Émotion, Drame, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Sulfure

Estelle Tharreau
Broché – 5 novembre 2026
Éditions : Taurnada Éditions

La petite Emma disparaît dans les marais d’Obey.
Après la découverte de son cadavre, l’enquête conclut à un accident. Mais la présence sur les lieux d’une famille marginale et sulfureuse fait naître le doute et attise les fantasmes. Dans une atmosphère suffocante, la rumeur et les thèses complotistes ne tardent pas à se répandre sur fond de réseaux sociaux.

La chasse aux sorcières est lancée.
Les bûchers sont prêts à être rallumés.

Avec Sulfure, Estelle Tharreau m’a une nouvelle fois embarqué dans une histoire dont je ne suis pas ressorti indemne !

Tout commence par une découverte macabre. Emma, une petite fille de trois ans, est retrouvée noyée dans un marais, alors qu’elle assistait à un mariage avec ses parents. Dès les premières pages, je suis happé par ce drame et par cette construction narrative qui ne fait qu’aiguiser mon besoin de comprendre.

À Obey, petit village en apparence tranquille, les policiers concluent rapidement à un accident. Mais les rumeurs, les mensonges et les manipulations vont bientôt prendre le dessus. Et lorsque la fameuse sorcière est désignée comme responsable, je comprends que je suis loin d’avoir tout vu !

Impossible pour moi de deviner où Estelle souhaite m’emmener. Les indices s’accumulent, les questions se multiplient et les certitudes vacillent. Derrière cette intrigue redoutable se cache une réflexion glaçante sur les préjugés, la désinformation et cette facilité avec laquelle nous acceptons parfois les suppositions comme des vérités. Dans ce village gangrené par la peur, les réseaux sociaux deviennent le formidable amplificateur des rumeurs. Une famille vivant à l’écart de la communauté devient la cible idéale. Les habitants s’enflamment, les accusations fusent et la justice populaire prend dangereusement le pas sur la raison.

J’ai retrouvé dans cette histoire les mécanismes des chasses aux sorcières, avec leurs boucs émissaires et leurs certitudes meurtrières. Il suffit d’un peu de propagande pour que la haine collective s’emballe. Et quand la machine se met en marche, elle ne laisse personne indemne !
Mais Sulfure ne s’arrête pas là. Estelle fait également ressurgir les secrets d’un ancien couvent où des religieuses venaient trouver refuge après avoir subi des violences physiques et psychologiques. Un passé trouble qui ajoute encore à l’épaisseur de cette intrigue.

J’ai particulièrement apprécié la profondeur psychologique des personnages. Du plus monstrueux au plus attachant, chacun possède ses failles, ses motivations et ses zones d’ombre. Je me suis surpris à douter, à changer d’avis et à chercher sans cesse la vérité. L’atmosphère est sombre, oppressante, presque suffocante. Les chapitres s’enchaînent, les rebondissements se succèdent et la tension ne retombe jamais. Et lorsque tout finit par exploser, croyez-moi, ça fait mal !

J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir lu bien plus qu’un thriller. C’est une histoire terriblement actuelle, intelligente et dérangeante, qui m’a poussé à réfléchir sur notre rapport à l’information, aux croyances et à la différence. Car non, la majorité n’a pas toujours raison, et les vérités toutes faites sont parfois les mensonges les plus dangereux.

J’ai adoré cette lecture coup de poing, qui m’a tenu en haleine jusqu’au bout et qui, surtout, ne m’a pas laissé indifférent.

Un immense merci à Estelle Tharreau pour cette histoire, et à Joël des Éditions Taurnada pour cette belle découverte !

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Extraits :

« Ma chérie, je te présente la forêt des Charmeresses. Regarde comme c’est merveilleux !
Les premiers arbres passés, ils découvrirent un décor féerique et secret, une bulle hors du temps préservée par la canopée protectrice et dentelée, qui recouvrait un canal tranquille flanqué d’une route approximativement bitumée et d’une piste en terre sur l’autre berge. Tout un camaïeu de vert parsemé d’éclats dorés miroitants se déployait sous leurs yeux : les vert marron des berges, les vert bleuté des eaux dont l’ombre du sous-bois avait empêché l’évaporation, les vert profond des mousses, les vert tendre des feuilles, les vert jaunissant des herbes brûlant au soleil estival, qui perçait la voûte végétale, dans quelques trouées de lumière, tantôt en traits fixes et intenses, tantôt en taches mouvantes et douces. »

« Huit semaines s’étaient écoulées depuis que Christopher avait débarqué au volant de son bolide rouge. Il se souvenait parfaitement de cet après-midi, celui de la mort de cette gamine, parce qu’il avait souffert d’une chaleur comparable à celle d’aujourd’hui. Il se demandait si la puanteur ambiante ne s’était pas accrue en août après un mois de juillet pluvieux qui avait brassé la vase précoce de juin. »

« On me condamne aujourd’hui pour diffamation et diffusion de fausses infos. Et à votre avis, c’est qui tous ces types qui veulent me faire taire ? C’est les mêmes qui ont caché les scandales Seveso, Médiator, la vache folle, le sang contaminé et le nuage Tchernobyl. Alors, selon vous, qui a raison ? Le G7, les technocrates et les lobbies, la finance des Rothschild, Big Pharma, la Tech ou des lanceurs d’alerte comme moi ? Moi au moins, je montre mon visage devant des millions de gens. (applaudissements) Je prends de gros risques, chaque fois, parce qu’on va pas se mentir, les amis, j’ai pas leur pouvoir, moi. Mon seul pouvoir, c’est vous ! (applaudissements) Et je vous remercierai jamais assez d’être là tous les soirs ! (applaudissements) Merci à vous de garder les yeux ouverts ! »

« – Dénoncer un prêtre revient à s’en prendre à un intermédiaire de Dieu, à profaner son vœu d’obéissance. Que ce soit elles ou nous deux, nos vies de pécheurs et nos souffrances sont dérisoires par rapport au coup que porteraient de telles révélations. La faute de quelques-uns ne doit pas porter atteinte à l’intégrité de tous les autres. »

Passionnée de littérature depuis l’adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

La peine du Bourreau (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/01/la-peine-du-bourreau/

Les Eaux noires (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/10/05/les-eaux-noires/

Digital Way of Life (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/14/digital-way-of-life/

Il était une fois la guerre (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/11/01/il-etait-une-fois-la-guerre/

Le Dernier festin des vaincus (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/11/01/le-dernier-festin-des-vaincus/

L’Alpha & l’Oméga (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/07/lalpha-lomega/

Point de fuite (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/11/04/point-de-fuite/

Polar, Émotion, Drame, Suspense, Amour, Bouffée d'oxygène

Comme des bleus

de Marie Talvat et Alex Laloue
Broché – 12 avril 2018
Éditeur : Plon

Paris, novembre 2016. Le sordide assassinat d’une femme enceinte secoue l’opinion publique. La Crim’ est sous pression. Il faut dire que tous les ingrédients du scandale sont réunis : une victime, fille d’un ténor du barreau, des élections qui approchent à grands pas et une presse qui se déchaîne.
Dernière recrue du groupe chargé de l’enquête, Arsène Galien est immédiatement jeté dans le grand bain. Entre doutes et excès de zèle, il compte bien profiter de cette affaire pour gagner la confiance de ses supérieurs. Quant à Pauline Raumann, jeune journaliste voisine de la victime, elle se serait bien passée d’être mêlée à cette enquête, qui fait ressurgir en elle des démons oubliés.
Reflets d’une génération en quête de sens, les deux novices ont des idéaux et des incertitudes plein la tête. Alors qu’une irrésistible attraction les pousse toujours plus près l’un de l’autre, ils vont se laisser emporter par une affaire hors du commun, à la poursuite du pire des tueurs.

LE PREMIER POLAR DE LA GÉNÉRATION Y

Avec Comme des bleus, je découvre Marie Talvat et Alex Laloue, deux auteurs qui m’ont réservé une bien belle surprise !

Dès les premières pages, je suis happé par une intrigue qui débute dans l’horreur. Adèle, une jeune femme, est sauvagement assassinée dans son appartement parisien. Sa voisine Pauline, journaliste, voit alors son quotidien complètement bouleversé. En parallèle, je fais la connaissance d’Arsène, une jeune recrue de la brigade criminelle du célèbre 36, quai des Orfèvres. Avec ses collègues, il se lance sur les traces du meurtrier.

