Amour, Émotion, Cercle littéraire, Drame, Histoire vraie, Historique

Yawenda’

Des glaçons comme du verre
de Isabelle Picard
Broché – 23 janvier 2026
Éditions : Éditions Dépaysage

Village-Huron, Québec, octobre 1957. Belle s’éteint et laisse Henri seul avec leurs dix enfants. Commence alors la lente œuvre du démembrement du clan : un à un, les enfants sont emmenés, placés, renommés. L’État décide, l’Église entérine, la maison se vide. Mais Liliane, l’aînée, ne se résigne pas : sa vie durant, elle se bat pour briser les silences coupables du ministère des Affaires indiennes et rassembler les siens.

Yawenda’ porte la force des retrouvailles et l’urgence de la transmission. C’est le récit vibrant d’une reconquête : celle de sa propre histoire, de sa voix, de son identité. Car des fils invisibles relient les générations brisées et révèlent comment l’intime et le politique s’entremêlent, comment une quête personnelle peut réveiller les luttes d’un peuple : les Wendat de Wendake.

Hier soir, le Cercle littéraire du Château de l’Hermitage a eu l’honneur d’accueillir Isabelle Picard, lauréate du Prix France Québec 2025, venue présenter son roman bouleversant “Yawenda’, Des glaçons comme du verre”.
Inspiré de l’histoire de sa propre famille, ce texte puissant revient sur la rafle des années soixante, période très sombre durant laquelle des milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leurs parents avec la complicité de l’État et de l’Église.
L’émotion était palpable tout au long de la soirée, portée par la parole sincère et touchante d’Isabelle.
Un grand merci à elle, ainsi qu’à Corinne Tartare, pour ce moment d’une intensité rare.

Je suis entré dans ce roman comme on entre dans une mémoire. Une mémoire vivante, fragile et précieuse. Dès les premières pages, je découvre Belle, Henri et leurs dix enfants, au cœur d’une réserve huronne dans le Québec des années 50. Malgré la rudesse du quotidien, je ressens leur bonheur simple, leur attachement à la nature, aux chants anciens, à cette vie modeste mais profondément ancrée.

Puis tout bascule.

Belle tombe malade. Un cancer. Elle, le pilier, la lumière, une femme blanche qui assume sa vie et a épousé l’homme qu’elle aimait, un indien… Elle choisi l’amour au-delà des frontières. Sa disparition laisse un vide immense que je ressens presque physiquement. Henri s’effondre, et l’alcool devient son refuge. Alors Liliane, leur fille ainée, quatorze ans à peine, se dresse. Elle n’a pas le choix. Elle devient mère avant l’heure, protectrice, courageuse, déterminée à maintenir ce qui peut encore l’être.

Mais ce n’est pas suffisant.

Très vite, le regard extérieur s’impose. Le ministère des Affaires indiennes, le système s’infiltre, juge, décide. Et je comprends avec effroi ce qui attend cette famille. Les enfants sont arrachés, dispersés, placés de force. Un à un. Comme si leur identité, leur culture, leur lien n’avaient aucune valeur. Je lis, et la colère monte. Sourde, puis brûlante. Ce qui me bouleverse encore davantage, c’est de savoir que cette histoire est celle de l’autrice. Que derrière les mots, il y a une vérité vécue. Une blessure réelle. Le style d’Isabelle Picard est d’une sobriété désarmante. Elle ne cherche pas à embellir. Elle expose. Elle dit. Et ça frappe fort.

Je me suis senti happé, presque pris au piège. Impossible de m’arrêter. Même quand la lecture devient douloureuse, même quand les larmes brouillent les lignes. J’ai continué, parce que je devais savoir. Parce que ce texte exige d’être lu jusqu’au bout. Et heureusement, au cœur de cette violence, il y a de la beauté. Une humanité persistante. Une dignité qui résiste. Ce roman dépasse la fiction. C’est une parole nécessaire. Un témoignage sur ces politiques d’assimilation qui ont brisé tant de familles autochtones, avec la complicité de l’État et de l’Église. C’est un livre intime et politique, un livre ouvert à tous, qui dérange, qui éclaire, qui m’a marqué.

Je referme ces pages avec émotion. Et avec la conviction d’avoir lu un texte essentiel.

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Extraits :

« C’est l’histoire d’une femme qui portait son monde sur son dos. Pas le monde, son monde. Sa lourdeur se voyait déjà à sa posture, malgré son relatif jeune âge. La bosse qui se trouvait à la jonction du dos et du cou en témoignait. Une bosse de canot, auraient dit les ancêtres. Mais elle n’avait transporté que trois canots durant sa vie. Ce n’étaient certainement pas ces portages qui l’avaient façonnée ainsi. Elle avait compris, il y avait longtemps déjà, que le fardeau de sa peau, de son sang, même mêlé, lui pesait.
Elle se demandait où elle serait dans vingt ans. Si la vie voulait encore d’elle. »

« Mock, de dix ans sa cadette, ne comprenait que peu de choses à la politique, «l’autre politique», comme elle l’appelait. Elle suivait bien sûr tout ce qui se passait dans le monde, au pays comme dans sa province, mais elle ne saisissait pas tout à fait la finesse, la nécessité des joutes poli-tiques, des stratégies, des intrigues et des batailles que les politiciens se livraient entre eux. Elle y voyait une perte de temps. »

« Solange naquit au tout début de février, un soir où de gros flocons tombaient tranquillement, comme Belle se l’était imaginé. L’accouchement se passa bien. Après tout, la mère de famille avait l’habitude. Le bébé avait le teint foncé, une peau de cuir, comme disait Belle, et plusieurs cheveux noirs et raides sur le crâne, déjà presque longs. Belle avait eu six enfants à la peau de cuir, trois à la peau blanche, et une entre les deux. Solange était la plus belle à ses yeux, mais elle ne le dit pas. De toute façon, le dernier-né est toujours le plus beau pour une mère, c’est bien connu. »

« Elle était presque sereine à l’idée de mourir. Elle avait Dieu à ses côtés. Toutes les prières qu’elle avait répétées avaient servi à ça, la sérénité, elle le savait maintenant. Elle chérissait chacun des moments passés avec ses enfants:
Liliane qui devenait une femme, Étienne qui ne voulait pas montrer sa peine ni sa peur, les jumeaux Thérèse et Thomas qui se chamaillaient constamment, sans doute parce qu’ils étaient trop semblables, pensait-elle, Pascal qui aimait pratiquer tous les sports, avec tous les ballons et toutes les balles, été comme hiver, René et Jules, des petits hommes sensibles qui voulaient déjà être grands, Louise, la timide qui essayait tant bien que mal de se faire une place parmi les autres enfants, Claire, l’artiste du groupe, qui savait déjà tout, et Solange… »

Isabelle Picard est ethnologue, chroniqueuse, conférencière, consultante, chercheuse et autrice huronne-wendat.

Elle a étudié à l’Université Laval, où elle a obtenu un baccalauréat en ethnologie, une diplôme en études autochtones ainsi qu’un diplôme de deuxième cycle en muséologie.

Dans sa communauté, Isabelle Picard a rédigé la première politique culturelle de Wendake, puis a œuvré quelques années comme coordonnatrice du centre culturel.

Elle a été chargée de cours à l’Université Saint-Paul et à l’Université du Québec à Montréal. Isabelle Picard a aussi été chroniqueuse au journal “La Presse »” et pour Espaces autochtones.

En mai 2020, elle est devenue la première spécialiste aux affaires autochtones de la Société Radio-Canada. À travers son parcours professionnel, elle a toujours travaillé à mieux faire connaitre les réalités des Premières Nations.

En avril 2021, elle a publié un premier roman jeunesse intitulé “Nish : Le Nord et le Sud” aux Éditions les Malins.

Celle qui s’est donné comme mission de mieux faire connaître les réalités et les enjeux des Premiers Peuples du Québec nous offre un récit fort, universel et bien loin des stéréotypes.

