Émotion, Drame, Noir, Thriller psychologique

Comme une image

de Magali Collet
Poche – 6 octobre 2022
Éditions : Taurnada éditions

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Lalie a 9 ans, un teint de pêche et des joues roses. Elle a aussi deux frères et des chatons, une belle-mère et deux maisons. C’est une enfant intelligente et vive, une grande soeur attentionnée et une amie fidèle. C’est la petite fille que chacun aimerait avoir. D’ailleurs, tout le monde aime Lalie. Tout le monde doit aimer Lalie. C’est une évidence. Il le faut.

 

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Connaissez-vous Magali Collet ?

Magali Collet n’est plus une nouvelle auteure. Elle en est à son troisième roman.
Après “La cave aux poupées” et “Les yeux d’Iris”, qui m’avaient vraiment embarqués, en ayant mis déjà la barre bien haute, elle nous propose aujourd’hui “Comme une image”

Magali, je l’ai toujours vu “tout sourire” et très rayonnante… Regarder bien sa photo, jouant de ses yeux malicieux…
Mais justement…
Qui donc se cache derrière ce sourire si bienveillant ?

“Comme une image” est une bombe !
Magali s’attaque à un sujet tabou qui forcément risque de choquer, mais elle le fait tellement bien…
La couverture est magnifique et donne, je trouve le ton du récit encore une fois lu d’une seule traite ! Les chapitres sont très courts, et s’enchaînent à toute vitesse, mes yeux allaient parfois plus vite que ma pensée, voulant anticiper sur les mots qu’ils liaient les uns aux autres, comme si j’étais en apnée ou téléguidé !

Mais comment fait-elle ?
D’où lui est venue l’idée de ce roman qui m’a fait froid dans le dos 🥶 à plusieurs reprises ?
Un sujet si délicat, demandait une parfaite maîtrise.
Magali l’a fait !
…et cette fin ouverte 😱 !

Lalie est une petite fille de 9 ans. Elle est très jolie. Toutes les personnes se retournent sur son passage, elle y est tellement habituée, que c’en est même devenu normal… Mais elle est surtout très intelligente et fait tout son possible pour le cacher à son entourage…
Lorsque ses parents se séparent, elle souffre du “départ” de son père, qu’elle ne voit plus qu’un week-end sur deux. Elle a surtout du mal à trouver un réel lien affectif avec ses deux petits frères nés à quelques mois d’écart.

Lalie est-elle triste ?
Se sent-elle seule ?
Elle a du mal à gérer ses émotions alors que ses parents n’ont plus d’yeux que pour les deux nourrissons.
À quoi cela sert d’avoir des frères ?
Mais souvenez-vous, Lalie est une enfant très intelligente…

Coup de cœur 😍 pour ce thriller psychologique !
Je n’avais jamais rien lu de tel.

Un grand merci à Joël Maïssades éditions Taurnada, pour l’envoi en service de presse, de ce roman qui je l’espère bien, va faire du bruit !

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Extraits :

« J’aime regarder les photos de papa et maman quand ils étaient jeunes… Celles de leur mariage ou celles de ma naissance. J’aime aussi me voir bébé, avec des couches et les joues toutes roses. Tout le monde dit que je suis jolie, alors, je sais que je le suis. C’est un peu comme le soleil. Il se lève chaque jour et c’est normal, et bien moi, c’est pareil. Je ne me pose pas la question. Je suis jolie. »

« Je n’aime pas le changement, je n’ai jamais aimé. Alors, je cache ce que je suis vraiment. Je m’arrange pour glisser quelques erreurs de temps en temps dans mon travail, j’essaie de poser des questions dont je connais la réponse, parce que j’ai vite compris qu’il ne fallait pas être à l’écart d’un groupe. La classe, c’est une meute, comme les loups. Quand un enfant est à l’écart du groupe, il ne peut plus y revenir. »

« Je pose mon sac sur une chaise et me promène dans les allées en touchant les livres. Ils ont toujours eu le pouvoir de me calmer. Rien que de les voir et de les sentir, ça m’aide à respirer. Ils n’enlèvent pas ma colère, mais ils me permettent de me concentrer sur autre chose. »

« Il a encore fallu que je lui raconte mon week-end en détail. Ça me saoule, mais c’est toujours comme ça. Je l’ai fait pour avoir mon cadeau d’anniversaire et la paix. Ça valait le coup. Maman est Abuelita m’ont offert un ordinateur portable. C’est chouette. Un chien et un ordi, c’est l’avantage d’avoir des parents divorcés. »

« Les ombres sur les murs sont le reflet de son mal-être. Depuis qu’elle a trouvé le petit corps inanimé, depuis qu’on le lui a arraché des bras, elle manque d’air. Elle se noie dans sa douleur. Rien ne pourra colmater le vide de son cœur, de sa tête et de son corps. C’est une sensation physique. Le manque est physique. »

 

 

Magali Collet est une auteure française née en 1972 à Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Elle vit en Picardie depuis près de vingt ans. C’est une passionnée des mots ; elle écrit des poèmes, des nouvelles ou des chroniques depuis de nombreuses années. Sa sensibilité à la cause des femmes, celles qui souffrent de ne pouvoir échapper à leur condition, apparaît en filigrane dans tous ses écrits. Avec son premier roman, la Cave aux poupées, publié aux éditions Taurnada, elle plonge ses lecteurs dans les fosses ténébreuses des âmes, pleines de violences, d’angoisses mais aussi d’un profond désir de rédemption.

La cave aux poupées
https://leressentidejeanpaul.com/2020/03/06/la-cave-aux-poupees/

Les yeux d’Iris
https://leressentidejeanpaul.com/2021/11/03/les-yeux-diris/

Émotion, Drame, Noir, Thriller

Matricule 2022

de Lou Valérie Vernet
Broché – 18 août 2022
Éditions : M+ éditions

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D’un côté, il y a Ivy, 25 ans, pleine de rage et d’amour, animé d’un puissant sentiment d’injustice, en guerre pour régler ses comptes à ce qu’elle nomme elle-même « ses sept charognards et demi ». De l’autre, l’envers du décor. Ce qu’il dévoile de sordide et d’horreur. Chaque jour, à chaque carrefour, sous nos yeux. Le passé qui crée les failles. Le présent qui les perpétue. Sans états d’âme. Parce qu’ainsi va la vie. Et puis au centre, une immersion plein coeur dans les plus grands fléaux de notre humanité pour lesquels l’héroïne de « Matricule 2022 » va tout risquer. Tout sacrifier. Tout expier.

L’auteur signe ici un thriller implacable.
L’humanité côtoie la barbarie.
La violence d’une plume
contre la violence des hommes.

 

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Attention, thriller très engagé à sensations très fortes !

Grosse claque littéraire…
Lou Valérie se donne à nous…

Avec “Matricule 2022”, elle ouvre son cœur dans tous les sens du terme… et par la poésie, la tendresse qui se dégage tout le long du roman et par la thématique, dure, violente, due à une véritable soif de vengeance !
N’est pas “Lou Valérie Vernet” qui veut…

Ivy, malgré son cœur qui déborde d’amour, malgré sa gentillesse et toute sa sensibilité est une tueuse.
Enfant perdue, brisée par son vécu, adulte écorchée, comme ses véritables amis, son clan, sa “famille”. Un jour, elle a décidé de dire “STOP” !
Dès lors, elle n’hésitera pas, à tout simplement “éliminer” ceux qui lui ont fait du mal. Elle partira en guerre et fera ce qui doit être fait sans états d’âme, elle a fait son choix…

Impossible de lâcher le roman avant la fin. Les chapitres très courts donnent un rythme incroyable au récit, on rebondit dans tous les sens, présent, passé, traque, meurtres, chaque ligne, chaque page nous fait comprendre qu’elle ne peux pas faire autrement. Une fois sa décision prise, une fois sa liste établie, elle écrase tout sur son passage… On a du mal à reprendre son souffle tant chaque action est liée et justifiée… Les charognards n’ont qu’à bien se tenir…

Lou, m’a entraîné dans un monde aussi sombre qu’il peut être lumineux…
Tout devrait se dérouler sans aucun encombre, mais comme la vie en décide autrement, l’auteure prends sur elle.
Elle pointe du doigt, elle coupe, arrache même, tout ce qui dépasse, dans un seul but… Retrouver la beauté, l’amour, la paix, ne plus jamais croiser de femmes obligées de baisser leur regard et cacher leurs yeux meurtris, ne plus entendre les cris et les pleurs de tous ces enfants abusés… Lucas, Evan, Lény… et bien d’autres…

Ivy, est rapide, précise et efficace.
Lou, pose ses mots, chaque virgule a un sens, chaque point voulu, avant de repartir encore plus fort.