J’ai beaucoup aimé cette construction originale où les auteurs alternent les chapitres consacrés à « Elle » et à « Lui ». Une approche qui m’a permis d’entrer très rapidement dans cette histoire, mais qui m’a surtout donné envie de découvrir ces deux personnages aussi attachants que singuliers.
Car derrière leurs différences, Pauline et Arsène partagent bien des fragilités. Je me suis attaché à ces deux êtres en quête de repères, qui se cherchent autant professionnellement qu’affectivement. Cette enquête va les confronter à leur passé, à leurs blessures et à un monde dont ils peinent parfois à comprendre les règles.
Leur rencontre sera-t-elle cette bouffée d’oxygène capable d’apaiser leurs âmes tourmentées ?

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est ce contraste entre la violence des faits et la fraîcheur qui se dégage du récit. Les auteurs nous offrent une enquête fluide, accessible, ponctuée d’un humour savoureux et de réflexions pertinentes sur notre quotidien.

Au fil des pages, je découvre une véritable personnalité d’écriture, une belle maturité et des dialogues qui font mouche. Les personnages ont du caractère, du répondant et une présence qui donne à cette histoire une saveur toute particulière. Et puis, il y a ce final ! Jamais je n’aurais imaginé un tel dénouement. Quel rebondissement ! J’en suis resté surpris, tant les auteurs ont su me prendre à contre-pied.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui sort des sentiers battus et renouvelle agréablement le genre policier.
Comme des bleus, c’est une enquête qui ne manque ni de mordant ni d’humanité, portée par deux personnages que je n’oublierai pas de sitôt.

Une très belle découverte que je vous recommande sans hésiter !

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Extraits :

« J’ai mal au crâne. Est-ce cela qui m’a réveillée ? Je ne crois pas. Plutôt une sensation de gêne que je n’arrive pas encore à identifier. Sans ouvrir les yeux, je passe mon corps en revue. Ma nuque est raide. Typique. J’ai dû m’endormir d’épuisement dans une position improbable. Ma bouche est pâteuse, ma gorge sèche, mon estomac acide. Vin, cigarettes et re-vin. Jusqu’ici, tout est en ordre. »

« Au début on s’aime avec passion, puis on s’aime avec raison, puis on s’aime par habitude pour finir par ne plus que se croiser sur un canapé en regardant un film ensemble, par habitude, en se couchant, par habitude, en faisant l’amour, par habitude, les va-et-vient ressemblant de plus en plus à des exercices physiques tellement répétés que l’on attend l’orgasme comme une pizza en livraison. On y croyait, à cette relation. On y croyait à cette façon d’emmerder les idées reçues. On se disait qu’on allait devenir l’un de ces couples qui se connaissent par cœur tout en continuant à se découvrir de jour en jour, où l’on rit avec passion et où l’on vit chaque minute comme si l’on venait de naître, où la séparation est insupportable et où la communion des corps est telle que l’on a l’impression, chaque soir, d’avoir une amante différente qu’on connaît comme sa sœur, qu’on chérit comme son épouse, et avec qui on s’étreint comme deux jeunes amoureux en temps de guerre. Un couple de série télé, quoi. »

« Docteur, j’ai la migraine. Ça fait vingt-six ans que ça dure. Aidez-moi, aidez-moi. Une lumière aveuglante se braque sur moi. Ouvrez grand la bouche, plus grand. J’essaye d’articuler quelque chose, mais la main poilue et sa montre à vingt mille balles me font signe de la boucler. Je suspecte une hémorragie cérébrale. Votre palais est transparent, je cherche la source du saignement, alors ouvrez grand la bouche et fermez votre gueule. Ça y est, j’ai trouvé d’où vient le problème. Merde alors, ça saigne sévère. Mon cœur bat à mille à l’heure. C’est grave, docteur ? Un peu, que c’est grave. Il faut trépaner tout de suite. Je sens la pointe d’un burin se caler entre mes deux yeux tandis qu’un marteau s’approche et… »

« Je sors de l’immeuble avec cette étrange impression. Ce sentiment que je n’ai pas eu depuis longtemps. Ce pressentiment que, cette fille, je vais la revoir. Je ne sais pas encore comment, ni si notre entrevue se terminera debout ou allongés, mais je vais la revoir. Dehors, un soleil d’automne vient me caresser le visage. »

Marie Talvat est romancière.
Après des études de journalisme et de médiation culturelle, elle s’est fait connaître sur YouTube avec sa chaîne « L’Instant inutile ».

Alex Laloue est le pseudonyme d’Alexandre Galien, un fonctionnaire de police.
Il a fait des études de droit et de sciences criminelles, puis intégré en 2015 la Direction Régionale de la Police Judiciaire. Il a par la suite pris une disponibilité pour se consacrer à l’écriture.

Il a déjà publié deux romans à quatre mains sous le pseudonyme d’Alex Laloue avec son ex-compagne Marie Talvat : Comme des bleus (2019), suivi de À corps perdu (2019).

Il a remporté le prix du Quai des Orfèvres 2020 pour son roman Les cicatrices de la nuit (publié sous son vrai nom), qui s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires. Le deuxième volet de la saga, Le souffle de la nuit, est sorti en septembre 2020 aux éditions Michel Lafon.

Il est depuis la rentrée 2020 en charge du cours « Roman Noir, époque sombre » à la Chaire d’écriture et de rhétorique de Sciences Po.

Noir, Émotion, Drame, Suspense, Amour, Violence, Famille

Principes mortels

de Jacques Saussey
Poche – 16 mai 2018
Éditeur : Bragelonne

La mort n’a jamais dit son dernier mot.

Été 1979. Franck Servin, dix-huit ans, fuit le naufrage du foyer familial pour réviser son bac. Il trouve refuge chez son oncle et sa tante, dans une ferme de la Creuse où, quatre ans plus tôt, son cousin Paul a trouvé la mort sur une route qu’il connaissait depuis l’enfance. Cette tragédie a ouvert une plaie qui ne s’est jamais refermée.
Trente ans plus tard, revenu dans la Creuse, là où tout s’est noué, Franck sait qu’il va mourir. Il a quelques jours pour laver sa mémoire et raconter comment, cet été-là, le piège du destin s’est refermé sur les siens.

« Jacques Saussey décrit un monde idéal avant
de le déchirer en petits morceaux entre les secrets
et les mensonges d’une famille complètement tordue.
Une fois que je l’ai eu commencé, je n’ai pas pu le refermer. »
Patricia MacDonald

Salué par la critique et les lecteurs comme un grand du roman noir, Jacques Saussey nous offre, avec Principes mortels, le meilleur de lui-même.

Principes mortels de Jacques Saussey, un roman noir qui m’a fait vibrer et dont les émotions m’ont profondément marqué !

En juillet 2011, Franck revient à la ferme de ses oncle et tante, en Creuse. C’est là, dans ce lieu chargé de souvenirs, qu’il décide de raconter l’histoire qui a bouleversé sa vie.

Juillet 1979. À 19 ans, Franck vient d’échouer au baccalauréat. Chevauchant sa Kawasaki, il se dirige vers la ferme de son oncle et de sa tante, Victor et Hélène. En effet, sa mère l’a envoyé chez eux, à la Renardière, afin qu’il prépare les épreuves de rattrapage. Mais ce séjour est aussi l’occasion de fuir un foyer devenu invivable, où l’alcoolisme de son père fait régner la violence. Son arrivée ravive également une douleur profonde. Franck ressemble étrangement à Paul, leur fils unique, mort quatre ans plus tôt dans un accident de mobylette. Pour ses proches, ces retrouvailles ne sont donc pas sans conséquences… Très vite, ce qui devait être une parenthèse studieuse prend une tournure sombre. J’assiste, impuissant, à l’effondrement progressif d’une famille meurtrie, incapable de surmonter son deuil. La santé de Victor se dégrade, les tensions s’exacerbent et les circonstances de la mort de Paul refont surface.

À travers une narration alternant entre 1979 et 2011, Jacques m’entraîne dans une histoire où le passé et le présent s’entremêlent, tandis que les secrets remontent peu à peu à la surface.
J’ai découvert un jeune Franck confronté à des événements terribles, qui tente malgré tout de protéger les siens et de sauver ce qui peut encore l’être. Malgré quelques instants de répit, et une rencontre charnelle, la noirceur reprend très vite ses droits…

J’avais pressenti que cette histoire finirait mal, mais je n’avais pas imaginé l’intensité des émotions qui m’attendaient. Impossible de lâcher ce roman avant cette dernière phrase, dont je n’avais pas mesuré toute la portée !
« Partez, avant qu’il ne soit trop tard… »
Pour moi, il était déjà trop tard, j’étais happé par cette histoire, emporté par ses émotions, jusqu’à un dénouement qui m’a laissé sans voix.

