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Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Polar, Suspense

Comme des bleus

de Marie Talvat et Alex Laloue
Broché – 12 avril 2018
Éditeur : Plon

Paris, novembre 2016. Le sordide assassinat d’une femme enceinte secoue l’opinion publique. La Crim’ est sous pression. Il faut dire que tous les ingrédients du scandale sont réunis : une victime, fille d’un ténor du barreau, des élections qui approchent à grands pas et une presse qui se déchaîne.
Dernière recrue du groupe chargé de l’enquête, Arsène Galien est immédiatement jeté dans le grand bain. Entre doutes et excès de zèle, il compte bien profiter de cette affaire pour gagner la confiance de ses supérieurs. Quant à Pauline Raumann, jeune journaliste voisine de la victime, elle se serait bien passée d’être mêlée à cette enquête, qui fait ressurgir en elle des démons oubliés.
Reflets d’une génération en quête de sens, les deux novices ont des idéaux et des incertitudes plein la tête. Alors qu’une irrésistible attraction les pousse toujours plus près l’un de l’autre, ils vont se laisser emporter par une affaire hors du commun, à la poursuite du pire des tueurs.

LE PREMIER POLAR DE LA GÉNÉRATION Y

Avec Comme des bleus, je découvre Marie Talvat et Alex Laloue, deux auteurs qui m’ont réservé une bien belle surprise !

Dès les premières pages, je suis happé par une intrigue qui débute dans l’horreur. Adèle, une jeune femme, est sauvagement assassinée dans son appartement parisien. Sa voisine Pauline, journaliste, voit alors son quotidien complètement bouleversé. En parallèle, je fais la connaissance d’Arsène, une jeune recrue de la brigade criminelle du célèbre 36, quai des Orfèvres. Avec ses collègues, il se lance sur les traces du meurtrier.

J’ai beaucoup aimé cette construction originale où les auteurs alternent les chapitres consacrés à « Elle » et à « Lui ». Une approche qui m’a permis d’entrer très rapidement dans cette histoire, mais qui m’a surtout donné envie de découvrir ces deux personnages aussi attachants que singuliers.
Car derrière leurs différences, Pauline et Arsène partagent bien des fragilités. Je me suis attaché à ces deux êtres en quête de repères, qui se cherchent autant professionnellement qu’affectivement. Cette enquête va les confronter à leur passé, à leurs blessures et à un monde dont ils peinent parfois à comprendre les règles.
Leur rencontre sera-t-elle cette bouffée d’oxygène capable d’apaiser leurs âmes tourmentées ?

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est ce contraste entre la violence des faits et la fraîcheur qui se dégage du récit. Les auteurs nous offrent une enquête fluide, accessible, ponctuée d’un humour savoureux et de réflexions pertinentes sur notre quotidien.

Au fil des pages, je découvre une véritable personnalité d’écriture, une belle maturité et des dialogues qui font mouche. Les personnages ont du caractère, du répondant et une présence qui donne à cette histoire une saveur toute particulière. Et puis, il y a ce final ! Jamais je n’aurais imaginé un tel dénouement. Quel rebondissement ! J’en suis resté surpris, tant les auteurs ont su me prendre à contre-pied.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui sort des sentiers battus et renouvelle agréablement le genre policier.
Comme des bleus, c’est une enquête qui ne manque ni de mordant ni d’humanité, portée par deux personnages que je n’oublierai pas de sitôt.

Une très belle découverte que je vous recommande sans hésiter !

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Extraits :

« J’ai mal au crâne. Est-ce cela qui m’a réveillée ? Je ne crois pas. Plutôt une sensation de gêne que je n’arrive pas encore à identifier. Sans ouvrir les yeux, je passe mon corps en revue. Ma nuque est raide. Typique. J’ai dû m’endormir d’épuisement dans une position improbable. Ma bouche est pâteuse, ma gorge sèche, mon estomac acide. Vin, cigarettes et re-vin. Jusqu’ici, tout est en ordre. »

« Au début on s’aime avec passion, puis on s’aime avec raison, puis on s’aime par habitude pour finir par ne plus que se croiser sur un canapé en regardant un film ensemble, par habitude, en se couchant, par habitude, en faisant l’amour, par habitude, les va-et-vient ressemblant de plus en plus à des exercices physiques tellement répétés que l’on attend l’orgasme comme une pizza en livraison. On y croyait, à cette relation. On y croyait à cette façon d’emmerder les idées reçues. On se disait qu’on allait devenir l’un de ces couples qui se connaissent par cœur tout en continuant à se découvrir de jour en jour, où l’on rit avec passion et où l’on vit chaque minute comme si l’on venait de naître, où la séparation est insupportable et où la communion des corps est telle que l’on a l’impression, chaque soir, d’avoir une amante différente qu’on connaît comme sa sœur, qu’on chérit comme son épouse, et avec qui on s’étreint comme deux jeunes amoureux en temps de guerre. Un couple de série télé, quoi. »

« Docteur, j’ai la migraine. Ça fait vingt-six ans que ça dure. Aidez-moi, aidez-moi. Une lumière aveuglante se braque sur moi. Ouvrez grand la bouche, plus grand. J’essaye d’articuler quelque chose, mais la main poilue et sa montre à vingt mille balles me font signe de la boucler. Je suspecte une hémorragie cérébrale. Votre palais est transparent, je cherche la source du saignement, alors ouvrez grand la bouche et fermez votre gueule. Ça y est, j’ai trouvé d’où vient le problème. Merde alors, ça saigne sévère. Mon cœur bat à mille à l’heure. C’est grave, docteur ? Un peu, que c’est grave. Il faut trépaner tout de suite. Je sens la pointe d’un burin se caler entre mes deux yeux tandis qu’un marteau s’approche et… »

« Je sors de l’immeuble avec cette étrange impression. Ce sentiment que je n’ai pas eu depuis longtemps. Ce pressentiment que, cette fille, je vais la revoir. Je ne sais pas encore comment, ni si notre entrevue se terminera debout ou allongés, mais je vais la revoir. Dehors, un soleil d’automne vient me caresser le visage. »

Marie Talvat est romancière.
Après des études de journalisme et de médiation culturelle, elle s’est fait connaître sur YouTube avec sa chaîne « L’Instant inutile ».

Alex Laloue est le pseudonyme d’Alexandre Galien, un fonctionnaire de police.
Il a fait des études de droit et de sciences criminelles, puis intégré en 2015 la Direction Régionale de la Police Judiciaire. Il a par la suite pris une disponibilité pour se consacrer à l’écriture.

Il a déjà publié deux romans à quatre mains sous le pseudonyme d’Alex Laloue avec son ex-compagne Marie Talvat : Comme des bleus (2019), suivi de À corps perdu (2019).

Il a remporté le prix du Quai des Orfèvres 2020 pour son roman Les cicatrices de la nuit (publié sous son vrai nom), qui s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires. Le deuxième volet de la saga, Le souffle de la nuit, est sorti en septembre 2020 aux éditions Michel Lafon.

Il est depuis la rentrée 2020 en charge du cours « Roman Noir, époque sombre » à la Chaire d’écriture et de rhétorique de Sciences Po.

Roman

Toxique

de Niko Tackian
Poche – 3 janvier 2018
Éditeur : Le Livre de Poche

ELLE AIME SABOTER LA VIE DES AUTRES,
ELLE N’ÉPROUVE AUCUNE EMPATHIE,
ELLE POURSUIT UN BUT. ELLE EST TOXIQUE.

Mais ça, Tomar Khan, un des meilleurs flics de la Crim, ne le sait pas. Nous sommes en janvier 2016. La directrice d’une école maternelle de la banlieue parisienne est retrouvée morte dans son bureau. Dans ce Paris meurtri par les attentats de l’hiver, le sujet des écoles est très sensible. La Crim dépêche donc Tomar, chef de groupe de la section 3, surnommé le Pitbull et connu pour être pointilleux sur les violences faites aux femmes.
À première vue, l’affaire est simple, « sera bouclée en 24 heures », a dit un des premiers enquêteurs, mais les nombreux démons qui hantent Tomar ont au moins un avantage : il a développé un instinct imparable pour déceler une histoire beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît.

Avec Toxique, Niko Tackian m’a emporté dans un polar qui m’a profondément interpellé. Je pensais découvrir une enquête policière, mais j’ai trouvé bien davantage. Une plongée dans les profondeurs de l’âme humaine, là où les blessures du passé peuvent faire basculer une vie.

Tout commence par l’assassinat d’une directrice d’école de banlieue parisienne. Tomar se lance alors sur les traces d’un individu particulièrement toxique, dont l’influence malsaine s’insinue dans les existences, exploite les failles et détruit doucement ceux qu’il approche. Mais ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas tant de découvrir l’identité du tueur que de comprendre ce qui se cache derrière lui. Le mal s’installe insidieusement, la folie gagne du terrain et l’angoisse monte sans que je puisse véritablement en mesurer les limites.

