d’Arnaud Codeville
Broché – 1 juin 2015
Éditeur : Autoédition

Si l’horreur avait la possibilité de se matérialiser, je pense en avoir été témoin cette nuit-là…
Adel Blanchard est un écrivain en perdition. Depuis quelques mois, sa vie ne se résume qu’à éviter les huissiers et à courir après son ex-femme pour voir ses deux enfants. Pour sortir la tête de l’eau, il accepte un poste de professeur de Lettres dans une faculté de Lille. Mais peu à peu, il ne peut s’empêcher de glisser dans la dépression. Un soir, alors qu’il est prêt à commettre l’irréparable, sa voisine de palier intervient miraculeusement et l’en empêche. Il voit en elle l’opportunité de démarrer un nouveau chapitre de sa vie, c’est donc naturellement qu’il participe au projet universitaire qu’elle organise avec un collègue : la restauration d’un phare en Loire-Atlantique. Malheureusement, il ne se doute pas que ce périple le mènera au cœur de la terreur où il y laissera une partie de son âme…

Cela faisait longtemps que je n’avais pas ouvert un véritable roman d’horreur. Pourquoi cette longue parenthèse ? Je l’ignore… Peut-être est-ce simplement l’âge qui me rend plus sélectif. Toujours est-il que La Tour de sélénite, d’Arnaud Codeville, patientait depuis des années dans ma bibliothèque. Et quelle excellente idée j’ai eue de l’en sortir !
Je l’ai commencé hier matin… et je l’ai terminé en quelques heures. Une lecture d’une seule traite, tant il m’a happé une fois ses griffes plantées dans mon imagination.
Je dois pourtant être honnête, les premières pages m’ont demandé un petit temps d’adaptation. J’y ai perçu les hésitations d’un premier roman, une introduction un peu longue et quelques accents plus romantiques qu’attendus. Mais Arnaud semble justement connaître son piège. Et si c’était ça justement son secret. Reculer, ralentir pour mieux capturer son lecteur ensuite…
J’ai fait la connaissance d’Adel, un écrivain brisé par la vie. Après le succès fulgurant de son premier livre, il se retrouve ruiné, divorcé, éloigné de ses enfants et profondément dépressif. Devenu professeur à l’université de Lille, il tente difficilement de reconstruire son existence. Après une tentative de suicide avortée, il est sauvé in extremis par sa voisine et collègue Laure et se lie d’amitié avec plusieurs de ses collègues, reprend peu à peu goût à la vie.
De retour de ses premières vacances avec ses enfants, un drame vient bouleverser ce fragile équilibre. Il apprend avec effroi que deux de ses collègues, dont Laure, qui devait l’appeler durant ses congés, ont disparu mystérieusement alors qu’ils devaient rénover un vieux phare abandonné. Pourtant, personne ne les a jamais vus y entrer. Dès lors, Adel et trois autres collègues décident de partir à leur recherche… sans imaginer qu’ils s’apprêtent à franchir les portes de l’horreur. À partir de cet instant, je n’ai plus respiré de la même façon. Le phare devient un personnage à part entière, vivant, oppressant, presque conscient de la présence de ceux qui osent pénétrer entre ses murs. Chaque pierre semble dissimuler un cauchemar, chaque couloir une menace. J’ai véritablement ressenti cette montée d’angoisse. Plus d’une fois, je me suis surpris à regarder derrière mon épaule ou à interrompre ma lecture quelques secondes tant certaines scènes étaient dérangeantes. Âmes sensibles, vraiment, abstenez-vous.
J’ai également beaucoup apprécié les personnages, tous profondément humains. Adel m’a touché par sa sincérité, son désespoir et son courage…
La plume d’Arnaud est fluide, nerveuse et terriblement immersive. La tension grandit sans relâche jusqu’à un huis clos fantastique où la terreur devient presque palpable.
