Thriller, Noir, Émotion, Drame, Suspense

Requiem des ombres

de David Ruiz Martin
Poche – 12 mai 2022
Éditions : Taurnada

Hanté depuis l’enfance par la disparition de son frère, Donovan Lorrence, auteur à succès, revient sur les lieux du drame pour trouver des réponses et apaiser son âme. Aidé par une femme aux dons étranges, il tentera de ressusciter ses souvenirs. Mais déterrer le passé présente bien des dangers, car certaines blessures devraient parfois rester closes… au risque de vous entraîner dans l’abîme, là où le remords et la honte règnent en maîtres. Où le destin semble se jouer de vous. Et cette question, qui bousculera sa quête de vérité : peut-on aller à l’encontre de ce qui est déjà écrit ?

 

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C’est le second de David Ruiz Martin que je lis, et bêtement, je m’attendais à une lecture un peu identique. Huis clos psychologique à l’écriture directe et puissante comme dans son roman “Seule La haine”.
Et bien non !
Dans ce roman, la sensibilité et les émotions sont omniprésentes, malgré le fait que ce soit un « VRAI” thriller, sombre sur un fond de vengeance et teinté d’ésotérisme, obtenant ainsi plusieurs degrés de lectures.

Automne 1973.
Un brouillard très épais, rendant toute visibilité impossible dès quelques mètres, est resté suspendu au-dessus de Neuchâtel pendant près de neuf semaines…
C’est un soir de novembre, que Donovan Lorrence a été retrouvé blessé dans les bois et que son jeune frère Virgile, a disparu. Malgré les efforts déployés par la police, il n’a jamais été retrouvé…
Donovan reste persuadé que son frère a été enlevé, ou mieux, qu’il a fugué pour échaper à leur père violent, qui les maltraitait au quotidien, mais les années passent… et il n’a toujours aucune nouvelle de Virgile.

Après avoir vécu plusieurs années à Paris, la cinquantaine passée, Donovan décide de retourner en Suisse afin de régler la succession de son père récemment décédé. Entre temps, il est devenu un auteur “Banquable” qui profite d’une certaine notoriété, mais dernièrement en panne d’inspiration.

À son arrivée, il croise dans un bar, un ancien policier qui à l’époque s’était occupé de la disparition de son frère. Après une discussion un peu tendue, Donovan “plante” l’ex-flic en colère. Il refuse tous les arguments donnés par celui-ci sur la disparition de Virgile. Il décide d’aller dans sa maison familiale en espérant trouver une trace quelconque qui l’aiderait dans ses recherches…
Mais, en arrivant, la maison est en feu ! Malgré les efforts des pompiers, le feu détruit tout, et ne sera circonscrit qu’au bout de plusieurs heures. Donovan décide d’enquêter pour essayer de comprendre ce qui a bien pu arriver…
Dès lors, les menaces à son encontre commencent…

Et puis, il y a sa rencontre avec Iris, une jeune fille à l’air perdu, perturbée peut-être, qui va changer radicalement l’axe à ses recherches.
Mais qui est donc Iris ?
Amie, ennemie ?
Dans tous cas, la mort rode autour d’elle au quotidien…

Un très bon thriller ésotérique, plein de surprises et de rebondissements, le héros n’est pas vraiment sympathique, mais qu’importe, il veut la vérité et c’est bien compréhensible. L’intervention d’Iris est très originale et donne au fil rouge du récit une autre vision. David maîtrise parfaitement son sujet !

Je ne serai pas surpris qu’on entende parler de David Ruiz Martin de plus en plus régulièrement… “Requiem des ombres”, un roman que je vous conseille vivement !

Merci aux éditions Taurnada pour ce beau cadeau.

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Extraits :

« La brume est dense, poisseuse. Si palpable que je parviens à la sentir du bout de mes doigts engourdis. Elle m’enveloppe de ses bras monstrueux. M’empêche tout mouvement. Me garrotte et me rend aveugle. Un mur de vapeur froide me maintient hors du temps. Masse imperceptible où il est vain de me débattre. J’éprouve de la peur. Ainsi que cette folie contagieuse, en embuscade. Elle se faufile comme une mélodie exaspérante qu’il faut donne encore et encore. »

« Je me mis à revivre les jours précédant le drame. L’année de la grande brume, période cauchemardesque qui avait duré près de neuf semaines et que tous avaient fini par nommer ainsi. Dans toute la région, autour du lac dans ses hauteurs, un brouillard épais était apparu un matin. J’avais cru au départ à un événement naturel ; il était banal, durant les dernières semaines d’automne, d’observer une brume matinale se former lorsque l’air froid était emprisonné par de l’air chaud. Mais ce brouillard-là semblait différent des précédents ; habituellement cantonnée au pied des montagnes, elle s’était invitée jusqu’au sommet de Chaumont, après mille deux cents mètres d’altitude, avait recouvert toute la région est fait de nous ses prisonniers. Elle était épaisse, poisseuse et semblait l’œuvre du diable. »

« Iris ôta manteau et chapeau, les suspendit à une branche et demeura sans bouger quelques secondes. Elle était habillée comme la veille : longue robe blanche et étincelante, ondulant sur son corps et dissimulant ses pieds. Ses cheveux étaient parfaitement lissés. Iris s’écarta et s’approcha du bord du lac, face à moi, les mains toujours dissimulées dans des gants blancs. Elle semblait observer quelque chose au fond de l’eau. Le ciel gris sombre se reflétait dans le lac, tandis que son corps, d’un blanc éblouissant, contrastait au milieu de ces eaux limpide, ses ombres tranquilles qui ne semblaient nullement l’impressionner. »

« La période qui a suivi “l’absence” de Virgile reste un moment étrange. Je vivais avec le sentiment d’être de trop, comme si disparaître avec lui était mon seul espoir de sortir du tunnel.
Et s’il était mort, je l’étais aussi. Car je ne vivais plus vraiment. Je ne ressentais plus aucune émotion, plus aucune sensation. Tel un zombie errant au milieu d’inconnus qui me parlaient et cherchaient à me tirer à eux… ces êtres étranges qui ne ressemblaient plus à rien. »

« Dieu ? Il n’existe pas ! fulminai-je. Ou au mieux, c’est un incapable ! Sinon, il ne laisserai jamais des enfants sauter sur des mines en Afrique ou d’autres se faire embarquer à travers le monde dans des trafics d’êtres humains ! Dieu, c’est une idée inscrite dans les chairs, une information involontairement transmise par le génome humain, comme un legs absurde et sans fondement basé uniquement sur l’espoir, l’ignorance et la solitude ! Vous me parlez de Dieu comme s’il s’était présenté à vous un bon matin ! Moi, il ne m’a jamais aidé ! Pas même regardé ! »

 

 

David Ruiz Martin est né le 01.12.1978 à Madrid, Espagne. C’est à l’âge de quatre ans qu’il part vivre en Suisse.

Issu du domaine de la construction, et menuisier de formation, il n’a suivi aucun parcours littéraire.

Autodidacte et touche-à-tout, ce passionné de cinéma et de littérature débute, vers vingt ans, son parcours d’auteur, dans l’ombre et à l’insu de tous, avec quelques nouvelles qu’il garde pour lui encore à ce jour. Puis, durant près de dix ans, seule sa femme est mise dans la confidence de sa passion. C’est à l’âge de trente-deux ans qu’il se lance dans l’écriture de son premier roman, « Le syndrome du morveux », thriller autoédité, qui surprend son entourage, suivi d’un second, « Que les murs nous gardent », roman d’épouvante, l’année suivante. Fort d’un accueil enthousiaste, il prend plus de deux ans afin de peaufiner un troisième, « Je suis un des leurs », une histoire le tenant particulièrement à cœur depuis de nombreuses années, prenant au dépourvu ses lecteurs tout en se dévoilant davantage, en leur offrant un roman personnel et qui colle à ses racines.

Depuis le succès de son premier roman, David Ruiz Martin se laisse du temps afin de mettre sur papier les histoires qui germent dans son esprit.

Drame, Histoire vraie

À toutes celles que tu es

de Bénédicte Rousset
Broché – 12 avril 2022
Édition : La Trace

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Peu importe les risques encourus. Noémie a besoin d’argent et compte bien s’enrichir illégalement pour changer de vie avec Lili, sa fille, qu’elle élève seule avec l’aide de son père. Comment en est-elle arrivée là ?
Quand Helyette, son arrière-grand-mère, lui parle d’héritage, Noémie fourre son aversion pour les personnes âgées au fond de son sac et lui rend visite, entrevoyant dans cette formidable opportunité un moyen d’accélérer son départ. Mais on ne se méfie jamais assez des intentions des gens, et plus encore de celles de sa famille. Helyette ne déroge pas à la règle. Quel est ce secret venu de New York au siècle dernier, qu’elle garde enfoui, si intact qu’il n’attend qu’une étincelle pour s’enflammer ?
Et si Noémie l’apprenait, comment vivrait-elle ?

