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Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Histoire

L’Enfant sans étoile

de Raphaël Delpard
Poche – 22 septembre 2010
Éditeur : Calmann-Lévy

L’itinéraire tourmenté d’un enfant caché pendant l’Occupation.

Parigné-l’Evêque dans la Sarthe. En 1943, les persécutions nazies se déchaînent. Louise Leblanc a accepté d’héberger un orphelin d’environ six ans que lui a confié un réseau de sauvetage d’enfants. En état de choc, amnésique, le garçon ne se souvient pas même de son nom. Louise lui donne un prénom, Jean, et l’inscrit sous son propre patronyme à l’école.
Les habitants du bourg l’acceptent comme l’un des leurs. Jean retrouve par bribes la mémoire à mesure qu’il s’acclimate à son nouvel environnement.
Mais un jour, le facteur avise Louise qu’une dénonciation anonyme a été envoyée à la gendarmerie l’accusant de cacher un enfant juif. Entre les villageois solidaires et les complices de la barbarie, s’engage alors une course de vitesse à l’issue jusqu’au bout incertaine…

Lorsque j’ai ouvert L’Enfant sans étoile de Raphaël Delpard, je savais que j’allais plonger dans l’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Pourtant, ce que j’y ai trouvé dépasse largement le simple récit de guerre. J’y ai découvert une magnifique histoire d’amour, de courage et d’humanité.

Nous sommes en 1943, dans la campagne sarthoise. Jean, un petit garçon juif rescapé du camp de Gurs, est confié à Louise Leblanc par un réseau de résistance. L’enfant est brisé, affaibli, presque absent au monde. Louise, elle, décide de tout faire pour lui rendre la vie, malgré les risques immenses que cela représente.

Très vite, je me suis attaché à ces deux personnages. Entre eux se noue un lien bouleversant, fait de tendresse, de protection et d’espoir. Dans un contexte où la peur, les dénonciations et la barbarie règnent, Raphaël Delpard choisit avant tout de mettre en lumière ce qu’il y a de plus beau chez l’être humain et c’est beau.
J’ai particulièrement aimé la façon dont l’auteur décrit la campagne française de cette époque. Ses paysages, ses moissons, ses villages semblent baignés d’une douceur presque irréelle, contrastant avec l’angoisse permanente de l’Occupation. Cette atmosphère donne au roman une force émotionnelle particulière.

L’écriture est simple, fluide et profondément sincère et j’ai senti derrière chaque page le travail de mémoire, mais aussi l’émotion personnelle d’un récit inspiré de faits vécus. Raphaël Delpard rend un hommage vibrant à ces femmes et ces hommes ordinaires qui ont risqué leur vie pour sauver celle des autres.

Au fil des chapitres, j’ai partagé les peurs de Jean, les souvenirs flous de ses parents, son désir de survivre et l’espoir de les retrouver un jour. Mais j’ai surtout été touché par cette formidable leçon d’humanité qui traverse tout le roman.

L’Enfant sans étoile est un livre tendre, émouvant et lumineux malgré l’ombre de la guerre. Une histoire qui rappelle que même dans les périodes les plus sombres, il y aura toujours des personnes qui choisiront la générosité plutôt que la peur. Cette lecture m’a profondément touché et je referme mon livre avec beaucoup d’émotion…

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Extraits :

« L’histoire de l’enfant commença le 15 mai 1943 à l’aube. Une jeune femme dont la silhouette était encore proche de l’adolescence frappa à la porte de la maison de Louise Leblanc, rue Basse-de-Brette, à Parigné-l’Évêque, dans la Sarthe.
Elle entra dans la cuisine d’un pas pressé, sur son passage heurta une chaise qui était éloignée de la table, puis, faisant une halte au centre de la pièce, du regard chercha un endroit où poser l’enfant qu’elle tenait serré contre sa poitrine, enveloppé dans une couverture. »

« — Et si l’enfant a besoin d’un médecin ?
— Une infirmière est prévenue de l’arrivée de votre pensionnaire. Elle viendra demain ou après-demain au plus tard. Compte tenu de sa situation, un médecin ne tardera pas également à vous rendre visite. Vous ne paierez rien.
— Et s’il a besoin de médicaments ?
— On vous dira le moyen d’en obtenir.
— Qui me le dira ?
— La Sarthoise. Chaque fois qu’un besoin se fera sentir, vous trouverez la marche à suivre dans la boîte à lettres.
— Cette Sarthoise, l’avez-vous déjà rencontrée ?
— Jamais. Je ne fais que vous répéter ce que je lis. Je n’en sais pas plus. »

« Un jour nouveau commençait. Louise Leblanc était insensible au ciel tissé de bleu, à l’air alourdi, aux piaillements des oiseaux. Sur le pas de la porte de sa maison, elle essayait de chasser le bourdonnement qui emplissait sa tête et l’empêchait de réfléchir. Elle n’avait aucun regret d’avoir accepté de prendre un enfant chez elle. D’où venait alors le trouble qui l’accablait? De réaliser qu’elle était désormais membre d’un réseau de Résistance, sans l’avoir ni voulu ni demandé? Elle se sentait si petite, minuscule, dans la grandeur du monde. Le malaise ne venait-il pas en réalité de la crainte de ne pas se montrer à la hauteur de la tâche qu’on venait de lui confier ? Comment s’y prend-on pour redonner le goût de la vie à un enfant qui est au bord du précipice ? »

« Avez-vous compris que Serge nous a donné une leçon de civisme? Comment naît le racisme ? En désignant l’autre comme différent. Serge a une bosse dans le dos. Alors, la belle affaire! Lequel d’entre vous n’a-t-il pas un défaut? Un genou plus gros que l’autre, les oreilles décollées. La bosse de Serge le rend-elle moins capable que Didier de faire du foot ?
Il attendit la réponse. Voyant qu’elle ne venait pas, il frappa dans ses mains. Les élèves se levèrent comme un seul homme et sortirent de la classe, soulagés de se retrouver à l’extérieur. »

« Durant l’heure suivante, Jean fut ailleurs. La classe était devenue un monde flou, les explications de Françoise Marchand lui parvenaient comme au travers d’un mur de ouate. Comment répondre à un nom qui n’est pas le sien ? Comment habiter une identité étrangère ? C’est mettre un costume trop large ou trop étroit, porter un chapeau de travers. Tout le monde voit bien que cela ne vous va pas. Un nom, c’est en apparence peu de chose, mais cette addition de lettres forme une musique unique. Il est faux de croire qu’on peut en changer facilement, que n’importe quelle suite de lettres peut faire l’affaire. Un nom est un signe dans le ciel, un rendez-vous permanent avec soi-même, un miroir tendu qui ne vous quitte pas, une balise par temps de brouillard. »

Raphaël Delpard, cinéaste et romancier, est né le 26 janvier 1942 à Paris 11e.
Il est l’auteur d’un travail de mémoire sur l’Algérie : 20 ans pendant la guerre d’Algérie, L’Histoire des pieds-noirs d’Algérie, Les Oubliés de la guerre d’Algérie (Éditions Michel Lafon).

Il suit simultanément une formation de théâtre et de marionnettiste avec Jean-Loup Temporal, et réalise quelques tournées scolaires avec sa propre compagnie et un spectacle de sa création, Pierrot au pays des poissons. Il travaille ensuite comme scénariste pour des réalisateurs tels Jean-Pierre Mocky, Sam Peckinpah et Robert Enrico, puis réalisateur de sujets divers. L’une de ses premières réalisations, un film de commande s’inscrivant dans la tradition française du comique troupier Les Bidasses aux grandes manœuvres, lui apportera des ouvertures vers le genre qui lui tenait à cœur: le cinéma fantastique.

Également acteur en 1980, il tient le rôle du mari dans Un amour d’emmerdeuse, comédie sensible décrivant les péripéties d’un couple après l’arrivée d’un enfant. La même année il réalise La Nuit de la mort (ressorti en vidéo sous le titre Les Griffes de la Mort), l’une des rares incursions françaises dans le domaine du film gore. Peu remarqué par le public français (du fait de sa sortie au même moment que le Shining de Stanley Kubrick), il connaîtra un certain succès aux États-Unis, recevant, pour l’occasion, un télégramme d’encouragement de la part de Tobe Hooper. Il mettra en chantier un film fantastique, Clash, sélectionné en 1984 au Festival d’Avoriaz, puis une comédie en 1985, Vive le fric, avant de délaisser le cinéma pour se consacrer à l’Histoire.

