Le col n’était pas assez ouvert, je n’ai pas pu en bénéficier. »

« Les changements sont apparus insidieusement pour, à la cinquantaine, s’installer de façon permanente. J’ai pris du poids, des bouées accrochées à mes hanches avec une silhouette digne d’une bouteille d’Orangina. J’avais alors constaté mon invisibilité aux yeux des hommes, moi qui les avais toujours fait se retourner sur mon passage. Je m’étais empâtée, la peau de mon visage s’était relâchée, mes paupières affaissées. Je me souviens de mon moral en Berne, de mes sautes d’humeur que personne ne comprenait à la maison. J’étais irritée, mon impatience exacerbée, tout m’agaçait, en particulier les enfants, alors adolescents, qui se fichaient bien de moi, de mes hormones et de ma chute inexorable. »

 

 

Formatrice pour de grandes entreprises, Blandine Bergeret consacre maintenant son temps à l’écriture. “J’aurais aimé te dire” est son second roman après le succès de “Elle voudrait des étoiles, des étincelles et des papillons verts dans ses cheveux”.

Lectrice à mes heures perdues et auteure de 2 romans aux éditions de l’ArtBouquine. “Elle voudrait des étoiles, des étincelles et des papillons verts dans ses cheveux” qui a obtenu le 1er prix lors d’un appel à manuscrits (nov. 2020) et mon tout dernier, “J’aurais aimé te dire” (avril 2022).

Je rêve d’écrire depuis petite, j’ai toujours eu cette passion. Au commencement, ce fut “le secret des 12 princesses”, puis je me suis mis à écrire des nouvelles il y a une douzaine d’années avec des parutions dans des revues spécialisées. Après avoir mis en place le journal “Supply Planet” lorsque j’étais responsable logistique chez Pepsico, j’ai continué l’écriture journalistique en créant mon site internet. Repérée par deux magazines dans le domaine, j’ai collaboré à de nombreux articles et dossiers durant deux ans. J’ai enfin décidé d’accorder ma plume à l’écriture personnelle en me lançant dans un roman. Puis deux. Et le troisième est en cours.

Quand j’écris, je suis ailleurs. J’enfile les chaussures de mes personnages. Je plonge en eux. Je suis dans une bulle. Légère et insouciante.

Émotion, Drame

La vie rêvée des chaussettes orphelines

de Marie Vareille
Poche – 20 octobre 2020
Éditions : Charleston

 

En apparence, Alice va très bien (ou presque). En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, souffre de troubles obsessionnels compulsifs et collectionne les crises d’angoisse à l’idée que le drame qu’elle a si profondément enfoui quelques années plus tôt refasse surface.

Américaine fraîchement débarquée à Paris, elle n’a qu’un objectif : repartir à zéro et se reconstruire. Elle accepte alors de travailler dans une start-up dirigée par un jeune PDG fantasque dont le projet se révèle pour le moins… étonnant : il veut réunir les chaussettes dépareillées de par le monde.

La jeune femme ne s’en doute pas encore, mais les rencontres qu’elle va faire dans cette ville inconnue vont bouleverser sa vie. Devenue experte dans l’art de mettre des barrières entre elle et les autres, jusqu’à quand Alice arrivera-t-elle à dissimuler la vérité sur son passé ?

« Avec un talent incroyable, Marie Vareille manie un style plein d’humour et de sincérité. Un roman puissant, moderne et extrêmement bien écrit. »
France Net Infos

 

 

