Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Lynwood Miller – Rivalités***

de Sandrine Roy
Broché – 10 mai 2019
Éditeur : Éditions Lajouanie

Lynwood  Miller, ex-membre des forces spéciales américaines, coule des jours heureux sinon paisibles auprès de la tendre mais surprenante Éli, dans le bassin d’Arcachon. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si un être odieux aux pouvoirs similaires, voire supérieurs à ceux de la jeune femme, ne venait s’immiscer dans la vie du couple. Tout irait donc pour le mieux si… le cadavre d’un adolescent n’était pas retrouvé émasculé sur les quais. Tout irait donc pour le mieux si… le commissaire Marchand ne se décidait à mettre Lynwood et Simon sur l’affaire… Lynwood  Miller est de retour pour sa troisième aventure. Éli et ses pouvoirs aussi étonnants que déroutants et Simon le geek des Pyrénées sont bien évidemment de la partie. S’ajoutent à ce fameux trio des criminels, des flics, un médium et quelques pédophiles incestueux… L’épisode s’annonce sacrément prenant !

J’attendais la suite de leurs aventures avec impatience, mais la vie ne nous permet pas toujours de faire ce que nous voulons !

Depuis le premier tome proposé par Sandrine Roy, il y a quelques années déjà, je suis tombé sous le charme du mystérieux et ombrageux Lynwood Miller, ancien agent des forces spéciales, et de la touchante Eli. Quel plaisir de les retrouver dans Rivalités, le troisième volet de cette série qui m’aura décidément réservé de belles surprises !

Mariés et plus amoureux que jamais, Lynwood et Eli goûtent enfin à une tranquillité bien méritée, après les épreuves traversées et les problèmes de santé de la jeune femme. Pour les fêtes de fin d’année, ils quittent provisoirement leurs montagnes pour rejoindre Arcachon et la maison d’Eli. Lynwood en profite pour inviter quelques amis, mais leurs retrouvailles ne vont pas se dérouler comme prévu. Le meurtre particulièrement horrible d’un adolescent vient bouleverser cette parenthèse paisible. En vacances chez le couple, le commissaire Marchant est appelé sur la scène de crime. Bien que l’affaire ne relève pas de son secteur, certaines similitudes avec une enquête menée cinq ans auparavant l’interpellent. Il sollicite alors l’aide de Lynwood et de Simon pour résoudre cette énigme aussi délicate que terrifiante.

Cette fois, Sandrine nous entraîne dans une intrigue policière plus sombre, où se mêlent des sujets douloureux, des meurtres et une menace qui s’immisce jusque dans l’intimité de nos héros. Eli doit également affronter un adversaire doté de pouvoirs similaires aux siens, voire supérieurs. Le danger se rapproche et Lynwood se retrouve plus que jamais déterminé à protéger celle qu’il aime.

J’ai été captivé par cette confrontation qui nous plonge toujours plus profondément dans les facultés d’Eli et dans cet univers où le paranormal côtoie une réalité particulièrement violente. La plume de Sandrine Roy, simple, épurée et directe, m’a une nouvelle fois emporté. Elle va à l’essentiel, sans digressions inutiles, et maintient une tension qui ne faiblit jamais.

Pour moi, ce troisième tome est le meilleur des trois ! Plus intense, plus sombre, il m’a fait passer par de nombreuses émotions. Je l’ai lu d’une traite, happé par une intrigue surprenante, prenante, belle et triste à la fois.
Mais au-dessus de toutes ces horreurs demeure un sentiment plus puissant que tout, l’amour. Celui qui unit Lynwood et Eli, celui qui pousse à se battre pour l’autre et à affronter les ténèbres, même lorsque tout semble perdu.

Avec Rivalités, Sandrine m’a surpris, captivé et profondément touché. Une lecture intense qui confirme mon attachement à ce couple pas tout à fait comme les autres !

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Extraits :

« Après ces semaines passées au chevet d’Éli, Lynwood prenait plaisir à la voir rire, courir, vivre tout simplement. Il avait conscience qu’elle ne se sentait vraiment bien que près de l’océan et qu’elle faisait un gros effort pour vivre avec lui à la montagne. Tout à coup, elle quitta le rivage et remonta se blottir dans ses bras.
— Tu as froid ?
— Non.
Mais comme elle se hissait sur l’extrême pointe des pieds pour tendre ses lèvres vers les siennes, il sentit qu’elle avait le nez glacé. »

« Elle resta là, immobile et transie de peur, n’osant pas se retourner. Le son de la porte qui se fermait se fit entendre, sourd, lugubre. Quelque chose était entré. Il ne fallait pas qu’elle regarde. Cela rôdait silencieusement sous les voûtes.
Si elle se retournait, elle s’apercevrait qu’il n’y avait plus personne; les âmes des vivants avaient été avalées, englouties par cette entité funeste. Elle devait se cacher, ne surtout pas regarder. Le silence était lourd, oppressant, surnaturel ; une peur viscérale s’empara d’elle. »

« Concentrée, ses yeux allaient de son cahier à son écran, ses doigts couraient sur les touches du clavier ; elle avait l’air imperturbable, perdue dans son monde de mots.
La regarder était toujours une fascination pour lui. Jamais il n’avait côtoyé d’artistes et jamais il n’aurait imaginé vivre un jour aux côtés d’un être aussi attirant et mystérieux à la fois. Il pouvait rester des heures durant à l’observer ainsi, sans avoir besoin de lui parler.
Ses livres avaient du succès et étaient traduits dans plusieurs langues. Éli était productive. Quoique beaucoup moins ces derniers mois, à cause des événements qui s’étaient enchaînés. »

« Valérie Joubert n’avait rien d’une simple d’esprit, comme ils auraient pu le croire lorsqu’ils l’avaient découverte à moitié inconsciente dans le garage de la plage. Son langage était clair, sensé, réfléchi, quoique trahissant une grande souffrance longtemps contenue et qui ne demandait qu’à sortir.
— Des milliers de petites filles vivent en prison, peut-être même des millions à travers le monde. Et personne ne fait rien pour les libérer, pour les sauver de leurs bourreaux. Vous trouvez ça normal ? Vous trouvez ça juste ?
— Mais vous n’êtes plus une petite fille, tenta Édouard.
Alors de qui parlez-vous exactement ?
— Je parle de toutes ces gamines dont on abuse au sein de leur propre famille dès leur plus jeune âge, que l’on traite comme des objets sexuels, et qui sont condamnées au silence parce qu’elles n’ont aucun recours. »

Sandrine Roy est originaire de Bègles, près de Bordeaux.

Des études de Lettres modernes ont affirmé son goût déjà très prononcé pour la lecture et l’écriture, qu’elle pratique depuis on plus jeune âge. Elle vit depuis 14 ans dans la région de Montauban, où elle travaille en milieu scolaire. Elle est connue pour ses romans policiers et tout particulièrement sa série, mettant en scène Lynwood Miller, ancien membre des forces spéciales américaines.
Dessiner les nuages est sa première incursion dans le roman historique.

— Lynwood Miller, Tome 1 (2016)

— Lynwood Miller, Tome 2 : Pas de printemps pour Eli (2017)

— Lynwood Miller, Tome 3 : Rivalités (2019)

— Lynwood Miller, Tome 4 : Le mur d’Hadrien (2020)

— Dilemme (2020)

— Dessiner les nuages (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/18/dessiner-les-nuages/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Famille, Suspense, Thriller psychologique

Qui a tué Jane Mas ?

de Magali Vanhoutte
Broché – 15 octobre 2021
Éditeur : Éditions Faute de Frappe

On retrouve dans la benne à jouets d’une déchèterie de la métropole lilloise le cadavre d’une adolescente gothique.
Le lieutenant Adrien Carpentier, féru de musique, en déduit vite que la victime est la réplique parfaite de la chanteuse Jeanne Mas dans l’un de ses clips…
La fille a été droguée puis rouée de coups. Qui a cassé sa jolie poupée avant de l’abandonner dans un container ? Qui a tué Jane Mas ?
Un thriller mélomane aux allures de Top 50, entre le délire pop insouciant des années 80 et le tourbillon infernal d’une nostalgie meurtrière.

Avant même de commencer ma lecture, j’ai scanné le QR code situé à la fin du livre… Et là, frayeur de ouf ! 🤯

Mais comment Magali Vanhoutte a-t-elle fait pour s’introduire dans mon téléphone et copier quasiment l’une de mes playlists préférées ? J’ai vraiment flippé ! Et ce n’était que le début…
Ensuite, je suis rentré la tête la première dans ce thriller musical complètement dingue !

Avec Qui a tué Jane Mas ?, j’ai découvert une intrigue rythmée, intelligente et remarquablement construite. Si le suspense m’a tenu en haleine, je me suis aussi très vite attaché à certains personnages, qui m’ont profondément touché. J’ai particulièrement apprécié la finesse psychologique de l’auteure, cette sensibilité que je rencontre, hélas, bien trop rarement.

