Polar, Émotion, Drame, Suspense, Amour, Bouffée d'oxygène

Comme des bleus

de Marie Talvat et Alex Laloue
Broché – 12 avril 2018
Éditeur : Plon

Paris, novembre 2016. Le sordide assassinat d’une femme enceinte secoue l’opinion publique. La Crim’ est sous pression. Il faut dire que tous les ingrédients du scandale sont réunis : une victime, fille d’un ténor du barreau, des élections qui approchent à grands pas et une presse qui se déchaîne.
Dernière recrue du groupe chargé de l’enquête, Arsène Galien est immédiatement jeté dans le grand bain. Entre doutes et excès de zèle, il compte bien profiter de cette affaire pour gagner la confiance de ses supérieurs. Quant à Pauline Raumann, jeune journaliste voisine de la victime, elle se serait bien passée d’être mêlée à cette enquête, qui fait ressurgir en elle des démons oubliés.
Reflets d’une génération en quête de sens, les deux novices ont des idéaux et des incertitudes plein la tête. Alors qu’une irrésistible attraction les pousse toujours plus près l’un de l’autre, ils vont se laisser emporter par une affaire hors du commun, à la poursuite du pire des tueurs.

LE PREMIER POLAR DE LA GÉNÉRATION Y

Avec Comme des bleus, je découvre Marie Talvat et Alex Laloue, deux auteurs qui m’ont réservé une bien belle surprise !

Dès les premières pages, je suis happé par une intrigue qui débute dans l’horreur. Adèle, une jeune femme, est sauvagement assassinée dans son appartement parisien. Sa voisine Pauline, journaliste, voit alors son quotidien complètement bouleversé. En parallèle, je fais la connaissance d’Arsène, une jeune recrue de la brigade criminelle du célèbre 36, quai des Orfèvres. Avec ses collègues, il se lance sur les traces du meurtrier.

J’ai beaucoup aimé cette construction originale où les auteurs alternent les chapitres consacrés à « Elle » et à « Lui ». Une approche qui m’a permis d’entrer très rapidement dans cette histoire, mais qui m’a surtout donné envie de découvrir ces deux personnages aussi attachants que singuliers.
Car derrière leurs différences, Pauline et Arsène partagent bien des fragilités. Je me suis attaché à ces deux êtres en quête de repères, qui se cherchent autant professionnellement qu’affectivement. Cette enquête va les confronter à leur passé, à leurs blessures et à un monde dont ils peinent parfois à comprendre les règles.
Leur rencontre sera-t-elle cette bouffée d’oxygène capable d’apaiser leurs âmes tourmentées ?

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est ce contraste entre la violence des faits et la fraîcheur qui se dégage du récit. Les auteurs nous offrent une enquête fluide, accessible, ponctuée d’un humour savoureux et de réflexions pertinentes sur notre quotidien.

Au fil des pages, je découvre une véritable personnalité d’écriture, une belle maturité et des dialogues qui font mouche. Les personnages ont du caractère, du répondant et une présence qui donne à cette histoire une saveur toute particulière. Et puis, il y a ce final ! Jamais je n’aurais imaginé un tel dénouement. Quel rebondissement ! J’en suis resté surpris, tant les auteurs ont su me prendre à contre-pied.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui sort des sentiers battus et renouvelle agréablement le genre policier.
Comme des bleus, c’est une enquête qui ne manque ni de mordant ni d’humanité, portée par deux personnages que je n’oublierai pas de sitôt.

Une très belle découverte que je vous recommande sans hésiter !

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Extraits :

« J’ai mal au crâne. Est-ce cela qui m’a réveillée ? Je ne crois pas. Plutôt une sensation de gêne que je n’arrive pas encore à identifier. Sans ouvrir les yeux, je passe mon corps en revue. Ma nuque est raide. Typique. J’ai dû m’endormir d’épuisement dans une position improbable. Ma bouche est pâteuse, ma gorge sèche, mon estomac acide. Vin, cigarettes et re-vin. Jusqu’ici, tout est en ordre. »

« Au début on s’aime avec passion, puis on s’aime avec raison, puis on s’aime par habitude pour finir par ne plus que se croiser sur un canapé en regardant un film ensemble, par habitude, en se couchant, par habitude, en faisant l’amour, par habitude, les va-et-vient ressemblant de plus en plus à des exercices physiques tellement répétés que l’on attend l’orgasme comme une pizza en livraison. On y croyait, à cette relation. On y croyait à cette façon d’emmerder les idées reçues. On se disait qu’on allait devenir l’un de ces couples qui se connaissent par cœur tout en continuant à se découvrir de jour en jour, où l’on rit avec passion et où l’on vit chaque minute comme si l’on venait de naître, où la séparation est insupportable et où la communion des corps est telle que l’on a l’impression, chaque soir, d’avoir une amante différente qu’on connaît comme sa sœur, qu’on chérit comme son épouse, et avec qui on s’étreint comme deux jeunes amoureux en temps de guerre. Un couple de série télé, quoi. »

« Docteur, j’ai la migraine. Ça fait vingt-six ans que ça dure. Aidez-moi, aidez-moi. Une lumière aveuglante se braque sur moi. Ouvrez grand la bouche, plus grand. J’essaye d’articuler quelque chose, mais la main poilue et sa montre à vingt mille balles me font signe de la boucler. Je suspecte une hémorragie cérébrale. Votre palais est transparent, je cherche la source du saignement, alors ouvrez grand la bouche et fermez votre gueule. Ça y est, j’ai trouvé d’où vient le problème. Merde alors, ça saigne sévère. Mon cœur bat à mille à l’heure. C’est grave, docteur ? Un peu, que c’est grave. Il faut trépaner tout de suite. Je sens la pointe d’un burin se caler entre mes deux yeux tandis qu’un marteau s’approche et… »

« Je sors de l’immeuble avec cette étrange impression. Ce sentiment que je n’ai pas eu depuis longtemps. Ce pressentiment que, cette fille, je vais la revoir. Je ne sais pas encore comment, ni si notre entrevue se terminera debout ou allongés, mais je vais la revoir. Dehors, un soleil d’automne vient me caresser le visage. »

Marie Talvat est romancière.
Après des études de journalisme et de médiation culturelle, elle s’est fait connaître sur YouTube avec sa chaîne « L’Instant inutile ».

Alex Laloue est le pseudonyme d’Alexandre Galien, un fonctionnaire de police.
Il a fait des études de droit et de sciences criminelles, puis intégré en 2015 la Direction Régionale de la Police Judiciaire. Il a par la suite pris une disponibilité pour se consacrer à l’écriture.

Il a déjà publié deux romans à quatre mains sous le pseudonyme d’Alex Laloue avec son ex-compagne Marie Talvat : Comme des bleus (2019), suivi de À corps perdu (2019).

Il a remporté le prix du Quai des Orfèvres 2020 pour son roman Les cicatrices de la nuit (publié sous son vrai nom), qui s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires. Le deuxième volet de la saga, Le souffle de la nuit, est sorti en septembre 2020 aux éditions Michel Lafon.

Il est depuis la rentrée 2020 en charge du cours « Roman Noir, époque sombre » à la Chaire d’écriture et de rhétorique de Sciences Po.

Amour, Émotion, Conte, Philosophique, Poésie, Psychologie

Le Code du Royaume intérieur

de Eléonore De Saphir
Broché – 21 mai 2026
Éditeur : autoédition

ET SI UN ANCIEN POÈME
NE RACONTAIT PAS SEULEMENT UNE HISTOIRE,
MAIS PORTAIT UNE ARCHITECTURE INTÉRIEURE ?

Le Chevalier à la peau de tigre est l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature géorgienne. Depuis le XIIe siècle, il traverse les générations comme un poème d’amour, de fidélité, de courage et de retour.

Mais si ce texte portait aussi autre chose ?
Une carte intérieure.
Un code de transformation.
Une architecture secrète de la parole, du désir, de la douleur, de la force et de l’amour.

Dans ce livre, Eléonore De Saphir propose une lecture profonde et inédite de l’œuvre de Chota Roustavéli : 64 lois de sagesse pour retrouver son axe, purifier sa parole, traverser la douleur, reconnaître sa force blessée et revenir à son royaume intérieur.

Ce livre ne se lit pas.
Il se traverse.

Il y a quelques semaines, Eléonore De Saphir est entrée en contact avec moi afin de me proposer une lecture. Le code du Royaume intérieur. Ne connaissant pas l’autrice, j’ai recherché sur Internet qui elle était, et surtout de quoi parlait son ouvrage. Très vite j’ai été piqué et j’ai accepté avec plaisir ce recueil philosophique qui décline sous forme de 64 lois, emprunt de valeurs et de réflexions, un ancien poème Georgien… Je l’ai reçu quelques jours plus tard.

