Émotion, Drame, Psychologie, Suspense

Derrière les volets bleus

de Florence Tachoires
Broché – 11 juin 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Affronter son passé sera inévitable… tout comme choisir qui elle veut devenir.

Afin de fuir un avenir incertain, Rosa se réfugie chez son grand-père au bord du bassin d’Arcachon. Mais la découverte du corps de Jérémy, son ami d’enfance, bouleverse tout.
Pour comprendre, la jeune femme plonge au cœur de l’île aux Oiseaux et se heurte à un enchevêtrement de secrets et de vérités dérangeantes.

Quand la vérité se révèle encore plus dangereuse que la mort elle-même !

Je découvre Florence Tachoires avec Derrière les volets bleus, et quelle belle surprise…
Dès les premières pages, j’ai été happé par une atmosphère singulière, à la fois douce, mystérieuse et profondément troublante.

Au cœur du bassin d’Arcachon, entre l’Île aux Oiseaux, les cabanes emblématiques et les embruns marins, l’autrice déploie un décor d’une grande intensité. J’avais l’impression de sentir le vent salé sur mon visage, d’entendre le clapotis de l’eau et le chant des oiseaux. Ici, les lieux ne servent pas seulement de toile de fond. Ils deviennent de véritables personnages.

J’ai suivi Rosa avec beaucoup d’émotion.
Touchante, fragile parfois, mais déterminée, elle avance au milieu des non-dits, des blessures anciennes et des secrets enfouis. La mort de Jérémy agit comme un déclencheur et ouvre la voie à une quête de vérité qui deviendra peu à peu une quête intérieure.

J’ai particulièrement apprécié la construction du récit, faite d’allers-retours entre passé et présent. Florence Tachoires distille les révélations avec beaucoup d’habileté, nous invitant à assembler les pièces d’un puzzle complexe dont chaque élément trouve finalement sa place.
Les personnages ont beaux être nombreux, chacun possède sa voix, son histoire et sa part d’ombre. Ce roman est bien plus qu’une enquête. C’est une plongée dans les méandres de l’âme humaine, dans les rancœurs, les regrets, les silences et les blessures que le temps ne parvient pas toujours à effacer.

La plume de l’autrice, est fluide, élégante et délicate… Elle sait créer une tension psychologique subtile qui ne cesse de grandir jusqu’aux dernières pages.
J’ai refermé ce roman le cœur serré, avec cette sensation particulière d’avoir partagé quelque chose d’intime avec ses personnages.
Derrière les volets bleus est un thriller psychologique qui m’a captivé, il est empreint d’émotions et d’humanité, tout ce que j’aime.

Une très belle découverte que je recommande aux amateurs de mystères, de secrets de famille, mais aussi de récits humains.

Une nouvelle fois, un grand merci à Joël Maïssa de Taurnada éditions !

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Extraits :

« Elle descendit de la voiture. Sa silhouette se découpa sous un réverbère. Trentenaire, grande et élancée, elle dégageait une énergie tranquille. Rosa était une femme que l’on remarquait. Sa haute taille, héritée d’un père au physique imposant, la forçait souvent à se pencher vers les autres, une inclinaison qui lui donnait l’air d’écouter plus qu’elle ne parlait. C’était peut-être cela qui attirait les confidences à elle. Mais en cet instant, ses traits semblaient figés, sa bouche fine dessinait une ligne droite presque sévère, et ses paupières pesaient sur ses yeux d’un bleu changeant. »

« Rosa se versait une seconde tasse de café quand son téléphone vibra. Appel vidéo de Yann.
« J’ai beaucoup réfléchi », dit-il, la voix molle.
Chaque fois que Yann commençait ainsi, c’était pour revenir sur un sujet laissé en suspens. Le week-end dans les Pyrénées. Elle quitta la cuisine où Max prenait son petit déjeuner pour s’installer au salon. Smoky se coucha aussitôt à ses pieds.
Yann souffla sans énergie dans le téléphone.
« C’est à cause de moi que tu es partie si vite ? » demanda-t-il. »

« Claudio effleurait le clavier de son ordinateur. Il touchait son problème du bout des doigts. Ce n’était pas l’angoisse de la page blanche qui le bloquait, non, mais une forme de syndrome de Stockholm. Il était prisonnier des mots, pris en otage par la langue, et pourtant étrangement satisfait de cet emprisonnement. Pourquoi déranger le vocabulaire ? Pourquoi aligner des phrases ? Pour explorer les recoins obscurs de l’hu-manité, pénétrer des esprits tortueux, nommer l’innommable, faire parler les silences, recréer la réalité ?
Quelle arrogance ! »

« Sous un ciel bas, les contours noyés dans la brume de l’ile de Noirmoutier apparurent.
Claudio ralentissait devant le portail de la maison d’Isabelle lorsqu’un son strident fendit soudain l’habitacle. Il hésita un instant à décrocher.
« Monsieur Maril, dit une voix glaciale qu’il ne connaissait que trop. La banque Richelieu exige la couverture immédiate de votre découvert. À défaut, une saisie sera engagée dès demain matin. »
Le message tomba telle une sentence. Pétrifié, Claudio serrait le volant, les jointures blanchies par la pression. Depuis des semaines, il mentait à son banquier pour repousser l’inévitable. Maintenant, la réalité le rattrapait. Une sueur glacée perla sur son front.
Il supplia le banquier, qui ne l’écoutait plus.
C’était fini. »

Florence Tachoires vit dans le sud-ouest de la France avec sa famille.
Avant de se consacrer pleinement à l’écriture, elle occupait un poste de cadre en statistiques et en stratégie commerciale au sein d’une entreprise internationale.

Émotion, Biographie, Drame, Histoire vraie, Journalisme d'investigation, Philosophique, Psychologie

L’Homme sans fil

de Alissa Wenz
Broché – 5 janvier 2022
Éditeur : Denoël

“S’amarrer dans des villes inconnues, ne pas savoir où il va dormir, voilà ce qu’il aime. L’exaltation du nouveau. C’est exactement ce qu’il ressent quand il entre dans des réseaux informatiques. Oui, c’est la même chose, se dit-il, c’est un acte de foi. […] Les journaux l’appellent ainsi : le hacker sans abri.”

En 2010, le jeune soldat Bradley Manning est accusé d’avoir divulgué des documents classés secret-défense, révélant d’importantes bavures de l’armée américaine. Il risque alors la prison à perpétuité. Qui se souvient aujourd’hui d’Adrian Lamo, l’homme qui l’a dénoncé ? Hacker hors pair, Adrian Lamo est une légende dans son domaine. Mais le génie adulé, l’insolent vagabond, s’isole progressivement. Happé par les univers parallèles dont il se fait l’architecte, Adrian Lamo s’extrait peu à peu de la vie. Il perd dangereusement le fil du réel, entraînant dans sa chute ceux qui l’admiraient.

Avec une grande finesse, Alissa Wenz explore la part sombre de notre humanité et compose le portrait saisissant d’un antihéros 2.0.

Avec L’Homme sans fil, Alissa Wenz m’a entraîné dans une histoire aussi fascinante que troublante, à la frontière du roman, de l’enquête journalistique et du récit biographique. Une lecture singulière qui m’a permis de découvrir un personnage que j’ignorais. Adrian Lamo, hacker de génie devenu l’une des figures les plus controversées de son époque.

Dès les premières pages, j’ai été captivé par cet homme hors normes, vivant sans attaches, parcourant les États-Unis avec pour seuls compagnons un sac à dos, un ordinateur et une conception très personnelle de la liberté. Adrian ne cherchait ni la richesse ni la célébrité. Il piratait les systèmes informatiques des grandes entreprises pour en révéler les failles et les aider à les corriger. Une démarche paradoxale, à la fois illégale et profondément sincère.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la complexité de cet homme. Derrière le hacker adulé se cache un être fragile, solitaire, souvent incompris, en quête permanente de sens et de cohérence avec lui-même. Plus le récit avance, plus son parcours prend une dimension tragique.

Alissa Wenz choisit de raconter cette histoire à travers différents témoignages et une enquête qui reconstitue peu à peu le puzzle d’une existence hors du commun. Cette construction donne au roman une véritable force, tout en entretenant une part de mystère autour de son personnage principal.

J’ai également apprécié la réflexion que le livre propose sur la liberté, la vérité, la surveillance et les limites de l’engagement. L’affaire Bradley Manning et WikiLeaks sert ici de toile de fond à des questionnements particulièrement actuels. Où s’arrête le devoir moral ? Peut-on enfreindre la loi au nom d’une cause que l’on juge juste ? Qui sont les héros et qui sont les traîtres ?