Il faut prendre soin d’elles…
Elles ont beaucoup de choses puissantes à nous transmettre !

Un grand merci à M+ éditions.

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Extraits :

« X : Pourquoi avez-vous fait ça ?
Y : Vous le savez bien.
X : Ce n’est pas très malin ? Il y avait peut-être une autre solution ?
Y, du tac au tac, énervé comme si c’était encore possible de l’être.
– Vous savez bien que non. C’était même la seule solution. Et je suis content.
X, affligé.
– Mais à quoi cela sert-il ? Vous n’allez même pas en profiter.
Y, Affligé plus encore.
– Vous ne comprenez vraiment rien. C’est tout l’intérêt. Mourir pour qu’elle vive. C’est encore mieux. Ça rachète tout. »

« Il y a des gens qui ne méritent pas une ligne dans le grand livre de la vie et encore moins une page d’histoire. À peine plus dans un entrefilet en bas de page. Et certainement pas en héros dans un polar. Ou alors au climax, quand le moment vient de bouffer le cœur pourri du méchant, de le déchiqueter avec les dents, d’en faire de la bouillie tout juste bonne à donner à un chien galeux. Et même et encore, il y en a qui ne méritent rien.
Que de se voir crever, encore et encore, en vagissant et en suppliant alors que la dernière minute s’éternise. »

« Le monde enfin redevenu neuf.
Silencieux. Nu. Vierge.
Et voilà, ça en sera fini de cette course contre la montre. De tous ces cycles de réincarnation – naissance, survivance, mort. De la maladie. De l’abjection. De l’ignominie.
Ça en sera fini d’imaginer, qu’à chaque seconde, on ne parle pas de minutes là, on est bien d’accord, mais de putain de secondes, plus de 900 viols et 500 homicides sont perpétrés, le plus souvent dans une totale impunité. Oui, à chaque seconde. »

 

 

Lou Valérie Vernet, auteure multicartes, signe ici, avec « Matricule 2022 » son troisième thriller, après les très remarqués, Surtout le Pire et Acouphanges. Elle a aussi publié sept autres romans. Tous confirment son talent à manier en virtuose, l’art de la mystification et à sonder les profondeurs de l’âme.

Par ailleurs, photographe amatrice, baroudeuse des grands espaces, essayiste et poète à la plume acérée, elle n’en reste pas moins attachée à sa devise préférée « Ne prenez la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant ». B. Fontenelle.

Émotion, Drame, Folie, Noir, Thriller psychologique

La longue nuit de Bleka

de Elly Rosemad

 

“Je m’appelle Bleka. Je suis une jeune orpheline islandaise. Mon oncle Yrkill m’a recueillie depuis ma naissance, en 1762. Nous avons vécu à Hveravellir un certain nombre d’années, dans les Hautes Terres. Lorsqu’Yrkill partait « pour affaires », Góðvilda et son fils Frelsi, nos chers voisins, m’accueillaient dans leur foyer. Ils étaient comme ma famille. Et puis un sombre jour, Yrkill m’a arrachée à eux. Il m’a forcée à le suivre sans m’en donner la raison. Je sais simplement qu’Yrkill est un utilgumen, un banni. Il a perdu tous ses droits. Aujourd’hui je suis seule avec lui, tentant de survivre dans un abri de pierres au beau milieu du désert d’Ódáðarhaun, le désert des crimes. Ce lieu est soit disant notre meilleur moyen de survie. Mais en réalité, il me séquestre. Depuis longtemps déjà. Et s’il n’y avait que cela… Je fais partie de ceux qui n’ont plus peur de l’enfer car ils y sont déjà. Jour après jour les mots me manquent davantage. La douleur m’assaille.
Si ça continue je vais mourir.
Cette situation ne peut plus durer. Je dois fuir, mais comment ?”

 

 

Soyez les bienvenues dans le monde d’Elly Rosemad, ou peut-être dans “La” vision d’un nouveau monde qu’elle ne voudrait surtout pas voir se réaliser !
J’espère que vous êtes bien accrochés, car vous risquez d’être bien malmenés.

Bleka, à son grand désespoir, vit dans un abri de pierres au beau milieu du désert d’Ódáðarhaun, avec son oncle Yrkill qui l’a recueillie à sa naissance…
Yrkill est un homme “possédé”. Parfois, il se transforme et dans ces moments-là, il devient le mal, il devient le vice, il devient “le Barge”. Alors, dans ces moments-là, Bleka n’est plus que blessures, cris et souffrances…
Et, Yrkill en profitera, il pèsera de tout son poids sur la frêle jeune fille qui ne pourra retenir ses larmes. Comme il le fait régulièrement depuis des années, avec une violence inouïe, il déchire ses entrailles en se délectant de plaisir…

Voilà la vie de Bleka. Dès lors, elle n’a plus qu’une idée en tête… fuir.

Mais dehors aussi, le monde est perverti. Le jour, petit à petit a disparu, il a cédé sa place à l’obscurité qui recouvre la nature de noirceur et de ténèbres…
L’obscurité est le royaume de Bölvun, la mort est sa raison d’être… Il est dorénavant partout chez lui ! Gare à ceux qui auront le malheur de croiser sa route.

Bleka part à la recherche des siens qui pourraient encore être en vie. Elle doit briser la nuit, afin de faire fuir la mort. Sur son chemin, elle croise Sannur…
Sera-t-il de taille pour la protéger du chaos environnant ?

Psychologue de formation, Elly Rosemad construit ici un roman très personnel et presque “hermétique”. Ma curiosité m’a permis d’avancer, mais j’ai eu des sueurs froides en me demandant où voulait en venir l’auteure !
Et pour le coup, le switch final est excellent et m’a complètement surpris, Bravo !
C’est un roman qui se lit doucement, qui se déguste presque, qui s’apprécie à sa façon. J’avais peur de passer à côté d’éléments importants. Les noms des lieux, de personnages et parfois d’objets à consonance scandinave m’ont complètement immergé dans cette ambiance, glauque et froide qui m’a collé à l’esprit jusqu’au bout de mon récit.
C’est une sacrée expérience à vivre/lire !!!

Mais, “La longue nuit de Bleka” a une autre particularité…
Adolescent, un jour dans le métro, j’ai trouvé un livre sur un siège. Je l’ai pris et ouvert. Il y a avait une petite introduction. Le livre se présentait à nous comme un “livre voyageur”. La règle était simple. Une fois lu, il fallait rendre sa liberté à l’ouvrage. Y glisser éventuellement un petit mot et le laisser s’envoler. J’ai moi-même très régulièrement “libéré” ainsi des romans qui le méritaient vraiment…

“La longue nuit de Bleka” m’a fait penser à ces livres voyageurs, mais Elly a transcendé le concept !
Le récit existe.
Il ne demande qu’à vivre. Qu’à donner des émotions, à créer des Ressentis, l’idée est bien là… Le partage.
Il ne tient qu’à vous d’en faire la demande, directement auprès de l’auteure…

Challenge bien orchestré, ou pari complètement fou ? L’avenir nous le dira, mais l’idée est particulièrement séduisante ! Vous aurez la chance, comme moi d’être un acteur qui fera vivre l’histoire, par le biais de mon Ressenti…

J’ai passé un très bon moment de lecture. C’est un puzzle parfait où chaque pièce trouvait sa place au fur et à mesure où je tournais mes pages.
Chaque mot est ciselé, chaque idée rabotée, ma lecture du soir était devenue immersive.
J’ai dû laisser passer quelques jours avant de rédiger mon Ressenti. Le Noir, l’obscurité, les ténèbres étaient encore très/trop ? présent en moi.

