de François Chevallier Broché – 21 février 2026 Éditeur : autoédition
Antoine Blondel, 50 ans, ancien flic devenu détective privé est engagé par un haut fonctionnaire en retraite pour rouvrir le dossier de sa fille Louise. Etudiante à Sciences Po, engagée à l’extrême gauche, elle a disparu cinq ans plus tôt. Antoine est bientôt rejoint par Vincent Le Goff, 26 ans, journaliste de terrain pour le magazine d’investigation controversé Ligne Rouge.
La piste d’un réseau de trafic de mineurs se dessine derrière le paravent d’une idéologie progressiste, avec la complicité des institutions. D’auditions en filatures, de la banlieue à la province, l’enquête mobilise toute l’équipe du journal, ainsi qu’un hacker lanceur d’alerte et un avocat à contre-courant. Elle poussera jusqu’à Bruxelles et Budapest, se transformant bientôt en séisme politique.
Quant à Antoine et Vincent, ils forment bientôt un duo aussi inattendu qu’incandescent. Entre ces deux hommes que tout oppose – l’âge, l’expérience, le caractère — se tisse un lien puissant que ni l’un ni l’autre n’avait prévu.
Un récit immersif et transgressif, à mi-chemin entre Millénium et Houellebecq, ciselé dans une écriture nerveuse, sensorielle et cinématographique. Le roman noir politiquement incorrect que la fiction française contemporaine n’avait pas encore osé écrire.
Dès les premières lignes de LIGNE ROUGE de François Chevallier, je me suis retrouvé happé par une atmosphère sombre, pesante, presque suffocante. Une tension qui ne m’a plus quitté jusqu’à la dernière page. Je découvre ici un nouvel auteur, et très vite, j’ai été marqué par son style. Direct, percutant, extrêmement visuel. Son écriture, efficace, sans détour, qui ne cherche jamais à adoucir ce qu’elle a à dire, à été pour moi un grand plus, à travers les pages.
Je me suis alors plongé dans une intrigue dense, portée par des personnages solides. Antoine, d’abord, flic à l’ancienne, homme cabossé, père maladroit qui s’est peu à peu éloigné de ses enfants. Puis Vincent, journaliste engagé, qui enquête pour un média incisif, Ligne Rouge, entouré d’une équipe prête à faire éclater des vérités dérangeantes. Leur rencontre va les entraîner dans une affaire aussi sombre que troublante. Une disparition ancienne, des enfants vulnérables instrumentalisés, et surtout un système opaque où tout semble organisé pour que rien ne remonte à la surface. Ensemble, ils creusent, avancent, malgré les menaces, malgré les pressions, y compris venues de sphères censées protéger. Et ils ne sont pas les deux seuls à porter l’intrigue ! Je peux vous assurer que tous les personnages présents dans ce livre ont un “vrai” rôle à jouer dans cette enquête tendue, immersive, où chaque piste ouvre sur un gouffre plus profond encore. Mais au-delà du polar, le roman porte aussi des messages forts, parfois clivants. Certains passages m’ont mis mal à l’aise, d’autres m’ont interrogé, parfois même dérangé. Pourtant, je pense qu’il est important de lire aussi ce qui bouscule, ne serait-ce que pour mieux comprendre… mieux contester…
Le roman de François m’a emmené bien au-delà d’une simple enquête. Des beaux quartiers parisiens aux capitales européennes, en passant par des zones plus troubles, il dessine une toile inquiétante, faite de silences, de complicités et d’aveuglements. Ce qui m’a marqué, c’est aussi la relation entre les deux hommes. Qui peu à peu apprennent à se comprendre, à se compléter. Comme un vieux lion qui veille sur un jeune loup. Une alliance inattendue, mais essentielle. Car au fond, je reste convaincu que, quelles qu’elles soient, nos différences sont une richesse, elles devraient être un point d’équilibre, et non une fracture.
L’intrigue est riche, parfois foisonnante, la narration nerveuse, non linéaire, et l’ensemble dégage une énergie brute. François Chevallier propose un roman noir qui sort clairement des sentiers battus, un texte qui m’a dérangé autant qu’il m’a captivé. Tout ne m’a pas forcément convaincu, mais l’intensité, l’audace et la force du propos l’emportent largement. Pour moi, un polar engagé, troublant et indéniablement marquant.
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Extraits :
« Jean-Louis Berger portait un costume trois pièces anthracite, une cravate prune, des souliers noirs aux reflets discrets. Ses cheveux gris, soigneusement disciplinés, encadraient un visage où la fatigue s’était muée en autorité. Le regard d’un homme qui a appris à ne rien laisser paraître. Il avait dû être beau. Il l’était encore, à la manière de ceux que la douleur polit au lieu de les briser. Il ne proposa pas de café. Juste un geste bref vers le fauteuil. Antoine Blondel s’assit sans un mot. »
« Antoine Blondel sortait de la salle. Une heure de boxe anglaise, sans musique, sans miroir, sans commentaire. Rien que le sac, la sueur, la corde, le souffle. Une manière de rester vivant, de différer la décrépitude. Il avait bientôt cinquante ans sur les papiers, dix de moins sur le ring, dix de trop au réveil. Mais tant que son poing claquait juste, il gardait la main sur le fil. Il s’était douché sans traîner, les muscles encore vibrants. Pull gris clair sur chemise blanche, col déboutonné, cou dégagé. Pas de veste. Pas de parfum. Juste l’odeur du savon de Marseille, du cuir de son sac et d’un corps tenu. »
« Et voilà qu’à trente-deux ans, il était devenu rédacteur en chef du magazine Ligne Rouge. Un mensuel d’opinion, étiqueté complotiste ou extrême droite par réflexe. Pas de compromission, pas de chantage. Les sujets que d’autres évitaient, ils les traitaient – frontalement, avec dossiers, visages, chiffres. Ça parlait d’insécurité, d’islamisme, de corruption, de justice à deux vitesses, de dérives progressistes, le tout sans prendre de gants. Pas de comité de rédaction pléthorique: juste un cercle restreint, une escouade de rédacteurs à poil dur, tous jeunes, parfois repentis d’une gauche d’avant. Format vidéo soigné, esthétique sobre, presque ascétique. Pas de slogans, pas d’envolées lyriques. Le calme, le regard, l’enquête. »
« — Je bois du vin rouge, je mange de la viande et je fume des clopes. Je fais le con à table, je dis Mademoiselle et je regarde les jambes des femmes dans la rue. J’en ai même baisé quelques-unes, et en plus, elles en sont pas mortes. Moi, j’appelle ça vivre. Mais tout ça, aujourd’hui, c’est archive ou délit. Il se leva d’un coup et arpenta la pièce. — Je suis un ancien modèle, tu comprends ? Périmé, bientôt interdit à la vente. Pour eux, je suis classé « toxique ». Eux, ils rêvent d’un monde pastel, sans odeur, sans bruit. Un monde sans viande, sans vin, sans clope, sans fessée. Où les hommes demandent pardon d’avoir des épaules. »
« — C’est particulièrement courageux de témoigner ainsi, à visage découvert, devant des millions de téléspectateurs. Pourquoi avoir fait ce choix ? Perrine releva légèrement le menton. — Si je me taisais, ou si je me cachais, cela voudrait dire que j’ai honte. Ou que j’ai peur. Or je n’ai rien à me reprocher. Et ils ne pourront jamais me faire pire que ce qu’ils m’ont déjà fait. Elle se tourna vers la caméra. — Je ne veux plus me taire. Je veux que les autres sachent qu’on peut parler. »
Psychologue de profession, François Chevallier a beaucoup travaillé sur les questions d’embrigadement et d’emprise sectaire, d’identité masculine ainsi que de fragilisation des repères dans l’Occident contemporain. Ayant longtemps exercé au coeur du XI° arrondissement de Paris, les tragédies collectives de Charlie Hebdo et du Bataclan, qu’il a vécu de près, ont marqué sa vision des fractures et des tabous de notre société.
« Auteur indépendant, je m’inscris dans une tradition du roman noir français où l’atmosphère compte autant que l’intrigue. Mes influences actuelles vont de Simenon à Houellebecq, en passant par certains thrillers nordiques, avec un intérêt particulier pour les zones grises — morales, politiques, humaines. Ligne Rouge est mon premier roman. »
Des glaçons comme du verre de Isabelle Picard Broché – 23 janvier 2026 Éditions : Éditions Dépaysage
Village-Huron, Québec, octobre 1957. Belle s’éteint et laisse Henri seul avec leurs dix enfants. Commence alors la lente œuvre du démembrement du clan : un à un, les enfants sont emmenés, placés, renommés. L’État décide, l’Église entérine, la maison se vide. Mais Liliane, l’aînée, ne se résigne pas : sa vie durant, elle se bat pour briser les silences coupables du ministère des Affaires indiennes et rassembler les siens.
Yawenda’ porte la force des retrouvailles et l’urgence de la transmission. C’est le récit vibrant d’une reconquête : celle de sa propre histoire, de sa voix, de son identité. Car des fils invisibles relient les générations brisées et révèlent comment l’intime et le politique s’entremêlent, comment une quête personnelle peut réveiller les luttes d’un peuple : les Wendat de Wendake.
Hier soir, le Cercle littéraire du Château de l’Hermitage a eu l’honneur d’accueillir Isabelle Picard, lauréate du Prix France Québec 2025, venue présenter son roman bouleversant “Yawenda’, Des glaçons comme du verre”. Inspiré de l’histoire de sa propre famille, ce texte puissant revient sur la rafle des années soixante, période très sombre durant laquelle des milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leurs parents avec la complicité de l’État et de l’Église. L’émotion était palpable tout au long de la soirée, portée par la parole sincère et touchante d’Isabelle. Un grand merci à elle, ainsi qu’à Corinne Tartare, pour ce moment d’une intensité rare.
Je suis entré dans ce roman comme on entre dans une mémoire. Une mémoire vivante, fragile et précieuse. Dès les premières pages, je découvre Belle, Henri et leurs dix enfants, au cœur d’une réserve huronne dans le Québec des années 50. Malgré la rudesse du quotidien, je ressens leur bonheur simple, leur attachement à la nature, aux chants anciens, à cette vie modeste mais profondément ancrée.
Puis tout bascule.
Belle tombe malade. Un cancer. Elle, le pilier, la lumière, une femme blanche qui assume sa vie et a épousé l’homme qu’elle aimait, un indien… Elle choisi l’amour au-delà des frontières. Sa disparition laisse un vide immense que je ressens presque physiquement. Henri s’effondre, et l’alcool devient son refuge. Alors Liliane, leur fille ainée, quatorze ans à peine, se dresse. Elle n’a pas le choix. Elle devient mère avant l’heure, protectrice, courageuse, déterminée à maintenir ce qui peut encore l’être.
Mais ce n’est pas suffisant.