Tout commence lorsqu’une jeune fille mineure est retrouvée dans une déchèterie. Le lieutenant Adrien Carpentier et Benoît Demazure sont chargés de l’affaire. Un détail intrigue les enquêteurs, le meurtrier semble costumer ses victimes à la manière des années 80. La première ressemble étrangement à Jeanne Mas… Au fil des pages, d’autres cadavres viennent s’ajouter à cette macabre série. Chaque victime arbore un look évoquant les stars de cette décennie. Mais un autre élément les relie. La couleur de leurs cheveux, elle sont rousse. Pourquoi cette particularité ? Quel message se cache derrière ces mises en scène ?

Peu à peu, je comprends que j’ai affaire à un tueur en série bien singulier. Et c’est là que Magali m’a vraiment déstabilisé. Dès le départ, je connais l’identité du coupable, mais je peine à me positionner psychologiquement face à lui. Je me surprends même à éprouver une forme de compréhension que je n’aurais pas imaginée. C’est précisément cette ambiguïté qui m’a captivé !

Je n’en dirai pas davantage, car je tiens à vous laisser le plaisir de cette découverte. Sachez simplement que j’ai pris un plaisir immense à me laisser entraîner dans cette enquête, avec, en prime, un formidable voyage musical dans les années 80, années de ma jeunesse.

Vous l’aurez compris, le début de ma chronique était une petite boutade à l’attention de Magali. Mais, dans le doute, j’ai tout de même changé le code de mon téléphone… On n’est jamais trop prudent ! 😂

Un excellent thriller, des personnages qui ont une âme, une intrigue qui m’a ferré et une bande-son qui fait remonter de sacrés souvenirs. Bravo !

Gros bisous, Magali !!! 😘

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Extraits :

« À regret, Johnny ôta le walkman de ses oreilles quelques mètres avant d’atteindre la devanture de l’épicerie. Mamie disait que ça n’était pas poli de garder son casque en présence d’autres personnes. De même elle trouvait inconvenant qu’une femme fume dans la rue ou qu’un homme n’ait pas ciré ses souliers… »

« Johnny revint vers le lit, aspergea le cou de sa mère en déplaçant délicatement quelques boucles gênantes, puis posa le flacon et revint se coucher contre le corps en déposant un baiser délicat sur la joue blanche et froide de la morte. Voilà qui était mieux. Il fut cependant contrarié de constater que la femme avait l’air triste dans son sommeil. Il ne voulait plus jamais la voir triste.
J’empêcherai le temps de t’enlever ton sourire… Johnny se redressa subitement. Voilà ce qu’il devait faire. Rendre à sa mère son sourire. Comme avant. »

« Il régla le radioréveil sur 10h puis éteignit la lampe de chevet et ramena l’édredon de Mamie jusqu’en dessous du menton et un bien-être l’envahit. Il dormirait bien. Il dormait toujours bien chez Mamie. Comme s’il était en sécurité. D’ailleurs, depuis qu’il était arrivé à La Madeleine dans la matinée, l’angoisse avait disparu. Fermant les yeux, il chassa l’image de la jolie Jeanne Mas démantibulée sur les marches de l’escalier. Il fallait oublier et il fallait se reprendre. Mamie l’aurait voulu ainsi. Tout ça l’avait beaucoup fatigué… et avait beaucoup fatigué maman. »

« — Son géniteur abusait d’elle. La mère savait mais ne disait rien. On se tait dans ces milieux-là, je suis bien placé pour le savoir. Alors la petite a fait une fugue il y a quelques mois et je l’ai ramassée alors qu’elle errait dans des lieux peu convenables. Je sais, ici ce n’est pas non plus un endroit pour une gamine, mais elle n’a plus jamais voulu me quitter… Et je n’ai jamais eu le cœur de la livrer aux services sociaux, elle qui refusait même de demander de l’aide aux structures d’accueil. Elle fuyait le diable, vous voyez… »

« — Je vous crois, Monsieur d’Albignac, lâcha Benoît sincèrement. Me permettez-vous une dernière question ? Pourquoi l’avoir aidée ?
— Parce qu’on se ressemblait. Deux anges déchus, pour des raisons différentes. Je voulais la sauver peut-être. J’ai échoué, conclut-il en baissant la tête pour la première fois de sa vie. »

Magali Le Maître/Vanhoutte a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour « D’infinis paysages ».

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar,
– Quelqu’un comme elle » (2015).

– Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.
https://leressentidejeanpaul.com/2026/09/21/le-bal-de-ses-nuits/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

L’abbaye blanche

de Laurent Malot
Broché – 14 septembre 2016
Éditions : Bragelonne

À Nantua, dans le Jura, Mathieu Gange élève seul sa fille de six ans. Sa femme a disparu depuis plusieurs mois sans donner d’explication. Flic intègre, il fait ce qu’il peut pour assurer sa mission, quand soudain la violence s’abat sur ce coin du monde où il ne se passe presque jamais rien.
Deux hommes sans lien apparent sont assassinés coup sur coup, puis on retrouve un cadavre mutilé dans la forêt. À mesure qu’il démêle les fils, Gange est entraîné dans une enquête dont les enjeux le dépassent. Notables véreux, secte, affaire d’État: le cocktail est explosif. Mais Gange ne peut pas renoncer.
La disparition de sa femme n’est peut-être pas innocente…

En commençant Sème la mort, dimanche dernier, je me suis rapidement aperçu qu’un roman précédent mettait en scène le lieutenant Gange. J’ai hésité à interrompre ma lecture, mais j’étais déjà trop embarqué dans l’histoire. Je savais pourtant qu’il me faudrait revenir en arrière pour découvrir L’Abbaye blanche, le premier polar de Laurent Malot…
C’est fait ! J’y ai donc retrouvé Gange et quelques personnages familiers, avec cette petite difficulté de connaître déjà une partie de leur avenir. Mais je dois reconnaître que je n’ai pas eu à m’accrocher bien longtemps. Le roman m’a rapidement happé !

Le lieutenant Gange, a été récemment muté à Nantua, dans le Jura, il élève seul sa fille de six ans. En effet Gaëlle, sa femme, les a quittés depuis plusieurs mois sans aucune explication. Mais très vite deux meurtres surviennent, sans lien apparent, au cours de la même semaine, puis on retrouve un cadavre torturé, assassiné dans la forêt. Gange se retrouve au cœur d’une enquête qui le mènera au cœur d’un possible énorme scandale politique et qui va prendre une tournure explosive. Peu à peu, les investigations conduisent vers l’Abbaye blanche, une secte dangereuse, liée à certains notables locaux. Trafic d’art, manipulation des âmes, ramifications jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. les enjeux dépassent rapidement le simple cadre d’une enquête criminelle. Et si la disparition de Gaëlle était elle aussi liée à cette organisation ?

J’ai particulièrement apprécié la dimension sociale et politique de ce récit. Laurent Malot explore avec audace les mécanismes du mensonge, de la manipulation, du pouvoir, mais aussi de l’amour et de la mort. La secte manipule ses adeptes, l’État manipule la secte. J’ai aimé ce lieutenant montagnard, profondément humain, avec ses qualités, ses failles et ses contradictions. La galerie de femmes qui l’entoure, journaliste, juge, baby-sitter et bien d’autres, apporte également beaucoup de caractère à l’histoire. Aucune ne se laisse facilement impressionner !

J’ai été quelque peu estomaqué par l’audace et la précision de Laurent Malot. Il va loin, très loin, et c’est précisément ce qui donne à son récit toute sa force. L’écriture est résolument celle d’un thriller, mais il a su insuffler une dynamique et une réflexion différentes, entre roman noir dressant un portrait pessimiste mais lucide de nos administrations publiques et dirigeantes et une enquête complexe, riche en actions et très prenante. L’écriture est réaliste, visuelle, rythmée, presque cinématographique, l’émotion est souvent présente et les dialogues percutants m’ont régulièrement fait éclater de rire, même au cœur des situations les plus tendues.

Laurent Malot, un auteur à découvrir, à lire et à relire même.
Après De la part d’Hannah, Que Dieu lui pardonne, et Sème la mort, L’abbaye blanche confirme mon envie de poursuivre avec cet auteur.