Je remercie Elly pour sa confiance et pour m’avoir permis de vivre une lecture si intense, et si addictive au final.
Un très bon second roman, incroyable, qui est hors normes à de nombreux niveaux évidemment, mais quelle belle réussite littéraire… Le temps, je l’espère me donnera raison…

En attendant, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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Extraits :

« Juste un bruit. Un léger craquement. Comme si quelqu’un venait d’écraser un morceau de palagonite. Mes tripes se nouent. Je me relève difficilement. Je serre les dents. La douleur m’écrase. J’essaye de me retenir à la paroi pour ne pas tomber, mais mes poignets enflés me rappellent à l’ordre. Je me tiens les côtes. Autour de moi, c’est comme si l’air se chargeait d’une odeur épouvantable. Un frisson me parcourt. Je tremble et je presse Xowy contre moi. Une ombre grandit et se déplace dans ma direction. Plus elle avance et plus je me sens oppressée. Je sais reconnaître le poids des ténèbres lorsqu’il se rapproche. J’ai vécu avec depuis toujours. Il a le don de pousser mon cœur au bord de l’explosion. »

« Je relève la tête. L’ombre se découpe dans mon champ de vision. La silhouette est grande. Essoufflée. Elle se tourne vers moi. Sous le ciel zébré d’aurores, je vois son visage. C’est lui. Yrkill apparaît comme à son habitude, à l’identique d’un diable sortant de sa boîte. Il avance lentement. D’un pas sûr. D’une agilité prédatrice. Il me fixe de ses yeux injectés de sang. Son visage se fend d’un sourire plus malsain que jamais. Il se met à rire en ébouriffant ses cheveux noirs d’une saleté à écœurer n’importe qui. Malgré sa respiration saccadée, le barge parvient malgré tout à vociférer. Je suis tétanisée. À ma droite et à ma gauche, des pans rocheux font barrage. Je suis prise au piège. Ce qui devait me protéger va finalement permettre à Yrkill de me coincer. Puis de me tuer. »

« Je referme la porte. Grincement inquiétant. Dans l’obscurité la plus totale, j’essaie de me guider avec les structures en bois et je m’allonge sur la plus proche d’entre elles. Je déteste cet endroit. Définitivement. Une partie de mon être me somme de partir. Je perçois les bourrasques qui menacent au-dehors, comme pour me rappeler que j’ai de la chance d’avoir trouvé un toit. Alors je reste ainsi, étendue en chien de fusil. Mes angoisses laissent la place aux douleurs qui viennent et partent, dans un va-et-vient des plus pervers. Je n’ai pas d’autres choix que d’endurer cette souffrance qui me lancine, au point que ma respiration se coupe par intermittence. J’attends. Je ferme les yeux. Comme si un miracle pouvait survenir. »

 

Elly Rosemad est psychologue de formation.
Elle est l’auteure d’un premier roman, “Trauma zéro” (2018), un thriller d’anticipation.

Fantastique, Noir, Nouvelles, Psychologie, Suspense

La face cachée de l’arc-en-ciel

de David Ruiz Martin
Broché – 14 juillet 2018
Éditions : Independently published

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Sept couleurs. Sept histoires. Sept nuances aux pigments sombres, aux teintes douloureuses, parfois merveilleuses, où la peur côtoie la haine et où la haine, dans l’ombre, libère ce besoin viscéral de vengeance. Des histoires où le courage se montre en surface, où l’espoir évince la fatalité et où parfois, l’accablement et la honte poussent à la folie. Des récits qui souvent tutoient la mort, où les plus téméraires osent l’affronter, et où les plus couards préfèrent l’éviter. Certains tenteront de se jouer d’elle, mais elle finira, s’ils ne prennent pas garde, par les saisir… Et une fois dans ses serres, la mort ne relâche pas sa proie… Ne vous éloignez donc pas du chemin… Car la peur sème le doute… Et le doute finit toujours par vous perdre… Alors un conseil : restez prudents en tournant les pages de ce recueil de nouvelles.

 

Couv_052_Ruiz Martin David - La face cachée de l'arc-en-ciel

 

J’enchaîne avec un nouveau recueil de nouvelles “La face cachée de l’arc-en-ciel”…

La nouvelle est un support que j’affectionne tout particulièrement. Il oblige l’auteur à se dépasser, à synthétiser et faire abstraction de tout ce qui est futile, inutile et qui ne captera pas le lecteur dès le début de sa lecture… Une “bonne” nouvelle c’est un piège qui se referme sur vous sans que vous vous en rendiez compte et David Ruiz Martin y arrive horriblement bien !

Je vous en prie… N’hésitez surtout pas à me suivre, ouvrez la première page de ce “petit“ ouvrage qui vous mènera vers de nouveaux horizons…
Je sens votre tension palpable, des doutes qui s’immiscent dans votre cœur peut-être… Allez, plus que quelques centimètres… Prenez… C’est à vous maintenant.

“Les hommes.
Entre elle et eux, un conflit éternel subsistait.
Se sentant constamment observée, traquée, elle tentait tant bien que mal de les éviter, afin de s’écarter de tout danger. Mais aujourd’hui, le danger était bien présent…”

L’écriture de David est vraiment très efficace. Il nous balade d’un univers à l’autre au gré de ses envies, mais toujours avec des textes d’une excellente qualité.
Impossible de vous dire quelle est la nouvelle qui a eu ma préférence… Toutes ont une structure et des situations tellement différentes. Beaucoup de fluidité avec cette force de vouloir nous amener à lui systématiquement… Bravo David !
Je l’ai lu en un peu plus de deux heures, et j’avoue que quelques pages de plus, n’auraient été pour me déplaire.

Sept moments de lectures très différents, qui “grattent” là où ça fait du bien et parfois soumettent à rude épreuve.
Malgré les sept couleurs de l’arc-en-ciel, c’est surtout le noir qui domine. Un peu de fantastique, on ne coupe pas aux thrillers, une pointe de magie et un suspense moite qui plane le long de chaque récit. Vous souhaitiez des ambiances sombres, vous serez servis. Mais ce n’est pas que cela !
Que peut-il bien se cacher, dans l’ombre de “La face cachée de l’arc-en-ciel” ?

Êtes-vous vraiment prêt à en subir toutes les conséquences ?

Un livre que je vous conseille…
À savourer sans modération, si vous n’avez pas peur pour vos ongles !

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Extraits :

« Les médecins sont formels. La moelle épinière est touchée. Je ne marcherai plus. Je ne bougerai plus. Pas même le moindre doigt, le moindre cil, même le visage demeurera inerte. Plus aucun sourire possible. Je suis comme un enfant abandonné qui braille dans un corps ou la flamme a décliné. Qui hurle et qui pleure, mais que personne ne se risquer à contempler. »

« Le temps s’écoule différemment ici… tout est plus long… certaines choses se répètent… et en ce moment… ta peau brûle encore dans la carcasse de ta voiture… tu souffres tellement que tu n’as simplement plus la force de hurler… car tes poumons se sont collés sous la chaleur… »

« C’est en ouvrant ce livre que tout commença. Ma première réaction fut de sourire, évidemment. Puis, au fil des pages et de cette lecture insolite, ce sourire pourtant si sûr, si… assumé, se figea en une sorte de léthargie obscure, une inquiétude perverse et un profond mal-être. C’est alors que je me remémorai ses mots : « Ne prêtez pas attention à cette situation étrange, prenez le temps nécessaire pour lire les premières pages et, uniquement après cela, faites-vous votre propre opinion. »

« La tension est palpable au bout de mes doigts rongés par l’angoisse.
Car je connais mes faiblesses.
Sous l’effet de la peur, mes genoux tremblent, ma nuque frissonne et mes dents claquent, tandis qu’un sourire qui n’a rien de plaisant s’esquisse au bout de mes lèvres sèches.
Et dans le doute…
… une lettre après l’autre…
… à nouveau…
… s’inscrivent…
… hésitant…
… ces mots :
Chapitre sept »

 

 

David Ruiz Martin est né le 01.12.1978 à Madrid, Espagne. C’est à l’âge de quatre ans qu’il part vivre en Suisse.

Issu du domaine de la construction, David Ruiz Martin, menuisier de formation, n’a suivi aucun parcours littéraire.

Autodidacte et touche-à-tout, ce passionné de cinéma et de littérature débute, vers vingt ans, son parcours d’auteur, dans l’ombre et à l’insu de tous, avec quelques nouvelles qu’il garde pour lui encore à ce jour. Puis, durant près de dix ans, seule sa femme est mise dans la confidence de sa passion. C’est à l’âge de trente-deux ans qu’il se lance dans l’écriture de son premier roman, “Le syndrome du morveux”, thriller autoédité, qui surprend son entourage, suivi d’un second, “Que les murs nous gardent”, roman d’épouvante, l’année suivante. Fort d’un accueil enthousiaste, il prend plus de deux ans afin de peaufiner un troisième, “Je suis un des leurs”, une histoire le tenant particulièrement à cœur depuis de nombreuses années, prenant au dépourvu ses lecteurs tout en se dévoilant davantage, en leur offrant un roman personnel et qui colle à ses racines.

