Émotion, Drame, Folie, Noir, Psychologie, Thriller psychologique

L’écume de tes yeux

de Pierre-Henri Murcia
Broché – 31 janvier 2026
Éditeur : Éditions localement transcendantes

Sam est l’acteur le plus désiré de sa génération. Clara est booktokeuse, elle fait et défait les succès littéraires depuis son hameau perdu dans le sud. Quand leurs regards se croisent, elle fait semblant de ne pas le reconnaître.

Et c’est le début du jeu.

Car entre eux s’installe une danse étrange : qui manipule qui ? Qui désire vraiment l’autre ? Et pourquoi ce qui devrait être simple — s’aimer — devient-il si compliqué ?

Un roman sur le désir et ses pièges. Sur l’orgueil qui nous empêche de voir clair. Sur ces jeux de pouvoir qu’on appelle parfois « amour ». Et sur ce qu’il faut perdre pour enfin se trouver.

Avec L’Écume de tes yeux, Pierre-Henri Murcia propose un roman aussi troublant qu’intelligent, qui dialogue ouvertement avec L’Étranger de Camus. Mais ici, là où Meursault restait enfermé dans son silence et son indifférence, Murcia choisit d’ouvrir la porte et d’explorer ce qui se cache derrière le vide.

J’ai donc suivi Sam Roman, un acteur célèbre chargé d’incarner Meursault dans une adaptation cinématographique de L’Étranger. Fasciné par cette figure de l’homme détaché de tout, Sam finit peu à peu par confondre son rôle avec sa propre existence. Égocentrique, souvent insupportable, il se construit un récit où plus rien ne semble avoir d’importance… et il s’enfonce dans ce rôle, plus il semble se perdre lui-même, jusqu’au moment où le réel finit par résister.

Autour de lui gravitent Clara, influenceuse littéraire au regard étonnamment lucide, et Kevin, ancien détenu devenu écrivain malgré lui. Entre désir, jalousie, manipulation et violence, le roman explore notre époque obsédée par l’image de soi et les récits que chacun fabrique sur les réseaux sociaux, ce besoin constant de fabriquer un récit valorisant de sa propre vie…
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la richesse philosophique du texte. Murcia questionne avec finesse le nihilisme, l’orgueil et cette tentation moderne de vouloir vivre sans conséquences. Pourtant, malgré la profondeur du propos, le récit reste fluide, tendu et très prenant. Et puis il y a Clara. Sans grands discours, simplement par sa présence et son regard sincère, elle devient une forme de résistance au vide intérieur de Sam. Elle rappelle que le réel existe encore, que les actes ont des conséquences, et qu’aucun être humain ne peut totalement échapper aux autres.

Alors oui, j’ai trouvé que ce n’était pas une lecture toujours confortable, ni un roman facile d’accès, surtout si l’on connaît peu l’univers de Camus. Mais j’ai aimé être bousculé par cette œuvre singulière, qui utilise la littérature pour interroger notre rapport au réel, aux autres… et surtout à nous-mêmes.

Merci à Cyril Soler-Bonnet pour cette proposition de lecture…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Ce matin-là j’étais complètement dans les vapes. Mon téléphone était saturé de messages. L’important c’était celui de mon agent, il voulait qu’on se voie au sujet d’un navet avec une chèvre dans le rôle principal. Je n’avais pas envie parce que je sortais d’un rôle très prestigieux, celui d’un héros de Balzac, et j’avais tout déchiré avec ce film. J’étais passé à un autre niveau, l’Himalaya du cinéma, et aussi je ne me suis jamais senti aussi seul de ma vie. C’était le sommet, le toit du monde social. Je n’avais plus envie de rien, même pas de jouer dans un navet. »

« Franck a tapé à ma porte. Il voulait sortir mais je n’ai pas voulu. Je n’aime pas être reconnu, j’attends toujours la nuit, l’heure des chats gris, sans lune de préférence. La célébrité, dans mon métier, c’est ce qui m’intéresse le moins. Ce que je voulais, avant d’être célèbre, c’est la vie, c’est toucher à tout. J’ai eu de la chance. Les portes se sont ouvertes naturellement. Je suis séduisant, intelligent, tout me réussit. Je voulais tout manger. C’est pourquoi j’aimais l’idée de devenir acteur, pour jouer des rôles et frissonner mille fois par jour. Mais je n’ai pas vu le piège, comment la gloire m’a sorti du monde. »

« Dans ma courte vie j’ai touché à tout. C’est ce que je voulais, toucher à tout. J’ai joué les adolescents perdus, j’ai joué les jeunes hommes ambitieux, les théorèmes irrésistibles du désir. Et maintenant je vais jouer le séducteur suprême, le mystère impénétrable de Meursault, ce minable. Ce rôle me va si bien que j’en suis effrayé. Malgré son triomphe, Meursault restera un minable. Et son histoire restera l’histoire d’un minable. Et il le sait. Je le sais. »

« Clara est une jeune femme cultivée, elle n’a rien à faire avec lui. Elle sait comment se tenir devant les immenses tableaux de Jérémy. Mais lui, Kevin semble gauche et veule, intimidé et timide. Il n’a pas l’habitude. Qu’est-ce qu’elle trouve à ce type ?
Elle est intriguée, mais pourquoi ? C’est vrai que son histoire a quelque chose d’unique, un ouvrier voyou qui fait de la prison pour de vrai et qui écrit un roman pour de vrai, c’est intrigant. Il ne joue pas à être ce qu’il est, il est vraiment ce qu’il est. Mais c’est lassant d’être toujours la même chose. Un jour ou l’autre, elle verra bien que ce type est limité, elle se lassera de son numéro de victime, de voyou devenu écrivain. »

Pierre-Henri Murcia est né en 1965 à Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis mais il a grandi du côté de Pézenas. Il est ouvrier du bâtiment et œuvrier en littérature. Entre deux chantiers de rénovation, il cherche le moyen de partager l’expérience de libération intérieure que lui a apporté l’anthropologie critique de René Girard. Mais comment rendre accessible une pensée théorique aussi complexe ? Et comment faire entendre la voix d’un penseur systématiquement marginalisé par les autorités cultu(r)elles ? La théorie mimétique de Girard dérange car elle est vraie : elle met à nu les mécanismes du désir et expose les arrangements confortables de notre culture. De pièces de théâtre et romans auto-édités en essais abscons, Pierre Henri n’a jamais désespéré de propager la lumière de cette vérité qui rend libre.
Après Comment rater sa vie de couple à coup sûr, il poursuit avec L’écume de tes yeux l’exploration de sa formule nouvelle pour court-circuiter les pré-requis culturels et la sourde censure des évidences officielles.

Drame, Fantastique, Frisson horreur, Thriller psychologique

Les croassements de la nuit

de Douglas Preston & Lincoln Child
Poche – 4 mai 2016
Éditeur : J’ai lu

Medicine Creek, localité paisible du Kansas. Quand le shérif Nazen découvre le cadavre dépecé d’une inconnue au milieu d’un champ de maïs, il se demande s’il ne rêve pas : le corps est entouré de flèches indiennes sur lesquelles ont été empalés des corbeaux. OEuvre d’un fou ? Rituel satanique ? Il faut le flair de Pendergast, l’agent du FBI, pour comprendre que cette sinistre mise en scène annonce une suite.L’épouvante saisit les habitants de la petite ville, mais pour Pendergast, il ne fait pas l’ombre d’un doute que le tueur est l’un d’eux…

Quel plaisir de retrouver une nouvelle fois l’univers de Douglas Preston et Lincoln Child, ainsi que leur fascinant inspecteur Pendergast… Avec Les croassements de la nuit, je me suis replongé avec bonheur dans une enquête sombre, inquiétante et totalement addictive.