J’ai lu et entendu beaucoup de choses sur Marie Vareille. Du bon, du moins bon, aussi et du mauvais parfois… J’ai tenu donc à me faire ma propre opinion.
On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Tout d’abord, l’écriture est plaisante, et j’avoue avoir accroché très vite à l’histoire. Alice, ce personnage “un peu” psycho-rigide, avec ses tics et ses tocs m’a bien plu, et m’a fait penser à quelqu’un. (n’insistez pas, je ne vous dirait pas qui !)
Je pensais “tomber” sur un feel good traditionnel, mais pas du tout, pour moi cela n’en est pas un !
La structure du récit est intelligente et poétique comme j’aime. On avance dans la lecture en suivant en parallèle deux trames de récits. D’abord, il y a le “Journal d’Alice” qui commence en 2011 et se déroule jusqu’en 2012, où Alice s’adresse directement à Bruce Willis !!! Si, si, je vous assure, c’est même parfois très drôle ! Puis le récit en lui-même, qui commence en 2018 pour s’achever en 2024 (si j’ai bien compté). Cette méthode d’écriture en toute simplicité, force à un rythme de lecture, dans lequel je suis tout de suite entré. Je me suis laissé porter ainsi par les mots de Marie pendant près des deux tiers du roman… Les allers-retours entre le journal intime et le vécu de la jeune femme en alternance, me captivaient de plus en plus.
Il y a aussi pas mal de suspense, et je me suis demandé où voulais en venir l’auteure. Mais j’étais encore loin de deviner ce qui allais m’arriver !

Bravo Marie pour ce “switch” incroyable !
Ou comment l’auteur a l’art et la manière de nous prendre complètement à contre-pied. Whaou !
C’est beau, c’est triste, c’est très touchant…
Oserais-je dire que je suis resté sans voix ?
En-tout-cas, j’ai versé une larme.

“La vie rêvée des chaussettes orphelines”, n’est pas un long fleuve tranquille.
Le récit transporte son lot de drames, de tristesse, de beauté, d’amitié et d’amour. C’est un récit de vie, un récit de foi en la vie. Ce ne sera pas un coup de cœur pour moi, mais il s’en est fallu de peu. L’histoire m’a remué.
Il y a de l’émotion, de la compassion, de l’intensité et bien sûr de l’amour.
Bref, c’est un récit qui a tout ce qu’il faut pour “vivre agréablement“ de mains en mains, encore pendant de longues années…
Très bon moment de lecture avec des personnages qui vont me manquer.
J’ai hâte d’en lire un autre…

PS. Marie a eu la belle idée de nous proposer sa “playlist” musicale. Elle a accompagné toute ma lecture, mais…
Et oui, il y a un MAIS…

J’ai cherché partout “SISTERS” de Scarlette S.R., et impossible de le trouver !!!
Bouhou…

“Marie, si tu lis ce message…
L’ambiance générale et la façon dont tu en parles m’ont donné l’impression que ce morceau existait vraiment.
Si c’est le cas, je suis preneur.
Si un autre titre qui t’a inspiré, je suis preneur aussi !
Quoi qu’il en soit, un grand merci pour toutes ces émotions…
À bientôt, snif…”

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Extraits :

« 10h04. Mon rendez-vous a quatre minutes de retard. 240 secondes de ma vie envolée, mortes, parties dans le néant du monde. Soixante minutes dans une heure. Soixante secondes dans une minute.
Je resserre ma queue-de-cheval pour la dixième fois. Je ne comprends pas. Pour arriver à l’heure, il suffit de partir à l’heure. Je ne vis pas, a priori, dans un espace-temps différent de celui des autres et pourtant, je suis manifestement la seule personne au monde à avoir compris ce grand mystère de la vie que la vaste majorité de l’humanité n’a pas encore réussi à percer :
Temps de trajet = temps de transport + temps de marche + marge de sécurité. »

« …il a planifié un rendez-vous.
À une heure précise.
À un endroit précis.
Si je refuse, je vais déranger son emploi du temps. Peut-être qu’en réorganisant sa journée, il va devoir modifier celui d’autres personnes et le bouleversement de l’ordre établi peut entraîner le chaos. Quelqu’un, un père de famille par exemple, pourrait sortir de chez lui plus tôt, pile au moment du passage d’un taxi, simplement parce que le rendez-vous a été décalé, il se serait fait renverser ou pire, son enfant dans la poussette…
Stop.
Arrête. »

« Tu sais à force de travailler avec mes petits vieux, j’ai appris deux choses essentielles. La première, c’est qu’on se prend la tête toute la journée pour des trucs dont on se souviendra même pas dans un an, alors à l’échelle de toute une vie, autant te dire que ça n’aura plus la moindre importance. Et la deuxième, c’est que vivre vieux, c’est une chance que tout le monde n’a pas, alors les choses qu’on veut vraiment faire dans sa vie, les projet qui nous tiennent à cœur, il ne faut pas attendre avant de les entreprendre parce qu’on sait jamais quand ça s’arrête. »