Au-delà du hacker, j’ai découvert le portrait d’un homme profondément humain, généreux, tourmenté et vulnérable. Un homme qui rêvait peut-être simplement de rendre le monde meilleur, mais qui s’est retrouvé prisonnier de ses choix et de ses convictions.
Il m’aura fallu attendre plus de la moitié de ma lecture pour me rendre compte que ce récit était inspiré de faits réels qui se sont déroulés en 2010 aux États-Unis. Bradley Manning a vendu ou fourni des documents sécurisés à Wikileaks. Adrian Lamo est celui qui l’a dénoncé. L’Homme sans fil est une lecture originale, sensible et intelligente, qui mêle réalité et fiction pour dresser le portrait poignant d’un personnage aussi fascinant qu’insaisissable.

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Extraits :

« Vous vous en souvenez. Vous avez vu cette vidéo. C’était le 5 avril 2010. La vidéo s’appelait “Collateral murder”, meurtre collatéral. Elle apparaissait sur le site WikiLeaks.
Une vidéo en noir et blanc. Vous l’avez vue. Vous avez vu ces images prises d’un hélicoptère américain, à Bagdad, en 2007.
Des images en noir et blanc, dans le viseur. Une grande croix menaçante au milieu du cadre. Des voix américaines commentaient les individus qu’elles observaient. Leurs cibles. “C’est une arme, il est armé.” Une autre voix américaine renchérissait. “Lui aussi, lui aussi, il est armé.” L’hélicoptère se trompait. Ce n’étaient pas des armes. C’étaient des appareils photo. Les hommes dans le viseur étaient des journalistes. Une voix disait, “Je vais tirer, on va tirer”.
L’hélicoptère tournait autour des hommes. “On va tirer, il faut tirer.” Les hommes en noir et blanc ne se doutaient de rien. Ils parlaient, ils marchaient. »

« “Question hypothétique…”, risque alors Bradass87.
« Si tu avais la main sur des réseaux classifiés pendant… disons, huit, neuf mois… et que tu voyais des choses incroyables, des choses horribles… qui appartiennent au domaine public, et non pas à un serveur rangé dans une salle obscure de Washington… qu’est-ce que tu ferais ? »

« Adrian Lamo est aimé de ces hommes, mais il n’en tire aucune gloire personnelle. Puisqu’il sait y faire avec les ordinateurs, pourquoi ne mettrait-il pas ses talents au service de ceux qui en ont besoin ? »

« Il n’acceptait jamais d’argent de personne, assure Sullivan au téléphone, par-delà les centaines de kilomètres qui le séparent de Vera Keller. Il ne cherchait pas l’argent, il vivait sans dépenses, il ne possédait rien, il ne souhaitait rien posséder, vous comprenez. Il aurait pu demander de l’argent à Yahoo, à tous ces gens, il ne l’a jamais fait. Il ne cherchait pas à être riche, il cherchait seulement à être heureux, ou en cohérence avec lui-même, quelque chose comme cela. »

Après une formation de piano et de chant en conservatoire, des études de lettres à l’École normale supérieure, ainsi qu’une formation théâtrale, Alissa Wenz choisit de partager sa vie entre la chanson et l’écriture.

Autrice compositrice interprète, elle se produit dans de nombreuses salles à Paris et en région, soutenue par Contrepied Productions.

Elle a étudié à la Fémis, et poursuit des activités de scénariste et enseignante de cinéma.

Elle est également écrivaine.
Ses deux romans, À trop aimer (2020) et L’Homme sans fil (2022), sont publiés aux Éditions Denoël.
L’homme sans fil fait partie des finalistes du Prix Pampelonne-Ramatuelle, ainsi que du Prix Orange du Livre.

Son album Je, tu, elle paraît chez EPM / Universal le 9 septembre 2022.
Romain Didier en signe les arrangements.
Un nouveau spectacle accompagne cet album.

Le Désir dans la cage
https://leressentidejeanpaul.com/2026/03/28/le-desir-dans-la-cage/

À trop aimer
https://leressentidejeanpaul.com/2026/04/23/a-trop-aimer/

Émotion, Drame, Fantasy, Folie, Psychologie, Suspense, Thriller

La stratégie de l’écureuil

De Serge Brussolo
Broché – 13 novembre 2019
Éditeur : ‎Bragelonne

Mickie Katz est engagée pour remettre en état le manoir de Savannah Warlock, célèbre romancière disparue dix ans plus tôt dans des conditions demeurées inexpliquées. Située aux confins du désert, à proximité d’un lac insalubre, la demeure est devenue un musée assiégé par les fans. Savannah Warlock, aujourd’hui oubliée, a été un auteur contesté mais vénéré telle une idole. Les légendes les plus terrifiantes courent à son sujet. Ses thrillers, jugés insoutenables, ont provoqué de nombreux scandales. Mais qui était-elle en réalité ?

Retrouver Serge Brussolo, c’est toujours retrouver ce plaisir rare de se laisser embarquer dans une histoire où les certitudes ne durent jamais longtemps. Avec La stratégie de l’écureuil, j’ai une nouvelle fois été happé par son imagination débordante et son incroyable talent de conteur.

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Mickie Katz, cette héroïne au caractère bien trempé que les lecteurs de Brussolo connaissent déjà. Chargée de rénover le manoir isolé de Savannah Warlock, une célèbre romancière de l’horreur mystérieusement disparue, elle pense accepter une mission comme une autre. Mais très vite, les zones d’ombre se multiplient et l’affaire prend une tournure bien plus personnelle qu’elle ne l’imaginait.
Au cœur du désert américain, dans une demeure oppressante où chaque mur semble conserver les traces du passé, l’atmosphère devient rapidement étouffante. Serge Brussolo excelle dans l’art de créer un malaise diffus, une tension permanente qui s’installe sans avoir besoin de multiplier les scènes d’action.

J’ai particulièrement aimé la galerie de personnages qui entoure Mickie. Un ancien biker devenu gardien des lieux, un policier retraité fasciné par la romancière disparue, ainsi qu’une bande de fans passionnés dont les comportements alimentent encore davantage le mystère.
L’un des aspects qui m’a le plus séduit est la manière dont l’auteur relie cette enquête à l’histoire personnelle de son héroïne. La découverte d’anciens secrets familiaux, les questions qui surgissent autour de son enfance et les révélations qui s’accumulent donnent au récit une profondeur émotionnelle inattendue.

Comme souvent chez l’auteur, les frontières entre polar, thriller, fantastique et horreur deviennent floues. Les fantômes semblent rôder, les apparences sont trompeuses et il devient impossible de distinguer clairement les victimes des manipulateurs.
Le suspense monte progressivement jusqu’à un final riche en révélations. Les rebondissements sont nombreux, souvent imprévisibles, et m’ont tenu en haleine jusqu’à la dernière page.

La stratégie de l’écureuil est un excellent cru de Serge Brussolo. Un roman sombre, intrigant et terriblement addictif, porté par une ambiance remarquable et une héroïne toujours aussi attachante. Une lecture que j’ai dévorée avec le même enthousiasme que ses meilleurs romans.

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Extraits :

« Si tu dois enlever quelqu’un et le retenir prisonnier, m’expliquait souvent mon père, tu dois gérer la chose en bonne ménagère. Ne te contente pas de l’abandonner ficelé au fond d’un cagibi, tu t’exposerais à des désagréments certains. Mieux vaut l’installer dans une baignoire, après lui avoir ôté son pantalon et ses sous-vêtements. De cette manière, il pourra se soulager sans problème au fil des heures en t’épargnant la corvée du nettoyage.
Le jet de la douchette te permettra de faire disparaître ses déjections en un clin d’œil et sans trop de manipulations. Ce sont là de petits détails qui prennent leur importance lorsqu’un kidnapping se prolonge suite à des négociations difficiles. »

« Mais il est grand temps de me présenter.
Je suis grande et d’allure garçonnière. Maigre, diraient certains. Pas de hanches, des seins d’adolescente et des jambes interminables. J’ai le ventre plat, musclé, et l’on peut sans peine me compter les côtes. Je mange beaucoup et n’importe quoi sans prendre un gramme. Mon métabolisme fonctionne à plein régime et consomme davantage qu’une chaudière de paquebot. J’ai des cheveux longs et raides, de couleur carotte, ce qui fait que je ne passe pas inaperçue. Certains hommes me jugent attirante, d’autres froide et désincarnée, dans le style top-modèle anorexique. Je m’appelle Michelle Annabella Katz, et – vous l’avez sans doute deviné – je suis la fille d’un terroriste en fuite. »

