Amour, Émotion, Cercle littéraire, Drame, Histoire vraie, Historique

Yawenda’

Des glaçons comme du verre
de Isabelle Picard
Broché – 23 janvier 2026
Éditions : Éditions Dépaysage

Village-Huron, Québec, octobre 1957. Belle s’éteint et laisse Henri seul avec leurs dix enfants. Commence alors la lente œuvre du démembrement du clan : un à un, les enfants sont emmenés, placés, renommés. L’État décide, l’Église entérine, la maison se vide. Mais Liliane, l’aînée, ne se résigne pas : sa vie durant, elle se bat pour briser les silences coupables du ministère des Affaires indiennes et rassembler les siens.

Yawenda’ porte la force des retrouvailles et l’urgence de la transmission. C’est le récit vibrant d’une reconquête : celle de sa propre histoire, de sa voix, de son identité. Car des fils invisibles relient les générations brisées et révèlent comment l’intime et le politique s’entremêlent, comment une quête personnelle peut réveiller les luttes d’un peuple : les Wendat de Wendake.

Hier soir, le Cercle littéraire du Château de l’Hermitage a eu l’honneur d’accueillir Isabelle Picard, lauréate du Prix France Québec 2025, venue présenter son roman bouleversant “Yawenda’, Des glaçons comme du verre”.
Inspiré de l’histoire de sa propre famille, ce texte puissant revient sur la rafle des années soixante, période très sombre durant laquelle des milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leurs parents avec la complicité de l’État et de l’Église.
L’émotion était palpable tout au long de la soirée, portée par la parole sincère et touchante d’Isabelle.
Un grand merci à elle, ainsi qu’à Corinne Tartare, pour ce moment d’une intensité rare.

Je suis entré dans ce roman comme on entre dans une mémoire. Une mémoire vivante, fragile et précieuse. Dès les premières pages, je découvre Belle, Henri et leurs dix enfants, au cœur d’une réserve huronne dans le Québec des années 50. Malgré la rudesse du quotidien, je ressens leur bonheur simple, leur attachement à la nature, aux chants anciens, à cette vie modeste mais profondément ancrée.

Puis tout bascule.

Belle tombe malade. Un cancer. Elle, le pilier, la lumière, une femme blanche qui assume sa vie et a épousé l’homme qu’elle aimait, un indien… Elle choisi l’amour au-delà des frontières. Sa disparition laisse un vide immense que je ressens presque physiquement. Henri s’effondre, et l’alcool devient son refuge. Alors Liliane, leur fille ainée, quatorze ans à peine, se dresse. Elle n’a pas le choix. Elle devient mère avant l’heure, protectrice, courageuse, déterminée à maintenir ce qui peut encore l’être.

Mais ce n’est pas suffisant.

Très vite, le regard extérieur s’impose. Le ministère des Affaires indiennes, le système s’infiltre, juge, décide. Et je comprends avec effroi ce qui attend cette famille. Les enfants sont arrachés, dispersés, placés de force. Un à un. Comme si leur identité, leur culture, leur lien n’avaient aucune valeur. Je lis, et la colère monte. Sourde, puis brûlante. Ce qui me bouleverse encore davantage, c’est de savoir que cette histoire est celle de l’autrice. Que derrière les mots, il y a une vérité vécue. Une blessure réelle. Le style d’Isabelle Picard est d’une sobriété désarmante. Elle ne cherche pas à embellir. Elle expose. Elle dit. Et ça frappe fort.

Je me suis senti happé, presque pris au piège. Impossible de m’arrêter. Même quand la lecture devient douloureuse, même quand les larmes brouillent les lignes. J’ai continué, parce que je devais savoir. Parce que ce texte exige d’être lu jusqu’au bout. Et heureusement, au cœur de cette violence, il y a de la beauté. Une humanité persistante. Une dignité qui résiste. Ce roman dépasse la fiction. C’est une parole nécessaire. Un témoignage sur ces politiques d’assimilation qui ont brisé tant de familles autochtones, avec la complicité de l’État et de l’Église. C’est un livre intime et politique, un livre ouvert à tous, qui dérange, qui éclaire, qui m’a marqué.

Je referme ces pages avec émotion. Et avec la conviction d’avoir lu un texte essentiel.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« C’est l’histoire d’une femme qui portait son monde sur son dos. Pas le monde, son monde. Sa lourdeur se voyait déjà à sa posture, malgré son relatif jeune âge. La bosse qui se trouvait à la jonction du dos et du cou en témoignait. Une bosse de canot, auraient dit les ancêtres. Mais elle n’avait transporté que trois canots durant sa vie. Ce n’étaient certainement pas ces portages qui l’avaient façonnée ainsi. Elle avait compris, il y avait longtemps déjà, que le fardeau de sa peau, de son sang, même mêlé, lui pesait.
Elle se demandait où elle serait dans vingt ans. Si la vie voulait encore d’elle. »

« Mock, de dix ans sa cadette, ne comprenait que peu de choses à la politique, «l’autre politique», comme elle l’appelait. Elle suivait bien sûr tout ce qui se passait dans le monde, au pays comme dans sa province, mais elle ne saisissait pas tout à fait la finesse, la nécessité des joutes poli-tiques, des stratégies, des intrigues et des batailles que les politiciens se livraient entre eux. Elle y voyait une perte de temps. »

« Solange naquit au tout début de février, un soir où de gros flocons tombaient tranquillement, comme Belle se l’était imaginé. L’accouchement se passa bien. Après tout, la mère de famille avait l’habitude. Le bébé avait le teint foncé, une peau de cuir, comme disait Belle, et plusieurs cheveux noirs et raides sur le crâne, déjà presque longs. Belle avait eu six enfants à la peau de cuir, trois à la peau blanche, et une entre les deux. Solange était la plus belle à ses yeux, mais elle ne le dit pas. De toute façon, le dernier-né est toujours le plus beau pour une mère, c’est bien connu. »

« Elle était presque sereine à l’idée de mourir. Elle avait Dieu à ses côtés. Toutes les prières qu’elle avait répétées avaient servi à ça, la sérénité, elle le savait maintenant. Elle chérissait chacun des moments passés avec ses enfants:
Liliane qui devenait une femme, Étienne qui ne voulait pas montrer sa peine ni sa peur, les jumeaux Thérèse et Thomas qui se chamaillaient constamment, sans doute parce qu’ils étaient trop semblables, pensait-elle, Pascal qui aimait pratiquer tous les sports, avec tous les ballons et toutes les balles, été comme hiver, René et Jules, des petits hommes sensibles qui voulaient déjà être grands, Louise, la timide qui essayait tant bien que mal de se faire une place parmi les autres enfants, Claire, l’artiste du groupe, qui savait déjà tout, et Solange… »

Isabelle Picard est ethnologue, chroniqueuse, conférencière, consultante, chercheuse et autrice huronne-wendat.

Elle a étudié à l’Université Laval, où elle a obtenu un baccalauréat en ethnologie, une diplôme en études autochtones ainsi qu’un diplôme de deuxième cycle en muséologie.

Dans sa communauté, Isabelle Picard a rédigé la première politique culturelle de Wendake, puis a œuvré quelques années comme coordonnatrice du centre culturel.

Elle a été chargée de cours à l’Université Saint-Paul et à l’Université du Québec à Montréal. Isabelle Picard a aussi été chroniqueuse au journal “La Presse »” et pour Espaces autochtones.

En mai 2020, elle est devenue la première spécialiste aux affaires autochtones de la Société Radio-Canada. À travers son parcours professionnel, elle a toujours travaillé à mieux faire connaitre les réalités des Premières Nations.

En avril 2021, elle a publié un premier roman jeunesse intitulé “Nish : Le Nord et le Sud” aux Éditions les Malins.

Celle qui s’est donné comme mission de mieux faire connaître les réalités et les enjeux des Premiers Peuples du Québec nous offre un récit fort, universel et bien loin des stéréotypes.

Twitter : https://mobile.twitter.com/isabellepicard7

Amour, Émotion, Drame, Psychologie

À trop aimer

de Alissa Wenz
Broché – 19 août 2020
Éditeur : Denoël

Il n’y avait aucun doute : Tristan était violemment épris. Elle le rencontre, et c’est un émerveillement. Tristan est un artiste génial qui transforme le rêve en réalité. À ses côtés, la vie devient une grande aire de jeux où l’on récite des poèmes en narguant les passants. Il ne ressemble à personne, mais cette différence a un prix. Le monde est trop étriqué pour lui qui ne supporte aucune règle. Ses jours et ses nuits sont ponctués d’angoisses et de terreur. Seul l’amour semble pouvoir le sauver. Alors elle l’aime éperdument, un amour qui se donne corps et âme, capable de tout absorber, les humeurs de plus en plus sombres, de plus en plus violentes. Jusqu’à quel point ? Au point de s’isoler pour ne plus entendre les insultes, au point de mentir à ses proches, au point de s’habituer à la peur ? Est-ce cela, aimer quelqu’un ? Un premier roman d’une rare justesse sur l’emprise amoureuse.

Je n’ai pas lu ce livre.
Je l’ai encaissé.

Quelques jours plus tôt, j’avais rencontré Alissa Wenz, une femme habitée, vibrante, au Château de l’Hermitage. Elle m’avait déjà bouleversé avec son dernier roman “Le Désir dans la cage”. Alors forcément, j’avais envie d’y retourner. Mais je ne m’attendais pas à ça.