Enfin en route vers la liberté, sa nouvelle collègue de travail vient déranger ses plans en la mettant face à son homosexualité et aux chaînes qui alourdissent et ligotent sa vie.
Des rencontres inattendues… qui vont pousser Noémie à se libérer, en affirmant ses plus profondes revendications.

 

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Je m’appelle Noémie.
Je suis perdue. Je me suis perdue…

Je ferme les yeux.
Ma Lili, si petite, si vivante, Dieu qu’elle m’a manquée durant mon incarcération.
Deux ans, c’est long…
C’est mon père qui s’est occupé d’elle durant tout ce temps. Le sien ? Il s’est tué dans un accident de voiture, alors que je ne savais même pas qu’elle était déjà dans mon ventre…

Le jour, je travaille dans une station-service. Du moins, j’attends que les heures passent. Le soir, j’ai ma vie.
Avec mon amie Dany, on a un business qui rapporte.
On fabrique des médicaments de contrefaçon. J’ai besoin d’argent. Tout de suite. Là, maintenant.
À la station, le patron à les mains un peu trop baladeuses… Demain, y a une nouvelle qui commence… J’espère qu’elle sera cool !

Helyette, mon arrière-grand-mère, veut me voir, me parler de mon héritage.
J’aime pas les vieux. Ils bavent, ils puent.
J’ai juste besoin d’argent… Pfff… J’irai la voir.

Je continue à me chercher.
Je ne sais plus qui je suis…

La nouvelle a commencé aujourd’hui. Cheveux courts, traits tirés. Elle est mince et grande, pas bavarde… Elle s’appelle Lee-Ann. J’apprends très vite que sa fille Elsa est dans le coma. La vache…

Dans cette avancée sinueuse et compliquée, entre le New York du début des années 1900 et la station-service où elle travaille, deux rencontres vont bouleverser la vie de Noémie !

Bénédicte Rousset ne fait pas semblant, ne mâche pas ses mots. Cette histoire sombre, qui démarre dans une prison, qui enchaîne les événements dramatiques vécus par Noémie, m’a tout de suite accrochée. Noémie est une écorchée de la vie, elle veut rattraper tout le temps qu’elle a perdu loin de sa Lili qu’elle aime plus que tout. Elle est hypersensible et a du mal à se situer dans ce qu’elle vit, elle n’ose pas dire ce qu’elle ressent à son père.
Malgré son grand cœur, elle ne trouve pas sa place, n’a pas les bons repères.
Elle se cherche… Ou tout simplement… elle veut vivre…

Un récit dense et tout en sensibilité.
La vie n’est pas simple, elle est semée d’embûches et un jour, il lui faudra accepter la main qui se tend pour l’aider, qui se tend pour vous l’aimer…

J’ai été Noémie. Vous avez été, ou êtes peut-être encore Noémie.

Bénédicte, nous offre un roman incroyable plein de poésie et d’émotions !
Une auteure à suivre absolument… Je suis encore tout retourné.

Un grand merci aux Éditions La Trace, pour les richesses qu’ils nous transmettent à chacun de leurs romans…

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Extraits :

« Quand j’ai su que j’étais enceinte, je suis allé voir mon père, j’étais paumée, il fallait faire vite. À ce moment-là, ma mère m’a manqué comme jamais. Foutu cancer. J’aurais tout donné pour enfouir ma tête dans son cou, pour sentir son odeur. Pas celle de l’hôpital, celle de ses vêtements, dans lesquels il m’arrive encore de me réfugier. »

« C’est décidé, je vais amasser assez de cache pour tout plaquer. Avec le pactole de la vente de médicaments, on se tirera sur une île paradisiaque avec Lili. On y vivra de mes divers placements financiers ou bien, j’y monterai un autre business – pourquoi pas honnête, celui-là – où je développerai le mien à grande échelle. À l’étranger, personne ne m’emmerdera avec mon casier et je n’éveillerai pas les soupçons. »

« Par la suite, même si papa m’a traité d’égoïste, je n’ai jamais voulu dire pourquoi je ne voulais plus y aller, chez les vieux. Je ne sais pas non plus pourquoi j’en ai fait une généralité. C’est injuste, je sais, mais c’est plus fort que moi.
– J’aime pas les vieux. »

« Quand Lily est née, je me suis demandé si elle allait réussir à l’école. Ce soir, je me demande : va-t-elle réussir sa vie de femme, être heureuse ? Pourquoi faut-il que nous soyons formatés à penser « réussite scolaire » avant « accomplissement humain » ? Quelle sécurité suis-je en train de lui garantir ? »

 

 

Très jeune, c’est dans l’imprimerie de son père que Bénédicte Rousset a découvert les romans, pièces de théâtre et poèmes rédigés par ses ancêtres, dont un félibre : Gabriel Bernard. Fille et petite-fille d’institutrices, et enseignante dans un collège du Vaucluse, l’auteur perpétue le lien à l’écriture comme une histoire de famille. Passionnée par les intrigues policières, elle aime puiser son inspiration aussi bien dans les œuvres de Maupassant et Yasmina Khadra, que dans la littérature italienne (Buzzati, Sciascia, Pirandello la fascinent)

Professeure certifiée de Lettres Modernes, Bénédicte Rousset est enseignante dans un collège du Vaucluse.

– Rue sombre 05/2017
– Le Lis des teinturiers 04/2018
– Piège à Bragny 12/2018
– Romilda 04/2019

Adolescence, Émotion, Drame

Les ailes collées

de Sophie de Baere
Broché – 2 février 2022
Édition : J-C Lattès

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« Sa poésie à Paul, c’était Joseph. Et Joseph n’était plus là. »

Suis-je passé à côté de ma vie ?
C’est la question qui éclabousse Paul lorsque, le jour de son mariage, il retrouve Joseph, un ami perdu de vue depuis vingt ans.
Et c’est l’été 1983 qui ressurgit soudain. Celui des débuts flamboyants et des premiers renoncements. Avant que la violence des autres fonde sur lui et bouleverse à jamais son existence et celle des siens.

Roman incandescent sur la complexité et la force des liens filiaux et amoureux, Les ailes collées explore, avec une sensibilité rare, ce qui aurait pu être et ce qui pourrait renaître.

Finaliste Prix Maison de la presse 2022
Sélection Prix du Château de Maffliers 2022
Sélection Prix Françoise Sagan 2022
Sélection Prix des lecteurs Version Fémina 2022
Sélection Prix Orange du Livre 2022

« D’une plume précise, l’auteure interroge la complexité des liens familiaux et amoureux des ados et déploie ses ailes dans ce roman puissant. » Version Femina

« Une langue simple, visuelle, et une justesse sociologique renversante » Le Parisien week-end

« Un roman sensible et délicat sur les sentiments que l’on cache, la violence à l’école, l’indifférence des adultes, le tout servi par une plume incandescente et joliment poétique. » Psychologies Magazine

« Une fresque intime à l’écriture qui touche en plein cœur. » Cosmopolitan

« Véritable explosion d’émotions pour ce troisième roman ! Jonglant habillement avec deux mondes bien différents : les années 80 et 2000, elle explore en profondeur les coulisses et devenirs de nos rêves enfouis de jeunesse. »La Fringale Culturelle

 

Couv_030_De Baere Sophie - Les ailes collées

 

J’ai trouvé ce roman il y a quelques jours dans ma boîte aux lettres sans aucune indication sur l’expéditeur, malgré diverses recherches, impossible de savoir de qui il venait !
Alors merci à cet(te) inconnu(e) pour cette très belle découverte !

Commencé ce matin, il fallait absolument que je le termine avant de me coucher. Il me fallait absolument connaître sa fin…
“Les ailes collées”, fait partie de ces romans poignants et bouleversants… Il a une noirceur rayonnante, et m’a captivé dès les premières phrases. Très vite, j’ai senti que cette histoire allait me toucher, me remuer. Dès lors, il m’était impossible de ne pas vivre, la tristesse et la souffrance ressentie par Paul.

2003.
Paul et Ana vont se marier et s’apprêtent aussi à devenir parents.
Ana veut faire une belle surprise à son futur mari, une surprise qui va replonger Paul vingt ans en arrière, à l’aube de son adolescence.

