Roman

Pire que le mal

de Sylvain Forge
Poche – 9 mai 2018
Éditeur : Éditions Toucan

Quand des policiers viennent annoncer au docteur Benjamin Delmas que son frère Lucas a été retrouvé noyé dans un canal à Bangkok, il ne comprend pas tout de suite de quoi il s’agit. Il n’a pas vu Lucas depuis si longtemps. Il s’entendait mal avec ce frère rebelle, membre d’une organisation écologiste radicale et si prompt à voir des complots derrière tous les malheurs du monde. L’autopsie révèle pourtant que Lucas ne s’est pas noyé par accident. On l’a maintenu sous l’eau. Grâce à une étrange lettre cachée et en retrouvant certaines amies de son frère, Benjamin comprend que Lucas allait boucler une longue enquête. Il avait voyagé dans plusieurs pays d’Asie à la rencontre de paysans qui n’avaient qu’un seul point commun : ils avaient tous utilisé un pesticide surpuissant, le binarzole, fabriqué par la multinationale BGC. Mais à ce moment précis, il est déjà trop tard pour le docteur Delmas. Des hommes sont sur sa trace…

C’est le troisième roman de Sylvain Forge que je découvre, après Tension Extrême et Sauve-la, et ce, après avoir retrouvé un carton de livres “sauvés” après une inondation que j’ai subie il y quelques années !
Et une fois encore, il a réussi à m’embarquer bien au-delà d’un simple thriller. Ce livre m’a profondément marqué, car il brouille sans cesse la frontière entre la fiction et une réalité qui semble malheureusement très crédible.
Dès les premières pages, j’ai été happé par une intrigue solidement construite et portée par une écriture fluide, nerveuse et d’une grande efficacité. Le rythme ne faiblit jamais, mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’incroyable travail de documentation réalisé par l’auteur. On sent que rien n’a été laissé au hasard.

L’histoire débute avec la mort de Lucas, journaliste enquêtant sur un produit phytosanitaire extrêmement dangereux fabriqué par un géant de la pétrochimie. Son frère Benjamin, psychiatre, refuse de croire à un simple accident et reprend l’enquête. Aidé d’anciens militants écologistes, il va mettre au jour un système tentaculaire où se mêlent intérêts industriels, manipulations politiques et héritages troubles de la grande Histoire.

Au fil des pages, je me suis souvent demandé où s’arrêtait le roman et où commençait la réalité. Sylvain aborde avec une redoutable intelligence les dérives de l’agrochimie, les scandales sanitaires, le poids des multinationales et les conséquences dramatiques que subissent des populations entières, souvent dans le silence le plus absolu. Les personnages sont crédibles, profondément humains, et leurs combats résonnent avec une force particulière. Plus j’avançais, plus un sentiment d’inquiétude grandissait en moi. Ce roman fait réfléchir autant qu’il captive. J’ai également apprécié la manière dont l’auteur relie les événements contemporains à leurs racines historiques. Cette mise en perspective donne une profondeur supplémentaire au récit et renforce encore son réalisme.

Pire que le mal est un thriller engagé, passionnant et dérangeant, qui questionne notre monde sans jamais sacrifier le suspense. Une lecture aussi addictive que troublante, qui résonne comme une enquête d’investigation très documentée comme en témoignent les sources bibliographiques citées à la fin du livre.

Bravo, Sylvain, pour ce roman puissant qui m’a autant passionné que bousculé.

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Extraits :

« Il venait de vider sa bière et contemplait la courbe du fleuve Chao Phraya. La lune brasillait à la surface, les eaux avaient l’apparence d’une cuirasse d’écailles. Sur la rive opposée, on voyait les néons des hôtels Oriental et Shangri-La.
Il était le dernier client, tous les autres étaient partis. Pour se dégriser, il se rendit à pied jusqu’à son boui-boui, installé près du quartier rouge de Bangkok. Des touristes plein les rues, idéal pour se fondre dans la masse. D’habitude, il empruntait un tuk-tuk et faisait des détours avant de rejoindre ses pénates. Prudence et précaution, sa devise quand il partait seul à l’étranger. Mais pas ce soir. Demain il prendrait l’avion pour Paris. Fin du job, mission accomplie. Les documents avaient été expédiés par le canal habituel. »

« Deux types le prirent sous les bras et le traînèrent vers la salle de bains. Du sang lui brouillait la vue.
Le froid du carrelage, un goût de fer dans sa bouche. Nouveau coup de trique.
Rideau.
L’eau était glacée et ce fut comme si une décharge électrique le parcourait des pieds à la tête. Il voulait respirer, mais c’était impossible. Sa tête restait immergée. Il tenta de ruer, d’utiliser ses mains pour s’accrocher à quelque chose. Peine perdue.
Ils le tenaient bien fermement et tout son corps était incliné vers le bas.
Qu’est-ce que je fous dans ma baignoire ? »

« Jaya enclencha le micro, il parlait toujours en anglais :
— Je m’appelle Jaya Prade et je suis né à Vanitamar. Depuis une douzaine d’années, la société des plantations du Karsagod exploite les champs de noix de cajou qui entourent mon village. Les épandages de pesticides ont commencé à ce moment-là.
D’abord avec du DDT puis avec du Binarzole.
Il s’agit d’un insecticide qui s’attaque aux nuisibles de l’anacardier avant de se dégrader dans l’environnement, c’est du moins ce que racontent les industriels. »

« Benjamin,
Quand tu liras cette lettre, je serai mort.
Je te donne ces documents, car tu es la seule personne en qui j’ai confiance. J’espère que tu les liras, l’idée qu’ils disparaissent avec moi m’est insupportable.
J’ai consacré un bon tiers de ma vie à comprendre ce qui avait tué Marion et ce que j’ai découvert, je ne peux le garder pour moi seul. »

Originaire d’Auvergne, Sylvain Forge a beaucoup voyagé avant de s’installer à Nantes, depuis plusieurs années. Spécialisé sur les questions de sécurité dans le monde de l’entreprise, c’est aussi un amateur de théâtre d’improvisation et de jeu de rôles, qui a depuis longtemps le goût de raconter des histoires. Pour lui, l’écriture est apparue comme une suite naturelle.

Il a obtenu le prix 2018 du Quai des Orfèvres pour “Tension extrême” (plus de 135 000 exemplaires vendus à ce jour).

En 2020 il obtient avec “SAUVE-LA” (Fayard noir) le prix polar du meilleur roman francophone au festival de Cognac.

Également conférencier, Sylvain Forge présente dans les médiathèques et durant les salons littéraires une conférence en forme de « master class » intitulée :
« Les secrets de l’écriture cinématographique au secours du nouveau roman policier ».

Expert en cybersécurité, le magasine Usine Nouvelle l’a classé en janvier 2019 parmi les « 100 Français qui comptent dans la cybersécurité ».

Conférencier en dramaturgie, Sylvain Forge est notamment l’auteur de “Parasite” (Mazarine, 2019) et d’“Un parfum de soufre” (Prix Plume d’argent 2016 du thriller francophone). Il parvient à associer des recherches scientifiques fouillées à un sens aigu du suspense. Ses ouvrages ont déjà conquis plus de 200 000 lecteurs.

Son nouveau récit (jeunesse), « Le royaume du fleuve » est sorti en mai 2021 chez Michel Lafon.

Sauve-la
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/18/sauve-la/

Blog de l’auteur : sylvainforge.webnode.fr
Twitter : @sylvainforge
Facebook : sylvainforge – Auteur

Roman

À corps ouverts

de Nathalie Guyader
Broché – octobre 2018
Éditeur : Nouvelles Plumes chez France Loisirs

Julia Lemonnier, avocate pénaliste à Marseille, s’est fixé un principe : ne jamais défendre de narco-trafiquants, ces criminels qu’elle juge responsables de la mort de sa sœur, Cléo, décédée d’une overdose dans une boîte de nuit. Aussi est-elle très étonnée d’apprendre que Jorgi Garcia, emprisonné aux Baumettes, souhaite qu’elle devienne son avocate. Mais Jorgi a un argument de poids : des informations sur sa sœur… Avant même d’avoir donné sa réponse, Julia est victime d’une tentative d’intimidation, l’enjoignant à se tenir loin du trafiquant. Entraînée dans une spirale macabre, la jeune femme ira-t-elle au bout de sa quête de vérité ?

Je découvre Nathalie Guyader avec À corps ouverts, un roman qui m’a intrigué dès les premières pages. Son écriture est fluide, le récit se lit avec facilité et l’ensemble m’a offert un agréable moment de lecture. Pourtant, malgré toutes ses qualités, il m’a manqué cette petite étincelle qui transforme une très bonne lecture en véritable coup de cœur. Vers les deux tiers du roman, j’ai commencé à entrevoir la direction que prenait l’intrigue, ce qui a légèrement atténué l’effet de surprise.