Depuis le succès de son premier roman, David Ruiz Martin se laisse du temps afin de mettre sur papier les histoires qui germent dans son esprit.

David Ruiz Martin est marié et vit à Cressier, en Suisse.

Drame, Noir, Suspense, Thriller

La toile aux alouettes

de Lou Valérie Vernet
Poche – 5 mai 2022
Éditions : M + Éditions

Deux enquêteurs aux méthodes singulières, surnommés « Les Concertistes », se penchent sur la disparition d’une femme. Tous les indices portent à croire que trois jours auparavant elle a pété les plombs et prémédité son départ. Quand ils soupçonnent qu’elle est la victime d’un redoutable prédateur, sadique et manipulateur, le compte à rebours est déjà lancé.

« J’ai découvert une fin diabolique bien loin des premiers chapitres policés, qui fera hoqueter et lever les sourcils, mais qui est la signature d’un livre réussi, original, audacieux. Un livre que l’on n’oubliera pas, longtemps après l’avoir fermé ».

Maud Tabachnik, écrivain.

 

 

“La toile aux alouettes”, est le premier polar signé par Lou Valérie Vernet.
Il est sorti en 2017, et a été primé du Prix Polar CMB en 2018. Réédité le 5 mai 2022, il refait peau neuve !
C’est le premier tome d’une trilogie à paraître courant 2022…

Tous les matins Clara est réveillée par son voisin qui chante à tue-tête… Mais Clara ne dit jamais rien. Elle s’efface au point presque de devenir “invisible”. Invisible dans son quotidien, sur son lieu de travail, même envers sa propre famille. Elle n’ose pas, ne se plaint jamais, baisse la tête…

Mais un jour, le réveil trop matinal imposé par son voisin est la goutte de trop ! Elle réagit du tac au tac à coups de perceuse dans le mur, met à son tour la musique à fond et dans une même lancée se rend sur son lieu de travail avec une détermination toute nouvelle ! Gare à ceux qui croiseront son chemin…

Mais que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui a poussé Clara à réagir de la sorte, à réagir après toutes ces années ?

Lou Valérie Vernet a construit son récit en trois parties.

  • Dans la première, Lou nous invite à découvrir Clara.
    Une Clara réservée, timide qui passe du temps, beaucoup de temps sur les réseaux sociaux et ce dès qu’elle sort de son travail. Elle fera la connaissance de Domino en naviguant sur la toile, le “frère” qu’elle n’a jamais eu.
  • Dans la seconde, ce sont “Les concertistes” qui entrent en scène, des enquêteurs vraiment très atypiques, qui m’ont agréablement surpris et porté dans leur monde disjoncté !
    Dans cette partie, le ton du récit se durcit, devient plus violent…
  • Et enfin dans la troisième… Wahou !!!
    Une tension extrême m’a mené vers un final que rien ne laissait présager en tout début de ma lecture…
    Cette construction originale, m’a permis d’appréhender petit à petit les différents protagonistes du récit, de m’y attacher ou de les détester.

L’intrigue est bien menée. Lou a cette plume, mordante et poétique, elle nous transporte dans son récit, elle joue avec les mots et les idées à travers une tristesse omniprésente. Ses personnages à la psychologie exacerbée sont toujours décrits avec finesse et elle leur offre des dialogues sur mesure, qui fusent en un rebondissement incessant.
Attention, âmes sensibles le “pire” reste encore à venir !
Clara va sombrer dans un cauchemar, blessée et manipulée par un horrible prédateur, prise dans sa toile… elle n’aura de choix que de céder à tous ses vices pour rester en vie.

Ce premier polar de Lou, très atypique est très différent des polars que j’avais lus jusqu’alors. Mais le plus simple, serait que vous vous fassiez votre propre opinion.
Dans tous les cas, je recommande vivement !

Je remercie M+ Éditions pour leur envoi en SP. Une relecture pour moi, mais toujours un vrai plaisir… Hâte de découvrir les tomes suivants (que je n’ai pas encore lus !).

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Extraits :

« C’était un matin blanc recouvert de givre, un matin serti de froid aux reliefs argentés. Les voitures gisaient telles des congères ; une armée blanche en déroute. Quiconque aurait levé la tête aurait découvert un ciel bleu et immobile, mais quiconque à cette heure-ci n’était pas dehors. On était dimanche, il était à peine huit heures du matin, la ville dormait encore. Un homme seul marchait sur le trottoir. Cheveux en bataille, grisonnants, yeux clairs, la silhouette fine, le pas énergique, vêtu d’un jean marron, il avait enfoncé ses mains dans les poches latérales de son bombers. Une allure à la Gérard Lanvin dans ses meilleurs jours. Bourrue et renfrognée. »

« Il n’y a que deux couleurs existantes au monde Petite Sœur : le jour et la nuit. Soit tu es dans l’ombre, soit tu es dans la lumière, mais l’entre-deux n’existe pas. Le courage est de choisir son camp, de ne pas fermer les yeux, d’accepter son sort. C’est comme de prétendre que la solitude existe. Mais ça aussi c’est faux. La solitude n’existe pas. Personne n’est jamais seul. Tout le monde est habitée continuellement, soit par des fantômes, soit par des fantasmes. Ou cet autre est un espoir ou cet autre est un regret. L’homme est peuplé de tellement d’autres qu’il ne peut plus être seul un seul instant. Ce que chacun nomme la solitude n’est rien d’autre que de l’absence physique. Mais la solitude n’existe pas. »

« Partout dans le monde des gens écrivaient des choses que personne ne lisait. Il lui suffisait de fureter à la recherche de tous ces pseudos écrivains en mal de reconnaissance. Le plagiat d’inconnus : qui avait le temps de s’en soucier ? Une vraie mine d’or ! Il n’avait jamais eu à écrire une ligne. N’aurait pas su. Il n’avait eu qu’à se servir. Recopier. Au moins, tous ces prétendus poètes, scribes maudits, étaient lus. Grâce à lui. Et pas qu’une fois. Il avait tissé sa toile, jour après jour, comptabilisant au final plus de mille connexions partout dans le monde. »

« Le commun des mortels était saturé de tout et c’était la misère sociale qui envahissait le décor des rues, qui se fissurait à la moindre agression, qui pointait sa violence dans un ras-le-bol de frustrations, griffant les hommes de plus en plus jeunes dans des explications de plus en plus banales. Chaque seconde, un être humain entrait en collision avec un autre qui, absous de son humanité, ne se retenait plus d’étouffer sa femme, d’égorger son voisin, de battre son enfant, de violer une inconnue, d’éjaculer sa colère pour un tête-à-queue fait à son existence. »

« Il fait trop beau. Le soleil n’a aucune pudeur. Il est cru, tapageur, je suis obligée de voir. Cette fois-ci, les ombres sont en moi. Continuer de faire semblant serait un leurre, je l’ai usé. Usé comme peut l’être un vieux vinyle trop de fois passé en boucle. Toute ma vie, j’ai fait semblant. D’abord, j’ai fait semblant de grandir. Et puis, j’ai fait semblant d’apprendre. J’ai fait semblant de travailler, semblant de ne rien ressentir à travailler. J’ai fait semblant de trouver bonnes des choses que je détestais. Hier encore, je me suis levée et j’ai fait semblant. Comme hier et avant-hier et avant-avant-hier. J’avais juste à me répéter. Je me décalquais. J’allais mine de rien. J’agissais comme si. J’étais une apparence, un doublon. J’ai fait semblant de croire que c’était peut-être le dernier jour que je faisais semblant. Qu’il n’y avait plus que cette nuit encore à passer et que demain, au réveil, c’est sûr, je n’aurais plus à faire semblant. Souvent, j’ai fait semblant de sourire, parfois même, j’ai fait semblant de souffrir. Pour qu’on m’aime un peu plus. J’ai fait semblant de tout et j’ai bien réussi. Et tout ça pour quoi ? Pour cacher quoi ? Si j’étais quelqu’un d’autre, qui suis-je ? »

 

 

Lou Valérie Vernet, auteure multicartes, signe ici son tout premier polar, déjà paru en 2017 et primé du Prix Polar CMB en 2018. Premier opus d’une trilogie (à paraître courant 2022), elle a aussi publié deux thrillers et sept autres romans. Tous confirment son talent à manier en virtuose, l’art de la mystification et à sonder les profondeurs de l’âme. Par ailleurs, photographe amatrice, baroudeuse des grands espaces, essayiste et poète à la plume acérée, elle n’en reste pas moins attachée à sa devise préférée « Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant ». B. Fontenelle.

