Émotion, Drame, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Sulfure

Estelle Tharreau
Broché – 5 novembre 2026
Éditions : Taurnada Éditions

La petite Emma disparaît dans les marais d’Obey.
Après la découverte de son cadavre, l’enquête conclut à un accident. Mais la présence sur les lieux d’une famille marginale et sulfureuse fait naître le doute et attise les fantasmes. Dans une atmosphère suffocante, la rumeur et les thèses complotistes ne tardent pas à se répandre sur fond de réseaux sociaux.

La chasse aux sorcières est lancée.
Les bûchers sont prêts à être rallumés.

Avec Sulfure, Estelle Tharreau m’a une nouvelle fois embarqué dans une histoire dont je ne suis pas ressorti indemne !

Tout commence par une découverte macabre. Emma, une petite fille de trois ans, est retrouvée noyée dans un marais, alors qu’elle assistait à un mariage avec ses parents. Dès les premières pages, je suis happé par ce drame et par cette construction narrative qui ne fait qu’aiguiser mon besoin de comprendre.

À Obey, petit village en apparence tranquille, les policiers concluent rapidement à un accident. Mais les rumeurs, les mensonges et les manipulations vont bientôt prendre le dessus. Et lorsque la fameuse sorcière est désignée comme responsable, je comprends que je suis loin d’avoir tout vu !

Impossible pour moi de deviner où Estelle souhaite m’emmener. Les indices s’accumulent, les questions se multiplient et les certitudes vacillent. Derrière cette intrigue redoutable se cache une réflexion glaçante sur les préjugés, la désinformation et cette facilité avec laquelle nous acceptons parfois les suppositions comme des vérités. Dans ce village gangrené par la peur, les réseaux sociaux deviennent le formidable amplificateur des rumeurs. Une famille vivant à l’écart de la communauté devient la cible idéale. Les habitants s’enflamment, les accusations fusent et la justice populaire prend dangereusement le pas sur la raison.

J’ai retrouvé dans cette histoire les mécanismes des chasses aux sorcières, avec leurs boucs émissaires et leurs certitudes meurtrières. Il suffit d’un peu de propagande pour que la haine collective s’emballe. Et quand la machine se met en marche, elle ne laisse personne indemne !
Mais Sulfure ne s’arrête pas là. Estelle fait également ressurgir les secrets d’un ancien couvent où des religieuses venaient trouver refuge après avoir subi des violences physiques et psychologiques. Un passé trouble qui ajoute encore à l’épaisseur de cette intrigue.

J’ai particulièrement apprécié la profondeur psychologique des personnages. Du plus monstrueux au plus attachant, chacun possède ses failles, ses motivations et ses zones d’ombre. Je me suis surpris à douter, à changer d’avis et à chercher sans cesse la vérité. L’atmosphère est sombre, oppressante, presque suffocante. Les chapitres s’enchaînent, les rebondissements se succèdent et la tension ne retombe jamais. Et lorsque tout finit par exploser, croyez-moi, ça fait mal !

J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir lu bien plus qu’un thriller. C’est une histoire terriblement actuelle, intelligente et dérangeante, qui m’a poussé à réfléchir sur notre rapport à l’information, aux croyances et à la différence. Car non, la majorité n’a pas toujours raison, et les vérités toutes faites sont parfois les mensonges les plus dangereux.

J’ai adoré cette lecture coup de poing, qui m’a tenu en haleine jusqu’au bout et qui, surtout, ne m’a pas laissé indifférent.

Un immense merci à Estelle Tharreau pour cette histoire, et à Joël des Éditions Taurnada pour cette belle découverte !

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Extraits :

« Ma chérie, je te présente la forêt des Charmeresses. Regarde comme c’est merveilleux !
Les premiers arbres passés, ils découvrirent un décor féerique et secret, une bulle hors du temps préservée par la canopée protectrice et dentelée, qui recouvrait un canal tranquille flanqué d’une route approximativement bitumée et d’une piste en terre sur l’autre berge. Tout un camaïeu de vert parsemé d’éclats dorés miroitants se déployait sous leurs yeux : les vert marron des berges, les vert bleuté des eaux dont l’ombre du sous-bois avait empêché l’évaporation, les vert profond des mousses, les vert tendre des feuilles, les vert jaunissant des herbes brûlant au soleil estival, qui perçait la voûte végétale, dans quelques trouées de lumière, tantôt en traits fixes et intenses, tantôt en taches mouvantes et douces. »

« Huit semaines s’étaient écoulées depuis que Christopher avait débarqué au volant de son bolide rouge. Il se souvenait parfaitement de cet après-midi, celui de la mort de cette gamine, parce qu’il avait souffert d’une chaleur comparable à celle d’aujourd’hui. Il se demandait si la puanteur ambiante ne s’était pas accrue en août après un mois de juillet pluvieux qui avait brassé la vase précoce de juin. »

« On me condamne aujourd’hui pour diffamation et diffusion de fausses infos. Et à votre avis, c’est qui tous ces types qui veulent me faire taire ? C’est les mêmes qui ont caché les scandales Seveso, Médiator, la vache folle, le sang contaminé et le nuage Tchernobyl. Alors, selon vous, qui a raison ? Le G7, les technocrates et les lobbies, la finance des Rothschild, Big Pharma, la Tech ou des lanceurs d’alerte comme moi ? Moi au moins, je montre mon visage devant des millions de gens. (applaudissements) Je prends de gros risques, chaque fois, parce qu’on va pas se mentir, les amis, j’ai pas leur pouvoir, moi. Mon seul pouvoir, c’est vous ! (applaudissements) Et je vous remercierai jamais assez d’être là tous les soirs ! (applaudissements) Merci à vous de garder les yeux ouverts ! »

« – Dénoncer un prêtre revient à s’en prendre à un intermédiaire de Dieu, à profaner son vœu d’obéissance. Que ce soit elles ou nous deux, nos vies de pécheurs et nos souffrances sont dérisoires par rapport au coup que porteraient de telles révélations. La faute de quelques-uns ne doit pas porter atteinte à l’intégrité de tous les autres. »

Passionnée de littérature depuis l’adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

La peine du Bourreau (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/01/la-peine-du-bourreau/

Les Eaux noires (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/10/05/les-eaux-noires/

Digital Way of Life (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/14/digital-way-of-life/

Il était une fois la guerre (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/11/01/il-etait-une-fois-la-guerre/

Le Dernier festin des vaincus (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/11/01/le-dernier-festin-des-vaincus/

L’Alpha & l’Oméga (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/07/lalpha-lomega/

Point de fuite (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/11/04/point-de-fuite/

Amour, Émotion, Conte, Philosophique, Poésie, Psychologie

Le Code du Royaume intérieur

de Eléonore De Saphir
Broché – 21 mai 2026
Éditeur : autoédition

ET SI UN ANCIEN POÈME
NE RACONTAIT PAS SEULEMENT UNE HISTOIRE,
MAIS PORTAIT UNE ARCHITECTURE INTÉRIEURE ?

Le Chevalier à la peau de tigre est l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature géorgienne. Depuis le XIIe siècle, il traverse les générations comme un poème d’amour, de fidélité, de courage et de retour.

Mais si ce texte portait aussi autre chose ?
Une carte intérieure.
Un code de transformation.
Une architecture secrète de la parole, du désir, de la douleur, de la force et de l’amour.

Dans ce livre, Eléonore De Saphir propose une lecture profonde et inédite de l’œuvre de Chota Roustavéli : 64 lois de sagesse pour retrouver son axe, purifier sa parole, traverser la douleur, reconnaître sa force blessée et revenir à son royaume intérieur.

Ce livre ne se lit pas.
Il se traverse.

Il y a quelques semaines, Eléonore De Saphir est entrée en contact avec moi afin de me proposer une lecture. Le code du Royaume intérieur. Ne connaissant pas l’autrice, j’ai recherché sur Internet qui elle était, et surtout de quoi parlait son ouvrage. Très vite j’ai été piqué et j’ai accepté avec plaisir ce recueil philosophique qui décline sous forme de 64 lois, emprunt de valeurs et de réflexions, un ancien poème Georgien… Je l’ai reçu quelques jours plus tard.

J’ai commencé à le lire comme à mon habitude, mais très vite je me suis rendu compte que ce type d’ouvrage nécessitait un rythme différent de lecture, qu’il ne se lisait pas d’une traite et surtout qu’il devait se lire au calme. Je l’ai repris du début à raison de deux ou trois chapitres par jour, le découvrant ainsi par étapes, en prenant le temps de laisser infuser certaines idées et d’y revenir si besoin…

Le poème, « Le chevalier à la peau de tigre”, chef-d’œuvre médiéval de Chota Roustavéli, raconte les aventures de deux amis qui vont parcourir l’Arabie et l’Inde en quête d’une femme.
Décliné en 64 lois, entre analyse, et véritable réflexion sur la vie intérieure, la lecture n’est pas d’un abord facile. Chaque chapitre éclaire une expérience humaine différente. L’amour, la parole, la blessure, la dignité, la peur, la liberté, la responsabilité et plus encore. Mais heureusement dans cette réflexion philosophique, Eléonore nous propose à chaque fin de chapitre des pistes sous formes de questions qui m’ont aidé au fur et à mesure à me recentrer sur ce qui est important pour une analyse personnelle grâce à des questions concrètes.

