Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Poésie

La Dixième Muse

de Alexandra Koszelyk
Broché – 15 janvier 2021
Éditions : Aux Forges de Vulcain

Au cimetière du Père Lachaise, des racines ont engorgé les canalisations. Alors qu’il assiste aux travaux, Florent s’égare dans les allées silencieuses et découvre la tombe de Guillaume Apollinaire. En guise de souvenir, le jeune homme rapporte chez lui un mystérieux morceau de bois. Naît alors dans son cœur une passion dévorante pour le poète de la modernité. Entre rêveries, égarements et hallucinations vont défiler les muses du poète et les souvenirs d’une divinité oubliée : Florent doit-il accepter sa folie, ou croire en l’inconcevable ? Dans cet hommage à la poésie et à la nature, Alexandra Koszelyk nous entraîne dans une fable écologique, un conte gothique, une histoire d’amours. Et nous pose cette question : que reste-il de magique dans notre monde ?

La Dixième Muse est le troisième roman d’Alexandra Koszelyk que je découvre, et une fois encore, j’ai été profondément touché par la sensibilité de son écriture. À chaque lecture, je retrouve cette plume singulière, à la fois poétique, lumineuse et d’une remarquable finesse psychologique, elle manie la langue française avec une beaucoup d’élégance.

Tout commence lorsque Florent découvre par hasard la tombe de Guillaume Apollinaire. Cet instant fait basculer son existence. Des visions l’assaillent et le plongent dans la vie du poète, de ses amours, de ses amitiés et de ses blessures. Peu à peu, Florent se laisse envahir par cette présence mystérieuse, jusqu’à consacrer tout son temps à comprendre celui qu’il considèrera dès lors presque comme un frère d’âme.

J’ai aimé la construction du roman, qui multiplie les points de vue et fait revivre Apollinaire à travers ceux qui l’ont aimé, admiré ou accompagné, de Picasso à ses muses. Cette galerie de voix compose une fresque d’une grande richesse où la poésie dialogue régulièrement avec l’Histoire.
Mais Alexandra va beaucoup plus loin. Elle imagine une dixième muse, Gaia, incarnation de la nature, des arbres et du vivant. Cette présence discrète mais essentielle apporte une dimension presque mystique au récit et rappelle combien notre lien avec le monde naturel est précieux. J’ai été séduit par cette fiction audacieuse où le réel côtoie le rêve, où le fantastique s’invite avec délicatesse sans jamais rompre l’équilibre du récit. Chaque page semble flotter entre mémoire, imaginaire et contemplation.

L’autrice rend également un magnifique hommage à l’œuvre d’Apollinaire. Ses poèmes, ses amours, son parcours militaire et son amitié avec Pablo Picasso ou Henri Rousseau prennent ici une résonance nouvelle, portée par une écriture d’une rare musicalité.
L’épilogue m’a surpris autant qu’il m’a ému et il referme ce voyage avec une infinie douceur…

La Dixième Muse est bien plus qu’un roman. C’est une ode à la poésie, à l’amour, à la création et à la nature. Une lecture envoûtante qui invite à ralentir, à contempler et à accepter de se laisser porter par la beauté des mots. J’en ressors émerveillé, avec cette sensation d’avoir voyagé dans un monde où la littérature, la mémoire et le vivant ne ferait plus qu’un.

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Extraits :

« Alors seulement on la voit, on prend conscience de son éclat. Elle, la taiseuse qu’on délaisse ou abandonne, crie ses invisibles appeaux. C’est l’heure de sa revanche, de sa révélation. Il est des naissances qui mettent une vie à se réaliser, il lui aura fallu quelques millénaires pour appréhender qui elle était. Mais elle est bien là. La Nature vibre et apporte aux hommes son abondance. Chaque arbre de chaque rue de chaque pays sur chaque continent porte ses fruits, fier et triomphant, comme ces mères qui offrent leur sein à leur enfant. Ils attendent qu’on cueille leurs fruits juteux, et leurs branches, alourdies de ces réussites, tombent et forment au sol un tapis nourricier. Les hommes se penchent, acclament cette terre, mais maintiennent dans leurs yeux la surprise de ce spectacle en plein hiver. »

« L’année précédente, sans arrêter de travailler, j’avais obtenu mon agrégation d’allemand. Quand Louise et moi avions regardé les résultats, ma compagne avait été la première à exploser de joie, elle avait poussé un cri guttural, de soulagement, qui en disait long après cette année entre parenthèses.
C’était rare qu’elle manifeste ainsi ses émotions, elle était de ces personnes introverties qui mesurent chacune de leurs paroles. Au début de notre relation, cela m’avait interpellé – je pensais qu’il n’y avait que mon père pour être aussi fort à ce jeu-là, puis je m’y étais fait. »

« Au même moment, près de la cheminée, Pablo, en train de bourrer sa pipe, a relevé la tête. Henri a continué, en chuchotant presque :
« Il m’a fallu cinquante ans pour apprendre à dessiner comme un enfant. Crois-moi, un jour, notre talent sera compris. C’est pour cette raison que je veux vous immortaliser, Marie et toi. Le poète et sa muse, par-delà les temps. »
Pablo a plissé les yeux, Gui a soufflé, puis s’est mis
à rire.
« S’il n’y a que ça pour te faire plaisir ! Commençons demain ! »
Il m’a cherchée du regard, j’ai acquiescé d’un sourire. »

« Avant ton réveil, tu murmurais des paroles indistinctes. J’ai seulement compris “café de Flore”, répété plusieurs fois. Le garçon de café a dit aux pompiers que tu sortais de ce restaurant quand le vélo t’a percuté. Tu y as oublié quelque chose, tu veux que j’y aille ? »
Les idées s’entassaient dans ma tête sans réelle logique; dans mon esprit, je venais tout juste de quitter un atelier de peinture. À chaque inspiration, je sentais encore les effluves de gouache emplir mes narines, et dans mes oreilles résonnait la voix d’une Marie. »

« Un auteur n’est rien sans un texte, et un texte n’est rien sans un lecteur ; c’est lui qui le tire des abîmes, qui lui permet de métamorphoser l’encre noire et sèche en un univers luxuriant ; l’imaginaire du lecteur permet à ces êtres de papier de grandir, de prendre leur souffle, de faire leurs premiers pas balbutiants. C’est un nuancier-éventail qui tire ses couleurs de chaque page que le lecteur tourne, et plus il grandit, plus il prend de nouvelles teintes, propres à chacune des individualités qui le traversent. C’est le pouls du lecteur qui imprime aux personnages leurs battements de cœur, ce sont leurs yeux qui distillent dans l’iris des protagonistes la braise essentielle. »

Alexandra Koszelyk est née en 1976 à Caen. Ayant vécu dans son enfance dans une commune située près de Caen (Normandie), elle mène dans cette ville ses études secondaires et supérieures.
Aujourd’hui elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien, tout en se consacrant à l’écriture. Elle est lauréate de plusieurs prix comme le prix Vleel 2022, ou le Prix Totem des lycéens 2020.

Chez Alexandra Koszelyk, le surnaturel s’invite dans les grands et les petits drames de l’Histoire, avec des romans « sidérant de poésie et d’actualité ». Cette écrivaine a baigné dans la culture ukrainienne héritée de ses grands-parents, émigrés en France dans les années 1930 (venant de la région de Galicie).

C’est aussi une blogueuse littéraire.
Sur son blog “Bric à Book”, elle organise chaque semaine des ateliers d’écriture.

À crier dans les ruines, 2019.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/22/a-crier-dans-les-ruines/

La Dixième Muse, 2021

Le Sanctuaire d’Emona, 2022

L’Archiviste, 2022

Pages volées, 2024
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/03/pages-volees/

Adolescence, Émotion, Drame, Psychologie

La mauvaise rencontre

de Philippe Grimbert
Poche – 1 septembre 2010
Éditions : Le Livre de Poche

Rien n’aurait dû séparer les deux garçons, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer.
P. G.

Par l’auteur d’Un secret.

Un beau et grand récit de l’intime. Appelé à devenir un classique du genre.
Serge Bressan, Le Quotidien.

Philippe Grimbert […] publie aujourd’hui La Mauvaise Rencontre l’histoire d’une amitié passionnelle dans laquelle on retrouve toute sa délicatesse.
Pascale Frey, Elle.

Au fond, on dirait Stefan Zweig qui aurait suivi les cours de Lacan.
Grégoire Leménager, Nouvel Observateur.

Après avoir lu Un Secret il y a quelques années, j’étais curieux de lire un autre roman de Philippe Grimbert.
J’ai eu l’occasion de trouver hier chez une amie La mauvaise rencontre et je me suis lancé. C’est un roman profondément humain qui interroge la nature de l’amitié, le poids de nos choix et la part de responsabilité que nous portons dans la vie des êtres que nous aimons.

Dès les premières pages, j’ai senti qu’un drame se préparait. Cette impression ne m’a plus quitté, tant Philippe Grimbert installe une tension discrète mais constante, comme un voile qui se soulève lentement jusqu’à une révélation bouleversante.

À travers les souvenirs de Loup, le narrateur, je découvre une amitié née dans l’enfance, profonde, fusionnelle, mais peu à peu gagnée par une emprise inquiétante. En remontant le fil de sa mémoire, il évoque Mando, son ami de toujours, mais aussi Nine, cette femme qu’il considère comme une seconde mère, et Gaby, fidèle présence de son entourage. Tous participent à ce puzzle où les non-dits, les promesses oubliées et les regrets prennent une place essentielle.

J’ai été particulièrement touché par la finesse psychologique de ce récit. Philippe ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Il préfère explorer les failles de l’âme humaine, les mécanismes de la culpabilité et cette facilité que nous avons parfois à détourner le regard lorsque les signes du mal-être apparaissent.
Au fil des chapitres, l’inquiétude grandit. L’amitié, si belle en apparence, révèle peu à peu son visage le plus sombre. Mando consigne tout dans un journal, comme s’il voulait préserver chaque instant d’un lien devenu indispensable, presque étouffant. On sent qu’un engrenage est en marche et qu’il sera bientôt impossible de revenir en arrière.