L’écriture de Jacques est magnifique à la fois simple, profonde et mystérieuse. J’ai ressenti toute la détresse de Franck, son attachement aux siens et la difficulté de prendre ses distances avec cette ferme où tant de choses se sont jouées.

Plus qu’un thriller, c’est un roman noir profondément humain et bouleversant, porté par des personnages denses et attachants, dans une atmosphère de plus en plus oppressante.

Un très beau coup de cœur !

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Extraits :

« Un pied posé à plat de chaque côté de la moto, je retire mon casque et le pose sur mon rétroviseur. Malgré la touffeur de l’après-midi, le moteur refroidit déjà en cliquetant.
Je glisse les doigts dans mes cheveux longs pour les décoller de mon crâne trempé de sueur. Dans mon cou, ils se sont un peu emmêlés à cause du vent, le long des quatre cent cinquante kilomètres que je viens de parcourir d’une traite. »

« Quand elle est sortie du coma, deux jours plus tard, elle a contacté un avocat et un commissaire de police, et elle a porté plainte contre mon père. Je n’ai rien pu faire pour l’en empêcher. Mais en avais-je vraiment envie, de toute manière ? Lorsque je l’avais trouvée évanouie dans la cuisine, le nez cassé et le visage en sang, mon père était en train de pleurer, le front posé sur le sol. Il tenait encore à la main la casserole avec laquelle il venait de la frapper. »

« Hélène hausse les épaules.
— Non, il a des maux de tête terribles, depuis quelques jours. Il a toujours mal supporté la canicule, mais cette année, c’est pire que jamais. Hier, il n’a pas pu mettre le nez dehors. Je ne te dis pas dans quel état d’énervement ça le plonge. Il n’est pas toujours facile, lui non plus. »

« — Il y a longtemps que tu as des maux de tête, comme ça ?
— Deux ou trois semaines. Peut-être quatre… je ne sais plus. Je n’y ai pas fait vraiment attention, au début. Ça a commencé vers la mi-juin. Il faisait une chaleur comme aujourd’hui, à ne pas mettre une vache dehors. J’ai pensé que c’était à cause de la sécheresse, de la violence du soleil.
Parce qu’ici, quand ça cogne… ça cogne, crois-moi !
Il avale une gorgée de Ricard, les yeux mi-clos.
— Et puis, c’est revenu. Et ça continue de temps en temps. J’ai un peu de répit pendant quatre ou cinq jours, et puis ça recommence. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, « La mante sauvage », achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre « Colère Noire ».
C’est le second, « De sinistre mémoire », écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui content » dans le polar.

— Le Loup peint (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/08/24/le-loup-peint/

— Enfermé.e (2018)
leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

— 7/13 (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/15/7-13/

Thriller psychologique, Émotion, Drame, Suspense, Amour, Violence

Lynwood Miller – Rivalités***

de Sandrine Roy
Broché – 10 mai 2019
Éditeur : Éditions Lajouanie

Lynwood  Miller, ex-membre des forces spéciales américaines, coule des jours heureux sinon paisibles auprès de la tendre mais surprenante Éli, dans le bassin d’Arcachon. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si un être odieux aux pouvoirs similaires, voire supérieurs à ceux de la jeune femme, ne venait s’immiscer dans la vie du couple. Tout irait donc pour le mieux si… le cadavre d’un adolescent n’était pas retrouvé émasculé sur les quais. Tout irait donc pour le mieux si… le commissaire Marchand ne se décidait à mettre Lynwood et Simon sur l’affaire… Lynwood  Miller est de retour pour sa troisième aventure. Éli et ses pouvoirs aussi étonnants que déroutants et Simon le geek des Pyrénées sont bien évidemment de la partie. S’ajoutent à ce fameux trio des criminels, des flics, un médium et quelques pédophiles incestueux… L’épisode s’annonce sacrément prenant !

J’attendais la suite de leurs aventures avec impatience, mais la vie ne nous permet pas toujours de faire ce que nous voulons !

Depuis le premier tome proposé par Sandrine Roy, il y a quelques années déjà, je suis tombé sous le charme du mystérieux et ombrageux Lynwood Miller, ancien agent des forces spéciales, et de la touchante Eli. Quel plaisir de les retrouver dans Rivalités, le troisième volet de cette série qui m’aura décidément réservé de belles surprises !

Mariés et plus amoureux que jamais, Lynwood et Eli goûtent enfin à une tranquillité bien méritée, après les épreuves traversées et les problèmes de santé de la jeune femme. Pour les fêtes de fin d’année, ils quittent provisoirement leurs montagnes pour rejoindre Arcachon et la maison d’Eli. Lynwood en profite pour inviter quelques amis, mais leurs retrouvailles ne vont pas se dérouler comme prévu. Le meurtre particulièrement horrible d’un adolescent vient bouleverser cette parenthèse paisible. En vacances chez le couple, le commissaire Marchant est appelé sur la scène de crime. Bien que l’affaire ne relève pas de son secteur, certaines similitudes avec une enquête menée cinq ans auparavant l’interpellent. Il sollicite alors l’aide de Lynwood et de Simon pour résoudre cette énigme aussi délicate que terrifiante.

Cette fois, Sandrine nous entraîne dans une intrigue policière plus sombre, où se mêlent des sujets douloureux, des meurtres et une menace qui s’immisce jusque dans l’intimité de nos héros. Eli doit également affronter un adversaire doté de pouvoirs similaires aux siens, voire supérieurs. Le danger se rapproche et Lynwood se retrouve plus que jamais déterminé à protéger celle qu’il aime.

J’ai été captivé par cette confrontation qui nous plonge toujours plus profondément dans les facultés d’Eli et dans cet univers où le paranormal côtoie une réalité particulièrement violente. La plume de Sandrine Roy, simple, épurée et directe, m’a une nouvelle fois emporté. Elle va à l’essentiel, sans digressions inutiles, et maintient une tension qui ne faiblit jamais.

Pour moi, ce troisième tome est le meilleur des trois ! Plus intense, plus sombre, il m’a fait passer par de nombreuses émotions. Je l’ai lu d’une traite, happé par une intrigue surprenante, prenante, belle et triste à la fois.
Mais au-dessus de toutes ces horreurs demeure un sentiment plus puissant que tout, l’amour. Celui qui unit Lynwood et Eli, celui qui pousse à se battre pour l’autre et à affronter les ténèbres, même lorsque tout semble perdu.

Avec Rivalités, Sandrine m’a surpris, captivé et profondément touché. Une lecture intense qui confirme mon attachement à ce couple pas tout à fait comme les autres !

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Extraits :

« Après ces semaines passées au chevet d’Éli, Lynwood prenait plaisir à la voir rire, courir, vivre tout simplement. Il avait conscience qu’elle ne se sentait vraiment bien que près de l’océan et qu’elle faisait un gros effort pour vivre avec lui à la montagne. Tout à coup, elle quitta le rivage et remonta se blottir dans ses bras.
— Tu as froid ?
— Non.
Mais comme elle se hissait sur l’extrême pointe des pieds pour tendre ses lèvres vers les siennes, il sentit qu’elle avait le nez glacé. »

« Elle resta là, immobile et transie de peur, n’osant pas se retourner. Le son de la porte qui se fermait se fit entendre, sourd, lugubre. Quelque chose était entré. Il ne fallait pas qu’elle regarde. Cela rôdait silencieusement sous les voûtes.
Si elle se retournait, elle s’apercevrait qu’il n’y avait plus personne; les âmes des vivants avaient été avalées, englouties par cette entité funeste. Elle devait se cacher, ne surtout pas regarder. Le silence était lourd, oppressant, surnaturel ; une peur viscérale s’empara d’elle. »

« Concentrée, ses yeux allaient de son cahier à son écran, ses doigts couraient sur les touches du clavier ; elle avait l’air imperturbable, perdue dans son monde de mots.
La regarder était toujours une fascination pour lui. Jamais il n’avait côtoyé d’artistes et jamais il n’aurait imaginé vivre un jour aux côtés d’un être aussi attirant et mystérieux à la fois. Il pouvait rester des heures durant à l’observer ainsi, sans avoir besoin de lui parler.
Ses livres avaient du succès et étaient traduits dans plusieurs langues. Éli était productive. Quoique beaucoup moins ces derniers mois, à cause des événements qui s’étaient enchaînés. »

« Valérie Joubert n’avait rien d’une simple d’esprit, comme ils auraient pu le croire lorsqu’ils l’avaient découverte à moitié inconsciente dans le garage de la plage. Son langage était clair, sensé, réfléchi, quoique trahissant une grande souffrance longtemps contenue et qui ne demandait qu’à sortir.
— Des milliers de petites filles vivent en prison, peut-être même des millions à travers le monde. Et personne ne fait rien pour les libérer, pour les sauver de leurs bourreaux. Vous trouvez ça normal ? Vous trouvez ça juste ?
— Mais vous n’êtes plus une petite fille, tenta Édouard.
Alors de qui parlez-vous exactement ?
— Je parle de toutes ces gamines dont on abuse au sein de leur propre famille dès leur plus jeune âge, que l’on traite comme des objets sexuels, et qui sont condamnées au silence parce qu’elles n’ont aucun recours. »

Sandrine Roy est originaire de Bègles, près de Bordeaux.