Dès les premières pages, l’atmosphère m’a happé. Un crime sauvage est découvert au milieu d’un champ de maïs, dans une petite ville agricole perdue au cœur de l’Amérique profonde : Medicine Creek. Très vite, la tension devient palpable. Pendergast, officiellement en repos après les événements de La chambre des curiosités, se retrouve malgré lui entraîné dans cette affaire aussi brutale qu’inexplicable.
J’ai adoré le décor choisi par les auteurs. Cette campagne américaine, conservatrice et refermée sur elle-même, cache sous ses apparences tranquilles une foule de secrets et de rancœurs. Les fermiers luttent pour survivre face à l’industrie agroalimentaire, les marginaux sont rejetés, et chacun semble dissimuler quelque chose.

Comme toujours avec Preston et Child, les descriptions sont extrêmement précises. Les scènes de crime, notamment, sont détaillées avec un réalisme parfois glaçant. J’avais l’impression d’être aux côtés de Pendergast, au milieu des champs, de la poussière et des silences lourds de menace.
Mais ce qui m’a particulièrement marqué dans ce roman, c’est la présence de Corrie Swanson. Cette adolescente autochtone, rebelle, abandonnée par son père et vivant avec une mère alcoolique dans un mobile-home, apporte une vraie fraîcheur au récit. Derrière son insolence et son humour, elle cache une profonde solitude qui m’a beaucoup touché. La relation qui se construit entre elle et Pendergast fonctionne merveilleusement bien. Elle devient peu à peu son assistante improvisée, le conduisant dans ses investigations à travers la région. Ensemble, ils vont fouiller le passé trouble des habitants de Medicine Creek afin de comprendre qui se cache derrière ces meurtres atroces.

L’enquête est haletante, tendue du début à la fin. Le suspense monte progressivement jusqu’aux derniers chapitres, particulièrement oppressants. Entre superstitions indiennes, secrets enfouis et horreurs indicibles, les auteurs construisent un thriller redoutablement efficace.

Impossible pour moi de refermer ce livre avant d’en connaître le dénouement.
Les amateurs de Pendergast retrouveront ici tout ce qui fait le charme de la série : une ambiance sombre, une intrigue intelligente, des personnages marquants et ce mélange si particulier entre enquête classique et étrangeté presque surnaturelle.

Une aventure captivante, inquiétante et terriblement divertissante.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Le légiste releva le drap très lentement, laissant apparaitre le cadavre gonflé de Stott dont les chairs se détachaient des os.
Hazen avait détourné machinalement les yeux; honteux, il se força à regarder le corps. Il avait vu pas mal de choses répugnantes dans sa vie, mais jamais rien d’aussi éprouvant. la peau s’était déchirée au niveau du torse, comme si elle avait rétréci, laissant échapper des lambeaux de chair. »

« Dans toutes les enquêtes qu’il lui avait été donné de mener par le passé, l’inspecteur s’était toujours efforcé de comprendre son adversaire afin de mieux anticiper ses réactions, mais cela lui était impossible dans le cas présent. La logique du meurtrier ne correspondait à aucun schéma connu, et il ne s’était jamais senti aussi éloigné de la psychologie d’un assassin. Pour la première fois de son existence, l’inspecteur Pentergast se sentait démuni. »

« Corrie, était au bord des larmes. pour une fois que sa vie l’intéressait, pour une fois qu’elle rencontrait une personne digne de respect et d’admiration, pour une fois qu’elle prenait tout simplement plaisir à ce lever le lever le matin, voilà qu’on la renvoyait à la médiocrité de son quotidien. Malgré tous ses efforts, elle ne put empêcher une larme de rage et d’impuissance de rouler sur sa joue. Elle s’empressa de l’essuyer du revers de la main. »

« Smit Ludwig, installé au comptoir chez Maisie, remuait machinalement sa cuillère dans sa tasse de café. Il avait à peine touché sa tourte de viande. Il était plus de six heures et il n’avait pas encore rédigé une ligne. Cette histoire le dépassait, ou bien alors c’est qu’il ne faisait pas le poids. À force de faire le compte rendu des foires agricoles et autres chiens écrasés, il avait peut-être perdu la main. Si tant est qu’il l’ait jamais eue. »

« Elle lui tendit le livre et Pendergast eut le temps d’entrevoir l’illustration. Le livre était tout taché et déchiré, mais l’inspecteur reconnut aussitôt un tableau qu’il ne connaissait que trop bien. Il recula d’un pas, saisi par cette révélation. »

Le duo américain formé par Douglas Preston et Lincoln Child a bâti, en près de trente ans de carrière, un univers aussi cohérent que foisonnant, dominé par l’agent spécial Pendergast et agrémenté de personnages hauts en couleur tels que Gideon Crew, Nora Kelly ou encore Constance Greene, entre autres. Leurs romans sont devenus des classiques du thriller contemporain et se prêtent particulièrement bien au format audio.
Un duo d’auteurs devenu une véritable marque

Douglas Preston est né en 1956 à Cambridge, dans le Massachusetts. Avant de se consacrer pleinement à l’écriture, il travaille de nombreuses années au musée américain d’Histoire naturelle de New York. Ce décor, qu’il connaît intimement, deviendra le théâtre de certains des plus grands frissons de leur œuvre, à commencer par « Relic ».

Lincoln Child, né en 1957 dans le Connecticut, est d’abord éditeur chez St. Martin’s Press, où il lance notamment une collection dédiée à l’horreur. Il devient ensuite analyste, puis se consacre lui aussi à l’écriture. La rencontre entre les deux hommes débouche, au milieu des années 1990, sur un projet commun : un thriller se déroulant dans les coulisses d’un grand musée new-yorkais.

Ce sera « Relic », publié en 1995, et rapidement traduit en français. Avec ce premier roman, Preston & Child posent les bases de ce qui deviendra leur signature : un mélange de roman policier, de thriller scientifique et d’horreur, porté par un sens aigu du rythme et du suspense. C’est aussi la première apparition d’Aloysius Pendergast, agent du FBI au look de gentleman du Sud, qui deviendra le fil rouge d’un vaste cycle romanesque.

Depuis, le duo a publié plusieurs dizaines de titres, dont une majorité de thrillers centrés sur des crimes mystérieux, des expériences scientifiques qui dérapent et des secrets enfouis qui ressurgissent au pire moment.

Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique

Ce que Marcy a oublié

de Marion Cabrol
Poche – 23 avril 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Près des falaises d’Anton, un os humain est découvert.
Vingt ans plus tôt, Grace Tanner, une fillette du village, disparaissait sans laisser de traces.
Pour Tom Lanier, journaliste local, l’affaire est personnelle : à l’époque, il partageait la vie de Marcy, amie d’enfance de Grace.
Alors qu’il reprend l’enquête, Tom comprend que Marcy pourrait détenir une part du secret.

Ce que l’on oublie finit toujours par nous rattraper.

Je suis entré dans ce roman comme on avance dans une brume épaisse, sans vraiment savoir où je mettais les pieds.

Tout commence vingt ans plus tôt, dans un petit village marqué à jamais par la disparition de Grace Tanner, une fillette envolée sans laisser de trace. Le lendemain, une autre enfant apparaît, Marcy, déposée dans un orphelinat, sans passé, sans repères. Elle ne se souvient de rien… sauf de Grace. Une amie. Une présence. Un souvenir fragile. Très vite elle se sauve et fonce voir la police en affirmant que Grace a été tuée. Mais personne ne la croit. Trop étrange, trop floue, trop improbable. Et dès le lendemain, elle oublie tout…

Cette idée me hante.

Des années plus tard, l’affaire ressurgit. Un os est retrouvé. Peut-être celui de Grace. Tom Lanier, journaliste local, décide de replonger dans cette histoire avec la police, il est bien décidé à découvrir avec eux, toute la vérité sur cette disparition étrange. D’ailleurs, lui aussi est lié à ce passé. Et surtout, il a connu Marcy, a partagé sa vie. Une relation brisée, qui le quitte du jour au lendemain, sans explication. Alors quand elle revient au village, je sens que quelque chose va basculer.

Et je ne me trompe pas.
Ce roman m’a fait l’effet d’une marée montante. Au début, tout semble calme, presque maîtrisé. Puis la tension grimpe, les doutes s’installent, les certitudes s’effritent… jusqu’à devenir une véritable tempête.

Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la construction des personnages. Ils portent le récit. Ils sont complexes, ambigus, jamais totalement lisibles. Chacun cache quelque chose. Chacun pourrait être coupable. Et moi, lecteur, je me suis perdu avec eux, dans leurs zones d’ombre, incapable de deviner où tout cela allait me mener.

Marion Cabrol m’a surpris. Là où je m’attendais à un récit plus linéaire, elle m’a entraîné dans un véritable labyrinthe. Les fausses pistes s’enchaînent, les révélations tombent sans prévenir. Jusqu’à la dernière page, je suis resté suspendu.

Mais au final, celle qui m’a le plus marqué, c’est Marcy. Elle m’a fasciné. Ses absences, ses silences, ses trous de mémoire… Elle avance dans un brouillard constant, prisonnière d’elle-même. Et moi, j’ai ressenti cette confusion, cette fragilité, presque physiquement.

Ce que Marcy a oublié m’a touché. Parce qu’il parle de mémoire, de secrets, de ce que l’on garde enfoui… et de ce que cela peut détruire. C’est un texte à la fois poignant, dérangeant, mais profondément humain.

Je referme ce livre avec le sentiment d’avoir découvert une autrice à suivre de très près.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« “— Tom ! Ils ont trouvé Grace ! Ramène-toi en vitesse.”
Le rédacteur en chef raccroche avant que je ne lui réponde. Sur l’autre ligne, j’entends au loin Louis et sa femme commenter les informations. J’allume la télé et je cherche fébrilement une chaîne locale québécoise.
C’est là, ça tourne en boucle.
Je regarde les images et je comprends que c’est grave.
La présentatrice, micro dans une main, répète d’une voix forte qui couvre à peine le bruit des sirènes :
“L’os d’un enfant a été découvert ce soir au sommet d’une colline. Le chien d’un promeneur l’a déterré. Son origine est encore incertaine, mais d’après les enquêteurs, il pourrait s’agir des restes de la petite Grace Tanner.” »

« Avant que ma vue ne se brouille de nouveau, j’ai le temps de remarquer la forme humaine floue tapie contre le mur. Mon corps se crispe, comme s’il sentait une menace. Je voudrais me relever pour me défendre, mes muscles ne m’obéissent pas. Je suis frêle et incapable de fuir. Mon cœur cogne lourdement dans ma poitrine. Je respire plus fort. Le peu d’énergie qui me reste disparaît dans un frisson qui traverse ma colonne vertébrale. Je ferme les yeux. »

« Je suis recroquevillé depuis une heure dans l’habitacle sale de la Ford. J’attends depuis une éternité. Mes nerfs sont à vif. Mon téléphone n’arrête pas de sonner : Lann exige des réponses. Louis m’a aussi envoyé quelques messages. Je ne les ai pas ouverts. Marcy est de retour et elle dort chez lui ! Comment a-t-il pu garder cela pour lui ? Je lui en veux de ce mensonge par omission. Il sait que j’aurais tout donné pour lui parler de nouveau. Je me calme en lui trouvant des excuses: le père de Louis est le médecin de Marcy. Marcy n’avait donc disparu que pour moi.
J’aurais pu insister, demander à mes amis s’ils avaient de ses nouvelles. Je me suis toujours refusé à le faire. Ça fait trop mal. »

« J’avais soif. Et peur. Les rais de lumière me perçaient les yeux, mais je ne voulais pas les fermer : Grace, son corps menu recroquevillé, surgirait.
C’était enfoui.
Puis une image. Un film flou. On jouait, on faisait du roller. Grace avait des bleus violacés sur les cuisses qui la faisaient souffrir. Moi, démarche claudicante comme si je réapprenais à marcher. Deux enfants boiteuses, endommagées.
Il y avait de la boue, des fleurs, des oiseaux. Quoi d’autre ? Des voix.
Des trous dans la terre.
Du sang sur les murs.
Plus le temps passait, plus ma tête se remplissait.
Les mouches.
L’odeur de la mort gagnait les souvenirs et les recouvrait.
J’avais cessé de pleurer. Mes yeux étaient secs, mon regard était clair. Je me souvenais de tout : un crime avait été commis. Il fallait faire vite : l’effaceur de mémoire allait revenir. Cours, petite souris, cours. »

Marion Cabrol est titulaire d’un master 2 en ingénierie culturelle, marketing et communication de l’École EAC.

Elle a travaillé en tant que responsable pédagogique, responsable marketing et communication, au zoo d’Amnéville, en Lorraine (2012-2019).
Les contacts qu’elle y a noué ont nourri son histoire. La lionne rouge (2020) est son premier roman.
Certains soigneurs ont accepté de relire le roman afin d’assurer son authenticité dans le récit du travail quotidien des animaliers.

Marion Cabrol est directrice marketing de l’entreprise Arskan depuis 2019.

Dystopie, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Mourir deux fois

de Maxime Girardeau
Broché – 19 mars 2026
Éditeur : Robert Laffont

Il ne se contente pas de tuer.
Il programme une seconde mort.

Paris, juin 2026
14 h 17
Un homme meurt chez lui, asphyxié, son corps martyrisé, une horloge tailladée dans sa chair. Sur son torse, un smartphone s’allume et affiche un sablier accompagné d’un message : “Vous n’avez droit qu’à une question.” À l’intérieur se trouve capturée toute sa mémoire. La bonne question permettra de déverrouiller l’appareil, toute autre proposition provoquera un effacement total des données, une seconde mort. Paul Moreau est la cinquième victime ayant subi cette sordide mise en scène de son agonie, ce piège numérique.
Lorsque Bianca découvre son père, elle décide de s’enfuir avec le téléphone avant que la police n’arrive. Elle doit absolument trouver la bonne question, et préserver ce qu’il reste de la vie de son père. Le compte à rebours a commencé. Dans un Paris au bord de la rupture, les policiers, les scientifiques et la jeune fille vont s’affronter pour résoudre l’énigme posée par ce mystérieux serial killer que la presse a déjà surnommé le “Sablier noir”.

UNE EXPÉRIENCE DE LECTURE VERTIGINEUSE

J’ai découvert Maxime Girardeau en juillet dernier avec Je te mens, un thriller vertigineux qui m’avait littéralement happé.
Alors quand Nicolas Hecht de Babelio m’a proposé de découvrir Mourir deux fois, je n’ai pas hésité une seule seconde.

Et très vite, j’ai replongé.

Dans ce nouveau roman, l’intelligence artificielle est partout. Pas en toile de fond. Non. Elle est au cœur de tout. De chaque chapitre. De chaque réflexion. Et c’est précisément ce qui m’a troublé. Parce que cette IA, elle n’est pas qu’un concept de fiction.
Elle est déjà là, dans nos téléphones, nos ordinateurs… et même dans mon propre métier, puisque depuis quelques mois, elle a pris ma place dans les créations visuelles que je proposais à mes clients. Difficile alors de ne pas me sentir directement concerné.

Mais là où l’auteur frappe fort, c’est dans les questions qu’il soulève. Des questions éthiques, humaines, presque vertigineuses. Très vite, je me suis laissé entraîner dans une intrigue pourtant simple en apparence, mais qui m’a ouvert un véritable abîme intérieur.
Un récit profondément psychologique, qui m’a poussé à réfléchir… à mes souvenirs, à ceux que j’ai perdus, à ceux que j’aimerais retrouver.

Juin 2026, à Paris.
Cinq meurtres. Cinq jours. Un même rituel.
Un tueur insaisissable que l’on surnomme le “Sablier noir”. Les enquêteurs non aucun début de piste. Le compte à rebours est lancé pour les policiers, pour résoudre une mystérieuse énigme !
Et pendant ce temps le monde vacille. Les tensions montent. La colère gronde, les français sont révoltés par la crise économique et par l’incompétence des politiques. Dans cet équilibre fragile, tout semble prêt à basculer.

Dans ce roman choral, structuré autour des étapes de développement de l’IA : acquisition, alignement et évaluation, Maxime propose une idée aussi fascinante qu’effrayante, et si l’on pouvait faire survivre une personne après sa mort… à travers ses souvenirs, ses émotions, ses doutes ?
Avec un simple téléphone comme réceptacle d’une vie entière.