Été 1983.
Paul est mal dans sa peau. Timide, bègue et mal aimé, un père qui ne le “voit” pas et ne pense qu’à tromper sa femme, une mère qui a tout compris et noie au quotidien sa tristesse dans l’alcool…

… Et puis, il y a Joseph. Il est beau, il est libre, il est aimé de tous.
Dès lors, grâce à sa rencontre avec cet esprit bohème, la vie de Paul va prendre une tout autre direction…

Il y a de la passion dans la plume de Sophie de Baere. Elle griffe, elle écrit avec ses tripes, mais aussi beaucoup d’amour, de poésie et de sensibilité…
Je serai incapable, par mes simples mots, de retranscrire la façon dont Sophie m’a littéralement submergé dans cette histoire qui a beaucoup résonné en moi…

Pages après pages, l’émotion que j’ai ressentie montait, gonflait, alternant entre tristesse et colère.
Paul a subi tant de haine, tant de coups, je n’ai pu que compatir à son sort.
Et encore une fois, c’est la haine qui polluera un bonheur qui ne demandait qu’à s’épanouir.
Impossible de vous en dire plus sans trahir le récit.

Je me suis senti fragile à la fin de ma lecture, arrivée finalement beaucoup trop tôt.
On ne ressort pas entier d’un tel récit, d’une telle écriture…

“Les ailes collées” est le troisième roman de Sophie, après “La dérobée” et “Les corps conjugaux”. Ma curiosité, me pousse tout naturellement à la connaître un peu mieux, à la découvrir un peu plus…

Un nouveau coup de cœur pour ce roman qui m’a fait retourner au cœur de mon adolescence…
Merci Sophie !

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Extraits :

« Avant Joseph et aussi loin qu’il s’en souvienne, Paul n’avait jamais eu de véritable ami. À la maternelle, tout se passait plutôt bien avec ses camarades, mais les choses s’étaient corsées à son entrée en primaire.
Un être à part. Voilà ce que ses problèmes d’élocution avaient peu à peu fait de lui. Personne ou presque ne voulait jouer avec le bègue. Ni le groupe qui s’amusait à poules-renard-vipères, ni le clan des billes, ni les filles des cordes à sauter. Les autres enfants n’étaient pas méchants avec lui, on ne pouvait pas dire ça. Ils refusaient simplement de l’intégrer à leurs jeux. Même avec les billes neuves et la corde à sauter fluorescente que lui avait achetées la mère. »

« Dorénavant, la pauvre femme traînait le plus souvent en vieux tee-shirt informe et en caleçon au noir délavé. Même le Shalimar qui collait à sa peau et à ses cheveux avait disparu. Charles appelait ça être en bannette, mais cette bannette, pour Paul, c’était le signe que la mère avait rendu les armes. »

« Allongé sur son lit, le garçon expirait est inspirait. Fort. Longtemps. En élargissant ses poumons puis en les rétractant d’un coup, il tentait d’extirper les mauvaises pensées, d’oublier ce grand trou dans l’estomac. Cette douleur qui crochetait sa voix et bousculait ses pauvres mots. »

« Le soir trembla, la lune devint rouge. Paul n’était plus qu’un mélange de sable et d’eau.
Il fallait absolument qu’il se ressaisisse, alors, sans rien dire à ses parents, le garçon commanda une Heineken au comptoir. Il l’a bu derrière la sono, à quelques centimètres de la grosse enceinte. Il comptait sur la bière et la pluie de décibels pour s’étourdir et fragmenter sa peur.

 

 

Sophie de Baere est diplômée en lettres et en philosophie. Après avoir vécue à Reims puis à Sydney, elle s’est installée comme enseignante près de Nice. Elle est également auteure, compositrice et interprète de chansons françaises. Elle a publié en 2018 son premier roman, “La Dérobée” puis “Les Corps conjugaux”, récit d’un amour fou et bouleversant, paru aux éditions JC Lattès en 2020.

Émotion, Drame

Les Lendemains

de Mélissa Da Costa
Poche – 3 février 2021
Éditeur : Le Livre de Poche

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Réfugiée dans une maison isolée en Auvergne pour y vivre pleinement son chagrin, Amande ne pensait pas que l’on pouvait avoir si mal. Les jours se suivent et dehors le soleil brille, mais, recluse, elle refuse de le voir. Lorsqu’elle tombe par hasard sur les calendriers horticoles de l’ancienne propriétaire des lieux, elle décide pourtant, guidée par les annotations manuscrites de Madame Hugues, d’essayer de redonner vie au vieux jardin abandonné. Au fil des saisons, elle va puiser dans ce contact avec la terre la force de renaître et de s’ouvrir à des rencontres uniques. Jusqu’à ce que chaque lendemain redevienne, enfin, une promesse d’avenir.

Un roman subtil et plein d’émotion qui nous invite à ouvrir grand nos yeux, nos sens et notre cœur, et un formidable hymne à la nature qui nous réconcilie avec la vie.

 

2022_029_Da Costa Mélissa - Les lendemains

 

Après “Tout le bleu du ciel” et “Je revenais des autres”, qui m’avaient beaucoup ému, à aucun moment, je ne me suis demandé si j’allais être déçu ou pas, avec cette nouvelle lecture.

Quand on est capable, comme Mélissa de transmettre autant d’émotions et de vie dans un récit, je pense que pour moi, ce sera à chaque fois une bonne pioche !
Soit, je n’ai pas ressenti le saisissement de son premier roman, mais j’ai vécu quelque chose de nouveau, quelque chose de plus fort même.
Lors de ma lecture, je suis passé par plusieurs stades, de la pire tristesse, à la joie la plus folle en passant par la mélancolie et bien d’autres ressentis… Encore une fois, que d’émotion dans cette histoire où il est question d’introspection, d’épanouissement menant l’héroïne Amande, vers une véritable résurrection, là où je l’ai cru perdue.
Il est question d’odeurs, de fleurs, de jardins potagers, d’enfance aussi, de souvenirs et d’hommages à nos anciens.

Amande a subi le pire.
La mort de son mari et la perte de son bébé mort-né…
Touchée au plus profond de son cœur et de son être, elle décide de tout quitter, son emploi, tous ses repères. Elle va partir loin de ses proches dans une maison isolée de tout.
Elle veut le silence, la solitude, elle veut dormir, mais surtout ne rien oublier, recherchant une sorte de non-vie.

Mais, un chat gris, une pleine lune et quelques calendriers vont lui permettre d’affronter l’insurmontable…

Mélissa nous offre, une nouvelle fois, une écriture très sensible et magnifiquement touchante.
Après cet univers tranchant et dévasté du début du récit, elle arrive à ralentir le temps, elle nous permet d’apprécier et surtout de ressentir l’évolution d’Amande, par petites touches, petits détails de sa nouvelle existence, pas d’intrigue particulière, de minuscules petits pas vers un retour à la vie. J’ai suivi avec Mélissa, le chemin parcouru par Amande, tous les efforts qu’elle fait, à son rythme, ne rien vouloir brusquer.
Dans cet équilibre encore précaire, Amande, telle une fleur va doucement s’ouvrir vers un nouvel avenir…

Comment ne pas craquer avec de tels récits !
Un méga coup de cœur pour Mélissa qui réussit haut la main un trois sur trois…

Si vous vous sentez esseulé, si vous arrivez à un moment de votre vie où les choses sont peut-être compliquées ou très dures, “Les lendemains” vous donneront certainement des “clés” qui vous permettront de (re)voir la beauté qui existe partout, tout autour de nous…

Merci Mélissa !

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Extraits :

« J’ai laissé les clés de l’appartement à Anne. Elle en fera ce qui lui semble le mieux. Je ne l’ai pas vidé. Je n’en ai eu ni le temps ni le courage. J’ai voulu fuir au plus vite. Tout est resté en l’état. Sans doute, la tisane que je buvais au moment où l’interphone a résonné, est-elle encore sur le plan de travail. Sans doute, le catalogue que je feuilletais est-il toujours ouvert, à côté de la tasse, et les chaussons de Benjamin attendent-ils dans l’entrée. »

« Je sens au ton de leurs voix que ça s’annonce mal. Je n’aurais pas dû me laisser berner par ce premier jour d’été, son soleil, sa légèreté, sa promesse d’un bonheur à venir. Il a fallu moins de deux heures pour que mon monde soit anéanti. »

« Ce soir-là, je termine juste de ranger mes bocaux au grenier, je redescends, replie l’échelle, referme la trappe. Je m’assieds, épuisée, sur l’une des chaises de la cuisine, sans prendre garde au chat qui se trouve à trente centimètres de moi. Je n’ai pas le temps de réagir, il saute sur mes genoux. Pas de griffes acérées, comme je le craignais. Je ne sens qu’un poids tout chaud, un peu lourd, qui se cale au creux de mon ventre. Et alors, je ne peux plus bouger. Non que je sois effrayé, au contraire… Voilà tellement longtemps que je n’ai pas éprouvé cette sensation. Voilà tellement longtemps que je n’ai plus été touché par un autre être vivant, que plus personne ne s’est blotti contre moi, que plus rien n’a pesé contre mon ventre. J’en reste bouleversée et ni le chat ni moi ne faisons un mouvement pendant près d’une heure. »

« Anne et toi, vous avez l’église et votre espoir d’un paradis. Pas vrai ? Moi, j’ai ça : la terre, les arbres, les plantes qui naissent et qui meurent, mais qui renaissent encore, j’ai le vent qui chante et fait danser les couleurs dans les branches. Je célèbre la vie sous toutes ses formes et je crois que Ben est niché dans le tronc d’un pin. Ça n’a aucun sens et ça en a beaucoup, en même temps. Tout ce que je sais, c’est que, bon Dieu, ça me fait du bien ! »

 

 

Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.

Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

“Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade” (2017), sortie en librairie sous le titre “Tout le bleu du ciel” (2019), est son premier roman. Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.

À trente ans, elle a conquis son public et s’est imposée comme une autrice incontournable. Ses deux autres romans, “Les Lendemains” et “Je revenais des autres”, sont des best-sellers.

Tout le bleu du ciel
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

Je revenais des autres
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller

Du soleil vers l’enfer

de Éric Oliva
Broché – mars 2022
Éditeur : Des livres et du rêve

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Sous le soleil de la côte d’azur, Emma avait tout pour être heureuse. Jusqu’au jour où la mort accidentelle de son mari, peu de temps avant la perte de son emploi, va lentement la plonger dans le bain de la précarité.
Pour subvenir aux besoins de ses enfants, Emma va faire les mauvais choix qui vont l’entraîner vers les mauvaises rencontres.

Décisions que l’on croit salvatrices mais qui sont parfois lourdes de conséquences.
Commencera alors sa longue descente aux enfers…

À Nice, la police judiciaire va tout mettre en oeuvre pour la sortir de son cauchemar.

 

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Ça vous dirait un bon film ?
Alors, installez-vous sur votre meilleur fauteuil ou canapé, là, voilà…
Vous êtes bien assis ?
Tournez la première page… C’est parti !

« Emma, passablement essoufflée par la montée d’escalier avalée en trottinant, appuya sur la sonnette. Dans l’appartement, une voix lointaine lui signifia qu’elle arrivait.
– Bonjour Martine, lança-t-elle lorsque la nounou ouvrit.
– Bonjour, Emma.
– Désolée, mais ce matin, je suis très en retard. Je ne peux vraiment pas traînasser.
La femme jeta un œil à sa montre.
– Ah ben, oui ! Comme c’est parti, tu ne risques pas d’être à l’heure au bureau !
… »

J’avais déjà eu l’occasion de lire ce roman d’Éric Oliva, il y a quelques années, lors de sa première sortie, alors que le roman avait remporté le Prix “Fondcombe” en 2014…
Cela m’a fait très plaisir quand les Éditions “Des livres et du rêve” m’ont envoyé cette version inédite, encore plus poussée.

Dans ce polar que je définirai presque plus comme un thriller, tant l’angoisse et le suspense sont omniprésent, Éric m’a complètement emporté. Je n’ai pu que ressentir les souffrances physiques et psychologiques vécues par Emma, mais impossible de lâcher le roman tant j’ai souhaité un retournement de situation efficace et à la mesure de tout ce qu’elle avait supporté. Oui, il y a de nombreuses scènes difficiles. Oui, il y a une pression constante et qui augmente au fur et à mesure du récit. Oui l’écriture et froide et clinique, mais quelle efficacité, je l’ai quasiment lu d’une traite, et je peux vous assurer qu’à aucun moment il y a une faiblesse quelconque dans le style !
Les personnages ne pourront vous laissez indifférents, vous les aimerez où vous les détesterez.

Emma perd son mari dans un “banal” accident de voiture, puis elle est licenciée. N’arrivant plus à joindre les deux bouts avec ses deux enfants à charge, elle décide alors de prendre un travail où elle pense gagner facilement beaucoup d’argent…
Emma, une femme qui aurait pu être votre mère, votre sœur ou votre fille, va vivre l’invivable…

Certaines décisions sont parfois très lourdes de conséquences, ce travail “facile”, sera le premier pas de sa chute en enfer… Viols, tortures sur fond de trafic de stupéfiants !
Les enquêteurs de la police de Nice, parviendront-ils à la sauver avant une fin plus que tragique ?

C’est le troisième roman d’Éric que je lis, et je n’ai jamais été déçu !
Un livre que je vous conseille, même si parfois, dans cette tornade d’émotions, il vous faudra avoir le cœur bien accroché.

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Extraits :

« Bientôt sept mois qu’Emma avait été licenciée. Au début, les jours s’étaient écoulés à une vitesse déconcertante puis, au fil des semaines, une étrange inertie s’était installée. Aujourd’hui, plus le temps passait, plus il semblait ralentir.
Ses indemnités, bien que correctes, avaient fondu comme neige au soleil et les allocations chômages étaient loin de rivaliser avec son ancien salaire. Plus de primes de paniers, plus de treizième mois, finis ces petits bonus qui permettaient autant de petits extras. Un manque à gagner dont elle voulait à tout prix épargner les enfants. »

« Les larmes coulaient maintenant à flots et, derrière ce voile liquide, elle devinait avec pleine les escaliers qui défilaient sous ses pas. La panique s’était de nouveau emparée d’elle. Que voulait-il cette fois-ci ? qu’avait-il fait de ses enfants ? Était-il à ce point dépourvu d’humanité pour s’en prendre à eux ? »

« J’aurais dû partir avec lui, grogna Noël, un sentiment d’abandon au bord des lèvres. Mais comment je pouvais faire pour cracher mille deux cents balles comme ça ! Tu comprends ? C’est ça qui m’emmerde ! Risquer la vie d’un pote parce que l’administration n’est pas foutue de lâcher mille euros ! Dans quel monde on vit ? Celui des nantis d’un côté et des assistés de l’autre ! Pendant ce temps, nous, on se retrouve au milieu de ce panier de crabes et on n’en prend plein la gueule ! »

 

 

Né à Casablanca en 1967, Éric Oliva embrasse très tôt une carrière dans la Police nationale. Exerçant à Paris puis à Marseille, il travaille aujourd’hui à la PJ de Nice. Passionné par son métier et les fonds sous-marins, c’est après avoir lu les livres de Clive Cussler que se déclenche sa passion pour l’écriture.

Émotion, Drame, Histoire vraie

Je suis la maman du bourreau

de David Lelait-Helo
Broché – 13 janvier 2022
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

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Du haut de ses quatre-vingt-dix ans, Gabrielle de Miremont semblait inatteignable.
Figée dans l’austérité de la vieille aristocratie catholique dont elle est l’incarnation. Sa devise : “Ne jamais rien montrer, taire ses émotions”. Jusqu’à ce matin-là, où un gendarme vient lui annoncer la mort de son fils. Son fils cadet, son enfant préféré, le père Pierre-Marie, sa plus grande fierté. Gabrielle ne vacille pas, mais une fois la porte refermée, le monde s’écroule. Cet effondrement, pourtant, prend racine quelques semaines plus tôt, à la suite d’un article de presse révélant une affaire de prêtres pédophiles dans sa paroisse. Révoltée par cette calomnie, Gabrielle entreprend des recherches. Des recherches qui signeront sa perte. Ou sa résurrection.

Je suis la maman du bourreau raconte avec une subtilité et une justesse époustouflantes le calvaire d’une mère murée dans son chagrin. Un portrait dérangeant, qui touche au cœur, et rend un hommage vibrant à ceux qui osent dénoncer l’innommable.

 

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Comment une mère pratiquante, chrétienne plus que convaincue, réagira-t-elle lorsqu’elle apprendra que son fils, celui qu’elle a adulé, prêtre respecté aux yeux de tous, a pendant des années, abusé et violé plusieurs dizaines de garçons qui lui étaient confiés, marqués à jamais dans leur chair et dans leur esprit ?
Ce roman nous conte, cette relation très forte mère-fils, où une mère a placé tous ses rêves et tout son amour envers son fils qu’elle a élevé dans le respect de Dieu et de la religion, oubliant ses filles et son époux…

Dans ce court roman, émouvant, très dense, tranchant et acéré, David Lelait-Helo fait écho au rapport rendu public, le 5 octobre 2021, par Jean-Marc Sauvé, président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église. En effet, après deux ans et demi de travaux, ce rapport révèle l’ampleur des violences perpétrées envers les enfants depuis les années quarante, par certains hommes de Dieu.
Depuis, l’Église a enfin accepté d’ouvrir les yeux, et d’entendre les trop nombreuses victimes.

