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Émotion, Conte, Drame, Psychologie, Thriller psychologique, Violence

Cataractes

de Sonja Delzongle
Broché – 11 avril 2019
Éditeur : DENOEL

Il y a quarante ans, le petit Jan Kosta, trois ans, a été l’un des rares survivants de la terrible catastrophe de Zavoï. Lors d’un gigantesque glissement de terrain, ce village des Balkans a été littéralement englouti sous des torrents de boue. Sauvé par son chien qui l’a traîné, inconscient, hors de l’eau fangeuse, Jan a perdu toute sa famille. Devenu hydrogéologue, Jan reçoit un coup de fil alarmé d’un ami ingénieur. Il se passe des choses étranges dans et autour de la centrale construite sur les flancs de la montagne de son enfance. Les gens ont des comportements imprévisibles, parfois violents. Les moines du monastère voisin ont tous disparu, et les bâtiments délaissés accueillent désormais un institut psychiatrique. Vladimir demande à Jan de venir étudier les faits. Que le mal vienne de la centrale, de la montagne ou des hommes, si un nouveau drame est sur le point de se produire, seul un survivant de Zavoï aura une chance de pouvoir tout arrêter.

J’avais déjà lu Phobia, Dust, Quand la neige danse et Récidive, et j’avais très envie de découvrir Cataractes, lorsque je l’ai acheté. Mais une inondation dans mon bureau est venue quelques semaines après bouleverser mes projets. J’ai perdu plusieurs dizaines de romans que je n’ai pas pu sauvé à temps et j’avais fait au mieux pour protéger les autres, en les stockants comme j’ai pu dans mon grenier. Ils m’ont attendu…
Au mois de juin dernier, je suis monté, et triste, j’ai entrepris un tri pour récupérer ceux que je pouvais encore lire.

C’est ainsi que “Cataractes” a refait surface… et quelle découverte !
Dès le prologue, une nouvelle fois, Sonja Delzongle m’a happé par la puissance de son écriture.

Un petit garçon de trois ans est emporté par la boue lors d’une catastrophe qui engloutit son village de Zavoï, dans les Balkans. Jan Kosta en est le seul survivant et ce traumatisme va le poursuivre toute sa vie. Devenu hydrogéologue, il s’est construit loin de cette terre, à Dubaï, auprès de sa femme et de sa fille.
Mais lorsqu’un ami d’enfance lui demande de revenir étudier la centrale hydraulique de Zavoï, son passé remonte brutalement à la surface.

Meurtres, comportements étranges, disparitions, vieille centrale inquiétante et nature sauvage composent alors une atmosphère particulièrement pesante.

Sonja construit son intrigue sur plusieurs niveaux, entre enquête, mystère, drame humain et blessures de l’Histoire. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est cette relation presque viscérale entre l’homme et sa terre. J’ai été subjugué par ses descriptions de la montagne serbe, tour à tour magnifique, apaisante et profondément inquiétante. L’eau, la terre, les racines, la source… tout semble entrer en résonance avec la personnalité de Kosta.
La centrale elle-même devient une formidable métaphore de cet homme qui tente de contenir les fissures de son passé.

Plus les vannes s’ouvrent et les fuites apparaissent, plus les défenses de Kosta cèdent.
Ce qu’il croyait avoir enfoui n’a jamais réellement disparu. Son enfance, ses blessures et ses racines sont toujours là. J’ai beaucoup aimé cette dimension psychologique, parfois presque poétique, qui donne au thriller une profondeur particulière.

L’intrigue, pourtant bien construite et riche en rebondissements, est finalement passée au second plan pour moi. J’ai davantage été fasciné par cette montagne, par cette quête de la source et par ce retour aux origines. Jan, Vladimir et Marija sont des personnages profondément humains, loin des héros invincibles.

Avec Cataractes, Sonja signe pour moi un thriller aussi sombre qu’original, porté par une nature omniprésente et presque vivante. Et surtout, elle nous rappelle que l’on peut s’éloigner de ses racines, mais jamais vraiment les abandonner. La fin, magnifique et bouleversante, m’a profondément ému.

Une très belle lecture, intense, surprenante et profondément humaine.

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Extraits :

« Jan ! Jan !
La voix de sa mère dans le vacarme. C’est la dernière fois qu’il l’entend. Étouffée, lointaine. Affolée. L’eau est montée si vite…
Personne n’a eu le temps de réagir. Lui, jouait dehors avec le chien. Hatsa. Où est-il ? Il ne perçoit plus ses aboiements, passés des plaintes au silence. À cheval sur Hatsa, un leonberg dont la taille évoque plus celle d’un poney, Jan a été soudain emporté. Autour de lui s’est refermée une masse visqueuse et froide. Glacée. Un mélange d’eau et de boue. Les maisons ont disparu. Toutes. La sienne a sans doute subi le même sort. Seuls quelques toits en pierres plates et grises rappelant des écailles de tortue affleurent. Bientôt, ils seront recouverts eux aussi. Des vies avalées. Tout ne sera plus qu’histoire ancienne. »

« L’eau, partout autour d’eux. L’eau, à perte de vue. Comme une mer sombre et menaçante. Une mer sans vagues. À peine quelques remous font-ils tanguer l’embarcation. L’eau occupe l’espace entre les montagnes, a avalé tout le relief accidenté. Au loin, les plus hauts sommets encore enneigés semblent émerger de cette mer soudainement formée, le spectacle est à couper le souffle. Le paysage, encore familier quelques heures auparavant, se trouve transformé à jamais. »

« Comment deux êtres qui se sont aimés au premier regard puis des années durant peuvent-ils en arriver là? Quel mauvais génie a pris le relais de Cupidon et s’amuse ainsi à détruire les couples ?
En réalité, se dit Kosta, inutile de chercher midi à quatorze heures, les mauvais génies, c’est nous, tout simplement. Nous détruisons le bonheur que nous avons construit parce qu’il s’est peu à peu transformé en ennui. Un ennui mortel qu’on se renvoie l’un à l’autre chaque jour comme dans un miroir. Ou à la gueule, comme une faute. »

« — OK, et après on ira boire un café. Tu sais, vieux, j’ai vécu la guerre, j’ai vu des choses terribles, des femmes et des enfants se faire massacrer, des potes tomber devant moi ou se faire déchiqueter en sautant sur une mine, et pourtant, tu ne vas pas me croire, mais aucune de toutes ces horreurs ne m’a laissé l’impression de solitude et d’égarement que j’éprouve ici depuis que… ça a dégénéré. J’ai le sentiment d’une chose qu’on ne peut pas maîtriser. Un truc invisible, tu comprends ? Qui se répand, comme une maladie contagieuse, un mal inconnu. Un virus dans le système, qui attaque le cerveau. Ils étaient sur le point de devenir fous les uns après les autres. Qui sait si ça ne va pas recommencer… Désolé, vieux, vraiment désolé. »

« Tu vois, fiston, cette baie, lui disait-il, c’est du genévrier, aux puissantes propriétés médicinales, mais elle ne te nourrira pas; en revanche, les nèfles, la cenelle, une variété de myrtille sauvage, le cynorrhodon, la mûre, le cassis, sont très bons à manger sans avoir à les transformer. La nature est le plus grand et le plus précieux garde-manger de l’homme et la meilleure pharmacienne et guérisseuse qui soit. »

Sonja Delzongle est une femme de lettres française, auteure de roman policier.

Dana Skoll est son pseudonyme pour la littérature jeunesse et fantasy.

Née d’un père français et d’une mère serbe, elle a grandi entre Dijon et la Serbie. Elle a mené une vie de bohème, entre emplois divers (les plus marquants ayant été le commerce artisanal africain-asiatique et la tenue d’un bar de nuit) et écriture.

Après un DEUG en Langues et Lettres Modernes, elle s’attaque au concours de l’École des Beaux-Arts de Dijon et obtient un diplôme au bout de six ans. Elle peint et expose durant une quinzaine d’années, puis devient journaliste en presse écrite à Lyon.

Après l’écriture d’une nouvelle devenue depuis un roman court, La journée d’un sniper (2007), elle publie un premier thriller À titre posthume (2009), puis Le Hameau des Purs, en 2011.

C’est en 2011 qu’elle commence l’écriture de Dust. Sa passion pour l’Afrique, qui remonte à sa petite enfance, l’a amenée à y faire de multiples séjours. Son roman parait en 2015 chez Denoël et connait un succès éditorial et public. La même année, elle obtient le Prix Anguille sous Roche.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/dust-de-sonja-delzongle/

En 2016, parait Quand la neige danse, toujours chez Denoël, qui met également en scène la profileuse Hanah Baxter et dont l’action se passe non plus au Kenya mais dans le froid nord-américain.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/quand-la-neige-danse-de-sonja-delzongle/

Récidive paru en 2017 nous offre une troisième enquête.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/recidive-de-sonja-delzongle/

Après une épopée arctique dans Boréal (2018),
elle revient cette fois dans les montagnes des Balkans, ses racines, avec Cataractes (2019).
Noir comme l’orage (2024), prix Ligue de l’Imaginaire 2024, est un thriller captivant se déroulant sur l’Île de Ré, où le capitaine Max Fontaine enquête sur des morts mystérieuses liées à la foudre.
Apnée, publié en 2025, se déroule en Égypte, sur les bords de la mer Rouge.
La forêt du Morvan sert de cadre à La gardienne, son thriller psychologique sorti en 2026.