L’histoire alterne entre deux époques. En 2018, Julia, avocate à Marseille, accepte de défendre un caïd des quartiers nord. En échange, il lui promet des révélations sur la mort de sa sœur Chloé, officiellement victime d’une overdose. Peu à peu, son enquête met au jour une vérité bien plus sombre que tout ce qu’elle imaginait. Éloi, son compagnon, ambulancier à Marseille, s’inquiète pour elle et lui demande de venir vivre chez lui. Mais en parallèle, je découvre le destin de Guaï, un enfant solitaire au début des années 1990. Fils d’un thanatopracteur aussi exigeant que brutal, il grandit dans une quête incessante de reconnaissance. Cette partie du roman m’a profondément touché. J’ai suivi son parcours avec beaucoup d’émotion, tant ses blessures, ses doutes et son évolution sonnent juste.

J’ai parfois eu l’impression de lire deux histoires distinctes, avant de comprendre avec plaisir la manière dont elles finissent par se rejoindre. Cette construction en alternance est maîtrisée et maintient constamment la curiosité du lecteur. J’ai également beaucoup apprécié les nombreuses informations consacrées à la thanatopraxie. Elles témoignent d’un important travail de recherche et apportent une véritable originalité au récit. L’autrice restitue aussi avec beaucoup de réalisme l’atmosphère de Marseille, de ses quartiers populaires aux Baumettes, offrant un décor vivant et crédible.

Au final, À corps ouverts est un roman solide, documenté et porté par des personnages attachants. Même si je ne me suis pas totalement laissé emporter comme je l’espérais, j’en retiens une lecture sensible, originale et profondément humaine. Un premier rendez-vous réussi avec Nathalie Guyader, qui me donne envie de découvrir ses autres romans.

Ce roman a reçu le prix des lecteurs France Loisir 2018.

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Extraits :

« Il ouvrit la chambre froide et fit coulisser le corps sur un chariot, puis le glissa jusqu’à la table réfrigérée. Un parfum de formol qu’il ne sentait plus se libéra dans la pièce.
La vue de ses traits abîmés, des paupières enfoncées, la couleur livide de son teint le firent tressaillir. Ce corps-là n’avait plus rien à voir avec la silhouette gracieuse qui figurait sur la photo punaisée au mur, près de lui.
Mais d’ici quelque temps, rien n’y paraîtrait plus. II en ferait quelque chose de divin. Avec ce nouveau corps, il toucherait non seulement à la perfection mais encore à la beauté éternelle. Ce serait l’accomplissement de plusieurs années de travail. Il s’était entraîné des heures durant, déployant patience et minutie, pour préparer ce moment qu’il attendait depuis des mois. À présent, il était prêt. Prêt pour le chef-d’œuvre de sa vie. »

« Les deux équipiers sautèrent dans l’ambulance qui démarra en trombe, tandis que le deux tons de la sirène résonnait dans la nuit profonde qui régnait sur la ville en partie endormie. Minuit. La circulation était moins dense qu’en journée, mais dans une ville de la taille de Marseille, un soir de la fête de la Musique, nombreux fêtards traînaient encore dans les rues et n’hésitaient pas à prendre leur véhicule, même alcoolisés. Sur ces routes incertaines, il était plus prudent de mettre la sirène. »

« Un tintamarre de cuivres hurla dans la chambre de Julia qui se réveilla d’un profond sommeil dans un sursaut de mauvaise humeur. Elle frappa le dessus de son radio-réveil qui affichait 6 h. Comme d’habitude, la nuit avait été trop courte et elle émergea de son lit, l’esprit encore engourdi, pour se diriger vers la douche, telle une somnambule, suivie de près par El gato, qui réclamait déjà ses croquettes en miaulant. »

« Cela faisait plusieurs jours que Julia ressassait les événements qui s’étaient produits récemment. Depuis la visite du messager de Jorgi Garcia et la réception de la demande de désignation de ce dernier, elle ne cessait de se poser des questions sur la suite à donner.
Elle avait besoin de comprendre pourquoi on avait tenté de l’intimider et qui était à l’origine de cet acte malveillant. »

Nathalie Guyader est titulaire d’un doctorat de Lettres Modernes de l’Université de Bretagne Occidentale (1997).

Elle a publié un extrait de sa thèse, consacrée à Romain Rolland et aux musiciens de son temps, aux éditions du CNRS.

Elle a été successivement journaliste et critique culturelle pour la presse régionale et différentes agences de communication, auteure de guides touristiques, puis rédactrice en chef de plusieurs journaux d’entreprise.

Elle a publié différents ouvrages à titre professionnel, et des articles, dans des domaines très variés : l’industrie, les secteurs associatif et institutionnel, la formation, le médico-social, la recherche, la musique, le tourisme.

En 2008, elle obtient un Master 2 Management des Ressources Humaines à l’Institut d’administration des entreprises de Bretagne Occidentale. Depuis, elle mène une carrière dans les ressources humaines.

À corps ouverts (2018), son premier roman, est récompensé par le prix des lecteurs France Loisirs 2018.

Roman

Une bête au paradis

de Cécile Coulon
Broché – 21 août 2019
Éditeur : Iconoclaste

La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance. Une bête au Paradis est le roman d’une lignée de femmes possédées par leur terre. Un huis clos fiévreux hanté par la folie, le désir et la liberté.

Après avoir découvert Le Visage de la nuit, il y a quelques semaines j’avais très envie de poursuivre ma rencontre avec l’univers de Cécile Coulon. Quand Corinne Tartare m’a proposé cette nouvelle lecture je n’ai pas pu y résister… Et pour la seconde fois, l’autrice m’a emporté dans un récit puissant, brut et profondément enraciné dans la terre.

Le Paradis est une exploitation agricole transmise de génération en génération. Derrière ce nom presque idyllique se cachent pourtant les drames, les blessures, les silences, les trahisons et les rancœurs. Mais c’est aussi un lieu où l’amour, la famille, le courage et l’attachement à la terre donnent un sens à chaque existence.

J’ai fait la connaissance d’Émilienne, une femme de caractère qui porte sa ferme à bout de bras et élève ses petits-enfants après un terrible drame. À ses côtés grandit Blanche, héritière de cet amour viscéral pour cette terre qui façonne les êtres autant qu’elle les emprisonne. Lorsqu’elle découvre les blessures de la trahison, une question s’impose peu à peu, jusqu’où peut-on aller pour défendre ce que l’on aime ?

J’ai été immédiatement séduit par la plume de Cécile. Son écriture est charnelle, directe, presque instinctive. En refermant les yeux, je pouvais voir les champs onduler sous le vent, entendre les animaux de la ferme, sentir l’odeur de la terre humide et partager le quotidien de cette famille. Pendant quelques heures, j’ai eu l’impression de vivre au Paradis avec les Émard.

Les chapitres courts, chacun porté par un verbe, donnent au récit un rythme singulier et renforcent encore la tension qui s’installe progressivement. L’autrice ne cherche jamais à en faire trop. Elle écrit avec une économie de mots qui rend chaque scène plus intense.
J’aurais aimé pourtant que certains personnages, notamment Gabriel, Aurore ou bien Louis, soient davantage développés. Leur profondeur m’a parfois semblé en retrait face à la puissance du récit.
Mais cela n’enlève rien à la force de ce roman. Cécile explore avec beaucoup de justesse le monde rural, la transmission, le désir, la violence des sentiments et cette relation presque sacrée entre l’homme et sa terre.
Au fil des pages, la douceur laisse progressivement place à une tension sourde, jusqu’à une vengeance aussi inévitable que glaçante.
J’ai refermé ce livre avec le sentiment d’avoir découvert une œuvre profondément humaine, où la beauté de la nature côtoie sans cesse la noirceur des hommes.

Une lecture intense, marquante et sans concession, que je vous recommande vivement.

Petit regret malgré tout… Je trouve que la couverture, même si elle est très belle, ne reflète absolument pas l’atmosphère du roman. Un détail, certes, mais qui me semble en décalage avec la puissance et la profondeur de cette magnifique histoire.