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Extraits :

« — J’ai réfléchi depuis la dernière fois. Mon mari venait de…
enfin, c’était trop brutal, je ne pouvais pas penser à tout.
Je comprends. Vous avez des informations qui pourraient nous éclairer sur ce qui s’est passé ?
Second silence. Mme Quesnel n’avait sans doute pas encore confiance en lui, mais il était aussi possible qu’elle se rende compte qu’elle appelait pour rien. Gange attendit sans la bousculer.
— Je préférerais qu’on se voie… Vous pourriez passer à la maison ?
— Demain, ça irait ? Je vous rappelle pour confirmer.
— Très bien, j’attends votre coup de fil. »

« — Ce n’est pas banal, comme histoire. Les deux hommes ont été agressés par deux moines, une nuit de pleine lune. On a seulement retrouvé les vélos. Il paraît que les moines étaient poursuivis par un 4×4 !
— C’est palpitant, mademoiselle Medj. Mais, sans vouloir paraître grossier, j’ai du travail.
La journaliste ne montra aucun signe de colère et tourna les talons. Étienne arrivait en sens inverse. Elle lui sourit de façon assez convaincante pour qu’il s’arrête un instant et la regarde disparaître dans l’escalier. »

« — On a essayé de vous joindre le jour où votre père a été tué, on a laissé plusieurs messages sur votre répondeur.
— J’ai deux portables, vous avez appelé sur celui que je garde quand je suis en France.
— Vous travaillez à l’étranger ?
— À Dubaï, je construis des immeubles.
Gange avait entendu parler de cette ville qui n’arrêtait plus d’enfler. Un paradis où l’on avait monté une piste de ski artificielle alors que la température moyenne flirtait avec les quarante degrés. Un gâteau écœurant où des milliardaires de tous les continents s’empiffraient avec indécence. »

« — Non, ça, on n’est pas les seuls ! À l’abbaye, on est au moins quatre-vingts, tous aussi crédules les uns que les autres, certains complètement paumés dans des mondes parallèles. On ne s’aperçoit même plus qu’on est des légumes, on obéit aux Sages. Une séance de bourrage de crâne à 6 heures du matin, une autre le soir, pas moyen d’y échapper. En moins d’une semaine, notre propre famille n’a plus aucune chance de nous reconnaître. D’ailleurs, dès qu’on entre à l’abbaye, on change de nom. On oublie aussi notre âge et on gomme notre passé, comme si la vie commençait là-bas. C’est comme ça qu’on devient fidèle. On n’a plus que des frères, des sœurs et, au-dessus, des Sages pour nous guider vers l’Éternité.
— C’est ce qu’ils vous promettaient ? demanda Gange.
— L’Éternité et une place dans le Sérail des dieux.
— Les dieux ? Pourquoi, il y en a plusieurs ?
— Des dizaines. Le dieu de la Force, le dieu du Silence, le dieu du Froid, le dieu du Travail, tout ce qu’il faut pour qu’on se plie sans cesse à de nouvelles règles. Et pas moyen de refuser, on est formatés pour se liguer contre celui qui se rebelle. Il y a aussi le dieu de l’Argent, à qui on a filé tout notre pognon, et le dieu du Sexe, qui a ordonné aux plus belles femmes de coucher avec les Sages. Tout ça avec un sourire béat et le sentiment du devoir accompli. Des zombies qu’on est, y a pas d’autre mot ! »

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scénarii pour le cinéma.

— De la part d’Hannah (2014)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/20/de-la-part-dhannah/

— Sème la mort (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/09/29/seme-la-mort/

— Que Dieu lui pardonne (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/15/que-dieu-lui-pardonne/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

Les Chiens de Détroit

de Jérôme Loubry
Broché – 11 octobre 2017
Éditeur : Calmann-Lévy

DÉTROIT A PERDU SES REPÊRES.
SES HABITANTS L’ABANDONNENT.
SES ENFANTS DISPARAISSENT.

2013, à Détroit. Cette ville qui a été la gloire de l’Amérique n’est plus qu’une ruine déserte, un cimetière de buildings.
Cette nuit-là, la jeune inspectrice Sarah Berkhamp mène le groupe d’intervention qui encercle une maison et donne l’assaut. Mais aucun besoin de violence, le suspect attend, assis à l’intérieur. Il a enlevé cinq enfants. Et il est sans doute le Géant de brume, le tueur insaisissable qui a laissé derrière lui sept petits corps, il y a quinze ans. Alors pourquoi supplie-t-il Sarah : « Aidez-moi… » ?
L’histoire s’ouvre donc avec l’arrestation du coupable. Et pourtant, elle ne fait que commencer. À Détroit, personne n’est innocent…

«Rarement un personnage sombre comme le Géant de brume
m’aura marquée et glacé le sang à ce point.»
Caroline Vallat, libraire, FNAC Rosny 2.

UNE INTRIGUE MAGISTRALEMENT
ENTRELACEE JUSQU’A LA FIN,
BOULEVERSANTE.

Avec Les Chiens de Détroit, de Jérôme Loubry, j’ai plongé dans une enquête aussi sombre qu’oppressante.
Tout commence en 1998, lorsque l’inspecteur Stan Mitchell tente de comprendre une série de disparitions d’enfants. Malgré sa ténacité et des recherches approfondies, aucune véritable piste ne se dessine. Puis un deuxième enfant est retrouvé mort dans les mêmes circonstances… Le coupable, lui, reste insaisissable.

Quinze ans plus tard, en 2013, alors que les disparitions recommencent, les vieux démons de Stan ressurgissent. Hanté par cette affaire qui ne l’a jamais vraiment quitté, il redoute de voir l’histoire se répéter.
Y aurait-il un lien entre les événements de 1998 et ceux d’aujourd’hui ? C’est ce que Stan devra découvrir avec Sarah Berkhamp, sa nouvelle partenaire.
Deux flics cabossés, marqués par leur passé et leurs propres blessures, vont devoir affronter ensemble leurs démons. Un duo improbable face à une présence terrifiante, le mystérieux « Géant de brume ».
Mais dans ce roman, un autre personnage occupe une place essentielle. Détroit elle-même. Une ville déchue, abandonnée par nombre de ses habitants, avec ses maisons désertées et ses rues noyées dans la brume.

Jérôme m’a véritablement mené en bateau avec une narration alternant entre passé et présent. Les chapitres courts, tendus et parfaitement rythmés m’ont poussé à tourner les pages sans relâche. Les révélations arrivaient au compte-gouttes, juste assez pour entretenir le doute et faire naître de nouvelles questions. Et lorsque le twist final est arrivé, je dois bien reconnaître que je ne l’avais pas vu venir.

J’ai particulièrement apprécié les personnalités de Stan et Sarah, deux personnages fragiles mais profondément attachants. L’écriture est fluide, très descriptive, et contribue énormément à cette atmosphère étouffante. J’ai aimé cette sensation de me perdre avec eux dans les rues abandonnées de Détroit, à la recherche des enfants disparus…

J’ai toutefois trouvé la fin un peu trop rapide, même si elle m’a surpris et laissé plusieurs questions en tête. Pour un premier roman, Les Chiens de Détroit est pour moi une très belle découverte.
Un thriller sombre, efficace et particulièrement immersif, qui m’a donné envie de suivre Jérôme Loubry.

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Extraits :

« La voiture de police n° 18 quitta le parking souterrain du central et se jeta avec détermination dans les rues de Détroit. Une pluie agressive l’y accueillit. Elle la fouetta de ses larmes, adjurant ses deux passagers de ne pas s’enfoncer davantage dans l’horreur, leur murmurant de retourner vers le confort ouaté d’une vie qui pourtant n’existait plus.
Sarah Berkhamp observait la ville par la vitre. La lumière humide et déclinante de cette fin de journée déposait sa couverture sombre alors que des feux follets apparaissaient timidement à l’intérieur des habitations.
À sa gauche, Stan, son partenaire, poussait des jurons à chaque ralentissement du trafic.
Le temps pressait.
Une semaine d’enquête.
Des nuits à traquer l’ombre d’un géant sans jamais la frôler. »

« Le premier corps fut retrouvé par un joggeur aux abords de Palmer Park.
C’était un dimanche matin, une pluie fine et inconstante s’échappait des nuages anémiques. Détroit se réveillait à peine. Elle le serait entièrement dans quelques heures, lorsque le cri d’une mère reconnaissant le cadavre de son enfant résonnerait au plus profond de ses entrailles. »

« Le terme redouté devint une réalité.
« Le serial killer court toujours ». Tel fut le titre, en première page du Detroit Free Press, assortie d’une photo du troisième enfant mort. La victime était cette fois une petite fille, ce qui laissa perplexes les spécialistes de plus en plus nombreux à donner leur avis. Pour eux, l’assassin aurait dû ne viser que des garçons. C’était le schéma classique. Un tueur en série, une catégorie de cible privilégiée. Une section spéciale du douzième district fut créée et dédiée uniquement à la traque du tueur d’enfants. »

Jérôme Loubry est un écrivain français.

Il a d’abord travaillé à l’étranger et voyagé tout en écrivant des nouvelles. Il travaille dans le milieu de la restauration jusqu’en 2016, date à laquelle il décide de devenir écrivain. Il se lance dans le monde de la littérature et du polar en 2017.

L’éditrice de Guillaume Musso reconnait son talent et Jérôme Loubry publie aux éditions Calmann-Levy son premier roman, Les chiens de Détroit qui le propulse en 2018 Lauréat du Prix Plume Libre d’Argent.

En 2018 il est déjà considéré comme l’un des auteurs de polars français les plus prometteurs par le journal « Le Parisien ».

Le douzième chapitre, son deuxième thriller paru en 2018, reçoit le prix Polar de Mauves-en-noir. Il obtient le Prix Cognac du meilleur roman francophone 2019 pour Les Refuges. Son livre, Le Chant du silence, paru en 2023, est « un roman puissant, hypnotique, universel », selon France Info Culture.