Émotion, Drame, Noir, Suspense, Thriller

Requiem des ombres

de David Ruiz Martin
Poche – 12 mai 2022
Éditions : Taurnada

Hanté depuis l’enfance par la disparition de son frère, Donovan Lorrence, auteur à succès, revient sur les lieux du drame pour trouver des réponses et apaiser son âme. Aidé par une femme aux dons étranges, il tentera de ressusciter ses souvenirs. Mais déterrer le passé présente bien des dangers, car certaines blessures devraient parfois rester closes… au risque de vous entraîner dans l’abîme, là où le remords et la honte règnent en maîtres. Où le destin semble se jouer de vous. Et cette question, qui bousculera sa quête de vérité : peut-on aller à l’encontre de ce qui est déjà écrit ?

 

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C’est le second de David Ruiz Martin que je lis, et bêtement, je m’attendais à une lecture un peu identique. Huis clos psychologique à l’écriture directe et puissante comme dans son roman “Seule La haine”.
Et bien non !
Dans ce roman, la sensibilité et les émotions sont omniprésentes, malgré le fait que ce soit un « VRAI” thriller, sombre sur un fond de vengeance et teinté d’ésotérisme, obtenant ainsi plusieurs degrés de lectures.

Automne 1973.
Un brouillard très épais, rendant toute visibilité impossible dès quelques mètres, est resté suspendu au-dessus de Neuchâtel pendant près de neuf semaines…
C’est un soir de novembre, que Donovan Lorrence a été retrouvé blessé dans les bois et que son jeune frère Virgile, a disparu. Malgré les efforts déployés par la police, il n’a jamais été retrouvé…
Donovan reste persuadé que son frère a été enlevé, ou mieux, qu’il a fugué pour échaper à leur père violent, qui les maltraitait au quotidien, mais les années passent… et il n’a toujours aucune nouvelle de Virgile.

Après avoir vécu plusieurs années à Paris, la cinquantaine passée, Donovan décide de retourner en Suisse afin de régler la succession de son père récemment décédé. Entre temps, il est devenu un auteur “Banquable” qui profite d’une certaine notoriété, mais dernièrement en panne d’inspiration.

À son arrivée, il croise dans un bar, un ancien policier qui à l’époque s’était occupé de la disparition de son frère. Après une discussion un peu tendue, Donovan “plante” l’ex-flic en colère. Il refuse tous les arguments donnés par celui-ci sur la disparition de Virgile. Il décide d’aller dans sa maison familiale en espérant trouver une trace quelconque qui l’aiderait dans ses recherches…
Mais, en arrivant, la maison est en feu ! Malgré les efforts des pompiers, le feu détruit tout, et ne sera circonscrit qu’au bout de plusieurs heures. Donovan décide d’enquêter pour essayer de comprendre ce qui a bien pu arriver…
Dès lors, les menaces à son encontre commencent…

Et puis, il y a sa rencontre avec Iris, une jeune fille à l’air perdu, perturbée peut-être, qui va changer radicalement l’axe à ses recherches.
Mais qui est donc Iris ?
Amie, ennemie ?
Dans tous cas, la mort rode autour d’elle au quotidien…

Un très bon thriller ésotérique, plein de surprises et de rebondissements, le héros n’est pas vraiment sympathique, mais qu’importe, il veut la vérité et c’est bien compréhensible. L’intervention d’Iris est très originale et donne au fil rouge du récit une autre vision. David maîtrise parfaitement son sujet !

Je ne serai pas surpris qu’on entende parler de David Ruiz Martin de plus en plus régulièrement… “Requiem des ombres”, un roman que je vous conseille vivement !

Merci aux éditions Taurnada pour ce beau cadeau.

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Extraits :

« La brume est dense, poisseuse. Si palpable que je parviens à la sentir du bout de mes doigts engourdis. Elle m’enveloppe de ses bras monstrueux. M’empêche tout mouvement. Me garrotte et me rend aveugle. Un mur de vapeur froide me maintient hors du temps. Masse imperceptible où il est vain de me débattre. J’éprouve de la peur. Ainsi que cette folie contagieuse, en embuscade. Elle se faufile comme une mélodie exaspérante qu’il faut donne encore et encore. »

« Je me mis à revivre les jours précédant le drame. L’année de la grande brume, période cauchemardesque qui avait duré près de neuf semaines et que tous avaient fini par nommer ainsi. Dans toute la région, autour du lac dans ses hauteurs, un brouillard épais était apparu un matin. J’avais cru au départ à un événement naturel ; il était banal, durant les dernières semaines d’automne, d’observer une brume matinale se former lorsque l’air froid était emprisonné par de l’air chaud. Mais ce brouillard-là semblait différent des précédents ; habituellement cantonnée au pied des montagnes, elle s’était invitée jusqu’au sommet de Chaumont, après mille deux cents mètres d’altitude, avait recouvert toute la région est fait de nous ses prisonniers. Elle était épaisse, poisseuse et semblait l’œuvre du diable. »

« Iris ôta manteau et chapeau, les suspendit à une branche et demeura sans bouger quelques secondes. Elle était habillée comme la veille : longue robe blanche et étincelante, ondulant sur son corps et dissimulant ses pieds. Ses cheveux étaient parfaitement lissés. Iris s’écarta et s’approcha du bord du lac, face à moi, les mains toujours dissimulées dans des gants blancs. Elle semblait observer quelque chose au fond de l’eau. Le ciel gris sombre se reflétait dans le lac, tandis que son corps, d’un blanc éblouissant, contrastait au milieu de ces eaux limpide, ses ombres tranquilles qui ne semblaient nullement l’impressionner. »

« La période qui a suivi “l’absence” de Virgile reste un moment étrange. Je vivais avec le sentiment d’être de trop, comme si disparaître avec lui était mon seul espoir de sortir du tunnel.
Et s’il était mort, je l’étais aussi. Car je ne vivais plus vraiment. Je ne ressentais plus aucune émotion, plus aucune sensation. Tel un zombie errant au milieu d’inconnus qui me parlaient et cherchaient à me tirer à eux… ces êtres étranges qui ne ressemblaient plus à rien. »

« Dieu ? Il n’existe pas ! fulminai-je. Ou au mieux, c’est un incapable ! Sinon, il ne laisserai jamais des enfants sauter sur des mines en Afrique ou d’autres se faire embarquer à travers le monde dans des trafics d’êtres humains ! Dieu, c’est une idée inscrite dans les chairs, une information involontairement transmise par le génome humain, comme un legs absurde et sans fondement basé uniquement sur l’espoir, l’ignorance et la solitude ! Vous me parlez de Dieu comme s’il s’était présenté à vous un bon matin ! Moi, il ne m’a jamais aidé ! Pas même regardé ! »

 

 

David Ruiz Martin est né le 01.12.1978 à Madrid, Espagne. C’est à l’âge de quatre ans qu’il part vivre en Suisse.

Issu du domaine de la construction, et menuisier de formation, il n’a suivi aucun parcours littéraire.

Autodidacte et touche-à-tout, ce passionné de cinéma et de littérature débute, vers vingt ans, son parcours d’auteur, dans l’ombre et à l’insu de tous, avec quelques nouvelles qu’il garde pour lui encore à ce jour. Puis, durant près de dix ans, seule sa femme est mise dans la confidence de sa passion. C’est à l’âge de trente-deux ans qu’il se lance dans l’écriture de son premier roman, « Le syndrome du morveux », thriller autoédité, qui surprend son entourage, suivi d’un second, « Que les murs nous gardent », roman d’épouvante, l’année suivante. Fort d’un accueil enthousiaste, il prend plus de deux ans afin de peaufiner un troisième, « Je suis un des leurs », une histoire le tenant particulièrement à cœur depuis de nombreuses années, prenant au dépourvu ses lecteurs tout en se dévoilant davantage, en leur offrant un roman personnel et qui colle à ses racines.

Depuis le succès de son premier roman, David Ruiz Martin se laisse du temps afin de mettre sur papier les histoires qui germent dans son esprit.

Noir, Thriller

Le Tricycle rouge

de Vincent Hauuy
Poche – 28 mars 2018
Éditions : Le Livre de Poche

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Noah Wallace est un homme usé, l’ombre du brillant profileur qu’il était jusqu’à ce qu’un accident lui enlève à la fois sa femme et sa carrière. Mais un appel téléphonique va le contraindre à reprendre du service. Son ami et ex-coéquipier Steve Raymond a besoin de lui. Une carte postale trouvée sur le lieu d’un crime atroce au Canada l’implique directement et le ramène à une série de meurtres commis cinq ans plus tôt. Tout porte à croire qu’un tueur en série présumé mort, le Démon du Vermont, est de nouveau à l’œuvre.
Dans le même temps, à New York, la journaliste-blogueuse Sophie Lavallée enquête sur un reporter disparu dans les années soixante-dix.
Et si les deux affaires étaient liées par le même sombre secret ?