J’ai commencé à le lire comme à mon habitude, mais très vite je me suis rendu compte que ce type d’ouvrage nécessitait un rythme différent de lecture, qu’il ne se lisait pas d’une traite et surtout qu’il devait se lire au calme. Je l’ai repris du début à raison de deux ou trois chapitres par jour, le découvrant ainsi par étapes, en prenant le temps de laisser infuser certaines idées et d’y revenir si besoin…

Le poème, « Le chevalier à la peau de tigre”, chef-d’œuvre médiéval de Chota Roustavéli, raconte les aventures de deux amis qui vont parcourir l’Arabie et l’Inde en quête d’une femme.
Décliné en 64 lois, entre analyse, et véritable réflexion sur la vie intérieure, la lecture n’est pas d’un abord facile. Chaque chapitre éclaire une expérience humaine différente. L’amour, la parole, la blessure, la dignité, la peur, la liberté, la responsabilité et plus encore. Mais heureusement dans cette réflexion philosophique, Eléonore nous propose à chaque fin de chapitre des pistes sous formes de questions qui m’ont aidé au fur et à mesure à me recentrer sur ce qui est important pour une analyse personnelle grâce à des questions concrètes.

Je me suis laissé guider dans ce voyage spirituel, qui ne donne pas de réponses toutes faites, mais qui invite à se poser celles qui sont essentielles.

Voilà, je l’ai terminé. Je n’avais jamais mis autant de temps à lire un livre et je sais déjà qu’il restera à porté de main. je le relirai de temps en temps, certains passages, par-ci, par-là et laisserais mûrir le fil de mes réflexions…

Un livre à lire lentement, à méditer, à reprendre…
Une très belle découverte.

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Extraits :

« Chota Roustavéli a créé ce poème immortel à l’époque où la Géorgie se tenait dans son âge d’or et où le pays était gouverné par Tamar — une femme que le peuple géorgien, aujourd’hui encore, ne nomme pas reine, mais roi : le roi Tamar. Dans ce seul mot se révèle déjà tout l’esprit d’une époque : une force qui dépasse le sexe; un respect qui traverse la forme ; une souveraineté qui ne se réduit pas au fait de siéger sur un trône, mais qui relève d’une hauteur intérieure. C’est à Tamar que Roustavéli dédia son poème. »

« Les récits transmis disent qu’il aimait Tamar — en silence, sans bruit, sans jamais le dire. Peut-être n’est-ce qu’une légende. Peut-être la mémoire du peuple a-t-elle lu ainsi ce feu caché qui se sent dans les vers du poème. Mais une chose est claire : dans Le Chevalier à la peau de tigre, la femme n’est pas un être faible dont le rôle serait seulement d’aimer ou d’attendre. Ici, la femme gouverne. Elle porte le choix. Elle est source de volonté. Elle ouvre le chemin.
Elle est la force placée au centre du royaume. »

« L’amour élève. Le désir, souvent, s’approprie. L’amour protège. Le désir, souvent, dénude. L’amour est fidèle. Le désir change vite de visage. L’amour supporte même le silence. Le désir exige une confirmation constante. L’amour garde la dignité. Le désir, souvent, fait tomber l’être humain plus bas que lui-même. »

« Ne confondez pas l’amour et la passion.
Si aujourd’hui vous voulez une chose et demain une autre, n’appelez pas cela un amour élevé. Si vous n’aimez une personne que lorsqu’elle sert votre désir, ce n’est pas de l’amour. Si votre sentiment blesse la dignité de l’autre, ce n’est pas de l’amour. Si votre parole rabaisse l’être aimé, ce n’est pas de l’amour. »

« Si quelqu’un vous dépasse, voyez-le. Ce n’est pas votre humiliation. Peut-être est-ce précisément là que commence votre renouvellement. Un être intérieurement fort ne s’effondre pas devant la supériorité de l’autre. Il apprend ou se trouve la nouvelle force, où se trouve la meilleure précision, où l’ancienne représentation doit céder sa place. »

Eléonore De Saphir est une autrice indépendante dont l’écriture explore la conscience, la liberté intérieure, la parole, l’amour et les mécanismes qui façonnent l’être humain.

Son travail se situe à la croisée de la littérature, de la philosophie et de l’introspection. Elle ne cherche pas à rassurer, mais à éveiller.

Ses textes sont conçus comme des déclencheurs — des outils de lucidité pour celles et ceux qui refusent de vivre en mode automatique et choisissent d’habiter pleinement leur liberté.

Dans Le Code du Royaume intérieur, elle propose une lecture contemporaine et initiatique du Chevalier à la peau de tigre, le grand poème géorgien du XIIe siècle de Chota Roustavéli, à travers 64 lois consacrées à l’unité et à la souveraineté intérieures.

Elle vit et écrit en France.

https://eleonoredesaphir.com

Noir, Émotion, Drame, Suspense, Amour, Violence, Famille

Principes mortels

de Jacques Saussey
Poche – 16 mai 2018
Éditeur : Bragelonne

La mort n’a jamais dit son dernier mot.

Été 1979. Franck Servin, dix-huit ans, fuit le naufrage du foyer familial pour réviser son bac. Il trouve refuge chez son oncle et sa tante, dans une ferme de la Creuse où, quatre ans plus tôt, son cousin Paul a trouvé la mort sur une route qu’il connaissait depuis l’enfance. Cette tragédie a ouvert une plaie qui ne s’est jamais refermée.
Trente ans plus tard, revenu dans la Creuse, là où tout s’est noué, Franck sait qu’il va mourir. Il a quelques jours pour laver sa mémoire et raconter comment, cet été-là, le piège du destin s’est refermé sur les siens.

« Jacques Saussey décrit un monde idéal avant
de le déchirer en petits morceaux entre les secrets
et les mensonges d’une famille complètement tordue.
Une fois que je l’ai eu commencé, je n’ai pas pu le refermer. »
Patricia MacDonald

Salué par la critique et les lecteurs comme un grand du roman noir, Jacques Saussey nous offre, avec Principes mortels, le meilleur de lui-même.

Principes mortels de Jacques Saussey, un roman noir qui m’a fait vibrer et dont les émotions m’ont profondément marqué !

En juillet 2011, Franck revient à la ferme de ses oncle et tante, en Creuse. C’est là, dans ce lieu chargé de souvenirs, qu’il décide de raconter l’histoire qui a bouleversé sa vie.

Juillet 1979. À 19 ans, Franck vient d’échouer au baccalauréat. Chevauchant sa Kawasaki, il se dirige vers la ferme de son oncle et de sa tante, Victor et Hélène. En effet, sa mère l’a envoyé chez eux, à la Renardière, afin qu’il prépare les épreuves de rattrapage. Mais ce séjour est aussi l’occasion de fuir un foyer devenu invivable, où l’alcoolisme de son père fait régner la violence. Son arrivée ravive également une douleur profonde. Franck ressemble étrangement à Paul, leur fils unique, mort quatre ans plus tôt dans un accident de mobylette. Pour ses proches, ces retrouvailles ne sont donc pas sans conséquences… Très vite, ce qui devait être une parenthèse studieuse prend une tournure sombre. J’assiste, impuissant, à l’effondrement progressif d’une famille meurtrie, incapable de surmonter son deuil. La santé de Victor se dégrade, les tensions s’exacerbent et les circonstances de la mort de Paul refont surface.

À travers une narration alternant entre 1979 et 2011, Jacques m’entraîne dans une histoire où le passé et le présent s’entremêlent, tandis que les secrets remontent peu à peu à la surface.
J’ai découvert un jeune Franck confronté à des événements terribles, qui tente malgré tout de protéger les siens et de sauver ce qui peut encore l’être. Malgré quelques instants de répit, et une rencontre charnelle, la noirceur reprend très vite ses droits…

J’avais pressenti que cette histoire finirait mal, mais je n’avais pas imaginé l’intensité des émotions qui m’attendaient. Impossible de lâcher ce roman avant cette dernière phrase, dont je n’avais pas mesuré toute la portée !
« Partez, avant qu’il ne soit trop tard… »
Pour moi, il était déjà trop tard, j’étais happé par cette histoire, emporté par ses émotions, jusqu’à un dénouement qui m’a laissé sans voix.

L’écriture de Jacques est magnifique à la fois simple, profonde et mystérieuse. J’ai ressenti toute la détresse de Franck, son attachement aux siens et la difficulté de prendre ses distances avec cette ferme où tant de choses se sont jouées.

Plus qu’un thriller, c’est un roman noir profondément humain et bouleversant, porté par des personnages denses et attachants, dans une atmosphère de plus en plus oppressante.