Depuis 1993, il se consacre davantage à la littérature. Son premier livre-document, Les Enfants cachés choisi dès sa parution par Bernard Pivot pour son émission Apostrophes sur Antenne 2 en 1993, est un succès. Il écrit ensuite des livres-documents sur l’Occupation, la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie. Sa première incursion dans l’histoire romancée, sortie dans une collection « Le Roman d’Amour de… » en octobre 2016, réhabilite Lucrèce Borgia. Depuis, comme l’atteste la partie « Publications » ci-dessous, il est revenu au livre-document, parfois romancé tel « La Cavalcade des Enfants Rois« . Mais pas exclusivement: il a publié une biographie de Bourvil, sortie fin 2025, en hommage à l’artiste qu’il a bien connu.

Il est revenu au cinéma en réalisant trois films documentaires tirés de ses livres éponymes : Les Enfants Cachés (1998), Les Convois de la honte (mars 2010) et La Conférence de la Honte (2022). Inspiré par l’écriture cinématographique des documentaires britanniques, il incorpore des évocations entre les témoignages et les documents.

Il écrit également plusieurs romans, dont : Pour l’amour de ma terre, L’Enfant qui parlait avec les nuages, Le Courage de Louise qui se situent dans la Sarthe. La substance est celle de la paysannerie au siècle dernier.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Humour

Le Bonheur n’a pas de rides

de Anne-Gaëlle Huon
Poche – 3 avril 2019
Éditeur : Le Livre de Poche

Le plan de Paulette, quatre-vingt-cinq ans, semblait parfait : jouer à la vieille bique qui perd la tête et se faire payer par son fils la maison de retraite de ses rêves dans le sud de la France. Manque de chance, elle échoue dans une auberge de campagne, au milieu de nulle part.
La nouvelle pensionnaire n’a qu’une idée en tête : quitter ce trou, le plus vite possible ! Mais c’est compter sans sa nature curieuse et la fascination que les autres résidants, et surtout leurs secrets, ne tardent pas à exercer sur elle. Que contiennent en effet les mystérieuses lettres trouvées dans la chambre de monsieur Georges ? Et qui est l’auteur de l’étrange carnet trouvé dans la bibliothèque ?
Une chose est certaine : Paulette est loin d’imaginer que ces rencontres vont changer sa vie et peut-être, enfin, lui donner un sens.

Pétillant ! Drôle ! Émouvant ! À lire sans attendre !
Sylvie, Fnac Nevers.

J’ai fait une sacrée rencontre avec Paulette. Quatre-vingt-cinq ans, un caractère de feu et une détermination à toute épreuve. Dès les premières pages, cette femme irascible et terriblement attachante m’a conquis. Bien décidée à ne pas se laisser dicter sa fin de vie, elle se retrouve pourtant dans une auberge de campagne où elle n’avait aucune envie de poser ses valises, suite aux manipulations de sa belle-fille.
Mais ce lieu, peuplé de personnages hauts en couleur, va peu à peu bouleverser ses certitudes. Entre Yvon le patron bourru, Nour la cuisinière au tempérament bien affirmé, Juliette et les autres pensionnaires, chacun porte des blessures, des secrets, mais aussi des espoirs. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir leurs histoires à tous, à voir les liens se tisser entre eux et les cœurs s’ouvrir.

Anne-Gaëlle Huon signe un roman profondément humain, où l’humour côtoie l’émotion avec une grande justesse. J’ai souvent souri devant les répliques savoureuses de Paulette, mais j’ai aussi été touché par la tendresse qui se dégage dans certaines pages. Plus l’histoire avançait, plus les masques tombaient, révélant des blessures anciennes et des motivations bouleversantes. Le dernier tiers du roman est particulièrement émouvant…

J’ai particulièrement aimé la manière dont l’autrice aborde la vieillesse, non comme une fin, mais comme une période encore pleine de possibles. Elle nous parle du vivre-ensemble, de l’amitié, de la solidarité et de ces rencontres inattendues capables de changer une existence.
L’écriture est fluide, chaleureuse et lumineuse. Les personnages semblent réels, si proches que j’ai eu l’impression de partager leur quotidien. Au fil des pages, je me suis laissé porter par cette histoire remplie de douceur, de souvenirs, de musique, d’amour et de petits bonheurs simples. la vie…

Le Bonheur n’a pas de rides est un roman qui fait du bien. Un récit tendre et sincère qui rappelle que le cœur, lui, ne vieillit jamais. Une lecture réconfortante que j’ai refermée avec le sourire et une belle émotion.

Merci Anne-Gaëlle pour toutes ces émotions ressenties !

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Extraits :

« Sylviane détestait être en retard les jours de marché. Après il faisait chaud et c’était impossible de se garer. Elle jeta un œil à l’horloge sur le tableau de bord et accéléra dans la descente. Dans le poste, un animateur enthousiaste annonçait le programme des festivités du 14 Juillet. Sylviane éteignit la radio. La cohue, les pétards et les odeurs de merguez lui donnaient déjà la migraine. Devant elle, une vieille Polo semblait profiter du paysage.
— Mais avance, bon Dieu ! s’égosilla Sylviane.
Elle passa la seconde brusquement et déboîta sur la file de gauche pour doubler. Arrivée au niveau du conducteur – un vieux monsieur aux verres épais, le nez collé sur le volant – elle klaxonna.
— C’est pas un sentier de randonnée ! cracha-t-elle à travers la fenêtre. »

« Elle s’apprêtait à ouvrir la portière quand Nour lui mit la main sur le bras.
Pas de ce petit jeu avec moi, madame Paulette. Avec votre fils et votre bru si ça vous amuse, mais pas avec moi. Nous savons très bien toutes les deux que vous avez toute votre tête. Donc évitez s’il vous plaît de vous payer la mienne.
Paulette resta interdite.
Et tant qu’on y est, arrêtez aussi vos enfantillages avec monsieur Yvon. Il a été suffisamment clair avec votre fils. Dans quelques jours vous serez partie. Restons-en là. En attendant, si j’étais vous, je profiterais du paysage.
Paulette lui jeta un regard noir et claqua la porte. »

« Léon repoussa le dos de saumon d’un coup de patte.
Assis comme à son habitude sur le bord de la fenêtre, il se dorait le museau dans un rayon de soleil.
Il se lécha les pattes avec application, réservant ses papilles pour quelque mets plus à son goût. Nour, les poings sur les hanches et le torchon sur l’épaule, soupira. »

Née en 1984 à Toulon, Anne-Gaëlle Huon fait des études de lettres en région parisienne. En 2014, son départ en famille à New-York lui donne l’occasion de se tourner vers l’écriture. Elle écrit Le Bonheur n’a pas de rides qui met en scène Paulette, une vieille dame au caractère bien trempé. Le succès est immédiat. Le roman rejoint la collection du Livre de Poche en 2018 au plus grand plaisir des lecteurs.​

En 2019, elle publie Même les méchants rêvent d’amour, aux éditions Albin Michel, un roman inspiré de l’histoire de sa grand-mère. En 2020, Les Demoiselles rend un hommage pétillant au Pays basque et aux couseuses d’espadrilles qui ont marqué l’Histoire. Ce roman reçoit le Prix des Lecteurs U, le Prix des lecteurs Culture Presse et le Grand Prix de l’Innerwheel.

En 2021, elle publie Ce que les étoiles doivent à la nuit, un spin off de son roman Les Demoiselles, une ode à l’espoir et à la résilience. L’intrigue, qui se déroule au Pays basque, nous invite à un voyage gastronomique dans l’univers des tables étoilées.

Plébiscités par plus d’un million de lecteurs, ses romans sont traduits dans de nombreux pays.

Amour, Émotion, Famille

À l’adresse du bonheur

de Lorraine Fouchet
Broché – 3 mars 2022
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

En lisant les petites annonces, Pierre Saint-Jarme découvre que Ker Joie, la maison de famille vendue dix ans plus tôt, est de nouveau sur le marché. Il se précipite pour la racheter. Trop tard. Alors il la loue, le temps d’un week-end, pour réunir la tribu sur l’île de Groix et organiser l’anniversaire d’Adeline, sa mère. Mais Pierre n’est pas le seul à lire les journaux… Un accident survenu il y a trente-sept ans s’invite à la fête. Tandis qu’Adeline souffle ses quatre-vingts bougies et pioche des moments précieux dans le bocal à émotions, les fracas du passé tracent vers l’île. Et si vous pouviez racheter votre maison d’enfance ? Ce roman ravive les souvenirs, parle du serment d’Hippocrate, de rancune tenace, et surtout d’amour. Il appelle à éclairer la nuit pour ceux qu’on aime, et réveille le parfum des vacances et des recettes de grand-mère.

