Polar, Thriller psychologique, Émotion, Drame, Suspense, Amour

Ainsi sera-t-il

de Sandrine Destombes
Broché – 1 mai 2016
Éditeur : France Loisirs

Depuis qu’une balle a plongé son partenaire et amant Fabio dans le coma, la commissaire Max Tellier n’a plus la force de se battre. Mais l’envie de découvrir la vérité est plus forte… Soutenue par son équipe, qui comme elle, soupçonne une histoire de flics véreux, elle enquête, en secret pour que justice soit faite. Pourtant déjà un autre meurtre les mobilise. Un cas pour le moins étrange : un joggeur, victime non pas d’une crise cardiaque, mais d’un empoisonnement…
Plus troublant encore, la victime est un prêtre…

Après La faiseuse d’anges et L’arlequin, le troisième opus Ainsi sera-t-il, de Sandrine Destombes ne se contente pas de nous livrer un thriller efficace. Elle nous entraîne dans une histoire où plusieurs enquêtes vont s’entremêler, sur fond de politique, de police, de croyances et de radicalisation. Et dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par une intrigue qui ne laisse pratiquement aucun répit.

La commissaire Maxime Tellier est confrontée à un drame particulièrement personnel. Son amant, Fabio Cavalli, a reçu une balle dans la tête et se trouve entre la vie et la mort. Avant son agression, il soupçonnait l’existence d’une taupe au sein de la brigade des stupéfiants.
Maxi décide alors de reprendre du service et de mener sa propre enquête pour découvrir qui a voulu le faire taire.

Mais une autre affaire l’attend. La mort suspecte d’un prêtre retrouvé sans vie alors qu’il faisait son jogging. Ce qui ressemble d’abord à une crise cardiaque prend une tout autre dimension lorsque l’autopsie révèle d’étranges lésions. Et comme si cela ne suffisait pas, une ancienne affaire concernant le capitaine Brémont et le meurtre de sa femme et de son enfant refait surface.

J’ai beaucoup aimé Maxime, ou plutôt “Max”, cette femme au caractère bien trempé, parfois dure et peu commode, mais qui cache derrière cette carapace une grande émotion et sensibilité. Son équipe aussi, soudée, tenace et efficace, apporte également beaucoup d’humanité au récit.

Ce que j’apprécie particulièrement chez Sandrine, c’est son écriture directe, fluide et sans fioritures inutiles. Elle sait multiplier les pistes sans jamais perdre son lecteur et surtout faire monter progressivement la tension. Mais derrière le thriller se cache une réflexion plus profonde sur la foi, la manipulation et la violence et son récit devient progressivement de plus en plus trouble. J’ai trouvé le roman inquiétant précisément parce que le malaise vient autant de la logique des personnages que de leurs actes.
Et ce titre, Ainsi sera-t-il, résonne presque comme une sentence, une vérité que l’on voudrait imposer aux autres.

Sandrine vient de me démontrer encore une fois, qu’un polar peut être passionnant tout en nous poussant à réfléchir sur notre époque.
C’est tendu, parfois inconfortable, intelligent et particulièrement bien construit.
Vous l’aurez compris, je suis fan !

Amis lecteurs, si vous aimez les thrillers qui ne se contentent pas de vous divertir, foncez découvrir Sandrine Destombes !

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Extraits :

« Cela faisait déjà deux semaines qu’Enzo avait ramené sa protégée chez lui, en Italie. Il s’était d’abord installé chez Max à Paris, déployant chaque soir un vieux lit de camp jusqu’à ce que son nerf sciatique lui intime de trouver une autre solution. Il avait veillé sur elle, nuit et jour, depuis ce fameux soir où elle l’avait appelé, en pleine détresse. »

« Le printemps était au rendez-vous et Paris offrait ses plus belles couleurs. Max, malgré son appréhension, était contente de rentrer. Elle était dans sa ville, dans ses marques. Elle s’était accordé un jour de repos supplémentaire avant de retourner travailler, le temps pour elle de trier son courrier et de remplir le réfrigérateur. Max avait promis à son mentor de faire un effort sur son alimentation mais s’apercevant qu’elle avait une fois de plus oublié d’acheter des légumes, elle se rassura en estimant que le nombre de fruits accumulés dans la caisse de chardonnay ferait l’affaire. »

« — On est grands maintenant, répondit José. Laisse-nous t’aider. Et quand je dis ça, je parle aussi au nom des autres. Que ce soit Jeanne, Paul ou même Thomas. Ils n’attendent que ça.
Max sentit sa gorge se nouer et les larmes monter. Elle tourna le dos à son collègue et regarda en l’air, espérant refouler au plus vite ce surplus d’émotion. Lorsqu’elle lui répondit, il n’y eut cependant aucun trémolo dans sa voix. »

« Il n’était pas encore seize heures que Max était déjà éreintée par cette première journée de reprise. Elle craignait d’avoir surestimé ses forces. Mener de front l’enquête sur la mort du Père Francis et trouver la taupe qui avait tiré sur Fabio n’allait pas être de tout repos. Elle n’avait quasiment rien avalé depuis le matin et décida d’aller se restaurer au distributeur. Son choix s’arrêta sur une barre chocolatée qui, comme à son habitude, resta coincée dans les arceaux de la machine. Max était persuadée que les concepteurs de ces distributeurs n’avaient jamais utilisé leur propre invention. S’ils l’avaient fait, ils auraient sûrement pensé à un moyen de déblocage. Au lieu de ça, elle utilisa la seule technique qu’elle savait fiable : une grande tape dans le flanc de la machine accompagnée d’un coup de pied dans la partie basse du réceptacle. Elle finit par récupérer son en-cas sous les yeux amusés de ses collègues. Max était de retour, et ses petites manies aussi. »

Sandrine Destombes est une romancière française spécialisée dans les thrillers et les polars.
Elle a réussi à concilier sa passion pour l’écriture avec une carrière dans l’événementiel, avant de s’imposer comme une voix incontournable du polar français contemporain.

Elle est née 29 avril 1971 à Marseille et a toujours vécu à Paris. Après avoir décroché son diplôme à l’ESRA (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle), elle s’installe à Paris et s’oriente vers la production d’événements, un métier qu’elle exerce pendant plus de vingt ans. C’est sur son temps libre qu’elle commence à imaginer ses intrigues sombres, nourries d’une narration très visuelle et cinématographique. Très attachée à ses origines italiennes, elle distille d’ailleurs régulièrement son amour pour la région des Abruzzes dans ses textes. Sa carrière littéraire décolle au milieu des années 2010 grâce aux éditions France Loisirs (collection Nouvelles Plumes), mais le véritable tournant a lieu en 2018 avec son cinquième roman, Les Jumeaux de Piolenc, qui devient un immense succès en librairie. Traduit en huit langues, ce livre lui vaut le prestigieux Prix VSD RTL du meilleur thriller français, présidé par Michel Bussi.
Aujourd’hui, elle fait partie de la célèbre Ligue de l’Imaginaire et du collectif Les Louves du Polar.

La Faiseuse d’anges (Nouvelles Plumes, 2015),
L’Arlequin (Nouvelles Plumes, 2016),
Ainsi sera-t-il (Nouvelles Plumes, 2017),
Les Jumeaux de Piolenc (Hugo & Cie, 2018)
Ils étaient cinq (Nouvelles Plumes, 2018).

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller

Qui es-tu, Mary ?

de Christian Pernoud
Broché – 10 septembre 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Les âmes pures cachent aussi des ténèbres.

Automne 1973, Lake George.
Alan mène une existence paisible à l’écart du monde.
Mary surgit dans sa vie. Elle vient d’un New York gangrené par la violence.
Une histoire naît. La leur.
Mais très vite, des zones d’ombre apparaissent.
Des incohérences. Des silences.
Lorsque Mary disparaît brutalement dans d’étranges circonstances, la vie d’Alan se transforme en cauchemar.
Qu’est-il arrivé à la femme de sa vie ?
Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête.
Découvrir la vérité.

Il y a des lectures qui m’attrapent dès les premières pages et dont je peine à décrocher. Qui es-tu, Mary ?, le dernier roman de Christian Pernoud, en fait incontestablement partie.
Depuis Pour nous, l’auteur, longtemps connu sous le pseudonyme de Chris Loseus, a choisi de tomber le masque. Ici, il se dévoile davantage, et j’ai beaucoup aimé cette nouvelle facette de son écriture.

Mary semble entrer dans la vie d’Alan presque par hasard. Jeune femme séduisante, mystérieuse, venue d’un New York violent et chaotique, elle devient rapidement une évidence pour lui.
Mais, le temps d’un battement de paupières, Mary disparaît.
Noyade ? Meurtre ? Disparition ?
Une multitude de questions auxquelles Alan va chercher désespérément des réponses.

Alan lui, est un homme discret, solitaire, vivant près de Lake George. Sportif, travailleur et écrivain à ses heures perdues, il mène une existence plutôt tranquille. Je lui ai trouvé une certaine naïveté, presque rafraichissante.
Mary, en revanche, m’a immédiatement intrigué. Dès son apparition, quelque chose m’échappait chez elle. Et finalement, tout le roman repose sur cette question. Qui est réellement Mary ?
Le mystère plane du début à la fin et, plus j’avançais, plus les zones d’ombre s’épaississaient. J’ai tourné les pages sans interruption, impatient de comprendre et surtout d’élucider ce mystère.

Construit en quatre parties, le roman prend le temps d’installer son décor et son atmosphère. Une ambiance d’abord douce et intime, qui devient progressivement inquiétante, voire suffocante. Je me suis laissé entraîner aux côtés d’Alan, m’accrochant à chaque détail, jusqu’à ressentir moi aussi cette colère qui monte peu à peu.