Et puis, il y a Tomar ! Pour moi, il est incontestablement le pilier de ce roman. Derrière son allure de mastodonte, j’ai découvert un policier meurtri, rongé par un passé particulièrement violent. Il a commis des erreurs, parfois difficiles à accepter, mais je me suis attaché à lui au fil des pages. J’ai fini par lui pardonner beaucoup, parce que j’ai senti toute la souffrance qu’il portait en lui. Il m’a touché bien davantage que je ne l’aurais imaginé.

J’ai également été fasciné par le parallèle entre son existence et celle du tueur. Deux enfances marquées par la violence, deux êtres façonnés par des blessures profondes, mais des chemins qui finissent par diverger radicalement. Ces passages m’ont particulièrement remué. Ils m’ont amené à réfléchir à ce qui nous construit, à ce qui nous détruit et à cette frontière parfois si ténue entre survivre à son passé et sombrer avec lui. La peur, la folie et les mécanismes de la sociopathie rendent cette lecture aussi captivante que terrifiante.

L’écriture de Niko est vive, brutale, presque cinématographique. Je me suis laissé happer par cette histoire, ou plutôt par ces histoires qui s’entremêlent et dévoilent, chacune à leur manière, une facette de l’âme humaine.

Ce roman m’a aussi profondément interpellé sur les conséquences d’une enfance brisée et d’une éducation défaillante. Je ne peux m’empêcher de penser à ces enfants dont les blessures deviennent parfois, en grandissant, des fardeaux impossibles à déposer.

J’ai aimé ce polar pour sa noirceur, mais surtout pour son humanité. Je l’ai trouvé différent des récits habituels de tueurs en série, plus profond, plus dérangeant aussi.

Avec Toxique, Niko m’a surpris, bousculé et fait réfléchir. Une écriture magnifique, des personnages puissants et une histoire qui m’a tenu en haleine tout en me laissant face à des questions difficiles. Car derrière chaque histoire se cache une autre histoire… Et ce que j’ai découvert dans celle-ci m’a autant bouleversé que terrifié.

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Extraits :

« Il avait beau fermer les yeux, ça lui bouffait les entrailles depuis toujours. Le froid et la peur. Le garçon filait entre les murs gris, sa tignasse épaisse trempée de sueur. Il courait à en perdre haleine, les pieds nus meurtris par du gravier aux arêtes tranchantes. Il ne se souvenait plus quand ça avait commencé. Il devait avoir deux ou trois ans peut-être ? Il n’était même plus certain d’avoir connu un jour la chaleur du ventre maternel. Sa vie n’était que combat, un long et épuisant combat pour ne pas sombrer dans la folie, pour continuer à fuir entre les murs du labyrinthe sans se retourner. Derrière lui, la bête ne cesserait jamais de le traquer. Il pouvait sentir son souffle immonde dès qu’il réduisait l’allure. Et il savait que s’il abandonnait, son petit corps serait piétiné, roué de coups jusqu’à n’être plus que douleur. Alors il cou-rait, encore et encore. »

« Il opta donc pour la solution la plus sûre. Une fois qu’elle aurait reçu sept mille volts dans le dos, Charline lui tomberait dans les bras. Là, il faudrait être rapide, la porter jusqu’au coffre de sa voiture, lui entourer pieds et mains de ruban adhésif et bien lui couvrir la bouche. Si elle couinait trop, il la menacerait avec son couteau pour qu’elle la ferme, ça marchait toujours. Ensuite, il pourrait la ramener dans le coin tranquille qu’il avait repéré et commencer à s’amuser. Un bruit de porte interrompit ses pensées. Charline venait de quitter la cage d’escalier et se dirigeait d’un pas mal assuré vers sa Twingo. Vingt mètres, quinze, dix…
Bob poussa la portière et passa une jambe à l’extérieur. »

« Bob n’avait aucune idée d’où il se trouvait. Il s’était réveillé allongé, les jambes repliées contre son torse, pieds et poings liés, une cagoule sur le visage. Les yeux écarquillés, il tentait d’apercevoir quelque chose entre les mailles du tissu mais aucune source de lumière ne lui parvenait. Un puissant mal de crâne pulsait au niveau de sa tempe gauche, sans doute à l’endroit où on l’avait frappé. Il lui avait fallu de longues minutes pour rassembler ses souvenirs… »

« — Laura, Emilie, Charlotte, Zaïa… ça te dit quelque chose ?
Bob ne répondit pas.
— Éloïse, Sophia… je continue ?
— Je… je suis malade.
L’homme s’inclina très légèrement vers Bob. Il y eut comme un bruissement suivi d’un craquement sourd, celui des os de sa mâchoire qui venaient de se briser sous la force de l’impact.
— Tu n’es pas malade, connard. T’es juste une merde de prédateur qui viole des filles. Avec moi, tes excuses ne valent rien. »

Nicolas Tackian ou Niko Tackian est un scénariste, réalisateur et romancier français.

De l’écriture à la réalisation, il s’exprime avec le même engouement au cinéma, en bande dessinée, à la télévision et dans les jeux vidéo.

Il a été journaliste et rédacteur en chef de différents magazines de presse avant de devenir scénariste. Il devient auteur de bande dessinée et signe son premier projet aux éditions Semic, avant de rejoindre l’équipe de Soleil Productions avec laquelle il va signer plus de 30 albums.

Thriller ésotérique, science fiction, dark fantasy, anticipation, polar, fantastique sont autant d’univers qu’il aime explorer en BD (« Kookaburra Universe », « Le Syndrome de Caïn », « L’Anatomiste », « Orks », « La Compagnie des Lames », « Corpus Hermeticum »…).

Il devient également scénariste pour la télévision et signe plusieurs dizaines de téléfilms avant de créer avec Franck Thilliez, en 2015, la série « Alex Hugo » pour France 2 dont il continue d’assurer une partie des scenario.

En 2008, il écrit et réalise son premier film « Azad », primé dans de nombreux festivals à travers le monde.

Après une minutieuse enquête sur le phénomène de la mort imminente,
il écrit « Quelque part avant l’enfer » (2015), son premier roman et obtient le prix des lecteurs au festival polar de Cognac 2015.
Suivra « La nuit n’est jamais complète » en 2016 (lauréat du prix du polar lycéen d’Aubusson 2018),
https://leressentidejeanpaul.com/2026/07/22/la-nuit-nest-jamais-complete/
puis il change d’éditeur et publie « Toxique » (2017),
puis « Fantazmë » (2018),
et « Celle qui pleurait sous l’eau (2020), une trilogie introduisant le personnage de Tomar Khan, commandant à la brigade criminelle parisienne.
En 2019 son thriller « Avalanche Hôtel » obtient de nombreux prix, dont le célèbre « prix de la ligue de l’imaginaire », qu’il intègre la même année rejoignant des auteurs à succès tels que Bernard Minier, Bernard Werber, Olivier Norek, Maxim Chattam et son camarade Franck Thilliez.
En 2021, il publie « Solitudes » aux éditions Calmann-Levy.

Page Facebook : https://www.facebook.com/niko.tackian.auteur/

Amour, Émotion, Conte, Philosophique, Poésie, Psychologie

Le Code du Royaume intérieur

de Eléonore De Saphir
Broché – 21 mai 2026
Éditeur : autoédition

ET SI UN ANCIEN POÈME
NE RACONTAIT PAS SEULEMENT UNE HISTOIRE,
MAIS PORTAIT UNE ARCHITECTURE INTÉRIEURE ?

Le Chevalier à la peau de tigre est l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature géorgienne. Depuis le XIIe siècle, il traverse les générations comme un poème d’amour, de fidélité, de courage et de retour.

Mais si ce texte portait aussi autre chose ?
Une carte intérieure.
Un code de transformation.
Une architecture secrète de la parole, du désir, de la douleur, de la force et de l’amour.

Dans ce livre, Eléonore De Saphir propose une lecture profonde et inédite de l’œuvre de Chota Roustavéli : 64 lois de sagesse pour retrouver son axe, purifier sa parole, traverser la douleur, reconnaître sa force blessée et revenir à son royaume intérieur.

Ce livre ne se lit pas.
Il se traverse.

Il y a quelques semaines, Eléonore De Saphir est entrée en contact avec moi afin de me proposer une lecture. Le code du Royaume intérieur. Ne connaissant pas l’autrice, j’ai recherché sur Internet qui elle était, et surtout de quoi parlait son ouvrage. Très vite j’ai été piqué et j’ai accepté avec plaisir ce recueil philosophique qui décline sous forme de 64 lois, emprunt de valeurs et de réflexions, un ancien poème Georgien… Je l’ai reçu quelques jours plus tard.

