Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Histoire

L’Enfant sans étoile

de Raphaël Delpard
Poche – 22 septembre 2010
Éditeur : Calmann-Lévy

L’itinéraire tourmenté d’un enfant caché pendant l’Occupation.

Parigné-l’Evêque dans la Sarthe. En 1943, les persécutions nazies se déchaînent. Louise Leblanc a accepté d’héberger un orphelin d’environ six ans que lui a confié un réseau de sauvetage d’enfants. En état de choc, amnésique, le garçon ne se souvient pas même de son nom. Louise lui donne un prénom, Jean, et l’inscrit sous son propre patronyme à l’école.
Les habitants du bourg l’acceptent comme l’un des leurs. Jean retrouve par bribes la mémoire à mesure qu’il s’acclimate à son nouvel environnement.
Mais un jour, le facteur avise Louise qu’une dénonciation anonyme a été envoyée à la gendarmerie l’accusant de cacher un enfant juif. Entre les villageois solidaires et les complices de la barbarie, s’engage alors une course de vitesse à l’issue jusqu’au bout incertaine…

Lorsque j’ai ouvert L’Enfant sans étoile de Raphaël Delpard, je savais que j’allais plonger dans l’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Pourtant, ce que j’y ai trouvé dépasse largement le simple récit de guerre. J’y ai découvert une magnifique histoire d’amour, de courage et d’humanité.

Nous sommes en 1943, dans la campagne sarthoise. Jean, un petit garçon juif rescapé du camp de Gurs, est confié à Louise Leblanc par un réseau de résistance. L’enfant est brisé, affaibli, presque absent au monde. Louise, elle, décide de tout faire pour lui rendre la vie, malgré les risques immenses que cela représente.

Très vite, je me suis attaché à ces deux personnages. Entre eux se noue un lien bouleversant, fait de tendresse, de protection et d’espoir. Dans un contexte où la peur, les dénonciations et la barbarie règnent, Raphaël Delpard choisit avant tout de mettre en lumière ce qu’il y a de plus beau chez l’être humain et c’est beau.
J’ai particulièrement aimé la façon dont l’auteur décrit la campagne française de cette époque. Ses paysages, ses moissons, ses villages semblent baignés d’une douceur presque irréelle, contrastant avec l’angoisse permanente de l’Occupation. Cette atmosphère donne au roman une force émotionnelle particulière.

L’écriture est simple, fluide et profondément sincère et j’ai senti derrière chaque page le travail de mémoire, mais aussi l’émotion personnelle d’un récit inspiré de faits vécus. Raphaël Delpard rend un hommage vibrant à ces femmes et ces hommes ordinaires qui ont risqué leur vie pour sauver celle des autres.

Au fil des chapitres, j’ai partagé les peurs de Jean, les souvenirs flous de ses parents, son désir de survivre et l’espoir de les retrouver un jour. Mais j’ai surtout été touché par cette formidable leçon d’humanité qui traverse tout le roman.

L’Enfant sans étoile est un livre tendre, émouvant et lumineux malgré l’ombre de la guerre. Une histoire qui rappelle que même dans les périodes les plus sombres, il y aura toujours des personnes qui choisiront la générosité plutôt que la peur. Cette lecture m’a profondément touché et je referme mon livre avec beaucoup d’émotion…

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Extraits :

« L’histoire de l’enfant commença le 15 mai 1943 à l’aube. Une jeune femme dont la silhouette était encore proche de l’adolescence frappa à la porte de la maison de Louise Leblanc, rue Basse-de-Brette, à Parigné-l’Évêque, dans la Sarthe.
Elle entra dans la cuisine d’un pas pressé, sur son passage heurta une chaise qui était éloignée de la table, puis, faisant une halte au centre de la pièce, du regard chercha un endroit où poser l’enfant qu’elle tenait serré contre sa poitrine, enveloppé dans une couverture. »

« — Et si l’enfant a besoin d’un médecin ?
— Une infirmière est prévenue de l’arrivée de votre pensionnaire. Elle viendra demain ou après-demain au plus tard. Compte tenu de sa situation, un médecin ne tardera pas également à vous rendre visite. Vous ne paierez rien.
— Et s’il a besoin de médicaments ?
— On vous dira le moyen d’en obtenir.
— Qui me le dira ?
— La Sarthoise. Chaque fois qu’un besoin se fera sentir, vous trouverez la marche à suivre dans la boîte à lettres.
— Cette Sarthoise, l’avez-vous déjà rencontrée ?
— Jamais. Je ne fais que vous répéter ce que je lis. Je n’en sais pas plus. »

« Un jour nouveau commençait. Louise Leblanc était insensible au ciel tissé de bleu, à l’air alourdi, aux piaillements des oiseaux. Sur le pas de la porte de sa maison, elle essayait de chasser le bourdonnement qui emplissait sa tête et l’empêchait de réfléchir. Elle n’avait aucun regret d’avoir accepté de prendre un enfant chez elle. D’où venait alors le trouble qui l’accablait? De réaliser qu’elle était désormais membre d’un réseau de Résistance, sans l’avoir ni voulu ni demandé? Elle se sentait si petite, minuscule, dans la grandeur du monde. Le malaise ne venait-il pas en réalité de la crainte de ne pas se montrer à la hauteur de la tâche qu’on venait de lui confier ? Comment s’y prend-on pour redonner le goût de la vie à un enfant qui est au bord du précipice ? »

« Avez-vous compris que Serge nous a donné une leçon de civisme? Comment naît le racisme ? En désignant l’autre comme différent. Serge a une bosse dans le dos. Alors, la belle affaire! Lequel d’entre vous n’a-t-il pas un défaut? Un genou plus gros que l’autre, les oreilles décollées. La bosse de Serge le rend-elle moins capable que Didier de faire du foot ?
Il attendit la réponse. Voyant qu’elle ne venait pas, il frappa dans ses mains. Les élèves se levèrent comme un seul homme et sortirent de la classe, soulagés de se retrouver à l’extérieur. »

« Durant l’heure suivante, Jean fut ailleurs. La classe était devenue un monde flou, les explications de Françoise Marchand lui parvenaient comme au travers d’un mur de ouate. Comment répondre à un nom qui n’est pas le sien ? Comment habiter une identité étrangère ? C’est mettre un costume trop large ou trop étroit, porter un chapeau de travers. Tout le monde voit bien que cela ne vous va pas. Un nom, c’est en apparence peu de chose, mais cette addition de lettres forme une musique unique. Il est faux de croire qu’on peut en changer facilement, que n’importe quelle suite de lettres peut faire l’affaire. Un nom est un signe dans le ciel, un rendez-vous permanent avec soi-même, un miroir tendu qui ne vous quitte pas, une balise par temps de brouillard. »

Raphaël Delpard, cinéaste et romancier, est né le 26 janvier 1942 à Paris 11e.
Il est l’auteur d’un travail de mémoire sur l’Algérie : 20 ans pendant la guerre d’Algérie, L’Histoire des pieds-noirs d’Algérie, Les Oubliés de la guerre d’Algérie (Éditions Michel Lafon).

Il suit simultanément une formation de théâtre et de marionnettiste avec Jean-Loup Temporal, et réalise quelques tournées scolaires avec sa propre compagnie et un spectacle de sa création, Pierrot au pays des poissons. Il travaille ensuite comme scénariste pour des réalisateurs tels Jean-Pierre Mocky, Sam Peckinpah et Robert Enrico, puis réalisateur de sujets divers. L’une de ses premières réalisations, un film de commande s’inscrivant dans la tradition française du comique troupier Les Bidasses aux grandes manœuvres, lui apportera des ouvertures vers le genre qui lui tenait à cœur: le cinéma fantastique.

Également acteur en 1980, il tient le rôle du mari dans Un amour d’emmerdeuse, comédie sensible décrivant les péripéties d’un couple après l’arrivée d’un enfant. La même année il réalise La Nuit de la mort (ressorti en vidéo sous le titre Les Griffes de la Mort), l’une des rares incursions françaises dans le domaine du film gore. Peu remarqué par le public français (du fait de sa sortie au même moment que le Shining de Stanley Kubrick), il connaîtra un certain succès aux États-Unis, recevant, pour l’occasion, un télégramme d’encouragement de la part de Tobe Hooper. Il mettra en chantier un film fantastique, Clash, sélectionné en 1984 au Festival d’Avoriaz, puis une comédie en 1985, Vive le fric, avant de délaisser le cinéma pour se consacrer à l’Histoire.

Depuis 1993, il se consacre davantage à la littérature. Son premier livre-document, Les Enfants cachés choisi dès sa parution par Bernard Pivot pour son émission Apostrophes sur Antenne 2 en 1993, est un succès. Il écrit ensuite des livres-documents sur l’Occupation, la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie. Sa première incursion dans l’histoire romancée, sortie dans une collection « Le Roman d’Amour de… » en octobre 2016, réhabilite Lucrèce Borgia. Depuis, comme l’atteste la partie « Publications » ci-dessous, il est revenu au livre-document, parfois romancé tel « La Cavalcade des Enfants Rois« . Mais pas exclusivement: il a publié une biographie de Bourvil, sortie fin 2025, en hommage à l’artiste qu’il a bien connu.