Twitter : https://mobile.twitter.com/isabellepicard7

Amour, Émotion, Biographie, Cercle littéraire, Histoire vraie, Historique, Magique

Le Désir dans la cage

de Alissa Wenz
Broché – 20 août 2025
Éditeur : Les Avrils

Paris, 1865. Dans l’appartement des Bonis, personne ne touche au piano. Pourtant à sept ans, Mélanie s’y aventure seule, tente, apprend. Bientôt elle entre au Conservatoire, côtoie Debussy, Satie, signe ses premières composition Mel – un prénom d’homme – et rencontre le chanteur Amédée-Louis Hettich. Ensemble, ils créent. Plus que tout, ils s’aiment. Mais les parents de Mélanie préfèrent pour elle un mariage avec un industriel fortuné. Un siècle nouveau recouvre l’ancien ; Mel se débat, court, ment, souffre, s’obstine entre raison et passion. Et jusqu’à son dernier souffle, invente sa musique.

Hier soir, au Cercle littéraire du Château de l’Hermitage nous avons eu le très grand plaisir de recevoir Alissa Wenz.
Une magnifique soirée,
Une femme au regard droit,
Une femme qui ose,
Lumineuse, souriante,
Un soirée inoubliable…

Il y a des romans qui racontent une histoire… et puis ceux qui viennent réveiller quelque chose que j’avais presque oublié…

Le Désir dans la cage n’est pas un livre que j’ai lu tranquillement. C’est d’abord une autrice que j’ai découvert, Alissa Wenz. Une femme passion, qui vibre, qui écrit et qui chante aussi. D’ailleurs je ne peux que vous conseiller de l’écouter. Doucement elle m’a approché avec sa voix où chacune de ses chansons m’a emporté et petit à petit, m’a enfermé tout doucement, alors et seulement à ce moment-là, j’ai pris et ouvert ce livre qui me regardait depuis quelques jours, il m’attendait, moi le lecteur. En quelques pages j’ai compris que la cage, ce n’était pas seulement celle de Mélanie Bonis, j’ai compris que je n’allais pas simplement lire une vie. J’allais ressentir un enfermement. Celui d’une femme à qui l’on a appris à se taire, à se contenir, à ne pas déranger.
Mais à l’intérieur… il y a la musique. Et il y a le désir. Un désir qui ne se laisse pas apprivoiser. Qui déborde. Qui fissure. Qui insiste.

Mel Bonis (1858–1937), compositrice longtemps restée dans l’ombre.
À une époque où la création musicale n’était pas une place accordée aux femmes, Mélanie choisit de masculiniser son prénom pour éviter le rejet. Sa vie oscille entre silences imposés, par la famille, par son rôle d’épouse et de mère et ses élans créateurs d’une grande intensité.
Reconnue de son vivant, elle tombe pourtant rapidement dans l’oubli, laissant derrière elle près de deux cents œuvres, principalement pour piano. Jusqu’à la fin, malgré la fatigue, elle composera encore, portée par une tension constante entre foi et désir. Ce qui m’a marqué profondément, au-delà de la découverte de cette musicienne, c’est une nouvelle fois le portrait d’une époque qui enfermait les femmes dans des rôles étroits.

Impossible d’entrer dans ce roman comme on entre dans une histoire. J’y suis entré comme on entre dans quelque chose de fragile. De brûlant. D’interdit presque. Et c’est là que le roman devient troublant. Parce qu’il ne parle pas seulement de la musicienne. Il parle d’amour, il parle de tout ce que l’on retient, mais aussi de tout ce que l’on étouffe pour rentrer dans les cases. De toutes ces parts de nous que l’on enferme, en espérant qu’elles finiront par se taire. Mais elles ne se taisent jamais vraiment. Elles vibrent autrement. Dans un regard. Dans un geste. Dans une note de musique. Dans ce manque que l’on ne sait pas toujours nommer.
Ce texte m’a touché pour ça. Pour cette tension constante entre ce que l’on montre… et ce que l’on brûle de vivre.

Il n’y a rien de spectaculaire ici. Et pourtant tout est intense. Une écriture qui murmure plus qu’elle ne crie. Mais ce murmure-là, il reste. Il s’accroche. Il insiste comme un feu qui refuse de s’éteindre.
Au point de ressentir une forme de vertige. Comme si le roman me posait une question sans jamais la formuler clairement. Qu’est-ce que tu es en train d’enfermer, toi ?

Et je crois que c’est pour ça que ce livre est important. Parce qu’il ouvre une faille. Une faille dans laquelle on aperçoit, ne serait-ce qu’un instant, la vie que l’on n’a pas encore osé vivre.
Et rien que pour ça… il mérite d’être entre vos mains, ouvert à la première page, et très vite, d’être lu.

Une fresque à la fois délicate et puissante, à l’image de cette femme discrète mais profondément habitée, que j’écoute presque en boucle depuis quelques jours.

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Extraits :

« Clémence est morte. Une main adulte lui a fermé les yeux. La bouche reste étrangement ouverte, comme une promesse qui n’aurait pas eu le temps d’être formulée.
C’est un matin de l’année 1864, à Paris.
Tu as six ans et tu aimais ta sœur, ta sœur Clémence, deux ans à peine, une toute petite fille, presque un bébé. Ta sœur tombée malade, oui, la maladie comme une chute, tant les choses sont allées vite, incompréhensibles, scandaleuses. Dans le lit, la vie qui s’en va, en quelques jours, la vie qui disparaît, qui a déjà disparu. »

« Tu laisses les mains s’amuser, explorer, parcourir l’ivoire, touches noires et blanches, résonances, douceurs. Tu apprends toute seule, tu persévères.
Tu apprends, en dépit de ta mère incommodée par ce tapage, ta mère qui jamais ne t’embrasse, jamais ne te câline, jamais ne te parle tendrement comme parlent tendrement les mères de tes amies. Ta mère qui réprimande souvent et ne félicite jamais, ta mère que tu n’entends jamais rire, ni chanter. Ta mère si dure et si distante, depuis quand ? Depuis toujours, depuis la mort de Clémence? Ta mère qui t’en voudrait, à toi, la grande, toi qui as insolemment survécu ? “On était plus tranquilles sans toi.” »

« Bientôt tu as joué Beethoven, Mozart, Mendelssohn, puis Liszt, Schumann, Chopin, et le piano t’était mieux qu’un ami, un corps. Au rythme des leçons et du travail, tu as eu quatorze ans, quinze ans, seize ans, dix-sept ans, dix-huit ans, une autre gamme, une autre montée. Tu as quitté l’enfance sans y prendre garde. Tu regardais ton piano. »

« Le ventre rond, entre toi et le piano, forme un rempart rassurant ; tu tends les bras pour ne pas l’écraser. Tu veux renouer avec la musique, tu n’as plus peur, et tu te plais à penser que le bébé, peut-être, entend et se balance avec toi – tu te plais à penser que ton piano lui fera du bien, et qu’il est de ton devoir de donner la musique avec la vie. »

« Le concert est terminé. Camille Saint-Saëns quitte la maison avec Jean Gounod et déclare, stupéfait : “Je n’aurais jamais cru qu’une femme soit capable d’écrire cela.”
On te le raconte.
Tu souris, car ta colère a désormais la forme du sourire. Tu es capable. Le monde pense que les femmes ne sont pas capables, mais le monde est un menteur. »

« Madeleine ne sait pas si ce monde l’intéresse.
Madeleine ne sait pas si elle souhaite devenir adulte. Un matin, les yeux de la mère s’ouvrent brièvement vers les oiseaux à la fenêtre. Il fait si beau aujourd’hui, dit-elle à Madeleine avant de les refermer pour toujours. »

Après une formation de piano et de chant en conservatoire, des études de lettres à l’École normale supérieure, ainsi qu’une formation théâtrale, Alissa Wenz choisit de partager sa vie entre la chanson et l’écriture.

Autrice compositrice interprète, elle se produit dans de nombreuses salles à Paris et en région, soutenue par Contrepied Productions.

Elle a étudié à la Fémis, et poursuit des activités de scénariste et enseignante de cinéma.

Elle est également écrivaine.
Ses deux romans, À trop aimer (2020) et L’Homme sans fil (2022), sont publiés aux Éditions Denoël.
L’homme sans fil fait partie des finalistes du Prix Pampelonne-Ramatuelle, ainsi que du Prix Orange du Livre.

Son album Je, tu, elle paraît chez EPM / Universal le 9 septembre 2022.
Romain Didier en signe les arrangements.
Un nouveau spectacle accompagne cet album.