Très vite, le regard extérieur s’impose. Le ministère des Affaires indiennes, le système s’infiltre, juge, décide. Et je comprends avec effroi ce qui attend cette famille. Les enfants sont arrachés, dispersés, placés de force. Un à un. Comme si leur identité, leur culture, leur lien n’avaient aucune valeur. Je lis, et la colère monte. Sourde, puis brûlante. Ce qui me bouleverse encore davantage, c’est de savoir que cette histoire est celle de l’autrice. Que derrière les mots, il y a une vérité vécue. Une blessure réelle. Le style d’Isabelle Picard est d’une sobriété désarmante. Elle ne cherche pas à embellir. Elle expose. Elle dit. Et ça frappe fort.
Je me suis senti happé, presque pris au piège. Impossible de m’arrêter. Même quand la lecture devient douloureuse, même quand les larmes brouillent les lignes. J’ai continué, parce que je devais savoir. Parce que ce texte exige d’être lu jusqu’au bout. Et heureusement, au cœur de cette violence, il y a de la beauté. Une humanité persistante. Une dignité qui résiste. Ce roman dépasse la fiction. C’est une parole nécessaire. Un témoignage sur ces politiques d’assimilation qui ont brisé tant de familles autochtones, avec la complicité de l’État et de l’Église. C’est un livre intime et politique, un livre ouvert à tous, qui dérange, qui éclaire, qui m’a marqué.
Je referme ces pages avec émotion. Et avec la conviction d’avoir lu un texte essentiel.
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Extraits :
« C’est l’histoire d’une femme qui portait son monde sur son dos. Pas le monde, son monde. Sa lourdeur se voyait déjà à sa posture, malgré son relatif jeune âge. La bosse qui se trouvait à la jonction du dos et du cou en témoignait. Une bosse de canot, auraient dit les ancêtres. Mais elle n’avait transporté que trois canots durant sa vie. Ce n’étaient certainement pas ces portages qui l’avaient façonnée ainsi. Elle avait compris, il y avait longtemps déjà, que le fardeau de sa peau, de son sang, même mêlé, lui pesait. Elle se demandait où elle serait dans vingt ans. Si la vie voulait encore d’elle. »
« Mock, de dix ans sa cadette, ne comprenait que peu de choses à la politique, «l’autre politique», comme elle l’appelait. Elle suivait bien sûr tout ce qui se passait dans le monde, au pays comme dans sa province, mais elle ne saisissait pas tout à fait la finesse, la nécessité des joutes poli-tiques, des stratégies, des intrigues et des batailles que les politiciens se livraient entre eux. Elle y voyait une perte de temps. »
« Solange naquit au tout début de février, un soir où de gros flocons tombaient tranquillement, comme Belle se l’était imaginé. L’accouchement se passa bien. Après tout, la mère de famille avait l’habitude. Le bébé avait le teint foncé, une peau de cuir, comme disait Belle, et plusieurs cheveux noirs et raides sur le crâne, déjà presque longs. Belle avait eu six enfants à la peau de cuir, trois à la peau blanche, et une entre les deux. Solange était la plus belle à ses yeux, mais elle ne le dit pas. De toute façon, le dernier-né est toujours le plus beau pour une mère, c’est bien connu. »
« Elle était presque sereine à l’idée de mourir. Elle avait Dieu à ses côtés. Toutes les prières qu’elle avait répétées avaient servi à ça, la sérénité, elle le savait maintenant. Elle chérissait chacun des moments passés avec ses enfants: Liliane qui devenait une femme, Étienne qui ne voulait pas montrer sa peine ni sa peur, les jumeaux Thérèse et Thomas qui se chamaillaient constamment, sans doute parce qu’ils étaient trop semblables, pensait-elle, Pascal qui aimait pratiquer tous les sports, avec tous les ballons et toutes les balles, été comme hiver, René et Jules, des petits hommes sensibles qui voulaient déjà être grands, Louise, la timide qui essayait tant bien que mal de se faire une place parmi les autres enfants, Claire, l’artiste du groupe, qui savait déjà tout, et Solange… »
Isabelle Picard est ethnologue, chroniqueuse, conférencière, consultante, chercheuse et autrice huronne-wendat.
Elle a étudié à l’Université Laval, où elle a obtenu un baccalauréat en ethnologie, une diplôme en études autochtones ainsi qu’un diplôme de deuxième cycle en muséologie.
Dans sa communauté, Isabelle Picard a rédigé la première politique culturelle de Wendake, puis a œuvré quelques années comme coordonnatrice du centre culturel.
Elle a été chargée de cours à l’Université Saint-Paul et à l’Université du Québec à Montréal. Isabelle Picard a aussi été chroniqueuse au journal “La Presse »” et pour Espaces autochtones.
En mai 2020, elle est devenue la première spécialiste aux affaires autochtones de la Société Radio-Canada. À travers son parcours professionnel, elle a toujours travaillé à mieux faire connaitre les réalités des Premières Nations.
En avril 2021, elle a publié un premier roman jeunesse intitulé “Nish : Le Nord et le Sud” aux Éditions les Malins.
Celle qui s’est donné comme mission de mieux faire connaître les réalités et les enjeux des Premiers Peuples du Québec nous offre un récit fort, universel et bien loin des stéréotypes.
de Serge Bertrand Broché – 26 mars 2026 Éditions : Les Presses du Midi
Nul ne pouvait imaginer… L’incivilité, le trafic de drogues, l’insécurité se répandent comme une tache d’huile dans les quartiers de Marseille. En effet un caïd de cité mégalomane flanqué de sa bande de dégénérés fait régner la terreur. Les actes de violence et autres règlements de comptes se multiplient. Même la police n’est pas épargnée. C’est dans ce contexte apocalyptique que le commissaire Patrick Blanchard et son adjointe Mélusine Merle sont mandatés par le préfet pour rétablir l’ordre. Les deux enquêteurs débutent ainsi une mission dont ils ne sortiront pas indemnes… Avec cet ouvrage, Serge Bertrand clôture sa trilogie sur Marseille, en emmenant le lecteur au fin fond des ruelles les plus sombres de la cité phocéenne.
Il m’a suffi de quelques pages pour comprendre que je ne quitterais pas mon fauteuil avant d’avoir atteint le mot “FIN”. Terreur sur Marseille, de Serge Bertrand, m’a happé sans la moindre échappatoire. J’ai littéralement dévoré ce roman, emporté par une intensité rare.
Après Les Deux Visages du Chaos et Ils doivent tous mourir, ce dernier volet ne prend aucun détour. L’auteur frappe fort, droit au but, et c’est précisément ce que j’ai aimé. Le rythme est effréné, les chapitres courts et nerveux. À plusieurs reprises, j’ai eu la sensation d’être en apnée, pris dans un tourbillon dont il m’était impossible de sortir.
Et puis soudain… ce moment. Celui où je me suis arrêté, incrédule : “Non, il n’a pas osé ?” Et pourtant si. Serge franchit des lignes, bouscule, surprend. Je me suis même surpris à relire certaines phrases, tant j’étais pressé de comprendre, d’anticiper, de savoir si j’avais bien saisi ce qui venait de se produire.
Dans ce roman, rien n’est épargné. J’ai plongé dans un Marseille en ébullition, à la limite du chaos. Violence omniprésente, règlements de comptes, trafics qui gangrènent les quartiers… La ville semble glisser inexorablement vers un point de non-retour. Face à cela, les forces de l’ordre sont dépassées, poussées dans leurs retranchements. Mandatées pour une mission de la dernière chance, elles s’engagent dans un affrontement brutal, presque apocalyptique, et pourtant terriblement crédible.
Ce qui m’a frappé, c’est ce réalisme cru, presque dérangeant. Serge Bertrand possède ce talent rare de rendre chaque scène palpable, comme si j’y étais. Et au cœur de ce chaos, j’ai retrouvé avec plaisir le commissaire Patrick Blanchard et Mélusine Merle. Leur humanité, leurs failles, leurs doutes apportent une lumière précieuse dans cette noirceur.
Et puis il y a cette présence mystérieuse, ce “fantôme” qui agit dans l’ombre, presque en silence, et qui peu à peu influe sur le cours des événements. Une figure intrigante, subtile, presque philosophique, qui donne une profondeur inattendue au récit.
J’ai également été touché par ces phrases en fin de chapitre, comme des respirations. Paroles de chansons, extraits poétiques… Elles résonnent avec l’histoire et m’ont souvent amené à prolonger ma réflexion, à regarder au-delà de l’action.
Ce roman est noir, rapide, percutant. Un polar social, nerveux, maîtrisé de bout en bout avec une fin époustouflante. Serge Bertrand confirme ici tout son talent et s’impose, à mes yeux, comme une voix incontournable du thriller français. Une lecture que je recommande sans hésiter.
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Extraits :
« Plus de montre, les portables déconnectés, ils n’ont plus aucun contact avec la France, ils passent leurs soirées à rigoler et à boire des bières locales. Ils mangent du kangourou et du crocodile avec leurs hôtes, qui sont d’authentiques Australiens. La journée, ils partent en Land Rover avec Sam, leur guide, à la découverte de paysages merveilleux et de grandes étendues éloignées des villes. Le soir, autour du feu, ils écoutent les histoires ancestrales du « Temps du rêve », les origines de leur monde, que raconte avec sagesse le chaman, traduit par Sam. Après avoir subi des épreuves très difficiles lors de leur précédente enquête à Marseille, ils avaient besoin de se ressourcer et de se reconstruire. Ce break était indispensable pour leurs santés mentales. »
« J’ai tout sacrifié pour mon métier. Chaque jour, j’ai peur quand je pars en mission. J’ignore si je vais rentrer chez moi vivant. Les jeunes racailles des cités n’ont plus de limites. Ils sont mieux armés que nous et déterminés à tuer. Je ne sais pas si des délinquants ne vont pas me suivre pour me faire la peau. Le monde a changé, les gens sont devenus complètement fous. Il n’y a plus de valeurs, je n’ai plus ma place nulle part. Je n’ai plus aucun espoir, il est temps que j’abrège mes souffrances. Ce soir, je n’ai pas eu le courage de me tirer une balle dans la tête avec mon arme de service. »
« Les chasseurs de primes traquaient les canailles mort ou vif et faisaient le ménage. À présent, on se prétend civilisé, mais nous retournons à la sauvagerie la plus cruelle, sans état d’âme. Le plus insupportable, c’est le manque de justice. Nous constatons de plus en plus que les malfaiteurs défient les forces de l’ordre sans se soucier des conséquences. Ils sont convaincus qu’ils ne risquent rien. »
« Chaque jour, quand je vois la réalité de l’actualité, je suis révolté. Je méprise les gesticulations de nos dirigeants. Au fond de moi, je reste un rebelle insoumis et j’ai envie de crier: “Bande de guignols, cravatés comme des pendus, retirez un peu les mains de vos poches et le cul de vos fauteuils ! Allez voir sur le terrain, rendez-vous enfin compte que la situation s’est dégradée d’une façon inquiétante. Les mots ne suffisent plus, vous devez apporter des solutions et prendre des mesures urgentes contre la délinquance, l’insécurité et le trafic de drogue.” »
Après avoir réalisé son autobiographie en deux volumes qui témoignent de son parcours de rocker-voyageur, Destination Rock et Dans le feu du tempo, Serge Bertrand propose avec sa trilogie sur Marseille des enquêtes percutantes sans complaisance sur sa ville qui ne laissent aucun répit au lecteur : Ils doivent tous mourir, Les Deux Visages du chaos et Terreur sur Marseille.
de Alissa Wenz Broché – 19 août 2020 Éditeur : Denoël
Il n’y avait aucun doute : Tristan était violemment épris. Elle le rencontre, et c’est un émerveillement. Tristan est un artiste génial qui transforme le rêve en réalité. À ses côtés, la vie devient une grande aire de jeux où l’on récite des poèmes en narguant les passants. Il ne ressemble à personne, mais cette différence a un prix. Le monde est trop étriqué pour lui qui ne supporte aucune règle. Ses jours et ses nuits sont ponctués d’angoisses et de terreur. Seul l’amour semble pouvoir le sauver. Alors elle l’aime éperdument, un amour qui se donne corps et âme, capable de tout absorber, les humeurs de plus en plus sombres, de plus en plus violentes. Jusqu’à quel point ? Au point de s’isoler pour ne plus entendre les insultes, au point de mentir à ses proches, au point de s’habituer à la peur ? Est-ce cela, aimer quelqu’un ? Un premier roman d’une rare justesse sur l’emprise amoureuse.