Mary est un personnage fascinant, insaisissable, qui continue de laisser son empreinte même lorsqu’elle n’est plus là. Le récit nous entraîne alors dans les zones les plus sombres de l’âme humaine. J’ai aimé cette tension psychologique, cette façon de suggérer plutôt que de montrer.
Ici, pas de violence gratuite ni d’effets spectaculaires inutiles. Christian privilégie l’atmosphère, les silences, les émotions et les failles de ses personnages. Et c’est précisément ce qui m’a plu.

Un thriller psychologique subtil, captivant et profondément humain, qui m’a surpris et troublé.
Quant à la fin… je ne l’avais vraiment pas vue venir, et je l’ai beaucoup aimée.
Pour moi, une belle réussite que je vous conseille !

Un grand merci aux éditions Taurnada !!!
Quelle équipe de choc !

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Extraits :

« De la brume s’élève au-dessus du lac.
Un vol de canards sauvages fend le ciel.
Un bruit étouffé à chaque battement d’ailes : flap, flap.
Des buissons et des arbres flamboyants.
Le clapotis des flots sur la berge.
Mary danse devant moi.
Ses pieds nus frôlent les galets gris polis par les eaux.
Le soleil décline.
La silhouette à contre-jour laisse tomber ses escarpins tenus par la bride.
« Regarde comme c’est beau, me lance-t-elle en m’attrapant par la taille. N’oublie jamais que je t’aime, Alan Davidson. Ne l’oublie jamais quoi qu’il arrive ! »

« Je l’invite à s’asseoir. Elle retire ses lunettes et me tend la main.
« Moi c’est Mary, dit-elle en s’installant. Merci pour la chaise. » Ses yeux verts accrochent les miens. De fines ridules dessinent délicatement deux éventails à leurs extrémités quand elle sourit. « Vraiment, c’est cool, reprend-elle. Parce que je ne me voyais pas demander aux excités du bar… »

« Aujourd’hui je ne bosse pas. Mais les autres jours si… Je crains de ne pas être la bonne personne. Tu aurais plus de chance en rejoignant les excités au bar. »
Elle approche un doigt tendu dans ma direction.
« Ah non. C’est avec toi que je veux me balader. Elle appuie son index sur ma poitrine. J’imagine que tu ne bosses pas H24.
— Je débraye à 17 heures. Mais la nuit tombe tôt à cette époque.
— Ne te débine pas. Je profiterai de la plage en t’attendant. Banco pour 17 heures. »
Elle observe rêveusement les baigneurs en contre-bas. Son profil m’apparaît. Délicat, mélancolique.
« Si tu y tiens.
— Bien sûr que j’y tiens ! 17 heures devant ton musée. Sois à l’heure. Tu me parleras de ton roman. J’adore lire. Je veux tout savoir. »

« Notre histoire ressemblait à une partition romantique jouée par un mauvais orchestre. Une douce mélodie gâchée par des fausses notes.
Le drame arriva quelques jours après ma demande en mariage. La température remontait. Un ultime sursaut avant l’hiver. Mary lisait sur le canapé, je me préparais un sandwich avant de rejoindre le musée. »

« Tu vois le topo, Alan. Je te parle d’un monde qui n’est plus. Tu n’as pas connu cette époque. T’étais gosse. On travaillait sans qu’on nous mette des bâtons dans les roues. Ce camion roule à toute berzingue sans se soucier de ceux qui vivent là depuis toujours. Les repreneurs de la scierie se moquent de la sécurité et du bien-être des riverains. Ce qu’ils veulent c’est faire du fric. Les arbres les intéressent ; enfin, le pognon qu’ils représentent, le reste rien à foutre ! C’est comme ça que les choses fonctionnent aujourd’hui, Alan. On délocalise les productions dans des pays lointains pour de la main-d’œuvre low cost en se fichant des milliers d’emplois perdus. On vend sa petite boîte à des groupes financiers sans scrupules plutôt que de la transmettre à ses gosses… Monde de merde ! »

Christian Pernoud est l’auteur de plusieurs romans sous le pseudonyme de Chris Loseus.

Amoureux des grands espaces il vit dans les Alpes avec sa femme et ses enfants. Il se rend régulièrement aux états-unis pour être au plus proche de ses intrigues.

Il est l’auteur, notamment, de :

Nouvelle ère (2014),
3600 Prospect avenue (2015),
Chatsworth Creek (2016),
Résurrection (2017),
Phobia (collectif 2018),
Bill dangereuse innocence (2019),
Le voyage de Madison (2019),
Les parapluies noirs (2020),
La joggeuse (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/11/la-joggeuse/
Pour Nous (2024) est le premier publié sous son vrai nom, explorant une facette moins sombre de son genre de prédilection.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/02/pour-nous/
J’aimerai te dire (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/07/jaimerais-te-dire/

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Suspense

La fille de l’océan

de Alexis Aubenque
Broché – 6 juin 2019
Éditeur : Hugo Roman

Deux destins croisés, un terrible secret…
Au début de l’été, Jason Zimmer, enseigne de vaisseau des gardes-côtes du district de Santa Barbara, sauve in extremis de l’océan déchaîné une jeune femme. Vicky Lance, une chanteuse célèbre, connue pour ses frasques et sa vie dissolue. Mais Jason est persuadé que derrière cette image, se cache une personnalité bien plus complexe et touchante. Quels terribles secrets peut-elle bien cacher ?
De son côté, Keith Morrison, journaliste au Santa Barbara News, écrit des articles où il dresse le portrait de citoyens ordinaires. Il vient de porter son choix sur une mère de famille, danseuse dans un club privé. Le parcours exemplaire d’une femme modèle, farouchement déterminée à s’en sortir. Mais est-elle vraiment prête à tout ?
Enfin, un cadavre a été retrouvé dans la campagne environnante. Sandy Dawson, sergent au commissariat de la ville, est appelée sur place. La piste criminelle est aussitôt envisagée.

Alexis Aubenque fait partie des tout premiers auteurs que j’ai eu la chance de rencontrer sur les salons du livre. Dès notre première rencontre, quelque chose est passé. Un homme simple, chaleureux, qui aime discuter, rire et surtout raconter des histoires. Au fil des années, il est devenu pour moi un véritable conteur, et je me laisse embarquer avec plaisir dans chacun de ses récits.

Après ses romans de science-fiction, trop méconnus à mon goût, puis ses sagas River Falls, Nuits noires à Seattle, Jack Turner et bien d’autres, je retrouve ici Alexis dans un registre mêlant romance, suspense et feel-good. Cela faisait malheureusement quelques années que je n’avais pas pu lire l’un de ses récits… C’est fait !

Huit ans après La Fille de la plage, je retrouve avec bonheur Keith, Jason, Sandy et Nathan, toujours liés par cette amitié indéfectible et plus encore qui constitue le cœur du récit. Cette fois encore, j’ai plongé dans leur nouvelle aventure, passant de la légèreté au drame, de l’humour au doute, sans jamais perdre le fil.
Sous ses airs de lecture estivale, La Fille de l’océan aborde pourtant des sujets sérieux, déni de grossesse, manipulation familiale, mères isolées, célébrité et fragilité des apparences. Je me suis facilement mis à la place des personnages, en me demandant comment j’aurais moi-même réagi face à certaines situations.

J’ai retrouvé la plume fluide et addictive d’Alexis, ses chapitres courts, ses dialogues nombreux et cette construction qui donne énormément de rythme au récit. Chaque chapitre m’a permis de suivre un protagoniste différent et d’assembler progressivement les pièces d’un véritable puzzle.

J’ai particulièrement aimé retrouver cette bande d’amis, leurs personnalités, leurs valeurs et cette façon qu’ils ont de se soutenir malgré les épreuves. Et puis Alexis sait parfaitement jouer avec les contrastes. Il apporte de la légèreté aux moments graves et de la profondeur aux situations qui paraissent les plus légères. Santa Barbara, ses plages, ses corps de rêve, ses paillettes et ses fortunes offrent un décor de carte postale, mais derrière les apparences se cachent des personnages beaucoup plus profonds.

Tous vont prendre des risques, connaître la peur et parfois mettre leur vie en danger, au point de fragiliser cette amitié pourtant si solide. Les secrets se dévoilent peu à peu, les révélations s’enchaînent et l’enquête prend progressivement de l’ampleur. Une fois encore, Alexis Aubenque m’a offert un véritable page-turner. Je n’ai pas vu les pages défiler.

La Fille de l’océan a été pour moi une lecture captivante et profondément humaine, un délicieux cocktail de suspense, de romance, d’amitié et d’émotions.