Adolescence, Émotion, Histoire vraie, Historique

Noé, l’enfant de la liberté

de Corine Valade
Broché – 13 janvier 2026
Éditions : Les MOISSONS

Il n’avait rien. Pas même un nom.
Seulement une volonté farouche de vivre…

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman suit le destin de Noé, un jeune orphelin confié aux bons soins d’une religieuse dans un hospice de Guéret, en 1857.
À seulement 10 ans, l’enfant est envoyé à la colonie agricole de Mettray, célèbre pour être le premier centre d’éducation spécialisée pour délinquants mineurs en Europe.
Il y découvre la violence du système mais aussi l’espoir, porté par quelques éducateurs imprégnés de l’esprit des Lumières. Grâce à leur soutien, il décroche son certificat d’études, puis devient apprenti dessinateur à Paris chez Savard, joaillier et fabricant de bijoux de scène.
Le destin le ramène dans sa Creuse natale, où Savard ouvre une succursale à Guéret, plus connue sous le nom d’usine de bijoux FIX, bouclant ainsi une trajectoire faite de douleur, de résilience et de réinvention.
Au fil de ses rencontres, Noé découvre des secrets bien gardés et l’existence d’un complot qui pourrait faire de lui l’instrument d’une vengeance implacable…

Une plongée bouleversante dans la France du XIXe siècle!
Un roman poignant, entre fresque historique et récit d’émancipation.

J’ai découvert la plume de Corine Valade avec Danse Néomaye, danse !, un roman qui m’avait profondément bouleversé.
Alors, lorsqu’elle m’a proposé de lire Noé, l’enfant de la liberté, mon cœur a fait un bond de joie.

Son nouveau roman est profondément humain, historique et passionnant. Et pour moi, il possède une force supplémentaire, il est inspiré d’une histoire vraie. Ce détail change tout. Il donne à l’intrigue une densité particulière, une vibration plus intense encore. On ne lit plus seulement une fiction, on marche dans les pas d’une destinée qui a réellement existé.

Comment ne pas s’attacher à Noé ? Orphelin trop tôt, frêle, brisé par la vie avant même de l’avoir commencée, il n’a pour seule arme que sa volonté. Mais quelle volonté ! Habité par un amour profond de la beauté et un désir farouche de liberté, il refuse de se laisser écraser par la dureté du monde. Il tombe, il se relève, il avance.

Très vite, je me suis retrouvé plongé dans la France du XIXᵉ siècle, dans un contexte historique remarquablement documenté. Corine a effectué un travail d’une grande rigueur, donnant à son récit une crédibilité saisissante. Elle met en lumière les violences subies dans certaines institutions, mais aussi toutes les lueurs d’espoir incarnées par Noé, cet enfant différent.

Au fil des pages, j’ai vu Noé grandir, se construire, découvrir l’art et s’y révéler. Son apprentissage à Paris m’a particulièrement captivé. Les bijoux, le théâtre, l’opéra… autant de découvertes qui enrichissent son parcours et donnent au roman une dimension artistique vibrante.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il y a aussi de nombreux secrets, des complots, des désirs de vengeance. Une tension discrète mais constante qui m’a tenu en haleine jusqu’à la dernière page. J’avais hâte de connaître l’issue… tout en redoutant le moment de refermer le livre.

Noé m’a bouleversé. Son univers est à la fois sombre, dur et rayonnant. Il incarne la résilience, la reconstruction, la transmission. Il nous rappelle que, même dans l’adversité la plus cruelle, une étincelle peut suffire à embraser une vie.

J’ai refermé ce roman avec émotion.
Un très beau texte, puissant et profondément inspirant.

Merci à Corine Valade et aux éditions Les Moissons pour cette lecture poignante que je recommande chaleureusement.

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Extraits :

« Je me faufile entre le lit où Elle s’est couchée pour ne plus se relever et le fauteuil posé près de l’âtre, celui sur lequel Elle s’asseyait le soir en me prenant sur ses genoux. Chaque jour, la voisine passe entretenir le feu et déposer une écuelle de soupe sur le chevet. Parfois, la femme soulève la couverture sous laquelle gît le corps-traversin, le déplace sans douceur, soupire en grommelant, le lave puis part sans me jeter un regard. La faim me tenaille. Sans honte, je lape le brouet qui ne m’était pas destiné, sans en laisser une seule goutte. Je ne pouvais me permettre ni de gâcher, ni de m’étioler comme Elle. Elle, cette forme longue et maigre qui se meurt. Je ne sais pas si je suis triste. Elle a pris soin de moi. Parce qu’elle ne pouvait rien lui refuser… et afin de lutter contre la solitude qui poissait sa vie. Elle m’a tout raconté sur Elle, et sur ces hommes qui l’avaient aimée, mal. J’écoutais, passive et silencieuse, sans juger.
Mon attitude l’incitait à revenir sans cesse sur des moments de son existence qui, chaque fois, se gonflaient de détails. »

« Je détiens un carnet de notes. À l’intérieur, j’ai retranscrit les souvenirs qui m’ont été confiés par ces femmes qui ont croisé sa vie et avec lesquelles j’ai partagé un quotidien plus ou moins long. Ils forment la mémoire collective d’un récit que je vais écrire, sur lui. Enfin pour lui et aussi pour moi, car au bout de son histoire commence la mienne. »

« Célestine se retourne vers la jeune femme dont les yeux noirs et accusateurs sont fixés sur elle. La donzelle la hait. C’est ainsi, Célestine n’y peut rien. Les riches font appel à ses services quand il s’agit d’avortements ou d’accouchements clandestins. Célestine n’aime pas ce travail. Il est risqué, néanmoins il rapporte beaucoup. L’argent ainsi gagné lui permet de nourrir son fainéant de mari et sa nombreuse progéniture. L’ample poitrine de Célestine se soulève et s’abaisse en laissant échapper un profond soupir. »

« Dans la salle d’étude, il fait particulièrement sombre. Novembre essore les nuages d’un automne gris et froid. Les six mioches œuvrent en silence. Noé a fini ses exercices de calcul. Il s’occupe à reproduire des images pieuses. À sa gauche, Martin s’adonne à son activité favorite, celle de rêvasser. Son crayon de bois est tombé par terre. Peu lui importe, il a la tête ailleurs. À sa droite, Pierrot jongle avec son porte-plume. Éclaboussures et taches d’encre s’étalent sur ses doigts, investissent la feuille et débordent sur la table. Un bout de langue dépasse de sa bouche également noircie. Sœur Marie-Agnès tente une énième fois de lui faire tracer des lettres, et perd patience. »

Corine Valade est originaire de la Creuse. Elle vit actuellement en Seine et Marne.
Maire-adjoint de village, présidente d’une association culturelle, elle anime un café littéraire et organise un festival annuel autour du théâtre et de la lecture.
Elle sillonne également les écoles et centres de loisirs avec un théâtre de marionnettes pour enfants.
Mais l’écriture est sa grande passion : de son propre aveu, quand elle prend sa plume, elle oublie tout et le monde peut bien s’écrouler !

Dans des romans, elle mêle avec dextérité fiction et éléments historiques.

“Ses roman offrent une réflexion certaine sur la condition féminine et les moments forts qui ont marqués les hommes…”

Danse Néomaye, danse ! (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/24/danse-neomaye-danse/

Amour, Émotion, Biographie, Histoire vraie

Indicible

de Elsa Morienval
Relié – 30 octobre 2025
Éditions : Le Pré du Plain

Ma mère cachait son alcoolisme, pensant que personne ne le voyait, comme un chat peut se cacher sous un meuble, alors que sa queue dépasse. C’était à la fois normal et tabou. La communication non verbale était la plus commune entre nous, comme un regard tacite qui signifiait qu’elle avait avalé plus que la moyenne. C’était un langage parfaitement codé qui s’était installé par la force des choses. Il fallait éviter d’en parler, surtout devant elle, pour ne pas la faire exploser de colère. Il ne fallait pas non plus que j’en parle à mon père, que je le verbalise. Cela paraissait absolument impossible, je le sentais. Nous nous contentions d’échanger par les yeux ou par des gestes discrets. C’était indicible… – Comment une fille de mère alcoolique peut-elle se construire dans l’insécurité et le chaos ?
Voici le thème abordé par Elsa Morienval, il s’agit de sa propre expérience, et elle conclut ainsi son témoignage : « Tout est surmontable, et la résilience n’est jamais loin. Je vous le garantis. »

Lorsque j’ai découvert Échappée en Ulster, un mot s’est immédiatement imposé à moi : authentique.
Puis est venu La Dame de Pa Co Ja, où Elsa Morienval tentait de comprendre l’énigme de sa grand-mère, Germaine, femme de silences, de blessures et de faux-semblants. À ce moment-là, je n’imaginais pas encore jusqu’où elle irait, ni ce qu’elle accepterait de nous livrer.