J’ai commencé à le lire comme à mon habitude, mais très vite je me suis rendu compte que ce type d’ouvrage nécessitait un rythme différent de lecture, qu’il ne se lisait pas d’une traite et surtout qu’il devait se lire au calme. Je l’ai repris du début à raison de deux ou trois chapitres par jour, le découvrant ainsi par étapes, en prenant le temps de laisser infuser certaines idées et d’y revenir si besoin…

Le poème, « Le chevalier à la peau de tigre”, chef-d’œuvre médiéval de Chota Roustavéli, raconte les aventures de deux amis qui vont parcourir l’Arabie et l’Inde en quête d’une femme.
Décliné en 64 lois, entre analyse, et véritable réflexion sur la vie intérieure, la lecture n’est pas d’un abord facile. Chaque chapitre éclaire une expérience humaine différente. L’amour, la parole, la blessure, la dignité, la peur, la liberté, la responsabilité et plus encore. Mais heureusement dans cette réflexion philosophique, Eléonore nous propose à chaque fin de chapitre des pistes sous formes de questions qui m’ont aidé au fur et à mesure à me recentrer sur ce qui est important pour une analyse personnelle grâce à des questions concrètes.

Je me suis laissé guider dans ce voyage spirituel, qui ne donne pas de réponses toutes faites, mais qui invite à se poser celles qui sont essentielles.

Voilà, je l’ai terminé. Je n’avais jamais mis autant de temps à lire un livre et je sais déjà qu’il restera à porté de main. je le relirai de temps en temps, certains passages, par-ci, par-là et laisserais mûrir le fil de mes réflexions…

Un livre à lire lentement, à méditer, à reprendre…
Une très belle découverte.

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Extraits :

« Chota Roustavéli a créé ce poème immortel à l’époque où la Géorgie se tenait dans son âge d’or et où le pays était gouverné par Tamar — une femme que le peuple géorgien, aujourd’hui encore, ne nomme pas reine, mais roi : le roi Tamar. Dans ce seul mot se révèle déjà tout l’esprit d’une époque : une force qui dépasse le sexe; un respect qui traverse la forme ; une souveraineté qui ne se réduit pas au fait de siéger sur un trône, mais qui relève d’une hauteur intérieure. C’est à Tamar que Roustavéli dédia son poème. »

« Les récits transmis disent qu’il aimait Tamar — en silence, sans bruit, sans jamais le dire. Peut-être n’est-ce qu’une légende. Peut-être la mémoire du peuple a-t-elle lu ainsi ce feu caché qui se sent dans les vers du poème. Mais une chose est claire : dans Le Chevalier à la peau de tigre, la femme n’est pas un être faible dont le rôle serait seulement d’aimer ou d’attendre. Ici, la femme gouverne. Elle porte le choix. Elle est source de volonté. Elle ouvre le chemin.
Elle est la force placée au centre du royaume. »

« L’amour élève. Le désir, souvent, s’approprie. L’amour protège. Le désir, souvent, dénude. L’amour est fidèle. Le désir change vite de visage. L’amour supporte même le silence. Le désir exige une confirmation constante. L’amour garde la dignité. Le désir, souvent, fait tomber l’être humain plus bas que lui-même. »

« Ne confondez pas l’amour et la passion.
Si aujourd’hui vous voulez une chose et demain une autre, n’appelez pas cela un amour élevé. Si vous n’aimez une personne que lorsqu’elle sert votre désir, ce n’est pas de l’amour. Si votre sentiment blesse la dignité de l’autre, ce n’est pas de l’amour. Si votre parole rabaisse l’être aimé, ce n’est pas de l’amour. »

« Si quelqu’un vous dépasse, voyez-le. Ce n’est pas votre humiliation. Peut-être est-ce précisément là que commence votre renouvellement. Un être intérieurement fort ne s’effondre pas devant la supériorité de l’autre. Il apprend ou se trouve la nouvelle force, où se trouve la meilleure précision, où l’ancienne représentation doit céder sa place. »

Eléonore De Saphir est une autrice indépendante dont l’écriture explore la conscience, la liberté intérieure, la parole, l’amour et les mécanismes qui façonnent l’être humain.

Son travail se situe à la croisée de la littérature, de la philosophie et de l’introspection. Elle ne cherche pas à rassurer, mais à éveiller.

Ses textes sont conçus comme des déclencheurs — des outils de lucidité pour celles et ceux qui refusent de vivre en mode automatique et choisissent d’habiter pleinement leur liberté.

Dans Le Code du Royaume intérieur, elle propose une lecture contemporaine et initiatique du Chevalier à la peau de tigre, le grand poème géorgien du XIIe siècle de Chota Roustavéli, à travers 64 lois consacrées à l’unité et à la souveraineté intérieures.

Elle vit et écrit en France.

https://eleonoredesaphir.com

Amour, Émotion, Drame, Famille, Noir, Suspense, Violence

Principes mortels

de Jacques Saussey
Poche – 16 mai 2018
Éditeur : Bragelonne

La mort n’a jamais dit son dernier mot.

Été 1979. Franck Servin, dix-huit ans, fuit le naufrage du foyer familial pour réviser son bac. Il trouve refuge chez son oncle et sa tante, dans une ferme de la Creuse où, quatre ans plus tôt, son cousin Paul a trouvé la mort sur une route qu’il connaissait depuis l’enfance. Cette tragédie a ouvert une plaie qui ne s’est jamais refermée.
Trente ans plus tard, revenu dans la Creuse, là où tout s’est noué, Franck sait qu’il va mourir. Il a quelques jours pour laver sa mémoire et raconter comment, cet été-là, le piège du destin s’est refermé sur les siens.

« Jacques Saussey décrit un monde idéal avant
de le déchirer en petits morceaux entre les secrets
et les mensonges d’une famille complètement tordue.
Une fois que je l’ai eu commencé, je n’ai pas pu le refermer. »
Patricia MacDonald

Salué par la critique et les lecteurs comme un grand du roman noir, Jacques Saussey nous offre, avec Principes mortels, le meilleur de lui-même.

Principes mortels de Jacques Saussey, un roman noir qui m’a fait vibrer et dont les émotions m’ont profondément marqué !

En juillet 2011, Franck revient à la ferme de ses oncle et tante, en Creuse. C’est là, dans ce lieu chargé de souvenirs, qu’il décide de raconter l’histoire qui a bouleversé sa vie.

Juillet 1979. À 19 ans, Franck vient d’échouer au baccalauréat. Chevauchant sa Kawasaki, il se dirige vers la ferme de son oncle et de sa tante, Victor et Hélène. En effet, sa mère l’a envoyé chez eux, à la Renardière, afin qu’il prépare les épreuves de rattrapage. Mais ce séjour est aussi l’occasion de fuir un foyer devenu invivable, où l’alcoolisme de son père fait régner la violence. Son arrivée ravive également une douleur profonde. Franck ressemble étrangement à Paul, leur fils unique, mort quatre ans plus tôt dans un accident de mobylette. Pour ses proches, ces retrouvailles ne sont donc pas sans conséquences… Très vite, ce qui devait être une parenthèse studieuse prend une tournure sombre. J’assiste, impuissant, à l’effondrement progressif d’une famille meurtrie, incapable de surmonter son deuil. La santé de Victor se dégrade, les tensions s’exacerbent et les circonstances de la mort de Paul refont surface.

À travers une narration alternant entre 1979 et 2011, Jacques m’entraîne dans une histoire où le passé et le présent s’entremêlent, tandis que les secrets remontent peu à peu à la surface.
J’ai découvert un jeune Franck confronté à des événements terribles, qui tente malgré tout de protéger les siens et de sauver ce qui peut encore l’être. Malgré quelques instants de répit, et une rencontre charnelle, la noirceur reprend très vite ses droits…

J’avais pressenti que cette histoire finirait mal, mais je n’avais pas imaginé l’intensité des émotions qui m’attendaient. Impossible de lâcher ce roman avant cette dernière phrase, dont je n’avais pas mesuré toute la portée !
« Partez, avant qu’il ne soit trop tard… »
Pour moi, il était déjà trop tard, j’étais happé par cette histoire, emporté par ses émotions, jusqu’à un dénouement qui m’a laissé sans voix.

L’écriture de Jacques est magnifique à la fois simple, profonde et mystérieuse. J’ai ressenti toute la détresse de Franck, son attachement aux siens et la difficulté de prendre ses distances avec cette ferme où tant de choses se sont jouées.

Plus qu’un thriller, c’est un roman noir profondément humain et bouleversant, porté par des personnages denses et attachants, dans une atmosphère de plus en plus oppressante.

Un très beau coup de cœur !