Je n’ai pas lu ce livre. Je l’ai encaissé.
Quelques jours plus tôt, j’avais rencontré Alissa Wenz, une femme habitée, vibrante, au Château de l’Hermitage. Elle m’avait déjà bouleversé avec son dernier roman “Le Désir dans la cage”. Alors forcément, j’avais envie d’y retourner. Mais je ne m’attendais pas à ça.
Dès les premières pages, de À trop aimer, j’ai pris une claque. À chaque ligne, une question m’a poursuivi. Est-ce du vécu ? Ou simplement une fiction terriblement réaliste ? Plus j’avançais, plus je me sentais happé, pris dans un tourbillon qui ne cessait d’accélérer. Une spirale où l’amour se mêle à la violence, où la passion devient un piège. Je me suis lancé dans cette lecture sans savoir, je n’avais pas lu le sujet. Et je me suis retrouvé au cœur d’une emprise. Pas en simple lecteur. Non. Tantôt témoin impuissant, tantôt proche invisible, avec cette envie irrépressible de tendre la main, de dire “pars”, de la protéger.
Ce qui m’a troublé immédiatement, c’est aussi ce choix narratif. Lui a un nom. Tristan. Elle, non. Elle est “je”, elle est “tu”. Et moi, je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir l’autrice. De ressentir quelque chose de profondément intime, presque dérangeant.
Elle est libre, créative, vivante. Enseignante, artiste, entière. Et puis il y a Tristan. Il est libraire, mais rêve de devenir très vite un grand photographe. Leur rencontre. L’évidence. L’amour fulgurant. Celui qui emporte tout. Très vite, ils deviennent inséparables. Ils construisent, ils rêvent.
Mais peu à peu, quelque chose se fissure. Au début, ce sont des détails. Des réactions excessives. Des tensions. Puis viennent les colères, les mots qui blessent, les silences lourds. Et malgré tout, elle reste. Parce qu’elle aime. Parce qu’elle pense pouvoir réparer.
Et moi, lecteur, petit à petit je suffoque. La mécanique est implacable. L’emprise s’installe. Les cris deviennent menaces. L’amour devient peur. Et cette question ne me quitte plus, jusqu’où peut-on aller par amour ?
L’écriture est directe. Sans détour. Sans artifice. Alissa ne cache rien. Elle expose. Elle met à nu. Et c’est précisément ce qui rend ce texte si puissant. Ce roman, je ne l’ai pas simplement lu. Je l’ai vécu.
Il m’a dérangé. Touché. Bousculé. Et il m’a rappelé que certains livres ne racontent pas une histoire… Ils vous obligent à la traverser.
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Extraits :
« J’étais à Cherbourg, à la recherche d’un parapluie, de Catherine Deneuve, d’un « Je ne pourrai jamais vivre sans toi », j’étais partie m’offrir vingt-quatre heures loin de Paris, un cadeau d’anniversaire à moi-même, une virée en solitaire, dans le plus grand secret. »
« Il vint. Il aima mes chansons. Il m’aima. Il aima mes textes tissés de ratages sentimentaux, de tendresse voluptueuse, de volcans inassouvis. Il aima mon engagement sur scène. Le soir même, il m’envoya un message dans lequel il me disait à quel point le concert l’avait bouleversé, atteint. Une claque, pour ainsi dire. « Tu es violente, tu sais.» Ces mots provoquèrent en moi des frissons sans égal, charnels, animaux. Il n’y avait aucun doute : Tristan était violemment épris. »
« Il était la révolte, et l’enfance. Il était tout à la fois Patrick Dewaere et Nanni Moretti – mélange improbable, et pourtant réel. Du premier, il avait les vives écorchures, l’âme en feu. Du second, cet humour à la fois sophistiqué et puéril, cette immaturité jubilatoire que savent cultiver les grands intellectuels. Tristan était fâché contre le monde, il entretenait avec délice une marginalité du cœur et donnait le sentiment d’être toujours un peu à côté de tout et de tous. Il me confia que son enfance n’avait pas été facile et qu’il avait tout fait pour fuir sa famille sans ambition et sans culture, fuir la morne banlieue qui l’avait vu grandir, fuir, se libérer, vivre à Paris, gagner sa vie même modestement, ne rien devoir à personne, accéder à de belles études par la seule force de son cerveau et de sa curiosité, construire ses idéaux, ses occupations et son art de ses propres mains. »
« L’averse dissipée, nous sommes rentrés à l’hôtel, et brusquement Tristan a explosé. Il a hurlé qu’il ne supportait pas les vacances, que je n’aurais pas dû l’emmener ici, il disait des choses comme «les vacances c’est pour les gens qui travaillent, pas pour les gens qui sont au chômage comme moi, tu crois vraiment que j’ai que ça à foutre de partir en vacances ». J’ai essayé de le calmer, ça ne marchait pas, alors je suis partie dans la salle de bains, j’ai fait couler un bain, je me suis allongée dans l’eau et j’ai enfoncé ma tête jusqu’à noyer mes oreilles pour ne plus entendre ses cris. »
Après une formation de piano et de chant en conservatoire, des études de lettres à l’École normale supérieure, ainsi qu’une formation théâtrale, Alissa Wenz choisit de partager sa vie entre la chanson et l’écriture.
Autrice compositrice interprète, elle se produit dans de nombreuses salles à Paris et en région, soutenue par Contrepied Productions.
Elle a étudié à la Fémis, et poursuit des activités de scénariste et enseignante de cinéma.
Elle est également écrivaine. Ses deux romans, À trop aimer (2020) et L’Homme sans fil (2022), sont publiés aux Éditions Denoël. L’homme sans fil fait partie des finalistes du Prix Pampelonne-Ramatuelle, ainsi que du Prix Orange du Livre.
Son album Je, tu, elle paraît chez EPM / Universal le 9 septembre 2022. Romain Didier en signe les arrangements. Un nouveau spectacle accompagne cet album.
de Marion Cabrol Poche – 23 avril 2026 Éditeur : Taurnada éditions
Près des falaises d’Anton, un os humain est découvert. Vingt ans plus tôt, Grace Tanner, une fillette du village, disparaissait sans laisser de traces. Pour Tom Lanier, journaliste local, l’affaire est personnelle : à l’époque, il partageait la vie de Marcy, amie d’enfance de Grace. Alors qu’il reprend l’enquête, Tom comprend que Marcy pourrait détenir une part du secret.
Ce que l’on oublie finit toujours par nous rattraper.
Je suis entré dans ce roman comme on avance dans une brume épaisse, sans vraiment savoir où je mettais les pieds.
Tout commence vingt ans plus tôt, dans un petit village marqué à jamais par la disparition de Grace Tanner, une fillette envolée sans laisser de trace. Le lendemain, une autre enfant apparaît, Marcy, déposée dans un orphelinat, sans passé, sans repères. Elle ne se souvient de rien… sauf de Grace. Une amie. Une présence. Un souvenir fragile. Très vite elle se sauve et fonce voir la police en affirmant que Grace a été tuée. Mais personne ne la croit. Trop étrange, trop floue, trop improbable. Et dès le lendemain, elle oublie tout…
Cette idée me hante.
Des années plus tard, l’affaire ressurgit. Un os est retrouvé. Peut-être celui de Grace. Tom Lanier, journaliste local, décide de replonger dans cette histoire avec la police, il est bien décidé à découvrir avec eux, toute la vérité sur cette disparition étrange. D’ailleurs, lui aussi est lié à ce passé. Et surtout, il a connu Marcy, a partagé sa vie. Une relation brisée, qui le quitte du jour au lendemain, sans explication. Alors quand elle revient au village, je sens que quelque chose va basculer.
Et je ne me trompe pas. Ce roman m’a fait l’effet d’une marée montante. Au début, tout semble calme, presque maîtrisé. Puis la tension grimpe, les doutes s’installent, les certitudes s’effritent… jusqu’à devenir une véritable tempête.
Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la construction des personnages. Ils portent le récit. Ils sont complexes, ambigus, jamais totalement lisibles. Chacun cache quelque chose. Chacun pourrait être coupable. Et moi, lecteur, je me suis perdu avec eux, dans leurs zones d’ombre, incapable de deviner où tout cela allait me mener.
Marion Cabrol m’a surpris. Là où je m’attendais à un récit plus linéaire, elle m’a entraîné dans un véritable labyrinthe. Les fausses pistes s’enchaînent, les révélations tombent sans prévenir. Jusqu’à la dernière page, je suis resté suspendu.
Mais au final, celle qui m’a le plus marqué, c’est Marcy. Elle m’a fasciné. Ses absences, ses silences, ses trous de mémoire… Elle avance dans un brouillard constant, prisonnière d’elle-même. Et moi, j’ai ressenti cette confusion, cette fragilité, presque physiquement.
Ce que Marcy a oublié m’a touché. Parce qu’il parle de mémoire, de secrets, de ce que l’on garde enfoui… et de ce que cela peut détruire. C’est un texte à la fois poignant, dérangeant, mais profondément humain.
Je referme ce livre avec le sentiment d’avoir découvert une autrice à suivre de très près.