Je me suis laissé guider dans ce voyage spirituel, qui ne donne pas de réponses toutes faites, mais qui invite à se poser celles qui sont essentielles.

Voilà, je l’ai terminé. Je n’avais jamais mis autant de temps à lire un livre et je sais déjà qu’il restera à porté de main. je le relirai de temps en temps, certains passages, par-ci, par-là et laisserais mûrir le fil de mes réflexions…

Un livre à lire lentement, à méditer, à reprendre…
Une très belle découverte.

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Extraits :

« Chota Roustavéli a créé ce poème immortel à l’époque où la Géorgie se tenait dans son âge d’or et où le pays était gouverné par Tamar — une femme que le peuple géorgien, aujourd’hui encore, ne nomme pas reine, mais roi : le roi Tamar. Dans ce seul mot se révèle déjà tout l’esprit d’une époque : une force qui dépasse le sexe; un respect qui traverse la forme ; une souveraineté qui ne se réduit pas au fait de siéger sur un trône, mais qui relève d’une hauteur intérieure. C’est à Tamar que Roustavéli dédia son poème. »

« Les récits transmis disent qu’il aimait Tamar — en silence, sans bruit, sans jamais le dire. Peut-être n’est-ce qu’une légende. Peut-être la mémoire du peuple a-t-elle lu ainsi ce feu caché qui se sent dans les vers du poème. Mais une chose est claire : dans Le Chevalier à la peau de tigre, la femme n’est pas un être faible dont le rôle serait seulement d’aimer ou d’attendre. Ici, la femme gouverne. Elle porte le choix. Elle est source de volonté. Elle ouvre le chemin.
Elle est la force placée au centre du royaume. »

« L’amour élève. Le désir, souvent, s’approprie. L’amour protège. Le désir, souvent, dénude. L’amour est fidèle. Le désir change vite de visage. L’amour supporte même le silence. Le désir exige une confirmation constante. L’amour garde la dignité. Le désir, souvent, fait tomber l’être humain plus bas que lui-même. »

« Ne confondez pas l’amour et la passion.
Si aujourd’hui vous voulez une chose et demain une autre, n’appelez pas cela un amour élevé. Si vous n’aimez une personne que lorsqu’elle sert votre désir, ce n’est pas de l’amour. Si votre sentiment blesse la dignité de l’autre, ce n’est pas de l’amour. Si votre parole rabaisse l’être aimé, ce n’est pas de l’amour. »

« Si quelqu’un vous dépasse, voyez-le. Ce n’est pas votre humiliation. Peut-être est-ce précisément là que commence votre renouvellement. Un être intérieurement fort ne s’effondre pas devant la supériorité de l’autre. Il apprend ou se trouve la nouvelle force, où se trouve la meilleure précision, où l’ancienne représentation doit céder sa place. »

Eléonore De Saphir est une autrice indépendante dont l’écriture explore la conscience, la liberté intérieure, la parole, l’amour et les mécanismes qui façonnent l’être humain.

Son travail se situe à la croisée de la littérature, de la philosophie et de l’introspection. Elle ne cherche pas à rassurer, mais à éveiller.

Ses textes sont conçus comme des déclencheurs — des outils de lucidité pour celles et ceux qui refusent de vivre en mode automatique et choisissent d’habiter pleinement leur liberté.

Dans Le Code du Royaume intérieur, elle propose une lecture contemporaine et initiatique du Chevalier à la peau de tigre, le grand poème géorgien du XIIe siècle de Chota Roustavéli, à travers 64 lois consacrées à l’unité et à la souveraineté intérieures.

Elle vit et écrit en France.

https://eleonoredesaphir.com

Amour, Émotion, Cercle littéraire, Histoire vraie, Psychologie

Femmes tout au bord

de Clarisse Gorokhoff
Broché – 7 janvier 2026
Éditeur : Actes Sud

Tout commence par une lettre. Et un amour perdu. Dévastée par sa rupture avec celui qu’elle aime encore, Anouk écrit à la mère de Paul, une femme condamnée par la maladie et décidée à orchestrer sa fin. Dans cette correspondance ardente qu’elles entretiennent en secret, les mots deviennent refuge, miroir, passage. Quelques mois plus tard, Anouk part sur les traces de Faye au cœur du désert brûlant du Nouveau-Mexique, et découvre, dans une maison peuplée d’ombres et de silences, les carnets de la disparue – et le mystère d’une troisième femme.
Tout en tension, fragilité et vérité brute, les voix de Faye et d’Anouk se répondent dans ce roman incandescent sur le deuil, la transmission et la métamorphose, né d’une expérience vécue. Une lettre d’amour à la vie autant qu’un adieu à la chair, un chant sur la puissance des femmes qui, même au bord, choisissent encore de se révéler.

Hier soir, dans le cadre de nos rencontres du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage, nous avons eu le plaisir de recevoir Clarisse Gorokhoff, qui a reçu le Prix 2026 !
Une soirée ponctuée d’un dîner au Relais des Peintres, à Auvers-sur-Oise. Un nouveau lieu, une nouvelle ambiance, et surtout un agréable moment de partage et de détente, loin du quotidien. Une belle soirée, tout simplement !


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Je découvre Clarisse Gorokhoff avec Femmes tout au bord, un roman qui m’a profondément touché. Inspiré d’une histoire réelle, il mêle correspondance, fulgurances poétiques et tension romanesque autour d’une magnifique histoire de femmes.

Rien ne semblait pourtant devoir rapprocher Faye et Anouk. Elles ont un âge différent, vivent dans deux pays et ne se connaissent pas. Mais un homme les relie. Paul, le fils cadet de Faye et ancien amant d’Anouk. Pendant quatre mois, elles vont pourtant s’écrire. Faye est en fin de vie, tandis qu’Anouk tente de survivre à sa rupture amoureuse. L’une doit affronter la fin de sa propre existence, l’autre le deuil de l’être aimé.
Au fil de leurs lettres, elles vont se livrer, se dévoiler et finalement se délivrer. Elles racontent leurs blessures, leurs espoirs, leurs regrets et tout ce qu’elles n’ont peut-être jamais pu dire à personne. Toutes deux se tiennent ainsi tout au bord… Que reste-t-il d’une vie, lorsqu’arrive la fin ? Tout perd son importance, tout semble s’éteindre, la voix, le corps et… finalement le cœur de Faye, le jour et à l’heure où elle l’avait décidé en toute conscience.

Anouk décide de partir au Nouveau-Mexique, dans cette terre rouge, silencieuse et mystérieuse. Elle y rencontre Jack, le mari de celle avec qui elle a tellement échangé… mais aussi Lars, Griselda et les autres proches qui l’entouraient.
Mais en arrivant chez Faye, Anouk va surtout finir par se rencontrer elle-même. Elle qui semblait jusque-là errer sans véritable direction va peu à peu s’ancrer et comprendre qui elle est.

J’ai beaucoup aimé cette idée de transmission entre les femmes, de ces liens qui traversent les générations et continuent d’exister bien après nous. L’amour d’une mère, d’une grand-mère peut finalement devenir une forme d’éternité lorsqu’une descendance en perpétue la mémoire. J’ai été touché par la manière dont Clarisse explore la fragilité de ses personnages sans jamais les réduire à leurs blessures. Tout y est intense et vrai. Son écriture est brute, nerveuse, parfois hachée, comme si ses mots suivaient mon souffle et les battements de mon cœur.
Les chapitres courts donnent aussi au récit un rythme particulier, parfois haletant, qui accompagne parfaitement cette histoire située au bord de la chute… ou de l’envol…

Femmes tout au bord est un roman fragile et puissant à la fois, où la vie, l’amour et la mort se rencontre, se confrontent sans jamais perdre leur intensité.

J’ai terminé ma lecture profondément bousculé, mais avec la sensation d’avoir découvert un texte important et nécessaire. Un roman d’une grande délicatesse sur la condition féminine, la résilience et la capacité à pouvoir se réinventer.
Une très belle découverte qui a touché mon cœur et que je vous conseille vivement.