Je me suis souvent interrogé sur la responsabilité de Loup. Aurait-il pu agir autrement ? Était-il réellement capable de voir ce qui se jouait sous ses yeux ? Le roman ne délivre jamais de réponse définitive, et c’est précisément ce qui lui donne toute sa force.

La plume de Philippe est élégante, sensible et d’une grande délicatesse. Elle laisse les émotions s’installer sans jamais les souligner avec excès. Jusqu’à un final d’une intensité remarquable, où tout prend enfin son sens.

Une lecture subtile, et émouvante que je vous conseille…

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Extraits :

« Il n’y a pas eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons et ça n’a pas été plus simple pour autant. Bien sûr, les années passant, une ou deux beautés y ont fait leur apparition, trois petits tours et puis s’en sont allées. Elles ont pris le bras de l’un, la bouche de l’autre, mais cela est resté une histoire de garçons. Rien n’aurait dû les séparer, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer. »

« Disparaître, voilà à quoi j’aimais jouer, de retour du collège, au moment où je me retrouvais devant la porte cochère de mon immeuble. J’avais un rituel : jeter un bref coup d’œil alentour, pousser le battant le plus rapidement possible et me glisser comme un voleur dans la pénombre du hall. Je m’imaginais alors dans une dimension parallèle, un autre monde laissant loin derrière lui le va-et-vient des passants, la fièvre de la circulation. Tout le confirmait, la fraîcheur des murs, le moelleux du tapis d’escalier, l’élévation enfin, qui me conduisait aux portes de mon domaine. Une fois à l’abri chez moi, il ne me restait plus qu’à compter, trois, trois fois trois, trois fois trois fois trois – un autre de mes rituels – et tout s’apaisait, jusqu’au lendemain. »

« Mando, mon meilleur ami. Mando l’intransigeant avec qui je partage tout, depuis les premiers jeux au Parc. Mando qui ne me laisse jamais m’éloigner des idéaux que nous nous sommes fixés, qui pointe mes faiblesses et dont je crains le jugement.
Mando et sa force, sur laquelle je m’appuie quand, si souvent, le courage me manque. »

« Adolescents, nous nous sommes enflammés pour la littérature fantastique et nous avons scellé ce pacte enthousiaste : le premier de nous deux qui passe de l’autre côté se débrouille pour faire signe à celui qui reste. Beaucoup se le sont promis, mais nous c’est autre chose. »

Philippe Grimbert est un auteur et psychologue français.

Après des études de psychologie, Philippe Grimbert a passé une dizaine d’années en analyse chez un lacanien, avant d’ouvrir son propre cabinet. Il travaille aussi dans deux instituts médico-éducatifs, à Asnières et à Saint-Cloud, auprès d’adolescents autistes ou psychotiques.

Passionné de musique, de danse et d’informatique, il a publié divers essais, dont « Psychanalyse de la chanson » (Belles Lettres, 1996) et « Pas de fumée sans Freud » (Armand Colin, 1999).

Il est aussi l’auteur de romans,
La fille de l’être (1998),
La petite robe de Paul (2001),
Un secret (2004) qui fut adapté au cinéma (avec Patrick Bruel et Cécile de France dans les rôles principaux) et qui fut récompensé par le prix Goncourt des lycéens 2004, le prix des Lectrices de Elle et le prix Wizo en 2005,
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/04/un-secret/
La mauvaise rencontre (2009),
Un garçon singulier (2011),
Nom de dieu ! (2014),
Rudik, l’autre Noureev (2015).

Amour, Émotion, Histoire, Suspense

Gravé dans le sable

de Michel Bussi
Broché – 15 juin 2017
Éditeur : Presses de la Cité

“Ce qui importait pour elle, c’est que Lucky ne soit pas mort comme un autre sur cette plage. Cette mort, il l’avait décidée, il l’avait voulue. Lucky n’avait pas fait la guerre, il avait joué.”

Quel est le prix d’une vie ?
Quand on s’appelle Lucky, qu’on a la chance du diable, alors peut-être la mort n’est-elle qu’un défi. Un jeu. Ils étaient cent quatre-vingt-huit soldats sur la péniche en ce jour de juin 1944. Et Lucky a misé sa vie contre une hypothétique fortune.
Alice, sa fiancée, sublime et résolue, n’a plus rien à perdre lorsque vingt ans plus tard, elle apprend l’incroyable pacte conclu par Lucky quelques heures avant le Débarquement.
De la Normandie aux Etats-Unis, elle se lance à la quête de la vérité et des témoins… au risque de réveiller les démons du passé.

2007, prix Sang d’encre de la ville de Vienne (Isère)
2008, prix littéraire du premier roman policier de la ville de Lens (Pas-de-Calais)
2008, prix littéraire lycéen de la ville de Caen
2008, prix Octave Mirbeau de la ville de Trévières
2008, prix des lecteurs Ancres noires de la ville du Havre

J’aime les romans où la grande Histoire se mêle au destin de personnages ordinaires. Avec Gravé dans le sable, Michel Bussi m’a offert exactement cela. Une aventure captivante qui prend naissance au cœur du Débarquement de 1944 avant de traverser les décennies et les continents.

Des plages ensanglantées d’Omaha Beach jusqu’aux rues de Washington, en passant par une Normandie rurale profondément attachante, je me suis laissé entraîner dans une intrigue où chaque détail semble avoir son importance. L’auteur joue avec le temps, les souvenirs et les destins croisés avec une remarquable maîtrise.

Très vite, j’ai cru avoir compris où il voulait m’emmener. À peine un tiers du roman parcouru, je pensais déjà tenir la clé de l’énigme. Mais c’était sans compter sur le talent de Michel Bussi, qui adore brouiller les pistes et renverser toutes les certitudes de son lecteur. À chaque révélation succède une nouvelle question, et l’histoire repart avec encore plus de force. J’ai particulièrement aimé cette façon de mêler fiction et contexte historique. Sans prétendre raconter la vérité, le roman s’appuie sur des événements bien réels et leur donne une dimension profondément humaine. On sent que derrière chaque page pourrait se cacher une histoire ayant réellement existé.

Les personnages m’ont beaucoup touché. Leurs blessures, leurs espoirs, leurs fidélités et leurs failles les rendent profondément attachants. Même ceux qui semblent les plus sombres ne se résument jamais à un simple rôle de méchant. Chacun possède sa part d’ombre, mais aussi sa vérité.

La plume de Michel Bussi est fluide, élégante et terriblement efficace. Les chapitres s’enchaînent avec naturel et rendent la lecture particulièrement addictive. Impossible de refermer le livre sans vouloir connaître la suite. J’ai également apprécié la touche de romantisme qui traverse discrètement le récit. Elle apporte beaucoup d’émotion sans jamais prendre le pas sur le suspense.

Au fil des pages, j’ai douté, espéré, changé plusieurs fois d’avis, réclamé justice pour certains personnages… avant de me laisser surprendre une dernière fois par un dénouement surprenant mais parfaitement maîtrisé.

Avec ce premier roman, publié à l’origine sous le titre Omaha Crimes, Michel Bussi démontrait déjà tout ce qui fera ensuite sa réputation. L’art de construire des intrigues redoutables et de faire vaciller nos certitudes jusqu’à la dernière page.

J’ai refermé ce livre avec la sensation d’avoir vécu une formidable aventure humaine, où les blessures du passé continuent de façonner les destins.
Un roman passionnant, émouvant et remarquablement construit, que je ne peux que vous recommander. Un très agréable moment de lecture.

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Extraits :

« La péniche ouvrit son ventre. Les cent quatre-vingt-huit rangers plongèrent dans l’eau froide puis se dispersèrent rapidement. Vus du haut de la Pointe-Guillaume, ils n’étaient guère plus grands que des fourmis sur une nappe froissée.
Difficiles à viser.
Lucky Marry parvint le premier sur la plage, à peine essoufflé. Il s’allongea dans le sable humide, protégé par un petit bloc de granit et la lourde caisse d’explosifs qu’il posa devant lui. Il entendit des bruits de pas rapides dans son dos et un souffle court. Ralph Finn se jeta lui aussi derrière l’abri de fortune.
Vivant ! »

« La Pointe-Guillaume se présentait comme un piton rocheux dominant la falaise normande, coiffé d’un blockhaus et hérissé de canons ; elle était considérée par les stratèges comme l’un des sites les plus importants de l’opération Overlord. Dans la péniche s’entassaient donc cent quatre-vingt-sept jeunes volontaires américains enthousiastes, pétant de santé à grimper et redescendre depuis un mois les falaises anglaises, facilement maintenant, ayant désormais la main ferme, sans vertige, bruyants le soir au bar, buvant et riant, fiers et confiants, en eux, en leur étoile, dans les étoiles de ce drapeau protecteur qu’ils devaient aller planter en haut de la Pointe-Guillaume. »

« Toute la journée du 6 juin 1944, Lison Munier et ses parents restèrent dans la cave de leur petite maison de pierre au centre de Château-le-Diable. Toute la jour-née, il était tombé des bombes. Lison, dans sa cave, avait la même sensation que les dimanches de pluie, quand elle était petite, quand elle n’avait pas le droit de sortir alors que tous les autres jouaient dehors. Le soir, on entendit les bombes s’éloigner, comme un orage qui passe. Lison, son père et sa mère sortirent regarder le ciel, juste devant chez eux. Ils étaient les premiers du village à s’aventurer dehors, ils avaient dû céder à l’impatience de Lison. »

« — Je suis le lieutenant Dean. Je dirigeais le commando rangers qui a mené l’assaut. J’ai reçu votre courrier. Je suis désolé, pour Lucky. Je comprends que vous soyez venue, je crois qu’il faut se rendre ici pour comprendre. De là-bas, des Etats-Unis, on ne peut pas imaginer, il faut venir ici sentir la mort et la poussière. Si vous en avez le courage, accompagnez-moi jusqu’à la plage, vous comprendrez encore mieux.
Alice monta dans la Jeep à côté du lieutenant.
— Je…
Alice hésita à utiliser le présent. Finalement, elle l’utilisa tout de même :
— Je n’arrive pas à croire à la mort de Lucky. »

Michel Bussi naît le 29 avril 1965 à Louviers. Dès ses 6 ans, il s’amuse à inventer des jeux de mots et des histoires. Plus tard, il dévore les romans policiers pour adolescents, comme Le Club des cinq ou Alice.