J’ai trouvé ça brillant, haletant, voire envoutant. Dérangeant aussi…

Une intrigue addictive parfaitement orchestrée, avec des thèmes forts et des personnages très atypiques, notamment Bianca et Mathilde, pour ne citer qu’elles, qui apportent une vraie densité au récit, renforçant encore cette tension qui ne m’a jamais quitté.

Comme pour son précédent roman, j’ai été complètement embarqué.
Un thriller intelligent, addictif, et profondément actuel. Et une chose est sûre, je suivrai désormais cet auteur de très près.

Merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont pour cette découverte.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« MES PAUPIÈRES SE SOULÈVENT. Ma main droite reste crispée sur le manche du scalpel, mes articulations blanchies par la tension. Dans la pièce haussmannienne, Paul Moreau respire encore. Ses inspirations sifflent à travers le bâillon tandis que ses expirations projettent des gouttes de sang sur le parquet massif.
– Nous devons continuer, dis-je. »

« 14 h 17.
Le sablier se retourne sur l’écran. La voix synthétique résonne encore : « Vous n’avez droit qu’à une question. »
Je m’approche de la tête de Paul et lui ôte son bâillon.
Il ouvre la bouche, mais il est trop tard. Je plonge une seringue dans son cou d’un geste vif et précis. Ses muscles se tendent un instant sous la surprise, puis son corps entier se raidit. Je maintiens l’instrument enfoncé tandis que le pentobarbital se répand et libère son effet. Ses lèvres laissent échapper quelques mots à peine audibles :
— Ma petite étoile… »

« Douleur = 73 %. Terreur = 81 %. Fonction motrice = maintenue.
C’est comme ça que je vis depuis que Maman est partie. Je transforme l’insupportable en données. Je convertis le chaos en probabilités. Sinon, je me noie dans les couleurs de ma propre souffrance. Papa ne le comprenait pas. Il ne comprenait pas mes équations, mes bouées de sauvetage. Maintenant il ne comprendra plus jamais rien. Et moi, je dois protéger ses derniers octets, même si ça doit me détruire pixel par pixel. »

« LES STATIONS DÉFILENT. RÉPUBLIQUE. CHÂTELET. Les voyageurs montent, descendent, m’ignorent. Une adolescente qui pleure dans le métro, ça n’a rien d’extraordinaire. Mes poumons brûlent, ma gorge se serre. Les sanglots viennent par vagues, tsunami de douleur brute qui défie toute catégorisation.
Durée crise : 11 minutes 34 secondes. Déshydratation légère.
Fonction cognitive = restauration 67 %.

Peu à peu, les larmes se tarissent. Le damier mental se rallume, case par case. BitGrid recalibre ses paramètres. Je dois réfléchir. Analyser. Survivre. Le smartphone avec les restes de Papa contient peut-être des réponses. Mais quelle est la question ? Qui pourrait m’aider ? »

« La piqûre dans mon cou est professionnelle. L’aiguille trouve la veine jugulaire du premier coup. Le liquide brûle en entrant. Ma vue se trouble. Les lumières de Paris deviennent des traînées colorées. Ma bouche se tapisse d’un goût métallique. Abou ne saura pas. Personne ne saura. Le message était un piège et j’ai… »

Maxime Girardeau a passé plus de dix ans à travailler dans le marketing pour Microsoft.
Il partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et la direction d’un incubateur de startups.
Il est l’auteur de PERSONA (Fayard, 2020) sélectionné pour le Prix des Nouvelles Voix du Polar et d’EGO (Fayard, 2022), finaliste du Prix Landerneau du Polar.
Les livres de Maxime ont été publiés au Japon, en République tchèque et en Russie.

Je te mens (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/29/je-te-mens/

Émotion, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Je suis un monstre

de Christine Adamo
Broché – 5 mars 2026
Éditeur : TAURNADA

Moi, c’est Tom. J’ai 7 ans, un cerveau trop fort, une maman trop horrible, un papa et un chien trop gentils que je veux rejoindre dans les Ardennes.
Mais entre un double pas sympa dans ma tête et des gens qui sont morts partout sans prévenir, c’est pas gagné.

Une histoire drôle, noire et bizarre, comme la vie. Mais en pire.

Tom a sept ans.
Tom est un enfant surdoué.
Et très vite, je comprends qu’il n’est pas tout à fait seul dans sa tête.

Dès les premières pages de “Je suis un monstre”, un mot s’impose à moi. Troublant. Puis viennent terrifiant, fascinant, déroutant… et même amusant. Une avalanche de mots en “ant”, comme un clin d’œil involontaire à cette lecture et à son style totalement… captivant.

Tom pense vite. Trop vite. Ses idées s’entrechoquent, ses raisonnements fusent, ses émotions débordent. Et dans ce tourbillon mental, il y a “l’autre”. Le deuxième Tom. Celui qui murmure, qui pousse, qui dérange, prend de plus en plus de place. Celui qui n’est pas gentil du tout… Alors Tom lutte. Il tente de reprendre le contrôle, d’étouffer cette présence qui prend de plus en plus de place.

Je me suis laissé happer par cette voix d’enfant à la fois drôle, lucide et terriblement inquiétante. Car sous ses remarques naïves se cache une noirceur déconcertante. Tom observe le monde avec une logique implacable, presque clinique. Et moi, lecteur, je me suis retrouvé enfermé dans sa tête, prisonnier de ses pensées, balloté entre sourire et malaise.

Le récit est sombre, cynique, parfois cruel. Il bouscule les repères. Où est l’innocence ? Où commence le mal ? Et pourtant… j’ai ri. Oui, ri. Parce que Christine Adamo manie l’humour avec une audace folle, glissant de la légèreté là où je ne l’attendais pas.

Rarement un style m’aura autant marqué. Du premier mot jusqu’au point final, l’auteure assume une écriture singulière, presque dérangeante. Un style qui aurait pu me fatiguer… mais qui m’a au contraire ébloui. Elle ne transige pas. Elle va au bout de son parti pris, et c’est précisément ce qui rend le roman si puissant.

Je suis un monstre est un texte qui interroge profondément les notions de bien et de mal. Il dérange, il amuse, il inquiète. Et contre toute attente, je me suis attaché à ce petit monstre en culotte courte.
Et si finalement Tom était tout seul dans sa tête ?

Un roman audacieux, brillant, impossible à lâcher.

Un immense merci à Joël et aux éditions Taurnada pour ce nouveau service de presse qui, une fois encore, frappe très fort.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Moi, c’est Tom. Et ça veut dire que Tom, c’est mon prénom. Et « c’est le plus important », que dit papa, surtout maintenant que maman a été divorcée, et qu’en plus de plus habiter avec lui, elle veut plus qu’on porte son nom, ni moi, ni elle. Donc, il faut que je trouve une solution pour aller le retrouver, et c’est pour ça que j’écris, vu que les virgules et les points, ça oblige mes idées à se mettre dans le bon ordre. »

« Maman dit : « Ça ne sert à rien ! Tu deviendras un bavard inutile comme ton père ! » N’empêche que moi, papa, je le trouve méga-plus marrant qu’elle.
Rien qu’à la regarder, maman, je m’ennuie. Elle est grande et maigre comme une jambe de girafe, ses cheveux sont noirs, courts et raides comme le poil d’un ours. La différence, c’est que sa figure est beaucoup moins gentille que celle d’une girafe ou d’un ours.
Une girafe, ça fait pouet quand c’est une Sophie en jouet, un ours, ça console quand c’est un Paddington en peluche. Dans ma chambre à moi, il y a pas de peluches ni de jouets, vu que « on ne sait jamais, tu pourrais faire une allergie ». En plus que maman a aussi une petite bouche méga aplatie avec plein de poils dessus. »

« Je me souviens qu’au début, quand je voyais maman gonfler du ventre, j’avais peur qu’elle éclate et en mette partout. En plus, comme elle était déjà super-maigre, ça faisait comme une grosse cloque sur le doigt quand on se brûle avec la poêle-à-pommes-de-terre-rôties.
Le père-de-maman était méga-furieux. « Marie-Céline ! Tu es folle ! Comment vas-tu faire pour t’occuper de moi si tu as un autre enfant ? Je vais devoir prendre une infirmière à domicile et ça va me coûter une fortune ! De nos jours, les locataires sont de tels feignants que j’ai dû faire des travaux dans les appartements et je n’ai plus un sou devant moi ! Tu ne veux pas que je te déshérite, n’est-ce pas ? »

« Le décorticage d’idées, c’est peut-être ce qui a fait qu’après l’enterrement du père-de-maman, j’ai fait un cauchemar. Sauf que, ce cauchemar, il en était pas vraiment un.
J’explique.
Un cauchemar, c’est juste un rêve qui fait peur. Ça se passe dans la tête pendant qu’on dort. Et ça donne l’impression du pour-de-vrai, même si ça peut pas l’être (à cause que, dedans, il y a quelque chose de bizarre, genre, un renard avec une brosse à dents).
Le souci, c’est quand le cauchemar sort de la tête et vient dans la vraie vie. Comme ce soir-là, après l’enterrement. »

Écrivain française, Christine Adamo est issue du monde de la recherche comme l’est aussi Fred Vargas.