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Extraits :

« Je vais chez une morte. Ou plutôt chez son veuf.
Je ne les ai jamais rencontrés mais elle, je l’ai bien connue. On s’est écrit chaque jour pendant quatre mois, jusqu’à ce qu’elle décide que souffrir n’était plus une preuve de courage. Au Nouveau-Mexique, si on insiste un peu, on peut mourir dignement.
Faye Steiner a insisté. »

« Ça a commencé doucement. Une gêne, pas grand-chose. J’ai fait comme si de rien n’était en espérant que ça disparaisse. Raté. Ça a grossi, pris de l’assurance. Et le verdict est arrivé. Cancer du pancréas.
Pas immense mais scélérat. Petite bête tapie dans l’ombre qui attend son heure. On me l’a confirmé à l’hôpital d’Albuquerque où Jack, mon mari, sauve des vies depuis vingt-trois ans. Ironique, non ? L’oncologue qui n’a pas vu la bombe à retardement sous son propre toit. Faut dire que j’ai une bonne dose de résistance à la souffrance – ou peut-être de déni.
Je me souviens de la première nuit où j’ai hurlé, le ventre en feu, comme si un démon y plantait ses griffes. »

« Chère Faye,
…/…
Je sais que vous êtes gravement malade, et que vous allez mourir. C’est terrible.
Je suis désolée pour vous. Pour Paul, et pour tous ceux qui vous aiment. Mais ce qui me bouleverse, c’est l’étrange douleur que je ressens depuis que je le sais. Une tristesse qui ne m’appartient pas. Une vague qui me submerge, comme si je perdais quelque chose de vital. Je me surprends à pleurer comme si c’était ma propre mère qui allait mourir. Alors qu’elle est morte il y a bien longtemps.
Je n’ai pas le droit d’écrire ça. C’est déplacé, sûrement, et même obscène. »

« Chère Anouk,
Merci pour ton message. Je n’étais pas sûre de pouvoir te répondre. Non pas parce que tu as franchi une limite, mais parce que, au contraire, tu es tombée juste.
Trop peut-être. Il y a, dans ta façon de dire les choses, quelque chose d’oblique et de clair à la fois. Comme si tu me regardais en plein dedans. »

Clarisse Gorokhof nait en 1989 à Paris. Elle suit des études de philosophie. A vingt ans, elle part vivre à Istanbul où elle restera cinq ans. Elle y a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable.

Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être – à la fois triviales et bouleversantes – qui forgent la société de nos jours.

En 2018, elle publie son second roman, Casse-gueule, la suite de De la bombe, publié en 2017. Il commence avec le récit d’une scène violente : l’héroïne, Ava, se fait tabasser par un inconnu jusqu’à en être défigurée. Elle qui tenait sa beauté de sa mère, qu’elle rejette, s’accommode plutôt bien de sa nouvelle laideur.

En 2019, elle publie son troisième roman, la suite romanesque des deux premiers, Les fillettes. Dans ce troisième ouvrage, « Clarisse Gorokhoff finit d’y imposer je ne sais quel ton, quel tour et quel sel dont on se souviendra un jour. » écrit Sébastien Lapaque, journaliste du Figaro. Elle continue à décortiquer les grandeurs et misères de la vie familiale en racontant l’histoire de trois petites filles dont la mère est droguée. On suit différents personnages, dont les fillettes, la mère et le père. Le livre est en lice pour le Prix des libraires 2020.

En 2026 sort son cinquième ouvrage : Femmes tout au bord. On suit le personnage de Faye Steiner, sexagénaire, mariée à un éminent oncologue américain et atteinte d’un cancer du pancréas incurable. Au Nouveau-Mexique, où elle vit, elle peut choisir le suicide assisté. Elle prend sa décision et en parle dans les lettres qu’elle envoie à Anouk, une jeune française qu’elle n’a jamais rencontrée et qui vit un chagrin d’amour : le fils de Faye vient de la quitter. L’écriture est cinématographique et la fin inattendue, à l’instar d’un thriller psychologique. Elle est en partie inspirée de la vie de l’autrice qui reçoit le prix du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage 2026.

Émotion, Drame, Psychologie, Violence

Organigramme

de Jacques Pons
Broché – 20 septembre 2018
Éditeur : Hugo Roman

Vous pensez que le monde de l’entreprise est parfois cruel ?
Que l’univers de la mode est sans pitié
Oubliez ce que vous croyez savoir.
La réalité est bien plus terrifiante.

Chez Louis Laigneau, fleuron du luxe français, la direction n’a jamais épargné à se salariés ni le stress, ni les humiliations. Mais au retour d’un séminaire de créativité censé stimuler les forces vives de l’entreprise à l’approche de la prochaine fashio week, ce ne sont pas les mannequins, mais les cadavres qui défilent…
L’open space est moins accueillant quand on imagine qu’un tueur est peut-être juste là, assis en face de vous…
Dans ce milieu hostile où tout n’est qu’apparences, chacun s’observe avec défiance Entre le burn out général qui menace et la psychose qui s’installe, un serial killer rôde. Qui est cette ombre menaçante qui semble tout connaître de Louis Laigneau et qui décime méthodiquement l’organigramme ?

Dans l’enfer feutré de la mode parisienne, personne n’est à l’abri.

Je découvre avec Organigramme la plume de Jacques Pons, et quelle découverte pour un premier roman !

L’histoire m’a entraîné au cœur de la prestigieuse Maison Louis Laigneau, fleuron de la haute couture française installé avenue Montaigne. Derrière les “vitrines” luxueuses et les paillettes se cache pourtant un univers professionnel beaucoup moins glamour. Stress permanent, humiliations, réunions interminables, pression du chiffre et culte de la performance rythment le quotidien des salariés. Ici, la hiérarchie est reine et les faux-semblants sont partout.
Pour tenter de remotiver ses équipes, la direction organise un séminaire obligatoire à Marrakech. Mais ce week-end censé favoriser la créativité va rapidement virer au cauchemar et faire naître une haine froide.
À leur retour à Paris, le cauchemar continue… sauf que cette fois, ce ne sont plus les mannequins qui défilent, mais les cadavres.

Un tueur anonyme a décidé de « dégraisser » l’entreprise en éliminant méthodiquement ses salariés, en remontant chaque case de l’organigramme. Le tueur utilise la torture psychologique pour pousser certains cadres déjà à bout vers le burn-out, avant de passer à une exécution méthodique. Très vite chacun devient suspect et chacun se demande si le monstre ne se trouve pas assis juste en face de lui.

J’ai été happé par cette mécanique implacable et j’ai assisté, médusé et fasciné, à la chute progressive de cet « empire ». Nul ne pourra y échapper.

Ce qui m’a particulièrement séduit, c’est le choix du monde de l’entreprise comme décor de thriller. La souffrance au travail, les rapports de domination et le burn-out donnent au récit une résonance personnelle et particulièrement actuelle. Évidemment, toutes les personnes broyées par leur entreprise ne deviennent pas des tueurs froids et machiavéliques ! Heureusement…
Mais j’ai compris la frustration et la profonde souffrance qui nourrissent la vengeance du personnage.

Jacques fait également se rencontrer deux univers radicalement opposés. Celui, feutré et cruel, du luxe parisien et celui de la banlieue.

J’ai apprécié cet équilibre entre l’enquête et l’univers professionnel, sans que l’un ne prenne totalement le dessus sur l’autre. L’écriture est vive, fluide, efficace et terriblement addictive. Les rebondissements se succèdent et, une fois encore, je me suis fait avoir alors que tous les éléments étaient pourtant sous mes yeux !

Pour un premier roman, Organigramme est une sacrée réussite. Un véritable page-turner, avec un final magistral. Bravo l’artiste !

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Extraits :

« Rien à faire. L’homme qui lui a lié les mains et les pieds ne lui a laissé aucune chance. Il repense à son adolescence, enrôlé de force par ses parents chez les scouts marins. Des heures à apprendre comment faire et défaire ces putains de nœuds, dans un camp qui puait la vase et la transpiration.
Une nouvelle goutte lui coule derrière l’oreille. Il tente de lever son épaule pour l’éponger, en inclinant la tête, mais le fil de nylon qui entrave ses poignets derrière le dossier du fauteuil découpe sa peau sous la tension qu’il lui imprime. Un gémissement lui échappe. Il perçoit la progression lente du sang qui se met à glisser le long de l’attache du pouce. Sur sa droite, plusieurs bidons de métal, soigneusement alignés contre un mur de toile épaisse. Sur sa gauche, le même pan de tissu et quelques chaises hors d’usage. »

« Voilà. Nous y sommes.
Ils n’ont, pour la plupart, plus la force de crier. Les plus résistants trouvent encore la ressource pour gémir. Je les hais. Je les plains mais je les hais. Je ne les connais pas tous. Il y en a même que je n’avais jamais vus auparavant. Tant pis. Il est trop tard pour renoncer. Ils paieront pour les autres, et comme les autres.
Mon seul regret est de ne pas assister à leur fin. »

« — CA-NON ! CA-NON-NISSIME !
— Marrakech, non, mais Marrakech, quoi ! J’hallucine ! Tellement cool. Il nous reste moins de deux mois pour nous mettre aux UV et arrêter de manger !
— Oh. My. God. Partir au soleil en plein hiver, ‘avais pas prévu, je suis au bout de ma vie!
— Mais pour nous ça va, hein, comment elles vont faire, aux RH, elles ont tellement de cellulite qu’elles vont bronzer en pointillé…
— Tu me diras, les pois c’est la grande tendance cet hiver, pour une fois elles seront dans le coup !
— J’adore! Vous êtes tellement des pestes ! »

« Je t’ai vue. Je t’ai vue sortir des toilettes. Je t’ai vue sortir des toilettes et rajuster nerveusement ce qu’il restait de ton chignon. Je sais avec qui tu étais. Je sais pourquoi tu étais avec lui. Tu es une traînée et tu le sais. Tu n’as pas beaucoup de talent. Mais tu feras une belle carrière, parce que tu sais à qui parler et comment leur parler. Je vois tout. Je ne dirai rien, mais tôt ou tard, tout le monde saura. »

Passionné de littérature, de voyages et de gastronomie, Jacques Pons travaille depuis plus de quinze ans dans l’univers de la mode. C’est cette expérience qui lui a inspiré l’écriture d’Organigramme, dans le cadre du concours du meilleur thriller 2018 présidé par Michel Bussi 2018, pour lequel il a reçu le Coup de cœur RTL.