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Extraits :

« De chaque côté de la route étroite qui serpente entre des champs d’un vert épais, un vert d’orage et d’herbe, des fleurs, énormes, aux couleurs pâles, aux tiges vacillantes, des fleurs poussent en toute saison. Elles bordent ce ruban de goudron jusqu’au chemin où un pieu de bois surmonté d’un écriteau indique :
VOUS ÊTES ARRIVÉS AU PARADIS »

« Blanche et Alexandre firent l’amour pour la première fois pendant qu’on saignait le cochon dans la cour. Ils avaient fermé les fenêtres, sans tirer les rideaux. En bas, la fête battait son plein. L’animal gueulait comme un supplicié, les paysans voisins s’étaient rassemblés ; le sang dessinait de larges coquelicots sombres sur la terre battue. »

« À l’époque, Louis désertait le lycée, il travaillait en douce, retardant le moment de rentrer chez lui, une espèce de chalet au bord d’un étang rempli de vase plus que d’eau. Régulièrement, son père le dérouillait. Au début il cognait sans raison, simplement parce qu’il faisait partie des hommes dont les poings avaient remplacé la bouche, les coups les mots. Peu à peu, il avait trouvé des prétextes pour attaquer plus souvent et plus fort. »

« Au début, Émilienne s’était méfiée. Marianne avait l’air si fragile, si peu capable aux champs. Et son loulou alors, une asperge des faubourgs, au teint aussi pâle que ses yeux, les cheveux emmêlés qu’il ne peignait jamais, la voix plus douce que celle d’une femme. Étienne avait étudié, milité au sein des groupes de gauche à la faculté et enseigné quelques mois, avant d’admettre qu’il n’avait pas les épaules pour affronter ce qui se préparait dans « le grand monde». Il cherchait un lieu à sa mesure, où il ne se sentirait pas dépassé par autre chose que la fatigue du travail bien fait. »

« La poule tenta de se dégager mais Blanche la coinçait contre elle. Lorsqu’elle eut atteint le perron, elle supplia une dernière fois sa grand-mère du regard. Celle-ci l’ignora, attrapa l’animal par la tête et lui brisa le cou. La petite étouffa un cri. Quelque chose en elle mourut en même temps. Elle voulut se jeter par terre, pleurer sur ce tas de plumes cassé en deux, mais Emilienne l’attrapa avant qu’elle ait pu bouger, et elle planta ses yeux dans les siens en murmurant:
— Ne cogne plus jamais ton frère, tu m’entends, plus jamais. »

Romancière et poète, Cécile Coulon est l’autrice de Une bête au Paradis (Prix littéraire du Monde), Seule en sa demeure et La Langue des choses cachées, parus à L’Iconoclaste, qui ont conquis plus de 400 000 lecteurs. Elle a un don pour faire surgir la beauté là où personne ne l’attend.

Le visage de la nuit (2026)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/06/03/le-visage-de-la-nuit/

Roman

L’œil du témoin

de Carole Martinez
Poche – 6 novembre 2025
Éditions : Rageot Éditeur

C’est l’été, tout est calme, il fait beau. Mais depuis la fenêtre de sa chambre, avec son télescope Noé assiste à un crime : Marguerite, la bibliothécaire, est étranglée sous ses yeux. Vague, sa jeune voisine, a elle aussi aperçu le coupable s’enfuyant dans la montagne. Qui en voulait à l’aimable bibliothécaire ? Commence alors pour les deux adolescents une course contre la montre : au mépris du danger, ils se lancent sur les traces de l’étrangleur… Un formidable roman sur le don d’observation et d’analyse sur ce que l’on voit, ce que l’on ne voit pas et ce que l’on croit voir, où les regards se croisent et savent plus ou moins se déchiffrer… Carole Martinez propose une intrigue singulière dans laquelle les chefs-d’œuvre de la littérature trouvent une place de choix.

Retrouver la plume de Carole Martinez est toujours un moment privilégié, mais avec L’Œil du témoin, j’ai découvert une autre facette de son univers, destinée à un public plus jeune, mais qui n’en demeure pas moins d’une remarquable richesse. J’ai pris un immense plaisir à suivre cette intrigue aussi accessible qu’intelligente, où l’émotion, l’humour et le suspense se mêlent avec une étonnante justesse.

Dès les premières pages, je me suis attaché à Noé, un adolescent privé de vacances, dont l’été prend un tournant inattendu lorsqu’il assiste, avec une jeune fille qu’il surnomme Vague, à une scène aussi brutale qu’incompréhensible. Tous deux deviennent les témoins d’un crime qui va bouleverser la tranquillité apparente de leur petit village vosgien.

Très vite, je me suis laissé entraîner dans cette enquête où chaque indice soulève de nouvelles questions. Les fausses pistes se multiplient, les secrets enfouis remontent peu à peu à la surface, et l’on découvre, derrière les façades familières, un monde d’adultes parfois complexe, passionné et douloureux.
J’ai particulièrement aimé la galerie de personnages imaginée par Carole Martinez. Mention spéciale à la grand-mère de Noé et à sa bande, absolument irrésistibles, qui apportent au récit une touche d’humour et de tendresse bienvenue au cœur d’une intrigue plus sombre.

Ce qui m’a une nouvelle fois séduit, c’est la qualité de l’écriture. Même dans un roman jeunesse, Carole Martinez déploie une langue élégante, précise et évocatrice. Dès les premières lignes, elle parvient à créer des images fortes et à installer une atmosphère qui m’a captivé jusqu’à la dernière page.
Au-delà de l’enquête policière, j’ai retrouvé de magnifiques thèmes comme l’amitié, la confiance, les liens entre les générations et cette période si particulière où l’on quitte peu à peu l’enfance pour regarder le monde autrement.

L’Œil du témoin est un polar jeunesse d’une grande intelligence, capable de séduire aussi bien les adolescents que les adultes. Un roman généreux, plein de vie, de sensibilité et de rebondissements, qui donne envie de tourner les pages sans jamais s’arrêter. Une très belle porte d’entrée dans l’univers de Carole Martinez… et une lecture que je recommande chaleureusement.

Extraits :

« 17 h 15. J’étais dans les temps. J’avais même pris un peu d’avance sur mon programme. Il ne me restait plus qu’à attendre derrière ma porte fermée à double tour le retour de mes parents.
J’avais entassé dans ma chambre de quoi soutenir un siège. Un vrai camp retranché. Je comptais bien y rester enfermé tout l’été. Un vieux réchaud à gaz trônait sur mon bureau à côté de mon couteau suisse, d’une dizaine de bouteilles d’eau, de paquets de chips et de piles de boîtes de conserve piquées dans le garde-manger.
J’ai installé mon télescope à la fenêtre et je l’ai braqué sur le village. »

« Mon père ne sait pas regarder droit, c’est un problème. Il fixe toujours un point imaginaire placé juste au-dessus de la tête de son interlocuteur. Qu’on se déplace, qu’on se hausse sur la pointe des pieds ou qu’on se mette face à son regard, dès qu’on lui parle, ses yeux se repositionnent automatiquement trop haut. »

« Soudain, le sourire de Vague s’est éclipsé. Il y a eu comme un remous dans son œil, la belle eau claire bordée d’écume s’est brutalement assombrie et la pupille a paru un instant inonder l’iris. Elle fixait le haut du pré. J’ai braqué ma lunette sur l’objet de son regard.
À l’œil nu, elle pouvait à peine distinguer la femme qui courait à flanc de montagne, mais moi, grâce à ma lunette, je ne voyais qu’elle. J’ai aussitôt reconnu Marguerite, la bibliothécaire. »

« On avait assassiné Marguerite. On avait éteint ces yeux immenses que ses éternelles lunettes argentées ne parvenaient pas à encercler entièrement. C’était comme si une bibliothèque avait brûlé, comme si on avait bâillonné tous les livres. C’était la fin des lectures à voix haute. Les livres étaient orphelins, et moi je pleurais de fureur et d’impuissance d’avoir assisté sans bouger à cet assassinat. Je pleurais pour tous les livres maintenant sans voix. »

« Cette nuit-là, j’ai fait un drôle de rêve.
Vague courait dans un champ couvert d’énormes champignons multicolores. Des livres géants voletaient en essaim autour d’elle en agitant leurs pages et le car bleu plein à craquer de soleils hilares la prenait en chasse.
À bout de souffle, elle atteignait un gros château de sable à moitié détruit par la mer dans lequel elle entrait juste avant que le pont-levis ne se referme, puis elle s’engouffrait dans un escalier en colimaçon tapissé de petits coquillages fluorescents. »

Née en novembre 1966 à Créhange, Carole Martinez est romancière et professeure de français. Elle a notamment signé Le Cœur cousu (2007), auréolé de nombreux prix, et Du domaine des murmures, couronné par le Prix Goncourt des Lycéens en 2011. En 2015, elle publie La terre qui penche (Gallimard). Tentée par la littérature jeunesse – elle est l’auteure de Le Cri du livre, en 1998 – Carole Martinez se lance pour la première fois dans la bande dessinée en scénarisant Bouche d’ombre pour Maud Begon. Deux albums sont parus chez Casterman en 2014 et 2015.