Avec Indicible, Elsa franchit un seuil.
Celui du non-dit absolu, de l’enfance meurtrie, de ce que l’on tait parfois toute une vie pour continuer à avancer.
J’ai compris très vite que cette lecture ne serait pas simple. J’ai même dû faire des pauses, reprendre mon souffle, tant certaines pages sont lourdes de douleur et d’incompréhension.

Ici, l’autrice se met à nu. Complètement.
Elle raconte une enfance qui n’aurait jamais dû exister, marquée par l’absence d’amour, par des comportements parentaux que l’on peine à concevoir, envers elle et ses deux sœurs. En refermant certains chapitres, je me suis souvent demandé comment des adultes peuvent infliger cela à leurs propres enfants.

Le texte est dur, bouleversant, mais jamais complaisant.
Elsa écrit avec pudeur, avec retenue, mais sans détour. Elle ne cherche ni à accuser ni à se justifier. Elle raconte. Elle expose. Elle libère.

Ce troisième volet est le prolongement logique et nécessaire des deux précédents. Après l’évasion, après l’exploration familiale, vient le temps de la vérité intime.
Indicible est un livre qui remue, qui fait écho, qui réveillé parfois certains de mes propres souvenirs enfouis.

Une lecture éprouvante, mais essentielle.
Un témoignage courageux et profondément humain.

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Extraits :

« J’ai rendez-vous avec le Dr Pomey-Rey à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Je suis enceinte de trois mois pendant lesquels j’ai vomi toute ma vie, toute mon énergie. Mon père dit toujours : “Une femme est heureuse quand elle est enceinte”. Eh bien, pas moi ! Je suis heureuse d’attendre un enfant, mais ma grossesse est un enfer. Mes nausées et mes vomissements me replongent dans les baffes qui me tombaient dessus chaque fois que je vomissais quand j’étais môme. Me revient aussi le bruit des vomissements quotidiens matinaux de ma mère, dans l’évier de la cuisine, à la suite de ses journées et nuits imprégnées de vin à bon marché. »

« Ce qui reste de mon enfance, c’est l’isolement, les cris, la haine, la solitude, la violence et… un peu d’humour quand même ! Je garde en mémoire ces bâtiments d’Aulnay-sous-Bois recouverts de fausse mosaïque bleue, gris-rose ou blanche ; ces cages à poules qui renferment des humains et qui dissimulent des histoires de famille insoupçonnées. Tous ces granas ensembles qui se ressemblent dans les banlieues. C’est dans CES quartiers que l’on concentre les masses humaines, dans CES immeubles collectifs que l’on amasse ces familles qu’on ne peut loger ailleurs. La définition du dictionnaire ajoute “composés d’une population défavorisée”. »

« Les gens pleurent dans les rues de la cité Ambourget et même au-delà. Je comprends qu’il s’est passé quelque chose de grave. Claude François vient de mourir électrocuté dans sa baignoire, le 11 mars 1978. Là, je ne comprends plus. comment peut-on pleurer pour un chanteur aussi nul, comme s’il était un membre de notre famille? Je trouve ces gens stupides. »

« Un dérèglement de la perception des douleurs a pris possession de mon corps. Un médecin m’a dit un jour : “Résilience ? oui, mais avec des cicatrices, sinon vous ne souffririez pas comme ça.” Une fibromyalgie a été diagnostiquée dans les années 2000, que je gère avec ce que je peux, mes béquilles de toujours : l’anglais et l’écriture. Je suis devenue mère, à mon tour, et espère avoir fait de mon mieux pour ne pas être “une mauvaise mère”. On n’atteint jamais la perfection en ce domaine, tous les parents le savent. On se reproche toujours quelque chose. J’ai réussi à créer une famille. »

Elsa Morienval est née en Seine Saint-Denis, angliciste de formation, intéressée par le monde anglophone, elle est enseignante.

Elle a écrit des nouvelles et a publié dans une revue littéraire.
Elle signe Échappée en Ulster chez Nombre7 en 2020
https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/12/echappee-en-ulster/

et sa traduction en anglais My Ulster haven en 2022 chez le même éditeur.

La dame de Pa Co Ja
https://leressentidejeanpaul.com/2023/01/30/la-dame-de-pa-co-ja/

Adolescence, Émotion, Drame, Histoire vraie, Poésie

La bouche pleine de mots

de Camilla Gibb
Poche – 1 janvier 2003
Éditeur : Piment

Une petite fille nous parle. Elle se nomme Thelma et a tantôt la voix de Poil de Carotte, tantôt celle d’Alice au Pays des Merveilles. Elle veut nous révéler un secret, pour s’en débarrasser, pour survivre. Mais existe-t-il des mots qui forcent la vérité à rendre gorge? Guérit-on jamais d’une enfance saccagée? Du fond de sa nuit, Thelma appelle au secours. Elle croit que le roi est nu et les grandes personnes capables du pire. Elle accuse, dénonce, pleure mais rit aussi pour conjurer l’angoisse. «Aimez-moi », répète-t-elle, et le lecteur n’y résiste pas.
Gabrielle Rolin (traductrice de l’ouvrage)

En ouvrant La bouche pleine de mots de Camilla Gibb, j’ai compris très vite que ce roman ne me ferait pas seulement suivre une histoire, il allait me faire entrer dans la tête de la petite Thelma, une petite abusée par son père sous le regard silencieux d’une mère qui détourne les yeux. Très vite, je me suis retrouvé prisonnier de ses pensées, comme si son esprit devenait le seul lieu possible pour comprendre ce qu’elle vit, ou plutôt ce qu’elle ressent. Le monde autour d’elle reste flou, presque inaccessible, mais ce n’est pas là que le roman veut nous conduire. C’est en elle que tout se passe, dans ce territoire intérieur où personne n’écoute, personne ne veut voir, sauf moi, lecteur malgré moi devenu confident involontaire.

Thelma se dépeint tour à tour comme un insecte sur un mur, une petite fille perdue, une femme fracturée, presque folle. J’ai suivi ses angoisses, ses doutes, sa douleur qui ne dit pas son nom. Elle porte sur la peau et dans l’âme les traces d’un père destructeur, mais aussi celles de ses propres choix, dictés par la confusion et la survie. Malgré la noirceur, jamais je ne me suis senti étouffé, il y a, dans l’écriture de Camilla Gibb, une délicatesse qui laisse filtrer parfois de minuscules éclats de lumière, de poésie, de ceux qui empêchent le désespoir de tout engloutir.

Ce qui m’a le plus bouleversé, c’est la façon dont l’autrice explore l’instabilité mentale de Thelma. Son esprit se fragmente, se décompose, se recompose autrement pour supporter l’insupportable. Le récit navigue entre époques, perspectives et états d’être, comme si la narration épousait les fissures de sa psyché. Peu à peu, je comprends ce qui l’a menée là, ce lent glissement intérieur. Et pourtant, au cœur de cette déchirure, il subsiste une force improbable, une forme de courage qui m’a serré la gorge.

Mais le roman ne s’arrête pas à la chute. Il raconte aussi la résilience, la lente remontée grâce à ces mains inattendues qui se tendent, ces êtres bienveillants qui l’accompagnent hors du gouffre, doucement, patiemment.