« J’ai longuement regardé la photo de Savannah Warlock. J’ai vu une femme osseuse mais belle, au regard intense de possédée. Une masse hirsute de cheveux noirs, bouclés, encadrait son visage aux pommettes proéminentes, slaves. Ses paupières lourdes, fardées de bistre, lui conféraient un faux air d’hypnotiseuse ou de voyante extralucide. Une sorcière, soit, mais foutrement sexy. Je ne m’y suis pas arrêtée, il était manifeste que le photographe avait voulu donner d’elle l’image d’un succube.
C’était là le cliché promotionnel typique. Du chiqué. On ne pouvait toutefois s’empêcher de discerner une ombre douloureuse chez cette femme.
Une souffrance cachée. Un secret. Ou alors, c’est qu’elle jouait super bien la comédie. »

Né à Paris en 1951, Serge Brussolo écrit depuis son plus jeune âge. Ses premières tentatives de publication ont lieu dès sa douzième année… À sa sortie de faculté, après des études de lettres et de psychologie, il se lance dans la bataille de l’écriture, vivant dans des conditions précaires pour avoir le temps d’écrire ses premiers textes. Commence alors pour lui une formation à la manière des auteurs américains : métiers incongrus, hétéroclites, qui lui fourniront matière à l’études des milieux les plus disparates. Il lui faudra attendre 1978 pour que sa première nouvelle paraisse, qui sera aussitôt saluée par la critique (notamment par Bernard Pivot alors animateur de l’émission Apostrophe). Funnyway (Editions Denoël) sera en effet couronnée par le Grand Prix de la science-fiction française devenu aujourd’hui le Grand Prix de l’imaginaire.

D’autres prix littéraires (onze ou douze à ce jour !) récompenseront ses nombreux romans fantastiques publiés dans les célèbres collections Présence du Futur et Anticipation, et qui conduiront la critique à voir en lui « le Stephen King français ». Qualificatif réducteur, car, pour Brussolo, le fantastique ou la science-fiction ne sont que des prétextes, des clefs permettant d’accéder à un univers psychanalytique où règnent le trouble, l’obscur, l’inavoué. Il se souciera d’ailleurs peu d’observer les règles du genre et s’appliquera plutôt à les pervertir systématiquement au grand scandale des puristes.

Il donnera à Présence du Futur (Denoël) ses plus grands textes hallucinés, littérature visionnaire bourgeonnant au carrefour du baroque et du surréalisme. Ne s’interdisant rien, osant tout, Brussolo deviendra l’auteur qui fait scandale dans un milieu où robots et soucoupes volantes tiennent lieu de pantoufles. Pendant dix ans, il allumera les controverses, la haine et l’adulation la plus absolue. Tantôt voué au bûcher, tantôt hissé sur un piédestal.

À la fin des années 80 il se détourne momentanément du genre pour s’attaquer à la littérature générale et au roman historique. Quoi qu’il soit difficile d’appliquer des étiquettes à ses romans, chacune de ses œuvres se déplaçant sur plusieurs genres à la fois. Auteur polyphonique, Brussolo est un mutant réconciliant les extrêmes, un maître expert en mélanges, à la manière des auteurs sud-américains toujours attentifs aux arrière-plans du réel, aux mythologies et au fantastique quotidien. Il est important de rappeler que par ses origines il est en partie Brésilien, et qu’il a baigné dans un univers folklorique issu de la selva.

Le prix RTL-LIRE lui est décerné en 1995 pour La Moisson d’hiver. Son entrée dans la collection FOLIO prouve qu’il est tout à fait à l’aise dans l’analyse psychologique et le roman d’atmosphère. Pour certains critiques, Brussolo se situe dans la grande tradition des auteurs populaires comme Simenon ou Frédéric Dard.

Conteur doué d’une imagination surprenante et d’un époustouflant sens de l’intrigue, il s’épanouit dans la littérature criminelle et trouve son inspiration dans les aberrations sociologiques de nos sociétés. Il a reçu le Prix du Roman d’Aventures en 1994 pour Le Chien de minuit paru au Masque et son roman Conan Lord, carnets secrets d’un cambrioleur a été élu Masque de l’année 1995. Ses thrillers explorent le suspense sous toutes ses formes, conciliant roman noir et énigme classique, thriller international et machinations savantes.

Aujourd’hui, de retour dans la collection FOLIO-SF pour laquelle il écrit désormais des textes inédits, il est revenu à ses premières amours.

La Société des Gens de Lettres lui a décerné le prix Paul Féval pour l’ensemble de son œuvre.

Anatomik (2019
https://leressentidejeanpaul.com/2021/12/28/anatomik/

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Amour, Émotion, Drame, Psychologie

Regarde-moi tomber, mon amour

de Hugo Boris
Broché – 5 février 2026
Éditeur : Iconoclaste

Sauver des vies, c’est le métier d’Arnaud, secouriste de haute montagne. Jusqu’au jour où tout vacille. Encordé avec une jeune collègue au fond d’une crevasse, il voit le sauvetage échapper à leur contrôle.
Hanté par ce qu’il croit être son erreur, il se met chaque jour un peu plus en danger. Sa collègue, sa femme, ses enfants ne le reconnaissent plus. Qu’a-t-il laissé au fond du glacier? Quels désirs enfouis pourraient bien le rattraper?
Dans l’espoir fou de réparer, Arnaud se rapproche de l’abîme.

Hier soir avec le Cercle littéraire du Château de Hermitage nous avons eu le grand plaisir de recevoir Hugo Boris ! Une soirée très chaude… mais très vivante et intéressante…

Il y a des romans qui racontent une histoire… et d’autres qui ouvrent une faille.

Avec Regarde-moi tomber, mon amour, Hugo Boris m’a entraîné au cœur d’une vertigineuse descente intérieure, celle d’un homme que la montagne n’a pas seulement blessé dans sa chair, mais dans son âme.

Arnaud est secouriste en haute montagne. Un homme solide, expérimenté, habitué à affronter l’extrême sans jamais vaciller. Il fait partie de ceux qu’on imagine inébranlables. Ceux qui sauvent les autres. Ceux qui gardent le contrôle.
Mais un jour, tout bascule.
Lors d’une intervention en crevasse, il ne parvient pas à sauver Éric, littéralement englouti par la glace sous ses yeux. À partir de cet instant, quelque chose se brise en lui. Une part de son esprit reste prisonnière du glacier.

J’ai été profondément touché par cette lente chute psychologique, racontée avec une tension presque étouffante. Arnaud revit sans cesse le drame, cherche des fautes, des réponses, un sens à ce qui lui échappe. La culpabilité devient une obsession. Elle le dévore peu à peu, jusqu’à le couper du monde, de sa famille, de lui-même.
À ses côtés, Renée, sa coéquipière présente le jour de l’accident, tente de le maintenir à flot. Entre eux se crée un lien fragile, puissant, presque suspendu au-dessus du vide. Deux êtres cabossés, unis par le traumatisme et par cette montagne qui fascine autant qu’elle détruit.

J’ai aimé le côté technique du roman, la modernité du regard porté sur cet univers. Ici, les héros ne sont plus invincibles. Hugo Boris déconstruit le mythe du sauveteur héroïque pour révéler un homme vulnérable, vieillissant, traversé par le doute et la peur de tomber, physiquement, moralement, humainement.

La montagne, elle, demeure immense, froide, majestueuse. Un décor sauvage et oppressant, presque vivant, qui semble observer les hommes lutter contre leurs propres abîmes.

C’est un roman tendu, intime, humain. Un récit sur la culpabilité, l’épuisement intérieur et cette manière qu’a parfois un drame de continuer à nous ensevelir longtemps après la catastrophe.

Une lecture âpre et bouleversante, qui m’a laissé le cœur serré jusqu’à la dernière page.