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Extraits :
« “— Tom ! Ils ont trouvé Grace ! Ramène-toi en vitesse.” Le rédacteur en chef raccroche avant que je ne lui réponde. Sur l’autre ligne, j’entends au loin Louis et sa femme commenter les informations. J’allume la télé et je cherche fébrilement une chaîne locale québécoise. C’est là, ça tourne en boucle. Je regarde les images et je comprends que c’est grave. La présentatrice, micro dans une main, répète d’une voix forte qui couvre à peine le bruit des sirènes : “L’os d’un enfant a été découvert ce soir au sommet d’une colline. Le chien d’un promeneur l’a déterré. Son origine est encore incertaine, mais d’après les enquêteurs, il pourrait s’agir des restes de la petite Grace Tanner.” »
« Avant que ma vue ne se brouille de nouveau, j’ai le temps de remarquer la forme humaine floue tapie contre le mur. Mon corps se crispe, comme s’il sentait une menace. Je voudrais me relever pour me défendre, mes muscles ne m’obéissent pas. Je suis frêle et incapable de fuir. Mon cœur cogne lourdement dans ma poitrine. Je respire plus fort. Le peu d’énergie qui me reste disparaît dans un frisson qui traverse ma colonne vertébrale. Je ferme les yeux. »
« Je suis recroquevillé depuis une heure dans l’habitacle sale de la Ford. J’attends depuis une éternité. Mes nerfs sont à vif. Mon téléphone n’arrête pas de sonner : Lann exige des réponses. Louis m’a aussi envoyé quelques messages. Je ne les ai pas ouverts. Marcy est de retour et elle dort chez lui ! Comment a-t-il pu garder cela pour lui ? Je lui en veux de ce mensonge par omission. Il sait que j’aurais tout donné pour lui parler de nouveau. Je me calme en lui trouvant des excuses: le père de Louis est le médecin de Marcy. Marcy n’avait donc disparu que pour moi. J’aurais pu insister, demander à mes amis s’ils avaient de ses nouvelles. Je me suis toujours refusé à le faire. Ça fait trop mal. »
« J’avais soif. Et peur. Les rais de lumière me perçaient les yeux, mais je ne voulais pas les fermer : Grace, son corps menu recroquevillé, surgirait. C’était enfoui. Puis une image. Un film flou. On jouait, on faisait du roller. Grace avait des bleus violacés sur les cuisses qui la faisaient souffrir. Moi, démarche claudicante comme si je réapprenais à marcher. Deux enfants boiteuses, endommagées. Il y avait de la boue, des fleurs, des oiseaux. Quoi d’autre ? Des voix. Des trous dans la terre. Du sang sur les murs. Plus le temps passait, plus ma tête se remplissait. Les mouches. L’odeur de la mort gagnait les souvenirs et les recouvrait. J’avais cessé de pleurer. Mes yeux étaient secs, mon regard était clair. Je me souvenais de tout : un crime avait été commis. Il fallait faire vite : l’effaceur de mémoire allait revenir. Cours, petite souris, cours. »
Marion Cabrol est titulaire d’un master 2 en ingénierie culturelle, marketing et communication de l’École EAC.
Elle a travaillé en tant que responsable pédagogique, responsable marketing et communication, au zoo d’Amnéville, en Lorraine (2012-2019). Les contacts qu’elle y a noué ont nourri son histoire. La lionne rouge (2020) est son premier roman. Certains soigneurs ont accepté de relire le roman afin d’assurer son authenticité dans le récit du travail quotidien des animaliers.
Marion Cabrol est directrice marketing de l’entreprise Arskan depuis 2019.
de Benoît Séverac Poche – 7 septembre 2023 Éditeur : 10 X 18
L’oncle et la tante de Stéphane vident leur appartement et lui proposent de venir recupérer quelques souvenirs : – Tu pourrais prendre le tableau du peintre juif. – Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Quel peintre juif ? – Celui que tes grands-parents ont caché dans leur grenier pendant la guerre.
C’est ainsi que Stéphane découvre un pan de l’histoire familiale complètement ignoré. Eli Trudel, célèbre peintre, aurait été hébergé pendant l’Occupation par ses grands-parents, le tableau est la preuve de sa reconnaissance et Stéphane en hérite aujourd’hui. La vente de cette œuvre de maître pourrait être un nouveau départ pour son couple mais Stéphane n’a plus qu’une obsession : offrir à ses grands-parents la reconnaissance qu’ils méritent… Cependant quand le tableau est présenté aux experts à Jérusalem, Stéphane est placé en garde à vue, traité en criminel : l’œuvre aurait été volée à son auteur. Quel secret recèle cette toile ? Que s’est-il vraiment passé dans les Cévennes, en hiver 1943, pendant la fuite éperdue d’Eli Trudel et de sa femme ?
Dans cette enquête croisée entre passé et présent, Benoît Séverac nous maintient en haleine et nous entraîne aux côtés de Stéphane sur les traces du peintre juif et de sombres secrets de l’Histoire.
Je découvre Benoît Séverac avec Le tableau du peintre juif, que je viens tout juste de refermer… et qui m’a emmené bien plus loin que je ne l’imaginais. Ce roman m’a fait voyager. Dans le temps, d’abord, en 1943, au cœur de la guerre, mais aussi dans l’espace, dans une petite ville près de Lyon, puis à Jérusalem et à Barcelone… Je ne connais pas Jérusalem, mais je trouve que Benoît à fort bien décrit Barcelone que je connais bien, ses lieux et les gens qui y vivent, j’avais vraiment l’impression d’y être.
Stéphane vit à Firminy, avec sa femme Irène. Il a perdu son entreprise, il y a peu de temps et depuis la vie avec sa femme est assez compliquée, de plus leurs deux filles ont quitté la maison. Ils se retrouvent seuls avec ce sentiment d’être passé à côté de quelque chose, à côté des rêves qu’ils s’étaient promis.
Puis un jour, un héritage inattendu. L’oncle et la tante de Stéphane s’apprête à quitter leur appartement de Paris et propose à leur neveu de récupérer quelques affaire qu’ils ne souhaitent pas conserver. Mais aussi une peinture. Et derrière celle-ci, une histoire. Celle de ses grands-parents, qui ont caché un peintre juif, Eli Trudel, et sa femme pendant l’Occupation. Un geste courageux. Un acte de résistance silencieux.
Très vite, j’ai ressenti la fierté de Stéphane, mais aussi sa chute, car là où il voit un devoir de mémoire, son épouse y voit une opportunité financière. Stéphane tombe de très haut. Il ne s’attendait pas du tout à cette réaction, alors qu’il s’apprêtait à faire reconnaître ses grands-parents comme étant des Justes parmi les Nations, à Yad Vashem. Et tout bascule. Lorsqu’il part à Jérusalem rien ne se passe comme prévu. Le tableau serait volé. Et lui, accusé. La honte l’empêche de contacter sa famille, de toute façon, Irène ne donne plus aucune nouvelle depuis son départ. seules ses filles le contactent de temps en temps. À partir de là, je me suis laissé happer par son enquête. Une quête intime, obsessionnelle, pour comprendre la vérité, pour réparer, pour rendre justice. Que s’est vraiment passé avec sa famille en 1943 !
J’ai été touché par cette plongée dans l’Histoire, par ces destins brisés, ces vies en fuite, cette peur omniprésente… racontés sans jamais tomber dans l’excès. Alors oui, j’ai ressenti quelques longueurs. Mais elles n’ont jamais suffi à me sortir du récit. Parce que derrière tout ça, il y a une question essentielle. Que reste-t-il de ceux qui ont agi dans l’ombre ?
Un roman touchant, instructif, et profondément humain. Une enquête qui relie passé et présent… et qui rappelle que certaines vérités méritent d’être retrouvées, coûte que coûte.
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Extraits :
« À l’heure qu’il est, je pourrais être installé sur la terrasse d’Annie et Kader, en train de siroter un apéritif et de regarder le soleil s’avachir sur la chênaie. Mon seul souci serait la présence de moustiques. Bien qu’aucun de nous ne croie en leur efficacité, nous allumerions des serpentins répulsifs, et nous continuerions à boire en ponctuant notre conversation de tapes sur nos avant-bras et nos chevilles. Au lieu de quoi, je suis dans cette salle d’interrogatoire, entre cellule de prison et abri antiatomique, et je crève de chaud autant que de peur. La France, la Dordogne, les vacances… Tout cela me paraît si loin, si inaccessible. »
« Les rares sources en ligne ne m’ont pas appris grand-chose. Tout ce que l’on sait, c’est qu’au moment de l’entrée des Allemands dans Paris, en 1940, Eli Trudel a fui la capitale avec son épouse, Jeanne Fredon, la fille du peintre André Fredon. On dit qu’Eli n’a jamais commenté les événements mondiaux. C’était sa façon à lui de résister. Ne pas laisser la barbarie et le fracas le détourner de l’unique raison de sa présence sur terre : peindre. »
« Un coup d’œil au Trudel dans le rétroviseur détourne mon esprit de ces idées maussades. Je souris. Le tableau est dans son emballage de papier bulle, je l’ai recouvert d’une vieille couverture que j’ai toujours dans le coffre. Quand les filles étaient petites, je l’étalais dans l’herbe pour qu’elles puissent s’asseoir sans que ça gratte. Je ne sais pas pourquoi je la garde alors que nous ne pique-niquons plus, Irène et moi. »
« Mais depuis quand tu t’intéresses à la Shoah, toi ? — Ça m’a toujours fasciné, tu le sais. Mes grands-parents n’ont pas été reconnus comme tels alors qu’ils ont eu un comportement héroïque. — Qu’est-ce qui te fait croire qu’ils auraient souhaité accéder à ce statut ? S’ils n’ont pas fait la démarche de leur vivant, il y a peut-être une raison. Elle marque un point. »
Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre. Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.
Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.
Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.
Par ailleurs, il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité interprofessionnel des vins du Sud-Ouest.
Il est aussi membre cofondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentant trois continents.
Il est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis cofondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Et enfin il a enseigné l’anglais à l’École nationale vétérinaire de Toulouse et auprès des étudiants du diplôme national d’œnologie de Toulouse.
de Marie Vareille Broché – 11 mars 2026 Éditeur : Flammarion
“Le jour où je suis devenue une meurtrière, j’ai cessé d’aimer les mirabelles.”
Sarégnac, Corrèze. Célestine grandit dans la ferme familiale, bien décidée à réussir ses études pour échapper à la vie de labeur qui l’attend aux champs. Cadiran, Gironde. Solange est internée dans une école de préservation pour jeunes filles où sont envoyées des adolescentes jugées « déviantes ». Quel secret lie ces deux jeunes femmes ? Pourquoi Solange déteste-t-elle tant Célestine ? Et comment cette dernière a-t-elle pu commettre l’irréparable ? De la France de nos grands-parents jusqu’à nos jours, cette intrigue poignante ménage autant de suspense que de rebondissements. À travers les destinées de quatre générations de femmes puissantes, Marie Vareille retrace l’extraordinaire évolution de notre monde depuis un siècle et nous rappelle ce que nous devons tous à la persévérance et au courage de nos aînées.