 

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“Le Tricycle rouge” démarre très vite et très fort.
Vincent Hauuy, en quelques lignes a su m’agripper…
Je suis arrivé à la fin de l’ouvrage.
Je suis estomaqué !

Et si tout cela existait vraiment…

Nous sommes au Canada, un environnement froid et triste.
Steve Raymond, lieutenant américain, fait appel à un ami, Noah Wallace, ancien profiler, devenu amnésique et infirme suite à un accident où il a perdu sa femme. Il n’est plus que l’ombre de celui qu’il était. En effet, une carte postale à son nom a été retrouvée sur le lieu d’un crime particulièrement horrible. Le mode opératoire correspond à celui du « Démon », que poursuivait Noah juste avant son accident.
S’agit-il du même homme ou d’un adorateur qui réplique son “modus operandi” ? Qu’est-ce qui peut bien lier le tueur à Noah ? Pourquoi cette vision d’un tricycle rouge lorsqu’il est arrivé sur la scène du crime ?

Pendant de temps, Sophie Lavallée, blogueuse et journaliste,0 cherche à résoudre la disparition de Edgar Trout, un reporter qui n’a jamais été retrouvé. Elle cherche, elle creuse et publie ses résultats sur son blog. Un jour, elle reçoit un mail anonyme qui très vite va la mettre en danger, et va la conduire à croiser l’enquête suivie par Noah, pendant qu’il part à la recherche de ses souvenirs, au travers de cette enquête sanglante et violente.

Vincent est un amoureux des mots.
Rarement dans mes lectures, je n’ai autant ressenti le plaisir d’un auteur à placer ses mots à bon escient. Vincent en joue. Il joue avec le lecteur, mais joue aussi bien sûr avec ses personnages. J’ai eu parfois l’impression de lire une partition musicale où les dialogues se répondaient, se faisant écho. Son utilisation “de mots”, que je n’ai lus ou entendus que très rarement m’a donné une impression toute particulière… Vincent me chuchotait son récit aux courts chapitres, plein de suspense et de retournements, directement dans mes oreilles…

Mais l’auteur ne s’arrête pas là !
En plus d’avoir développé la forme, tel un écrin protecteur, Vincent nous propose un fond qui est un véritable bijou !
J’ai imaginé la réflexion qui était sienne, à chaque fois qu’il donnait des titres à ses chapitres…
Un vrai thriller mâtiné d’énigmes, de sixième sens, effleurant délicatement le paranormal.

Attention ! “Le Tricycle rouge” est très addictif, sa construction parfaitement menée et maîtrisée avec des scènes particulièrement violentes. Pour son premier roman, Vincent fait une entrée très méritée pour moi, dans le monde de l’écriture !
Noah est à la recherche de ses souvenirs, au travers une enquête sanglante et violente.
Amateurs de thriller, surtout, n’hésitez pas !

Personnellement, je vais me pencher sur le “cas” Vincent Hauuy et ses autres romans…

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Extraits :

« Steve porte la main à sa bouche grande ouverte et ses yeux s’écarquillent, mais Noah ne le remarque pas. Autour de lui, les sons se tordent et s’étirent comme le ferait un enregistrement sur une vieille bande magnétique qui se serait coincée. Un bourdonnement pulsatile s’amplifie puis donne naissance à un acouphène qui siffle dans ses oreilles comme une théière sur le feu. Il décrispe sa mâchoire et fait jouer ses mandibules pour chasser les bruits qui envahissent sa boîte crânienne. En vain. »

« Pour comprendre ce puzzle, il va devoir plonger dans les abysses. Son regard devra porter au-delà des apparences pour espérer déceler l’ombre du tueur dans la mosaïque sanglante. L’autre envisageait toujours les scènes de crime comme des symphonies silencieuses, il en percevait le rythme, le tempo et les notes. Il pouvait deviner la rage ou la colère dans la forme des blessures, la méticulosité dans le découpage ou le placement, la vanité dans l’exposition.
Noah ne voit plus la partition, mais peut-être peut-il encore entendre la musique. »

« Bordel, j’aimerais savoir ce qu’il foutent dans tes médicaments. Putain de BigPharma ; on est tous des putains de cobayes. Ça me bouffe de savoir que ce monde est corrompu jusqu’à la moelle par ces gros porcs. »

« Le cadavre a été positionné nu sur un fauteuil roulant. Les morceaux de peau arrachée sur le cuir suggèrent qu’il a été collé dessus – super glue – et qu’il s’est débattu.
– Toutes les dents ont été ôtées. À mon avis avec une pince, déclare Clémence. Puis son sourire a été étiré façon Joker, au couteau. Belphégor est souvent représenté avec une grande bouche.
Noah ne relève pas. Ce n’est pas ce genre de détails qui l’intéresse. Pourquoi ne voit-il rien d’autre ? Pourquoi ce corps reste-t-il muet ? Où est passée la musique ?
– Je ne vais pas toucher le cadavre, mais je pense que le tueur à placé des clous à la base des cornes et a utilisé un marteau pour les enfoncer sur le crâne, poursuit Clémence. »

 

 

Né à Nancy en 1975, Vincent Hauuy vit au Portugal avec sa famille. Concepteur de jeux vidéo et fan incontesté de Stephen King, J. R. R. Tolkien et George R.R Martin, il construit un monde fictif fait de paranormal, de sang et de complexité qui donnent à ses romans des intrigues très riches.
Son premier roman, “Le Tricycle Rouge”, paru en 2017, a remporté le Prix VSD RTL du meilleur thriller français présidé par Michel Bussi et conquis plus de 100 000 lecteurs.
Depuis, il a écrit deux autres romans, “Le Brasier” et “Dans La Toile” aux Éditions Hugo Thriller.

Noir, Polar, Thriller

Idol

de Thierry Berlanda
Broché – 24 mars 2022
Édition : M Plus

 

À la sortie de son concert au Zénith de Paris, Pete Locust embarque une prostituée cubaine. La vie flamboyante de la Rockstar va alors dérailler… Sauvagement agressé dans l’appartement loué par son agent, Locust devra compter sur Dodeman, lieutenant de police lancé sur la piste d’un improbable suspect.

Dans ce thriller particulièrement sauvage, les chapitres défilent au rythme rapide d’une enquête déroutante, parmi les monstres qui peuplent les enfers de Locust et jettent une lumière aveuglante sur l’aspect le plus troublant de la nature humaine.

 

031_Berlanda Thierry - Idol

 

La particularité des romans de Thierry Berlanda est d’aller systématiquement, là où on ne l’attend pas, et pour “Idol”, il ne déroge pas à sa règle…

Amoureux de Polar, de flics borderlines, de VRAI suspense et surtout de Rock’n’roll, le tout porté par des dialogues croustillants et des textes ciselés au couteau, ce roman est définitivement fait pour vous !
Attention, ça va vous déboucher les oreilles…

Dans ce récit archi rythmé, la musique et l’intrigue se mélangent continuellement, impossible pour moi, de ne pas rechercher les morceaux cités par l’auteur, et de ne pas les écouter à “donf” !
Rarement, je n’avais ressenti ce besoin d’une telle manière. Thierry est très fort à ce jeu-là !
L’histoire n’a rien de linéaire. J’ai suivi, comme Dodeman, cette enquête à plusieurs niveaux et ce n’était pas pour me déplaire. En effet, j’avais cru, honte à moi, dès le début du récit, que le coupable avait été trouvé, bien trop vite à mon goût.
Que nenni !
Soudain, Thierry tire de nouvelles ficelles et “boom-Patatra”, retour à la case départ… Je reste sur le cul. Trop fort l’auteur !

En sortant de son concert, joué à guichets fermés au Zénith de Paris, la “rock star” américaine Pete Locust, mondialement connue, a été retrouvée assassinée en compagnie d’une prostituée cubaine qui lui tient la main. C’est un coup de poignard dans le cœur pour des millions de fans inconditionnels.
Fan, lui-même de la rock star, Dodeman va se retrouver piégé dans une enquête qui va le hanter, tant qu’elle ne répondra pas à toutes les questions qu’il se pose… Mais impossible pour lui d’anticiper sur quoi que ce soit. Toutes les ouvertures éventuelles, se ferment au fur et à mesure de son avancement. Envie de me ronger les ongles !!!
Et… “Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité”, dixit, Arthur Conan Doyle.