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Extraits :

« — Merde, merde, merde ! jura Paul Pierson. Allez, rhabille-toi vite! Vite !
Réveillée en sursaut, Sandy n’y comprenait rien.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Ma femme arrive !
— Quelle femme ?
— Ma femme ! Je t’expliquerai tout, mais il faut que tu t’en ailles tout de suite !
L’homme était totalement paniqué. Il attrapa les vêtements de Sandy posés près du lit et les lui jeta au visage.
— Tu es marié ! »

« Méthodiquement, il scrutait l’obscurité quand il crut apercevoir une ombre flotter à quelques mètres de lui. L’air commençait à lui manquer mais, empli d’une étincelle d’espoir, il se mit à nager plus vite encore et, quelques secondes plus tard, il distinguait la forme d’un corps.
Ses poumons le faisaient terriblement souffrir, une intense brûlure à l’intérieur du thorax le dévorait, mais il refusait d’abandonner.
Le courant très puissant le poussait heureusement vers son but, et alors qu’il n’y croyait plus, il tendit la main en avant et attrapa un bras. Oubliant la douleur infernale qui lui broyait les poumons, il saisit le corps inerte sous les aisselles, le plaqua contre le sien et commença à remonter. »

« La jeune chanteuse était à demi-allongée dans son lit.
— Alors, c’est vous qui m’avez sauvée ?
Habituellement plutôt sûr de lui, Jason se sentait intimidé. C’était la première fois qu’il se trouvait face à une véritable star. Même s’il ne connaissait pas bien ses chansons, il avait entendu parler de la réputation de la jeune femme, et n’en était pas moins mal à l’aise.
— Il paraît.
— Le Docteur Montgomery m’a dit que vous aviez failli y rester.
— Je suis en vie, et vous aussi, c’est tout ce qui compte.
Vicky Lance eut un petit rire qui la fit tousser.
Jason s’avança un peu plus près du lit. Malgré la fatigue qui se lisait sur les traits de la chanteuse, elle était adorable. De longs cheveux bruns encadraient son visage angélique. »

« — Vous avez raison. La justice doit passer, mais j’étais tellement en colère. Je crois que je pourrais tuer si on s’attaquait à mon enfant.
— J’en ferais autant, mais justement, la police sert à éviter la loi du talion. La violence engendre la violence.
Si nos sociétés sont bâties sur des lois, ce n’est pas le fait du hasard. La vengeance ne mène à rien de bon. Dans la colère, personne n’est capable de juger objectivement et de rendre la bonne sentence pénale pour punir un coupable. »

Née le 23 décembre 1970, originaire de Montpellier. Alexis Aubenque, après une maîtrise en sciences économiques, décide de changer radicalement de cap, et se tourne vers l’écriture.

Passionné de littératures de genre, il devient libraire durant près de dix ans, tout en publiant des romans de science fiction, dont le diptyque « La chute des mondes » chez Pocket, ainsi que la nanologie « L’empire des étoiles » chez Fleuve Noir. Il se tourne ensuite vers le Thriller, où il publiera aux éditions Calmann-Levy la trilogie River Falls, dont le deuxième tome fut couronné par le Prix Polar de Cognac.

Il enchaîne en 2011 avec le premier tome des « Nuits Noires à Seattle », la suite délocalisée à l’Est de River Falls, mais aussi avec Canyon Creek, un « one shot » aux éditions du Toucan. Lauréat de prix prestigieux et traduit dans plusieurs pays, Alexis Aubenque dans son dernier roman, convie sur les plages ensoleillées de Santa Barbara une multitude de personnages attachants et savoureux dans une saga d’été qui mêle romance, amitié, mystère et rebondissements.

Lauréat du prestigieux Prix Polar du festival de Cognac pour Un Automne à River Falls, le deuxième épisode de la série des enquêtes de Mike Logan, Alexis est souvent dépeint comme le Harlan Coben français, pour son sens du suspens, la nervosité de son écriture et la force de ses personnages. Désormais, c’est chez Bragelonne Thriller que « le plus américain des auteurs français » publie sa série d’été.

Des larmes sur River Falls (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/17/des-larmes-sur-river-falls/

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Thriller

Dis, t’en souviendras-tu ?

de Janine Boissard
Broché – 8 mars 2018
Éditeur : Plon

Que se passe-t-il lorsque le poids des secrets est si lourd à porter ? Au cœur de la Provence, Aude tente de dénouer les fils de sa vie : qu’est-il arrivé à son mari ? Pourquoi ses souvenirs lui échappent ? Drames, mystères et affaires familiales se déploient dans le nouveau roman de Janine Boissard.

Aude a 23 ans, elle est l’épouse d’un parfumeur connu à Grasse. Et voilà que ce matin, elle se retrouve à l’hôpital, privée d’une partie de sa mémoire. Elle apprend qu’on l’a retrouvée, inanimée, sur un chemin désert. Non loin, la voiture de son mari, portières ouvertes, vide. Quel leur est-il arrivé ?
Avec l’aide d’un psychiatre, elle va tenter de recouvrer sa mémoire. Mais le veut-elle vraiment ? Avec le retour de ses souvenirs, ne devra-t-elle pas faire face à une redoutable vérité ?

Un suspense haletant et une belle histoire d’amour dans les paysages parfumés de la Haute Provence.

C’est le deuxième roman de Janine Boissard que je découvre, et je comprends un peu mieux pourquoi cette autrice touche autant de lecteurs. Avec Dis, t’en souviendras-tu ?, elle m’a offert une lecture captivante, portée par un suspense psychologique aussi délicat qu’émouvant. Dès les premières pages, je me suis profondément attaché à Aude. Victime d’une violente agression, elle se réveille amnésique, incapable de se souvenir des événements qui ont bouleversé sa vie. Plus troublant encore, son mari a disparu… et elle découvre qu’elle est enceinte.

J’ai vécu cette enquête à travers ses yeux, partagé entre l’envie de connaître la vérité et la peur de ce qu’elle pourrait retrouver au fond de sa mémoire. Chaque séance chez son psychiatre fait remonter des fragments de souvenirs, parfois flous, parfois terrifiants, comme les pièces d’un puzzle qu’il devient urgent de reconstituer. Peu à peu, l’image d’une existence idéale se fissure. Derrière la réussite de son mari, célèbre parfumeur, se cache un homme bien plus inquiétant qu’il n’y paraît. Les zones d’ombre de son passé, les secrets de famille et les silences trop longtemps entretenus donnent au récit une tension permanente.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’autrice aborde l’amnésie post-traumatique avec beaucoup de sensibilité. Mais ce roman va bien au-delà du simple thriller. Il parle aussi des liens familiaux, de l’amour maternel lorsqu’il devient possessif, des apparences que l’on préfère préserver et des blessures que l’on refuse de regarder en face. La plume de l’autrice est fluide, élégante et incroyablement immersive. Les chapitres s’enchaînent naturellement, si bien que je n’avais qu’une envie, tourner la page pour découvrir ce qui attendait Aude. J’ai également été touché par le regard profondément humain que Janine Boissard porte sur ses personnages. Aucun n’est totalement noir ou totalement lumineux, chacun porte son lot de regrets, de faiblesses et d’espoir.

Dis, t’en souviendras-tu ? est un roman où le mystère familial se mêle à une belle histoire de résilience et d’amour. Une lecture prenante, riche en émotions, que j’ai dévorée avec un immense plaisir.
Et une chose est certaine… ce ne sera pas mon dernier rendez-vous avec Janine.

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Extraits :

« Sur une feuille de papier pliée en quatre, cachée tout au fond de sa poche, elle a écrit ses nom et prénom : Aude Saint Georges, son âge, 23 ans, et son adresse à Grasse. « C’est complètement ridicule, lui a lancé sa mère, tu ferais mieux de prendre ta carte d’identité, comme tout le monde. » Mais imaginez qu’elle la perde ou qu’on la lui vole ? Et, de toute façon, quand on a vécu cette horreur, se retrouver un jour dans un endroit inconnu, attachée à un lit, perdue dans le brouillard, on se rassure comme on peut, ridicule ou pas. Et ce bout de papier qu’elle pouvait toucher à tout instant, la rassurait comme le minuscule clignotant d’un SOS. »

« À l’hôpital, on lui avait expliqué qu’il y avait différentes sortes de souvenirs. Par exemple les « souvenirs de souvenirs », ces moments, ces instants, bons ou mauvais, que l’on vous a si souvent racontés que vous êtes certain de les avoir vécus. Et, à ceux-là, tout le monde avait droit. Il y avait aussi ce qu’on appelait la « confabulation », dont étaient victimes ceux qui souffraient d’amnésie, qui se sentaient obligés d’inventer des choses sur leur passé pour tenter de combler les trous. Sur ce mur, pas de « confabulation », du réel, du costaud, auquel on pouvait se fier. »

« Elle a rêvé qu’elle errait nue dans une plaine glacée. D’une longue chemise de nuit qui l’enveloppait comme un linceul, d’une voix qui lui ordonnait « À genoux ! » et d’un mot qui s’imprimait partout :
« immaculée ». C’est fini, c’est fini. Pourquoi ne cesse-t-elle pas de se répéter ces deux mots, comme un mantra ? Qu’est-ce qui a pris fin ? Quel danger s’est éloigné ? Quelle menace dont elle peine à se souvenir ? »

« — Toujours d’après Irène, la petite aurait pensé à divorcer, a poursuivi Basile. Apparemment, elle n’en a pas eu la force.
« La petite »… Aude a revu la jeune femme aux boucles blondes et au visage diaphane sur la photo.
Pour la première fois, elle s’est demandé si Béatrice avait, avant elle, occupé la chambre « Topaze». La chemise de nuit de dentelle : la sienne ? Elle a frissonné.
— Comment est-elle morte ? a-t-elle murmuré.
— Une surdose de médocs.
— Tu veux dire qu’elle s’est suicidée ?
— On ne le saura jamais. Un matin, elle ne s’est pas réveillée. Je te laisse imaginer le désespoir de ses parents : leur unique enfant. »

Dès l’âge de 20 ans, Janine Boissard commence sa carrière d’écrivain sous le nom de Janine Oriano, son nom d’épouse.
Avec B comme Baptiste, elle est la première Française à publier dans la collection “Série Noire”. En 1977, la grande saga L’Esprit de famille, publiée cette fois sous son nom de jeune fille, la fait connaître du grand public. Parallèlement, elle écrit pour la télévision. Les chambardements dans la famille, les problèmes de couple et la place de la femme moderne dans le monde du travail sont les thèmes le plus souvent abordés par Janine Boissard dans ses romans. Parmi ses plus grands succès, on retiendra la saga de Belle-Grand-Mère ainsi que Une femme en blanc (Robert Laffont, 1996), suivis de Marie‑Tempête (Robert Laffont, 1998).