J’aime beaucoup les romans de Lorraine Fouchet. À chaque lecture, je retrouve cette capacité qu’elle possède à parler de la famille avec une infinie tendresse, sans jamais oublier ses blessures, ses secrets et ses failles. À l’adresse du bonheur n’a pas fait exception.
L’autrice m’a emmené une nouvelle fois sur l’île de Groix, au large de la Bretagne, dans un décor lumineux où les paysages semblent respirer au rythme des émotions de ses personnages. Lorsque Pierre Saint-Jarme découvre que l’ancienne maison familiale, Ker Joie, est de nouveau en vente, il y voit l’occasion de renouer avec une partie de son histoire. Mais le destin en décide autrement. Pierre décide alors par dépit de la louer pour un week-end, car sa mère Adeline fête ses quatre-vingts ans, où toute la famille sera présente, mais ce retour sur les terres de son enfance va réveiller bien plus que des souvenirs.

Au fil des pages, j’ai fait la connaissance d’une galerie de personnages profondément humains, tous porteurs de leurs doutes, de leurs blessures et de leurs espoirs. Au centre de cette famille rayonne Adeline, une femme de quatre-vingts ans pleine de sagesse, de courage et de bienveillance. Véritable pilier du récit, elle éclaire ceux qui l’entourent comme un phare dans la tempête.

J’ai été particulièrement touché par Pierre, médecin marqué par la pandémie et par le sentiment douloureux de n’avoir pas toujours pu sauver ceux qu’il voulait protéger. À travers lui, Lorraine évoque avec beaucoup de justesse la souffrance silencieuse des soignants, leur impuissance et même leurs questionnements.
Mais ce roman est aussi une histoire de transmission, de pardon et de réconciliation. Les rancœurs anciennes refont surface, les secrets de famille émergent peu à peu, et chacun devra trouver la force d’avancer sans rester prisonnier du passé.
J’ai aimé ce qui se dégage de cette lecture. Même lorsque les personnages traversent l’épreuve, l’autrice conserve un regard profondément humain et résolument optimiste. Elle nous rappelle que le bonheur n’est jamais très loin lorsqu’on accepte d’ouvrir son cœur.

La Bretagne, magnifiquement décrite, devient un personnage à part entière. Les embruns, les paysages marins et la lumière de l’île de Groix enveloppent le récit d’une atmosphère réconfortante et pleine de charme. Porté par une écriture sensible, des chapitres courts et un rythme fluide, À l’adresse du bonheur est un roman qui fait du bien. Une histoire lumineuse, émouvante et pleine d’espérance qui m’a offert un moment de sérénité.

Un livre qui porte admirablement son nom et qui m’a laissé, une fois la dernière page tournée, un sourire discret au coin des lèvres.

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Extraits :

« Pierre Saint-Jarme a toujours aimé les petits déjeuners. Enfant, il souriait à son bol de chocolat en y trempant sa tartine de beurre salé. Adulte, il savoure son expresso en lisant le journal, croque dans un croissant et regarde les annonces immobilières : « propriété prestigieuse »,
« demeure d’exception », « site de toute beauté », des mots dithyrambiques. Clarisse boit son café long, à l’américaine, dans un mug rouge, en parcourant un magazine. »

« Pierre peste. Il a beau rappeler l’agence immobilière, il tombe systématiquement sur un insupportable répondeur qui répète d’un ton sirupeux que son correspondant est déjà en ligne et lui demande de renouveler son appel. Il grimace, fébrile, se ronge l’ongle du pouce. Persiste. Enfin, on répond.
– Ah, je commençais à m’inquiéter. Je suis le docteur Pierre Saint-Jarme. J’ai lu votre annonce. Je suis acheteur au prix demandé. »

« Pierre rentre chez lui, radieux et transfiguré.
-J’ai vu Charles, tout est arrangé! annonce-t-il à Clarisse. On signe à l’agence immobilière demain matin à 10 heures. Tu ne peux pas savoir ce que ça représente pour moi.
– Je crois que si, murmure sa femme.
Il la serre contre lui.
– La cohabitation avec ma famille n’a pas toujours été facile pour toi à Groix, je sais.
– C’est un euphémisme. Mais je t’aime, Pierre, de la Terre à la Lune et retour.
– Je t’aime, Clarisse, de Groix à la grande terre et retour.
– C’est moins loin, fait-elle en riant. »

« Pierre, dix-huit ans, et Paul, seize ans, braillent des chants de marins et boivent jusqu’à plus soif au Ty Beudeff, le mythique bar du port de Groix. Les frères Saint-Jarme sont connus là-bas, comme le loup blanc dirait leur mère Adeline, comme le thon blanc se marre Paul. Les frérots ont repéré une fille ravissante, une Vannetaise blonde aux yeux dorés avec des seins pommelés sous un tee-shirt floque Brav Eo Ar Vuhez, qui signifie en breton « La vie est belle ».
– Elle est pour moi, prévient Pierre.
– Pas question, que le meilleur gagne ! »

Lorraine Fouchet est écrivaine, scénariste et docteur en médecine, née le 22 octobre 1956 à Neuilly-sur-Seine.

Elle est la fille unique de Christian Fouchet (1911-1974), qui a rallié Londres le 17 juin 1940 et la France Libre le 19 juin 1940, ambassadeur, ancien ministre du général de Gaulle, et de Colette Fouchet, née Vautrin (1926-2018), membre de la Résistance intérieure française. Son grand-père maternel était le général Jean-Emile-Alexis Vautrin, organisateur de la Résistance dans le sud-est de la France, et sa grand-mère Antoinette Vautrin (née Salmon-Mercier) était membre du réseau Gallia. Les trois frères aînés de son père sont morts pour la France, comme le frère aîné et le père de sa mère. Son grand-père paternel Raymond Fouchet était Officier de Cavalerie.

Son arrière-arrière-grand-père maternel, Eugène Mercier (1838-1904), était le fondateur de la Maison de champagne Mercier.

Elle fait ses études primaires à Copenhague puis à l’Institut de La Tour, ses études secondaires au lycée La Folie Saint-James puis à Sainte-Marie de Neuilly.

Elle a été pendant quinze ans médecin d’urgence au SAMU de Paris, à Europ Assistance et à SOS Médecins Paris, et médecin des Théâtres de Paris, avant de se consacrer à l’écriture. Le dimanche 3 mars 1996, alors qu’elle a publié 3 romans, elle est de garde à SOS Médecins, et rédige le certificat de décès de Marguerite Duras.

Elle se partage entre les Yvelines et l’île de Groix dans le Morbihan.

Elle a reçu le prix Littré 1997, le prix Anna de Noailles de l’Académie française 1998, le prix des Maisons de la presse 2003, le prix Ouest 2016, le prix Bretagne – priz Breizh 2016, le prix des Lecteurs U 2017. Elle a été de 2018 à juin 2021 présidente de la Commission LIR au Centre National du Livre. Elle est la marraine de l’Association Livres en Loire et a été de 2020 à 2022 présidente du jury du prix Honoré de Balzac. Elle a été en 2023 présidente du jury du prix Jean Anglade.

Poste restante à Locmaria (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/poste-restante-a-locmaria-de-lorraine-fouchet/

Les Couleurs de la vie (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/29/les-couleurs-de-la-vie/

Tout ce que tu vas vivre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/20/tout-ce-que-tu-vas-vivre/

J’ai failli te manquer (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/26/jai-failli-te-manquer/

Émotion, Drame, Psychologie, Suspense

Derrière les volets bleus

de Florence Tachoires
Broché – 11 juin 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Affronter son passé sera inévitable… tout comme choisir qui elle veut devenir.

Afin de fuir un avenir incertain, Rosa se réfugie chez son grand-père au bord du bassin d’Arcachon. Mais la découverte du corps de Jérémy, son ami d’enfance, bouleverse tout.
Pour comprendre, la jeune femme plonge au cœur de l’île aux Oiseaux et se heurte à un enchevêtrement de secrets et de vérités dérangeantes.

Quand la vérité se révèle encore plus dangereuse que la mort elle-même !

Je découvre Florence Tachoires avec Derrière les volets bleus, et quelle belle surprise…
Dès les premières pages, j’ai été happé par une atmosphère singulière, à la fois douce, mystérieuse et profondément troublante.

Au cœur du bassin d’Arcachon, entre l’Île aux Oiseaux, les cabanes emblématiques et les embruns marins, l’autrice déploie un décor d’une grande intensité. J’avais l’impression de sentir le vent salé sur mon visage, d’entendre le clapotis de l’eau et le chant des oiseaux. Ici, les lieux ne servent pas seulement de toile de fond. Ils deviennent de véritables personnages.

J’ai suivi Rosa avec beaucoup d’émotion.
Touchante, fragile parfois, mais déterminée, elle avance au milieu des non-dits, des blessures anciennes et des secrets enfouis. La mort de Jérémy agit comme un déclencheur et ouvre la voie à une quête de vérité qui deviendra peu à peu une quête intérieure.