Dès les premières pages, de À trop aimer, j’ai pris une claque.
À chaque ligne, une question m’a poursuivi. Est-ce du vécu ? Ou simplement une fiction terriblement réaliste ?
Plus j’avançais, plus je me sentais happé, pris dans un tourbillon qui ne cessait d’accélérer. Une spirale où l’amour se mêle à la violence, où la passion devient un piège.
Je me suis lancé dans cette lecture sans savoir, je n’avais pas lu le sujet. Et je me suis retrouvé au cœur d’une emprise. Pas en simple lecteur. Non. Tantôt témoin impuissant, tantôt proche invisible, avec cette envie irrépressible de tendre la main, de dire “pars”, de la protéger.

Ce qui m’a troublé immédiatement, c’est aussi ce choix narratif.
Lui a un nom. Tristan. Elle, non.
Elle est “je”, elle est “tu”. Et moi, je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir l’autrice. De ressentir quelque chose de profondément intime, presque dérangeant.

Elle est libre, créative, vivante. Enseignante, artiste, entière.
Et puis il y a Tristan. Il est libraire, mais rêve de devenir très vite un grand photographe.
Leur rencontre. L’évidence. L’amour fulgurant. Celui qui emporte tout. Très vite, ils deviennent inséparables. Ils construisent, ils rêvent.

Mais peu à peu, quelque chose se fissure.
Au début, ce sont des détails. Des réactions excessives. Des tensions. Puis viennent les colères, les mots qui blessent, les silences lourds. Et malgré tout, elle reste. Parce qu’elle aime. Parce qu’elle pense pouvoir réparer.

Et moi, lecteur, petit à petit je suffoque.
La mécanique est implacable. L’emprise s’installe. Les cris deviennent menaces. L’amour devient peur. Et cette question ne me quitte plus, jusqu’où peut-on aller par amour ?

L’écriture est directe. Sans détour. Sans artifice. Alissa ne cache rien. Elle expose. Elle met à nu. Et c’est précisément ce qui rend ce texte si puissant. Ce roman, je ne l’ai pas simplement lu. Je l’ai vécu.

Il m’a dérangé. Touché. Bousculé. Et il m’a rappelé que certains livres ne racontent pas une histoire…
Ils vous obligent à la traverser.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« J’étais à Cherbourg, à la recherche d’un parapluie, de Catherine Deneuve, d’un « Je ne pourrai jamais vivre sans toi », j’étais partie m’offrir vingt-quatre heures loin de Paris, un cadeau d’anniversaire à moi-même, une virée en solitaire, dans le plus grand secret. »

« Il vint. Il aima mes chansons. Il m’aima.
Il aima mes textes tissés de ratages sentimentaux, de tendresse voluptueuse, de volcans inassouvis.
Il aima mon engagement sur scène.
Le soir même, il m’envoya un message dans lequel il me disait à quel point le concert l’avait bouleversé, atteint. Une claque, pour ainsi dire. « Tu es violente, tu sais.»
Ces mots provoquèrent en moi des frissons sans égal, charnels, animaux.
Il n’y avait aucun doute : Tristan était violemment épris. »

« Il était la révolte, et l’enfance. Il était tout à la fois Patrick Dewaere et Nanni Moretti – mélange improbable, et pourtant réel. Du premier, il avait les vives écorchures, l’âme en feu. Du second, cet humour à la fois sophistiqué et puéril, cette immaturité jubilatoire que savent cultiver les grands intellectuels.
Tristan était fâché contre le monde, il entretenait avec délice une marginalité du cœur et donnait le sentiment d’être toujours un peu à côté de tout et de tous. Il me confia que son enfance n’avait pas été facile et qu’il avait tout fait pour fuir sa famille sans ambition et sans culture, fuir la morne banlieue qui l’avait vu grandir, fuir, se libérer, vivre à Paris, gagner sa vie même modestement, ne rien devoir à personne, accéder à de belles études par la seule force de son cerveau et de sa curiosité, construire ses idéaux, ses occupations et son art de ses propres mains. »

« L’averse dissipée, nous sommes rentrés à l’hôtel, et brusquement Tristan a explosé. Il a hurlé qu’il ne supportait pas les vacances, que je n’aurais pas dû l’emmener ici, il disait des choses comme «les vacances c’est pour les gens qui travaillent, pas pour les gens qui sont au chômage comme moi, tu crois vraiment que j’ai que ça à foutre de partir en vacances ». J’ai essayé de le calmer, ça ne marchait pas, alors je suis partie dans la salle de bains, j’ai fait couler un bain, je me suis allongée dans l’eau et j’ai enfoncé ma tête jusqu’à noyer mes oreilles pour ne plus entendre ses cris. »

Après une formation de piano et de chant en conservatoire, des études de lettres à l’École normale supérieure, ainsi qu’une formation théâtrale, Alissa Wenz choisit de partager sa vie entre la chanson et l’écriture.

Autrice compositrice interprète, elle se produit dans de nombreuses salles à Paris et en région, soutenue par Contrepied Productions.

Elle a étudié à la Fémis, et poursuit des activités de scénariste et enseignante de cinéma.

Elle est également écrivaine.
Ses deux romans, À trop aimer (2020) et L’Homme sans fil (2022), sont publiés aux Éditions Denoël.
L’homme sans fil fait partie des finalistes du Prix Pampelonne-Ramatuelle, ainsi que du Prix Orange du Livre.

Son album Je, tu, elle paraît chez EPM / Universal le 9 septembre 2022.
Romain Didier en signe les arrangements.
Un nouveau spectacle accompagne cet album.

Le Désir dans la cage
https://leressentidejeanpaul.com/2026/03/28/le-desir-dans-la-cage/

Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique

Ce que Marcy a oublié

de Marion Cabrol
Poche – 23 avril 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Près des falaises d’Anton, un os humain est découvert.
Vingt ans plus tôt, Grace Tanner, une fillette du village, disparaissait sans laisser de traces.
Pour Tom Lanier, journaliste local, l’affaire est personnelle : à l’époque, il partageait la vie de Marcy, amie d’enfance de Grace.
Alors qu’il reprend l’enquête, Tom comprend que Marcy pourrait détenir une part du secret.

Ce que l’on oublie finit toujours par nous rattraper.

Je suis entré dans ce roman comme on avance dans une brume épaisse, sans vraiment savoir où je mettais les pieds.

Tout commence vingt ans plus tôt, dans un petit village marqué à jamais par la disparition de Grace Tanner, une fillette envolée sans laisser de trace. Le lendemain, une autre enfant apparaît, Marcy, déposée dans un orphelinat, sans passé, sans repères. Elle ne se souvient de rien… sauf de Grace. Une amie. Une présence. Un souvenir fragile. Très vite elle se sauve et fonce voir la police en affirmant que Grace a été tuée. Mais personne ne la croit. Trop étrange, trop floue, trop improbable. Et dès le lendemain, elle oublie tout…

Cette idée me hante.

Des années plus tard, l’affaire ressurgit. Un os est retrouvé. Peut-être celui de Grace. Tom Lanier, journaliste local, décide de replonger dans cette histoire avec la police, il est bien décidé à découvrir avec eux, toute la vérité sur cette disparition étrange. D’ailleurs, lui aussi est lié à ce passé. Et surtout, il a connu Marcy, a partagé sa vie. Une relation brisée, qui le quitte du jour au lendemain, sans explication. Alors quand elle revient au village, je sens que quelque chose va basculer.

Et je ne me trompe pas.
Ce roman m’a fait l’effet d’une marée montante. Au début, tout semble calme, presque maîtrisé. Puis la tension grimpe, les doutes s’installent, les certitudes s’effritent… jusqu’à devenir une véritable tempête.

Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la construction des personnages. Ils portent le récit. Ils sont complexes, ambigus, jamais totalement lisibles. Chacun cache quelque chose. Chacun pourrait être coupable. Et moi, lecteur, je me suis perdu avec eux, dans leurs zones d’ombre, incapable de deviner où tout cela allait me mener.

Marion Cabrol m’a surpris. Là où je m’attendais à un récit plus linéaire, elle m’a entraîné dans un véritable labyrinthe. Les fausses pistes s’enchaînent, les révélations tombent sans prévenir. Jusqu’à la dernière page, je suis resté suspendu.

Mais au final, celle qui m’a le plus marqué, c’est Marcy. Elle m’a fasciné. Ses absences, ses silences, ses trous de mémoire… Elle avance dans un brouillard constant, prisonnière d’elle-même. Et moi, j’ai ressenti cette confusion, cette fragilité, presque physiquement.

Ce que Marcy a oublié m’a touché. Parce qu’il parle de mémoire, de secrets, de ce que l’on garde enfoui… et de ce que cela peut détruire. C’est un texte à la fois poignant, dérangeant, mais profondément humain.