Mère de quatre enfants, Janine Boissard a publié une quarantaine de romans, notamment, parmi les plus récents,
Histoire d’amour (2004)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/22/histoire-damour/
Belle Arrière-Grand-Mère (Fayard, 2014),
Au plaisir d’aimer (Flammarion, 2015),
Une femme : le roman d’une vie (Flammarion, 2016),
Voulez‑vous partager ma maison ? (Fayard, 2016),
La Lanterne des morts (Fayard, 2017),
Dis, t’en souviendras-tu ? (Plon, 2018),
Les Quatre Filles du docteur Moreau (Fayard, 2018).

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Famille, Philosophique

La Passeuse d’histoires

de Sejal Badani
Broché – 9 septembre 2021
Éditeur : CHARLESTON

De l’Inde qui a vu naître ses parents, Jaya ne sait rien, ou presque. Mais alors que son corps semble lui refuser la maternité à laquelle elle aspire, Jaya ressent le besoin d’aller à la rencontre de ses origines.

Au cœur de la province du Madhya Pradesh l’attend Ravi, fidèle serviteur de sa grand-mère disparue et dépositaire de ses plus intimes secrets. Mariage arrangé, drames et amours impossibles… Jaya découvre, bouleversée, le destin tragique et hors du commun des deux générations de femmes qui l’ont précédée. C’est dans leur courage et leur résilience qu’elle puisera la force de trouver sa propre place dans le monde.

Loin des clichés d’une Inde de carte postale, Sejal Badani parvient à insuffler beauté et délicatesse au sein des tragédies les plus sombres.

« Une célébration de la littérature qui offre une voix à ceux qui en sont privés. »
New York Journal of Books

Je viens de terminer ce superbe roman le cœur lourd et la larme à l’œil…
Sejal Badani avec La Passeuse d’histoires m’a emporté avec son récit dans tout ce que j’aime. Un récit prenant et magnifique malgré les sujets qui s’enchainent tous plus graves les uns que les autres, mais à la fin, la vie, l’amour, la famille sont toujours là…

Tout a commencé par une couverture et un titre qui m’ont irrésistiblement attiré. Dès la première page, j’ai été happé par un récit d’une délicatesse rare, où les drames les plus profonds côtoient sans cesse l’amour, la famille et l’espoir. J’ai été emporté jusqu’au dernier mot transformant ma lecture en gros coup de cœur !

J’ai fait la connaissance de Jaya, une journaliste new-yorkaise d’origine indienne, bouleversée par trois fausses couches et un mariage qui s’effondre. Lorsqu’elle apprend que son grand-père maternel est mourant, elle décide de partir en Inde, sur les traces d’un passé qu’elle ignore presque totalement. Là-bas, Ravi, ancien serviteur et fidèle ami de sa grand-mère Amisha, lui ouvre les portes d’une mémoire longtemps enfouie. À travers sa voix naît une seconde histoire, celle d’Amisha, jeune fille mariée à quinze ans selon les traditions d’une Inde encore sous domination britannique.

J’ai été profondément touché par cette construction à plusieurs voix, qui fait dialoguer trois générations de femmes unies par les mêmes blessures, les mêmes rêves et une incroyable force de résilience. Amisha devient rapidement le cœur du roman, une femme privée de liberté, mais jamais de son imaginaire, elle trouve dans l’écriture un refuge et une manière de préserver son âme. Mais le personnage de Ravi est tout aussi magnifique. Intouchable dans une société régie par les castes, il incarne la fidélité, la gratitude et cette amitié inconditionnelle qui transcende les barrières sociales. Sa relation avec Amisha est d’une beauté bouleversante.

Sejal Badani dresse également un portrait fascinant de l’Inde d’autrefois, entre traditions ancestrales, domination coloniale, émergence de Gandhi et quête d’indépendance. Ce contexte historique enrichit le récit sans jamais étouffer l’émotion. La plume de l’autrice est élégante, sensible et profondément immersive. Chaque page semble rappeler que les histoires possèdent un pouvoir immense, celui de réparer les silences, de transmettre les mémoires et parfois même de changer une destinée.

La Passeuse d’histoires est un roman historique, une magnifique histoire d’amour et d’amitié, mais surtout un vibrant hommage aux femmes qui, malgré les interdits, ont trouvé dans les mots la plus belle des libertés.

Si vous ne l’avez pas lu, laissez-vous porter par cette merveille.
Elle a touché mon cœur… et je suis convaincu qu’elle saura toucher le vôtre.

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Extraits :

« VINGT POUR CENT DES FEMMES font un jour une fausse couche. Parmi elles, quatre-vingts pour cent perdent leur bébé au cours du premier trimestre de grossesse. Les risques sont de douze pour cent à trente ans – une probabilité qui augmente avec l’âge.
Je peux réciter par cœur ces statistiques, et bien d’autres encore. J’ai lu tout ce qui était à ma portée, dès le jour où on a décidé d’avoir un enfant.
C’était il y a cinq ans. Depuis, j’ai passé un nombre incalculable d’heures à la bibliothèque et sur Internet, dans l’espoir de trouver une nouvelle étude, un nouveau médicament, qui multiplierait mes chances d’arriver à terme. Mais peu importent mes lectures, j’en viens toujours à la même conclusion : certains bébés naissent, d’autres pas. »

« J’AVAIS CINQ ANS QUAND J’AI SUPPLIÉ ma mère de m’offrir un chien. La race ou la taille n’avaient aucune importance : je voulais juste avoir un compagnon qui soit bien à moi, à aimer et à câliner. Trois jours après ma requête, ma mère m’a fait la surprise : un chiot en laisse m’attendait à la maison. C’était le bonheur. Je l’emmenais partout et il dormait dans mon lit. Quelques mois plus tard, il s’est enfui et nous ne l’avons pas retrouvé. Assise sur mon lit, j’ai pleuré pendant des heures sous les yeux de ma mère qui demeurait silencieuse, dans l’embrasure de ma chambre. Je me suis finalement endormie, épuisée de chagrin. Ce n’est qu’au matin que j’ai compris que pendant la nuit, elle avait tiré la couverture sur moi et avait éteint la lumière. Jamais elle ne m’a adressé un mot à propos de cette douloureuse perte. »

« QUAND J’AVAIS SEPT ANS, j’ai voulu apprendre à faire du vélo. Ma mère m’en a acheté un avec des roulettes, mais je les ai enlevées. Mes pieds
atteignaient à peine les pédales. Chaque jour, je montais dessus et chaque jour, je tombais. L’une de ces chutes a été particulièrement brutale, et j’ai récolté dix points de suture au front. Alors, Maman a enfermé mon vélo dans le garage. Quand nous en avons discuté, elle m’a laissé le choix entre abandonner ou attendre de grandir un peu pour réessayer. J’ai refusé de l’écouter et j’ai ressorti le vélo du garage en cachette. Le jour suivant, je me cassais le bras et m’ouvrais la lèvre en dévalant une pente. Elle a immédiatement offert mon vélo à l’un de nos voisins.
Quand j’ai exigé de savoir pourquoi, elle m’a répondu : “Jaya, parfois, c’est mieux de laisser tomber les choses qui nous font mal.” »

« — J’ai quinze ans. Mon mariage a déjà été arrangé.
Neema jeta un œil à l’horloge, puis à la porte, évitant le regard d’Amisha. Cette dernière, qui avait été mariée à quinze ans elle aussi, savait que les filles pouvaient être offertes à tout âge. Certaines familles pauvres échangeaient leur nouveau-né contre un sac de riz. Dans certains villages, on n’attendait pas que les filles aient quinze ans. Amisha se demanda si ces traditions changeraient au fil du temps. Mais personne, pas même les Britanniques, n’avait été capable de modifier les choses jusqu’à présent. »

Sejal Badani est une ancienne avocate qui écrit aujourd’hui à plein temps. Quand elle n’écrit pas, elle aime lire et voyager, avec Bruce Springsteen, Beyonce et Ed Sheeran en fond sonore. Elle vit actuellement sur la West Coast avec sa famille et leurs deux chiens.
Ses ouvrages font partie des listes bestsellers du USA Today, du Washington Post, du Wall Street Journal et d’Amazon Charts.

Son deuxième roman, La Passeuse d’histoires, a déjà conquis plus d’un million de lecteurs dans le monde.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Poésie

La Dixième Muse

de Alexandra Koszelyk
Broché – 15 janvier 2021
Éditions : Aux Forges de Vulcain

Au cimetière du Père Lachaise, des racines ont engorgé les canalisations. Alors qu’il assiste aux travaux, Florent s’égare dans les allées silencieuses et découvre la tombe de Guillaume Apollinaire. En guise de souvenir, le jeune homme rapporte chez lui un mystérieux morceau de bois. Naît alors dans son cœur une passion dévorante pour le poète de la modernité. Entre rêveries, égarements et hallucinations vont défiler les muses du poète et les souvenirs d’une divinité oubliée : Florent doit-il accepter sa folie, ou croire en l’inconcevable ? Dans cet hommage à la poésie et à la nature, Alexandra Koszelyk nous entraîne dans une fable écologique, un conte gothique, une histoire d’amours. Et nous pose cette question : que reste-il de magique dans notre monde ?

La Dixième Muse est le troisième roman d’Alexandra Koszelyk que je découvre, et une fois encore, j’ai été profondément touché par la sensibilité de son écriture. À chaque lecture, je retrouve cette plume singulière, à la fois poétique, lumineuse et d’une remarquable finesse psychologique, elle manie la langue française avec une beaucoup d’élégance.

Tout commence lorsque Florent découvre par hasard la tombe de Guillaume Apollinaire. Cet instant fait basculer son existence. Des visions l’assaillent et le plongent dans la vie du poète, de ses amours, de ses amitiés et de ses blessures. Peu à peu, Florent se laisse envahir par cette présence mystérieuse, jusqu’à consacrer tout son temps à comprendre celui qu’il considèrera dès lors presque comme un frère d’âme.