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Extraits :

« Il croise le regard affolé de Samia, griffe la paroi, incapable de crier.
Le vent siffle à ses oreilles – serpent dans la neige.
Cette brève seconde qui s’allonge.
La sensation d’échapper à la gravité au moment même où elle s’exerce.
Les paquets de glace pleuvent autour de lui comme des oiseaux morts.
La pesanteur lui tire la peau. »

« S’il a un truc à dire, c’est en face. Sans méchanceté, sans prendre de gants non plus. Ce personnage-là, qu’on respecte parce qu’il sait dire «non» en haut et «non» en bas. Capable de t’expliquer les yeux dans les yeux que t’as fait de la merde. Il ne sait pas bien quand il a lâché sur le tact, mais il en a soupé des garçons comme Cyril, Glenn, Kosta et les autres. »

« Il avance la main pour la glisser derrière le dos du type, vérifier sa colonne. Il se penche sur le côté, tend le cou pour focaliser la lampe au bon endroit.
Il n’arrive pas à passer les doigts. La trame du teeshirt est vitrifiée, prise dans la glace. La chaleur d’Éric a fait fondre la paroi derrière lui. La surface bleutée s’est creusée autour de son dos pour en épouser l’arrondi. Arnaud hoche doucement la tête pour balayer la zone avec sa frontale. »

« Il est encore bien gaulé, torse nu. Un peu plus nappé qu’il y a quinze ans, peut-être, mais toujours dans la course avec ses trapèzes en pente douce, ses triceps volumineux. Il recule jusqu’à sentir la cloison de la cabine dans son dos. Les pecs tapissent sa poitrine en armure de centurion. Il enfile un des pantalons que la vendeuse lui a déposés, vérifie son cul dans la glace, passe un pull en cachemire fabriqué dans un pays triste, et se demande à quel moment il a arrêté de s’intéresser à ses fringues. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle N’oublie pas de montrer ma tête au peuple, publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

Son premier roman, Le baiser dans la nuque (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

La délégation norvégienne, son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît Je n’ai pas dansé depuis longtemps. L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, Trois grands fauves est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

En 2016, son roman Police est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.

Émotion, Polar, Psychologie, Suspense

Police

de Hugo Boris
Poche – 7 septembre 2017
Éditeur : Pocket

“Ferme les yeux et pense à la France.” C’est une blague qu’on se lance, entre flics, quand il faut faire le sale boulot. Déjà épuisés par la routine des violences, trois gardiens de la paix se voient confier une mission inhabituelle. Une reconduite à la frontière. À Roissy. De là, le réfugié tadjik qu’ils escortent s’envolera pour une mort certaine.
Dans le huis clos de la voiture sérigraphiée : quatre corps, quatre consciences, quatre tragédies personnelles. Suffit-il vraiment d’ouvrir les yeux pour changer le monde ?

“Un roman bouleversant.”
Bernard Poirette – RTL

“POLICE ne dénonce pas, n’impose rien, mais se place à hauteur de ces hommes et de cette femme qui s’agrippent comme ils peuvent au quotidien pour tenir et avancer.”
Christine Ferniot – L’Express

Cet ouvrage a reçu le prix Eugène Dabit du roman populiste et le Prix des Lycéens et Apprentis de la région PACA.

J’avais lu Police d’Hugo Boris à sa sortie, il y a bientôt dix ans, et j’en gardais un souvenir fort. À l’approche de ma rencontre avec l’auteur dans quelques jours, j’ai eu envie de me replonger dans ce roman. Et je n’ai absolument pas été déçu.

Tout commence avec trois policiers, Virginie, Erik et Aristide.
Trois collègues, trois personnalités, trois vies très différentes. Virginie, seule femme du groupe, mariée, mère d’un jeune enfant et enceinte d’Aristide, semble perdue dans ses propres contradictions. Aristide, lui, s’accroche maladroitement à cet amour impossible. Quant à Erik, chef de groupe fatigué mais profondément humain, il apparaît comme une sorte de figure paternelle, celui qui tente encore de maintenir un équilibre moral.

Leur mission paraît simple, conduire un réfugié tadjik jusqu’à l’aéroport de Roissy afin de l’expulser. Mais très vite, ce trajet de quelques kilomètres va devenir un véritable séisme intérieur. Car le dossier de cet homme est clair. S’il retourne dans son pays, la mort l’attend probablement.

Et soudain, tout vacille.
À travers ce huis clos tendu et presque étouffant, Hugo Boris nous plonge dans la conscience de ces trois policiers. Chacun raconte sa vision du métier, ses convictions, ses blessures, ses doutes aussi. Derrière l’uniforme, il y a des êtres humains. Des hommes et des femmes qui appliquent les lois, certes, mais qui restent traversés par leurs émotions, leurs valeurs et leur propre morale.

Ce qui m’a profondément touché, c’est cette manière qu’a l’auteur de faire naître le doute presque silencieusement. Une mission ordinaire devient peu à peu une question de conscience. Jusqu’où peut-on obéir ? À partir de quand désobéir devient-il un acte profondément humain ?

Je m’étais demandé lors de ma première lecture ce que j’aurais fait à leur place. Aujourd’hui, je le sais.
Et c’est là toute la force de ce roman. Il nous oblige à nous interroger nous-mêmes. Hugo Boris ne juge jamais ses personnages. Il les regarde avec empathie, avec nuance, et nous laisse seuls face à nos propres contradictions.
L’écriture est sobre, précise, terriblement efficace. En quelques pages, l’auteur construit un roman choral d’une grande intensité émotionnelle, où chaque silence, chaque hésitation, chaque regard semble peser lourd.

Police est bien plus qu’un simple roman sur les forces de l’ordre. C’est un récit profondément humain sur la loyauté, la conscience et la désobéissance. Une lecture tendue, sensible et bouleversante.

Et vous… qu’auriez-vous fait à leur place ?

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Extraits :

« Le sang sur son treillis n’est pas le sien. Elle est intervenue sur une bagarre plus tôt dans la journée, se sera salie à cette occasion. Elle est seule dans le vestiaire, debout à côté du lavabo, jambes nues sur le carrelage, à fouiller parmi les pantalons de son casier.
Elle en passe un premier qui lui arrive à mi-ventre. Elle sait que le poids du ceinturon, de l’arme, du chargeur, des menottes et de la matraque fera redescendre le treillis au niveau des hanches. L’entrejambe traînera à mi-cuisse, si bas qu’elle aura l’air de porter un baggy, alors elle le laisse glisser à ses pieds, en pioche un autre dans la pile. »

« Elle envoie un message à Thomas, prévient qu’elle rentrera tard, rappelle de donner à Maxence ses gouttes de vitamine D et de lui plâtrer les fesses d’Aloplastine.
Elle s’était promis que sa vie ne changerait pas radicalement, qu’elle garderait du temps pour elle, ne se laisserait pas déborder. Sa mère, ses tantes, ses amies, peut-être, parce qu’elles avaient manqué de vigilance.
Mais elle n’y a pas coupé, elle non plus, sa vie a été retournée comme un sac. »

« Monsieur le Directeur,
Je tiens à porter à votre connaissance les difficultés d’interprétariat que j’ai rencontrées lors de ma convocation. Je précise que j’avais demandé à être entendu en tadjik, qui est ma langue maternelle. À l’entretien, l’interprète était un Ouzbek, je m’en suis rendu compte dès les premières phrases échangées et j’en ai été déstabilisé. Il maîtrisait mal la langue tadjike, ce qui m’a empêché de saisir précisément les questions qui m’étaient posées par l’officier. Je ne comprenais pas certaines tournures de phrases, des expressions entières. Je lui répondais en tadjik mais je ne vois pas comment il a pu traduire correctement mes réponses. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle « N’oublie pas de montrer ma tête au peuple », publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

Son premier roman, « Le baiser dans la nuque » (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

« La délégation norvégienne », son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît « Je n’ai pas dansé depuis longtemps ». L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, « Trois grands fauves » est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

En 2016, son roman « Police » est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.

Émotion, Drame, Folie, Noir, Psychologie, Thriller psychologique

L’écume de tes yeux

de Pierre-Henri Murcia
Broché – 31 janvier 2026
Éditeur : Éditions localement transcendantes

Sam est l’acteur le plus désiré de sa génération. Clara est booktokeuse, elle fait et défait les succès littéraires depuis son hameau perdu dans le sud. Quand leurs regards se croisent, elle fait semblant de ne pas le reconnaître.

Et c’est le début du jeu.

Car entre eux s’installe une danse étrange : qui manipule qui ? Qui désire vraiment l’autre ? Et pourquoi ce qui devrait être simple — s’aimer — devient-il si compliqué ?

Un roman sur le désir et ses pièges. Sur l’orgueil qui nous empêche de voir clair. Sur ces jeux de pouvoir qu’on appelle parfois « amour ». Et sur ce qu’il faut perdre pour enfin se trouver.

Avec L’Écume de tes yeux, Pierre-Henri Murcia propose un roman aussi troublant qu’intelligent, qui dialogue ouvertement avec L’Étranger de Camus. Mais ici, là où Meursault restait enfermé dans son silence et son indifférence, Murcia choisit d’ouvrir la porte et d’explorer ce qui se cache derrière le vide.