Sonja Delzongle habite Lyon depuis 2001.

son blog : http://sonia-blogart.blogspot.fr
Facebook : www.facebook.com/Sonja-Delzongle-1403988013229391/

Journalisme d'investigation, Témoignage

Climarnaque 2

de Jean-Michel Jacquemin-Raffestin
Broché – 27 juin 2026
Éditions : BOOKS ON DEMAND

Omniprésentes dans les paysage français, présentées comme le symbole de la transition écologique, les éoliennes bénéficient depuis plusieurs années d’une image largement positive. Médias, discours politiques, programmes scolaires. Tout semble désigner cette énergie comme une réponse évidente à l’urgence climatique. Mais derrière cette communication bien rodée, certaines questions restent rarement abordées.

Dans ce second volet de CLIMARNAQUE, Jean-Michel Jacquemin-Raffestin propose une enquête critique sur le développement massif de l’éolien en France et dans le monde.

Pollution Liée à la fabrication des infrastructures, émissions de CO2, impacts sur la biodiversité, conséquences sanitaires, hausse du prix de l’électricité ou utilisation de fonds publics.

L’auteur met en lumière les aspects méconnus à travers des données vérifiées et de nombreuses sources, il interroge les fondements économiques, climatiques et politiques de cette stratégie énergétique. Pourquoi l’opposition aux projets éoliens grandit-elle dans les territoires ruraux ? Pourquoi tant de riverains, d’agriculteurs et d’éleveurs dénoncent-ils les conséquences sur leur environnement et leur qualité de vie? Entre enquête, analyse et réflexion de fond, CLIMARNAQUE 2 invite le lecteur à regarder au-delà des discours officiels afin de mieux comprendre les enjeux du « tout éolien ».

Jean-Paul dos Santos Guerreiro

J’ai découvert Jean-Michel Jacquemin-Raffestin en 2023 avec Ne leur pardonnez pas ! Ils savent très bien ce qu’ils font, un livre qui m’avait particulièrement marqué par son ton et ses nombreuses interrogations. Depuis, j’ai lu tous ses ouvrages. Fukushima – Tremblements et stupeur – 10 ans après à L’Empire du mensonge, en passant par Ce fameux nuage… Tchernobyl : la France contaminée, et l’année dernière Climarnaque… j’ai découvert un auteur méticuleux, rigoureux et surtout profondément engagé, que j’ai eu par la suite la possibilité de rencontrer plusieurs fois.

Lorsqu’il m’a proposé, il y a quelques mois, de travailler avec lui sur la suite de Climarnaque, vous n’imaginez même pas ce que j’ai pu ressentir… Moi qui suis son travail depuis plusieurs années, me retrouver de l’autre côté du livre, au cœur de ses recherches, avait quelque chose d’irréel. Comme une porte qui s’ouvrait sur un univers qui me passionne et sur les coulisses d’un travail que j’admire depuis longtemps.

Avec « Climarnaque 2 », Jean-Michel s’attaque cette fois à un sujet particulièrement sensible, celui de l’éolien.

Omniprésentes et mises en avant partout dans nos paysages, les éoliennes font pourtant l’objet de nombreuses interrogations. C’est précisément sur ces zones d’ombre que l’auteur choisit de se pencher. Il questionne leur développement, leur coût, leur fabrication, leur impact environnemental, leur financement et surtout leurs conséquences pour les populations qui vivent à proximité.

Mais il ne s’arrête pas là !
GIEC, voitures électriques, CO₂, culpabilisation collective… il élargit sa réflexion à l’ensemble du discours climatique qui nous est quotidiennement présenté.

Ce que j’apprécie particulièrement dans son travail, c’est sa volonté de documenter ses propos. Références, chiffres, études et sources accompagnent systématiquement son raisonnement et permettent à chacun de se faire sa propre opinion. Je sais que certains lecteurs pourront être bousculés par le ton parfois tranchant de l’auteur. Jean-Michel écrit avec ses convictions, sans jamais chercher à les édulcorer, et surtout il incite à se questionner et à prendre du recul sur ce que l’on me présente toujours comme des évidences.

« Climarnaque 2 » n’est donc pas, à mes yeux, une simple charge contre l’éolien. C’est avant tout une invitation à regarder derrière les tous les discours, à s’interroger sur les choix politiques et économiques et à comprendre les enjeux qui se cachent vraiment derrière la transition énergétique. Comme dans ses précédents ouvrages, je retrouve cette volonté de ne pas accepter les choses sans chercher à comprendre. J’ai refermé ce livre avec encore davantage de questions qu’en l’ouvrant… mais c’est peut-être justement ce que j’attends d’un ouvrage de ce genre. Ce tome 2 permet de mieux comprendre ce que l’on préfère parfois taire ou ne pas regarder.

À qui profite réellement cette “transition énergétique”, à tous les terriens ou aux patrons des grandes industries ?

Merci Jean-Michel pour cette nouvelle plongée au cœur des débats, merci pour ton courage, ta constance et surtout pour cette volonté de continuer à chercher, et à nous expliquer…
À très bientôt !

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Extraits :

« La plupart des Français ne sont pas, ou peu informés de ce qu’est réellement l’éolien et de ce qu’il nous coûte. Pourquoi? Tout simplement parce que ceux qui en détiennent les ficelles, les politiques, les financiers, beaucoup d’exploitants privés, manipulent l’opinion publique à des fins strictement personnelles et on se cache derrière des formules fabriquées d’avance, le vent est gratuit, l’éolien ne pollue pas, il génère beaucoup d’emplois. Bref, un discours infantile pour mieux masquer la réalité. Et ça fonctionne ! »

« Qui paye ce mirage de l’énergie verte ?
Lorsque nos dirigeants parlent de « sauver la planète », ils ne précisent jamais, vous l’avez certainement remarqué, qui va payer ? C’est bien pour cela qu’Erik Orsenna a déclaré : « Rien n’est plus idiot que de dire, il faut sauver la planète. La planète s’en moque, figurez-vous, c’est nous qu’il faut sauver. »
Énergie verte, oui, comme le dollar ! »

« Nous constatons à présent que les rapports du GIEC ne sont pas neutres, mais répondent à une demande négociée politiquement.
Comme je l’ai déjà dit, c’est la conclusion qui est écrite en premier, ensuite la science est choisie pour soutenir ces conclusions.
Heureusement, un grand nombre de scientifiques qui ne dépendent pas du GIEC pour leur subvention sont libres, et ne se cachent pas de dire la Vérité, à leurs risques, comme le courageux prix Nobel de physique 2022, John Clauser, qui depuis est blacklisté et a vu ses conférences annulées partout dans le monde. »

« Les gouvernements versent des centaines de milliards dans les subventions aux énergies renouvelables, ou pour les voitures électriques, bénéficiant souvent aux intérêts des entreprises et aux banques plutôt qu’à l’environnement. Ce paradoxe est rarement discuté. Si la crise climatique était vraiment existentielle, sa gestion serait-elle vraiment confiée à ceux qui en profitent ? »

« Il n’y a pas d’urgence climatique. Il n’y a donc aucune raison de paniquer et d’alarmer. La politique climatique repose sur des modèles inadéquats… : le CO2 est la base de toute vie sur Terre : le CO2 n’est pas un polluant. Il est essentiel à toute forme de vie sur Terre. La photosynthèse est une bénédiction. Plus de CO2 est bénéfique pour la nature, écologuant la Terre : le CO2 supplémentaire dans l’air a favorisé la croissance de la biomasse végétale mondiale. C’est également bon pour l’agriculture, ce qui augmente les rendements des cultures dans le monde entier. »



Jean-Michel Jacquemin-Raffestin est journaliste, spécialiste de Tchernobyl et auteur de Tchernobyl – Cachez ce nuage que je ne saurais voir. Après avoir mené l’enquête pendant près de huit ans, pour raconter les causes et les conséquences de ce drame, il a entamé une autre enquête sur la catastrophe de Fukushima, avant de s’intéresser aux mensonges de la Covid-19 par une trilogie, qui se termine par l’Empire du mensonge, sur la guerre entre la Russie et les Etats-Unis sur le dos de l’Ukraine et de l’Europe.

Il se définit comme un passionné des mensonges d’État.

Fukushima – Tremblements et stupeur – 10 ans après
https://leressentidejeanpaul.com/2023/05/25/fukushima/

Ne leur pardonnez pas ! Ils savent très bien ce qu’ils font…
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/09/ne-leur-pardonnez-pas-ils-savent-tres-bien-ce-quils-font/

Ne leur pardonnez pas ! 2
Ils savent très bien ce qu’ils font… depuis très longtemps !

https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/01/ne-leur-pardonnez-pas-2/

Ne leur pardonnez pas ! 3
Ils savent très bien ce qu’ils font… L’EMPIRE DU MENSONGE

https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/27/ne-leur-pardonnez-pas-3/

Climarnaque (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/11/17/climarnaque/

http://www.jeanmicheljacquemin.com/biographie

Émotion, Drame, Famille, Folie, Frisson horreur, Suspense, Thriller psychologique

Proies

de Tom Clearlake
Broché – 17 mai 2026
Éditeur : Moonlight éditions

Un lodge somptueux au bord d’un lac.
Au cœur des forêts du nord de l’Idaho.
Les vacances d’été s’annoncent idylliques pour la famille Carter, les Coleman et leurs amis.
Jusqu’à ce que les enfants découvrent cette maison abandonnée.
Et le corps de cet homme. Assassiné.
Une arme de poing dans une main.
Un attaché-case menotté à l’autre.
La suite logique serait d’appeler la police. Le groupe se divise.
Ils font le choix de préserver leur séjour et de signaler la scène de crime au moment du départ.
Mais les questions que pose ce cadavre restent.
Les réponses auront un prix.
Celui d’un aller simple en enfer.