J’ai aimé la construction du roman, qui multiplie les points de vue et fait revivre Apollinaire à travers ceux qui l’ont aimé, admiré ou accompagné, de Picasso à ses muses. Cette galerie de voix compose une fresque d’une grande richesse où la poésie dialogue régulièrement avec l’Histoire.
Mais Alexandra va beaucoup plus loin. Elle imagine une dixième muse, Gaia, incarnation de la nature, des arbres et du vivant. Cette présence discrète mais essentielle apporte une dimension presque mystique au récit et rappelle combien notre lien avec le monde naturel est précieux. J’ai été séduit par cette fiction audacieuse où le réel côtoie le rêve, où le fantastique s’invite avec délicatesse sans jamais rompre l’équilibre du récit. Chaque page semble flotter entre mémoire, imaginaire et contemplation.

L’autrice rend également un magnifique hommage à l’œuvre d’Apollinaire. Ses poèmes, ses amours, son parcours militaire et son amitié avec Pablo Picasso ou Henri Rousseau prennent ici une résonance nouvelle, portée par une écriture d’une rare musicalité.
L’épilogue m’a surpris autant qu’il m’a ému et il referme ce voyage avec une infinie douceur…

La Dixième Muse est bien plus qu’un roman. C’est une ode à la poésie, à l’amour, à la création et à la nature. Une lecture envoûtante qui invite à ralentir, à contempler et à accepter de se laisser porter par la beauté des mots. J’en ressors émerveillé, avec cette sensation d’avoir voyagé dans un monde où la littérature, la mémoire et le vivant ne ferait plus qu’un.

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Extraits :

« Alors seulement on la voit, on prend conscience de son éclat. Elle, la taiseuse qu’on délaisse ou abandonne, crie ses invisibles appeaux. C’est l’heure de sa revanche, de sa révélation. Il est des naissances qui mettent une vie à se réaliser, il lui aura fallu quelques millénaires pour appréhender qui elle était. Mais elle est bien là. La Nature vibre et apporte aux hommes son abondance. Chaque arbre de chaque rue de chaque pays sur chaque continent porte ses fruits, fier et triomphant, comme ces mères qui offrent leur sein à leur enfant. Ils attendent qu’on cueille leurs fruits juteux, et leurs branches, alourdies de ces réussites, tombent et forment au sol un tapis nourricier. Les hommes se penchent, acclament cette terre, mais maintiennent dans leurs yeux la surprise de ce spectacle en plein hiver. »

« L’année précédente, sans arrêter de travailler, j’avais obtenu mon agrégation d’allemand. Quand Louise et moi avions regardé les résultats, ma compagne avait été la première à exploser de joie, elle avait poussé un cri guttural, de soulagement, qui en disait long après cette année entre parenthèses.
C’était rare qu’elle manifeste ainsi ses émotions, elle était de ces personnes introverties qui mesurent chacune de leurs paroles. Au début de notre relation, cela m’avait interpellé – je pensais qu’il n’y avait que mon père pour être aussi fort à ce jeu-là, puis je m’y étais fait. »

« Au même moment, près de la cheminée, Pablo, en train de bourrer sa pipe, a relevé la tête. Henri a continué, en chuchotant presque :
« Il m’a fallu cinquante ans pour apprendre à dessiner comme un enfant. Crois-moi, un jour, notre talent sera compris. C’est pour cette raison que je veux vous immortaliser, Marie et toi. Le poète et sa muse, par-delà les temps. »
Pablo a plissé les yeux, Gui a soufflé, puis s’est mis
à rire.
« S’il n’y a que ça pour te faire plaisir ! Commençons demain ! »
Il m’a cherchée du regard, j’ai acquiescé d’un sourire. »

« Avant ton réveil, tu murmurais des paroles indistinctes. J’ai seulement compris “café de Flore”, répété plusieurs fois. Le garçon de café a dit aux pompiers que tu sortais de ce restaurant quand le vélo t’a percuté. Tu y as oublié quelque chose, tu veux que j’y aille ? »
Les idées s’entassaient dans ma tête sans réelle logique; dans mon esprit, je venais tout juste de quitter un atelier de peinture. À chaque inspiration, je sentais encore les effluves de gouache emplir mes narines, et dans mes oreilles résonnait la voix d’une Marie. »

« Un auteur n’est rien sans un texte, et un texte n’est rien sans un lecteur ; c’est lui qui le tire des abîmes, qui lui permet de métamorphoser l’encre noire et sèche en un univers luxuriant ; l’imaginaire du lecteur permet à ces êtres de papier de grandir, de prendre leur souffle, de faire leurs premiers pas balbutiants. C’est un nuancier-éventail qui tire ses couleurs de chaque page que le lecteur tourne, et plus il grandit, plus il prend de nouvelles teintes, propres à chacune des individualités qui le traversent. C’est le pouls du lecteur qui imprime aux personnages leurs battements de cœur, ce sont leurs yeux qui distillent dans l’iris des protagonistes la braise essentielle. »

Alexandra Koszelyk est née en 1976 à Caen. Ayant vécu dans son enfance dans une commune située près de Caen (Normandie), elle mène dans cette ville ses études secondaires et supérieures.
Aujourd’hui elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien, tout en se consacrant à l’écriture. Elle est lauréate de plusieurs prix comme le prix Vleel 2022, ou le Prix Totem des lycéens 2020.

Chez Alexandra Koszelyk, le surnaturel s’invite dans les grands et les petits drames de l’Histoire, avec des romans « sidérant de poésie et d’actualité ». Cette écrivaine a baigné dans la culture ukrainienne héritée de ses grands-parents, émigrés en France dans les années 1930 (venant de la région de Galicie).

C’est aussi une blogueuse littéraire.
Sur son blog “Bric à Book”, elle organise chaque semaine des ateliers d’écriture.

À crier dans les ruines, 2019.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/22/a-crier-dans-les-ruines/

La Dixième Muse, 2021

Le Sanctuaire d’Emona, 2022

L’Archiviste, 2022

Pages volées, 2024
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/03/pages-volees/

Amour, Émotion, Histoire, Suspense

Gravé dans le sable

de Michel Bussi
Broché – 15 juin 2017
Éditeur : Presses de la Cité

“Ce qui importait pour elle, c’est que Lucky ne soit pas mort comme un autre sur cette plage. Cette mort, il l’avait décidée, il l’avait voulue. Lucky n’avait pas fait la guerre, il avait joué.”

Quel est le prix d’une vie ?
Quand on s’appelle Lucky, qu’on a la chance du diable, alors peut-être la mort n’est-elle qu’un défi. Un jeu. Ils étaient cent quatre-vingt-huit soldats sur la péniche en ce jour de juin 1944. Et Lucky a misé sa vie contre une hypothétique fortune.
Alice, sa fiancée, sublime et résolue, n’a plus rien à perdre lorsque vingt ans plus tard, elle apprend l’incroyable pacte conclu par Lucky quelques heures avant le Débarquement.
De la Normandie aux Etats-Unis, elle se lance à la quête de la vérité et des témoins… au risque de réveiller les démons du passé.

2007, prix Sang d’encre de la ville de Vienne (Isère)
2008, prix littéraire du premier roman policier de la ville de Lens (Pas-de-Calais)
2008, prix littéraire lycéen de la ville de Caen
2008, prix Octave Mirbeau de la ville de Trévières
2008, prix des lecteurs Ancres noires de la ville du Havre

J’aime les romans où la grande Histoire se mêle au destin de personnages ordinaires. Avec Gravé dans le sable, Michel Bussi m’a offert exactement cela. Une aventure captivante qui prend naissance au cœur du Débarquement de 1944 avant de traverser les décennies et les continents.

Des plages ensanglantées d’Omaha Beach jusqu’aux rues de Washington, en passant par une Normandie rurale profondément attachante, je me suis laissé entraîner dans une intrigue où chaque détail semble avoir son importance. L’auteur joue avec le temps, les souvenirs et les destins croisés avec une remarquable maîtrise.

Très vite, j’ai cru avoir compris où il voulait m’emmener. À peine un tiers du roman parcouru, je pensais déjà tenir la clé de l’énigme. Mais c’était sans compter sur le talent de Michel Bussi, qui adore brouiller les pistes et renverser toutes les certitudes de son lecteur. À chaque révélation succède une nouvelle question, et l’histoire repart avec encore plus de force. J’ai particulièrement aimé cette façon de mêler fiction et contexte historique. Sans prétendre raconter la vérité, le roman s’appuie sur des événements bien réels et leur donne une dimension profondément humaine. On sent que derrière chaque page pourrait se cacher une histoire ayant réellement existé.

Les personnages m’ont beaucoup touché. Leurs blessures, leurs espoirs, leurs fidélités et leurs failles les rendent profondément attachants. Même ceux qui semblent les plus sombres ne se résument jamais à un simple rôle de méchant. Chacun possède sa part d’ombre, mais aussi sa vérité.

La plume de Michel Bussi est fluide, élégante et terriblement efficace. Les chapitres s’enchaînent avec naturel et rendent la lecture particulièrement addictive. Impossible de refermer le livre sans vouloir connaître la suite. J’ai également apprécié la touche de romantisme qui traverse discrètement le récit. Elle apporte beaucoup d’émotion sans jamais prendre le pas sur le suspense.

Au fil des pages, j’ai douté, espéré, changé plusieurs fois d’avis, réclamé justice pour certains personnages… avant de me laisser surprendre une dernière fois par un dénouement surprenant mais parfaitement maîtrisé.

Avec ce premier roman, publié à l’origine sous le titre Omaha Crimes, Michel Bussi démontrait déjà tout ce qui fera ensuite sa réputation. L’art de construire des intrigues redoutables et de faire vaciller nos certitudes jusqu’à la dernière page.