Jérôme Loubry vit à Valensole dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Facebook : www.facebook.com/loubryjerome/

Drame, Frisson horreur, Polar, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Dans la brume écarlate

de Nicolas Lebel
Broché – 27 mars 2019
Éditeur : MARABOOKS

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne.. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n’est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais… Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d’une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d’avoir retrouvé Lucie. Mais il s’agit d’une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l’on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n’est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie…
Un roman gothique dans un Paris recouvert de brouillard à l’heure où un vampire enlève des femmes et les vide de leur sang. Un roman choral qui laisse la parole à plusieurs protagonistes : à ceux qui perdent ou ont perdu, à ceux qui cherchent, à ceux qui trouvent ou pensent trouver. Un roman qui est l’histoire de six hommes qui aiment ou croient aimer chacun une femme : celui qui la cherche, celui qui l’aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres. Un roman parle des femmes comme premières victimes de la folie des hommes, même de ceux qui croient les aimer.

Avec Dans la brume écarlat” de Nicolas Lebel, j’ai eu l’immense plaisir de retrouver le capitaine Mehrlicht. Et retrouver Mehrlicht, c’est un peu comme retrouver un vieil ami… ou plutôt un vieil ours ! Il parle cash, grogne, fume comme une cheminée et me fait rire avec chacune de ses répliques. Un flic atypique, cultivé et grinçant qui semble tout droit sorti d’un film d’Audiard. Et autour de lui, Sophie Latour, Dossantos et toute l’équipe continuent eux aussi de prendre de l’épaisseur au fil des enquêtes.
C’est justement ce que j’aime chez Nicolas. Ses intrigues sont tordues et captivantes, mais sa plume est tout aussi importante. Elle est vive, malicieuse, pleine de verve, avec ces petites phrases qui me décrochent régulièrement un sourire.
Sans oublier les messages cachés, qu’il glisse ça et là… Et ça, je le ressens à chaque lecture.

L’affaire commence avec une mère persuadée que sa fille Lucie, vingt et un ans, est morte. Pourquoi cette certitude ? Sa mère l’a vu dans les tarots ! Mehrlicht reste évidemment sceptique, mais les événements vont rapidement donner une tout autre dimension à cette inquiétude.
Dans le même temps, du sang est retrouvé au Père-Lachaise, tandis que Taleb, un réfugié syrien, qui vit dans un camp de réfugiés, recherche désespérément sa sœur Noura, disparue elle aussi. Il est fou d’angoisse et se lance à sa recherche… Parallèlement, Yvan poursuit une quête obsessionnelle autour du « Monstru », cette figure terrifiante qui hante ses pensées depuis 28 ans. De son côté, Viktor parle avec tendresse à Ileana et une partie de pêche sur les quais de Seine tourne au macabre.
Quel rapport entre tous ces événements ?
C’est ce que Mehrlicht et son équipe vont devoir découvrir.

Pour cette cinquième enquête, Nicolas m’a une nouvelle fois embarqué dans une histoire où l’horreur côtoie l’humour. Paris est plongé dans un brouillard épais, presque irréel, et l’atmosphère devient rapidement étouffante. La chronologie très précise, avec les heures et les minutes, donne au récit un rythme particulièrement efficace. Mais derrière cette histoire de vampire et cette enquête sombre, j’ai surtout retrouvé le regard de l’auteur sur notre société. Réfugiés, sans-papiers, violences, dérives d’Internet, immunité diplomatique… Nicolas aborde des sujets contemporains sans jamais oublier son intrigue.

J’ai adoré l’ambiance autour de la Seine, du brouillard et des cadavres, aussi poétique qu’inquiétante. Heureusement, Mehrlicht est toujours là pour faire retomber la pression avec ses expressions improbables et ses sonneries de téléphone inspirées des chansons des années 80. Et, comme toujours, elles tombent tellement à propos que je ne peux m’empêcher de rire !
Nicolas Lebel est décidément trop fort.

Je me suis régalé avec ce polar rondement mené, sombre, drôle et terriblement efficace.
Un vrai plaisir de lecture… très écarlate, mais lu avec beaucoup de plaisir !

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Extraits :

« Comme deux fantômes transis, elles se faisaient face dans la nuit.
— Non, je rentre, je suis crevée. Il est déjà minuit…
— C’est Jérémy qui va être déçu… ironisa Cathy.
Plantées sous un réverbère, les deux jeunes femmes se regardèrent et éclatèrent de rire en même temps.
— Il a mon numéro, conclut Lucie en se penchant pour faire la bise à son amie.
— Ça te changerait un peu les idées, non ? En ce moment…
Lucie baissa les yeux et ne répondit pas. »

« Elle se dirigea vers la porte, plantant là son collègue. Elle se disait que, pour les femmes, rien n’avait finalement changé. À se demander même si les choses changeraient un jour : il y avait eu les Weinstein, les « MeToo», les « Balance ton porc». Le monde occidental avait découvert avec effroi, dans un bêlement planétaire, que les femmes du xxi° siècle continuaient de subir harcèlements, insultes, agressions sexuelles et violences à tous les niveaux de la société, parce qu’elles étaient femelles, parce que, depuis le jardin d’Éden, Ève la pécheresse et ses descendantes avaient servi de sac de frappe et d’exutoire fanatique à la moitié couillue de l’humanité, aux Adams revanchards et aux dieux masculins de toutes les civilisations. On avait dès lors posé sur elles tous les anathèmes et tous les tabous… »

« Taleb Adil était assis en tailleur à l’entrée de sa tente Quechua.
Dans ce froid XVIII* arrondissement parisien, son duvet rabattu sur ses épaules par-dessus sa parka kaki à capuche, il jetait des regards à droite, à gauche, le long du boulevard Ney, tout en se fabriquant une cigarette avec quatre mégots qu’il avait ramassés. Ses cheveux châtain clair, longs et bouclés, zébrés de mèches blondes, tombaient en avant sur son visage pâle, lui bloquant la vue. D’un revers de main, il les écarta et examina le trottoir de nouveau. Il espérait percevoir un mouvement dans le brouillard, par-delà le grillage qui enserrait le camp. Mais il y avait peu de passage. Les Français évitaient le quartier. »

« L’un des fils Khadafi s’est battu avec la police, avec le SAMU, a envoyé ses gardes du corps contre la BAC, a trempé dans un réseau de prostitution, a remonté l’avenue des Champs-Elysées à cent quarante kilomètres/heure sans s’arrêter à un seul feu rouge… Aucune poursuite n’a été engagée contre lui. Immunité. Un ambassadeur suisse a forcé un barrage de police à Paris en 2014 parce qu’il se savait positif à l’alcootest, et a remonté un boulevard à contresens pour s’enfuir. Il a été interpellé. Immunité. Je peux vous raconter l’histoire de ce fils de diplomate qui dealait de grosses quantités de cocaïne en bas de chez lui, d’un autre qui tripotait les filles de son collège… Immunité ! L’immunité diplomatique qui protège un émissaire d’un pays étranger est une bonne chose, sauf quand elle devient un joker pour enfreindre impunément la loi, une carte de sortie de prison permanente. »

Nicolas Lebel est un auteur français.

Il est également enseignant et traducteur.
Il a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais.

Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : Les Frères du serment.

En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous (Prix des lecteurs polar du Livre de Poche 2019), en 2014, Le Jour des morts, en 2015, Sans pitié, ni remords (Prix Anguille-sous-Roche), en 2017, De cauchemar et de feu (Prix du Festival Sans Nom), puis, en 2019, Dans la brume écarlate (Prix Coquelicot Noir du Salon du Livre de Nemours), cinq romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent. Des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces cinq romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.

En 2021, il reçoit le Prix Griffe Noire du meilleur roman policier français de l’année pour « Le gibier ».
En 2023, il se met en disponibilité de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture de romans et de scénarios.

— L’heure des fous (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/26/lheure-des-fous/

— Sans pitié ni remords (2015)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/20/sans-pitie-ni-remords/

Facebook: https://www.facebook.com/pages/Nicolas-Lebel-Polars/485293481534883

Émotion, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Le bal de ses nuits

de Magali Le Maître
Broché – 16 mars 2017
Éditeur : Fleur sauvage

Un site de sorties pour parents divorcés et autres âmes égarées.
Un groupe d’amis devenus inséparables : cinq hommes, cinq femmes.
L’une est retrouvée égorgée ; puis une deuxième.
Les enquêteurs sont formels : le tueur est un membre du groupe.

Encore une histoire de psychopathe…
Et si ce n’était pas le bon scénario ?

Noirceur, suspens, faux semblants, l’auteure de Quelqu’un comme elle a su réunir tous les ingrédients nécessaires à un excellent thriller psychologique.

Après avoir découvert Magali Le Maître avec Quelqu’un comme elle il y a quelques années, j’ai eu beaucoup de plaisir à la retrouver avec Le bal de ses nuits. Et une nouvelle fois, je me suis laissé prendre dans ses griffes !