Organigramme est son premier roman.

Émotion, Drame, Famille, Polar, Psychologie, Suspense

Que gèlent les silences

de Céline Bréant
Broché – 8 octobre 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Lauréate du prix Découverte Noir Charbon 2025 pour son thriller psychologique « Là où sombrent les secrets ».

Isabelle Maillard est ravie : Alain, son mari casanier, a enfin accepté de passer les fêtes de fin d’année à quatre, dans un joli chalet à la montagne. Si Cathy, leur adolescente, traîne les pieds, Justin, le petit dernier, est fou de joie à l’idée d’explorer de nouveaux décors.
Malheureusement, les branches d’un gigantesque hêtre s’écrasent sur le toit de leur logement. La famille Maillard est alors contrainte de trouver refuge chez leurs voisins, les Masson. Isabelle, d’abord déstabilisée par ce changement de programme, s’efforce de rester positive et de préserver l’esprit des fêtes.

Mais au matin de Noël, la chambre de Cathy est vide. La jeune fille est introuvable.

Dans le silence glacé qui s’installe, Isabelle comprend que les Masson portent en eux une tragédie jamais apaisée, et que la disparition de sa fille pourrait bien être liée aux ombres qui hantent cette famille.

Après avoir découvert Céline Bréant avec Là où sombrent les secrets, une lecture intense et bouleversante qui m’avait tenu en haleine jusqu’au bout, je la retrouve avec Que gèlent les silences, un thriller à nouveau saisissant et mystérieux.

Isabelle est heureuse. Cette année enfin, elle va passer Noël en famille, à la montagne, loin du quotidien. Son mari Alain a accepté de venir et Justin, leur fils, est ravi. Seule Cathy, leur fille adolescente, semble moins enthousiaste. Mais rien ne pourrait gâcher la bonne humeur d’Isabelle… jusqu’à leur arrivée. Un arbre tombe sur le toit de leur chalet, les obligeant à chercher un autre endroit pour dormir. Leurs voisins, les Masson, leur proposent alors de les héberger. Mais au matin de Noël, Cathy a disparu. Que s’est-il réellement passé durant cette nuit ?

Très vite, je comprends que cette disparition n’est que la partie émergée d’une histoire beaucoup plus sombre. Tous les personnages semblent avoir quelque chose à cacher. Certains mentent, d’autres manipulent, tandis que des passés particulièrement lourds refont surface. Je me suis constamment demandé ce que chacun savait réellement et surtout, à qui je pouvais encore faire confiance. D’un côté, l’enquête de police piétine, de l’autre, les secrets de famille se dévoilent de plus en plus. Des histoires anciennes, soigneusement enfouies, ressortent des dossiers que certains auraient préféré laisser prendre la poussière. Car il est parfois plus facile de désigner un coupable que de chercher la vérité et de s’attaquer aux véritables problèmes…

J’ai particulièrement apprécié l’évolution d’Isabelle. Après la disparition de sa fille, je l’ai vue se transformer complètement. La mère qui profitait simplement de ses vacances devient une femme déterminée, prête à tout pour comprendre ce qui est arrivé à Cathy. Les personnages liés à l’enquête apportent également un autre regard sur les événements et permettent de ne jamais rester uniquement du côté de la famille.

La plume de Céline est incisive et d’une redoutable efficacité. C’est sombre, glacial, parfaitement maîtrisé et surtout terriblement addictif.
Avec “Que gèlent les silences”, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans son précédent roman. Cette capacité à installer le doute et à me faire remettre constamment mes certitudes en question. Avec ce thriller psychologique intense elle rappelle une chose essentielle, on ne connaît jamais vraiment les gens… Et ceux que l’on pense capables de nous protéger peuvent parfois être ceux dont il faut le plus se méfier.

À lire, ou plutôt à dévorer, sans aucune modération !

Merci Joël pour cette nouvelle lecture.
Chaque roman publié chez Taurnada Éditions est pour moi comme une nouvelle marche qui me permet d’aller toujours plus haut !

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Extraits :

« Du haut de la côte, elle observa le village en contre-bas, les lumières féeriques de Noël qui n’égayaient plus son cœur depuis longtemps, puis elle s’enfonça dans l’obscurité de la forêt. Aujourd’hui, sa propre vie n’avait plus d’importance. Sa survie, elle la devait à son obsession. Elle vivait par procuration à travers cette dernière. »

« Cathy hocha la tête en piétinant, impatiente de partir.
– Tu feras attention, et ne fais pas la folle, d’accord ? Et tu mets un casque !
– Mais oui, c’est bon ! soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.
– Pas de panique, Isabelle. Je gère, la rassura Richard en levant les pouces devant lui.
– C’est en elle que je n’ai pas confiance, se justifia la mère angoissée. Elle peut être casse-cou quand elle veut impressionner.
– Mais arrête, pesta Cathy, mal à l’aise. Tu peux rentrer, c’est bon, on va partir. »

« La nuit s’était abattue sur la montagne comme un rideau sur la scène d’un théâtre. Un premier acte sans Cathy venait de s’achever. Où était-elle ? Que s’était-il passé ? Les Masson apportaient leur soutien sans oser émettre d’hypothèses défaitistes à voix haute. Plus le temps passait, et plus l’espoir tarissait. »

« La battue s’était poursuivie encore une heure. Le cortège avait scruté chaque millimètre de la zone, sans succès. Pas la moindre trace de Cathy dans les environs. Il faudrait sûrement agrandir le périmètre, mais sans piste, comment en établir un fiable ?
Le ciel bleu s’était voilé, et les flocons de neige s’étaient mis à tomber. Les gendarmes, bredouilles, avaient donc décidé de clore cette première session de recherche. La famille et tous les bénévoles avaient été invités à regagner leur domicile. »

« Je m’appelle Céline Bréant, j’ai 32 ans. Je vis à Bordeaux et je suis d’origine savoyarde. Si je m’interroge beaucoup sur ma vie, je n’ai toujours eu qu’une certitude et qu’un véritable objectif. Je voulais devenir romancière. Petite déjà, j’écrivais de petites histoires, et c’est vers 14 ans, que j’ai entrepris le projet d’écrire un roman, et j’ai poursuivi sur cette voie. Je rêvais de trouver un éditeur, mais alors que la trentaine approchait à grand pas, j’ai décidé de me lancer, malgré tout, et j’ai franchi le cap de l’auto-édition, en publiant « Les Clandestines », un roman qui me ressemblait et mélangeait les genres.
Et puis… J’ai préféré me recentrer, et revenir sur mon genre de prédilection : le thriller. Je suis passionnée par les faits divers, le cerveau humain, les livres à suspens, noirs, pleins de rebondissements qui entraînent le lecteur dans un tourbillon de questions, le manipulent, le piègent et lui offrent un final explosif. Et j’aime explorer le mal qui habite les individus, le point de bascule entre l’ordinaire et la folie, les traumatismes, les secrets, les mensonges, la mémoire. L’humain est terrifiant et fascinant à la fois : il donne matière à réflexion. Et à écrire…

À côté de l’écriture, j’ai un “vrai” métier.
Je veux dire, un métier pour vivre, gagner de l’argent. Je suis graphiste dans une agence de communication. De la même façon, j’aimerais pouvoir exercer ce métier dans le monde des livres, idéalement. J’aime les livres, les belles lettres, les œuvres de fiction, j’aime l’odeur du papier et toucher des doigts les belles couvertures en gaufrage.

Autre passion ?
L’eau. J’aime me baigner dans l’océan, la mer, les rivières, les lacs, les piscines. J’aime le snorkelling, le bodyboard, je commence le surf et la plongée. Je rêve de découvrir les plus beaux sites de baignade du monde.

Et j’aime les animaux.
Chat, chien… Impossible de vivre sans eux. Ils m’accompagnent depuis toujours et leur présence à mes côtés est un vrai bonheur. »

D’origine savoyarde, Céline Bréant vit actuellement à Bordeaux. À 31 ans, après plusieurs années en tant que graphiste et maquettiste, elle décide de marquer une pause dans sa vie professionnelle pour explorer de nouvelles perspectives. Cette transition lui permet de se consacrer pleinement à une passion de toujours : l’écriture. Son genre de prédilection est le thriller. « Là où sombrent les secrets » est son deuxième roman.