Un très beau coup de cœur !

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Extraits :

« Un pied posé à plat de chaque côté de la moto, je retire mon casque et le pose sur mon rétroviseur. Malgré la touffeur de l’après-midi, le moteur refroidit déjà en cliquetant.
Je glisse les doigts dans mes cheveux longs pour les décoller de mon crâne trempé de sueur. Dans mon cou, ils se sont un peu emmêlés à cause du vent, le long des quatre cent cinquante kilomètres que je viens de parcourir d’une traite. »

« Quand elle est sortie du coma, deux jours plus tard, elle a contacté un avocat et un commissaire de police, et elle a porté plainte contre mon père. Je n’ai rien pu faire pour l’en empêcher. Mais en avais-je vraiment envie, de toute manière ? Lorsque je l’avais trouvée évanouie dans la cuisine, le nez cassé et le visage en sang, mon père était en train de pleurer, le front posé sur le sol. Il tenait encore à la main la casserole avec laquelle il venait de la frapper. »

« Hélène hausse les épaules.
— Non, il a des maux de tête terribles, depuis quelques jours. Il a toujours mal supporté la canicule, mais cette année, c’est pire que jamais. Hier, il n’a pas pu mettre le nez dehors. Je ne te dis pas dans quel état d’énervement ça le plonge. Il n’est pas toujours facile, lui non plus. »

« — Il y a longtemps que tu as des maux de tête, comme ça ?
— Deux ou trois semaines. Peut-être quatre… je ne sais plus. Je n’y ai pas fait vraiment attention, au début. Ça a commencé vers la mi-juin. Il faisait une chaleur comme aujourd’hui, à ne pas mettre une vache dehors. J’ai pensé que c’était à cause de la sécheresse, de la violence du soleil.
Parce qu’ici, quand ça cogne… ça cogne, crois-moi !
Il avale une gorgée de Ricard, les yeux mi-clos.
— Et puis, c’est revenu. Et ça continue de temps en temps. J’ai un peu de répit pendant quatre ou cinq jours, et puis ça recommence. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, « La mante sauvage », achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre « Colère Noire ».
C’est le second, « De sinistre mémoire », écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui content » dans le polar.

— Le Loup peint (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/08/24/le-loup-peint/

— Enfermé.e (2018)
leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

— 7/13 (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/15/7-13/

Thriller psychologique, Émotion, Drame, Suspense, Amour, Violence

Lynwood Miller – Rivalités***

de Sandrine Roy
Broché – 10 mai 2019
Éditeur : Éditions Lajouanie

Lynwood  Miller, ex-membre des forces spéciales américaines, coule des jours heureux sinon paisibles auprès de la tendre mais surprenante Éli, dans le bassin d’Arcachon. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si un être odieux aux pouvoirs similaires, voire supérieurs à ceux de la jeune femme, ne venait s’immiscer dans la vie du couple. Tout irait donc pour le mieux si… le cadavre d’un adolescent n’était pas retrouvé émasculé sur les quais. Tout irait donc pour le mieux si… le commissaire Marchand ne se décidait à mettre Lynwood et Simon sur l’affaire… Lynwood  Miller est de retour pour sa troisième aventure. Éli et ses pouvoirs aussi étonnants que déroutants et Simon le geek des Pyrénées sont bien évidemment de la partie. S’ajoutent à ce fameux trio des criminels, des flics, un médium et quelques pédophiles incestueux… L’épisode s’annonce sacrément prenant !

J’attendais la suite de leurs aventures avec impatience, mais la vie ne nous permet pas toujours de faire ce que nous voulons !

Depuis le premier tome proposé par Sandrine Roy, il y a quelques années déjà, je suis tombé sous le charme du mystérieux et ombrageux Lynwood Miller, ancien agent des forces spéciales, et de la touchante Eli. Quel plaisir de les retrouver dans Rivalités, le troisième volet de cette série qui m’aura décidément réservé de belles surprises !

Mariés et plus amoureux que jamais, Lynwood et Eli goûtent enfin à une tranquillité bien méritée, après les épreuves traversées et les problèmes de santé de la jeune femme. Pour les fêtes de fin d’année, ils quittent provisoirement leurs montagnes pour rejoindre Arcachon et la maison d’Eli. Lynwood en profite pour inviter quelques amis, mais leurs retrouvailles ne vont pas se dérouler comme prévu. Le meurtre particulièrement horrible d’un adolescent vient bouleverser cette parenthèse paisible. En vacances chez le couple, le commissaire Marchant est appelé sur la scène de crime. Bien que l’affaire ne relève pas de son secteur, certaines similitudes avec une enquête menée cinq ans auparavant l’interpellent. Il sollicite alors l’aide de Lynwood et de Simon pour résoudre cette énigme aussi délicate que terrifiante.

Cette fois, Sandrine nous entraîne dans une intrigue policière plus sombre, où se mêlent des sujets douloureux, des meurtres et une menace qui s’immisce jusque dans l’intimité de nos héros. Eli doit également affronter un adversaire doté de pouvoirs similaires aux siens, voire supérieurs. Le danger se rapproche et Lynwood se retrouve plus que jamais déterminé à protéger celle qu’il aime.

J’ai été captivé par cette confrontation qui nous plonge toujours plus profondément dans les facultés d’Eli et dans cet univers où le paranormal côtoie une réalité particulièrement violente. La plume de Sandrine Roy, simple, épurée et directe, m’a une nouvelle fois emporté. Elle va à l’essentiel, sans digressions inutiles, et maintient une tension qui ne faiblit jamais.

Pour moi, ce troisième tome est le meilleur des trois ! Plus intense, plus sombre, il m’a fait passer par de nombreuses émotions. Je l’ai lu d’une traite, happé par une intrigue surprenante, prenante, belle et triste à la fois.
Mais au-dessus de toutes ces horreurs demeure un sentiment plus puissant que tout, l’amour. Celui qui unit Lynwood et Eli, celui qui pousse à se battre pour l’autre et à affronter les ténèbres, même lorsque tout semble perdu.

Avec Rivalités, Sandrine m’a surpris, captivé et profondément touché. Une lecture intense qui confirme mon attachement à ce couple pas tout à fait comme les autres !

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Extraits :

« Après ces semaines passées au chevet d’Éli, Lynwood prenait plaisir à la voir rire, courir, vivre tout simplement. Il avait conscience qu’elle ne se sentait vraiment bien que près de l’océan et qu’elle faisait un gros effort pour vivre avec lui à la montagne. Tout à coup, elle quitta le rivage et remonta se blottir dans ses bras.
— Tu as froid ?
— Non.
Mais comme elle se hissait sur l’extrême pointe des pieds pour tendre ses lèvres vers les siennes, il sentit qu’elle avait le nez glacé. »

« Elle resta là, immobile et transie de peur, n’osant pas se retourner. Le son de la porte qui se fermait se fit entendre, sourd, lugubre. Quelque chose était entré. Il ne fallait pas qu’elle regarde. Cela rôdait silencieusement sous les voûtes.
Si elle se retournait, elle s’apercevrait qu’il n’y avait plus personne; les âmes des vivants avaient été avalées, englouties par cette entité funeste. Elle devait se cacher, ne surtout pas regarder. Le silence était lourd, oppressant, surnaturel ; une peur viscérale s’empara d’elle. »

« Concentrée, ses yeux allaient de son cahier à son écran, ses doigts couraient sur les touches du clavier ; elle avait l’air imperturbable, perdue dans son monde de mots.
La regarder était toujours une fascination pour lui. Jamais il n’avait côtoyé d’artistes et jamais il n’aurait imaginé vivre un jour aux côtés d’un être aussi attirant et mystérieux à la fois. Il pouvait rester des heures durant à l’observer ainsi, sans avoir besoin de lui parler.
Ses livres avaient du succès et étaient traduits dans plusieurs langues. Éli était productive. Quoique beaucoup moins ces derniers mois, à cause des événements qui s’étaient enchaînés. »

« Valérie Joubert n’avait rien d’une simple d’esprit, comme ils auraient pu le croire lorsqu’ils l’avaient découverte à moitié inconsciente dans le garage de la plage. Son langage était clair, sensé, réfléchi, quoique trahissant une grande souffrance longtemps contenue et qui ne demandait qu’à sortir.
— Des milliers de petites filles vivent en prison, peut-être même des millions à travers le monde. Et personne ne fait rien pour les libérer, pour les sauver de leurs bourreaux. Vous trouvez ça normal ? Vous trouvez ça juste ?
— Mais vous n’êtes plus une petite fille, tenta Édouard.
Alors de qui parlez-vous exactement ?
— Je parle de toutes ces gamines dont on abuse au sein de leur propre famille dès leur plus jeune âge, que l’on traite comme des objets sexuels, et qui sont condamnées au silence parce qu’elles n’ont aucun recours. »

Sandrine Roy est originaire de Bègles, près de Bordeaux.