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Extraits :

« Un pied posé à plat de chaque côté de la moto, je retire mon casque et le pose sur mon rétroviseur. Malgré la touffeur de l’après-midi, le moteur refroidit déjà en cliquetant.
Je glisse les doigts dans mes cheveux longs pour les décoller de mon crâne trempé de sueur. Dans mon cou, ils se sont un peu emmêlés à cause du vent, le long des quatre cent cinquante kilomètres que je viens de parcourir d’une traite. »

« Quand elle est sortie du coma, deux jours plus tard, elle a contacté un avocat et un commissaire de police, et elle a porté plainte contre mon père. Je n’ai rien pu faire pour l’en empêcher. Mais en avais-je vraiment envie, de toute manière ? Lorsque je l’avais trouvée évanouie dans la cuisine, le nez cassé et le visage en sang, mon père était en train de pleurer, le front posé sur le sol. Il tenait encore à la main la casserole avec laquelle il venait de la frapper. »

« Hélène hausse les épaules.
— Non, il a des maux de tête terribles, depuis quelques jours. Il a toujours mal supporté la canicule, mais cette année, c’est pire que jamais. Hier, il n’a pas pu mettre le nez dehors. Je ne te dis pas dans quel état d’énervement ça le plonge. Il n’est pas toujours facile, lui non plus. »

« — Il y a longtemps que tu as des maux de tête, comme ça ?
— Deux ou trois semaines. Peut-être quatre… je ne sais plus. Je n’y ai pas fait vraiment attention, au début. Ça a commencé vers la mi-juin. Il faisait une chaleur comme aujourd’hui, à ne pas mettre une vache dehors. J’ai pensé que c’était à cause de la sécheresse, de la violence du soleil.
Parce qu’ici, quand ça cogne… ça cogne, crois-moi !
Il avale une gorgée de Ricard, les yeux mi-clos.
— Et puis, c’est revenu. Et ça continue de temps en temps. J’ai un peu de répit pendant quatre ou cinq jours, et puis ça recommence. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, « La mante sauvage », achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre « Colère Noire ».
C’est le second, « De sinistre mémoire », écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui content » dans le polar.

— Le Loup peint (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/08/24/le-loup-peint/

— Enfermé.e (2018)
leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

— 7/13 (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/15/7-13/

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Lynwood Miller – Rivalités***

de Sandrine Roy
Broché – 10 mai 2019
Éditeur : Éditions Lajouanie

Lynwood  Miller, ex-membre des forces spéciales américaines, coule des jours heureux sinon paisibles auprès de la tendre mais surprenante Éli, dans le bassin d’Arcachon. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si un être odieux aux pouvoirs similaires, voire supérieurs à ceux de la jeune femme, ne venait s’immiscer dans la vie du couple. Tout irait donc pour le mieux si… le cadavre d’un adolescent n’était pas retrouvé émasculé sur les quais. Tout irait donc pour le mieux si… le commissaire Marchand ne se décidait à mettre Lynwood et Simon sur l’affaire… Lynwood  Miller est de retour pour sa troisième aventure. Éli et ses pouvoirs aussi étonnants que déroutants et Simon le geek des Pyrénées sont bien évidemment de la partie. S’ajoutent à ce fameux trio des criminels, des flics, un médium et quelques pédophiles incestueux… L’épisode s’annonce sacrément prenant !

J’attendais la suite de leurs aventures avec impatience, mais la vie ne nous permet pas toujours de faire ce que nous voulons !

Depuis le premier tome proposé par Sandrine Roy, il y a quelques années déjà, je suis tombé sous le charme du mystérieux et ombrageux Lynwood Miller, ancien agent des forces spéciales, et de la touchante Eli. Quel plaisir de les retrouver dans Rivalités, le troisième volet de cette série qui m’aura décidément réservé de belles surprises !

Mariés et plus amoureux que jamais, Lynwood et Eli goûtent enfin à une tranquillité bien méritée, après les épreuves traversées et les problèmes de santé de la jeune femme. Pour les fêtes de fin d’année, ils quittent provisoirement leurs montagnes pour rejoindre Arcachon et la maison d’Eli. Lynwood en profite pour inviter quelques amis, mais leurs retrouvailles ne vont pas se dérouler comme prévu. Le meurtre particulièrement horrible d’un adolescent vient bouleverser cette parenthèse paisible. En vacances chez le couple, le commissaire Marchant est appelé sur la scène de crime. Bien que l’affaire ne relève pas de son secteur, certaines similitudes avec une enquête menée cinq ans auparavant l’interpellent. Il sollicite alors l’aide de Lynwood et de Simon pour résoudre cette énigme aussi délicate que terrifiante.

Cette fois, Sandrine nous entraîne dans une intrigue policière plus sombre, où se mêlent des sujets douloureux, des meurtres et une menace qui s’immisce jusque dans l’intimité de nos héros. Eli doit également affronter un adversaire doté de pouvoirs similaires aux siens, voire supérieurs. Le danger se rapproche et Lynwood se retrouve plus que jamais déterminé à protéger celle qu’il aime.

J’ai été captivé par cette confrontation qui nous plonge toujours plus profondément dans les facultés d’Eli et dans cet univers où le paranormal côtoie une réalité particulièrement violente. La plume de Sandrine Roy, simple, épurée et directe, m’a une nouvelle fois emporté. Elle va à l’essentiel, sans digressions inutiles, et maintient une tension qui ne faiblit jamais.

Pour moi, ce troisième tome est le meilleur des trois ! Plus intense, plus sombre, il m’a fait passer par de nombreuses émotions. Je l’ai lu d’une traite, happé par une intrigue surprenante, prenante, belle et triste à la fois.
Mais au-dessus de toutes ces horreurs demeure un sentiment plus puissant que tout, l’amour. Celui qui unit Lynwood et Eli, celui qui pousse à se battre pour l’autre et à affronter les ténèbres, même lorsque tout semble perdu.

Avec Rivalités, Sandrine m’a surpris, captivé et profondément touché. Une lecture intense qui confirme mon attachement à ce couple pas tout à fait comme les autres !

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Extraits :

« Après ces semaines passées au chevet d’Éli, Lynwood prenait plaisir à la voir rire, courir, vivre tout simplement. Il avait conscience qu’elle ne se sentait vraiment bien que près de l’océan et qu’elle faisait un gros effort pour vivre avec lui à la montagne. Tout à coup, elle quitta le rivage et remonta se blottir dans ses bras.
— Tu as froid ?
— Non.
Mais comme elle se hissait sur l’extrême pointe des pieds pour tendre ses lèvres vers les siennes, il sentit qu’elle avait le nez glacé. »

« Elle resta là, immobile et transie de peur, n’osant pas se retourner. Le son de la porte qui se fermait se fit entendre, sourd, lugubre. Quelque chose était entré. Il ne fallait pas qu’elle regarde. Cela rôdait silencieusement sous les voûtes.
Si elle se retournait, elle s’apercevrait qu’il n’y avait plus personne; les âmes des vivants avaient été avalées, englouties par cette entité funeste. Elle devait se cacher, ne surtout pas regarder. Le silence était lourd, oppressant, surnaturel ; une peur viscérale s’empara d’elle. »

« Concentrée, ses yeux allaient de son cahier à son écran, ses doigts couraient sur les touches du clavier ; elle avait l’air imperturbable, perdue dans son monde de mots.
La regarder était toujours une fascination pour lui. Jamais il n’avait côtoyé d’artistes et jamais il n’aurait imaginé vivre un jour aux côtés d’un être aussi attirant et mystérieux à la fois. Il pouvait rester des heures durant à l’observer ainsi, sans avoir besoin de lui parler.
Ses livres avaient du succès et étaient traduits dans plusieurs langues. Éli était productive. Quoique beaucoup moins ces derniers mois, à cause des événements qui s’étaient enchaînés. »

« Valérie Joubert n’avait rien d’une simple d’esprit, comme ils auraient pu le croire lorsqu’ils l’avaient découverte à moitié inconsciente dans le garage de la plage. Son langage était clair, sensé, réfléchi, quoique trahissant une grande souffrance longtemps contenue et qui ne demandait qu’à sortir.
— Des milliers de petites filles vivent en prison, peut-être même des millions à travers le monde. Et personne ne fait rien pour les libérer, pour les sauver de leurs bourreaux. Vous trouvez ça normal ? Vous trouvez ça juste ?
— Mais vous n’êtes plus une petite fille, tenta Édouard.
Alors de qui parlez-vous exactement ?
— Je parle de toutes ces gamines dont on abuse au sein de leur propre famille dès leur plus jeune âge, que l’on traite comme des objets sexuels, et qui sont condamnées au silence parce qu’elles n’ont aucun recours. »

Sandrine Roy est originaire de Bègles, près de Bordeaux.

Des études de Lettres modernes ont affirmé son goût déjà très prononcé pour la lecture et l’écriture, qu’elle pratique depuis on plus jeune âge. Elle vit depuis 14 ans dans la région de Montauban, où elle travaille en milieu scolaire. Elle est connue pour ses romans policiers et tout particulièrement sa série, mettant en scène Lynwood Miller, ancien membre des forces spéciales américaines.
Dessiner les nuages est sa première incursion dans le roman historique.