Je referme ce livre avec le sentiment d’avoir découvert une autrice à suivre de très près.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« “— Tom ! Ils ont trouvé Grace ! Ramène-toi en vitesse.”
Le rédacteur en chef raccroche avant que je ne lui réponde. Sur l’autre ligne, j’entends au loin Louis et sa femme commenter les informations. J’allume la télé et je cherche fébrilement une chaîne locale québécoise.
C’est là, ça tourne en boucle.
Je regarde les images et je comprends que c’est grave.
La présentatrice, micro dans une main, répète d’une voix forte qui couvre à peine le bruit des sirènes :
“L’os d’un enfant a été découvert ce soir au sommet d’une colline. Le chien d’un promeneur l’a déterré. Son origine est encore incertaine, mais d’après les enquêteurs, il pourrait s’agir des restes de la petite Grace Tanner.” »

« Avant que ma vue ne se brouille de nouveau, j’ai le temps de remarquer la forme humaine floue tapie contre le mur. Mon corps se crispe, comme s’il sentait une menace. Je voudrais me relever pour me défendre, mes muscles ne m’obéissent pas. Je suis frêle et incapable de fuir. Mon cœur cogne lourdement dans ma poitrine. Je respire plus fort. Le peu d’énergie qui me reste disparaît dans un frisson qui traverse ma colonne vertébrale. Je ferme les yeux. »

« Je suis recroquevillé depuis une heure dans l’habitacle sale de la Ford. J’attends depuis une éternité. Mes nerfs sont à vif. Mon téléphone n’arrête pas de sonner : Lann exige des réponses. Louis m’a aussi envoyé quelques messages. Je ne les ai pas ouverts. Marcy est de retour et elle dort chez lui ! Comment a-t-il pu garder cela pour lui ? Je lui en veux de ce mensonge par omission. Il sait que j’aurais tout donné pour lui parler de nouveau. Je me calme en lui trouvant des excuses: le père de Louis est le médecin de Marcy. Marcy n’avait donc disparu que pour moi.
J’aurais pu insister, demander à mes amis s’ils avaient de ses nouvelles. Je me suis toujours refusé à le faire. Ça fait trop mal. »

« J’avais soif. Et peur. Les rais de lumière me perçaient les yeux, mais je ne voulais pas les fermer : Grace, son corps menu recroquevillé, surgirait.
C’était enfoui.
Puis une image. Un film flou. On jouait, on faisait du roller. Grace avait des bleus violacés sur les cuisses qui la faisaient souffrir. Moi, démarche claudicante comme si je réapprenais à marcher. Deux enfants boiteuses, endommagées.
Il y avait de la boue, des fleurs, des oiseaux. Quoi d’autre ? Des voix.
Des trous dans la terre.
Du sang sur les murs.
Plus le temps passait, plus ma tête se remplissait.
Les mouches.
L’odeur de la mort gagnait les souvenirs et les recouvrait.
J’avais cessé de pleurer. Mes yeux étaient secs, mon regard était clair. Je me souvenais de tout : un crime avait été commis. Il fallait faire vite : l’effaceur de mémoire allait revenir. Cours, petite souris, cours. »

Marion Cabrol est titulaire d’un master 2 en ingénierie culturelle, marketing et communication de l’École EAC.

Elle a travaillé en tant que responsable pédagogique, responsable marketing et communication, au zoo d’Amnéville, en Lorraine (2012-2019).
Les contacts qu’elle y a noué ont nourri son histoire. La lionne rouge (2020) est son premier roman.
Certains soigneurs ont accepté de relire le roman afin d’assurer son authenticité dans le récit du travail quotidien des animaliers.

Marion Cabrol est directrice marketing de l’entreprise Arskan depuis 2019.

Émotion, Historique, Suspense

L’Affaire Warrender de Sales

de Bénédicte Rousset
Broché – 19 mars 2026
Éditions : LA TRACE

Tome 3 de la Saga familiale autour d’Émile : Trois vies, un siècle : l’épopée d’un homme et deux femmes dans le tumulte de la grande Histoire…

  1. L’arrivée d’une usine concurrente inquiète Clémence et Pauline. À la tannerie de Saint-Ouen, une grève éclate et Alfred Warrender de Sales, en restant sourd aux revendications de ses ouvriers, met à mal les livraisons. Sans peaux, pas de chaussures… Un vol aggrave des tensions déjà vives à la fabrique, le passé de Pierre et Etienne refait surface et les mouvements sociaux s’étendent. Comment faire face ? Comment se démarquer ? Dans cette nouvelle vie, Émile travaille, dévore ses revues scientifiques, et fait une rencontre…

Après l’émouvant Promets-moi, Émile, et le superbe Le Tout-Paris et lui, je viens de termimer L’Affaire Warrender de Sales de Bénédicte Rousset… et une fois encore, je me suis laissé complètement emporter. Une plongée dans les années 20, dans un monde encore marqué par les blessures de la guerre, mais résolument tourné vers l’avenir.

Quel plaisir de retrouver les deux cousines Pauline et Clémence, toujours aussi déterminées face aux épreuves, aidées par le jeune Émile “Ansart et Prinveaux, le godillot qu’il, vous faut”, concepteur des modèles dans leur usine de chaussures à Creil, jusque-là florissante. Mais une concurrence nouvelle s’installe juste à côté de la leur, une concurrence qui risque d’être rude… les tensions montent. Et surtout, la situation se complique lorsque la tannerie de Saint-Ouen, et principale fournisseur de l’usine de Pauline et Clémence, dirigée par Alfred Warrender de Sales, le père d’Émile, se retrouve paralysée par une grève. Sans cuir… plus de production possible. J’ai senti l’équilibre du récit se fissurer.
À cela s’ajoutent des secrets de la part de Pierre et d’Étienne qui refont surface, des vérités enfouies qui viennent troubler encore davantage les relations. Et comme si cela ne suffisait pas, le climat social devient de plus en plus tendu. Je n’ai pu m’empêcher de ressentir une réelle empathie pour ses femmes d’un monde nouveau.

L’Affaire Warrender de Sales est un récit passionnant, et ce qui m’a frappé une fois encore, c’est la qualité de l’écriture de Bénédicte. Fluide, maîtrisée, profondément humaine et très à la pointe du détail historique et richement dépeint. L’autrice alterne avec justesse entre les histoires familiales et des passages plus rudes, voire violents, marqués par les conflits sociaux, entre patronat et ouvriers. J’ai retrouvé des personnages encore plus profonds, plus humains, plus touchants aussi.

Les thématiques abordées m’ont également marqué, la place des femmes, les inégalités, la condition animale… autant de sujets déjà brûlants à l’époque. Parlons-en de la condition animale… Ui, un sujet important les vaches qui désormais pourront être tranquille, « Plus rien à craindre pour leur peau, Ansart et Prinveaux remplacent leur cuir ». Et Ui, sacré Émile, de plus en plus attachant, son esprit brillant, ses idées parfois déroutantes « Au travail ! Ouvrier Barboteur ! », son mini Lapin… et tout le reste, sa manière d’imaginer un monde différent.

Les pages se sont enchaînées sans que je m’en rende compte. Ui, ce roman m’a touché, sincèrement. Ui, il m’a emporté, questionné… et profondément captivé. “Vers l’infini et au-delà !!!”
Une suite à la hauteur des deux précédents opus, peut-être même au-dessus…

Une seule envie, me replonger dans cet univers plain de passion… Vivement le tome 4 !
Un immense merci aux Éditions La Trace et à Bénédicte pour ce merveilleux moment de lecture.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« – Ce soir… dit Pierre en ouvrant l’arrière du camion.
Clémence haussa les épaules.
– Quoi, ce soir ?
– Je t’expliquerai.
Pauline la considéra en silence. Des ouvriers sortaient de l’usine pour aider à décharger des pièces de cuir. Comme Pierre s’y mettait aussi, Clémence, les sourcils froncés, n’eut d’autre choix que de tourner les talons. Elle récupèrerait Émile et les jumeaux chez Grand-mère Madeleine et patienterait. »

« Aménaïde Dupuis était une jeune ouvrière ambitieuse. Clémence avait sympathisé avec elle à la mercerie. Native de Creil, c’est par Pauline et Alphonse de Candolle, ingénieur en chef, qu’elle avait été recrutée.
L’annonce lue dans le journal était tombée à point nommé, alors qu’elle se débattait dans une petite usine de métallurgie, auprès de patrons décidés à l’essorer jusqu’à la moelle. “Mêm’si ça valait mieux que de vivre chez mon oncle, ce dégoûtant”, avait-elle avoué à Clémence, “celui qui m’a recueillie à la mort d’ma mère”.
A dix-neuf ans, elle n’avait pas la langue dans sa poche. “Tous les directeurs valent pareil, avait-elle dit à Clémence, pleine d’aplomb, mais vous, z’avez l’air honnêtes. Ou bien vous cachez bien vot’ jeu.” »

« Elle inspira puis approcha de l’usine, le pas méfiant. Des hommes y entraient sous des insultes et des huées : certainement les non-grévistes. Personne n’osa s’attaquer à elle ou même l’invectiver. Ses vêtements de qualité témoignaient de sa condition sociale mais elle avait craint que, justement, cela pousse certains à la tourmenter.
À l’intérieur, c’était le chaos. Une odeur de cuir tanné l’accueillit. Au beau milieu de machines détruites, de liquides renversés et d’outils abandonnés, des hommes jouaient aux cartes. Clémence s’engagea dans l’allée centrale, traversa le grand hall, monta à l’étage et se renseigna. Monsieur Warrender de Sales était-il sur place aujourd’hui ?
Une femme lui indiqua son bureau. »

