Émotion, Roman

Celles qui se taisent

de Bénédicte Rousset
Broché – 19 mai 2021
Éditeur : La Trace

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Par une nuit de décembre, une macabre disparition est signalée à la maternité de l’hôpital. La direction demande à son personnel de ne rien dire : il en va de la réputation de l’établissement.
Les années passent, le secret est enterré.
Pourtant, dix-huit ans plus tard,
le destin s’en mêle quand, après une terrible découverte, Caroline fouille dans le passé… c’est incompréhensible…
ça ne « peut » pas être.

Caroline et Augusta, deux femmes que tout oppose. En apparence…
Que s’est-il passé qui disloque leur vie et ternisse leur bonheur ?
Jusqu’où peut-on aller dans le renoncement, par amour pour une mère, par amour pour un fils ?
Il est des rencontres qui bouleversent nos silences.
Peut-être courons-nous après l’amour sans en donner assez ?

 

2021_066_Rousset Bénédicte - Celles qui se taisent

 

“Celles qui se taisent” est le dernier roman de Bénédicte Rousset publié par les éditions La Trace !
Je sais ce qu’il me reste à faire maintenant !
Me procurer ses romans précédents…

Caroline et Augusta sont deux femmes très différentes.
Caroline est femme de ménage, maman de trois enfants. Un jour son mari l’a quitté sans aucune explication. Elle travaille pour Augusta, elle entretien sa maison. Le hasard fait que les deux femmes se retrouvent enceinte au même moment. Bénédiction, pour l’une, c’est un malheur pour l’autre.
Pourtant la vie, le hasard vont se charger de les réunir, pour le meilleur et surtout pour le pire…
Que leur est-il donc arrivé ?
Leurs destins vont définitivement se lier à la suite d’un terrible événement.

Maternités, romance, viol, séparation, maltraitance, sexe, Religion, mensonges, haine…
“Celles qui se taisent” est un condensé de vie, avec tous ses malheurs, tous les problèmes existant pour essayer de conserver un équilibre familial bien souvent précaire.

Un récit bouleversant, qui mérite que je me retire, que je ne vous dévoile rien de plus, afin que mots après mots, phrases après phrases vous soyez comme moi transporté dans des destinées mêlées.
Bénédicte, m’a touché le cœur, mais pas seulement.
Elle s’est immiscée dans certaines parties très sombres de l’esprit qui ne demandent qu’à rester dans l’oubli.
Mais, on ne choisi pas toujours son destin !

Récit de femmes, mais pas seulement…
Lent et envoutant, ce roman mérite une belle et longue vie.
Très beau et émouvant, je recommande vivement !

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Extraits :

« Le jour se lève à peine sur la ville. Une fine couche de givre recouvre le trottoir et de timides rayons éclaircissent la façade de l’hôpital.
Au deuxième étage, la ligne directe du directeur lui indique un appel. Il décroche sans quitter les yeux le formulaire qu’il est en train de remplir. Deux semaines auparavant, un de ses ambulanciers, ivre, a percuté en reculant une personne en fauteuil roulant, la blessant gravement, juste devant l’entrée de l’hôpital. La famille porte plainte et cet incident s’ajoute aux dysfonctionnements qui s’enchaînent dans son établissement ces derniers temps. La presse en fait ses gros titres, ridiculisant sa place et sa personne. Le coup de grâce tombe en page deux du journal La Provence, qui dévoile le palmarès des hôpitaux les plus performants, et où il occupe l’avant-dernière place. Il soupire. »
…/…
« Quelque chose de sa fierté vient de le traverser.
Dès lors, Jean sent dans tout ce qu’il fait le regard admiratif de sa mère. Il pointe les orteils vers le pied du lit et se sent grand.
À partir de ce moment, dans l’air, quelque chose a changé. L’odeur du chou brocoli devient agréable, celle du foie de veau, alléchante.
Il suffit qu’elle l’aime pour qu’il l’aime aussi. Le plus beau chef-d’œuvre de la vie est bien le cœur d’une mère et peu importent ses larges ou étroites barrières.
L’épaisseur de l’enfance se mesure à la place qu’une mère nous accorde dans son cœur. À une certaine période de la vie, on peut trouver grand ce qui est petit, comme la cour de récréations. Quand on est enfant, elle nous paraît immense et puis un jour, longtemps après, notre œil d’adulte la revoit et sa grandeur a disparu : l’âge adulte l’a balayée d’un simple revers de manche. »

 

 

Bénédicte Rousset a grandi dans le Vaucluse entre le petit atelier d’imprimerie de son père et une mère institutrice. L’écriture lui permet d’explorer des recoins jusqu’alors ignorés d’elle-même, dans une tradition familiale qu’elle découvre à travers les pièces de théâtre, poèmes et romans qu’ont écrit ses aïeux.

Professeure certifiée de Lettres Modernes, Bénédicte est enseignante dans un collège du Vaucluse.
Après « Rue sombre » (2017), son premier roman policier, elle publie « Le Lis des teinturiers » en 2018.

https://www.facebook.com/benedicte.rousset.auteur/

Émotion, Drame, Roman

Elle voudrait des étoiles, des étincelles et des papillons verts dans ses cheveux

de Blandine Bergeret
Broché – 30 octobre 2020
Éditeur : Les Éditions de l’ArtBouquine

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Pour eux ou contre eux, j’ai abandonné le nid parce que j’étouffais de les décevoir, de ne pas coller à la parfaite, voire la plus-que-parfaite demoiselle, celle qu’ils avaient imaginée, projetée, ambitionnée. Un clone d’eux. Ils avaient en tête une voie toute tracée pour moi, celle d’une fille, puis d’une épouse et d’une mère discrète, rangée, dévouée. Celle que leur gendre avait espérée. Celle que je suis devenue.
Au risque de m’oublier. À force d’acquiescer, j’ai cessé d’exister. J’ai tiré un trait sur ma vie. Prise en otage par des injonctions inconscientes. Amarrées au plus profond de mon âme.

Un magnifique roman dans lequel se mêlent humour et émotion. Blandine Bergeret compose avec talent, et un formidable sens de l’observation, un portrait de femme à la recherche d’elle-même.

 

2021_065_Bergeret Blandine - Elle voudrait des étoiles…

 

Cela aurait pu être une histoire ordinaire, un journal intime.
L’histoire d’Alice, mariée à Laurent depuis dix ans. Maman de deux enfants, Mathieu et Clémentine. Aujourd’hui ils en attendent un troisième.
Alors qu’Alice ne pense qu’a ça, Laurent, lui, est un obsédé du travail, et complètement insensible à tout ce qui se passe dans son foyer. Seul son travail l’intéresse.
Alice, le supporte et l’excuse aussi, elle est gentille, elle ne cherche le bonheur, leur bonheur.