Enseignant-chercheur spécialisée dans l’information scientifique, sa passion pour la recherche environnementale et sa rencontre avec le cœlacanthe, l’ont amenées à participer à l’élaboration d’un parc naturel aux Comores pour la sauvegarde de ce fameux « chaînon manquant ».

Ses diverses activités professionnelles lui ont permis de voyager de par le monde, pour enseigner, participer à des conférences ou des colloques et écrire des articles scientifiques, pour finalement se mettre au roman.

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique

Un peu, beaucoup… jusqu’à la mort

Angélina Delcroix
Broché – 15 août 2019
Éditeur : Nouvelles Plumes

Depuis le décès tragique de l’un des leurs, l’équipe de Joy Morel peine à se remettre sur pied. Pour l’adjudante, le défi est d’autant plus grand qu’il lui faut aussi trouver l’équilibre entre sa carrière et sa vie de jeune maman. Mais quand une étrange affaire se présente, Joy retrouve son intuition et ses réflexes d’enquêtrice.
Un homme a été retrouvé mort à son domicile après un coma éthylique ; à ses côtés le cadavre de son épouse, ligotée et mutilée. Simple crime conjugal ? L’homme, un ancien alcoolique, n’avait pourtant pas bu une goutte d’alcool depuis des années.
Alors que d’autres couples sont retrouvés assassinés dans les mêmes conditions, une jeune femme déroule dans une série de lettres adressées à son père, le fil de leurs souvenirs…

« Attention, chef d’œuvre !
Si vous aimez les thrillers parfaitement construits, à la mécanique bien huilée,
avec des cliffhangers, retournements de situations et surprises en tout genre,
attachez vos ceintures, parce que là, ça dépote ! »
Philippe (Haut-Rhin)

« Un excellent thriller psychologique ! »
Nadège (Nièvre)

Avec “Un peu, beaucoup… jusqu’à la mort”, je referme la trilogie d’Angélina Delcroix avec le sentiment d’avoir traversé quelque chose de dense, de brutal, de profondément marquant. Ce dernier opus vient clore avec force tout ce qui restait en suspens, et je dois avouer que les frissons ressentis dans le tome précédent n’étaient qu’un prélude. Pour apprécier pleinement l’ampleur de ce final, je recommande vraiment de lire les deux premiers volumes, chaque événement prend ici une résonance particulière. Personne n’est épargné. Ni les personnages, ni moi, lecteur.

J’ai lu ce roman en apnée.
Impossible de lever la tête.
Impossible de ralentir.

Chaque page apporte son lot de rebondissements, de violences, de manipulations psychologiques. Des images se sont imprimées en moi, parfois difficiles à chasser. Les coups pleuvent, sans relâche, et je me suis laissé emporter dans ce rythme tendu, constant, sans véritable répit. Angélina prouve une fois encore qu’elle sait où elle va. Elle construit, elle resserre, elle frappe juste. Son intrigue est maîtrisée de bout en bout.

Au cœur de ce thriller, j’ai retrouvé des thèmes sombres et profondément humains : l’alcoolisme, la rédemption, l’enfance abîmée, la quête d’amour, les esprits en marge. Tout s’entrelace dans une enquête qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Plus j’avançais, plus je doutais. Les certitudes s’effritaient. Je ne savais plus qui croire, ni qui était réellement coupable.

Et puis vient l’explosion finale.
Un dénouement que j’ai vu se dessiner sans jamais pouvoir l’anticiper pleinement.

Je ressors de cette lecture secoué, conquis, impressionné par la puissance du récit et par sa cohérence. Angélina m’a tenu du début à la fin, sans me lâcher.

Un thriller intense, éprouvant, terriblement efficace.
À lire absolument !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Quand la dernière flamme se transforme en fumée odorante et que les mains cessent de féliciter bruyamment, l’organisateur de la soirée prend la parole :
— Félicitations, Jacques! Cinq années! Quel beau chemin. Je suis heureux que nous puissions, ce soir, évoquer ton parcours puisque nous accueillons un nouveau membre, et ton expérience est une fabuleuse entrée en matière. »

« — Je préfère ne pas vous dire mon prénom, il me semble que le mot « anonyme » sur votre porte me le permet. Je suis là, comme vous tous, pour un problème lié à l’alcool, mais je ne suis pas alcoolique, et je ne l’ai jamais été.
Les visages se figent sous l’effet de la surprise.
— Pourtant, vous pouvez être fiers de moi puisque ça fait, aujourd’hui, exactement dix jours que je n’ai pas tué. »

« Ton amour. Tu m’as dit que le jour où je suis née, tu as ressenti un amour incroyable, d’une force que tu n’aurais jamais cru possible. Tu me répétais souvent que j’étais la plus belle de toutes les princesses, et surtout, que j’étais la tienne. Que rien ne nous séparerait jamais.
Que tu serais toujours là pour moi. Que notre amour était incassable. Je buvais tes paroles à m’en rendre saoule.
Aujourd’hui, j’ai encore envie de m’attacher à cet espoir, malgré ce qui s’est passé. »

« Donelli reste silencieux. Il repense aux horreurs vécues par les enfants dans ce genre de réseau, au maillage énorme qui regroupe des personnes de tous milieux, même des plus hauts et surtout de ceux touchant aux enfants. Est-il possible de réajuster ses œillères après avoir vu le pire de l’espèce humaine ? Le « faire comme si ça n’existait pas » est juste rayé de la carte. Parfois, on voudrait que le déni s’installe pour rendre la vie plus légère. Mais l’inconscient est seul maître à bord. Lui seul décide de ce qu’il envoie aux oubliettes ou non. Et quand on devient parent alors qu’on a les pieds dans l’atrocité perpétrée par certains êtres abjects, l’instinct de protection et de survie interdit à l’oubli de s’installer. »

« Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que sans le lieutenant Barrère, je serais en ce moment même en train de subir d’horribles sévices, ou pire encore, en train d’en infliger à des enfants. J’aurais préféré mourir plutôt que de devenir un monstre, mais ce sont eux qui contrôlent tout et qui décident si vous vivez ou si vous mourez, si on vous viole ou si vous violez, si on vous frappe ou si vous frappez, si vous tuez ou si vous vous arrêtez juste avant, quand la douleur de l’autre est à son paroxysme.
Ben porte la main devant sa bouche, et sa gorge s’obstrue à l’écoute de tant d’atrocités. Il prend conscience que c’est une jeune fille de 16 ans qui lui déballe tout cela. Un sentiment d’injustice se répand en lui. La vie ne peut pas imposer tant d’horreurs à une enfant et la faire grandir en enfer jusqu’à pourrir chaque cellule innocente de son corps, jusqu’à travestir son âme pure. »

Angelina Delcroix est née en 1978, à Luçon. Elle envisage de faire l’École de Gendarmerie pour travailler dans la police scientifique, mais après une Licence de Génétique et des études en Psychothérapie, et en criminologie à l’école de gendarmerie. Elle exerce comme psycho-praticienne en Vendée et consacre son temps libre à sa passion, l’écriture. Forte de ses diplômes, elle choisit le genre thriller psychologique.