Des études de Lettres modernes ont affirmé son goût déjà très prononcé pour la lecture et l’écriture, qu’elle pratique depuis on plus jeune âge. Elle vit depuis 14 ans dans la région de Montauban, où elle travaille en milieu scolaire. Elle est connue pour ses romans policiers et tout particulièrement sa série, mettant en scène Lynwood Miller, ancien membre des forces spéciales américaines.
Dessiner les nuages est sa première incursion dans le roman historique.

— Lynwood Miller, Tome 1 (2016)

— Lynwood Miller, Tome 2 : Pas de printemps pour Eli (2017)

— Lynwood Miller, Tome 3 : Rivalités (2019)

— Lynwood Miller, Tome 4 : Le mur d’Hadrien (2020)

— Dilemme (2020)

— Dessiner les nuages (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/18/dessiner-les-nuages/

Émotion, Historique, Drame, Sciences, Amour, Violence

Le Roman de l’an mil

de Ramón Basagana
Poche – 3 décembre 2015
Éditeur : Pocket

An de grâce 985. Par un hiver glacial, deux enfants échappent de peu à la mort. Leur père, grand savant et médecin personnel du calife de Cordoue, gît assassiné aux côtés de sa femme, sur le sol d’une auberge. Recueillis par un moine puis cachés dans une ferme, Alcym et Rébecca grandissent, se découvrent qui un don pour la magie, qui une passion pour la médecine. Forcés de fuir, leurs pérégrinations les conduiront jusqu’à Rome ou Bagdad, à la croisée des civilisations, où ils découvriront, peut-être, le secret de leurs origines…

Je découvre Ramón Basagana avec Le Roman de l’an mil, un roman historique qui m’a entraîné du sud de la France à Cordoue, au cœur d’al-Andalus, jusqu’à Bagdad. Une véritable pérégrination à travers les terres, les peuples et les religions, dans une époque où les destins se croisent, se déchirent et se reconstruisent.

Passionné par l’Histoire, je suis toujours en quête de nouvelles connaissances. Ici, l’auteur s’appuie sur des faits réels pour donner vie à une fresque captivante, portée par une plume trépidante. Il nous plonge dans le quotidien du Moyen Âge, entre croyances, sorcellerie, balbutiements de la médecine et premiers pas des sciences.

Au fil des pages, je découvre les tensions qui opposent les communautés juives, chrétiennes et musulmanes. La violence, les persécutions et les luttes de pouvoir côtoient pourtant des gestes de bonté et des élans de solidarité.
Au cœur de cette épopée, je fais la connaissance d’Alcym et Rebecca, deux jumeaux juifs qui survivent au massacre de leurs parents, perpétré par des chrétiens alors qu’ils traversent la Provence en direction de Mayence. Protégés par Gerbert d’Aurillac, ils trouvent refuge auprès d’une famille de paysans aimante, où ils grandissent à l’abri des premières horreurs de leur existence.
Mais leur répit sera de courte durée. Lorsque Rebecca est enlevée par un marchand d’esclaves maure, Alcym refuse de l’abandonner et se lance à sa recherche. J’ai suivi avec intérêt leur parcours semé d’embûches, où courage, intelligence et détermination deviennent leurs meilleures armes.

J’ai également été marqué par la cruauté de certaines figures historiques, notamment celle du pape Grégoire V, dont les agissements témoignent de la brutalité de l’époque. À l’inverse, Brédalinda, sorcière bienveillante, apporte une touche de mystère et de magie à cette fresque. Gerbert d’Aurillac, Almanzor et bien d’autres personnages donnent à ce récit une profondeur historique particulièrement intéressante.
Au fil de cette aventure, Rebecca révèle une intelligence et une force de caractère remarquables, tandis qu’Alcym grandit et se dirige vers la médecine, dans les pas de son père.

Entre réalité et fiction, Ramón Basagana mêle avec talent l’Histoire et le romanesque. J’y ai retrouvé tout ce qui me plaît dans une grande fresque historique. Les intrigues, les jeux de pouvoir, les trahisons, les retournements de situation et des destins profondément humains.

Avec Le Roman de l’an mil, j’ai vécu une immersion passionnante dans un monde où les croyances façonnent les existences et où la barbarie peut côtoyer la bienveillance. Un voyage historique riche et dépaysant que je vous invite à découvrir.

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Extraits :

« Il faisait froid. La charrette de foin brinquebalait sur les pavés. Emmitouflé dans un vieux carré de laine, indifférent aux flocons qui tournoyaient au-dessus des bœufs, frère Isambert avait les yeux rivés aux ruelles qui abouchaient la place. Mêmement à l’affut, le bouvier gardait l’œil au guet, sur sa gauche. Tapis derrière eux, transis de froid, Rébecca et Alcym.
Soudain, des hommes en armes surgirent par la grand-rue et déferlèrent sur la place à grand renfort d’imprécations, de menaces, de jurons. Le moine eut juste le temps de recouvrir les enfants d’un sac vide. La soldatesque écumait de rage.
— Qu’ils soient maudits! Qu’ils grillent en enfer… Ces Juifs sont pires que la vermine ! »

« Cinq ans déjà !
Brédalinda venait de raconter ces méfaits à Rébecca et ses yeux n’avaient toujours pas pleuré. Ceux de la bergère, par contre, n’avaient pu contenir les sombres cris de haine qui l’assaillaient. Elle serra Brédalinda dans ses bras et tout en lui glissant des mots de tendresse à l’oreille, lui promit de la venger.
— La vengeance engendre la haine, mon enfant.
— Peut-être, mais ça fait du bien ! Je jure de te venger ! »

« Elle traça une étoile sur le front de Rébecca.
— Vas-y, à présent, et que le Dieu de tes pères te protège.
L’instant d’après, Rébecca disparaissait sous les frondai-sons. La louve bondit vers le rebord rocheux, leva le museau et poussa un hurlement plaintif. Un autre hurle-ment, déjà lointain, lui fit écho. La clameur du fauve et celle de la petite Juive qui rêvait d’un prince maure pour sauver son amie, se fondirent en un seul cri. »

« — La mémoire de notre peuple est tellement marquée par la cruauté que je n’arrive pas à comprendre comment un pape peut honorer de son amitié un Juif comme moi.
— Qu’importe le fait d’être chrétien, Maure ou juif ?
J’étais ami avec ton père et je t’affectionne comme un ami très cher parce que l’amitié est un bienfait de la divinité. Si les ignorants l’ignorent, les hommes instruits savent qu’il peut exister des relations de sainte amitié, bonnes dans leurs effets, parce qu’elles le sont dans les causes qui les ont fait naître. »

Ramón Basagana est médecin et écrivain.

Son enfance a été marquée par les années sombres de la post-guerre : blocus, malnutrition, répression franquiste.

Arrivé en France en 1960, il a suivi ses études en psychologie à L’université de Caen.

Après avoir obtenu un thèse de doctorat sur « L’habitat traditionnel et les structures familiales en Kabylie », il a été professeur de Psychologie Sociale à l’Ecole Supérieure de Commerce d’Alger pendant une dizaine d’années.

Ramón Basagana s’inscrit à la faculté de médecine et depuis 1981, il est médecin généraliste dans les Bouches-du-Rhône.

Ses premiers succès littéraires, Le Christ de Marie-Shan et L’héritière de Shanghai ont fait l’unanimité parmi les lecteurs.

son blog :
http://www.basagana-ramon.com/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Famille, Suspense, Thriller psychologique

Qui a tué Jane Mas ?

de Magali Vanhoutte
Broché – 15 octobre 2021
Éditeur : Éditions Faute de Frappe

On retrouve dans la benne à jouets d’une déchèterie de la métropole lilloise le cadavre d’une adolescente gothique.
Le lieutenant Adrien Carpentier, féru de musique, en déduit vite que la victime est la réplique parfaite de la chanteuse Jeanne Mas dans l’un de ses clips…
La fille a été droguée puis rouée de coups. Qui a cassé sa jolie poupée avant de l’abandonner dans un container ? Qui a tué Jane Mas ?
Un thriller mélomane aux allures de Top 50, entre le délire pop insouciant des années 80 et le tourbillon infernal d’une nostalgie meurtrière.