Magali va droit au but et m’embarque rapidement au cœur d’une drôle de bande d’amis réunis grâce à un site de rencontres un peu particulier qui se nomme S.O.S., pour « Si On Sortait ».
Le principe est simple. Permettre à chacun, parents, enfants, célibataires ou non, de se retrouver autour de sorties et de moments partagés.
C’est ainsi qu’un groupe se forme peu à peu, « La Meute », composé de cinq femmes, Suzanne, Véronique, Iris, Kim et Magdalena, et de cinq hommes, Greg, Chris, Bertrand, Carlo et Youenn, et leurs enfants. Mais derrière les verres partagés, les week-ends et les apparences sympathiques, une question finit forcément par surgir. Connaît-on réellement les gens avec qui l’on passe du temps ?
Magdalena, revenue à Lille après sept années passées en Espagne, fait partie du groupe depuis deux ans. Elle y a trouvé une nouvelle vie sociale, au grand désespoir de Benoît, son compagnon et capitaine de police, qui considère ces relations comme plutôt superficielles.

Mais lors de l’anniversaire de Kim, tout bascule lorsqu’un invité revient prétendument chercher son portefeuille, une fois la fête terminée. Kim est retrouvée égorgée…
Une enquête commence et la vie de « La Meute » vole en éclats.

J’ai particulièrement aimé la première partie, qui prend le temps de présenter les personnages tout en tissant progressivement une intrigue de plus en plus difficile à démêler.
Puis Magali redistribue complètement les cartes dans la seconde partie, offrant une nouvelle vision à son récit. J’avoue avoir été un peu perdu au début par ce changement d’angle… avant de comprendre à quel point cette idée était habile !

Avec ses chapitres très courts et ses différents points de vue, l’autrice m’a fait soupçonner absolument tout le monde.
Et lorsqu’un mystérieux individu, visiblement perturbé et obsédé par l’une des femmes du groupe, apparaît dans l’équation, je me suis transformé en véritable enquêteur. J’ai traqué les indices, cherché le moindre détail et fini par voir des suspects partout… au point de devenir presque fou !
Magali est arrivée à me manipuler, elle m’a bien eu ! D’ailleurs, dans ce récit, la manipulation est au cœur de ce thriller psychologique. Qui manipule qui ? Qui ment ? Qui dissimule quoi ?

Entre jalousie, vengeance, famille et passion obsessionnelle, Le bal de ses nuits m’a tenu en haleine jusqu’au bout.
Un roman particulièrement addictif, avec des retournements que je n’ai pas vus venir.
Une fois commencé, franchement… je vous mets au défi de le poser !

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Extraits :

« Elle était là, face à lui. Cette fois, il ne rêvait pas. De sa bouche pulpeuse s’échappaient des mots, tels des baisers, qu’il n’écoutait pas. Il n’entendait que la voix grave et sensuelle emplissant son salon, et il perdait son âme dans les profondeurs de cette douce musique érotique et envoûtante. »

« Magdalena, réveillée depuis dix bonnes minutes, traînait au lit, les yeux mi-clos. Le chant d’un oiseau lui parvenait par la fenêtre entrouverte. Une brise légère jouait avec les rideaux encore tirés, laissant par intermittence le soleil de juin lui caresser la joue. Décidément, à l’aube de ses trente-cinq ans, elle aimait de plus en plus la campagne. »

« En rentrant chez lui, il déchira littéralement sa panoplie et l’envoya valdinguer dans le couloir. La soirée s’était avérée catastrophique. Mais pour qui se prenaient-ils, tous, à poser leurs sales pattes et leurs yeux vicelards sur sa belle ? Et l’autre imbécile, là, qui croyait la mériter peut-être ?
Et elle? Pour qui se prenait-elle ? Il l’avait à peine entrevue ce soir, et n’avait pas pu en placer une. En vérité, elle avait fait peu de cas de sa présence. Il avait tant de choses à lui confier ! Comment pouvait-elle jouer à ce point l’indifférence alors qu’il s’apprêtait à lui offrir sa vie sur un plateau ? Et celle des autres s’il le fallait ! pensa-t-il, cynique.
Estimant que cette femme lui appartenait, il se sentait trahi. »

« Il les observait, planqué derrière une haie, à l’extérieur du fast-food. Elles étaient là toutes les cinq. Ça n’avait pas été difficile de les trouver, tout le monde connaissant leur rendez-vous hebdomadaire. Depuis un bon quart d’heure, il fixait son ange, irradiant de son aura naturel au milieu des autres nanas, toutes plus insipides les unes que les autres. »

Magali Le Maître a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour D’infinis paysages.

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar, Quelqu’un comme elle (2015).

Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.

Émotion, Drame, Folie, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Chien de sang

de Karine Giebel
Poche – 9 septembre 2010
Éditeur : Pocket

Chasse à l’homme au cœur de la forêt.

Ils sont là. Ils approchent.
Aboiements. Tonnerre de sabots au galop…
La forêt est si profonde… Rien ne sert de crier.
C’est le plus dangereux des jeux. Le dernier tabou. Le gibier interdit…
Le hasard les a désignés. Diane aurait dû rester à l’hôtel, ce jour-là. Au mauvais endroit, au mauvais moment…Quant à Rémy le SDF, s’il a perdu tout espoir depuis longtemps, c’est la peur au ventre qu’il tente d’échapper à la traque.
Ils sont impitoyables, le sang les grise.

« Elle taille des thrillers terrifiants et haletants qui attrapent le lecteur à la gorge pour ne le relâcher qu’au bout, secoué et piégé. D’une incroyable efficacité. »
Le Point

Je viens de terminer Chien de sang de Karine Giebel et, pourtant, le livre est toujours là, posé devant moi. Un simple livre, fermé, qui pourrait finalement ressembler à tant d’autres. Oui, mais je l’ai ouvert, je l’ai lu… et depuis, beaucoup de pensées tournent dans ma tête.

Je n’avais encore jamais lu Karine Giebel, même si j’avais souvent entendu parler de cette autrice. Avec ce thriller psychologique, j’ai enfin pu me faire ma propre idée… et quelle découverte !

Deux histoires particulièrement sombres vont se dérouler en parallèle.
D’un côté, Diane, une photographe venue immortaliser les paysages des Cévennes, se retrouve isolée en pleine nature après avoir été témoin de ce qu’elle n’aurait jamais dû voir.
De l’autre, Rémy, jeune SDF sans ressources, tente simplement de survivre et ne sait plus vraiment quel avenir il peut espérer. Après un acte héroïque, de sa part, une porte semble enfin s’ouvrir pour lui, un travail, un salaire, la possibilité de retrouver une place parmi les vivants. Mais derrière cette chance inespérée se cache peut-être tout autre chose…

J’ai rapidement compris que ce court roman n’allait pas me laisser indemne. Que Karine avait su doser le nombre de pages à la perfection. Qu’elle n’avait pas besoin de centaines de pages pour installer une atmosphère aussi poignante que terrifiante. J’ai aussi aimé son écriture faite de phrases courtes, parfois réduites à l’essentiel, sans sujet ni verbe, qui accélèrent le rythme et donnent presque l’impression de manquer d’air.
Au fil des pages, les deux récits se transforment en véritables traques où les règles changent et où les rôles de proie et de chasseur deviennent terriblement flous.

Les heures passent, les corps s’épuisent et la souffrance monte progressivement. J’ai été particulièrement touché par ceux qui subissent, qui souffrent tandis que les chasseurs m’ont profondément révulsé par leur violence et leur sadisme. Mais derrière le suspense, j’ai surtout découvert une réflexion glaçante sur la nature humaine, le pouvoir de l’argent et les différences sociales. L’homme peut-il réellement rester humain lorsqu’il possède le pouvoir de décider du sort des autres ? Une réflexion malheureusement plus que jamais d’actualité…

Plus j’avançais, plus la tension devenait difficile à supporter, jusqu’à frôler l’insoutenable. Et lorsque j’ai atteint la dernière ligne, le dernier mot, le dernier souffle, j’ai refermé le livre, tout doucement.
Et il est là. Fermé devant moi et pourtant, il résonne toujours dans ma tête…

Un thriller noir, très noir, psychologiquement violent et terriblement efficace.
Une première rencontre avec Karine Giebel qui m’aura profondément marqué… et certainement pas la dernière.