J’ai particulièrement apprécié la construction du récit, faite d’allers-retours entre passé et présent. Florence Tachoires distille les révélations avec beaucoup d’habileté, nous invitant à assembler les pièces d’un puzzle complexe dont chaque élément trouve finalement sa place.
Les personnages ont beaux être nombreux, chacun possède sa voix, son histoire et sa part d’ombre. Ce roman est bien plus qu’une enquête. C’est une plongée dans les méandres de l’âme humaine, dans les rancœurs, les regrets, les silences et les blessures que le temps ne parvient pas toujours à effacer.

La plume de l’autrice, est fluide, élégante et délicate… Elle sait créer une tension psychologique subtile qui ne cesse de grandir jusqu’aux dernières pages.
J’ai refermé ce roman le cœur serré, avec cette sensation particulière d’avoir partagé quelque chose d’intime avec ses personnages.
Derrière les volets bleus est un thriller psychologique qui m’a captivé, il est empreint d’émotions et d’humanité, tout ce que j’aime.

Une très belle découverte que je recommande aux amateurs de mystères, de secrets de famille, mais aussi de récits humains.

Une nouvelle fois, un grand merci à Joël Maïssa de Taurnada éditions !

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Extraits :

« Elle descendit de la voiture. Sa silhouette se découpa sous un réverbère. Trentenaire, grande et élancée, elle dégageait une énergie tranquille. Rosa était une femme que l’on remarquait. Sa haute taille, héritée d’un père au physique imposant, la forçait souvent à se pencher vers les autres, une inclinaison qui lui donnait l’air d’écouter plus qu’elle ne parlait. C’était peut-être cela qui attirait les confidences à elle. Mais en cet instant, ses traits semblaient figés, sa bouche fine dessinait une ligne droite presque sévère, et ses paupières pesaient sur ses yeux d’un bleu changeant. »

« Rosa se versait une seconde tasse de café quand son téléphone vibra. Appel vidéo de Yann.
« J’ai beaucoup réfléchi », dit-il, la voix molle.
Chaque fois que Yann commençait ainsi, c’était pour revenir sur un sujet laissé en suspens. Le week-end dans les Pyrénées. Elle quitta la cuisine où Max prenait son petit déjeuner pour s’installer au salon. Smoky se coucha aussitôt à ses pieds.
Yann souffla sans énergie dans le téléphone.
« C’est à cause de moi que tu es partie si vite ? » demanda-t-il. »

« Claudio effleurait le clavier de son ordinateur. Il touchait son problème du bout des doigts. Ce n’était pas l’angoisse de la page blanche qui le bloquait, non, mais une forme de syndrome de Stockholm. Il était prisonnier des mots, pris en otage par la langue, et pourtant étrangement satisfait de cet emprisonnement. Pourquoi déranger le vocabulaire ? Pourquoi aligner des phrases ? Pour explorer les recoins obscurs de l’hu-manité, pénétrer des esprits tortueux, nommer l’innommable, faire parler les silences, recréer la réalité ?
Quelle arrogance ! »

« Sous un ciel bas, les contours noyés dans la brume de l’ile de Noirmoutier apparurent.
Claudio ralentissait devant le portail de la maison d’Isabelle lorsqu’un son strident fendit soudain l’habitacle. Il hésita un instant à décrocher.
« Monsieur Maril, dit une voix glaciale qu’il ne connaissait que trop. La banque Richelieu exige la couverture immédiate de votre découvert. À défaut, une saisie sera engagée dès demain matin. »
Le message tomba telle une sentence. Pétrifié, Claudio serrait le volant, les jointures blanchies par la pression. Depuis des semaines, il mentait à son banquier pour repousser l’inévitable. Maintenant, la réalité le rattrapait. Une sueur glacée perla sur son front.
Il supplia le banquier, qui ne l’écoutait plus.
C’était fini. »

Florence Tachoires vit dans le sud-ouest de la France avec sa famille.
Avant de se consacrer pleinement à l’écriture, elle occupait un poste de cadre en statistiques et en stratégie commerciale au sein d’une entreprise internationale.

Émotion, Biographie, Drame, Histoire vraie, Journalisme d'investigation, Philosophique, Psychologie

L’Homme sans fil

de Alissa Wenz
Broché – 5 janvier 2022
Éditeur : Denoël

“S’amarrer dans des villes inconnues, ne pas savoir où il va dormir, voilà ce qu’il aime. L’exaltation du nouveau. C’est exactement ce qu’il ressent quand il entre dans des réseaux informatiques. Oui, c’est la même chose, se dit-il, c’est un acte de foi. […] Les journaux l’appellent ainsi : le hacker sans abri.”

En 2010, le jeune soldat Bradley Manning est accusé d’avoir divulgué des documents classés secret-défense, révélant d’importantes bavures de l’armée américaine. Il risque alors la prison à perpétuité. Qui se souvient aujourd’hui d’Adrian Lamo, l’homme qui l’a dénoncé ? Hacker hors pair, Adrian Lamo est une légende dans son domaine. Mais le génie adulé, l’insolent vagabond, s’isole progressivement. Happé par les univers parallèles dont il se fait l’architecte, Adrian Lamo s’extrait peu à peu de la vie. Il perd dangereusement le fil du réel, entraînant dans sa chute ceux qui l’admiraient.

Avec une grande finesse, Alissa Wenz explore la part sombre de notre humanité et compose le portrait saisissant d’un antihéros 2.0.

Avec L’Homme sans fil, Alissa Wenz m’a entraîné dans une histoire aussi fascinante que troublante, à la frontière du roman, de l’enquête journalistique et du récit biographique. Une lecture singulière qui m’a permis de découvrir un personnage que j’ignorais. Adrian Lamo, hacker de génie devenu l’une des figures les plus controversées de son époque.

Dès les premières pages, j’ai été captivé par cet homme hors normes, vivant sans attaches, parcourant les États-Unis avec pour seuls compagnons un sac à dos, un ordinateur et une conception très personnelle de la liberté. Adrian ne cherchait ni la richesse ni la célébrité. Il piratait les systèmes informatiques des grandes entreprises pour en révéler les failles et les aider à les corriger. Une démarche paradoxale, à la fois illégale et profondément sincère.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la complexité de cet homme. Derrière le hacker adulé se cache un être fragile, solitaire, souvent incompris, en quête permanente de sens et de cohérence avec lui-même. Plus le récit avance, plus son parcours prend une dimension tragique.

Alissa Wenz choisit de raconter cette histoire à travers différents témoignages et une enquête qui reconstitue peu à peu le puzzle d’une existence hors du commun. Cette construction donne au roman une véritable force, tout en entretenant une part de mystère autour de son personnage principal.

J’ai également apprécié la réflexion que le livre propose sur la liberté, la vérité, la surveillance et les limites de l’engagement. L’affaire Bradley Manning et WikiLeaks sert ici de toile de fond à des questionnements particulièrement actuels. Où s’arrête le devoir moral ? Peut-on enfreindre la loi au nom d’une cause que l’on juge juste ? Qui sont les héros et qui sont les traîtres ?

Au-delà du hacker, j’ai découvert le portrait d’un homme profondément humain, généreux, tourmenté et vulnérable. Un homme qui rêvait peut-être simplement de rendre le monde meilleur, mais qui s’est retrouvé prisonnier de ses choix et de ses convictions.
Il m’aura fallu attendre plus de la moitié de ma lecture pour me rendre compte que ce récit était inspiré de faits réels qui se sont déroulés en 2010 aux États-Unis. Bradley Manning a vendu ou fourni des documents sécurisés à Wikileaks. Adrian Lamo est celui qui l’a dénoncé. L’Homme sans fil est une lecture originale, sensible et intelligente, qui mêle réalité et fiction pour dresser le portrait poignant d’un personnage aussi fascinant qu’insaisissable.