Un premier roman, Ne la réveillez pas paraît en 2017 aux Éditions Nouvelles Plumes, dans lequel l’auteure crée le personnage de Joy Morel, adjudante, suivi par Si je serai grande en 2018, deux romans qui rencontrent le succès.
En 2019, sort son 3è roman, Un peu, beaucoup… jusqu’à la mort.
Angelina Delcroix se consacre désormais entièrement à l’écriture.

Ne la réveillez pas (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/02/17/un-peu-beaucoup-jusqua-la-mort/

Si je serai grande (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/08/si-je-serais-grande/

Drame, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Le Refuge des affligés

de Céline Servat
Poche – 12 février 2026
Éditions : Taurnada

Alors que Gabrielle, gendarme à la brigade de recherches de Muret, enquête sur le meurtre atypique d’un SDF, Marco et son amie Manue participent à une retraite spirituelle.
Mais rien ne se passe comme prévu dans ce coin perdu des Pyrénées, et le besoin de se ressourcer est compromis par le meurtre de l’un des occupants des lieux…

Le danger guette
et personne n’est à l’abri.

Avec Le Refuge des affligés, Céline Servat est la suite de La Vallée des égarés. Pourtant, je peux affirmer qu’il se lit parfaitement de manière indépendante…

Dès la première page, je retrouve Marco dans une situation critique. Céline frappe fort, sans détour. Très vite, je suis happé par une construction narrative nerveuse, presque addictive. Aucun temps mort, aucune respiration inutile. Les chapitres s’enchaînent, différents, tendus, et me tiennent en alerte constante. Manipulations psychologiques, violences sourdes, dérives spirituelles… tout se mêle dans ce thriller intelligent qui explore avec finesse la frontière fragile entre quête de bien-être, spiritualité et emprise.

Marco Minelli, comptable et coupeur de feu, part dans un coin reculé des Pyrénées avec sa voisine et amie Manue. Il espère y affronter ses peurs lors d’une retraite spirituelle. En parallèle, une brigade de police à Muret enquête sur le meurtre d’un sans-abri. Deux fils narratifs qui finissent par se répondre, et qui renforcent l’impression d’un piège qui se referme.

Ce que j’ai particulièrement ressenti, c’est l’isolement. Céline maîtrise son décor avec précision. Un refuge de pierre, épais, presque hermétique, qui promet guérison et apaisement à sept âmes tourmentées. Peu à peu, une atmosphère étrange s’installe. Je perçois que quelque chose ne tourne pas rond, sans pouvoir l’identifier clairement. L’isolement géographique devient une menace. Les personnages, venus chercher la paix, se retrouvent coupés de tout, fragiles, exposés à des forces qu’ils n’avaient pas anticipées.

J’ai avancé dans ce roman comme dans un tunnel. L’écriture est immersive, la tension monte, l’angoisse s’infiltre. Je me suis laissé perdre à plusieurs reprises, preuve de la maîtrise de l’autrice. Et ce dénouement… je ne l’ai absolument pas vu venir.

Une lecture prenante, dérangeante parfois, mais redoutablement efficace.
Bravo Céline !

Et un grand merci à Joël Maïssa et aux éditions Taurnada pour cette découverte.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Marco Minelli revenait à lui peu à peu. Il ne savait pas vraiment où il se trouvait. Il s’appuya contre le mur avant de s’écarter vivement lorsqu’une douleur aiguë explosa dans son crâne. Dans le même temps, une myriade de couleurs envahit sa vision, alors même qu’il était dans une semi-obscurité.
Marco ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il voulut porter les mains à ses tempes pour calmer la douleur, quand il constata avec effroi que l’une d’elles était entravée.
Un bruit de chaîne confirma cette sensation.
Où était-il ? »

« Plus elle approchait de son but, et plus la dynamique quinquagénaire se demandait comment elle allait annoncer à son compagnon de route leur véritable destination. Sur le moment, son plan lui avait semblé simple mais, une fois concrétisé, les défaillances lui sautaient aux yeux. Sa principale source d’angoisse résidait dans la réaction de son ami. Comment allait-il appréhender son mensonge ? »

« Manue était institutrice. Plutôt que de s’installer dans la routine d’une école et d’une classe, elle avait choisi de faire des remplacements, découvrant des gamins, des collègues et des organisations variés au gré de ses affectations. Mère de trois enfants qu’elle avait pratiquement élevés seule, elle était une jeune grand-mère, énergique et fonceuse. Elle n’aimait pas tergiverser et l’humour était son principal mode de communication, notamment pour désamorcer des situations critiques. Marco avait petit à petit appris à décoder son cynisme. »

« Je m’appelle Ève. Je porte le prénom de la première femme dans l’interprétation biblique, même si je m’en remets plutôt à l’univers. Je serai votre guide pendant cette magnifique semaine. N’hésitez pas à me solliciter, je suis là pour vous. »

« Dans ma tête, quelque chose ne va pas. Certains détails me rendent hyper nostalgique: si j’entends une musique que j’écoutais beaucoup à 20 ans, l’âge où j’imaginais des possibles, où je me faisais des films, les larmes me montent aux yeux, je me sens oppressé. Si je rencontre quelqu’un qui a appartenu à mon passé, que j’ai perdu de vue, je me questionne sans fin sur ce qui se serait passé si j’avais pris d’autres décisions. »

Céline Servat est une Autrice de thrillers, polars et romans noirs.

Son premier roman Internato, le premier d’une trilogie sur les dictatures et les secrets de famille, est édité par M+ éditions en 2020. En 2021, sort le deuxième tome, Norillag, et en 2022, la trilogie se conclue avec Alambre.
Elle est aussi co-autrice de deux recueils de nouvelles, Au-delà de nos oripeaux, avec G Coquery, et Une plongée dans le noir avec son frère, le musicien Tomas Jimenez.
En 2024, les éditions cairn publient Le bœuf n’a plus la cote, un polar gourmand sur le thème ovalie et gastronomie, conformément à leur collection du même nom.
Mariée et mère de deux enfants, elle vit à Encausse-les-Thermes dans les Pyrénées Hautes-Garonnaises où elle travaille comme assistante sociale auprès d’enfants qui ont des troubles du comportement.
Céline est organisatrice du salon du polar T(h)ermes noirs. Elle est membre du collectif les louves du polar.

La vallée des égarés (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/12/la-vallee-des-egares/

Émotion, Drame, Sciences, Suspense, Thriller psychologique

Chaîne de crimes

de Chris Costantini
Broché – Grand livre, 22 janvier 2026
Éditeur : Istya & Cie

À New York, un meurtre réveille les ombres d’un crime jamais élucidé, et entraîne un détective hanté dans un face-à-face vertigineux avec la mémoire, le pouvoir et la science.

New York, 10 juillet. Samantha, meilleure amie de Thelonious Avogaddro, ex-détective du NYPD, est retrouvée assassinée. Le modus operandi et l’arme rappellent étrangement le meurtre de Laura, la sœur de Thelonius, survenu exactement cinquante ans plus tôt, le même jour.​

Décidé à ne pas laisser l’affaire lui échapper, Thelonious choisit de “doubler” l’équipe officielle du NYPD, trop exposée face à la notoriété de Samantha, figure respectée du monde politique et social new-yorkais. Il rouvre alors le cold case de sa sœur, mobilisant d’anciens indics, quelques journalistes spécialisés et son expérience d’enquêteur.​

Peu à peu, l’investigation le replonge dans un New York qu’il connaît trop bien : ingérences mafieuses, entrepreneurs immobiliers sans scrupules, luttes de pouvoir locales, mais aussi passé trouble et activisme féministe de sa sœur.​

À la frontière entre tradition et modernité, Thelonious s’ouvre aux outils d’intelligence artificielle, sans jamais renier son instinct et sa connaissance intime des ressorts de l’âme humaine. Jusqu’à ce qu’il découvre le “microchimérisme”, phénomène biologique alors confidentiel, qui remet en cause la fiabilité absolue de l’ADN et bouleverse la quête de vérité.