Quel bonheur d’être à nouveau surpris par Tom Clearlake que je suis depuis ses débuts !
Avec Proies, il a gravi une nouvelle marche, et pour moi, ça a été un vrai cadeau de lecture.

Dans les forêts reculées du nord de l’Idaho, Logan Carter, sa famille et ses amis passent un séjour dépaysant au milieu de la forêt de l’Idaho, dans un lodge tout confort. Des vacances au vert…
Tout semble réuni pour un séjour parfait mais, à peine arrivés, ils découvrent dans une maison abandonnée le corps d’un homme tué de deux balles dans le dos, reliée à sa main par une menotte, une mystérieuse mallette. Logan puis son groupe décident d’attendre la fin des vacances pour signaler le meurtre afin de préserver leur tranquillité, et ne pas perturber leurs vacances. Il s’avère que ce choix va déclencher une suite d’événements dramatiques et nous plonger dans une spirale implacable.

Dès les premières pages, j’ai été happé. Tom possède ce vrai talent d’installer immédiatement la tension et de maintenir le lecteur en haleine pendant toute la lecture, il ne m’a pas laissé le temps de réfléchir, il m’a véritablement entraîné dans une course contre la mort absolument haletante. Plus j’avançais dans l’intrigue, plus c’était sombre, dérangeant et palpitant. Assez vite, Logan montre son vrai visage. Celui d’un homme aux abois et particulièrement cupide. L’auteur nous dévoile jusqu’où l’avidité des gens peut les mener ainsi que les conséquences de certains actes.

Voici un thriller au rythme intense, au suspense constant, diaboliquement efficace, cinématographique par moments, aux rebondissements multiples. Les personnages sont crédibles dans leurs failles. Peur, égoïsme, appât du gain, instinct de survie. L’atmosphère anxiogène s’intensifie au fil des pages. J’ai retrouvé la plume percutante de l’auteur… et toujours cette émotion qu’il cache entre ses lignes, il a su m’emporter une fois de plus. Un excellent moment de lecture !

Encore une fois, merci Tom, pour ta confiance et pour ce moment de lecture intense et très marquant.

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Extraits :

« C’est à cet instant que la bobine du film de sa vie se mit à tourner à une vitesse démentielle, si vite qu’il n’eut pas le temps de saisir la moindre de ces images qui ne lui appartenaient déjà plus. Et la dernière, avant le générique de fin, fut celle de Samantha, blottie dans ses bras, au bord du lac. Ils regardaient leur fils, Jaden, faire des ricochets. Il recula, fléchit ses cuisses tremblotantes et essuya la sueur et les larmes qui l’aveuglaient.
Et sauta dans le vide. »

« Lisbeth pressa le pas jusqu’à l’entrée et s’extirpa avec les enfants de la puanteur qui imprégnait les lieux. Elle referma la porte et prit une longue inspiration. Sa tête tournait et son cœur battait à tout rompre. L’air frais des forêts, les arbres qui dansaient doucement, chassèrent avec peine la vision lugubre. Un renvoi gastrique brutal s’empara d’elle. Elle lâcha la main de sa fille et alla vomir dans un taillis. Penchée en avant, les mains sur les genoux, elle reprit son souffle.
Bon Dieu, pensa-t-elle tout haut, ce truc n’est pas vrai.
Elle se redressa et marcha vers les enfants.
— Venez, je vous ramène au lodge. »

« Le reste du groupe entourait la table, figé autour de son unique et défunt convive. Tous tenaient un mouchoir plaqué contre leur nez – un bien maigre rempart face aux exhalaisons suffocantes. À un moment, Logan avait tenté de se réveiller.
Mais ce cauchemar était bien réel.
— Qu’est-ce qu’on fait ? dit Mark d’un air hagard.
— Quelle question ! Il faut appeler la police, répliqua Mia.
— Il a peut-être ses papiers d’identité sur lui, dit Logan en faisant un pas vers le corps.
— Ne l’approchez pas ! lança le psychiatre. Nous sommes face à une scène de crime.
— Vous pensez que cet homme a été… assassiné ? demanda
Samantha sans pouvoir détacher ses yeux du corps.
— C’est même certain, répliqua le psy. Regardez la déchirure dans le dos de son t-shirt. C’est une sortie de projectile. Et là, c’en est une autre. »

« Des larmes froides roulèrent sur les joues de Logan.
Des tréfonds de son être, une vague de haine glaciale déferla. La face lisse répugnante du milliardaire surgit comme un diable de sa boîte, accompagnée d’une pulsion brutale : tuer cet homme. Le voir mourir. Le faire souffrir. Tout son corps fut pris de tremblements et un nœud lia ses intestins. Il quitta la fenêtre et s’allongea sur le lit. Ses yeux restèrent grands ouverts, fixés sur le plafond. Il se força à rester immobile, bras le long du corps, à côté de Terrence qui dormait encore profondément et semblait s’être détendu. »

« L’index de Logan pressa la gâchette du Glock. La barre de détente recula, poussa le plongeur hors du percuteur, le connecteur campa la barre vers le bas, le cruciforme quitta l’étagère et la barre lâcha le percuteur qui fusa en avant et frappa l’amorce, la poudre explosa et propulsa la balle qui fila dans le canon rayé et jaillit dans un cône de gaz brûlants orangés, la pointe creuse fendit l’air en rotation gyroscopique parfaite, droit vers le front de Steelson, le métal perça l’os frontal qui éclata sous l’impact en une toile d’araignée de fractures radiales autour de l’entrée, la tête creuse de la balle s’ouvrit comme une fleur, créant une cavitation hydrostatique qui pulvérisa les lobes frontaux, lacéra les axones, sectionna les artères cérébrales, l’ogive traversa le cerveau et frappa la table interne de l’os occipital, la nuque chauve se souleva et gonfla comme un ballon d’enfant, le crâne explosa sous la pression accumulée comme une pastèque trop mûre en libérant un geyser sanglant de matière grise pulpeuse, esquilles osseuses et lambeaux de chair qui jaillirent en l’air et s’étalèrent sur le mur d’écrans. »

Tom Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

« Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir. »

L’Essence des ténèbres (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/17/lessence-des-tenebres/
Tréfonds (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/03/19/trefonds-de-thomas-clearlake/
Avides (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/01/avides/
Sans retour (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/31/sans-retour/
Signatures (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/18/signatures/
Le seuil (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/14/le-seuil/
L’Antidote (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/30/lantidote/
Proies (2026)

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller

Qui es-tu, Mary ?

de Christian Pernoud
Broché – 10 septembre 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Les âmes pures cachent aussi des ténèbres.

Automne 1973, Lake George.
Alan mène une existence paisible à l’écart du monde.
Mary surgit dans sa vie. Elle vient d’un New York gangrené par la violence.
Une histoire naît. La leur.
Mais très vite, des zones d’ombre apparaissent.
Des incohérences. Des silences.
Lorsque Mary disparaît brutalement dans d’étranges circonstances, la vie d’Alan se transforme en cauchemar.
Qu’est-il arrivé à la femme de sa vie ?
Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête.
Découvrir la vérité.

Il y a des lectures qui m’attrapent dès les premières pages et dont je peine à décrocher. Qui es-tu, Mary ?, le dernier roman de Christian Pernoud, en fait incontestablement partie.
Depuis Pour nous, l’auteur, longtemps connu sous le pseudonyme de Chris Loseus, a choisi de tomber le masque. Ici, il se dévoile davantage, et j’ai beaucoup aimé cette nouvelle facette de son écriture.

Mary semble entrer dans la vie d’Alan presque par hasard. Jeune femme séduisante, mystérieuse, venue d’un New York violent et chaotique, elle devient rapidement une évidence pour lui.
Mais, le temps d’un battement de paupières, Mary disparaît.
Noyade ? Meurtre ? Disparition ?
Une multitude de questions auxquelles Alan va chercher désespérément des réponses.

Alan lui, est un homme discret, solitaire, vivant près de Lake George. Sportif, travailleur et écrivain à ses heures perdues, il mène une existence plutôt tranquille. Je lui ai trouvé une certaine naïveté, presque rafraichissante.
Mary, en revanche, m’a immédiatement intrigué. Dès son apparition, quelque chose m’échappait chez elle. Et finalement, tout le roman repose sur cette question. Qui est réellement Mary ?
Le mystère plane du début à la fin et, plus j’avançais, plus les zones d’ombre s’épaississaient. J’ai tourné les pages sans interruption, impatient de comprendre et surtout d’élucider ce mystère.

Construit en quatre parties, le roman prend le temps d’installer son décor et son atmosphère. Une ambiance d’abord douce et intime, qui devient progressivement inquiétante, voire suffocante. Je me suis laissé entraîner aux côtés d’Alan, m’accrochant à chaque détail, jusqu’à ressentir moi aussi cette colère qui monte peu à peu.

Mary est un personnage fascinant, insaisissable, qui continue de laisser son empreinte même lorsqu’elle n’est plus là. Le récit nous entraîne alors dans les zones les plus sombres de l’âme humaine. J’ai aimé cette tension psychologique, cette façon de suggérer plutôt que de montrer.
Ici, pas de violence gratuite ni d’effets spectaculaires inutiles. Christian privilégie l’atmosphère, les silences, les émotions et les failles de ses personnages. Et c’est précisément ce qui m’a plu.