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Extraits :

« Il court.
À en perdre haleine.
Depuis des heures, pourtant. Presque depuis l’aube de ce jour maudit.
Il file, se jouant des obstacles avec une surprenante agilité, une incroyable endurance.
Il court, alors que les prémices du crépuscule cisèlent déjà la forêt d’ombres inquiétantes pour le profane. Ombres qui ne l’effraient pas; lui, si puissant, si fort.
Il court.
Meute hurlante sur ses talons. Musique atroce qui le harcèle, le poursuit…
La fin est proche.
Ils ne lui auront donc laissé aucune chance.
Il ne comprend pas.
Pourquoi… ? »

« Gagner sa vie… Quelle curieuse expression! songe Rémy.
Gagner de quoi s’offrir l’écran plasma dernier cri pour s’avachir le soir venu sur leur canapé pleine peau et recevoir leur intraveineuse de pub.
De quoi s’acheter un 4×4 ou une berline à crédit qu’ils exhiberont fièrement le week-end.
De quoi équiper chaque membre de la tribu du portable qui fait appareil photo, baladeur, caméscope, connexion internet, télévision. Et, accessoirement, sert à téléphoner.
Bref, de quoi s’endetter pour tout ce dont ils n’ont pas besoin, mais dont on les assure qu’ils ne peuvent se passer pour mener une vie normale. »

« Le geôlier ne leur a rien révélé de ses desseins, infligé aucun supplice. Il les a juste séquestrés là, sous la menace du revolver, leur filant tout de même à boire et à manger dans sa grande clémence.
— Mais qu’est-ce qu’il nous veut, ce dingue ? répète Rémy pour la énième fois. On est tombés sur un malade, putain… J’aurais dû laisser ces types lui voler sa caisse et lui démolir la tronche ! J’aurais même dû les aider, tiens ! »

« — Mes amis et moi allons nous offrir une bonne partie de chasse aujourd’hui, poursuit le châtelain en fixant Rémy droit dans les yeux. À ton avis, quel gibier allons-nous traquer ?
Rémy avale sa salive avant de répondre, la gorge serrée. Ses amygdales ont dû enfler durant la nuit.
— Nous, articule-t-il enfin.
— Exact ! Bravo, je vois que tu comprends vite ! D’habitude, ils sont plus lents à la détente ! »

Karine Giebel a été deux fois lauréate du prix marseillais du Polar : en 2005 pour son premier roman Terminus Elicius (collection  » Rail noir « , puis réédité chez Belfond en 2016) et en 2012 pour Juste une ombre (Fleuve Éditions), également prix Polar francophone à Cognac. Les Morsures de l’ombre (Fleuve Éditions, 2007), son troisième roman, a reçu le prix Intramuros, le prix SNCF du polar et le prix Derrière les murs. Meurtres pour rédemption (également paru dans la collection  » Rail noir « , puis réédité chez Fleuve Éditions en 2010) est considéré comme un chef-d’oeuvre du roman noir.

Ses livres sont traduits dans une douzaine de langues et, pour certains, en cours d’adaptation audiovisuelle.
— Chiens de sang (2008),
— Jusqu’à ce que la mort nous unisse (2009), adapté sur France Télévisions en 2018,
— Purgatoire des innocents (2013) chez Fleuve Éditions,
— Satan était un ange (2014) chez Fleuve Éditions,
— De force (2016) paru chez Belfond,
— D’ombre et de silence (2017),
— Toutes blessent, la dernière tue (2018),
— Ce que tu as fait de moi (2019)
— Chambres noires (2020),
— Glen Affric (2023, traduit et publié aux États-Unis en 2024)
— Et chaque fois, mourir un peu – Livre 1 : Blast, suivi du Livre 2 : Trauma(s) (2024), ont paru aux Éditions Récamier.
Le recueil de nouvelles J’aime votre peur est publié chez Récamier et Pocket en 2025.

Amour, Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

Ainsi sera-t-il

de Sandrine Destombes
Broché – 1 mai 2016
Éditeur : France Loisirs

Depuis qu’une balle a plongé son partenaire et amant Fabio dans le coma, la commissaire Max Tellier n’a plus la force de se battre. Mais l’envie de découvrir la vérité est plus forte… Soutenue par son équipe, qui comme elle, soupçonne une histoire de flics véreux, elle enquête, en secret pour que justice soit faite. Pourtant déjà un autre meurtre les mobilise. Un cas pour le moins étrange : un joggeur, victime non pas d’une crise cardiaque, mais d’un empoisonnement…
Plus troublant encore, la victime est un prêtre…

Après La faiseuse d’anges et L’arlequin, le troisième opus Ainsi sera-t-il, de Sandrine Destombes ne se contente pas de nous livrer un thriller efficace. Elle nous entraîne dans une histoire où plusieurs enquêtes vont s’entremêler, sur fond de politique, de police, de croyances et de radicalisation. Et dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par une intrigue qui ne laisse pratiquement aucun répit.

La commissaire Maxime Tellier est confrontée à un drame particulièrement personnel. Son amant, Fabio Cavalli, a reçu une balle dans la tête et se trouve entre la vie et la mort. Avant son agression, il soupçonnait l’existence d’une taupe au sein de la brigade des stupéfiants.
Maxi décide alors de reprendre du service et de mener sa propre enquête pour découvrir qui a voulu le faire taire.

Mais une autre affaire l’attend. La mort suspecte d’un prêtre retrouvé sans vie alors qu’il faisait son jogging. Ce qui ressemble d’abord à une crise cardiaque prend une tout autre dimension lorsque l’autopsie révèle d’étranges lésions. Et comme si cela ne suffisait pas, une ancienne affaire concernant le capitaine Brémont et le meurtre de sa femme et de son enfant refait surface.

J’ai beaucoup aimé Maxime, ou plutôt “Max”, cette femme au caractère bien trempé, parfois dure et peu commode, mais qui cache derrière cette carapace une grande émotion et sensibilité. Son équipe aussi, soudée, tenace et efficace, apporte également beaucoup d’humanité au récit.

Ce que j’apprécie particulièrement chez Sandrine, c’est son écriture directe, fluide et sans fioritures inutiles. Elle sait multiplier les pistes sans jamais perdre son lecteur et surtout faire monter progressivement la tension. Mais derrière le thriller se cache une réflexion plus profonde sur la foi, la manipulation et la violence et son récit devient progressivement de plus en plus trouble. J’ai trouvé le roman inquiétant précisément parce que le malaise vient autant de la logique des personnages que de leurs actes.
Et ce titre, Ainsi sera-t-il, résonne presque comme une sentence, une vérité que l’on voudrait imposer aux autres.

Sandrine vient de me démontrer encore une fois, qu’un polar peut être passionnant tout en nous poussant à réfléchir sur notre époque.
C’est tendu, parfois inconfortable, intelligent et particulièrement bien construit.
Vous l’aurez compris, je suis fan !

Amis lecteurs, si vous aimez les thrillers qui ne se contentent pas de vous divertir, foncez découvrir Sandrine Destombes !

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Extraits :

« Cela faisait déjà deux semaines qu’Enzo avait ramené sa protégée chez lui, en Italie. Il s’était d’abord installé chez Max à Paris, déployant chaque soir un vieux lit de camp jusqu’à ce que son nerf sciatique lui intime de trouver une autre solution. Il avait veillé sur elle, nuit et jour, depuis ce fameux soir où elle l’avait appelé, en pleine détresse. »

« Le printemps était au rendez-vous et Paris offrait ses plus belles couleurs. Max, malgré son appréhension, était contente de rentrer. Elle était dans sa ville, dans ses marques. Elle s’était accordé un jour de repos supplémentaire avant de retourner travailler, le temps pour elle de trier son courrier et de remplir le réfrigérateur. Max avait promis à son mentor de faire un effort sur son alimentation mais s’apercevant qu’elle avait une fois de plus oublié d’acheter des légumes, elle se rassura en estimant que le nombre de fruits accumulés dans la caisse de chardonnay ferait l’affaire. »

« — On est grands maintenant, répondit José. Laisse-nous t’aider. Et quand je dis ça, je parle aussi au nom des autres. Que ce soit Jeanne, Paul ou même Thomas. Ils n’attendent que ça.
Max sentit sa gorge se nouer et les larmes monter. Elle tourna le dos à son collègue et regarda en l’air, espérant refouler au plus vite ce surplus d’émotion. Lorsqu’elle lui répondit, il n’y eut cependant aucun trémolo dans sa voix. »

« Il n’était pas encore seize heures que Max était déjà éreintée par cette première journée de reprise. Elle craignait d’avoir surestimé ses forces. Mener de front l’enquête sur la mort du Père Francis et trouver la taupe qui avait tiré sur Fabio n’allait pas être de tout repos. Elle n’avait quasiment rien avalé depuis le matin et décida d’aller se restaurer au distributeur. Son choix s’arrêta sur une barre chocolatée qui, comme à son habitude, resta coincée dans les arceaux de la machine. Max était persuadée que les concepteurs de ces distributeurs n’avaient jamais utilisé leur propre invention. S’ils l’avaient fait, ils auraient sûrement pensé à un moyen de déblocage. Au lieu de ça, elle utilisa la seule technique qu’elle savait fiable : une grande tape dans le flanc de la machine accompagnée d’un coup de pied dans la partie basse du réceptacle. Elle finit par récupérer son en-cas sous les yeux amusés de ses collègues. Max était de retour, et ses petites manies aussi. »

Sandrine Destombes est une romancière française spécialisée dans les thrillers et les polars.
Elle a réussi à concilier sa passion pour l’écriture avec une carrière dans l’événementiel, avant de s’imposer comme une voix incontournable du polar français contemporain.