C’est un sujet qui m’a toujours intéressé et qui me touche tout particulièrement… Alors oui, je me suis attaché à Hadrien, survivant de cette horreur, et je n’ai pu m’empêcher d’être meurtri à l’énoncé du calvaire qu’il a subi à son jeune âge, ayant moi-même, dans une autre vie, échappé au pire durant mes années “catéchismes”, sauvé au moment où je me croyais perdu. Comment peut-on vivre après ça ? Comment peut-on renaître et continuer à aller de l’avant ?

L’auteur ne juge pas.
Il énonce des faits. Soit, il ne nous épargne rien, ni l’indicible, ni une certaine folie et encore moins les larmes…
Personnellement, je pense que c’est ce choix délibéré d’écriture directe et sans fioritures, qui déclenche les émotions, tout en restant un récit d’une sincère beauté, poignant et plus encore…
Une construction mêlant le récit d’un narrateur et les écrits d’une mère, un roman intense tout en finesse et en justesse.

Il est dès lors, très difficile pour moi, de dire que ce “sujet” est un nouveau coup de cœur. Mais il m’a tant remué, par sa force et par ses personnages poignants !
Alors, oui David, il y a des sujets qui ne doivent plus être tus, et sans vouloir automatiquement stigmatiser l’Église, car effectivement, ELLE n’est pas coupable. Ne sont coupables que les hommes, qui ayant un peu de “pouvoir” et par le fait, ayant de l’ascendance sur d’autres, quel que soit le milieu, développent leur coté “monstre”, qui existait sûrement déjà, malheureusement, dans un recoin de leur esprit malade.

À découvrir absolument !

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Extraits :

« Le miroir accroché à la porte coupa net le fil de ses pensées ; il s’approcha de son reflet, guida ses doigts le long des pleins et déliés de son visage, comme s’il le découvrait, à moins qu’il ne cherchât celui qu’il avait perdu. Sa jeunesse avait filé comme une voleuse, emportant tout l’or de ses cheveux et l’éclat du saphir de ses yeux. Mauvais diable, les ans s’étaient agrippés à ses joues, suspendus à son cou, à ses paupières, avaient tracé des sillons profonds et planté des fleurs de cimetière. Pour la première fois, il observait en détail ce lent naufrage, jusqu’à regretter cette beauté qui en fin de compte n’avait été utile à personne. Il s’attarda sur son buste. Ses épaules ne le flattaient plus, elles tombaient. Il songea que tout, un jour, finit par tomber, les cheveux, les dents, les épaules, les corps les plus valides, et aussi les empires et les rois, la puissance et les certitudes.
Il visualisait la chute. »

« Je pourrais compter les moutons, ou mes jours. J’en ai vécu un peu plus de trente-trois mille deux cents. Toutefois, combien laissent vraiment une trace ? Dans une existence, il y en a bien quelques-uns, des jours pivots articulant l’échafaudage complexe qu’est notre vie, des jours plaisant, des jours à marquer d’une pierre blanche, il y a aussi une poignée de jours funestes. Mais ils se déplient surtout des milliers de jours pâles et transparents dont rien ne sera retenu, des éphémères morts et enterrés à l’approche du lendemain. »

« La porte s’était refermée sur Hadrien. Je l’avais vu emprunter d’un pas lent le long chemin bordé de peupliers qui mène à la route principale. Puis il avait disparu : la nature était verte et pleine, elle n’avait fait qu’une bouchée de ce beau jeune homme qui lui-même n’avait fait qu’une bouchée de moi après que mon fils n’avait fait qu’une bouchée de lui. Nous nous étions dévorés les uns les autres. »

« La douleur des victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passée sous silence. »

« Je n’ai pas les câlins faciles, je les redoute autant que je les désire. Quelle tendresse suis-je en droit ou non de lui donner ? Je n’ai jamais pu voir mon fils nu ; sa nudité me renvoie à la mienne et me heurte. Et je ne sais pas davantage affronter ses moments de tristesse ou d’agressivité. Je tremble pour lui, j’ai mal pour lui. Et je crois aussi que physiquement, il me ressemble trop. Je me vois en lui ; ce jeu de miroirs me bouleverse et me terrifie. »

 

 

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.
Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol.

En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot son premier ouvrage, Evita, le destin mythique d’Eva Peron. Passionné d’art lyrique, il présente la même année une biographie de Maria Callas, Maria Callas, j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour, traduite depuis en 7 langues. Il délaisse alors l’enseignement pour faire ses débuts de journaliste. Il se consacre en particulier aux destins de femmes pour le magazine Gala puis collabore à Cosmopolitan, Nous Deux ou encore à Femmes d’Aujourd’hui et à Télé Moustique en Belgique. Des lors, Il ne cessera plus d’interviewer et de côtoyer de nombreuses personnalités de la chanson, du cinéma et de la télévision. Dans le même temps, il tient des chroniques régulières dans la presse gay, Illico et Idol. En 1998, il sort d’ailleurs Gay Culture aux éditions Anne Carrière. En 2001, il devient responsable des pages people et culture du magazine Nous Deux et publie Les impostures de la célébrité aux éditions Anne Carrière, un livre polémique sur la place que les stars occupent dans notre société. En 2002, il renoue avec sa plus grande passion, le portrait de femme, en publiant chez Payot une biographie de Romy Schneider qui remporte un grand succès en librairie, Romy au fil de la vie. La même année, à l’occasion des 25 ans de la disparition de la mort de Maria Callas et de la sortie du film Callas Forever de Zeffirelli avec Fanny Ardant, David Lelait-Helo présente une version revue et augmentée de sa biographie de Maria Callas. En septembre 2003, il publie Sur un air de Piaf, une biographie d’Edith Piaf abondamment traduite à l’étranger, et en septembre 2004 un portrait de Dalida, Dalida d’une rive à l’autre. Les biographies de David Lelait-Helo sont rééditées en format poche aux éditions J’ai Lu et Petite bibliothèque Payot.

Le 5 avril 2006, il publie un roman autobiographique, Poussière d’homme, aux éditions Anne Carrière et en mai 2006, Vanessa Paradis pour Librio. Durant l’été 2006, il présente une trentaine d’émissions musicales quotidiennes intitulées Pink Platine sur la chaîne Pink tv. Le 22 août 2007, à l’occasion du trentième anniversaire de la disparition de Maria Callas, sort en Petite Bibliothèque Payot Maria Callas J’ai vécu d’art J’ai vécu d’amour. Le 3 octobre 2007, paraît Barbara, un portrait intime de la chanteuse disparue en novembre 1997. En septembre 2009, il publie aux Editions du Rocher dans la collection de Vladimir Fédorovski une histoire de la chanson française du Moyen-Âge à nos jours, Le Roman de la Chanson Française. En octobre 2010, paraît aux Editions Anne Carrière son 12ème livre, un roman, Sur l’épaule de la nuit

Émotion, Drame, Suspense

Article 353 du code pénal

de Tanguy Viel
Poche – mars 2017
Éditeur : Les Éditions de Minuit

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Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer.
Encore faut-il qu’il soit construit.

 

2022_024_Viel Tanguy - Article 353 du code pénal

 

Je suis encore sous le choc !
Que d’émotions face à ce magnifique plaidoyer. Martial Kermeur ouvrier de l’arsenal de Brest, sans emploi, se trouve face à un juge suite à une affaire de meurtre.

C’est un huit-clos magistral entre deux hommes que tout sépare que nous propose Tanguy Viel, que je découvre avec ce petit bijou !
Dès les premières lignes, j’ai été saisi par le mode d’expression puissant de Martial. Il se souvient, il raconte avec ses mots, simples… parfois, d’une pénétrante humanité… souvent, et analyse l’histoire, son histoire où il voit progressivement se développer la vérité inéluctable. À aucun moment, il ne cherchera à se dérober. C’est un homme las et défait qui se trouve face à son juge. Floué, sali, ruiné, abandonné par sa femme et accablé par l’immonde manipulation immobilière qu’il a subie, il a tout perdu.

Son récit ou plutôt sa confession va droit au cœur du juge comme elle est allée droit au mien.
Tanguy Viel sort des sentiers battus de la narration, il épouse les méandres de la pensée de Martial qui peu à peu va emmener le juge à partager son univers, ses pensées, et pourquoi pas, ses convictions.