Un thriller psychologique subtil, captivant et profondément humain, qui m’a surpris et troublé.
Quant à la fin… je ne l’avais vraiment pas vue venir, et je l’ai beaucoup aimée.
Pour moi, une belle réussite que je vous conseille !

Un grand merci aux éditions Taurnada !!!
Quelle équipe de choc !

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Extraits :

« De la brume s’élève au-dessus du lac.
Un vol de canards sauvages fend le ciel.
Un bruit étouffé à chaque battement d’ailes : flap, flap.
Des buissons et des arbres flamboyants.
Le clapotis des flots sur la berge.
Mary danse devant moi.
Ses pieds nus frôlent les galets gris polis par les eaux.
Le soleil décline.
La silhouette à contre-jour laisse tomber ses escarpins tenus par la bride.
« Regarde comme c’est beau, me lance-t-elle en m’attrapant par la taille. N’oublie jamais que je t’aime, Alan Davidson. Ne l’oublie jamais quoi qu’il arrive ! »

« Je l’invite à s’asseoir. Elle retire ses lunettes et me tend la main.
« Moi c’est Mary, dit-elle en s’installant. Merci pour la chaise. » Ses yeux verts accrochent les miens. De fines ridules dessinent délicatement deux éventails à leurs extrémités quand elle sourit. « Vraiment, c’est cool, reprend-elle. Parce que je ne me voyais pas demander aux excités du bar… »

« Aujourd’hui je ne bosse pas. Mais les autres jours si… Je crains de ne pas être la bonne personne. Tu aurais plus de chance en rejoignant les excités au bar. »
Elle approche un doigt tendu dans ma direction.
« Ah non. C’est avec toi que je veux me balader. Elle appuie son index sur ma poitrine. J’imagine que tu ne bosses pas H24.
— Je débraye à 17 heures. Mais la nuit tombe tôt à cette époque.
— Ne te débine pas. Je profiterai de la plage en t’attendant. Banco pour 17 heures. »
Elle observe rêveusement les baigneurs en contre-bas. Son profil m’apparaît. Délicat, mélancolique.
« Si tu y tiens.
— Bien sûr que j’y tiens ! 17 heures devant ton musée. Sois à l’heure. Tu me parleras de ton roman. J’adore lire. Je veux tout savoir. »

« Notre histoire ressemblait à une partition romantique jouée par un mauvais orchestre. Une douce mélodie gâchée par des fausses notes.
Le drame arriva quelques jours après ma demande en mariage. La température remontait. Un ultime sursaut avant l’hiver. Mary lisait sur le canapé, je me préparais un sandwich avant de rejoindre le musée. »

« Tu vois le topo, Alan. Je te parle d’un monde qui n’est plus. Tu n’as pas connu cette époque. T’étais gosse. On travaillait sans qu’on nous mette des bâtons dans les roues. Ce camion roule à toute berzingue sans se soucier de ceux qui vivent là depuis toujours. Les repreneurs de la scierie se moquent de la sécurité et du bien-être des riverains. Ce qu’ils veulent c’est faire du fric. Les arbres les intéressent ; enfin, le pognon qu’ils représentent, le reste rien à foutre ! C’est comme ça que les choses fonctionnent aujourd’hui, Alan. On délocalise les productions dans des pays lointains pour de la main-d’œuvre low cost en se fichant des milliers d’emplois perdus. On vend sa petite boîte à des groupes financiers sans scrupules plutôt que de la transmettre à ses gosses… Monde de merde ! »

Christian Pernoud est l’auteur de plusieurs romans sous le pseudonyme de Chris Loseus.

Amoureux des grands espaces il vit dans les Alpes avec sa femme et ses enfants. Il se rend régulièrement aux états-unis pour être au plus proche de ses intrigues.

Il est l’auteur, notamment, de :

Nouvelle ère (2014),
3600 Prospect avenue (2015),
Chatsworth Creek (2016),
Résurrection (2017),
Phobia (collectif 2018),
Bill dangereuse innocence (2019),
Le voyage de Madison (2019),
Les parapluies noirs (2020),
La joggeuse (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/11/la-joggeuse/
Pour Nous (2024) est le premier publié sous son vrai nom, explorant une facette moins sombre de son genre de prédilection.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/02/pour-nous/
J’aimerai te dire (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/07/jaimerais-te-dire/

Émotion, Drame, Suspense, Thriller, Violence

3 fois plus loin

de Nathalie Hug et Jérôme Camut
Poche – 8 septembre 2010
Éditeur : Le Livre de Poche

Dans les années 1950, quatre scientifiques traversent la jungle vénézuélienne en quête d’une espèce de singes muets. Ce qu’ils vont découvrir va changer le cours de leur vie. Amazonie, de nos jours : Nina Scott dirige une équipe de cueilleurs d’essences rares pour l’industrie américaine, dans une région contrôlée par les braconniers et les trafiquants de drogue. En s’éloignant du groupe, Nina tombe sur les vestiges d’un site magnifique, où les singes sont silencieux et où les arbres dissimulent des charniers. Alors que la mort frappe ses compagnons, elle est miraculeusement épargnée. Des mines d’émeraudes colombiennes aux bidonvilles de Caracas, des palaces de la Côte d’Azur aux confins du désert marocain, Nina va alors s’embarquer dans une aventure qui pourrait mettre en péril sa vie et bien plus encore.

Après avoir lu Les éveillés il y a quelques jours, j’avais vraiment envie de retrouver Nathalie Hug et Jérôme Camut.
Avec 3 fois plus loin, je confirme une nouvelle fois tout le bien que je pense de leur univers. Les deux auteurs mêlent avec une remarquable maîtrise dans ce roman, thriller, histoire, science, fantastique parfois, et pourquoi pas… une petite touche visionnaire ?

Dans les années 1950, une expédition scientifique s’aventure dans la jungle vénézuélienne. Des découvertes étranges vont bouleverser les certitudes des chercheurs et attiser bien des convoitises. Des décennies plus tard, Nina Scott, une jeune américaine qui dirige la cueillette d’essences rares pour l’industrie pharmaceutique dans les forêts, travaille à son tour dans cette région devenue dangereuse, ravagée par le trafic de drogue et le braconnage. Elle va découvrir des vestiges qui semblent directement liés aux recherches menées autrefois. Un village de pierre là où l’on ne construisait qu’en bois, des ruines recouvrant des charniers et surtout une mystérieuse espèce de singes étrangement muette… Très vite, les deux époques se répondent et ce lieu devient le fil conducteur de cette histoire. D’un côté, les recherches scientifiques menées sur un tepui, de l’autre, Nina qui tente de comprendre ce qu’elle vient de découvrir.

J’ai aimé cette construction qui fait constamment alterner passé et présent. À chaque réponse apportée surgit une nouvelle question, et je me suis retrouvé happé dans cette succession de découvertes. Plus j’avançais, plus les enjeux prenaient de l’ampleur et plus les zones d’ombre s’épaississaient pour mon plus grand plaisir !

La plume des deux auteurs est précise, rythmée et terriblement efficace. Mais ce qui m’a particulièrement séduit, c’est leur manière de privilégier l’humain à la simple aventure spectaculaire. L’aventure est racontée à hauteur d’homme, avec des personnages à la fois forts, fragiles, mais surtout profondément humains.
C’est justement cette dimension psychologique qui donne au récit son rythme si particulier. Et avec Nathalie et Jérôme, le récit est jalonné de surprises, de rencontres et de révélations. Une fois encore, leur écriture à quatre mains est parfaitement maîtrisée. J’ai tourné les pages avec frénésie, complètement absorbé par ces deux histoires séparées par plusieurs décennies mais inexorablement liées. Et, une nouvelle fois, je me suis fait surprendre par les révélations successives, où je n’ai pu m’empêcher de me renseigner en parallèle sur divers au fur et à mesure de ma lecture. Un très grand merci à eux, de chercher à nous ouvrir nos esprits !
Le dénouement est à la hauteur de l’intrigue, terrifiant, émouvant et totalement inattendu.

« 3 fois plus loin » est pour moi une nouvelle réussite de Nathalie Hug et Jérôme Camut. Un thriller d’aventure solide et intelligent, qui prend aux tripes.

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Extraits :

« Et si on s’arrêtait, l’espace de quelques instants, sur les tenants du destin des hommes, qu’y verrions-nous ?
Cette question m’a hanté tant de fois, et pourtant, je me suis toujours heurté à la même réponse. En regard des autres êtres vivants, l’humanité possède une magnifique propension à créer et dans le même temps, son exact contraire. Car le plus grand de ses talents est celui de la destruction. Depuis que notre espèce s’est dressée au-dessus des herbes, elle rase plus vite qu’elle ne bâtit, coupe les têtes plus vite qu’elles ne poussent et rivalise dans l’horreur, sur tous les continents, à toutes les époques et depuis la nuit des temps. »

« La jeune femme encore tremblante tient son sac contre sa poitrine, et s’y accroche avec force en répétant qu’elle a sauvé les preuves de ce qui se trouve là-haut et que ce n’est pas un petit orage qui va arrêter une Scott. Aidan Lassiter, Yahto et Kwanita, qui ont préparé leur départ, les attendent protégés par une bâche, le regard sombre et les pieds enfoncés dans vingt centimètres de fange. »

« Des larmes, qu’elle tente vainement de repousser, montent aux yeux de la jeune femme. Toute sa vie, elle a connu ces brusques accès d’émotion. À l’école déjà, la moindre engueulade la privait de ses moyens intellectuels, pourtant très développés. Une situation d’injustice provoquait immanquablement les mêmes débordements lacrymaux. Dans les relations avec sa hiérarchie, ce n’était pas mieux. Il suffisait qu’elle soit confrontée à un supérieur pour perdre ses moyens.
Ceux qui s’en apercevaient savaient titiller ce point que Nina pensait faible – les hommes en tête. »

« Ces petits singes chapardeurs ont le défaut de leur qualité. Relativement à leur taille, ils possèdent un cerveau aussi développé que celui de l’homme. Ce qui les place très haut dans l’échelle de l’évolution !