Des études de Lettres modernes ont affirmé son goût déjà très prononcé pour la lecture et l’écriture, qu’elle pratique depuis on plus jeune âge. Elle vit depuis 14 ans dans la région de Montauban, où elle travaille en milieu scolaire. Elle est connue pour ses romans policiers et tout particulièrement sa série, mettant en scène Lynwood Miller, ancien membre des forces spéciales américaines.
Dessiner les nuages est sa première incursion dans le roman historique.

— Lynwood Miller, Tome 1 (2016)

— Lynwood Miller, Tome 2 : Pas de printemps pour Eli (2017)

— Lynwood Miller, Tome 3 : Rivalités (2019)

— Lynwood Miller, Tome 4 : Le mur d’Hadrien (2020)

— Dilemme (2020)

— Dessiner les nuages (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/18/dessiner-les-nuages/

Émotion, Historique, Drame, Sciences, Amour, Violence

Le Roman de l’an mil

de Ramón Basagana
Poche – 3 décembre 2015
Éditeur : Pocket

An de grâce 985. Par un hiver glacial, deux enfants échappent de peu à la mort. Leur père, grand savant et médecin personnel du calife de Cordoue, gît assassiné aux côtés de sa femme, sur le sol d’une auberge. Recueillis par un moine puis cachés dans une ferme, Alcym et Rébecca grandissent, se découvrent qui un don pour la magie, qui une passion pour la médecine. Forcés de fuir, leurs pérégrinations les conduiront jusqu’à Rome ou Bagdad, à la croisée des civilisations, où ils découvriront, peut-être, le secret de leurs origines…

Je découvre Ramón Basagana avec Le Roman de l’an mil, un roman historique qui m’a entraîné du sud de la France à Cordoue, au cœur d’al-Andalus, jusqu’à Bagdad. Une véritable pérégrination à travers les terres, les peuples et les religions, dans une époque où les destins se croisent, se déchirent et se reconstruisent.

Passionné par l’Histoire, je suis toujours en quête de nouvelles connaissances. Ici, l’auteur s’appuie sur des faits réels pour donner vie à une fresque captivante, portée par une plume trépidante. Il nous plonge dans le quotidien du Moyen Âge, entre croyances, sorcellerie, balbutiements de la médecine et premiers pas des sciences.

Au fil des pages, je découvre les tensions qui opposent les communautés juives, chrétiennes et musulmanes. La violence, les persécutions et les luttes de pouvoir côtoient pourtant des gestes de bonté et des élans de solidarité.
Au cœur de cette épopée, je fais la connaissance d’Alcym et Rebecca, deux jumeaux juifs qui survivent au massacre de leurs parents, perpétré par des chrétiens alors qu’ils traversent la Provence en direction de Mayence. Protégés par Gerbert d’Aurillac, ils trouvent refuge auprès d’une famille de paysans aimante, où ils grandissent à l’abri des premières horreurs de leur existence.
Mais leur répit sera de courte durée. Lorsque Rebecca est enlevée par un marchand d’esclaves maure, Alcym refuse de l’abandonner et se lance à sa recherche. J’ai suivi avec intérêt leur parcours semé d’embûches, où courage, intelligence et détermination deviennent leurs meilleures armes.

J’ai également été marqué par la cruauté de certaines figures historiques, notamment celle du pape Grégoire V, dont les agissements témoignent de la brutalité de l’époque. À l’inverse, Brédalinda, sorcière bienveillante, apporte une touche de mystère et de magie à cette fresque. Gerbert d’Aurillac, Almanzor et bien d’autres personnages donnent à ce récit une profondeur historique particulièrement intéressante.
Au fil de cette aventure, Rebecca révèle une intelligence et une force de caractère remarquables, tandis qu’Alcym grandit et se dirige vers la médecine, dans les pas de son père.

Entre réalité et fiction, Ramón Basagana mêle avec talent l’Histoire et le romanesque. J’y ai retrouvé tout ce qui me plaît dans une grande fresque historique. Les intrigues, les jeux de pouvoir, les trahisons, les retournements de situation et des destins profondément humains.

Avec Le Roman de l’an mil, j’ai vécu une immersion passionnante dans un monde où les croyances façonnent les existences et où la barbarie peut côtoyer la bienveillance. Un voyage historique riche et dépaysant que je vous invite à découvrir.

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Extraits :

« Il faisait froid. La charrette de foin brinquebalait sur les pavés. Emmitouflé dans un vieux carré de laine, indifférent aux flocons qui tournoyaient au-dessus des bœufs, frère Isambert avait les yeux rivés aux ruelles qui abouchaient la place. Mêmement à l’affut, le bouvier gardait l’œil au guet, sur sa gauche. Tapis derrière eux, transis de froid, Rébecca et Alcym.
Soudain, des hommes en armes surgirent par la grand-rue et déferlèrent sur la place à grand renfort d’imprécations, de menaces, de jurons. Le moine eut juste le temps de recouvrir les enfants d’un sac vide. La soldatesque écumait de rage.
— Qu’ils soient maudits! Qu’ils grillent en enfer… Ces Juifs sont pires que la vermine ! »

« Cinq ans déjà !
Brédalinda venait de raconter ces méfaits à Rébecca et ses yeux n’avaient toujours pas pleuré. Ceux de la bergère, par contre, n’avaient pu contenir les sombres cris de haine qui l’assaillaient. Elle serra Brédalinda dans ses bras et tout en lui glissant des mots de tendresse à l’oreille, lui promit de la venger.
— La vengeance engendre la haine, mon enfant.
— Peut-être, mais ça fait du bien ! Je jure de te venger ! »

« Elle traça une étoile sur le front de Rébecca.
— Vas-y, à présent, et que le Dieu de tes pères te protège.
L’instant d’après, Rébecca disparaissait sous les frondai-sons. La louve bondit vers le rebord rocheux, leva le museau et poussa un hurlement plaintif. Un autre hurle-ment, déjà lointain, lui fit écho. La clameur du fauve et celle de la petite Juive qui rêvait d’un prince maure pour sauver son amie, se fondirent en un seul cri. »

« — La mémoire de notre peuple est tellement marquée par la cruauté que je n’arrive pas à comprendre comment un pape peut honorer de son amitié un Juif comme moi.
— Qu’importe le fait d’être chrétien, Maure ou juif ?
J’étais ami avec ton père et je t’affectionne comme un ami très cher parce que l’amitié est un bienfait de la divinité. Si les ignorants l’ignorent, les hommes instruits savent qu’il peut exister des relations de sainte amitié, bonnes dans leurs effets, parce qu’elles le sont dans les causes qui les ont fait naître. »

Ramón Basagana est médecin et écrivain.

Son enfance a été marquée par les années sombres de la post-guerre : blocus, malnutrition, répression franquiste.

Arrivé en France en 1960, il a suivi ses études en psychologie à L’université de Caen.

Après avoir obtenu un thèse de doctorat sur « L’habitat traditionnel et les structures familiales en Kabylie », il a été professeur de Psychologie Sociale à l’Ecole Supérieure de Commerce d’Alger pendant une dizaine d’années.

Ramón Basagana s’inscrit à la faculté de médecine et depuis 1981, il est médecin généraliste dans les Bouches-du-Rhône.

Ses premiers succès littéraires, Le Christ de Marie-Shan et L’héritière de Shanghai ont fait l’unanimité parmi les lecteurs.

son blog :
http://www.basagana-ramon.com/

Thriller psychologique, Émotion, Drame, Suspense, Adolescence, Amour, Famille

Qui a tué Jane Mas ?

de Magali Vanhoutte
Broché – 15 octobre 2021
Éditeur : Éditions Faute de Frappe

On retrouve dans la benne à jouets d’une déchèterie de la métropole lilloise le cadavre d’une adolescente gothique.
Le lieutenant Adrien Carpentier, féru de musique, en déduit vite que la victime est la réplique parfaite de la chanteuse Jeanne Mas dans l’un de ses clips…
La fille a été droguée puis rouée de coups. Qui a cassé sa jolie poupée avant de l’abandonner dans un container ? Qui a tué Jane Mas ?
Un thriller mélomane aux allures de Top 50, entre le délire pop insouciant des années 80 et le tourbillon infernal d’une nostalgie meurtrière.

