Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Polar, Suspense

Comme des bleus

de Marie Talvat et Alex Laloue
Broché – 12 avril 2018
Éditeur : Plon

Paris, novembre 2016. Le sordide assassinat d’une femme enceinte secoue l’opinion publique. La Crim’ est sous pression. Il faut dire que tous les ingrédients du scandale sont réunis : une victime, fille d’un ténor du barreau, des élections qui approchent à grands pas et une presse qui se déchaîne.
Dernière recrue du groupe chargé de l’enquête, Arsène Galien est immédiatement jeté dans le grand bain. Entre doutes et excès de zèle, il compte bien profiter de cette affaire pour gagner la confiance de ses supérieurs. Quant à Pauline Raumann, jeune journaliste voisine de la victime, elle se serait bien passée d’être mêlée à cette enquête, qui fait ressurgir en elle des démons oubliés.
Reflets d’une génération en quête de sens, les deux novices ont des idéaux et des incertitudes plein la tête. Alors qu’une irrésistible attraction les pousse toujours plus près l’un de l’autre, ils vont se laisser emporter par une affaire hors du commun, à la poursuite du pire des tueurs.

LE PREMIER POLAR DE LA GÉNÉRATION Y

Avec Comme des bleus, je découvre Marie Talvat et Alex Laloue, deux auteurs qui m’ont réservé une bien belle surprise !

Dès les premières pages, je suis happé par une intrigue qui débute dans l’horreur. Adèle, une jeune femme, est sauvagement assassinée dans son appartement parisien. Sa voisine Pauline, journaliste, voit alors son quotidien complètement bouleversé. En parallèle, je fais la connaissance d’Arsène, une jeune recrue de la brigade criminelle du célèbre 36, quai des Orfèvres. Avec ses collègues, il se lance sur les traces du meurtrier.

J’ai beaucoup aimé cette construction originale où les auteurs alternent les chapitres consacrés à « Elle » et à « Lui ». Une approche qui m’a permis d’entrer très rapidement dans cette histoire, mais qui m’a surtout donné envie de découvrir ces deux personnages aussi attachants que singuliers.
Car derrière leurs différences, Pauline et Arsène partagent bien des fragilités. Je me suis attaché à ces deux êtres en quête de repères, qui se cherchent autant professionnellement qu’affectivement. Cette enquête va les confronter à leur passé, à leurs blessures et à un monde dont ils peinent parfois à comprendre les règles.
Leur rencontre sera-t-elle cette bouffée d’oxygène capable d’apaiser leurs âmes tourmentées ?

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est ce contraste entre la violence des faits et la fraîcheur qui se dégage du récit. Les auteurs nous offrent une enquête fluide, accessible, ponctuée d’un humour savoureux et de réflexions pertinentes sur notre quotidien.

Au fil des pages, je découvre une véritable personnalité d’écriture, une belle maturité et des dialogues qui font mouche. Les personnages ont du caractère, du répondant et une présence qui donne à cette histoire une saveur toute particulière. Et puis, il y a ce final ! Jamais je n’aurais imaginé un tel dénouement. Quel rebondissement ! J’en suis resté surpris, tant les auteurs ont su me prendre à contre-pied.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui sort des sentiers battus et renouvelle agréablement le genre policier.
Comme des bleus, c’est une enquête qui ne manque ni de mordant ni d’humanité, portée par deux personnages que je n’oublierai pas de sitôt.

Une très belle découverte que je vous recommande sans hésiter !

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Extraits :

« J’ai mal au crâne. Est-ce cela qui m’a réveillée ? Je ne crois pas. Plutôt une sensation de gêne que je n’arrive pas encore à identifier. Sans ouvrir les yeux, je passe mon corps en revue. Ma nuque est raide. Typique. J’ai dû m’endormir d’épuisement dans une position improbable. Ma bouche est pâteuse, ma gorge sèche, mon estomac acide. Vin, cigarettes et re-vin. Jusqu’ici, tout est en ordre. »

« Au début on s’aime avec passion, puis on s’aime avec raison, puis on s’aime par habitude pour finir par ne plus que se croiser sur un canapé en regardant un film ensemble, par habitude, en se couchant, par habitude, en faisant l’amour, par habitude, les va-et-vient ressemblant de plus en plus à des exercices physiques tellement répétés que l’on attend l’orgasme comme une pizza en livraison. On y croyait, à cette relation. On y croyait à cette façon d’emmerder les idées reçues. On se disait qu’on allait devenir l’un de ces couples qui se connaissent par cœur tout en continuant à se découvrir de jour en jour, où l’on rit avec passion et où l’on vit chaque minute comme si l’on venait de naître, où la séparation est insupportable et où la communion des corps est telle que l’on a l’impression, chaque soir, d’avoir une amante différente qu’on connaît comme sa sœur, qu’on chérit comme son épouse, et avec qui on s’étreint comme deux jeunes amoureux en temps de guerre. Un couple de série télé, quoi. »

« Docteur, j’ai la migraine. Ça fait vingt-six ans que ça dure. Aidez-moi, aidez-moi. Une lumière aveuglante se braque sur moi. Ouvrez grand la bouche, plus grand. J’essaye d’articuler quelque chose, mais la main poilue et sa montre à vingt mille balles me font signe de la boucler. Je suspecte une hémorragie cérébrale. Votre palais est transparent, je cherche la source du saignement, alors ouvrez grand la bouche et fermez votre gueule. Ça y est, j’ai trouvé d’où vient le problème. Merde alors, ça saigne sévère. Mon cœur bat à mille à l’heure. C’est grave, docteur ? Un peu, que c’est grave. Il faut trépaner tout de suite. Je sens la pointe d’un burin se caler entre mes deux yeux tandis qu’un marteau s’approche et… »

« Je sors de l’immeuble avec cette étrange impression. Ce sentiment que je n’ai pas eu depuis longtemps. Ce pressentiment que, cette fille, je vais la revoir. Je ne sais pas encore comment, ni si notre entrevue se terminera debout ou allongés, mais je vais la revoir. Dehors, un soleil d’automne vient me caresser le visage. »

Marie Talvat est romancière.
Après des études de journalisme et de médiation culturelle, elle s’est fait connaître sur YouTube avec sa chaîne « L’Instant inutile ».

Alex Laloue est le pseudonyme d’Alexandre Galien, un fonctionnaire de police.
Il a fait des études de droit et de sciences criminelles, puis intégré en 2015 la Direction Régionale de la Police Judiciaire. Il a par la suite pris une disponibilité pour se consacrer à l’écriture.

Il a déjà publié deux romans à quatre mains sous le pseudonyme d’Alex Laloue avec son ex-compagne Marie Talvat : Comme des bleus (2019), suivi de À corps perdu (2019).

Il a remporté le prix du Quai des Orfèvres 2020 pour son roman Les cicatrices de la nuit (publié sous son vrai nom), qui s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires. Le deuxième volet de la saga, Le souffle de la nuit, est sorti en septembre 2020 aux éditions Michel Lafon.

Il est depuis la rentrée 2020 en charge du cours « Roman Noir, époque sombre » à la Chaire d’écriture et de rhétorique de Sciences Po.

Amour, Émotion, Drame, Famille, Noir, Suspense, Violence

Principes mortels

de Jacques Saussey
Poche – 16 mai 2018
Éditeur : Bragelonne

La mort n’a jamais dit son dernier mot.

Été 1979. Franck Servin, dix-huit ans, fuit le naufrage du foyer familial pour réviser son bac. Il trouve refuge chez son oncle et sa tante, dans une ferme de la Creuse où, quatre ans plus tôt, son cousin Paul a trouvé la mort sur une route qu’il connaissait depuis l’enfance. Cette tragédie a ouvert une plaie qui ne s’est jamais refermée.
Trente ans plus tard, revenu dans la Creuse, là où tout s’est noué, Franck sait qu’il va mourir. Il a quelques jours pour laver sa mémoire et raconter comment, cet été-là, le piège du destin s’est refermé sur les siens.

« Jacques Saussey décrit un monde idéal avant
de le déchirer en petits morceaux entre les secrets
et les mensonges d’une famille complètement tordue.
Une fois que je l’ai eu commencé, je n’ai pas pu le refermer. »
Patricia MacDonald

Salué par la critique et les lecteurs comme un grand du roman noir, Jacques Saussey nous offre, avec Principes mortels, le meilleur de lui-même.

Principes mortels de Jacques Saussey, un roman noir qui m’a fait vibrer et dont les émotions m’ont profondément marqué !

En juillet 2011, Franck revient à la ferme de ses oncle et tante, en Creuse. C’est là, dans ce lieu chargé de souvenirs, qu’il décide de raconter l’histoire qui a bouleversé sa vie.