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Extraits :

« Vous vous en souvenez. Vous avez vu cette vidéo. C’était le 5 avril 2010. La vidéo s’appelait “Collateral murder”, meurtre collatéral. Elle apparaissait sur le site WikiLeaks.
Une vidéo en noir et blanc. Vous l’avez vue. Vous avez vu ces images prises d’un hélicoptère américain, à Bagdad, en 2007.
Des images en noir et blanc, dans le viseur. Une grande croix menaçante au milieu du cadre. Des voix américaines commentaient les individus qu’elles observaient. Leurs cibles. “C’est une arme, il est armé.” Une autre voix américaine renchérissait. “Lui aussi, lui aussi, il est armé.” L’hélicoptère se trompait. Ce n’étaient pas des armes. C’étaient des appareils photo. Les hommes dans le viseur étaient des journalistes. Une voix disait, “Je vais tirer, on va tirer”.
L’hélicoptère tournait autour des hommes. “On va tirer, il faut tirer.” Les hommes en noir et blanc ne se doutaient de rien. Ils parlaient, ils marchaient. »

« “Question hypothétique…”, risque alors Bradass87.
« Si tu avais la main sur des réseaux classifiés pendant… disons, huit, neuf mois… et que tu voyais des choses incroyables, des choses horribles… qui appartiennent au domaine public, et non pas à un serveur rangé dans une salle obscure de Washington… qu’est-ce que tu ferais ? »

« Adrian Lamo est aimé de ces hommes, mais il n’en tire aucune gloire personnelle. Puisqu’il sait y faire avec les ordinateurs, pourquoi ne mettrait-il pas ses talents au service de ceux qui en ont besoin ? »

« Il n’acceptait jamais d’argent de personne, assure Sullivan au téléphone, par-delà les centaines de kilomètres qui le séparent de Vera Keller. Il ne cherchait pas l’argent, il vivait sans dépenses, il ne possédait rien, il ne souhaitait rien posséder, vous comprenez. Il aurait pu demander de l’argent à Yahoo, à tous ces gens, il ne l’a jamais fait. Il ne cherchait pas à être riche, il cherchait seulement à être heureux, ou en cohérence avec lui-même, quelque chose comme cela. »

Après une formation de piano et de chant en conservatoire, des études de lettres à l’École normale supérieure, ainsi qu’une formation théâtrale, Alissa Wenz choisit de partager sa vie entre la chanson et l’écriture.

Autrice compositrice interprète, elle se produit dans de nombreuses salles à Paris et en région, soutenue par Contrepied Productions.

Elle a étudié à la Fémis, et poursuit des activités de scénariste et enseignante de cinéma.

Elle est également écrivaine.
Ses deux romans, À trop aimer (2020) et L’Homme sans fil (2022), sont publiés aux Éditions Denoël.
L’homme sans fil fait partie des finalistes du Prix Pampelonne-Ramatuelle, ainsi que du Prix Orange du Livre.

Son album Je, tu, elle paraît chez EPM / Universal le 9 septembre 2022.
Romain Didier en signe les arrangements.
Un nouveau spectacle accompagne cet album.

Le Désir dans la cage
https://leressentidejeanpaul.com/2026/03/28/le-desir-dans-la-cage/

À trop aimer
https://leressentidejeanpaul.com/2026/04/23/a-trop-aimer/

Émotion, Drame, Fantasy, Folie, Psychologie, Suspense, Thriller

La stratégie de l’écureuil

De Serge Brussolo
Broché – 13 novembre 2019
Éditeur : ‎Bragelonne

Mickie Katz est engagée pour remettre en état le manoir de Savannah Warlock, célèbre romancière disparue dix ans plus tôt dans des conditions demeurées inexpliquées. Située aux confins du désert, à proximité d’un lac insalubre, la demeure est devenue un musée assiégé par les fans. Savannah Warlock, aujourd’hui oubliée, a été un auteur contesté mais vénéré telle une idole. Les légendes les plus terrifiantes courent à son sujet. Ses thrillers, jugés insoutenables, ont provoqué de nombreux scandales. Mais qui était-elle en réalité ?

Retrouver Serge Brussolo, c’est toujours retrouver ce plaisir rare de se laisser embarquer dans une histoire où les certitudes ne durent jamais longtemps. Avec La stratégie de l’écureuil, j’ai une nouvelle fois été happé par son imagination débordante et son incroyable talent de conteur.

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Mickie Katz, cette héroïne au caractère bien trempé que les lecteurs de Brussolo connaissent déjà. Chargée de rénover le manoir isolé de Savannah Warlock, une célèbre romancière de l’horreur mystérieusement disparue, elle pense accepter une mission comme une autre. Mais très vite, les zones d’ombre se multiplient et l’affaire prend une tournure bien plus personnelle qu’elle ne l’imaginait.
Au cœur du désert américain, dans une demeure oppressante où chaque mur semble conserver les traces du passé, l’atmosphère devient rapidement étouffante. Serge Brussolo excelle dans l’art de créer un malaise diffus, une tension permanente qui s’installe sans avoir besoin de multiplier les scènes d’action.

J’ai particulièrement aimé la galerie de personnages qui entoure Mickie. Un ancien biker devenu gardien des lieux, un policier retraité fasciné par la romancière disparue, ainsi qu’une bande de fans passionnés dont les comportements alimentent encore davantage le mystère.
L’un des aspects qui m’a le plus séduit est la manière dont l’auteur relie cette enquête à l’histoire personnelle de son héroïne. La découverte d’anciens secrets familiaux, les questions qui surgissent autour de son enfance et les révélations qui s’accumulent donnent au récit une profondeur émotionnelle inattendue.

Comme souvent chez l’auteur, les frontières entre polar, thriller, fantastique et horreur deviennent floues. Les fantômes semblent rôder, les apparences sont trompeuses et il devient impossible de distinguer clairement les victimes des manipulateurs.
Le suspense monte progressivement jusqu’à un final riche en révélations. Les rebondissements sont nombreux, souvent imprévisibles, et m’ont tenu en haleine jusqu’à la dernière page.

La stratégie de l’écureuil est un excellent cru de Serge Brussolo. Un roman sombre, intrigant et terriblement addictif, porté par une ambiance remarquable et une héroïne toujours aussi attachante. Une lecture que j’ai dévorée avec le même enthousiasme que ses meilleurs romans.

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Extraits :

« Si tu dois enlever quelqu’un et le retenir prisonnier, m’expliquait souvent mon père, tu dois gérer la chose en bonne ménagère. Ne te contente pas de l’abandonner ficelé au fond d’un cagibi, tu t’exposerais à des désagréments certains. Mieux vaut l’installer dans une baignoire, après lui avoir ôté son pantalon et ses sous-vêtements. De cette manière, il pourra se soulager sans problème au fil des heures en t’épargnant la corvée du nettoyage.
Le jet de la douchette te permettra de faire disparaître ses déjections en un clin d’œil et sans trop de manipulations. Ce sont là de petits détails qui prennent leur importance lorsqu’un kidnapping se prolonge suite à des négociations difficiles. »

« Mais il est grand temps de me présenter.
Je suis grande et d’allure garçonnière. Maigre, diraient certains. Pas de hanches, des seins d’adolescente et des jambes interminables. J’ai le ventre plat, musclé, et l’on peut sans peine me compter les côtes. Je mange beaucoup et n’importe quoi sans prendre un gramme. Mon métabolisme fonctionne à plein régime et consomme davantage qu’une chaudière de paquebot. J’ai des cheveux longs et raides, de couleur carotte, ce qui fait que je ne passe pas inaperçue. Certains hommes me jugent attirante, d’autres froide et désincarnée, dans le style top-modèle anorexique. Je m’appelle Michelle Annabella Katz, et – vous l’avez sans doute deviné – je suis la fille d’un terroriste en fuite. »

« J’ai longuement regardé la photo de Savannah Warlock. J’ai vu une femme osseuse mais belle, au regard intense de possédée. Une masse hirsute de cheveux noirs, bouclés, encadrait son visage aux pommettes proéminentes, slaves. Ses paupières lourdes, fardées de bistre, lui conféraient un faux air d’hypnotiseuse ou de voyante extralucide. Une sorcière, soit, mais foutrement sexy. Je ne m’y suis pas arrêtée, il était manifeste que le photographe avait voulu donner d’elle l’image d’un succube.
C’était là le cliché promotionnel typique. Du chiqué. On ne pouvait toutefois s’empêcher de discerner une ombre douloureuse chez cette femme.
Une souffrance cachée. Un secret. Ou alors, c’est qu’elle jouait super bien la comédie. »

Né à Paris en 1951, Serge Brussolo écrit depuis son plus jeune âge. Ses premières tentatives de publication ont lieu dès sa douzième année… À sa sortie de faculté, après des études de lettres et de psychologie, il se lance dans la bataille de l’écriture, vivant dans des conditions précaires pour avoir le temps d’écrire ses premiers textes. Commence alors pour lui une formation à la manière des auteurs américains : métiers incongrus, hétéroclites, qui lui fourniront matière à l’études des milieux les plus disparates. Il lui faudra attendre 1978 pour que sa première nouvelle paraisse, qui sera aussitôt saluée par la critique (notamment par Bernard Pivot alors animateur de l’émission Apostrophe). Funnyway (Editions Denoël) sera en effet couronnée par le Grand Prix de la science-fiction française devenu aujourd’hui le Grand Prix de l’imaginaire.

D’autres prix littéraires (onze ou douze à ce jour !) récompenseront ses nombreux romans fantastiques publiés dans les célèbres collections Présence du Futur et Anticipation, et qui conduiront la critique à voir en lui « le Stephen King français ». Qualificatif réducteur, car, pour Brussolo, le fantastique ou la science-fiction ne sont que des prétextes, des clefs permettant d’accéder à un univers psychanalytique où règnent le trouble, l’obscur, l’inavoué. Il se souciera d’ailleurs peu d’observer les règles du genre et s’appliquera plutôt à les pervertir systématiquement au grand scandale des puristes.