À 18 ans, il entame des études de géographie à l’université de Rouen et se spécialise dans la géographie électorale. Dans les années 1990, il devient lui-même professeur de géographie à l’université et dirige jusqu’en 2016 un laboratoire de recherche du CNRS. Éminent politologue, il est régulièrement sollicité par les médias.

Auteur polyvalent et ne se limite pas à l’écriture de polars. Passer du thriller au roman d’amour ne le dérange pas. Au contraire, en explorant d’autres formes d’écriture, que ce soit en BD ou à l’écran, l’auteur aime raconter d’autres histoires. Michel Bussi a notamment écrit N.E.O une quadrilogie pour adolescent qui décrit un monde au bord de l’implosion le jour où les adultes ont subitement disparu. L’auteur a également adapté certains de ses romans en BD, à l’instar de : Nymphéas Noirs (2019), Gravé dans le sable (2020) et Un avion sans elle (2021).

Les romans de Michel Bussi font chaque année parler d’eux. Un avion sans elle vend ainsi plus de 800 000 exemplaires en France et obtient les prix Maison de la Presse et celui du meilleur polar francophone en 2012. Ne lâche pas ma main est finaliste du grand prix de littérature policière, tandis que N’oublier jamais remporte le prix du talent littéraire normand en 2016. Maman a tort, Le temps est assassin et On la trouvait plutôt jolie sorti en 2017 continuent sur la même voie.

Émotion, Drame, Psychologie, Suspense, Thriller

La nuit n’est jamais complète

de Niko Tackian
Broché – 17 mai 2023
Éditeur : Calmann-Lévy

UN HUIS CLOS SUFFOCANT À CIEL OUVERT

Un désert de rocaille écrasé par le soleil. La route à perte de vue. Arielle et Jimmy parcourent le bitume de ce paysage hostile au volant de leur vieille Ford, vers une destination mystérieuse. Mais quand le père et la fille tombent sur un barrage de police et sont obligés de passer la nuit sur place, tout dérape…
Ils se réveillent abandonnés, naufragés de l’asphalte, avec trois autres rescapés. À quelques kilomètres de là, deux immenses tours métalliques se dressent, cadavres rongés par la rouille et le temps. Quelques maisons en tôle froissée se serrent pour se protéger du vent. Cette mine désaffectée sera leur refuge. Ou leur pire cauchemar… Car sont-ils vraiment seuls ?

(Re)Découvrez La nuit n’est jamais complète, un thriller terrifiant et addictif !
Écriture visuelle, scénario ficelé à la perfection, final déstabilisant : tout ce qui fait la force de Niko Tackian est déjà présent dans ce texte enfin réédité et accompagné d’une préface inédite de l’auteur.

Une lecture en apnée dont vous ne sortirez pas indemnes !

J’ai eu l’occasion de rencontrer Niko Tackian, un sacré personnage au regard impressionnant ! Je voulais lire ce roman… En me le dédicaçant, il m’avait simplement écrit : « Bonne lecture… et bonne chance. » Sur le moment, j’avais souri. Une fois le livre refermé, j’ai compris toute la portée de ces mots.

Vous le savez, je suis particulièrement sensible aux ambiances, et La nuit n’est jamais complète m’a littéralement happé. Dès les premières pages, je me suis senti désorienté, perdu au milieu d’un désert brûlant où chaque certitude semblait s’effondrer. Et c’est précisément cette sensation que j’ai adorée. Tout commence comme un simple voyage qui tourne au cauchemar. Jimmy et sa fille Arielle se retrouvent bloqués avec trois inconnus sur une route coupée, avant de s’enfoncer dans un décor aussi fascinant qu’oppressant. Un village minier abandonné, un silence inquiétant, des papillons noirs dessinés sur les murs, des phénomènes inexplicables… Niko Tackian construit un véritable piège psychologique dont il devient impossible de s’échapper.

J’ai eu l’impression de voir un film tant les scènes défilaient avec une force visuelle incroyable. La chaleur écrasante, les nuits étouffantes, la peur omniprésente et cette impression constante d’être observé créent une tension qui ne retombe jamais. À plusieurs reprises, j’ai élaboré des théories, imaginé mille explications… pour finalement me tromper à chaque fois. Ce que j’aime profondément chez cet auteur, c’est sa capacité à nous faire croire au fantastique avant d’offrir une explication rationnelle, toujours intelligente et parfaitement amenée. Mais derrière ce thriller d’une redoutable efficacité se cache aussi une véritable réflexion sur les blessures humaines, la mémoire, les liens familiaux et la manière dont notre esprit affronte les traumatismes. La relation entre Jimmy et Arielle m’a particulièrement touché, apportant une belle dose d’émotion au cœur de cette descente dans l’inconnu.

La plume de Niko est à la fois incisive, immersive et profondément humaine. Même lorsqu’il nous entraîne dans les ténèbres, il laisse toujours filtrer une fragile lumière d’espoir.
J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir traversé une expérience autant psychologique qu’émotionnelle.

Un thriller brillant, oppressant, impossible à lâcher, qui prouve une nouvelle fois le talent de l’auteur pour manipuler nos certitudes sans jamais perdre de vue l’essentiel : l’humain.
Une lecture que je vous conseille… Faites comme moi, lisez-le de préférence en pleine nuit.

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Extraits :

« Ruta n° 33. C’est ce qu’Arielle eut le temps d’apercevoir sur le petit panneau à moitié dissimulé par la poussière de la piste. Jimmy conduisait depuis trois heures, sans interruption, au milieu de ce paysage quasi désertique. Le bitume, rongé par le soleil, lézardait entre d’immenses champs de pierres grises et noires, encadrés de montagnes ciselées comme des dents de requin. À peine apercevait-on çà et là quelques clôtures en schiste qui délimitaient d’improbables propriétés et formaient avec les moutons et les chèvres sauvages le seul signe de vie depuis leur départ. Arielle savait qu’ils devaient se rendre dans cette ville, même si elle n’avait pas compris l’urgence avec laquelle son père l’avait pressée de faire ses valises. Maintenant ils étaient embarqués tous les deux dans ce voyage et elle pouvait ressentir à quel point il semblait important pour Jimmy. Il avait les mains crispées sur le volant, le regard tendu vers l’horizon et sa jambe droite bougeait légèrement en signe de
nervosité.
— Tout va bien aller, papa, dit-elle, en lui posant une main sur l’épaule. »

« Le café avait un goût huileux et une amertume désagréable. Jimmy observait sa fille qui s’était éloignée de quelques pas pour jeter le contenu de sa tasse sur le sable. À dix-sept ans, elle était presque devenue une femme. Toute en jambes dans son short en jean, elle portait un débardeur jaune sur lequel on pouvait lire « Go Tigers Go ». Ses cheveux noirs coupés court et sa silhouette de danseuse lui rappelaient sa femme. Il n’arrivait pas à se résoudre à l’appeler ex-femme, même si la maladie l’avait emportée depuis près de dix ans. Jimmy ne croyait pas vraiment à la mort. Il pensait que les esprits continuaient à vivre quelque part, tant que leur âme n’avait pas réussi à trouver le repos. Ses parents avaient beau avoir lutté bec et ongles pour lui donner une bonne éducation catholique, il n’avait jamais usé les bancs de l’église. Et pourtant, très tôt dans sa vie, il avait développé une sorte de dialogue intérieur. Dialogue avec qui ? Dieu, son inconscient, il ne savait pas. »

« Une chose était sûre, ce flic les avait abandonnés à leur sort. Ils ne pouvaient plus compter que sur eux. Pourtant, Victor n’arrivait toujours pas à l’admettre.
— Peut-être qu’on devrait attendre ici. Le flic va revenir, c’est pas possible qu’il nous laisse seuls toute une journée.
Jimmy se retourna vers lui et prit ce ton paternaliste qu’il utilisait chaque fois qu’il fallait convaincre un auditoire. Ça rappelait à Arielle les fréquentes disputes entre ses parents dont elle avait été témoin. »

« Comment est-elle arrivée là ? fut la première question qui lui vint à l’esprit. C’est alors qu’il sentit une présence sur sa droite. Une grande femme aux longs cheveux bruns portant une robe blanche se tenait debout à quelques mètres de lui et fixait l’horizon. Elisabeth avait un visage allongé et légèrement ovale. Ses traits fins formaient une symétrie parfaite, mis à part la partie gauche de sa bouche qui remontait légèrement, lui donnant un petit air moqueur que Jimmy avait toujours adoré et qu’elle avait transmis à sa fille.
— Je rêve, dit-il à son intention. »

Nicolas Tackian ou Niko Tackian est un scénariste, réalisateur et romancier français.

De l’écriture à la réalisation, il s’exprime avec le même engouement au cinéma, en bande dessinée, à la télévision et dans les jeux vidéo.

Il a été journaliste et rédacteur en chef de différents magazines de presse avant de devenir scénariste. Il devient auteur de bande dessinée et signe son premier projet aux éditions Semic, avant de rejoindre l’équipe de Soleil Productions avec laquelle il va signer plus de 30 albums.

Thriller ésotérique, science fiction, dark fantasy, anticipation, polar, fantastique sont autant d’univers qu’il aime explorer en BD (« Kookaburra Universe« , « Le Syndrome de Caïn« , « L’Anatomiste« , « Orks« , « La Compagnie des Lames« , « Corpus Hermeticum« …).