Je me suis demandé régulièrement pendant ma lecture si ce roman n’était pas autobiographique. Trop de subtilités ici ou là qui ont leur importance, beaucoup trop d’importance…
J’ai refermé ce livre, profondément remué par ce récit brutal, mais traversé d’espoir. Un roman qui donne voix à une enfant qu’on n’a jamais voulu entendre…

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Extraits :

« Voilà d’où vient l’homme que nous appelons notre père : il est assis dans une grange avec ses frères Gar-reth et Timothy, par un pluvieux après-midi dans les collines des Costwolds. Garreth, son aîné de deux ans, a regagné le foyer pour les vacances de Pâques après avoir fini son second trimestre au collège de Wheaton.
La mère, surnommée “Houpette” à cause du doux nuage de cheveux gris qui encadre son visage, ne se lasse jamais de faire l’éloge de son grand garçon, “un vrai petit gentleman à présent”… Timothy, le dernier, âgé de cinq ans, est assis, muet, les joues gonflées en permanence de bonbons assortis qu’il stocke dans sa bouche. Quand il ne dort pas, il passe la plupart du temps sans prononcer un mot. »

« Longtemps, j’ai eu l’impression que les gens saisissaient parfaitement ce à quoi je faisais allusion et je m’étonnais de leur obstination à ne pas le montrer.
Plus tard, rentrée chez moi, je battais la campagne, cherchais mon chemin dans un enchevêtrement de fougères et de groseilliers tout en chuchotant dans le noir à mon amant imaginaire. Je lui décrivais ce petit univers parfaitement clos et silencieux réservé aux étrangers. »

« Le matin, j’avais un endroit où aller : ma jolie école. Là, j’avais mon pupitre bien propre et je m’exerçais à écrire dans mon cahier neuf, sous l’œil de la charmante Mrs Kelly. C’est elle qui me donna le carnet intitulé: « Mon autobiographie» dans lequel j’allais révéler qu’à ma naissance j’étais un bébé mort et de couleur violette. Elle manifesta de l’inquiétude mais ce fut la suite qui l’incita à téléphoner à mes parents pour leur demander un entretien. Le deuxième paragraphe lui semblait pire que le premier. “Je m’appelle Thelma et je suis née morte, mon corps saigne, parfois je me transforme en insecte ou en caillou dans la cave, en une brindille, je roule mes yeux dans ma tête pour voir l’intérieur. C’est tout rouge et saignant. Ce que je préfère, c’est me transformer en poney shetland ou aller à l’école.” »

« Quand j’arrivais en retard à la maison, Papa qui m’avait attendue pour m’aider à faire mes devoirs me disait que j’étais une mauvaise élève et m’ordonnait de me coucher pour recevoir un châtiment. A présent, cela m’était égal. Je le laissais jouer à ses jeux dégoûtants et rêvais à Mrs Kelly en pensant : “Bientôt, il ne pourra plus jamais me faire ça.” »

Camilla Gibb est née à Londres en 1961, d’origine canadienne.
Elle a terminé son doctorat en anthropologie sociale à l’Université d’Oxford en 1997, et elle a passé deux ans à l’Université de Toronto à effectuer des recherches postdoctorales avant de devenir écrivaine à temps plein.

Elle est l’auteure de quatre romans, Mouthing the Words (La bouche pleine de mots), The Petty Details of So-and-So’s Life, Sweetness in the Belly et Beauty of Humanity Movement.

Elle a été lauréate du Prix Trillium en 2006 et finaliste pour le Scotiabank Giller Prize en 2005 en plus d’avoir reçu le Book Award de la Ville de Toronto en 2000 et le Prix littéraire CBC (Radio-Canada) de nouvelle en 2001.

Ses livres ont été publiés dans 18 pays et traduits dans 14 langues. Elle a été écrivaine invitée à l’Université de Toronto et à l’Université de l’Alberta et est membre auxiliaire d’enseignement au programme de maîtrise en création littéraire à l’Université de Toronto.

Émotion, Biographie, Histoire vraie

Dalida

de David Lelait-Helo
Broché – Broché – 5 décembre 2016
Éditeur : Télémaque

Il y a 30 ans, de guerre lasse, Dalida coupait le fil de sa vie. Quelques mots jetés sur une table de nuit : « Pardonnez-moi, la vie m’est insupportable… ». Chanteuse de rengaines latines, voix de Brel, Ferré, Trenet et Lama ou disco-queen pailletée, celle qui fut Miss Egypte aura, en dix langues et dans le monde entier, conquis tous les triomphes mais jamais le bonheur. Loin de la star, une femme blessée, lolanda, n’aura cessé de se débattre, se jetant à corps perdu dans une inépuisable quête de soi qui la mènerait à la découverte de Jung et de Freud et jusqu’en Inde dans un ashram. C’est cette femme fragile et blessée que l’on découvre ici, sous les fards, lorsque les lumières s’éteignent, que la solitude l’emporte sur la gloire.

Lorsque j’ai commencé à lire Dalida de David Lelait-Helo, je ne m’attendais pas à une telle plongée dans l’âme d’une femme que je croyais connaître. Très vite, j’ai compris que cette biographie n’en était pas vraiment une, c’était plutôt un chant, un souffle, un murmure qui traverse le temps pour redonner vie à Yolanda Gigliotti, celle qui se cachait derrière le sourire de Dalida.

Dès les premières pages, j’ai ressenti une fragilité immense. Sous les paillettes et les lumières, j’ai découvert une femme blessée, en quête d’amour comme on cherche l’air, avec une urgence presque douloureuse. Sa vie, incroyable et tumultueuse, est ici dévoilée sans fard. Quand la scène se vide et que les applaudissements meurent, c’est la solitude qui reste, massive, envahissante, et David sait la raconter avec une justesse qui m’a serré le cœur.

J’avoue avoir été surpris au début par cette écriture si poétique pour une biographie. Une plume presque vibrante, habitée. Mais très vite, j’ai compris qu’elle ne pouvait être autrement compte tenu de l’auteur. Cette façon de la raconter épouse parfaitement la sensibilité extrême que Dalida pouvait avoir, ses joies fulgurantes, ses désillusions à répétition, ses colères et sa recherche d’absolu, puis cette lassitude sourde qui finit par l’emporter.

Chaque mot a trouvé en moi une résonance intime. Par moments, j’avais l’impression d’être à ses côtés, de sentir ses doutes, ses espoirs, son besoin infini d’être aimée pour Yolanda, et non pour l’icône. Je me suis revu, enfant puis adolescent, à la regarder dans les émissions qui passaient l’époque, fasciné, je l’avoue par sa présence. Aujourd’hui encore, je l’écoute souvent, et sa voix garde une place précieuse dans mes playlists.

En refermant ce livre, j’ai senti une boule d’émotion me serrer la gorge. Je n’avais pas envie de quitter cette femme que David avait rendu si proche, si humaine. Je recommande vivement cette biographie, car elle est écrite avec le cœur, avec une sensibilité rare, et elle laisse une empreinte qui perdurera dans mon esprit.

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Extraits :

« Trente ans que Dali s’en est allée, c’était hier pourtant, et son souvenir ne m’a pas quittée. Ni même le souvenir de cette première fois où nous nous sommes rencontrées… il y a plus de 60 ans. Avant même qu’elle ne connaisse le succès avec Bambino ! »

« J’avais quinze ans ce dimanche de mai. Lors d’un hommage télévisé, je vous ai découverte de blanc vêtue dans vos atours de star, alanguie sur un divan et chantant Téléphonez-moi. Par-delà la légèreté de la ritournelle affleuraient votre solitude, votre mal de vivre, et dans toute la candeur de ma jeunesse j’enrageais de ne pas avoir eu vent plus tôt de votre tristesse. Je me disais que si j’avais su, moi, je vous aurais téléphoné. Je ne savais pas encore ce qu’était la vie. Vingt-neuf années se sont écoulées et, ne pouvant plus vous téléphoner, je vous écris. »

« Ce nouveau nom est idéal pour celle qui dans Un verre, une cigarette incarne la redoutable séductrice dont quelques battements de cils et déhanchements provocants suffisent à faire chavirer un docteur aussi respectable que marié. Affublée d’une blouse d’infirmière fort suggestive et d’une sorte de cornette censée retenir son épaisse chevelure, elle est quelques scènes plus loin une femme fatale qu’un fourreau noir habille comme une seconde peau. Elle ondule telle une liane entre le piano à queue noir, les convives en habit de soirée et le médecin, objet de ses ardeurs; elle chante en italien Desiderio di un’ora, une incantation amoureuse que son jeu de jambes savamment orchestré ne fait que rendre plus sensuelle encore. L’humiliation est telle pour l’épouse du médecin convoité que s’ensuit dans les toilettes pour dames un pugilat épique au terme duquel Yolanda la séductrice se retrouve à terre et trempée. »

« À vingt-huit ans Dalida n’est pas une femme que l’on met sous cloche, et pas davantage une amante que les tiédeurs du quotidien pourraient contenter, bien qu’elle tente souvent de s’en persuader. Si elle s’efforce de se conformer au modèle de l’épouse et de contenir les révoltes qui l’animent, elle n’en aspire pas moins à de plus grandes réjouissances et à des sentiments exaltés. Une tyrannique exigence la contraint sans cesse à s’élever, à découvrir, à apprendre. »

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.

Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol. En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot la première d’une longue série de biographies, parmi lesquelles

Maria Callas : j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour (1997),

Dalida : d’une rive à l’autre (2004).

C’est à cette période qu’il délaisse l’enseignement pour se consacrer à une carrière de journaliste. Il a écrit pour de nombreux magazines (Gala, Cosmopolitan, Femmes d’aujourd’hui…), animé des émissions musicales sur la chaîne Pink TV, occupé pendant vingt ans le poste de responsable des pages culture et people au magazine Nous Deux et, depuis 2022, celui de chroniqueur littéraire pour Femme Actuelle et Prima.
David Lelait-Helo a également écrit des essais, Gay Culture (1998) et Les Impostures de la célébrité (2001), ainsi que des romans, dont :

Poussière d’homme (2006),
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/04/poussiere-dhomme/

Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri (2016),

Un oiseau de nuit à Buckingham (2019), aux éditions Anne Carrière,

Je suis la maman du bourreau (2022), aux éditions Héloïse d’Ormesson
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/09/je-suis-la-maman-du-bourreau/

Il était une femme étrange (2025), aux éditions Héloïse d’Ormesson
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/04/il-etait-une-femme-etrange/

Émotion, Drame, Histoire vraie, Polar, Violence

Une saison de colère

de Sébastien Vidal
Broché – 22 août 2025
Éditeur : Le mot et le reste

À Lamonédat, commune de Corrèze de cinq mille âmes, le printemps est de retour. La nature s’éveille et se déploie en une beauté qui subjugue. Pourtant, la colère gronde. Tenaillés entre la fermeture du site de VentureMétal, principal employeur de la ville, et un projet touristique qui menace la Coulée verte, poumon vert auquel tous sont attachés, les habitants doivent s’organiser pour protéger leur cadre de vie face à des enjeux économiques qui leur échappent. Entre grève générale et création d’une ZAD, les esprits s’échauffent. Meurtres, secrets, révolte relient Julius, Gregor, Jolène, Jarod et les autres, tous en proie aux doutes. Ensemble, ils traversent les épreuves et expérimentent la convergence des luttes et la force de la solidarité.

Je viens de tourner la dernière page d’Une saison de colère et je peux le dire, je l’ai lu d’une traite, le souffle court, les dents serrées. Dès les premières pages, la colère a jailli. Celle des personnages, mais aussi la mienne. Une colère sourde, enfouie, que Sébastien Vidal fait remonter à la surface avec une intensité rare.

J’avais découvert l’auteur avec De neige et de vent, un polar en huis clos, qui n’en était pas vraiment un, où la nature et l’humanité se répondaient. Avec son nouveau roman, il va encore plus loin. Ce polar est un prétexte pour mettre en avant la voix collective, celle des habitants de Lamonédat, qui pris au piège d’un système injuste, broyés par les décisions d’une multinationale toute-puissante, se doivent de réagir.

VentureMétal ferme ses portes. Derrière les licenciements, les mensonges, les manœuvres politiques, se cache une vérité bien plus sombre. Et quand les plus riches imposent leurs règles, que reste-t-il aux autres, sinon la colère et la révolte ?

Sébastien est un écrivain courageux. Il ose pointer du doigt ce qui dérange. L’argent-roi, l’injustice sociale, le mépris des puissants pour les plus fragiles. Mais il ne s’arrête pas à la noirceur, il y met aussi de la tendresse, de la solidarité, de l’amour. Ses personnages, profondément humains, malgré certaines faiblesses, portent chacun une étincelle de lumière dans ce récit où tout pourrait basculer vers le chaos.

C’est ce mélange qui m’a bouleversé, la dureté du réel, mais aussi la poésie, l’émotion, la beauté. Un roman fort, engagé, terriblement actuel, qui serre le cœur et le réchauffe à la fois.

Oui, Une saison de colère est un grand livre. Et je ne peux qu’inviter chacun d’entre vous à le lire. Parce que nous devons rester unis et solidaires. Parce que la littérature, parfois, nous aide à transformer notre colère en force.

👉 Sortie le 22 août.
Un livre à lire absolument.

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Extraits :

« Des gens crient de plusieurs endroits. Des voix d’hommes et de femmes qui appellent et demandent du matériel. Il fait nuit et les lueurs des gyrophares glissent sur la pluie qui tombe. Ça sent les produits chimiques, l’acide qu’on met dans les batteries. Il y a des relents d’hydrocarbures qui se mêlent aux gouttes d’eau. L’odeur âcre du caoutchouc qui brûle râpe la gorge de Julius Sinclair. Il est à plat ventre sur le goudron luisant et trempé, son uniforme imbibé lui colle à la peau. La nuit est là depuis deux heures et la lune afflige de sa blêmeur banale une scène d’épouvante. »

« La jeune femme ne répond pas et sa main reste inerte. Les ultimes phrases qu’elle a dites reviennent à son esprit. Il entend sa propre voix, comme un esprit qui s’adresse à lui de l’au-delà. Il ne saurait l’expliquer, mais ce qu’elle lui a confié est très important, il doit s’en souvenir. Il le lui a promis. Maintenant la chaleur est intenable, Julius grimace et ferme les yeux pour éviter de paniquer. Il se demande ce que font les pompiers. Les gouttes de pluie sur son front sont remplacées par une abondante transpiration. »

« Raisons de mourir : la bêtise humaine, la bourse, les hérissons écrasés sur les routes, les fast-foods, les fachos, tous les intégristes religieux, et ce putain de don.
Raisons de vivre : les crépuscules, les grillons au mois de mai, le rire des femmes, Guillevic, le vin, l’odeur du pain grillé, le parfum du jasmin et ce putain de don.
Julius était encore sonné de sa nuit au sommeil erratique. Il repensa au carambolage, à Isabelle. Dix années s’étaient écoulées et c’était toujours une blessure qui suppurait. Il posa son stylo et relut ce qu’il venait d’écrire. Il sourit. Les deux listes lui convenaient. »

« Pour lui, cet endroit était un site de production comme un autre, mais insuffisamment rentable. Une fois délocalisé en Roumanie ou en Hongrie, il pourrait rapporter trois fois plus. »

Sébastien Vidal a partagé ses brèves études entre Cantal et Corrèze et vit à Saint Jal (Corrèze). Passionné d’histoire, il a entamé une saga romanesque en hommage à la Résistance avec un diptyque Les Fantômes rebelles puis Les clandestins de la liberté en 2011 et 2012.

Né en Corrèze, c’est un romancier qui sévit dans le polar. Il affectionne les ambiances dans lesquelles la nature prend toute sa place et installe ses histoires en milieu rural, territoire où il y a beaucoup de choses à dire et à montrer, tant du point de vue sociétal que social. Gros amateur de lecture, il avoue une préférence pour les auteurs d’Outre-Atlantique tels que Cormac Mc Carthy, Louise Erdrich, John Irving et Ron Rash, Stephen King ou encore Jim Harrison et Jack London. En France, ses goûts se portent sur Franck Bouysse, Antoine de Saint-Exupéry, Claude Michelet ou encore Laurent Gaudé, Sandrine Collette ou Hervé Le Corre. Pour lui, un roman c’est d’abord des personnages et un style travaillés.