« Le mécontentement grondait à l’usine. En plus d’une augmentation des salaires, on réclamait l’éviction définitive d’Émile. Aménaïde le défendait avec vigueur. Comment faire confiance à de tels patrons ? se plaignait-on encore.
Pire, les deux clans, de plus en plus distincts, prenaient Émile pour exemple, l’un de l’innocence, l’autre de la fourberie. Pauline maintenait l’idée de le garder loin de tout cela. Clémence en avait des insomnies, c’était injuste !
Alors, ce matin, en se levant, elle avait décrété : “Assez !” »

Bénédicte Rousset a grandi dans le Vaucluse entre le petit atelier d’imprimerie de son père et une mère institutrice. Professeur de Lettres Modernes, l’écriture lui permet d’explorer des recoins jusqu’alors ignorés d’elle-même, dans une tradition familiale qu’elle découvre à travers les pièces de théâtre, poèmes et romans qu’ont écrit ses aïeux.

https://www.facebook.com/benedicte.rousset.auteur/

« Ecrire, c’est vivre plusieurs vies à la fois. Il y a de moi dans chacun de mes personnages, même les plus noirs : ce sont peut-être eux qui me révèlent en miroir ! Ils sont un moyen d’évacuer les traumatismes vécus dans l’enfance. Deux éléments me semblent essentiels dans mes romans : la quête de l’identité, et celle de la vérité. La première nous concerne tous : qui sommes-nous ? Comment nous comportons-nous face à l’image que nous renvoyons ? Sommes-nous conformes à cette image ? La deuxième entre dans la structure du roman policier : pourquoi tuer ? Comment arrive-t-on à franchir le pas ? Je crois qu’il y a un assassin en chacun de nous, mais, la plupart du temps, il ne rencontre jamais sa victime (heureusement, non ?). »

Celles qui se taisent
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/03/celles-qui-se-taisent/

À toutes celles que tu es
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/24/a-toutes-celles-que-tu-es/

Le portrait d’Humphrey Back
https://leressentidejeanpaul.com/2023/06/13/le-portrait-dhumphrey-back/

Promets moi, Émile
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/23/promets-moi-emile/

Le Tout-Paris et lui (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/12/le-tout-paris-et-lui/

Émotion, Drame, Histoire, Suspense

Le tableau du peintre juif

de Benoît Séverac
Poche – 7 septembre 2023
Éditeur : 10 X 18

L’oncle et la tante de Stéphane vident leur appartement et lui proposent de venir recupérer quelques souvenirs :
– Tu pourrais prendre le tableau du peintre juif.
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Quel peintre juif ?
– Celui que tes grands-parents ont caché dans leur grenier pendant la guerre.

C’est ainsi que Stéphane découvre un pan de l’histoire familiale complètement ignoré. Eli Trudel, célèbre peintre, aurait été hébergé pendant l’Occupation par ses grands-parents, le tableau est la preuve de sa reconnaissance et Stéphane en hérite aujourd’hui. La vente de cette œuvre de maître pourrait être un nouveau départ pour son couple mais Stéphane n’a plus qu’une obsession : offrir à ses grands-parents la reconnaissance qu’ils méritent… Cependant quand le tableau est présenté aux experts à Jérusalem, Stéphane est placé en garde à vue, traité en criminel : l’œuvre aurait été volée à son auteur. Quel secret recèle cette toile ? Que s’est-il vraiment passé dans les Cévennes, en hiver 1943, pendant la fuite éperdue d’Eli Trudel et de sa femme ?

Dans cette enquête croisée entre passé et présent, Benoît Séverac nous maintient en haleine et nous entraîne aux côtés de Stéphane sur les traces du peintre juif et de sombres secrets de l’Histoire.

Je découvre Benoît Séverac avec Le tableau du peintre juif, que je viens tout juste de refermer… et qui m’a emmené bien plus loin que je ne l’imaginais.
Ce roman m’a fait voyager. Dans le temps, d’abord, en 1943, au cœur de la guerre, mais aussi dans l’espace, dans une petite ville près de Lyon, puis à Jérusalem et à Barcelone… Je ne connais pas Jérusalem, mais je trouve que Benoît à fort bien décrit Barcelone que je connais bien, ses lieux et les gens qui y vivent, j’avais vraiment l’impression d’y être.

Stéphane vit à Firminy, avec sa femme Irène. Il a perdu son entreprise, il y a peu de temps et depuis la vie avec sa femme est assez compliquée, de plus leurs deux filles ont quitté la maison. Ils se retrouvent seuls avec ce sentiment d’être passé à côté de quelque chose, à côté des rêves qu’ils s’étaient promis.

Puis un jour, un héritage inattendu. L’oncle et la tante de Stéphane s’apprête à quitter leur appartement de Paris et propose à leur neveu de récupérer quelques affaire qu’ils ne souhaitent pas conserver. Mais aussi une peinture. Et derrière celle-ci, une histoire. Celle de ses grands-parents, qui ont caché un peintre juif, Eli Trudel, et sa femme pendant l’Occupation. Un geste courageux. Un acte de résistance silencieux.

Très vite, j’ai ressenti la fierté de Stéphane, mais aussi sa chute, car là où il voit un devoir de mémoire, son épouse y voit une opportunité financière. Stéphane tombe de très haut. Il ne s’attendait pas du tout à cette réaction, alors qu’il s’apprêtait à faire reconnaître ses grands-parents comme étant des Justes parmi les Nations, à Yad Vashem. Et tout bascule. Lorsqu’il part à Jérusalem rien ne se passe comme prévu. Le tableau serait volé. Et lui, accusé. La honte l’empêche de contacter sa famille, de toute façon, Irène ne donne plus aucune nouvelle depuis son départ. seules ses filles le contactent de temps en temps.
À partir de là, je me suis laissé happer par son enquête. Une quête intime, obsessionnelle, pour comprendre la vérité, pour réparer, pour rendre justice.
Que s’est vraiment passé avec sa famille en 1943 !

J’ai été touché par cette plongée dans l’Histoire, par ces destins brisés, ces vies en fuite, cette peur omniprésente… racontés sans jamais tomber dans l’excès. Alors oui, j’ai ressenti quelques longueurs. Mais elles n’ont jamais suffi à me sortir du récit. Parce que derrière tout ça, il y a une question essentielle. Que reste-t-il de ceux qui ont agi dans l’ombre ?

Un roman touchant, instructif, et profondément humain. Une enquête qui relie passé et présent… et qui rappelle que certaines vérités méritent d’être retrouvées, coûte que coûte.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« À l’heure qu’il est, je pourrais être installé sur la terrasse d’Annie et Kader, en train de siroter un apéritif et de regarder le soleil s’avachir sur la chênaie.
Mon seul souci serait la présence de moustiques. Bien qu’aucun de nous ne croie en leur efficacité, nous allumerions des serpentins répulsifs, et nous continuerions à boire en ponctuant notre conversation de tapes sur nos avant-bras et nos chevilles.
Au lieu de quoi, je suis dans cette salle d’interrogatoire, entre cellule de prison et abri antiatomique, et je crève de chaud autant que de peur. La France, la Dordogne, les vacances… Tout cela me paraît si loin, si inaccessible. »

« Les rares sources en ligne ne m’ont pas appris grand-chose. Tout ce que l’on sait, c’est qu’au moment de l’entrée des Allemands dans Paris, en 1940, Eli Trudel a fui la capitale avec son épouse, Jeanne Fredon, la fille du peintre André Fredon.
On dit qu’Eli n’a jamais commenté les événements mondiaux. C’était sa façon à lui de résister. Ne pas laisser la barbarie et le fracas le détourner de l’unique raison de sa présence sur terre : peindre. »

« Un coup d’œil au Trudel dans le rétroviseur détourne mon esprit de ces idées maussades. Je souris. Le tableau est dans son emballage de papier bulle, je l’ai recouvert d’une vieille couverture que j’ai toujours dans le coffre. Quand les filles étaient petites, je l’étalais dans l’herbe pour qu’elles puissent s’asseoir sans que ça gratte. Je ne sais pas pourquoi je la garde alors que nous ne pique-niquons plus, Irène et moi. »

« Mais depuis quand tu t’intéresses à la Shoah, toi ?
— Ça m’a toujours fasciné, tu le sais. Mes grands-parents n’ont pas été reconnus comme tels alors qu’ils ont eu un comportement héroïque.
— Qu’est-ce qui te fait croire qu’ils auraient souhaité accéder à ce statut ? S’ils n’ont pas fait la démarche de leur vivant, il y a peut-être une raison.
Elle marque un point. »

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité interprofessionnel des vins du Sud-Ouest.

Il est aussi membre cofondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentant trois continents.

Il est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis cofondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Et enfin il a enseigné l’anglais à l’École nationale vétérinaire de Toulouse et auprès des étudiants du diplôme national d’œnologie de Toulouse.

Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Émotion, Drame, Historique

Nous qui avons connu Solange

de Marie Vareille
Broché – 11 mars 2026
Éditeur : Flammarion

“Le jour où je suis devenue une meurtrière, j’ai cessé d’aimer les mirabelles.”