Il donnera à Présence du Futur (Denoël) ses plus grands textes hallucinés, littérature visionnaire bourgeonnant au carrefour du baroque et du surréalisme. Ne s’interdisant rien, osant tout, Brussolo deviendra l’auteur qui fait scandale dans un milieu où robots et soucoupes volantes tiennent lieu de pantoufles. Pendant dix ans, il allumera les controverses, la haine et l’adulation la plus absolue. Tantôt voué au bûcher, tantôt hissé sur un piédestal.

À la fin des années 80 il se détourne momentanément du genre pour s’attaquer à la littérature générale et au roman historique. Quoi qu’il soit difficile d’appliquer des étiquettes à ses romans, chacune de ses œuvres se déplaçant sur plusieurs genres à la fois. Auteur polyphonique, Brussolo est un mutant réconciliant les extrêmes, un maître expert en mélanges, à la manière des auteurs sud-américains toujours attentifs aux arrière-plans du réel, aux mythologies et au fantastique quotidien. Il est important de rappeler que par ses origines il est en partie Brésilien, et qu’il a baigné dans un univers folklorique issu de la selva.

Le prix RTL-LIRE lui est décerné en 1995 pour La Moisson d’hiver. Son entrée dans la collection FOLIO prouve qu’il est tout à fait à l’aise dans l’analyse psychologique et le roman d’atmosphère. Pour certains critiques, Brussolo se situe dans la grande tradition des auteurs populaires comme Simenon ou Frédéric Dard.

Conteur doué d’une imagination surprenante et d’un époustouflant sens de l’intrigue, il s’épanouit dans la littérature criminelle et trouve son inspiration dans les aberrations sociologiques de nos sociétés. Il a reçu le Prix du Roman d’Aventures en 1994 pour Le Chien de minuit paru au Masque et son roman Conan Lord, carnets secrets d’un cambrioleur a été élu Masque de l’année 1995. Ses thrillers explorent le suspense sous toutes ses formes, conciliant roman noir et énigme classique, thriller international et machinations savantes.

Aujourd’hui, de retour dans la collection FOLIO-SF pour laquelle il écrit désormais des textes inédits, il est revenu à ses premières amours.

La Société des Gens de Lettres lui a décerné le prix Paul Féval pour l’ensemble de son œuvre.

Anatomik (2019
https://leressentidejeanpaul.com/2021/12/28/anatomik/

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Amour, Émotion, Drame, Philosophique, Poésie

Le Visage de la nuit

Le Visage de la nuit
de Cécile Coulon
Broché – 8 janvier 2026
Éditeur : Iconoclaste

Depuis qu’il a survécu à une fièvre mortelle, personne n’a vu son visage. Chaque nuit, l’enfant quitte le presbytère où il a été recueilli et s’enfonce dans les bois. Sous la lune, la forêt devient son territoire. Cette vie clandestine le protège du regard des autres.

Alors qu’il entre dans l’adolescence, une jeune fille apparaît parmi les arbres. Elle ne ressemble en rien aux habitants de ce village perdu, hanté par des haines ancestrales. Mais elle aussi porte un secret et rêve d’échapper à l’avenir qui lui est promis.

Le Visage de la nuit est un roman éblouissant, traversé d’éclairs sur l’adolescence, la violence et le désir.

Avec Le Visage de la nuit, Cécile Coulon m’a entraîné dans un récit aussi étrange qu’hypnotique, un conte sombre où la poésie côtoie constamment le malaise. Dès les premières pages, j’ai eu la sensation d’entrer dans un univers à part, presque suspendu hors du temps, où chaque mot semble murmurer quelque chose d’inquiétant.
Ce roman possède une atmosphère rare, à la fois gothique, mystique et profondément humaine. L’autrice joue avec mes perceptions, avec la lumière et l’obscurité, avec la beauté et la monstruosité, jusqu’à brouiller complètement les frontières entre le bien et le mal.

Au cœur du récit, il y a un enfant revenu miraculeusement à la vie, mais dont le visage porte désormais les traces d’une métamorphose terrible. Rejeté, observé, craint, il grandit dans un monde où les regards blessent autant que les mots. À travers lui, l’auteure explore l’exclusion, la différence et cette violence silencieuse que la société impose à ceux qu’elle considère comme “hors norme”.

J’ai été fasciné par les personnages qui gravitent autour de lui. Une institutrice aveugle d’une grande sensibilité, un prêtre aussi troublant que protecteur, une jeune fille enfermée dans l’ombre de la beauté de son frère, devenue presque malédiction… Aucun d’eux ne semble réellement à sa place, et c’est précisément ce qui rend ce roman si puissant.

L’écriture de Cécile est d’une précision remarquable. Elle possède quelque chose de presque chirurgical dans la manière de disséquer les émotions humaines tout en conservant une infinie poésie. Certaines scènes m’ont profondément touché, d’autres bouleversé…
J’ai particulièrement aimé cette impression de conte intemporel, renforcée par l’absence de prénoms, de noms et de repères géographiques. Tout devient alors universel. Je ne lisais plus seulement une histoire, je traversais une sorte d’expérience sensorielle et émotionnelle.

Le Visage de la nuit est un roman fascinant, noir et lumineux à la fois, qui interroge notre rapport au regard, à la beauté, à la différence et aussi à l’amour. Une lecture troublante, magnétique et profondément marquante.

Merci Corinne Tartare pour cette belle découverte…

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Extraits :

« – Mon enfant, votre père est parti, mais n’ayez crainte, je suis là.
Alors l’enfant de sept ans tourna vers lui son visage pourri et le prêtre sentit déferler dans tout son être un flot de tristesse. Cette figure dévastée ne le répulsait pas: il était au-delà du dégoût.
– Avez-vous mal ? murmura-t-il en gardant la paume contre la poitrine de l’enfant.
Il discerna dans le visage du monstre une expression connue, celle des petits qui s’interrogent et dont la question affleure entre les yeux et la bouche, une moue d’habitude adorable. »

« Elle était maigre et droite, serrée dans une robe grise qui tombait jusqu’aux pieds. Des guêtres plus épaisses recouvraient ses pieds. Ses chaussons en cuir, usés mais impeccables, glissaient sur les dalles du presbytère comme la traîne d’un fantôme. Son ombre, aiguisée par la pierre grise, avançait promptement dans les couloirs. Son visage, dépourvu d’yeux, était fait d’une bouche pincée, de pommettes trop hautes et d’un front couvert de cheveux blancs, épais. Sur ses orbites jadis occupées par un regard bleu clair, un linge noir, croisé, noué à l’arrière sur la nuque, couvrait une large partie des tempes, au-dessus des sourcils et sous les cernes. »

« Gardez en tête que je ne fais pas cela contre vous, que je crois sincèrement qu’un enfant de votre âge doit vivre, grandir, jouer et apprendre aux côtés des autres enfants, mais je ne vous livrerai pas en pâture, car l’enfance est un lieu d’innocence autant que de cruauté et ils se déchaîneront, n’en doutez pas. Lorsque vous atteindrez votre majorité, si nous sommes encore de ce monde, vous pourrez choisir de quitter ces lieux, de me dénoncer, en ville, aux hommes de loi, vous pourrez choisir de maudire cet endroit, mais jusqu’à votre âge adulte Madame et moi ferons notre possible pour vous donner ce dont vous avez besoin pour vous épanouir. »

« Pendant plusieurs jours, il ne courut plus les collines. Le visage de la jeune fille le hantait. Le soir, il rêvait d’elle, il la voyait avancer, son manteau traînait sur les cailloux. Il essayait de la repousser mais aucun son ne sortait de sa bouche, et elle se rapprochait, les yeux fixés sur lui. Il se réveillait, le cœur battant, ses couvertures repoussées au fond du lit. Il ouvrait la fenêtre pour sentir l’air frais mais il refermait rapidement, craignant qu’elle ne soit là, en bas, devant la porte. »

« Ne demandez pas d’argent à ceux qui n’en ont pas. N’en demandez pas tant à ceux qui en ont trop. Et refusez celui qui vous est proposé quand il est accompagné de mensonges. »

Romancière et poète, Cécile Coulon est l’autrice de Une bête au Paradis (Prix littéraire du Monde), Seule en sa demeure et La Langue des choses cachées, parus à L’Iconoclaste, qui ont conquis plus de 400 000 lecteurs. Elle a un don pour faire surgir la beauté là où personne ne l’attend.