— Là où sombrent les secrets (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/02/la-ou-sombrent-les-secrets/

Émotion, Drame, Famille, Polar, Psychologie, Violence

Sème la mort

de Laurent Malot
Broché – 15 novembre 2017
Éditions : Bragelonne

À la suite de l’épisode douloureux de L’Abbaye Blanche, le lieutenant Gange s’est séparé de sa femme. Pour conserver la garde alternée de leur fille, il a quitté son Jura natal pour s’installer à Étampes. Mais cette ancienne ville royale du sud de l’Essonne symbolise l’échec de son couple, et il a du mal à s’y investir. Dans son nouveau commissariat, on le surnomme « l’autiste des montagnes ».

Un quadruple meurtre secoue alors la ville. Arrêté avec un couteau à la main et du sang sur ses vêtements, un ado de 14 ans se mure dans le silence avant d’être interné en hôpital psychiatrique. Gange, aux affaires courantes, reste en retrait. En arrêtant un jeune qui sème le trouble dans les rues, il croise la route de sa mère, femme de pouvoir séduisante, prête à tout pour protéger son fils. Une femme d’influence que personne, à Etampes, n’ose vraiment contredire…

Survient alors un cinquième crime sauvage.

Dans une ville qu’il apprend à aimer peu à peu, autour d’une enquête mêlant agriculture bio, pouvoir des puissants, mais aussi l’éducation des enfants, Gange se retrouve sur les traces d’un dangereux psychopathe. Sans se douter un instant qu’il met les siens en danger…

Avec Sème la mort, Laurent Malot situe son intrigue dans le grenier céréalier de la France, en pleine Beauce, pour interroger nos aspirations et nos résistances au changement, à travers le prisme des lobbies surpuissants de l’agriculture conventionnelle. Semer la mort ou semer la vie… c’est une façon de penser le monde et de préparer l’avenir de nos enfants. Un polar résolument noir, ancré dans le réel et son époque, où l’on retrouve l’humour féroce et l’intégrité de Gange, le flic de L’Abbaye blanche…

Je viens de terminer Sème la mort de Laurent Malot, un roman policier sombre qui m’a une nouvelle fois donné matière à réfléchir. Car derrière l’enquête, l’auteur nous tend un miroir de notre société, et ce reflet n’est pas toujours très agréable à regarder.
Je retrouve pourtant dans ce roman ce que j’apprécie chez Laurent, un récit qui sonne juste.

Le lieutenant Gange a dû quitter son Jura adoré pour suivre sa fille Marine à Étampes, dans l’Essonne. Séparé de Gaëlle, sa femme, il traverse une période particulièrement difficile.
Dans son nouveau commissariat, l’accueil du commissaire Marcoen ne va pas vraiment arranger les choses. Gange s’enferme dans son mal-être et semble avoir perdu tout intérêt pour son métier. Il ne s’intéresse plus à rien, ni personne.
Seule Marine lui permet encore de garder la tête hors de l’eau.

Jusqu’au jour où le massacre d’une famille entière, les Ellens, réveille l’instinct du policier. Terrorisme, folie, acte isolé ? Toutes les hypothèses semble possibles.
Très vite pourtant, un coupable idéal apparaît. Ethan, un jeune homme surdoué retrouvé sur les lieux, un couteau à la main et couvert de sang.
Pour les médias comme pour certains enquêteurs, le coupable idéal semble tout trouvé.

Mais peut-on condamner quelqu’un simplement parce qu’il correspond au récit que l’on veut raconter ?
C’est l’une des nombreuses questions que Laurent soulève avec beaucoup de justesse. Car derrière l’enquête, il aborde aussi la place des enfants différents, leur fragilité et la difficulté de les accompagner. Ethan n’est pas le seul concerné. Rémy vient également rappeler combien certains enfants peuvent avoir besoin d’attention et de protection.

J’ai également été sensible à tout ce qui touche au monde agricole et au mal-être de ceux qui le font vivre. Les questions liées aux produits phytosanitaires, à la rentabilité et aux choix imposés aux exploitants donnent au roman une dimension profondément sociale. Laurent montre une profession prise dans un système dont il devient difficile de s’extraire.

Et puis il y a Gange, confronté à un environnement professionnel toxique qui vient encore fragiliser une vie personnelle déjà chaotique. J’ai aimé ce personnage qui, malgré les pressions et les convenances, refuse finalement de courber l’échine.

Entre polar classique et roman noir, Sème la mort explore ainsi la corruption, le pouvoir, la folie, mais aussi les dérives de notre société de consommation.
Une lecture lucide, parfois dérangeante, mais surtout profondément juste et humaine.

Merci Laurent pour cet excellent moment de lecture.
Une fois encore, tu m’as donné envie de retrouver ton univers et tes personnages pour de nouvelles aventures.

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Extraits :

« La jeune femme avait raison, Gange méritait sa réputation de sauvage. Quand il avait intégré le commissariat d’Étampes, on ne lui avait pas fait de cadeau, mais il n’avait pas manifesté non plus l’intention de s’intégrer. Il avait atterri dans la région quelques semaines plus tôt parce que Gaëlle s’y était installée avec Marine. »

« — Bonjour Ethan. Je suis le lieutenant Gange. On ma demandé de venir te voir au cas où tu aurais envie de parler.
L’adolescent le regarda à peine ouvrir la fenêtre pour faire entrer un peu d’air et s’asseoir derrière le bureau.
— Si tu ne veux pas me parler, on va juste passer le temps, ça me va très bien. Dans une demi-heure, un psychiatre va venir t’examiner et décidera probablement de te placer en internement. On lèvera alors ta garde à vue et tu seras transféré dans un centre psychiatrique.
Gange avait décidé de jouer franc-jeu. Si Karsenti ne l’avait pas fait, autant qu’Ethan sache ce qui l’attendait. »

« — Quel genre de pression ?
— Des pressions du ministère qui baisse les prix parce qu’on trouve moins cher ailleurs. Des pressions des industriels de la chimie qui nous appâtent avec des produits à bas prix pour mieux nous enchaîner à vie. Et encore des pressions des consommateurs, jamais contents de ce qu’ils ont dans leur assiette!
— Vous voulez parler des OGM ?
— C’est ça. Des OGM, des pesticides, des antibiotiques pour les animaux, et tout ce qu’on nous vend comme produits miracles.
Tout ça, c’est pour se faire du fric sur notre dos. Et votre Ellens, c’était la même chose. Y en a marre des apprentis sorciers, vous entendez! Parce que les premières victimes, c’est les agriculteurs.
C’est nous qui mourrons les premiers. Allez voir mes collègues, regardez les chiffres! On crève, dans la paysannerie! Si c’est pas de fatigue ou de misère, c’est du cancer. »

« Dans l’inconscient collectif suintait une sensation de fin du monde. Le populisme et le fascisme gagnaient du terrain. Le terrorisme ouvrait la porte à une troisième guerre mondiale. Le cataclysme écologique planait de plus en plus bas, la pollution ne montrait aucun signe d’amélioration, les abeilles mouraient en masse, la vache folle et la grippe aviaire n’avaient pas dit leur dernier mot. Quant à l’humanité, elle venait de s’effondrer à Alep. Il fallait que les couples soient solides pour y résister, qu’ils se créent des rayons de soleil suffisamment puissants pour traverser l’épaisse couche de peur et de dégoût. Plus d’un sur deux y échouait. Qui pouvait prétendre à l’épanouissement dans ces conditions ? »

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scénarii pour le cinéma.

— De la part d’Hannah (2014)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/20/de-la-part-dhannah/

— Que Dieu lui pardonne (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/15/que-dieu-lui-pardonne/

Émotion, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Le bal de ses nuits

de Magali Le Maître
Broché – 16 mars 2017
Éditeur : Fleur sauvage

Un site de sorties pour parents divorcés et autres âmes égarées.
Un groupe d’amis devenus inséparables : cinq hommes, cinq femmes.
L’une est retrouvée égorgée ; puis une deuxième.
Les enquêteurs sont formels : le tueur est un membre du groupe.

Encore une histoire de psychopathe…
Et si ce n’était pas le bon scénario ?

Noirceur, suspens, faux semblants, l’auteure de Quelqu’un comme elle a su réunir tous les ingrédients nécessaires à un excellent thriller psychologique.

Après avoir découvert Magali Le Maître avec Quelqu’un comme elle il y a quelques années, j’ai eu beaucoup de plaisir à la retrouver avec Le bal de ses nuits. Et une nouvelle fois, je me suis laissé prendre dans ses griffes !