Elle est née 29 avril 1971 à Marseille et a toujours vécu à Paris. Après avoir décroché son diplôme à l’ESRA (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle), elle s’installe à Paris et s’oriente vers la production d’événements, un métier qu’elle exerce pendant plus de vingt ans. C’est sur son temps libre qu’elle commence à imaginer ses intrigues sombres, nourries d’une narration très visuelle et cinématographique. Très attachée à ses origines italiennes, elle distille d’ailleurs régulièrement son amour pour la région des Abruzzes dans ses textes. Sa carrière littéraire décolle au milieu des années 2010 grâce aux éditions France Loisirs (collection Nouvelles Plumes), mais le véritable tournant a lieu en 2018 avec son cinquième roman, Les Jumeaux de Piolenc, qui devient un immense succès en librairie. Traduit en huit langues, ce livre lui vaut le prestigieux Prix VSD RTL du meilleur thriller français, présidé par Michel Bussi.
Aujourd’hui, elle fait partie de la célèbre Ligue de l’Imaginaire et du collectif Les Louves du Polar.

— La Faiseuse d’anges (Nouvelles Plumes, 2015),
— L’Arlequin (Nouvelles Plumes, 2016),
— Ainsi sera-t-il (Nouvelles Plumes, 2017),
— Les Jumeaux de Piolenc (Hugo & Cie, 2018)
— Ils étaient cinq (Nouvelles Plumes, 2018).

Émotion, Conte, Drame, Psychologie, Thriller psychologique, Violence

Cataractes

de Sonja Delzongle
Broché – 11 avril 2019
Éditeur : DENOEL

Il y a quarante ans, le petit Jan Kosta, trois ans, a été l’un des rares survivants de la terrible catastrophe de Zavoï. Lors d’un gigantesque glissement de terrain, ce village des Balkans a été littéralement englouti sous des torrents de boue. Sauvé par son chien qui l’a traîné, inconscient, hors de l’eau fangeuse, Jan a perdu toute sa famille. Devenu hydrogéologue, Jan reçoit un coup de fil alarmé d’un ami ingénieur. Il se passe des choses étranges dans et autour de la centrale construite sur les flancs de la montagne de son enfance. Les gens ont des comportements imprévisibles, parfois violents. Les moines du monastère voisin ont tous disparu, et les bâtiments délaissés accueillent désormais un institut psychiatrique. Vladimir demande à Jan de venir étudier les faits. Que le mal vienne de la centrale, de la montagne ou des hommes, si un nouveau drame est sur le point de se produire, seul un survivant de Zavoï aura une chance de pouvoir tout arrêter.

J’avais déjà lu Phobia, Dust, Quand la neige danse et Récidive, et j’avais très envie de découvrir Cataractes, lorsque je l’ai acheté. Mais une inondation dans mon bureau est venue quelques semaines après bouleverser mes projets. J’ai perdu plusieurs dizaines de romans que je n’ai pas pu sauvé à temps et j’avais fait au mieux pour protéger les autres, en les stockants comme j’ai pu dans mon grenier. Ils m’ont attendu…
Au mois de juin dernier, je suis monté, et triste, j’ai entrepris un tri pour récupérer ceux que je pouvais encore lire.

C’est ainsi que “Cataractes” a refait surface… et quelle découverte !
Dès le prologue, une nouvelle fois, Sonja Delzongle m’a happé par la puissance de son écriture.

Un petit garçon de trois ans est emporté par la boue lors d’une catastrophe qui engloutit son village de Zavoï, dans les Balkans. Jan Kosta en est le seul survivant et ce traumatisme va le poursuivre toute sa vie. Devenu hydrogéologue, il s’est construit loin de cette terre, à Dubaï, auprès de sa femme et de sa fille.
Mais lorsqu’un ami d’enfance lui demande de revenir étudier la centrale hydraulique de Zavoï, son passé remonte brutalement à la surface.

Meurtres, comportements étranges, disparitions, vieille centrale inquiétante et nature sauvage composent alors une atmosphère particulièrement pesante.

Sonja construit son intrigue sur plusieurs niveaux, entre enquête, mystère, drame humain et blessures de l’Histoire. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est cette relation presque viscérale entre l’homme et sa terre. J’ai été subjugué par ses descriptions de la montagne serbe, tour à tour magnifique, apaisante et profondément inquiétante. L’eau, la terre, les racines, la source… tout semble entrer en résonance avec la personnalité de Kosta.
La centrale elle-même devient une formidable métaphore de cet homme qui tente de contenir les fissures de son passé.

Plus les vannes s’ouvrent et les fuites apparaissent, plus les défenses de Kosta cèdent.
Ce qu’il croyait avoir enfoui n’a jamais réellement disparu. Son enfance, ses blessures et ses racines sont toujours là. J’ai beaucoup aimé cette dimension psychologique, parfois presque poétique, qui donne au thriller une profondeur particulière.

L’intrigue, pourtant bien construite et riche en rebondissements, est finalement passée au second plan pour moi. J’ai davantage été fasciné par cette montagne, par cette quête de la source et par ce retour aux origines. Jan, Vladimir et Marija sont des personnages profondément humains, loin des héros invincibles.

Avec Cataractes, Sonja signe pour moi un thriller aussi sombre qu’original, porté par une nature omniprésente et presque vivante. Et surtout, elle nous rappelle que l’on peut s’éloigner de ses racines, mais jamais vraiment les abandonner. La fin, magnifique et bouleversante, m’a profondément ému.

Une très belle lecture, intense, surprenante et profondément humaine.

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Extraits :

« Jan ! Jan !
La voix de sa mère dans le vacarme. C’est la dernière fois qu’il l’entend. Étouffée, lointaine. Affolée. L’eau est montée si vite…
Personne n’a eu le temps de réagir. Lui, jouait dehors avec le chien. Hatsa. Où est-il ? Il ne perçoit plus ses aboiements, passés des plaintes au silence. À cheval sur Hatsa, un leonberg dont la taille évoque plus celle d’un poney, Jan a été soudain emporté. Autour de lui s’est refermée une masse visqueuse et froide. Glacée. Un mélange d’eau et de boue. Les maisons ont disparu. Toutes. La sienne a sans doute subi le même sort. Seuls quelques toits en pierres plates et grises rappelant des écailles de tortue affleurent. Bientôt, ils seront recouverts eux aussi. Des vies avalées. Tout ne sera plus qu’histoire ancienne. »

« L’eau, partout autour d’eux. L’eau, à perte de vue. Comme une mer sombre et menaçante. Une mer sans vagues. À peine quelques remous font-ils tanguer l’embarcation. L’eau occupe l’espace entre les montagnes, a avalé tout le relief accidenté. Au loin, les plus hauts sommets encore enneigés semblent émerger de cette mer soudainement formée, le spectacle est à couper le souffle. Le paysage, encore familier quelques heures auparavant, se trouve transformé à jamais. »

« Comment deux êtres qui se sont aimés au premier regard puis des années durant peuvent-ils en arriver là? Quel mauvais génie a pris le relais de Cupidon et s’amuse ainsi à détruire les couples ?
En réalité, se dit Kosta, inutile de chercher midi à quatorze heures, les mauvais génies, c’est nous, tout simplement. Nous détruisons le bonheur que nous avons construit parce qu’il s’est peu à peu transformé en ennui. Un ennui mortel qu’on se renvoie l’un à l’autre chaque jour comme dans un miroir. Ou à la gueule, comme une faute. »

« — OK, et après on ira boire un café. Tu sais, vieux, j’ai vécu la guerre, j’ai vu des choses terribles, des femmes et des enfants se faire massacrer, des potes tomber devant moi ou se faire déchiqueter en sautant sur une mine, et pourtant, tu ne vas pas me croire, mais aucune de toutes ces horreurs ne m’a laissé l’impression de solitude et d’égarement que j’éprouve ici depuis que… ça a dégénéré. J’ai le sentiment d’une chose qu’on ne peut pas maîtriser. Un truc invisible, tu comprends ? Qui se répand, comme une maladie contagieuse, un mal inconnu. Un virus dans le système, qui attaque le cerveau. Ils étaient sur le point de devenir fous les uns après les autres. Qui sait si ça ne va pas recommencer… Désolé, vieux, vraiment désolé. »

« Tu vois, fiston, cette baie, lui disait-il, c’est du genévrier, aux puissantes propriétés médicinales, mais elle ne te nourrira pas; en revanche, les nèfles, la cenelle, une variété de myrtille sauvage, le cynorrhodon, la mûre, le cassis, sont très bons à manger sans avoir à les transformer. La nature est le plus grand et le plus précieux garde-manger de l’homme et la meilleure pharmacienne et guérisseuse qui soit. »

Sonja Delzongle est une femme de lettres française, auteure de roman policier.

Dana Skoll est son pseudonyme pour la littérature jeunesse et fantasy.

Née d’un père français et d’une mère serbe, elle a grandi entre Dijon et la Serbie. Elle a mené une vie de bohème, entre emplois divers (les plus marquants ayant été le commerce artisanal africain-asiatique et la tenue d’un bar de nuit) et écriture.

Après un DEUG en Langues et Lettres Modernes, elle s’attaque au concours de l’École des Beaux-Arts de Dijon et obtient un diplôme au bout de six ans. Elle peint et expose durant une quinzaine d’années, puis devient journaliste en presse écrite à Lyon.