Et puis survient “Le Drame”, l’électrochoc brutal. Elle craque et se sent alors incapable de poursuivre son quotidien…
Elle souffre et décide de tout plaquer !
Elle a besoin de partir, de tout quitter pour faire un point sur sa vie, sur ses envies.
Elle part, sans explications, loin de sa famille, loin de chez elle.
Cette fêlure est très vite suivie de nombreuses évidences.

Qui n’a jamais voulu tout stopper dans sa vie ? Faire le point ? Et pourquoi pas, repartir à zéro ?
C’est le choix qu’Alice a pris. Il aura fallu la souffrance pour qu’elle se décide à dire “Stop !”

Blandine Bergeret, vient titiller en nous tous un tas d’émotions et de ressentis.
Son écriture simple et puissante, m’a porté au-delà de ce que j’escomptais.

Alice est extrêmement touchante… Mais est-ce vraiment Alice, où déjà Blandine qui s’immisce ?
Écrit sous la forme d’un journal, l’histoire définie parfaitement le quotidien d’une femme, mère et épouse.
Blandine est allée chercher très profondément des sentiments forts avec beaucoup de tendresse aussi.

Alice est une belle personne, j’ai éprouvé énormément d’empathie pour elle, après ce qu’elle a vécu.
Toutes les émotions ressenties sont la force de ce roman, tout en bienveillance.

Merci Alice/Blandine ? pour cette histoire moderne et pleine de rebondissements et qui malgré une thématique dense et profonde, ne pourra que plaire…
Un superbe portrait de femme par une femme, un vrai roman au féminin !

Pour un premier “essai”, Wahou !
Que de messages à nous transmettre.
Auteure à suivre…

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Extraits :

« Au risque de m’oublier. Malgré moi, contre moi. Avec une colère et une tristesse sourdes, latentes, débordantes. À force d’acquiescer, j’ai cessé d’exister. J’ai tiré un trait sur ma vie. Prise en otage par des injonctions inconscientes. Amarrées au plus profond de mon âme.
Le monologue de la gynécologue sur mon téléphone me revient tel un boomerang. Factuel, sans appel. Mon crâne est sur le point d’imploser, mon cerveau enserré dans un étau poignant. J’encaisse l’uppercut. Plus de prénom à dénicher, plus d’efforts à fournir pour la sauvegarde d’un couple à la dérive. »
…/…
« Je me remémore nos explorations intimes, les frissons éprouvés à chacune de ses caresses, à chaque baiser effleurant mon cou, ma poitrine, mon ventre. J’aime son regard sur moi, direct et impudique, même si je n’étais pas à l’aise. Personne ne m’a contemplé ainsi depuis des siècles et la sensation de se voir belle dans les yeux de l’autre est une émotion tellement vivifiante. Un appel du ventre, un cri du cœur qui me lie à lui. Sans retenue, je lui ai dit. Je l’ai senti bouleversé, touché d’être accepté avec transparence et sincérité. »

 

 

Blandine Bergeret est directrice logistique et services chez Cegos, un organisme de formation professionnelle et continue, depuis 2012.

Elle est titulaire d’un diplôme de recherche en études appliquées (DREA), russe et commerce internationale, à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) (1990-1995).

Elle est lauréate du premier concours de manuscrits de L’ArtBouquine avec « Elle voudrait des étoiles, des étincelles et des papillons verts dans ses cheveux » (2020).

Émotion, Roman

La page arrachée

de Martine Pilate
Broché – 8 avril 2021
Éditeur : Éditions de Borée

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Entre Juliette, Française issue d’un milieu petit bourgeois du Sud de la France et Faouzi, Marocain illettré au passé douloureux, une vie commune est-elle possible ? Ils approchent l’un et l’autre de la soixantaine et ont une histoire, une culture, une religion à assumer et à faire accepter à leurs entourages. Ces obstacles se dressent comme autant de défis à vaincre. Les enfants de Faouzi, un garçon et une fille, transportent une partie du destin de leur père. Celui-ci sera-t-il en mesure d’apaiser les vieilles querelles, de dissiper les mensonges ? Comme une parabole, l’apprentissage sur le tard de la lecture permet à Faouzi d’approcher la vérité, de retrouver sa fille, et de vivre pleinement avec Juliette.

 

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Un très grand merci à Virginie des Éditions de Borée pour cette belle surprise…

Une belle histoire qui évolue sur plusieurs “niveaux” avec un élément commun… l’amour !

“La page arrachée”, c’est une histoire de religion, c’est l’histoire de Faouzi qui a honte de ne savoir lire. C’est Juliette, bourgeoise du sud de la France qui découvre une nouvelle culture. Ils ne sont plus jeunes, et apprennent à se connaître. C’est l’histoire aussi de Baya, la femme de Faouzi, qui décide de partir, emmenant leur fille Leïla, abandonnant son fils Rayan et son mari. C’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui décident de ce donner une chance de vivre heureux…

Martine, avec délicatesse nous prend par la main, et nous fait découvrir, des lieux, des coutumes, une façon de vivre différente. Un livre lu d’une traite qui force à la réflexion. Qui balaie les murs de bêtises qui s’érigent régulièrement dès que les gens ne comprennent pas les autres. On est presque dans l’actualité !

Je découvre Martine avec ce roman. J’ai été touché.
C’est un sujet que je n’avais encore jamais abordé. L’amour de deux retraités qui se construit pierre après pierre alors que tout les opposait, non-dits, religions, culture et niveau social. Un beau voyage plein, d’odeurs d’épices, de générosité et d’émotions.
La vie est ainsi faite, que pour pouvoir apprécier les choses, il faut d’abord les comprendre et les ressentir…

J’ai passé un excellent moment de lecture, et je pense retenter une nouvelle aventure avec Martine dès que l’occasion se présentera !

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Extraits :

« Depuis mon entrée à l’école, j’ai toujours eu un rêve. J’ai dû l’abandonner mais je n’y ai jamais renoncé. Maintenant, je vais enfin pouvoir le réaliser. Lire ! Prendre un livre, m’évadé au fil des pages ! C’est une fenêtre ouverte sur un univers différent. Voilà pourquoi je suis venu à votre association. Il faut que j’apprenne ! Chez nous, on dit que les livres sont les jardins des savants.
L’émotion planait. Un simple livre, objet dérisoire dans son apparence, mais paradoxalement si précieux, nourrissant aussi bien l’imaginaire que l’intelligence, dont l’odeur d’encre et la douceur du papier créaient un lien fort avec celui qui se penchait dessus… Elle ne put contenir un élan et allongea son bras pour poser sa main sur la sienne.
– Vous verrez, d’ici quelques mois vous plongerez dans la lecture. J’en suis certaine. »
…/…
« Juliette acquiesça d’un signe de la tête. Il fallait le ménager.
Au moment de se séparer, Leïla lui remit une carte de visite. Les deux femmes s’embrassèrent spontanément. Ce baiser, qu’elles avaient contenu quelques heures auparavant, scellait leur appartenance à une même famille, et une amitié confiante. »

 

 

Née à Marrakech, Martine Pilate a passé de longues années à l’étranger. Après des études littéraires, elle s’est tournée vers le droit. Depuis une quinzaine d’années, elle se consacre entièrement à l’écriture. Installée en Provence, elle s’implique dans de nombreuses actions culturelles.
Elle est l’auteur des « Papier Bonbon », en grande partie autobiographique, « Luta et les siens » , « La Véritable Histoire de la Pétanque », la naissance de ce jeu initialement plutôt « masculin » et de son expansion, au travers d’une saga familiale : celle des fondateurs du jeu dont elle est la descendante directe, « L’œuvre des Frères Bec » et « La Passion selon cinq Matous ».