Juillet 1979. À 19 ans, Franck vient d’échouer au baccalauréat. Chevauchant sa Kawasaki, il se dirige vers la ferme de son oncle et de sa tante, Victor et Hélène. En effet, sa mère l’a envoyé chez eux, à la Renardière, afin qu’il prépare les épreuves de rattrapage. Mais ce séjour est aussi l’occasion de fuir un foyer devenu invivable, où l’alcoolisme de son père fait régner la violence. Son arrivée ravive également une douleur profonde. Franck ressemble étrangement à Paul, leur fils unique, mort quatre ans plus tôt dans un accident de mobylette. Pour ses proches, ces retrouvailles ne sont donc pas sans conséquences… Très vite, ce qui devait être une parenthèse studieuse prend une tournure sombre. J’assiste, impuissant, à l’effondrement progressif d’une famille meurtrie, incapable de surmonter son deuil. La santé de Victor se dégrade, les tensions s’exacerbent et les circonstances de la mort de Paul refont surface.

À travers une narration alternant entre 1979 et 2011, Jacques m’entraîne dans une histoire où le passé et le présent s’entremêlent, tandis que les secrets remontent peu à peu à la surface.
J’ai découvert un jeune Franck confronté à des événements terribles, qui tente malgré tout de protéger les siens et de sauver ce qui peut encore l’être. Malgré quelques instants de répit, et une rencontre charnelle, la noirceur reprend très vite ses droits…

J’avais pressenti que cette histoire finirait mal, mais je n’avais pas imaginé l’intensité des émotions qui m’attendaient. Impossible de lâcher ce roman avant cette dernière phrase, dont je n’avais pas mesuré toute la portée !
« Partez, avant qu’il ne soit trop tard… »
Pour moi, il était déjà trop tard, j’étais happé par cette histoire, emporté par ses émotions, jusqu’à un dénouement qui m’a laissé sans voix.

L’écriture de Jacques est magnifique à la fois simple, profonde et mystérieuse. J’ai ressenti toute la détresse de Franck, son attachement aux siens et la difficulté de prendre ses distances avec cette ferme où tant de choses se sont jouées.

Plus qu’un thriller, c’est un roman noir profondément humain et bouleversant, porté par des personnages denses et attachants, dans une atmosphère de plus en plus oppressante.

Un très beau coup de cœur !

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Extraits :

« Un pied posé à plat de chaque côté de la moto, je retire mon casque et le pose sur mon rétroviseur. Malgré la touffeur de l’après-midi, le moteur refroidit déjà en cliquetant.
Je glisse les doigts dans mes cheveux longs pour les décoller de mon crâne trempé de sueur. Dans mon cou, ils se sont un peu emmêlés à cause du vent, le long des quatre cent cinquante kilomètres que je viens de parcourir d’une traite. »

« Quand elle est sortie du coma, deux jours plus tard, elle a contacté un avocat et un commissaire de police, et elle a porté plainte contre mon père. Je n’ai rien pu faire pour l’en empêcher. Mais en avais-je vraiment envie, de toute manière ? Lorsque je l’avais trouvée évanouie dans la cuisine, le nez cassé et le visage en sang, mon père était en train de pleurer, le front posé sur le sol. Il tenait encore à la main la casserole avec laquelle il venait de la frapper. »

« Hélène hausse les épaules.
— Non, il a des maux de tête terribles, depuis quelques jours. Il a toujours mal supporté la canicule, mais cette année, c’est pire que jamais. Hier, il n’a pas pu mettre le nez dehors. Je ne te dis pas dans quel état d’énervement ça le plonge. Il n’est pas toujours facile, lui non plus. »

« — Il y a longtemps que tu as des maux de tête, comme ça ?
— Deux ou trois semaines. Peut-être quatre… je ne sais plus. Je n’y ai pas fait vraiment attention, au début. Ça a commencé vers la mi-juin. Il faisait une chaleur comme aujourd’hui, à ne pas mettre une vache dehors. J’ai pensé que c’était à cause de la sécheresse, de la violence du soleil.
Parce qu’ici, quand ça cogne… ça cogne, crois-moi !
Il avale une gorgée de Ricard, les yeux mi-clos.
— Et puis, c’est revenu. Et ça continue de temps en temps. J’ai un peu de répit pendant quatre ou cinq jours, et puis ça recommence. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, « La mante sauvage », achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre « Colère Noire ».
C’est le second, « De sinistre mémoire », écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui content » dans le polar.

— Le Loup peint (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/08/24/le-loup-peint/

— Enfermé.e (2018)
leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

— 7/13 (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/15/7-13/

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Lynwood Miller – Rivalités***

de Sandrine Roy
Broché – 10 mai 2019
Éditeur : Éditions Lajouanie

Lynwood  Miller, ex-membre des forces spéciales américaines, coule des jours heureux sinon paisibles auprès de la tendre mais surprenante Éli, dans le bassin d’Arcachon. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si un être odieux aux pouvoirs similaires, voire supérieurs à ceux de la jeune femme, ne venait s’immiscer dans la vie du couple. Tout irait donc pour le mieux si… le cadavre d’un adolescent n’était pas retrouvé émasculé sur les quais. Tout irait donc pour le mieux si… le commissaire Marchand ne se décidait à mettre Lynwood et Simon sur l’affaire… Lynwood  Miller est de retour pour sa troisième aventure. Éli et ses pouvoirs aussi étonnants que déroutants et Simon le geek des Pyrénées sont bien évidemment de la partie. S’ajoutent à ce fameux trio des criminels, des flics, un médium et quelques pédophiles incestueux… L’épisode s’annonce sacrément prenant !

J’attendais la suite de leurs aventures avec impatience, mais la vie ne nous permet pas toujours de faire ce que nous voulons !

Depuis le premier tome proposé par Sandrine Roy, il y a quelques années déjà, je suis tombé sous le charme du mystérieux et ombrageux Lynwood Miller, ancien agent des forces spéciales, et de la touchante Eli. Quel plaisir de les retrouver dans Rivalités, le troisième volet de cette série qui m’aura décidément réservé de belles surprises !

Mariés et plus amoureux que jamais, Lynwood et Eli goûtent enfin à une tranquillité bien méritée, après les épreuves traversées et les problèmes de santé de la jeune femme. Pour les fêtes de fin d’année, ils quittent provisoirement leurs montagnes pour rejoindre Arcachon et la maison d’Eli. Lynwood en profite pour inviter quelques amis, mais leurs retrouvailles ne vont pas se dérouler comme prévu. Le meurtre particulièrement horrible d’un adolescent vient bouleverser cette parenthèse paisible. En vacances chez le couple, le commissaire Marchant est appelé sur la scène de crime. Bien que l’affaire ne relève pas de son secteur, certaines similitudes avec une enquête menée cinq ans auparavant l’interpellent. Il sollicite alors l’aide de Lynwood et de Simon pour résoudre cette énigme aussi délicate que terrifiante.

Cette fois, Sandrine nous entraîne dans une intrigue policière plus sombre, où se mêlent des sujets douloureux, des meurtres et une menace qui s’immisce jusque dans l’intimité de nos héros. Eli doit également affronter un adversaire doté de pouvoirs similaires aux siens, voire supérieurs. Le danger se rapproche et Lynwood se retrouve plus que jamais déterminé à protéger celle qu’il aime.

J’ai été captivé par cette confrontation qui nous plonge toujours plus profondément dans les facultés d’Eli et dans cet univers où le paranormal côtoie une réalité particulièrement violente. La plume de Sandrine Roy, simple, épurée et directe, m’a une nouvelle fois emporté. Elle va à l’essentiel, sans digressions inutiles, et maintient une tension qui ne faiblit jamais.

Pour moi, ce troisième tome est le meilleur des trois ! Plus intense, plus sombre, il m’a fait passer par de nombreuses émotions. Je l’ai lu d’une traite, happé par une intrigue surprenante, prenante, belle et triste à la fois.
Mais au-dessus de toutes ces horreurs demeure un sentiment plus puissant que tout, l’amour. Celui qui unit Lynwood et Eli, celui qui pousse à se battre pour l’autre et à affronter les ténèbres, même lorsque tout semble perdu.

Avec Rivalités, Sandrine m’a surpris, captivé et profondément touché. Une lecture intense qui confirme mon attachement à ce couple pas tout à fait comme les autres !