Magali va droit au but et m’embarque rapidement au cœur d’une drôle de bande d’amis réunis grâce à un site de rencontres un peu particulier qui se nomme S.O.S., pour « Si On Sortait ».
Le principe est simple. Permettre à chacun, parents, enfants, célibataires ou non, de se retrouver autour de sorties et de moments partagés.
C’est ainsi qu’un groupe se forme peu à peu, « La Meute », composé de cinq femmes, Suzanne, Véronique, Iris, Kim et Magdalena, et de cinq hommes, Greg, Chris, Bertrand, Carlo et Youenn, et leurs enfants. Mais derrière les verres partagés, les week-ends et les apparences sympathiques, une question finit forcément par surgir. Connaît-on réellement les gens avec qui l’on passe du temps ?
Magdalena, revenue à Lille après sept années passées en Espagne, fait partie du groupe depuis deux ans. Elle y a trouvé une nouvelle vie sociale, au grand désespoir de Benoît, son compagnon et capitaine de police, qui considère ces relations comme plutôt superficielles.

Mais lors de l’anniversaire de Kim, tout bascule lorsqu’un invité revient prétendument chercher son portefeuille, une fois la fête terminée. Kim est retrouvée égorgée…
Une enquête commence et la vie de « La Meute » vole en éclats.

J’ai particulièrement aimé la première partie, qui prend le temps de présenter les personnages tout en tissant progressivement une intrigue de plus en plus difficile à démêler.
Puis Magali redistribue complètement les cartes dans la seconde partie, offrant une nouvelle vision à son récit. J’avoue avoir été un peu perdu au début par ce changement d’angle… avant de comprendre à quel point cette idée était habile !

Avec ses chapitres très courts et ses différents points de vue, l’autrice m’a fait soupçonner absolument tout le monde.
Et lorsqu’un mystérieux individu, visiblement perturbé et obsédé par l’une des femmes du groupe, apparaît dans l’équation, je me suis transformé en véritable enquêteur. J’ai traqué les indices, cherché le moindre détail et fini par voir des suspects partout… au point de devenir presque fou !
Magali est arrivée à me manipuler, elle m’a bien eu ! D’ailleurs, dans ce récit, la manipulation est au cœur de ce thriller psychologique. Qui manipule qui ? Qui ment ? Qui dissimule quoi ?

Entre jalousie, vengeance, famille et passion obsessionnelle, Le bal de ses nuits m’a tenu en haleine jusqu’au bout.
Un roman particulièrement addictif, avec des retournements que je n’ai pas vus venir.
Une fois commencé, franchement… je vous mets au défi de le poser !

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Extraits :

« Elle était là, face à lui. Cette fois, il ne rêvait pas. De sa bouche pulpeuse s’échappaient des mots, tels des baisers, qu’il n’écoutait pas. Il n’entendait que la voix grave et sensuelle emplissant son salon, et il perdait son âme dans les profondeurs de cette douce musique érotique et envoûtante. »

« Magdalena, réveillée depuis dix bonnes minutes, traînait au lit, les yeux mi-clos. Le chant d’un oiseau lui parvenait par la fenêtre entrouverte. Une brise légère jouait avec les rideaux encore tirés, laissant par intermittence le soleil de juin lui caresser la joue. Décidément, à l’aube de ses trente-cinq ans, elle aimait de plus en plus la campagne. »

« En rentrant chez lui, il déchira littéralement sa panoplie et l’envoya valdinguer dans le couloir. La soirée s’était avérée catastrophique. Mais pour qui se prenaient-ils, tous, à poser leurs sales pattes et leurs yeux vicelards sur sa belle ? Et l’autre imbécile, là, qui croyait la mériter peut-être ?
Et elle? Pour qui se prenait-elle ? Il l’avait à peine entrevue ce soir, et n’avait pas pu en placer une. En vérité, elle avait fait peu de cas de sa présence. Il avait tant de choses à lui confier ! Comment pouvait-elle jouer à ce point l’indifférence alors qu’il s’apprêtait à lui offrir sa vie sur un plateau ? Et celle des autres s’il le fallait ! pensa-t-il, cynique.
Estimant que cette femme lui appartenait, il se sentait trahi. »

« Il les observait, planqué derrière une haie, à l’extérieur du fast-food. Elles étaient là toutes les cinq. Ça n’avait pas été difficile de les trouver, tout le monde connaissant leur rendez-vous hebdomadaire. Depuis un bon quart d’heure, il fixait son ange, irradiant de son aura naturel au milieu des autres nanas, toutes plus insipides les unes que les autres. »

Magali Le Maître a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour D’infinis paysages.

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar, Quelqu’un comme elle (2015).

Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.

Émotion, Drame, Histoire, Psychologie, Suspense, Violence

Guérilla Social Club

de Marc Fernandez
Poche – 3 octobre 2018
Éditeur : Le Livre de Poche

Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.
Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.
Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.
L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, revient avec un nouvel opus, plus haletant que jamais, à cheval entre l’Europe et l’Amérique latine, où le passé vient frapper à la porte d’anciens guérilleros… Ennemis un jour, ennemis toujours.

Diablement réussi.
Paris Match

Marc Fernandez s’avère un redoutable conteur.
M, le magazine du Monde

Si Orwell avait rencontré Almodóvar,
cela aurait donné quelque chose dans ce goût-là.

Le Point

Avec Guérilla Social Club, Marc Fernandez m’a une nouvelle fois mis une sacrée claque !
Après Bandidos (que j’aurais du lire plus tard !) et Mala Vida, histoire autour des bébés volés sous le régime de Franco, il confirme ici tout le bien que je pensais déjà de lui.

Dans un style journalistique, vif, direct et terriblement rythmé, Marc m’a embarqué dans un récit qu’il m’a été très difficile de lâcher. Je ne parlerais pas vraiment de thriller, mais plutôt d’un formidable roman noir où des hommes et des femmes continuent de se battre pour la liberté. Et cette histoire m’a tellement emporté que les dernières pages m’ont même tiré quelques larmes (surtout la page 271).

J’ai également eu énormément de plaisir à retrouver les personnages de Mala Vida.
Diego, journaliste d’investigation, Ana, détective privée et ancienne opposante à la dictature argentine, et David, juge devenu avocat, forment un trio aussi fort que complémentaire.
Autour d’eux, Carlos, réfugié chilien et ancien guérillero, apporte lui aussi une dimension particulièrement attachante au récit. Lorsque les anciens compagnons de lutte de Carlos commencent à disparaître à Paris, Madrid, Buenos Aires ou Santiago du Chili, puis à être retrouvés torturés et assassinés, ses amis décident de mener l’enquête. Carlos lui-même est menacé et tout semble ramener aux nostalgiques des anciennes dictatures.

J’ai adoré cette construction qui m’a fait voyager d’un continent à l’autre et naviguer constamment entre passé et présent. Marc nous montre parfois des éléments que ses personnages ignorent encore, grâce notamment aux flashbacks et à différents détours narratifs.
Et même lorsque je pensais avoir compris certaines choses, les révélations finales m’ont laissé complètement abasourdi. C’est là que Marc est particulièrement fort. Il brouille avec talent la frontière entre réalité et fiction. Son écriture possède une telle efficacité que j’en suis parfois venu à oublier que je lisais un roman. Tout paraît possible, justement parce que l’auteur s’appuie sur une histoire et des blessures profondément réelles.

Mais au-delà de l’intrigue, c’est cette idée d’un passé qui pourrait refaire surface qui m’a particulièrement marqué. Une perspective inquiétante, qui donne à ce roman noir une résonance que j’ai trouvée très actuelle.

Guérilla Social Club est donc pour moi une formidable réussite. Une intrigue palpitante, une écriture vive, des personnages forts et attachants et un suspense qui tient jusqu’à la dernière page.
Quel conteur ! Quelle construction ! Quelle histoire !
Je me suis laissé happer du début à la fin. Un véritable coup de cœur !

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Extraits :

« Près de Santiago du Chili, 7 septembre 1986.
Il doit mourir. C’est la seule solution. La peine capitale pour tout le mal qu’il a fait, qu’il continue de perpétrer. Sa voiture blindée ne le sauvera pas. Boum.
La mort après un dernier virage. Un salaud de moins sur cette terre. Et une lueur d’espoir pour les autres. »

« Des semaines à courir, à faire des pompes, à tirer, à manier les armes longues, courtes, de tous types, à apprendre à se battre à mains nues, au couteau, au corps à corps. Des jours et des jours, aussi, à mettre au point le rôle de chacun, sa position sur le terrain, le timing de chaque geste et le plan de repli. Des heures à parler encore et encore, à se préparer au pire, à la torture s’ils étaient arrêtés, au sacrifice suprême aussi, pour que d’autres après eux en profitent.
La mort n’est pas qu’une simple hypothèse dans ce genre d’opérations. Mieux vaut perdre la vie les armes à la main que de se lamenter sans cesse et de ne rien faire. On ne résiste pas à la tyrannie avec des mots et de bons sentiments, on la combat avec des flingues.
Jusqu’au bout. »

« Carlos aussi a eu à subir les mauvais traitements infligés par la police politique. Il en garde quelques séquelles, notamment des traces de brûlures de cigarette sur l’omoplate droite et une phalange de moins au petit doigt de la main gauche. Mais il n’a jamais été très disert sur les circonstances de son départ, sur ses années de guérilla. Ses amis respectent ce choix, ce silence, et n’ont jamais osé insister. La seule confidence qu’il ait faite à Diego est qu’il garde un contact régulier avec un certain nombre d’anciens compagnons de lutte, tous réfugiés comme lui dans différents pays d’Europe, et qu’ils se réunissent une fois par an, en souvenir de leurs années de combat. »