À chaque fois que je lis un roman de Marie Vareille, j’ai cette sensation étrange… comme si, derrière chaque histoire, se cachait un message beaucoup plus profond, presque intime. Avec La Dernière Allumette, j’avais lu ses mots comme un cri, une mémoire, un hommage à toutes ces femmes qui avaient osé, souffert et résisté…
Cette nuit, après quelques heures de lecture, j’ai fermé la dernière page de Nous qui avons connu Solange, avec un profond respect… Et en le refermant, je n’étais plus vraiment moi. J’étais Célestine. J’étais Solange. J’étais Marguerite, Jeanne, Manon… mais aussi un peu Armand et tant d’autres encore. J’aurais voulu ralentir ma lecture. Rester encore un peu dans leurs vies. Mais quelque chose m’attirait vers la fin, irrésistiblement. Ce moment où tout se dévoile. Où les silences se fissurent enfin, ce moment où Célestine se dévoile et s’ouvre à sa petite fille.
Célestine, née au début du siècle, grandit dans une ferme en Gironde. Très tôt, elle veut comprendre, apprendre, choisir. Elle rêve d’une vie où elle déciderai, s’émanciperai. Mais à son époque, une femme ne choisit pas. Elle obéit. Elle travaille. Elle se tait. Et c’est là que ce roman m’a bouleversé. Parce qu’il raconte sans détour. Parce qu’il montre ce que l’on préfère parfois ne pas voir. Parce qu’il donne une voix à celles que l’on a enfermées. Page après page, j’ai été happé. Le lien entre Célestine et Solange, je l’ai deviné très vite, il m’a frappé, profondément, m’a ému, marqué. J’ai pensé à ma mère, mes tantes, à mes grand-mères à toutes ces femmes que j’ai côtoyé dans mon enfance sans vraiment les voir… Leur force. Leurs silences. Leurs combats invisibles, leurs espoirs peut-être.
Ce roman est dur, il fait mal car il dit la vérité. Mais il est aussi d’une beauté rare. Délicat, profondément humain, presque nécessaire. Il ouvre une nouvelle fois les yeux là où je pensais que tout avait déjà été écrit. Non ! Tout ne sera jamais entièrement écrit. Il y aura toujours une Célestine, une Solange quelque part dans le monde, qui est perdue et qui ne demande qu’a hurler, qu’on la laisse vivre sa vie, qui refusera d’être enfermée, contrôlée, et d’être jugée dès qu’elle refusera de se taire, même quand tout la pousse à plier…
Un livre qui pourrait être un livre “de femmes” pour les femmes, mais il est bien plus que cela. C’est un livre pour comprendre. Pour ressentir. Pour ne plus détourner les yeux. Tel un cri, une évidence, un livre qui doit être lu. Un hommage à toutes celles que l’on a voulu faire taire face à la violence de certains hommes.
Un livre qui m’a remué, sincèrement, peut-être même mon plus gros coups de cœur pour 2026… Merci Marie, pour cette force silencieuse, cachée entre les mots, qui attend que la vérité éclate et bouleverse, malgré les blessures, en traversant les générations.
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Extraits :
« Je vais commencer, ma Biquette, par te dire ceci : le jour de la mort de Solange, ce jour où je suis devenue une meurtrière, j’ai cessé d’aimer les mirabelles. Pourtant, avant cette nuit terrible, durant laquelle la grange bleue a brûlé et où Solange est morte, aucune saveur n’égalait celle des mirabelles chauffées au soleil que je ramassais dans le verger des Bellanger ; celles que Maman glissait dans la poche de mon tablier en cachette, celles que je partageais avec Solange, sa joue tiède contre la mienne, au bord de la rivière. »
« J’ai vécu mes premières années principalement entourée de femmes et d’enfants. Les hommes, mobilisés en masse, étaient tous morts à la guerre, ou presque, et ceux qui étaient revenus avaient laissé un bout de leur âme au fond des tranchées boueuses. Note que cela ne les a pas empêchés, dès leur retour, de prendre la direction de la coopérative et de renvoyer les femmes du village à leur juste place, à savoir, selon eux, dans la cuisine. »
« Malgré la loi de 1882 qui avait rendu l’école obligatoire de six à treize ans, Maman, comme beaucoup des enfants de paysans dont l’aide était nécessaire à la ferme, était peu allée en classe. Elle savait néanmoins lire et écrire et elle possédait même quelques livres. C’était une de ses grandes fiertés. Les rares moments où elle me prenait sur ses genoux plus de quelques secondes ont été pour m’apprendre à lire, vers l’âge de cinq ans. »
« Je m’appliquais autant que je pouvais, pour être sa meilleure élève et voir le visage de ma mère s’éclairer quand elle tournait les pages de mes cahiers à carreaux aux marges fleuries d’excellentes notes. À l’époque, dans un village aussi petit que Sarégnac, les cours préparatoire et élémentaire étaient mélangés dans une seule et même salle de classe. M. Dujardin me citait en exemple, s’émerveillant de mes étonnantes capacités en calcul, surtout pour une fille, précisait-il parfois, et il me donnait souvent les exercices destinés aux plus âgés. »
« Ma passion pour les romans exaspérait Alphonse, pour qui perdre du temps à lire des événements qui ne sont jamais arrivés à des gens qui n’ont jamais existé relevait de la démence. Il a même jeté une fois Le Tour du monde en quatre-vingts jours au feu après m’avoir giflée, parce que bien trop profondément plongée dans les passionnantes aventures de Phileas Fogg je ne l’avais pas entendu m’ordonner de préparer le dîner. »
Marie Vareille – Paris Décembre 2023.
Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Elle est l’autrice de plusieurs best-sellers totalisant près d’un million de ventes dans le monde. Son roman Désenchantées, paru en 2022 aux éditions Charleston et en 2023 au Livre de Poche, a remporté le Prix des lecteurs Système U, ainsi que le Prix des lecteurs de la librairie Lamartine. La Vie rêvée des chaussettes orphelines a reçu le Prix Charleston poche 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021. Ses livres sont traduits dans plus de dix pays.
Elle est également l’autrice, aux éditions Charleston, de Je peux très bien me passer de toi (Prix Confidentielles), Ainsi gèlent les bulles de savon et Désenchantées.
Elle a reçu de nombreux Prix en littérature jeunesse pour sa trilogie « Elia la Passeuse d’âmes » et son roman Young Adult « Le syndrome du spaghetti » a été récompensé du Prix Babelio en 2021 et figure dans la sélection du Prix des Incorruptibles 2022-2023, organisé tous les ans en partenariat avec le Ministère de la culture et l’Éducation Nationale.
de José Rodrigues dos Santos Poche – 16 octobre 2025 Éditions : Pocket
Un jeune capitaine portugais, une histoire d’amour inattendue et la guerre des tranchées : un récit poignant sur le courage, l’espoir et les liens qui unissent les âmes en temps de guerre.
Avril 1917. Alors qu’un régiment de soldats portugais affronte la mitraille dans les Flandres, le régime, à Lisbonne, change de main. Pour les hommes envoyés au front, pas de relève, pas de permission. Sans la solidarité de ses frères d’armes, Alfonso se serait senti abandonné. Lui, le fils de paysans, l’ancien séminariste qu’on surnomme “le Sérieux” retrouvera cependant la foi dans le regard d’Agnès, jeune baronne française croisée au hasard des déroutes. Ces deux êtres, que tout oppose, se sont reconnus. Mais déjà les Allemands concentrent leurs dernières forces…
“J.R. dos Santos signe un grand roman. Il s’attache à rendre ses personnages vivants, émouvants dans leur humanité.” France Info
“Un puissant roman.” L’Avenir
Avec Oubliés, je retrouve avec un immense plaisir l’univers de José Rodrigues dos Santos, un auteur que je considère comme l’un des plus grands dans son domaine. Lorsque j’ai appris que les éditions Pocket publiaient son tout premier roman, écrit en 2004 sous le titre “A filha do capitão” (La fille du capitaine), je n’ai pas hésité une seule seconde.
Une fois encore, il a su m’emporter. Ce que j’admire profondément chez lui, c’est sa capacité à bâtir ses récits sur une documentation impressionnante, mêlant sciences, politique et Histoire avec un grand H. Et ici, plus encore que dans ses autres romans, quelque chose de très personnel a résonné en moi, à travers les lieux évoqués, les villes du Portugal que je connais, où je suis allé, les mots portugais glissés au fil des pages, j’ai senti mes racines vibrer. Mais “Oubliés” est bien plus qu’un simple roman historique. C’est une plongée bouleversante dans le rôle du Portugal durant la Première Guerre mondiale, un pan d’histoire que je ne connaissais pas, que je découvre ici !
Afonso Brandão, fils de paysans, est un jeune homme promis à une vie religieuse, qui va gravir les échelons grâce à son éducation avant de devenir soldat, puis capitaine. Son histoire d’amour avec Carolina est brutalement interrompue par son départ pour les Flandres françaises, où il découvre l’horreur de la guerre. Comme pour beaucoup, c’est la première fois qu’il quitte son pays. Et ce qu’il va vivre dépasse tout ce qu’il aurait pu imaginer. Entre devoir, survie et rencontres inattendues, son destin bascule. Lorsqu’il croise le regard d’Agnès, une jeune baronne française, mystérieuse et érudite, le récit prend une nouvelle dimension, plus intime, presque suspendue.
J’ai été profondément touché par cette histoire d’amour entremêlée à la violence du conflit, mais aussi par les réflexions philosophiques et l’influence omniprésente de la religion catholique. Ce roman m’a semblé différent des autres œuvres de l’auteur. Plus humain, plus poignant encore. Il rend hommage à ces soldats oubliés, abandonnés dans les tranchées, qui ne seront jamais relevés à partir du moment où ils prendront leur poste, laissés pour compte par leur propre pays. Une réalité révoltante, que je ne soupçonnais pas à ce point.
J’ai été impressionné par tout ce que j’ai appris, sur l’histoire du Portugal, ses tensions politiques, la condition de ses soldats, souvent pauvres et délaissés, mais aussi sur la guerre elle-même. Chaque détail compte, chaque page résonne. J’ai été happé du début à la fin, porté par une écriture vibrante et profondément incarnée.
Si vous aimez les romans historiques qui allient érudition et émotion, je ne peux que vous recommander cette lecture marquante.
Pour ma part, c’est un immense coup de cœur, aussi enrichissant qu’émouvant.
