Émotion, Drame, Noir, Thriller psychologique

Comme une image

de Magali Collet
Poche – 6 octobre 2022
Éditions : Taurnada éditions

• Bandeau_Intro.jpg

Lalie a 9 ans, un teint de pêche et des joues roses. Elle a aussi deux frères et des chatons, une belle-mère et deux maisons. C’est une enfant intelligente et vive, une grande soeur attentionnée et une amie fidèle. C’est la petite fille que chacun aimerait avoir. D’ailleurs, tout le monde aime Lalie. Tout le monde doit aimer Lalie. C’est une évidence. Il le faut.

 

• Couv_084_Collet Magali - Comme une image.jpg

 

Connaissez-vous Magali Collet ?

Magali Collet n’est plus une nouvelle auteure. Elle en est à son troisième roman.
Après “La cave aux poupées” et “Les yeux d’Iris”, qui m’avaient vraiment embarqués, en ayant mis déjà la barre bien haute, elle nous propose aujourd’hui “Comme une image”

Magali, je l’ai toujours vu “tout sourire” et très rayonnante… Regarder bien sa photo, jouant de ses yeux malicieux…
Mais justement…
Qui donc se cache derrière ce sourire si bienveillant ?

“Comme une image” est une bombe !
Magali s’attaque à un sujet tabou qui forcément risque de choquer, mais elle le fait tellement bien…
La couverture est magnifique et donne, je trouve le ton du récit encore une fois lu d’une seule traite ! Les chapitres sont très courts, et s’enchaînent à toute vitesse, mes yeux allaient parfois plus vite que ma pensée, voulant anticiper sur les mots qu’ils liaient les uns aux autres, comme si j’étais en apnée ou téléguidé !

Mais comment fait-elle ?
D’où lui est venue l’idée de ce roman qui m’a fait froid dans le dos 🥶 à plusieurs reprises ?
Un sujet si délicat, demandait une parfaite maîtrise.
Magali l’a fait !
…et cette fin ouverte 😱 !

Lalie est une petite fille de 9 ans. Elle est très jolie. Toutes les personnes se retournent sur son passage, elle y est tellement habituée, que c’en est même devenu normal… Mais elle est surtout très intelligente et fait tout son possible pour le cacher à son entourage…
Lorsque ses parents se séparent, elle souffre du “départ” de son père, qu’elle ne voit plus qu’un week-end sur deux. Elle a surtout du mal à trouver un réel lien affectif avec ses deux petits frères nés à quelques mois d’écart.

Lalie est-elle triste ?
Se sent-elle seule ?
Elle a du mal à gérer ses émotions alors que ses parents n’ont plus d’yeux que pour les deux nourrissons.
À quoi cela sert d’avoir des frères ?
Mais souvenez-vous, Lalie est une enfant très intelligente…

Coup de cœur 😍 pour ce thriller psychologique !
Je n’avais jamais rien lu de tel.

Un grand merci à Joël Maïssades éditions Taurnada, pour l’envoi en service de presse, de ce roman qui je l’espère bien, va faire du bruit !

÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :

« J’aime regarder les photos de papa et maman quand ils étaient jeunes… Celles de leur mariage ou celles de ma naissance. J’aime aussi me voir bébé, avec des couches et les joues toutes roses. Tout le monde dit que je suis jolie, alors, je sais que je le suis. C’est un peu comme le soleil. Il se lève chaque jour et c’est normal, et bien moi, c’est pareil. Je ne me pose pas la question. Je suis jolie. »

« Je n’aime pas le changement, je n’ai jamais aimé. Alors, je cache ce que je suis vraiment. Je m’arrange pour glisser quelques erreurs de temps en temps dans mon travail, j’essaie de poser des questions dont je connais la réponse, parce que j’ai vite compris qu’il ne fallait pas être à l’écart d’un groupe. La classe, c’est une meute, comme les loups. Quand un enfant est à l’écart du groupe, il ne peut plus y revenir. »

« Je pose mon sac sur une chaise et me promène dans les allées en touchant les livres. Ils ont toujours eu le pouvoir de me calmer. Rien que de les voir et de les sentir, ça m’aide à respirer. Ils n’enlèvent pas ma colère, mais ils me permettent de me concentrer sur autre chose. »

« Il a encore fallu que je lui raconte mon week-end en détail. Ça me saoule, mais c’est toujours comme ça. Je l’ai fait pour avoir mon cadeau d’anniversaire et la paix. Ça valait le coup. Maman est Abuelita m’ont offert un ordinateur portable. C’est chouette. Un chien et un ordi, c’est l’avantage d’avoir des parents divorcés. »

« Les ombres sur les murs sont le reflet de son mal-être. Depuis qu’elle a trouvé le petit corps inanimé, depuis qu’on le lui a arraché des bras, elle manque d’air. Elle se noie dans sa douleur. Rien ne pourra colmater le vide de son cœur, de sa tête et de son corps. C’est une sensation physique. Le manque est physique. »

 

 

Magali Collet est une auteure française née en 1972 à Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Elle vit en Picardie depuis près de vingt ans. C’est une passionnée des mots ; elle écrit des poèmes, des nouvelles ou des chroniques depuis de nombreuses années. Sa sensibilité à la cause des femmes, celles qui souffrent de ne pouvoir échapper à leur condition, apparaît en filigrane dans tous ses écrits. Avec son premier roman, la Cave aux poupées, publié aux éditions Taurnada, elle plonge ses lecteurs dans les fosses ténébreuses des âmes, pleines de violences, d’angoisses mais aussi d’un profond désir de rédemption.

La cave aux poupées
https://leressentidejeanpaul.com/2020/03/06/la-cave-aux-poupees/

Les yeux d’Iris
https://leressentidejeanpaul.com/2021/11/03/les-yeux-diris/

Émotion, Drame, Noir, Thriller

Matricule 2022

de Lou Valérie Vernet
Broché – 18 août 2022
Éditions : M+ éditions

• Bandeau_Intro.jpg

D’un côté, il y a Ivy, 25 ans, pleine de rage et d’amour, animé d’un puissant sentiment d’injustice, en guerre pour régler ses comptes à ce qu’elle nomme elle-même « ses sept charognards et demi ». De l’autre, l’envers du décor. Ce qu’il dévoile de sordide et d’horreur. Chaque jour, à chaque carrefour, sous nos yeux. Le passé qui crée les failles. Le présent qui les perpétue. Sans états d’âme. Parce qu’ainsi va la vie. Et puis au centre, une immersion plein coeur dans les plus grands fléaux de notre humanité pour lesquels l’héroïne de « Matricule 2022 » va tout risquer. Tout sacrifier. Tout expier.

L’auteur signe ici un thriller implacable.
L’humanité côtoie la barbarie.
La violence d’une plume
contre la violence des hommes.

 

• Couv_083_Vernet Lou Valérie - Matricule 2022.jpg

 

Attention, thriller très engagé à sensations très fortes !

Grosse claque littéraire…
Lou Valérie se donne à nous…

Avec “Matricule 2022”, elle ouvre son cœur dans tous les sens du terme… et par la poésie, la tendresse qui se dégage tout le long du roman et par la thématique, dure, violente, due à une véritable soif de vengeance !
N’est pas “Lou Valérie Vernet” qui veut…

Ivy, malgré son cœur qui déborde d’amour, malgré sa gentillesse et toute sa sensibilité est une tueuse.
Enfant perdue, brisée par son vécu, adulte écorchée, comme ses véritables amis, son clan, sa “famille”. Un jour, elle a décidé de dire “STOP” !
Dès lors, elle n’hésitera pas, à tout simplement “éliminer” ceux qui lui ont fait du mal. Elle partira en guerre et fera ce qui doit être fait sans états d’âme, elle a fait son choix…

Impossible de lâcher le roman avant la fin. Les chapitres très courts donnent un rythme incroyable au récit, on rebondit dans tous les sens, présent, passé, traque, meurtres, chaque ligne, chaque page nous fait comprendre qu’elle ne peux pas faire autrement. Une fois sa décision prise, une fois sa liste établie, elle écrase tout sur son passage… On a du mal à reprendre son souffle tant chaque action est liée et justifiée… Les charognards n’ont qu’à bien se tenir…

Lou, m’a entraîné dans un monde aussi sombre qu’il peut être lumineux…
Tout devrait se dérouler sans aucun encombre, mais comme la vie en décide autrement, l’auteure prends sur elle.
Elle pointe du doigt, elle coupe, arrache même, tout ce qui dépasse, dans un seul but… Retrouver la beauté, l’amour, la paix, ne plus jamais croiser de femmes obligées de baisser leur regard et cacher leurs yeux meurtris, ne plus entendre les cris et les pleurs de tous ces enfants abusés… Lucas, Evan, Lény… et bien d’autres…

Ivy, est rapide, précise et efficace.
Lou, pose ses mots, chaque virgule a un sens, chaque point voulu, avant de repartir encore plus fort.