Il devient également scénariste pour la télévision et signe plusieurs dizaines de téléfilms avant de créer avec Franck Thilliez, en 2015, la série « Alex Hugo » pour France 2 dont il continue d’assurer une partie des scenario.

En 2008, il écrit et réalise son premier film « Azad« , primé dans de nombreux festivals à travers le monde.

Après une minutieuse enquête sur le phénomène de la mort imminente, il écrit « Quelque part avant l’enfer » (2015), son premier roman et obtient le prix des lecteurs au festival polar de Cognac 2015.
Suivra « La nuit n’est jamais complète » en 2016 (lauréat du prix du polar lycéen d’Aubusson 2018) puis il change d’éditeur et publie « Toxique » (2017), puis « Fantazmë » (2018) et « Celle qui pleurait sous l’eau (2020), une trilogie introduisant le personnage de Tomar Khan, commandant à la brigade criminelle parisienne.
En 2019 son thriller « Avalanche Hôtel » obtient de nombreux prix, dont le célèbre « prix de la ligue de l’imaginaire« , qu’il intègre la même année rejoignant des auteurs à succès tels que Bernard Minier, Bernard Werber, Olivier Norek, Maxim Chattam et son camarade Franck Thilliez.
En 2021, il publie « Solitudes » aux éditions Calmann-Levy.

Page Facebook : https://www.facebook.com/niko.tackian.auteur/

Amour, Émotion, Drame, Famille, Frisson horreur, Histoire vraie, Violence

Les Mutilées

de Vincent Villa
Broché – 9 juin 2026
Éditeur : auto-édition

Léa, sept ans, appelle soudain sa mère au secours dans l’eau de son bain en lui avouant l’horreur qu’elle subit : son père, Maxence, lui « gratte la zézette ». Pour Émilie, séparée de cet homme qu’elle a fui avec sa fille, débute alors un cauchemar au long cours. Indifférent à la souffrance de Léa, le système cogne sur Émilie autant qu’il caresse Maxence, s’acharnant sur la protectrice pour mieux protéger le violeur. L’amour maternel, l’arme des plus poignants combats, même les plus désespérés, lui permettra-t-il de sauver l’être le plus cher à ses yeux ?

Journaliste et auteur, Vincent Villa, déjà six thrillers dans son sillage créatif, signe là son premier roman noir, entre intrigue fictionnelle et réalité documentaire, sur le sujet révoltant des mères désenfantées.

Avant toute chose, je tenais à remercier Vincent Villa pour la confiance qu’il m’a accordée en me confiant la réalisation de la couverture de « Les Mutilées ». C’est un projet qui m’a profondément touché, mais je n’imaginais pas, en ouvrant ce livre, à quel point son contenu allait me bouleverser.
Durant ma lecture, j’ai eu beaucoup de mal à le considérer comme un simple roman tant le sujet abordé est grave, documenté et profondément humain. À chaque chapitre, j’ai senti le travail de recherche de l’auteur, sa volonté de comprendre avant de raconter, mais surtout de donner une voix à celles et ceux qui peinent parfois à être entendus.

Tout commence lorsque Léa, sept ans, révèle à sa mère, Émilie, les violences sexuelles qu’elle subirait lors des visites chez son père. Dès cet instant, la vie de cette mère bascule dans un combat dont elle ne mesure pas encore l’ampleur. Elle pense protéger son enfant. Elle va pourtant se retrouver confrontée à une mécanique judiciaire et institutionnelle qui la pousse progressivement dans ses retranchements. J’ai ressenti beaucoup de colère, des envies de tuer aussi, puis une immense détresse en suivant son parcours. Vincent ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Il montre, avec une grande sobriété, l’usure psychologique d’une femme qui s’effondre peu à peu sans jamais renoncer à défendre sa fille. L’écriture est incisive, rythmée, parfois presque poétique, mais cette beauté de la langue ne fait que renforcer la violence de ce qui est raconté. Le suspense, les rebondissements et la construction du récit rendent la lecture impossible à interrompre. J’avais constamment besoin de connaître la suite, tout en redoutant ce que j’allais découvrir.
Ce qui m’a le plus marqué reste cette réflexion sur la difficulté, pour certaines victimes, de faire entendre leur parole. Le roman met en scène des mécanismes institutionnels qui interrogent profondément et qui nourrissent une véritable réflexion sur la manière dont sont vécues certaines procédures judiciaires.

J’ai également été très sensible à la force du lien entre une mère et son enfant. Cet instinct de protection traverse tout le récit et donne à Émilie une puissance émotionnelle remarquable malgré son épuisement.

« Les Mutilées » est un roman noir, mais c’est aussi un texte profondément humain. Un livre qui dérange, qui secoue, qui révolte et qui pousse le lecteur à réfléchir bien au-delà de son intrigue.
J’ai refermé ce roman avec une émotion immense, le cœur lourd, mais convaincu d’avoir lu un ouvrage important.

Merci Vincent pour ta confiance. Je suis profondément fier d’avoir participé, à ma manière, à cette aventure…
Ton roman mérite d’être lu, partagé et discuté. Parce que certaines histoires dépassent la fiction et qu’elles nous obligent, tout simplement, à ne plus détourner le regard.

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Extraits :

« Elle assécha ces sanglots belliqueux d’un violent revers de manche. Ce n’était pas le moment d’abandonner à ses émotions la conduite, risquée, de ses actes, qui la propulseraient encore plus loin sur les chemins de l’illégalité. Une perspective assumée depuis qu’elle avait hâté l’heure de coincer leur existence dans quelques bagages, de la compresser, de la ratatiner, d’en emporter l’essentiel en réduisant le reste à une infinité d’insignifiances. Léa – de grands yeux sombres qui pataugeaient dans l’étendue sans fin de son chagrin – n’avait cure de ce sacrifice maternel orienté vers une quête ultime qui transcendait toutes les autres : apparier de nouveau le quotidien de sa fille avec l’allégresse, la légèreté, si du moins son trauma l’autorisait un jour à prétendre à ces douceurs que tout enfant de son âge devait revendiquer. »

« — Vous ne pouvez pas nier, maître, que les deux paroles s’opposent et que dans ces situations antagonistes, coutumièrement, il est compliqué de se forger un avis clair.
— Celui exprimé au printemps 2022 était le bon. Ma cliente avait été littéralement chassée par monsieur du domicile familial dans un climat très tendu, prémices de violences conjugales.
Bardés de douleur, les yeux d’Émilie lançaient des appels au secours silencieux, SOS écrits avec le cœur: la gifle, la gifle, la gifle!
— Y a-t-il eu un dépôt de plainte, à tout le moins de main courante, maître?
— Non, monsieur le juge.
— Très bien. Si chacun en a terminé avec ses arguments, l’audience est finie. Vous recevrez le délibéré dans un mois environ.
Sans aucun délai, Maxence tourna vers elle un visage dur fardé d’une assurance tranquille, comme habité par la certitude ostensible de triompher: ses pouces levés, provocateurs, célébraient déjà sa victoire écrasante. »

« — Tu veux te cacher à ton tour, Zoé ? demanda Jeanne en lui tendant un paquet de crocodiles, friandises molles, colorées et évidemment très sucrées, qu’elle avait largement contribué à décimer.
La question a priori inoffensive déclencha une rafale de pleurs ! La terreur soudaine, irrépressible, semblait ressusciter un trauma au sein du cerveau de Zoé, activer les zones les plus sensibles de sa mémoire !
Mylène jaillit et devança l’adulte inquiète pour prodiguer un réconfort morcelé en une étreinte et quelques bisous, baume tendre sur blessure à vif. La voix de Judith perça les pensées bouleversées de Jeanne, dans lesquelles s’entrechoquaient les échos d’une souffrance tenace.
— On dirait qu’elles se sont reconnues, jugea la nouvelle arrivante.
— Ce sont des sœurs de douleur… Elles doivent se reconstruire, à des degrés divers. D’où le surnom de l’endroit qui nous accueille, l’Atelier des cœurs brisés ?
Une lueur sombre traversa le regard clair de Judith, fila dans un ciel bleu bordé de mélancolie. »

« — Je sais que je prends le risque d’être sanctionnée pour ce que je dis. Mon avocate m’a mise en garde plusieurs fois. Parler doit être bien plus grave que violer, aux yeux des juges. D’après elle, quand un papa passe très bien avec son avocat qui sait parfaitement le défendre, c’est plus facile de se dire que c’est lui qui incarne la société française et pas l’hystérique en train de hurler qu’on lui vole son enfant, qui se répand dans la presse et sur les réseaux sociaux, fait des vidéos, écrit au ministre de la Justice puis au président de la République, ou encore à la première dame de France. Bref, qui ne sait plus quoi faire, alors qu’elle n’est pas une mère protectrice, mais une mère empêchée de protéger son enfant!
On ne me fera pas taire pour autant. Vous entendez ? On ne me fera pas taire ! Je n’accable pas ces mères qui font un compromis et acceptent ce qu’il se passe pour continuer à recevoir leur enfant chez elle, mais c’est au-dessus de mes forces, me concernant ! »

Spécialiste du ballon rond à France Football puis à L’Equipe, Vincent Villa est attiré par l’écriture romanesque depuis longtemps. Mais ce journaliste sportif attend 2017 pour enfin céder à ses envies de saisir la plume dans le but d’écrire des fictions plutôt que d’informer, même si les deux ne sont pas incompatibles. Depuis des années, les polars comme les thrillers accaparent ses moments de lecture et c’est à ce moment-là que s’engager sur le chemin de la littérature noire devient une lumineuse évidence à ses yeux.

Une année plus tard nait son tout premier roman, “Je mangerai ton cœur« . Tour à tour sombre, romantique, haletant, journalistique, ce thriller attire l’attention des défricheurs de talent chez France Loisirs. Fin 2019, il rejoint les nouveaux auteurs des “Editions du 123. » En 2020, ce titre est lauréat du prix du salon du livre du Pays Noir, à Charleroi.