« La beauté n’est qu’une question de norme sociales dépendantes de ton époque, de ton milieu social et de tes origines géographiques, normes que la société te fait intérioriser dès ta naissance. Par ailleurs, toute apparence physique est éphémère. Choisir un partenaire sexuel pour sa beauté et par conséquent complètement con. »

« …tu es un artiste, et tous les artistes sont des losers jusqu’au jour où ils réussissent. Tu sais, dans les médias, on nous rabâche les histoires des gens qui réussissent en une nuit, le conte de fée des Temps modernes, c’est ça : réussir par hasards, sans mérite ni travail. C’est le pire des mensonges. Quel que soit le domaine, les gens qui réussissent du premier coup sont des exceptions. Et d’ailleurs, c’est pour ça qu’on parle d’eux parce que leur histoire tient du conte de fées. »

 

 

Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Son best-seller “La Vie rêvée des chaussettes orphelines”, traduit dans de nombreux pays, s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires. Il a reçu le Prix des lectrices Charleston 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021. Elle est également l’auteure, aux éditions Charleston, de “Je peux très bien me passer de toi” (Prix Confidentielles) et “Ainsi gèlent les bulles de savon”.

Elle a reçu de nombreux Prix en littérature jeunesse pour sa trilogie “Elia la Passeuse d’âmes” et son roman Young Adult “Le syndrome du spaghetti” a été récompensé du Prix Babelio en 2021.

Thriller, Émotion, Drame

Je pleurerai plus tard

de Mathieu Bertrand
Poche – 9 juillet 2020
Éditions : M + Éditions

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Au cœur d’une petite ville de province, Patrice Lorenzi mène une vie rangée entre des semaines en déplacements professionnels et des week-ends en famille. Le jour où son enfant disparait, ses certitudes sur la réelle valeur de l’existence s’envolent alors que sa vie de fonctionnaire modèle bascule dans l’horreur. Une parole donnée et l’étrange proposition d’un inconnu aux allures de mercenaire vont l’entrainer dans un cauchemar dicté par la haine et animé par la vengeance. Le compte à rebours de son destin, désormais réglé sur huit semaines, ne lui laissera que le répit nécessaire à un seul et unique objectif : devenir un assassin.

 

Couv_047_Bertrand Mathieu - Je pleurerai plus tard

 

J’ai découvert récemment Mathieu Bertrand avec ses thrillers ésotériques. Dans ses romans, le rapport à la mort m’avait beaucoup intéressé, et j’y avais trouvé de nombreux points communs avec mes propres ressentis. Après avoir lu ses trois romans “historiques”, j’ai appris qu’il avait aussi écrit un Polar. Je n’ai pas pu résister, je voulais connaître “son regard” sur cette nouvelle thématique… Dès son premier “essai”, il place la barre très haute !

Attention, pas de courses-poursuites, pas d’enquêtes non plus à proprement dit, quoique… Non, Mathieu s’intéresse ici aux divers ressentis de ceux qui restent lorsqu’il y a un meurtre au sein d’une famille. Très très psychologique, philosophique aussi, on se retrouve très souvent dans “la tête” du héros… Et toujours la mort qui plane…
C’est bien fait, c’est dur et émotionnellement très fort.
J’ai compati, j’ai compris… Mais qu’aurais-je fait à sa place ?

Quelle est la plus terrible épreuve que peuvent vivre des parents ?

C’est l’horreur qui dès lors s’empare de toute une famille, chacun la vivant à sa façon.
Patrice Lorenzi, fonctionnaire dans une prison, n’a plus qu’une seule idée en tête. LA VENGEANCE.
Mais comment faire ? Comment passer au-delà du sentiment d’injustice que ressent toute la famille ? Patrice, lui, ne dort plus, il ne mange plus, il voit sous ses yeux sa femme qui s’éteint petit à petit. Il lui fait une promesse. Peu lui importera les conséquences de celle-ci, ils seront désormais liés à jamais.
Ce roman est un focus sur l’âme d’un homme qui a perdu toutes ses raisons de vivre. Il y a beaucoup d’émotions, de peine, mais jamais de haine, ce qui aurait pu et du être normal. Je n’ai pas pu, ne pas me mettre sa place.