Il faut prendre soin d’elles…
Elles ont beaucoup de choses puissantes à nous transmettre !

Un grand merci à M+ éditions.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« X : Pourquoi avez-vous fait ça ?
Y : Vous le savez bien.
X : Ce n’est pas très malin ? Il y avait peut-être une autre solution ?
Y, du tac au tac, énervé comme si c’était encore possible de l’être.
– Vous savez bien que non. C’était même la seule solution. Et je suis content.
X, affligé.
– Mais à quoi cela sert-il ? Vous n’allez même pas en profiter.
Y, Affligé plus encore.
– Vous ne comprenez vraiment rien. C’est tout l’intérêt. Mourir pour qu’elle vive. C’est encore mieux. Ça rachète tout. »

« Il y a des gens qui ne méritent pas une ligne dans le grand livre de la vie et encore moins une page d’histoire. À peine plus dans un entrefilet en bas de page. Et certainement pas en héros dans un polar. Ou alors au climax, quand le moment vient de bouffer le cœur pourri du méchant, de le déchiqueter avec les dents, d’en faire de la bouillie tout juste bonne à donner à un chien galeux. Et même et encore, il y en a qui ne méritent rien.
Que de se voir crever, encore et encore, en vagissant et en suppliant alors que la dernière minute s’éternise. »

« Le monde enfin redevenu neuf.
Silencieux. Nu. Vierge.
Et voilà, ça en sera fini de cette course contre la montre. De tous ces cycles de réincarnation – naissance, survivance, mort. De la maladie. De l’abjection. De l’ignominie.
Ça en sera fini d’imaginer, qu’à chaque seconde, on ne parle pas de minutes là, on est bien d’accord, mais de putain de secondes, plus de 900 viols et 500 homicides sont perpétrés, le plus souvent dans une totale impunité. Oui, à chaque seconde. »

 

 

Lou Valérie Vernet, auteure multicartes, signe ici, avec « Matricule 2022 » son troisième thriller, après les très remarqués, Surtout le Pire et Acouphanges. Elle a aussi publié sept autres romans. Tous confirment son talent à manier en virtuose, l’art de la mystification et à sonder les profondeurs de l’âme.

Par ailleurs, photographe amatrice, baroudeuse des grands espaces, essayiste et poète à la plume acérée, elle n’en reste pas moins attachée à sa devise préférée « Ne prenez la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant ». B. Fontenelle.

Roman, Émotion, Drame

Immortelle(s)

de Bertrand Touzet
Broché – 6 octobre 2022
Éditions : Les Presses de la cité

• Bandeau_Intro.jpg

Le croisement de deux vies à l’orée d’un nouveau départ.
Depuis son cancer du sein, Anna a besoin de se réapproprier sa féminité ; elle rencontre Camille, une jeune femme devenue tatoueuse, qui a ouvert son local à celles qui ont été marquées par la vie.

Anna revient vivre dans sa région natale, près de Toulouse, pour tourner définitivement une page de sa vie : oublier une relation amoureuse toxique, se reconvertir… Mais une nouvelle épreuve l’attend : une tumeur au sein. La voilà quelques mois plus tard face à son corps meurtri, persuadée d’avoir perdu une part de sa féminité et de ne plus avoir droit à l’amour.
Camille, tatoueuse, se remet douloureusement d’un accident terrible. Une rencontre lui fait comprendre qu’elle peut embellir ce qui a été détruit chez les autres, chez elle. Elle met ainsi tout son art au service des femmes maltraitées par la vie avec des tatouages destinés à masquer leurs cicatrices.
Un jour, Anna pousse la porte de son salon…

L’histoire de deux renaissances. Un roman vrai et bouleversant qui redonne espoir et foi en l’humain.

 

• Couv_081_Touzet Bertrand - Immortelle(s).jpg

 

Je découvre la très belle écriture de Bertrand Touzet avec Immortelle(s).
C’est une écriture pleine d’émotions, avec un mélange de force et de douceur. J’ai tout d’abord trouvé que l’écriture de Bertrand était aussi très féminine…
Et, au fur et à mesure, je me suis dit : pourquoi les écrivains n’auraient-ils pas le droit d’avoir aussi une telle sensibilité ?

Encore une fois, je craque littéralement pour un roman qui est triste et tellement beau à la fois…

Dans son roman, Bertrand met en avant deux femmes. Anna, qui commence le récit, et vient ensuite Camille. Chaque chapitre en alternance va donner la parole à l’une, puis à l’autre, et ainsi de suite jusqu’au bout du roman.

J’étais Anna qui quitte son travail, qui ne lui ressemble plus du tout, qui revient vivre dans la région de son enfance et qui apprendra qu’elle a un cancer du sein. Mais j’étais aussi Camille, jeune tatoueuse qui va “offrir” son art à des femmes qui s’étaient perdues, qui va leur redonner l’envie de vivre, l’envie d’aimer.
Mais le récit de Bertrand, m’a aussi permis de voir et de ressentir d’une manière plus “personnelle” le vécu, le ressenti de Frédérique…
Qui est Frédérique ?
C’est une amie que je connais depuis plusieurs années. Elle m’a contacté au mois d’avril m’informant qu’elle-même était atteinte d’une tumeur du sein, pour la seconde fois, et qui m’a proposé de la remplacer à son travail, le temps qu’elle se fasse opérer, qu’elle subisse les soins nécessaires, avant de pouvoir reprendre son travail en mi-temps thérapeutique. Alors, oui, le récit de Bertrand a “vibré” d’une façon très particulière et personnelle pour moi…

Son roman est doux, il fait beaucoup de bien.
D’ailleurs, il a fallu que je ralentisse ma vitesse de lecture pour en profiter pleinement, pour être en accord avec son récit… Que j’ai trouvé malheureusement beaucoup trop court.

J’ai trouvé mon Anna.
Je dois maintenant partir à la recherche de ma Camille, afin de recréer cette rencontre merveilleuse qui, peut-être, changera leurs vies…

Immortelle(s), paraîtra en début octobre 2022.
Un roman plein de bienveillance que je vous le conseille fortement !
Auteur à suivre…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Tout semble possible dans l’existence, à condition de s’en donner la chance. Quelquefois, il faut des coups de pouce au destin, la rencontre des bonnes personnes.
La boulangerie de Labastide avait fermé un an auparavant, une faillite de finances, d’envie, avait eu raison des propriétaires. Aucun volontaire pour reprendre, trop difficile, le bail est trop cher. Un village de quatre cent soixante âmes, proche d’une grande ville, pas assez rentable. »

« Rien a changé, les odeurs, les bruits, les gens. Des étals ont disparu, d’autres ont pris leur place, mais sensiblement tout est identique au marché de mon enfance, lorsque j’accompagnais ma grand-mère.
Ici sur cette place, autour de cette halle, debout, les mains posées sur le comptoir camion du torréfacteur, la foule me frôle, m’enveloppe. Les rires, les conversations, les appels des commerçants. Je reste immobile dans l’odeur du café. Mélange de vanille et de caramel. »

« Trois mots : cancer, chimiothérapie, mastectomie.
Touchée, coulée.
Il me voit me prendre la poitrine, il essaie de me rassurer, mais ces mots n’ont aucun effet à cet instant.
C’est bizarre, on a beau vous expliquer que l’on essaie de vous sauver la vie, que cela est nécessaire à la guérison, que votre sein, symbole de féminité, de maternité, porte votre pire ennemi et qu’il faut vous en séparer, la seule chose qui vous préoccupe et le fait que l’on va toucher à votre intégrité, qu’esthétiquement votre corps ne sera plus jamais le même. Puis il y aura la fatigue du boulot, les cheveux, bref, ça craint. »

« Je touche la couverture, cette habitude que j’ai avec les livres, comme si je prenais possession de l’objet avant de l’ouvrir. Cela fait partie du plaisir physique que j’ai à entrer dans une librairie, celui de toucher les livres, de sentir le papier des livres. Il y a quelque chose de sensuel dans ma démarche, d’organique. C’est peut-être pour cela que j’ai du mal à lire un livre de poche, trop petit, ou que je n’aime pas lire un livre que quelqu’un a déjà lu ai eu entre les mains, comme un besoin d’être la seule à le toucher, à le découvrir. »

 

 

Né à Toulouse il y a une quarantaine d’années, Bertrand Touzet a grandi aux pieds des Pyrénées. Il est aujourd’hui masseur-kinésithérapeute. Remarqué pour son premier roman Aurore, finaliste du Prix Jean Anglade 2020 et lauréat du Grand Prix national du Lions Club de littérature 2022, paru aux Presses de la Cité, il puise dans son quotidien personnel et professionnel les expériences qui nourrissent ses romans.