Mais un second roman est déjà prêt, et édité à peine quelques mois plus tard. À travers “PARADICTION« , paru au printemps 2021, la plume devient davantage sombre et tortueuse, trempée dans le machiavélisme et l’obscurité des âmes. Son troisième thriller, « #JE SUIS LILLY« , renoue avec une thématique chère à cet écrivain sensible, les violence faites aux femmes, en même temps qu’avec la noirceur vengeresse et les rebonds macabres, en arrière-plan de l’insoutenable résignation pour un fait divers tragique : un meurtre, un féminicide.

Écrivain à la plume percutante et inspirée de questions sociétales ancrées dans l’actualité, Vincent Villa aime l’écheveau conflictuel de la conscience, aux confins de la moralité et des pulsions primaires, et les intrigues entrelacées libèrent la tension du dénouement, comme l’achèvement complexe d’un puzzle littéraire. Une manière de concevoir ses histoires récompensée en 2023 lorsque son quatrième ouvrage, “ADHaine« , remporte le prix des salons Loiret Crimes et Noires Sœurs.

Le suivant, « Le cimetière des enfants perdus« , lui permet pour la première fois de remettre en scène des personnages d’un livre précédent, « #JE SUIS LILLY« . Axé sur la pédocriminalité, ce nouveau roman dénonce ce fléau sans verser dans la glauque. Dans sa double volonté de divertir et de dénoncer, Vincent Villa cherche en permanence un équilibre très subtil à trouver, tant l’écriture est sans filet. Une volonté confirmée avec « ANIMAL LECTER« , son sixième thriller, consacré aux animaux, avant une incursion dans le roman noir. Sa nouveauté, en effet, porte sur le scandale des mères désenfantées et l’inceste : un cri du cœur et de colère poussé à travers « Les Mutilées« .

Émotion, Humour, Suspense

C’est moi qui raconte

de Gérard Papier-Wagner
Broché – 10 mai 2026
Éditeur : Auto-édition

Paul découvre peu à peu qu’il est mort et réincarné en chat. Sa pleine conscience de soi et la mémoire presque intacte de son existence antérieure font de cet ancien journaliste un observateur privilégié de la société, ce d’autant qu’il bénéficie des exceptionnelles capacités physiques et sensorielles des chats.
Doit-il se réjouir de cette situation ou regretter de ne pas être mort, simplement ?

Une nouvelle fois, Gérard Papier-Wagner m’a fait le plaisir de me confier son dernier roman, et je tiens à le remercier sincèrement pour cette nouvelle invitation à découvrir son univers.

Avec C’est moi qui raconte, j’ai été surpris dès les premières pages par le choix audacieux de l’auteur. Gérard prend un chemin différent de ceux qu’il m’avait proposés jusqu’à présent et délaisse ses “frontières habituelles” pour nous offrir une histoire profondément humaine, pleine d’émotions et de réflexions.

J’ai suivi Paul, journaliste à Ouest-France, qui se réveille un jour dans le corps d’un chat nommé Nuage. Mais ce qui aurait pu être une simple métamorphose devient rapidement une aventure singulière lorsqu’il découvre qu’il va être adopté par Maude, son ancienne compagne. À partir de cet instant, le récit prend une dimension totalement différente, entre tendresse, humour et questionnements philosophiques. Je me suis immédiatement attaché à ces personnages aussi surprenants qu’authentiques : Paul, Maude, Sophie, Charles… Chacun possède sa propre histoire, ses blessures, ses contradictions et cette part d’humanité qui rend leurs parcours profondément crédibles.

Mais au centre de tout, il y a Nuage. Un chat pas vraiment comme les autres… Car derrière ses yeux de félin se cache toujours l’esprit de Paul. Alors il tente de vivre cette nouvelle existence sans jamais révéler son secret, même si certaines situations deviennent franchement étonnantes ! Comment ne pas sourire devant ce chat qui utilise les toilettes et tire la chasse, ou qui développe une passion inattendue pour les échecs en déplaçant les pièces sous le regard médusé de son ancien adversaire préféré ? Et que dire de cette scène où il intervient pour sauver une jeune femme attaquée en pleine rue, en griffant violemment son agresseur ?
Nuage est drôle, attachant, parfois déroutant, mais surtout terriblement humain.

J’ai aimé la façon dont Gérard glisse progressivement des réflexions sur l’existence, l’amour, la mémoire, les choix de vie et ce qui définit réellement notre identité. Derrière cette histoire originale se cache une profonde interrogation. Sommes-nous uniquement ce que les autres voient de nous, ou existe-t-il une part de nous-même qui dépasse notre apparence ?

Cette construction particulière pourra peut-être surprendre les lecteurs habitués à l’univers précédent de Gérard, mais pour ma part, j’ai trouvé ce changement de direction totalement réussi. Il faut parfois accepter de se laisser surprendre par un auteur, et c’est justement ce que j’attends d’une lecture, être bousculé, émerveillé, questionné. “C’est moi qui raconte” est devenu pour moi un roman à part, une parenthèse littéraire pleine de douceur, d’humour et d’émotion. Une histoire qui parle finalement autant des chats que des humains, de nos failles, de nos regrets, mais aussi de notre capacité à aimer et à renaître autrement.

J’ai refermé ce livre avec le sourire, mais aussi avec cette sensation d’avoir vécu un voyage différent.

Merci Gérard, pour m’avoir permis de regarder le monde, l’espace d’un instant, à travers les yeux d’un chat.

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Extraits :

« Pour lui s’écoulèrent d’abord les jours sans autres repères que ses nécessités vitales, jusqu’à ce que des réminiscences et des indices ne lui fissent comprendre avec stupeur, qu’il était mort et réincarné en chat. »

« Passée sa frayeur, Paul niché dans le blouson de sa bienfaitrice le temps du trajet reconnut le parfum très spécial de Sophie sans encore bien en saisir les implications. Mais une fois dans son appartement, se vit-il aussitôt assailli de souvenirs par bribes jusqu’à ce qu’émargeât un tout cohérent. Ceci découlait du paradoxe de son état, où son esprit fort de ses facultés intactes s’était réincarné dans le corps d’un chat nouveau-né, dont l’instinct de survie prima les premiers temps toute autre fonction cérébrale. A présent âgé de neuf semaines le chaton Nuage possédait une maturité suffisante pour que l’électrochoc de l’agression associât ses capacités cognitives à l’intellect de Paul conservant en mémoire sa vie antérieure. »

« Elle ne s’attarda pas, mais sur le chemin du retour, se prit à penser au réconfort de la compagnie d’un chaton. Aussi le lendemain soir installa-t-elle Nuage au rez-de-chaussée doté d’une petite cuisine et d’un WC, où elle mit son bac à litière.
Dans la grande pièce attenante, un plaid plié en quatre sur le vieux fauteuil devrait d’autant mieux plaire au nouvel occupant, que de là il pourrait observer les moineaux et pigeons du jardin. »

« Paul captif de Nuage se voyait le chroniqueur muet d’une histoire dont il se repassait le film en boucle lors de ses interminables demi-sommeils de félin bien au chaud. Comment, dans cette équivoque, ne pas mélanger le réel et le rêve, ou parfois le cauchemar ? Il lui arrivait de se voir face à un tribunal mettant en cause Maude, Charles et les autres.
— Qui êtes-vous ? demandait le juge, sourcil froncé.
— Je m’appelle Paul et je suis réincarné en chat.
— Les âmes, par nature immortelles puisqu’immatérielles, n’ont pourtant pas vocation à se souvenir. Que la vôtre garde la conscience d’elle-même est suspect. Seriez-vous maudit ?
— Demandez à Dieu. »

« — Prouve-moi que je n’ai pas rêvé, lança-t-il à Nuage ayant sauté sur le guéridon. Commence la partie.
D’un air négligent le chat poussa un pion blanc, Vincent un pion noir, et ainsi de suite quatre fois de manière cohérente, bien que Paul se fût juré de ne pas se laisser reprendre au jeu.
— Merci de me prouver que je ne suis pas encore gâteux.
Sois tranquille, je ne dirai rien à Maude, elle s’inquièterait. »

……………………………

Né en 1941 à Paris, diplômé architecte en 1966, Gérard Papier-Wagner a exercé en tant qu’urbaniste-architecte à Pointe-Noire en République du Congo, puis à Batna dans les Aurès en Algérie avant de travailler, en libéral à Rennes, dans sa propre agence d’architecture jusqu’en 2001.

Mona
https://leressentidejeanpaul.com/2023/03/22/mona/

LE PARFAIT inconnu
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/21/le-parfait-inconnu/

À cause du Zibaldone
https://leressentidejeanpaul.com/2023/05/28/a-cause-du-zibaldone/

Le disparu de Monrovia
https://leressentidejeanpaul.com/2023/06/27/le-disparu-de-monrovia/

La double vie des Jodlere
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/25/la-double-vie-des-jodlere/

Le rendez-vous de Tchimbamba
https://leressentidejeanpaul.com/2023/12/21/le-rendez-vous-de-tchimbamba/

Le triptyque
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/05/le-triptyque/

Dragon qui boite
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/07/dragon-qui-boite/

L’Autre versant
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/11/lautre-versant/

Le funeste génie d’Alexandra
https://leressentidejeanpaul.com/2025/11/23/le-funeste-genie-dalexandra/

Adolescence, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Histoire

Le chant des bannis

Le destin d’un jeune cagot en aquitaine
de Jacquie Béal
Broché – 28 mai 2026
Éditions : Terres de l’Ouest

Dans la Chalosse du XVe siècle, au crépuscule de la guerre de Cent Ans, Mariette, treize ans, survit sous la coupe d’un oncle violent et de sa marâtre tout aussi cruelle.
Sa vie bascule le jour où elle sauve Jaufré, un chrestia* traqué et accusé à tort. Condamnés à se cacher, ils se retrouvent pourtant au cœur des intrigues d’un baron, puis des ambitions guerrières d’un seigneur prêt à tout pour la gloire.
Entre mensonges, musique et danger, leur complicité grandit. Et dans un monde ravagé par la peur et les préjugés, combien de temps pourront-ils échapper à leur destin ?
À Dax, puis en Chalosse et jusqu’à la bataille de Castillon, Mariette et Jaufré avancent ensemble au rythme des conflits et des chansons telles deux âmes rebelles qui n’ont qu’un rêve : fuir… et gagner leur liberté.