Avant même de commencer ma lecture, j’ai scanné le QR code situé à la fin du livre… Et là, frayeur de ouf ! 🤯

Mais comment Magali Vanhoutte a-t-elle fait pour s’introduire dans mon téléphone et copier quasiment l’une de mes playlists préférées ? J’ai vraiment flippé ! Et ce n’était que le début…
Ensuite, je suis rentré la tête la première dans ce thriller musical complètement dingue !

Avec Qui a tué Jane Mas ?, j’ai découvert une intrigue rythmée, intelligente et remarquablement construite. Si le suspense m’a tenu en haleine, je me suis aussi très vite attaché à certains personnages, qui m’ont profondément touché. J’ai particulièrement apprécié la finesse psychologique de l’auteure, cette sensibilité que je rencontre, hélas, bien trop rarement.

Tout commence lorsqu’une jeune fille mineure est retrouvée dans une déchèterie. Le lieutenant Adrien Carpentier et Benoît Demazure sont chargés de l’affaire. Un détail intrigue les enquêteurs, le meurtrier semble costumer ses victimes à la manière des années 80. La première ressemble étrangement à Jeanne Mas… Au fil des pages, d’autres cadavres viennent s’ajouter à cette macabre série. Chaque victime arbore un look évoquant les stars de cette décennie. Mais un autre élément les relie. La couleur de leurs cheveux, elle sont rousse. Pourquoi cette particularité ? Quel message se cache derrière ces mises en scène ?

Peu à peu, je comprends que j’ai affaire à un tueur en série bien singulier. Et c’est là que Magali m’a vraiment déstabilisé. Dès le départ, je connais l’identité du coupable, mais je peine à me positionner psychologiquement face à lui. Je me surprends même à éprouver une forme de compréhension que je n’aurais pas imaginée. C’est précisément cette ambiguïté qui m’a captivé !

Je n’en dirai pas davantage, car je tiens à vous laisser le plaisir de cette découverte. Sachez simplement que j’ai pris un plaisir immense à me laisser entraîner dans cette enquête, avec, en prime, un formidable voyage musical dans les années 80, années de ma jeunesse.

Vous l’aurez compris, le début de ma chronique était une petite boutade à l’attention de Magali. Mais, dans le doute, j’ai tout de même changé le code de mon téléphone… On n’est jamais trop prudent ! 😂

Un excellent thriller, des personnages qui ont une âme, une intrigue qui m’a ferré et une bande-son qui fait remonter de sacrés souvenirs. Bravo !

Gros bisous, Magali !!! 😘

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Extraits :

« À regret, Johnny ôta le walkman de ses oreilles quelques mètres avant d’atteindre la devanture de l’épicerie. Mamie disait que ça n’était pas poli de garder son casque en présence d’autres personnes. De même elle trouvait inconvenant qu’une femme fume dans la rue ou qu’un homme n’ait pas ciré ses souliers… »

« Johnny revint vers le lit, aspergea le cou de sa mère en déplaçant délicatement quelques boucles gênantes, puis posa le flacon et revint se coucher contre le corps en déposant un baiser délicat sur la joue blanche et froide de la morte. Voilà qui était mieux. Il fut cependant contrarié de constater que la femme avait l’air triste dans son sommeil. Il ne voulait plus jamais la voir triste.
J’empêcherai le temps de t’enlever ton sourire… Johnny se redressa subitement. Voilà ce qu’il devait faire. Rendre à sa mère son sourire. Comme avant. »

« Il régla le radioréveil sur 10h puis éteignit la lampe de chevet et ramena l’édredon de Mamie jusqu’en dessous du menton et un bien-être l’envahit. Il dormirait bien. Il dormait toujours bien chez Mamie. Comme s’il était en sécurité. D’ailleurs, depuis qu’il était arrivé à La Madeleine dans la matinée, l’angoisse avait disparu. Fermant les yeux, il chassa l’image de la jolie Jeanne Mas démantibulée sur les marches de l’escalier. Il fallait oublier et il fallait se reprendre. Mamie l’aurait voulu ainsi. Tout ça l’avait beaucoup fatigué… et avait beaucoup fatigué maman. »

« — Son géniteur abusait d’elle. La mère savait mais ne disait rien. On se tait dans ces milieux-là, je suis bien placé pour le savoir. Alors la petite a fait une fugue il y a quelques mois et je l’ai ramassée alors qu’elle errait dans des lieux peu convenables. Je sais, ici ce n’est pas non plus un endroit pour une gamine, mais elle n’a plus jamais voulu me quitter… Et je n’ai jamais eu le cœur de la livrer aux services sociaux, elle qui refusait même de demander de l’aide aux structures d’accueil. Elle fuyait le diable, vous voyez… »

« — Je vous crois, Monsieur d’Albignac, lâcha Benoît sincèrement. Me permettez-vous une dernière question ? Pourquoi l’avoir aidée ?
— Parce qu’on se ressemblait. Deux anges déchus, pour des raisons différentes. Je voulais la sauver peut-être. J’ai échoué, conclut-il en baissant la tête pour la première fois de sa vie. »

Magali Le Maître/Vanhoutte a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour « D’infinis paysages ».

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar,
– Quelqu’un comme elle » (2015).

– Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.
https://leressentidejeanpaul.com/2026/09/21/le-bal-de-ses-nuits/

Émotion, Drame, Psychologie, Violence

Organigramme

de Jacques Pons
Broché – 20 septembre 2018
Éditeur : Hugo Roman

Vous pensez que le monde de l’entreprise est parfois cruel ?
Que l’univers de la mode est sans pitié
Oubliez ce que vous croyez savoir.
La réalité est bien plus terrifiante.

Chez Louis Laigneau, fleuron du luxe français, la direction n’a jamais épargné à se salariés ni le stress, ni les humiliations. Mais au retour d’un séminaire de créativité censé stimuler les forces vives de l’entreprise à l’approche de la prochaine fashio week, ce ne sont pas les mannequins, mais les cadavres qui défilent…
L’open space est moins accueillant quand on imagine qu’un tueur est peut-être juste là, assis en face de vous…
Dans ce milieu hostile où tout n’est qu’apparences, chacun s’observe avec défiance Entre le burn out général qui menace et la psychose qui s’installe, un serial killer rôde. Qui est cette ombre menaçante qui semble tout connaître de Louis Laigneau et qui décime méthodiquement l’organigramme ?

Dans l’enfer feutré de la mode parisienne, personne n’est à l’abri.

Je découvre avec Organigramme la plume de Jacques Pons, et quelle découverte pour un premier roman !

L’histoire m’a entraîné au cœur de la prestigieuse Maison Louis Laigneau, fleuron de la haute couture française installé avenue Montaigne. Derrière les “vitrines” luxueuses et les paillettes se cache pourtant un univers professionnel beaucoup moins glamour. Stress permanent, humiliations, réunions interminables, pression du chiffre et culte de la performance rythment le quotidien des salariés. Ici, la hiérarchie est reine et les faux-semblants sont partout.
Pour tenter de remotiver ses équipes, la direction organise un séminaire obligatoire à Marrakech. Mais ce week-end censé favoriser la créativité va rapidement virer au cauchemar et faire naître une haine froide.
À leur retour à Paris, le cauchemar continue… sauf que cette fois, ce ne sont plus les mannequins qui défilent, mais les cadavres.

Un tueur anonyme a décidé de « dégraisser » l’entreprise en éliminant méthodiquement ses salariés, en remontant chaque case de l’organigramme. Le tueur utilise la torture psychologique pour pousser certains cadres déjà à bout vers le burn-out, avant de passer à une exécution méthodique. Très vite chacun devient suspect et chacun se demande si le monstre ne se trouve pas assis juste en face de lui.

J’ai été happé par cette mécanique implacable et j’ai assisté, médusé et fasciné, à la chute progressive de cet « empire ». Nul ne pourra y échapper.

Ce qui m’a particulièrement séduit, c’est le choix du monde de l’entreprise comme décor de thriller. La souffrance au travail, les rapports de domination et le burn-out donnent au récit une résonance personnelle et particulièrement actuelle. Évidemment, toutes les personnes broyées par leur entreprise ne deviennent pas des tueurs froids et machiavéliques ! Heureusement…
Mais j’ai compris la frustration et la profonde souffrance qui nourrissent la vengeance du personnage.