Je découvre un nouvel auteur avec Chaîne de crimes de Chris Costantini, un polar qui m’a immédiatement happé par une intrigue vraiment singulière. Dès les premières pages, je me suis retrouvé plongé dans une enquête où la police scientifique ne se limite plus à l’ADN. Comportementalisme, intelligence artificielle et même chimérisme viennent bousculer les certitudes. Autant dire que ma curiosité a été piquée très vite.

Tout commence par un assassinat à New York. Rapidement, l’affaire prend une tournure intime pour Thelonius Avvogado, ancien enquêteur du NYPD, lorsqu’un lien apparaît avec le meurtre non résolu de sa propre sœur, survenu des décennies plus tôt. J’ai particulièrement aimé la construction du récit, qui navigue entre deux époques et fait dialoguer passé et présent avec beaucoup d’efficacité.

Au fil des pages, j’ai eu l’impression de traverser une ville pleine de contrastes. New York se dévoile dans ses zones d’ombre, entre coulisses du pouvoir, arrangements douteux et argent qui circule dans les marges. Thelonius n’est pas un héros au sens classique. C’est un homme lucide, marqué par ses blessures, dont la sensibilité et l’acuité donnent une vraie profondeur à l’histoire. Sa manière d’observer, de ressentir avant d’agir m’a touché. Et puis il y a le jazz, omniprésent, presque comme une bande-son intérieure qui a accompagné ma lecture et donné au récit une atmosphère particulière.

Ce qui m’a le plus surpris reste la dimension scientifique du roman. Elle est très présente, parfois déroutante, et m’a amené à remettre en question des certitudes que je pensais solides. J’ai découvert des notions que je ne connaissais pas du tout et je me suis même retrouvé à faire des recherches en parallèle de ma lecture. À partir de là, impossible de décrocher, la fiction semblait rejoindre la réalité.

Chris va droit au but, en maintenant une tension constante, distillant des rebondissements efficaces jusqu’au dénouement. Les personnages sont travaillés, la psychologie fine, et l’ensemble s’inscrit clairement dans la tradition du polar américain tout en l’actualisant avec intelligence. Il explore avec justesse les thèmes de l’obsession, de la mémoire et des zones grises de chacun.

Une lecture que je recommande sans hésiter.
Et un grand merci à Annelyse Geneix pour cette belle proposition de découverte.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Ce devait être un magnifique 10 juillet aux dires des météorologistes. Pourtant des nuages menaçants s’amoncelaient au-dessus de Manhattan. C’était souvent le cas lorsqu’un vent frais venu des Appalaches se fracassait sur les courants plus chauds en provenance du golfe du Mexique. »

« – C’est devenu une affaire personnelle tu comprends.
Il ne dit rien mais il me connaissait par cœur. Il savait ce qui allait suivre : que je pèserais mes mots, les martèlerais même comme une promesse que je me faisais à moi-même, qui m’engagerait jusqu’à la fin de l’enquête et même au-delà. »

« – Il s’agirait d’une arme blanche, de coups de couteau, précisa Alex. Le premier a été fatal selon le légiste. Elle… elle n’a pas souffert. Nous avons cherché et vérifié tous les instruments tranchants, l’arme est introuvable.
Le corps de Samantha était désormais caché dans une housse noire zippée, sanglé à deux endroits, prêt à être embarqué pour l’autopsie. »

« Nous nous croisions aux repas et je mesurais à chaque fois l’abysse qui séparait nos deux générations. Une tectonique en mouvement. Il n’était plus question d’hommes et de femmes qui venaient de Mars ou de Vénus, mais bien de deux générations qui habitaient deux univers interstellaires très éloignés. »

Christophe Bourgois-Costantini, qui écrit également sous le nom de Chris Costantini, est né le 14 juin 1960 à Libreville, au Gabon. Il passe son enfance en Afrique entre le Mali et le Niger, fait ses études secondaires au collège Stanislas à Paris.
Père de quatre enfants, il est écrivain, entrepreneur, et conférencier.

Il est l’auteur de plusieurs romans policiers.
2009 : La Note noire,
2011 : À pas comptés,
2013 : Lames de fond,
2014 : Il n’est jamais trop tard,
2021 : Vazco,
2026 : Chaîne de crimes, qui poursuit la saga de Thelonious Avogaddro. Avec son héros, il partage sa passion de New York, du jazz, et sa connaissance des sciences comportementales, dans des intrigues à rebondissements et qui lui ont valu le surnom de « Bashung du Polar » par Le Point.

Il obtient le prix du premier roman du Festival international du film policier de Beaune pour La Note noire, le prix du Centaure noir pour Lames de fond, deux places de finaliste au prix du Polar francophone pour La Note noire et Lames de fond et une place de finaliste au prix de la Plume de cristal pour À pas comptés.

Sciences, Thriller ésotérique, Thriller psychologique

Le secret des secrets

de Dan Brown
Broché – 9 septembre 2025
Éditeur : JC Lattès

date, Katherine Solomon. La scientifique est sur le point de publier un ouvrage révolutionnaire sur la nature de la conscience humaine.
Un meurtre sauvage va soudain précipiter leur séjour dans le chaos. Katherine disparaît, et son manuscrit est piraté sur le serveur de son éditeur. Commence alors une course contre la montre dans Prague et ses mystères. Langdon se retrouve pourchassé par une étrange créature mythologique et devient la cible d’une organisation dont le projet pourrait changer à jamais notre conception de l’esprit humain.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Dominique Defert et Carole Delporte

Dan Brown fait partie de ces auteurs vers lesquels je reviens toujours avec le même plaisir. À ce jour, j’ai lu tous ses romans, et avec Le secret des secrets, il choisit de s’éloigner de ses terrains de jeu habituels, les mystères religieux et les sociétés secrètes, pour ancrer son intrigue au cœur d’une agence gouvernementale américaine redoutablement puissante : la CIA. À travers ce cadre, il interroge le pouvoir immense que certains individus peuvent exercer, parfois sans réel contrôle, et j’ai trouvé cette orientation particulièrement pertinente et glaçante.

Et quel plaisir de retrouver Robert Langdon, mon héros fétiche, une fois encore entraîné dans une succession de situations aussi improbables que dangereuses. À ses côtés, Katherine Solomon, spécialiste reconnue de noétique, s’apprête à donner une conférence à Prague. J’avoue que ce terme fut ma première recherche internet… et certainement pas la dernière. Comme souvent chez Dan Brown, le roman ouvre une porte vers des domaines scientifiques méconnus, complexes et passionnants.

Robert et Katherine, amis de longue date, vivent enfin une relation intime empreinte de respect mutuel et de profonde affection. Robert décide de l’accompagner à Prague, où Katherine s’apprête aussi à publier un ouvrage révolutionnaire sur la nature de la conscience humaine. Mais au moment où son éditeur s’apprête à découvrir le manuscrit tant attendu, tout bascule. Les éditions sont piratées et toutes les copies du livre disparaissent. Dès lors, les deux amoureux se retrouvent pris dans une spirale de mystères, de crimes et de dangers, au cœur d’une Prague fascinante et inquiétante.

Comme toujours, j’ai été happé par ce roman érudit, dense et riche en suspense. J’y ai appris énormément de choses, tant sur l’histoire et l’architecture de Prague que sur les ponts vertigineux… Mais pas seulement ! Dans ce récit j’ai plongé entre sciences, croyances et philosophie… Fidèle à sa signature, Dan Brown précise d’ailleurs avant de commencer le roman : “Toutes les œuvres, tous les objets, les symboles et les documents cités dans ce roman sont réels. Toutes les expériences, les technologies, tous les résultats d’expériences sont rigoureusement authentiques. Toutes les organisations mentionnées existent”. Wahou !!!
Une affirmation qui donne le vertige et m’a poussé irrésistiblement à creuser les références évoquées le long de ma lecture.