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Extraits :

« Après ces semaines passées au chevet d’Éli, Lynwood prenait plaisir à la voir rire, courir, vivre tout simplement. Il avait conscience qu’elle ne se sentait vraiment bien que près de l’océan et qu’elle faisait un gros effort pour vivre avec lui à la montagne. Tout à coup, elle quitta le rivage et remonta se blottir dans ses bras.
— Tu as froid ?
— Non.
Mais comme elle se hissait sur l’extrême pointe des pieds pour tendre ses lèvres vers les siennes, il sentit qu’elle avait le nez glacé. »

« Elle resta là, immobile et transie de peur, n’osant pas se retourner. Le son de la porte qui se fermait se fit entendre, sourd, lugubre. Quelque chose était entré. Il ne fallait pas qu’elle regarde. Cela rôdait silencieusement sous les voûtes.
Si elle se retournait, elle s’apercevrait qu’il n’y avait plus personne; les âmes des vivants avaient été avalées, englouties par cette entité funeste. Elle devait se cacher, ne surtout pas regarder. Le silence était lourd, oppressant, surnaturel ; une peur viscérale s’empara d’elle. »

« Concentrée, ses yeux allaient de son cahier à son écran, ses doigts couraient sur les touches du clavier ; elle avait l’air imperturbable, perdue dans son monde de mots.
La regarder était toujours une fascination pour lui. Jamais il n’avait côtoyé d’artistes et jamais il n’aurait imaginé vivre un jour aux côtés d’un être aussi attirant et mystérieux à la fois. Il pouvait rester des heures durant à l’observer ainsi, sans avoir besoin de lui parler.
Ses livres avaient du succès et étaient traduits dans plusieurs langues. Éli était productive. Quoique beaucoup moins ces derniers mois, à cause des événements qui s’étaient enchaînés. »

« Valérie Joubert n’avait rien d’une simple d’esprit, comme ils auraient pu le croire lorsqu’ils l’avaient découverte à moitié inconsciente dans le garage de la plage. Son langage était clair, sensé, réfléchi, quoique trahissant une grande souffrance longtemps contenue et qui ne demandait qu’à sortir.
— Des milliers de petites filles vivent en prison, peut-être même des millions à travers le monde. Et personne ne fait rien pour les libérer, pour les sauver de leurs bourreaux. Vous trouvez ça normal ? Vous trouvez ça juste ?
— Mais vous n’êtes plus une petite fille, tenta Édouard.
Alors de qui parlez-vous exactement ?
— Je parle de toutes ces gamines dont on abuse au sein de leur propre famille dès leur plus jeune âge, que l’on traite comme des objets sexuels, et qui sont condamnées au silence parce qu’elles n’ont aucun recours. »

Sandrine Roy est originaire de Bègles, près de Bordeaux.

Des études de Lettres modernes ont affirmé son goût déjà très prononcé pour la lecture et l’écriture, qu’elle pratique depuis on plus jeune âge. Elle vit depuis 14 ans dans la région de Montauban, où elle travaille en milieu scolaire. Elle est connue pour ses romans policiers et tout particulièrement sa série, mettant en scène Lynwood Miller, ancien membre des forces spéciales américaines.
Dessiner les nuages est sa première incursion dans le roman historique.

— Lynwood Miller, Tome 1 (2016)

— Lynwood Miller, Tome 2 : Pas de printemps pour Eli (2017)

— Lynwood Miller, Tome 3 : Rivalités (2019)

— Lynwood Miller, Tome 4 : Le mur d’Hadrien (2020)

— Dilemme (2020)

— Dessiner les nuages (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/18/dessiner-les-nuages/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Famille, Suspense, Thriller psychologique

Qui a tué Jane Mas ?

de Magali Vanhoutte
Broché – 15 octobre 2021
Éditeur : Éditions Faute de Frappe

On retrouve dans la benne à jouets d’une déchèterie de la métropole lilloise le cadavre d’une adolescente gothique.
Le lieutenant Adrien Carpentier, féru de musique, en déduit vite que la victime est la réplique parfaite de la chanteuse Jeanne Mas dans l’un de ses clips…
La fille a été droguée puis rouée de coups. Qui a cassé sa jolie poupée avant de l’abandonner dans un container ? Qui a tué Jane Mas ?
Un thriller mélomane aux allures de Top 50, entre le délire pop insouciant des années 80 et le tourbillon infernal d’une nostalgie meurtrière.

Avant même de commencer ma lecture, j’ai scanné le QR code situé à la fin du livre… Et là, frayeur de ouf ! 🤯

Mais comment Magali Vanhoutte a-t-elle fait pour s’introduire dans mon téléphone et copier quasiment l’une de mes playlists préférées ? J’ai vraiment flippé ! Et ce n’était que le début…
Ensuite, je suis rentré la tête la première dans ce thriller musical complètement dingue !

Avec Qui a tué Jane Mas ?, j’ai découvert une intrigue rythmée, intelligente et remarquablement construite. Si le suspense m’a tenu en haleine, je me suis aussi très vite attaché à certains personnages, qui m’ont profondément touché. J’ai particulièrement apprécié la finesse psychologique de l’auteure, cette sensibilité que je rencontre, hélas, bien trop rarement.

Tout commence lorsqu’une jeune fille mineure est retrouvée dans une déchèterie. Le lieutenant Adrien Carpentier et Benoît Demazure sont chargés de l’affaire. Un détail intrigue les enquêteurs, le meurtrier semble costumer ses victimes à la manière des années 80. La première ressemble étrangement à Jeanne Mas… Au fil des pages, d’autres cadavres viennent s’ajouter à cette macabre série. Chaque victime arbore un look évoquant les stars de cette décennie. Mais un autre élément les relie. La couleur de leurs cheveux, elle sont rousse. Pourquoi cette particularité ? Quel message se cache derrière ces mises en scène ?

Peu à peu, je comprends que j’ai affaire à un tueur en série bien singulier. Et c’est là que Magali m’a vraiment déstabilisé. Dès le départ, je connais l’identité du coupable, mais je peine à me positionner psychologiquement face à lui. Je me surprends même à éprouver une forme de compréhension que je n’aurais pas imaginée. C’est précisément cette ambiguïté qui m’a captivé !

Je n’en dirai pas davantage, car je tiens à vous laisser le plaisir de cette découverte. Sachez simplement que j’ai pris un plaisir immense à me laisser entraîner dans cette enquête, avec, en prime, un formidable voyage musical dans les années 80, années de ma jeunesse.

Vous l’aurez compris, le début de ma chronique était une petite boutade à l’attention de Magali. Mais, dans le doute, j’ai tout de même changé le code de mon téléphone… On n’est jamais trop prudent ! 😂

Un excellent thriller, des personnages qui ont une âme, une intrigue qui m’a ferré et une bande-son qui fait remonter de sacrés souvenirs. Bravo !

Gros bisous, Magali !!! 😘

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Extraits :

« À regret, Johnny ôta le walkman de ses oreilles quelques mètres avant d’atteindre la devanture de l’épicerie. Mamie disait que ça n’était pas poli de garder son casque en présence d’autres personnes. De même elle trouvait inconvenant qu’une femme fume dans la rue ou qu’un homme n’ait pas ciré ses souliers… »

« Johnny revint vers le lit, aspergea le cou de sa mère en déplaçant délicatement quelques boucles gênantes, puis posa le flacon et revint se coucher contre le corps en déposant un baiser délicat sur la joue blanche et froide de la morte. Voilà qui était mieux. Il fut cependant contrarié de constater que la femme avait l’air triste dans son sommeil. Il ne voulait plus jamais la voir triste.
J’empêcherai le temps de t’enlever ton sourire… Johnny se redressa subitement. Voilà ce qu’il devait faire. Rendre à sa mère son sourire. Comme avant. »

« Il régla le radioréveil sur 10h puis éteignit la lampe de chevet et ramena l’édredon de Mamie jusqu’en dessous du menton et un bien-être l’envahit. Il dormirait bien. Il dormait toujours bien chez Mamie. Comme s’il était en sécurité. D’ailleurs, depuis qu’il était arrivé à La Madeleine dans la matinée, l’angoisse avait disparu. Fermant les yeux, il chassa l’image de la jolie Jeanne Mas démantibulée sur les marches de l’escalier. Il fallait oublier et il fallait se reprendre. Mamie l’aurait voulu ainsi. Tout ça l’avait beaucoup fatigué… et avait beaucoup fatigué maman. »

« — Son géniteur abusait d’elle. La mère savait mais ne disait rien. On se tait dans ces milieux-là, je suis bien placé pour le savoir. Alors la petite a fait une fugue il y a quelques mois et je l’ai ramassée alors qu’elle errait dans des lieux peu convenables. Je sais, ici ce n’est pas non plus un endroit pour une gamine, mais elle n’a plus jamais voulu me quitter… Et je n’ai jamais eu le cœur de la livrer aux services sociaux, elle qui refusait même de demander de l’aide aux structures d’accueil. Elle fuyait le diable, vous voyez… »

« — Je vous crois, Monsieur d’Albignac, lâcha Benoît sincèrement. Me permettez-vous une dernière question ? Pourquoi l’avoir aidée ?
— Parce qu’on se ressemblait. Deux anges déchus, pour des raisons différentes. Je voulais la sauver peut-être. J’ai échoué, conclut-il en baissant la tête pour la première fois de sa vie. »

Magali Le Maître/Vanhoutte a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour « D’infinis paysages ».