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Extrait :
« Dès son plus jeune âge, Afonso da Silva Brandão avait compris que la vie est un long fleuve incertain, parsemé de courbes, de bifurcations, de ponts, de tunnels et de méandres, et que chaque voie recèle d’innombrables mystères, des secrets à percer et des énigmes à décrypter. Animé d’une curiosité constante et stimulé par une intelligence vive et intuitive, il ne tarda pas à soupçonner que le monde est un lieu étrange, un immense théâtre d’illusions, perfide et dissimulé, un double jeu de miroirs où tout semble chaotique, mais s’avère en fait ordonné, où les choses ont une signification, mais pas nécessairement un sens. Il se rendit compte, d’ailleurs, que c’est précisément dans l’existence d’un sens que commence l’énigme du sens de l’existence. »
« Son père s’appelait Rafael Brandão Laureano, ce qui soulevait un autre mystère. En effet, si son nom de famille était Laureano, pourquoi avait-il donné à ses enfants le nom de Brandão ? Là encore, Afonso n’eut jamais de réponse satisfaisante, son père se contentant de hausser les épaules lorsqu’on l’interrogeait sur son choix. Rafael Laureano mesurait 1,75 m, une taille inhabituellement grande au Portugal, et c’était un homme profondément religieux. »
« Paul se rendit à la réception et demanda conseil ; la réponse fusa sans hésitation. — Ils sont tous différents, dit l’homme. Mais plusieurs de nos clients sont allés voir le Cinématographe Lumière et en sont revenus émerveillés. — Le Cinématographe Lumière? Où se trouve-t-il? — À l’Exposition, m’sieur. Au pavillon des Machines. Ils décidèrent de suivre cette suggestion et montèrent dans leurs chambres. Avant de se coucher, Agnès admira la silhouette colorée de la tour Eiffel, avec sa structure de fer recouverte d’ampoules. La lumière électrique baignait le Champ-de-Mars, la tour brillait de toute sa hauteur et émettait trois puissants projecteurs depuis son sommet vers différents points de la ville. — Un jour, nous aurons l’électricité à la maison, tu verras, soupira Claudette, assise devant la fenêtre à côté de sa sœur. »
« — Ce n’est qu’un tissu de mensonges ! s’exclama Afonso. — Il leva une main, paume vers le haut. — L’Église dit qu’il faut croire en Dieu, qu’il faut avoir la foi, qu’il faut prier. Je vous le demande, pourquoi ? Cela voudrait dire que ceux qui ne croient pas en Lui vont en enfer, juste parce qu’ils ne croient pas en Lui ? Ainsi, si je suis une canaille et que je prie tous les jours comme un croyant, et que quelqu’un d’autre est un homme bon, droit et honnête, mais qu’il n’a pas la foi et ne prie pas, j’irai au paradis, et lui en enfer ? Moi, qui suis une canaille, et lui, un honnête homme ? Est-ce que ça a un sens ? Quel est ce Dieu qui est si égoïste qu’Il exige que les gens L’idolâtrent ? Qui place l’idolâtrie au-dessus de la bonté ? »
Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers scientifiques. La saga Tomás Noronha, traduite en 18 langues, s’est fait connaître en France avec « La Formule de Dieu », vendue à près de 500 000 exemplaires (2 millions dans le monde) et dont les droits d’adaptation au cinéma ont été acquis par Belga Films. Avec « Immortel », il signe le 8e roman de la saga en France. Les romans de J.R. dos Santos et de son héros Tomás Noronha rencontrent un grand succès à travers le monde. Thrillers érudits, ils traitent des sujets de science, de religion ou d’histoire avec toujours un incroyable travail de recherche. Car le sujet central de tous les romans de J.R. dos Santos reste le même : la vérité. En tant que journaliste-reporter de guerre et en tant qu’auteur, cette question ne l’a jamais quitté. Et ce qui rend la série des Tomás Noronha unique, c’est justement ce défi systématiquement relevé de remettre en cause une vérité pré-établie pour en rétablir une nouvelle, difficile à accepter peut-être, mais bien plus limpide.
Ses romans sont tous publiés aux Éditions Hervé Chopin :
La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues,
L’Ultime Secret du Christ (2013),
La Clé de Salomon (2014), suite de La Formule de Dieu,
La Femme au dragon rouge (2023), un diptyque composé de L’Homme de Constantinople (2019) et Un millionnaire à Lisbonne (2020). L’année suivante il aborde l’un des secrets les plus douloureux de l’histoire contemporaine avec :
de François Rabes Broché – 26 mars 2026 Éditeur : TAURNADA
Et si votre vie basculait en quelques secondes ?
C’est ce que le destin réserve à Sofiane, médecin urgentiste, pris dans la tourmente d’un violent règlement de comptes. Lui s’en sort indemne, mais Clara, l’amour de sa vie, tombe sous une balle perdue. Rongé par le chagrin, consumé par le désir de vengeance, Sofiane s’engage dans une quête sans merci pour traquer les responsables en prenant tous les risques…
… Ainsi qu’un aller simple pour l’enfer.
Depuis quelques mois, chaque service de presse reçu des éditions Taurnada est pour moi une promesse de lecture intense. Avec Indemne de François Rabes, cette promesse est une nouvelle fois tenue… et même largement dépassée.
Dès les premières pages, je me suis retrouvé plongé dans un récit dense, profond, éprouvant aussi, mais terriblement addictif. Les 400 pages ont défilé à une vitesse folle. J’ai dévoré ce roman, happé par un univers où la peur, la manipulation, les intérêts et les compromis règnent en maîtres. Mais ici, c’est surtout la vengeance qui domine tout, qui écrase tout, qui guide chaque pas du récit.
Sofiane, un urgentiste passionné, est amoureux de Clara. Ce soir-là, ils célèbrent dix ans d’amour dans un bar. Un moment simple, heureux… jusqu’à ce que tout bascule, au moment où elle s’apprêtait à lui annoncer quelque chose d’à priori très important. Des coups de feu éclatent. Une fusillade. Et en quelques secondes, l’irréparable. Clara s’effondre, victime d’une balle perdue. Sofiane n’a rien pu faire.
À partir de là, je plonge avec lui dans une véritable descente aux enfers. Sa douleur devient palpable et devient presque mienne. Et lorsque la police classe l’affaire comme un banal fait divers, sans réelle volonté de trouver les responsables, quelque chose se brise définitivement en lui.
Alors, la vengeance prend le relais. J’étais enfermé dans ses pensées, à me poser cette question dérangeante. Qu’aurais-je fait à sa place ? Comment réagir face à une telle injustice ? Sofiane n’a plus rien à perdre, et c’est précisément ce qui le rend dangereux… mais pour moi, terriblement humain aussi.
François Rabes maîtrise et explore avec justesse cette zone trouble où l’homme bascule. Où la douleur justifie l’inacceptable. Et je dois l’avouer, malgré mes craintes, j’espérais qu’il aille jusqu’au bout.
Le roman interroge profondément sur l’amour, la perte, la justice… et sur cette frontière invisible que l’on franchit parfois sans même s’en rendre compte. Où un homme ordinaire, passionné par son métier, qui aimait la vie va progressivement devenir aussi dangereux, sinon plus que ceux qu’il traque. La plume est rythmée, visuelle, percutante. Les rebondissements s’enchaînent avec efficacité, jusqu’à un final explosif qui m’a laissé sans voix.
Une lecture marquante, intense, que je ne suis pas prêt d’oublier. Superbe…
Un grand merci à Joël et aux éditions Taurnada pour cette claque, ce coup de cœur littéraire.
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Extraits :
« Il avait beau avancer sa montre de dix minutes pour gagner du temps, rien à faire, Sofiane passait ses journées ou ses nuits à courir après. C’est le métier qui voulait ça. Il portait d’ailleurs bien son nom : URGENCES. Huit lettres rouge sang alignées sur un panneau aveuglant de lumière, pilier central de tout établissement hospitalier. »
« Alors qu’il avançait vers Clara, le médecin aurait voulu figer cet instant, voler cette image. Mais sentant sa présence, la jeune femme brisa le charme en tournant légèrement la tête vers lui au moment où il atteignait « leur » table. Sofiane déchiffra aussitôt une lueur sombre dans ses yeux clairs. « Pardon… j’ai vraiment fait au mieux pour partir à l’heure… » Il embrassa Clara dans le cou, tout près du petit pli niché dans le creux de son oreille qui n’appartenait qu’à lui, chaviré par la douceur de sa peau et de son délicieux parfum aux effluves de fleur d’oranger et d’ambre blanc qu’elle portait depuis toujours, avant de prendre place de l’autre côté de la banquette. « J’ai dû poser des points sur le bras d’un patient très agité, l’infirmière n’y arrivait pas… »
« Lui, ce soir, la mort n’en avait pas voulu. Lui, le survivant, le miraculé comme l’avait qualifié la jeune policière avec un rictus aux allures de sourire raté, visiblement secouée par les événements et pressée de le laisser aux mains du médecin de garde, fuyant son malheur comme une maladie contagieuse. Mais à quoi bon survivre lorsque vous êtes désormais seul, déjà oublié de tous. C’est bien la seule chose qu’il pouvait encore ressentir de manière aiguë au milieu de ce long couloir en sous-sol de l’hôpital, assis sur une chaise en plastique, en attente d’une ordonnance et d’un véhicule pour le ramener chez lui. »
Après des études littéraires et un passage éclair en fac de cinéma, François Rabes décroche un poste de stagiaire mise-en-scène sur « La cité des enfants perdus » (1995) de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro après avoir envoyé une demande sous forme de story-board.
La rencontre avec les nombreux talents qui composent l’équipe du film est déterminante. Cette expérience lui offre un apprentissage en accéléré et l’encourage à mettre sur pied, à l’âge de 20 ans, un premier court-métrage.
Alternant films courts, clips musicaux (Johnny Hallyday, Pascal Obispo, Dj Abdel, Mister You…) et autres publicités, François Rabes développe des projets de longs-métrages dont il signe les scénarios.
L’univers du groupe Apollo, créé par sa sœur Alice, s’inscrit dans cette démarche artistique. Volonté de proposer des minis histoires pour accompagner les chansons, identité visuelle forte, références cinématographiques… autant d’éléments pour nourrir sa passion de raconter en images.
Francois Rabes signe son premier roman avec « Les racines des ombres » (2022) et remporte le concours Les Lieux Noirs 2021, organisé par Fyctia et les éditions Hugo & Cie.
de Laure Bonnet Alain Decker Emmanuel Giampino Stéphanie Jore Rose Mallai Sylvie Marchal Sèverine Mazières Marco Pianelli Patrice Quélard Marc Schaub Boris Sciutto Christophe Tabard Sébastien Theveny Sébastien Vidal
Broché – 2 février 2026 Éditeur : auto édition
Quatorze auteurs se sont joints à l’aventure. Un projet collectif porté par le plaisir d’écrire, le goût des récits qui savent vous tenir en haleine pour un recueil qui ressemble exactement à ce qu’on aime : du noir, du suspense, de la passion… et surtout l’envie de partager. Alors installe toi bien. Tourne la page. On t’attend de l’autre côté car les histoires sont plus belles quand on les partage.
STOP !!! Posez ce café. Lâchez ce téléphone. Éteignez la télé. J’ai quelque chose de grave à vous dire.
Mais qu’est-ce que c’est que ce recueil de nouvelles ?! Et ils sont QUATORZE à s’être ligués pour écrire ça ?! Mais c’est quoi ce délire ???
Franchement, je ne comprends pas qu’on n’en parle pas davantage. Courtes peines, c’est un concentré de pépites. Des nouvelles qui claquent, qui giflent, qui chatouillent… parfois tout en même temps.