Malgré ses plus de six cents pages, il m’a été très difficile de lâcher ce livre, heureusement rythmé par des chapitres courts et efficaces. Entre action haletante et réflexions stimulantes sur l’évolution de la compréhension humaine, j’ai littéralement dévoré ce thriller scientifique.

Le secret des secrets est, à mes yeux, un véritable bijou pour les amateurs de thrillers intelligents et curieux des sciences.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je devrais être morte, pensa la femme.
Elle flottait très haut au-dessus des tours de la vieille ville. Plus bas, les flèches de la cathédrale Saint-Guy brillaient au milieu d’une mer de points scintillants. Du regard – même si elle n’avait plus d’yeux -, elle contempla le château qui se dressait sur la colline, puis le labyrinthe de ruelles enneigées menant au cœur de la capitale de la Bohême. »

« Le Golem claudiquait dans la rue Kaprova, les pans de sa longue cape traînant dans la neige fondue. Sous son manteau, ses chaussures à grosses semelles compensées étaient si lourdes qu’il avait un mal fou à lever les pieds. Sur son visage et son crâne, la couche de glaise se durcissait dans l’air froid
Il faut que je rentre à la maison.
L’éther approche. »

« C’était terrifiant, Robert… Une silhouette se tenait au pied du lit. Une femme. Tout en noir. Elle avait une couronne hérissée de pointes sur la tête et elle tenait une lance argentée. Et il y avait cette odeur putride, l’odeur de la mort. Je t’ai appelé, mais tu n’étais pas là ! La femme me disait : « Robert ne peut pas te sauver. Tu vas mourir ! » Et puis il y a eu un bruit assourdissant et un grand flash de lumière. L’hôtel a explosé, il est devenu une grosse boule de feu. Et je me suis mise à brûler… j’ai senti les flammes me dévorer… »

« Mais pour être tout à fait honnête, il faut reconnaître que nombre de découvertes scientifiques ont paru absurdes au début – l’héliocentrisme, la rotondité de la Terre, la radioactivité, l’expansion de l’univers, la théorie microbienne, l’épigénétique, et j’en passe. Historiquement, la plupart des vérités scientifiques ont été considérées comme des aberrations, des choses impossibles. Ce n’est pas parce qu’une chose heurte notre entendement qu’elle n’est pas vraie et observable. Les Grecs de l’Antiquité ont soutenu que la Terre était ronde pendant deux mille ans avant que Newton puisse expliquer comment les océans restent en place grâce à la gravité. »

Dan Brown est l’auteur de l’un des plus grands phénomènes éditoriaux de tous les temps, le Da Vinci Code, mettant en scène le professeur de symbologie de Harvard, Robert Langdon, ainsi que des romans Forteresse digitale, Déception Point, Anges & démons, Déception Point, Inferno et Origine, publiés dans 56 langues et vendus à plus de 250 millions d’exemplaires.

Drame, Suspense, Thriller psychologique

Obsessions

de Émilie Chani
Broché – 15 janvier 2026
Éditeur : Éditions Taurnada

Et si traquer la vérité réveillait nos propres démons ?

1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d’un crime ordinaire.
D’autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l’affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu’il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles…

Ce roman explore les cicatrices invisibles, les liens d’emprise et la frontière fragile entre victime et coupable.

Découvrir une nouvelle plume est toujours pour moi un vrai bonheur. Mais tomber, dès un premier roman, sur une telle maîtrise narrative, une construction aussi fine, des personnages aussi profondément travaillés et un final aussi éblouissant… là, je dis simplement : chapeau bas. Obsessions d’Émilie Chani m’a littéralement scotché, du début à la fin.

Comme une araignée patiente et redoutable, l’auteure tisse sa toile avec une précision impressionnante. L’enquête policière, pourtant menée avec brio, s’est rapidement retrouvée pour moi au second plan, tant la dimension psychologique et humaine du récit s’imposait avec force. Nous sommes dans les années 80. Nina est une enfant meurtrie. Son père, ravagé par l’alcool, devient violent, jusqu’à commettre l’irréparable. Condamné à la prison ferme, il laisse derrière lui une fillette brisée, recueillie par des grands-parents incapables de lui offrir l’amour dont elle a tant besoin, pour une simple et bonne raison, ils ne l’aiment pas.

À l’école, Nina est montrée du doigt, rejetée, stigmatisée comme “la fille du prisonnier”. Même Thomas, qui s’était timidement rapproché d’elle, finit par s’éloigner par peur d’être humilié à son tour. Nina est seule, perdue, enfermée dans sa souffrance. Quelques années plus tard, sa rencontre avec Valentine lui offrira peut-être une chance de se reconstruire… ou du moins de respirer à nouveau…

En parallèle, en 1995, le commandant Victor Dufresne se voit confier une enquête sur plusieurs meurtres troublants. Sa hiérarchie, lassée de son obsession du détail, veut classer l’affaire rapidement. Le coupable est déjà trouvé. Mais Victor doute. Et ce doute va l’engloutir, l’obséder, jusqu’à mettre sa propre vie en danger.

Émilie Chani m’a emmené dans son univers avec une intelligence redoutable.
J’ai aimé me faire manipuler, croire deviner la trame, pour être sans cesse surpris par un rebondissement, un détail, un changement de perspective. Tragique, précis, nostalgique, psychologiquement violent, intimiste et terriblement efficace, ce roman m’a forcément marqué.

Obsessions est pour moi un grand coup de cœur, mon premier de 2026.
Émilie, une auteure à suivre de très près. Je n’en manquerai pas sa prochaine parution.

Un grand merci aux Éditions Taurnada.
Décidément, concentrer autant de talents sous une même bannière relève presque de l’obsession… et j’adore ça !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Faites que ça s’arrête…
Je vous en prie, faites qu’il parte, qu’il s’endorme, qu’il oublie qu’on existe…
Je veux disparaître. Je veux qu’on m’emmène loin d’ici.
Les prières silencieuses de Nina se perdaient dans le vide. Chaque soir, elle suppliait une force invisible : un dieu, un ange, n’importe quoi qui pourrait la sortir de là. Mais il n’y avait jamais de réponse. Seulement les disputes qui fendaient les murs jaunis, les objets lancés, les jurons crachés comme des coups. »

« La mère de Nina était une femme douce, mais meurtrie. Elle avançait dans la vie comme une funambule sur un fil trop mince, vacillant entre espoir et résignation, entre l’amour qu’elle portait à sa fille et l’impuissance qui l’enchaînait à un homme qu’elle ne parvenait pas à quitter.
Nina l’observait depuis toujours. Petite, elle s’accrochait à sa tendresse comme à un phare dans la nuit, guettant ses rares éclats de bonheur, ces moments volés où Marie semblait redevenir légère. Parfois, en cuisinant, elle chantonnait une vieille chanson de Barbara ou de Reggiani. Pendant ces instants suspendus, Nina croyait que tout allait bien. »

« Son regard s’orienta sur la pile de dossiers entassés à sa droite. Ce meurtre lui avait semblé anodin jusqu’à présent, mais ce détail le troublait. Il devait vérifier s’il existait un lien. Il écarta les papiers superflus d’un geste nerveux, cherchant le dossier correspondant.
L’urgence de la découverte lui mettait les nerfs à vif.
Il lui fallut moins d’une minute pour le trouver. Il l’ouvrit. Et s’arrêta net.
Le défunt a été retrouvé allongé sur le dos, la main droite posée sur le cœur. »

« Il y avait toujours un moment, juste avant de franchir la porte d’une scène de crime, où tout basculait.
L’air semblait plus lourd. Le silence plus pesant. Victor le savait. Il en avait connu des dizaines, mais ce soir-là, une étrange sensation le traversait : celle d’être déjà venu ici.
C’était absurde. Il n’avait jamais mis les pieds dans cet immeuble, jamais enquêté dans ce quartier. Pourtant, une impression fugace mais insistante lui serrait la poitrine. Dans l’air, quelque chose d’invisible rôdait, comme un avertissement silencieux. »

Émilie Chani est enseignante. Passionnée de littérature, elle explore les zones d’ombre, les liens ambigus, les silences qui en disent long.

Son premier roman Obsessions sort en janvier 2026.