Jacques fait également se rencontrer deux univers radicalement opposés. Celui, feutré et cruel, du luxe parisien et celui de la banlieue.

J’ai apprécié cet équilibre entre l’enquête et l’univers professionnel, sans que l’un ne prenne totalement le dessus sur l’autre. L’écriture est vive, fluide, efficace et terriblement addictive. Les rebondissements se succèdent et, une fois encore, je me suis fait avoir alors que tous les éléments étaient pourtant sous mes yeux !

Pour un premier roman, Organigramme est une sacrée réussite. Un véritable page-turner, avec un final magistral. Bravo l’artiste !

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Extraits :

« Rien à faire. L’homme qui lui a lié les mains et les pieds ne lui a laissé aucune chance. Il repense à son adolescence, enrôlé de force par ses parents chez les scouts marins. Des heures à apprendre comment faire et défaire ces putains de nœuds, dans un camp qui puait la vase et la transpiration.
Une nouvelle goutte lui coule derrière l’oreille. Il tente de lever son épaule pour l’éponger, en inclinant la tête, mais le fil de nylon qui entrave ses poignets derrière le dossier du fauteuil découpe sa peau sous la tension qu’il lui imprime. Un gémissement lui échappe. Il perçoit la progression lente du sang qui se met à glisser le long de l’attache du pouce. Sur sa droite, plusieurs bidons de métal, soigneusement alignés contre un mur de toile épaisse. Sur sa gauche, le même pan de tissu et quelques chaises hors d’usage. »

« Voilà. Nous y sommes.
Ils n’ont, pour la plupart, plus la force de crier. Les plus résistants trouvent encore la ressource pour gémir. Je les hais. Je les plains mais je les hais. Je ne les connais pas tous. Il y en a même que je n’avais jamais vus auparavant. Tant pis. Il est trop tard pour renoncer. Ils paieront pour les autres, et comme les autres.
Mon seul regret est de ne pas assister à leur fin. »

« — CA-NON ! CA-NON-NISSIME !
— Marrakech, non, mais Marrakech, quoi ! J’hallucine ! Tellement cool. Il nous reste moins de deux mois pour nous mettre aux UV et arrêter de manger !
— Oh. My. God. Partir au soleil en plein hiver, ‘avais pas prévu, je suis au bout de ma vie!
— Mais pour nous ça va, hein, comment elles vont faire, aux RH, elles ont tellement de cellulite qu’elles vont bronzer en pointillé…
— Tu me diras, les pois c’est la grande tendance cet hiver, pour une fois elles seront dans le coup !
— J’adore! Vous êtes tellement des pestes ! »

« Je t’ai vue. Je t’ai vue sortir des toilettes. Je t’ai vue sortir des toilettes et rajuster nerveusement ce qu’il restait de ton chignon. Je sais avec qui tu étais. Je sais pourquoi tu étais avec lui. Tu es une traînée et tu le sais. Tu n’as pas beaucoup de talent. Mais tu feras une belle carrière, parce que tu sais à qui parler et comment leur parler. Je vois tout. Je ne dirai rien, mais tôt ou tard, tout le monde saura. »

Passionné de littérature, de voyages et de gastronomie, Jacques Pons travaille depuis plus de quinze ans dans l’univers de la mode. C’est cette expérience qui lui a inspiré l’écriture d’Organigramme, dans le cadre du concours du meilleur thriller 2018 présidé par Michel Bussi 2018, pour lequel il a reçu le Coup de cœur RTL.

Organigramme est son premier roman.

Émotion, Drame, Famille, Polar, Psychologie, Suspense

Que gèlent les silences

de Céline Bréant
Broché – 8 octobre 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Lauréate du prix Découverte Noir Charbon 2025 pour son thriller psychologique « Là où sombrent les secrets ».

Isabelle Maillard est ravie : Alain, son mari casanier, a enfin accepté de passer les fêtes de fin d’année à quatre, dans un joli chalet à la montagne. Si Cathy, leur adolescente, traîne les pieds, Justin, le petit dernier, est fou de joie à l’idée d’explorer de nouveaux décors.
Malheureusement, les branches d’un gigantesque hêtre s’écrasent sur le toit de leur logement. La famille Maillard est alors contrainte de trouver refuge chez leurs voisins, les Masson. Isabelle, d’abord déstabilisée par ce changement de programme, s’efforce de rester positive et de préserver l’esprit des fêtes.

Mais au matin de Noël, la chambre de Cathy est vide. La jeune fille est introuvable.

Dans le silence glacé qui s’installe, Isabelle comprend que les Masson portent en eux une tragédie jamais apaisée, et que la disparition de sa fille pourrait bien être liée aux ombres qui hantent cette famille.

Après avoir découvert Céline Bréant avec Là où sombrent les secrets, une lecture intense et bouleversante qui m’avait tenu en haleine jusqu’au bout, je la retrouve avec Que gèlent les silences, un thriller à nouveau saisissant et mystérieux.

Isabelle est heureuse. Cette année enfin, elle va passer Noël en famille, à la montagne, loin du quotidien. Son mari Alain a accepté de venir et Justin, leur fils, est ravi. Seule Cathy, leur fille adolescente, semble moins enthousiaste. Mais rien ne pourrait gâcher la bonne humeur d’Isabelle… jusqu’à leur arrivée. Un arbre tombe sur le toit de leur chalet, les obligeant à chercher un autre endroit pour dormir. Leurs voisins, les Masson, leur proposent alors de les héberger. Mais au matin de Noël, Cathy a disparu. Que s’est-il réellement passé durant cette nuit ?

Très vite, je comprends que cette disparition n’est que la partie émergée d’une histoire beaucoup plus sombre. Tous les personnages semblent avoir quelque chose à cacher. Certains mentent, d’autres manipulent, tandis que des passés particulièrement lourds refont surface. Je me suis constamment demandé ce que chacun savait réellement et surtout, à qui je pouvais encore faire confiance. D’un côté, l’enquête de police piétine, de l’autre, les secrets de famille se dévoilent de plus en plus. Des histoires anciennes, soigneusement enfouies, ressortent des dossiers que certains auraient préféré laisser prendre la poussière. Car il est parfois plus facile de désigner un coupable que de chercher la vérité et de s’attaquer aux véritables problèmes…

J’ai particulièrement apprécié l’évolution d’Isabelle. Après la disparition de sa fille, je l’ai vue se transformer complètement. La mère qui profitait simplement de ses vacances devient une femme déterminée, prête à tout pour comprendre ce qui est arrivé à Cathy. Les personnages liés à l’enquête apportent également un autre regard sur les événements et permettent de ne jamais rester uniquement du côté de la famille.

La plume de Céline est incisive et d’une redoutable efficacité. C’est sombre, glacial, parfaitement maîtrisé et surtout terriblement addictif.
Avec “Que gèlent les silences”, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans son précédent roman. Cette capacité à installer le doute et à me faire remettre constamment mes certitudes en question. Avec ce thriller psychologique intense elle rappelle une chose essentielle, on ne connaît jamais vraiment les gens… Et ceux que l’on pense capables de nous protéger peuvent parfois être ceux dont il faut le plus se méfier.

À lire, ou plutôt à dévorer, sans aucune modération !

Merci Joël pour cette nouvelle lecture.
Chaque roman publié chez Taurnada Éditions est pour moi comme une nouvelle marche qui me permet d’aller toujours plus haut !