Pour un premier roman, je le trouve remarquable. La Tour de sélénite est un récit sombre, addictif et viscéralement inquiétant, qui prouve déjà tout le talent d’un auteur capable de transformer un simple phare en l’un des lieux les plus effrayants que j’aie visités… sans jamais quitter mon fauteuil.
÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :
« Je déposai ma valise et quelques cartons contenant le reste de ma vie dans un appartement vide. J’avais accepté ce poste de professeur de lettres à l’université privée de Lille par dépit, car mes maigres économies s’étaient envolées avec mon ex-femme. Quelques années auparavant, j’avais eu cette brillante idée de devenir écrivain. J’avais abandonné l’enseignement pour me consacrer à l’écriture.
Le premier livre m’avait valu une certaine notoriété dans le monde littéraire. Il s’inspirait des œuvres de Sir Arthur Conan Doyle, autant dans le style que dans la narration.
L’histoire mettait en scène un ancien Poilu qui revenait du front, et dont la femme était retrouvée assassinée peu après son retour. Ce roman connut immédiatement le succès et l’on me proposa même d’en faire un film. »
« — Il y a des zones d’ombre, murmura-t-elle, à la lisière de nos vies quotidiennes. Il existe des forces obscures que nous, pauvres êtres humains, nous sommes incapables de contrôler et même de comprendre…
Il y eut un long silence que seuls les bruits de la rue venaient combler. Elle termina son thé, et se leva d’un bond. Visiblement gênée par ses confidences, elle n’osait plus me regarder dans les yeux. Elle sécha ses larmes d’un revers de la main et me donna un baiser sur la joue. »
« — Ce phare est maudit…
Éric s’étrangla et explosa de rire.
— Je m’en doutai… je m’en doutai que le vieux allait nous sortir un truc pareil.
Je le fixai du regard et il comprit aussitôt qu’il devait se taire.
— Ne faites pas attention à lui, monsieur, vous pouvez être plus précis, s’il vous plaît ? Qu’est-ce qui vous dit que ce phare est maudit ?
— Il y a un peu plus de trente ans, commença le propriétaire, juste après la guerre en fait, l’île a trouvé un nouvel habitant. Un médecin…
L’Anglais, dont l’inquiétude se lisait sur le visage, l’interrompit :
— Quel mal y a-t-il à ça ? »
« Au bout d’une demi-heure, nous avions fait un passage assez grand pour qu’un homme puisse traverser.
Je pris mon courage à deux mains et le franchis le premier, éclairé par ma lampe-torche. L’odeur pestilentielle était beaucoup plus forte ici. La pièce, dont le sol était composé uniquement de terre de couleur sombre, était large d’au moins six mètres sur trois. Sur les murs ne restaient que les équerres en métal de plusieurs étagères. Le bois qu’elles soutenaient s’était probablement désagrégé avec le temps. À notre gauche était disposé un bureau en fer où un nombre incalculable de fioles, tubes à essai, bocaux à combustion, éprouvettes et bien d’autres instruments de chimie étaient posés çà et là. J’avançai prudemment quand soudain, mon corps refusa de faire un pas de plus. »


Né en 1980 dans le nord de la France, Arnaud Codeville est avant tout un passionné. Adolescent, il découvre le cinéma horrifique et comprend immédiatement que cet univers va prendre une place importante dans sa vie. Il aime avoir peur.
À 17 ans, Arnaud croise la route du jeu de rôle L’appel de Cthulhu. Il dévore dès lors les textes de H.P. Lovecraft, devient maître de jeu et écrit ses propres scénarios.
En 2015, il se lance dans l’écriture de son premier roman La tour de Sélénite. L’année suivante, il édite un second opus : 1974 qui sera élu « plume francophone » par les lecteurs d’Amazon puis primé par le site Plume libre dans la catégorie « nouvelle plume ».
En 2019, sort Parasite qui a été nommé au prestigieux Prix Masterton dont il a été finaliste.
En 2021, il publie Règne, son premier roman post-apocalyptique.



































Vous devez être connecté pour poster un commentaire.