— Lynwood Miller, Tome 1 (2016)

— Lynwood Miller, Tome 2 : Pas de printemps pour Eli (2017)

— Lynwood Miller, Tome 3 : Rivalités (2019)

— Lynwood Miller, Tome 4 : Le mur d’Hadrien (2020)

— Dilemme (2020)

— Dessiner les nuages (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/18/dessiner-les-nuages/

Amour, Émotion, Drame, Historique, Sciences, Violence

Le Roman de l’an mil

de Ramón Basagana
Poche – 3 décembre 2015
Éditeur : Pocket

An de grâce 985. Par un hiver glacial, deux enfants échappent de peu à la mort. Leur père, grand savant et médecin personnel du calife de Cordoue, gît assassiné aux côtés de sa femme, sur le sol d’une auberge. Recueillis par un moine puis cachés dans une ferme, Alcym et Rébecca grandissent, se découvrent qui un don pour la magie, qui une passion pour la médecine. Forcés de fuir, leurs pérégrinations les conduiront jusqu’à Rome ou Bagdad, à la croisée des civilisations, où ils découvriront, peut-être, le secret de leurs origines…

Je découvre Ramón Basagana avec Le Roman de l’an mil, un roman historique qui m’a entraîné du sud de la France à Cordoue, au cœur d’al-Andalus, jusqu’à Bagdad. Une véritable pérégrination à travers les terres, les peuples et les religions, dans une époque où les destins se croisent, se déchirent et se reconstruisent.

Passionné par l’Histoire, je suis toujours en quête de nouvelles connaissances. Ici, l’auteur s’appuie sur des faits réels pour donner vie à une fresque captivante, portée par une plume trépidante. Il nous plonge dans le quotidien du Moyen Âge, entre croyances, sorcellerie, balbutiements de la médecine et premiers pas des sciences.

Au fil des pages, je découvre les tensions qui opposent les communautés juives, chrétiennes et musulmanes. La violence, les persécutions et les luttes de pouvoir côtoient pourtant des gestes de bonté et des élans de solidarité.
Au cœur de cette épopée, je fais la connaissance d’Alcym et Rebecca, deux jumeaux juifs qui survivent au massacre de leurs parents, perpétré par des chrétiens alors qu’ils traversent la Provence en direction de Mayence. Protégés par Gerbert d’Aurillac, ils trouvent refuge auprès d’une famille de paysans aimante, où ils grandissent à l’abri des premières horreurs de leur existence.
Mais leur répit sera de courte durée. Lorsque Rebecca est enlevée par un marchand d’esclaves maure, Alcym refuse de l’abandonner et se lance à sa recherche. J’ai suivi avec intérêt leur parcours semé d’embûches, où courage, intelligence et détermination deviennent leurs meilleures armes.

J’ai également été marqué par la cruauté de certaines figures historiques, notamment celle du pape Grégoire V, dont les agissements témoignent de la brutalité de l’époque. À l’inverse, Brédalinda, sorcière bienveillante, apporte une touche de mystère et de magie à cette fresque. Gerbert d’Aurillac, Almanzor et bien d’autres personnages donnent à ce récit une profondeur historique particulièrement intéressante.
Au fil de cette aventure, Rebecca révèle une intelligence et une force de caractère remarquables, tandis qu’Alcym grandit et se dirige vers la médecine, dans les pas de son père.

Entre réalité et fiction, Ramón Basagana mêle avec talent l’Histoire et le romanesque. J’y ai retrouvé tout ce qui me plaît dans une grande fresque historique. Les intrigues, les jeux de pouvoir, les trahisons, les retournements de situation et des destins profondément humains.

Avec Le Roman de l’an mil, j’ai vécu une immersion passionnante dans un monde où les croyances façonnent les existences et où la barbarie peut côtoyer la bienveillance. Un voyage historique riche et dépaysant que je vous invite à découvrir.

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Extraits :

« Il faisait froid. La charrette de foin brinquebalait sur les pavés. Emmitouflé dans un vieux carré de laine, indifférent aux flocons qui tournoyaient au-dessus des bœufs, frère Isambert avait les yeux rivés aux ruelles qui abouchaient la place. Mêmement à l’affut, le bouvier gardait l’œil au guet, sur sa gauche. Tapis derrière eux, transis de froid, Rébecca et Alcym.
Soudain, des hommes en armes surgirent par la grand-rue et déferlèrent sur la place à grand renfort d’imprécations, de menaces, de jurons. Le moine eut juste le temps de recouvrir les enfants d’un sac vide. La soldatesque écumait de rage.
— Qu’ils soient maudits! Qu’ils grillent en enfer… Ces Juifs sont pires que la vermine ! »

« Cinq ans déjà !
Brédalinda venait de raconter ces méfaits à Rébecca et ses yeux n’avaient toujours pas pleuré. Ceux de la bergère, par contre, n’avaient pu contenir les sombres cris de haine qui l’assaillaient. Elle serra Brédalinda dans ses bras et tout en lui glissant des mots de tendresse à l’oreille, lui promit de la venger.
— La vengeance engendre la haine, mon enfant.
— Peut-être, mais ça fait du bien ! Je jure de te venger ! »

« Elle traça une étoile sur le front de Rébecca.
— Vas-y, à présent, et que le Dieu de tes pères te protège.
L’instant d’après, Rébecca disparaissait sous les frondai-sons. La louve bondit vers le rebord rocheux, leva le museau et poussa un hurlement plaintif. Un autre hurle-ment, déjà lointain, lui fit écho. La clameur du fauve et celle de la petite Juive qui rêvait d’un prince maure pour sauver son amie, se fondirent en un seul cri. »

« — La mémoire de notre peuple est tellement marquée par la cruauté que je n’arrive pas à comprendre comment un pape peut honorer de son amitié un Juif comme moi.
— Qu’importe le fait d’être chrétien, Maure ou juif ?
J’étais ami avec ton père et je t’affectionne comme un ami très cher parce que l’amitié est un bienfait de la divinité. Si les ignorants l’ignorent, les hommes instruits savent qu’il peut exister des relations de sainte amitié, bonnes dans leurs effets, parce qu’elles le sont dans les causes qui les ont fait naître. »

Ramón Basagana est médecin et écrivain.

Son enfance a été marquée par les années sombres de la post-guerre : blocus, malnutrition, répression franquiste.

Arrivé en France en 1960, il a suivi ses études en psychologie à L’université de Caen.

Après avoir obtenu un thèse de doctorat sur « L’habitat traditionnel et les structures familiales en Kabylie », il a été professeur de Psychologie Sociale à l’Ecole Supérieure de Commerce d’Alger pendant une dizaine d’années.

Ramón Basagana s’inscrit à la faculté de médecine et depuis 1981, il est médecin généraliste dans les Bouches-du-Rhône.

Ses premiers succès littéraires, Le Christ de Marie-Shan et L’héritière de Shanghai ont fait l’unanimité parmi les lecteurs.

son blog :
http://www.basagana-ramon.com/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Famille, Suspense, Thriller psychologique

Qui a tué Jane Mas ?

de Magali Vanhoutte
Broché – 15 octobre 2021
Éditeur : Éditions Faute de Frappe

On retrouve dans la benne à jouets d’une déchèterie de la métropole lilloise le cadavre d’une adolescente gothique.
Le lieutenant Adrien Carpentier, féru de musique, en déduit vite que la victime est la réplique parfaite de la chanteuse Jeanne Mas dans l’un de ses clips…
La fille a été droguée puis rouée de coups. Qui a cassé sa jolie poupée avant de l’abandonner dans un container ? Qui a tué Jane Mas ?
Un thriller mélomane aux allures de Top 50, entre le délire pop insouciant des années 80 et le tourbillon infernal d’une nostalgie meurtrière.

Avant même de commencer ma lecture, j’ai scanné le QR code situé à la fin du livre… Et là, frayeur de ouf ! 🤯

Mais comment Magali Vanhoutte a-t-elle fait pour s’introduire dans mon téléphone et copier quasiment l’une de mes playlists préférées ? J’ai vraiment flippé ! Et ce n’était que le début…
Ensuite, je suis rentré la tête la première dans ce thriller musical complètement dingue !

Avec Qui a tué Jane Mas ?, j’ai découvert une intrigue rythmée, intelligente et remarquablement construite. Si le suspense m’a tenu en haleine, je me suis aussi très vite attaché à certains personnages, qui m’ont profondément touché. J’ai particulièrement apprécié la finesse psychologique de l’auteure, cette sensibilité que je rencontre, hélas, bien trop rarement.