Amour, Émotion, Drame, Suspense

Sous les rênes du mensonge…

de Lucie Delacroix
Broché – 3 janvier 2026
Éditeur : Auto-édition

Un roman contemporain pour les amoureux des chevaux, un cadre idyllique où tous sont finalement suspects…

Quand Jeanne arrive au Haras des Cullayes, niché au creux des montagnes suisses, elle pense vivre un rêve éveillé. Passionnée d’équitation, elle a décroché un stage dans un établissement prestigieux.
Mais derrière les crins lustrés, au cœur des sentiers alpins, l’ombre rôde. Alors que le poison se répand, l’idylle se fissure : dans ce haras d’élite où chacun cache ses blessures, tout cavalier devient suspect, même le plus séduisant…
Tandis que la menace se précise, Jeanne s’engage dans une quête aussi dangereuse que nécessaire. Ce qu’elle découvrira entre les berges du lac Léman remettra en cause bien plus que sa présence au haras…

Dans la lignée de Françoise Bourdin, plongez au cœur de secrets de famille bien gardés, mis en lumière dans l’univers équestre.

Retrouver la plume de Lucie Delacroix, c’est chaque fois retrouver cette sensation rare d’être happé dès les premières pages. Avec Sous les rênes du mensonge…, j’ai une nouvelle fois plongé dans un roman difficile à lâcher, quelque part entre le suspense, la romance et les blessures du passé.

Cette fois, l’autrice nous entraîne au cœur des paysages suisses, entre montagnes majestueuses, pâturages et lac Léman. Un décor magnifique, presque apaisant, qui contraste avec la tension qui s’installe peu à peu au fil des chapitres.

J’ai beaucoup aimé suivre Jeanne, jeune cavalière passionnée, déterminée et profondément attachante. Lorsqu’elle intègre un prestigieux haras, tout semble enfin lui sourire. Mais très vite, derrière les regards, les silences et les rivalités, quelque chose se fissure. Des doutes apparaissent, des secrets remontent à la surface et Jeanne se retrouve malgré elle entraînée dans une quête de vérité aussi troublante que dangereuse.

Lucie maîtrise parfaitement cet équilibre entre émotion et suspense. Les révélations arrivent au bon moment, l’enquête prend de l’ampleur sans jamais perdre son intensité, et les pages défilent avec une facilité déconcertante. J’ai particulièrement aimé l’immersion dans l’univers équestre. On sent l’amour des chevaux, la passion du travail au haras, mais aussi toute la fragilité humaine qui se cache derrière les apparences.
Les personnages secondaires apportent eux aussi beaucoup de profondeur au récit, notamment Marie, dont la bienveillance m’a énormément touché.

Ce roman parle autant des mensonges que des cicatrices invisibles, des secrets de famille et des traumatismes enfouis. Et c’est sans doute ce qui rend cette lecture aussi prenante, car pour moi, derrière le suspense, il y a une vraie émotion.

Une lecture addictive, immersive et profondément humaine, qui confirme une fois encore tout le talent de Lucie Delacroix.

Je remercie le destin d’avoir croisé nos chemins !

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Extraits :

« Jeanne les entendait s’affairer autour d’elle. La voix angoissée de sa mère, se voulant rassurante. Des bribes de conversation vaguement interceptées entre deux phases de pseudo réveil ces derniers temps, que personne n’avait perçues. Elle n’arrivait pas à bouger jusqu’alors, seuls ses organes semblaient fonctionner. À présent, ses doigts agrippaient le drap de son lit d’hôpital et ses yeux commençaient à s’ouvrir. »

« Jeanne démontait scrupuleusement chaque partie des filets de la sellerie afin de les nettoyer, lorsqu’elle entendit des bruits de pas derrière elle. Elle se retourna et découvrit un homme en tenue d’équitation dans l’embrasure de la porte. Ses yeux vert émeraude captèrent instantanément les siens. Elle avait rarement été plongée dans un regard aussi profond que le sien.
Le cavalier semblait scanner la moindre de ses pensées, comme s’il parvenait à déchiffrer chacune de ses émotions à l’instant T. Elle se sentit rougir, presque mise à nu. »

« Très studieuse, assidue en classe et à ses devoirs, elle avait excellé à tous les diplômes passés, au détriment de sa vie sociale. En effet, elle sortait peu, alors que ses camarades cumulaient les soirées en discothèque. Elle avait souvent porté l’étiquette d’intello ou fayotte auprès des professeurs. C’est la raison pour laquelle elle avait peu d’amis, sinon ceux du club d’équitation. Ce que les autres ignoraient, c’est qu’elle aspirait à une meilleure situation que celle de ses parents. Elle ne faisait pas tous ces efforts pour se faire bien voir, elle refusait seulement d’avoir un travail alimentaire. »

« Enfin… Au moins deux mois que Thomas n’était pas sorti.
Cette soirée lui ferait le plus grand bien. Avec tout le travail qu’ils avaient abattu, l’arrivée et la formation des deux stagiaires, l’équipe n’avait pas pu libérer une seule soirée pour sortir. Thomas était sur les nerfs. Il avait besoin de relâcher la pression, de s’amuser un peu. Non pas qu’il regrettait d’avoir embauché les deux jeunes femmes, au contraire, leur aide ne serait pas de trop. Mais cela représentait toujours une part de stress supplémentaire, une certaine appréhension. Seraient-elles à la hauteur de leurs exigences ? Ne s’étaient-ils pas trompés de personnes? N’avaient-ils pas eu tort de leur confier tel animal ou telle mission ? »

Bretonne de 34 ans, Lucie Delacroix est mariée et maman de trois jeunes enfants. Salariée, elle consacre son temps libre à la lecture et l’écriture. Elle aime les « page-turner », ces romans qu’on ne peut plus refermer sans en connaître le dénouement. Naturellement, elle en écrit aussi, passionnée d’écriture depuis son plus jeune âge.

Plongez dans ses romans, des histoires pleines de rebondissements avec un soupçon de romance.

Les flammes de l’autre rive, fait partie des finalistes du Grand Prix Romanesque 2025 !
https://leressentidejeanpaul.com/2025/11/12/les-flammes-de-lautre-rive/

J’avais raison d’y croire (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/12/09/javais-raison-dy-croire/

Et si un jour on se manque… (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/03/17/et-si-un-jour-on-se-manque/

Amour, Émotion, Drame, Psychologie

Regarde-moi tomber, mon amour

de Hugo Boris
Broché – 5 février 2026
Éditeur : Iconoclaste

Sauver des vies, c’est le métier d’Arnaud, secouriste de haute montagne. Jusqu’au jour où tout vacille. Encordé avec une jeune collègue au fond d’une crevasse, il voit le sauvetage échapper à leur contrôle.
Hanté par ce qu’il croit être son erreur, il se met chaque jour un peu plus en danger. Sa collègue, sa femme, ses enfants ne le reconnaissent plus. Qu’a-t-il laissé au fond du glacier? Quels désirs enfouis pourraient bien le rattraper?
Dans l’espoir fou de réparer, Arnaud se rapproche de l’abîme.

Hier soir avec le Cercle littéraire du Château de Hermitage nous avons eu le grand plaisir de recevoir Hugo Boris ! Une soirée très chaude… mais très vivante et intéressante…

Il y a des romans qui racontent une histoire… et d’autres qui ouvrent une faille.

Avec Regarde-moi tomber, mon amour, Hugo Boris m’a entraîné au cœur d’une vertigineuse descente intérieure, celle d’un homme que la montagne n’a pas seulement blessé dans sa chair, mais dans son âme.

Arnaud est secouriste en haute montagne. Un homme solide, expérimenté, habitué à affronter l’extrême sans jamais vaciller. Il fait partie de ceux qu’on imagine inébranlables. Ceux qui sauvent les autres. Ceux qui gardent le contrôle.
Mais un jour, tout bascule.
Lors d’une intervention en crevasse, il ne parvient pas à sauver Éric, littéralement englouti par la glace sous ses yeux. À partir de cet instant, quelque chose se brise en lui. Une part de son esprit reste prisonnière du glacier.

J’ai été profondément touché par cette lente chute psychologique, racontée avec une tension presque étouffante. Arnaud revit sans cesse le drame, cherche des fautes, des réponses, un sens à ce qui lui échappe. La culpabilité devient une obsession. Elle le dévore peu à peu, jusqu’à le couper du monde, de sa famille, de lui-même.
À ses côtés, Renée, sa coéquipière présente le jour de l’accident, tente de le maintenir à flot. Entre eux se crée un lien fragile, puissant, presque suspendu au-dessus du vide. Deux êtres cabossés, unis par le traumatisme et par cette montagne qui fascine autant qu’elle détruit.

J’ai aimé le côté technique du roman, la modernité du regard porté sur cet univers. Ici, les héros ne sont plus invincibles. Hugo Boris déconstruit le mythe du sauveteur héroïque pour révéler un homme vulnérable, vieillissant, traversé par le doute et la peur de tomber, physiquement, moralement, humainement.