Le Cœur cousu (2007)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/19/le-coeur-cousu/

Du domaine des murmures (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/12/10/du-domaine-des-murmures/

La Terre qui penche (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/10/la-terre-qui-penche/

Les roses fauves (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/13/les-roses-fauves/

Dors ton sommeil de brute (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/14/dors-ton-sommeil-de-brute/

Roman

L’Orfèvre de Central Park

de Nathalie Brunal
Broché – décembre 2024
Éditeur : Belles Feuilles

Une femme enceinte est découverte assassinée dans Central Park. Maria Ramirez et Bob Santini, chargés de l’enquête, peinent à la résoudre. Les prémices de l’investigation les mèneront dans un centre maternel dans lequel exerce Maxwell Hubson.

Il est marié depuis peu à Élise qui se rend compte qu’elle a épousé un inconnu possédant plusieurs facettes. Elle suivra les traces du passé de son mari afin de démêler le vrai du faux. Que découvrira-t-elle ?

Lorsque deux autres crimes s’ajoutent au premier, les enquêteurs savent que le temps joue contre eux. Le mystère sera-t-il résolu avant que le tueur récidive ?

Retrouver un roman de Nathalie Brunal est toujours pour moi un plaisir renouvelé.
J’aime sa capacité à changer d’univers avec aisance, feel-good, roman historique, romances de Noël… elle a déjà exploré bien des territoires. Mais avec L’Orfèvre de Central Park, je dois dire qu’elle m’a complètement surpris. Cette fois, elle pousse la porte du polar et du thriller… et quelle entrée !

Dès les premières pages, je fais la connaissance d’Élise, une jeune institutrice récemment mariée à Maxwell, médecin dans un hôpital. Leur histoire est née d’un véritable coup de foudre et tout semble les conduire vers un bonheur simple et évident. Pourtant, au fil du temps, quelques remarques maladroites, quelques silences étranges viennent fissurer cette harmonie. Élise se rend compte qu’elle connaît peut-être moins son mari qu’elle ne l’imaginait. Mais heureusement, ils s’aiment et arrivent à mettre de coté leurs disputes ou les rancœurs passées.

Pendant ce temps, l’horreur s’installe à New York. Un tueur s’attaque à des femmes enceintes, les étrangle puis leur ouvre le ventre afin d’extraire leur bébé avant d’abandonner les corps dans Central Park. L’atmosphère devient rapidement oppressante. Deux inspecteurs, Maria, elle-même enceinte, et Bob, se lancent dans une enquête haletante. Une véritable course contre la montre commence pour éviter de nouveaux crimes. Mais malgré la vigilance des futures mères et les efforts de la police, le meurtrier semble toujours avoir un coup d’avance. Les investigations mènent finalement les enquêteurs vers un centre maternel. Hasard ou coïncidence ? C’est celui où exerce Maxwell ! Troublée par de nouvelles réactions de son mari, Élise décide alors de fouiller dans son passé.

Très vite, Nathalie nous aiguille sur l’identité du meurtrier. Pourtant, ce n’est pas seulement l’identité du tueur qui fait la force du roman, mais la manière dont l’histoire est construite. Les “pourquoi ?” et les “comment en arrive-t-on là ?” affluent dans mon esprit, et je me retrouve plongé dans la psychologie du criminel. Les pièces du puzzle s’assemblent, les réponses apparaissent au fil des pages qui défilent à toute vitesse. Impossible pour moi de refermer le livre avant la fin.

L’écriture est addictive, fluide, nerveuse, oserai-je dire fascinante même ? En tous cas redoutablement efficace… Nathalie Brunal signe ici un véritable page-turner. Elle nous entraîne au plus près des tourments d’un esprit dérangé et explore la frontière trouble entre humanité et monstruosité. Les personnages sont solides, l’intrigue sort des sentiers battus et l’ensemble ne laisse pas indifférent. Un thriller sombre, dérangeant, parfois violent, âmes sensibles, soyez prévenues…

Pour ma part, je salue ce virage littéraire audacieux et parfaitement réussi.
Bravo Nathalie !

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Extraits :

« La vie nous dicte souvent notre conduite et nous réserve de nombreuses surprises, tantôt bonnes, tantôt mauvaises.
Nous nous soumettons et plions par faiblesse, cependant chacun demeure libre de ses choix. La fatalité n’existe pas et même si les rencontres se réalisent au hasard, les êtres ayant le même vécu s’attirent tels des aimants. Inconsciemment, ils se sentent investis d’une mission : celle de panser les plaies de celui ayant souffert. Entrer sur le chemin de l’autre se fait-il dans un but précis? Parfois, ces personnes ne font que passer, parfois elles s’attardent davantage et de précieux liens se créent. C’est ce qui se passe pour Élise et Maxwell lorsque leurs yeux s’attirent et que leur regard fusionne. Les âmes de ces deux êtres que la vie n’a pas épargnés se reconnaissent et laissent le destin les mener par le bout du nez. »

« Ils se croisèrent à plusieurs reprises dans une supérette de quartier. La première fois, ils s’étaient ignorés. Les fois suivantes, à force d’apercevoir le même visage, ils avaient esquissé un pâle sourire. Et puis, le destin, qui avait décidé qu’il fallait leur donner un petit coup de pouce, prit les choses en main. Un jour, perdue dans ses pensées, la main d’Élise frôla celle de Maxwell. Ayant envie d’un avocat pour le dîner, elle avait porté son choix sur le même que lui. Embarrassée, elle avait prestement ôté sa main en bégayant une excuse. Elle était suffisamment proche de lui pour se noyer dans le bleu de ses yeux. Les bruits alentour avaient disparu tandis qu’elle se perdait très loin dans ses songes. Une voix masculine l’avait abruptement ramenée sur terre. »

« – Nous n’avons pas encore identifié la victime. Elle a été étranglée et l’heure du décès se situe aux environs d’une heure du matin.
– La meilleure heure pour les crimes. Donc, étranglée ?
– Vous deviez vous en douter au vu de la couleur de sa peau. Les veines jugulaires ont été comprimées et la mort par asphyxie s’est ensuivie. L’incision sur le ventre de la jeune femme a été pratiquée post mortem et heureusement.
Le fœtus mort a été déposé près de sa mère. L’étranglement puis le décès ont provoqué l’arrêt du cœur qui ne faisait plus office de pompe. Il n’irriguait plus le cerveau ni le placenta. Quand l’enfant a été extrait de l’utérus, il avait déjà rejoint sa mère dans l’au-delà. »

« Son démon le réveilla alors que depuis dix jours, terré dans son antre, il l’avait laissé en paix. Ce soir, il réclamait son dû. La colère grondait en lui et la seule façon de l’apaiser était de le satisfaire. Il se leva, s’habilla à la hâte et quitta la chambre sur la pointe des pieds. Il longea le mur du couloir en évitant les lumières du hall et se retrouva dans les jardins de l’hôtel. La nuit était chaude et sentait les embruns. Alors qu’il arpentait une allée, il aperçut une jeune femme assise sur un banc, qui pleurait. Quand il s’approcha, il la reconnut immédiatement. C’était celle de la plage, celle qui affichait ignoblement son ventre rebondi et son bonheur de devenir prochainement mère. Elle était là, semblant l’attendre. La bête lui offrait sa victime sur un plateau d’argent. Dans quelques instants, elle le remercierait de faire couler la sève rouge et chaude. »

Nathalie Brunal a 43 ans quand elle se lance le défi fou d’écrire son premier roman. “Dévoreuse” de livres depuis sa plus tendre enfance, elle est passée de l’autre côté du miroir pour à son tour, faire voyager les lecteurs. Lisant de tout depuis qu’elle sait lire avec une préférence pour les romans qui font découvrir de nouveaux horizons, elle a découvert le “feel-good” tout à fait par hasard. Il l’a inspirée pour l’écriture de son premier roman publié en juin 2017. “Une tragique fête des fraises” est drôle, frais et rempli d’humour. Son héroïne Anna est une Bridget Jones à la française. Avec son compagnon Roger, ils vont vivre des aventures rocambolesques. Vous pouvez les retrouver dans les autres tomes “Le défile des glaces”, “Un bouquet sans mariée”, “L’Hydromel Hindou” et “D’une pierre… Deux coups”. Ils sont regroupés dans L’intégrale Anna et Roger.

Deux nouvelles héroïnes vous attendent dans “Vacances en terre inconnue”, sourire garanti en leur compagnie.