Tout commence lorsqu’une jeune fille mineure est retrouvée dans une déchèterie. Le lieutenant Adrien Carpentier et Benoît Demazure sont chargés de l’affaire. Un détail intrigue les enquêteurs, le meurtrier semble costumer ses victimes à la manière des années 80. La première ressemble étrangement à Jeanne Mas… Au fil des pages, d’autres cadavres viennent s’ajouter à cette macabre série. Chaque victime arbore un look évoquant les stars de cette décennie. Mais un autre élément les relie. La couleur de leurs cheveux, elle sont rousse. Pourquoi cette particularité ? Quel message se cache derrière ces mises en scène ?

Peu à peu, je comprends que j’ai affaire à un tueur en série bien singulier. Et c’est là que Magali m’a vraiment déstabilisé. Dès le départ, je connais l’identité du coupable, mais je peine à me positionner psychologiquement face à lui. Je me surprends même à éprouver une forme de compréhension que je n’aurais pas imaginée. C’est précisément cette ambiguïté qui m’a captivé !

Je n’en dirai pas davantage, car je tiens à vous laisser le plaisir de cette découverte. Sachez simplement que j’ai pris un plaisir immense à me laisser entraîner dans cette enquête, avec, en prime, un formidable voyage musical dans les années 80, années de ma jeunesse.

Vous l’aurez compris, le début de ma chronique était une petite boutade à l’attention de Magali. Mais, dans le doute, j’ai tout de même changé le code de mon téléphone… On n’est jamais trop prudent ! 😂

Un excellent thriller, des personnages qui ont une âme, une intrigue qui m’a ferré et une bande-son qui fait remonter de sacrés souvenirs. Bravo !

Gros bisous, Magali !!! 😘

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Extraits :

« À regret, Johnny ôta le walkman de ses oreilles quelques mètres avant d’atteindre la devanture de l’épicerie. Mamie disait que ça n’était pas poli de garder son casque en présence d’autres personnes. De même elle trouvait inconvenant qu’une femme fume dans la rue ou qu’un homme n’ait pas ciré ses souliers… »

« Johnny revint vers le lit, aspergea le cou de sa mère en déplaçant délicatement quelques boucles gênantes, puis posa le flacon et revint se coucher contre le corps en déposant un baiser délicat sur la joue blanche et froide de la morte. Voilà qui était mieux. Il fut cependant contrarié de constater que la femme avait l’air triste dans son sommeil. Il ne voulait plus jamais la voir triste.
J’empêcherai le temps de t’enlever ton sourire… Johnny se redressa subitement. Voilà ce qu’il devait faire. Rendre à sa mère son sourire. Comme avant. »

« Il régla le radioréveil sur 10h puis éteignit la lampe de chevet et ramena l’édredon de Mamie jusqu’en dessous du menton et un bien-être l’envahit. Il dormirait bien. Il dormait toujours bien chez Mamie. Comme s’il était en sécurité. D’ailleurs, depuis qu’il était arrivé à La Madeleine dans la matinée, l’angoisse avait disparu. Fermant les yeux, il chassa l’image de la jolie Jeanne Mas démantibulée sur les marches de l’escalier. Il fallait oublier et il fallait se reprendre. Mamie l’aurait voulu ainsi. Tout ça l’avait beaucoup fatigué… et avait beaucoup fatigué maman. »

« — Son géniteur abusait d’elle. La mère savait mais ne disait rien. On se tait dans ces milieux-là, je suis bien placé pour le savoir. Alors la petite a fait une fugue il y a quelques mois et je l’ai ramassée alors qu’elle errait dans des lieux peu convenables. Je sais, ici ce n’est pas non plus un endroit pour une gamine, mais elle n’a plus jamais voulu me quitter… Et je n’ai jamais eu le cœur de la livrer aux services sociaux, elle qui refusait même de demander de l’aide aux structures d’accueil. Elle fuyait le diable, vous voyez… »

« — Je vous crois, Monsieur d’Albignac, lâcha Benoît sincèrement. Me permettez-vous une dernière question ? Pourquoi l’avoir aidée ?
— Parce qu’on se ressemblait. Deux anges déchus, pour des raisons différentes. Je voulais la sauver peut-être. J’ai échoué, conclut-il en baissant la tête pour la première fois de sa vie. »

Magali Le Maître/Vanhoutte a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour « D’infinis paysages ».

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar,
– Quelqu’un comme elle » (2015).

– Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.
https://leressentidejeanpaul.com/2026/09/21/le-bal-de-ses-nuits/

Émotion, Biographie, Bouffée d'oxygène, Humour

Évariste

de François-Henri Désérable
Poche – 1 septembre 2016
Éditeur : Folio

À quinze ans, Évariste Galois découvre les mathématiques ; à dix-huit, il les révolutionne ; à vingt, il meurt en duel. Il a connu Raspail, Nerval, Dumas, Cauchy, les Trois Glorieuses et la prison, le miracle de la dernière nuit, l’amour et la mort à l’aube, sur le pré. C’est cette vie fulgurante, cette vie qui fut un crescendo tourmenté, au rythme marqué par le tambour de passions frénétiques, qui nous est ici racontée. Avec le talent et l’audace qu’on lui connaît, François-Henri Désérable retrace l’étonnant parcours du « Rimbaud des mathématiques ».

Évariste Galois…
La première fois que j’ai croisé ce nom sur une plaque de rue, c’était il y a déjà trente ans. Elle est d’ailleurs toujours là, au bout de la rue, où je vie, au numéro 1. Je connaissais un peu le personnage, sans vraiment le connaître. J’avais même eu envie, il y a quelque temps, d’en apprendre davantage sur lui, puis la vie avait repris son cours…

Et puis, il y a quelques jours, en rentrant chez moi, je fais mon détour habituel par « mon » arbre à livres. Au milieu d’autres ouvrages, un petit livre de poche attire mon regard. Évariste, de François-Henri Désérable. Je jette un œil à la quatrième de couverture et je suis happé.
Je l’ouvre, lis la première phrase, puis la seconde… et je comprends immédiatement que je ne tiens pas entre les mains une biographie conventionnelle. Je viens de rencontrer une plume !

Dans le tumulte d’une époque exaltante, entre les Trois Glorieuses, la monarchie et la révolution, l’auteur redonne vie à ce jeune prodige des mathématiques. À partir d’une documentation limitée, il déploie un style d’une efficacité redoutable, plein de verve, d’audace et d’énergie. Une écriture à la fois élégante et irrévérencieuse, soutenue et volontiers provocatrice, portée par un rythme fougueux et un formidable désir de liberté.
Quel style ! Quelle vitalité !

François-Henri Désérable ne craint ni les détours, ni les clins d’œil aux célébrités de l’époque. Il se moque de Dieu, égratigne les puissants et fustige ceux qui n’ont pas su reconnaître le génie de son héros. Derrière l’humour et le sarcasme, je devine pourtant une véritable tendresse pour Évariste. Et lorsque viennent l’amour malheureux et cette mort si cruelle, si injuste, la plume se fait plus lyrique, presque bouleversante.

L’auteur ne prétend pas résoudre tous les mystères entourant la vie et l’œuvre de Galois. Il s’autorise à combler les blancs de l’Histoire, à imaginer, à broder un destin romanesque, pour offrir à ce jeune homme un peu de chaleur et de bonheur. Et ça fonctionne ! Peu à peu, Évariste m’est devenu proche, presque familier.

Je n’en sais toujours pas davantage sur les équations, je l’avoue. Mais j’ai découvert un génie incompris, un esprit libre qui a révolutionné la théorie des groupes et lui a laissé son nom. Surtout, j’ai partagé vingt années d’existence en vingt chapitres, avec ce sentiment poignant d’avoir côtoyé un homme qui n’aura pas eu le temps d’accomplir tout ce qu’il portait en lui.

Contemporain, rythmé, drôle et touchant, ce roman est pour moi une très belle réussite, portée par un écrivain au talent éclatant.