J’ai donc suivi Sam Roman, un acteur célèbre chargé d’incarner Meursault dans une adaptation cinématographique de L’Étranger. Fasciné par cette figure de l’homme détaché de tout, Sam finit peu à peu par confondre son rôle avec sa propre existence. Égocentrique, souvent insupportable, il se construit un récit où plus rien ne semble avoir d’importance… et il s’enfonce dans ce rôle, plus il semble se perdre lui-même, jusqu’au moment où le réel finit par résister.

Autour de lui gravitent Clara, influenceuse littéraire au regard étonnamment lucide, et Kevin, ancien détenu devenu écrivain malgré lui. Entre désir, jalousie, manipulation et violence, le roman explore notre époque obsédée par l’image de soi et les récits que chacun fabrique sur les réseaux sociaux, ce besoin constant de fabriquer un récit valorisant de sa propre vie…
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la richesse philosophique du texte. Murcia questionne avec finesse le nihilisme, l’orgueil et cette tentation moderne de vouloir vivre sans conséquences. Pourtant, malgré la profondeur du propos, le récit reste fluide, tendu et très prenant. Et puis il y a Clara. Sans grands discours, simplement par sa présence et son regard sincère, elle devient une forme de résistance au vide intérieur de Sam. Elle rappelle que le réel existe encore, que les actes ont des conséquences, et qu’aucun être humain ne peut totalement échapper aux autres.

Alors oui, j’ai trouvé que ce n’était pas une lecture toujours confortable, ni un roman facile d’accès, surtout si l’on connaît peu l’univers de Camus. Mais j’ai aimé être bousculé par cette œuvre singulière, qui utilise la littérature pour interroger notre rapport au réel, aux autres… et surtout à nous-mêmes.

Merci à Cyril Soler-Bonnet pour cette proposition de lecture…

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Extraits :

« Ce matin-là j’étais complètement dans les vapes. Mon téléphone était saturé de messages. L’important c’était celui de mon agent, il voulait qu’on se voie au sujet d’un navet avec une chèvre dans le rôle principal. Je n’avais pas envie parce que je sortais d’un rôle très prestigieux, celui d’un héros de Balzac, et j’avais tout déchiré avec ce film. J’étais passé à un autre niveau, l’Himalaya du cinéma, et aussi je ne me suis jamais senti aussi seul de ma vie. C’était le sommet, le toit du monde social. Je n’avais plus envie de rien, même pas de jouer dans un navet. »

« Franck a tapé à ma porte. Il voulait sortir mais je n’ai pas voulu. Je n’aime pas être reconnu, j’attends toujours la nuit, l’heure des chats gris, sans lune de préférence. La célébrité, dans mon métier, c’est ce qui m’intéresse le moins. Ce que je voulais, avant d’être célèbre, c’est la vie, c’est toucher à tout. J’ai eu de la chance. Les portes se sont ouvertes naturellement. Je suis séduisant, intelligent, tout me réussit. Je voulais tout manger. C’est pourquoi j’aimais l’idée de devenir acteur, pour jouer des rôles et frissonner mille fois par jour. Mais je n’ai pas vu le piège, comment la gloire m’a sorti du monde. »

« Dans ma courte vie j’ai touché à tout. C’est ce que je voulais, toucher à tout. J’ai joué les adolescents perdus, j’ai joué les jeunes hommes ambitieux, les théorèmes irrésistibles du désir. Et maintenant je vais jouer le séducteur suprême, le mystère impénétrable de Meursault, ce minable. Ce rôle me va si bien que j’en suis effrayé. Malgré son triomphe, Meursault restera un minable. Et son histoire restera l’histoire d’un minable. Et il le sait. Je le sais. »

« Clara est une jeune femme cultivée, elle n’a rien à faire avec lui. Elle sait comment se tenir devant les immenses tableaux de Jérémy. Mais lui, Kevin semble gauche et veule, intimidé et timide. Il n’a pas l’habitude. Qu’est-ce qu’elle trouve à ce type ?
Elle est intriguée, mais pourquoi ? C’est vrai que son histoire a quelque chose d’unique, un ouvrier voyou qui fait de la prison pour de vrai et qui écrit un roman pour de vrai, c’est intrigant. Il ne joue pas à être ce qu’il est, il est vraiment ce qu’il est. Mais c’est lassant d’être toujours la même chose. Un jour ou l’autre, elle verra bien que ce type est limité, elle se lassera de son numéro de victime, de voyou devenu écrivain. »

Pierre-Henri Murcia est né en 1965 à Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis mais il a grandi du côté de Pézenas. Il est ouvrier du bâtiment et œuvrier en littérature. Entre deux chantiers de rénovation, il cherche le moyen de partager l’expérience de libération intérieure que lui a apporté l’anthropologie critique de René Girard. Mais comment rendre accessible une pensée théorique aussi complexe ? Et comment faire entendre la voix d’un penseur systématiquement marginalisé par les autorités cultu(r)elles ? La théorie mimétique de Girard dérange car elle est vraie : elle met à nu les mécanismes du désir et expose les arrangements confortables de notre culture. De pièces de théâtre et romans auto-édités en essais abscons, Pierre Henri n’a jamais désespéré de propager la lumière de cette vérité qui rend libre.
Après Comment rater sa vie de couple à coup sûr, il poursuit avec L’écume de tes yeux l’exploration de sa formule nouvelle pour court-circuiter les pré-requis culturels et la sourde censure des évidences officielles.

Bouffée d'oxygène, Humour, Polar, Psychologie, Suspense

Spritz, cadavres et chocolats

de Juliette Sachs
Poche – 21 mai 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Un cocktail d’humour et de suspense, addictif et explosif.

Entre son incapacité chronique à garder un emploi plus de six mois et ses relations amoureuses catastrophiques, Emma, 30 ans, semble plus proche de l’adolescente rebelle que de l’adulte responsable.
Désespérée, sa mère multiplie les ruses pour lui présenter de potentiels soupirants. Tout dérape le jour où deux d’entre eux sont retrouvés morts dans de mystérieuses circonstances. Pour la police de ce petit coin de Normandie, le doute n’est pas permis, Emma est la suspecte numéro un.
Déterminée à prouver son innocence, la jeune femme se transforme en détective amateur. Mais avec un inspecteur Verdin aussi inflexible que psychorigide et une famille omniprésente, l’affaire s’annonce corsée… et sérieusement mouvementée.

Avec ce cosy mystery à la française, Juliette Sachs signe la première enquête d’Emma Cordier, une héroïne drôle et délicieusement imparfaite.

Lorsque les éditions Taurnada m’ont proposé Spritz, cadavres et chocolats de Juliette Sachs, un détail a immédiatement éveillé ma curiosité, ce fameux terme de “cosy mystery”. Je dois bien l’avouer, avant même d’ouvrir le livre, j’avais déjà un premier mystère à résoudre !

Dès les premières pages, je suis tombé sous le charme de la plume de Juliette Sachs. Drôle, lumineuse, vive, mais aussi pleine de sensibilité. Très vite, je me suis laissé embarquer dans cette histoire fraîche et pétillante portée par Emma, héroïne aussi attachante qu’exubérante. Le choix du récit à la première personne fonctionne parfaitement. J’ai eu l’impression d’entrer immédiatement dans la tête d’Emma, de partager ses pensées, ses maladresses, ses angoisses et surtout son humour. Impossible de ne pas sourire devant ses réactions souvent excessives, mais tellement humaines.
Emma est une trentenaire qui cherche encore sa place dans la vie. Elle enchaîne les petits boulots, refuse de rentrer dans les cases, et voit avec lassitude sa mère organiser pour elle des rendez-vous amoureux plus catastrophiques les uns que les autres.

Sa mère, justement… quel personnage !
Envahissante, autoritaire, persuadée que sa fille finira vieille fille si elle ne lui trouve pas rapidement un mari “convenable”. Entre elles, les étincelles sont constantes, et j’avoue avoir pris énormément de plaisir à assister à leurs échanges savoureux.

Mais lorsque deux hommes présentés par sa mère quelques jours plus tôt sont retrouvés morts, tout bascule brutalement. Emma devient rapidement la suspecte idéale.
Pour éviter la catastrophe, elle décide alors de mener sa propre enquête, souvent de manière totalement improvisée. Et bien sûr, les situations absurdes, les quiproquos et les catastrophes s’enchaînent avec un naturel désarmant.

Heureusement, l’inspecteur Verdin entre dans la danse. Sérieux, méthodique, parfois franchement agaçant, il apporte un contrepoint parfait à l’énergie débordante d’Emma. Leur duo fonctionne à merveille et donne au récit un rythme particulièrement dynamique.

J’ai adoré cette ambiance cosy où l’humour côtoie le mystère sans jamais tomber dans la caricature. L’intrigue reste légère mais suffisamment bien construite pour maintenir le suspense jusqu’au bout et quel suspense !