N’hésitez pas à vous procurer “Les tribulations d’Hortense”. Douceur, humour et amour s’y mêlent pour un agréable moment de lecture en compagnie d’Hortense et de sa tata “brut de décoffrage”. D’ailleurs, vous avez tellement aimé ce duo hors du commun que vous avez réclamé d’autres tomes à l’auteur qui s’est pliée à vos exigences avec plaisir. Vous pouvez donc les retrouver dans “Les Amours tourmentées d’Hortense” et “Le Noël explosif d’Hortense”. Hortense s’est même offert une scène puisque vous pouvez la retrouver dans un vaudeville saupoudré d’humour, de rires et de quiproquos. « Le coup de théâtre d’Hortense » vous permettra de vous évader en ces temps difficiles.

“Quand Cupidon s’en est mêlé…”, une romance feelgood où se mêlent amour, surprises et un soupçon d’humour vous entraînera dans les rues de la Butte Montmartre.

Un Noël saupoudré d’espoir (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/12/24/un-noel-saupoudre-despoir/

Le défi d’Apolline (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/06/09/le-defi-dapolline/

Apolline, un avenir incertain (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/20/apolline-un-avenir-incertain/

Les tribulations d’Hortense (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/28/les-tribulations-dhortense/

Les Amours tourmentées d’Hortense (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/30/les-amours-tourmentees-dhortense/

Lisbeth, au cœur du combat (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/02/09/lisbeth-au-coeur-du-combat/

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Drame, Histoire, Polar historique, Roman, Sciences, Suspense

Le Bureau des affaires occultes

de Éric Fouassier
Broché – 28 avril 2021
Éditeur : Albin Michel

Prix Maison de la Presse 2021

Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.
Valentin Verne, jeune inspecteur du service des moeurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges susceptible de déstabiliser le régime.
Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.
Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?
Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?
Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

Dans la lignée des grands détectives de l’Histoire, de Vidocq à Lecoq en passant par Nicolas le Floch, un nouveau héros est né.
« Un roman policier addictif » Biblioteca

« LE roman historique de l’année. Vous ne le lâcherez pas. »
Gérard Collard Le magazine de la santé

Dès les premières pages du Bureau des affaires occultes, j’ai retrouvé ce que j’aime dans un bon polar. Des flics intègres, d’autres beaucoup moins, et cette frontière trouble entre le bien et le mal qui ne cesse de vaciller.
Éric Fouassier nous plonge ici dans le Paris du XIXᵉ siècle, entre calèches, hauts-de-forme et balbutiements scientifiques. L’atmosphère est remarquablement rendue, dense, presque palpable. Les personnages historiques et les nombreux détails d’époque donnent au récit une authenticité précieuse.

Ce roman est à la fois le croisement de plusieurs enquêtes… et bien davantage.
C’est le passé terrible d’un enfant séquestré par un monstre, un assassin dévoyé surnommé « le Vicaire ».
C’est aussi le Paris des découvertes, des sciences occultes, des salons, des intrigues politiques et des figures publiques.
Et au cœur de ce labyrinthe, il y a Valentin Verne.

Je me suis immédiatement attaché à ce jeune inspecteur du service des mœurs, élégant, perspicace, différent. Un homme marqué par ses tourments, méfiant, solitaire, qui se tient à distance des autres autant par prudence que par douleur. Sa rencontre avec Vidocq — oui, le Vidocq — est l’une des belles surprises du roman et apporte une saveur particulière à l’enquête. Valentin est un personnage complexe, fascinant, parfois inquiétant. Ses connaissances en médecine et en chimie lui permettent d’affronter des crimes d’un genre nouveau, utilisant les avancées scientifiques les plus récentes. Obsédé par la traque du Vicaire, auquel il est lié par un passé obscur, il se voit pourtant confier une autre affaire. Le suicide étrange de Lucien d’Auvergnes, jeune aristocrate aux penchants mystiques.

Cette enquête l’entraîne alors dans le tout Paris, celui des quartiers les plus huppés, aux bas-fonds les plus sordides, révélant une affaire trouble mêlant folie, miroirs, hypnose et tentative de déstabilisation politique.

Éric Fouassier m’a complètement happé. Les intrigues s’entrelacent avec intelligence, oscillant entre suspense, ésotérisme, épouvante et action.
Ce premier tome est riche, documenté, et d’une redoutable efficacité. Une série historique très prometteuse, portée par une écriture fluide et parfaitement maîtrisée…
Autant vous dire que j’ai déjà très envie de me plonger dans la suite !

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Extraits :

« Affronter sa peur.
Lorsqu’il a découpé la toile de tente à l’aide d’un tesson de bouteille, l’enfant croyait trouver un refuge. Il ne pouvait pas imaginer ce qui l’attendait à l’intérieur. L’escalade de la peur. Tous ces regards enfiévrés, tous ces visages effarés qui lui renvoient sa propre terreur.. Maintenant il gît là, tremblant de tous ses membres, recroquevillé dans une pénombre poisseuse. Les rares chandelles disposées à l’intérieur n’ont pas pour fonction de chasser l’obscurité, mais de créer un savant jeu d’ombres et de clartés. Elles semblent flotter dans l’air, tels des papillons de flamme. À leur lueur inquiétante le jeune garçon préférerait encore le tunnel d’encre de la rue.
Le noir, le néant. Tout, plutôt que ces visions d’épouvante qui l’assaillent sous la toile humide. Mais il n’ose plus bouger. Il se contente de fermer les yeux. Comme si le rideau de ses paupières constituait un rempart efficace. Suffisait à faire disparaître l’insoutenable. »

« Ce matin-là, Valentin Verne quitta de bonne heure l’immeuble qu’il habitait au numéro 21 de la rue du Cherche-Midi. Il y occupait un vaste appartement au troisième étage. Un logement bien trop luxueux pour un jeune homme de vingt-trois ans qui ne disposait que d’un modeste traitement d’inspecteur. Si ses collègues avaient su quel cadre de vie était le sien, ils l’auraient probablement jalousé, mais Valentin n’était pas du genre à se lier facilement. »

« Après avoir pris congé de Flanchard, Valentin avait récupéré le dossier Dauvergne et passé deux heures à l’éplucher dans le détail.
Comme l’avait annoncé le commissaire, l’affaire se présentait sous un jour troublant. Selon les témoignages qui avaient pu être récoltés rue de Surène le soir du drame, le fils de la maison s’était jeté volontairement d’une fenêtre de l’hôtel paternel. Il avait été tué sur le coup. De prime abord, le suicide ne semblait pas faire le moindre doute. Cependant, ce qui rendait la chose peu banale, c’est que Lucien Dauvergne avait mis fin à ses jours en présence de sa mère qui s’inquiétait de son absence prolongée et était montée le chercher à l’étage. »

Éric Fouassier est né en 1963. Docteur en pharmacie et docteur en droit, il est professeur d’université en région parisienne. Membre de l’Académie nationale de pharmacie, chevalier de la Légion d’Honneur, officier des palmes académiques. Il enseigne notamment l’histoire de la santé et assure les fonctions de conservateur du musée d’histoire de la pharmacie de l’université Paris-Saclay.

Auteur d’un premier roman à l’âge de 16 ans, ce n’est finalement qu’en 2000 que l’envie de sortir ses écrits de ses tiroirs s’impose à lui. Pendant cinq ans, il écume les concours de nouvelles un peu partout en France et glane au passage de nombreuses récompenses. Cette activité intense débouche en 2005 sur l’édition d’un premier recueil de nouvelles qui sera vite suivi de deux autres chez de petits éditeurs. Il publie ensuite cinq romans dont le premier, un polar contemporain intitulé Morts thématiques lui permet de remporter le prix Plume de glace en 2011.

C’est en définitive une belle rencontre avec Isabelle Laffont qui lui permet d’élargir son lectorat. Cette grande dame de l’édition lui ouvre avec une générosité et un enthousiasme communicatifs les portes des éditions Jean-Claude Lattès en 2017. Aujourd’hui, Isabelle Laffont est devenue son agent littéraire et la belle aventure continue aux éditions Albin Michel ! C’est en effet grâce au premier roman publié dans cette maison, Le bureau des affaires occultes, que Eric Fouassier décroche son premier best-seller couronné, entre autres, par le prix Maison de la presse en 2021, et qu’il se fait connaître du grand public comme un auteur phare du roman policier historique.