Sarégnac, Corrèze. Célestine grandit dans la ferme familiale, bien décidée à réussir ses études pour échapper à la vie de labeur qui l’attend aux champs. Cadiran, Gironde. Solange est internée dans une école de préservation pour jeunes filles où sont envoyées des adolescentes jugées « déviantes ». Quel secret lie ces deux jeunes femmes ? Pourquoi Solange déteste-t-elle tant Célestine ? Et comment cette dernière a-t-elle pu commettre l’irréparable ? De la France de nos grands-parents jusqu’à nos jours, cette intrigue poignante ménage autant de suspense que de rebondissements. À travers les destinées de quatre générations de femmes puissantes, Marie Vareille retrace l’extraordinaire évolution de notre monde depuis un siècle et nous rappelle ce que nous devons tous à la persévérance et au courage de nos aînées.

À chaque fois que je lis un roman de Marie Vareille, j’ai cette sensation étrange… comme si, derrière chaque histoire, se cachait un message beaucoup plus profond, presque intime.
Avec La Dernière Allumette, j’avais lu ses mots comme un cri, une mémoire, un hommage à toutes ces femmes qui avaient osé, souffert et résisté…

Cette nuit, après quelques heures de lecture, j’ai fermé la dernière page de Nous qui avons connu Solange, avec un profond respect… Et en le refermant, je n’étais plus vraiment moi.
J’étais Célestine. J’étais Solange. J’étais Marguerite, Jeanne, Manon… mais aussi un peu Armand et tant d’autres encore.
J’aurais voulu ralentir ma lecture. Rester encore un peu dans leurs vies. Mais quelque chose m’attirait vers la fin, irrésistiblement. Ce moment où tout se dévoile. Où les silences se fissurent enfin, ce moment où Célestine se dévoile et s’ouvre à sa petite fille.

Célestine, née au début du siècle, grandit dans une ferme en Gironde. Très tôt, elle veut comprendre, apprendre, choisir. Elle rêve d’une vie où elle déciderai, s’émanciperai. Mais à son époque, une femme ne choisit pas. Elle obéit. Elle travaille. Elle se tait.
Et c’est là que ce roman m’a bouleversé. Parce qu’il raconte sans détour. Parce qu’il montre ce que l’on préfère parfois ne pas voir. Parce qu’il donne une voix à celles que l’on a enfermées.
Page après page, j’ai été happé. Le lien entre Célestine et Solange, je l’ai deviné très vite, il m’a frappé, profondément, m’a ému, marqué. J’ai pensé à ma mère, mes tantes, à mes grand-mères à toutes ces femmes que j’ai côtoyé dans mon enfance sans vraiment les voir…
Leur force. Leurs silences. Leurs combats invisibles, leurs espoirs peut-être.

Ce roman est dur, il fait mal car il dit la vérité. Mais il est aussi d’une beauté rare. Délicat, profondément humain, presque nécessaire. Il ouvre une nouvelle fois les yeux là où je pensais que tout avait déjà été écrit.
Non ! Tout ne sera jamais entièrement écrit. Il y aura toujours une Célestine, une Solange quelque part dans le monde, qui est perdue et qui ne demande qu’a hurler, qu’on la laisse vivre sa vie, qui refusera d’être enfermée, contrôlée, et d’être jugée dès qu’elle refusera de se taire, même quand tout la pousse à plier…

Un livre qui pourrait être un livre “de femmes” pour les femmes, mais il est bien plus que cela. C’est un livre pour comprendre. Pour ressentir. Pour ne plus détourner les yeux. Tel un cri, une évidence, un livre qui doit être lu. Un hommage à toutes celles que l’on a voulu faire taire face à la violence de certains hommes.

Un livre qui m’a remué, sincèrement, peut-être même mon plus gros coups de cœur pour 2026…
Merci Marie, pour cette force silencieuse, cachée entre les mots, qui attend que la vérité éclate et bouleverse, malgré les blessures, en traversant les générations.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je vais commencer, ma Biquette, par te dire ceci : le jour de la mort de Solange, ce jour où je suis devenue une meurtrière, j’ai cessé d’aimer les mirabelles. Pourtant, avant cette nuit terrible, durant laquelle la grange bleue a brûlé et où Solange est morte, aucune saveur n’égalait celle des mirabelles chauffées au soleil que je ramassais dans le verger des Bellanger ; celles que Maman glissait dans la poche de mon tablier en cachette, celles que je partageais avec Solange, sa joue tiède contre la mienne, au bord de la rivière. »

« J’ai vécu mes premières années principalement entourée de femmes et d’enfants. Les hommes, mobilisés en masse, étaient tous morts à la guerre, ou presque, et ceux qui étaient revenus avaient laissé un bout de leur âme au fond des tranchées boueuses. Note que cela ne les a pas empêchés, dès leur retour, de prendre la direction de la coopérative et de renvoyer les femmes du village à leur juste place, à savoir, selon eux, dans la cuisine. »

« Malgré la loi de 1882 qui avait rendu l’école obligatoire de six à treize ans, Maman, comme beaucoup des enfants de paysans dont l’aide était nécessaire à la ferme, était peu allée en classe. Elle savait néanmoins lire et écrire et elle possédait même quelques livres. C’était une de ses grandes fiertés. Les rares moments où elle me prenait sur ses genoux plus de quelques secondes ont été pour m’apprendre à lire, vers l’âge de cinq ans. »

« Je m’appliquais autant que je pouvais, pour être sa meilleure élève et voir le visage de ma mère s’éclairer quand elle tournait les pages de mes cahiers à carreaux aux marges fleuries d’excellentes notes. À l’époque, dans un village aussi petit que Sarégnac, les cours préparatoire et élémentaire étaient mélangés dans une seule et même salle de classe. M. Dujardin me citait en exemple, s’émerveillant de mes étonnantes capacités en calcul, surtout pour une fille, précisait-il parfois, et il me donnait souvent les exercices destinés aux plus âgés. »

« Ma passion pour les romans exaspérait Alphonse, pour qui perdre du temps à lire des événements qui ne sont jamais arrivés à des gens qui n’ont jamais existé relevait de la démence. Il a même jeté une fois Le Tour du monde en quatre-vingts jours au feu après m’avoir giflée, parce que bien trop profondément plongée dans les passionnantes aventures de Phileas Fogg je ne l’avais pas entendu m’ordonner de préparer le dîner. »

Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Elle est l’autrice de plusieurs best-sellers totalisant près d’un million de ventes dans le monde. Son roman Désenchantées, paru en 2022 aux éditions Charleston et en 2023 au Livre de Poche, a remporté le Prix des lecteurs Système U, ainsi que le Prix des lecteurs de la librairie Lamartine. La Vie rêvée des chaussettes orphelines a reçu le Prix Charleston poche 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021. Ses livres sont traduits dans plus de dix pays.

Elle est également l’autrice, aux éditions Charleston, de Je peux très bien me passer de toi (Prix Confidentielles), Ainsi gèlent les bulles de savon et Désenchantées.

Elle a reçu de nombreux Prix en littérature jeunesse pour sa trilogie « Elia la Passeuse d’âmes » et son roman Young Adult « Le syndrome du spaghetti » a été récompensé du Prix Babelio en 2021 et figure dans la sélection du Prix des Incorruptibles 2022-2023, organisé tous les ans en partenariat avec le Ministère de la culture et l’Éducation Nationale.

Là où tu iras j’irai (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/19/la-ou-tu-iras-jirai/

La vie rêvée des chaussettes orphelines (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/08/la-vie-revee-des-chaussettes-orphelines/

Désenchantées (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/15/desenchantees/

Ainsi gèlent les billes de savon (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/03/ainsi-gelent-les-billes-de-savon/

La Dernière Allumette (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/04/17/la-derniere-allumette/

Amour, Émotion, Biographie, Cercle littéraire, Histoire vraie, Historique, Magique

Le Désir dans la cage

de Alissa Wenz
Broché – 20 août 2025
Éditeur : Les Avrils

Paris, 1865. Dans l’appartement des Bonis, personne ne touche au piano. Pourtant à sept ans, Mélanie s’y aventure seule, tente, apprend. Bientôt elle entre au Conservatoire, côtoie Debussy, Satie, signe ses premières composition Mel – un prénom d’homme – et rencontre le chanteur Amédée-Louis Hettich. Ensemble, ils créent. Plus que tout, ils s’aiment. Mais les parents de Mélanie préfèrent pour elle un mariage avec un industriel fortuné. Un siècle nouveau recouvre l’ancien ; Mel se débat, court, ment, souffre, s’obstine entre raison et passion. Et jusqu’à son dernier souffle, invente sa musique.

Hier soir, au Cercle littéraire du Château de l’Hermitage nous avons eu le très grand plaisir de recevoir Alissa Wenz.
Une magnifique soirée,
Une femme au regard droit,
Une femme qui ose,
Lumineuse, souriante,
Un soirée inoubliable…

Il y a des romans qui racontent une histoire… et puis ceux qui viennent réveiller quelque chose que j’avais presque oublié…

Le Désir dans la cage n’est pas un livre que j’ai lu tranquillement. C’est d’abord une autrice que j’ai découvert, Alissa Wenz. Une femme passion, qui vibre, qui écrit et qui chante aussi. D’ailleurs je ne peux que vous conseiller de l’écouter. Doucement elle m’a approché avec sa voix où chacune de ses chansons m’a emporté et petit à petit, m’a enfermé tout doucement, alors et seulement à ce moment-là, j’ai pris et ouvert ce livre qui me regardait depuis quelques jours, il m’attendait, moi le lecteur. En quelques pages j’ai compris que la cage, ce n’était pas seulement celle de Mélanie Bonis, j’ai compris que je n’allais pas simplement lire une vie. J’allais ressentir un enfermement. Celui d’une femme à qui l’on a appris à se taire, à se contenir, à ne pas déranger.
Mais à l’intérieur… il y a la musique. Et il y a le désir. Un désir qui ne se laisse pas apprivoiser. Qui déborde. Qui fissure. Qui insiste.