Alors, oui, Dodeman est un peu un stéréotype de flic. Paumé, largué par sa femme, il ne voit que rarement sa fille, sa vie ne tient que par son travail et qui se “lève” seul contre tous, mais j’avoue avoir été touché… J’adore ce mec !

Musique, violence, rythme particulièrement soutenu, personnages troublants (mais attachants), tout est intimement lié dans ce récit gigogne que j’ai dévoré en quelques heures, il vous fera tourner la tête dans tous les sens, avant que vous ne puissiez reposer les pieds sur terre… Non pas les enfants !
Alors, les amis n’hésitez pas, venez lever le voile sur ce mystère musical… Et plus encore…

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Extraits :

« Dès que l’info avait fuité, le trafic SMS avait atteint un pic à mi-hauteur entre l’élection d’un pape et la mort de Lou Reed. Pete Locust débarquait à Paris pour la première fois depuis trente ans ! La légion de ses fans dispersés n’avait pas attendu le signal des rabatteurs d’Instagram pour jaillir de l’anonymat où elles barbotaient depuis trop longtemps. Le Locust arrivait ; il leur fallait illico savoir quand, pour combien de temps, et dans quelle salle il allait jeter ses éclairs. Vite submergé, le dispositif commercial des soi-disant sorciers du média planning n’avait pas tenu une journée sous la mitraille de ce genre de tweets capables de pourrir en quelques heures la réputation d’un label. Du coup, l’ouverture de la vente des billets avait été avancée, et tout le stock vendu dans la seconde après le clap. »

« Mercredi, 2h00 du matin.
La deuxième nuit de Tiago dans sa cellule est aussi la millième sans sommeil pour Dodeman. Les poignets croisés sous la nuque, son regard glisse sur les zébrures projetées au plafond par des phares à travers des volets gangrenés. Il y devine Manon, penchée sur ses camions de chantier, qui lève de temps en temps le nez pour lui sourire. Mais plus comme avant. Depuis quelques semaines, l’ingénuité s’est muée en une sorte d’indulgence cruelle. »

« 11h00.
Le panneau « Comparution en cours » à dissuadé Magloire de frapper à la porte de Deshayes. Elle s’assoit sur une chaise du couloir, et commence à faire ce qu’elle pratique avec art depuis l’enfance : attendre. Vingt minutes plus tard, Myriam Lombard apparaît sur le seuil. Pour la surprendre, il aurait fallu que l’avocate ait troqué son tailleur duveteux contre une combinaison d’homme grenouille :
– Bonjour maître.
– Puis-je voir Madame le juge entre deux, s’il vous plaît ?
– J’espère que ce sera possible. Je lui demande.
La greffière s’efface pour laisser sortir une panthère aux griffes bleues et son avocat, et elle se penche dans l’entrebâillure de la porte :
– Maître Magloire souhaiterait vous voir quelques instants. »

« Holly est morte avec sa main dans la tienne, Pete. Dans les dernières minutes de sa vie, cette fille t’a aimé comme elle n’avait jamais aimé personne. Pourquoi ? Qu’est-ce que tu lui avais donné ? Qu’est-ce qui s’est passé, cette nuit-là ? Qu’est-ce que le démon qui vous a tué a absolument voulu faire cesser ? Est-ce que c’était trop beau ? Il n’a pas pu le supporter, c’est ça ? Mais qu’est-ce qui a été si beau entre cette fille et toi ? »

 

Thierry Berlanda est l’auteur de vingt romans.

Après Naija (2017) et Jurong Island (2018), Cerro Rico (juin 2019), il clôt sa trilogie de techno-thrillers (Éditions du Rocher).
Ses autres romans récents sont L’Affaire Creutzwald (2018), un roman noir, et L’Orme aux Loups (2017), un suspense médiéval, parus aux Éditions De Borée. L’Insigne du Boiteux, un thriller pur jus, est ressorti en poche chez le même éditeur en 2019. Pour septembre 2020 sont annoncés la version poche de L’Affaire Creutzwald et un nouveau thriller en grand format, DÉVIATION NORD, dans la collection Marge Noire des Éditions De Borée.

Drame, Noir, Philosophique

Presque le silence

de Julie Estève
Broché – 12 janvier 2022
Éditeur : Stock

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« Les mots m’étranglent. J’ai mal : tête, ventre, tout le temps. Je suis un calvaire de treize ans, un mètre cinquante, quarante kilos qui se brisent. Je ne ressemble à rien sinon à une laideur bizarre. Ce n’est pas avec cette gueule-là que je vais pécho Camille Leygues. Il est dans ma classe cette année et il me déteste, comme tout le monde. »

Cassandre est rousse, frisée et haïe des autres enfants. On l’appelle le Caniche. Elle aime Camille, un garçon très beau et fou de chevaux. Un jour, elle se rend chez un voyant pour connaître son avenir. Mais la séance tourne mal. Le cartomancien lui révèle cinq prophéties terrifiantes qui ne cesseront, au cours de sa vie, de la hanter.

Presque le silence raconte la vie d’une femme en dix chapitres, de son enfance à sa mort. Une vie qui traverse dix grandes pertes, l’amour fou et les deuils. Une vie mêlée au sort des hommes, des animaux et des arbres où les tourments de l’âme sont les miroirs de l’effondrement du monde.

 

2022_011_Estève Julie - Presque le silence

 

J’ai entamé le roman ce matin dans les transports pour me rendre sur mon lieu de travail. Très vite, il a fallu que je m’arrête. Je ne comprenais rien à ce que je lisais… Ça me semblait brouillon, trop de tout, trop à la fois !
J’ai tout stoppé et j’ai repris le récit depuis le début, plus doucement, j’articulais alors, les phrases avec mon esprit, plutôt que de les lire dans la tête…

Et là, tout a changé.
Le livre s’est ouvert à moi comme par magie et j’y ai découvert une nouvelle Julie !

Comme je suis heureux d’avoir insisté. Il s’est passé quelque chose durant ma lecture. Ce style surprenant qui m’a bousculé au départ, finalement, je l’ai adoré et surtout, il se justifie pour cette histoire très forte en émotions… Julie a utilisé un style très atypique que je n’avais jamais eu l’occasion de lire, d’ailleurs peut-être, l’a-t-elle créé ?

À quel moment, un roman se transforme-t-il en œuvre ?
Voilà la question que je me suis posé finalement en cours de lecture !

Presque le silence, quel titre !
Dès que j’ai entendu parler de sa sortie, je savais que j’allais le lire, et c’est vraiment le titre qui m’a “appelé”.
Je m’attendais à un roman doux, un roman sage… Le silence…

Mais le “Presque” s’est glissé au début du roman. C’est lui qui dirigera, c’est lui qui déterminera le futur du récit, et quel récit !

Cassandre est rousse. Elle est frisée aussi, donc naturellement haïe par tous les autres enfants.
On se moque d’elle, on la bouscule dans la cour de récréation, dans les escaliers, elle subira le pire durant toute son enfance…
Elle consulte un cartomancien qui, lui révèle cinq prophéties terrifiantes qui ne cesseront, au cours de sa vie, de la hanter.
L’adolescence lui amènera d’autres problèmes avant d’appréhender ceux de sa vie d’adulte. Tout ne sera que doute et peur…

Comment Cassandre, un être si sensible peut-elle survivre à tout ça ?
Elle qui ne cherchait qu’à être aimée pour pouvoir aimer à son tour…

Elle ne cessera, mais en vain, d’essayer de dévier de cette malédiction qui pèse sur ses frêles épaules… et se battra ainsi seule contre tous, jusqu’au final du roman qui m’a pris les tripes et le cœur.
Chaque phrase est un frisson, chaque mot vous enlisera dans les tourments de votre âme, chaque point n’est là que pour mieux faire jaillir la phrase suivante, telle une boucle infernale choisie par l’auteure, qui va même jusqu’à réduire ses chapitres à la plus simple expression.
À certains moments, j’ai même imaginé Julie envoûtée, souffrant d’une tachypsychie “écrite” !
Mais il sera trop tard, vous ne pourrez plus poser votre roman, toutes les images seront dans votre esprit, et vous n’aurez que le choix d’aller jusqu’au bout, mais je vous aurez prévenu… “Presque” domine tout le récit !