Émotion, Drame, Roman, Terroir

La Vie est une histoire vraie

de Frédérique-Sophie Braize
Broché – 16 octobre 2025
Éditions : Presse de Cité

Lectrice de manuscrits chez un éditeur réputé, Ava apprend qu’elle risque de perdre la vue. C’est le choc. L’ophtalmologue lui interdit le moindre effort, même un ébat amoureux. Il lui reste peu de temps pour admirer les beautés de la nature et aiguiser ses autres sens. Contre l’avis de son compagnon, la belle rousse quitte Paris pour Abondance, dans ces paysages savoyards où elle a été heureuse avant.
Le bon air, le bleu d’altitude… Un monde hors du temps où vit Germinie, faiseuse de secrets, qui, Ava l’espère, saura éloigner d’elle l’angoisse et l’obscurité. Où vit aussi Virgil, séduisant homme des bois au métier rare de « sanglier ».
Le trouble et l’émoi qui les poussent l’un vers l’autre mèneront-ils Ava sur la voie de la guérison ?

Un roman vrai tout en sensualité, drôlerie et émotion,
avec une héroïne irrésistible qui chemine, toujours, vers la lumière

Après avoir lu tous ses précédents romans, j’avais tellement hâte de lire le dernier roman de Frédérique-Sophie Braize, “La vie est une histoire vraie”…

Je viens de le terminer et je ne sais pas par où commencer. Pour la simple et bonne raison que ce roman n’est pas un simple roman. Il est une “tranche” de vie de Frédérique-Sophie… Une tranche de vie où, comme elle le dit si bien, parfois elle “tord la vérité pour construire son récit, elle déplace les événements, les lieux et invente certains personnages afin qu’il demeure un roman”… Mais il est beaucoup plus que cela…

Lorsque je lis un roman de Frédérique-Sophie, je sais que je vais vivre une, lorsque ce ne sont pas plusieurs histoires incroyables. Souvent des histoires de femmes… Elles sont fortes, elles sont touchantes, émouvantes et, profondément humaines.
L’Histoire et le réel prennent aussi une place très importante dans ses récits, c’est régulièrement une remontée dans le temps, son écriture, ses dialogues pleins de tendresse qui me mènent vers une autre époque… Des sagas familiales, leurs secrets, leurs souffrances, et toujours une très belle solidarité entre des “personnages” qui ont une âme et cela fait du bien. Et puis, il y a la nature, les arbres et la montagne, cette terre qu’elle chérit et qu’elle sait décrire avec tant de justesse. La vie tout simplement…

Frédérique-Sophie, oups ! Ava, quitte Paris pour Abondance, un village de montagne où vit Germinie, une faiseuse de secrets renommée. Elle vient d’apprendre qu’elle risque de perdre la vue. C’est en pleine montagne, entourée de ses amis et de Virgil, que la belle rousse décide de faire un point sur sa vie, mais surtout de lutter comme il se doit contre cette cécité qui envahit ses yeux et petit à petit obscurcit son horizon. Eva est bien loin d’imaginer toutes les aventures qu’elle vivra dès lors, sur la voie de la guérison.

Je l’ai dévoré !
J’ai ri, j’ai tremblé, j’ai été ému. J’ai refermé ce livre le cœur gonflé d’une gratitude immense. Frédérique-Sophie signe ici un récit d’une sincérité bouleversante, un hymne à la vie, à la lumière, à la résilience.
Son roman m’a fait respirer…
Et ce clin d’œil à “Mouton”… Quelle délicieuse surprise !

Gros bisous à toute ta famille…

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Extraits :

« — Interdit de porter une valise ou un enfant. Défendu de vous pencher en avant. Et surtout pas d’ébats amoureux ! Un baiser peut vous faire perdre la vue. Voilà…
c’est tout.
Les paroles de l’oculiste portent un coup à Ava. La tête lui tourne presque. En quoi un baiser est-il si redoutable ? Risque-t-elle de se retrouver dans le noir à la moindre étreinte ? »

« Postée à la fenêtre, Ava regarde en direction d’un point connu d’elle seule. Elle plisse les yeux, même s’il n’y a pas de soleil mais un ciel de tôle sur l’après-midi finissant. La lectrice pourrait demeurer là, à espérer que d’illustres ophtalmologues parviennent à la guérir.
Or elle craint de perdre son temps en restant dans le 5€ arrondissement. Lorsque l’on n’a plus que quelques mois à voir, il convient de les utiliser avec discernement.
Aussi ouvre-t-elle les placards en quête du répertoire de sa mère. Sa persistance à s’agiter agace Ray :
– Qu’est-ce que tu fabriques ?
– Je cherche le numéro de Germinie.
– Ne t’emballe pas. Laisse-moi le temps de contacter quelques personnes. Je vais t’obtenir un rendez-vous à la fondation Rothschild pour avoir un autre avis. »

« Malgré son agenda chargé, il a tenu à l’accompagner. Il est curieux de rencontrer Germinie et de découvrir ce village savoyard qu’Ava considère – à tort – comme un refuge. Alors qu’elle déplie le prospectus, il lâche un ronflement. S’il n’était pas déjà en train de dormir, voilà ce qu’il pourrait lire :
Aussi appelé station-village de charme, ce bourg montagnard de Haute-Savoie se situe à trente kilomètres du lac Léman, et à quinze minutes de la frontière suisse. La station de ski est reliée au domaine des Portes du Soleil, un des plus grands du monde. Abondance, c’est aussi un habitat typique, une race de vache et un fromage qui contribuent à la réputation de ce village d’exception. »

« Ava est réveillée par des chuchotis. Voix masculine et féminine. Virgil et Germinie. Elle ouvre les yeux. L’aube darde un rai de clarté dans la chambre, la preuve que sa vue n’a pas filé à l’anglaise pendant la nuit. Elle se lève, se débarbouille, emprunte le couloir. Là, elle est saisie d’un profond étonnement en réalisant qu’elle s’est trompée sur le détenteur de la voix d’homme, compte tenu de la soutane. Germinie barre un zona à un prêtre qui a hésité à la consulter. Et pour cause : la rumeur dit que la guérisseuse sait lire sur le front des gens s’ils sont – ou non – aimés du Ciel. »

Frédérique-Sophie BRAIZE romancière, nouvelliste, chroniqueuse de presse écrite, née à Évian. Fille unique d’un alpiniste – réalisateur des Colonnes de Buren à Paris – elle vit dix ans chez ses grands-parents, des paysans de montagne. Elle fait ses études au Pays de Galles d’où elle revient diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Elle travaille dans la sécurité privée et industrielle avant de se lancer dans l’écriture. Elle partage sa vie entre la Haute-Savoie et Paris avec Mouton, son chien de berger.

Parutions récentes et à venir :

Paysannes de montagne (éd. Lucien Souny 2015) Grand Livre du mois / Format poche (éd. Souny Poche 2018)

Pour quelques arpents de rêve (éd. Lucien Souny 2016)

Sœurs de lait (éd. De Borée 2018) Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018. Prix Patrimoine 2018. Format poche (Coll. Terre de Poche, éd. De Borée 2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/11/01/soeurs-de-lait/

Lily sans logis (éd. De Borée – 2019) Adapté en “Livre à deux places” pour “Lire et faire lire” d’Alexandre Jardin en 2020.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/23/lily-sans-logis/

Une montagne de femmes (éd. Les Passionnés de bouquins 2019) Prix Welter. Prix Ecriture d’Azur
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/31/une-montagne-de-femmes/

Un voyage nommé désir (éd. Presses de la Cité 2021) Trophée des Savoyards du monde. Prix Machiavel 2021.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/09/un-voyage-nomme-desir/

Les liaisons périlleuses (éd. Presses de la Cité 02/2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/26/les-liaisons-perilleuses/

Ses livres sont toujours inspirés de faits réels tombés dans l’oubli : histoire vraie, fait de société, fait historique…

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Émotion, Drame, Roman, Suspense

Les étincelles

de Julien Sandrel
Poche – 3 mars 2021
Éditeur : Le Livre de Poche

La jeune Phoenix, vingt-trois ans, a le goût de la provocation, des rêves bien enfouis, et une faille terrible : il y a trois ans, son père, un scientifique, s’est tué dans un accident de voiture en allant rejoindre une autre femme que sa mère. Depuis, Phoenix le déteste. À cause de lui, elle a abandonné études et passions et enchaîne les petits boulots. Mais un jour, dans un carton qui dort à la cave, elle découvre la preuve que son père se sentait en danger. Ainsi qu’un appel à l’aide énigmatique, écrit dans une langue étrangère. Et si elle s’était trompée ? Et si… la mort de son père n’avait pas été un accident ?
Aidée de son jeune frère, un surdoué à l’humour bien ancré, Phoenix se lance à la recherche de la vérité. Mais que pourront-ils, tout seuls, face à un mensonge qui empoisonne le monde ?