Le juge est silencieux, il écoute, il enregistre. Il n’intervient que rarement et seulement à des moments stratégiques. La tension grandissante est palpable à travers l’écriture, jusqu’au moment de vérité. Un moment solennel entre les deux hommes face à face…

Une histoire magnifique et troublante, une réflexion, sur le mal perpétré par l’homme…
Comment aurai-je réagi à sa place, face à un juge qui détiendrait mon futur entre ses mains ?

Un livre qui touche à la question fondamentale de la justice…
Bravo Tanguy Viel pour ce récit prenant et merci Blandine pour cette excellente découverte !
Encore un auteur à suivre sans aucune hésitation…

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Extraits :

« Sur aucune mer du monde, même aussi près d’une côte, un homme n’aime se retrouver dans l’eau tout habillé – la surprise c’est la surprise que c’est pour le corps de changer subitement d’élément, quand l’instant d’avant le même homme aussi bien bavardait sur le banc d’un bateau, à préparer ses lignes sur le balcon arrière, et puis l’instant d’après, voilà, un autre monde, des litres d’eau salée, le froid qui engourdit et jusqu’au poids des vêtements qui empêche de nager. »

« Vous auriez dû voir ça, quand il a soulevé le drap rouge et qu’on s’est tous approchés : là, dans un rectangle de verre d’au moins de deux mètres sur trois, éclairé du dessus par deux spots verticaux, il y avait toute la presqu’île posée là, en modèle réduit, les champs et les roches, les fermes et les maisons, l’église et la place du village. »

« Ce ne sont pas des choses que je vous aurais dites comme ça autrefois, mais j’ai eu le temps de réfléchir ces derniers temps, j’ai eu le temps de regarder les griffures du miroir au-dessus de la cheminée et méditer la couleur de chaque heure, j’ai eu le temps de comprendre, oui, que j’étais comme une terre de bruyère à la meilleure saison, que tout aurait pris et éclos et fleuri en moi comme en un festival des jardins, au point que Lazenec et moi, eh bien, je crois qu’on a pour ainsi dire sympathisé. »

« C’est une drôle d’affaire, la pensée, n’est-ce pas ? Ce n’est pas qu’il y ait long en distance du cerveau vers les lèvres mais quelques fois quand même ça peut vous paraître des kilomètres, que le trajet pour une phrase, ce serait comme traverser un territoire en guerre avec un sac de cailloux sur l’épaule, au point qu’à un moment la pensée pourtant ferme et solide et ruminée cent fois, elle préfère se retrancher comme derrière des sacs de sable. En-tout-cas ce que je veux dire, c’est que dans les jours qui ont suivi, au lieu de dire clairement « non » comme ça se passait au fond de moi, au lieu de me laisser raccompagner à ma place de gardien avec le regard amical sur moi-même que je portais dans mon cœur, au lieu de ça, avec la voix d’un fantôme qui s’entend lui-même, j’ai pris le téléphone un soir et j’ai dit « Lazenec ? », et j’ai dit « pourquoi pas ? », j’ai dit « je signe quand ? »

 

 

Après une enfance en Bretagne, Tanguy Viel vit successivement à Bourges, Tours puis Nantes avant de venir s’installer près d’Orléans.

Publié dès son premier ouvrage par les éditions de Minuit, il a reçu le prix Fénéon et le prix littéraire de la vocation pour son roman L’Absolue Perfection du crime, le Grand prix RTL-Lire et le Prix François-Mauriac de la région Aquitaine pour Article 353 du Code pénal.

Il est réputé pour une mise en place d’intrigues complexes, une réflexion sur quelques thèmes récurrents (les liens familiaux, les duperies, les inégalités de classes et les difficultés à prendre l’ascenseur social), et un travail formel. Il s’inscrit dans la tradition des éditions de Minuit, c’est-à-dire selon un modèle de distanciation. Ses romans sont fondés sur beaucoup de romanesque et font même usage du suspense. Bien qu’il ne le revendique pas lui-même, L’Absolue Perfection du crime, Insoupçonnable, Paris-Brest et Article 353 du Code pénal sont généralement considérés comme des romans policiers en raison d’éléments récurrents : des personnages de gangsters ou d’escrocs, des crimes soigneusement préparés, l’intervention de procès ou de grosses sommes d’argent.

Les stéréotypes sont cependant retravaillés et parfois mis en évidence par une forme de réflexivité. La Disparition de Jim Sullivan en est le meilleur exemple. Le lecteur est souvent invité à participer, « le narrateur n’a pas d’avance sur lui du point de vue de l’intrigue ». L’écriture est l’objet d’une enquête : c’est au lecteur de reconstruire le puzzle en désordre du protagoniste.

Tanguy Viel emprunte également au cinéma, mais cela est surtout notable dans son style : les effets de montage, l’usage de l’ellipse, la mise en place de scènes fortes et la variation des points de vue.

Son style se caractérise par sa précision et son économie. Ses phrases sont jugées longues et saccadées au service d’un style très dynamique. La notion de « musique » est également importante pour lui.

Émotion, Drame, Psychologie, Romance

Et puis au pire on s’aimera

de Thierry Cohen
Poche – 10 février 2022
Éditeur : Mon Poche

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Ça commence comme une belle histoire d’amour. Du genre… à l’eau de rose. D’ailleurs, le roman débute par une rose déposée sur le palier d’Alice, trentenaire rongée par la solitude. Il y a du mystère également, car la dite Alice ignore qui lui envoie des fleurs et lui offre de belles déclarations. Une situation romantique à souhait mais qui peut également paraitre… quelque peu inquiétante. Tout prend donc la forme d’une comédie romantique pleine d’humour et… de doutes. Entre les copines du travail, heureuses de voir Alice ainsi courtisée, et son directeur, pressé de la licencier, Alice passe par des émotions contrastées qui la rendent tour à tour heureuse, désespérée, charmée, affolée. Tant de bouleversements dans une vie monotone sont fantastiques et perturbants à la fois. Ne sont-elles pas nombreuses, les âmes seules qui rêveraient d’être emportées par un mystère aussi romantique ? Jusqu’au jour où… ça dérape. Où le rêve devient cauchemar. Où, comme dans les cauchemars, le pire ne se révèle jamais sous la forme attendue.

 

2022_022_Cohen Thierry - Et puis au pire on s'aimera

 

Alice a la trentaine, elle est très timide et n’a aucune confiance en elle.
Elle est très belle, mais, n’a aucune conscience de ses qualités et de ses compétences. Professionnellement, elle est appréciée, mais en dehors de son travail, elle passe presque toutes ses soirées avec sa voisine, Sandrine, qui est une amie fidèle et très attachante. Alice vit dans une routine. Sa routine, dans laquelle elle se sent comme dans un cocon. Mais, un matin, alors qu’elle sort de chez elle, Alice trouve une rose devant sa porte.
Le “grain de sable” qui va faire chavirer son quotidien !

C’est le premier roman de Thierry Cohen que je lis et j’avoue avoir été très surpris par son écriture. J’ai vraiment eu l’impression que le roman était écrit par une femme tant il est juste sur le fonctionnement des relations. C’est assez incroyable. J’ai aimé aussi la façon dont il dénonce les aspects les plus pervers de notre société avec beaucoup de psychologie.
Alice bien sûr, m’a beaucoup touchée et je me suis vu parfois en elle…

Il y a pas mal de mystères dans ce roman, chaque chapitre est raconté par un personnage différent, et les personnages sont très bien développés que ce soit chez les hommes ou les femmes.
Avec beaucoup de suspense et de psychologie, une certaine pression monte tout le long du récit, et je me demandais comment cette comédie romantique pouvait-elle tourner au tragique. Au final, un excellent dénouement auquel je ne m’attendais pas du tout !
C’est très fort… Alice va être acculée, dos au mur, face à l’un de ses pires cauchemars.
Heureusement, elle n’a pas dit son dernier mot.