…/…

Alors il faut les détruire tout de suite, tous sans exception ! S’ils nous ressemblent, va savoir quelle diablerie ils risquent d’inventer dans les millénaires à venir. »

Née en 1970 à Nancy, Nathalie Hug a publié depuis 2006 quinze thrillers avec son mari Jérôme Camut dont la tétralogie W3 (Prix des Lecteurs du Livre de Poche en 2014 pour le premier tome Le Sourire des pendus) et celle des Voies de l’Ombre. Elle est également l’autrice, en solo, de L’Enfant-rien, La Demoiselle des Tic-Tac, 1, rue des Petits-Pas et Comme un enchantement. Nathalie Hug a reçu le prix Coup de cœur de la Griffe Noire (St Maur Les Fossés) pour l’ensemble de son œuvre.

Jérôme Camut et Nathalie Hug, respectivement nés en 1968 et 1970, se rencontrent fin 2004 à travers Malhorne de J. Camut, la série culte qui a renouvelé le fantastique. La magie opère immédiatement. Depuis, ils se sont mariés et consacrent leur vie à l’écriture à quatre mains.

Les éveillés (2008)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/08/07/les-eveilles/

Émotion, Biographie, Histoire vraie, Psychologie

Le courage des autres

de Hugo Boris
Poche – 18 mars 2021
Éditeur : Pocket

Il y a quinze ans, tout juste ceinture noire de karaté, Hugo Boris est témoin d’une altercation dans les transports en commun. Paralysé, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. Ce manque de courage l’obsède. Est-ce un trait de son caractère ou une peur universelle d’affronter l’autre, l’inconnu, au quotidien ?
Intrigué, il se met à observer ses contemporains dans le métro et le RER, tranches de vies entre parenthèses, rencontres fugaces, purs instants d’humanité. Il consigne sur le vif des situations d’effroi mais aussi le ravissement d’un dialogue, l’humour d’un échange imprévu. Il se demande si le courage est contagieux…

“Il fallait un certain courage pour se dépeindre ainsi en dégonflé ordinaire, et un certain talent pour rendre vivants et touchants ces moments de vie que nous ne regardons même pas tant ils sont quotidiens. Hugo Boris a eu les deux.”
Marianne

Le courage des autres n’est pas vraiment un roman, et c’est justement ce qui en fait une lecture si particulière. Hugo Boris parle de « microfictions », de petites histoires glanées au fil du temps dans le métro parisien. Il les « herborise », les trie et les rassemble pour composer un véritable herbier de nos courages et de nos faiblesses.

En lisant ces pages, j’ai surtout eu l’impression de me retrouver face à un miroir. Je prends les transports en commun presque tous les jours depuis plus de quarante ans, et j’ai reconnu dans ce livre quantité de situations vécues. Les bousculades, les incivilités, les conversations téléphoniques trop bruyantes, les enfants qui crient, les disputes, les repas renversés…
Dans cette jungle du métro parisien, tout le monde se croise, se côtoie et parfois s’affronte.

Mais Hugo va bien au-delà de la simple observation de ces petits travers quotidiens.
Il s’interroge sur nos réactions lorsque la violence surgit, physique, morale, psychologique ou raciste.
Face à une situation qui nous dérange, certains pestent, d’autres détournent le regard, tandis que quelques-uns choisissent d’intervenir. Et ce sont précisément ces derniers que l’auteur met en lumière. Ceux qui prennent la parole, se lèvent, s’interposent et défendent quelqu’un qu’ils ne connaissent même pas. Un courage qui peut sembler ordinaire, mais qui demande parfois une véritable force intérieure.

J’ai aussi beaucoup apprécié la manière dont Hugo se dévoile lui-même à travers ces histoires.
Il ne cherche jamais à se donner le beau rôle. Au contraire, il évoque ses doutes, ses faiblesses, ses renoncements et cette tendance que nous avons tous parfois à ne pas voir ce qui nous dérange.

Certaines scènes m’ont particulièrement marqué, comme celle de cette femme portant encore sur son bras la trace d’un passé que le silence suffit à raconter. Ou celle de ce grand brûlé qui choisit malgré tout de continuer à vivre au milieu des autres.

Ce que je retiens surtout de cette lecture, ce sont ces scènes vibrantes d’humanité. Elles m’ont poussé à réfléchir à mes propres comportements, à mes petites lâchetés, mais aussi à ces élans de solidarité qui peuvent surgir lorsque nous décidons enfin d’agir.

Le courage des autres est une lecture simple en apparence, mais profondément bénéfique.
Un livre qui m’a interpellé et qui, quelque part, relève presque de la « santé publique ». Apprendre à mieux regarder les autres pour peut-être devenir, nous aussi, un peu plus courageux.

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Extraits :

« 10 juin 2007. J’ai passé ma ceinture noire de karaté hier, à vingt-sept ans. J’ai commencé il y a une dizaine d’années après avoir échappé de peu à une agression, la nuit, dans une ruelle de Palaiseau, en Essonne, où j’ai vécu mon adolescence. Les derniers mois d’entraînement ont été intenses. Pour décrocher ce premier dan, j’ai appris les principaux katas, pratiqué les assauts souples, décortiqué toutes sortes de mouvements d’attaque et de défense. Au fil du temps, je me suis constitué un arsenal offensif de coups de poing directs, circulaires, remontants, descendants, en marteau. J’ai développé un éventail de coups de pied faciaux, latéraux, retournés, sautés. Je frappe maintenant du coude, du genou, du tranchant de la main, à distance longue, moyenne ou courte. Je saisis, je pousse, j’encercle, je crochète, je déséquilibre, je renverse. Et je ne me contente pas de lâcher les coups, je place. J’ai appris à masquer mes appels, à ne pas télégraphier mes intentions. J’ai répété les mêmes mouvements pendant des années jusqu’à leur donner assez de puissance pour traverser l’adversaire. »

« Les prédateurs mammifères s’attaquent en priorité aux individus présentant une apparence malade ou affaiblie, afin d’obtenir de la nourriture avec un minimum de risque et d’énergie dépensés. De manière analogue, les prédateurs humains recherchent une victime facile. Ils évaluent toujours les signes annonciateurs de force et les marques de faiblesse chez le candidat à l’agression. »

« Mon professeur de philosophie en hypokhâgne pratiquait l’aïkido et nous a affirmé un bon matin que les gens se faisaient agresser parce qu’ils étaient faibles. Il est vrai que les gens qui savent se battre ne se battent jamais. Pourtant, on voit bien à quel point la proposition est dangereuse. Il n’y aurait qu’un pas à franchir pour tenir la victime responsable de l’agression (t’avais qu’à mettre un antivol si tu voulais pas te faire voler ton vélo, t’avais qu’à pas mettre de minijupe si tu voulais pas te faire violer). Il n’y aurait qu’un pas à franchir pour dire : « Le pire, c’est que les faibles se sacrifient eux-mêmes. Ils savent. Ils cèdent tout de suite, ils se couchent presque. Il faut le voir pour le croire. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle « N’oublie pas de montrer ma tête au peuple », publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

— Son premier roman, « Le baiser dans la nuque » (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

— « La délégation norvégienne », son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît « Je n’ai pas dansé depuis longtemps ». L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, « Trois grands fauves » est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

— En 2016, son roman « Police » est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.
https://leressentidejeanpaul.com/2026/05/25/police/

— Regarde-moi tomber, mon amour (2026)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/05/30/regarde-moi-tomber-mon-amour/

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.

Adolescence, Émotion, Drame, Frisson horreur, Polar, Psychologie, Violence

La Promesse

de Tony Cavanaugh
Poche – 14 mars 2019
Éditions : Points

« Un limier borderline comme on les aime, misanthrope, cynique, teigneux et rongé de cauchemars. »
L’Express

Depuis plusieurs semaines, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces. Leur profil est toujours le même : jeunes, blondes et jolies. Si les enquêteurs du comté de Noosa parlent de fugues, Darian Richards, ex-flic, n’est pas dupe. Ces disparitions sont l’œuvre d’un tueur en série. Face à l’impuissance de la police locale, Richards décide de prendre les choses en main et entame la traque d’un monstre. Au risque de se confronter à plus fort que lui.
Tony Cavanaugh, romancier et scénariste, vit à Melbourne. L’Affaire Isobel Vine est disponible en Points.

« Ce Darian Richards est un vrai personnage de roman hard-boiled. »
Le Point

Traduit de l’anglais (Australie) par Paul Benita

En juin 2025, je découvrais Tony Cavanaugh avec L’Affaire Isobel Vine, un polar noir, dense, humain et implacable, qui m’avait vraiment séduit.
J’ai donc retrouvé avec plaisir l’univers de l’auteur avec La Promesse, qui est en réalité le premier épisode des enquêtes de Darian Richards, même s’il a été publié en français après le précédent.
Je conseille donc de les lire dans l’ordre chronologique pour mieux suivre l’évolution du personnage.

Cette fois, Tony Cavanaugh m’embarque dans une enquête glaçante, violente et parfois franchement gore.
Âmes sensibles, vous voilà prévenues !