Mathieu nous tire, Mathieu nous emporte dans un tourbillon qu’il a mûrement réfléchi. Il est fort, très fort… et ce jusqu’au “chemin menant à l’enfer…”

Un excellent thriller, qui avec une vraie richesse d’écriture, ne trahit pas ses lecteurs !
Je conseille vivement ce récit…

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Extraits :

« Beaucoup de personnes ont sûrement peur quand ils savent que leur fin est imminente. Ce n’était pas mon cas. Habité d’une certaine quiétude, je me sentais calme. Et pour cause : mon âme allait rejoindre celles de mes proches dans l’au-delà. À moins qu’ils ne soient au Paradis et que je m’en aille en Enfer ? Allez savoir ce qui se passe réellement quand on meurt… personne n’est jamais revenu pour le raconter ! »

« Dans des situations comme celle-ci, l’homme est étrange. Ses réactions et ses décisions sont souvent peu cohérentes. Ainsi, je décidai de me rendre au milieu du jardin d’un pas lent. Après m’être arrêté, les jambes écartées, les bras tendus le long du corps, je serrais mes poings jusqu’à sentir mes ongles pénétrer dans mes chairs. Défiant la Voie lactée de mon regard le plus provocant, le plus haineux, je me mis à crier de toutes mes forces. Mes hurlements de rage durèrent plusieurs minutes jusqu’à ce que ma gorge ne puisse plus sortir le moindre son. La situation semblait avoir réveillé quelqu’un au fond de moi. Un personnage dans l’ombre qui ne cherchait qu’à se manifester, une bête noire tapie dans les profondeurs de mon âme qui ne demandait qu’à sortir. »

« Je n’avais pas réalisé jusque-là combien mon comportement semblait détaché de la réalité. Comme si cette disparition ne me touchait pas. Hormis les deux crises de larmes dans le jardin puis en forêt, je prenais toute cette affaire, aussi dramatique soit-elle, avec un recul étrange, presque indécent. J’aimais pourtant mon fils de tout mon cœur. La plupart des pères seraient en train de courir partout en hurlant, en pleurant, voire même en priant. Pourquoi pas moi ? »

« Cet échange m’avait permis de comprendre combien l’amour d’une personne pour une autre pouvait se transformer en l’impossibilité de vivre l’une sans l’autre, quitte à se laisser mourir pour la rejoindre au paradis, en enfer, ou Dieu sait où… »

« Les deux décès dans ma petite famille m’avaient changé en plaie béante. Cette promesse, à laquelle je venais de m’engager, allait me transformer en bête et me mènerait probablement à ma perte. Ce qui me semblait une fin acceptable, voire même souhaitable. »

 

Mathieu Bertrand est né en 1969 en région parisienne et a passé son enfance en Corse. Ancien élève des Instituts Régionaux d’Administration, il est cadre de la fonction publique. Diplômé de l’Université d’Avignon, il habite en Champagne et est passionné par l’histoire des religions et de façon plus générale, par tout ce qui touche à l’ésotérisme. Son envie d’écrire s’est concrétisée en découvrant les lieux historiques et les légendes d’Aquitaine.
En 2016, il publie son premier roman intitulé “Les émeraudes de Satan”. Son second roman “Je pleurerai plus tard” est un thriller reposant sur la vengeance d’un père meurtri par le destin. Il habite dans la région de Toulouse à Agen.

S’appuyant sur sa passion pour l’ésotérisme et pour certains romanciers tels qu’Éric GIACOMETTI, Jacques RAVENNES, Dan BROWN ou encore Umberto ECO, il écrira deux thrillers “ésotériques” supplémentaires. Actuellement il est en écriture de son cinquième roman qui devrait sortir à l’été 2022.