Les dialogues sont savoureux, les personnages hauts en couleur, et l’ensemble dégage une énergie communicative.
Spritz, cadavres et chocolats est exactement le genre de lecture qui fait du bien. Drôle, entraînante, pleine de charme et terriblement addictive.

Un vrai moment de plaisir que je n’ai pas vu passer, une belle découverte…
Un grand merci à Joël Maïssa de Taurnada éditions !

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Extraits :

« Qu’ai-je bien pu faire de mal dans une vie antérieure pour naître dans une famille aussi cinglée ? J’égorgeais des chatons les soirs de pleine lune ? Ou alors j’ai buté une licorne. Il y a forcément une explication. »

« En désespoir de cause, je me relève et arpente ma prison de long en large. Si le dictionnaire a besoin d’une illustration pour l’expression « tourner comme un lion en cage », on peut afficher ma photo. »

« – Je peux vous demander de m’expliquer ce que vous faites sur cette fenêtre ?
– Je rentre chez moi.
– Par la fenêtre ?
– Eh bien, oui, par la fenêtre. Depuis quand les portes sont-elles devenues le seul mode d’entrée autorisée ?
La tête du gars me chiffonne et il me fixe comme si je venais de lui expliquer que la terre était plate. »

« Décidément, ce type me plait. Je crois qu’il pourrait bien être mon prochain ex. »

Juliette Sachs habite en région parisienne, mais demeure très attachée à la Bretagne dont sa famille maternelle est originaire. Après des études de droit à Assas, elle exerce le métier de juriste dans une grande entreprise. Elle a également travaillé quelques années dans le domaine de l’innovation.

Depuis toute petite, elle dévore tous les livres qui lui passent sous la main, avec une préférence pour les romans à suspense et les comédies. C’est donc tout naturellement qu’elle a décidé en 2017 de se lancer dans l’écriture de son premier roman On n’attire pas les hirondelles avec du vinaigre (2019), une comédie romantique, mêlant l’humour et le suspense. Elle récidive ensuite avec plusieurs autres romans édités entre autre chez Harper Collins et City éditions. En 2023, elle publie aux éditions Eyrolles Petits mystères en campagne, un roman mêlant le genre feel-good et le cosy mystery.

Outre les livres, elle est également passionnée par les nouvelles technologies et la photographie.

Juliette Sachs partage son temps entre la région parisienne et la Normandie.

Page Facebook :
http://www.facebook.com/JulietteSachs.auteure

Humour, Polar, Psychologie, Suspense

Noir Poker Blanches Colombes

de Alain Tardits
Broché – 15 avril 2026
Éditeur : Phare et Lampions

Décembre 1983, de retour de Thaïlande, Frédéric Taquin se voit comme un miraculé : il a perdu vingt kilos au bas mot, sa santé et sa confiance, mais a sauvé sa peau. Mieux, il est revenu à Paris avec la jeune danseuse qui l’a tiré d’un sacré bourbier. Leur idylle lui permet de reprendre pied dans son agence de détectives. Il enchaîne les affaires courantes : adultères, soupçons d’arnaques, fraudes, etc.
Lorsqu’une dame « de la haute » frappe à sa porte, c’est pour un tout autre type de mission.
Son fils n’a plus donné signe de vie depuis plusieurs mois. Fuyant la justice française, il s’est réfugié là où le rêve américain commence pour certains et se termine pour beaucoup d’autres : Las Vegas.
Notre détective y débarque avec très peu d’atouts dans son jeu : de rares contacts qui s’en foutent, des pistes en forme d’impasses et une aversion pour les joueurs de poker. Dans cette ville de tous les contrastes, il croise une galerie de personnages dubitatifs qui comprendront à leurs dépens qu’il n’a pas fait le voyage pour rien.
Les States sont prévenus et n’ont qu’à bien se tenir : Frédy Taquin is back !

Retrouvez Frédy Taquin dans une nouvelle enquête aventureuse,
où embrouilles, dépaysement et humour sont de nouveau au rendez-vous !

J’ai découvert la plume de Alain Tardits en août dernier avec Un escroc dans les klongs, un polar qui m’avait surpris par son ton incisif, ses dialogues mordants et cet humour à contre-courant. Une vraie bouffée d’air dans un genre parfois trop balisé.

Alors forcément, quand Élias Achkar m’a proposé de découvrir la suite : Noir Poker Blanches Colombes, je n’ai pas hésité longtemps. J’avais envie de retrouver Frédéric Taquin, ce détective privé un peu cabossé, et de voir jusqu’où il pouvait encore aller.

Je le retrouve à Paris en décembre 1983, revenu de Thaïlande, marqué, fatigué, mais debout. À ses côtés, une danseuse qui semble vouloir lui offrir autre chose, une forme d’échappée. Lui, pourtant, reprend le fil de sa vie, bancal, presque résigné… jusqu’à ce qu’une nouvelle affaire le pousse à repartir.
Direction Las Vegas, là où tout lui paraît possible. Une disparition. Le fils d’un député. Peu d’indices. Et cette impression constante d’entrer dans une partie où tout le monde connaît déjà les règles… sauf lui.

Très vite, je sens que rien ne sera simple. À Las Vegas, chacun joue un rôle. Chacun bluffe. Et Taquin, lui, avance autrement. Il ne cherche pas à briller. Il encaisse, il doute, il s’accroche. Il avance à sa manière, lentement, parfois à contretemps. Et c’est précisément ce qui le rend profondément humain.
Ce qui me marque, c’est cette façon qu’a l’auteur de détourner les codes du polar. Oui, l’enquête est là, solide. Mais elle est traversée par une ironie sèche, quasi constante, presque désabusée. Les personnages sont troubles, jamais là où on les attend. Et moi, lecteur, je me laisse prendre dans ce jeu d’ombres où rien n’est totalement fiable. Frédéric Taquin n’est pas un héros. Il ne cherche pas à l’être. C’est un survivant. Et dans cet univers, ça change tout.

Certains lecteurs trouveront peut-être que le récit souffre de quelques longueurs. Pour ma part, je ne partage pas cet avis.
Au contraire, je pense que ces passages plus étirés, qu’ils soient intentionnels ou non de la part de l’auteur, insufflent un rythme particulier à l’intrigue. L’écriture frappe quand il le faut, ralentit quand c’est nécessaire, elle est précise, tendue et épouse parfaitement le rythme du récit, un rythme qui lui correspond parfaitement.
Je me laisse porter par cette ambiance noire et poisseuse, entre un Paris fatigué et un Las Vegas presque irréel. Je croise une galerie de personnages étranges, parfois dérangeants, mais qui restent crédibles. Et je reste accroché à ce fil, discret mais solide, qui ne cherche jamais l’esbroufe. Je referme ce roman avec le sentiment d’avoir vécu une enquête à hauteur d’homme. Une histoire qui mise sur l’atmosphère, sur les failles, sur la psychologie plus que sur le spectaculaire.
Je valide pleinement ce second opus, qui peut d’ailleurs se lire indépendamment du premier sans difficulté.

Un polar noir comme je les aime, rugueux, sincère, habité.

Merci à Élias Achkar pour cette lecture, et à Alain Tardits pour cette suite que je n’aurais vraiment pas voulu manquer.

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Extraits :

« À part mes os, comme je l’ai déjà dit, je n’ai rien sauvé de cette mission. Seulement la frousse me colle à la peau, en s’y incrustant. Au bout d’une quinzaine de minutes, des passagers attrapent leurs valises avec entrain. Coup d’œil circulaire, aucun espion en vue, on bouge. Naga a la moitié de mon âge et je sens qu’elle me trouve ridicule. Loin de partager son insouciance, moite de sueur, je m’approche de l’ultime barrière : un groupe de gendarmes stationnés devant la porte de sortie, occupés à reluquer les jolis petits culs et les grosses valises.
Qu’on ne s’y trompe pas, ils sont surtout spécialisés dans les grosses valises et repèrent rapidement un double fond. In-croyable, personne ne nous remarque. »

« Estelle a rempli son contrat, notre agence tourne.
Pendant mon absence, notre chiffre d’affaires a amorcé une remontée. Ce qui m’épate dans un premier temps, car Estelle est une excellente secrétaire, dotée d’un flair légendaire, mais elle n’a aucune formation de flic ni d’enquêteur. Elle ne connaît rien à l’art de la filature, de la prise de vues, du close-combat, elle n’a pas de licence de port d’armes, seulement un joli sourire désarmant et une ceinture noire en pâtisserie. Alors comment se fait-il qu’elle n’ait pas bu la tasse ? Quelque chose remplace son inexpérience: l’autorité naturelle. Pendant mon silence prolongé, elle a ouvert un annuaire professionnel et a découvert qu’il existe à Paris une université qui prépare aux métiers d’enquêteurs. Les universités ont des tas de filières bizarres. Elle y a fait un tour. »