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar,
– Quelqu’un comme elle » (2015).

– Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.
https://leressentidejeanpaul.com/2026/09/21/le-bal-de-ses-nuits/

Émotion, Drame, Famille, Polar, Psychologie, Suspense

Que gèlent les silences

de Céline Bréant
Broché – 8 octobre 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Lauréate du prix Découverte Noir Charbon 2025 pour son thriller psychologique « Là où sombrent les secrets ».

Isabelle Maillard est ravie : Alain, son mari casanier, a enfin accepté de passer les fêtes de fin d’année à quatre, dans un joli chalet à la montagne. Si Cathy, leur adolescente, traîne les pieds, Justin, le petit dernier, est fou de joie à l’idée d’explorer de nouveaux décors.
Malheureusement, les branches d’un gigantesque hêtre s’écrasent sur le toit de leur logement. La famille Maillard est alors contrainte de trouver refuge chez leurs voisins, les Masson. Isabelle, d’abord déstabilisée par ce changement de programme, s’efforce de rester positive et de préserver l’esprit des fêtes.

Mais au matin de Noël, la chambre de Cathy est vide. La jeune fille est introuvable.

Dans le silence glacé qui s’installe, Isabelle comprend que les Masson portent en eux une tragédie jamais apaisée, et que la disparition de sa fille pourrait bien être liée aux ombres qui hantent cette famille.

Après avoir découvert Céline Bréant avec Là où sombrent les secrets, une lecture intense et bouleversante qui m’avait tenu en haleine jusqu’au bout, je la retrouve avec Que gèlent les silences, un thriller à nouveau saisissant et mystérieux.

Isabelle est heureuse. Cette année enfin, elle va passer Noël en famille, à la montagne, loin du quotidien. Son mari Alain a accepté de venir et Justin, leur fils, est ravi. Seule Cathy, leur fille adolescente, semble moins enthousiaste. Mais rien ne pourrait gâcher la bonne humeur d’Isabelle… jusqu’à leur arrivée. Un arbre tombe sur le toit de leur chalet, les obligeant à chercher un autre endroit pour dormir. Leurs voisins, les Masson, leur proposent alors de les héberger. Mais au matin de Noël, Cathy a disparu. Que s’est-il réellement passé durant cette nuit ?

Très vite, je comprends que cette disparition n’est que la partie émergée d’une histoire beaucoup plus sombre. Tous les personnages semblent avoir quelque chose à cacher. Certains mentent, d’autres manipulent, tandis que des passés particulièrement lourds refont surface. Je me suis constamment demandé ce que chacun savait réellement et surtout, à qui je pouvais encore faire confiance. D’un côté, l’enquête de police piétine, de l’autre, les secrets de famille se dévoilent de plus en plus. Des histoires anciennes, soigneusement enfouies, ressortent des dossiers que certains auraient préféré laisser prendre la poussière. Car il est parfois plus facile de désigner un coupable que de chercher la vérité et de s’attaquer aux véritables problèmes…

J’ai particulièrement apprécié l’évolution d’Isabelle. Après la disparition de sa fille, je l’ai vue se transformer complètement. La mère qui profitait simplement de ses vacances devient une femme déterminée, prête à tout pour comprendre ce qui est arrivé à Cathy. Les personnages liés à l’enquête apportent également un autre regard sur les événements et permettent de ne jamais rester uniquement du côté de la famille.

La plume de Céline est incisive et d’une redoutable efficacité. C’est sombre, glacial, parfaitement maîtrisé et surtout terriblement addictif.
Avec “Que gèlent les silences”, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans son précédent roman. Cette capacité à installer le doute et à me faire remettre constamment mes certitudes en question. Avec ce thriller psychologique intense elle rappelle une chose essentielle, on ne connaît jamais vraiment les gens… Et ceux que l’on pense capables de nous protéger peuvent parfois être ceux dont il faut le plus se méfier.

À lire, ou plutôt à dévorer, sans aucune modération !

Merci Joël pour cette nouvelle lecture.
Chaque roman publié chez Taurnada Éditions est pour moi comme une nouvelle marche qui me permet d’aller toujours plus haut !

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Extraits :

« Du haut de la côte, elle observa le village en contre-bas, les lumières féeriques de Noël qui n’égayaient plus son cœur depuis longtemps, puis elle s’enfonça dans l’obscurité de la forêt. Aujourd’hui, sa propre vie n’avait plus d’importance. Sa survie, elle la devait à son obsession. Elle vivait par procuration à travers cette dernière. »

« Cathy hocha la tête en piétinant, impatiente de partir.
– Tu feras attention, et ne fais pas la folle, d’accord ? Et tu mets un casque !
– Mais oui, c’est bon ! soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.
– Pas de panique, Isabelle. Je gère, la rassura Richard en levant les pouces devant lui.
– C’est en elle que je n’ai pas confiance, se justifia la mère angoissée. Elle peut être casse-cou quand elle veut impressionner.
– Mais arrête, pesta Cathy, mal à l’aise. Tu peux rentrer, c’est bon, on va partir. »

« La nuit s’était abattue sur la montagne comme un rideau sur la scène d’un théâtre. Un premier acte sans Cathy venait de s’achever. Où était-elle ? Que s’était-il passé ? Les Masson apportaient leur soutien sans oser émettre d’hypothèses défaitistes à voix haute. Plus le temps passait, et plus l’espoir tarissait. »

« La battue s’était poursuivie encore une heure. Le cortège avait scruté chaque millimètre de la zone, sans succès. Pas la moindre trace de Cathy dans les environs. Il faudrait sûrement agrandir le périmètre, mais sans piste, comment en établir un fiable ?
Le ciel bleu s’était voilé, et les flocons de neige s’étaient mis à tomber. Les gendarmes, bredouilles, avaient donc décidé de clore cette première session de recherche. La famille et tous les bénévoles avaient été invités à regagner leur domicile. »

« Je m’appelle Céline Bréant, j’ai 32 ans. Je vis à Bordeaux et je suis d’origine savoyarde. Si je m’interroge beaucoup sur ma vie, je n’ai toujours eu qu’une certitude et qu’un véritable objectif. Je voulais devenir romancière. Petite déjà, j’écrivais de petites histoires, et c’est vers 14 ans, que j’ai entrepris le projet d’écrire un roman, et j’ai poursuivi sur cette voie. Je rêvais de trouver un éditeur, mais alors que la trentaine approchait à grand pas, j’ai décidé de me lancer, malgré tout, et j’ai franchi le cap de l’auto-édition, en publiant « Les Clandestines », un roman qui me ressemblait et mélangeait les genres.
Et puis… J’ai préféré me recentrer, et revenir sur mon genre de prédilection : le thriller. Je suis passionnée par les faits divers, le cerveau humain, les livres à suspens, noirs, pleins de rebondissements qui entraînent le lecteur dans un tourbillon de questions, le manipulent, le piègent et lui offrent un final explosif. Et j’aime explorer le mal qui habite les individus, le point de bascule entre l’ordinaire et la folie, les traumatismes, les secrets, les mensonges, la mémoire. L’humain est terrifiant et fascinant à la fois : il donne matière à réflexion. Et à écrire…

À côté de l’écriture, j’ai un “vrai” métier.
Je veux dire, un métier pour vivre, gagner de l’argent. Je suis graphiste dans une agence de communication. De la même façon, j’aimerais pouvoir exercer ce métier dans le monde des livres, idéalement. J’aime les livres, les belles lettres, les œuvres de fiction, j’aime l’odeur du papier et toucher des doigts les belles couvertures en gaufrage.

Autre passion ?
L’eau. J’aime me baigner dans l’océan, la mer, les rivières, les lacs, les piscines. J’aime le snorkelling, le bodyboard, je commence le surf et la plongée. Je rêve de découvrir les plus beaux sites de baignade du monde.