Émotion, Roman

Mamma Maria

de Serena Giuliano
Broché – 5 mars 2020
Éditeur : Cherche Midi

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“Ciao, Sofia, qu’est-ce que je te sers ? Comme d’habitude ? Et j’ajoute un cornetto, parce qu’il faut manger, ma fille !
– Oui, merci, Maria.”
Je m’installe en terrasse, face à la mer, comme chaque matin depuis que je suis de retour en Italie. J’aime bien travailler au son des tasses qui s’entrechoquent. Et, au Mamma Maria, j’ai toujours de la compagnie. Il y a ceux qui viennent tuer le temps. Il y a les enfants qui rêvent devant le comptoir à glaces. Il y a les ados qui sirotent un soda, monsieur le curé, et, surtout, mes partenaires de scopa.
Ici, on vient échanger quelques mots, partager un apéro, esquiver la solitude ou écouter Celentano. Moi, je viens pour me persuader que j’ai bien fait de quitter Paris… et l’autre abruti.
Il fait quand même meilleur ici.
Et puis, on cherche aussi à profiter de la bonne humeur (ou non) de Maria, qui mène, comme une mamma, tout ce petit monde à la baguette.
Bref, j’ai enfin retrouvé mon village paisible.
Enfin, paisible jusqu’au jour où…

PRIX BABELIO LITTERATURE FRANCAISE 2020

 

2021_020_ Giuliano Serena - Mamma Maria

 

Bonjour à toutes et à tous,

Benvenuti a “Mamma Maria” !
Le petit bistrot où tout le monde vient prendre un café le matin ou un apéritif un peu plus tard. Bienvenue sous le soleil italien qui, en ces temps un peu triste, m’a fait rêver et oublier un peu le présent. J’ai eu l’impression d’avoir passé quelques jours à tremper mes pieds dans les eaux turquoise de la côte Amalfitaine. Une belle bouffée d’air !

L’histoire de Serana parle d’amour, d’amitié, de deuil et bien sûr de la famille…
Un « court » roman fort généreux, comme un bon plat de pâtes à l’italienne !

Tout le long du récit, j’ai trouvé des personnages merveilleux, très hauts en couleurs, avec beaucoup de caractère pour certains, de la compassion pour d’autres… Sofia, Maria et tous les autres nous offrent des moments de vie passionnants et beaucoup d’amour.

Le thème principal, traité avec élégance et finesse, n’étant pas indiqué dans le résumé, je garderai le secret !
Mais, il est d’actualité et dans cette histoire, il fera réfléchir tous les lecteurs…

Dans ce roman, il n’y a pas beaucoup d’intrigue.
Pas de tueurs en série, ni de courses poursuites non plus !
C’est roman très agréable et doux.
Un roman vivant, qui parle parfois un peu fort et avec les mains !
Un roman dans lequel on passe un bon moment, si bon qu’on pourrait y rester des heures.
Certains chapitres sont même de véritables cartes postales, il vous sera impossible de rester de marbre face à ces descriptions grandioses.
Un roman qui aborde, avec justesse, le racisme, la solidarité, l’amitié, la perte d’un être cher et la tolérance aussi…

J’espère que, comme moi, vous aurez envie de faire la connaissance de Maria, de Sofia, de Gianna… Franco bien sûr, Souma, Ugo, Antonio et bien d’autres encore…
Ils sont tous là, derrière la porte du bar. Ils vous attendent. Et qui sait ! Peut-être pourrez-vous boire un apéritif avec eux ? Un Amalfitano bien frais !

Alors n’hésitez pas, quittez votre fauteuil le temps d’une lecture sur la côte italienne, et venez pousser la porte du “Mamma Maria”…

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Extraits :

« je ne t’ai pas vu à l’église, dimanche, me lance le prêtre.
– Avec tout le respect que je te dois, Don Aniello, je n’y suis pas les autres dimanches non plus !
– Oui mais c’était un jour particulier…
– Pas pour moi.
– Tout le monde était là. Même Pino.
– Tant mieux pour toi, ça t’a fait plus de sous pour la quête… Les mariés étaient beaux aujourd’hui.
– Très. Tu sais que j’avais baptisée cette petite. Comme le temps passe vite.
– C’est un beau métier que de célébrer la naissance et l’amour.
– Oui, c’est presque toujours une bénédiction de faire ce que je fais.
– Presque toujours ? Bah alors ! Dieu ne serait pas un patron irréprochable ?
– Parfois c’est un peu difficile, d’obéir à ses ordres…
– Quand ça ?
– Quand il me demande d’enterrer mes amis, par exemple. »
…/…
« “On a passé la journée derrière les fourneaux, m’a expliqué Franco. Moi, j’apprends sa cuisine, et elle, la mienne.”
Pendant le repas je me suis rendu compte qu’il était plus facile d’avoir de la colère pour des inconnus derrière un écran de télévision qu’en face et en réalité. Lorsque “ces gens là”, comme je les ai souvent appelés, plongent leurs yeux dans les vôtres, lorsqu’on se retrouve devant une femme qui a préféré risquer mourir en pleine mer plutôt que de laisser ses enfants grandir dans un pays où il ne seraient pas libres, on se sent tout petit.
Et très con, aussi. »

 

 

Serena Giuliano est italienne mais a aussi quelques défauts. Elle écrit – en français – sur les réseaux et sur papier.

Elle arrive en France, en 1994. Elle a alors 12 ans et ne parle pas un mot de français. En trois mois, elle maîtrise la langue et se hisse au niveau de ses camarades de classe.
Après un BTS dans le domaine bancaire, elle se lance comme conseillère en image et crée un blog mode et beauté.
Mère de deux fils, elle crée son blog autour de la maternité, « Wonder mum », en 2013.
Après trois ouvrages « Wonder mum » (2014-2016), succès littéraire de l’année 2014, elle signe avec « Ciao Bella » (2019) son premier roman.
« Mamma Maria » (2020) remporte le prix Babelio 2020, dans la catégorie littérature française.
Serena Giuliano vit à Metz.