« On se met au boulot et après une semaine d’enquête, il s’avère que l’industriel a une fortune d’un million de francs. Fils unique, veuf, sans enfants, mort complètement solitaire à l’âge de soixante-dix-huit ans. Tout est confirmé. Pas un chat à l’enterrement, bonjour les recherches. Estelle s’en empare, la généalogie est sa véritable passion, avec le jardinage, la pâtisserie sans sucre, les comédies de Molière, celles de Pirandello et le dressage de chiens. »

« Pas le temps de trouver une répartie, elle me prend la main comme on tire un chien par sa laisse et m’entraîne dans la file d’attente d’une disco. Loanie déboîte et dépasse tout le monde, souveraine. Les videurs nous dévisagent, ‘un d’eux leur fait un signe d’apaisement et nous ouvre la porte en adressant un clin d’œil à ma compagne. À l’intérieur on se marche dessus et cela ajoute à l’ambiance. Le nombre de décibels nous empêche de communiquer, aucune importance Loanie se rue sur la piste de danse, laisse tomber son sac à main entre ses jambes et se trémousse en mimant un orgasme; deux heures durant. Pendant de rares pauses, elle achève de se bourrer la gueule à la bière. »

Né à Paris, Alain Mendou Tardits a vécu une partie de son enfance au Cameroun, d’où il a rapporté des souvenirs et son deuxième prénom. En France, il a laborieusement obtenu une licence de littérature américaine, qui lui a ouvert les portes de nombreux métiers : moniteur de boxe, vendeur de fringues, joueur de poker, homme sandwich, conteur, organisateur de tournois d’échecs et de spectacles, etc.
Il alterne depuis entre sketches, scénarios, contes historiques, et maintenant, romans policiers.

Drame, Journalisme d'investigation, Psychologie, Violence

LIGNE ROUGE

de François Chevallier
Broché – 21 février 2026
Éditeur : autoédition

Antoine Blondel, 50 ans, ancien flic devenu détective privé est engagé par un haut fonctionnaire en retraite pour rouvrir le dossier de sa fille Louise. Etudiante à Sciences Po, engagée à l’extrême gauche, elle a disparu cinq ans plus tôt. Antoine est bientôt rejoint par Vincent Le Goff, 26 ans, journaliste de terrain pour le magazine d’investigation controversé Ligne Rouge.

La piste d’un réseau de trafic de mineurs se dessine derrière le paravent d’une idéologie progressiste, avec la complicité des institutions. D’auditions en filatures, de la banlieue à la province, l’enquête mobilise toute l’équipe du journal, ainsi qu’un hacker lanceur d’alerte et un avocat à contre-courant. Elle poussera jusqu’à Bruxelles et Budapest, se transformant bientôt en séisme politique.

Quant à Antoine et Vincent, ils forment bientôt un duo aussi inattendu qu’incandescent.
Entre ces deux hommes que tout oppose – l’âge, l’expérience, le caractère — se tisse un lien puissant que ni l’un ni l’autre n’avait prévu.

Un récit immersif et transgressif, à mi-chemin entre Millénium et Houellebecq, ciselé dans une écriture nerveuse, sensorielle et cinématographique. Le roman noir politiquement incorrect que la fiction française contemporaine n’avait pas encore osé écrire.

Dès les premières lignes de LIGNE ROUGE de François Chevallier, je me suis retrouvé happé par une atmosphère sombre, pesante, presque suffocante. Une tension qui ne m’a plus quitté jusqu’à la dernière page. Je découvre ici un nouvel auteur, et très vite, j’ai été marqué par son style. Direct, percutant, extrêmement visuel. Son écriture, efficace, sans détour, qui ne cherche jamais à adoucir ce qu’elle a à dire, à été pour moi un grand plus, à travers les pages.

Je me suis alors plongé dans une intrigue dense, portée par des personnages solides. Antoine, d’abord, flic à l’ancienne, homme cabossé, père maladroit qui s’est peu à peu éloigné de ses enfants. Puis Vincent, journaliste engagé, qui enquête pour un média incisif, Ligne Rouge, entouré d’une équipe prête à faire éclater des vérités dérangeantes. Leur rencontre va les entraîner dans une affaire aussi sombre que troublante. Une disparition ancienne, des enfants vulnérables instrumentalisés, et surtout un système opaque où tout semble organisé pour que rien ne remonte à la surface. Ensemble, ils creusent, avancent, malgré les menaces, malgré les pressions, y compris venues de sphères censées protéger.
Et ils ne sont pas les deux seuls à porter l’intrigue !
Je peux vous assurer que tous les personnages présents dans ce livre ont un “vrai” rôle à jouer dans cette enquête tendue, immersive, où chaque piste ouvre sur un gouffre plus profond encore. Mais au-delà du polar, le roman porte aussi des messages forts, parfois clivants. Certains passages m’ont mis mal à l’aise, d’autres m’ont interrogé, parfois même dérangé. Pourtant, je pense qu’il est important de lire aussi ce qui bouscule, ne serait-ce que pour mieux comprendre… mieux contester…

Le roman de François m’a emmené bien au-delà d’une simple enquête. Des beaux quartiers parisiens aux capitales européennes, en passant par des zones plus troubles, il dessine une toile inquiétante, faite de silences, de complicités et d’aveuglements.
Ce qui m’a marqué, c’est aussi la relation entre les deux hommes. Qui peu à peu apprennent à se comprendre, à se compléter. Comme un vieux lion qui veille sur un jeune loup. Une alliance inattendue, mais essentielle. Car au fond, je reste convaincu que, quelles qu’elles soient, nos différences sont une richesse, elles devraient être un point d’équilibre, et non une fracture.

L’intrigue est riche, parfois foisonnante, la narration nerveuse, non linéaire, et l’ensemble dégage une énergie brute. François Chevallier propose un roman noir qui sort clairement des sentiers battus, un texte qui m’a dérangé autant qu’il m’a captivé.
Tout ne m’a pas forcément convaincu, mais l’intensité, l’audace et la force du propos l’emportent largement.
Pour moi, un polar engagé, troublant et indéniablement marquant.

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Extraits :

« Jean-Louis Berger portait un costume trois pièces anthracite, une cravate prune, des souliers noirs aux reflets discrets. Ses cheveux gris, soigneusement disciplinés, encadraient un visage où la fatigue s’était muée en autorité. Le regard d’un homme qui a appris à ne rien laisser paraître. Il avait dû être beau. Il l’était encore, à la manière de ceux que la douleur polit au lieu de les briser.
Il ne proposa pas de café. Juste un geste bref vers le fauteuil. Antoine Blondel s’assit sans un mot. »

« Antoine Blondel sortait de la salle. Une heure de boxe anglaise, sans musique, sans miroir, sans commentaire. Rien que le sac, la sueur, la corde, le souffle. Une manière de rester vivant, de différer la décrépitude. Il avait bientôt cinquante ans sur les papiers, dix de moins sur le ring, dix de trop au réveil. Mais tant que son poing claquait juste, il gardait la main sur le fil.
Il s’était douché sans traîner, les muscles encore vibrants. Pull gris clair sur chemise blanche, col déboutonné, cou dégagé. Pas de veste. Pas de parfum. Juste l’odeur du savon de Marseille, du cuir de son sac et d’un corps tenu. »

« Et voilà qu’à trente-deux ans, il était devenu rédacteur en chef du magazine Ligne Rouge. Un mensuel d’opinion, étiqueté complotiste ou extrême droite par réflexe.
Pas de compromission, pas de chantage. Les sujets que d’autres évitaient, ils les traitaient – frontalement, avec dossiers, visages, chiffres. Ça parlait d’insécurité, d’islamisme, de corruption, de justice à deux vitesses, de dérives progressistes, le tout sans prendre de gants.
Pas de comité de rédaction pléthorique: juste un cercle restreint, une escouade de rédacteurs à poil dur, tous jeunes, parfois repentis d’une gauche d’avant. Format vidéo soigné, esthétique sobre, presque ascétique. Pas de slogans, pas d’envolées lyriques. Le calme, le regard, l’enquête. »