Alors, plus j’avançais, plus j’avais envie de me boucher les oreilles. Julie se sert de sa puissance romanesque comme une symphonie qui va crescendo, jouant avec le monde entier, les animaux, la nature, tous les êtres humains…
Jusqu’au silence tellement attendu…

Et si Cassandre était simplement une “part” de chacun d’entre nous ?

ÉNORME COUP DE CŒUR pour ce roman très sombre, il est vrai.
Mais à travers toute cette noirceur, j’ai vu une lumière pleine d’amour et de tendresse…

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Extraits :

« Ça a commencé dans les forêts tropicales et les mangroves en Guyane. Des œufs. Des tas d’œufs. Ils étaient des millions, des montagnes. Les œufs sont devenus des chenilles moches qui ont mangé les feuilles des arbres dont les palétuviers des marais. Leur abdomen était gonflé, leurs poils épais, elles avaient trois paires de pattes.
Pendant des kilomètres, la forêt fut recouverte de ces choses. Elle fut dévorée. La forêt : des troncs et des branches vides.
Un jour, les chenilles se sont changées en papillon de nuit, trapus, triangulaires. Ils étaient jaune et marron. Au crépuscule, ils ont volé vers les villes. »

« Chaque matin depuis deux mois, je me réveille amnésique. Pendant quelques secondes magnifiques, ma mère n’est pas malade, puis tout se casse la gueule et je tombe dans un trou grand, profond et noir. L’angoisse colle au cul de ma raison. Je ressasse la phrase du voyant, ”ta mère va mourir“. Je suis coincée dans cette phrase. Je réfléchis à l’envers. Je me remets à prier les dieux. Je les supplie de sauver ma mère. De tromper le destin, de changer les cartes. J’en suis là, débile, noyée dans l’absurdité. »

« J’ai 35 ans, je suis enceinte. Je l’annonce à Camille un matin sans soleil. Un sourire dérègle son visage. Je ne reconnais pas ses traits. L’ensemble est dévoré par une joie qui a l’air de la peur. Il m’entoure de ses bras. Pose son front contre le mien. Quitte le lit et s’en va sur le dos de Zambia. Il revient cinq heures après, épuisé, la tête remplie de deuils et d’avenir.
De mon côté, je pleure avec un fœtus dans le ventre. Je déverse sur les draps des larmes inquiètes. Je suis à la fois un horizon et un clapier. Quelque chose meurt en moi pendant qu’un être devient. Je ne serai plus jamais une enfant, la vie qui loge en bas me retire ma couronne. Je laisse à ce fœtus toute la place. J’ai tant besoin de ma mère. Des mots, des mains de ma mère. »

« Je survis grâce à l’amour, aux lettres que Camille m’écrit chaque semaine. Elles me raniment. Je vous ai montré les cœurs de mon fils au bas des pages ? Dans l’enveloppe, ils mettent toujours un peu de ma terre rouge. Je la lèche, vous savez, ça me remplit. »

 

 

Titulaire d’un DEA d’Histoire de l’Art à l’Université Paris IV-Sorbonne (2004), Julie Estève est journaliste spécialiste d’art contemporain.

Elle est auteur de catalogues d’exposition, de contes pour enfants.

Presque le silence est le troisième roman de Julie Estève. Ses deux précédents livres, Moro-sphinx (Stock, 2016) et Simple (Stock, 2018), ont été très remarqués par la presse.

Facebook : https://www.facebook.com/esteve.julie

Émotion, Drame, Noir, Polar, Suspense

Les rois écarlates

de Tim Willocks
Broché – 1 juin 2001
Éditeur : L’Olivier

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Lenna Parillaud vit dans la haine et la souffrance depuis la perte de sa fille. Seul un abominable rituel donne un sens à son existence : une visite chaque mois depuis douze ans à son mari – drogué et enfermé dans une bâtisse isolée du delta du Mississippi – auquel elle inflige toutes sortes d’humiliations.

Cicero Grimes, lui, traverse une grave dépression. Reclus au milieu de ses propres détritus dans une caserne désaffectée à la Nouvelle-Orléans, il n’émerge de sa torpeur que pour prendre conscience du dégoût qu’il s’inspire à lui-même.

Lenna Parillaud et Cicero Grimes ne se sont jamais rencontrés. Jusqu’au jour où ils reçoivent chacun une lettre qui les entraîne dans un cataclysme de vengeances, de haines et de violences.

 

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Tim Willocks, pour ceux qui ne connaîtraient pas, fait partie des grands, des très grands même de la littérature Noire. Je l’ai découvert avec “La Religion” un superbe thriller historique qui m’avait complètement emporté…
Depuis, j’ai lu tous ses romans. Il est souvent comparé à James Ellroy ou Norman Mailer, mais j’affectionne tout particulièrement Tim.
J’ai l’impression qu’il a déjà vécu plusieurs vies ! Grand maître d’arts martiaux, chirurgien, psychiatre, producteur, écrivain, scénariste, il a travaillé avec Steven Spielberg et Michael Mann.
Et tout ça pour notre plus grand plaisir…

“Les rois écarlates” est la suite de “Bad City Blues”, mais la construction du roman fait qu’il peut être lu indépendamment.
Vous l’aurez compris, c’est un roman sombre, noir, très dense… Tout le récit tourne autour d’une horrible vengeance.

La grande force de Tim est de distiller petit à petit les éléments qui constitueront une grande fresque au final. Dans le récit, il manie les mots et sait en jouer afin de maintenir un suspense constant jusqu’au bout d’une folle course-poursuite déclenchant un ouragan de violence dans le sud raciste des Etats-Unis.
Les personnages sont magnifiques, leurs psychologies travaillées en profondeur, l’intrigue est élaborée, il y a de l’action, de l’émotion, et beaucoup de réflexion aussi. J’avais l’impression d’être assis dans un fauteuil au cinéma.

Je ne dirai rien de plus, il vous faudra le lire pour comprendre…
“Les Rois écarlates” est un livre marquant.

Attention !
Faites-en sorte que “Gul” soit de votre côté, sinon… vous êtes mal barré !

Vous voulez du noir, du très noir ?
Tim Willocks, what else!

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Extraits :

« Si vous saviez depuis combien de temps personne ne m’a vu pleurer, Dr Grimes, vous auriez une petite idée de l’énorme perversité de cette farce.
Grimes en avait assez de cet endroit et de la nausée que lui causait son mauvais numéro. Il ne se savait pas capable de mentir de façon aussi experte, sans la moindre intégrité, et il avait usé de sa profession – l’avait salie – afin d’y parvenir. Il l’avait fait pour son père ? Georges ne lui avait rien demandé. Georges serait mort avant. »

« La rage le submergea à nouveau, étouffant sa honte. Qu’ils aillent se faire foutre. Voilà le monde entier se mettait à lui dire comment vivre. L’obèse avait raison au moins là-dessus : aussi loin qu’il s’en souvienne, depuis sa plus tendre enfance, être bousculé provoquait en lui une contrariété quasi-psychotique. Il ne voulait plus être bousculé. »

« Au grand étonnement the Grimes, et à sa grande satisfaction, Gul demeura immobile comme une souche tout le temps qui lui fallut pour injecter l’anesthésique. Grimes murmura et le caressa en attendant son effet, puis saisit une paire de ciseaux, retira la chair morte et posa huit points de suture. Gul se prêta aux soins sans broncher. »

« Elle n’avait pas seulement volé sa liberté, mais aussi sa réclusion : sa propre existence lui avait été inconnue pendant treize ans. Treize mois ou treize décennies, il n’aurait pas vu la différence. Dans cette indifférence sans limite, il se rappelait – par petits éclairs de honte et de rage – ses insultes et son mépris, son beau visage ou brillait le pur triomphe de la vengeance. Mais ces moments aussi glissaient dans le vide océanique de sa mémoire comme un banc d’anguilles voraces. Elle ne l’avait pas seulement dépouillé de son orgueil, des plaisirs et du pouvoir, elle l’avait dépouillé de la connaissance elle-même. Il avait perdu un quart de sa vie. »

 

 

Né en 1957, Tim Willocks, psychiatre à Londres, est spécialisé dans le traitement des toxicomanes. Scénariste, écrivain, il est l’auteur de plusieurs « polars » atypiques, à la frontière du gothique, dont Bad City Blues (L’Olivier, 1999). Comparé par la critique à Norman Mailer et James Ellroy, il affirme avec ce nouveau livre une écriture puissante, un réalisme grinçant et une intensité rarement atteints dans le roman noir.