Drame, Noir, Suspense, Thriller

La toile aux alouettes

de Lou Valérie Vernet
Poche – 5 mai 2022
Éditions : M + Éditions

Deux enquêteurs aux méthodes singulières, surnommés « Les Concertistes », se penchent sur la disparition d’une femme. Tous les indices portent à croire que trois jours auparavant elle a pété les plombs et prémédité son départ. Quand ils soupçonnent qu’elle est la victime d’un redoutable prédateur, sadique et manipulateur, le compte à rebours est déjà lancé.

« J’ai découvert une fin diabolique bien loin des premiers chapitres policés, qui fera hoqueter et lever les sourcils, mais qui est la signature d’un livre réussi, original, audacieux. Un livre que l’on n’oubliera pas, longtemps après l’avoir fermé ».

Maud Tabachnik, écrivain.

 

 

“La toile aux alouettes”, est le premier polar signé par Lou Valérie Vernet.
Il est sorti en 2017, et a été primé du Prix Polar CMB en 2018. Réédité le 5 mai 2022, il refait peau neuve !
C’est le premier tome d’une trilogie à paraître courant 2022…

Tous les matins Clara est réveillée par son voisin qui chante à tue-tête… Mais Clara ne dit jamais rien. Elle s’efface au point presque de devenir “invisible”. Invisible dans son quotidien, sur son lieu de travail, même envers sa propre famille. Elle n’ose pas, ne se plaint jamais, baisse la tête…

Mais un jour, le réveil trop matinal imposé par son voisin est la goutte de trop ! Elle réagit du tac au tac à coups de perceuse dans le mur, met à son tour la musique à fond et dans une même lancée se rend sur son lieu de travail avec une détermination toute nouvelle ! Gare à ceux qui croiseront son chemin…

Mais que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui a poussé Clara à réagir de la sorte, à réagir après toutes ces années ?

Lou Valérie Vernet a construit son récit en trois parties.

  • Dans la première, Lou nous invite à découvrir Clara.
    Une Clara réservée, timide qui passe du temps, beaucoup de temps sur les réseaux sociaux et ce dès qu’elle sort de son travail. Elle fera la connaissance de Domino en naviguant sur la toile, le “frère” qu’elle n’a jamais eu.
  • Dans la seconde, ce sont “Les concertistes” qui entrent en scène, des enquêteurs vraiment très atypiques, qui m’ont agréablement surpris et porté dans leur monde disjoncté !
    Dans cette partie, le ton du récit se durcit, devient plus violent…
  • Et enfin dans la troisième… Wahou !!!
    Une tension extrême m’a mené vers un final que rien ne laissait présager en tout début de ma lecture…
    Cette construction originale, m’a permis d’appréhender petit à petit les différents protagonistes du récit, de m’y attacher ou de les détester.

L’intrigue est bien menée. Lou a cette plume, mordante et poétique, elle nous transporte dans son récit, elle joue avec les mots et les idées à travers une tristesse omniprésente. Ses personnages à la psychologie exacerbée sont toujours décrits avec finesse et elle leur offre des dialogues sur mesure, qui fusent en un rebondissement incessant.
Attention, âmes sensibles le “pire” reste encore à venir !
Clara va sombrer dans un cauchemar, blessée et manipulée par un horrible prédateur, prise dans sa toile… elle n’aura de choix que de céder à tous ses vices pour rester en vie.

Ce premier polar de Lou, très atypique est très différent des polars que j’avais lus jusqu’alors. Mais le plus simple, serait que vous vous fassiez votre propre opinion.
Dans tous les cas, je recommande vivement !

Je remercie M+ Éditions pour leur envoi en SP. Une relecture pour moi, mais toujours un vrai plaisir… Hâte de découvrir les tomes suivants (que je n’ai pas encore lus !).