Julien Sandrel confirme son talent de conteur.
Sandrine Mariette, Elle.

Un roman haletant, engagé et profondément humain. Entre enquête à haut risque, secrets familiaux et suspense digne d’un thriller portée par Phoenix, une héroïne bouleversante. Émotion, humour, amour et courage se mêlent pour offrir un récit vibrant, ancré dans notre époque. Et ce retournement final… magistral !
Oups…
Je suis allé un peu trop vite encore emporté par le récit !

Avec Les étincelles, Julien Sandrel m’a une nouvelle fois touché en plein cœur. Ce troisième roman marque un virage plus engagé, sans renoncer à la tendresse et à l’humanité qui caractérisent son écriture. Il y aborde une thématique forte, ancrée dans notre époque, le courage de dénoncer les abus des puissants.

Phoenix, jeune étudiante, peine à faire le deuil de son père, qu’elle croyait volage. Entre colère et chagrin, elle garde un souvenir amer de celui qui avait pourtant nourri sa passion pour la musique. Jusqu’au jour où sa grand-mère, voyant sa petite-fille s’enliser dans une tristesse sans fin, l’incite à fouiller dans les affaires laissées par son père. Dans un vieux carton, Phoenix découvre un message troublant. Son père se savait en danger. Elle se demande alors si son père n’était pas mort accidentellement mais avait été assassiné , Oui mais pourquoi aurait-il été assassiné ?

Avec son frère et Victor, une rencontre inattendue, Phoenix se lance dans une quête dangereuse. Leur enquête les mène dans les coulisses d’un monde opaque, fait de multinationales aux moyens colossaux, de réseaux d’influence, de menaces réelles. Le suspense est constant, rythmé par des rebondissements et la voix de narrateurs secondaires qui enrichissent le récit.

J’ai vibré avec Phoenix, ressenti son désarroi, son courage, et cette soif brûlante de vérité. J’ai admiré la façon dont Julien Sandrel mêle l’aventure, l’humour, l’émotion et un regard lucide sur notre monde. Ce roman rappelle les risques que prennent les lanceurs d’alerte et souligne la force des liens familiaux.

Arrivé à la page 243, un retournement m’a laissé sans voix…
Julien a une façon unique de faire passer de belles émotions.
Les étincelles est à la fois un roman haletant, une histoire d’amour puissante, et un plaidoyer pour la justice.
Une lecture que je recommande sans réserve.

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Extraits :

« La lumière est tellement forte. Charlie a tellement chaud. Le paysage en devient presque flou. Ou bien est-ce la vitesse de la voiture qui brouille ses sens ?
C’est étrange, cette sensation qui l’envahit, au moment où le véhicule quitte la route. La terreur sourde se mêle à une forme de beauté. Oui, c’est cela, il y a quelque chose d’infiniment gracieux dans ce temps suspendu, ces secondes de chute.
Sept, six, cinq.
La voiture pique du nez.
Dans quelques instants, ce sera le choc. Charlie le sait.
Ses muscles se crispent.
L’ensemble de son corps se tend.
Il n’avait pas imaginé que sa vie finirait ici.
Quatre, trois.
Charlie pense à sa femme, à ses enfants, à sa mère aussi. Il voudrait leur dire qu’il les aime. Leur donner la force d’avancer sans lui.
Mon Dieu, c’est tellement injuste.
Charlie se met à pleurer. De peur. De rage. De tristesse. »

« Au fond, depuis que le piano et mon père m’ont abandonnée, je ne sais plus qui je suis vraiment.
Je n’ai jamais parlé de ce problème à ma mère. L’histoire que je lui ai servie, c’est qu’avec la mort de papa, je n’étais plus obligée de faire semblant. Je lui ai dit avoir pris conscience que mon avenir n’était pas dans le piano et vouloir tout arrêter. Alors j’ai renoncé aux études de musique et j’ai emprunté le chemin de la fac de sciences. Soulagée que « j’assure mes arrières » en devenant prof de SVT plutôt qu’intermittente du spectacle, ma mère n’a pas cherché plus loin et a vendu le piano. »

« Si, comme elle le pense, son père a bien été assassiné, alors cela implique encore d’autres degrés d’actions criminelles liées à Lumière. En plus de la dissimulation, de la subornation de témoins et autres réjouissances lobbyistes, il y aurait donc tout un volet de meurtres directs avec préméditation. Tout cela prend des dimensions tellement énormes…
Je lève les yeux et remarque que Phoenix pleure en silence. Alors je m’approche et l’enveloppe de mes bras, comme on console une enfant. Elle s’y blottit, et nous restons comme cela.
Le monde s’arrête de tourner. Ou plutôt, je comprends à cet instant que le monde peut bien faire ce qu’il veut, je suis à ma place.
Je ferme les yeux, pour graver en moi ce trouble qui pénètre mon âme, et fait renaître des sensations presque oubliées. Je cueille cet instant, je le chéris, mais je ne suis pas dupe. Il a la saveur violente de l’éphémère. »

Julien Sandrel est né en 1980 dans le sud de la France et vit à Paris. Son premier roman La Chambre des merveilles a connu un succès fulgurant et a obtenu plusieurs prix littéraires, dont le prix Méditerranée des lycéens 2019. Traduit dans vingt-six pays et adapté au théâtre, il est également porté à l’écran par la réalisatrice Lisa Azuelos et l’actrice Alexandra Lamy. Ses romans suivants, La vie qui m’attendait, Les étincelles, Vers le soleil et Merci, Grazie, Thank you, ont eux aussi rencontré un grand succès en librairie. Parallèlement à son activité de romancier, Julien Sandrel travaille en tant que scénariste, aussi bien sur des adaptations de ses romans que sur des projets originaux.

Histoire, Roman

37, étoiles filantes

de Jérôme Attal
Poche – 16 août 2018
Éditeur : Robert Laffont

Sous le ciel étoilé de Paris, un jour de 1937, Alberto Giacometti n’a qu’une idée en tête : casser la gueule à Jean-Paul Sartre ! C’est cette histoire, son origine et sa trépidante conclusion, qui sont ici racontées.

Grognant dans son patois haut en couleur des montagnes, Alberto a déjà fait volte-face. Il est à nouveau en position sur le trottoir. Scrutant les confins de la rue Delambre. Pas du côté Raspail par lequel il vient d’arriver, mais dans l’autre sens, en direction de la station de métro Edgar Quinet. Rapidement, il repère la silhouette tassée de Jean-Paul, petite figurine de pâte à modeler brunâtre qui avance péniblement à la manière d’un Sisyphe qui porterait sur son dos tout le poids du gris de Paris et qui dodeline à une vingtaine de mètres de distance, manquant de se cogner, ici à un passant, là à un réverbère. « Ah, te voilà ! Bousier de littérature ! Attends que je t’attrape, chacal ! »

Une comédie tourbillonnante constellée de pensées sur la création et de rencontres avec des femmes espiègles, mystérieuses et modernes.

Prix Livres en Vignes 2018
Prix de la rentrée 2018 « Les Écrivains chez Gonzague Saint Bris »

Espiègle, intelligent, drôle, finement documenté… 37, étoiles filantes m’a offert une promenade culturelle et romanesque inoubliable dans les rues et les cafés de Montparnasse.
Grâce à Jérôme Attal, j’ai arpenté ce quartier mythique des années trente, cœur battant de la vie intellectuelle et artistique parisienne. Les personnages virevoltent d’une péripétie cocasse à une émotion plus douce, formant un récit jubilatoire, à la langue éblouissante.

Après L’appel de Portobello road, Les Jonquilles de Green Park et La Petite Sonneuse de cloches, Jérôme confirme ici un talent particulier, celui de prendre plaisir à nous faire plaisir. Cette fois, il nous entraîne dans l’univers d’Alberto Giacometti, sculpteur encore loin de la gloire, boîteux après un accident, maniant sa béquille autant pour marcher que pour bousculer la vie. Entre deux aventures féminines, il cherche, tâtonne, expérimente.

À ses côtés, on croise Sartre, encore simple prof de philo, en pleine négociation éditoriale, toujours prompt à se faire des ennemis à force de démontrer sa supériorité intellectuelle. Il y a aussi Diego, frère timide et talentueux, écrasé par la personnalité d’Alberto. Picasso passe par là, et d’autres figures marquantes de l’art et de l’Histoire viennent colorer la fresque. Autour de ces hommes gravitent des femmes séduisantes, mystérieuses ou fatales, modèles, mondaines, artistes, voire espionnes, dans une Europe qui tremble déjà face aux tensions politiques et aux réseaux secrets. Malgré cette toile de fond tendue, j’ai souvent souri, parfois ri franchement, tant le roman manie l’humour avec légèreté.