Il est revenu au cinéma en réalisant trois films documentaires tirés de ses livres éponymes : Les Enfants Cachés (1998), Les Convois de la honte (mars 2010) et La Conférence de la Honte (2022). Inspiré par l’écriture cinématographique des documentaires britanniques, il incorpore des évocations entre les témoignages et les documents.

Il écrit également plusieurs romans, dont : Pour l’amour de ma terre, L’Enfant qui parlait avec les nuages, Le Courage de Louise qui se situent dans la Sarthe. La substance est celle de la paysannerie au siècle dernier.

Émotion, Drame, Psychologie, Suspense

Derrière les volets bleus

de Florence Tachoires
Broché – 11 juin 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Affronter son passé sera inévitable… tout comme choisir qui elle veut devenir.

Afin de fuir un avenir incertain, Rosa se réfugie chez son grand-père au bord du bassin d’Arcachon. Mais la découverte du corps de Jérémy, son ami d’enfance, bouleverse tout.
Pour comprendre, la jeune femme plonge au cœur de l’île aux Oiseaux et se heurte à un enchevêtrement de secrets et de vérités dérangeantes.

Quand la vérité se révèle encore plus dangereuse que la mort elle-même !

Je découvre Florence Tachoires avec Derrière les volets bleus, et quelle belle surprise…
Dès les premières pages, j’ai été happé par une atmosphère singulière, à la fois douce, mystérieuse et profondément troublante.

Au cœur du bassin d’Arcachon, entre l’Île aux Oiseaux, les cabanes emblématiques et les embruns marins, l’autrice déploie un décor d’une grande intensité. J’avais l’impression de sentir le vent salé sur mon visage, d’entendre le clapotis de l’eau et le chant des oiseaux. Ici, les lieux ne servent pas seulement de toile de fond. Ils deviennent de véritables personnages.

J’ai suivi Rosa avec beaucoup d’émotion.
Touchante, fragile parfois, mais déterminée, elle avance au milieu des non-dits, des blessures anciennes et des secrets enfouis. La mort de Jérémy agit comme un déclencheur et ouvre la voie à une quête de vérité qui deviendra peu à peu une quête intérieure.

J’ai particulièrement apprécié la construction du récit, faite d’allers-retours entre passé et présent. Florence Tachoires distille les révélations avec beaucoup d’habileté, nous invitant à assembler les pièces d’un puzzle complexe dont chaque élément trouve finalement sa place.
Les personnages ont beaux être nombreux, chacun possède sa voix, son histoire et sa part d’ombre. Ce roman est bien plus qu’une enquête. C’est une plongée dans les méandres de l’âme humaine, dans les rancœurs, les regrets, les silences et les blessures que le temps ne parvient pas toujours à effacer.

La plume de l’autrice, est fluide, élégante et délicate… Elle sait créer une tension psychologique subtile qui ne cesse de grandir jusqu’aux dernières pages.
J’ai refermé ce roman le cœur serré, avec cette sensation particulière d’avoir partagé quelque chose d’intime avec ses personnages.
Derrière les volets bleus est un thriller psychologique qui m’a captivé, il est empreint d’émotions et d’humanité, tout ce que j’aime.

Une très belle découverte que je recommande aux amateurs de mystères, de secrets de famille, mais aussi de récits humains.

Une nouvelle fois, un grand merci à Joël Maïssa de Taurnada éditions !

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Extraits :

« Elle descendit de la voiture. Sa silhouette se découpa sous un réverbère. Trentenaire, grande et élancée, elle dégageait une énergie tranquille. Rosa était une femme que l’on remarquait. Sa haute taille, héritée d’un père au physique imposant, la forçait souvent à se pencher vers les autres, une inclinaison qui lui donnait l’air d’écouter plus qu’elle ne parlait. C’était peut-être cela qui attirait les confidences à elle. Mais en cet instant, ses traits semblaient figés, sa bouche fine dessinait une ligne droite presque sévère, et ses paupières pesaient sur ses yeux d’un bleu changeant. »

« Rosa se versait une seconde tasse de café quand son téléphone vibra. Appel vidéo de Yann.
« J’ai beaucoup réfléchi », dit-il, la voix molle.
Chaque fois que Yann commençait ainsi, c’était pour revenir sur un sujet laissé en suspens. Le week-end dans les Pyrénées. Elle quitta la cuisine où Max prenait son petit déjeuner pour s’installer au salon. Smoky se coucha aussitôt à ses pieds.
Yann souffla sans énergie dans le téléphone.
« C’est à cause de moi que tu es partie si vite ? » demanda-t-il. »

« Claudio effleurait le clavier de son ordinateur. Il touchait son problème du bout des doigts. Ce n’était pas l’angoisse de la page blanche qui le bloquait, non, mais une forme de syndrome de Stockholm. Il était prisonnier des mots, pris en otage par la langue, et pourtant étrangement satisfait de cet emprisonnement. Pourquoi déranger le vocabulaire ? Pourquoi aligner des phrases ? Pour explorer les recoins obscurs de l’hu-manité, pénétrer des esprits tortueux, nommer l’innommable, faire parler les silences, recréer la réalité ?
Quelle arrogance ! »

« Sous un ciel bas, les contours noyés dans la brume de l’ile de Noirmoutier apparurent.
Claudio ralentissait devant le portail de la maison d’Isabelle lorsqu’un son strident fendit soudain l’habitacle. Il hésita un instant à décrocher.
« Monsieur Maril, dit une voix glaciale qu’il ne connaissait que trop. La banque Richelieu exige la couverture immédiate de votre découvert. À défaut, une saisie sera engagée dès demain matin. »
Le message tomba telle une sentence. Pétrifié, Claudio serrait le volant, les jointures blanchies par la pression. Depuis des semaines, il mentait à son banquier pour repousser l’inévitable. Maintenant, la réalité le rattrapait. Une sueur glacée perla sur son front.
Il supplia le banquier, qui ne l’écoutait plus.
C’était fini. »

Florence Tachoires vit dans le sud-ouest de la France avec sa famille.
Avant de se consacrer pleinement à l’écriture, elle occupait un poste de cadre en statistiques et en stratégie commerciale au sein d’une entreprise internationale.

Émotion, Biographie, Drame, Histoire vraie, Journalisme d'investigation, Philosophique, Psychologie

L’Homme sans fil

de Alissa Wenz
Broché – 5 janvier 2022
Éditeur : Denoël

“S’amarrer dans des villes inconnues, ne pas savoir où il va dormir, voilà ce qu’il aime. L’exaltation du nouveau. C’est exactement ce qu’il ressent quand il entre dans des réseaux informatiques. Oui, c’est la même chose, se dit-il, c’est un acte de foi. […] Les journaux l’appellent ainsi : le hacker sans abri.”

En 2010, le jeune soldat Bradley Manning est accusé d’avoir divulgué des documents classés secret-défense, révélant d’importantes bavures de l’armée américaine. Il risque alors la prison à perpétuité. Qui se souvient aujourd’hui d’Adrian Lamo, l’homme qui l’a dénoncé ? Hacker hors pair, Adrian Lamo est une légende dans son domaine. Mais le génie adulé, l’insolent vagabond, s’isole progressivement. Happé par les univers parallèles dont il se fait l’architecte, Adrian Lamo s’extrait peu à peu de la vie. Il perd dangereusement le fil du réel, entraînant dans sa chute ceux qui l’admiraient.

Avec une grande finesse, Alissa Wenz explore la part sombre de notre humanité et compose le portrait saisissant d’un antihéros 2.0.

Avec L’Homme sans fil, Alissa Wenz m’a entraîné dans une histoire aussi fascinante que troublante, à la frontière du roman, de l’enquête journalistique et du récit biographique. Une lecture singulière qui m’a permis de découvrir un personnage que j’ignorais. Adrian Lamo, hacker de génie devenu l’une des figures les plus controversées de son époque.

Dès les premières pages, j’ai été captivé par cet homme hors normes, vivant sans attaches, parcourant les États-Unis avec pour seuls compagnons un sac à dos, un ordinateur et une conception très personnelle de la liberté. Adrian ne cherchait ni la richesse ni la célébrité. Il piratait les systèmes informatiques des grandes entreprises pour en révéler les failles et les aider à les corriger. Une démarche paradoxale, à la fois illégale et profondément sincère.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la complexité de cet homme. Derrière le hacker adulé se cache un être fragile, solitaire, souvent incompris, en quête permanente de sens et de cohérence avec lui-même. Plus le récit avance, plus son parcours prend une dimension tragique.