Émotion, Fantasy

Le Royaume d’Esiah***

Le sang des rois
de Mélanie Gaujon
Relié – 12 juillet 2021
Éditions : Nouvelles plumes

• Bandeau_Intro_Mélanie Gaujon.jpg

Neuf mois se sont écoulés depuis que Mylès a rejoint le monde des mortels avec l’armée du Roi Pyrrhos. Depuis, il tente de convaincre les dirigeants de plusieurs pays de s’allier à lui en leur promettant l’immortalité. À Esiah, alors que l’arbre de vie s’éteint, Almandin cherche le moyen de sauver l’équilibre de son Royaume, mais un autre danger se profile. La Confrérie envahit une cité mortelle et les soldats de Mylès détiennent désormais un pouvoir considérable, presque impossible à défier. L’ouverture du coffre sacré semble être le dernier recours pour déjouer les plans du redoutable Conseiller. Mais pour trouver les dernières pierres, Almandin et Jason, le souverain d’Odéon, vont devoir enquêter sur les secrets enfouis de leurs deux royaumes. Réussiront-ils à en sortir indemnes ?

 

• Couv_080_Gaujon Mélanie - Le Royaume d'Esiah*** Le sang des rois.jpg

 

Avec “Le sang des rois”, Mélanie Gaujon termine sa trilogie tel un feu d’artifice qui m’a vraiment embarqué…

Mélanie a su créer un univers incroyable qui à aucun moment ne m’a lassé. Des personnages émouvants, forts bien développés, de l’action à chaque instant et régulièrement de petites pointes d’humour qui rythmaient le tout !
Une trilogie pleine de mystères et de rebondissements, plus de mille huit cents pages à couper le souffle…
Un récit que je conseille vivement à tous les fans de fantasy ou tout simplement à ceux qui aiment les belles histoires bien ficelées.

Un grand merci à Mélanie pour les heures que j’ai passé avec elle dans “ses mondes”, et pour avoir partagé avec nous tous ses personnages fantastiques qui risquent de me manquer.

Le Royaume d’Esiah a trouvé sa place dans ma bibliothèque, entre les romans de Robin Hobb, de Marion Zimmer Bradley, de Georges R. R. Martin et de J. R. R. Tolkien, sans avoir a rougir de la jeunesse de leur auteure.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« – C’est moi qui coupe !
Il attrapa les ciseaux que Shimei s’apprêtait à saisir et se retourna vers le bébé que Maria portait tout contre elle. Elle découvrit son sexe. Il s’agissait d’un garçon. Le Roi en fut encore plus réjouis.
– Nous avons un fils !
Et il examina son enfant du bout du doigt, n’osant pas trop le toucher. Sa peau fripée était plus claire que celle d’Anjali. Almandin resta bouche bée face au fruit de son amour.
Sa fille, chez qui la joie se doublait de la crainte d’un enfantement, demeura immobile.
– Je ne veux pas avoir… d’enfants…
– Tu dis cela, mais tu en voudras à ton tour, répondit Maria avec un sourire tendre.
Le Roi saisit le cordon et le coupa avec une grande fierté. »

« L’animal prit alors les airs. Le Roi se retrouva suspendu dans le ciel, la tête en bas. La bête tournoya au-dessus de l’enceinte, son trophée gigotant au bout de la chaîne. L’armée royale, sidérée se terra dans un silence horrifié.
Bloqué par la cloison de sable bâtie par les Éduins, Milo somma les harpons de ne pas viser la bête. À cette hauteur, une chute du Roi aurait été mortelle. »

« Almandin se retourna vers son père, son modèle, son mentor. Tout ce qu’il savait, il le tenait de lui.
– On m’a dit un jour que tout être était capable de se tromper, dit-il avant de se retourner vers l’assemblée. Le créateur a commis une erreur. Celle de créer un monde de dépendance sans nous laisser la possibilité de le rendre meilleur. Parce qu’il a jugé que nous ne serions jamais à la hauteur de ce défi.
Il s’interrompit.
– C’est faux, dit-il en frappant la table du plat de la main. Les spectres, les mortels, les Éduins et nous, peuple siahnnas, sommes liés les uns aux autres par une histoire commune remontant à la création de l’homme. La diversité de notre espèce crée un équilibre. Nous avons besoin des âmes. Nous avons besoin des mortels. Nous avons besoin des Éduins. Alors nous devons nous battre ensemble pour garantir cet équilibre ! »

 

 

Mélanie Gaujon, née en 1982, a reçu le prix de l’imaginaire aux éditions Nouvelles Plumes en 2018 avec son livre Le Royaume d’Esiah. Adepte de la photographie, de l’art et du voyage, elle détient un master en histoire. Après quelques années passées en gendarmerie, elle a intégré l’institut régional d’administration de Nantes avant de prendre un poste de gestionnaire dans un établissement scolaire de Seine-et-Marne. À présent, elle travaille dans une agence comptable du Val-de-Marne. Un parcours diversifié, ponctué de nombreuses rencontres qui lui ont donné l’envie d’écrire et de relever des défis.

Mes passions
Globe-trotter dans l’âme, j’adore découvrir de nouvelles cultures, rencontrer de nouvelles personnes, apprendre d’elles. Ma dernière passion, après l’écriture et le voyage, est la photographie de spectacles et de paysages. L’image est pour moi comme l’écriture, un moyen de faire ressentir des émotions et de m’évader.

Profil littéraire
Je m’épanouis dans l’écriture dans les domaines de l’imaginaire : fantasy, merveilleux, SF, fictions policières… J’ai une préférence pour les histoires qui durent. Je mets un point d’honneur à ce que mes textes respirent la vie, aussi j’y ajoute avec plaisir de l’humour et de bons sentiments.

Mon métier
Fondé de pouvoir à l’Education Nationale

Mes références
Mes sources d’inspiration, dans mes premières années furent les mangas et les jeux de rôles. Ils m’ont donné l’envie de créer des personnages forts et attachants, un scénario. À présent, je puise mon imagination dans l’univers cinématographique avec entre autres le Seigneur des Anneaux, Game of Thrones, Pirates des Caraïbes comme dans les livres avec Robin Hobb et Raymond Elias Feist.

Mes projets de livre
Il en existe un certain nombre. Par où commencer ? Telle est la question !

Adolescence, Émotion, Psychologie

Témoin de Rien

de Tom Noti
Relié – 13 septembre 2022
Éditions : La Trace

• Bandeau_Intro.jpg

Je suis un clébard.
Je frôle les jambes et me fais houspiller.
J’erre en silence autour de la maison.
J’observe.
J’entends les bruits, j’entends les cris.
Je redoute les colères.
C’est l’histoire du destin croisé de deux soeurs qui ont grandi ensemble dans une famille nombreuse et en apparence unie.
Une fois mariées, c’est un peu contraintes qu’elles se retrouvent pour vivre côte à côte sur un terrain cédé par leur père.
Gaétane et Jeanne sont deux filles de l’après-guerre aussi opposées qu’inséparables. Leurs existences sont liées dans les joies, les tristesses, les victoires, les défaites, les petits et grands malheurs.
C’est l’histoire de deux trajectoires parallèles mais liées. Les vies imbriquées de chacun des membres de ces deux familles défileront sous l’oeil d’un témoin un peu particulier.
Est-ce une bonne idée d’enchaîner à ce point des caractères, des parcours, des vies si différentes ?