Darian Richards a rendu sa plaque après l’échec de son enquête sur le « tueur du train ». Mais renoncer à traquer les assassins lui est tout simplement impossible. Il décide alors d’agir dans l’ombre, épaulé par Maria, une jeune enquêtrice toujours en service, Casey, le baba cool de la bande, et Isosceles, un geek aux ressources étonnantes. Son objectif est simple, retrouver un tueur en série qui s’en prend à de très jeunes filles, particulièrement aux blondes.
Sur le papier, rien de révolutionnaire… et pourtant !

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est cette plongée dans l’esprit de Winston, le psychopathe. Les chapitres alternent entre l’enquête de Darian et les pensées du tueur, qui s’adresse directement à nous, comme si nous étions ses « amis ».
Il nous explique son protocole, son organisation, sa manière de travailler, avec une froideur absolument terrifiante. Winston ne tue pas par impulsion, pour lui, c’est un métier, un plan qu’il applique avec une précision méthodique.
J’ai trouvé cette proximité avec le tueur particulièrement troublante et déstabilisante. L’auteur réussit même à lui donner une voix presque familière, ce qui rend son discours encore plus malsain.

Darian Richards, lui, reste un personnage difficile à cerner. Teigneux, manipulateur, obsédé par sa traque.

Et puis il y a l’Australie, que Tony Cavanaugh me fait découvrir à travers ses villes, ses plages, son bush et ses paysages. Un véritable bol d’air entre deux passages beaucoup plus difficiles !
J’ai toutefois parfois eu du mal à me repérer devant la profusion de lieux et de noms.

J’ai aimé cette écriture fluide, ce rythme qui ne faiblit jamais et cette traque menée sans concession. Le titre prend d’ailleurs tout son sens. Il évoque le tueur, mais aussi la promesse faite à une famille et que Darian s’est faite aussi à lui-même.

La Promesse est donc bien plus qu’une simple enquête policière. C’est une plongée oppressante dans la tête d’un assassin.
Un thriller noir, violent, dérangeant et terriblement addictif, dont certaines scènes m’ont véritablement mis les nerfs à vif. Je me suis laissé emporter par cette traque implacable et, une fois commencé, j’ai eu bien du mal à refermer le livre.

Tony Cavanaugh confirme pour moi son talent pour installer une angoisse presque palpable et plus encore.

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Extraits :

« Neuf appels ratés.
Mon téléphone et mon arme: ma vie se résumait à ça. Me débarrasser du flingue a été facile. Il m’a suffi de le balancer dans l’océan. Sans me soucier de contempler sa chute depuis le haut de la falaise. J’étais occupé à regarder le téléphone. Il fallait le détruire lui aussi, je le savais, pourtant je l’ai fourré dans ma poche arrière et j’ai continué à marcher. Plus tard, me disais-je. »

« Un soir, tard, après minuit, après mes mots de réconfort, elle a une nouvelle fois pris ma main et a commencé à m’entraîner vers son lit. Pour des raisons différentes, toutes égoïstes, j’avais autant envie d’elle qu’elle de moi. J’ai retiré ma main et je suis parti. Certains flics couchent avec des victimes ou des membres de leur famille. Peut-être ont-ils besoin de ça pour continuer, pour poursuivre la traque ou juste pour trouver un peu de joie dans ce traumatisme permanent. Pas moi. Mais j’en avais envie. »

« Maria se méfie de moi. Tous les policiers de la Sunshine Coast se méfient de moi. Les flics des petites villes ne sont pas portés sur le respect. Ils ont un complexe de supériorité. Ne tenant pas à éveiller des jalousies mesquines dans le commissariat perché là-haut sur la colline, j’ai débarqué en ville le plus anonymement possible, compte tenu de ma Studebaker décapotable rouge sang. J’ai fait profil bas; je n’ai jamais dit à personne d’où je venais ni ce que je faisais. Résultat : j’aurais aussi bien pu prendre une pleine page de pub dans le journal local. »

« Six voyages finals. Six filles. Jenny Brown, Marianne McWinter, Izzie Daniels, Jessica Crow, Carol Morales et Brianna Nichols.
Avant de prendre chacune d’elles, il a fantasmé. Un monde où il est roi et où elle est la reine de ses rêves, une esclave dans son lit. Elle est là pour lui fournir un miroir où se reflètent son pouvoir et sa gloire. Ce n’est jamais une histoire de sexe. C’est toujours pour le pouvoir. Ensuite, il s’est mis en chasse. Il l’a traquée, pendant des semaines peut-être. La traque renforce le fantasme, l’exacerbe. Il l’observe, pendant ses derniers jours, imaginant la gloire qu’ils vont connaître, elle et lui. Puis il passe à l’action, vite. Et elle n’est plus là.
Dans la vraie vie, et surtout pour un tueur en série, les fantasmes ne s’accomplissent jamais. »

Tony Cavanaugh est un auteur de romans policiers, scénariste et producteur.

Après des études universitaires dédiées à la littérature anglaise et à l’histoire de l’art, il débute sa carrière dans l’industrie cinématographique où il a travaillé pendant plus de trente ans.

Il est auteur d’une série policière ayant pour héros Darian Richards, ancien policier ayant quitté la brigade des homicides pour une retraite solitaire loin du crime. La promesse (« Promise », 2012) est le premier tome de la série.

L’Affaire Isobel Vine (Kingdom of the Strong, 2015) est son premier roman publié en France (Sonatine).
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/25/laffaire-isobel-vine/

Tony Cavanaugh vit à Melbourne.

son site : https://www.tonycavanaugh.com/
page Facebook : https://www.facebook.com/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller, Violence

Hunter

de Roy Braverman
Broché – 16 mai 2018
Éditeur : Hugo Roman

Si vous croisez sa route, ne vous arrêtez surtout pas.

Plus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps. Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues. Et voilà que Hunter, le demi-sang indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son œuvre ?

Après douze ans de haine et de chagrin, un homme se réjouit pourtant de revenir à Pilgrim’s Rest. Freeman a compris le petit jeu de Hunter et va lui mettre la main dessus. Et lui faire enfin avouer, par tous les moyens, où il a caché le corps de Louise, sa fille, une des cinq disparues.
Pilgrim’s Rest sera peut-être le terminus de sa vengeance, mais ce que Freeman ignore encore, au volant de sa Camaro rouge qui remonte Murder Drive, c’est qu’il n’est pas le seul à vouloir se venger. Et que la vérité va se révéler plus cruelle et plus perverse encore. Car dans la tempête qui se déchaîne et présage du retour de la terreur, un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux.

Hunter m’a secoué, pris aux tripes et véritablement bousculé.
J’y ai trouvé un thriller à l’américaine, noir, très noir, porté par une action débridée et surtout par le talent de Roy Braverman.

J’ai été impressionné par cet auteur caméléon, alias Patrick Manoukian, Ian Manook et d’autres encore…, à m’emporter dès les premières pages.
Avec Hunter, il signe un thriller survitaminé, étouffant, violent et sexuellement important. Ce registre très testostéroné n’est pourtant pas forcément ma tasse de thé, mais ici, la brutalité de l’environnement sert parfaitement le récit et ne me laisse pratiquement aucun répit. J’ai plongé tête baissée dans cette histoire, avec un plaisir parfois franchement sadique !
Les mots de Roy sont incroyablement visuels. Certaines scènes prennent vie sous mes yeux.

J’ai également beaucoup aimé l’humour, qui surgit parfois au détour d’un dialogue avant qu’un “clash” ne vienne me ramener brutalement à la réalité. Roy joue avec ces contrastes, et cela fonctionne particulièrement bien.

À Pilgrim’s Rest, Freeman, un ancien policier noir, vit depuis quinze ans avec la douleur et la haine. Sa fille Louise a été tuée il y a quinze ans, par le serial killer Hunter, qui a également assassiné quatre autres hommes et fait disparaître leurs femmes. Après dix années passées en prison, Hunter s’évade du couloir de la mort et revient sur les lieux de ses crimes. Freeman n’a alors plus qu’une idée en tête, se venger.
Mais Hunter est-il réellement coupable de tout ce qu’on lui reproche ?

C’est là que Roy m’a particulièrement baladé. Mes certitudes se sont fracassées les unes après les autres, laissant place au doute et à des révélations que je n’avais absolument pas vues venir. Les personnages sont complexes, les apparences trompeuses et les coupables rarement ceux que j’imagine. J’ai aimé cette galerie de personnages, certains profondément humains, d’autres véritablement monstrueux. L’auteur n’épargne personne et fait cohabiter violence, souffrance, folie et une étonnante part d’humanité. J’apprécie également les chapitres titrés, souvent accompagnés de références musicales qui contribuent à installer une ambiance très personnelle et m’ont même donné envie d’aller écouter les chansons évoquées.

Hunter est un thriller brutal, oppressant et terriblement addictif. Je me suis fait manipuler avec délectation et, malgré quelques excès, j’ai pris un véritable plaisir à cette lecture.

Un thriller à lire absolument pour les amateurs de sensations fortes !