Écrire une nouvelle, c’est capturer un instant avant qu’il ne file en douce. C’est tendre un fil invisible entre le souffle et la chute. Aïe. C’est dire énormément avec presque rien… enfin si, quand même quelques mots, mais bien aiguisés, oui mais pas trop, sinon, ce n’est plus une nouvelle !
Et là, ils sont quatorze à jouer du scalpel.
J’en ai reconnus certains… les filous ! Les tordus magnifiques, les malins qui se glissent dans leurs propres textes pour égratigner les copains. Oui, je vous ai vus. Quel plaisir de lecture… C’est drôle, très drôle parfois même, mais pas tout le temps, c’est vrai. Il y a aussi la peur, le stress, de la noirceur, des envies de meurtre… pas moi hein ! Eux ! Enfin… leurs personnages. Je crois. Les auteurs, vous croyez ?
Résultat, ils m’ont retourné le cerveau. À tel point que j’ai loupé ma station de train. Demi-tour obligatoire. Et devinez quoi ? J’avais déjà fini le livre. Panique totale. Mais qu’est-ce que je vais faire ? Relire une seule nouvelle ? Impossible. Les treize autres vont me tomber dessus. Et vu tout ce qui se passe dans leurs têtes, je préfère éviter ! Surtout qu’elles sont toutes très bonnes. Mais si je les relis toutes, c’est le risque de louper une nouvelle fois ma station !!! Dilemme existentiel.
Mais qu’est-ce que j’ai ri ! Pas tout le temps, c’est vrai…
Quatorze voix. Quatorze univers. Quatorze ombres plus ou moins bienveillantes — plutôt moins que plus, d’ailleurs. Je ne sais pas ce que Géraldine leur a promis pour qu’ils excellent à ce point, mais si ce collectif ne remet pas ça l’an prochain… je rends mon badge de lecteur enthousiaste.
Euh, j’en étais où ? Alors, euh, j’ai ri… euh j’ai été emporté, euh… Ah oui !!!
STOP !!! Arrêtez immédiatement ce que vous êtes en train de faire et courez commander Courtes peines chez votre libraire préféré, ou le plus rapide, ce sera plus sûr.
Pas parce que je vous l’ordonne. Mais parce qu’ils le méritent. Vraiment.
Chapeau bas aux quatorze auteurs, que je ne nommerai plus, ça suffit maintenant !!! Mais bon, ils ont frappé très fort.
Mais qu’est-ce que j’ai ri…
Bon. D’accord. J’arrête. 😄
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Extraits :
LAURE BONNET « — C’est vrai. Laissez-moi m’expliquer et je m’en vais. Je n’ai pas beaucoup de temps devant moi, de toute façon. Jeff soupire profondément. Il est contrarié de cette intrusion qui va lui faire perdre du temps sur son travail, et le temps, c’est de l’argent. Mais la détermination dans l’œil de la jeune fille en rouge lui laisse deviner qu’elle n’abandonnera pas son idée folle. Autant régler cette histoire maintenant plutôt que de la retrouver tous quatre matins sur son seuil. Alors, il lâche la porte et la laisse entrer. »
ALAIN DECKER « Le but de cette inspection sur le terrain? Relever la localisation de l’espèce, mesurer son niveau de radiation et effectuer des prélèvements sanguins. Le résultat de ces analyses avait été édifiant : les chercheurs américains avaient identifié des régions spécifiques du génome du loup, capables de résister à un risque accru de cancer, en dépit de la forte dose de radiation subie (six fois supérieure au seuil normalement toléré). Autrement dit, une nouvelle race de loups mutants était apparue : plus forte, plus puissante, plus résiliente. »
EMMANUEL GIAMPINO « 9h00 ! Top départ! Merci la S.N.C.F. ! Enfin un train à l’heure. Du moins au départ. Altitude, 12 mètres… Hydrométrie? O… Température extérieure, 31 °C… “Mais ça ne va pas durer !” »
STÉPHANIE JORE « Elle. Elle grelotte. Le quai quasi désert revêt des allures inquiétantes dans la pénombre. Le jour se fait encore désirer et le vent résonne en lugubres sifflements à ses oreilles. Elle ne peut pas s’empêcher de se sentir vulnérable, en cet instant, et elle déteste ça. Elle consulte la grande horloge qui semble la narguer. 6 h 48. »
ROSE MALLAI « — Hello tu te souviens de moi ? Chloé relit pour la troisième fois le message. Évidemment qu’elle se souvient. Elle clique sur le profil et survole le compte Instagram associé. Peu de vidéos, quelques clichés et parmi eux, une photo de classe avec la mention: école Anne Franck-CE1- 2019 L’adolescente esquisse un sourire. Elle a la même, punaisée sur le mur de sa chambre. Elle observe attentivement la photo de profil pour essayer de reconnaître les traits de Charles, son ancien voisin, son ami, son amoureux. Son premier chagrin aussi, lorsqu’un camion de déménagement l’a emporté à des centaines de kilomètres. »
SYLVIE MARCHAL « – Tu es prêt? questionne le colosse. – Il faut que tu m’en dises plus. J’ai compris que tout ce que tu m’offres a un but spirituel. Mais jusqu’où irons-nous ? – Dans ma culture, fils, on ne s’affronte pas pour se battre, mais pour traverser jusqu’aux esprits. J’espère que tu donneras le meilleur de toi-même. Tu serais mon allié pour rejoindre ma famille. »
SÈVERINE MAZIÈRES « Il s’était réveillé trempé de sueur. Après deux mois de cauchemars sans nouvelles, il avait pris une décision : aller voir madame Lemoine en personne. C’était son nom sur les lettres. C’était elle qui gérait son dossier. Il l’imaginait : tailleur gris, lunettes, voix sèche. Il s’était dit qu’en face, peut-être, elle comprendrait. En face, il pourrait lui expliquer. En face, il redeviendrait un être humain. »
MARCO PIANELLI « Dès lors, j’abandonnai ma conscience lourdement sur le sol, pour me réveiller à l’arrière d’un van aux pieds de deux kidnappeurs cagoulés. Dans un virage serré, je me ramassai les semelles de mon poto dans le visage. Nous étions étendus tête-bêche, et j’espérais encore qu’il puisse s’agir d’une erreur. C’est ainsi quand on est génétiquement optimiste. »
PATRICE QUÉLARD « De fait, il était en piteux état. Le coin de la bouche tombante qui lui donnait un chuintement d’élocution caractéristique, un œil fermé du même côté, il ne pouvait marcher qu’appuyé sur une béquille et était engoncé dans des fringues constellées de taches de graisse et trop grandes pour lui. Michel se tenait debout à trois mètres de son hôte, pourtant son odeur de sueur rance lui picotait le nez. S’il l’avait rencontré dans la rue, il aurait pris ce type pour un mendiant. Il devait avoir quarante-cinq ans environ, mais il en paraissait quinze de plus. »
MARC SCHAUB « Je détournai les yeux, mal à l’aise. Je repensai à tous les livres que j’avais commencés sans jamais les finir. À ceux dont je n’avais jamais retenu le nom du héros. Et si… certains d’entre eux étaient là, coincés pour l’éternité dans cette ville suspendue, condamnés à errer sous des visages sans mémoire ? »
BORIS SCIUTTO « — Carla ? C’est moi, c’est papa. Le visage de la jeunette s’assombrit subitement, elle recule d’un pas et retire la main de Pierre d’un mouvement brusque de l’épaule. – Qui êtes-vous ? Je ne vous connais pas ! – Mais enfin ma chérie, c’est moi, Pierre. Papa ? Souviens-toi ? »
CHRISTOPHE TABARD « En observant son fils, concentré sur sa tâche, elle le trouva différent. Pas comme d’habitude. Un élément qu’elle mit quelques secondes à définir: sa moustache. Certes, à son âge, et la puberté aidant, il commençait à avoir une ombre qui se dessinait sous le nez. Mais là, c’était plus qu’une ombre. Son rejeton arborait une moustache finement taillée au poil conséquent. Rien à voir avec le fin duvet qu’il exhibait encore fièrement la veille et qui était l’objet des railleries de son géniteur. »
SÉBASTIEN THEVENY « Même le chat Pompon s’était fait la malle sous le conteneur destiné au recyclage des revues, magazines et autres livres destinés au pilon. C’était là sa place privilégiée en cas de pluie, de fortes chaleurs ou de fréquentation trop nombreuse. Le félin aimait sa tranquillité bien qu’il ne tarisse pas d’une certaine curiosité prudente inhérente à sa race. »
SÉBASTIEN VIDAL « – L’homme s’appelle Claude François. Il… — Claude François ? Sérieusement ? — Oui, il y a des parents qui ont de l’humour, hein, mais je ne suis pas sûr que demain on ait le lundi au soleil. Bref, soudeur au chômage en fin de droit, il ne paye plus les traites pour la maison. Il a plus ou moins sombré dans l’alcool, le truc classique, sa femme l’a quitté et a emmené leur gosse avec elle. Il est resté seul avec son chien. De ce qu’on a réussi à savoir, la situation s’est compliquée quand ses nouveaux voisins ont emménagé il y a cinq mois de cela. — Pourquoi ? — Disons que ce sont des gens tatillons qui n’aiment pas trop les étrangers. — Mais…Claude François c’est un nom tout ce qu’il y a… — Il a été adopté tout petit, il est cambodgien. »
Les auteur(e)s Laure Bonnet : Autrice au parcours éclectique, Laure Bonnet exerce aujourd’hui tour à tour et parfois en même temps dans les domaines du théâtre (particulièrement la dramaturgie) et de la santé. Elle est diplômée de l’Ecole du TNS (comédienne), de la Fémis (scénario) et plus récemment du DE d’Aide-Soignante, métier qu’elle pratique assidûment et avec passion, quand elle n’est pas en train d’écrire des histoires qu’elle espère que les lecteurs auront envie de mettre dans leur valise s’ils doivent aller à l’hôpital. Son premier roman, « Silver Scalpel » écrit avec sa sœur Colombe, a été édité aux Éditions du Gros Caillou. Ce thriller a été remarqué parmi des centaines de textes lors du 2eme concours du Gros Caillou, parrainé par Pétronille Rostagnat.
Alain Decker : est un photographe, globe-trotter, enseignant et auteur. Il a longtemps voyagé à l’étranger et vécu aux Etats-Unis et travaille aujourd’hui en Normandie, dans le domaine de l’enseignement supérieur. Son premier roman (auto-édité) « Derrière le brouillard » est aujourd’hui intitulé « Jours de ténèbres ». Publié dans la prestigieuse collection « La Bête Noire » (Robert Laffont), il a remporté le « Grand Prix des Enquêteurs » 2023.
Emmanuel Giampino : Emmanuel Giampino est un écrivain, auteur de polars et thrillers originaire du sud de la France. Aujourd’hui enquêteur dans la Police Nationale, anciennement de la brigade anti-criminalité, ses vingt années d’expérience lui offrent un vécu « inspirant » qu’il a mis à profit en l’associant à sa passion pour l’Histoire. Il en résulte un trilogie haletante parfaitement menée avec « Mnesik » (2021), « Gardien » (2022) et « Révélation » (2023). S’en suivent « Les légendes d’Alba » (2024), roman tout public dans lequel le lecteur devient voyageur et traverse l’Ecosse avec de jeunes héros. Enfin « Semper Amemus » (2024), premier polar de l’auteur qui a aussi été finaliste de plusieurs concours littéraires.