Jérôme Attal aime Paris, et ça se sent. Il a dû arpenter Montparnasse mille fois pour le restituer avec une telle précision sensorielle. Lire ce livre, c’est voyager dans le temps, respirer l’air de 1937, et côtoyer des personnages si vivants qu’on croit les croiser au coin d’une rue.

En refermant le roman, je garde en tête un moment de plaisir rare, où la langue française, vive et élégante, sert un récit moderne, percutant, et terriblement attachant.

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Extraits :

« Alberto a trente-cinq ans. Il est sculpteur à Paris, à la fin des années trente. Il travaille et vit dans un petit atelier du bas-Montparnasse. Il a une liaison avec une jeune femme, Isabel, et s’apprête à rompre avec elle au moment où, en pleine rue, une Américaine au volant d’une américaine lui fonce dessus. Alberto est transporté à l’hôpital. C’est ici que commence cette histoire. »

« Isabel qui ne se doute aucunement qu’elle a failli être laissée sur un coin de trottoir – « C’est fini ma belle, je ne sculpterai plus le bout de tes tétons du bout de mes doigts» – avant qu’une Américaine ivre morte fonce directement sur Alberto l’albatros, ainsi qu’elle le surnomme quand il se plaint de sa peine à décoller (dans l’amour et dans le monde). »

« Isabel prend cette remarque comme une nouvelle pique. Ils se connaissent depuis deux ans. Même si cela a été prononcé en toute innocence, elle hait les hommes pour la désinvolture avec laquelle ils s’expriment. Incapables pour la plupart de choisir des termes qui ne soient pas blessants. Et, d’un autre côté, dès qu’ils disent des choses qui ne sont pas blessantes, c’est plus fort qu’elle, elle pense qu’il y a dissimulation. En fait, ce ne sont pas les hommes qu’elle déteste. Mais ce qu’ils révèlent de pire en elle. »

« Alberto monte avec Rosalie, une jolie brune originaire du sud de la France.
Elle a de l’Italie les divines proportions. Ni trop courte ni trop dégingandée, la courbe de ses hanches évoque le tracé onduleux d’une route en bord de mer, de celles que l’on emprunte vitres baissées à la recherche d’un peu de sensations. »

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Jérôme Attal est parolier et écrivain, et l’auteur d’une dizaine de romans. Chez Robert Laffont, il a publié Aide-moi si tu peux, Les Jonquilles de Green Park (prix du roman de l’Ile de Ré et prix Coup de cœur du salon Lire en Poche de Saint-Maur), L’Appel de Portobello Road et 37, étoiles filantes, (prix Livres en Vignes et prix de la rentrée  » les écrivains chez Gonzague Saint Bris »).

Historique, Roman, Violence

Les Romains

Spartacus : La Révolte des esclaves
de Max Gallo
Broché – 1 janvier 2006
Éditions : Fayard

Spartacus : ce nom a traversé les millénaires. Max Gallo le fait vivre à nouveau en suivant le destin de ce Thrace qui refuse la domination romaine. Il y a d’un côté l’ordre des légions, la puissance et la richesse de Rome, de l’autre la soif de liberté, la sauvagerie, l’anarchie d’hommes qui ont brisé leurs chaînes et qui pillent, saccagent, suivant Spartacus sans lui obéir. Toute une époque cruelle s’anime sous la plume de Max Gallo : l’histoire devient chair palpitante, visage, pleurs et passions, voix qui racontent !

Attiré depuis toujours par l’histoire antique, je me suis plongé avec enthousiasme dans Les Romains – Tome 1 de Max Gallo, centré sur la figure emblématique de Spartacus. Le nom de l’auteur, souvent cité comme référence dans le domaine historique, promettait un voyage riche et instructif au cœur de la Rome antique. Mais très vite, mon enthousiasme s’est quelque peu refroidi. Le style m’a paru froid, presque clinique. Tout va très vite, trop vite. Trop de personnages qui défilent sans qu’on ait le temps de les saisir, encore moins de s’y attacher. L’émotion reste à distance, comme tenue en respect.

Cela dit, le récit de la révolte de Spartacus est traité avec une précision frappante. Les scènes sanglantes sont nombreuses, parfois à la limite du supportable, mais elles rendent compte de la brutalité d’un monde sans pitié. J’ai été pris, malgré moi, par la tension du récit.

Cependant, une question persiste. S’agit-il d’un roman historique ou d’une fiction inspirée de faits réels ? Le livre oscille entre les deux, sans vraiment trancher. Les répétitions et l’omniprésence de la violence finissent par alourdir la lecture.

Un roman qui, malgré ses limites, peut séduire les amateurs de cette époque. Pour ma part, j’en attendais un souffle plus épique.

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Extraits :

« Sur un plateau étroit qui domine et protège une falaise, deux troncs d’arbres posés l’un sur l’autre se consomment.
Près de ce foyer, un homme, debout, bras croisés, dit :
– Moi, Spartacus, prince des esclaves, je vais livrer bataille aux dix légions romaines du proconsul Licinius Crassus ! »

« – Soyez libres comme ces flammes sacrées qui brûlent pour Dionysos ! Il est venu en Thrace, il y a allumé ce feu de liberté pour qu’aucun homme, aucune femme de ce pays n’accepte la soumission, la servitude. Soyez fidèles à la volonté de Dionysos! Que jamais aucune chaîne n’enserre vos poignets! Toi, Apollonia, tu es fille d’Apollon, tes cheveux ont la couleur du soleil. Toi, Spartacus, tu as la force des torrents de tes montagnes, tu es fils de roi. »

« Castricus lui avait alors lancé :
– Rentre dans le rang, Thrace ! Et n’oublie jamais qu’un citoyen de Rome a droit de vie ou de mort sur les peuples qu’il a soumis. Un citoyen de Rome ne se bat pas contre un esclave ou un Barbare. Il punit. Il égorge. Mais il sait aussi récompenser.
Puis, se retournant, il avait crié :
– Baisse les yeux, Spartacus, ou je te les fais crever ! »

« Il saisit son glaive, essaya de les désarmer, mais les hommes nus se débattirent et l’écartèrent cependant que la faute hurlait, comme prise de folie. Des femmes s’enfuyaient, d’autres se tordaient les bras, s’abattaient sur le sol. »

« De sa main gauche, il serre la nue de Jaïr, l’oblige à se pencher davantage.
– Quand j’ai vu ce Numide lever sa hache, reprend-il, je me suis jeté en avant, l’épée au poing. Je l’ai enfoncée dans son ventre, jusqu’à la garde. Il a lâché son arme.
Il pose sa main droite sur sa poitrine.
– Son chantait une giclé, m’a recouvert. Son chantait s’est mêlé au mien. C’était mon frère, Jaïr, et je l’ai tué. Je n’ai pas eu le courage de Galvix le Dace.
Il secoue la tête. On pourrait croire qu’il sanglote, mais ses yeux restent secs. »

Max Gallo est un écrivain, historien et homme politique français, membre de l’Académie française depuis le 31 mai 2007.

Fils d’immigrés italiens, son père, originaire du Piémont, a quitté l’école après son certificat d’études, sa mère est originaire de la région de Parme, il vit en famille à Nice. Pendant la seconde guerre mondiale, son père rejoint la résistance. L’occupation et la libération vont marquer Max Gallo et lui donner le goût pour l’Histoire ; cependant son père l’oriente vers des études techniques. Il obtient d’abord un CAP de mécanicien-ajusteur, puis un baccalauréat mathématiques et technique au lycée du Parc-Impérial. À 20 ans, il entre dans la fonction publique comme technicien à la RTF, puis il part à Paris pour suivre des cours afin de devenir contrôleur technique.

En parallèle, il suit des études d’histoire. En 1957, en pleine guerre d’Algérie, il fait son service militaire comme météorologiste au Bourget où, avec Jean-Pierre Coffe, il fonde un journal antimilitariste.

Reçu à Propédeutique lettres, il est maître auxiliaire à Chambéry et après l’agrégation d’histoire, en 1960, professeur au lycée Masséna. Docteur en histoire, il devient maître-assistant à l’université de Nice et en 1968, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris.

Écrivain à succès fécond, il a publié un grand nombre d’ouvrages, souvent à fort tirage. Ses premiers romans, qu’il qualifie de « politique-fiction », seront publiés sous pseudonyme : Max Laugham. Dans un style littéraire qu’il appelle lui même « romans-Histoire », qui consiste à s’appuyer sur les ressources historiques en y ajoutant son expérience personnelle et son ressenti par rapport aux événements, il fait de l’histoire un roman.