 

• Couv_077_Noti Tom - Témoin de rien

 

Témoin de Rien”, c’est l’histoire de plusieurs fissures qui petit à petit vont mettre à mal l’équilibre d’une famille. C’est un décès arrivé beaucoup trop tôt qui de fil en aiguille entraînera les parents au bord du précipice.
C’est un couple qui s’oublie et ne se reconnait plus. C’est le temps qui passe. Le temps qui efface les sourires qui étaient quotidiens. C’est le malheur qui trouve sa place, qui s’installe et bouge ses pions dans n’importe quel sens tant qu’il y trouve son plaisir !

Parler des livres de Tom Noti, c’est s’obliger à prendre de la hauteur, du recul pour ne pas être trop impacté par les sujets qu’il développe !

Après “𝗘𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗺’𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝗱𝗮𝗶𝗲𝗻𝘁…”, “𝗡𝗼𝘀 𝘀𝗶𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗻𝗲 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗵𝗮𝗻𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗱’𝗮𝗺𝗼𝘂𝗿”, Tom Noti continue à me surprendre avec “Témoin de Rien”…
Un roman qui prend au cœur, un roman qui prend aux tripes, avec de belles images, mais aussi beaucoup d’autres beaucoup plus sombres, mais toujours avec le ressenti du plaisir de son écriture, toujours avec sa poésie.
Je n’ai pas pu ne pas être touché… Certaines images que je recevais durant ma lecture entraient en collision avec d’autres qui m’ont fait revenir vers ma petite enfance, avec une vision aujourd’hui plus sereine et un état d’esprit, qui entre temps, a vécu pas loin de cinquante ans, alors forcément, je n’appréhende plus les choses de la même façon.
Qui a-t-il de pire que tous ces silences qui résonnent au sein des relations familiales dès qu’il y a une fracture quelconque ? Puis viennent les rancœurs qui s’installent et finissent par prendre toute la place au milieu d’un couple, dans une famille au départ aimante…

Prenez l’orgueil du patriarcat, la méchanceté qui souvent va avec, les malheurs que tout cela entraine et vous aurez une petite idée des sentiments qui ses dégagent de ce superbe récit.
Depuis son premier roman, j’ai une certaine fascination pour l’écriture de Tom Noti. Avec “Témoin de Rien”, j’ai eu l’impression de recevoir à plusieurs reprises des uppercuts en pleine face.
Tom Noti ne joue plus. Il a pris sa place dans la cour des grands. Il montre du doigt les excès, les dérapages avec une sincérité pure, avec sa générosité, nous obligeant alors à une sorte d’introspection.
Et moi ? Qui suis-je ? Comment suis-je dans mon rôle de père ? Dans mon rôle de mari ? Suis-je suffisamment présent ? Suis-je vraiment à l’écoute ?
Tom Noti c’est un peu ça. Il a l’art de poser un miroir qui ne reflète pas seulement les personnages de sont récit. Il oblige les lecteurs à vivre et à ressentir toutes les émotions qu’il a parfaitement maitrisées, définies et mises en place… Et ce ne sont pas mes larmes qui vont me contredire…

Coup de poing, qui s’est transformé petit à petit en un gros coup de cœur !
Magnifique, délicat et tellement vrai…

÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :

« Dans la petite maison, il y a un landau.
Dans le landau, le bébé dort, un peu protégé du soleil par la capote bleu marine. On dirait un vieux landau anglais avec ses grosses roues délicates, mais ici, rien est anglais, rien n’est distingué. Tout respire la friture, la javel et le café. Tout respire le soleil, la sueur qui colle, la terre qui se désagrège et la mécanique graisseuse..
Entre les roues du landau, le chien est couché. Il à l’air assoupi lui aussi, mais il veille. C’est un chien de garde, une race imposante. Il est encore jeune, mais il semble porter en lui des décennies de quiétude et de force. Il veille. Il est conscient de son rôle. Le cri des milices alourdit son âme et le sang des loups coule dans ses veines. Personne n’approchera du landeau. Il perçoit le petit être bouger dans son sommeil. Il le sent qui grogne et s’agite au-dessus de ta tête. Alors il pousse un soupir pour souffler sur les rêves flous de l’enfant et le monde s’apaise. »

« … Il ne voulait pas que sa fille s’exhibe en tenue de sport et que des hommes se rincent l’œil sur ses cuisses et s’imaginent, ne serait-ce que s’imaginent, des « choses » concernant la petite. Cest remugles d’idées sombres que la vase masculine laissait s’échapper parfois, ces mots crus qui venaient flotter sur les vapeurs d’alcool et d’inhibition collégiale des mêles entre eux. Alors NON, ce sera NON pour la gymnastique ! Et lorsque Gaétane insistait, il lui disait qu’elle était insupportable, qu’il aurait mieux fait d’acheter une vache plutôt que d’avoir une enfant comme elle. Au moins une vache donnait du lait alors qu’elle, sa propre fille, ne rapportait que des problèmes. »

« Il n’était pas de ceux qui se contentent des poussières qu’on lui aurait laissées. Simon avait une revanche à prendre sur sa vie, sur son enfance. L’antagonisme avec l’attitude des frères de Jeanne était criant. Eux avaient abusé du confort matériel puis du petit statut social de leur père qui les avait aidés, tous sans exception, à se caser dans des emplois « stables » dans les usines alentours, à la commune, dans des administrations. Des emplois où l’on s’oublie pour profiter d’autres avantages que l’on pourrait grappiller de-ci de-là. Contrairement à Simon, les autres n’avaient fait qu’utiliser les opportunités de cette famille, que récolter quelques miettes de passe-droits et des quintaux de nourriture. »

« J’ai entendu les objets ramassés, sa voiture démarrer.
J’ai entendu sa mère pleurer et supplier.
Une mère qui perdait son enfant.
Encore.
Il n’y a pas eu d’au revoir.
Pas d’au revoir, ni d’adieu. Il y a eu seulement le silence du vide.
Un silence effrayant.
Et moi, je me disais que tout ce silence elle est écrasé Caroline comme j’avais failli être écrasé, moi.
On devrait se sauver, elle et moi, de ces écrasements.
Parce qu’on aurait toujours peur désormais que la vie fasse tomber des trucs lourds sur nous.
Des trucs dont on ne pourrait pas supporter le poids, avec nos épaules de miel. »

 

 

Tom NOTI est grenoblois et le dernier d’une famille d’origine italienne. Il a baigné dans le bruit des conversations, les cris, les rires et les odeurs de cuisine. Il aime passionnément le basket-ball et la lecture et ne peut vivre sans la musique et le cinéma. Il dit de lui même qu’il est solitaire, dilettante, trop émotif, désorganisé, toujours à l’ouest… et c’est vrai ! Il devient instituteur et reste vivre près de Grenoble. Il aime cette ville où chaque rue se prolonge par une montagne. C’est de là qu’il écrit, face aux sommets découpés du Trièves.

“La littérature est une fuite.
J’ai fui l’ennui de l’enfance en lisant, j’ai fui la réalité en lisant, j’ai fui la peur, le terne de l’existence, la cruelle lumière sociale en lisant.
Je fuis toujours en marchant dans les pas des auteurs que j’aime, en empruntant leurs mots que je ne saurais prononcer et leur courage de vivre ce que je n’ose pas vivre.
Je m’exile dans leurs voyages sans la lourdeur de mes bagages.
Je frémis des vents qu’ils affrontent et dont je me calfeutre.

Alors oui, la littérature est une couverture de survie en cette période de repli, d’angoisse
et de suspicion. Je m’y replie, je m’y enterre et comme toujours, elle me permet de respirer.

Je n’ignore pas la douceur d’un pendant, béat et peut-être effrayamment inconscient.
Je n’ignore l’espoir d’un APRÈS, ce petit mot anodin, écrit en majuscules tout à coup,
sur tellement de lignes.

Je n’ignore pas que certains écrits pourraient m’apporter quelques éclairages
sur ce que vivent ces autres qui se disent à l’unisson pour une fois.

Je n’ignore pas les journaux nombrilistes qui se prétendent universels et les regrets
et les hontes parfois, que ces « modes d’emploi opportunistes » génèreront plus tard.

Mais ce que je préfère dans la littérature, ce sont les lumières d’un ailleurs,
d’un autrement.”

Émotion, Roman

L’homme qui veille dans la pierre

de Alain Cadeo
Relié – 13 septembre 2022
Éditions : La Trace

Plus qu’un roman, ceci est un journal tenu par un artiste peintre casanier tiré de son cocon pour retrouver, il l’a promis, traces de son frère Théo disparu dans une coulée de lave à l’autre bout du Monde, vingt ans auparavant.
Ce journal, entièrement dédié à une petite fille vivant dans ce hameau d’âmes perdues sous la tutelle d’un volcan, est le récit d’un être qui se découvre un amour fou pour l’innocence et la beauté, l’universel de tout instant vécu loin de la glu des peurs, du bruit et de la convoitise.