Stéphanie Jore : est depuis toujours passionnée par la lecture et l’écriture. En 2019, elle prend la plume pour son premier roman. Femme et maman comblée (traduire heureuse et épuisée) de deux enfants, Stéphanie se plaît à donner dans ses écrits la parole à des héroïnes du quotidien.
Rose Mallai : se découvre une passion pour l’écriture à l’occasion d’un atelier portant sur les courtes nouvelles. Son premier roman, « Et ensuite, le silence » (2024), pour lequel elle a reçu le prix Coquelicot Noir 2025, a rencontré un vif succès auprès des lecteurs et des bibliothécaires. En 2025, elle signe « Ne reste que la nuit », en sélection pour le prix Hors-Concours. Quand elle n’écrit pas des thrillers psychologiques, Rose s’adonne régulièrement à la pratique de l’escalade et vit en Normandie avec ses deux enfants.
Sylvie Marchal (Kara) : est une auteure française. Elle grandit en Franche-Comté. Après des études de droit à Strasbourg, elle devient professeur des écoles dans les Landes. Elle est aujourd’hui enseignante spécialisée et s’occupe d’élèves ayant des besoins éducatifs particuliers. Curieuse par nature, elle reprend en 2016 des études de psychologie à Toulouse en parallèle de son travail puis commence à écrire, sans penser à publier ses textes. En 2020, elle participe au concours littéraire proposé par le journal 20 minutes. Le manuscrit du roman « Le disparu de la corniche » sera retenu pour faire partie des 4 finalistes parmi plus de 500 romans. En 2021, l’auteure poursuit son travail et propose « Des pissenlits à travers le bitume » au concours Kobo Fnac des talents de demain. Il y trouvera ses mille premiers lecteurs puis il sera diffusé plus largement. En 2022, l’auteure propose Socoa, son roman le plus sombre. En 2023, « Marie » est finaliste sur Fyctia et sera édité en 2024 aux éditions Terres de l’ouest sous le titre « Dans les méandres du fleuve ». Un roman noir, social, engagé et percutant.
Sèverine Mazières : Périgourdine, Sèverine Mazières a le Sud-Ouest chevillé au corps. Autrice depuis qu’elle a appris à écrire, elle est devenue écrivain public biographe en 2013, après avoir œuvré 15 ans en tant que prof de français et de cinéma. « Mots Nés d’Échanges », c’est son entreprise – les échanges étant son moteur et la raison pour laquelle elle aime écrire. Pour elle, l’écriture n’est pas un acte solitaire, mais un partage. Après plusieurs participations à des concours de nouvelles, elle publie son premier recueil, Des Nouvelles d’ici, en 2016. Un deuxième, Entre gris clair et gris foncé, sort en 2023. Par ailleurs, elle participe à la publication de recueils collectifs : 11 Bruits de couloir (2021) et 12 Trains de vie (2023). Épigone, son premier roman, mûrit depuis le changement d’heure d’hiver d’octobre 2017. D’abord écrit sous la forme d’une nouvelle, elle s’est lancé le défi d’en faire tout un roman. Il sort aux Éditions Alter Real Suspense en juillet 2024. Épigone a remporté le prix du salon de Chasseneuil 2024 et il est finaliste du prix du polar de Mauves en Noir 2025. Il remporte le troisième prix du salon du polar de Miallet en 2025. Il est également sélectionné pour le prix Loiret Crimes 2025 et des Mordus de thrillers 2025, et sélectionné pour les salons de La Plume assassine et Cha’polars 2025.
Marco Pianelli : est un écrivain français. Il s’appelle Marco Pianelli en hommage à une grand-mère corse, probable inspiratrice de son goût de la lecture. Après des études littéraires, il part à l’étranger en Europe Centrale, où il devient enseignant. De cette période, il en a gardé une saveur fictionnelle d’être l’inconnu dans un milieu, suscitant le doute, l’intérêt, la méfiance, et parfois la menace. Depuis son retour il pratique avec assiduité les sports de combat et la littérature. « L’ombre de la nuit » (septembre 2021 Éditions Jigal) est son premier roman. Réédité en juillet 2023 aux Éditions du 38. « La mécanique du pire » (mai 2022 Éditions Jigal) est son deuxième roman. Réédité en septembre 2023 aux Éditions du 38. « Malovics » (novembre 2023 M+ Éditions) est son troisième roman. Le jeudi 14 mars 2024, dans le cadre prestigieux du Quartier des Célestins, état-major de la Garde républicaine, Marco Pianelli a reçu le Prix du roman de la gendarmerie nationale. Son thriller « Les entrailles de la nuit », désigné par le jury à une nette majorité, est désormais publié par les éditions Plon. « Zéro Karma » (novembre 2024 Éditions du 38), roman inédit, 3e volet des aventures de Paco Sabian. Avril 2025 ; sortie des Entrailles de la nuit, version poche aux Éditions Pocket. Septembre 2025, Marco Pianelli est le Lauréat du Prix Loiret Crimes 2025 avec son roman Les entrailles de la nuit.
Patrice Quélard : Diplômé de l’Institut universitaire de formation des maîtres d’Amiens (1995), Patrice Quélard a déjà consacré plus de la moitié de sa vie à l’enfance : d’abord animateur, puis directeur de centre de vacances, il est enseignant et directeur d’une école élémentaire. En 2010, il publie son premier album de jeunesse. En 2016, sa première pièce de théâtre est mise en scène. « Fratricide » (2013), son premier roman, a été finaliste du concours des lecteurs France Loisirs, et lauréat pour la catégorie « romans historiques » en 2013, puis Lauriers d’Or des auteurs indépendants en 2017, lors de sa réédition. En 2018, Patrice Quélard a écrit « Jeux de vilains », un roman graphique pour la jeunesse sur la première guerre mondiale, illustré par Eric Dodon. Patrice Quélard a également publié de nombreuses nouvelles chez plusieurs éditeurs, dont Arkuiris. En 2021, il est lauréat du premier prix du roman de la Gendarmerie nationale avec « Place aux immortels » (Plon). Il vit à Saint-Nazaire où il mène parallèlement une carrière dans l’éducation. Il continue à se documenter de façon approfondie sur les sujets évoqués dans ses livres.
Marc Schaub : Grand lecteur, photographe de charme, mais pas que, et joueur d’échecs. Chroniqueur pour « Le collectif polar », il aime lire, tout simplement, et en permanence.
Boris Sciutto : Fonctionnaire de police depuis 20 ans, Boris a travaillé en région parisienne où il puise une grande partie de son inspiration. Retranché dans son Var natal, il s’évade par l’écriture de romans policiers dans lesquels il essaie de rester au plus proche de la réalité des enquêtes et du terrain. Son premier roman policier, « Black out », trouve refuge auprès de la maison d’édition des Presses du midi qui lui voue une totale confiance pour la suite de ses projets. S’en suit « Noël au balcon », qui s’avère être la première enquête du commandant Archibald Letesquieux, flic à la vie tourmenté qui arpente les rues parisiennes à la recherche d’une ombre qu’il suspecte d’être responsable de meurtres maquillés en suicides. Son troisième opus, « Un fauteuil a la mer », poursuit les aventures d’Archibald qui a fini par muter au commissariat de Toulon et dont l’enquête sur le meurtre d’un bijoutier va l’orienter sur un suspect en fauteuil roulant. Ce roman finit finaliste du prix de l’Evêché 2021, prix récompensant le meilleur roman policier se déroulant dans la zone « Grand Sud ». L’histoire d’Archibald se poursuit avec « Mo(r)t compte double », qui terminera également finaliste du Prix de l’Évêché 2023. Son cinquième roman, « Clarisse », relate les tourments d’une enquête grenobloise au sein de laquelle Mike Vila, capitaine de police emblématique, sera suspecté de la mort d’une jeune fille et mettra tout en œuvre pour prouver son innocence. Dans « Les malaises d’Etretat », Boris met en œuvre Maguy, lieutenant de police parisienne à la vie personnelle et professionnelle fade et ennuyeuse. le corps d’une jeune fille au pied des falaises à Etretat va bouleverser son quotidien, la jeune victime ayant dans ses affaires la carte de visite de Maguy, alors que les deux femmes ne se connaissent pas. Avec l’accord de sa hiérarchie, Maguy va enquêter en terre normande aux côtés des gendarmes pour comprendre la vérité. Dans » le secret de l’ours », une femme va être découverte morte à son domicile dans des circonstances effroyables: déchiquetée par un ours. Les enquêteurs toulonnais vont alors se replonger dans un cold-case vieux de 13 ans impliquant un ancien flic surnommé le Grizzly, innocenté faute de preuve. Un terrible événement va survenir au sein du groupe et Archibald va être forcé d’écourter ses vacances en famille pour prêter main-forte à son équipe et résoudre ce double-meurtre.
Christophe Tabard : est un écrivain français. Après avoir fourbi ses premières armes dans la BD en qualité de scénariste, il se lance dans l’aventure solitaire de l’écriture. Des nouvelles, d’abord. Certaines primées, d’autres participant à des recueils. Puis, enfin, le grand saut vers l’écriture d’un roman et son édition, suivi d’un autre, de quelques recueils et d’un dictionnaire loufoque en autoédition. En 2022, il a intégré la maison d’édition Des livres et du Rêve pour son livre : « Miam ».
Sébastien Theveny : est aujourd’hui un auteur hybride : à la fois autoédité et au catalogue de plusieurs maisons d’édition. C’est en 2016 que débute pour lui la grande aventure de l’édition. Cette année-là, son premier roman Trouble Je paraît aux Editions Douin, le jour-même de ses 40 ans. Un anniversaire haut en couleurs qui allait augurer d’une suite inespérée.
Sébastien Vidal : Enfant de la Xaintrie, Sébastien Vidal a partagé ses brèves études entre Cantal et Corrèze et vit à Saint Jal (Corrèze). Passionné d’histoire, il a entamé une saga romanesque en hommage à la Résistance avec un diptyque « Les Fantômes rebelles » puis « Les clandestins de la liberté » en 2011 et 2012. En 2017, Sébastien Vidal se lance dans le monde du polar avec le premier volet de sa « trilogie des Sentiments Noirs » : Woorara. A suivi ensuite Carajuru fin 2017. La fin de cette trilogie s’annonce pour octobre 2018 avec Akowapa. L’écrivain retraité de la gendarmerie Sébastien Vidal a reçu le prix Landerneau du polar pour De neige et de vent (Le mot et le reste), un roman noir ayant pour décor les Alpes en hiver. C’est le cinquième roman de cet auteur originaire de Corrèze qui a passé 24 ans dans la gendarmerie.
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