Une agréable surprise !!!
Un grand merci à Virginie et aux Éditions “Mon poche”, de m’avoir permis de découvrir Thierry Cohen, que je ne manquerai pas de suivre…

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Extraits :

« À défaut d’être la réalisatrice de mon existence, je me suis toujours contentée d’en générer la bande-son. Chaque moment de mes journées est accompagné d’un refrain, d’un couplet mixé par un DJ planqué au fond de mon cerveau. Des paroles et une musique qui surfent à la surface de mes émotions pour leur donner un sens plutôt que me laisser les mystifier ou les ignorer. »

« Je reçus l’information comme une gifle. J’allais être virée ! Des images et des questions surgirent aussitôt dans mon esprit, comme brutalement réveillées par la sirène de mes peurs, s’entrechoquèrent et obstruèrent toute ma capacité de raisonnement. Que ferais-je sans emploi alors que la crise offrait si peu d’opportunités d’embauche ? Comment payer mon loyer ? Combien de temps tiendrai-je avec mes maigres économies ? »

« C’est vrai, Alice n’était pas l’assistante la plus éclatante de cette boîte. Sa timidité, sa réserve, ses tenues has been, sa démarche bizarre et son incapacité à participer à la vie sociale de l’entreprise n’en faisaient pas une personne dont on aspire spontanément à devenir l’amie. Mais doit-on s’arrêter aux apparences ? Professionnellement, elle était sans doute l’assistante la plus compétente et la plus consciencieuse. Et, d’un point de vue humain, elle était… touchante. »

« Les hommes sont des cons, Alice. La plupart tout au moins. Ils ne comprennent rien à la sensibilité des femmes, à leurs attentes. Ils se comportent comme des adolescents immatures. Parce qu’ils le sont. Ils jouent simplement à être des adultes. Regardez-les au travail s’enivrer de leurs petits pouvoirs. Regardez-les au volant s’énerver, tenter d’accélérer pour gagner une place. Incapables de vraies conquêtes, ils sont en quête de minuscules victoires, de marques de respect. Des cons, je vous dis. »

 

 

Thierry Cohen est un écrivain français. Il est l’auteur de 10 romans, il vit à Lyon, marié et père de 4 enfants.

Son premier roman, J’aurais préféré vivre a obtenu le Grand Prix Jean d’Ormesson en 2007, prix récompensant un roman pour sa capacité à défendre la langue française. Il a connu un grand succès et a été traduit en 15 langues. Le roman traite du suicide chez les jeunes selon une approche originale, entre l’histoire d’amour et le thriller psychologique.

Thierry Cohen a ensuite écrit des romans aux thématiques variées dont le ressort est toujours profondément humain et fort en émotions.

J’aurais préféré vivre, Plon, Pocket 2007
Je le ferai pour toi, Flammarion, 2009
Longtemps, j’ai rêvé d’elle, Flammarion, 2011
Si tu existes ailleurs, Flammarion, 2012.
Si un jour la vie t’arrache à moi, Flammarion, 2013.
Je n’étais qu’un fou, Flammarion, 2014.
Avant la haine, Flammarion, 2015.
L’Académie des âmes abimées, Plon 2017.
Et puis au pire on s’aimera, Plon, 2019
Rien ne nous séparera, Plon, 2022

Thierry Cohen est également fondateur de l’association Noël Ensemble dont la vocation est de réunir juifs et musulmans pour offrir un réveillon de Noël aux personnes âgées sans famille et et sans moyens.

Adolescence, Drame, Suspense, Thriller

La quatrième feuille

de Christophe Royer
Poche – 17 mars 2022
Éditeur : Taurnada éditions

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Aujourd’hui, Sophie a tout pour être heureuse : un mari aimant, une famille attentionnée, une amie fidèle, un travail qu’elle adore et une belle maison sur les rives du lac d’Annecy. Pourtant, à la veille de sa première exposition photo, plusieurs faits troublants vont faire ressurgir des événements tragiques de son passé… Un flic détruit par sa première affaire, une bande de copines inséparables, un amour toxique… Et si le cauchemar recommençait ? Un thriller glaçant inspiré de faits réels.

 

2022_020_Royer Christophe - La quatrième feuille

 

C’est le second roman de Christophe Royer que je lis, et c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé sa plume aiguisée.
On apprend à la fin du roman que c’est un fait réel qui a inspiré Christophe !
Ça fait froid dans le dos…

Le texte est divisé en quatre parties et ce n’est pas un hasard.
Quatre feuilles, quatre amies… Mais sont-elles toutes des amies ?

Bienvenus dans ce thriller psychologique très efficace, qui raconte une histoire d’amitié qui va très mal se terminer.

Sophie et Carole préparent une exposition de photos, entre stress et excitation, elles se donnent à fond pour la réussite du projet. Plus la date approche, plus Sophie est excitée, mais en même temps elle se sent observée chez elle, ses chats qui ne répondent plus à l’appel du repas, et pour finir Carole qui est agressée par un inconnu, dans le local où doit avoir lieu l’exposition, et il finit par y mettre le feu en espérant peut-être se débarrasser de celle-ci…
Lorsque Sophie apprend ce qui est arrivé à son amie, elle se sent complètement perdue…

Flashback, quelques années plus tôt.
Sophie, Carole et Béatrice sont toutes les trois dans un lycée à Annecy. Elles sont les meilleures amies du monde. Très vite, elles se donnent un nom, “drôles de dames” ou “DDD”.
Carole et Béatrice permettent à Sophie de contrebalancer son vécu chez elle, où les rapports sont très compliqués, voire violents entre son père et Franck, son frère cadet. Sa petite sœur, elle, l’évite le plus possible, par peur de ses réactions.

Entre les amies, c’est à la vie, à la mort.
Puis un jour Maud entre dans le groupe qui devient “DDDD”.
Assez rapidement, Maud montre des comportements parfois étranges. Elle préfère s’isoler avec Sophie, fait en sorte de diviser le “Groupe”. Le trio va décider de s’éloigner progressivement de Maud.
Alors, lorsque qu’elle se rend compte qu’elle est évincée, elle…

Je ne dirai rien de plus pour ne pas gâcher votre plaisir. Christophe Royer nous a concocté un “petit” bijou, et il serait dommage de passer à côté. Chaque petit détail a son importance, jusqu’au dénouement final !

Un thriller glaçant et captivant que j’ai adoré.
Harcèlement, jalousie, manipulation… L’écriture est fluide, percutante, et très visuelle, pour ce page-turner lu d’une traite, avec ses chapitres courts et ses rebondissements qui s’enchaînent les uns après les autres !

Je remercie encore une fois, les éditions Taurnada pour leur confiance, et de m’avoir permis la lecture ce nouveau roman rempli d’émotions.

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Extraits :

« La pièce, insalubre, qui avait dû un jour être qualifiée de cuisine, empestait le moisi. Les murs étaient défraîchis est fissurés par endroits. Des carreaux en faïence encadraient un évier recouvert d’une épaisse couche de graisse ocre et noir. Au centre, une table en Formica sur laquelle étaient étalées de nombreuses feuilles manuscrites. Sur toutes, la même calligraphie, ronde et enfantine. C’était l’écriture de celle qui se tenait assise, la tête entre les mains. »

« Le week-end suivant, Sophie inventa une excuse pour ne pas voir Maud. À la place, elle fixe un rendez-vous à Béatrice et Carole dans un café ou elle leur raconta tout.
Carole et Béatrice n’étaient pas en colère contre Sophie, au contraire, elles étaient soulagées. Elles avaient compris depuis longtemps le manège de Maud et avaient déploré et l’attitude trop bienveillante de Sophie malgré leurs tentatives répétées pour lui ouvrir les yeux sur cette relation nocives. »

« L’officiant s’entretint une dernière fois avec les parents de “Xxxxx” avant de se rendre derrière le pupitre.
Son discours d’ouverture fut ultra-classique, mais plutôt bien tourné, reprenant quelques éléments de la vie de “Xxxxx” avant de laisser la place aux premières notes de guitare de Jeff Buckley avec le morceau Hallelujah. C’était toujours étonnant de constater la puissance d’une mélodie, d’une fois, d’un instrument. La musique avait cette faculté incroyable à pouvoir transcender les émotions et les souvenirs. »

 

 

Christophe Royer est né en 1971 au Creusot, en Bourgogne. Après l’obtention de son doctorat en biologie animale, il change de cap pour préparer un master d’informatique, sa deuxième passion, à l’INSA de Lyon. Aujourd’hui, chef de projet, il vit à Saint Vallier avec sa femme et leur fils.

Le « Projet Sapience » est né il y a 25 ans. Après une longue gestation, il prit la forme d’un dossier pour un jeu vidéo qui a été proposé à plusieurs éditeurs. Aucun n’a répondu, mais étrangement, deux années plus tard, un jeu reprenant les principes de base du dossier sortait. Par la suite, le scénario issu du jeu est resté dans un placard durant de longues années. En 2014, Christophe décide de reprendre l’idée originale et se lance dans l’écriture d’un roman d’anticipation, où l’aventure est omniprésente sur fond d’intrigues.

En 2016, sortie de la première partie « L’arche » qui va nous amener à quitter la Terre pour la mystérieuse planète Sapience. Un long voyage durant lequel un groupe hétéroclite de personnages devront s’unir pour faire face à une succession d’événements inquiétants.

En 2017, sortie de la suite et fin de cette aventure avec « Hostile ». Parvenus à la surface de Sapience, ils devront poursuivre leurs investigations tout en implantant au mieux la nouvelle colonie et en faisant connaissance avec les habitants. Riche programme…

En 2018, L’auteur change d’univers et revient sur Terre avec un thriller addictif qui se déroule entre Paris et Montceau-les-Mines. Nous suivons les aventures d’une jeune capitaine travaillant à la Brigade de Répression du Proxénétisme. D’abord proposé en auto-édition, il va ressortir le 12 septembre 2019 aux éditions Taurnada.