 

 

L’homme qui veille dans la pierre est le prolongement de Mayacumbra.
Il peut se lire indépendamment, mais ce serait vraiment dommage de passer à côté des tribulations de Théo… En effet autant Théo était un personnage très curieux, qui se projetait vers l’extérieur, qui avait besoin de s’exprimer, de voyager et qui d’ailleurs est parti un jour en laissant toute sa famille et ses amis.
Dans ce nouveau récit, c’est Augustin, son frère qui est à “l’honneur”.
Augustin, c’est… En fait il est tout le contraire de Théo ! Il est calme, réservé et les voyages sont pour lui, tout ce qu’il y a de plus abstrait ! Il est heureux chez lui, passant des heures a peindre auprès de sa famille, qui d’ailleurs ne s’est jamais vraiment remise du départ de son frère… Les années passent. Un jour, vingt après le départ de son ainé, il décide de partir à sa recherche, suite à une promesse faite à sa mère avant de décéder. Il se met donc en route… Et là, commencera un voyage qui bouleversera sa vie, il fera des connaissances qu’il n’imaginait pas. Arrivé dans le village de Mayacumbra, il apprend le décès de son frère figé à jamais dans une coulée de lave refroidie, d’un volcan rugissant et devient soudain, le “grand-père” d’une adorable petite fille de cinq ans, Lina, sa petite-nièce.

À partir de là, Augustin va vivre l’essentiel, très vite oublier le superflu, il va adopter un nouveau mode de vie porté sur la transmission et l’échange. Il va découvrir dans ce village des habitants plus étonnants les uns que les autres et ce sera surtout le manque de sa nièce, partit étudier en “ville”, qui le poussera par écrit, à créer un lien transgénérationnel et intemporel.

Avec cette histoire belle et émouvante, Alain Cadéo, m’a emporté par ses métaphores qu’il a semées tout le long de son récit telles de petites pierres gonflées de magie. C’est le quatrième roman d’Alain que je lis et à chaque fois, j’ai cette impression d’être transporté ailleurs. Un ailleurs où les secondes, les minutes ne s’égrainent pas de la même façon, comme dans un rêve merveilleux que l’on ne voudrait pas quitter, peuplé de personnages extraordinaires…

Vous en dire davantage ne serait d’aucune utilité.
Il vous suffira juste de vous laisser aller, de suivre la poésie d’Alain au fil des pages…
Alain est un conteur, un magicien des mots, et lire ses romans, c’est accepter avant tout de se laisser aller dans un monde bienveillant et merveilleux.

Un grand merci aux Éditions La Trace…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« À l’origine, dans l’aube bleue mouvante, quelques troncs noirs étranglent encore la lumière fade de la vallée. Ils sont la trame d’une immense forêt pourrissante.
Là, beaucoup plus haut, dans les rides du ciel, moi, Théo, je suis derrière une fenêtre glacée, au niveau du menton d’un volcan. La corne de Dieu.
Paisible enfin, assis, au chaud, à deux mille mètres d’altitude, dans une sacrée cabane construite de mes mains, plantée sur un plateau de pierres, “Je te rêve” Lita, comme un ado qui étreint les nuages.
Je vis ici avec un âne, Ferdinand. Depuis deux ans, je contemple le Monde, comme seuls peut-être, le firent les premiers Incas.
Je n’ai rien d’un ermite et pourtant, je ne vois pratiquement personne. Lorsque j’ai vraiment besoin de compagnie, je dégringole en vrai capricorne le sentier sommaire que j’ai tracé de mes pas répétés sur un des flancs de la montagne. Une demi-heure après, je déboule à Mayacumbra qui est le seul village à plus de cent kilomètres à la ronde… »

« J’étais bien, là, entre le ciel et les dieux qui me rendaient souvent visite, le soir, au crépuscule, et la nuit, par les fenêtres et les lucarnes de feu. Le feu des nuits sous les étoiles, cette liqueur d’ambre, cet hydromel des lents nuages violacés qui passent sous les lunes. Et moi le vermisseau, je devenais luciole et je peignais, avec comme une couronne fluorescente qui irradiait et dirigeait ma main, le tout dans des vertiges de béatitudes. »

« Tu sais au fond, une vie, ça se résume vite. Ce sont souvent quelques images… Diaporama, manège, lanterne magique… un peu toujours les mêmes. C’est chaud, c’est lourd, ça se glisse au hasard. Gros plan sur l’expression d’un visage, loupe sur un détail devenu important, sans qu’on sache pourquoi. Ce qui prédomine, c’est la puissance de certaines formes imbibées de parfum. Mémoire de nos doigts, de nos mains, du toucher… avec, en toile de fond, des mots, des notes, des timbres de voix. De l’émotion sur un buvard, de la couleur sur la grisaille de nos mémoires… Tout est important bien sûr, mais tu ne choisis pas toujours ce que tu vas retenir. Ce peut être aussi bête qu’un moucheron se débattant sur une tartine de confiture. »

 

 

Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.

Il vit à Évenos, en Provence.

Sa bibliographie complète est la suivante :

  • Les Voix de Brume (1982, nouvelles)
  • Stanislas (1983, roman)
  • La Corne de Dieu (1983, roman)
  • L’Océan vertical (1983, roman)
  • Le Mangeur de Peur (1984, roman)
  • Macadam Epitaphe (1986, texte)
  • Le Ciel au ventre (1993, texte)
  • Les Anges disparaissent (1998, roman)
  • Fin (1999, texte)
  • Et votre éternité sera la somme de vos rêves (2008, roman)
  • L’Ombre d’un doute (2008, théâtre)
  • Les Réveillés de l’ombre (2013, théâtre)
  • Zoé (2013, roman)
  • Chaque seconde est un murmure (2016, roman)
  • Des Mots de contrebande (Aux inconnus qui comme moi…) (2018, texte)
  • Comme un enfant qui joue tout seul (2019, roman)
  • Mayacumbra (2019, roman)
  • Lettres en Vie (2020, texte illustré)
  • Confessions (2021, roman)
  • Arsenic et Eczéma (2022, théâtre)
  • L’Homme qui veille dans la pierre (2022, roman)
Émotion, Drame, Philosophique

Avant que le monde ne se ferme

de Alain Mascaro
Broché – 18 août 2021
Éditions : Autrement

Anton Torvath est tzigane et dresseur de chevaux. Né au coeur de la steppe kirghize peu après la Première Guerre mondiale, il grandit au sein d’un cirque, entouré d’un clan bigarré de jongleurs, de trapézistes et de dompteurs. Ce “fils du vent” va traverser la première moitié du “siècle des génocides”, devenant à la fois témoin de la folie des hommes et mémoire d’un peuple sans mémoire. Accompagné de Jag, l’homme au violon, de Simon, le médecin philosophe, ou de la mystérieuse Yadia, ex-officier de l’Armée rouge, Anton va voyager dans une Europe où le bruit des bottes écrase tout. Sauf le souffle du vent.
À la fois épopée et récit intime, Avant que le monde ne se ferme est un premier roman à l’écriture ample et poétique. Alain Mascaro s’empare du folklore et de la sagesse tziganes comme pour mieux mettre à nu la barbarie du monde.

 

 

Je termine à l’instant “Avant que le monde ne se ferme”.
J’ai encore la gorge nouée… la larme à l’œil.

Quel magnifique premier roman !
Quel superbe cadeau nous offre Alain Mascaro avec ses quelques pages…

C’est tellement poétique… et même magique parfois.

Des mots qui vont et viennent, se tiennent les uns les autres, qui se répondent et s’enchaînent en toute beauté au rythme de la nature, des animaux, de ceux qui aiment la vie, qui donnent et qui partagent… un rythme différent, un rythme qui, comme le dit si bien l’auteur, permet de prendre la mesure du monde…
Un cirque Tzigane, des roulottes qui déambulent au gré des vents et des itinéraires aléatoires, le vent à travers les arbres, des musiciens, des magiciens, des trapézistes aussi, des lions, des paysages de toute beauté et au milieu de ce “petit monde”, Anton, l’enfant, le dresseur de chevaux. Il les aiment, il leur parle, ils le lui rendent bien…

Mais cette vie, belle et sereine, qui aurait du continuer dans sa simplicité, va soudain un jour se trouver percutée par la haine et la folie des hommes. Une guerre. Elle cherche à annihiler les différences, à supprimer certaines races. Dans ce combat, qui n’en est pas vraiment un, Tziganes, Juifs et simples d’esprit, sont devenus “personæ non gratæ”, sont devenus l’obsession des nazis.
Anton, personnage central du récit, va dès lors devenir malgré lui, au milieu de tout cet enfer, celui qui fédère, celui qui montre la voie… vers un avenir encore incertain.