Amour, Autobiographie, Émotion, Histoire vraie

Tremblement de cœur

Quand l’âme vacille, le cœur résiste
de Patrick Belli
Broché – 20 avril 2025
Éditeur : auto-édition

Quand le monde vacille, il ne reste qu’un choix : avancer… ou s’effondrer.
Un jour, tout s’arrête. Les certitudes. Le corps. Le futur qu’on croyait écrit.
Alors on cherche. Une faille. Une brèche. Une direction.
Et parfois, on trouve une promesse fragile, à l’autre bout du monde.
Dans ce récit, rien n’est simple.
Il y a les silences, les murs administratifs, les tempêtes.
Il y a les émotions qu’on n’ose pas nommer.
Et il y a cette force, brute, presque animale, qui pousse à continuer.
À espérer. À aimer.
Contre tout.
Tremblement de cœur est le récit d’un combat intime, d’une traversée entre deux continents et au fond de soi.
Un livre écrit avec le ventre, le souffle court, et le feu dans la gorge…

C’est en 2021 que j’ai découvert Patrick Belli, avec son bouleversant témoignage Dis merci mon cœur. Un de ces rares livres, inspiré d’une histoire vraie, qui m’a profondément ému et marqué.

Aujourd’hui, Tremblement de cœur redonne vie à ce récit, et c’est une excellente chose. Ce livre mérite d’être lu par le plus grand nombre. Il est bien plus qu’un témoignage : c’est une ode à l’amour, à la résilience, à la parentalité, à l’espoir.

Certains livres nous touchent par leur intrigue, d’autres par la plume, par les mots de leur auteur. Celui-ci, c’est l’émotion brute qui m’a happé. Entre les lignes, c’est l’amour inconditionnel qui vibre. Impossible de rester indifférent.

À la dernière page, une question m’a traversé l’esprit : comment ont-ils tenu ?
Ce parcours vers l’adoption, Patrick et Angie l’ont vécu comme une véritable épreuve de force, entre obstacles administratifs, incertitudes, attentes interminables… et, au milieu, le rêve de devenir parents.

Dès les premières lignes, Patrick nous prévient : « Je ne suis pas un écrivain, d’ailleurs, je n’ai aucune aptitude à l’écriture. »
Et pourtant, quelle justesse, quelle humanité dans ses mots ! Il écrit avec son cœur, avec sincérité, parfois avec pudeur, souvent avec humour. Ce mélange rend la lecture d’autant plus poignante. Je n’ai pas pu poser le livre.

Cette histoire vraie et incroyable m’a remué les tripes. J’ai ressenti de la colère, de l’injustice, l’envie de hurler, de la tristesse, de la joie, de la peur aussi et j’ai eu du mal à me contenir pour ne pas pleurer, mais heureusement au final, il y a la lumière.

Patrick nous raconte son histoire, avec toutes les difficultés qu’il a croisées avec sa femme, un vrai chemin de croix. Jamais je n’aurai pu imaginer toutes les difficultés de l’adoption sans avoir lu ce livre. Oui, je savais qu’il y avait des procédures qui pouvaient être longues, mais tout ce qu’ils ont vécu… !

Je ne peux que m’incliner aussi devant la force qu’il a fallu, pour se mettre “à nu” et dévoiler tous ces moments intimes, où nombreux déjà, nous aurions baissés les bras. Les difficultés administratives, des délais affligeants, des enfants perdus qui attendent d’être sauvés. L’émotion est là, constante. Quand survient un tremblement de terre en Haïti, c’est tout un monde qui s’effondre. Les descriptions du Haïti “d’après”, sont d’une intensité rare.

Je recommande vivement ce livre à toute personne qui envisage l’adoption. Il est dur, mais il vous redonnera espoir… Et comme le dit si bien Patrick, “Toujours y croire, ne jamais abandonner”.

Pour moi, il y a un avant et un après “Patrick Belli”.
Et je n’oublierai jamais “Maman Éveline”, qui, même sans la connaître, m’a touché au plus profond du cœur.

Merci à mon amie Blandine Carron pour ce précieux cadeau, aussi bouleversant qu’essentiel.

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Extraits :

« Je ne suis pas un écrivain, d’ailleurs je n’ai aucune aptitude à l’écriture. Veuillez me pardonner par avance amis lecteurs.
J’ai longuement hésité à coucher sur ces pages mon parcours initiatique pour devenir père. Pour beaucoup d’entre vous, le souhait de donner la vie, une fois mûrement réfléchi, est une partie de désir et de plaisir.
Dame nature intervient alors. Toute femme est alors soumise à son bon vouloir.
Heureusement, dans la majorité des cas, Mesdames et Messieurs, votre envie est exaucée. »

« J’implore le ciel pour que le noir qui nous entoure se transforme progressivement en bleu. Je supplie le créateur pour que la poursuite de notre parcours d’adoption porte ses fruits. »

« Il y a clairement une cassure dans mon parcours de vie. Il y a peu, je ne pouvais imaginer me retrouver éloigné de mes activités professionnelles. J’étais concentré sur ma carrière.
Ce château de cartes s’est effondré comme la crèche. Il ne reste qu’un champ de ruines. Je dois reconstruire mon chemin. Il ne pourra passer que par la consolidation de ma vie de famille et surtout son agrandissement.
Nous ne sommes plus maîtres de notre destin. »

« Nous avons le plaisir d’échanger avec Clausel, le frère d’Éveline. Cet homme nous apprend que les Haïtiens ont une très mauvaise image sur l’adoption des enfants par des Européens. Il ne s’agit pour eux que d’un trafic de donneurs d’organes pour les plus riches. Il nous avouera qu’il avait lui-même des doutes sur les réelles intentions des parents.
C’est pour cela que sa sœur a souhaité qu’il partage son périple en France. Il aura cette formidable confession “jamais je n’aurais pu imaginer qu’une simple photo d’enfant donnée aux futurs parents puisse provoquer autant de joie et d’amour !” Merci Monsieur Clausel pour votre sincérité. »

Patrick BELLI est un écrivain Français. Il réside dans le sud de la France avec sa femme et son fils.
Rien ne le prédestinait à l’écriture. Après plus de 20 ans dans le domaine bancaire, il partira s’installer au Maroc afin d’y exploiter une maison d’hôtes – spa – restaurant.
Le projet d’adoption, objet de son livre, changera le cours de sa vie et l’amènera à se livrer au travers de ce livre bouleversant.

Après moult tentatives d’avoir un enfant, un couple décide de se lancer dans le parcours de l’adoption. Leur désir d’avoir une descendance est une obsession depuis tant d’années.
Comment pouvaient-ils une seule seconde imaginer le parcours titanesque qui les attendrait. Leur décision est prise, ils se tourneront vers Haïti. Ont-ils fait le bon choix en cette année 2009 ? L’avenir nous le dira.
Cette histoire romanesque n’en est pas moins une histoire véridique. Vivez notre épopée parfois drôle mais le plus souvent éprouvante et bouleversante au travers de témoignages, de correspondances, de médiatisation.
Mais surtout toujours y croire, ne jamais abandonner…

Émotion, Drame, Frisson horreur, Histoire vraie, Historique

La chasse aux âmes

de Sophie Blandinieres
Broché – 27 août 2020
Éditeur : Plon

L’Histoire bouscule les âmes, la perversité de l’occupant nazi qui veut corrompre, voir ses victimes s’autodétruire et met en place un jeu ignoble dont l’objectif est de survivre, à n’importe quel prix : vendre son âme en dénonçant les siens ou ses voisins, abandonner ses enfants affamés, ou sauver son enfant, lui apprendre à ne plus être juif, céder son âme au catholicisme pour un temps ou pour toujours en échange de sa vie. Pour survivre, il faut sortir du ghetto. Par tous les moyens.
Trois femmes, une Polonaise, Janina, et deux juives, Bela et Chana, vont les leur donner. Elles ont organisé un réseau clandestin qui fait passer le mur aux enfants et leur donne, pour se cacher en zone aryenne, une nouvelle identité, un nouveau foyer, une nouvelle foi. Parce qu’ils sont l’avenir, parce qu’ils seront les premiers à mourrir…

Dans ce récit poignant et lumineux, Sophie Blandinières m’a entraîné dans l’univers brisé du ghetto de Varsovie, en novembre 1940. À travers les destins croisés de deux familles juives, elle raconte l’impensable : l’étau qui se resserre jour après jour, l’humiliation, la faim, la peur omniprésente, jusqu’à l’effacement presque total de ce qui faisait leur vie, leur humanité.