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Extraits :

« C’était un matin blanc recouvert de givre, un matin serti de froid aux reliefs argentés. Les voitures gisaient telles des congères ; une armée blanche en déroute. Quiconque aurait levé la tête aurait découvert un ciel bleu et immobile, mais quiconque à cette heure-ci n’était pas dehors. On était dimanche, il était à peine huit heures du matin, la ville dormait encore. Un homme seul marchait sur le trottoir. Cheveux en bataille, grisonnants, yeux clairs, la silhouette fine, le pas énergique, vêtu d’un jean marron, il avait enfoncé ses mains dans les poches latérales de son bombers. Une allure à la Gérard Lanvin dans ses meilleurs jours. Bourrue et renfrognée. »

« Il n’y a que deux couleurs existantes au monde Petite Sœur : le jour et la nuit. Soit tu es dans l’ombre, soit tu es dans la lumière, mais l’entre-deux n’existe pas. Le courage est de choisir son camp, de ne pas fermer les yeux, d’accepter son sort. C’est comme de prétendre que la solitude existe. Mais ça aussi c’est faux. La solitude n’existe pas. Personne n’est jamais seul. Tout le monde est habitée continuellement, soit par des fantômes, soit par des fantasmes. Ou cet autre est un espoir ou cet autre est un regret. L’homme est peuplé de tellement d’autres qu’il ne peut plus être seul un seul instant. Ce que chacun nomme la solitude n’est rien d’autre que de l’absence physique. Mais la solitude n’existe pas. »

« Partout dans le monde des gens écrivaient des choses que personne ne lisait. Il lui suffisait de fureter à la recherche de tous ces pseudos écrivains en mal de reconnaissance. Le plagiat d’inconnus : qui avait le temps de s’en soucier ? Une vraie mine d’or ! Il n’avait jamais eu à écrire une ligne. N’aurait pas su. Il n’avait eu qu’à se servir. Recopier. Au moins, tous ces prétendus poètes, scribes maudits, étaient lus. Grâce à lui. Et pas qu’une fois. Il avait tissé sa toile, jour après jour, comptabilisant au final plus de mille connexions partout dans le monde. »

« Le commun des mortels était saturé de tout et c’était la misère sociale qui envahissait le décor des rues, qui se fissurait à la moindre agression, qui pointait sa violence dans un ras-le-bol de frustrations, griffant les hommes de plus en plus jeunes dans des explications de plus en plus banales. Chaque seconde, un être humain entrait en collision avec un autre qui, absous de son humanité, ne se retenait plus d’étouffer sa femme, d’égorger son voisin, de battre son enfant, de violer une inconnue, d’éjaculer sa colère pour un tête-à-queue fait à son existence. »

« Il fait trop beau. Le soleil n’a aucune pudeur. Il est cru, tapageur, je suis obligée de voir. Cette fois-ci, les ombres sont en moi. Continuer de faire semblant serait un leurre, je l’ai usé. Usé comme peut l’être un vieux vinyle trop de fois passé en boucle. Toute ma vie, j’ai fait semblant. D’abord, j’ai fait semblant de grandir. Et puis, j’ai fait semblant d’apprendre. J’ai fait semblant de travailler, semblant de ne rien ressentir à travailler. J’ai fait semblant de trouver bonnes des choses que je détestais. Hier encore, je me suis levée et j’ai fait semblant. Comme hier et avant-hier et avant-avant-hier. J’avais juste à me répéter. Je me décalquais. J’allais mine de rien. J’agissais comme si. J’étais une apparence, un doublon. J’ai fait semblant de croire que c’était peut-être le dernier jour que je faisais semblant. Qu’il n’y avait plus que cette nuit encore à passer et que demain, au réveil, c’est sûr, je n’aurais plus à faire semblant. Souvent, j’ai fait semblant de sourire, parfois même, j’ai fait semblant de souffrir. Pour qu’on m’aime un peu plus. J’ai fait semblant de tout et j’ai bien réussi. Et tout ça pour quoi ? Pour cacher quoi ? Si j’étais quelqu’un d’autre, qui suis-je ? »

 

 

Lou Valérie Vernet, auteure multicartes, signe ici son tout premier polar, déjà paru en 2017 et primé du Prix Polar CMB en 2018. Premier opus d’une trilogie (à paraître courant 2022), elle a aussi publié deux thrillers et sept autres romans. Tous confirment son talent à manier en virtuose, l’art de la mystification et à sonder les profondeurs de l’âme. Par ailleurs, photographe amatrice, baroudeuse des grands espaces, essayiste et poète à la plume acérée, elle n’en reste pas moins attachée à sa devise préférée « Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant ». B. Fontenelle.