Émotion, Drame, Roman

Alabama

de Alexis Arend
Broché – 19 août 2020
Éditeur : Independently published

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« Que Dieu me pardonne, je détestais l’Alabama. Je le haïssais !
L’Alabama était le pays où toute la misère du monde avait choisi d’élire domicile. C’était le pays où se donnaient rendez-vous toutes les haines, toutes les iniquités, toutes les bassesses humaines. Aucune région du globe ne mettait un tel point d’honneur à annihiler la vie d’un homme, à le rabaisser, à lui faire courber l’échine jusqu’à le contraindre à ramper à terre, éreinté, vaincu.
Et, pour tous ceux dont le malheur était de ne pas avoir la peau claire, l’Alabama était tout cela aussi, en pire. Pour eux, il déployait tout son ignoble talent, il déchaînait toute sa noirceur contenue, toute sa dureté réfrénée. Oh oui ! Pour eux, l’Alabama se surpassait.
« Il n’y a rien de pire au monde, ni de plus éprouvant pour un homme, que d’être pauvre. Excepté le fait d’être un nègre, naturellement », disait mon père.
Ô combien il avait raison ! »

Trent P. Chestwood

 

2020_086_Arend Alexis - Alabama

 

Bonjour à toutes et à tous,

Je viens de tourner ma dernière page…
C’est complètement bouleversé que je termine ce superbe roman, le cœur vidé et pourtant rempli de belles images, les yeux pleins de larmes ruisselantes le long de mes joues…

J’avais adoré “Perdition” il y a un peu plus d’un an.
Il y a quelques jours le nouveau Alexis Arend : Alabama, est arrivé dans ma boîte aux lettres.

Dès que j’ai ouvert le livre, j’ai directement été plongé dans une ferme en Alabama où, un père vit seul avec son fils. Il a perdu sa femme et son ainé, suite à la fièvre qui a frappé la région en 1954. La vie est rude, les corvées nombreuses, pas le temps de se reposer. L’esclavagisme a été aboli, pourtant la ségrégation raciale reste la normalité dans cette partie des États-Unis, pendant les années 60.

Il n’y a pas vraiment de grandes surprises dans la thématique du récit.
Une famille de “Noirs” très pauvre, les Coleman, qui travaillent pour les Peterson…
Le Héros, Trent, un jeune Blanc sachant à peine lire et écrire, face à Toby, un Noir plus instruit qui aime s’évader à travers les livres, qui va même lui apprendre à lire, scellant ainsi une très belle amitié…
Une jeune fille Blanche qui tombe amoureuse d’un jeune Noir…
Et bien sûr, le Ku Klux Klan !

Là, où Alexis est vraiment très fort, c’est à sa façon de nous raconter son histoire qui va me passionner dès les premières lignes. Mélange d’Histoire et de poésie, servie par une écriture très fluide dont le ton change en fonction des intervenants. Une lecture très visuelle également, j’ai voyagé en Alabama, j’étais dans cette ferme avec tous ses personnages, sous la chaleur écrasante. Mais attention, c’est une histoire terrible, et on ne peut ressortir indemne d’un tel récit.

Grace à ses personnages terriblement émouvants, la plume de l’auteur a touché quelque chose en moi. À sa façon, Alexis cherche à immerger ses lecteurs véritablement au cœur de son roman, et ce n’est vraiment pas pour me déplaire… Même si mon cœur était triste à la lecture des derniers mots d’Alabama.

Comme pour Perdition,
Je m’incline humblement devant cette lecture.
Devant ce livre qui m’a fait sourire et pleurer…
Devant cette histoire qui m’a tant émue…
Devant ce texte qui après lecture m’a enrichit le cœur et l’esprit…

Livre à lire absolument !
Gros coup de cœur de cette fin d’année.

Merci Alexis.

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Extraits :

« Tu vois, quand je me plonge dans un roman, c’est un autre monde qui s’ouvre devant moi, je suis ailleurs, je vis d’autres vies, je découvre d’autres endroits, je rencontre d’autres personnes. Je les côtoie dans ma tête, guidé par tous ces mots et toutes ces phrases qui s’alignent et me racontent quelque chose. »

« – P’pa… est-ce que les livres sont une mauvaise chose, d’après toi ?
– une mauvaise chose, non, maugréa-t-il en rompant son morceau de pain. En tout cas, la plupart du temps, même si certains d’entre eux peuvent être subversif. Mais une chose futile, oui, certainement. Ils encombrent inutilement l’esprit, les remplissent de fadaises absurdes, inventées de toutes pièces par des tire-au-flanc qui non rien de mieux à faire de leurs journées que de paresser le cul sur une chaise à noircir bêtement du papier. Ils sont une pure perte de temps pour tout esprit sain, tout travailleurs de la terre comme toi et moi. Seule la sainte Bible, bien évidemment, mérite de faire partie de ce que doit posséder un homme dans sa vie. Le reste n’est que bon à jeter. Souviens-toi toujours de ça. »

 

 

Ancien ingénieur, Alexis Arend s’est aujourd’hui tourné vers sa vraie passion : l’écriture. Une passion qui l’habite depuis ses douze ans. Ses romans sont de véritables récits de voyage aux portes de l’étrange, dans lesquels transparaît toujours une très grande humanité, et où l’on y découvre en permanence ce fragile équilibre entre Bien et Mal.
Féru d’auteurs comme John Steinbeck ou Stephen King, mais également Bernard Clavel ou encore Émile Zola, c’est un fou de mots et d’images, un passionné d’Histoire et d’histoires, qui aime tout particulièrement voyager au travers de beaux récits.

N’hésitez pas à le contacter à cette adresse :
alexisarendpro@outlook.fr

ou sur son blog :
https://alexisarend.com/

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J’ai fait un rêve, qu’un jour, cette nation se lèvera et vivra la vraie signification de sa croyance : « Nous tenons ces vérités comme évidentes : que tous les hommes naissent égaux. »
J’ai fait un rêve, qu’un jour, sur les collines de terre rouge de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.
J’ai fait un rêve, qu’un jour même l’état du Mississippi, un désert étouffant d’injustice et d’oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.
J’ai fait un rêve, que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur leur comportement.
J’ai fait un rêve aujourd’hui.
J’ai fait un rêve, qu’un jour l’état de l’Alabama, dont le gouverneur actuel n’a à la bouche que les mots d’interposition et d’invalidation, sera transformé en un endroit où les petits garçons et les petites filles noirs pourront prendre la main des petits garçons et des petites filles blancs et marcher ensemble comme frères et sœurs.
J’ai fait un rêve aujourd’hui.