*Chrestia est le nom donné aux Cagots d’Aquitaine au XVe siècle.

Il y a des auteurs dont je sais, dès les premières pages, que je vais être emporté. Jacquie Béal fait incontestablement partie de ceux-là. À chacun de ses romans, je retrouve cette passion profonde pour l’Histoire, cette érudition impressionnante, mais surtout cette capacité rare à faire naître des émotions à travers les mots. Elle ne se contente pas de raconter une époque, elle lui redonne vie.

Avec Le chant des bannis, elle m’a une nouvelle fois transporté. En quelques lignes seulement, j’ai quitté notre époque pour rejoindre l’Aquitaine du XVe siècle, une terre marquée par les conflits, les injustices et les bouleversements d’un monde en pleine mutation.

J’ai découvert l’histoire de Mariette, une jeune fille de treize ans rejetée par sa propre famille, maltraitée par ceux qui auraient dû la protéger. Face à la violence et au mépris, elle trouve pourtant la force de partir, et son courage va changer le destin de Jaufré, un jeune homme accusé à tort d’un crime qu’il n’a pas commis. Jaufré est un personnage profondément attachant. Jeune homme juste et généreux, il refuse de se soumettre aux injustices de son époque. Menuisier, musicien, doté d’un esprit étonnamment moderne, il tente malgré tout de rester fidèle à ses valeurs dans un monde où la naissance et le pouvoir décident bien souvent de la place de chacun.

Mariette et Jaufré sont les deux grandes figures de ce récit, mais chaque personnage apporte sa pierre à cette fresque humaine. Au fil des pages, Mariette va découvrir une nouvelle existence, devenir la confidente d’une jeune noble mourante et révéler un talent insoupçonné pour le chant.

À travers leurs parcours, Jacquie Béal nous plonge dans une époque où la peur dominait les vies, où les plus faibles n’avaient souvent d’autre choix que d’accepter les règles imposées par les puissants. Elle décrit avec précision les mentalités, les coutumes, les croyances et les violences d’un Moyen Âge où la cruauté côtoyait pourtant une profonde humanité.

J’ai particulièrement apprécié cette manière qu’a l’auteure de mettre en lumière les injustices, la soif de pouvoir et les abus des hommes qui gouvernent, tout en racontant simplement celles et ceux qui cherchent seulement à survivre, aimer et espérer. Le chant des bannis est un roman historique passionnant, richement documenté, mais c’est aussi une belle histoire de rencontres, de résilience et d’amour. Une romance douce et sincère entre deux êtres que tout semblait opposer, mais que le destin a réunis.

Une fois encore, Jacquie Béal a réussi à m’ouvrir les portes d’un autre temps. Elle possède ce talent précieux de transformer l’Histoire en émotions, de faire résonner le passé dans notre présent.

Un magnifique voyage au cœur du XVe siècle, que je recommande aux passionnés d’Histoire… mais aussi à tous ceux qui aiment tout simplement… la vie.

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Extraits :

« Au milieu du XVe siècle, la bataille de Castillon va marquer la fin de la guerre de Cent Ans.
Depuis des décennies, en Aquitaine, une frange de la population est proscrite et persécutée. Il s’agit des « chrestias », appelés aussi “chrestians”, puis “gésitains” et, finalement, « cagots». On les accusait de transmettre une lèpre invisible.
…/…
À l’instar des lépreux qui vivaient dans des lieux d’isolement, ils devaient s’installer à l’extrémité des villages, avaient leur propre fontaine et un espace à l’écart dans les cimetières. On les obligeait, dans certaines régions, à arborer un signe en forme de patte d’oie sur leurs vêtements. »

« Durant l’été, je travaillais dehors, quand l’hiver venait, je filais la laine et la vie aurait pu continuer ainsi.
Je n’étais pas heureuse, mais j’étais devenue une experte pour éviter les coups et une experte, aussi, en chapardages de toutes sortes. Il fallait bien trouver de quoi manger et se réchauffer! Certains jours, même, il m’arrivait de m’amuser avec mon cousin Bernat et ses copains.
Bernat était, certes, une vraie brute. En cela, il marchait sur les traces de son père, mais une même haine pour la Berthilde nous avait rapprochés et il m’arrivait de courir la campagne avec sa bande de vauriens. »

« J’ignore d’où il venait et j’ai sursauté quand je l’ai vu surgir, grand et fier comme la première fois. Tout chrestia qu’il était, il toisa les garnements et les cris s’arrêtèrent.
Il releva le vieil homme et l’aida à marcher.
Jaufré! Le garçon qui m’avait fait penser à un ange blond aux yeux bleus !
Il n’avait pas eu besoin de parler. Un simple regard avait suffi. Sans plus s’intéresser à la horde de brutes qui commençaient à réagir, il était reparti sur le chemin en soutenant son compagnon blessé. »

« La veille, ils avaient été une demi-douzaine à molester le vieillard. Ils étaient, désormais, une quinzaine à écouter les “exploits” de leur chef et à boire le vin qu’il leur offrait. Il avait fallu peu de chose pour expliquer ce revirement de fortune. Le digne fils de mon oncle les avait conduits vers les masures des chrestias.
La bande avait tout mis à bas et s’était emparée des maigres biens qu’elle avait pu trouver.
Ces moins que rien s’étaient sentis plus riches et plus forts grâce à Bernat, ils s’étaient pris d’amour pour lui et pour son vin. Ajoutons à cela que ce sacripant avait été le premier à jeter de la merde sur Jaufré et que sa troupe de pendards avait trouvé ça à mourir de rire ! »

« J’ai souvent constaté que ceux qui ont le désir de diriger et de commander ne sont pas les plus talen-tueux, ni les plus courageux. On les voit partout, dans les tavernes, sur la place et dans les ateliers… Ils aiment qu’on les suive, qu’on les admire, mais ils ne sont pas capables de réaliser ce que d’autres font aisément. Ainsi va le monde depuis toujours et je gage qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Ceux qui donnent des ordres ne sont guère capables de faire autre chose. »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

Le temps de l’insoumise (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/07/le-temps-de-linsoumise/

De sang et d’encre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

La dame d’Aquitaine (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/18/la-dame-daquitaine/

L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/05/lincroyable-destin-daubeline-de-lambersac/

Sous le regard de l’aigle (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/11/sous-le-regard-de-laigle/

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Poésie

Stanislas

de Alain Cadéo
Broché – 18 juin 2026
Éditions : La Trace
Réédition.
Publié le 1er Janvier 1983 – Prix Marcel Pagnol

Stanislas est une longue méditation à travers les souvenirs d’un vieil homme à la fin de son existence, sur une île grecque et qui chante comme un adieu, un hymne à la vie, à ses amours d’antan, à ses joies comme à ses peines, avant de boire à la santé de la mort qu’il s’est choisie.

Il existe des livres qui arrivent jusqu’à nous avec une émotion particulière, comme s’ils avaient choisi leur moment. Stanislas est de ceux-là.

Je tiens d’abord à remercier très sincèrement Martine Cadéo pour cet envoi. À travers cette magnifique réédition, parue le 12 juin, date hautement symbolique du départ d’Alain Cadéo, les éditions La Trace poursuivent un travail admirable. Faire vivre une œuvre qui n’a rien perdu de sa lumière.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette écriture si singulière qui caractérise Alain Cadéo. Une langue qui ne cherche jamais à impressionner, mais qui respire, qui chante, qui caresse l’âme avec une infinie délicatesse. J’ai suivi Stanislas, soixante-quinze ans, retiré sur une île grecque, dans une maison blanche ouverte sur le vent, la mer et le silence. Là, loin du tumulte, il regarde sa vie défiler avec une lucidité désarmante. Les souvenirs reviennent sans nostalgie excessive, simplement parce qu’ils ont façonné l’homme qu’il est devenu. Les amours, les blessures, les absences, les joies… tout trouve naturellement sa place dans cette longue méditation où chaque mot semble pesé avec le cœur.

Au fil des pages, je ne lisais plus vraiment un roman. J’avais le sentiment d’écouter la confidence d’un homme arrivé au crépuscule de son existence, qui accepte le temps avec une sérénité bouleversante. La solitude n’y est jamais synonyme d’abandon. Elle devient un refuge, un espace de vérité où l’on apprend enfin à écouter le murmure du monde.
J’ai été profondément touché par la beauté de cette langue, par cette façon qu’avait Alain de transformer une simple pensée en émotion. Rien n’est démonstratif. Tout est suggestion, pudeur et humanité. Chaque phrase semble naître du souffle même de son personnage.

Puis il y a Carmino, ce jeune garçon qui lui apporte ses repas, les souvenirs de ses parents, de Maurice, Sophie, Blandine, Marika… Autant de présences qui composent une mosaïque de vie où chaque rencontre laisse une empreinte discrète mais essentielle. Alain ne raconte pas seulement une existence. Il peint des sensations, il sculpte le silence, il transforme les mots en lumière. Son écriture possède cette musicalité rare que je n’oublierai jamais.

Deux ans après sa disparition, sa voix demeure intacte. Car les écrivains capables de toucher aussi profondément le cœur de leurs lecteurs ne disparaissent jamais vraiment. Ils continuent de vivre dans chacune de leurs phrases. Stanislas est un roman d’une beauté paisible, profondément humain, qui invite à ralentir, à contempler et à remercier la vie pour ce qu’elle nous offre, même dans ses fragilités.