La montagne, elle, demeure immense, froide, majestueuse. Un décor sauvage et oppressant, presque vivant, qui semble observer les hommes lutter contre leurs propres abîmes.

C’est un roman tendu, intime, humain. Un récit sur la culpabilité, l’épuisement intérieur et cette manière qu’a parfois un drame de continuer à nous ensevelir longtemps après la catastrophe.

Une lecture âpre et bouleversante, qui m’a laissé le cœur serré jusqu’à la dernière page.

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Extraits :

« Il croise le regard affolé de Samia, griffe la paroi, incapable de crier.
Le vent siffle à ses oreilles – serpent dans la neige.
Cette brève seconde qui s’allonge.
La sensation d’échapper à la gravité au moment même où elle s’exerce.
Les paquets de glace pleuvent autour de lui comme des oiseaux morts.
La pesanteur lui tire la peau. »

« S’il a un truc à dire, c’est en face. Sans méchanceté, sans prendre de gants non plus. Ce personnage-là, qu’on respecte parce qu’il sait dire «non» en haut et «non» en bas. Capable de t’expliquer les yeux dans les yeux que t’as fait de la merde. Il ne sait pas bien quand il a lâché sur le tact, mais il en a soupé des garçons comme Cyril, Glenn, Kosta et les autres. »

« Il avance la main pour la glisser derrière le dos du type, vérifier sa colonne. Il se penche sur le côté, tend le cou pour focaliser la lampe au bon endroit.
Il n’arrive pas à passer les doigts. La trame du teeshirt est vitrifiée, prise dans la glace. La chaleur d’Éric a fait fondre la paroi derrière lui. La surface bleutée s’est creusée autour de son dos pour en épouser l’arrondi. Arnaud hoche doucement la tête pour balayer la zone avec sa frontale. »

« Il est encore bien gaulé, torse nu. Un peu plus nappé qu’il y a quinze ans, peut-être, mais toujours dans la course avec ses trapèzes en pente douce, ses triceps volumineux. Il recule jusqu’à sentir la cloison de la cabine dans son dos. Les pecs tapissent sa poitrine en armure de centurion. Il enfile un des pantalons que la vendeuse lui a déposés, vérifie son cul dans la glace, passe un pull en cachemire fabriqué dans un pays triste, et se demande à quel moment il a arrêté de s’intéresser à ses fringues. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle N’oublie pas de montrer ma tête au peuple, publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

Son premier roman, Le baiser dans la nuque (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

La délégation norvégienne, son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît Je n’ai pas dansé depuis longtemps. L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, Trois grands fauves est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

En 2016, son roman Police est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Philosophique

Theo

de Allen Levi
Broché – 6 mai 2026
Éditeur : JC Lattès

Un matin de printemps, un étranger arrive dans la petite ville américaine de Golden. Personne ne sait d’où il vient. Ni pourquoi. Il s’appelle Theo. Et pose bien plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Il se rend au café du coin, où quatre-vingt-douze portraits sont accrochés aux murs – des dessins au crayon des habitants de Golden réalisés par un artiste local. Il les achète, un par un, afin de les remettre entre les mains de leurs « véritables propriétaires ». À chaque rencontre, une histoire est racontée, une amitié naît et une vie est transformée.

Ode au don et à la bienveillance, au regard porté sur l’autre, Theo est un roman sur le pouvoir de la générosité, l’importance de l’émerveillement pour mener une vie pleine de sens. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sophie Aslanides

“Son récit rappelle ceux de Paulo Coelho,
il nous apprend à regarder avec respect les multiples bifurcations de la vie.”
The Washington Post

“Theo est un véritable miracle de bouche-à-oreille.”
The New York Times

“Poignant.”
Publishers Weekly

Theo de Allen Levi est arrivé dans ma vie au bon moment. À une période où je me posais beaucoup de questions, ce roman m’a offert une parenthèse de douceur, d’humanité et de lumière. Une lecture profondément bienveillante qui m’a touché bien plus que je ne l’aurais imaginé.

Theo est un homme mystérieux qui vient s’installer dans la petite ville de Golden, en Géorgie. Solitaire en apparence, il va pourtant, jour après jour, aller à la rencontre des habitants. Chaque rencontre est une histoire. Il écoute, il observe, il aide, souvent avec une discrétion bouleversante. Dans un monde où chacun semble vivre pour soi-même, Theo choisit simplement d’être présent pour les autres.

Très vite, j’ai senti que sa venue dans cette ville n’avait rien d’un hasard. Quelque chose flottait entre les lignes, une émotion sourde, un secret silencieux que je n’arrivais pas à saisir. Et il m’a fallu attendre les dernières pages pour comprendre… et être profondément bouleversé.

Rarement un roman m’aura autant ému par sa délicatesse. J’avais l’impression de voir les lieux, d’entendre les voix, de ressentir chaque émotion avec une intensité presque intime. À plusieurs reprises, j’ai ralenti ma lecture pour savourer pleinement la beauté de certains passages. Ici, tout semble écrit avec le cœur. Allen Levi possède une sensibilité remarquable. Chaque chapitre avance doucement, presque comme une mélodie ou une peinture qui se construit touche après touche. La tristesse et la beauté s’entrelacent constamment, mais sans jamais écraser le lecteur. Au contraire, ce roman fait du bien. Il rappelle l’importance des gestes simples, de la gentillesse, de l’écoute et de l’amour.
J’ai également été très touché par les passages évoquant le Portugal, ses traditions et ses souvenirs, qui ont réveillé chez moi quelque chose de profondément personnel et nostalgique.

Au final, Theo est une lecture lumineuse, portée par une écriture élégante et des personnages profondément humains. Un roman qui parle d’art, de musique, de transmission et surtout de cette bonté devenue trop rare dans notre quotidien.
Je découvre un auteur d’une immense délicatesse, capable de transformer les émotions ordinaires en quelque chose d’universel.

Je remercie les Éditions JC Lattès, et Babelio pour l’envoi de ce sublime roman, il est magnifique et je peux même dire, que s’est un immense coup de cœur. Sans doute le roman qui m’aura le plus touché cette année.

À lire absolument.

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Extraits :

« Le premier jour de son année à Golden, Theo se réveilla tôt, ouvrit les rideaux de sa chambre d’hôtel et contempla l’aube, au sud. La veille, dans l’après-midi, il était arrivé de chez lui, à New York, où l’hiver, avec un mélange tardif de neige et de glace, battait encore son plein. Le vol pour Atlanta (en jet privé) et le trajet en voiture vers le sud jusqu’à Golden (dans une Lincoln Town avec chauffeur) l’avaient transporté dans un monde de chaleur, resplendissant d’une myriade de nuances de vert, de jaune, de lavande et de rose. »

« Quand j’étais petite, mes parents se sont séparés. J’étais trop jeune pour comprendre, mais on m’a dit que leur séparation avait été assez moche. Je descends d’une longue lignée de sang bleu. Vous connaissez ce terme ? Cela veut dire que nous sommes ici depuis longtemps, une famille respectée, des notables. Quand le conflit entre mes parents a pris fin, ma mère est partie s’installer en Europe et je ne l’ai presque jamais revue. »

« La vie des compositeurs, les contextes historiques dans lesquels ils écrivaient, la structure de leurs compositions, les instruments et les chefs d’orchestre qui faisaient vivre ces sons – Theo voulait tout connaître.
Pour lui, un concert n’était que la dernière étape d’un long processus qui incluait la graine et la forêt, le bûcheron et l’artisan, le musicien et le spectateur, l’esprit et le corps, le cœur et l’âme, le paradis et l’enfer. La musique était un microcosme. C’était l’art du portrait sonore. »

« Vivre avec la tristesse, l’accepter, c’est plus facile que d’essayer de faire comme si elle n’était pas là. C’est un autre des grands mystères de la vie : la tristesse et la joie peuvent coexister, elles sont incroyablement compatibles. Et je me demande d’ailleurs si, de ce côté du paradis, l’une peut exister pleinement sans l’autre. »

« Autrefois, certains des moments les plus heureux de Theo étaient ceux où il racontait des histoires à cette petite fille-là. Aujourd’hui, certains de ses moments les plus heureux sont ceux où il partage des histoires avec cette petite fille-ci. Lire avec l’une ou l’autre, c’était comme boire dans un calice d’or. »

Allen Levi a grandi en Géorgie aux Etats-Unis. Il a exercé longtemps en tant qu’avocat.
À 70 ans, il décide de voir s’il est capable d’écrire le roman qu’il aurait voulu lire. Theo est aujourd’hui un best-seller en cours de traduction dans plus de 26 pays.