Alissa Wenz choisit de raconter cette histoire à travers différents témoignages et une enquête qui reconstitue peu à peu le puzzle d’une existence hors du commun. Cette construction donne au roman une véritable force, tout en entretenant une part de mystère autour de son personnage principal.

J’ai également apprécié la réflexion que le livre propose sur la liberté, la vérité, la surveillance et les limites de l’engagement. L’affaire Bradley Manning et WikiLeaks sert ici de toile de fond à des questionnements particulièrement actuels. Où s’arrête le devoir moral ? Peut-on enfreindre la loi au nom d’une cause que l’on juge juste ? Qui sont les héros et qui sont les traîtres ?

Au-delà du hacker, j’ai découvert le portrait d’un homme profondément humain, généreux, tourmenté et vulnérable. Un homme qui rêvait peut-être simplement de rendre le monde meilleur, mais qui s’est retrouvé prisonnier de ses choix et de ses convictions.
Il m’aura fallu attendre plus de la moitié de ma lecture pour me rendre compte que ce récit était inspiré de faits réels qui se sont déroulés en 2010 aux États-Unis. Bradley Manning a vendu ou fourni des documents sécurisés à Wikileaks. Adrian Lamo est celui qui l’a dénoncé. L’Homme sans fil est une lecture originale, sensible et intelligente, qui mêle réalité et fiction pour dresser le portrait poignant d’un personnage aussi fascinant qu’insaisissable.

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Extraits :

« Vous vous en souvenez. Vous avez vu cette vidéo. C’était le 5 avril 2010. La vidéo s’appelait “Collateral murder”, meurtre collatéral. Elle apparaissait sur le site WikiLeaks.
Une vidéo en noir et blanc. Vous l’avez vue. Vous avez vu ces images prises d’un hélicoptère américain, à Bagdad, en 2007.
Des images en noir et blanc, dans le viseur. Une grande croix menaçante au milieu du cadre. Des voix américaines commentaient les individus qu’elles observaient. Leurs cibles. “C’est une arme, il est armé.” Une autre voix américaine renchérissait. “Lui aussi, lui aussi, il est armé.” L’hélicoptère se trompait. Ce n’étaient pas des armes. C’étaient des appareils photo. Les hommes dans le viseur étaient des journalistes. Une voix disait, “Je vais tirer, on va tirer”.
L’hélicoptère tournait autour des hommes. “On va tirer, il faut tirer.” Les hommes en noir et blanc ne se doutaient de rien. Ils parlaient, ils marchaient. »

« “Question hypothétique…”, risque alors Bradass87.
« Si tu avais la main sur des réseaux classifiés pendant… disons, huit, neuf mois… et que tu voyais des choses incroyables, des choses horribles… qui appartiennent au domaine public, et non pas à un serveur rangé dans une salle obscure de Washington… qu’est-ce que tu ferais ? »

« Adrian Lamo est aimé de ces hommes, mais il n’en tire aucune gloire personnelle. Puisqu’il sait y faire avec les ordinateurs, pourquoi ne mettrait-il pas ses talents au service de ceux qui en ont besoin ? »

« Il n’acceptait jamais d’argent de personne, assure Sullivan au téléphone, par-delà les centaines de kilomètres qui le séparent de Vera Keller. Il ne cherchait pas l’argent, il vivait sans dépenses, il ne possédait rien, il ne souhaitait rien posséder, vous comprenez. Il aurait pu demander de l’argent à Yahoo, à tous ces gens, il ne l’a jamais fait. Il ne cherchait pas à être riche, il cherchait seulement à être heureux, ou en cohérence avec lui-même, quelque chose comme cela. »

Après une formation de piano et de chant en conservatoire, des études de lettres à l’École normale supérieure, ainsi qu’une formation théâtrale, Alissa Wenz choisit de partager sa vie entre la chanson et l’écriture.

Autrice compositrice interprète, elle se produit dans de nombreuses salles à Paris et en région, soutenue par Contrepied Productions.

Elle a étudié à la Fémis, et poursuit des activités de scénariste et enseignante de cinéma.

Elle est également écrivaine.
Ses deux romans, À trop aimer (2020) et L’Homme sans fil (2022), sont publiés aux Éditions Denoël.
L’homme sans fil fait partie des finalistes du Prix Pampelonne-Ramatuelle, ainsi que du Prix Orange du Livre.

Son album Je, tu, elle paraît chez EPM / Universal le 9 septembre 2022.
Romain Didier en signe les arrangements.
Un nouveau spectacle accompagne cet album.

Le Désir dans la cage
https://leressentidejeanpaul.com/2026/03/28/le-desir-dans-la-cage/

À trop aimer
https://leressentidejeanpaul.com/2026/04/23/a-trop-aimer/

Émotion, Drame, Fantasy, Folie, Psychologie, Suspense, Thriller

La stratégie de l’écureuil

De Serge Brussolo
Broché – 13 novembre 2019
Éditeur : ‎Bragelonne

Mickie Katz est engagée pour remettre en état le manoir de Savannah Warlock, célèbre romancière disparue dix ans plus tôt dans des conditions demeurées inexpliquées. Située aux confins du désert, à proximité d’un lac insalubre, la demeure est devenue un musée assiégé par les fans. Savannah Warlock, aujourd’hui oubliée, a été un auteur contesté mais vénéré telle une idole. Les légendes les plus terrifiantes courent à son sujet. Ses thrillers, jugés insoutenables, ont provoqué de nombreux scandales. Mais qui était-elle en réalité ?

Retrouver Serge Brussolo, c’est toujours retrouver ce plaisir rare de se laisser embarquer dans une histoire où les certitudes ne durent jamais longtemps. Avec La stratégie de l’écureuil, j’ai une nouvelle fois été happé par son imagination débordante et son incroyable talent de conteur.

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Mickie Katz, cette héroïne au caractère bien trempé que les lecteurs de Brussolo connaissent déjà. Chargée de rénover le manoir isolé de Savannah Warlock, une célèbre romancière de l’horreur mystérieusement disparue, elle pense accepter une mission comme une autre. Mais très vite, les zones d’ombre se multiplient et l’affaire prend une tournure bien plus personnelle qu’elle ne l’imaginait.
Au cœur du désert américain, dans une demeure oppressante où chaque mur semble conserver les traces du passé, l’atmosphère devient rapidement étouffante. Serge Brussolo excelle dans l’art de créer un malaise diffus, une tension permanente qui s’installe sans avoir besoin de multiplier les scènes d’action.

J’ai particulièrement aimé la galerie de personnages qui entoure Mickie. Un ancien biker devenu gardien des lieux, un policier retraité fasciné par la romancière disparue, ainsi qu’une bande de fans passionnés dont les comportements alimentent encore davantage le mystère.
L’un des aspects qui m’a le plus séduit est la manière dont l’auteur relie cette enquête à l’histoire personnelle de son héroïne. La découverte d’anciens secrets familiaux, les questions qui surgissent autour de son enfance et les révélations qui s’accumulent donnent au récit une profondeur émotionnelle inattendue.

Comme souvent chez l’auteur, les frontières entre polar, thriller, fantastique et horreur deviennent floues. Les fantômes semblent rôder, les apparences sont trompeuses et il devient impossible de distinguer clairement les victimes des manipulateurs.
Le suspense monte progressivement jusqu’à un final riche en révélations. Les rebondissements sont nombreux, souvent imprévisibles, et m’ont tenu en haleine jusqu’à la dernière page.

La stratégie de l’écureuil est un excellent cru de Serge Brussolo. Un roman sombre, intrigant et terriblement addictif, porté par une ambiance remarquable et une héroïne toujours aussi attachante. Une lecture que j’ai dévorée avec le même enthousiasme que ses meilleurs romans.