« Amis du noir, bonsoir! Je suis Diego Martin, merci d’être à l’écoute de ce trois cent vingt-quatrième numéro d' »Ondes confidentielles ». Un sommaire un peu chamboulé ce soir. Et je prie tous les auditeurs amateurs de polars que vous êtes de m’en excuser. Mais je sais aussi que vous êtes friands de vraies histoires policières. Vous allez être servis avec ce programme spécial consacré à une affaire qui, je l’avoue, me touche personnellement, et qui est loin, très loin, d’avoir livré tous ses secrets. Nous allons parler d’enlèvements, de meurtres, de menaces de mort. En plein Madrid, messieurs, mesdames. Deux • victimes, dont l’une découverte il y a quelques jours à peine au Retiro. Plusieurs autres personnes menacées. Leur point commun ? Ce sont tous d’anciens guérilleros. Des personnes qui ont pris les armes pour se battre contre les dictatures. Au Chili, en Argentine, et sur tout le continent latino-américain. »

Journaliste depuis plus de 15 ans, Marc Fernandez a longtemps été chargé de suivre l’Espagne et l’Amérique latine pour Courrier International.

Co-auteur, avec Jean-Christophe Rampal, de :
— La ville qui tue les femmes, enquête à Ciudad Juárez,
— Pinochet, un dictateur modèle, (Hachette Littératures),
— Narco Football Club, (éditions Moisson Rouge).
Ils ont également réalisé le webdocumentaire, La Cité des mortes.

— Mala Vida (2015) est son premier roman en solo. Puis :
— Guérilla Social Club (2017),
— Bandidos (2018),
— Tapas nocturnes (2022)

Marc Fernandez tient le blog polar Mauvais genre sur Slate.fr.
Il est cofondateur et rédacteur en chef de la revue Alibi, consacrée au polar.

Émotion, Conte, Drame, Psychologie, Thriller psychologique, Violence

Cataractes

de Sonja Delzongle
Broché – 11 avril 2019
Éditeur : DENOEL

Il y a quarante ans, le petit Jan Kosta, trois ans, a été l’un des rares survivants de la terrible catastrophe de Zavoï. Lors d’un gigantesque glissement de terrain, ce village des Balkans a été littéralement englouti sous des torrents de boue. Sauvé par son chien qui l’a traîné, inconscient, hors de l’eau fangeuse, Jan a perdu toute sa famille. Devenu hydrogéologue, Jan reçoit un coup de fil alarmé d’un ami ingénieur. Il se passe des choses étranges dans et autour de la centrale construite sur les flancs de la montagne de son enfance. Les gens ont des comportements imprévisibles, parfois violents. Les moines du monastère voisin ont tous disparu, et les bâtiments délaissés accueillent désormais un institut psychiatrique. Vladimir demande à Jan de venir étudier les faits. Que le mal vienne de la centrale, de la montagne ou des hommes, si un nouveau drame est sur le point de se produire, seul un survivant de Zavoï aura une chance de pouvoir tout arrêter.

J’avais déjà lu Phobia, Dust, Quand la neige danse et Récidive, et j’avais très envie de découvrir Cataractes, lorsque je l’ai acheté. Mais une inondation dans mon bureau est venue quelques semaines après bouleverser mes projets. J’ai perdu plusieurs dizaines de romans que je n’ai pas pu sauvé à temps et j’avais fait au mieux pour protéger les autres, en les stockants comme j’ai pu dans mon grenier. Ils m’ont attendu…
Au mois de juin dernier, je suis monté, et triste, j’ai entrepris un tri pour récupérer ceux que je pouvais encore lire.

C’est ainsi que “Cataractes” a refait surface… et quelle découverte !
Dès le prologue, une nouvelle fois, Sonja Delzongle m’a happé par la puissance de son écriture.

Un petit garçon de trois ans est emporté par la boue lors d’une catastrophe qui engloutit son village de Zavoï, dans les Balkans. Jan Kosta en est le seul survivant et ce traumatisme va le poursuivre toute sa vie. Devenu hydrogéologue, il s’est construit loin de cette terre, à Dubaï, auprès de sa femme et de sa fille.
Mais lorsqu’un ami d’enfance lui demande de revenir étudier la centrale hydraulique de Zavoï, son passé remonte brutalement à la surface.

Meurtres, comportements étranges, disparitions, vieille centrale inquiétante et nature sauvage composent alors une atmosphère particulièrement pesante.

Sonja construit son intrigue sur plusieurs niveaux, entre enquête, mystère, drame humain et blessures de l’Histoire. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est cette relation presque viscérale entre l’homme et sa terre. J’ai été subjugué par ses descriptions de la montagne serbe, tour à tour magnifique, apaisante et profondément inquiétante. L’eau, la terre, les racines, la source… tout semble entrer en résonance avec la personnalité de Kosta.
La centrale elle-même devient une formidable métaphore de cet homme qui tente de contenir les fissures de son passé.

Plus les vannes s’ouvrent et les fuites apparaissent, plus les défenses de Kosta cèdent.
Ce qu’il croyait avoir enfoui n’a jamais réellement disparu. Son enfance, ses blessures et ses racines sont toujours là. J’ai beaucoup aimé cette dimension psychologique, parfois presque poétique, qui donne au thriller une profondeur particulière.

L’intrigue, pourtant bien construite et riche en rebondissements, est finalement passée au second plan pour moi. J’ai davantage été fasciné par cette montagne, par cette quête de la source et par ce retour aux origines. Jan, Vladimir et Marija sont des personnages profondément humains, loin des héros invincibles.

Avec Cataractes, Sonja signe pour moi un thriller aussi sombre qu’original, porté par une nature omniprésente et presque vivante. Et surtout, elle nous rappelle que l’on peut s’éloigner de ses racines, mais jamais vraiment les abandonner. La fin, magnifique et bouleversante, m’a profondément ému.

Une très belle lecture, intense, surprenante et profondément humaine.

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Extraits :

« Jan ! Jan !
La voix de sa mère dans le vacarme. C’est la dernière fois qu’il l’entend. Étouffée, lointaine. Affolée. L’eau est montée si vite…
Personne n’a eu le temps de réagir. Lui, jouait dehors avec le chien. Hatsa. Où est-il ? Il ne perçoit plus ses aboiements, passés des plaintes au silence. À cheval sur Hatsa, un leonberg dont la taille évoque plus celle d’un poney, Jan a été soudain emporté. Autour de lui s’est refermée une masse visqueuse et froide. Glacée. Un mélange d’eau et de boue. Les maisons ont disparu. Toutes. La sienne a sans doute subi le même sort. Seuls quelques toits en pierres plates et grises rappelant des écailles de tortue affleurent. Bientôt, ils seront recouverts eux aussi. Des vies avalées. Tout ne sera plus qu’histoire ancienne. »

« L’eau, partout autour d’eux. L’eau, à perte de vue. Comme une mer sombre et menaçante. Une mer sans vagues. À peine quelques remous font-ils tanguer l’embarcation. L’eau occupe l’espace entre les montagnes, a avalé tout le relief accidenté. Au loin, les plus hauts sommets encore enneigés semblent émerger de cette mer soudainement formée, le spectacle est à couper le souffle. Le paysage, encore familier quelques heures auparavant, se trouve transformé à jamais. »

« Comment deux êtres qui se sont aimés au premier regard puis des années durant peuvent-ils en arriver là? Quel mauvais génie a pris le relais de Cupidon et s’amuse ainsi à détruire les couples ?
En réalité, se dit Kosta, inutile de chercher midi à quatorze heures, les mauvais génies, c’est nous, tout simplement. Nous détruisons le bonheur que nous avons construit parce qu’il s’est peu à peu transformé en ennui. Un ennui mortel qu’on se renvoie l’un à l’autre chaque jour comme dans un miroir. Ou à la gueule, comme une faute. »

« — OK, et après on ira boire un café. Tu sais, vieux, j’ai vécu la guerre, j’ai vu des choses terribles, des femmes et des enfants se faire massacrer, des potes tomber devant moi ou se faire déchiqueter en sautant sur une mine, et pourtant, tu ne vas pas me croire, mais aucune de toutes ces horreurs ne m’a laissé l’impression de solitude et d’égarement que j’éprouve ici depuis que… ça a dégénéré. J’ai le sentiment d’une chose qu’on ne peut pas maîtriser. Un truc invisible, tu comprends ? Qui se répand, comme une maladie contagieuse, un mal inconnu. Un virus dans le système, qui attaque le cerveau. Ils étaient sur le point de devenir fous les uns après les autres. Qui sait si ça ne va pas recommencer… Désolé, vieux, vraiment désolé. »

« Tu vois, fiston, cette baie, lui disait-il, c’est du genévrier, aux puissantes propriétés médicinales, mais elle ne te nourrira pas; en revanche, les nèfles, la cenelle, une variété de myrtille sauvage, le cynorrhodon, la mûre, le cassis, sont très bons à manger sans avoir à les transformer. La nature est le plus grand et le plus précieux garde-manger de l’homme et la meilleure pharmacienne et guérisseuse qui soit. »

Sonja Delzongle est une femme de lettres française, auteure de roman policier.