Et j’aime les animaux.
Chat, chien… Impossible de vivre sans eux. Ils m’accompagnent depuis toujours et leur présence à mes côtés est un vrai bonheur. »

D’origine savoyarde, Céline Bréant vit actuellement à Bordeaux. À 31 ans, après plusieurs années en tant que graphiste et maquettiste, elle décide de marquer une pause dans sa vie professionnelle pour explorer de nouvelles perspectives. Cette transition lui permet de se consacrer pleinement à une passion de toujours : l’écriture. Son genre de prédilection est le thriller. « Là où sombrent les secrets » est son deuxième roman.

— Là où sombrent les secrets (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/02/la-ou-sombrent-les-secrets/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

L’abbaye blanche

de Laurent Malot
Broché – 14 septembre 2016
Éditions : Bragelonne

À Nantua, dans le Jura, Mathieu Gange élève seul sa fille de six ans. Sa femme a disparu depuis plusieurs mois sans donner d’explication. Flic intègre, il fait ce qu’il peut pour assurer sa mission, quand soudain la violence s’abat sur ce coin du monde où il ne se passe presque jamais rien.
Deux hommes sans lien apparent sont assassinés coup sur coup, puis on retrouve un cadavre mutilé dans la forêt. À mesure qu’il démêle les fils, Gange est entraîné dans une enquête dont les enjeux le dépassent. Notables véreux, secte, affaire d’État: le cocktail est explosif. Mais Gange ne peut pas renoncer.
La disparition de sa femme n’est peut-être pas innocente…

En commençant Sème la mort, dimanche dernier, je me suis rapidement aperçu qu’un roman précédent mettait en scène le lieutenant Gange. J’ai hésité à interrompre ma lecture, mais j’étais déjà trop embarqué dans l’histoire. Je savais pourtant qu’il me faudrait revenir en arrière pour découvrir L’Abbaye blanche, le premier polar de Laurent Malot…
C’est fait ! J’y ai donc retrouvé Gange et quelques personnages familiers, avec cette petite difficulté de connaître déjà une partie de leur avenir. Mais je dois reconnaître que je n’ai pas eu à m’accrocher bien longtemps. Le roman m’a rapidement happé !

Le lieutenant Gange, a été récemment muté à Nantua, dans le Jura, il élève seul sa fille de six ans. En effet Gaëlle, sa femme, les a quittés depuis plusieurs mois sans aucune explication. Mais très vite deux meurtres surviennent, sans lien apparent, au cours de la même semaine, puis on retrouve un cadavre torturé, assassiné dans la forêt. Gange se retrouve au cœur d’une enquête qui le mènera au cœur d’un possible énorme scandale politique et qui va prendre une tournure explosive. Peu à peu, les investigations conduisent vers l’Abbaye blanche, une secte dangereuse, liée à certains notables locaux. Trafic d’art, manipulation des âmes, ramifications jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. les enjeux dépassent rapidement le simple cadre d’une enquête criminelle. Et si la disparition de Gaëlle était elle aussi liée à cette organisation ?

J’ai particulièrement apprécié la dimension sociale et politique de ce récit. Laurent Malot explore avec audace les mécanismes du mensonge, de la manipulation, du pouvoir, mais aussi de l’amour et de la mort. La secte manipule ses adeptes, l’État manipule la secte. J’ai aimé ce lieutenant montagnard, profondément humain, avec ses qualités, ses failles et ses contradictions. La galerie de femmes qui l’entoure, journaliste, juge, baby-sitter et bien d’autres, apporte également beaucoup de caractère à l’histoire. Aucune ne se laisse facilement impressionner !

J’ai été quelque peu estomaqué par l’audace et la précision de Laurent Malot. Il va loin, très loin, et c’est précisément ce qui donne à son récit toute sa force. L’écriture est résolument celle d’un thriller, mais il a su insuffler une dynamique et une réflexion différentes, entre roman noir dressant un portrait pessimiste mais lucide de nos administrations publiques et dirigeantes et une enquête complexe, riche en actions et très prenante. L’écriture est réaliste, visuelle, rythmée, presque cinématographique, l’émotion est souvent présente et les dialogues percutants m’ont régulièrement fait éclater de rire, même au cœur des situations les plus tendues.

Laurent Malot, un auteur à découvrir, à lire et à relire même.
Après De la part d’Hannah, Que Dieu lui pardonne, et Sème la mort, L’abbaye blanche confirme mon envie de poursuivre avec cet auteur.

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Extraits :

« — J’ai réfléchi depuis la dernière fois. Mon mari venait de…
enfin, c’était trop brutal, je ne pouvais pas penser à tout.
Je comprends. Vous avez des informations qui pourraient nous éclairer sur ce qui s’est passé ?
Second silence. Mme Quesnel n’avait sans doute pas encore confiance en lui, mais il était aussi possible qu’elle se rende compte qu’elle appelait pour rien. Gange attendit sans la bousculer.
— Je préférerais qu’on se voie… Vous pourriez passer à la maison ?
— Demain, ça irait ? Je vous rappelle pour confirmer.
— Très bien, j’attends votre coup de fil. »

« — Ce n’est pas banal, comme histoire. Les deux hommes ont été agressés par deux moines, une nuit de pleine lune. On a seulement retrouvé les vélos. Il paraît que les moines étaient poursuivis par un 4×4 !
— C’est palpitant, mademoiselle Medj. Mais, sans vouloir paraître grossier, j’ai du travail.
La journaliste ne montra aucun signe de colère et tourna les talons. Étienne arrivait en sens inverse. Elle lui sourit de façon assez convaincante pour qu’il s’arrête un instant et la regarde disparaître dans l’escalier. »

« — On a essayé de vous joindre le jour où votre père a été tué, on a laissé plusieurs messages sur votre répondeur.
— J’ai deux portables, vous avez appelé sur celui que je garde quand je suis en France.
— Vous travaillez à l’étranger ?
— À Dubaï, je construis des immeubles.
Gange avait entendu parler de cette ville qui n’arrêtait plus d’enfler. Un paradis où l’on avait monté une piste de ski artificielle alors que la température moyenne flirtait avec les quarante degrés. Un gâteau écœurant où des milliardaires de tous les continents s’empiffraient avec indécence. »

« — Non, ça, on n’est pas les seuls ! À l’abbaye, on est au moins quatre-vingts, tous aussi crédules les uns que les autres, certains complètement paumés dans des mondes parallèles. On ne s’aperçoit même plus qu’on est des légumes, on obéit aux Sages. Une séance de bourrage de crâne à 6 heures du matin, une autre le soir, pas moyen d’y échapper. En moins d’une semaine, notre propre famille n’a plus aucune chance de nous reconnaître. D’ailleurs, dès qu’on entre à l’abbaye, on change de nom. On oublie aussi notre âge et on gomme notre passé, comme si la vie commençait là-bas. C’est comme ça qu’on devient fidèle. On n’a plus que des frères, des sœurs et, au-dessus, des Sages pour nous guider vers l’Éternité.
— C’est ce qu’ils vous promettaient ? demanda Gange.
— L’Éternité et une place dans le Sérail des dieux.
— Les dieux ? Pourquoi, il y en a plusieurs ?
— Des dizaines. Le dieu de la Force, le dieu du Silence, le dieu du Froid, le dieu du Travail, tout ce qu’il faut pour qu’on se plie sans cesse à de nouvelles règles. Et pas moyen de refuser, on est formatés pour se liguer contre celui qui se rebelle. Il y a aussi le dieu de l’Argent, à qui on a filé tout notre pognon, et le dieu du Sexe, qui a ordonné aux plus belles femmes de coucher avec les Sages. Tout ça avec un sourire béat et le sentiment du devoir accompli. Des zombies qu’on est, y a pas d’autre mot ! »

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scénarii pour le cinéma.

— De la part d’Hannah (2014)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/20/de-la-part-dhannah/

— Sème la mort (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/09/29/seme-la-mort/

— Que Dieu lui pardonne (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/15/que-dieu-lui-pardonne/

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Polar, Suspense

L’Homme de Lewis

de Peter May
Poche – 2 janvier 2013
Éditeur : Babel

En rupture avec son passé, Fin Macleod retourne sur son ile natale de Lewis. La mort tragique de son jeune fils a détruit son mariage, et il a quitté la police. La lande balayée par les vents, la fureur de l’océan qui s’abat sur le rivage, les voix gaéliques des ancêtres… il pense pouvoir retrouver dans ces lieux de l’enfance un sens à sa vie.

À peine Fin est-il arrivé qu’on découvre le cadavre d’un jeune homme, miraculeusement préservé par la tourbière. Les analyses ADN relient le corps à Tormod Macdonald, le père de l’amour de jeunesse de Fin, faisant du vieil homme le suspect n° 1. Mais celui-ci ne peut se défendre, perdu qu’il est dans les brumes de sa maladie d’Alzheimer, Fin va donc l’aider.