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Extraits :

« Si tu dois enlever quelqu’un et le retenir prisonnier, m’expliquait souvent mon père, tu dois gérer la chose en bonne ménagère. Ne te contente pas de l’abandonner ficelé au fond d’un cagibi, tu t’exposerais à des désagréments certains. Mieux vaut l’installer dans une baignoire, après lui avoir ôté son pantalon et ses sous-vêtements. De cette manière, il pourra se soulager sans problème au fil des heures en t’épargnant la corvée du nettoyage.
Le jet de la douchette te permettra de faire disparaître ses déjections en un clin d’œil et sans trop de manipulations. Ce sont là de petits détails qui prennent leur importance lorsqu’un kidnapping se prolonge suite à des négociations difficiles. »

« Mais il est grand temps de me présenter.
Je suis grande et d’allure garçonnière. Maigre, diraient certains. Pas de hanches, des seins d’adolescente et des jambes interminables. J’ai le ventre plat, musclé, et l’on peut sans peine me compter les côtes. Je mange beaucoup et n’importe quoi sans prendre un gramme. Mon métabolisme fonctionne à plein régime et consomme davantage qu’une chaudière de paquebot. J’ai des cheveux longs et raides, de couleur carotte, ce qui fait que je ne passe pas inaperçue. Certains hommes me jugent attirante, d’autres froide et désincarnée, dans le style top-modèle anorexique. Je m’appelle Michelle Annabella Katz, et – vous l’avez sans doute deviné – je suis la fille d’un terroriste en fuite. »

« J’ai longuement regardé la photo de Savannah Warlock. J’ai vu une femme osseuse mais belle, au regard intense de possédée. Une masse hirsute de cheveux noirs, bouclés, encadrait son visage aux pommettes proéminentes, slaves. Ses paupières lourdes, fardées de bistre, lui conféraient un faux air d’hypnotiseuse ou de voyante extralucide. Une sorcière, soit, mais foutrement sexy. Je ne m’y suis pas arrêtée, il était manifeste que le photographe avait voulu donner d’elle l’image d’un succube.
C’était là le cliché promotionnel typique. Du chiqué. On ne pouvait toutefois s’empêcher de discerner une ombre douloureuse chez cette femme.
Une souffrance cachée. Un secret. Ou alors, c’est qu’elle jouait super bien la comédie. »

Né à Paris en 1951, Serge Brussolo écrit depuis son plus jeune âge. Ses premières tentatives de publication ont lieu dès sa douzième année… À sa sortie de faculté, après des études de lettres et de psychologie, il se lance dans la bataille de l’écriture, vivant dans des conditions précaires pour avoir le temps d’écrire ses premiers textes. Commence alors pour lui une formation à la manière des auteurs américains : métiers incongrus, hétéroclites, qui lui fourniront matière à l’études des milieux les plus disparates. Il lui faudra attendre 1978 pour que sa première nouvelle paraisse, qui sera aussitôt saluée par la critique (notamment par Bernard Pivot alors animateur de l’émission Apostrophe). Funnyway (Editions Denoël) sera en effet couronnée par le Grand Prix de la science-fiction française devenu aujourd’hui le Grand Prix de l’imaginaire.

D’autres prix littéraires (onze ou douze à ce jour !) récompenseront ses nombreux romans fantastiques publiés dans les célèbres collections Présence du Futur et Anticipation, et qui conduiront la critique à voir en lui « le Stephen King français ». Qualificatif réducteur, car, pour Brussolo, le fantastique ou la science-fiction ne sont que des prétextes, des clefs permettant d’accéder à un univers psychanalytique où règnent le trouble, l’obscur, l’inavoué. Il se souciera d’ailleurs peu d’observer les règles du genre et s’appliquera plutôt à les pervertir systématiquement au grand scandale des puristes.

Il donnera à Présence du Futur (Denoël) ses plus grands textes hallucinés, littérature visionnaire bourgeonnant au carrefour du baroque et du surréalisme. Ne s’interdisant rien, osant tout, Brussolo deviendra l’auteur qui fait scandale dans un milieu où robots et soucoupes volantes tiennent lieu de pantoufles. Pendant dix ans, il allumera les controverses, la haine et l’adulation la plus absolue. Tantôt voué au bûcher, tantôt hissé sur un piédestal.

À la fin des années 80 il se détourne momentanément du genre pour s’attaquer à la littérature générale et au roman historique. Quoi qu’il soit difficile d’appliquer des étiquettes à ses romans, chacune de ses œuvres se déplaçant sur plusieurs genres à la fois. Auteur polyphonique, Brussolo est un mutant réconciliant les extrêmes, un maître expert en mélanges, à la manière des auteurs sud-américains toujours attentifs aux arrière-plans du réel, aux mythologies et au fantastique quotidien. Il est important de rappeler que par ses origines il est en partie Brésilien, et qu’il a baigné dans un univers folklorique issu de la selva.

Le prix RTL-LIRE lui est décerné en 1995 pour La Moisson d’hiver. Son entrée dans la collection FOLIO prouve qu’il est tout à fait à l’aise dans l’analyse psychologique et le roman d’atmosphère. Pour certains critiques, Brussolo se situe dans la grande tradition des auteurs populaires comme Simenon ou Frédéric Dard.

Conteur doué d’une imagination surprenante et d’un époustouflant sens de l’intrigue, il s’épanouit dans la littérature criminelle et trouve son inspiration dans les aberrations sociologiques de nos sociétés. Il a reçu le Prix du Roman d’Aventures en 1994 pour Le Chien de minuit paru au Masque et son roman Conan Lord, carnets secrets d’un cambrioleur a été élu Masque de l’année 1995. Ses thrillers explorent le suspense sous toutes ses formes, conciliant roman noir et énigme classique, thriller international et machinations savantes.

Aujourd’hui, de retour dans la collection FOLIO-SF pour laquelle il écrit désormais des textes inédits, il est revenu à ses premières amours.

La Société des Gens de Lettres lui a décerné le prix Paul Féval pour l’ensemble de son œuvre.

Anatomik (2019
https://leressentidejeanpaul.com/2021/12/28/anatomik/

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Amour, Émotion, Drame, Philosophique, Poésie

Le Visage de la nuit

Le Visage de la nuit
de Cécile Coulon
Broché – 8 janvier 2026
Éditeur : Iconoclaste

Depuis qu’il a survécu à une fièvre mortelle, personne n’a vu son visage. Chaque nuit, l’enfant quitte le presbytère où il a été recueilli et s’enfonce dans les bois. Sous la lune, la forêt devient son territoire. Cette vie clandestine le protège du regard des autres.

Alors qu’il entre dans l’adolescence, une jeune fille apparaît parmi les arbres. Elle ne ressemble en rien aux habitants de ce village perdu, hanté par des haines ancestrales. Mais elle aussi porte un secret et rêve d’échapper à l’avenir qui lui est promis.

Le Visage de la nuit est un roman éblouissant, traversé d’éclairs sur l’adolescence, la violence et le désir.

Avec Le Visage de la nuit, Cécile Coulon m’a entraîné dans un récit aussi étrange qu’hypnotique, un conte sombre où la poésie côtoie constamment le malaise. Dès les premières pages, j’ai eu la sensation d’entrer dans un univers à part, presque suspendu hors du temps, où chaque mot semble murmurer quelque chose d’inquiétant.
Ce roman possède une atmosphère rare, à la fois gothique, mystique et profondément humaine. L’autrice joue avec mes perceptions, avec la lumière et l’obscurité, avec la beauté et la monstruosité, jusqu’à brouiller complètement les frontières entre le bien et le mal.

Au cœur du récit, il y a un enfant revenu miraculeusement à la vie, mais dont le visage porte désormais les traces d’une métamorphose terrible. Rejeté, observé, craint, il grandit dans un monde où les regards blessent autant que les mots. À travers lui, l’auteure explore l’exclusion, la différence et cette violence silencieuse que la société impose à ceux qu’elle considère comme “hors norme”.

J’ai été fasciné par les personnages qui gravitent autour de lui. Une institutrice aveugle d’une grande sensibilité, un prêtre aussi troublant que protecteur, une jeune fille enfermée dans l’ombre de la beauté de son frère, devenue presque malédiction… Aucun d’eux ne semble réellement à sa place, et c’est précisément ce qui rend ce roman si puissant.

L’écriture de Cécile est d’une précision remarquable. Elle possède quelque chose de presque chirurgical dans la manière de disséquer les émotions humaines tout en conservant une infinie poésie. Certaines scènes m’ont profondément touché, d’autres bouleversé…
J’ai particulièrement aimé cette impression de conte intemporel, renforcée par l’absence de prénoms, de noms et de repères géographiques. Tout devient alors universel. Je ne lisais plus seulement une histoire, je traversais une sorte d’expérience sensorielle et émotionnelle.

Le Visage de la nuit est un roman fascinant, noir et lumineux à la fois, qui interroge notre rapport au regard, à la beauté, à la différence et aussi à l’amour. Une lecture troublante, magnétique et profondément marquante.