Extrait du discours de Martin Luther King, le 28 aout 1963

Émotion, Histoire, Roman

Le temps des vieux moulins

de Isabelle Artiges
Broché – 13 juin 2019
Éditeur : Éditions De Borée

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En 1943, Madeleine a 19 ans et vit au rythme de ses missions de messagère pour les maquisards de la campagne périgourdine. Arrêtée par les nazis, elle est relâchée grâce à l’intervention de sa meilleure amie Yvonne, en couple avec un soldat allemand. D’août 1944 à novembre 1945, Madeleine va poursuivre son combat contre l’envahisseur, du Périgord à Paris, et être happée par les remous de la grande Histoire. De la libération de Paris aux dernières poches allemandes sur l’Atlantique, elle va suivre un chemin cahoteux, à l’image de son pays. Le Temps des vieux moulins, c’est aussi une histoire d’amitié entre deux femmes que tout oppose. Madeleine la résistante, Yvonne l’amoureuse d’un Allemand. Et quand viendra le temps des comptes, Madeleine n’aura de cesse de sauver son amie.

 

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Bonjour à toutes et à tous,

C’est le second roman d’Isabelle Artiges que je lis, et comme pour le premier, une certaine magie a opéré, j’ai été emporté dans ce roman d’aventure et d’amitié plein de rebondissements…

Un très beau roman exigeant…
Tout le contraire d’un page-turner. Quel plaisir, quel bonheur de se plonger dans un livre où chaque mot à un sens et une utilité, dans lequel les personnages semblent réels tant ils sont bien décrits. Une fresque sur toute une période de notre histoire ; la guerre, l’après guerre, la vie en province…

C’est un livre merveilleux, avec une écriture originale qui va parfaitement avec la vision du monde racontée par Isabelle. Elle décrit parfaitement l’horreur de la guerre et la dynamique qu’elle a déclenchée.

Mais malgré les horreurs de la guerre, les carnages, la veulerie, la cupidité… d’autres pages sublimes parlent de la fraternité, la solidarité, l’amitié, reprendre pied, tenter enfin de vivre pour oublier…
Une « certaine justice » sera-t-elle faite ?
On y croit, et puis tout s’écroule, et puis il y a des rebondissements, encore, toujours.

Isabelle a un réel talent pour raconter de belles histoires.

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Extrait :

« Un brouillard silencieux bouchait mes oreilles, je peinais à ouvrir mes yeux. J’étais prisonnière de mon propre corps. J’arrivais enfin, après bien des efforts, à bouger mes doigts. Des rumeurs me parvenaient. D’abord des sons incompréhensibles, puis petit à petit des bruits de voix de plus en plus perceptibles. Mon cerveau s’éveillait. Je marchais dans la pénombre sur un long sentier, apercevant enfin une lueur. Mes paupières étaient encore lourdes.
– Ils vont forcer les dernières résistances extérieures et anéantir les points d’appui de Paris. Il est prévu un premier passage porte de Gentilly, pour accéder au Luxembourg, à l’Hôtel de Ville, au Louvre jusqu’au Meurice, poste de commandement général von Choltitz, expliqua un homme près de moi.
– La deuxième vague de franchira la porte d’Orléans et marchera sur l’école militaire et le parlais Bourbon. Pour cela, ils vont former deux colonnes. Une qui va suivre les boulevards extérieurs jusqu’au viaduc d’Auteuil, l’autre remontra la Seine, passera par Montparnasse et les Invalides. Tout le monde se retrouvera à la Concorde. Telles furent les paroles qui résonnaient dans ma tête. »

 

 

Périgourdine d’origine, Isabelle Artiges est une esthète et une femme d’entreprise. Cosmétiques de luxe et mode sont ses choix professionnels ; piano et peinture, ses passions.

Mais c’est aussi une insatiable conteuse. Après une vie professionnelle bien remplie, elle se consacre désormais à sa passion : l’écriture. L’académie des Arts et des Lettres du Périgord, dont elle est aujourd’hui membre, a salué son talent et lui a attribué son prix de littérature en 2015 pour La Belle Créole.

Émotion, Drame, Histoire, Roman

Le Bal des folles

de Victoria Mas
Broché – 21 août 2019
Éditeur : Albin Michel

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Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.

Prix Renaudot des Lycéens 2019.

Sélection Les 30 meilleurs livres de l’année 2019 du magazine Le Point.

Sélection Les 100 livres de l’année 2019 du magazine Lire.

 

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Bonjour à toutes et à tous,

Nous sommes à hôpital de La Pitié-Salpétrière, à la fin du XIXe siècle, à une époque où les femmes ne sont qu’une décoration sur le bras d’un homme.
Plusieurs femmes sont enfermées dans cet hôpital qui rendrait folle n’importe quelle femme saine d’esprit. Il est dangereux d’être “différente”.
Victimes d’un traumatisme enfant, victimes de visions et de voix, pour peu qu’elles ne rentrent pas dans le contrat normalisé des leurs, elles sont envoyées à la Salpêtrière, sous le commandement du docteur Charcot, grand précepteur des maladies neurologiques.

Que de violence dans cette société du XIXe siècle, à l’égard des femmes. Eugénie Clery, jeune fille bourgeoise, éprise de liberté, a un don, elle voit et entend les morts. Elle se confie à sa grand-mère, quelle erreur… En quelques heures, Eugénie est rayée de la vie de sa famille et jetée aux oubliettes sans que plus personne ne se préoccupe de son sort.
Le père d’Eugénie en toute hypocrisie, va proposer une promenade à sa fille… vers cet hôpital psychiatrique, La Pitié-Salpétrière.

Les bourgeois viennent, comme s’il se rendaient au cirque, se faire peur devant les crises d’épilepsie de certaines patientes… Crises provoquées par Charcot lui-même… devant un public béat par ses miracles. Geneviève y soigne ces « malades mentaux”. Elle se rendra vite compte qu’Eugènie n’est nullement folle et décide de l’aider.

Un très bon roman, que je n’ai pas lâché jusqu’à la fin. Le style d’écriture de Victoria est presque poétique, malgré la peinture sordide de cette époque et particulièrement de cet établissement. Les conditions d’accueil et de « soin » des patientes, les salles communes, les chambres d’isolement… Des dizaines de femmes dormant dans une même pièce, attendant que la journée se passe… Seulement des femmes… Pas toutes folles, loin de là.
Il est si facile à l’époque pour un homme de faire interner son épouse ou sa fille !

Heureusement, le Bal des folles approche. Un bal que le Tout Paris bourgeois attends…
Une préparation qui va occuper ces femmes désœuvrées.
C’est si amusant d’y participer, d’approcher pour un soir ces folles qui ont choisi leur belle robe, si amusant de faire partie de cette élite parisienne, si amusant d’y être vu.

Le sujet du livre est basé sur des événements réels. Cet hôpital est à la fois un hôpital et une prison.