Après l’écriture d’une nouvelle devenue depuis un roman court, La journée d’un sniper (2007), elle publie un premier thriller À titre posthume (2009), puis Le Hameau des Purs, en 2011.

C’est en 2011 qu’elle commence l’écriture de Dust. Sa passion pour l’Afrique, qui remonte à sa petite enfance, l’a amenée à y faire de multiples séjours. Son roman parait en 2015 chez Denoël et connait un succès éditorial et public. La même année, elle obtient le Prix Anguille sous Roche.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/dust-de-sonja-delzongle/

En 2016, parait Quand la neige danse, toujours chez Denoël, qui met également en scène la profileuse Hanah Baxter et dont l’action se passe non plus au Kenya mais dans le froid nord-américain.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/quand-la-neige-danse-de-sonja-delzongle/

Récidive paru en 2017 nous offre une troisième enquête.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/recidive-de-sonja-delzongle/

Après une épopée arctique dans Boréal (2018),
elle revient cette fois dans les montagnes des Balkans, ses racines, avec Cataractes (2019).
Noir comme l’orage (2024), prix Ligue de l’Imaginaire 2024, est un thriller captivant se déroulant sur l’Île de Ré, où le capitaine Max Fontaine enquête sur des morts mystérieuses liées à la foudre.
Apnée, publié en 2025, se déroule en Égypte, sur les bords de la mer Rouge.
La forêt du Morvan sert de cadre à La gardienne, son thriller psychologique sorti en 2026.

Sonja Delzongle habite Lyon depuis 2001.

son blog : http://sonia-blogart.blogspot.fr
Facebook : www.facebook.com/Sonja-Delzongle-1403988013229391/

Émotion, Drame, Famille, Folie, Frisson horreur, Suspense, Thriller psychologique

Proies

de Tom Clearlake
Broché – 17 mai 2026
Éditeur : Moonlight éditions

Un lodge somptueux au bord d’un lac.
Au cœur des forêts du nord de l’Idaho.
Les vacances d’été s’annoncent idylliques pour la famille Carter, les Coleman et leurs amis.
Jusqu’à ce que les enfants découvrent cette maison abandonnée.
Et le corps de cet homme. Assassiné.
Une arme de poing dans une main.
Un attaché-case menotté à l’autre.
La suite logique serait d’appeler la police. Le groupe se divise.
Ils font le choix de préserver leur séjour et de signaler la scène de crime au moment du départ.
Mais les questions que pose ce cadavre restent.
Les réponses auront un prix.
Celui d’un aller simple en enfer.

Quel bonheur d’être à nouveau surpris par Tom Clearlake que je suis depuis ses débuts !
Avec Proies, il a gravi une nouvelle marche, et pour moi, ça a été un vrai cadeau de lecture.

Dans les forêts reculées du nord de l’Idaho, Logan Carter, sa famille et ses amis passent un séjour dépaysant au milieu de la forêt de l’Idaho, dans un lodge tout confort. Des vacances au vert…
Tout semble réuni pour un séjour parfait mais, à peine arrivés, ils découvrent dans une maison abandonnée le corps d’un homme tué de deux balles dans le dos, reliée à sa main par une menotte, une mystérieuse mallette. Logan puis son groupe décident d’attendre la fin des vacances pour signaler le meurtre afin de préserver leur tranquillité, et ne pas perturber leurs vacances. Il s’avère que ce choix va déclencher une suite d’événements dramatiques et nous plonger dans une spirale implacable.

Dès les premières pages, j’ai été happé. Tom possède ce vrai talent d’installer immédiatement la tension et de maintenir le lecteur en haleine pendant toute la lecture, il ne m’a pas laissé le temps de réfléchir, il m’a véritablement entraîné dans une course contre la mort absolument haletante. Plus j’avançais dans l’intrigue, plus c’était sombre, dérangeant et palpitant. Assez vite, Logan montre son vrai visage. Celui d’un homme aux abois et particulièrement cupide. L’auteur nous dévoile jusqu’où l’avidité des gens peut les mener ainsi que les conséquences de certains actes.

Voici un thriller au rythme intense, au suspense constant, diaboliquement efficace, cinématographique par moments, aux rebondissements multiples. Les personnages sont crédibles dans leurs failles. Peur, égoïsme, appât du gain, instinct de survie. L’atmosphère anxiogène s’intensifie au fil des pages. J’ai retrouvé la plume percutante de l’auteur… et toujours cette émotion qu’il cache entre ses lignes, il a su m’emporter une fois de plus. Un excellent moment de lecture !

Encore une fois, merci Tom, pour ta confiance et pour ce moment de lecture intense et très marquant.

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Extraits :

« C’est à cet instant que la bobine du film de sa vie se mit à tourner à une vitesse démentielle, si vite qu’il n’eut pas le temps de saisir la moindre de ces images qui ne lui appartenaient déjà plus. Et la dernière, avant le générique de fin, fut celle de Samantha, blottie dans ses bras, au bord du lac. Ils regardaient leur fils, Jaden, faire des ricochets. Il recula, fléchit ses cuisses tremblotantes et essuya la sueur et les larmes qui l’aveuglaient.
Et sauta dans le vide. »

« Lisbeth pressa le pas jusqu’à l’entrée et s’extirpa avec les enfants de la puanteur qui imprégnait les lieux. Elle referma la porte et prit une longue inspiration. Sa tête tournait et son cœur battait à tout rompre. L’air frais des forêts, les arbres qui dansaient doucement, chassèrent avec peine la vision lugubre. Un renvoi gastrique brutal s’empara d’elle. Elle lâcha la main de sa fille et alla vomir dans un taillis. Penchée en avant, les mains sur les genoux, elle reprit son souffle.
Bon Dieu, pensa-t-elle tout haut, ce truc n’est pas vrai.
Elle se redressa et marcha vers les enfants.
— Venez, je vous ramène au lodge. »

« Le reste du groupe entourait la table, figé autour de son unique et défunt convive. Tous tenaient un mouchoir plaqué contre leur nez – un bien maigre rempart face aux exhalaisons suffocantes. À un moment, Logan avait tenté de se réveiller.
Mais ce cauchemar était bien réel.
— Qu’est-ce qu’on fait ? dit Mark d’un air hagard.
— Quelle question ! Il faut appeler la police, répliqua Mia.
— Il a peut-être ses papiers d’identité sur lui, dit Logan en faisant un pas vers le corps.
— Ne l’approchez pas ! lança le psychiatre. Nous sommes face à une scène de crime.
— Vous pensez que cet homme a été… assassiné ? demanda
Samantha sans pouvoir détacher ses yeux du corps.
— C’est même certain, répliqua le psy. Regardez la déchirure dans le dos de son t-shirt. C’est une sortie de projectile. Et là, c’en est une autre. »

« Des larmes froides roulèrent sur les joues de Logan.
Des tréfonds de son être, une vague de haine glaciale déferla. La face lisse répugnante du milliardaire surgit comme un diable de sa boîte, accompagnée d’une pulsion brutale : tuer cet homme. Le voir mourir. Le faire souffrir. Tout son corps fut pris de tremblements et un nœud lia ses intestins. Il quitta la fenêtre et s’allongea sur le lit. Ses yeux restèrent grands ouverts, fixés sur le plafond. Il se força à rester immobile, bras le long du corps, à côté de Terrence qui dormait encore profondément et semblait s’être détendu. »

« L’index de Logan pressa la gâchette du Glock. La barre de détente recula, poussa le plongeur hors du percuteur, le connecteur campa la barre vers le bas, le cruciforme quitta l’étagère et la barre lâcha le percuteur qui fusa en avant et frappa l’amorce, la poudre explosa et propulsa la balle qui fila dans le canon rayé et jaillit dans un cône de gaz brûlants orangés, la pointe creuse fendit l’air en rotation gyroscopique parfaite, droit vers le front de Steelson, le métal perça l’os frontal qui éclata sous l’impact en une toile d’araignée de fractures radiales autour de l’entrée, la tête creuse de la balle s’ouvrit comme une fleur, créant une cavitation hydrostatique qui pulvérisa les lobes frontaux, lacéra les axones, sectionna les artères cérébrales, l’ogive traversa le cerveau et frappa la table interne de l’os occipital, la nuque chauve se souleva et gonfla comme un ballon d’enfant, le crâne explosa sous la pression accumulée comme une pastèque trop mûre en libérant un geyser sanglant de matière grise pulpeuse, esquilles osseuses et lambeaux de chair qui jaillirent en l’air et s’étalèrent sur le mur d’écrans. »

Tom Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

« Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir. »

— L’Essence des ténèbres (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/17/lessence-des-tenebres/
— Tréfonds (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/03/19/trefonds-de-thomas-clearlake/
— Avides (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/01/avides/
— Sans retour (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/31/sans-retour/
— Signatures (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/18/signatures/
— Le seuil (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/14/le-seuil/
— L’Antidote (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/30/lantidote/
— Proies (2026)