Au rythme des fulgurances qui traversent l’esprit sénile de Tormod, le passé ressurgit, douloureux, dramatique, dévoilant le sort que la société écossaise a réservé pendant des décennies aux enfants orphelins ou abandonnés que l’Église catholique envoyait sur les îles Hébrides.

J’ai appris avec tristesse le décès de Peter May vendredi dernier. Ayant adoré L’Île des chasseurs d’oiseaux, j’ai décidé de bouleverser mon ordre de lecture pour lui rendre hommage. Je viens ainsi de terminer le deuxième tome de sa saga écossaise, L’Homme de Lewis.

J’y ai retrouvé Fin Macleod, dans le prolongement des événements du précédent roman. Divorcé, ayant quitté la police, il revient sur son île natale de Lewis, libéré de ses anciennes contraintes. Peut-être cherche-t-il à retrouver ses racines, à réparer ce qui peut encore l’être, ou tout simplement à retrouver sa place parmi les siens. Cette île, avec ses paysages sauvages et ses habitants, pourrait bien devenir finalement son refuge.

À peine arrivé, il se retrouve impliqué dans une enquête menée par Gunn, l’inspecteur de Stornoway. Un cadavre, parfaitement conservé dans la tourbe, vient d’être découvert. La mort remonterait aux années 1950 et les analyses ADN conduisent à Tormod Macdonald, le père de Marsaïli, l’amour de jeunesse de Fin.
Mais un obstacle majeur se présente, Tormod souffre de la maladie d’Alzheimer et ses souvenirs s’effacent peu à peu.

Commence alors une véritable course contre le temps, entre enquête présente et réminiscences d’un passé douloureux. Une nouvelle fois, Peter May m’a captivé avec une intrigue d’une rare intelligence, qui dépasse largement le cadre du polar. J’ai découvert une page méconnue de l’histoire des Hébrides, notamment le destin des « homers », ces enfants sacrifiés dont les conditions de vie m’ont profondément bouleversé.

L’auteur alterne avec beaucoup de finesse les investigations de Fin et les souvenirs de Tormod. J’ai été sensible à la délicatesse avec laquelle il aborde Alzheimer, les amours anciennes, la nostalgie de l’adolescence et les regrets de l’âge adulte. Ses descriptions des paysages écossais sont toujours aussi saisissantes, j’ai eu l’impression de sentir le vent et de fouler ces terres battues par les éléments.

Derrière cette enquête se dessine un roman puissant, profondément humain, où les secrets d’une communauté se mêlent aux blessures intimes.
J’ai retrouvé des personnages remarquablement construits, auxquels je me suis attaché et que j’ai eu plaisir à suivre jusqu’au bout.

Et puis viennent les dernières lignes… Elles m’ont donné des frissons et une émotion que je ne suis pas près d’oublier.
Peter May était décidément un immense conteur, capable de faire naître l’émotion là où je ne l’attendais pas. Un véritable voyage au cœur de l’Écosse, mais aussi de la mémoire et de ses silences.

Merci encore à David Fréchou de m’avoir fait découvrir cet auteur exceptionnel, que je conseille à mon tour vivement.

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Extraits :

« Sur cette île battue par les tempêtes, à trois heures de la côte nord-ouest de l’Écosse, le peu de terre qui y reste accrochée fournit nourriture et chaleur aux habitants. Elle se charge aussi de leurs morts. Plus rarement, comme aujourd’hui, elle les rend. »

« C’est bizarre aussi que je me réveille toujours à la même heure. Et ce n’est pas à cause de la lumière qui se glisse autour des bords du rideau. Il y a si peu d’heures de nuit à cette époque de l’année. Ce doit être une sorte d’horloge interne. Toutes ces années à se lever à l’aube pour la traite, et tout ce qui remplissait mes jour-nées. Tout s’est envolé maintenant. »

« Bonjour, Fionnlagh.
Le garçon pointa la mâchoire en direction de la tente bleu pâle.

— Tu ne fais que passer ?
— C’est temporaire.
— Ça faisait un moment.
— En effet.
Fionnlagh fit une pause, pour donner de l’emphase à ses paroles. « Neuf mois. » L’accusation était claire.
— J’avais une vie entière à laisser derrière moi.
Fionnlagh inclina légèrement la tête sur le côté.
— Ça veut dire que tu es revenu pour rester ?
— Peut-être.

Fin tourna son regard vers la ferme.
— C’est mon foyer. Là où on revient quand on n’a nulle part où aller. Après, si je reste ou pas… c’est encore à voir.
Ses yeux verts revinrent sur le garçon. »

« Fin regarda le vieil homme avec attention. Les rayons du soleil s’accrochaient aux poils argentés qui parsemaient le bas de son visage et la chair flasque de son cou, les faisant ressortir sur sa peau pâle et sans souplesse. Ses yeux, en revanche, étaient presque opaques, obscurcis par des souvenirs qu’il ne pouvait pas, ou ne souhaitait pas partager. Il ne disait rien depuis un bon moment. Ses larmes avaient séché, laissant des traces salées sur ses joues. Il avait ramené ses genoux, serrés entre ses bras, contre sa poitrine, et restait assis à regarder la mer avec des yeux qui voyaient des choses que Fin ne pouvait apercevoir. »

Écrivain écossais, Peter May habite depuis une dizaine d’années dans le Lot.
Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise. Il y a quelques années, Peter May a décidé de quitter le monde de la télévision pour se consacrer à l’écriture de ses romans. Le Rouergue a publié sa série chinoise avant d’éditer la trilogie écossaise (parue d’abord dans sa traduction française avant d’être publiée, avec un immense succès, en anglais).

Il est décédé vendredi 25 septembre 2026, à 74 ans, laissant une œuvre devenue une référence du polar.

— L’Île des chasseurs d’oiseaux
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/30/lile-des-chasseurs-doiseaux/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

Les Chiens de Détroit

de Jérôme Loubry
Broché – 11 octobre 2017
Éditeur : Calmann-Lévy

DÉTROIT A PERDU SES REPÊRES.
SES HABITANTS L’ABANDONNENT.
SES ENFANTS DISPARAISSENT.

2013, à Détroit. Cette ville qui a été la gloire de l’Amérique n’est plus qu’une ruine déserte, un cimetière de buildings.
Cette nuit-là, la jeune inspectrice Sarah Berkhamp mène le groupe d’intervention qui encercle une maison et donne l’assaut. Mais aucun besoin de violence, le suspect attend, assis à l’intérieur. Il a enlevé cinq enfants. Et il est sans doute le Géant de brume, le tueur insaisissable qui a laissé derrière lui sept petits corps, il y a quinze ans. Alors pourquoi supplie-t-il Sarah : « Aidez-moi… » ?
L’histoire s’ouvre donc avec l’arrestation du coupable. Et pourtant, elle ne fait que commencer. À Détroit, personne n’est innocent…

«Rarement un personnage sombre comme le Géant de brume
m’aura marquée et glacé le sang à ce point.»
Caroline Vallat, libraire, FNAC Rosny 2.

UNE INTRIGUE MAGISTRALEMENT
ENTRELACEE JUSQU’A LA FIN,
BOULEVERSANTE.

Avec Les Chiens de Détroit, de Jérôme Loubry, j’ai plongé dans une enquête aussi sombre qu’oppressante.
Tout commence en 1998, lorsque l’inspecteur Stan Mitchell tente de comprendre une série de disparitions d’enfants. Malgré sa ténacité et des recherches approfondies, aucune véritable piste ne se dessine. Puis un deuxième enfant est retrouvé mort dans les mêmes circonstances… Le coupable, lui, reste insaisissable.

Quinze ans plus tard, en 2013, alors que les disparitions recommencent, les vieux démons de Stan ressurgissent. Hanté par cette affaire qui ne l’a jamais vraiment quitté, il redoute de voir l’histoire se répéter.
Y aurait-il un lien entre les événements de 1998 et ceux d’aujourd’hui ? C’est ce que Stan devra découvrir avec Sarah Berkhamp, sa nouvelle partenaire.
Deux flics cabossés, marqués par leur passé et leurs propres blessures, vont devoir affronter ensemble leurs démons. Un duo improbable face à une présence terrifiante, le mystérieux « Géant de brume ».
Mais dans ce roman, un autre personnage occupe une place essentielle. Détroit elle-même. Une ville déchue, abandonnée par nombre de ses habitants, avec ses maisons désertées et ses rues noyées dans la brume.