Avant même de commencer ma lecture, j’ai scanné le QR code situé à la fin du livre… Et là, frayeur de ouf ! 🤯

Mais comment Magali Vanhoutte a-t-elle fait pour s’introduire dans mon téléphone et copier quasiment l’une de mes playlists préférées ? J’ai vraiment flippé ! Et ce n’était que le début…
Ensuite, je suis rentré la tête la première dans ce thriller musical complètement dingue !

Avec Qui a tué Jane Mas ?, j’ai découvert une intrigue rythmée, intelligente et remarquablement construite. Si le suspense m’a tenu en haleine, je me suis aussi très vite attaché à certains personnages, qui m’ont profondément touché. J’ai particulièrement apprécié la finesse psychologique de l’auteure, cette sensibilité que je rencontre, hélas, bien trop rarement.

Tout commence lorsqu’une jeune fille mineure est retrouvée dans une déchèterie. Le lieutenant Adrien Carpentier et Benoît Demazure sont chargés de l’affaire. Un détail intrigue les enquêteurs, le meurtrier semble costumer ses victimes à la manière des années 80. La première ressemble étrangement à Jeanne Mas… Au fil des pages, d’autres cadavres viennent s’ajouter à cette macabre série. Chaque victime arbore un look évoquant les stars de cette décennie. Mais un autre élément les relie. La couleur de leurs cheveux, elle sont rousse. Pourquoi cette particularité ? Quel message se cache derrière ces mises en scène ?

Peu à peu, je comprends que j’ai affaire à un tueur en série bien singulier. Et c’est là que Magali m’a vraiment déstabilisé. Dès le départ, je connais l’identité du coupable, mais je peine à me positionner psychologiquement face à lui. Je me surprends même à éprouver une forme de compréhension que je n’aurais pas imaginée. C’est précisément cette ambiguïté qui m’a captivé !

Je n’en dirai pas davantage, car je tiens à vous laisser le plaisir de cette découverte. Sachez simplement que j’ai pris un plaisir immense à me laisser entraîner dans cette enquête, avec, en prime, un formidable voyage musical dans les années 80, années de ma jeunesse.

Vous l’aurez compris, le début de ma chronique était une petite boutade à l’attention de Magali. Mais, dans le doute, j’ai tout de même changé le code de mon téléphone… On n’est jamais trop prudent ! 😂

Un excellent thriller, des personnages qui ont une âme, une intrigue qui m’a ferré et une bande-son qui fait remonter de sacrés souvenirs. Bravo !

Gros bisous, Magali !!! 😘

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Extraits :

« À regret, Johnny ôta le walkman de ses oreilles quelques mètres avant d’atteindre la devanture de l’épicerie. Mamie disait que ça n’était pas poli de garder son casque en présence d’autres personnes. De même elle trouvait inconvenant qu’une femme fume dans la rue ou qu’un homme n’ait pas ciré ses souliers… »

« Johnny revint vers le lit, aspergea le cou de sa mère en déplaçant délicatement quelques boucles gênantes, puis posa le flacon et revint se coucher contre le corps en déposant un baiser délicat sur la joue blanche et froide de la morte. Voilà qui était mieux. Il fut cependant contrarié de constater que la femme avait l’air triste dans son sommeil. Il ne voulait plus jamais la voir triste.
J’empêcherai le temps de t’enlever ton sourire… Johnny se redressa subitement. Voilà ce qu’il devait faire. Rendre à sa mère son sourire. Comme avant. »

« Il régla le radioréveil sur 10h puis éteignit la lampe de chevet et ramena l’édredon de Mamie jusqu’en dessous du menton et un bien-être l’envahit. Il dormirait bien. Il dormait toujours bien chez Mamie. Comme s’il était en sécurité. D’ailleurs, depuis qu’il était arrivé à La Madeleine dans la matinée, l’angoisse avait disparu. Fermant les yeux, il chassa l’image de la jolie Jeanne Mas démantibulée sur les marches de l’escalier. Il fallait oublier et il fallait se reprendre. Mamie l’aurait voulu ainsi. Tout ça l’avait beaucoup fatigué… et avait beaucoup fatigué maman. »

« — Son géniteur abusait d’elle. La mère savait mais ne disait rien. On se tait dans ces milieux-là, je suis bien placé pour le savoir. Alors la petite a fait une fugue il y a quelques mois et je l’ai ramassée alors qu’elle errait dans des lieux peu convenables. Je sais, ici ce n’est pas non plus un endroit pour une gamine, mais elle n’a plus jamais voulu me quitter… Et je n’ai jamais eu le cœur de la livrer aux services sociaux, elle qui refusait même de demander de l’aide aux structures d’accueil. Elle fuyait le diable, vous voyez… »

« — Je vous crois, Monsieur d’Albignac, lâcha Benoît sincèrement. Me permettez-vous une dernière question ? Pourquoi l’avoir aidée ?
— Parce qu’on se ressemblait. Deux anges déchus, pour des raisons différentes. Je voulais la sauver peut-être. J’ai échoué, conclut-il en baissant la tête pour la première fois de sa vie. »

Magali Le Maître/Vanhoutte a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour « D’infinis paysages ».

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar,
– Quelqu’un comme elle » (2015).

– Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.
https://leressentidejeanpaul.com/2026/09/21/le-bal-de-ses-nuits/

Cercle littéraire, Émotion, Histoire vraie, Psychologie, Amour

Femmes tout au bord

de Clarisse Gorokhoff
Broché – 7 janvier 2026
Éditeur : Actes Sud

Tout commence par une lettre. Et un amour perdu. Dévastée par sa rupture avec celui qu’elle aime encore, Anouk écrit à la mère de Paul, une femme condamnée par la maladie et décidée à orchestrer sa fin. Dans cette correspondance ardente qu’elles entretiennent en secret, les mots deviennent refuge, miroir, passage. Quelques mois plus tard, Anouk part sur les traces de Faye au cœur du désert brûlant du Nouveau-Mexique, et découvre, dans une maison peuplée d’ombres et de silences, les carnets de la disparue – et le mystère d’une troisième femme.
Tout en tension, fragilité et vérité brute, les voix de Faye et d’Anouk se répondent dans ce roman incandescent sur le deuil, la transmission et la métamorphose, né d’une expérience vécue. Une lettre d’amour à la vie autant qu’un adieu à la chair, un chant sur la puissance des femmes qui, même au bord, choisissent encore de se révéler.

Hier soir, dans le cadre de nos rencontres du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage, nous avons eu le plaisir de recevoir Clarisse Gorokhoff, qui a reçu le Prix 2026 !
Une soirée ponctuée d’un dîner au Relais des Peintres, à Auvers-sur-Oise. Un nouveau lieu, une nouvelle ambiance, et surtout un agréable moment de partage et de détente, loin du quotidien. Une belle soirée, tout simplement !


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Je découvre Clarisse Gorokhoff avec Femmes tout au bord, un roman qui m’a profondément touché. Inspiré d’une histoire réelle, il mêle correspondance, fulgurances poétiques et tension romanesque autour d’une magnifique histoire de femmes.

Rien ne semblait pourtant devoir rapprocher Faye et Anouk. Elles ont un âge différent, vivent dans deux pays et ne se connaissent pas. Mais un homme les relie. Paul, le fils cadet de Faye et ancien amant d’Anouk. Pendant quatre mois, elles vont pourtant s’écrire. Faye est en fin de vie, tandis qu’Anouk tente de survivre à sa rupture amoureuse. L’une doit affronter la fin de sa propre existence, l’autre le deuil de l’être aimé.
Au fil de leurs lettres, elles vont se livrer, se dévoiler et finalement se délivrer. Elles racontent leurs blessures, leurs espoirs, leurs regrets et tout ce qu’elles n’ont peut-être jamais pu dire à personne. Toutes deux se tiennent ainsi tout au bord… Que reste-t-il d’une vie, lorsqu’arrive la fin ? Tout perd son importance, tout semble s’éteindre, la voix, le corps et… finalement le cœur de Faye, le jour et à l’heure où elle l’avait décidé en toute conscience.

Anouk décide de partir au Nouveau-Mexique, dans cette terre rouge, silencieuse et mystérieuse. Elle y rencontre Jack, le mari de celle avec qui elle a tellement échangé… mais aussi Lars, Griselda et les autres proches qui l’entouraient.
Mais en arrivant chez Faye, Anouk va surtout finir par se rencontrer elle-même. Elle qui semblait jusque-là errer sans véritable direction va peu à peu s’ancrer et comprendre qui elle est.