Dorénavant, je ne te regarderai plus “ma plaque” de la même façon…

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Extraits :

« On sait qu’Évariste — d’emblée appelons-le Évariste – eut pour père Gabriel Galois, et de Gabriel Galois on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il fut le père d’Evariste (voyez comme une phrase, sous des dehors anodins, peut regorger d’indicible cruauté: que l’on puisse, après sa mort, réduire à sa seule qualité de père un homme qui vécut cinquante-quatre années, voilà qui devrait inciter les autres à cesser tout commerce charnel — et au diable l’humanité). »

« Les hommes vaquent à leurs occupations, la vie suit son cours, et celle de Gabriel Galois va bientôt commencer. On ne sait rien de sa jeunesse: celle, sans doute, d’un enfant né de parents aisés à Bourg-la-Reine, dans ce royaume de France où l’ordre immuable des choses semble devoir perdurer. Vous connaissez l’Ancien Régime, sa partition millénaire, vous savez comment elle se joue: les nobles, qui ont les terres, ne font rien et font de l’argent; le clergé, qui a le ciel, ne fait rien et fait de l’argent; le tiers état, parce qu’on lui a promis dans l’autre vie le ciel du second, s’échine dans celle-ci sur les terres des premiers, fait tout, n’a rien, ne fait pas d’argent. Trois ordres donc, et au-dessus des trois ordres, des trois dignités, le roi qui tient son pouvoir de Dieu, qui est comme Dieu sur terre, qui n’a de comptes à rendre à personne sauf à Dieu, c’est-à-dire à personne. Voilà pour le tableau. Ou plutôt pour l’esquisse, car il faudrait nuancer. Je ne suis pas historien. Je ne nuancerai pas. »

« Et puis il y a cette scène, qu’on est réduit à imaginer — les sextapes, hélas, n’existaient pas. C’est en 1811, au tout début de l’année 1811. Lübeck et Brême ont été annexées à l’Empire, Beethoven met la touche finale à son Concerto pour piano, Chateaubriand entreprend ses Mémoires, les hommes, on le voit, font leurs petites affaires, c’est la règle, et Gabriel Galois ne déroge pas à la règle. Il est dans la maison bourgeoise aux fenêtres ornées de glycine. Il fait nuit. Les volets sont clos. Il éteint le quinquet posé sur le guéridon, rejoint sa jeune épouse dans le lit à baldaquin, écarte la voilure accrochée en rideau, se glisse dans les draps de lin. »

François-Henri Désérable est un écrivain français.
Fils d’un ancien joueur de hockey sur glace, petit-fils de gondolier, il passe son enfance et son adolescence à Amiens et aux États-Unis, dans le Minnesota.

À dix-huit ans, il devient joueur de hockey professionnel (il le sera jusqu’en 2016) et commence à écrire.

À vingt-cinq ans, il publie aux éditions Gallimard Tu montreras ma tête au peuple (2013), récit des derniers instants des grandes figures de la Révolution française, distingué par plusieurs prix donc celui de la Vocation.

En 2015, paraît Évariste, biographie romancée d’Évariste Galois, prodige des mathématiques mort en duel à l’âge de vingt ans. Considéré comme la révélation de l’année 2015, ce roman remporte le prix des Lecteurs de L’Express–BFMTV et le prix de la biographie.

Son troisième roman, Un certain M. Piekielny (2017), enquête littéraire sur les traces d’un personnage de Romain Gary, est sélectionné pour les six grands prix de la rentrée.

Avec Mon maître et mon vainqueur (2021), dissection de la passion amoureuse, il remporte le Grand prix du roman de l’Académie française.

Il remporte le prix Montaigne 2024 avec L’usure d’un monde

Blog de l’auteur : fhdeserable.com

Amour, Émotion, Cercle littéraire, Histoire vraie, Psychologie

Femmes tout au bord

de Clarisse Gorokhoff
Broché – 7 janvier 2026
Éditeur : Actes Sud

Tout commence par une lettre. Et un amour perdu. Dévastée par sa rupture avec celui qu’elle aime encore, Anouk écrit à la mère de Paul, une femme condamnée par la maladie et décidée à orchestrer sa fin. Dans cette correspondance ardente qu’elles entretiennent en secret, les mots deviennent refuge, miroir, passage. Quelques mois plus tard, Anouk part sur les traces de Faye au cœur du désert brûlant du Nouveau-Mexique, et découvre, dans une maison peuplée d’ombres et de silences, les carnets de la disparue – et le mystère d’une troisième femme.
Tout en tension, fragilité et vérité brute, les voix de Faye et d’Anouk se répondent dans ce roman incandescent sur le deuil, la transmission et la métamorphose, né d’une expérience vécue. Une lettre d’amour à la vie autant qu’un adieu à la chair, un chant sur la puissance des femmes qui, même au bord, choisissent encore de se révéler.

Hier soir, dans le cadre de nos rencontres du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage, nous avons eu le plaisir de recevoir Clarisse Gorokhoff, qui a reçu le Prix 2026 !
Une soirée ponctuée d’un dîner au Relais des Peintres, à Auvers-sur-Oise. Un nouveau lieu, une nouvelle ambiance, et surtout un agréable moment de partage et de détente, loin du quotidien. Une belle soirée, tout simplement !


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Je découvre Clarisse Gorokhoff avec Femmes tout au bord, un roman qui m’a profondément touché. Inspiré d’une histoire réelle, il mêle correspondance, fulgurances poétiques et tension romanesque autour d’une magnifique histoire de femmes.

Rien ne semblait pourtant devoir rapprocher Faye et Anouk. Elles ont un âge différent, vivent dans deux pays et ne se connaissent pas. Mais un homme les relie. Paul, le fils cadet de Faye et ancien amant d’Anouk. Pendant quatre mois, elles vont pourtant s’écrire. Faye est en fin de vie, tandis qu’Anouk tente de survivre à sa rupture amoureuse. L’une doit affronter la fin de sa propre existence, l’autre le deuil de l’être aimé.
Au fil de leurs lettres, elles vont se livrer, se dévoiler et finalement se délivrer. Elles racontent leurs blessures, leurs espoirs, leurs regrets et tout ce qu’elles n’ont peut-être jamais pu dire à personne. Toutes deux se tiennent ainsi tout au bord… Que reste-t-il d’une vie, lorsqu’arrive la fin ? Tout perd son importance, tout semble s’éteindre, la voix, le corps et… finalement le cœur de Faye, le jour et à l’heure où elle l’avait décidé en toute conscience.

Anouk décide de partir au Nouveau-Mexique, dans cette terre rouge, silencieuse et mystérieuse. Elle y rencontre Jack, le mari de celle avec qui elle a tellement échangé… mais aussi Lars, Griselda et les autres proches qui l’entouraient.
Mais en arrivant chez Faye, Anouk va surtout finir par se rencontrer elle-même. Elle qui semblait jusque-là errer sans véritable direction va peu à peu s’ancrer et comprendre qui elle est.

J’ai beaucoup aimé cette idée de transmission entre les femmes, de ces liens qui traversent les générations et continuent d’exister bien après nous. L’amour d’une mère, d’une grand-mère peut finalement devenir une forme d’éternité lorsqu’une descendance en perpétue la mémoire. J’ai été touché par la manière dont Clarisse explore la fragilité de ses personnages sans jamais les réduire à leurs blessures. Tout y est intense et vrai. Son écriture est brute, nerveuse, parfois hachée, comme si ses mots suivaient mon souffle et les battements de mon cœur.
Les chapitres courts donnent aussi au récit un rythme particulier, parfois haletant, qui accompagne parfaitement cette histoire située au bord de la chute… ou de l’envol…

Femmes tout au bord est un roman fragile et puissant à la fois, où la vie, l’amour et la mort se rencontre, se confrontent sans jamais perdre leur intensité.

J’ai terminé ma lecture profondément bousculé, mais avec la sensation d’avoir découvert un texte important et nécessaire. Un roman d’une grande délicatesse sur la condition féminine, la résilience et la capacité à pouvoir se réinventer.
Une très belle découverte qui a touché mon cœur et que je vous conseille vivement.

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Extraits :

« Je vais chez une morte. Ou plutôt chez son veuf.
Je ne les ai jamais rencontrés mais elle, je l’ai bien connue. On s’est écrit chaque jour pendant quatre mois, jusqu’à ce qu’elle décide que souffrir n’était plus une preuve de courage. Au Nouveau-Mexique, si on insiste un peu, on peut mourir dignement.
Faye Steiner a insisté. »

« Ça a commencé doucement. Une gêne, pas grand-chose. J’ai fait comme si de rien n’était en espérant que ça disparaisse. Raté. Ça a grossi, pris de l’assurance. Et le verdict est arrivé. Cancer du pancréas.
Pas immense mais scélérat. Petite bête tapie dans l’ombre qui attend son heure. On me l’a confirmé à l’hôpital d’Albuquerque où Jack, mon mari, sauve des vies depuis vingt-trois ans. Ironique, non ? L’oncologue qui n’a pas vu la bombe à retardement sous son propre toit. Faut dire que j’ai une bonne dose de résistance à la souffrance – ou peut-être de déni.
Je me souviens de la première nuit où j’ai hurlé, le ventre en feu, comme si un démon y plantait ses griffes. »

« Chère Faye,
…/…
Je sais que vous êtes gravement malade, et que vous allez mourir. C’est terrible.
Je suis désolée pour vous. Pour Paul, et pour tous ceux qui vous aiment. Mais ce qui me bouleverse, c’est l’étrange douleur que je ressens depuis que je le sais. Une tristesse qui ne m’appartient pas. Une vague qui me submerge, comme si je perdais quelque chose de vital. Je me surprends à pleurer comme si c’était ma propre mère qui allait mourir. Alors qu’elle est morte il y a bien longtemps.
Je n’ai pas le droit d’écrire ça. C’est déplacé, sûrement, et même obscène. »

« Chère Anouk,
Merci pour ton message. Je n’étais pas sûre de pouvoir te répondre. Non pas parce que tu as franchi une limite, mais parce que, au contraire, tu es tombée juste.
Trop peut-être. Il y a, dans ta façon de dire les choses, quelque chose d’oblique et de clair à la fois. Comme si tu me regardais en plein dedans. »

Clarisse Gorokhof nait en 1989 à Paris. Elle suit des études de philosophie. A vingt ans, elle part vivre à Istanbul où elle restera cinq ans. Elle y a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable.

Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être – à la fois triviales et bouleversantes – qui forgent la société de nos jours.

En 2018, elle publie son second roman, Casse-gueule, la suite de De la bombe, publié en 2017. Il commence avec le récit d’une scène violente : l’héroïne, Ava, se fait tabasser par un inconnu jusqu’à en être défigurée. Elle qui tenait sa beauté de sa mère, qu’elle rejette, s’accommode plutôt bien de sa nouvelle laideur.

En 2019, elle publie son troisième roman, la suite romanesque des deux premiers, Les fillettes. Dans ce troisième ouvrage, « Clarisse Gorokhoff finit d’y imposer je ne sais quel ton, quel tour et quel sel dont on se souviendra un jour. » écrit Sébastien Lapaque, journaliste du Figaro. Elle continue à décortiquer les grandeurs et misères de la vie familiale en racontant l’histoire de trois petites filles dont la mère est droguée. On suit différents personnages, dont les fillettes, la mère et le père. Le livre est en lice pour le Prix des libraires 2020.

En 2026 sort son cinquième ouvrage : Femmes tout au bord. On suit le personnage de Faye Steiner, sexagénaire, mariée à un éminent oncologue américain et atteinte d’un cancer du pancréas incurable. Au Nouveau-Mexique, où elle vit, elle peut choisir le suicide assisté. Elle prend sa décision et en parle dans les lettres qu’elle envoie à Anouk, une jeune française qu’elle n’a jamais rencontrée et qui vit un chagrin d’amour : le fils de Faye vient de la quitter. L’écriture est cinématographique et la fin inattendue, à l’instar d’un thriller psychologique. Elle est en partie inspirée de la vie de l’autrice qui reçoit le prix du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage 2026.

Émotion, Drame, Psychologie, Violence

Organigramme

de Jacques Pons
Broché – 20 septembre 2018
Éditeur : Hugo Roman

Vous pensez que le monde de l’entreprise est parfois cruel ?
Que l’univers de la mode est sans pitié
Oubliez ce que vous croyez savoir.
La réalité est bien plus terrifiante.

Chez Louis Laigneau, fleuron du luxe français, la direction n’a jamais épargné à se salariés ni le stress, ni les humiliations. Mais au retour d’un séminaire de créativité censé stimuler les forces vives de l’entreprise à l’approche de la prochaine fashio week, ce ne sont pas les mannequins, mais les cadavres qui défilent…
L’open space est moins accueillant quand on imagine qu’un tueur est peut-être juste là, assis en face de vous…
Dans ce milieu hostile où tout n’est qu’apparences, chacun s’observe avec défiance Entre le burn out général qui menace et la psychose qui s’installe, un serial killer rôde. Qui est cette ombre menaçante qui semble tout connaître de Louis Laigneau et qui décime méthodiquement l’organigramme ?

Dans l’enfer feutré de la mode parisienne, personne n’est à l’abri.

Je découvre avec Organigramme la plume de Jacques Pons, et quelle découverte pour un premier roman !

L’histoire m’a entraîné au cœur de la prestigieuse Maison Louis Laigneau, fleuron de la haute couture française installé avenue Montaigne. Derrière les “vitrines” luxueuses et les paillettes se cache pourtant un univers professionnel beaucoup moins glamour. Stress permanent, humiliations, réunions interminables, pression du chiffre et culte de la performance rythment le quotidien des salariés. Ici, la hiérarchie est reine et les faux-semblants sont partout.
Pour tenter de remotiver ses équipes, la direction organise un séminaire obligatoire à Marrakech. Mais ce week-end censé favoriser la créativité va rapidement virer au cauchemar et faire naître une haine froide.
À leur retour à Paris, le cauchemar continue… sauf que cette fois, ce ne sont plus les mannequins qui défilent, mais les cadavres.

Un tueur anonyme a décidé de « dégraisser » l’entreprise en éliminant méthodiquement ses salariés, en remontant chaque case de l’organigramme. Le tueur utilise la torture psychologique pour pousser certains cadres déjà à bout vers le burn-out, avant de passer à une exécution méthodique. Très vite chacun devient suspect et chacun se demande si le monstre ne se trouve pas assis juste en face de lui.

J’ai été happé par cette mécanique implacable et j’ai assisté, médusé et fasciné, à la chute progressive de cet « empire ». Nul ne pourra y échapper.

Ce qui m’a particulièrement séduit, c’est le choix du monde de l’entreprise comme décor de thriller. La souffrance au travail, les rapports de domination et le burn-out donnent au récit une résonance personnelle et particulièrement actuelle. Évidemment, toutes les personnes broyées par leur entreprise ne deviennent pas des tueurs froids et machiavéliques ! Heureusement…
Mais j’ai compris la frustration et la profonde souffrance qui nourrissent la vengeance du personnage.

Jacques fait également se rencontrer deux univers radicalement opposés. Celui, feutré et cruel, du luxe parisien et celui de la banlieue.

J’ai apprécié cet équilibre entre l’enquête et l’univers professionnel, sans que l’un ne prenne totalement le dessus sur l’autre. L’écriture est vive, fluide, efficace et terriblement addictive. Les rebondissements se succèdent et, une fois encore, je me suis fait avoir alors que tous les éléments étaient pourtant sous mes yeux !

Pour un premier roman, Organigramme est une sacrée réussite. Un véritable page-turner, avec un final magistral. Bravo l’artiste !

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Extraits :

« Rien à faire. L’homme qui lui a lié les mains et les pieds ne lui a laissé aucune chance. Il repense à son adolescence, enrôlé de force par ses parents chez les scouts marins. Des heures à apprendre comment faire et défaire ces putains de nœuds, dans un camp qui puait la vase et la transpiration.
Une nouvelle goutte lui coule derrière l’oreille. Il tente de lever son épaule pour l’éponger, en inclinant la tête, mais le fil de nylon qui entrave ses poignets derrière le dossier du fauteuil découpe sa peau sous la tension qu’il lui imprime. Un gémissement lui échappe. Il perçoit la progression lente du sang qui se met à glisser le long de l’attache du pouce. Sur sa droite, plusieurs bidons de métal, soigneusement alignés contre un mur de toile épaisse. Sur sa gauche, le même pan de tissu et quelques chaises hors d’usage. »

« Voilà. Nous y sommes.
Ils n’ont, pour la plupart, plus la force de crier. Les plus résistants trouvent encore la ressource pour gémir. Je les hais. Je les plains mais je les hais. Je ne les connais pas tous. Il y en a même que je n’avais jamais vus auparavant. Tant pis. Il est trop tard pour renoncer. Ils paieront pour les autres, et comme les autres.
Mon seul regret est de ne pas assister à leur fin. »

« — CA-NON ! CA-NON-NISSIME !
— Marrakech, non, mais Marrakech, quoi ! J’hallucine ! Tellement cool. Il nous reste moins de deux mois pour nous mettre aux UV et arrêter de manger !
— Oh. My. God. Partir au soleil en plein hiver, ‘avais pas prévu, je suis au bout de ma vie!
— Mais pour nous ça va, hein, comment elles vont faire, aux RH, elles ont tellement de cellulite qu’elles vont bronzer en pointillé…
— Tu me diras, les pois c’est la grande tendance cet hiver, pour une fois elles seront dans le coup !
— J’adore! Vous êtes tellement des pestes ! »

« Je t’ai vue. Je t’ai vue sortir des toilettes. Je t’ai vue sortir des toilettes et rajuster nerveusement ce qu’il restait de ton chignon. Je sais avec qui tu étais. Je sais pourquoi tu étais avec lui. Tu es une traînée et tu le sais. Tu n’as pas beaucoup de talent. Mais tu feras une belle carrière, parce que tu sais à qui parler et comment leur parler. Je vois tout. Je ne dirai rien, mais tôt ou tard, tout le monde saura. »

Passionné de littérature, de voyages et de gastronomie, Jacques Pons travaille depuis plus de quinze ans dans l’univers de la mode. C’est cette expérience qui lui a inspiré l’écriture d’Organigramme, dans le cadre du concours du meilleur thriller 2018 présidé par Michel Bussi 2018, pour lequel il a reçu le Coup de cœur RTL.

Organigramme est son premier roman.