Jérôme m’a véritablement mené en bateau avec une narration alternant entre passé et présent. Les chapitres courts, tendus et parfaitement rythmés m’ont poussé à tourner les pages sans relâche. Les révélations arrivaient au compte-gouttes, juste assez pour entretenir le doute et faire naître de nouvelles questions. Et lorsque le twist final est arrivé, je dois bien reconnaître que je ne l’avais pas vu venir.

J’ai particulièrement apprécié les personnalités de Stan et Sarah, deux personnages fragiles mais profondément attachants. L’écriture est fluide, très descriptive, et contribue énormément à cette atmosphère étouffante. J’ai aimé cette sensation de me perdre avec eux dans les rues abandonnées de Détroit, à la recherche des enfants disparus…

J’ai toutefois trouvé la fin un peu trop rapide, même si elle m’a surpris et laissé plusieurs questions en tête. Pour un premier roman, Les Chiens de Détroit est pour moi une très belle découverte.
Un thriller sombre, efficace et particulièrement immersif, qui m’a donné envie de suivre Jérôme Loubry.

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Extraits :

« La voiture de police n° 18 quitta le parking souterrain du central et se jeta avec détermination dans les rues de Détroit. Une pluie agressive l’y accueillit. Elle la fouetta de ses larmes, adjurant ses deux passagers de ne pas s’enfoncer davantage dans l’horreur, leur murmurant de retourner vers le confort ouaté d’une vie qui pourtant n’existait plus.
Sarah Berkhamp observait la ville par la vitre. La lumière humide et déclinante de cette fin de journée déposait sa couverture sombre alors que des feux follets apparaissaient timidement à l’intérieur des habitations.
À sa gauche, Stan, son partenaire, poussait des jurons à chaque ralentissement du trafic.
Le temps pressait.
Une semaine d’enquête.
Des nuits à traquer l’ombre d’un géant sans jamais la frôler. »

« Le premier corps fut retrouvé par un joggeur aux abords de Palmer Park.
C’était un dimanche matin, une pluie fine et inconstante s’échappait des nuages anémiques. Détroit se réveillait à peine. Elle le serait entièrement dans quelques heures, lorsque le cri d’une mère reconnaissant le cadavre de son enfant résonnerait au plus profond de ses entrailles. »

« Le terme redouté devint une réalité.
« Le serial killer court toujours ». Tel fut le titre, en première page du Detroit Free Press, assortie d’une photo du troisième enfant mort. La victime était cette fois une petite fille, ce qui laissa perplexes les spécialistes de plus en plus nombreux à donner leur avis. Pour eux, l’assassin aurait dû ne viser que des garçons. C’était le schéma classique. Un tueur en série, une catégorie de cible privilégiée. Une section spéciale du douzième district fut créée et dédiée uniquement à la traque du tueur d’enfants. »

Jérôme Loubry est un écrivain français.

Il a d’abord travaillé à l’étranger et voyagé tout en écrivant des nouvelles. Il travaille dans le milieu de la restauration jusqu’en 2016, date à laquelle il décide de devenir écrivain. Il se lance dans le monde de la littérature et du polar en 2017.

L’éditrice de Guillaume Musso reconnait son talent et Jérôme Loubry publie aux éditions Calmann-Levy son premier roman, Les chiens de Détroit qui le propulse en 2018 Lauréat du Prix Plume Libre d’Argent.

En 2018 il est déjà considéré comme l’un des auteurs de polars français les plus prometteurs par le journal « Le Parisien ».

Le douzième chapitre, son deuxième thriller paru en 2018, reçoit le prix Polar de Mauves-en-noir. Il obtient le Prix Cognac du meilleur roman francophone 2019 pour Les Refuges. Son livre, Le Chant du silence, paru en 2023, est « un roman puissant, hypnotique, universel », selon France Info Culture.

Jérôme Loubry vit à Valensole dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Facebook : www.facebook.com/loubryjerome/

Drame, Frisson horreur, Polar, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Dans la brume écarlate

de Nicolas Lebel
Broché – 27 mars 2019
Éditeur : MARABOOKS

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne.. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n’est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais… Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d’une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d’avoir retrouvé Lucie. Mais il s’agit d’une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l’on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n’est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie…
Un roman gothique dans un Paris recouvert de brouillard à l’heure où un vampire enlève des femmes et les vide de leur sang. Un roman choral qui laisse la parole à plusieurs protagonistes : à ceux qui perdent ou ont perdu, à ceux qui cherchent, à ceux qui trouvent ou pensent trouver. Un roman qui est l’histoire de six hommes qui aiment ou croient aimer chacun une femme : celui qui la cherche, celui qui l’aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres. Un roman parle des femmes comme premières victimes de la folie des hommes, même de ceux qui croient les aimer.

Avec Dans la brume écarlat” de Nicolas Lebel, j’ai eu l’immense plaisir de retrouver le capitaine Mehrlicht. Et retrouver Mehrlicht, c’est un peu comme retrouver un vieil ami… ou plutôt un vieil ours ! Il parle cash, grogne, fume comme une cheminée et me fait rire avec chacune de ses répliques. Un flic atypique, cultivé et grinçant qui semble tout droit sorti d’un film d’Audiard. Et autour de lui, Sophie Latour, Dossantos et toute l’équipe continuent eux aussi de prendre de l’épaisseur au fil des enquêtes.
C’est justement ce que j’aime chez Nicolas. Ses intrigues sont tordues et captivantes, mais sa plume est tout aussi importante. Elle est vive, malicieuse, pleine de verve, avec ces petites phrases qui me décrochent régulièrement un sourire.
Sans oublier les messages cachés, qu’il glisse ça et là… Et ça, je le ressens à chaque lecture.

L’affaire commence avec une mère persuadée que sa fille Lucie, vingt et un ans, est morte. Pourquoi cette certitude ? Sa mère l’a vu dans les tarots ! Mehrlicht reste évidemment sceptique, mais les événements vont rapidement donner une tout autre dimension à cette inquiétude.
Dans le même temps, du sang est retrouvé au Père-Lachaise, tandis que Taleb, un réfugié syrien, qui vit dans un camp de réfugiés, recherche désespérément sa sœur Noura, disparue elle aussi. Il est fou d’angoisse et se lance à sa recherche… Parallèlement, Yvan poursuit une quête obsessionnelle autour du « Monstru », cette figure terrifiante qui hante ses pensées depuis 28 ans. De son côté, Viktor parle avec tendresse à Ileana et une partie de pêche sur les quais de Seine tourne au macabre.
Quel rapport entre tous ces événements ?
C’est ce que Mehrlicht et son équipe vont devoir découvrir.

Pour cette cinquième enquête, Nicolas m’a une nouvelle fois embarqué dans une histoire où l’horreur côtoie l’humour. Paris est plongé dans un brouillard épais, presque irréel, et l’atmosphère devient rapidement étouffante. La chronologie très précise, avec les heures et les minutes, donne au récit un rythme particulièrement efficace. Mais derrière cette histoire de vampire et cette enquête sombre, j’ai surtout retrouvé le regard de l’auteur sur notre société. Réfugiés, sans-papiers, violences, dérives d’Internet, immunité diplomatique… Nicolas aborde des sujets contemporains sans jamais oublier son intrigue.

J’ai adoré l’ambiance autour de la Seine, du brouillard et des cadavres, aussi poétique qu’inquiétante. Heureusement, Mehrlicht est toujours là pour faire retomber la pression avec ses expressions improbables et ses sonneries de téléphone inspirées des chansons des années 80. Et, comme toujours, elles tombent tellement à propos que je ne peux m’empêcher de rire !
Nicolas Lebel est décidément trop fort.

Je me suis régalé avec ce polar rondement mené, sombre, drôle et terriblement efficace.
Un vrai plaisir de lecture… très écarlate, mais lu avec beaucoup de plaisir !