Une écriture tout en contraste.
Après avoir évolué dans la lumière pendant tout le premier tiers de ma lecture, Alain Mascaro nous plonge soudain dans une obscurité étouffante et terrifiante. La guerre, les nazis, les camps de concentration, les meurtres…
J’ai appris beaucoup de choses sur le génocide tzigane. C’est très dur, violent, mais la poésie est toujours là, cachée, elle cherche à retrouver sa place et au fur et à mesure de ma lecture, la revoilà, plus forte, encore plus belle vers un final éblouissant !

Alors, oui, j’ai versé quelques larmes, mais plus que des larmes de tristesse, c’étaient des larmes d’émotions tellement la beauté des mots résonnait en moi…
Un énorme coup de cœur pour ce roman qui m’a emporté vers d’autres contrées. Je le relirai sûrement et assurément avec beaucoup de plaisir !
Un hommage exceptionnel au peuple tzigane et à son histoire.
Je quitte Anton et les siens avec regrets, un peu ému. J’aurais tellement aimé être là-bas, avec eux. Partager leur quotidien, leur bonheur, écouter les mélodies de Jag sur son violon le soir au coucher et au réveil marcher, avec comme seul “objectif“, d’avancer, d’aller de l’avant, d’ouvrir mes yeux et mon esprit, d’écouter le chant des oiseaux, le bruit du vent, regarder les nuages qui découvrent le soleil, les chevaux qui gambadent dans les champs à notre approche. Avancer ainsi vers l’inconnu, vers l’infini…
…vers la liberté !

Merci Alain…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Tout commença dans la steppe, dans le cercle des regards qui crépitaient avec le feu de camp. La voix du violon de Jag planait par-dessus l’hiver immobile qui parfois arrêtait le cœur des hommes. Ainsi le vieux Johann était-il mort trois jours plus tôt. Jamais il ne connaîtrait l’enfant à venir.
Ce jour-là, le jour où son père s’en était allé, Svetan avait appris que lui-même allait devenir père. Une vie pour une autre vie, tel était le tribut à payer depuis toujours. Dès qu’une âme s’envolait, une autre se posait dans le creuset d’une mère sous l’orbe d’un ventre rond comme le monde. C’était si étrange de connaître la douleur, la tristesse et la joie en même temps ! »

« Smirna n’était que douceur et poésie. Elle était de ces êtres rares qui enchantent la vie par leur seule présence. Svetan en était éperdument amoureux et sans doute un peu tous les hommes du clan. C’était une Lovara de la plus belle eau, fille de Bachanó le dresseur et de Zymme l’acrobate. La légende disait qu’elle était née sur la piste, parce que sa mère avait perdu les eaux sur son trapèze. »

« Dans la Kumpania, on se méfiait beaucoup de ceux qui savaient lire. Les livres étaient des prisons pour les mots, des prisons pour les hommes. Les premiers comme les seconds n’étaient libres qu’à virevolter dans l’air ; ils dépérissaient sitôt qu’on les fixait sur une page blanche ou un lopin de terre. »

« Ce monde-là n’est plus pour moi, dit-il d’un air las. Autrefois, avant la grande guerre, la terre était libre et ouverte. On voyageait d’une mer à l’autre sans demander à personne et personne ne vous demandait jamais rien. On comprenait qu’on avait passé une frontière quand soudain, on n’entendait plus parler la même langue. »

« Pleure, mon amour, pleure, et qu’avec tes larmes s’en aillent tous tes malheurs… »

« Oui mon garçon, voilà bien tout le drame des hommes : ils sont exactement comme les moutons. On leur fait croire à l’existence de loups et ceux qui sont censés les protéger sont en fait ceux qui les tondent et les tuent. »

 

Je suis né le 23 avril 1964 à Clermont-Ferrand.

Professeur de lettres.

En juillet 2019, ma compagne et moi avons largué les amarres pour un voyage sans date de retour. Après avoir parcouru le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, l’Iran, le Népal, l’Inde, la Birmanie et le Cambodge, nous nous sommes retrouvés bloqués en Thaïlande par la pandémie. C’est en grande partie durant ce confinement thaïlandais que j’ai écrit mon premier roman Avant que le monde ne se ferme. Il a ensuite été retravaillé en Patagonie chilienne…

Cf mon blog de voyage : transhumances.eu

À ce jour, mon roman a reçu les distinctions suivantes :

  • Prix Première Plume 2021 – Furet du Nord – Decitre
  • Prix Talents Cultura 2021
  • Palmarès Livres Hebdo des Libraires (12ème place)

Autres œuvres :

  • Prix Pégase de la Nouvelle de Maisons-Laffitte (1990) pour une nouvelle intitulée Le Galop du Centaure qui est en quelque sorte l’ancêtre d’Avant que le monde ne se ferme.
  • Prix Club Internet Publibook (2001) pour la nouvelle La Sourate de la Répudiation
  • 2e prix (2006) et 3ème prix (2008) La fureur du Noir pour des nouvelles policières
  • Concours de nouvelles Mots Passants de l’Académie de Clermont-Ferrand.

– 2e prix en 2014.
– Finaliste 2020 (pas de classement cette année-là pour cause de Covid).
– 1er prix en 2016, 2018 et 2021.

Émotion, Drame, Psychologie

Chanson douce

de Leïla Slimani
Poche – 3 mai 2018
Éditions : Folio

“Louise ? Quelle chance vous avez d’être tombés sur elle. Elle a été comme une seconde mère pour mes garçons. Ça a été un vrai crève-coeur quand nous avons dû nous en séparer. Pour tout vous dire, à l’époque, j’ai même songé à faire un troisième enfant pour pouvoir la garder.”

Lorsque Myriam décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise et sont conquis par son aisance avec Mila et Adam, et par le soin bientôt indispensable qu’elle apporte à leur foyer, laissant progressivement s’installer le piège de la dépendance mutuelle. 

Prix Goncourt 2016

 

 

C’est l’histoire d’une mère qui a deux enfants, mais qui s’ennuie profondément de sa vie professionnelle. Elle propose à son mari de prendre une nounou à domicile la libérant ainsi de ce qui est devenu avec le temps, un tracas quotidien. Après en avoir reçu plusieurs nourrices chez eux, ils trouvent enfin “la perle rare”… Louise.

C’est l’histoire de la condition féminine dans nos sociétés actuelles, celles où les femmes doivent travailler sans pour autant culpabiliser de ne pas pouvoir s’occuper de leurs enfants…

C’est l’histoire de Louise, la cinquantaine, qui en plus d’être une nounou exemplaire, fait le ménage, range les chambres, fait à manger, organise les anniversaires des enfants, qui ne connaît pas le lâcher prise et qui, tout au fond de son cœur, souffre de ne pas être vue, de ne pas être reconnue, d’être devenue une habitude, une femme “invisible”…

…Et, cette histoire, je l’ai trouvée totalement captivante.
Comment Louise, étant définie comme “La perfection”, a-t-elle pu assassiner les deux enfants dont elle avait la garde et qu’elle aimait ?
Qu’est-ce qui l’a poussé à sortir de sa vie lisse et tranquille ?
Le fait de ne plus pouvoir joindre les deux bouts ?
Son propriétaire ? qui va la déloger, car elle ne paye plus son loyer ?
Le Trésor Public ? qui la submerge de courriers, car elle n’est plus à jour de ses impôts ?

En apparence, elle menait une petite vie tranquille… Mais qui est vraiment Louise ? D’où lui viennent tous ces ennuis ?

Leïla Slimani, à sa façon, rend un bel hommage à toutes les nounous qui doivent avoir l’impression d’être des objets, elles sont incomprises, mal considérées…
C’est superbement écrit, chaque mot pèse et trouve sa place dans ses phrases au style épuré. Elle nous présente les réactions de deux “mondes” que tout oppose de manière objective.
Je suis un amoureux des livres, un amoureux de la langue française et “Chanson douce” a bien mérité son prix en 2016.