Tout le long de ma lecture, j’ai vraiment eu l’impression de vivre dans le passé, ou plutôt d’avoir pu voir à travers une petite fenêtre sur le passé, la vie de ces femmes confrontées à beaucoup de souffrance et de douleur.

Le bal des folles est un très bon roman, où Victoria Mas donne la voix a trois femmes fortes, alliant l’histoire de la psychiatrie à une réflexion profonde sur la condition des femmes déplorable à cette époque, et parfois encore aujourd’hui…

À découvrir…

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Extrait :

« En dehors des murs de la Salpêtrière, dans les salons et les cafés, on imagine ce à quoi peut bien ressembler le service de Charcot, dit le « service des hystériques ». On se représente des femmes nues qui courent dans les couloirs, se cognent le front contre le carrelage, écartent les jambes pour accueillir un amant imaginaire, hurlent à gorge déployée de l’aube au coucher. On décrit des corps de folles entrant en convulsion sous des draps blancs, des mines grimaçantes sous des cheveux hirsutes, des visages de vieilles femmes, de femmes obèses, de femmes laides, des femmes qu’on fait bien de maintenir à l’écart, même si on ne saurait dire pour quelle raison exactement, celles-ci n’ayant commis ni offense ni crime. Pour ces gens que la moindre excentricité affole, qu’ils soient bourgeois ou prolétaires, songer à ces aliénées excite leur désir et alimente leurs craintes. Les folles les fascinent et leur font horreur. Leur déception serait certaine s’ils venaient faire un tour dans le service en cette fin de matinée. »

 

 

Victoria Mas, née en 1987 au Chesnay dans les Yvelines, est une écrivaine française.
Elle est la fille de la chanteuse Jeanne Mas.

Elle a travaillé dans le cinéma comme assistante de production, scripte et photographe de plateau.

Elle étudie le cinéma et la littérature anglo-américaine aux Etats-Unis où elle a vécu 8 ans.
Elle y publie en 2014 un ouvrage dédié à la cuisine française, véritable guide pour les américains désireux de se familiariser avec les us et coutumes gastronomiques en vue d’un séjour en France : “The Farm to Table French Phrasebook: Master the Culture, Language and Savoir Faire of French Cuisine”.

De retour en France, elle obtient un master en littérature à la Sorbonne.

“Le bal des folles” (Albin Michel, 2019), son premier roman, a figuré dans la première sélection du prix Stanislas qui récompense chaque année un primo-romancier de la rentrée littéraire. Il a été récompensé, par l’obtention, du prix Renaudot des lycéens. Le roman a pour cadre l’hôpital de la Salpêtrière à la fin du XIXe siècle et les recherches du docteur Charcot sur l’hystérie et l’hypnose auprès de femmes internées. Pour Jérôme Garcin de L’Obs, « Dans une prose limpide, légère comme un pastel […] la jeune romancière stigmatise le machisme triomphant et fait entendre, bouleversante, la voix de celles qu’on a muselées, étouffées, hypnotisées ». Le roman va être adapté au cinéma par la réalisatrice Mélanie Laurent.

Émotion, Roman

La part des anges

de Laurent Bénégui
Broché – 7 septembre 2017
Éditeur : Julliard

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À la mort de Muriel, sa mère, Maxime se rend au Pays basque pour les funérailles. Il assiste à la crémation en état de choc et, quand on lui donne les cendres, ne sait pas quoi en faire. Il dépose donc l’urne dans le panier à commissions de sa mère pour emmener celle-ci une dernière fois faire ses courses au marché. Une initiative en forme d’hommage épicurien qui devient embarrassante lorsque, entre les étals de fruits et de poissons, apparaît Maylis, la jolie infirmière qui s’est occupée de Muriel jusqu’à son dernier souffle… Comment lui avouer que celle-ci est au fond du cabas ?
Écrire sur le deuil avec humour et légèreté, sans pour autant négliger la profondeur des émotions, c’est le pari réussi de cette comédie qui encense la vie. Avec son esprit facétieux et son art de plonger ses protagonistes dans les situations les plus inextricables, Laurent Bénégui compose un émouvant éloge de la figure maternelle tout en célébrant les plaisirs de l’existence.

 

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Bonjour à toutes et à tous,

J’ai découvert Laurent Bénégui avec “Le Mari de la harpiste”, un roman tout en finesse, en douceur et sincérité, en même temps drôle et vivifiant.

Avec “La part des anges”, Laurent récidive avec une comédie un peu surréaliste où j’y ai retrouvé encore la douceur et la sincérité.

Comment aborder le deuil de façon drôle et légère ?
C’est le défi que s’est lancé Laurent !

Maxime vient de perdre sa mère, Muriel.
Il décide de l’incinérer mais ne sait que faire des cendres.
On lui a dit : “interdiction de garder les cendres chez vous ou de les disperser bon gré bon vent”.
Maxime est complètement perdu.
Sa mère aimait tant aller au marché !
Alors, ce sera donc juste un tour au marché, bien au frais dans le sac à provisions, sous les carottes, le foie gras et le fromage.
Et nous voilà partis pour une balade dans le marché de Saint-Jean de Luz, où il croisera Maylis, l’infirmière qui s’occupait de sa mère…

Quand Maxime est allé dans le sud de la France pour rejoindre la rejoindre une dernière fois, il ne s’attendait pas à ce que sa vie prenne une nouvelle direction.
Et moi, je m’attendais à un “petit” roman agréable pour me détendre…

“La part des anges” est beaucoup plus que ça !
Malgré le fait que Muriel soit décédée, elle est toujours là… Elle surveille son fils, le conseille, lui fait remarquer que Maylis à l’air d’en “pincer” un peu pour lui ! Elle donne son avis sur tout…

Dans ce court récit pas de mélo. Au contraire il y a même des notes très optimistes.
Laurent nous offre une approche du deuil très originale. C’est une ode à la vie, une ode à l’amour mais aussi une émouvante célébration à toutes les mères…

Maxime va doucement se laisser porter par les événements.

Parler d’un sujet aussi douloureux que la mort d’un être cher avec autant d’humour et autant d’amour, ce n’était pas gagné.

Merci Laurent, pour cette belle histoire qui fait du bien !