J’ai refermé ce livre avec la sensation d’avoir vécu une formidable aventure humaine, où les blessures du passé continuent de façonner les destins.
Un roman passionnant, émouvant et remarquablement construit, que je ne peux que vous recommander. Un très agréable moment de lecture.

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Extraits :

« La péniche ouvrit son ventre. Les cent quatre-vingt-huit rangers plongèrent dans l’eau froide puis se dispersèrent rapidement. Vus du haut de la Pointe-Guillaume, ils n’étaient guère plus grands que des fourmis sur une nappe froissée.
Difficiles à viser.
Lucky Marry parvint le premier sur la plage, à peine essoufflé. Il s’allongea dans le sable humide, protégé par un petit bloc de granit et la lourde caisse d’explosifs qu’il posa devant lui. Il entendit des bruits de pas rapides dans son dos et un souffle court. Ralph Finn se jeta lui aussi derrière l’abri de fortune.
Vivant ! »

« La Pointe-Guillaume se présentait comme un piton rocheux dominant la falaise normande, coiffé d’un blockhaus et hérissé de canons ; elle était considérée par les stratèges comme l’un des sites les plus importants de l’opération Overlord. Dans la péniche s’entassaient donc cent quatre-vingt-sept jeunes volontaires américains enthousiastes, pétant de santé à grimper et redescendre depuis un mois les falaises anglaises, facilement maintenant, ayant désormais la main ferme, sans vertige, bruyants le soir au bar, buvant et riant, fiers et confiants, en eux, en leur étoile, dans les étoiles de ce drapeau protecteur qu’ils devaient aller planter en haut de la Pointe-Guillaume. »

« Toute la journée du 6 juin 1944, Lison Munier et ses parents restèrent dans la cave de leur petite maison de pierre au centre de Château-le-Diable. Toute la jour-née, il était tombé des bombes. Lison, dans sa cave, avait la même sensation que les dimanches de pluie, quand elle était petite, quand elle n’avait pas le droit de sortir alors que tous les autres jouaient dehors. Le soir, on entendit les bombes s’éloigner, comme un orage qui passe. Lison, son père et sa mère sortirent regarder le ciel, juste devant chez eux. Ils étaient les premiers du village à s’aventurer dehors, ils avaient dû céder à l’impatience de Lison. »

« — Je suis le lieutenant Dean. Je dirigeais le commando rangers qui a mené l’assaut. J’ai reçu votre courrier. Je suis désolé, pour Lucky. Je comprends que vous soyez venue, je crois qu’il faut se rendre ici pour comprendre. De là-bas, des Etats-Unis, on ne peut pas imaginer, il faut venir ici sentir la mort et la poussière. Si vous en avez le courage, accompagnez-moi jusqu’à la plage, vous comprendrez encore mieux.
Alice monta dans la Jeep à côté du lieutenant.
— Je…
Alice hésita à utiliser le présent. Finalement, elle l’utilisa tout de même :
— Je n’arrive pas à croire à la mort de Lucky. »

Michel Bussi naît le 29 avril 1965 à Louviers. Dès ses 6 ans, il s’amuse à inventer des jeux de mots et des histoires. Plus tard, il dévore les romans policiers pour adolescents, comme Le Club des cinq ou Alice.

À 18 ans, il entame des études de géographie à l’université de Rouen et se spécialise dans la géographie électorale. Dans les années 1990, il devient lui-même professeur de géographie à l’université et dirige jusqu’en 2016 un laboratoire de recherche du CNRS. Éminent politologue, il est régulièrement sollicité par les médias.

Auteur polyvalent et ne se limite pas à l’écriture de polars. Passer du thriller au roman d’amour ne le dérange pas. Au contraire, en explorant d’autres formes d’écriture, que ce soit en BD ou à l’écran, l’auteur aime raconter d’autres histoires. Michel Bussi a notamment écrit N.E.O une quadrilogie pour adolescent qui décrit un monde au bord de l’implosion le jour où les adultes ont subitement disparu. L’auteur a également adapté certains de ses romans en BD, à l’instar de : Nymphéas Noirs (2019), Gravé dans le sable (2020) et Un avion sans elle (2021).

Les romans de Michel Bussi font chaque année parler d’eux. Un avion sans elle vend ainsi plus de 800 000 exemplaires en France et obtient les prix Maison de la Presse et celui du meilleur polar francophone en 2012. Ne lâche pas ma main est finaliste du grand prix de littérature policière, tandis que N’oublier jamais remporte le prix du talent littéraire normand en 2016. Maman a tort, Le temps est assassin et On la trouvait plutôt jolie sorti en 2017 continuent sur la même voie.

Amour, Émotion, Drame, Famille, Frisson horreur, Histoire vraie, Violence

Les Mutilées

de Vincent Villa
Broché – 9 juin 2026
Éditeur : auto-édition

Léa, sept ans, appelle soudain sa mère au secours dans l’eau de son bain en lui avouant l’horreur qu’elle subit : son père, Maxence, lui « gratte la zézette ». Pour Émilie, séparée de cet homme qu’elle a fui avec sa fille, débute alors un cauchemar au long cours. Indifférent à la souffrance de Léa, le système cogne sur Émilie autant qu’il caresse Maxence, s’acharnant sur la protectrice pour mieux protéger le violeur. L’amour maternel, l’arme des plus poignants combats, même les plus désespérés, lui permettra-t-il de sauver l’être le plus cher à ses yeux ?

Journaliste et auteur, Vincent Villa, déjà six thrillers dans son sillage créatif, signe là son premier roman noir, entre intrigue fictionnelle et réalité documentaire, sur le sujet révoltant des mères désenfantées.

Avant toute chose, je tenais à remercier Vincent Villa pour la confiance qu’il m’a accordée en me confiant la réalisation de la couverture de « Les Mutilées ». C’est un projet qui m’a profondément touché, mais je n’imaginais pas, en ouvrant ce livre, à quel point son contenu allait me bouleverser.
Durant ma lecture, j’ai eu beaucoup de mal à le considérer comme un simple roman tant le sujet abordé est grave, documenté et profondément humain. À chaque chapitre, j’ai senti le travail de recherche de l’auteur, sa volonté de comprendre avant de raconter, mais surtout de donner une voix à celles et ceux qui peinent parfois à être entendus.

Tout commence lorsque Léa, sept ans, révèle à sa mère, Émilie, les violences sexuelles qu’elle subirait lors des visites chez son père. Dès cet instant, la vie de cette mère bascule dans un combat dont elle ne mesure pas encore l’ampleur. Elle pense protéger son enfant. Elle va pourtant se retrouver confrontée à une mécanique judiciaire et institutionnelle qui la pousse progressivement dans ses retranchements. J’ai ressenti beaucoup de colère, des envies de tuer aussi, puis une immense détresse en suivant son parcours. Vincent ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Il montre, avec une grande sobriété, l’usure psychologique d’une femme qui s’effondre peu à peu sans jamais renoncer à défendre sa fille. L’écriture est incisive, rythmée, parfois presque poétique, mais cette beauté de la langue ne fait que renforcer la violence de ce qui est raconté. Le suspense, les rebondissements et la construction du récit rendent la lecture impossible à interrompre. J’avais constamment besoin de connaître la suite, tout en redoutant ce que j’allais découvrir.
Ce qui m’a le plus marqué reste cette réflexion sur la difficulté, pour certaines victimes, de faire entendre leur parole. Le roman met en scène des mécanismes institutionnels qui interrogent profondément et qui nourrissent une véritable réflexion sur la manière dont sont vécues certaines procédures judiciaires.

J’ai également été très sensible à la force du lien entre une mère et son enfant. Cet instinct de protection traverse tout le récit et donne à Émilie une puissance émotionnelle remarquable malgré son épuisement.

« Les Mutilées » est un roman noir, mais c’est aussi un texte profondément humain. Un livre qui dérange, qui secoue, qui révolte et qui pousse le lecteur à réfléchir bien au-delà de son intrigue.
J’ai refermé ce roman avec une émotion immense, le cœur lourd, mais convaincu d’avoir lu un ouvrage important.

Merci Vincent pour ta confiance. Je suis profondément fier d’avoir participé, à ma manière, à cette aventure…
Ton roman mérite d’être lu, partagé et discuté. Parce que certaines histoires dépassent la fiction et qu’elles nous obligent, tout simplement, à ne plus détourner le regard.