Mel Bonis (1858–1937), compositrice longtemps restée dans l’ombre.
À une époque où la création musicale n’était pas une place accordée aux femmes, Mélanie choisit de masculiniser son prénom pour éviter le rejet. Sa vie oscille entre silences imposés, par la famille, par son rôle d’épouse et de mère et ses élans créateurs d’une grande intensité.
Reconnue de son vivant, elle tombe pourtant rapidement dans l’oubli, laissant derrière elle près de deux cents œuvres, principalement pour piano. Jusqu’à la fin, malgré la fatigue, elle composera encore, portée par une tension constante entre foi et désir. Ce qui m’a marqué profondément, au-delà de la découverte de cette musicienne, c’est une nouvelle fois le portrait d’une époque qui enfermait les femmes dans des rôles étroits.

Impossible d’entrer dans ce roman comme on entre dans une histoire. J’y suis entré comme on entre dans quelque chose de fragile. De brûlant. D’interdit presque. Et c’est là que le roman devient troublant. Parce qu’il ne parle pas seulement de la musicienne. Il parle d’amour, il parle de tout ce que l’on retient, mais aussi de tout ce que l’on étouffe pour rentrer dans les cases. De toutes ces parts de nous que l’on enferme, en espérant qu’elles finiront par se taire. Mais elles ne se taisent jamais vraiment. Elles vibrent autrement. Dans un regard. Dans un geste. Dans une note de musique. Dans ce manque que l’on ne sait pas toujours nommer.
Ce texte m’a touché pour ça. Pour cette tension constante entre ce que l’on montre… et ce que l’on brûle de vivre.

Il n’y a rien de spectaculaire ici. Et pourtant tout est intense. Une écriture qui murmure plus qu’elle ne crie. Mais ce murmure-là, il reste. Il s’accroche. Il insiste comme un feu qui refuse de s’éteindre.
Au point de ressentir une forme de vertige. Comme si le roman me posait une question sans jamais la formuler clairement. Qu’est-ce que tu es en train d’enfermer, toi ?

Et je crois que c’est pour ça que ce livre est important. Parce qu’il ouvre une faille. Une faille dans laquelle on aperçoit, ne serait-ce qu’un instant, la vie que l’on n’a pas encore osé vivre.
Et rien que pour ça… il mérite d’être entre vos mains, ouvert à la première page, et très vite, d’être lu.

Une fresque à la fois délicate et puissante, à l’image de cette femme discrète mais profondément habitée, que j’écoute presque en boucle depuis quelques jours.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Clémence est morte. Une main adulte lui a fermé les yeux. La bouche reste étrangement ouverte, comme une promesse qui n’aurait pas eu le temps d’être formulée.
C’est un matin de l’année 1864, à Paris.
Tu as six ans et tu aimais ta sœur, ta sœur Clémence, deux ans à peine, une toute petite fille, presque un bébé. Ta sœur tombée malade, oui, la maladie comme une chute, tant les choses sont allées vite, incompréhensibles, scandaleuses. Dans le lit, la vie qui s’en va, en quelques jours, la vie qui disparaît, qui a déjà disparu. »

« Tu laisses les mains s’amuser, explorer, parcourir l’ivoire, touches noires et blanches, résonances, douceurs. Tu apprends toute seule, tu persévères.
Tu apprends, en dépit de ta mère incommodée par ce tapage, ta mère qui jamais ne t’embrasse, jamais ne te câline, jamais ne te parle tendrement comme parlent tendrement les mères de tes amies. Ta mère qui réprimande souvent et ne félicite jamais, ta mère que tu n’entends jamais rire, ni chanter. Ta mère si dure et si distante, depuis quand ? Depuis toujours, depuis la mort de Clémence? Ta mère qui t’en voudrait, à toi, la grande, toi qui as insolemment survécu ? “On était plus tranquilles sans toi.” »

« Bientôt tu as joué Beethoven, Mozart, Mendelssohn, puis Liszt, Schumann, Chopin, et le piano t’était mieux qu’un ami, un corps. Au rythme des leçons et du travail, tu as eu quatorze ans, quinze ans, seize ans, dix-sept ans, dix-huit ans, une autre gamme, une autre montée. Tu as quitté l’enfance sans y prendre garde. Tu regardais ton piano. »

« Le ventre rond, entre toi et le piano, forme un rempart rassurant ; tu tends les bras pour ne pas l’écraser. Tu veux renouer avec la musique, tu n’as plus peur, et tu te plais à penser que le bébé, peut-être, entend et se balance avec toi – tu te plais à penser que ton piano lui fera du bien, et qu’il est de ton devoir de donner la musique avec la vie. »

« Le concert est terminé. Camille Saint-Saëns quitte la maison avec Jean Gounod et déclare, stupéfait : “Je n’aurais jamais cru qu’une femme soit capable d’écrire cela.”
On te le raconte.
Tu souris, car ta colère a désormais la forme du sourire. Tu es capable. Le monde pense que les femmes ne sont pas capables, mais le monde est un menteur. »

« Madeleine ne sait pas si ce monde l’intéresse.
Madeleine ne sait pas si elle souhaite devenir adulte. Un matin, les yeux de la mère s’ouvrent brièvement vers les oiseaux à la fenêtre. Il fait si beau aujourd’hui, dit-elle à Madeleine avant de les refermer pour toujours. »

Après une formation de piano et de chant en conservatoire, des études de lettres à l’École normale supérieure, ainsi qu’une formation théâtrale, Alissa Wenz choisit de partager sa vie entre la chanson et l’écriture.

Autrice compositrice interprète, elle se produit dans de nombreuses salles à Paris et en région, soutenue par Contrepied Productions.

Elle a étudié à la Fémis, et poursuit des activités de scénariste et enseignante de cinéma.

Elle est également écrivaine.
Ses deux romans, À trop aimer (2020) et L’Homme sans fil (2022), sont publiés aux Éditions Denoël.
L’homme sans fil fait partie des finalistes du Prix Pampelonne-Ramatuelle, ainsi que du Prix Orange du Livre.

Son album Je, tu, elle paraît chez EPM / Universal le 9 septembre 2022.
Romain Didier en signe les arrangements.
Un nouveau spectacle accompagne cet album.

Amour, Émotion, Drame, Historique

Oubliés

de José Rodrigues dos Santos
Poche – 16 octobre 2025
Éditions : Pocket

Un jeune capitaine portugais, une histoire d’amour inattendue et la guerre des tranchées : un récit poignant sur le courage, l’espoir et les liens qui unissent les âmes en temps de guerre.

Avril 1917.
Alors qu’un régiment de soldats portugais affronte la mitraille dans les Flandres, le régime, à Lisbonne, change de main. Pour les hommes envoyés au front, pas de relève, pas de permission. Sans la solidarité de ses frères d’armes, Alfonso se serait senti abandonné. Lui, le fils de paysans, l’ancien séminariste qu’on surnomme “le Sérieux” retrouvera cependant la foi dans le regard d’Agnès, jeune baronne française croisée au hasard des déroutes. Ces deux êtres, que tout oppose, se sont reconnus. Mais déjà les Allemands concentrent leurs dernières forces…

“J.R. dos Santos signe un grand roman. Il s’attache à rendre ses personnages vivants, émouvants dans leur humanité.”
France Info

“Un puissant roman.”
L’Avenir

Avec Oubliés, je retrouve avec un immense plaisir l’univers de José Rodrigues dos Santos, un auteur que je considère comme l’un des plus grands dans son domaine. Lorsque j’ai appris que les éditions Pocket publiaient son tout premier roman, écrit en 2004 sous le titre “A filha do capitão” (La fille du capitaine), je n’ai pas hésité une seule seconde.

Une fois encore, il a su m’emporter. Ce que j’admire profondément chez lui, c’est sa capacité à bâtir ses récits sur une documentation impressionnante, mêlant sciences, politique et Histoire avec un grand H. Et ici, plus encore que dans ses autres romans, quelque chose de très personnel a résonné en moi, à travers les lieux évoqués, les villes du Portugal que je connais, où je suis allé, les mots portugais glissés au fil des pages, j’ai senti mes racines vibrer. Mais “Oubliés” est bien plus qu’un simple roman historique. C’est une plongée bouleversante dans le rôle du Portugal durant la Première Guerre mondiale, un pan d’histoire que je ne connaissais pas, que je découvre ici !

Afonso Brandão, fils de paysans, est un jeune homme promis à une vie religieuse, qui va gravir les échelons grâce à son éducation avant de devenir soldat, puis capitaine. Son histoire d’amour avec Carolina est brutalement interrompue par son départ pour les Flandres françaises, où il découvre l’horreur de la guerre. Comme pour beaucoup, c’est la première fois qu’il quitte son pays. Et ce qu’il va vivre dépasse tout ce qu’il aurait pu imaginer. Entre devoir, survie et rencontres inattendues, son destin bascule. Lorsqu’il croise le regard d’Agnès, une jeune baronne française, mystérieuse et érudite, le récit prend une nouvelle dimension, plus intime, presque suspendue.