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Extraits :

« Comme deux fantômes transis, elles se faisaient face dans la nuit.
— Non, je rentre, je suis crevée. Il est déjà minuit…
— C’est Jérémy qui va être déçu… ironisa Cathy.
Plantées sous un réverbère, les deux jeunes femmes se regardèrent et éclatèrent de rire en même temps.
— Il a mon numéro, conclut Lucie en se penchant pour faire la bise à son amie.
— Ça te changerait un peu les idées, non ? En ce moment…
Lucie baissa les yeux et ne répondit pas. »

« Elle se dirigea vers la porte, plantant là son collègue. Elle se disait que, pour les femmes, rien n’avait finalement changé. À se demander même si les choses changeraient un jour : il y avait eu les Weinstein, les « MeToo», les « Balance ton porc». Le monde occidental avait découvert avec effroi, dans un bêlement planétaire, que les femmes du xxi° siècle continuaient de subir harcèlements, insultes, agressions sexuelles et violences à tous les niveaux de la société, parce qu’elles étaient femelles, parce que, depuis le jardin d’Éden, Ève la pécheresse et ses descendantes avaient servi de sac de frappe et d’exutoire fanatique à la moitié couillue de l’humanité, aux Adams revanchards et aux dieux masculins de toutes les civilisations. On avait dès lors posé sur elles tous les anathèmes et tous les tabous… »

« Taleb Adil était assis en tailleur à l’entrée de sa tente Quechua.
Dans ce froid XVIII* arrondissement parisien, son duvet rabattu sur ses épaules par-dessus sa parka kaki à capuche, il jetait des regards à droite, à gauche, le long du boulevard Ney, tout en se fabriquant une cigarette avec quatre mégots qu’il avait ramassés. Ses cheveux châtain clair, longs et bouclés, zébrés de mèches blondes, tombaient en avant sur son visage pâle, lui bloquant la vue. D’un revers de main, il les écarta et examina le trottoir de nouveau. Il espérait percevoir un mouvement dans le brouillard, par-delà le grillage qui enserrait le camp. Mais il y avait peu de passage. Les Français évitaient le quartier. »

« L’un des fils Khadafi s’est battu avec la police, avec le SAMU, a envoyé ses gardes du corps contre la BAC, a trempé dans un réseau de prostitution, a remonté l’avenue des Champs-Elysées à cent quarante kilomètres/heure sans s’arrêter à un seul feu rouge… Aucune poursuite n’a été engagée contre lui. Immunité. Un ambassadeur suisse a forcé un barrage de police à Paris en 2014 parce qu’il se savait positif à l’alcootest, et a remonté un boulevard à contresens pour s’enfuir. Il a été interpellé. Immunité. Je peux vous raconter l’histoire de ce fils de diplomate qui dealait de grosses quantités de cocaïne en bas de chez lui, d’un autre qui tripotait les filles de son collège… Immunité ! L’immunité diplomatique qui protège un émissaire d’un pays étranger est une bonne chose, sauf quand elle devient un joker pour enfreindre impunément la loi, une carte de sortie de prison permanente. »

Nicolas Lebel est un auteur français.

Il est également enseignant et traducteur.
Il a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais.

Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : Les Frères du serment.

En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous (Prix des lecteurs polar du Livre de Poche 2019), en 2014, Le Jour des morts, en 2015, Sans pitié, ni remords (Prix Anguille-sous-Roche), en 2017, De cauchemar et de feu (Prix du Festival Sans Nom), puis, en 2019, Dans la brume écarlate (Prix Coquelicot Noir du Salon du Livre de Nemours), cinq romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent. Des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces cinq romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.

En 2021, il reçoit le Prix Griffe Noire du meilleur roman policier français de l’année pour « Le gibier ».
En 2023, il se met en disponibilité de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture de romans et de scénarios.

— L’heure des fous (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/26/lheure-des-fous/

— Sans pitié ni remords (2015)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/20/sans-pitie-ni-remords/

Facebook: https://www.facebook.com/pages/Nicolas-Lebel-Polars/485293481534883

Émotion, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Le bal de ses nuits

de Magali Le Maître
Broché – 16 mars 2017
Éditeur : Fleur sauvage

Un site de sorties pour parents divorcés et autres âmes égarées.
Un groupe d’amis devenus inséparables : cinq hommes, cinq femmes.
L’une est retrouvée égorgée ; puis une deuxième.
Les enquêteurs sont formels : le tueur est un membre du groupe.

Encore une histoire de psychopathe…
Et si ce n’était pas le bon scénario ?

Noirceur, suspens, faux semblants, l’auteure de Quelqu’un comme elle a su réunir tous les ingrédients nécessaires à un excellent thriller psychologique.

Après avoir découvert Magali Le Maître avec Quelqu’un comme elle il y a quelques années, j’ai eu beaucoup de plaisir à la retrouver avec Le bal de ses nuits. Et une nouvelle fois, je me suis laissé prendre dans ses griffes !

Magali va droit au but et m’embarque rapidement au cœur d’une drôle de bande d’amis réunis grâce à un site de rencontres un peu particulier qui se nomme S.O.S., pour « Si On Sortait ».
Le principe est simple. Permettre à chacun, parents, enfants, célibataires ou non, de se retrouver autour de sorties et de moments partagés.
C’est ainsi qu’un groupe se forme peu à peu, « La Meute », composé de cinq femmes, Suzanne, Véronique, Iris, Kim et Magdalena, et de cinq hommes, Greg, Chris, Bertrand, Carlo et Youenn, et leurs enfants. Mais derrière les verres partagés, les week-ends et les apparences sympathiques, une question finit forcément par surgir. Connaît-on réellement les gens avec qui l’on passe du temps ?
Magdalena, revenue à Lille après sept années passées en Espagne, fait partie du groupe depuis deux ans. Elle y a trouvé une nouvelle vie sociale, au grand désespoir de Benoît, son compagnon et capitaine de police, qui considère ces relations comme plutôt superficielles.

Mais lors de l’anniversaire de Kim, tout bascule lorsqu’un invité revient prétendument chercher son portefeuille, une fois la fête terminée. Kim est retrouvée égorgée…
Une enquête commence et la vie de « La Meute » vole en éclats.

J’ai particulièrement aimé la première partie, qui prend le temps de présenter les personnages tout en tissant progressivement une intrigue de plus en plus difficile à démêler.
Puis Magali redistribue complètement les cartes dans la seconde partie, offrant une nouvelle vision à son récit. J’avoue avoir été un peu perdu au début par ce changement d’angle… avant de comprendre à quel point cette idée était habile !

Avec ses chapitres très courts et ses différents points de vue, l’autrice m’a fait soupçonner absolument tout le monde.
Et lorsqu’un mystérieux individu, visiblement perturbé et obsédé par l’une des femmes du groupe, apparaît dans l’équation, je me suis transformé en véritable enquêteur. J’ai traqué les indices, cherché le moindre détail et fini par voir des suspects partout… au point de devenir presque fou !
Magali est arrivée à me manipuler, elle m’a bien eu ! D’ailleurs, dans ce récit, la manipulation est au cœur de ce thriller psychologique. Qui manipule qui ? Qui ment ? Qui dissimule quoi ?

Entre jalousie, vengeance, famille et passion obsessionnelle, Le bal de ses nuits m’a tenu en haleine jusqu’au bout.
Un roman particulièrement addictif, avec des retournements que je n’ai pas vus venir.
Une fois commencé, franchement… je vous mets au défi de le poser !

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Extraits :

« Elle était là, face à lui. Cette fois, il ne rêvait pas. De sa bouche pulpeuse s’échappaient des mots, tels des baisers, qu’il n’écoutait pas. Il n’entendait que la voix grave et sensuelle emplissant son salon, et il perdait son âme dans les profondeurs de cette douce musique érotique et envoûtante. »

« Magdalena, réveillée depuis dix bonnes minutes, traînait au lit, les yeux mi-clos. Le chant d’un oiseau lui parvenait par la fenêtre entrouverte. Une brise légère jouait avec les rideaux encore tirés, laissant par intermittence le soleil de juin lui caresser la joue. Décidément, à l’aube de ses trente-cinq ans, elle aimait de plus en plus la campagne. »

« En rentrant chez lui, il déchira littéralement sa panoplie et l’envoya valdinguer dans le couloir. La soirée s’était avérée catastrophique. Mais pour qui se prenaient-ils, tous, à poser leurs sales pattes et leurs yeux vicelards sur sa belle ? Et l’autre imbécile, là, qui croyait la mériter peut-être ?
Et elle? Pour qui se prenait-elle ? Il l’avait à peine entrevue ce soir, et n’avait pas pu en placer une. En vérité, elle avait fait peu de cas de sa présence. Il avait tant de choses à lui confier ! Comment pouvait-elle jouer à ce point l’indifférence alors qu’il s’apprêtait à lui offrir sa vie sur un plateau ? Et celle des autres s’il le fallait ! pensa-t-il, cynique.
Estimant que cette femme lui appartenait, il se sentait trahi. »

« Il les observait, planqué derrière une haie, à l’extérieur du fast-food. Elles étaient là toutes les cinq. Ça n’avait pas été difficile de les trouver, tout le monde connaissant leur rendez-vous hebdomadaire. Depuis un bon quart d’heure, il fixait son ange, irradiant de son aura naturel au milieu des autres nanas, toutes plus insipides les unes que les autres. »

Magali Le Maître a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour D’infinis paysages.

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar, Quelqu’un comme elle (2015).

Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.