J’ai beaucoup aimé cette idée de transmission entre les femmes, de ces liens qui traversent les générations et continuent d’exister bien après nous. L’amour d’une mère, d’une grand-mère peut finalement devenir une forme d’éternité lorsqu’une descendance en perpétue la mémoire. J’ai été touché par la manière dont Clarisse explore la fragilité de ses personnages sans jamais les réduire à leurs blessures. Tout y est intense et vrai. Son écriture est brute, nerveuse, parfois hachée, comme si ses mots suivaient mon souffle et les battements de mon cœur.
Les chapitres courts donnent aussi au récit un rythme particulier, parfois haletant, qui accompagne parfaitement cette histoire située au bord de la chute… ou de l’envol…

Femmes tout au bord est un roman fragile et puissant à la fois, où la vie, l’amour et la mort se rencontre, se confrontent sans jamais perdre leur intensité.

J’ai terminé ma lecture profondément bousculé, mais avec la sensation d’avoir découvert un texte important et nécessaire. Un roman d’une grande délicatesse sur la condition féminine, la résilience et la capacité à pouvoir se réinventer.
Une très belle découverte qui a touché mon cœur et que je vous conseille vivement.

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Extraits :

« Je vais chez une morte. Ou plutôt chez son veuf.
Je ne les ai jamais rencontrés mais elle, je l’ai bien connue. On s’est écrit chaque jour pendant quatre mois, jusqu’à ce qu’elle décide que souffrir n’était plus une preuve de courage. Au Nouveau-Mexique, si on insiste un peu, on peut mourir dignement.
Faye Steiner a insisté. »

« Ça a commencé doucement. Une gêne, pas grand-chose. J’ai fait comme si de rien n’était en espérant que ça disparaisse. Raté. Ça a grossi, pris de l’assurance. Et le verdict est arrivé. Cancer du pancréas.
Pas immense mais scélérat. Petite bête tapie dans l’ombre qui attend son heure. On me l’a confirmé à l’hôpital d’Albuquerque où Jack, mon mari, sauve des vies depuis vingt-trois ans. Ironique, non ? L’oncologue qui n’a pas vu la bombe à retardement sous son propre toit. Faut dire que j’ai une bonne dose de résistance à la souffrance – ou peut-être de déni.
Je me souviens de la première nuit où j’ai hurlé, le ventre en feu, comme si un démon y plantait ses griffes. »

« Chère Faye,
…/…
Je sais que vous êtes gravement malade, et que vous allez mourir. C’est terrible.
Je suis désolée pour vous. Pour Paul, et pour tous ceux qui vous aiment. Mais ce qui me bouleverse, c’est l’étrange douleur que je ressens depuis que je le sais. Une tristesse qui ne m’appartient pas. Une vague qui me submerge, comme si je perdais quelque chose de vital. Je me surprends à pleurer comme si c’était ma propre mère qui allait mourir. Alors qu’elle est morte il y a bien longtemps.
Je n’ai pas le droit d’écrire ça. C’est déplacé, sûrement, et même obscène. »

« Chère Anouk,
Merci pour ton message. Je n’étais pas sûre de pouvoir te répondre. Non pas parce que tu as franchi une limite, mais parce que, au contraire, tu es tombée juste.
Trop peut-être. Il y a, dans ta façon de dire les choses, quelque chose d’oblique et de clair à la fois. Comme si tu me regardais en plein dedans. »

Clarisse Gorokhof nait en 1989 à Paris. Elle suit des études de philosophie. A vingt ans, elle part vivre à Istanbul où elle restera cinq ans. Elle y a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable.

Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être – à la fois triviales et bouleversantes – qui forgent la société de nos jours.

En 2018, elle publie son second roman, Casse-gueule, la suite de De la bombe, publié en 2017. Il commence avec le récit d’une scène violente : l’héroïne, Ava, se fait tabasser par un inconnu jusqu’à en être défigurée. Elle qui tenait sa beauté de sa mère, qu’elle rejette, s’accommode plutôt bien de sa nouvelle laideur.

En 2019, elle publie son troisième roman, la suite romanesque des deux premiers, Les fillettes. Dans ce troisième ouvrage, « Clarisse Gorokhoff finit d’y imposer je ne sais quel ton, quel tour et quel sel dont on se souviendra un jour. » écrit Sébastien Lapaque, journaliste du Figaro. Elle continue à décortiquer les grandeurs et misères de la vie familiale en racontant l’histoire de trois petites filles dont la mère est droguée. On suit différents personnages, dont les fillettes, la mère et le père. Le livre est en lice pour le Prix des libraires 2020.

En 2026 sort son cinquième ouvrage : Femmes tout au bord. On suit le personnage de Faye Steiner, sexagénaire, mariée à un éminent oncologue américain et atteinte d’un cancer du pancréas incurable. Au Nouveau-Mexique, où elle vit, elle peut choisir le suicide assisté. Elle prend sa décision et en parle dans les lettres qu’elle envoie à Anouk, une jeune française qu’elle n’a jamais rencontrée et qui vit un chagrin d’amour : le fils de Faye vient de la quitter. L’écriture est cinématographique et la fin inattendue, à l’instar d’un thriller psychologique. Elle est en partie inspirée de la vie de l’autrice qui reçoit le prix du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage 2026.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Polar, Suspense

L’Homme de Lewis

de Peter May
Poche – 2 janvier 2013
Éditeur : Babel

En rupture avec son passé, Fin Macleod retourne sur son ile natale de Lewis. La mort tragique de son jeune fils a détruit son mariage, et il a quitté la police. La lande balayée par les vents, la fureur de l’océan qui s’abat sur le rivage, les voix gaéliques des ancêtres… il pense pouvoir retrouver dans ces lieux de l’enfance un sens à sa vie.

À peine Fin est-il arrivé qu’on découvre le cadavre d’un jeune homme, miraculeusement préservé par la tourbière. Les analyses ADN relient le corps à Tormod Macdonald, le père de l’amour de jeunesse de Fin, faisant du vieil homme le suspect n° 1. Mais celui-ci ne peut se défendre, perdu qu’il est dans les brumes de sa maladie d’Alzheimer, Fin va donc l’aider.

Au rythme des fulgurances qui traversent l’esprit sénile de Tormod, le passé ressurgit, douloureux, dramatique, dévoilant le sort que la société écossaise a réservé pendant des décennies aux enfants orphelins ou abandonnés que l’Église catholique envoyait sur les îles Hébrides.

J’ai appris avec tristesse le décès de Peter May vendredi dernier. Ayant adoré L’Île des chasseurs d’oiseaux, j’ai décidé de bouleverser mon ordre de lecture pour lui rendre hommage. Je viens ainsi de terminer le deuxième tome de sa saga écossaise, L’Homme de Lewis.

J’y ai retrouvé Fin Macleod, dans le prolongement des événements du précédent roman. Divorcé, ayant quitté la police, il revient sur son île natale de Lewis, libéré de ses anciennes contraintes. Peut-être cherche-t-il à retrouver ses racines, à réparer ce qui peut encore l’être, ou tout simplement à retrouver sa place parmi les siens. Cette île, avec ses paysages sauvages et ses habitants, pourrait bien devenir finalement son refuge.

À peine arrivé, il se retrouve impliqué dans une enquête menée par Gunn, l’inspecteur de Stornoway. Un cadavre, parfaitement conservé dans la tourbe, vient d’être découvert. La mort remonterait aux années 1950 et les analyses ADN conduisent à Tormod Macdonald, le père de Marsaïli, l’amour de jeunesse de Fin.
Mais un obstacle majeur se présente, Tormod souffre de la maladie d’Alzheimer et ses souvenirs s’effacent peu à peu.

Commence alors une véritable course contre le temps, entre enquête présente et réminiscences d’un passé douloureux. Une nouvelle fois, Peter May m’a captivé avec une intrigue d’une rare intelligence, qui dépasse largement le cadre du polar. J’ai découvert une page méconnue de l’histoire des Hébrides, notamment le destin des « homers », ces enfants sacrifiés dont les conditions de vie m’ont profondément bouleversé.

L’auteur alterne avec beaucoup de finesse les investigations de Fin et les souvenirs de Tormod. J’ai été sensible à la délicatesse avec laquelle il aborde Alzheimer, les amours anciennes, la nostalgie de l’adolescence et les regrets de l’âge adulte. Ses descriptions des paysages écossais sont toujours aussi saisissantes, j’ai eu l’impression de sentir le vent et de fouler ces terres battues par les éléments.

Derrière cette enquête se dessine un roman puissant, profondément humain, où les secrets d’une communauté se mêlent aux blessures intimes.
J’ai retrouvé des personnages remarquablement construits, auxquels je me suis attaché et que j’ai eu plaisir à suivre jusqu’au bout.

Et puis viennent les dernières lignes… Elles m’ont donné des frissons et une émotion que je ne suis pas près d’oublier.
Peter May était décidément un immense conteur, capable de faire naître l’émotion là où je ne l’attendais pas. Un véritable voyage au cœur de l’Écosse, mais aussi de la mémoire et de ses silences.