Malgré la première phrase qui dès le début a donné le ton de ma lecture, je suis quand même resté captif et intrigué jusqu’à la dernière ligne…
C’est sombre, c’est triste, émouvant aussi. Il n’y a aucun jugement de la part de l’auteure, ça sonne très juste…

Bravo Leïla et merci !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert. On l’a couché dans une housse grise et on a fait glisser la fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets. La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés. Elle s’est battue comme un fauve. On a retrouvé des traces de lutte, des morceaux de peau sous ses ongles mous. Dans l’ambulance qui la transportait à l’hôpital, elle était agitée, secouée de convulsions. Les yeux exorbités, elle semblait chercher de l’aie. Sa gorge s’était emplie de sang. Ses poumons étaient perforés et sa tête avait violemment heurté la commode bleue. »

« Lorsque Myriam s’est excusé d’avoir manqué les dernières réunions et d’avoir envoyé Louise à sa place, la maîtresse aux cheveux gris a fait un large geste de la main. “Si vous saviez ! C’est le mal du siècle. Tous ces pauvres enfants sont livrés à eux-mêmes, pendant que les deux parents sont dévorés par la même ambition. C’est simple, ils courent tout le temps. Vous savez quelle est la phrase que les parents disent le plus souvent à leurs enfants ? “Dépêche-toi !” Et bien sûr, c’est nous qui subissons tout. Les petits nous font payer leurs angoisses et leur sentiment d’abandon.” »

« Enfermée dans l’appartement des Massé, elle a parfois l’impression de devenir folle. Depuis quelques jours, des plaques rouges sont apparues sur ses joues et sur ses poignets. Louise est obligée de mettre ses mains et son visage sous l’eau glacée pour apaiser la sensation de brûlure qu’il la dévore. Pendant ces longues journées d’hiver, un sentiment de solitude immense l’étreint. En proie à la panique, elle sort de l’appartement, ferme la porte derrière elle, affronte le froid est emmène les enfants au square. »

« Pour Paul et Myriam, l’hiver file à toute vitesse. Pendant ces quelques semaines, le couple se voit peu. Ils se croisent dans leur lit, l’en rejoignant l’autre dans le sommeil. Ils collent leurs pieds sous les draps, ce sont des baisers dans le cou est rient d’entendre l’autre grommeler comme un animal dont on perturbe le sommeil. Ils s’appellent dans la journée, se laissent des messages. Myriam écrit les post-it amoureux qu’elle colle sur le miroir de la salle de bain. Paul lui envoie, en pleine nuit, des vidéos de ses séances de répétition. »

 

 

Leïla Slimani, née le 3 octobre 1981 à Rabat au Maroc, d’une mère franco-algérienne et d’un père marocain, est une journaliste et écrivain franco-marocaine.

Élève du lycée français de Rabat, Elle grandit dans une famille d’expression française. Son père, Othman Slimani, est banquier ; sa mère est médecin ORL, mi-alsacienne, mi-algérienne. En 1999, elle vient à Paris pour ses études où elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris. Elle s’essaie au métier de comédienne (Cours Florent), puis décide de compléter ses études à ESCP Europe pour se former aux médias. À cette occasion, elle rencontre Christophe Barbier, alors parrain de sa promotion, qui lui propose un stage à L’Express. Finalement, elle est engagée au magazine Jeune Afrique en 2008 et y traite des sujets touchant à l’Afrique du Nord.

En 2014, elle publie son premier roman aux éditions Gallimard, Dans le jardin de l’ogre. Le sujet (l’addiction sexuelle féminine) et l’écriture sont remarqués par la critique et l’ouvrage est sélectionné pour le prix de Flore 2014.

Son deuxième roman, Chanson douce, obtient le prix Goncourt 2016.

Émotion, Drame, Polar, Thriller

La mort est parfois préférable

de Sacha Erbel
Poche – 8 septembre 2022
Éditions : Taurnada

Yan est flic à la police judiciaire de Lille. Depuis quelque temps, un “passager clandestin” s’est invité dans sa vie : “l’Araignée”, c’est le surnom qu’elle lui a donné. Alors que Yan traque l’auteur du meurtre d’un journaliste connu pour ses reportages à sensation, elle n’a pas d’autre choix que de composer avec son “invisible ennemie’ : insidieuse, omniprésente, l’Araignée tisse sa toile, cuisante morsure dans ses chairs survenant n’importe où, n’importe quand… En parallèle, Brath, son collègue, enquête sur la mort étrange d’un homme retrouvé décapité, assis au volant de sa voiture, la tête reposant sur la banquette arrière. En équilibre sur un fil, Yan ne baisse pas les bras, avance sur son chemin de douleurs au risque de se perdre… définitivement.

 

C’est le second roman de Sacha Erbel que je lis.
Dans son premier roman “L’Emprise des sens”, Sacha nous avait amenés du côté de la moiteur de la mystérieuse Nouvelle-Orléans, pleine de magie noire, de magie blanche et d’incantations diverses dans une enquête sur un tueur en série qui utilisait le Vaudou pour arriver à ses fins.

Pour “La mort est parfois préférable”, l’auteur nous emmène à Lille au sein de la police judiciaire, où une série de suicides intrigue la police.

Exceptionnellement, je vais commencer par mon Ressenti négatif, comme ça, nous serons débarrassé !

MAIS QU’EST-CE QUE TU AS FAIT SACHA ???
SI VOUS AVEZ PRÉVU UN ROMAN BARBANT, REDONDANT, SANS RYTHME ET ENNUYEUX, NE LISEZ SURTOUT PAS “La mort est parfois préférable” !
À PEINE ENTAMÉ… ET JE SUIS DÉJÀ À LA DERNIÈRE PAGE !!!
J’EN VOULAIS PLUS… ET ENCORE PLUS, PARTAGER ENCORE LA VIE DE YAN, DE SON ÉQUIPE, EN SAVOIR PLUS SUR EUX QUOI !!!

Alors, Sacha… Avoue que je t’ai bien eu là !

Encore une fois agréablement surpris, par ce polar qui très vite va “transformer” en véritable Thriller. Mais un thriller très humain, autant de la part de la Police, où Sacha développe des personnages avec de la sensibilité, de la sincérité dans leurs remarques et dans leurs pensées, mais aussi vis-à-vis du personnage qui ayant vécu le pire décide aujourd’hui de se venger après des années de souffrances.
Cela aurait pu être une histoire simple… Point final et on n’en parle plus !
Mais non. Sacha a décidé de nous embrouiller en nous embarquant avec une efficacité implacable dans une réalité, sa réalité, son quotidien. Chaque personnage est développé à la perfection avec sa propre psychologie, vers une thématique très originale et pleine de rebondissements.

“La mort est parfois préférable” ?
C’est une histoire d’araignée qui prend de plus en plus de place, une histoire où la mélancolie vous attrape au risque d’en perdre la tête, à moins que cela soit dû à un coup-de-poing américain…, où la dépendance aux médicaments et aux drogues prend un tout autre sens, où il sera aussi question de manipulation mentale, et d’un lointain voyage au Pakistan…
Grâce à cette lecture fluide et addictive, mon regard et ma perception ont forcément changé aujourd’hui.

Sacha, tu peux souffler maintenant.
Merci pour ce récit à plusieurs niveaux où j’ai appris plein de choses…
Merci aux Éditions Taurnada, pour leur confiance renouvelée…

“La mort est parfois préférable” ?
À lire absolument !