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Extraits :

« Du haut de la côte, elle observa le village en contre-bas, les lumières féeriques de Noël qui n’égayaient plus son cœur depuis longtemps, puis elle s’enfonça dans l’obscurité de la forêt. Aujourd’hui, sa propre vie n’avait plus d’importance. Sa survie, elle la devait à son obsession. Elle vivait par procuration à travers cette dernière. »

« Cathy hocha la tête en piétinant, impatiente de partir.
– Tu feras attention, et ne fais pas la folle, d’accord ? Et tu mets un casque !
– Mais oui, c’est bon ! soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.
– Pas de panique, Isabelle. Je gère, la rassura Richard en levant les pouces devant lui.
– C’est en elle que je n’ai pas confiance, se justifia la mère angoissée. Elle peut être casse-cou quand elle veut impressionner.
– Mais arrête, pesta Cathy, mal à l’aise. Tu peux rentrer, c’est bon, on va partir. »

« La nuit s’était abattue sur la montagne comme un rideau sur la scène d’un théâtre. Un premier acte sans Cathy venait de s’achever. Où était-elle ? Que s’était-il passé ? Les Masson apportaient leur soutien sans oser émettre d’hypothèses défaitistes à voix haute. Plus le temps passait, et plus l’espoir tarissait. »

« La battue s’était poursuivie encore une heure. Le cortège avait scruté chaque millimètre de la zone, sans succès. Pas la moindre trace de Cathy dans les environs. Il faudrait sûrement agrandir le périmètre, mais sans piste, comment en établir un fiable ?
Le ciel bleu s’était voilé, et les flocons de neige s’étaient mis à tomber. Les gendarmes, bredouilles, avaient donc décidé de clore cette première session de recherche. La famille et tous les bénévoles avaient été invités à regagner leur domicile. »

« Je m’appelle Céline Bréant, j’ai 32 ans. Je vis à Bordeaux et je suis d’origine savoyarde. Si je m’interroge beaucoup sur ma vie, je n’ai toujours eu qu’une certitude et qu’un véritable objectif. Je voulais devenir romancière. Petite déjà, j’écrivais de petites histoires, et c’est vers 14 ans, que j’ai entrepris le projet d’écrire un roman, et j’ai poursuivi sur cette voie. Je rêvais de trouver un éditeur, mais alors que la trentaine approchait à grand pas, j’ai décidé de me lancer, malgré tout, et j’ai franchi le cap de l’auto-édition, en publiant « Les Clandestines », un roman qui me ressemblait et mélangeait les genres.
Et puis… J’ai préféré me recentrer, et revenir sur mon genre de prédilection : le thriller. Je suis passionnée par les faits divers, le cerveau humain, les livres à suspens, noirs, pleins de rebondissements qui entraînent le lecteur dans un tourbillon de questions, le manipulent, le piègent et lui offrent un final explosif. Et j’aime explorer le mal qui habite les individus, le point de bascule entre l’ordinaire et la folie, les traumatismes, les secrets, les mensonges, la mémoire. L’humain est terrifiant et fascinant à la fois : il donne matière à réflexion. Et à écrire…

À côté de l’écriture, j’ai un “vrai” métier.
Je veux dire, un métier pour vivre, gagner de l’argent. Je suis graphiste dans une agence de communication. De la même façon, j’aimerais pouvoir exercer ce métier dans le monde des livres, idéalement. J’aime les livres, les belles lettres, les œuvres de fiction, j’aime l’odeur du papier et toucher des doigts les belles couvertures en gaufrage.

Autre passion ?
L’eau. J’aime me baigner dans l’océan, la mer, les rivières, les lacs, les piscines. J’aime le snorkelling, le bodyboard, je commence le surf et la plongée. Je rêve de découvrir les plus beaux sites de baignade du monde.

Et j’aime les animaux.
Chat, chien… Impossible de vivre sans eux. Ils m’accompagnent depuis toujours et leur présence à mes côtés est un vrai bonheur. »

D’origine savoyarde, Céline Bréant vit actuellement à Bordeaux. À 31 ans, après plusieurs années en tant que graphiste et maquettiste, elle décide de marquer une pause dans sa vie professionnelle pour explorer de nouvelles perspectives. Cette transition lui permet de se consacrer pleinement à une passion de toujours : l’écriture. Son genre de prédilection est le thriller. « Là où sombrent les secrets » est son deuxième roman.

— Là où sombrent les secrets (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/02/la-ou-sombrent-les-secrets/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

L’abbaye blanche

de Laurent Malot
Broché – 14 septembre 2016
Éditions : Bragelonne

À Nantua, dans le Jura, Mathieu Gange élève seul sa fille de six ans. Sa femme a disparu depuis plusieurs mois sans donner d’explication. Flic intègre, il fait ce qu’il peut pour assurer sa mission, quand soudain la violence s’abat sur ce coin du monde où il ne se passe presque jamais rien.
Deux hommes sans lien apparent sont assassinés coup sur coup, puis on retrouve un cadavre mutilé dans la forêt. À mesure qu’il démêle les fils, Gange est entraîné dans une enquête dont les enjeux le dépassent. Notables véreux, secte, affaire d’État: le cocktail est explosif. Mais Gange ne peut pas renoncer.
La disparition de sa femme n’est peut-être pas innocente…

En commençant Sème la mort, dimanche dernier, je me suis rapidement aperçu qu’un roman précédent mettait en scène le lieutenant Gange. J’ai hésité à interrompre ma lecture, mais j’étais déjà trop embarqué dans l’histoire. Je savais pourtant qu’il me faudrait revenir en arrière pour découvrir L’Abbaye blanche, le premier polar de Laurent Malot…
C’est fait ! J’y ai donc retrouvé Gange et quelques personnages familiers, avec cette petite difficulté de connaître déjà une partie de leur avenir. Mais je dois reconnaître que je n’ai pas eu à m’accrocher bien longtemps. Le roman m’a rapidement happé !

Le lieutenant Gange, a été récemment muté à Nantua, dans le Jura, il élève seul sa fille de six ans. En effet Gaëlle, sa femme, les a quittés depuis plusieurs mois sans aucune explication. Mais très vite deux meurtres surviennent, sans lien apparent, au cours de la même semaine, puis on retrouve un cadavre torturé, assassiné dans la forêt. Gange se retrouve au cœur d’une enquête qui le mènera au cœur d’un possible énorme scandale politique et qui va prendre une tournure explosive. Peu à peu, les investigations conduisent vers l’Abbaye blanche, une secte dangereuse, liée à certains notables locaux. Trafic d’art, manipulation des âmes, ramifications jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. les enjeux dépassent rapidement le simple cadre d’une enquête criminelle. Et si la disparition de Gaëlle était elle aussi liée à cette organisation ?

J’ai particulièrement apprécié la dimension sociale et politique de ce récit. Laurent Malot explore avec audace les mécanismes du mensonge, de la manipulation, du pouvoir, mais aussi de l’amour et de la mort. La secte manipule ses adeptes, l’État manipule la secte. J’ai aimé ce lieutenant montagnard, profondément humain, avec ses qualités, ses failles et ses contradictions. La galerie de femmes qui l’entoure, journaliste, juge, baby-sitter et bien d’autres, apporte également beaucoup de caractère à l’histoire. Aucune ne se laisse facilement impressionner !

J’ai été quelque peu estomaqué par l’audace et la précision de Laurent Malot. Il va loin, très loin, et c’est précisément ce qui donne à son récit toute sa force. L’écriture est résolument celle d’un thriller, mais il a su insuffler une dynamique et une réflexion différentes, entre roman noir dressant un portrait pessimiste mais lucide de nos administrations publiques et dirigeantes et une enquête complexe, riche en actions et très prenante. L’écriture est réaliste, visuelle, rythmée, presque cinématographique, l’émotion est souvent présente et les dialogues percutants m’ont régulièrement fait éclater de rire, même au cœur des situations les plus tendues.

Laurent Malot, un auteur à découvrir, à lire et à relire même.
Après De la part d’Hannah, Que Dieu lui pardonne, et Sème la mort, L’abbaye blanche confirme mon envie de poursuivre avec cet auteur.

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Extraits :

« — J’ai réfléchi depuis la dernière fois. Mon mari venait de…
enfin, c’était trop brutal, je ne pouvais pas penser à tout.
Je comprends. Vous avez des informations qui pourraient nous éclairer sur ce qui s’est passé ?
Second silence. Mme Quesnel n’avait sans doute pas encore confiance en lui, mais il était aussi possible qu’elle se rende compte qu’elle appelait pour rien. Gange attendit sans la bousculer.
— Je préférerais qu’on se voie… Vous pourriez passer à la maison ?
— Demain, ça irait ? Je vous rappelle pour confirmer.
— Très bien, j’attends votre coup de fil. »

« — Ce n’est pas banal, comme histoire. Les deux hommes ont été agressés par deux moines, une nuit de pleine lune. On a seulement retrouvé les vélos. Il paraît que les moines étaient poursuivis par un 4×4 !
— C’est palpitant, mademoiselle Medj. Mais, sans vouloir paraître grossier, j’ai du travail.
La journaliste ne montra aucun signe de colère et tourna les talons. Étienne arrivait en sens inverse. Elle lui sourit de façon assez convaincante pour qu’il s’arrête un instant et la regarde disparaître dans l’escalier. »

« — On a essayé de vous joindre le jour où votre père a été tué, on a laissé plusieurs messages sur votre répondeur.
— J’ai deux portables, vous avez appelé sur celui que je garde quand je suis en France.
— Vous travaillez à l’étranger ?
— À Dubaï, je construis des immeubles.
Gange avait entendu parler de cette ville qui n’arrêtait plus d’enfler. Un paradis où l’on avait monté une piste de ski artificielle alors que la température moyenne flirtait avec les quarante degrés. Un gâteau écœurant où des milliardaires de tous les continents s’empiffraient avec indécence. »