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Extraits :

« Elle assécha ces sanglots belliqueux d’un violent revers de manche. Ce n’était pas le moment d’abandonner à ses émotions la conduite, risquée, de ses actes, qui la propulseraient encore plus loin sur les chemins de l’illégalité. Une perspective assumée depuis qu’elle avait hâté l’heure de coincer leur existence dans quelques bagages, de la compresser, de la ratatiner, d’en emporter l’essentiel en réduisant le reste à une infinité d’insignifiances. Léa – de grands yeux sombres qui pataugeaient dans l’étendue sans fin de son chagrin – n’avait cure de ce sacrifice maternel orienté vers une quête ultime qui transcendait toutes les autres : apparier de nouveau le quotidien de sa fille avec l’allégresse, la légèreté, si du moins son trauma l’autorisait un jour à prétendre à ces douceurs que tout enfant de son âge devait revendiquer. »

« — Vous ne pouvez pas nier, maître, que les deux paroles s’opposent et que dans ces situations antagonistes, coutumièrement, il est compliqué de se forger un avis clair.
— Celui exprimé au printemps 2022 était le bon. Ma cliente avait été littéralement chassée par monsieur du domicile familial dans un climat très tendu, prémices de violences conjugales.
Bardés de douleur, les yeux d’Émilie lançaient des appels au secours silencieux, SOS écrits avec le cœur: la gifle, la gifle, la gifle!
— Y a-t-il eu un dépôt de plainte, à tout le moins de main courante, maître?
— Non, monsieur le juge.
— Très bien. Si chacun en a terminé avec ses arguments, l’audience est finie. Vous recevrez le délibéré dans un mois environ.
Sans aucun délai, Maxence tourna vers elle un visage dur fardé d’une assurance tranquille, comme habité par la certitude ostensible de triompher: ses pouces levés, provocateurs, célébraient déjà sa victoire écrasante. »

« — Tu veux te cacher à ton tour, Zoé ? demanda Jeanne en lui tendant un paquet de crocodiles, friandises molles, colorées et évidemment très sucrées, qu’elle avait largement contribué à décimer.
La question a priori inoffensive déclencha une rafale de pleurs ! La terreur soudaine, irrépressible, semblait ressusciter un trauma au sein du cerveau de Zoé, activer les zones les plus sensibles de sa mémoire !
Mylène jaillit et devança l’adulte inquiète pour prodiguer un réconfort morcelé en une étreinte et quelques bisous, baume tendre sur blessure à vif. La voix de Judith perça les pensées bouleversées de Jeanne, dans lesquelles s’entrechoquaient les échos d’une souffrance tenace.
— On dirait qu’elles se sont reconnues, jugea la nouvelle arrivante.
— Ce sont des sœurs de douleur… Elles doivent se reconstruire, à des degrés divers. D’où le surnom de l’endroit qui nous accueille, l’Atelier des cœurs brisés ?
Une lueur sombre traversa le regard clair de Judith, fila dans un ciel bleu bordé de mélancolie. »

« — Je sais que je prends le risque d’être sanctionnée pour ce que je dis. Mon avocate m’a mise en garde plusieurs fois. Parler doit être bien plus grave que violer, aux yeux des juges. D’après elle, quand un papa passe très bien avec son avocat qui sait parfaitement le défendre, c’est plus facile de se dire que c’est lui qui incarne la société française et pas l’hystérique en train de hurler qu’on lui vole son enfant, qui se répand dans la presse et sur les réseaux sociaux, fait des vidéos, écrit au ministre de la Justice puis au président de la République, ou encore à la première dame de France. Bref, qui ne sait plus quoi faire, alors qu’elle n’est pas une mère protectrice, mais une mère empêchée de protéger son enfant!
On ne me fera pas taire pour autant. Vous entendez ? On ne me fera pas taire ! Je n’accable pas ces mères qui font un compromis et acceptent ce qu’il se passe pour continuer à recevoir leur enfant chez elle, mais c’est au-dessus de mes forces, me concernant ! »

Spécialiste du ballon rond à France Football puis à L’Equipe, Vincent Villa est attiré par l’écriture romanesque depuis longtemps. Mais ce journaliste sportif attend 2017 pour enfin céder à ses envies de saisir la plume dans le but d’écrire des fictions plutôt que d’informer, même si les deux ne sont pas incompatibles. Depuis des années, les polars comme les thrillers accaparent ses moments de lecture et c’est à ce moment-là que s’engager sur le chemin de la littérature noire devient une lumineuse évidence à ses yeux.

Une année plus tard nait son tout premier roman, “Je mangerai ton cœur« . Tour à tour sombre, romantique, haletant, journalistique, ce thriller attire l’attention des défricheurs de talent chez France Loisirs. Fin 2019, il rejoint les nouveaux auteurs des “Editions du 123. » En 2020, ce titre est lauréat du prix du salon du livre du Pays Noir, à Charleroi.

Mais un second roman est déjà prêt, et édité à peine quelques mois plus tard. À travers “PARADICTION« , paru au printemps 2021, la plume devient davantage sombre et tortueuse, trempée dans le machiavélisme et l’obscurité des âmes. Son troisième thriller, « #JE SUIS LILLY« , renoue avec une thématique chère à cet écrivain sensible, les violence faites aux femmes, en même temps qu’avec la noirceur vengeresse et les rebonds macabres, en arrière-plan de l’insoutenable résignation pour un fait divers tragique : un meurtre, un féminicide.

Écrivain à la plume percutante et inspirée de questions sociétales ancrées dans l’actualité, Vincent Villa aime l’écheveau conflictuel de la conscience, aux confins de la moralité et des pulsions primaires, et les intrigues entrelacées libèrent la tension du dénouement, comme l’achèvement complexe d’un puzzle littéraire. Une manière de concevoir ses histoires récompensée en 2023 lorsque son quatrième ouvrage, “ADHaine« , remporte le prix des salons Loiret Crimes et Noires Sœurs.

Le suivant, « Le cimetière des enfants perdus« , lui permet pour la première fois de remettre en scène des personnages d’un livre précédent, « #JE SUIS LILLY« . Axé sur la pédocriminalité, ce nouveau roman dénonce ce fléau sans verser dans la glauque. Dans sa double volonté de divertir et de dénoncer, Vincent Villa cherche en permanence un équilibre très subtil à trouver, tant l’écriture est sans filet. Une volonté confirmée avec « ANIMAL LECTER« , son sixième thriller, consacré aux animaux, avant une incursion dans le roman noir. Sa nouveauté, en effet, porte sur le scandale des mères désenfantées et l’inceste : un cri du cœur et de colère poussé à travers « Les Mutilées« .

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Poésie

Stanislas

de Alain Cadéo
Broché – 18 juin 2026
Éditions : La Trace
Réédition.
Publié le 1er Janvier 1983 – Prix Marcel Pagnol

Stanislas est une longue méditation à travers les souvenirs d’un vieil homme à la fin de son existence, sur une île grecque et qui chante comme un adieu, un hymne à la vie, à ses amours d’antan, à ses joies comme à ses peines, avant de boire à la santé de la mort qu’il s’est choisie.

Il existe des livres qui arrivent jusqu’à nous avec une émotion particulière, comme s’ils avaient choisi leur moment. Stanislas est de ceux-là.

Je tiens d’abord à remercier très sincèrement Martine Cadéo pour cet envoi. À travers cette magnifique réédition, parue le 12 juin, date hautement symbolique du départ d’Alain Cadéo, les éditions La Trace poursuivent un travail admirable. Faire vivre une œuvre qui n’a rien perdu de sa lumière.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette écriture si singulière qui caractérise Alain Cadéo. Une langue qui ne cherche jamais à impressionner, mais qui respire, qui chante, qui caresse l’âme avec une infinie délicatesse. J’ai suivi Stanislas, soixante-quinze ans, retiré sur une île grecque, dans une maison blanche ouverte sur le vent, la mer et le silence. Là, loin du tumulte, il regarde sa vie défiler avec une lucidité désarmante. Les souvenirs reviennent sans nostalgie excessive, simplement parce qu’ils ont façonné l’homme qu’il est devenu. Les amours, les blessures, les absences, les joies… tout trouve naturellement sa place dans cette longue méditation où chaque mot semble pesé avec le cœur.

Au fil des pages, je ne lisais plus vraiment un roman. J’avais le sentiment d’écouter la confidence d’un homme arrivé au crépuscule de son existence, qui accepte le temps avec une sérénité bouleversante. La solitude n’y est jamais synonyme d’abandon. Elle devient un refuge, un espace de vérité où l’on apprend enfin à écouter le murmure du monde.
J’ai été profondément touché par la beauté de cette langue, par cette façon qu’avait Alain de transformer une simple pensée en émotion. Rien n’est démonstratif. Tout est suggestion, pudeur et humanité. Chaque phrase semble naître du souffle même de son personnage.

Puis il y a Carmino, ce jeune garçon qui lui apporte ses repas, les souvenirs de ses parents, de Maurice, Sophie, Blandine, Marika… Autant de présences qui composent une mosaïque de vie où chaque rencontre laisse une empreinte discrète mais essentielle. Alain ne raconte pas seulement une existence. Il peint des sensations, il sculpte le silence, il transforme les mots en lumière. Son écriture possède cette musicalité rare que je n’oublierai jamais.

Deux ans après sa disparition, sa voix demeure intacte. Car les écrivains capables de toucher aussi profondément le cœur de leurs lecteurs ne disparaissent jamais vraiment. Ils continuent de vivre dans chacune de leurs phrases. Stanislas est un roman d’une beauté paisible, profondément humain, qui invite à ralentir, à contempler et à remercier la vie pour ce qu’elle nous offre, même dans ses fragilités.

Merci Alain. Merci Martine, de faire vivre avec autant de fidélité l’œuvre d’Alain. Merci la vie…
Cette réédition est bien plus qu’une nouvelle publication, c’est un magnifique hommage à un écrivain qui, aujourd’hui encore, continue d’éclairer ses lecteurs de sa lumière si particulière.