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Extraits :

« Leur putain de mère s’est tirée. Leur putain de mère à tous les deux. Un père et un nom pour lui, un autre père et un autre nom pour son frère. Tous les deux de passage, les pères. Un à seize ans, l’autre à dix-huit ans, et à vingt et un ans elle se tire avec un courtier de New York en vacances qui abandonne femme et mômes dans son chalet de location pour le petit cul de leur maman moulé dans un short en vichy rose trop court. Ce fumier d’assureur leur a piqué le peu de mère qu’ils avaient encore avec ses taloches à tout va, ses repas de conserves, ses coucheries hurlantes et ses gueules de bois à la semaine. »

« Ce jour-là, en désespoir de cause, il s’est couché contre elle, en sanglots dans la poussière de la cabane, et a bercé Eileen jusqu’à ce qu’elle ne saigne plus. Et beaucoup plus tard dans la nuit, sous un ciel démesuré d’étoiles et de constellations, alors que rôdaient les coyotes, il a déshabillé son amoureuse en pleurant et l’a enterrée loin de la grange abandonnée.
Puis il a bredouillé une prière de colère contre sa putain de famille. Contre ces putains de blancs. Contre cette putain d’Amérique tout entière. Et il est parti, la robe ensanglantée dans son sac à dos. »

« I see the bad moon arising
I see trouble on the way


— Mon ange, tu peux baisser la radio ?
— P’pa, pour une fois que j’écoute de la musique de vieux, ça devrait te plaire, non ?
— Le rock n’a pas d’âge, mon ange. Creedence encore moins! À propos, j’espère que tu n’es pas au volant puisque tu es au téléphone.
— Mais non, papa, c’est Wade qui conduit.
— Il est prudent, j’espère…
— Papa !
— D’accord, d’accord. Tout va bien pour vous ? Vous êtes où?
— On a passé Notchbridge. »

« — Papa, pourquoi les chasseurs tuent les faons ?
— Ils ne tuent pas les faons, mon ange, ils ne tuent que les cerfs.
— Mais les cerfs c’est les papas des faons !
— Oui, c’est vrai mon ange, ce sont leurs papas…
— Et est-ce que les faons meurent aussi quand leur papa meurt?
— Mais non mon ange, il leur reste leur maman.
— Les chasseurs ne tuent jamais les mamans ?
— Si mon ange, c’est triste, je sais, mais les chasseurs tuent aussi les biches, quelquefois…
— Si tu mourais, je mourrais aussi, dit petite Lou en posant un gros baiser chaud et mouillé sur sa joue. »

Roy Braverman est le pseudonyme de l’écrivain Patrick Manoukian.

Il écrit également sous les pseudonymes de Ian Manook et Paul Eyghar et sous le pseudonyme collectif de Page Comann, avec Gérard Coquet.

Il effectue des études de droit et de sciences politiques à la Sorbonne, puis de journalisme à l’Institut français de presse. Il repart ensuite en voyage en Islande, au Belize, et au Brésil.

De retour en France, il collabore en tant que journaliste à des rubriques touristiques du Figaro, de Télé Magazine, de Top Télé, de Vacances Magazine et de Partir.

De 2003 à 2011, il réalise le scénario de plusieurs bandes dessinées sous le pseudonyme de Manook.

En 2013, il signe du pseudonyme de Ian Manook un roman policier intitulé Yeruldelgger qui remporte le Prix SNCF du polar 2014.

Hunter (2018) est le premier titre d’une série de trois, paru chez Hugo Thriller sous le pseudonyme Roy Braverman

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Suspense

La fille de l’océan

de Alexis Aubenque
Broché – 6 juin 2019
Éditeur : Hugo Roman

Deux destins croisés, un terrible secret…
Au début de l’été, Jason Zimmer, enseigne de vaisseau des gardes-côtes du district de Santa Barbara, sauve in extremis de l’océan déchaîné une jeune femme. Vicky Lance, une chanteuse célèbre, connue pour ses frasques et sa vie dissolue. Mais Jason est persuadé que derrière cette image, se cache une personnalité bien plus complexe et touchante. Quels terribles secrets peut-elle bien cacher ?
De son côté, Keith Morrison, journaliste au Santa Barbara News, écrit des articles où il dresse le portrait de citoyens ordinaires. Il vient de porter son choix sur une mère de famille, danseuse dans un club privé. Le parcours exemplaire d’une femme modèle, farouchement déterminée à s’en sortir. Mais est-elle vraiment prête à tout ?
Enfin, un cadavre a été retrouvé dans la campagne environnante. Sandy Dawson, sergent au commissariat de la ville, est appelée sur place. La piste criminelle est aussitôt envisagée.

Alexis Aubenque fait partie des tout premiers auteurs que j’ai eu la chance de rencontrer sur les salons du livre. Dès notre première rencontre, quelque chose est passé. Un homme simple, chaleureux, qui aime discuter, rire et surtout raconter des histoires. Au fil des années, il est devenu pour moi un véritable conteur, et je me laisse embarquer avec plaisir dans chacun de ses récits.

Après ses romans de science-fiction, trop méconnus à mon goût, puis ses sagas River Falls, Nuits noires à Seattle, Jack Turner et bien d’autres, je retrouve ici Alexis dans un registre mêlant romance, suspense et feel-good. Cela faisait malheureusement quelques années que je n’avais pas pu lire l’un de ses récits… C’est fait !

Huit ans après La Fille de la plage, je retrouve avec bonheur Keith, Jason, Sandy et Nathan, toujours liés par cette amitié indéfectible et plus encore qui constitue le cœur du récit. Cette fois encore, j’ai plongé dans leur nouvelle aventure, passant de la légèreté au drame, de l’humour au doute, sans jamais perdre le fil.
Sous ses airs de lecture estivale, La Fille de l’océan aborde pourtant des sujets sérieux, déni de grossesse, manipulation familiale, mères isolées, célébrité et fragilité des apparences. Je me suis facilement mis à la place des personnages, en me demandant comment j’aurais moi-même réagi face à certaines situations.

J’ai retrouvé la plume fluide et addictive d’Alexis, ses chapitres courts, ses dialogues nombreux et cette construction qui donne énormément de rythme au récit. Chaque chapitre m’a permis de suivre un protagoniste différent et d’assembler progressivement les pièces d’un véritable puzzle.

J’ai particulièrement aimé retrouver cette bande d’amis, leurs personnalités, leurs valeurs et cette façon qu’ils ont de se soutenir malgré les épreuves. Et puis Alexis sait parfaitement jouer avec les contrastes. Il apporte de la légèreté aux moments graves et de la profondeur aux situations qui paraissent les plus légères. Santa Barbara, ses plages, ses corps de rêve, ses paillettes et ses fortunes offrent un décor de carte postale, mais derrière les apparences se cachent des personnages beaucoup plus profonds.

Tous vont prendre des risques, connaître la peur et parfois mettre leur vie en danger, au point de fragiliser cette amitié pourtant si solide. Les secrets se dévoilent peu à peu, les révélations s’enchaînent et l’enquête prend progressivement de l’ampleur. Une fois encore, Alexis Aubenque m’a offert un véritable page-turner. Je n’ai pas vu les pages défiler.

La Fille de l’océan a été pour moi une lecture captivante et profondément humaine, un délicieux cocktail de suspense, de romance, d’amitié et d’émotions.

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Extraits :

« — Merde, merde, merde ! jura Paul Pierson. Allez, rhabille-toi vite! Vite !
Réveillée en sursaut, Sandy n’y comprenait rien.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Ma femme arrive !
— Quelle femme ?
— Ma femme ! Je t’expliquerai tout, mais il faut que tu t’en ailles tout de suite !
L’homme était totalement paniqué. Il attrapa les vêtements de Sandy posés près du lit et les lui jeta au visage.
— Tu es marié ! »

« Méthodiquement, il scrutait l’obscurité quand il crut apercevoir une ombre flotter à quelques mètres de lui. L’air commençait à lui manquer mais, empli d’une étincelle d’espoir, il se mit à nager plus vite encore et, quelques secondes plus tard, il distinguait la forme d’un corps.
Ses poumons le faisaient terriblement souffrir, une intense brûlure à l’intérieur du thorax le dévorait, mais il refusait d’abandonner.
Le courant très puissant le poussait heureusement vers son but, et alors qu’il n’y croyait plus, il tendit la main en avant et attrapa un bras. Oubliant la douleur infernale qui lui broyait les poumons, il saisit le corps inerte sous les aisselles, le plaqua contre le sien et commença à remonter. »

« La jeune chanteuse était à demi-allongée dans son lit.
— Alors, c’est vous qui m’avez sauvée ?
Habituellement plutôt sûr de lui, Jason se sentait intimidé. C’était la première fois qu’il se trouvait face à une véritable star. Même s’il ne connaissait pas bien ses chansons, il avait entendu parler de la réputation de la jeune femme, et n’en était pas moins mal à l’aise.
— Il paraît.
— Le Docteur Montgomery m’a dit que vous aviez failli y rester.
— Je suis en vie, et vous aussi, c’est tout ce qui compte.
Vicky Lance eut un petit rire qui la fit tousser.
Jason s’avança un peu plus près du lit. Malgré la fatigue qui se lisait sur les traits de la chanteuse, elle était adorable. De longs cheveux bruns encadraient son visage angélique. »

« — Vous avez raison. La justice doit passer, mais j’étais tellement en colère. Je crois que je pourrais tuer si on s’attaquait à mon enfant.
— J’en ferais autant, mais justement, la police sert à éviter la loi du talion. La violence engendre la violence.
Si nos sociétés sont bâties sur des lois, ce n’est pas le fait du hasard. La vengeance ne mène à rien de bon. Dans la colère, personne n’est capable de juger objectivement et de rendre la bonne sentence pénale pour punir un coupable. »

Née le 23 décembre 1970, originaire de Montpellier. Alexis Aubenque, après une maîtrise en sciences économiques, décide de changer radicalement de cap, et se tourne vers l’écriture.