« — Je bois du vin rouge, je mange de la viande et je fume des clopes. Je fais le con à table, je dis Mademoiselle et je regarde les jambes des femmes dans la rue. J’en ai même baisé quelques-unes, et en plus, elles en sont pas mortes. Moi, j’appelle ça vivre. Mais tout ça, aujourd’hui, c’est archive ou délit.
Il se leva d’un coup et arpenta la pièce.
— Je suis un ancien modèle, tu comprends ? Périmé, bientôt interdit à la vente. Pour eux, je suis classé « toxique ». Eux, ils rêvent d’un monde pastel, sans odeur, sans bruit. Un monde sans viande, sans vin, sans clope, sans fessée. Où les hommes demandent pardon d’avoir des épaules. »

« C’est particulièrement courageux de témoigner ainsi, à visage découvert, devant des millions de téléspectateurs. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Perrine releva légèrement le menton.
— Si je me taisais, ou si je me cachais, cela voudrait dire que j’ai honte. Ou que j’ai peur. Or je n’ai rien à me reprocher. Et ils ne pourront jamais me faire pire que ce qu’ils m’ont déjà fait.
Elle se tourna vers la caméra.
— Je ne veux plus me taire. Je veux que les autres sachent qu’on peut parler. »

Psychologue de profession, François Chevallier a beaucoup travaillé sur les questions d’embrigadement et d’emprise sectaire, d’identité masculine ainsi que de fragilisation des repères dans l’Occident contemporain. Ayant longtemps exercé au coeur du XI° arrondissement de Paris, les tragédies collectives de Charlie Hebdo et du Bataclan, qu’il a vécu de près, ont marqué sa vision des fractures et des tabous de notre société.

« Auteur indépendant, je m’inscris dans une tradition du roman noir français où l’atmosphère compte autant que l’intrigue. Mes influences actuelles vont de Simenon à Houellebecq, en passant par certains thrillers nordiques, avec un intérêt particulier pour les zones grises — morales, politiques, humaines.
Ligne Rouge est mon premier roman. »

Drame, Noir, Polar, Psychologie, Violence

Terreur sur Marseille

de Serge Bertrand
Broché – 26 mars 2026
Éditions : Les Presses du Midi

Nul ne pouvait imaginer… L’incivilité, le trafic de drogues, l’insécurité se répandent comme une tache d’huile dans les quartiers de Marseille. En effet un caïd de cité mégalomane flanqué de sa bande de dégénérés fait régner la terreur. Les actes de violence et autres règlements de comptes se multiplient. Même la police n’est pas épargnée. C’est dans ce contexte apocalyptique que le commissaire Patrick Blanchard et son adjointe Mélusine Merle sont mandatés par le préfet pour rétablir l’ordre. Les deux enquêteurs débutent ainsi une mission dont ils ne sortiront pas indemnes…
Avec cet ouvrage, Serge Bertrand clôture sa trilogie sur Marseille, en emmenant le lecteur au fin fond des ruelles les plus sombres de la cité phocéenne.

Il m’a suffi de quelques pages pour comprendre que je ne quitterais pas mon fauteuil avant d’avoir atteint le mot “FIN”. Terreur sur Marseille, de Serge Bertrand, m’a happé sans la moindre échappatoire. J’ai littéralement dévoré ce roman, emporté par une intensité rare.

Après Les Deux Visages du Chaos et Ils doivent tous mourir, ce dernier volet ne prend aucun détour. L’auteur frappe fort, droit au but, et c’est précisément ce que j’ai aimé. Le rythme est effréné, les chapitres courts et nerveux. À plusieurs reprises, j’ai eu la sensation d’être en apnée, pris dans un tourbillon dont il m’était impossible de sortir.

Et puis soudain… ce moment. Celui où je me suis arrêté, incrédule : “Non, il n’a pas osé ?” Et pourtant si. Serge franchit des lignes, bouscule, surprend. Je me suis même surpris à relire certaines phrases, tant j’étais pressé de comprendre, d’anticiper, de savoir si j’avais bien saisi ce qui venait de se produire.

Dans ce roman, rien n’est épargné. J’ai plongé dans un Marseille en ébullition, à la limite du chaos. Violence omniprésente, règlements de comptes, trafics qui gangrènent les quartiers… La ville semble glisser inexorablement vers un point de non-retour. Face à cela, les forces de l’ordre sont dépassées, poussées dans leurs retranchements. Mandatées pour une mission de la dernière chance, elles s’engagent dans un affrontement brutal, presque apocalyptique, et pourtant terriblement crédible.

Ce qui m’a frappé, c’est ce réalisme cru, presque dérangeant. Serge Bertrand possède ce talent rare de rendre chaque scène palpable, comme si j’y étais. Et au cœur de ce chaos, j’ai retrouvé avec plaisir le commissaire Patrick Blanchard et Mélusine Merle. Leur humanité, leurs failles, leurs doutes apportent une lumière précieuse dans cette noirceur.

Et puis il y a cette présence mystérieuse, ce “fantôme” qui agit dans l’ombre, presque en silence, et qui peu à peu influe sur le cours des événements. Une figure intrigante, subtile, presque philosophique, qui donne une profondeur inattendue au récit.

J’ai également été touché par ces phrases en fin de chapitre, comme des respirations. Paroles de chansons, extraits poétiques… Elles résonnent avec l’histoire et m’ont souvent amené à prolonger ma réflexion, à regarder au-delà de l’action.

Ce roman est noir, rapide, percutant. Un polar social, nerveux, maîtrisé de bout en bout avec une fin époustouflante. Serge Bertrand confirme ici tout son talent et s’impose, à mes yeux, comme une voix incontournable du thriller français. Une lecture que je recommande sans hésiter.

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Extraits :

« Plus de montre, les portables déconnectés, ils n’ont plus aucun contact avec la France, ils passent leurs soirées à rigoler et à boire des bières locales. Ils mangent du kangourou et du crocodile avec leurs hôtes, qui sont d’authentiques Australiens. La journée, ils partent en Land Rover avec Sam, leur guide, à la découverte de paysages merveilleux et de grandes étendues éloignées des villes. Le soir, autour du feu, ils écoutent les histoires ancestrales du « Temps du rêve », les origines de leur monde, que raconte avec sagesse le chaman, traduit par Sam.
Après avoir subi des épreuves très difficiles lors de leur précédente enquête à Marseille, ils avaient besoin de se ressourcer et de se reconstruire. Ce break était indispensable pour leurs santés mentales. »

« J’ai tout sacrifié pour mon métier. Chaque jour, j’ai peur quand je pars en mission. J’ignore si je vais rentrer chez moi vivant. Les jeunes racailles des cités n’ont plus de limites. Ils sont mieux armés que nous et déterminés à tuer. Je ne sais pas si des délinquants ne vont pas me suivre pour me faire la peau. Le monde a changé, les gens sont devenus complètement fous. Il n’y a plus de valeurs, je n’ai plus ma place nulle part. Je n’ai plus aucun espoir, il est temps que j’abrège mes souffrances. Ce soir, je n’ai pas eu le courage de me tirer une balle dans la tête avec mon arme de service. »

« Les chasseurs de primes traquaient les canailles mort ou vif et faisaient le ménage. À présent, on se prétend civilisé, mais nous retournons à la sauvagerie la plus cruelle, sans état d’âme. Le plus insupportable, c’est le manque de justice. Nous constatons de plus en plus que les malfaiteurs défient les forces de l’ordre sans se soucier des conséquences. Ils sont convaincus qu’ils ne risquent rien. »

« Chaque jour, quand je vois la réalité de l’actualité, je suis révolté. Je méprise les gesticulations de nos dirigeants. Au fond de moi, je reste un rebelle insoumis et j’ai envie de crier: “Bande de guignols, cravatés comme des pendus, retirez un peu les mains de vos poches et le cul de vos fauteuils ! Allez voir sur le terrain, rendez-vous enfin compte que la situation s’est dégradée d’une façon inquiétante. Les mots ne suffisent plus, vous devez apporter des solutions et prendre des mesures urgentes contre la délinquance, l’insécurité et le trafic de drogue.” »

Après avoir réalisé son autobiographie en deux volumes qui témoignent de son parcours de rocker-voyageur, Destination Rock et Dans le feu du tempo, Serge Bertrand propose avec sa trilogie sur Marseille des enquêtes percutantes sans complaisance sur sa ville qui ne laissent aucun répit au lecteur : Ils doivent tous mourir, Les Deux Visages du chaos et Terreur sur Marseille.

Destination Rock (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/07/destination-rock/

Dans le feu du Tempo (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/08/dans-le-feu-du-tempo/

Ils doivent tous mourir (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/08/ils-doivent-tous-mourir/

Les deux visages du chaos (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/19/les-deux-visages-du-chaos/