Dana Skoll est son pseudonyme pour la littérature jeunesse et fantasy.

Née d’un père français et d’une mère serbe, elle a grandi entre Dijon et la Serbie. Elle a mené une vie de bohème, entre emplois divers (les plus marquants ayant été le commerce artisanal africain-asiatique et la tenue d’un bar de nuit) et écriture.

Après un DEUG en Langues et Lettres Modernes, elle s’attaque au concours de l’École des Beaux-Arts de Dijon et obtient un diplôme au bout de six ans. Elle peint et expose durant une quinzaine d’années, puis devient journaliste en presse écrite à Lyon.

Après l’écriture d’une nouvelle devenue depuis un roman court, La journée d’un sniper (2007), elle publie un premier thriller À titre posthume (2009), puis Le Hameau des Purs, en 2011.

C’est en 2011 qu’elle commence l’écriture de Dust. Sa passion pour l’Afrique, qui remonte à sa petite enfance, l’a amenée à y faire de multiples séjours. Son roman parait en 2015 chez Denoël et connait un succès éditorial et public. La même année, elle obtient le Prix Anguille sous Roche.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/dust-de-sonja-delzongle/

En 2016, parait Quand la neige danse, toujours chez Denoël, qui met également en scène la profileuse Hanah Baxter et dont l’action se passe non plus au Kenya mais dans le froid nord-américain.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/quand-la-neige-danse-de-sonja-delzongle/

Récidive paru en 2017 nous offre une troisième enquête.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/recidive-de-sonja-delzongle/

Après une épopée arctique dans Boréal (2018),
elle revient cette fois dans les montagnes des Balkans, ses racines, avec Cataractes (2019).
Noir comme l’orage (2024), prix Ligue de l’Imaginaire 2024, est un thriller captivant se déroulant sur l’Île de Ré, où le capitaine Max Fontaine enquête sur des morts mystérieuses liées à la foudre.
Apnée, publié en 2025, se déroule en Égypte, sur les bords de la mer Rouge.
La forêt du Morvan sert de cadre à La gardienne, son thriller psychologique sorti en 2026.

Sonja Delzongle habite Lyon depuis 2001.

son blog : http://sonia-blogart.blogspot.fr
Facebook : www.facebook.com/Sonja-Delzongle-1403988013229391/

Émotion, Biographie, Histoire vraie, Psychologie

Le courage des autres

de Hugo Boris
Poche – 18 mars 2021
Éditeur : Pocket

Il y a quinze ans, tout juste ceinture noire de karaté, Hugo Boris est témoin d’une altercation dans les transports en commun. Paralysé, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. Ce manque de courage l’obsède. Est-ce un trait de son caractère ou une peur universelle d’affronter l’autre, l’inconnu, au quotidien ?
Intrigué, il se met à observer ses contemporains dans le métro et le RER, tranches de vies entre parenthèses, rencontres fugaces, purs instants d’humanité. Il consigne sur le vif des situations d’effroi mais aussi le ravissement d’un dialogue, l’humour d’un échange imprévu. Il se demande si le courage est contagieux…

“Il fallait un certain courage pour se dépeindre ainsi en dégonflé ordinaire, et un certain talent pour rendre vivants et touchants ces moments de vie que nous ne regardons même pas tant ils sont quotidiens. Hugo Boris a eu les deux.”
Marianne

Le courage des autres n’est pas vraiment un roman, et c’est justement ce qui en fait une lecture si particulière. Hugo Boris parle de « microfictions », de petites histoires glanées au fil du temps dans le métro parisien. Il les « herborise », les trie et les rassemble pour composer un véritable herbier de nos courages et de nos faiblesses.

En lisant ces pages, j’ai surtout eu l’impression de me retrouver face à un miroir. Je prends les transports en commun presque tous les jours depuis plus de quarante ans, et j’ai reconnu dans ce livre quantité de situations vécues. Les bousculades, les incivilités, les conversations téléphoniques trop bruyantes, les enfants qui crient, les disputes, les repas renversés…
Dans cette jungle du métro parisien, tout le monde se croise, se côtoie et parfois s’affronte.

Mais Hugo va bien au-delà de la simple observation de ces petits travers quotidiens.
Il s’interroge sur nos réactions lorsque la violence surgit, physique, morale, psychologique ou raciste.
Face à une situation qui nous dérange, certains pestent, d’autres détournent le regard, tandis que quelques-uns choisissent d’intervenir. Et ce sont précisément ces derniers que l’auteur met en lumière. Ceux qui prennent la parole, se lèvent, s’interposent et défendent quelqu’un qu’ils ne connaissent même pas. Un courage qui peut sembler ordinaire, mais qui demande parfois une véritable force intérieure.

J’ai aussi beaucoup apprécié la manière dont Hugo se dévoile lui-même à travers ces histoires.
Il ne cherche jamais à se donner le beau rôle. Au contraire, il évoque ses doutes, ses faiblesses, ses renoncements et cette tendance que nous avons tous parfois à ne pas voir ce qui nous dérange.

Certaines scènes m’ont particulièrement marqué, comme celle de cette femme portant encore sur son bras la trace d’un passé que le silence suffit à raconter. Ou celle de ce grand brûlé qui choisit malgré tout de continuer à vivre au milieu des autres.

Ce que je retiens surtout de cette lecture, ce sont ces scènes vibrantes d’humanité. Elles m’ont poussé à réfléchir à mes propres comportements, à mes petites lâchetés, mais aussi à ces élans de solidarité qui peuvent surgir lorsque nous décidons enfin d’agir.

Le courage des autres est une lecture simple en apparence, mais profondément bénéfique.
Un livre qui m’a interpellé et qui, quelque part, relève presque de la « santé publique ». Apprendre à mieux regarder les autres pour peut-être devenir, nous aussi, un peu plus courageux.

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Extraits :

« 10 juin 2007. J’ai passé ma ceinture noire de karaté hier, à vingt-sept ans. J’ai commencé il y a une dizaine d’années après avoir échappé de peu à une agression, la nuit, dans une ruelle de Palaiseau, en Essonne, où j’ai vécu mon adolescence. Les derniers mois d’entraînement ont été intenses. Pour décrocher ce premier dan, j’ai appris les principaux katas, pratiqué les assauts souples, décortiqué toutes sortes de mouvements d’attaque et de défense. Au fil du temps, je me suis constitué un arsenal offensif de coups de poing directs, circulaires, remontants, descendants, en marteau. J’ai développé un éventail de coups de pied faciaux, latéraux, retournés, sautés. Je frappe maintenant du coude, du genou, du tranchant de la main, à distance longue, moyenne ou courte. Je saisis, je pousse, j’encercle, je crochète, je déséquilibre, je renverse. Et je ne me contente pas de lâcher les coups, je place. J’ai appris à masquer mes appels, à ne pas télégraphier mes intentions. J’ai répété les mêmes mouvements pendant des années jusqu’à leur donner assez de puissance pour traverser l’adversaire. »

« Les prédateurs mammifères s’attaquent en priorité aux individus présentant une apparence malade ou affaiblie, afin d’obtenir de la nourriture avec un minimum de risque et d’énergie dépensés. De manière analogue, les prédateurs humains recherchent une victime facile. Ils évaluent toujours les signes annonciateurs de force et les marques de faiblesse chez le candidat à l’agression. »

« Mon professeur de philosophie en hypokhâgne pratiquait l’aïkido et nous a affirmé un bon matin que les gens se faisaient agresser parce qu’ils étaient faibles. Il est vrai que les gens qui savent se battre ne se battent jamais. Pourtant, on voit bien à quel point la proposition est dangereuse. Il n’y aurait qu’un pas à franchir pour tenir la victime responsable de l’agression (t’avais qu’à mettre un antivol si tu voulais pas te faire voler ton vélo, t’avais qu’à pas mettre de minijupe si tu voulais pas te faire violer). Il n’y aurait qu’un pas à franchir pour dire : « Le pire, c’est que les faibles se sacrifient eux-mêmes. Ils savent. Ils cèdent tout de suite, ils se couchent presque. Il faut le voir pour le croire. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle « N’oublie pas de montrer ma tête au peuple », publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

— Son premier roman, « Le baiser dans la nuque » (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

— « La délégation norvégienne », son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît « Je n’ai pas dansé depuis longtemps ». L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, « Trois grands fauves » est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

— En 2016, son roman « Police » est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.
https://leressentidejeanpaul.com/2026/05/25/police/

— Regarde-moi tomber, mon amour (2026)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/05/30/regarde-moi-tomber-mon-amour/

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.