J’ai été profondément touché par cette histoire d’amour entremêlée à la violence du conflit, mais aussi par les réflexions philosophiques et l’influence omniprésente de la religion catholique.
Ce roman m’a semblé différent des autres œuvres de l’auteur. Plus humain, plus poignant encore. Il rend hommage à ces soldats oubliés, abandonnés dans les tranchées, qui ne seront jamais relevés à partir du moment où ils prendront leur poste, laissés pour compte par leur propre pays. Une réalité révoltante, que je ne soupçonnais pas à ce point.

J’ai été impressionné par tout ce que j’ai appris, sur l’histoire du Portugal, ses tensions politiques, la condition de ses soldats, souvent pauvres et délaissés, mais aussi sur la guerre elle-même. Chaque détail compte, chaque page résonne. J’ai été happé du début à la fin, porté par une écriture vibrante et profondément incarnée.

Si vous aimez les romans historiques qui allient érudition et émotion, je ne peux que vous recommander cette lecture marquante.

Pour ma part, c’est un immense coup de cœur, aussi enrichissant qu’émouvant.

÷÷÷÷÷÷÷

Extrait :

« Dès son plus jeune âge, Afonso da Silva Brandão avait compris que la vie est un long fleuve incertain, parsemé de courbes, de bifurcations, de ponts, de tunnels et de méandres, et que chaque voie recèle d’innombrables mystères, des secrets à percer et des énigmes à décrypter. Animé d’une curiosité constante et stimulé par une intelligence vive et intuitive, il ne tarda pas à soupçonner que le monde est un lieu étrange, un immense théâtre d’illusions, perfide et dissimulé, un double jeu de miroirs où tout semble chaotique, mais s’avère en fait ordonné, où les choses ont une signification, mais pas nécessairement un sens. Il se rendit compte, d’ailleurs, que c’est précisément dans l’existence d’un sens que commence l’énigme du sens de l’existence. »

« Son père s’appelait Rafael Brandão Laureano, ce qui soulevait un autre mystère. En effet, si son nom de famille était Laureano, pourquoi avait-il donné à ses enfants le nom de Brandão ? Là encore, Afonso n’eut jamais de réponse satisfaisante, son père se contentant de hausser les épaules lorsqu’on l’interrogeait sur son choix. Rafael Laureano mesurait 1,75 m, une taille inhabituellement grande au Portugal, et c’était un homme profondément religieux. »

« Paul se rendit à la réception et demanda conseil ; la réponse fusa sans hésitation.
— Ils sont tous différents, dit l’homme. Mais plusieurs de nos clients sont allés voir le Cinématographe Lumière et en sont revenus émerveillés.
— Le Cinématographe Lumière? Où se trouve-t-il?
— À l’Exposition, m’sieur. Au pavillon des Machines.
Ils décidèrent de suivre cette suggestion et montèrent dans leurs chambres. Avant de se coucher, Agnès admira la silhouette colorée de la tour Eiffel, avec sa structure de fer recouverte d’ampoules. La lumière électrique baignait le Champ-de-Mars, la tour brillait de toute sa hauteur et émettait trois puissants projecteurs depuis son sommet vers différents points de la ville.
— Un jour, nous aurons l’électricité à la maison, tu verras, soupira Claudette, assise devant la fenêtre à côté de sa sœur. »

« — Ce n’est qu’un tissu de mensonges ! s’exclama Afonso. — Il leva une main, paume vers le haut. — L’Église dit qu’il faut croire en Dieu, qu’il faut avoir la foi, qu’il faut prier. Je vous le demande, pourquoi ? Cela voudrait dire que ceux qui ne croient pas en Lui vont en enfer, juste parce qu’ils ne croient pas en Lui ? Ainsi, si je suis une canaille et que je prie tous les jours comme un croyant, et que quelqu’un d’autre est un homme bon, droit et honnête, mais qu’il n’a pas la foi et ne prie pas, j’irai au paradis, et lui en enfer ? Moi, qui suis une canaille, et lui, un honnête homme ? Est-ce que ça a un sens ? Quel est ce Dieu qui est si égoïste qu’Il exige que les gens L’idolâtrent ? Qui place l’idolâtrie au-dessus de la bonté ? »

Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers scientifiques.
La saga Tomás Noronha, traduite en 18 langues, s’est fait connaître en France avec « La Formule de Dieu », vendue à près de 500 000 exemplaires (2 millions dans le monde) et dont les droits d’adaptation au cinéma ont été acquis par Belga Films.
Avec « Immortel », il signe le 8e roman de la saga en France.
Les romans de J.R. dos Santos et de son héros Tomás Noronha rencontrent un grand succès à travers le monde.
Thrillers érudits, ils traitent des sujets de science, de religion ou d’histoire avec toujours un incroyable travail de recherche. Car le sujet central de tous les romans de J.R. dos Santos reste le même : la vérité.
En tant que journaliste-reporter de guerre et en tant qu’auteur, cette question ne l’a jamais quitté. Et ce qui rend la série des Tomás Noronha unique, c’est justement ce défi systématiquement relevé de remettre en cause une vérité pré-établie pour en rétablir une nouvelle, difficile à accepter peut-être, mais bien plus limpide.

Ses romans sont tous publiés aux Éditions Hervé Chopin :

José Rodrigues dos Santos vit à Lisbonne.

Émotion, Drame, Psychologie, Thriller, Violence

Indemne

de François Rabes
Broché – 26 mars 2026
Éditeur : TAURNADA

Et si votre vie basculait en quelques secondes ?

C’est ce que le destin réserve à Sofiane, médecin urgentiste, pris dans la tourmente d’un violent règlement de comptes.
Lui s’en sort indemne, mais Clara, l’amour de sa vie, tombe sous une balle perdue.
Rongé par le chagrin, consumé par le désir de vengeance, Sofiane s’engage dans une quête sans merci pour traquer les responsables en prenant tous les risques…

… Ainsi qu’un aller simple pour l’enfer.

Depuis quelques mois, chaque service de presse reçu des éditions Taurnada est pour moi une promesse de lecture intense. Avec Indemne de François Rabes, cette promesse est une nouvelle fois tenue… et même largement dépassée.

Dès les premières pages, je me suis retrouvé plongé dans un récit dense, profond, éprouvant aussi, mais terriblement addictif. Les 400 pages ont défilé à une vitesse folle. J’ai dévoré ce roman, happé par un univers où la peur, la manipulation, les intérêts et les compromis règnent en maîtres. Mais ici, c’est surtout la vengeance qui domine tout, qui écrase tout, qui guide chaque pas du récit.

Sofiane, un urgentiste passionné, est amoureux de Clara. Ce soir-là, ils célèbrent dix ans d’amour dans un bar. Un moment simple, heureux… jusqu’à ce que tout bascule, au moment où elle s’apprêtait à lui annoncer quelque chose d’à priori très important. Des coups de feu éclatent. Une fusillade. Et en quelques secondes, l’irréparable. Clara s’effondre, victime d’une balle perdue. Sofiane n’a rien pu faire.

À partir de là, je plonge avec lui dans une véritable descente aux enfers. Sa douleur devient palpable et devient presque mienne. Et lorsque la police classe l’affaire comme un banal fait divers, sans réelle volonté de trouver les responsables, quelque chose se brise définitivement en lui.

Alors, la vengeance prend le relais.
J’étais enfermé dans ses pensées, à me poser cette question dérangeante. Qu’aurais-je fait à sa place ? Comment réagir face à une telle injustice ? Sofiane n’a plus rien à perdre, et c’est précisément ce qui le rend dangereux… mais pour moi, terriblement humain aussi.

François Rabes maîtrise et explore avec justesse cette zone trouble où l’homme bascule. Où la douleur justifie l’inacceptable. Et je dois l’avouer, malgré mes craintes, j’espérais qu’il aille jusqu’au bout.

Le roman interroge profondément sur l’amour, la perte, la justice… et sur cette frontière invisible que l’on franchit parfois sans même s’en rendre compte. Où un homme ordinaire, passionné par son métier, qui aimait la vie va progressivement devenir aussi dangereux, sinon plus que ceux qu’il traque.
La plume est rythmée, visuelle, percutante. Les rebondissements s’enchaînent avec efficacité, jusqu’à un final explosif qui m’a laissé sans voix.