Et pourtant, sous cette chape de désespoir, l’auteure fait jaillir une lumière fragile mais tenace : celle du courage et de l’espoir. Trois femmes d’exception, portées par une foi inébranlable en la vie, organisent l’évasion d’enfants condamnés. Elles défient l’horreur par leur détermination et leur amour, arrachant à la barbarie quelques âmes innocentes.

L’écriture est belle, dense, parfois presque poétique, ce qui rend la violence des faits encore plus saisissante. Encore une fois, une lecture dont je ne sors pas indemne. Ce livre marque, il bouscule, il rappelle combien il est vital et nécessaire de ne jamais oublier. C’est un hommage vibrant à ceux qui ont lutté, aimé, résisté, même quand tout semblait perdu.
Un roman nécessaire, bouleversant, qui met des mots puissants sur une tragédie souvent tue ou mal connue.

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Extraits :

« L’homme était nu. La barbe en feu, les pieds dans la neige, il exécutait des mouvements de gymnastique ineptes, levant le bras gauche et la jambe droite ensemble, tournant sur lui-même de plus en plus vite pour tenter d’éteindre le brasier qu’était son menton.
Dès qu’il ralentissait, épuisé par le vertige, les efforts, et ses blessures, il recevait un coup de gourdin, alors il se réanimait, il se remettait à danser, disgracieux et pathé-tique, sous les yeux noirs des bouleaux décharnés par l’hiver. Le désarticulé chantait aussi, puisqu’on le lui avait demandé, puisqu’il consentait à laisser l’humanité le quitter pour ne pas mourir. »

« Officiellement, elle était demeurée Maria, qu’elle devienne juive, en cette année 1968, n’était pas approprié: en mars, la Pologne avait renoué avec son vice, avec ses mauvais gestes, son vilain réflexe, sa vieille pulsion de déjudaïsation, odzydzanie. De nouveau, on refusait aux Juifs le droit d’être polonais et, pour être bien certains qu’ils s’en iraient, habilement, on les avait destitués, on les avait privés de leur métier, de leurs revenus. On comptait sur l’humiliation, l’appauvrissement et la terreur. Comme ils n’avaient eu d’autre choix, pour survivre, que d’avoir une mémoire, ils avaient eu peur, effroyablement peur, car ça commençait toujours par de petites et grandes vexations, par des restrictions sérieuses de la citoyenneté, plus le droit d’exercer sa profession, plus le droit d’entrer ici ou là, ni de sortir, plus le droit de se fondre dans la foule, plus le droit d’être la foule. »

« Encouragés par la politique antisémite de leurs chefs et incités concrètement à réquisitionner, c’est-à-dire à piller les biens juifs, les soldats allemands entraient de force pour voler les draps, les meubles, le nécessaire à leur installation, et les objets de valeur qu’ils soupçonnaient toujours leurs victimes d’avoir planqués. Parfois, voler les Juifs ne calmait pas leur appétit, alors ils violaient les Juives. »

« Les parents de Joachim avaient donné des consignes de prudence à leurs quatre enfants, et surtout aux deux aînés, plus autonomes, parce que, dans les rues, des scènes ignobles se déroulaient, une femme enceinte qui trébuche, tombe, qu’on empêche de se relever, qui reçoit une balle dans la tête et dans le ventre, trois enfants dégommés comme des bouteilles de bière devant un hôpital, il ne fallait pas tenter le hasard ; la roulette russe n’était pas un jeu acceptable pour un Juif. »

Sophie Blandinières a été professeur et journaliste avant de devenir nègre littéraire. Elle consacre maintenant sa vie à l’écriture.

Elle a prêté sa plume à des personnes aussi diverses que Patricia Kaas, Yves Rénier, Charles Berling, Roselyne Bachelot – et à d’autres encore, dont elle s’est engagée par contrat à ne jamais divulguer les noms.

Elle a obtenu le prix Françoise Sagan pour son premier livre Le sort tomba sur le plus jeune, paru chez Flammarion.

Autobiographie, Émotion, Histoire vraie

Quand Maman plantait des brosses à dents

de Christelle Bardet
Broché – 13 mars 2025
Éditeur : MON POCHE

En 2002, la mère de Christelle Bardet est diagnostiquée de la maladie d’Alzheimer à l’âge de 56 ans. L’auteure l’accompagne durant 14 ans, et raconte les premiers troubles, la vie à la maison, puis en institution. Elle livre des moments magnifiques, pleins d’amour, parfois drôles et poétiques.

Je ne savais pas que l’Alzheimer pouvait planter des brosses à dents dans les jardinières. C’est le genre de chose qui ne figure pas dans les manuels médicaux, mais qui dit tout. En lisant Quand maman plantait des brosses à dents, j’ai eu l’impression d’entrer pages après pages dans l’intimité d’un quotidien à la fois absurde, tendre et terriblement bouleversant. À travers le récit de Christelle, j’ai suivi une fille qui devient parent de sa propre mère, et qui, sans héroïsme mais avec une force immense, apprend à aimer autrement.

Ce livre ne se contente pas de raconter une maladie, il met des mots sur l’indicible. Il y a de la pudeur, de la douleur, de la colère, beaucoup d’humour aussi, mais surtout l’histoire de la vie. J’ai ri, devant des situations inattendues, et j’ai été très ému souvent, face à une dégradation silencieuse et inexorable. Christelle Bardet ne cherche pas à s’apitoyer au contraire. Elle partage, elle confie, elle transmet.

Alors, à la fin du livre oui, je me suis senti bouleversé, mais finalement étrangement apaisé aussi. Car il y a dans cette histoire des vérités universelles, celles des liens, même quand la mémoire s’efface.

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Extraits :

« J’AI TENDANCE à trouver à toute situation, même très triste, un angle cocasse. Avec plus ou moins de réussite ou de bon goût parfois, mais je m’en moque. Je crois qu’on peut rire de tout, et surtout du pire. Depuis l’enfance. Du fond de la classe, près du radiateur évidemment, où l’on m’a souvent reproché la portée de ma voix – qu’on me reproche encore aujourd’hui -, tout peut être matière à rire.
En période joyeuse, avoir de l’humour, c’est du bonheur, alors qu’en période trouble, cela devient un kit de survie… »

« TOUJOURS HARCELÉE par ma désagréable intuition, je décidai d’emmener ma mère consulter un spécialiste peu après.
J’ai commencé par lui prendre un rendez-vous avec notre médecin de famille où elle se rendrait seule, ce qui devait, a priori, ne poser aucun souci. Le soir, en l’appelant pour savoir comment s’était passée la visite, elle m’annonça très naturellement qu’elle n’avait pas eu lieu : le docteur ne se trouvait pas au cabinet, qui était curieusement fermé. Après vérification auprès du médecin, j’appris qu’elle ne s’était pas présentée à l’heure dite. Je compris ensuite qu’elle n’avait pas retrouvé le chemin du cabinet. »

« L’hypocrisie de ce système est incroyable : je n’ai jamais reçu le moindre accompagnement ; en revanche, chaque année, il nous a fallu, sans faute, rendre un dossier long comme le bras, dûment rempli, avant le 15 mars. Des dossiers jamais contrôlés ensuite, évidemment. En quasiment dix années comme tutrice légale, je n’ai eu aucun rendez-vous avec une personne du service des tutelles. »

« Pire, en quelques semaines, ma mère a été envoyée à plusieurs reprises aux urgences. Dès qu’elle donnait le moindre signe de faiblesse, le personnel ne perdait pas de temps et appelait les pompiers. La pauvre se retrouvait larguée jusqu’à ce que j’arrive, et qu’elle puisse être prise en charge. En général les urgentistes attendaient ma venue afin que je puisse expliquer son cas, vu qu’elle ne parlait plus que par onomatopées. J’avais du mal à supporter la vision de son petit corps, sur un brancard, perdu dans le couloir des urgences des heures durant. »

Née en 1975 à Lyon, Christelle Bardet a fait des études de communication, avant de suivre diverses trajectoires. Dans la presse magazine, puis dans le secteur médical, elle gère aujourd’hui la communication d’une société productrice de spectacles.

Dans son livre Quand maman plantait des brosses à dents, la compagne de Laurent Gerra, raconte les dures années où elle a dû affronter la maladie de sa mère, atteinte d’Alzheimer.