Roman disponible à partir du 8 septembre 2022

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« La porte de l’ascenseur coulisse sur une Yan aux yeux si rouges qu’on pourrait penser qu’elle n’a pas dormi depuis des jours. Elle lâche ses affaires sur son bureau. Son soupir en dit long sur sa lassitude et sa fatigue, mais comme d’habitude, elle fait comme si.
Elle reconnaît la voix grave et rassurante de Brath. Au passage devant la cafetière, elle se sert une tasse du breuvage fumant et se dirige vers le bureau de son ami.
Elle se laisse tomber lourdement sur un fauteuil à roulette et se met à tourner sur elle-même. Brath la scrute de son regard inquiet, sans toutefois éveiller les soupçons de Michel. »

« …dans le domaine de la psychiatrie, la mélancolie est une pathologie bien plus grave que la dépression. C’est-à-dire qu’une personne diagnostiquée comme telle par un psychiatre doit être surveillée comme le lait sur le feu, car elle va vraiment tenter de se suicider. Ce n’est plus un appel à l’aide, mais une certitude. C’est plus fort qu’elle. On, n’est pas face à un état d’âme. C’est une vraie maladie, comme la dépression. »

« Yan se perd dans ses réflexions. Toujours les mêmes remises en questions, qui la mettent un peu mal à l’aise. Elle ne réalise pas vraiment ce qu’est une fin de vie. La fin, c’est quoi ? Est-ce qu’on flotte au-dessus de son corps en se moquant de ces pauvres cons qui pleurent autour d’une enveloppe vide ? Est-ce que l’on part sans se retourner dans ce fameux tunnel, attiré par cette lumière douce et ardente à la fois ? Ou, est-ce qu’il n’y a rien ? Rien du tout ? Sans être portée sur la religion, n’y aurait-il rien d’autre que le néant ? Toute une vie construite de souvenirs pour que tout disparaisse aussi vite ? »

« 1… Vous commencez à ressentir une sensation énergisante parcourir tout votre corps…
2… Vous vous éveillez de plus en plus… votre respiration est calme, naturelle… vous vous sentez parfaitement énergisée et cette sensation d’énergie va demeurer tout au long de vos activités… Vous prenez une grande inspiration profonde…
3… À votre rythme, vous pouvez revenir tranquillement, pleinement ici et maintenant. »

 

 

Diplômée en Criminologie appliquée à l’expertise mentale, Sacha Erbel (un nom de plume) est fonctionnaire de police depuis plus de 20 ans. Elle travaille au Service de la protection (SDLP) où elle est en charge de la protection rapprochée de différentes personnalités politiques ou civiles.

“Mes passions ?
L’écriture, depuis mon premier roman,
l’Emprise des Sens, car avant ça, je n’avais rien écrit, à part quelques dissertations à l’école. J’aime aussi beaucoup le cinéma, et… les fringues ! Mdr !
En matière de musique, j’adore David Bowie que j’ai eu la chance de voir deux fois en concert, Indochine et aimons-nous vivant de François Valéry ! Lol ! Pour ceux qui en douteraient, ils auront la pièce à conviction sur ma page facebook !
Mes loisirs vont avec mes passions : je vais beaucoup au ciné, j’écris quand j’ai du temps libre, et je vais courir au stade pour réfléchir à mes histoires !”

L’Emprise des sens
https://leressentidejeanpaul.com/2018/12/29/lemprise-des-sens-de-sacha-erbel/

Émotion, Drame, Histoire vraie, Psychologie

Les corps conjugaux

de Sophie de Baere
Poche – 16 février 2022
Éditions : Le Livre de Poche

• Bandeau_Intro.jpg

Fille d’immigrés italiens, Alice Callandri consacre son enfance et son adolescence à prendre la pose pour des catalogues publicitaires et à défiler lors de concours de beauté. Mais, à dix-huit ans, elle part étudier à Paris. Elle y rencontre Jean. Ils s’aiment intensément, fondent une famille, se marient. Pourtant, quelques jours après la cérémonie, Alice disparaît. Les années passent mais pas les questions. Qu’est-elle devenue ? Pourquoi Alice a-t-elle abandonné son bonheur parfait, son immense amour, sa fille de dix ans ?
Portrait de femme saisissant, histoire d’un amour fou, secrets de famille, Les Corps conjugaux, inspiré d’une histoire vraie, explore avec force et poésie l’un des plus grands tabous et notre part d’humanité.

Une écriture d’une grande justesse.
Marie Michaud, librairie Gibert Joseph (Poitiers).

Audacieux et prometteur.
Gaëlle Belda, Nice Matin.

Un roman dérangeant, qui bouleverse totalement.
Françoise Feuillet, Avantages.

 

• Couv_074_De Baere Sophie - Les corps conjugaux.jpg

 

En littérature comme en musique, j’ai de plus en plus besoin de tristesse…

“Les corps conjugaux”, est une histoire triste, mais elle est tellement belle, tellement bien écrite… Une histoire pleine de sensibilité qui ne pourra que vous toucher.
Elle m’a touchée, elle m’a émue, bouleversée même. J’ai eu à plusieurs moments les yeux qui se remplissaient de larmes, et je me demandais… qu’aurais-je fait à sa place ?

C’est le second roman de Sophie De Baere que je lis.
Deux romans coups de poing, très différents et en même temps écrit avec cette même écriture incroyable.
Le style, les mots choisis qui basculent entre douceur et douleur, souvent très poétique, émouvant toujours. Certaines phrases donnent l’impression d’avoir été écrites au couteau !

Après une enfance compliquée “aux ordres” de sa mère, une femme froide et intransigeante, Alice décide un jour de cesser de se plier à ses exigences sans limites. Après le décès de son jeune frère, elle part pour Paris. C’est là qu’elle rencontrera Jean. C’est LE coup de foudre !
Alice aime Jean à la folie. Jean aime Alice en qui il voit sa reine. Ensemble, ils donneront très vite naissance à la petite Charlotte.
Leur vie est un rayon de soleil lorsqu’ils décident de se marier.
Quelques jours après la cérémonie, Alice disparaît, sans donner aucune raison, délaissant son amour et sa fille âgée alors de dix ans.

Quel drame peut pousser une maman à abandonner sa famille ?

S’ensuivra alors pour elle une vie d’errance à la recherche de l’oubli.
Mais peut-on faire abstraction définitivement de ses sentiments, de son passé ?

Un véritable coup de cœur pour ce livre qui parle d’amour, comme rarement je l’ai lu !
À lire sans hésitation !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Les bras immenses d’Alessandro entourent ma mère et la tressent d’insouciance. Ses bras immenses comme des machines à remonter le temps. Avec eux, maman redevient la petite fille qui aimait s’inventer de belles histoires. De celles qui dessinent de jolies crénelures aux nuages et boutonnent les nuits de leurs rassurantes lumières. »

« Au fond, les seuls moments où je m’autorise à n’être pas candidate sont mes moments de lecture. Si ce n’est des livres de cuisine ou les magazines télé, il n’y a pas de livres chez moi. Alors, j’emprunte des romans au CDI ou à la bibliothèque de Bolbec. Et le soir, lorsque, devant son écran, ma mère commence à s’endormir sur le fauteuil du salon, je ferme la porte de ma chambre et je les dévore à la lueur d’une lampe de poche. Pendant ces moments suspendus, je m’oublie. J’oublie la Miss. J’oublie tout ce qui tisse ma vie ; et je la rapièce à coup de destins romanesques et de mots lointains.
Je fais promettre à Mona de ne rien dire. Maman pourrait trouver ça inutile voire dangereux. Elle dit souvent que les livres sont des illusions. Et même, l’apanage des fainéants. »

« Depuis quelque temps, j’essaie d’écrire comme les poètes donc j’emprunte les recueils à la bibliothèque de mon quartier. Des petits textes à moi cerclés de leurs mots à eux. Comme des ferments de l’âme. Roulis de mes frustrations du moment. De mes emphases aussi. Ce n’est sans doute pas toujours fameux, mais je crois que ma prose imparfaite recèle une beauté bien plus noble que celle de mon visage ou de mes seins. Les mots qui surgissent de nos profondeurs sont d’une beauté toute autre point de celle qui rendent différent. De celles qui réparent et qui sauvent. Qui me réparent. Qui me sauvent, peut-être. »

« Il m’entraîne vers le lit et me dépose sous les draps. Tout entier dédié à mon plaisir, il m’enlace. Flairant ses subtiles émanations, je sens monter des besoins que je n’avais plus ressentis depuis longtemps. Je les laisse perler.
Nos peaux emmêlées ne sont rien d’autre que celles de deux créatures animées par quelque chose d’ancien et de bouleversant. Ce n’est déjà plus une affaire de désir. Le désir, grandit, nous échappe, dérape. Naît autre chose. Une réminiscence d’amour. Une envie de faire revivre les corps des disparus, chacun se glissant dans la mémoire de l’autre.
De nos bouches et de nos doigts, nous pillons le moindre morceau de chair et la nuit n’est qu’un florilège de requêtes formulées dans un doux râle, comme autant de doléances entre nos appétits et nos souvenirs insatiables. »

 

 

Sophie de Baere est diplômée en lettres et en philosophie. Après avoir habité à Reims puis à Sydney, elle s’est installée comme enseignante près de Nice. Elle est également auteure, compositrice et interprète de chansons françaises.