À lire…

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Extrait :

« Rien ne put empêcher leurs mains de s’agripper, leurs bassins, leurs torses et leurs bouches de se rencontrer. Leurs premiers baisers s’échangèrent au milieu du souffle haletant des désirs exaltés. Qui avait pris l’initiative ? Plus tard ils se poseraient sans doute la question, mais la seule réponse valable serait qu’ils étaient arrivés, ensemble, à la fin du même trajet. »

 

Romancier, mais aussi scénariste et réalisateur, Laurent Bénégui poursuit de livre en livre sa conquête des lecteurs, de plus en plus nombreux à apprécier la fécondité de son imagination et la vivacité de son écriture. Chez Julliard, il est l’auteur de douze romans, dont : La Paresse de Dieu (1998), Grand prix de la littérature policière, Je ne veux pas être là (2006), Le jour où j’ai voté pour Chirac (2007), Le Tournevis infiniment petit (2008), SMS (2009), Mon Pire ennemi est sous mon chapeau (2010), prix Albert Bichot, La Part des anges (2017), prix de l’Académie Rabelais 2018 et Le Mari de la harpiste (2019). Son talent n’a pas échappé aux producteurs de cinéma puisque Au Petit Marguery et SMS ont été adaptés pour le grand écran.

Émotion, Drame, Roman

Les Secrets

Amelie Antoine
Poche – 6 mars 2019
Éditeur : Le Livre de Poche

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Vous l’aimez plus que tout au monde.
Vous lui faites aveuglément confiance.
Vous ne rêvez que d’une chose : fonder une famille ensemble.
Mais rien ne se passe comme prévu.

Et si le mensonge, parfois, était une ultime preuve d’amour ?
Une histoire racontée à rebours, car c’est en démêlant les fils du passé qu’on peut comprendre le présent.

Une nouvelle reine du thriller qui embarque le lecteur dans un univers trouble et amer. Plume haletante, dialogues vifs et efficaces… Du grand art.

Adeline Fleury, Le Parisien Week-end

 

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Bonjour à toutes et à tous…

Suite à ma dernière lecture, “Le jour où” d’Amélie Antoine, je suis tombé en panne de lecture et ce, durant quelques jours…
J’étais tellement imprégné de ce récit qui m’avait bouleversé que je ne savais plus quoi lire !

Tuons le mal par le mal, j’ai donc enchaîné sur un autre roman d’Amélie.

“Les secrets”.
Je ne savais pas du tout à quoi m’en tenir, mais dès le début j’ai reconnu le style incisif de son écriture, avec un challenge supplémentaire. L’histoire est écrite à l’envers !
Quand je dis “à l’envers”, vous ne serez pas obligé de vous contorsionner dans tous les sens pour le lire !
Pas besoin de miroirs non plus !
Amélie remonte tout “simplement” le temps, et dans les chapitres et dans le récit, mêlant flashback et présent. Elle nous entraîne dans une grande spirale intenable où chaque petit détail a une réelle importance. C’est une superbe idée, parfaitement maîtrisée… Cela m’a obligé à une lecture très différente de d’habitude, beaucoup plus lente. Le récit commence dans le présent et remonte ainsi jusqu’à six ans auparavant.

Mais attention, vos nerfs seront mis à rude épreuve !

Mathilde, est une trentenaire mariée depuis plus de dix ans à Adrien. Ils ont tout pour être heureux. Mais il manque l’élément essentiel dans leur vie de couple… un enfant.
Tomber enceinte va devenir l’obsession de Mathilde, une obsession telle qu’elle occupera toutes ses pensées jours et nuits.
Et puis, il y a Élodie, la maman de Jeanne… Jeanne qui voudrait simplement connaître son papa, Yascha, complètement démissionnaire.

WAOUH !
C’est un roman, qui encore une fois, prend aux tripes. Malgré le fait que je ne soit pas une femme (si, si je vous assure !) c’est avec émotion que j’ai partagé les problèmes de nos héros qui vont se croiser, s’entremêler dans la vie sans même s’en rendre compte.
C’est un roman qui parle de situations très réelles pour certain(e)s d’entre nous, et qui m’a touché dès les premiers lignes.

Jusqu’où sommes nous capable d’aller par amour ?

Une histoire très originale et attachante à côté de laquelle il serait dommage de passer sans s’arrêter.

Merci Amélie…

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Extraits :

« Comment croire, comment accepter que son ventre se soit tout à coup transformé en cercueil ? Le cœur au bord des lèvres, elle voudrait que tout soit déjà derrière eux, que ce bébé mort avant d’être né ne soit plus en elle, que quelqu’un vienne maintenant et l’extirpe de son corps. C’est une sensation tellement incontrôlable, tellement intense, tellement honteuse qu’elle sait, au moment même où elle est saisie de dégoût et d’effroi, qu’elle ne pourra jamais en parler à personne.
Cet instant précis où l’enfant qu’elle abritait dans son ventre et qu’elle n’a pas su protéger s’est transformé en déchet à évacuer et à oublier. »

…/…

« Peut-être parce que le chagrin est quelque chose d’extrêmement personnel, même quand on affronte ensemble la même épreuve. »

 

Amélie Antoine est née en 1984, ce qui en fait encore d’elle, d’après son éditeur, une « jeune trentenaire ». Elle vit à Lille avec sa famille.

Après un récit autobiographique, Combien de temps, publié en 2011, elle se lance dans la fiction et publie en mars 2015 son premier roman Fidèle au poste. Ce texte connaît très vite un vif succès, et parvient à séduire plus de 25 000 lecteurs en autoédition, avant d’être repéré par les éditions Michel Lafon et de sortir en librairie en mars 2016, puis dans les pays anglophones en août 2016. Depuis, ce sont plus de 250 000 lecteurs qui ont été conquis par ce thriller psychologique ! Une adaptation au cinéma est en cours de réalisation.

Son deuxième roman, Au nom de quoi, sort en 2016. Par obligation éditoriale, il est dans un premier temps publié sous le pseudonyme de Dorian Meune. Ce texte revient, par le biais de la fiction, sur la soirée du 13 novembre 2015 au Bataclan.

Sorti en 2017 en librairie, son troisième roman, Quand on n’a que l’humour…, retrace la carrière d’un humoriste au sommet de la gloire, un homme brisé qui cherche à tout prix à renouer avec son fils duquel il s’est éloigné au fil des années.

En novembre 2017, c’est un projet atypique de deux romans noirs qu’elle publie avec Solène Bakowski : Avec elle / Sans elle.

« Raisons obscures » (2019) est son sixième roman, il est publié chez XO éditions.

son site : http://www.amelie-antoine.com
page Facebook : https://www.facebook.com/AmelieAtn/

Historique, Roman

La forêt des violons

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Philippe Lemaire
Broché – 10 septembre 2020
Éditeur : Éditions De Borée

Février 1917, St Petersbourg. La famille Malinovski vit richement de ses plantations de thé et de sa fabrique de samovars, indifférente aux événements qui agitent la capitale. Mais bientôt, la Révolution s’intensifie, et ils n’ont d’autre choix que la fuite. Après un long et dangereux voyage, ils atteignent enfin Nice : la famille est réunie, mais ruinée. Ensemble, ils vont pourtant s’inventer un nouveau destin. Kostia, le fils cadet, trouve un poste de livreur dans une fabrique de chocolat, où il rencontrera Marie-José… Quant à Elena, sa soeur, c’est une nouvelle fois sa passion pour le violon qui la sauvera…

 

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Je découvre la plume de Philippe Lemaire avec “La forêt des violons”.
Le style et le ton tantôt direct, tantôt imagé conviennent parfaitement à ce type de récit.
Me voilà en 1917, en pleine révolution russe avec la famille Malinovski.