Merci Corinne Tartare pour cette belle découverte…

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Extraits :

« – Mon enfant, votre père est parti, mais n’ayez crainte, je suis là.
Alors l’enfant de sept ans tourna vers lui son visage pourri et le prêtre sentit déferler dans tout son être un flot de tristesse. Cette figure dévastée ne le répulsait pas: il était au-delà du dégoût.
– Avez-vous mal ? murmura-t-il en gardant la paume contre la poitrine de l’enfant.
Il discerna dans le visage du monstre une expression connue, celle des petits qui s’interrogent et dont la question affleure entre les yeux et la bouche, une moue d’habitude adorable. »

« Elle était maigre et droite, serrée dans une robe grise qui tombait jusqu’aux pieds. Des guêtres plus épaisses recouvraient ses pieds. Ses chaussons en cuir, usés mais impeccables, glissaient sur les dalles du presbytère comme la traîne d’un fantôme. Son ombre, aiguisée par la pierre grise, avançait promptement dans les couloirs. Son visage, dépourvu d’yeux, était fait d’une bouche pincée, de pommettes trop hautes et d’un front couvert de cheveux blancs, épais. Sur ses orbites jadis occupées par un regard bleu clair, un linge noir, croisé, noué à l’arrière sur la nuque, couvrait une large partie des tempes, au-dessus des sourcils et sous les cernes. »

« Gardez en tête que je ne fais pas cela contre vous, que je crois sincèrement qu’un enfant de votre âge doit vivre, grandir, jouer et apprendre aux côtés des autres enfants, mais je ne vous livrerai pas en pâture, car l’enfance est un lieu d’innocence autant que de cruauté et ils se déchaîneront, n’en doutez pas. Lorsque vous atteindrez votre majorité, si nous sommes encore de ce monde, vous pourrez choisir de quitter ces lieux, de me dénoncer, en ville, aux hommes de loi, vous pourrez choisir de maudire cet endroit, mais jusqu’à votre âge adulte Madame et moi ferons notre possible pour vous donner ce dont vous avez besoin pour vous épanouir. »

« Pendant plusieurs jours, il ne courut plus les collines. Le visage de la jeune fille le hantait. Le soir, il rêvait d’elle, il la voyait avancer, son manteau traînait sur les cailloux. Il essayait de la repousser mais aucun son ne sortait de sa bouche, et elle se rapprochait, les yeux fixés sur lui. Il se réveillait, le cœur battant, ses couvertures repoussées au fond du lit. Il ouvrait la fenêtre pour sentir l’air frais mais il refermait rapidement, craignant qu’elle ne soit là, en bas, devant la porte. »

« Ne demandez pas d’argent à ceux qui n’en ont pas. N’en demandez pas tant à ceux qui en ont trop. Et refusez celui qui vous est proposé quand il est accompagné de mensonges. »

Romancière et poète, Cécile Coulon est l’autrice de Une bête au Paradis (Prix littéraire du Monde), Seule en sa demeure et La Langue des choses cachées, parus à L’Iconoclaste, qui ont conquis plus de 400 000 lecteurs. Elle a un don pour faire surgir la beauté là où personne ne l’attend.

Amour, Émotion, Drame, Suspense

Sous les rênes du mensonge…

de Lucie Delacroix
Broché – 3 janvier 2026
Éditeur : Auto-édition

Un roman contemporain pour les amoureux des chevaux, un cadre idyllique où tous sont finalement suspects…

Quand Jeanne arrive au Haras des Cullayes, niché au creux des montagnes suisses, elle pense vivre un rêve éveillé. Passionnée d’équitation, elle a décroché un stage dans un établissement prestigieux.
Mais derrière les crins lustrés, au cœur des sentiers alpins, l’ombre rôde. Alors que le poison se répand, l’idylle se fissure : dans ce haras d’élite où chacun cache ses blessures, tout cavalier devient suspect, même le plus séduisant…
Tandis que la menace se précise, Jeanne s’engage dans une quête aussi dangereuse que nécessaire. Ce qu’elle découvrira entre les berges du lac Léman remettra en cause bien plus que sa présence au haras…

Dans la lignée de Françoise Bourdin, plongez au cœur de secrets de famille bien gardés, mis en lumière dans l’univers équestre.

Retrouver la plume de Lucie Delacroix, c’est chaque fois retrouver cette sensation rare d’être happé dès les premières pages. Avec Sous les rênes du mensonge…, j’ai une nouvelle fois plongé dans un roman difficile à lâcher, quelque part entre le suspense, la romance et les blessures du passé.

Cette fois, l’autrice nous entraîne au cœur des paysages suisses, entre montagnes majestueuses, pâturages et lac Léman. Un décor magnifique, presque apaisant, qui contraste avec la tension qui s’installe peu à peu au fil des chapitres.

J’ai beaucoup aimé suivre Jeanne, jeune cavalière passionnée, déterminée et profondément attachante. Lorsqu’elle intègre un prestigieux haras, tout semble enfin lui sourire. Mais très vite, derrière les regards, les silences et les rivalités, quelque chose se fissure. Des doutes apparaissent, des secrets remontent à la surface et Jeanne se retrouve malgré elle entraînée dans une quête de vérité aussi troublante que dangereuse.

Lucie maîtrise parfaitement cet équilibre entre émotion et suspense. Les révélations arrivent au bon moment, l’enquête prend de l’ampleur sans jamais perdre son intensité, et les pages défilent avec une facilité déconcertante. J’ai particulièrement aimé l’immersion dans l’univers équestre. On sent l’amour des chevaux, la passion du travail au haras, mais aussi toute la fragilité humaine qui se cache derrière les apparences.
Les personnages secondaires apportent eux aussi beaucoup de profondeur au récit, notamment Marie, dont la bienveillance m’a énormément touché.

Ce roman parle autant des mensonges que des cicatrices invisibles, des secrets de famille et des traumatismes enfouis. Et c’est sans doute ce qui rend cette lecture aussi prenante, car pour moi, derrière le suspense, il y a une vraie émotion.

Une lecture addictive, immersive et profondément humaine, qui confirme une fois encore tout le talent de Lucie Delacroix.

Je remercie le destin d’avoir croisé nos chemins !

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Extraits :

« Jeanne les entendait s’affairer autour d’elle. La voix angoissée de sa mère, se voulant rassurante. Des bribes de conversation vaguement interceptées entre deux phases de pseudo réveil ces derniers temps, que personne n’avait perçues. Elle n’arrivait pas à bouger jusqu’alors, seuls ses organes semblaient fonctionner. À présent, ses doigts agrippaient le drap de son lit d’hôpital et ses yeux commençaient à s’ouvrir. »

« Jeanne démontait scrupuleusement chaque partie des filets de la sellerie afin de les nettoyer, lorsqu’elle entendit des bruits de pas derrière elle. Elle se retourna et découvrit un homme en tenue d’équitation dans l’embrasure de la porte. Ses yeux vert émeraude captèrent instantanément les siens. Elle avait rarement été plongée dans un regard aussi profond que le sien.
Le cavalier semblait scanner la moindre de ses pensées, comme s’il parvenait à déchiffrer chacune de ses émotions à l’instant T. Elle se sentit rougir, presque mise à nu. »

« Très studieuse, assidue en classe et à ses devoirs, elle avait excellé à tous les diplômes passés, au détriment de sa vie sociale. En effet, elle sortait peu, alors que ses camarades cumulaient les soirées en discothèque. Elle avait souvent porté l’étiquette d’intello ou fayotte auprès des professeurs. C’est la raison pour laquelle elle avait peu d’amis, sinon ceux du club d’équitation. Ce que les autres ignoraient, c’est qu’elle aspirait à une meilleure situation que celle de ses parents. Elle ne faisait pas tous ces efforts pour se faire bien voir, elle refusait seulement d’avoir un travail alimentaire. »

« Enfin… Au moins deux mois que Thomas n’était pas sorti.
Cette soirée lui ferait le plus grand bien. Avec tout le travail qu’ils avaient abattu, l’arrivée et la formation des deux stagiaires, l’équipe n’avait pas pu libérer une seule soirée pour sortir. Thomas était sur les nerfs. Il avait besoin de relâcher la pression, de s’amuser un peu. Non pas qu’il regrettait d’avoir embauché les deux jeunes femmes, au contraire, leur aide ne serait pas de trop. Mais cela représentait toujours une part de stress supplémentaire, une certaine appréhension. Seraient-elles à la hauteur de leurs exigences ? Ne s’étaient-ils pas trompés de personnes? N’avaient-ils pas eu tort de leur confier tel animal ou telle mission ? »

Bretonne de 34 ans, Lucie Delacroix est mariée et maman de trois jeunes enfants. Salariée, elle consacre son temps libre à la lecture et l’écriture. Elle aime les « page-turner », ces romans qu’on ne peut plus refermer sans en connaître le dénouement. Naturellement, elle en écrit aussi, passionnée d’écriture depuis son plus jeune âge.

Plongez dans ses romans, des histoires pleines de rebondissements avec un soupçon de romance.

Les flammes de l’autre rive, fait partie des finalistes du Grand Prix Romanesque 2025 !
https://leressentidejeanpaul.com/2025/11/12/les-flammes-de-lautre-rive/

J’avais raison d’y croire (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/12/09/javais-raison-dy-croire/

Et si un jour on se manque… (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/03/17/et-si-un-jour-on-se-manque/

Amour, Émotion, Drame, Psychologie

Regarde-moi tomber, mon amour

de Hugo Boris
Broché – 5 février 2026
Éditeur : Iconoclaste

Sauver des vies, c’est le métier d’Arnaud, secouriste de haute montagne. Jusqu’au jour où tout vacille. Encordé avec une jeune collègue au fond d’une crevasse, il voit le sauvetage échapper à leur contrôle.
Hanté par ce qu’il croit être son erreur, il se met chaque jour un peu plus en danger. Sa collègue, sa femme, ses enfants ne le reconnaissent plus. Qu’a-t-il laissé au fond du glacier? Quels désirs enfouis pourraient bien le rattraper?
Dans l’espoir fou de réparer, Arnaud se rapproche de l’abîme.