Passionné de littératures de genre, il devient libraire durant près de dix ans, tout en publiant des romans de science fiction, dont le diptyque « La chute des mondes » chez Pocket, ainsi que la nanologie « L’empire des étoiles » chez Fleuve Noir. Il se tourne ensuite vers le Thriller, où il publiera aux éditions Calmann-Levy la trilogie River Falls, dont le deuxième tome fut couronné par le Prix Polar de Cognac.

Il enchaîne en 2011 avec le premier tome des « Nuits Noires à Seattle », la suite délocalisée à l’Est de River Falls, mais aussi avec Canyon Creek, un « one shot » aux éditions du Toucan. Lauréat de prix prestigieux et traduit dans plusieurs pays, Alexis Aubenque dans son dernier roman, convie sur les plages ensoleillées de Santa Barbara une multitude de personnages attachants et savoureux dans une saga d’été qui mêle romance, amitié, mystère et rebondissements.

Lauréat du prestigieux Prix Polar du festival de Cognac pour Un Automne à River Falls, le deuxième épisode de la série des enquêtes de Mike Logan, Alexis est souvent dépeint comme le Harlan Coben français, pour son sens du suspens, la nervosité de son écriture et la force de ses personnages. Désormais, c’est chez Bragelonne Thriller que « le plus américain des auteurs français » publie sa série d’été.

Des larmes sur River Falls (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/17/des-larmes-sur-river-falls/

Émotion, Famille, Psychologie, Suspense

L’Enfant aux cailloux

de Sophie Loubière
Poche – 13 mars 2014
Éditeur : Pocket

Elsa Préau est une retraitée bien ordinaire. De ces vieilles dames trop seules et qui s’ennuient tellement – surtout le dimanche – qu’elles finissent par observer ce qui se passe chez leurs voisins. Elsa, justement, connaît tout des habitudes de la famille qui vient de s’installer à côté de chez elle. Et très vite, elle est persuadée que quelque chose ne va pas. Les deux enfants ont beau être en parfaite santé, un autre petit garçon apparaît de temps en temps – triste, maigre, visiblement maltraité. Un enfant qui semble l’appeler à l’aide. Un enfant qui lui en rappelle un autre… Armée de son courage et de ses certitudes, Elsa n’a plus qu’une obsession : aider ce petit garçon qui n’apparaît ni dans le registre de l’école, ni dans le livret de famille des voisins. Mais que peut-elle contre les services sociaux et la police qui lui affirment que cet enfant n’existe pas ? Et qui est vraiment Elsa Préau ? Une dame âgée qui n’a plus toute sa tête ? Une grand-mère souffrant de solitude comme le croit son fils ? Ou une femme lucide qui saura croire à ce qu’elle voit ?

C’est le deuxième roman de Sophie Loubière que je découvre, après Black Coffee, mais avec L’Enfant aux cailloux, je suis entré dans un tout autre univers.
Et quelle lecture ! Je l’ai dévoré, incapable de le lâcher avant la dernière page.

Dès les premières pages, je me suis attaché à Elsa Préau, personnage aussi fascinant qu’inquiétant. Ancienne institutrice puis directrice d’école, cette vieille dame vit seule dans le pavillon de son enfance. La solitude lui pèse, alors elle observe, note, analyse et tente de rester connectée au monde qui l’entoure. Un peu imaginative, peut-être médium, certainement paranoïaque, mais surtout lucide, obstinée et terriblement persévérante.

Elsa consigne ses pensées dans de petits carnets, écrit aux élus, s’inquiète des nuisances, de l’environnement et de tout ce qui lui semble anormal. Jusqu’au jour où, en observant ses voisins, elle pense assister à la maltraitance d’un enfant.
Mais peut-on réellement lui faire confiance ?
Est-elle victime de ses hallucinations, manipulatrice, dangereusement paranoïaque ou simplement une femme âgée que la solitude a peu à peu fragilisée ?

C’est là que Sophie m’a complètement manipulé. Plus j’avançais, plus le doute s’installait et plus je me demandais qui croire. La police, les services sociaux, la famille… chacun semble avoir sa part d’ombre et d’impuissance.

J’ai beaucoup aimé cette façon qu’a l’autrice de brouiller les pistes sans jamais perdre le fil de son intrigue. Sa plume est vive, fluide, précise, et surtout remarquablement humaine.
Elle aborde la solitude des personnes âgées, la maltraitance infantile, les relations entre parents et enfants, mais aussi les failles de notre société.
J’ai également apprécié les nombreux sujets qui affleurent entre les lignes. Santé, politique, médias, environnement et manipulations diverses. Charge à nous de les accepter ou pas. Personnellement je les valide tous !
Elsa m’a profondément touché, tout en me mettant parfois mal à l’aise par certaines de ses manies et ses réactions radicales.

Et puis il y a cette atmosphère de malaise qui ne me quitte pas. Sophie entretient le suspense jusqu’au bout et distille ses révélations avec une remarquable efficacité. Chaque élément finit par trouver sa place, jusqu’à des dernières pages absolument époustouflantes.

L’Enfant aux cailloux est pour moi bien plus qu’un roman noir. C’est un formidable portrait de femme, dérangeant, intime, parfois drôle et profondément bouleversant.
Une histoire qui m’a manipulé, ému et fait réfléchir.
Un véritable coup de cœur que je vous conseille vivement !

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Extraits :

« Le jeu du vent et du soleil amusait les rideaux. Depuis sa chaise, le petit garçon eut un sourire. Il lui semblait qu’un être invisible, sensible aux caresses de ce dimanche d’été, jouait à cache-cache derrière le tissu en jacquard. Les yeux clos, l’enfant aurait juré entendre des gloussements de plaisir sous le motif de médaillon. »

« Des cris aigus et le grincement d’une balançoire tiraient Mme Préau de sa sieste dominicale vers 15 heures. Elle se levait, ouvrait les doubles rideaux et découvrait les enfants jouant dans le jardin. Une fillette et deux garçons. Le plus petit des garçons n’avait guère plus de trois ans et pleurnichait beaucoup, victime des farces de sa sœur. Peut-être âgée de cinq ou six ans, elle le faisait délibérément chuter de la balançoire, lui arrachait le ballon des mains ou le poussait d’un petit camion pour prendre sa place. Elle usait de sa supériorité physique avec aplomb, profitant du fait que ni son père ni sa mère ne les surveillaient. Ces derniers se contentaient de jeter de brefs coups d’œil à leurs enfants lorsque ceux-ci étaient trop turbulents. Parfois, le père sortait fumer des cigarettes en buvant un café ou une bière. Il s’asseyait sur un fauteuil de jardin en plastique blanc et s’intéressait surtout à son téléphone portable. La mère apparaissait peu en dehors de la maison ; si elle traversait le jardin, c’était au pas de charge et dans le seul but de décrocher le linge étendu devant le mur du garage. »

« Mme Préau jouissait d’une vue correcte pour son âge. Il lui était cependant difficile de voir net au-delà d’une certaine distance, même avec ses lunettes. Aussi décida-t-elle début août d’acquérir auprès de l’opticien M. Papy une paire de jumelles de théâtre.
La raison à cela : le garçonnet sous le bouleau pleureur. Son absence de contact entre lui et le reste de la famille l’intriguait. Cela relevait sans doute d’un tempérament solitaire ou d’une tendance au repli sur soi. Mais cette attitude aphasique à la limite de la prostration était singulière. Jamais il ne tenait dans ses mains de jouet, se contentant de brindilles et de cailloux. »

« À un moment, le silence devient intenable, les gens parlent. L’institution Église y est confrontée actuellement mais elle ne sera pas la seule. J’attire votre attention, Madame la ministre, sur le fait que ces derniers jours ont été arrêtés un professeur de gymnastique ainsi qu’un général de l’armée. La pédophilie ne frappe pas que l’Église et les hommes célibataires.
C’est souvent un phénomène familial, une perversion dont on ne guérit pas.
On parle beaucoup du célibat des prêtres. Ce célibat est souvent vécu comme une amputation. Non seulement pour l’aspect sexuel, mais aussi pour l’aspect affectif. Imaginez ces hommes qui jamais ne serrent quelqu’un dans leurs bras, qui jamais ne vont dans les bras de quelqu’un, à part leur proche famille. C’est très difficile à vivre, croyez-moi. Étant moi-même divorcée depuis 1975 et ayant fait le choix de ne pas me remarier afin de me consacrer à mon fils et à mon métier, j’en sais quelque chose. Je pense à tous ces hommes et ces femmes qui souffrent de solitude et de manque affectif, et je me dis qu’il ne faut pas s’étonner si certains plongent dans la dépression, l’alcoolisme ou la perversité. »

Journaliste et romancière, Sophie Loubière s’est longtemps partagée entre le micro (France Inter, France Info) et la plume. Auteur d’une dizaine de romans et de nouvelles policières, elle publie son premier polar dans la collection Le Poulpe en 1999. De Paris à San Francisco (Dans l’œil noir du corbeau), des forêts lorraines à la route 66 (Black coffee et White Coffee), elle plonge le lecteur dans un trouble profond.
En 2011, le succès de L’enfant aux cailloux lui vaut une reconnaissance internationale. Traduit en langue anglaise, le livre remporte plusieurs prix littéraires. En 2015, elle aborde l’Histoire avec À la mesure de nos silences (Fleuve Editions), un hymne à la vie, entre ombre et lumière, inspiré d’un fait réel de la seconde Guerre Mondiale. Cinq cartes brûlées (Fleuve Noir), confirme l’intérêt de Sophie Loubière pour le fait divers, révélateur des carences et névroses de notre société.

Black Coffee (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/28/black-coffee/