Merci encore à David Fréchou de m’avoir fait découvrir cet auteur exceptionnel, que je conseille à mon tour vivement.

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Extraits :

« Sur cette île battue par les tempêtes, à trois heures de la côte nord-ouest de l’Écosse, le peu de terre qui y reste accrochée fournit nourriture et chaleur aux habitants. Elle se charge aussi de leurs morts. Plus rarement, comme aujourd’hui, elle les rend. »

« C’est bizarre aussi que je me réveille toujours à la même heure. Et ce n’est pas à cause de la lumière qui se glisse autour des bords du rideau. Il y a si peu d’heures de nuit à cette époque de l’année. Ce doit être une sorte d’horloge interne. Toutes ces années à se lever à l’aube pour la traite, et tout ce qui remplissait mes jour-nées. Tout s’est envolé maintenant. »

« Bonjour, Fionnlagh.
Le garçon pointa la mâchoire en direction de la tente bleu pâle.

— Tu ne fais que passer ?
— C’est temporaire.
— Ça faisait un moment.
— En effet.
Fionnlagh fit une pause, pour donner de l’emphase à ses paroles. « Neuf mois. » L’accusation était claire.
— J’avais une vie entière à laisser derrière moi.
Fionnlagh inclina légèrement la tête sur le côté.
— Ça veut dire que tu es revenu pour rester ?
— Peut-être.

Fin tourna son regard vers la ferme.
— C’est mon foyer. Là où on revient quand on n’a nulle part où aller. Après, si je reste ou pas… c’est encore à voir.
Ses yeux verts revinrent sur le garçon. »

« Fin regarda le vieil homme avec attention. Les rayons du soleil s’accrochaient aux poils argentés qui parsemaient le bas de son visage et la chair flasque de son cou, les faisant ressortir sur sa peau pâle et sans souplesse. Ses yeux, en revanche, étaient presque opaques, obscurcis par des souvenirs qu’il ne pouvait pas, ou ne souhaitait pas partager. Il ne disait rien depuis un bon moment. Ses larmes avaient séché, laissant des traces salées sur ses joues. Il avait ramené ses genoux, serrés entre ses bras, contre sa poitrine, et restait assis à regarder la mer avec des yeux qui voyaient des choses que Fin ne pouvait apercevoir. »

Écrivain écossais, Peter May habite depuis une dizaine d’années dans le Lot.
Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise. Il y a quelques années, Peter May a décidé de quitter le monde de la télévision pour se consacrer à l’écriture de ses romans. Le Rouergue a publié sa série chinoise avant d’éditer la trilogie écossaise (parue d’abord dans sa traduction française avant d’être publiée, avec un immense succès, en anglais).

Il est décédé vendredi 25 septembre 2026, à 74 ans, laissant une œuvre devenue une référence du polar.

— L’Île des chasseurs d’oiseaux
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/30/lile-des-chasseurs-doiseaux/

Amour, Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

Ainsi sera-t-il

de Sandrine Destombes
Broché – 1 mai 2016
Éditeur : France Loisirs

Depuis qu’une balle a plongé son partenaire et amant Fabio dans le coma, la commissaire Max Tellier n’a plus la force de se battre. Mais l’envie de découvrir la vérité est plus forte… Soutenue par son équipe, qui comme elle, soupçonne une histoire de flics véreux, elle enquête, en secret pour que justice soit faite. Pourtant déjà un autre meurtre les mobilise. Un cas pour le moins étrange : un joggeur, victime non pas d’une crise cardiaque, mais d’un empoisonnement…
Plus troublant encore, la victime est un prêtre…

Après La faiseuse d’anges et L’arlequin, le troisième opus Ainsi sera-t-il, de Sandrine Destombes ne se contente pas de nous livrer un thriller efficace. Elle nous entraîne dans une histoire où plusieurs enquêtes vont s’entremêler, sur fond de politique, de police, de croyances et de radicalisation. Et dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par une intrigue qui ne laisse pratiquement aucun répit.

La commissaire Maxime Tellier est confrontée à un drame particulièrement personnel. Son amant, Fabio Cavalli, a reçu une balle dans la tête et se trouve entre la vie et la mort. Avant son agression, il soupçonnait l’existence d’une taupe au sein de la brigade des stupéfiants.
Maxi décide alors de reprendre du service et de mener sa propre enquête pour découvrir qui a voulu le faire taire.

Mais une autre affaire l’attend. La mort suspecte d’un prêtre retrouvé sans vie alors qu’il faisait son jogging. Ce qui ressemble d’abord à une crise cardiaque prend une tout autre dimension lorsque l’autopsie révèle d’étranges lésions. Et comme si cela ne suffisait pas, une ancienne affaire concernant le capitaine Brémont et le meurtre de sa femme et de son enfant refait surface.

J’ai beaucoup aimé Maxime, ou plutôt “Max”, cette femme au caractère bien trempé, parfois dure et peu commode, mais qui cache derrière cette carapace une grande émotion et sensibilité. Son équipe aussi, soudée, tenace et efficace, apporte également beaucoup d’humanité au récit.

Ce que j’apprécie particulièrement chez Sandrine, c’est son écriture directe, fluide et sans fioritures inutiles. Elle sait multiplier les pistes sans jamais perdre son lecteur et surtout faire monter progressivement la tension. Mais derrière le thriller se cache une réflexion plus profonde sur la foi, la manipulation et la violence et son récit devient progressivement de plus en plus trouble. J’ai trouvé le roman inquiétant précisément parce que le malaise vient autant de la logique des personnages que de leurs actes.
Et ce titre, Ainsi sera-t-il, résonne presque comme une sentence, une vérité que l’on voudrait imposer aux autres.

Sandrine vient de me démontrer encore une fois, qu’un polar peut être passionnant tout en nous poussant à réfléchir sur notre époque.
C’est tendu, parfois inconfortable, intelligent et particulièrement bien construit.
Vous l’aurez compris, je suis fan !

Amis lecteurs, si vous aimez les thrillers qui ne se contentent pas de vous divertir, foncez découvrir Sandrine Destombes !

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Extraits :

« Cela faisait déjà deux semaines qu’Enzo avait ramené sa protégée chez lui, en Italie. Il s’était d’abord installé chez Max à Paris, déployant chaque soir un vieux lit de camp jusqu’à ce que son nerf sciatique lui intime de trouver une autre solution. Il avait veillé sur elle, nuit et jour, depuis ce fameux soir où elle l’avait appelé, en pleine détresse. »

« Le printemps était au rendez-vous et Paris offrait ses plus belles couleurs. Max, malgré son appréhension, était contente de rentrer. Elle était dans sa ville, dans ses marques. Elle s’était accordé un jour de repos supplémentaire avant de retourner travailler, le temps pour elle de trier son courrier et de remplir le réfrigérateur. Max avait promis à son mentor de faire un effort sur son alimentation mais s’apercevant qu’elle avait une fois de plus oublié d’acheter des légumes, elle se rassura en estimant que le nombre de fruits accumulés dans la caisse de chardonnay ferait l’affaire. »

« — On est grands maintenant, répondit José. Laisse-nous t’aider. Et quand je dis ça, je parle aussi au nom des autres. Que ce soit Jeanne, Paul ou même Thomas. Ils n’attendent que ça.
Max sentit sa gorge se nouer et les larmes monter. Elle tourna le dos à son collègue et regarda en l’air, espérant refouler au plus vite ce surplus d’émotion. Lorsqu’elle lui répondit, il n’y eut cependant aucun trémolo dans sa voix. »

« Il n’était pas encore seize heures que Max était déjà éreintée par cette première journée de reprise. Elle craignait d’avoir surestimé ses forces. Mener de front l’enquête sur la mort du Père Francis et trouver la taupe qui avait tiré sur Fabio n’allait pas être de tout repos. Elle n’avait quasiment rien avalé depuis le matin et décida d’aller se restaurer au distributeur. Son choix s’arrêta sur une barre chocolatée qui, comme à son habitude, resta coincée dans les arceaux de la machine. Max était persuadée que les concepteurs de ces distributeurs n’avaient jamais utilisé leur propre invention. S’ils l’avaient fait, ils auraient sûrement pensé à un moyen de déblocage. Au lieu de ça, elle utilisa la seule technique qu’elle savait fiable : une grande tape dans le flanc de la machine accompagnée d’un coup de pied dans la partie basse du réceptacle. Elle finit par récupérer son en-cas sous les yeux amusés de ses collègues. Max était de retour, et ses petites manies aussi. »

Sandrine Destombes est une romancière française spécialisée dans les thrillers et les polars.
Elle a réussi à concilier sa passion pour l’écriture avec une carrière dans l’événementiel, avant de s’imposer comme une voix incontournable du polar français contemporain.