Une lecture marquante, intense, que je ne suis pas prêt d’oublier.
Superbe…

Un grand merci à Joël et aux éditions Taurnada pour cette claque, ce coup de cœur littéraire.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Il avait beau avancer sa montre de dix minutes pour gagner du temps, rien à faire, Sofiane passait ses journées ou ses nuits à courir après. C’est le métier qui voulait ça. Il portait d’ailleurs bien son nom :
URGENCES.
Huit lettres rouge sang alignées sur un panneau aveuglant de lumière, pilier central de tout établissement hospitalier. »

« Alors qu’il avançait vers Clara, le médecin aurait voulu figer cet instant, voler cette image. Mais sentant sa présence, la jeune femme brisa le charme en tournant légèrement la tête vers lui au moment où il atteignait « leur » table. Sofiane déchiffra aussitôt une lueur sombre dans ses yeux clairs.
« Pardon… j’ai vraiment fait au mieux pour partir à l’heure… »
Il embrassa Clara dans le cou, tout près du petit pli niché dans le creux de son oreille qui n’appartenait qu’à lui, chaviré par la douceur de sa peau et de son délicieux parfum aux effluves de fleur d’oranger et d’ambre blanc qu’elle portait depuis toujours, avant de prendre place de l’autre côté de la banquette.
« J’ai dû poser des points sur le bras d’un patient très agité, l’infirmière n’y arrivait pas… »

« Lui, ce soir, la mort n’en avait pas voulu.
Lui, le survivant, le miraculé comme l’avait qualifié la jeune policière avec un rictus aux allures de sourire raté, visiblement secouée par les événements et pressée de le laisser aux mains du médecin de garde, fuyant son malheur comme une maladie contagieuse.
Mais à quoi bon survivre lorsque vous êtes désormais seul, déjà oublié de tous. C’est bien la seule chose qu’il pouvait encore ressentir de manière aiguë au milieu de ce long couloir en sous-sol de l’hôpital, assis sur une chaise en plastique, en attente d’une ordonnance et d’un véhicule pour le ramener chez lui. »

Après des études littéraires et un passage éclair en fac de cinéma, François Rabes décroche un poste de stagiaire mise-en-scène sur « La cité des enfants perdus » (1995) de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro après avoir envoyé une demande sous forme de story-board.

La rencontre avec les nombreux talents qui composent l’équipe du film est déterminante. Cette expérience lui offre un apprentissage en accéléré et l’encourage à mettre sur pied, à l’âge de 20 ans, un premier court-métrage.

Alternant films courts, clips musicaux (Johnny Hallyday, Pascal Obispo, Dj Abdel, Mister You…) et autres publicités, François Rabes développe des projets de longs-métrages dont il signe les scénarios.

L’univers du groupe Apollo, créé par sa sœur Alice, s’inscrit dans cette démarche artistique. Volonté de proposer des minis histoires pour accompagner les chansons, identité visuelle forte, références cinématographiques… autant d’éléments pour nourrir sa passion de raconter en images.

Francois Rabes signe son premier roman avec « Les racines des ombres » (2022) et remporte le concours Les Lieux Noirs 2021, organisé par Fyctia et les éditions Hugo & Cie.

Amour, Émotion, Psychologie, Romance, Suspense

Et si un jour on se manque…

de Lucie Delacroix
Broché – 1 juin 2025
Éditeur : Auto-édition

Vous aimez la romance, mais également le suspense et les page-turners ? Ce roman va vous plaire !

Et si un jour on se manque, on s’appelle, mais pas avant dix ans.
Dix ans ont passé et Alice a tenu la promesse qu’elle avait faite à Axel, son amour de jeunesse. Mais lorsqu’elle décide de le recontacter, c’est trop tard, Axel a disparu dans des circonstances douteuses.
Entre Saint-Malo et San Francisco, elle doit alors défier le temps et se replonger dans ses souvenirs pour tenter de changer le cours des choses et sauver celui qu’elle n’a jamais cessé d’aimer.

Un roman chargé d’émotions et de sentiments, qui nous pousse à nous interroger sur la puissance des souvenirs, nos regrets et nos rendez-vous manqués.

Quelle claque… quelle merveilleuse surprise !

Dès les premières lignes de Et si un jour on se manque… de Lucie Delacroix, je me suis laissé emporter sans résistance. Pourtant, je pensais en deviner la structure après nos divers échanges autour de la préparation et de la réalisation de la couverture… mais je me trompais complètement.

Très vite, l’autrice m’a pris à contre-pied avec une idée aussi inattendue que brillante. Elle a glissé, au cœur de ce récit profondément humain, une touche de fantastique. Et là, tout a basculé. Chaque certitude que j’avais construite s’est fissurée. À partir de cet instant c’est la magie qui a opérée en plus de des émotions, du suspense et des frissons que je ressentais… Une impression troublante que tout pouvait s’effondrer ou renaître à tout moment. Le roman s’est alors transformé, sous mes yeux, en une romance psychologique d’une rare profondeur.

Je découvre Alice, installée à Saint-Malo, vivant une relation stable avec Marc. Mais une demande en mariage, à une date hautement symbolique, vient raviver un passé qu’elle n’a jamais vraiment laissé derrière elle. Dix ans plus tôt, il y avait Axel. Son premier amour. Un amour immense, inattendu, presque irréel pour la jeune femme timide qu’elle était. Puis, brutalement, Axel a choisi de partir. Pas par manque d’amour, mais par conviction. Ils étaient trop jeunes, n’avaient pas assez vécu, devaient expérimenter, grandir… et surtout laisser à Alice la liberté de choisir sa vie en toute conscience et non suite à un premier “béguin”. Son idée ? Se retrouver dix ans plus tard, jour pour jour afin de faire le point. Alice ne comprend pas, elle qui est tellement amoureuse, pense alors qu’Axel ne l’aime pas comme elle l’aime, elle est malheureuse.

Je me suis immédiatement projeté dans la douleur d’Alice, dans son incompréhension, dans ce cœur brisé qui ne cessera pourtant jamais de l’aimer. Les années passent, mais le souvenir reste intact. Et lorsque cette fameuse date arrive… tout vacille.
Chaque page m’entraînait plus loin dans une quête bouleversante, jusqu’à ce choc, la mort d’Axel, survenue dans des circonstances troublantes.

Et là… tout explose.
J’ai littéralement dévoré le roman, porté par une tension incroyable et des rebondissements qui dépassaient toutes mes attentes. Et cette fin… quelle fin !

Ce troisième roman que je lis de Lucie Delacroix confirme tout son talent. Elle m’a surpris, déstabilisé, poussé à réfléchir. Elle m’a amené à me questionner sur mes propres choix, sur mes regrets, sur ces chemins que je n’ai pas pris.
Qu’aurais-je fait à la place d’Alice si les mêmes portes ouvertes s’étaient présentées à moi ? Aurais-je osé tout recommencer ?
Entre rêve et réalité, Lucie Delacroix m’a tenu en haleine comme rarement. Son histoire, construite comme un véritable jeu de piste, m’a fait voyager de la Bretagne aux États-Unis avec une belle intensité.

Un roman magique, troublant, profondément humain… et inoubliable…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je ferme les yeux. Il est là, près de moi. Ses yeux bleus me dévisagent tendrement, oscillant entre mon visage et le pare-brise. Sa fenêtre ouverte laisse dépasser son bras, au bout duquel une Camel se consume entre ses doigts. L’odeur de nicotine parvient jusqu’à mes narines. La voiture file à vive allure dans les rues angevines, après avoir quitté le parking du Gaumont Multiplexe où nous avons visionné
Bruce tout-puissant. »

« Ses yeux bleus me transpercent. Ma réaction est immédiate, je me liquéfie sur ma chaise. Je dois détourner le regard. Il faut que je sois forte, que je pense à mes nouvelles résolutions. C’est plus fort que moi, je n’arrive pas à lâcher ces pupilles qui me fixent intensément.
J’suis foutue, premier jour de cours, j’suis amoureuse.
Eh merde. »

« Je beurre ma tartine de pain en pleurant. Je pleure encore et encore, mon esprit est obnubilé par Axel depuis l’appel de Thierry. Je ne parviens pas à réaliser. Je repense sans cesse à nos souvenirs, à tous les moments partagés ensemble. Je visionne en boucle nos photos et nos vidéos.
Entendre sa voix me fait terriblement mal, le voir rire me transperce le cœur. Une véritable douleur étreint ma poitrine, tant mon cœur est serré. Pourtant, je ne peux m’empêcher de tout regarder, plusieurs fois d’affilée.
Comme pour confirmer que tout ce qu’on a vécu était bien réel. J’écoute cette chanson qui reste dans ma tête. »

« Je passe Rennes et Ploërmel avant de parvenir enfin à Vannes. Je trouve facilement le salon funéraire avec l’aide de mon GPS. En me garant sur le parking, la boule qui me tord les boyaux s’intensifie. Je reconnais son frère et son parrain, parmi la dizaine de personnes qui patientent devant le bâtiment. Le salon doit être bondé. Je descends de ma voiture et m’approche de la porte. Je salue les visages que je croise et me reconnaissent. Revoir des personnes avec qui on a partagé de bons moments dans de telles circonstances est terrible. Je pénètre dans la chambre mortuaire et ferme la porte derrière moi. Je redoute le moment où je vais le voir.
Je m’intéresse d’abord à toutes les fleurs qui l’entourent, puis jette un coup d’œil rapide aux personnes assises à ses côtés. Certaines sont debout au fond de la salle comble. Le silence est complet. Seuls quelques sanglots se font entendre. Je remarque d’abord ses amis, que je salue brièvement d’un signe de tête. »

Bretonne de 34 ans, Lucie Delacroix est mariée et maman de trois jeunes enfants. Salariée, elle consacre son temps libre à la lecture et l’écriture. Elle aime les « page-turner », ces romans qu’on ne peut plus refermer sans en connaître le dénouement. Naturellement, elle en écrit aussi, passionnée d’écriture depuis son plus jeune âge.

Plongez dans ses romans, des histoires pleines de rebondissements avec un soupçon de romance.

Les flammes de l’autre rive, fait partie des finalistes du Grand Prix Romanesque 2025 !
https://leressentidejeanpaul.com/2025/11/12/les-flammes-de-lautre-rive/

J’avais raison d’y croire (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/12/09/javais-raison-dy-croire/