Émotion, Drame, Psychologie

Nos vies insoupçonnées

de Anaïs Jeanneret
Broché – 13 janvier 2022
Éditeur : Mon Poche

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Une petite fille perdue. Une femme qui a fait le mauvais choix. Un commissaire de police désabusé et romantique. Une institutrice en colère. Une gloire des médias au parcours inattendu. Une mère et son fils dont la rencontre a scellé des liens d’autant plus solides que leurs passés furent chancelants… Autant de vies en apparence banales dont l’écriture d’Anaïs Jeanneret dévoile les subtils décalages et entrelacs : cette part du hasard, de la rencontre, ou encore du désir, qui les fait soudain palpiter et les relie les unes aux autres sous l’effet d’une force insoupçonnée.

 

2022_017_Jeanneret Anaïs - Nos vies insoupçonnées

 

“Nos vies insoupçonnées”, c’est l’histoire d’une petite fille qui se cache sous l’armoire d’une salle de classe et qui…

“Nos vies insoupçonnées”, se sont sept chapitres plus émouvant les uns que les autres.

Dès le début de ma lecture, j’ai eu l’impression de lire une nouvelle, avec une belle écriture, claire et limpide.
Puis le second chapitre. Où suis-je ? Que se passe-t-il ? Où sont mes personnages devenus si vite attachants ?
Vient le troisième… Et rebelote !
Et le quatrième…

Je suis dans un labyrinthe qui m’emporte sur plusieurs récits, mais toujours cette écriture fine et délicate. Petit à petit certains liens apparaissent fragiles d’abord, puis de plus en plus ténus, et toujours l’émotion, beaucoup d’émotion. Mon imagination tourne à toute vitesse, je cherche des raccourcis, des lignes droites ?
Il n’y en a pas. Ce serait beaucoup trop simple.
L’auteure ralentit le temps. Elle nous incite aux questionnements, à la réflexion…
Bien sûr, je me doute que les personnages de tous les chapitres vont se retrouver. Mais où ? Pourquoi ? Comment ?

Et puis ça monte, ça monte encore, et le labyrinthe se transforme en boucle, et c’est la vie va les réunir. Certains, pas tous. Pour un recommencement, un nouveau départ, gommer certaines erreurs si possible… et toujours cette belle écriture avec ce qu’il faut de pudeur…

Découverte “coup de poing” d’Anaïs Jeanneret.
Anaïs a des mots qui touchent, qui brûlent parfois, mais l’esprit reste doux, il m’a particulièrement touché. Je me suis retrouvé parfois au milieu du récit. Enfin, mon autre moi, celui qui s’est éclipsé il y a quelques années.
Anaïs regarde, elle écoute, comprends puis retransmet.
À nous d’ouvrir les yeux, d’accepter, puis d’ouvrir aussi nos bras afin de la recevoir avec toute sa simplicité.

Un livre très émouvant à lire absolument, car finalement, il y a TOUJOURS de l’espoir…

Merci aux éditions de Borée pour cette découverte à suivre…

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Extraits :

« J’ai découvert combien j’aimais le silence, prendre le temps d’admirer un ciel d’orage sur un champ de blé qui ondule dans la brise, ou le tableau moderne que forment les juxtapositions de néons publicitaires illuminant la nuit des grandes villes. Je pourrais, comme tant de femmes seules, m’inscrire à un atelier de sculptures, aux Arts-Déco, me mettre au golf ou prétendre me lancer dans l’écriture d’un roman. Je pourrais chercher à remplir mon emploi du temps. Occuper chaque heure du jour. Paraître débordée. Mais je préfère rêver. Je ne redoute pas l’ennui. Il y a longtemps, j’avais voulu avoir un destin. À présent, je me laisse porter au gré du vent, légère est libre. À présent, je veux me perdre et découvrir des horizons incertains. Je veux de nouveau rivages. Je veux tanguer jusqu’au vertige. Je veux retrouver la mémoire. Je veux me souvenir de tout et profiter de chaque seconde. »

« Il adorait jouer avec le rythme des phrases, se laisser porter par la musique des mots et, surtout, disparaître derrière ses personnages. Là était sa drogue favorite : s’oublier, devenir quelqu’un d’autre, n’importe qui d’autre que lui. Il était cette femme abîmée par l’existence. Il était un vieux cheval qui ne servait plus à rien et attendait paisiblement la mort. Il était un enfant. Il était le vent. Autant de façons d’explorer les recoins les plus obscurs de l’âme, de se glisser dans les plus minces anfractuosités du mystère humain. Tout devenait alors possible. »

« Celui qui naît bienheureux, qui connaît des orgasmes desquels naîtront de beaux enfants, celui-là n’est rien d’autre qu’un animal chanceux. Le bonheur qui vous tombe dessus comme une bassine d’eau tiède n’est pas le bonheur. »

 

 

Valérie Jeanneret, dite Anaïs Jeanneret, est une actrice, mannequin, romancière et photographe française.

Actrice (1983-1997)
Elle commence sa carrière de comédienne en 1983, où elle alternera longs métrages de cinéma et téléfilms.Elle fait sa première apparition aux côtés de Jacques Dufilho, sous la direction de Jean-Daniel Verhaeghe. En 1985, elle tourne Péril en la demeure de Michel Deville, dans lequel elle interprète le rôle de Viviane Tombsthay.

En 1986, elle tourne Twist again à Moscou de Jean-Marie Poiré, et la même année, L’Été 36, sous la direction d’Yves Robert. Elle a également endossé plusieurs personnages dans des téléfilms et fait une publicité pour une marque d’huile avec Patrick Bruel et Maria Pacôme en 1984.

En 1991, elle joue dans Le Gang des Tractions Avant de Josée Dayan, l’année d’après dans L’Amour assassin d’Élisabeth Rappeneau, et dans Les Vaisseaux du cœur d’Andrew Birkin. De 1993 à 1995, elle tournera à quatre reprises sous la direction de Miguel Courtois. Elle abandonne sa carrière d’actrice en 1997 pour se consacrer à la littérature.

Romancière
En 1990, elle publie son premier roman, Le Sommeil de l’autre, préfacé par Flora Groult qui écrit : « ce livre construit avec rigueur dans un mouvement symphonique qui accorde toute leur place aux bonheurs d’écriture, est un roman romantique, dans le sens le plus lyrique du terme ».

Elle reçoit le prix du Quartier latin en 1993 pour son livre Les Poupées russes. Dans Le Nouvel Observateur, Jean-Louis Ezine, souligne : « Mais c’est la maîtrise à recomposer le puzzle qui étonne, le rythme exact et la couleur toujours précise des années disparues ».

En 1999 sort Les Yeux cernés. Dans Dernières Nouvelles d’Alsace, François Busnel, écrit : « On sort, bouleversé, et les larmes aux yeux, de ce livre qui doit absolument prendre place dans votre Panthéon littéraire. […] Rarement un écrivain aura su décrire si fortement le trouble de la jeunesse, cette partie de nous-même qui bégaie son admiration pour ce qu’elle n’est pas. […] Il a fallu 160 pages à Anaïs Jeanneret pour nous convaincre que l’amitié désintéressée, pure, splendide entre un homme et une femme était possible. Il ne lui faut que 30 pages, les plus violentes jamais écrites sur le sujet, pour ruiner nos illusions et démasquer l’écœurante mollesse de l’amitié ».

En 2002, paraît La Traversée du silence. Elle reçoit le prix François Mauriac 2014 de l’Académie française pour La Solitude des soirs d’été paru en 2013. Dans Lire, Alexandre Fillon, déclare : « L’auteur des Yeux cernés (Anne Carrière) joue très subtilement avec l’ombre et la lumière, les fêlures de ses personnages, leurs blessures. Celles qui font avancer et celles qui ne se referment jamais ».

En avril 2016, elle publie Nos vies insoupçonnées. Olivia de Lamberterie écrit dans le magazine Elle : « D’une plume délicate, plutôt que de décrire les plaies à vif, elle ausculte ces moments où la douleur s’est épuisée et où l’on peut faire sereinement le choix du bonheur ».

Photographe
Dans les années 2000, Studio Magazine lui commande en tant que photographe plusieurs séries de photos ; elle réalise alors les portraits de Gérard Darmon, Serge Gainsbourg, Paul Boujenah… Elle publie en outre un reportage photos sur Michel Deville à l’occasion du tournage de La Lectrice.