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Extraits :

« La terre vibre comme à ses débuts, couverte de frissons, se préparant à quelque étrange soubresaut.
Les longues pierres blanches qui sortent de la mer montent en coulures lisses jusqu’aux premiers bosquets d’épineux. La maison est encore loin derrière, au-delà d’un quartier d’oliviers.
Sophie est la dernière femme qu’il m’a été donné de connaître. Depuis deux ans, et désormais jusqu’à la fin, je vis seul, dans cette demeure blanche dont les toits sont ronds… symbolique vivace, à six kilomètres du premier village. »

« Le Steinway est un long crocodile d’Afrique. C’est le seul instrument qu’ici je possède. Je le pousse au dehors sur la terrasse, certains soirs, face à la montagne, j’attaque sa paroi très abrupte, je la martèle d’accords. Elle se fige un moment dans une espèce d’attention puis elle se courbe ou se redresse; je lui imprime de secouantes caresses.
Ce piano fut probablement un des derniers grands plaisirs que nous nous sommes offerts. Il est venu, lorsque nous avons vendu notre maison au pays basque, remplacer l’orgue intransportable de grand-père Maurice. J’avais eu beaucoup de mal à me passer de musique, je voulais de plus que les enfants aient à leur disposition un moyen bien sonore de chanter leurs joies ou leurs chagrins. Ce piano fit office de dépotoir, nous y jetâmes toutes nos énergies et aussi nos colères. Il incitait nos plaintes. J’ai vu Thomas jouer des heures et j’ai entendu Cyprien, mon second fils, chanter la bouche près des cordes pour le mystère des harmoniques. Le soir, je leur racontais des histoires, accompagnant les mots de notes de musique et nous rêvions tous au milieu de la pièce, laissant la perfection d’étonnantes coïncidences faire glisser nos imaginations sur des paysages inconnus. »

« Le temps est une infâme tourbe. Les hommes le vivent comme une menace dont seule une fébrilité d’insecte peut freiner l’immanence ; ils en font un outil justificateur : agendas, plannings, horaires à respecter. »

« Dans la grande pièce sans meuble, mes imprécations résonnent et les sourires de ma fille me répondent doucement. Ce sont les seules photographies que je possède; je les ai fait développer, immenses : il y a sur le mur du fond des visages, des sourires, les siens à des âges différents : cinq ans, dix ans, vingt ans, quarante ans, quarante neuf ans. Cinq sourires. Dans chacun explose une douleur, douleur d’un demi-siècle… »

« Il est vrai que la vie est une infinité de détails s’imbriquant les uns les autres. Commencer à vieillir c’est peut-être simplement tendre un fil d’un événement à l’autre, c’est surtout renoncer à leur donner un sens. Seule la pauvreté d’esprit se cherche des justifications, on bourre sa misère d’explications infinies. »

Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Il est avant tout un passionné des autres, des humbles, ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.

Il nous a quittés en juin 2024.

Sa bibliographie complète est la suivante :

Les Voix de Brume (1982, nouvelles)
Stanislas (1983, roman)
La Corne de Dieu (1983, roman)
L’Océan vertical (1983, roman)
Le Mangeur de Peur (1984, roman)
Macadam Epitaphe (1986, texte)
Le Ciel au ventre (1993, texte)
Les Anges disparaissent (1998, roman)
Fin (1999, texte)
Et votre éternité sera la somme de vos rêves (2008, roman)
L’Ombre d’un doute (2008, théâtre)
Les Réveillés de l’ombre (2013, théâtre)
Zoé (2013, roman)
Chaque seconde est un murmure (2016, roman)
Des Mots de contrebande (Aux inconnus qui comme moi…) (2018, texte)
Comme un enfant qui joue tout seul (2019, roman)

Mayacumbra (2019, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/26/mayacumbra/

Lettres en Vie (2020, texte illustré)

Confessions (ou les spams d’une âme en peine) (2021, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/03/confessions-ou-les-spams-dune-ame-en-peine/

Arsenic et Eczéma (2022, théâtre)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/06/arsenic-et-eczema/

L’Homme qui veille dans la pierre (2022, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/09/08/lhomme-qui-veille-dans-la-pierre/

M (2023, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/08/m/

Billets de contrebande (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/03/04/billets-de-contrebande-inedits/

Le ciel au ventre (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/15/le-ciel-au-ventre/

Il y a quelque chose encore devant (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/29/il-y-a-quelque-chose-encore-devant/

Contes des petits mondes d’à coté (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/03/contes-des-petits-mondes-da-cote/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Polar, Thriller psychologique, Violence

Ce qu’ils nous ont pris

de Léa Morenn
Broché – 2 juillet 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Un policier brisé. Des enfants qui disparaissent. Un passé qui refuse de mourir.

Suspendu de ses fonctions, Eren Conti devrait ignorer l’enquête qui secoue Paris. Mais il ne peut rester insensible face à ces enlèvements qui lui rappellent son propre drame, cet été 1989 où tout a basculé. Pour lui, c’est une évidence : il se doit d’intervenir.
Plus il avance, et plus l’affaire se transforme en descente aux enfers. Harcelé par des appels anonymes, menacé par ses souvenirs, tiraillé entre sa famille et son obsession, il découvre que la vérité pourrait bien être plus terrifiante que le mensonge.

Un thriller psychologique addictif, qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page.

Il est des thrillers qui divertissent, et d’autres qui vous happent jusqu’à vous faire oublier le monde qui vous entoure. Ce qu’ils nous ont pris, de Léa Morenn, appartient sans hésiter à cette seconde catégorie.

Dès les premières pages, j’ai été entraîné dans une enquête oppressante où chaque détail semble avoir son importance. Impossible de lever les yeux du livre tant Léa maîtrise l’art de faire monter la tension.

Eren Conti, policier suspendu mais incapable de renoncer à sa quête de vérité, est un personnage qui m’a profondément marqué. Cabossé par la vie, rongé par ses blessures, il oscille sans cesse entre détermination et fragilité. Je me suis souvent surpris à partager ses doutes, ses colères et son obstination.

J’ai particulièrement apprécié la construction du récit. Les chapitres courts, les changements de point de vue et les allers-retours entre passé et présent créent un rythme redoutablement efficace. Chaque fin de chapitre donne envie d’aller plus loin, encore une page, puis une autre… Mais derrière l’enquête se cache avant tout une histoire profondément humaine. Léa aborde avec beaucoup de justesse le deuil, les traumatismes, la culpabilité et les blessures que le temps ne parvient pas toujours à refermer.

J’ai cru plusieurs fois deviner la vérité, avant de comprendre que l’autrice m’avait habilement conduit là où elle le souhaitait. Jusqu’aux dernières pages, elle manipule son lecteur avec une remarquable intelligence.
J’aurais aimé passer un peu plus de temps auprès de certains personnages tant ils sont crédibles et attachants. C’est sans doute le plus beau compliment que je puisse faire à ce roman, il sonne vrai…

Intense, bouleversant et terriblement addictif, Ce qu’ils nous ont pris est un thriller psychologique qui ne repose pas uniquement sur ses rebondissements, mais aussi sur la force de ses émotions. Et un grand bravo aussi pour les propositions musicales ! Je les ai toutes suivies au fur et à mesure… en étant à peine surpris de les connaitre pour la plupart !

Une très belle découverte qui me donne déjà envie de découvrir son prochain roman.

Un grand Merci aux Éditions Taurnada !!!
Une nouvelle “pépite” dans l’équipe… Vous êtres trop forts !

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Extraits :

« “Tu portes bien l’uniforme, mais tu ne peux pas effacer ce que tu as laissé derrière toi, Comment peux-tu oser chercher les enfants des autres après ce que tu as fait ?” Cet appel anonyme, de qui peut-il provenir ?
Tout reprendre à zéro, Analyser chaque élément. Ils ont forcément raté quelque chose, un indice qui est là, caché sous leurs yeux et qui les nargue. Treize mois d’enquête, trois enfants disparus et pas un seul suspect.
”Bonjour, monsieur Conti. M. Maillard est prêt à vous recevoir. Veuillez me suivre.” »

« “— Eren, je pense que c’est mieux que tu t’en ailles.”
Ça y est, je le vois dans son regard : mon ami n’est plus là, et le commissaire est de retour. Je comprends qu’insister n’arrangera rien. Il a déjà fait son choix et je m’en sortirai chanceux s’il n’appelle pas Leroy dès que j’aurai quitté son bureau.
Je finis par me diriger vers la porte et, tandis que j’abaisse la poignée, une main agrippe mon épaule. Je me retourne vers lui et il fait une chose qu’il n’avait jamais faite avant : il s’avance et, sans aucune hésitation, m’entoure de ses bras. J’ai même l’impression de l’entendre renifler. Et avant de me relâcher, il dit :
“Prends soin de toi. S’il te plaît.” »

« L’état second qu’offre la boisson m’a toujours été d’une grande aide. Les médecins, les traitements, mes proches, rien mi personne n’est jamais arrivé à me faire autant de bien que l’alcool. Je l’ai dit une fois à mon addictologue, et sa réaction a été radicale, sûrement la peur que ça me tue. Médicaments plus forts, surveillance renforcée, rendez-vous médicaux quotidiens. Après ça, je n’ai plus jamais dit à qui que ce soit ce que j’en pensais.
La vérité, c’est que l’alcool anesthésie mes pensées, mes souvenirs les plus sombres. Il endort la tristesse qui sommeille en moi depuis tant d’années. Et quelquefois même, quand j’étais dans des états vraiment graves, après plusieurs bouteilles, j’arrivais à voir mon frère. Mes cauchemars étaient toujours les mêmes… »

« Ça fait quelques années qu’on vient ici. Cet endroit, on l’a découvert grâce à notre copain François, qui nous y a emmenés pour la première fois quand il y avait la fête foraine. Maman était pas contente du tout quand on lui a raconté tout ce qu’on a découvert. Nous, on était persuadés qu’elle allait trouver ça génial.
Mais elle est inquiète en ce moment. Elle est persuadée que des mecs bizarres se promènent ici. Elle dit qu’on les appelle des “pédophiles”. Tout le monde en parle dans notre quartier. Apparemment, la petite-fille de la coiffeuse de maman s’est fait approcher par un homme très louche et elle est partie en courant. »

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Léa Morenn est une auteure française qui a toujours aimé l’écriture, et cela dès son plus jeune âge.

Fascinée par les mots depuis l’enfance, elle écrit pour sonder ce qu’il y a de plus sombre en nous.
Mêlant le suspense à l’émotion, elle tisse des thrillers psychologiques qui bousculent les certitudes et laissent une empreinte durable.

Le refuge de Nell est son premier roman. L’idée de cette histoire lui est venue en 2012 mais c’est seulement en 2018 qu’elle décide de l’écrire. C’est finalement en mars 2021 que le roman sera auto-édité et publié sur Amazon.