Hier soir avec le Cercle littéraire du Château de Hermitage nous avons eu le grand plaisir de recevoir Hugo Boris ! Une soirée très chaude… mais très vivante et intéressante…

Il y a des romans qui racontent une histoire… et d’autres qui ouvrent une faille.

Avec Regarde-moi tomber, mon amour, Hugo Boris m’a entraîné au cœur d’une vertigineuse descente intérieure, celle d’un homme que la montagne n’a pas seulement blessé dans sa chair, mais dans son âme.

Arnaud est secouriste en haute montagne. Un homme solide, expérimenté, habitué à affronter l’extrême sans jamais vaciller. Il fait partie de ceux qu’on imagine inébranlables. Ceux qui sauvent les autres. Ceux qui gardent le contrôle.
Mais un jour, tout bascule.
Lors d’une intervention en crevasse, il ne parvient pas à sauver Éric, littéralement englouti par la glace sous ses yeux. À partir de cet instant, quelque chose se brise en lui. Une part de son esprit reste prisonnière du glacier.

J’ai été profondément touché par cette lente chute psychologique, racontée avec une tension presque étouffante. Arnaud revit sans cesse le drame, cherche des fautes, des réponses, un sens à ce qui lui échappe. La culpabilité devient une obsession. Elle le dévore peu à peu, jusqu’à le couper du monde, de sa famille, de lui-même.
À ses côtés, Renée, sa coéquipière présente le jour de l’accident, tente de le maintenir à flot. Entre eux se crée un lien fragile, puissant, presque suspendu au-dessus du vide. Deux êtres cabossés, unis par le traumatisme et par cette montagne qui fascine autant qu’elle détruit.

J’ai aimé le côté technique du roman, la modernité du regard porté sur cet univers. Ici, les héros ne sont plus invincibles. Hugo Boris déconstruit le mythe du sauveteur héroïque pour révéler un homme vulnérable, vieillissant, traversé par le doute et la peur de tomber, physiquement, moralement, humainement.

La montagne, elle, demeure immense, froide, majestueuse. Un décor sauvage et oppressant, presque vivant, qui semble observer les hommes lutter contre leurs propres abîmes.

C’est un roman tendu, intime, humain. Un récit sur la culpabilité, l’épuisement intérieur et cette manière qu’a parfois un drame de continuer à nous ensevelir longtemps après la catastrophe.

Une lecture âpre et bouleversante, qui m’a laissé le cœur serré jusqu’à la dernière page.

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Extraits :

« Il croise le regard affolé de Samia, griffe la paroi, incapable de crier.
Le vent siffle à ses oreilles – serpent dans la neige.
Cette brève seconde qui s’allonge.
La sensation d’échapper à la gravité au moment même où elle s’exerce.
Les paquets de glace pleuvent autour de lui comme des oiseaux morts.
La pesanteur lui tire la peau. »

« S’il a un truc à dire, c’est en face. Sans méchanceté, sans prendre de gants non plus. Ce personnage-là, qu’on respecte parce qu’il sait dire «non» en haut et «non» en bas. Capable de t’expliquer les yeux dans les yeux que t’as fait de la merde. Il ne sait pas bien quand il a lâché sur le tact, mais il en a soupé des garçons comme Cyril, Glenn, Kosta et les autres. »

« Il avance la main pour la glisser derrière le dos du type, vérifier sa colonne. Il se penche sur le côté, tend le cou pour focaliser la lampe au bon endroit.
Il n’arrive pas à passer les doigts. La trame du teeshirt est vitrifiée, prise dans la glace. La chaleur d’Éric a fait fondre la paroi derrière lui. La surface bleutée s’est creusée autour de son dos pour en épouser l’arrondi. Arnaud hoche doucement la tête pour balayer la zone avec sa frontale. »

« Il est encore bien gaulé, torse nu. Un peu plus nappé qu’il y a quinze ans, peut-être, mais toujours dans la course avec ses trapèzes en pente douce, ses triceps volumineux. Il recule jusqu’à sentir la cloison de la cabine dans son dos. Les pecs tapissent sa poitrine en armure de centurion. Il enfile un des pantalons que la vendeuse lui a déposés, vérifie son cul dans la glace, passe un pull en cachemire fabriqué dans un pays triste, et se demande à quel moment il a arrêté de s’intéresser à ses fringues. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle N’oublie pas de montrer ma tête au peuple, publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

Son premier roman, Le baiser dans la nuque (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

La délégation norvégienne, son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît Je n’ai pas dansé depuis longtemps. L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, Trois grands fauves est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

En 2016, son roman Police est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.

Drame, Journalisme d'investigation, Sciences

La Guerre secrète contre les peuples

de Claire Séverac
Broché – 4 septembre 2015
Éditeur : KONTRE KULTURE

On nous dit que ce sont de simples avions de ligne… Dormez bien, braves gens, il ne se passe rien ! De ces traînées blanches laissées par des avions qui pulvérisent sur nos têtes des produits toxiques, transformant nos beaux ciels bleus en plafonds laiteux, au programme Haarp, officiellement destiné à permettre les communications longue distance, mais qui sert à bien d’autres fins… on nous ment sur tout. Le temps qui se détraque, les catastrophes météorologiques à répétition, dus au CO2 vraiment ? Des documents déclassifiés de l’armée, des experts repentis, des scientifiques intègres parlent, eux, de guerre climatique. Quelles meilleures armes que celles qui se dissimulent sous des phénomènes naturels ! Beaucoup d’entre nous ont entendu parler des diverses expériences de la CIA, toutes plus horrifiantes les unes que les autres. Mais combien savent qu’elles touchent le commun des mortels, que nous sommes tous victimes des armes bactériologiques, des implants, des nanoparticules, des mutations génétiques, des manipulations mentales, exposés aux perspectives terrifiantes ouvertes par le transhumanisme et l’eugénisme qui sont le but de nos élites ? Si nous ne nous y opposons pas, demain, ces nouvelles technologies au service des puissants feront de nous au mieux des pions, au pire des esclaves. Plus ou moins tenus secrets, ces projets revêtent tous un alibi humanitaire : la faim dans le monde, le réchauffement climatique, la santé, l’écologie, la sécurité… En réalité, ils obéissent tous au plan d’une oligarchie qui n’a plus besoin de toutes « ces bouches inutiles », comme ses membres nous appellent en privé, et qui se donne ouvertement comme objectif de réduire l’humanité à 500 millions d’individus. Le plus grand génocide de l’histoire est en marche dans la désinformation la plus totale.

La Guerre secrète contre les peuples de Claire Séverac est un ouvrage qui ne laisse clairement pas indifférent. Même en connaissant déjà une partie des sujets abordés, j’ai trouvé intéressant d’approfondir certaines réflexions et de découvrir le travail de recherche mené par l’autrice.

Dès les premières pages, j’ai compris que ce livre susciterait forcément des réactions opposées. Certains y verront une enquête courageuse, d’autres un ouvrage excessif ou controversé. Mais quoi qu’on pense des thèses défendues par Claire Séverac, je crois qu’elle avait au moins le mérite d’interroger notre époque et d’inciter chacun à se documenter, à réfléchir et à exercer son esprit critique. N’oublions pas que ce livre date de 2015.
À travers de nombreuses références, documents et exemples, un style percutant et un souci du détail, l’autrice aborde des thèmes sensibles. Les dossiers déclassifiés sont présentés de manière claire et accessible, et le contenu pousse vraiment à réfléchir. Les rapports entre pouvoir politique, industrie, santé, environnement ou encore contrôle des populations. Son écriture est directe, engagée, parfois alarmante, mais toujours portée par une volonté évidente de provoquer une prise de conscience chez le lecteur.

Ce qui m’a marqué, c’est l’impression de lire un livre écrit avec conviction, presque comme un cri d’alerte. Claire Séverac questionne notre rapport à l’information, aux médias, aux décisions politiques et à notre liberté individuelle. Elle pousse à regarder autrement le monde qui nous entoure, quitte à déranger certaines certitudes.
J’ai trouvé la lecture stimulante par les questions qu’elle soulève. Ce livre m’a surtout rappelé l’importance de ne jamais accepter une idée sans chercher à comprendre, vérifier ou croiser les sources.

Au-delà de son aspect polémique, La Guerre secrète contre les peuples est un ouvrage qui invite à la vigilance, à la réflexion personnelle et au débat. Une lecture troublante, parfois dérangeante, qui pousse à s’interroger sur notre époque et sur la manière dont nous construisons notre vision du monde.

Je rends hommage à ce travail titanesque, Claire nous propose un livre engagé, dense et passionné, qui invite à ouvrir les yeux et à se poser les bonnes questions.