Elle est née 29 avril 1971 à Marseille et a toujours vécu à Paris. Après avoir décroché son diplôme à l’ESRA (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle), elle s’installe à Paris et s’oriente vers la production d’événements, un métier qu’elle exerce pendant plus de vingt ans. C’est sur son temps libre qu’elle commence à imaginer ses intrigues sombres, nourries d’une narration très visuelle et cinématographique. Très attachée à ses origines italiennes, elle distille d’ailleurs régulièrement son amour pour la région des Abruzzes dans ses textes. Sa carrière littéraire décolle au milieu des années 2010 grâce aux éditions France Loisirs (collection Nouvelles Plumes), mais le véritable tournant a lieu en 2018 avec son cinquième roman, Les Jumeaux de Piolenc, qui devient un immense succès en librairie. Traduit en huit langues, ce livre lui vaut le prestigieux Prix VSD RTL du meilleur thriller français, présidé par Michel Bussi.
Aujourd’hui, elle fait partie de la célèbre Ligue de l’Imaginaire et du collectif Les Louves du Polar.

— La Faiseuse d’anges (Nouvelles Plumes, 2015),
— L’Arlequin (Nouvelles Plumes, 2016),
— Ainsi sera-t-il (Nouvelles Plumes, 2017),
— Les Jumeaux de Piolenc (Hugo & Cie, 2018)
— Ils étaient cinq (Nouvelles Plumes, 2018).

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller

Qui es-tu, Mary ?

de Christian Pernoud
Broché – 10 septembre 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Les âmes pures cachent aussi des ténèbres.

Automne 1973, Lake George.
Alan mène une existence paisible à l’écart du monde.
Mary surgit dans sa vie. Elle vient d’un New York gangrené par la violence.
Une histoire naît. La leur.
Mais très vite, des zones d’ombre apparaissent.
Des incohérences. Des silences.
Lorsque Mary disparaît brutalement dans d’étranges circonstances, la vie d’Alan se transforme en cauchemar.
Qu’est-il arrivé à la femme de sa vie ?
Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête.
Découvrir la vérité.

Il y a des lectures qui m’attrapent dès les premières pages et dont je peine à décrocher. Qui es-tu, Mary ?, le dernier roman de Christian Pernoud, en fait incontestablement partie.
Depuis Pour nous, l’auteur, longtemps connu sous le pseudonyme de Chris Loseus, a choisi de tomber le masque. Ici, il se dévoile davantage, et j’ai beaucoup aimé cette nouvelle facette de son écriture.

Mary semble entrer dans la vie d’Alan presque par hasard. Jeune femme séduisante, mystérieuse, venue d’un New York violent et chaotique, elle devient rapidement une évidence pour lui.
Mais, le temps d’un battement de paupières, Mary disparaît.
Noyade ? Meurtre ? Disparition ?
Une multitude de questions auxquelles Alan va chercher désespérément des réponses.

Alan lui, est un homme discret, solitaire, vivant près de Lake George. Sportif, travailleur et écrivain à ses heures perdues, il mène une existence plutôt tranquille. Je lui ai trouvé une certaine naïveté, presque rafraichissante.
Mary, en revanche, m’a immédiatement intrigué. Dès son apparition, quelque chose m’échappait chez elle. Et finalement, tout le roman repose sur cette question. Qui est réellement Mary ?
Le mystère plane du début à la fin et, plus j’avançais, plus les zones d’ombre s’épaississaient. J’ai tourné les pages sans interruption, impatient de comprendre et surtout d’élucider ce mystère.

Construit en quatre parties, le roman prend le temps d’installer son décor et son atmosphère. Une ambiance d’abord douce et intime, qui devient progressivement inquiétante, voire suffocante. Je me suis laissé entraîner aux côtés d’Alan, m’accrochant à chaque détail, jusqu’à ressentir moi aussi cette colère qui monte peu à peu.

Mary est un personnage fascinant, insaisissable, qui continue de laisser son empreinte même lorsqu’elle n’est plus là. Le récit nous entraîne alors dans les zones les plus sombres de l’âme humaine. J’ai aimé cette tension psychologique, cette façon de suggérer plutôt que de montrer.
Ici, pas de violence gratuite ni d’effets spectaculaires inutiles. Christian privilégie l’atmosphère, les silences, les émotions et les failles de ses personnages. Et c’est précisément ce qui m’a plu.

Un thriller psychologique subtil, captivant et profondément humain, qui m’a surpris et troublé.
Quant à la fin… je ne l’avais vraiment pas vue venir, et je l’ai beaucoup aimée.
Pour moi, une belle réussite que je vous conseille !

Un grand merci aux éditions Taurnada !!!
Quelle équipe de choc !

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Extraits :

« De la brume s’élève au-dessus du lac.
Un vol de canards sauvages fend le ciel.
Un bruit étouffé à chaque battement d’ailes : flap, flap.
Des buissons et des arbres flamboyants.
Le clapotis des flots sur la berge.
Mary danse devant moi.
Ses pieds nus frôlent les galets gris polis par les eaux.
Le soleil décline.
La silhouette à contre-jour laisse tomber ses escarpins tenus par la bride.
« Regarde comme c’est beau, me lance-t-elle en m’attrapant par la taille. N’oublie jamais que je t’aime, Alan Davidson. Ne l’oublie jamais quoi qu’il arrive ! »

« Je l’invite à s’asseoir. Elle retire ses lunettes et me tend la main.
« Moi c’est Mary, dit-elle en s’installant. Merci pour la chaise. » Ses yeux verts accrochent les miens. De fines ridules dessinent délicatement deux éventails à leurs extrémités quand elle sourit. « Vraiment, c’est cool, reprend-elle. Parce que je ne me voyais pas demander aux excités du bar… »

« Aujourd’hui je ne bosse pas. Mais les autres jours si… Je crains de ne pas être la bonne personne. Tu aurais plus de chance en rejoignant les excités au bar. »
Elle approche un doigt tendu dans ma direction.
« Ah non. C’est avec toi que je veux me balader. Elle appuie son index sur ma poitrine. J’imagine que tu ne bosses pas H24.
— Je débraye à 17 heures. Mais la nuit tombe tôt à cette époque.
— Ne te débine pas. Je profiterai de la plage en t’attendant. Banco pour 17 heures. »
Elle observe rêveusement les baigneurs en contre-bas. Son profil m’apparaît. Délicat, mélancolique.
« Si tu y tiens.
— Bien sûr que j’y tiens ! 17 heures devant ton musée. Sois à l’heure. Tu me parleras de ton roman. J’adore lire. Je veux tout savoir. »

« Notre histoire ressemblait à une partition romantique jouée par un mauvais orchestre. Une douce mélodie gâchée par des fausses notes.
Le drame arriva quelques jours après ma demande en mariage. La température remontait. Un ultime sursaut avant l’hiver. Mary lisait sur le canapé, je me préparais un sandwich avant de rejoindre le musée. »

« Tu vois le topo, Alan. Je te parle d’un monde qui n’est plus. Tu n’as pas connu cette époque. T’étais gosse. On travaillait sans qu’on nous mette des bâtons dans les roues. Ce camion roule à toute berzingue sans se soucier de ceux qui vivent là depuis toujours. Les repreneurs de la scierie se moquent de la sécurité et du bien-être des riverains. Ce qu’ils veulent c’est faire du fric. Les arbres les intéressent ; enfin, le pognon qu’ils représentent, le reste rien à foutre ! C’est comme ça que les choses fonctionnent aujourd’hui, Alan. On délocalise les productions dans des pays lointains pour de la main-d’œuvre low cost en se fichant des milliers d’emplois perdus. On vend sa petite boîte à des groupes financiers sans scrupules plutôt que de la transmettre à ses gosses… Monde de merde ! »

Christian Pernoud est l’auteur de plusieurs romans sous le pseudonyme de Chris Loseus.

Amoureux des grands espaces il vit dans les Alpes avec sa femme et ses enfants. Il se rend régulièrement aux états-unis pour être au plus proche de ses intrigues.

Il est l’auteur, notamment, de :

— Nouvelle ère (2014),
— 3600 Prospect avenue (2015),
— Chatsworth Creek (2016),
— Résurrection (2017),
— Phobia (collectif 2018),
— Bill dangereuse innocence (2019),
— Le voyage de Madison (2019),
— Les parapluies noirs (2020),
— La joggeuse (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/11/la-joggeuse/
— Pour Nous (2024) est le premier publié sous son vrai nom, explorant une facette moins sombre de son genre de prédilection.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/02/pour-nous/
— J’aimerai te dire (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/07/jaimerais-te-dire/