L’histoire que nous conte Philippe est passionnante. La famille Malinovski, Adélaïde et Nikolaï, est une famille bourgeoise. Grande et belle maison, une usine qui fabrique des samovars à plein temps, des plantations qui produisent des feuilles de thés renommées dans toute la Russie et leurs deux enfants, Elena, virtuose au violon, Kostia qui veux s’engager dans l’armée. Une famille aisée et heureuse en apparence. Mais très vite, on se rendra compte que leur vie n’est pas si heureuse que ça…

Le roman est construit comme un dyptique.

Une première partie, la plus longue, nous raconte les affres de la révolution de 1917, la montée des bolcheviks, dont Lénine est le principal dirigeant, prenant violement le pouvoir en Russie, le Tsar déchu, les grèves dans les usines, des meurtres pour un oui, pour un non, la neige constamment tachée de sang…
Ne tenant plus et pour éviter au mieux la ruine, la famille Malinovski décide de quitter le pays. Commence alors une longue pérégrination à travers des contrées peu accueillantes gelées et enneigées. Leur route sera régulièrement semée d’embuches et d’étonnantes rencontres…

La seconde partie se veut plus calme, quoi que psychologiquement très dure à vivre pour les Malinovski qui se retrouvent en tant qu’émigrés dans la ville de Nice. Ils feront tout leur possible pour récupérer argent et statut social… J’ai malheureusement trouvé cette partie beaucoup trop courte, créant une sorte de déséquilibre au récit. Elle aurait méritée plus de pages à mon goût pour aller plus loin dans le développement final, à moins qu’une suite ne soit prévue !

Les passages qui évoquent la belle Elena et sa passion pour le violon sont superbes. Ce sont des instants entre parenthèses qui sont vécus dans un monde en plein chaos. On sent le bouillonnement qu’elle ressent lorsqu’elle tient son instrument entre ses mains.

L’écriture de Philippe est admirable et complètement adaptée à la période historique.

N’oublions pas les “seconds” personnages, développés au fur et à mesure du récit qui sont délicieux ou repoussants, Gradov, Kroutkine, Ephraïm, Sacha, Marie-José, pour ne citer qu’eux…

“La forêt des violons” est un roman très agréable, il m’a permis de m’évader dans un autre lieu, un autre temps…

Je le conseille à tous les amateurs du genre.

Un grand, très grand merci à Virginie Bourgeon des Éditions de Borée…

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Extraits :

« – Les cosaques, ils arrivent !
L’air sentait l’émeute et le crottin de cheval. Des silhouettes de cavaliers apparurent dans toutes les rues qui débouchaient sur la place. Kostia connaissait trop bien ce genre de manœuvre. Les cosaques bouchaient les issues avant de charger. Il n’en restait qu’une, la gare. Une vibration intense parcourut la foule. Mais personne n’osait encore bouger. Tout sembla figé dans un laps de temps interminable. Puis, soudain, une femme se mit à courir vers l’entrée de la gare. Elle trébucha et s’étala de tout son long dans la neige gelée. Elle se mettait à genoux quand un homme qui courait aussi la bouscula. Puis un autre. Un vent de panique s’était emparé des gens. La femme hurla. On la piétinait. Elle était trop loin pour que Kostia puisse lui porter secours. Elle tentait de se protéger la tête des coups de botte. La place fut bientôt vide. Il n’y eut plus, près de Kostia, qu’un marchand ambulant qui refermait et son éventaire. Il n’avait plus rien à vendre, mais il était resté pour voir ce qui allait se passer. Il recracha les graines de tournesols qu’il était en train de mastiquer, puis, désignant du menton les dernières personnes qui entraient dans la gare, il dit en s’adressant à Kostia :
– Ah ! Ils me font marrer avec leur révolution. Ce n’est pas en montrant leur cul au cosaques qu’ils vont gagner… Enfin, ce n’est jamais très agréable de prendre un coup de sabre dans le bide. Mais si les cosaques avaient voulu charger, ils l’auraient fait depuis longtemps. »

…/…

« Le silence s’éternisait. Un silence dense comme du plomb qui enferme chacun dans ses pensées. La petite fille aux yeux noirs s’était endormie contre sa mère qui lui caressait les cheveux. Même Adélaïde Ivanovna, qui n’avait jamais aimé les juifs, était ému. Kostia se releva pour remettre une bûche dans le feu, soulevant une gerbe d’étincelles. »

 

 

Philippe Lemaire a longtemps été journaliste, présentateur du journal télévisé de France 3 Rhône-Alpes Auvergne.

Auteur de chansons et réalisateur de films documentaires, il se fait remarquer dès son premier livre « Les Vendanges de Lison » (2003).

Il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Il a notamment publié « La Mélancolie du renard » (2015), son son neuvième roman, « L’Enfant des silences » (2013) et « Rue de la côte-chaude » (2011). Il prouve une fois de plus son talent dans « La Forêt des violons », son seizième roman.

Ardennais, Il vit en Rhône-Alpes depuis de longues années.

Les racines de Philippe Lemaire, justement, ce sont les Ardennes. « Quand je reviens à Saint-Laurent, je ressens les choses différemment, je me sens heureux, simplement. C’est difficile à expliquer, c’est un peu comme si j’avais les ombres de mes grands-parents à mes côtés. »
Le cheval de bataille de l’écrivain, c’est aussi d’essayer de convaincre que la lecture, c’est indispensable. « Lire, c’est fondamental, explique-t-il. Cela permet de s’évader, de réfléchir, de structurer sa vie. »
Philippe Lemaire s’est mis à la lecture lorsqu’il avait six ans. « Ma grand-mère lisait des romans photos, ça a été mon premier vrai contact avec les livres. Et puis j’ai rencontré un professeur de Français en quatrième, qui écrivait des pièces de théâtre, et les choses se sont enchaînées. »
L’auteur ardennais met aussi, et surtout, de sa vie dans ses romans. « L’écriture traduit une émotion. Si j’angoisse, le lecteur s’en rendra compte. Si je suis tendu, heureux, cela se verra. Toute ma vie j’ai écris, je serais incapable de m’arrêter. Je pourrais même écrire s’il le fallait des modes d’emploi. C’est mon métier, c’est comme si j’étais artisan ou même employé, c’est comme ça. »
Et Philippe Lemaire a choisi son style. « J’écris des romans aux personnages simples. Je n’aime pas ls romans ”coffre-fort” où les lecteurs doivent chercher des combinaisons compliquées  », précise-t-il.