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Extraits :

« Le monde dans lequel on croit vivre est totalement différent de celui dans lequel on vit vraiment. C’est une illusion entretenue par ceux qui commandent, à coup de stratagèmes immondes et de mensonges assez engageants pour nous faire encaisser, sans broncher, une réalité autrement inacceptable : une Éducation nationale conçue pour nous cacher le savoir, un système de santé fait pour créer des maladies, des marchés financiers pensés pour voler les richesses, un gouffre de l’“intégration” creusé pour produire la désunion. Ainsi, la civilisation est de plus en plus incivilisée et les valeurs républicaines sont chaque jour profanées par des dirigeants qui n’ont que ces mots à la bouche mais qui n’en respectent aucunement le sens ! »

« En 1970, les Britanniques, les Américains et les Russes avaient déjà admis qu’ils effectuaient des modifications climatiques; on sait maintenant que les Chinois, les Japonais, les Allemands et certains autres gouvernements possédaient également la technologie nécessaire ; et qu’après la Guerre froide, la guerre économique n’a pas rendu plus raisonnables ni plus humains les valets de l’Empire qui nous gouvernent. En tout cas, il y a une constante dans leurs agissements : ils jouent avec nos vies, ils jouent avec la vie de notre planète, mais ça ne nous regarde pas ! Pour des décisions aux implications aussi graves, nous ne sommes ni concertés ni tenus au courant. »

« Selon Paul Watson d’Infowars.com, les scientifiques fous de l’Institut Carnegie continuent d’employer l’argent des contribuables pour mener des essais et injecter différentes formes de sulfates dans l’atmosphère – toujours sous le prétexte fallacieux de refroidir la planète, comme le prouve un communiqué de presse de 2010 sur cette étude ! »

« Nous vivons dans une société totalement immorale et destructrice et nous en sommes tous responsables ; si ce n’est de l’avoir créée, au moins de la tolérer. Ce n’est pas une crise économique ni politique que nous vivons, c’est une crise des consciences : pourquoi acceptons-nous ? Qu’est-ce qui nous rend si aveugles, si stupides, si lâches ? La Terre, notre foyer dans l’Univers, où nous a été donné gratuitement tout ce qu’il faut pour permettre et protéger la vie, des milliers de merveilles, cadeaux pour notre seul plaisir, est attaquée, souillée, empoisonnée, détruite, et combien d’entre nous la défendent ? »

Claire Séverac, née le 9 avril 1948 à Béziers, est auteur compositeur de chansons et auteure de livres.
Née d’une mère Basque et d’un père occitan, elle a passé son enfance dans le sud entre l’Océan Atlantique et les montagnes des Pyrénées, et a commencé à écrire des poèmes très jeune.

À 16 ans, elle étudie les Sciences Politiques, puis rencontre des musiciens, et commence à écrire des chansons avec Charles Dumont (« No regrets »).
Elle est engagée pour une tournée en Russie et en Pologne, puis, lorsqu’elle rentre à Paris, elle est engagée pour chanter sur le paquebot « France » : c’est son premier voyage en Amérique.
Là bas, elle rencontre Paul Leka (« Love is blue », « Nana kissing goodbye »…) et travaillera 4 ans avec lui dans son studio d’enregistrement dans le Connecticut avec des artistes tels que Gloria Gaynor, Harry Chapin, Billy Swan, Stevie Wonder.
Elle commence à écrire ses premières paroles de chansons en anglais.
Elle revient à Paris et écrit des chansons avec Alain Barrière. Elle joue dans une comédie musicale « Let my people come » et enregistre son premier single : « I will never forget you ».

De 1985 à 1997, elle travaille à Los Angeles comme auteur compositeur. Elle travaillait également pour la presse et la communication.
Elle écrivait aussi des livres sur des sujets éclectiques notamment Comment devenir footballeur professionnel (2007), Complot mondial contre la santé (2010), ou encore La guerre secrète contre les peuple (2015).

Elle décède le 25 décembre 2016 d’un cancer digestif si fulgurant qu’il a peu de chances d’être naturel…

Émotion, Drame, Folie, Noir, Psychologie, Thriller psychologique

L’écume de tes yeux

de Pierre-Henri Murcia
Broché – 31 janvier 2026
Éditeur : Éditions localement transcendantes

Sam est l’acteur le plus désiré de sa génération. Clara est booktokeuse, elle fait et défait les succès littéraires depuis son hameau perdu dans le sud. Quand leurs regards se croisent, elle fait semblant de ne pas le reconnaître.

Et c’est le début du jeu.

Car entre eux s’installe une danse étrange : qui manipule qui ? Qui désire vraiment l’autre ? Et pourquoi ce qui devrait être simple — s’aimer — devient-il si compliqué ?

Un roman sur le désir et ses pièges. Sur l’orgueil qui nous empêche de voir clair. Sur ces jeux de pouvoir qu’on appelle parfois « amour ». Et sur ce qu’il faut perdre pour enfin se trouver.

Avec L’Écume de tes yeux, Pierre-Henri Murcia propose un roman aussi troublant qu’intelligent, qui dialogue ouvertement avec L’Étranger de Camus. Mais ici, là où Meursault restait enfermé dans son silence et son indifférence, Murcia choisit d’ouvrir la porte et d’explorer ce qui se cache derrière le vide.

J’ai donc suivi Sam Roman, un acteur célèbre chargé d’incarner Meursault dans une adaptation cinématographique de L’Étranger. Fasciné par cette figure de l’homme détaché de tout, Sam finit peu à peu par confondre son rôle avec sa propre existence. Égocentrique, souvent insupportable, il se construit un récit où plus rien ne semble avoir d’importance… et il s’enfonce dans ce rôle, plus il semble se perdre lui-même, jusqu’au moment où le réel finit par résister.

Autour de lui gravitent Clara, influenceuse littéraire au regard étonnamment lucide, et Kevin, ancien détenu devenu écrivain malgré lui. Entre désir, jalousie, manipulation et violence, le roman explore notre époque obsédée par l’image de soi et les récits que chacun fabrique sur les réseaux sociaux, ce besoin constant de fabriquer un récit valorisant de sa propre vie…
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la richesse philosophique du texte. Murcia questionne avec finesse le nihilisme, l’orgueil et cette tentation moderne de vouloir vivre sans conséquences. Pourtant, malgré la profondeur du propos, le récit reste fluide, tendu et très prenant. Et puis il y a Clara. Sans grands discours, simplement par sa présence et son regard sincère, elle devient une forme de résistance au vide intérieur de Sam. Elle rappelle que le réel existe encore, que les actes ont des conséquences, et qu’aucun être humain ne peut totalement échapper aux autres.

Alors oui, j’ai trouvé que ce n’était pas une lecture toujours confortable, ni un roman facile d’accès, surtout si l’on connaît peu l’univers de Camus. Mais j’ai aimé être bousculé par cette œuvre singulière, qui utilise la littérature pour interroger notre rapport au réel, aux autres… et surtout à nous-mêmes.

Merci à Cyril Soler-Bonnet pour cette proposition de lecture…

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Extraits :

« Ce matin-là j’étais complètement dans les vapes. Mon téléphone était saturé de messages. L’important c’était celui de mon agent, il voulait qu’on se voie au sujet d’un navet avec une chèvre dans le rôle principal. Je n’avais pas envie parce que je sortais d’un rôle très prestigieux, celui d’un héros de Balzac, et j’avais tout déchiré avec ce film. J’étais passé à un autre niveau, l’Himalaya du cinéma, et aussi je ne me suis jamais senti aussi seul de ma vie. C’était le sommet, le toit du monde social. Je n’avais plus envie de rien, même pas de jouer dans un navet. »

« Franck a tapé à ma porte. Il voulait sortir mais je n’ai pas voulu. Je n’aime pas être reconnu, j’attends toujours la nuit, l’heure des chats gris, sans lune de préférence. La célébrité, dans mon métier, c’est ce qui m’intéresse le moins. Ce que je voulais, avant d’être célèbre, c’est la vie, c’est toucher à tout. J’ai eu de la chance. Les portes se sont ouvertes naturellement. Je suis séduisant, intelligent, tout me réussit. Je voulais tout manger. C’est pourquoi j’aimais l’idée de devenir acteur, pour jouer des rôles et frissonner mille fois par jour. Mais je n’ai pas vu le piège, comment la gloire m’a sorti du monde. »

« Dans ma courte vie j’ai touché à tout. C’est ce que je voulais, toucher à tout. J’ai joué les adolescents perdus, j’ai joué les jeunes hommes ambitieux, les théorèmes irrésistibles du désir. Et maintenant je vais jouer le séducteur suprême, le mystère impénétrable de Meursault, ce minable. Ce rôle me va si bien que j’en suis effrayé. Malgré son triomphe, Meursault restera un minable. Et son histoire restera l’histoire d’un minable. Et il le sait. Je le sais. »