Merci Alain. Merci Martine, de faire vivre avec autant de fidélité l’œuvre d’Alain. Merci la vie…
Cette réédition est bien plus qu’une nouvelle publication, c’est un magnifique hommage à un écrivain qui, aujourd’hui encore, continue d’éclairer ses lecteurs de sa lumière si particulière.

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Extraits :

« La terre vibre comme à ses débuts, couverte de frissons, se préparant à quelque étrange soubresaut.
Les longues pierres blanches qui sortent de la mer montent en coulures lisses jusqu’aux premiers bosquets d’épineux. La maison est encore loin derrière, au-delà d’un quartier d’oliviers.
Sophie est la dernière femme qu’il m’a été donné de connaître. Depuis deux ans, et désormais jusqu’à la fin, je vis seul, dans cette demeure blanche dont les toits sont ronds… symbolique vivace, à six kilomètres du premier village. »

« Le Steinway est un long crocodile d’Afrique. C’est le seul instrument qu’ici je possède. Je le pousse au dehors sur la terrasse, certains soirs, face à la montagne, j’attaque sa paroi très abrupte, je la martèle d’accords. Elle se fige un moment dans une espèce d’attention puis elle se courbe ou se redresse; je lui imprime de secouantes caresses.
Ce piano fut probablement un des derniers grands plaisirs que nous nous sommes offerts. Il est venu, lorsque nous avons vendu notre maison au pays basque, remplacer l’orgue intransportable de grand-père Maurice. J’avais eu beaucoup de mal à me passer de musique, je voulais de plus que les enfants aient à leur disposition un moyen bien sonore de chanter leurs joies ou leurs chagrins. Ce piano fit office de dépotoir, nous y jetâmes toutes nos énergies et aussi nos colères. Il incitait nos plaintes. J’ai vu Thomas jouer des heures et j’ai entendu Cyprien, mon second fils, chanter la bouche près des cordes pour le mystère des harmoniques. Le soir, je leur racontais des histoires, accompagnant les mots de notes de musique et nous rêvions tous au milieu de la pièce, laissant la perfection d’étonnantes coïncidences faire glisser nos imaginations sur des paysages inconnus. »

« Le temps est une infâme tourbe. Les hommes le vivent comme une menace dont seule une fébrilité d’insecte peut freiner l’immanence ; ils en font un outil justificateur : agendas, plannings, horaires à respecter. »

« Dans la grande pièce sans meuble, mes imprécations résonnent et les sourires de ma fille me répondent doucement. Ce sont les seules photographies que je possède; je les ai fait développer, immenses : il y a sur le mur du fond des visages, des sourires, les siens à des âges différents : cinq ans, dix ans, vingt ans, quarante ans, quarante neuf ans. Cinq sourires. Dans chacun explose une douleur, douleur d’un demi-siècle… »

« Il est vrai que la vie est une infinité de détails s’imbriquant les uns les autres. Commencer à vieillir c’est peut-être simplement tendre un fil d’un événement à l’autre, c’est surtout renoncer à leur donner un sens. Seule la pauvreté d’esprit se cherche des justifications, on bourre sa misère d’explications infinies. »

Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Il est avant tout un passionné des autres, des humbles, ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.

Il nous a quittés en juin 2024.

Sa bibliographie complète est la suivante :

Les Voix de Brume (1982, nouvelles)
Stanislas (1983, roman)
La Corne de Dieu (1983, roman)
L’Océan vertical (1983, roman)
Le Mangeur de Peur (1984, roman)
Macadam Epitaphe (1986, texte)
Le Ciel au ventre (1993, texte)
Les Anges disparaissent (1998, roman)
Fin (1999, texte)
Et votre éternité sera la somme de vos rêves (2008, roman)
L’Ombre d’un doute (2008, théâtre)
Les Réveillés de l’ombre (2013, théâtre)
Zoé (2013, roman)
Chaque seconde est un murmure (2016, roman)
Des Mots de contrebande (Aux inconnus qui comme moi…) (2018, texte)
Comme un enfant qui joue tout seul (2019, roman)

Mayacumbra (2019, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/26/mayacumbra/

Lettres en Vie (2020, texte illustré)

Confessions (ou les spams d’une âme en peine) (2021, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/03/confessions-ou-les-spams-dune-ame-en-peine/

Arsenic et Eczéma (2022, théâtre)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/06/arsenic-et-eczema/

L’Homme qui veille dans la pierre (2022, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/09/08/lhomme-qui-veille-dans-la-pierre/

M (2023, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/08/m/

Billets de contrebande (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/03/04/billets-de-contrebande-inedits/

Le ciel au ventre (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/15/le-ciel-au-ventre/

Il y a quelque chose encore devant (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/29/il-y-a-quelque-chose-encore-devant/

Contes des petits mondes d’à coté (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/03/contes-des-petits-mondes-da-cote/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Polar, Thriller psychologique, Violence

Ce qu’ils nous ont pris

de Léa Morenn
Broché – 2 juillet 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Un policier brisé. Des enfants qui disparaissent. Un passé qui refuse de mourir.

Suspendu de ses fonctions, Eren Conti devrait ignorer l’enquête qui secoue Paris. Mais il ne peut rester insensible face à ces enlèvements qui lui rappellent son propre drame, cet été 1989 où tout a basculé. Pour lui, c’est une évidence : il se doit d’intervenir.
Plus il avance, et plus l’affaire se transforme en descente aux enfers. Harcelé par des appels anonymes, menacé par ses souvenirs, tiraillé entre sa famille et son obsession, il découvre que la vérité pourrait bien être plus terrifiante que le mensonge.

Un thriller psychologique addictif, qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page.

Il est des thrillers qui divertissent, et d’autres qui vous happent jusqu’à vous faire oublier le monde qui vous entoure. Ce qu’ils nous ont pris, de Léa Morenn, appartient sans hésiter à cette seconde catégorie.

Dès les premières pages, j’ai été entraîné dans une enquête oppressante où chaque détail semble avoir son importance. Impossible de lever les yeux du livre tant Léa maîtrise l’art de faire monter la tension.

Eren Conti, policier suspendu mais incapable de renoncer à sa quête de vérité, est un personnage qui m’a profondément marqué. Cabossé par la vie, rongé par ses blessures, il oscille sans cesse entre détermination et fragilité. Je me suis souvent surpris à partager ses doutes, ses colères et son obstination.

J’ai particulièrement apprécié la construction du récit. Les chapitres courts, les changements de point de vue et les allers-retours entre passé et présent créent un rythme redoutablement efficace. Chaque fin de chapitre donne envie d’aller plus loin, encore une page, puis une autre… Mais derrière l’enquête se cache avant tout une histoire profondément humaine. Léa aborde avec beaucoup de justesse le deuil, les traumatismes, la culpabilité et les blessures que le temps ne parvient pas toujours à refermer.

J’ai cru plusieurs fois deviner la vérité, avant de comprendre que l’autrice m’avait habilement conduit là où elle le souhaitait. Jusqu’aux dernières pages, elle manipule son lecteur avec une remarquable intelligence.
J’aurais aimé passer un peu plus de temps auprès de certains personnages tant ils sont crédibles et attachants. C’est sans doute le plus beau compliment que je puisse faire à ce roman, il sonne vrai…

Intense, bouleversant et terriblement addictif, Ce qu’ils nous ont pris est un thriller psychologique qui ne repose pas uniquement sur ses rebondissements, mais aussi sur la force de ses émotions. Et un grand bravo aussi pour les propositions musicales ! Je les ai toutes suivies au fur et à mesure… en étant à peine surpris de les connaitre pour la plupart !

Une très belle découverte qui me donne déjà envie de découvrir son prochain roman.

Un grand Merci aux Éditions Taurnada !!!
Une nouvelle “pépite” dans l’équipe… Vous êtres trop forts !

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Extraits :

« “Tu portes bien l’uniforme, mais tu ne peux pas effacer ce que tu as laissé derrière toi, Comment peux-tu oser chercher les enfants des autres après ce que tu as fait ?” Cet appel anonyme, de qui peut-il provenir ?
Tout reprendre à zéro, Analyser chaque élément. Ils ont forcément raté quelque chose, un indice qui est là, caché sous leurs yeux et qui les nargue. Treize mois d’enquête, trois enfants disparus et pas un seul suspect.
”Bonjour, monsieur Conti. M. Maillard est prêt à vous recevoir. Veuillez me suivre.” »

« “— Eren, je pense que c’est mieux que tu t’en ailles.”
Ça y est, je le vois dans son regard : mon ami n’est plus là, et le commissaire est de retour. Je comprends qu’insister n’arrangera rien. Il a déjà fait son choix et je m’en sortirai chanceux s’il n’appelle pas Leroy dès que j’aurai quitté son bureau.
Je finis par me diriger vers la porte et, tandis que j’abaisse la poignée, une main agrippe mon épaule. Je me retourne vers lui et il fait une chose qu’il n’avait jamais faite avant : il s’avance et, sans aucune hésitation, m’entoure de ses bras. J’ai même l’impression de l’entendre renifler. Et avant de me relâcher, il dit :
“Prends soin de toi. S’il te plaît.” »

« L’état second qu’offre la boisson m’a toujours été d’une grande aide. Les médecins, les traitements, mes proches, rien mi personne n’est jamais arrivé à me faire autant de bien que l’alcool. Je l’ai dit une fois à mon addictologue, et sa réaction a été radicale, sûrement la peur que ça me tue. Médicaments plus forts, surveillance renforcée, rendez-vous médicaux quotidiens. Après ça, je n’ai plus jamais dit à qui que ce soit ce que j’en pensais.
La vérité, c’est que l’alcool anesthésie mes pensées, mes souvenirs les plus sombres. Il endort la tristesse qui sommeille en moi depuis tant d’années. Et quelquefois même, quand j’étais dans des états vraiment graves, après plusieurs bouteilles, j’arrivais à voir mon frère. Mes cauchemars étaient toujours les mêmes… »

« Ça fait quelques années qu’on vient ici. Cet endroit, on l’a découvert grâce à notre copain François, qui nous y a emmenés pour la première fois quand il y avait la fête foraine. Maman était pas contente du tout quand on lui a raconté tout ce qu’on a découvert. Nous, on était persuadés qu’elle allait trouver ça génial.
Mais elle est inquiète en ce moment. Elle est persuadée que des mecs bizarres se promènent ici. Elle dit qu’on les appelle des “pédophiles”. Tout le monde en parle dans notre quartier. Apparemment, la petite-fille de la coiffeuse de maman s’est fait approcher par un homme très louche et elle est partie en courant. »

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Léa Morenn est une auteure française qui a toujours aimé l’écriture, et cela dès son plus jeune âge.

Fascinée par les mots depuis l’enfance, elle écrit pour sonder ce qu’il y a de plus sombre en nous.
Mêlant le suspense à l’émotion, elle tisse des thrillers psychologiques qui bousculent les certitudes et laissent une empreinte durable.

Le refuge de Nell est son premier roman. L’idée de cette histoire lui est venue en 2012 mais c’est seulement en 2018 qu’elle décide de l’écrire. C’est finalement en mars 2021 que le roman sera auto-édité et publié sur Amazon.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Conte, Philosophique, Poésie

L’Âme du monde II

Juste après la fin du monde
de Frédéric Lenoir
Poche – 5 janvier 2023
Éditeur : Pocket

La suite de L’Âme du monde.

Retrouvez dans ce nouveau conte initiatique la sagesse et l’émotion qui ont fait le succès de L’Âme du monde, vendu à plus d’un million d’exemplaires dans vingt pays.

Après un cataclysme planétaire, Natina, marche de village en village afin d’enseigner aux survivants ce qu’elle a appris des sages de l’ancien Monde : comment vivre en évitant les erreurs qui ont conduit à la catastrophe et apprendre à vivre en harmonie avec soi-même, avec les autres et dans le respect de la nature.
Au fil de cette quête, Natina retrouvera-t-elle celui à qui elle pense secrètement et qui vient parfois la visiter dans ses rêves ?

Il y a à peine 10 jours, je refermais L’Âme du monde avec le sentiment d’avoir vécu une lecture profondément transformatrice. En découvrant qu’il existait une suite, je n’ai pas hésité une seconde… Il me fallait poursuivre ce voyage.

Après un cataclysme qui a bouleversé notre planète, Natina parcourt un monde en reconstruction pour transmettre l’héritage des sages de l’Ancien Monde. Quelque part dans le monde, Tenzin poursuit lui aussi une quête intérieure où chaque rencontre devient une leçon de vie. Comment vont-ils faire pour se retrouver dans ce nouveau monde ?

J’ai retrouvé avec un immense bonheur tout ce qui m’avait bouleversé dans le premier tome. Frédéric Lenoir parle de l’amour, de la souffrance, de la joie, de la nature, de la mort et de l’espérance avec une douceur qui touche directement le cœur. Ce récit initiatique ne cherche jamais à imposer des réponses. Il invite simplement à ralentir, à observer, à méditer et à retrouver ce lien essentiel avec soi-même, avec les autres et avec le vivant.
J’ai été profondément ému par la bienveillance qui imprègne chaque page. Derrière l’apparente simplicité de ce conte se cache une véritable réflexion sur notre manière de vivre et sur le monde que nous souhaitons transmettre aux générations futures.

Natina et Tenzin deviennent peu à peu des passeurs de lumière, des personnages qui nous rappellent que la sagesse commence souvent par de petits gestes, une écoute sincère, le respect des autres et de la nature.

Une nouvelle fois, L’auteur réussit à rendre accessibles des réflexions philosophiques parfois complexes sans jamais me perdre. J’ai refermé ce livre avec le sentiment d’avoir grandi un peu.

C’est un roman lumineux, profondément humaniste, que je recommande à tous ceux qui éprouvent le besoin de redonner du sens à leur existence.
Une lecture qui apaise, nourrit l’esprit et, surtout, donne envie d’être meilleur.
Une lecture initiatique que tout le monde doit lire !

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Extraits :

« La petite fille posa sa cruche sur le bord de la route et courut jusqu’au village en criant de toutes ses forces : “La Vivante, la Vivante ! Elle arrive ! Elle vient nous visiter !” À ces mots, les visages des vieux comme des jeunes s’illuminèrent. Tous se pressèrent à l’entrée du village pour accueillir la jeune femme qui marchait d’un pas lent et gracieux. Bien qu’elle fût de type européen, elle était vêtue d’un sari indien blanc et avait pour seul bagage un petit sac qu’elle portait en bandoulière. »

« Il y a de nombreuses qualités à développer pour grandir en humanité. Mais la mère de toutes est sans doute l’émerveillement. Un homme ou une femme qui ne savent plus s’étonner et s’émerveiller perdent ce qu’il y a peut-être de plus essentiel dans leur humanité : la conscience de l’éclat du monde et du miracle de la vie. Comment ne pas s’émerveiller devant la beauté de la voûte céleste et l’harmonie du cosmos ? Devant l’apparition du soleil à la pointe de l’aube et son coucher rougeoyant au crépuscule du jour ? Comment ne pas s’émerveiller face à la majesté des cimes enneigées ? Face à l’infinité des horizons marins ? Devant un champ de coquelicots ou de blé ondulant sous la caresse du vent ? »

« Ô survivants, écoutez ceci : pour pouvoir subsister et nous développer, la loi de la vie nous impose de manger un autre vivant, qu’il appartienne au règne végétal ou animal. Les vaches broutent l’herbe ; les poissons se mangent entre eux, ou se nourrissent de plancton ou d’insectes; les loups dévorent les brebis et vous-mêmes, vous vous nourrissez de plantes, de fruits et parfois de chairs animales. Mais n’oubliez jamais que ce que nous mangeons est habité par le souffle sacré de la vie. Tous les êtres vivants – les arbres, les plantes, les animaux – ont une sensibilité et aspirent à vivre. Puisque nous savons cela et que nous devons néanmoins tuer un autre être vivant pour subsister, il est important d’avoir conscience de la gravité de cet acte et de le remercier de nous offrir sa vie. »

« — Vous savez, poursuivit Natina, en s’adressant à tous les enfants, il est très important d’accueillir les émotions qui surviennent dans notre cœur : que ce soit la joie, la peur, la colère ou la tristesse. Ce sont ces émotions qui nous rendent vraiment humains et capables de comprendre les autres et de ressentir ce qu’ils peuvent ressentir. Aucune émotion n’est négative. Toutes sont nécessaires et ont une grande utilité.
La peur nous avertit des dangers. La tristesse nous permet de traverser pleinement nos chagrins et de compatir à ceux des autres. La colère nous invite à ne pas accepter les injustices et à nous affirmer contre ceux qui ne nous respectent pas. La joie dilate notre cœur et nous permet de savourer la vie. Ce sont ces émotions qui nous rendent pleinement vivants et il convient de toujours les accueillir et les vivre lorsqu’elles se présentent. »

Frédéric Lenoir est philosophe, sociologue, historien des religions, conférencier et écrivain.

Fils de René Lenoir (1927-2017), ancien Secrétaire d’État à l’Action sociale de 1974 à 1978 sous Valéry Giscard d’Estaing, il grandit dans l’Essonne. Intéressé par la pensée de Jung et les questions religieuses, après son baccalauréat, il entreprend des études de philosophie à l’Université de Fribourg, en Suisse et a pour professeur Emmanuel Lévinas. Il mène ensuite une quête spirituelle en Inde, en Israël et dans des monastères en France. En 1986, il entame à l’EHESS une thèse de doctorat en sociologie sur la rencontre du bouddhisme et de l’Occident qu’il obtiendra avec les félicitations du jury à l’unanimité en 1999.
En 1986, il entre aux Éditions Fayard comme Directeur littéraire, poste dont il démissionnera en 1991 pour se consacrer à l’écriture et à la recherche. À partir de 1996, il collabore à « L’Express » et tient une chronique dans Psychologies magazine avant de prendre, en 2004, la direction du magazine « Le Monde des religions », un bimestriel qui dépend du quotidien « Le Monde », et qui aborde le fait religieux de manière distanciée. Il démissionne de son poste de directeur en octobre 2013.
De 2009 et jusqu’en 2014, il produit et anime avec Leili Anvar une émission hebdomadaire sur France Culture : « Les racines du ciel », consacrée à la spiritualité. Il est chercheur associé au Centre d’études interdisciplinaire du Fait religieux (CEIFR).
Auteur d’une quarantaine d’ouvrages (essais, romans, contes, encyclopédies), traduits dans une vingtaine de langues et vendus à cinq millions d’exemplaires, il écrit aussi pour le théâtre, le cinéma et la bande dessinée. Sa pièce « Bonté divine », avec Roland Giraud, a été jouée à Paris en 2009. « La promesse de l’ange », écrit en collaboration avec Violette Cabesos, a obtenu le Prix des maisons de la presse 2004.
Co-fondateur de l’association « Environnement sans frontières », il est fortement engagé dans la cause écologique et a écrit avec l’astrophysicien Hubert Reeves « Mal de terre » (2003). Il est aussi le parrain de l’association pionnière dans le logement intergénérationnel Le Pari Solidaire depuis septembre 2011. Militant pour la cause animale, il rejoint en 2012 le jury du prix littéraire 30 Millions d’Amis. Il crée l’association Ensemble pour les Animaux en 2017.

Son site : https://www.fredericlenoir.com/

Petit traité d’histoire des religions (2008)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/16/petit-traite-dhistoire-des-religions/

Du Bonheur, un voyage philosophique (2015)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/01/du-bonheur-un-voyage-philosophique/

L’Âme du monde (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/06/20/lame-du-monde/

Plus fort que la nuit (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/12/plus-fort-que-la-nuit/