« — Non, ça, on n’est pas les seuls ! À l’abbaye, on est au moins quatre-vingts, tous aussi crédules les uns que les autres, certains complètement paumés dans des mondes parallèles. On ne s’aperçoit même plus qu’on est des légumes, on obéit aux Sages. Une séance de bourrage de crâne à 6 heures du matin, une autre le soir, pas moyen d’y échapper. En moins d’une semaine, notre propre famille n’a plus aucune chance de nous reconnaître. D’ailleurs, dès qu’on entre à l’abbaye, on change de nom. On oublie aussi notre âge et on gomme notre passé, comme si la vie commençait là-bas. C’est comme ça qu’on devient fidèle. On n’a plus que des frères, des sœurs et, au-dessus, des Sages pour nous guider vers l’Éternité.
— C’est ce qu’ils vous promettaient ? demanda Gange.
— L’Éternité et une place dans le Sérail des dieux.
— Les dieux ? Pourquoi, il y en a plusieurs ?
— Des dizaines. Le dieu de la Force, le dieu du Silence, le dieu du Froid, le dieu du Travail, tout ce qu’il faut pour qu’on se plie sans cesse à de nouvelles règles. Et pas moyen de refuser, on est formatés pour se liguer contre celui qui se rebelle. Il y a aussi le dieu de l’Argent, à qui on a filé tout notre pognon, et le dieu du Sexe, qui a ordonné aux plus belles femmes de coucher avec les Sages. Tout ça avec un sourire béat et le sentiment du devoir accompli. Des zombies qu’on est, y a pas d’autre mot ! »

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scénarii pour le cinéma.

— De la part d’Hannah (2014)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/20/de-la-part-dhannah/

— Sème la mort (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/09/29/seme-la-mort/

— Que Dieu lui pardonne (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/15/que-dieu-lui-pardonne/

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Polar, Suspense

L’Homme de Lewis

de Peter May
Poche – 2 janvier 2013
Éditeur : Babel

En rupture avec son passé, Fin Macleod retourne sur son ile natale de Lewis. La mort tragique de son jeune fils a détruit son mariage, et il a quitté la police. La lande balayée par les vents, la fureur de l’océan qui s’abat sur le rivage, les voix gaéliques des ancêtres… il pense pouvoir retrouver dans ces lieux de l’enfance un sens à sa vie.

À peine Fin est-il arrivé qu’on découvre le cadavre d’un jeune homme, miraculeusement préservé par la tourbière. Les analyses ADN relient le corps à Tormod Macdonald, le père de l’amour de jeunesse de Fin, faisant du vieil homme le suspect n° 1. Mais celui-ci ne peut se défendre, perdu qu’il est dans les brumes de sa maladie d’Alzheimer, Fin va donc l’aider.

Au rythme des fulgurances qui traversent l’esprit sénile de Tormod, le passé ressurgit, douloureux, dramatique, dévoilant le sort que la société écossaise a réservé pendant des décennies aux enfants orphelins ou abandonnés que l’Église catholique envoyait sur les îles Hébrides.

J’ai appris avec tristesse le décès de Peter May vendredi dernier. Ayant adoré L’Île des chasseurs d’oiseaux, j’ai décidé de bouleverser mon ordre de lecture pour lui rendre hommage. Je viens ainsi de terminer le deuxième tome de sa saga écossaise, L’Homme de Lewis.

J’y ai retrouvé Fin Macleod, dans le prolongement des événements du précédent roman. Divorcé, ayant quitté la police, il revient sur son île natale de Lewis, libéré de ses anciennes contraintes. Peut-être cherche-t-il à retrouver ses racines, à réparer ce qui peut encore l’être, ou tout simplement à retrouver sa place parmi les siens. Cette île, avec ses paysages sauvages et ses habitants, pourrait bien devenir finalement son refuge.

À peine arrivé, il se retrouve impliqué dans une enquête menée par Gunn, l’inspecteur de Stornoway. Un cadavre, parfaitement conservé dans la tourbe, vient d’être découvert. La mort remonterait aux années 1950 et les analyses ADN conduisent à Tormod Macdonald, le père de Marsaïli, l’amour de jeunesse de Fin.
Mais un obstacle majeur se présente, Tormod souffre de la maladie d’Alzheimer et ses souvenirs s’effacent peu à peu.

Commence alors une véritable course contre le temps, entre enquête présente et réminiscences d’un passé douloureux. Une nouvelle fois, Peter May m’a captivé avec une intrigue d’une rare intelligence, qui dépasse largement le cadre du polar. J’ai découvert une page méconnue de l’histoire des Hébrides, notamment le destin des « homers », ces enfants sacrifiés dont les conditions de vie m’ont profondément bouleversé.

L’auteur alterne avec beaucoup de finesse les investigations de Fin et les souvenirs de Tormod. J’ai été sensible à la délicatesse avec laquelle il aborde Alzheimer, les amours anciennes, la nostalgie de l’adolescence et les regrets de l’âge adulte. Ses descriptions des paysages écossais sont toujours aussi saisissantes, j’ai eu l’impression de sentir le vent et de fouler ces terres battues par les éléments.

Derrière cette enquête se dessine un roman puissant, profondément humain, où les secrets d’une communauté se mêlent aux blessures intimes.
J’ai retrouvé des personnages remarquablement construits, auxquels je me suis attaché et que j’ai eu plaisir à suivre jusqu’au bout.

Et puis viennent les dernières lignes… Elles m’ont donné des frissons et une émotion que je ne suis pas près d’oublier.
Peter May était décidément un immense conteur, capable de faire naître l’émotion là où je ne l’attendais pas. Un véritable voyage au cœur de l’Écosse, mais aussi de la mémoire et de ses silences.

Merci encore à David Fréchou de m’avoir fait découvrir cet auteur exceptionnel, que je conseille à mon tour vivement.

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Extraits :

« Sur cette île battue par les tempêtes, à trois heures de la côte nord-ouest de l’Écosse, le peu de terre qui y reste accrochée fournit nourriture et chaleur aux habitants. Elle se charge aussi de leurs morts. Plus rarement, comme aujourd’hui, elle les rend. »

« C’est bizarre aussi que je me réveille toujours à la même heure. Et ce n’est pas à cause de la lumière qui se glisse autour des bords du rideau. Il y a si peu d’heures de nuit à cette époque de l’année. Ce doit être une sorte d’horloge interne. Toutes ces années à se lever à l’aube pour la traite, et tout ce qui remplissait mes jour-nées. Tout s’est envolé maintenant. »

« Bonjour, Fionnlagh.
Le garçon pointa la mâchoire en direction de la tente bleu pâle.

— Tu ne fais que passer ?
— C’est temporaire.
— Ça faisait un moment.
— En effet.
Fionnlagh fit une pause, pour donner de l’emphase à ses paroles. « Neuf mois. » L’accusation était claire.
— J’avais une vie entière à laisser derrière moi.
Fionnlagh inclina légèrement la tête sur le côté.
— Ça veut dire que tu es revenu pour rester ?
— Peut-être.

Fin tourna son regard vers la ferme.
— C’est mon foyer. Là où on revient quand on n’a nulle part où aller. Après, si je reste ou pas… c’est encore à voir.
Ses yeux verts revinrent sur le garçon. »

« Fin regarda le vieil homme avec attention. Les rayons du soleil s’accrochaient aux poils argentés qui parsemaient le bas de son visage et la chair flasque de son cou, les faisant ressortir sur sa peau pâle et sans souplesse. Ses yeux, en revanche, étaient presque opaques, obscurcis par des souvenirs qu’il ne pouvait pas, ou ne souhaitait pas partager. Il ne disait rien depuis un bon moment. Ses larmes avaient séché, laissant des traces salées sur ses joues. Il avait ramené ses genoux, serrés entre ses bras, contre sa poitrine, et restait assis à regarder la mer avec des yeux qui voyaient des choses que Fin ne pouvait apercevoir. »

Écrivain écossais, Peter May habite depuis une dizaine d’années dans le Lot.
Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise. Il y a quelques années, Peter May a décidé de quitter le monde de la télévision pour se consacrer à l’écriture de ses romans. Le Rouergue a publié sa série chinoise avant d’éditer la trilogie écossaise (parue d’abord dans sa traduction française avant d’être publiée, avec un immense succès, en anglais).

Il est décédé vendredi 25 septembre 2026, à 74 ans, laissant une œuvre devenue une référence du polar.

— L’Île des chasseurs d’oiseaux
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/30/lile-des-chasseurs-doiseaux/