« Clara est une jeune femme cultivée, elle n’a rien à faire avec lui. Elle sait comment se tenir devant les immenses tableaux de Jérémy. Mais lui, Kevin semble gauche et veule, intimidé et timide. Il n’a pas l’habitude. Qu’est-ce qu’elle trouve à ce type ?
Elle est intriguée, mais pourquoi ? C’est vrai que son histoire a quelque chose d’unique, un ouvrier voyou qui fait de la prison pour de vrai et qui écrit un roman pour de vrai, c’est intrigant. Il ne joue pas à être ce qu’il est, il est vraiment ce qu’il est. Mais c’est lassant d’être toujours la même chose. Un jour ou l’autre, elle verra bien que ce type est limité, elle se lassera de son numéro de victime, de voyou devenu écrivain. »

Pierre-Henri Murcia est né en 1965 à Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis mais il a grandi du côté de Pézenas. Il est ouvrier du bâtiment et œuvrier en littérature. Entre deux chantiers de rénovation, il cherche le moyen de partager l’expérience de libération intérieure que lui a apporté l’anthropologie critique de René Girard. Mais comment rendre accessible une pensée théorique aussi complexe ? Et comment faire entendre la voix d’un penseur systématiquement marginalisé par les autorités cultu(r)elles ? La théorie mimétique de Girard dérange car elle est vraie : elle met à nu les mécanismes du désir et expose les arrangements confortables de notre culture. De pièces de théâtre et romans auto-édités en essais abscons, Pierre Henri n’a jamais désespéré de propager la lumière de cette vérité qui rend libre.
Après Comment rater sa vie de couple à coup sûr, il poursuit avec L’écume de tes yeux l’exploration de sa formule nouvelle pour court-circuiter les pré-requis culturels et la sourde censure des évidences officielles.

Drame, Fantastique, Polar, Suspense, Terroir, Violence

Sur la dalle

de Fred Vargas
Poche – 29 mai 2024
Éditeur : J’ai lu

– Le dolmen dont tu m’as parlé, Johan, il est bien sur la route du petit pont ?
– À deux kilomètres après le petit pont, ne te trompe pas. Sur ta gauche, tu ne peux pas le manquer. Il est splendide, toutes ses pierres sont encore debout.
– Ça date de quand, un dolmen ?
– Environ quatre mille ans.
– Donc des pierres pénétrées par les siècles. C’est parfait pour moi.
– Mais parfait pour quoi ?
– Et cela servait à quoi, ces dolmens ? demanda Adamsberg sans répondre.
– Ce sont des monuments funéraires. Des tombes, si tu préfères, faites de pierres dressées recouvertes par de grandes dalles. J’espère que cela ne te gêne pas. – En rien. C’est là que je vais aller m’allonger, en hauteur sur la dalle, sous le soleil.
– Et qu’est-ce que tu vas foutre là-dessus ?
– Je ne sais pas, Johan.

Avec Sur la dalle, Fred Vargas m’a une nouvelle fois entraîné dans un univers singulier, mais cette fois, Adamsberg quitte Paris pour rejoindre la Bretagne et le mystérieux village de Louviec, une petite bourgade millénaire qui devient bien plus qu’un simple décor, un personnage à part entière.

Dès les premières pages, j’ai senti l’atmosphère particulière des lieux m’envelopper. Les ruelles pavées, les maisons de granit, les voûtes romanes, les auberges aux allures de cloîtres… chaque pierre semble porter en elle le poids des siècles et des légendes. Fred Vargas utilise l’histoire locale avec une habileté fascinante pour construire son intrigue. Ici, il est question d’un fantôme boiteux dont la jambe de bois résonne sur les pavés avant chaque mort annoncée. Et forcément, impossible pour moi de résister à une ambiance aussi étrange et envoûtante.

Comme toujours chez l’auteure, j’ai retrouvé cette galerie de personnages incroyablement travaillés, parfois décalés, souvent touchants, profondément humains. Qu’ils soient attachants ou franchement agaçants, chacun possède ses failles, ses manies. Entre un sosie parfait de Chateaubriand et un bossu qui a perdu sa bosse, l’autrice s’amuse avec ses personnages tout en leur donnant une véritable profondeur.

Et puis il y a Adamsberg… ce commissaire nonchalant, intuitif, presque lunaire, que j’aime tant, au fil des enquêtes. J’ai retrouvé avec bonheur sa manière unique de réfléchir, de « pelleter les nuages », comme il le dit lui-même. À ses côtés, quelques membres emblématiques de son équipe reviennent également, notamment l’inoubliable Retancourt, toujours aussi impressionnante et définitivement ma préférée.

Ce que j’apprécie particulièrement chez Fred, c’est cet équilibre subtil entre intrigue policière, humour discret et immense humanité. Au-delà du crime à résoudre, elle raconte avant tout des histoires d’hommes et de femmes, avec leurs blessures, leurs contradictions et leurs secrets. Tout semble délicieusement alambiqué, les pistes se croisent, les intrigues s’entremêlent, et pourtant tout finit par trouver sa place avec une précision remarquable.

J’ai été captivé du début à la fin. Une fois encore, elle m’a promené là où elle le voulait sans jamais me laisser deviner l’identité du coupable. Et comme souvent avec ses romans, j’ai presque regretté que l’enquête se termine tant je me sentais bien dans cet univers étrange et familier à la fois.

Pour les lecteurs déjà amoureux d’Adamsberg, “Sur la dalle” est un vrai plaisir. Et pour ceux qui ne connaissent pas encore le commissaire le plus atypique du polar français, je conseillerais peut-être de commencer par ses premières enquêtes afin de savourer pleinement l’évolution de cette équipe hors norme.

Une lecture immersive, mystérieuse et profondément humaine, portée par une plume inimitable.

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Extraits :

« D’emblée, Adamsberg détesta ce type qui s’arrogeait tous les privilèges et la morgue de la richesse. Son visage lui déplaisait. C’était un type dur et arrogant, mince et de haute taille, qui les dévisageait de manière implacable pardessus ses verres cerclés d’or.
– Suivez-moi, je n’ai que quelques minutes à vous consacrer.
– Mais nous, dit Adamsberg en bloquant sa marche, nous avons besoin de plus que quelques minutes pour vous parler. »

« Adamsberg souriait. Qu’on le considère comme étrange – encore qu’il n’ait jamais bien compris pourquoi – ne le gênait en rien, mais croiser sur sa route d’autres dérèglements manifestes lui plaisait. Au moins n’était-il pas seul à “pelleter des nuages”. »

« Ici par exemple, beaucoup croient dur comme fer que si quelqu’un marche sur son ombre, et particulièrement la tête, cela porte atteinte à l’intégrité de ton âme et, à la longue, te fait mourrir. Beaucoup d’autres, la majorité, en rigolent et s’amusent à traverser les ombres. Des enfants surtout, qui jouent en groupe à sauter dessus jusqu’à ce qu’ils soient chassés à coups de claques. »

« Non, sa patience ne tiendra pas la route. Il doit la tuer, il veut tuer. Et pour satisfaire cette pulsion, il dressera un plan anti-flics et il commettra une erreur, l’erreur à ne pas faire. Si la prochaine victime vit au village, il est bloqué mais il tente audacieusement le coup. Et il est cuit. Si elle vit hors de Louviec, il se heurte au cordon de sécurité. Il devra donner son nom en sortant et en rentrant, et il se trahit. »

« Il s’ennuyait, très visiblement, mais ses collègues ne s’en inquiétaient pas, sachant depuis longtemps que le commissaire était très capable de vivre l’ennui sans que cela l’ennuie. »

Fred Vargas est née en 1957, il s’agit là de son nom de plume pour l’écriture de romans policiers. Passionnée d’archéologie, pendant toute sa scolarité, elle ne cesse d’effectuer des fouilles. Elle suit des études d’histoire, s’intéresse premièrement à la Préhistoire puis choisit d’orienter son parcourt sur le Moyen-Âge.

Fred Vargas a quasiment créé un genre romanesque : le Rompol. Avec 13 romans à son actif, tous parus aux Éditions Viviane Hamy, elle a été primée à plusieurs reprises notamment pour Pars vite et reviens tard qui se voit récompensé du Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2002, du Prix des libraires et du Deutscher Krimipreis (Allemagne). Fred Vargas a su créer des personnages étonnants et attachants. Le plus célèbre des commissaires vargassiens, Jean-Baptiste Adamsberg, et son acolyte, Adrien Danglard, constituent des personnages récurrents des ouvrages de l’auteur. Les livres de Fred Vargas sont traduits dans une quarantaine de pays et sont adaptés au cinéma ou la télévision.

Médiéviste et titulaire d’un doctorat d’histoire, Fred Vargas est chercheuse en Histoire et Archéologie au CNRS. Primés à plusieurs reprises, traduits dans plus de quarante langues, ses romans policiers sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie.