Émotion, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Le bal de ses nuits

de Magali Le Maître
Broché – 16 mars 2017
Éditeur : Fleur sauvage

Un site de sorties pour parents divorcés et autres âmes égarées.
Un groupe d’amis devenus inséparables : cinq hommes, cinq femmes.
L’une est retrouvée égorgée ; puis une deuxième.
Les enquêteurs sont formels : le tueur est un membre du groupe.

Encore une histoire de psychopathe…
Et si ce n’était pas le bon scénario ?

Noirceur, suspens, faux semblants, l’auteure de Quelqu’un comme elle a su réunir tous les ingrédients nécessaires à un excellent thriller psychologique.

Après avoir découvert Magali Le Maître avec Quelqu’un comme elle il y a quelques années, j’ai eu beaucoup de plaisir à la retrouver avec Le bal de ses nuits. Et une nouvelle fois, je me suis laissé prendre dans ses griffes !

Magali va droit au but et m’embarque rapidement au cœur d’une drôle de bande d’amis réunis grâce à un site de rencontres un peu particulier qui se nomme S.O.S., pour « Si On Sortait ».
Le principe est simple. Permettre à chacun, parents, enfants, célibataires ou non, de se retrouver autour de sorties et de moments partagés.
C’est ainsi qu’un groupe se forme peu à peu, « La Meute », composé de cinq femmes, Suzanne, Véronique, Iris, Kim et Magdalena, et de cinq hommes, Greg, Chris, Bertrand, Carlo et Youenn, et leurs enfants. Mais derrière les verres partagés, les week-ends et les apparences sympathiques, une question finit forcément par surgir. Connaît-on réellement les gens avec qui l’on passe du temps ?
Magdalena, revenue à Lille après sept années passées en Espagne, fait partie du groupe depuis deux ans. Elle y a trouvé une nouvelle vie sociale, au grand désespoir de Benoît, son compagnon et capitaine de police, qui considère ces relations comme plutôt superficielles.

Mais lors de l’anniversaire de Kim, tout bascule lorsqu’un invité revient prétendument chercher son portefeuille, une fois la fête terminée. Kim est retrouvée égorgée…
Une enquête commence et la vie de « La Meute » vole en éclats.

J’ai particulièrement aimé la première partie, qui prend le temps de présenter les personnages tout en tissant progressivement une intrigue de plus en plus difficile à démêler.
Puis Magali redistribue complètement les cartes dans la seconde partie, offrant une nouvelle vision à son récit. J’avoue avoir été un peu perdu au début par ce changement d’angle… avant de comprendre à quel point cette idée était habile !

Avec ses chapitres très courts et ses différents points de vue, l’autrice m’a fait soupçonner absolument tout le monde.
Et lorsqu’un mystérieux individu, visiblement perturbé et obsédé par l’une des femmes du groupe, apparaît dans l’équation, je me suis transformé en véritable enquêteur. J’ai traqué les indices, cherché le moindre détail et fini par voir des suspects partout… au point de devenir presque fou !
Magali est arrivée à me manipuler, elle m’a bien eu ! D’ailleurs, dans ce récit, la manipulation est au cœur de ce thriller psychologique. Qui manipule qui ? Qui ment ? Qui dissimule quoi ?

Entre jalousie, vengeance, famille et passion obsessionnelle, Le bal de ses nuits m’a tenu en haleine jusqu’au bout.
Un roman particulièrement addictif, avec des retournements que je n’ai pas vus venir.
Une fois commencé, franchement… je vous mets au défi de le poser !

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Extraits :

« Elle était là, face à lui. Cette fois, il ne rêvait pas. De sa bouche pulpeuse s’échappaient des mots, tels des baisers, qu’il n’écoutait pas. Il n’entendait que la voix grave et sensuelle emplissant son salon, et il perdait son âme dans les profondeurs de cette douce musique érotique et envoûtante. »

« Magdalena, réveillée depuis dix bonnes minutes, traînait au lit, les yeux mi-clos. Le chant d’un oiseau lui parvenait par la fenêtre entrouverte. Une brise légère jouait avec les rideaux encore tirés, laissant par intermittence le soleil de juin lui caresser la joue. Décidément, à l’aube de ses trente-cinq ans, elle aimait de plus en plus la campagne. »

« En rentrant chez lui, il déchira littéralement sa panoplie et l’envoya valdinguer dans le couloir. La soirée s’était avérée catastrophique. Mais pour qui se prenaient-ils, tous, à poser leurs sales pattes et leurs yeux vicelards sur sa belle ? Et l’autre imbécile, là, qui croyait la mériter peut-être ?
Et elle? Pour qui se prenait-elle ? Il l’avait à peine entrevue ce soir, et n’avait pas pu en placer une. En vérité, elle avait fait peu de cas de sa présence. Il avait tant de choses à lui confier ! Comment pouvait-elle jouer à ce point l’indifférence alors qu’il s’apprêtait à lui offrir sa vie sur un plateau ? Et celle des autres s’il le fallait ! pensa-t-il, cynique.
Estimant que cette femme lui appartenait, il se sentait trahi. »

« Il les observait, planqué derrière une haie, à l’extérieur du fast-food. Elles étaient là toutes les cinq. Ça n’avait pas été difficile de les trouver, tout le monde connaissant leur rendez-vous hebdomadaire. Depuis un bon quart d’heure, il fixait son ange, irradiant de son aura naturel au milieu des autres nanas, toutes plus insipides les unes que les autres. »

Magali Le Maître a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour D’infinis paysages.

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar, Quelqu’un comme elle (2015).

Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.

Émotion, Drame, Folie, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Chien de sang

de Karine Giebel
Poche – 9 septembre 2010
Éditeur : Pocket

Chasse à l’homme au cœur de la forêt.

Ils sont là. Ils approchent.
Aboiements. Tonnerre de sabots au galop…
La forêt est si profonde… Rien ne sert de crier.
C’est le plus dangereux des jeux. Le dernier tabou. Le gibier interdit…
Le hasard les a désignés. Diane aurait dû rester à l’hôtel, ce jour-là. Au mauvais endroit, au mauvais moment…Quant à Rémy le SDF, s’il a perdu tout espoir depuis longtemps, c’est la peur au ventre qu’il tente d’échapper à la traque.
Ils sont impitoyables, le sang les grise.

« Elle taille des thrillers terrifiants et haletants qui attrapent le lecteur à la gorge pour ne le relâcher qu’au bout, secoué et piégé. D’une incroyable efficacité. »
Le Point

Je viens de terminer Chien de sang de Karine Giebel et, pourtant, le livre est toujours là, posé devant moi. Un simple livre, fermé, qui pourrait finalement ressembler à tant d’autres. Oui, mais je l’ai ouvert, je l’ai lu… et depuis, beaucoup de pensées tournent dans ma tête.

Je n’avais encore jamais lu Karine Giebel, même si j’avais souvent entendu parler de cette autrice. Avec ce thriller psychologique, j’ai enfin pu me faire ma propre idée… et quelle découverte !

Deux histoires particulièrement sombres vont se dérouler en parallèle.
D’un côté, Diane, une photographe venue immortaliser les paysages des Cévennes, se retrouve isolée en pleine nature après avoir été témoin de ce qu’elle n’aurait jamais dû voir.
De l’autre, Rémy, jeune SDF sans ressources, tente simplement de survivre et ne sait plus vraiment quel avenir il peut espérer. Après un acte héroïque, de sa part, une porte semble enfin s’ouvrir pour lui, un travail, un salaire, la possibilité de retrouver une place parmi les vivants. Mais derrière cette chance inespérée se cache peut-être tout autre chose…

J’ai rapidement compris que ce court roman n’allait pas me laisser indemne. Que Karine avait su doser le nombre de pages à la perfection. Qu’elle n’avait pas besoin de centaines de pages pour installer une atmosphère aussi poignante que terrifiante. J’ai aussi aimé son écriture faite de phrases courtes, parfois réduites à l’essentiel, sans sujet ni verbe, qui accélèrent le rythme et donnent presque l’impression de manquer d’air.
Au fil des pages, les deux récits se transforment en véritables traques où les règles changent et où les rôles de proie et de chasseur deviennent terriblement flous.

Les heures passent, les corps s’épuisent et la souffrance monte progressivement. J’ai été particulièrement touché par ceux qui subissent, qui souffrent tandis que les chasseurs m’ont profondément révulsé par leur violence et leur sadisme. Mais derrière le suspense, j’ai surtout découvert une réflexion glaçante sur la nature humaine, le pouvoir de l’argent et les différences sociales. L’homme peut-il réellement rester humain lorsqu’il possède le pouvoir de décider du sort des autres ? Une réflexion malheureusement plus que jamais d’actualité…

Plus j’avançais, plus la tension devenait difficile à supporter, jusqu’à frôler l’insoutenable. Et lorsque j’ai atteint la dernière ligne, le dernier mot, le dernier souffle, j’ai refermé le livre, tout doucement.
Et il est là. Fermé devant moi et pourtant, il résonne toujours dans ma tête…

Un thriller noir, très noir, psychologiquement violent et terriblement efficace.
Une première rencontre avec Karine Giebel qui m’aura profondément marqué… et certainement pas la dernière.

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Extraits :

« Il court.
À en perdre haleine.
Depuis des heures, pourtant. Presque depuis l’aube de ce jour maudit.
Il file, se jouant des obstacles avec une surprenante agilité, une incroyable endurance.
Il court, alors que les prémices du crépuscule cisèlent déjà la forêt d’ombres inquiétantes pour le profane. Ombres qui ne l’effraient pas; lui, si puissant, si fort.
Il court.
Meute hurlante sur ses talons. Musique atroce qui le harcèle, le poursuit…
La fin est proche.
Ils ne lui auront donc laissé aucune chance.
Il ne comprend pas.
Pourquoi… ? »

« Gagner sa vie… Quelle curieuse expression! songe Rémy.
Gagner de quoi s’offrir l’écran plasma dernier cri pour s’avachir le soir venu sur leur canapé pleine peau et recevoir leur intraveineuse de pub.
De quoi s’acheter un 4×4 ou une berline à crédit qu’ils exhiberont fièrement le week-end.
De quoi équiper chaque membre de la tribu du portable qui fait appareil photo, baladeur, caméscope, connexion internet, télévision. Et, accessoirement, sert à téléphoner.
Bref, de quoi s’endetter pour tout ce dont ils n’ont pas besoin, mais dont on les assure qu’ils ne peuvent se passer pour mener une vie normale. »

« Le geôlier ne leur a rien révélé de ses desseins, infligé aucun supplice. Il les a juste séquestrés là, sous la menace du revolver, leur filant tout de même à boire et à manger dans sa grande clémence.
— Mais qu’est-ce qu’il nous veut, ce dingue ? répète Rémy pour la énième fois. On est tombés sur un malade, putain… J’aurais dû laisser ces types lui voler sa caisse et lui démolir la tronche ! J’aurais même dû les aider, tiens ! »

« — Mes amis et moi allons nous offrir une bonne partie de chasse aujourd’hui, poursuit le châtelain en fixant Rémy droit dans les yeux. À ton avis, quel gibier allons-nous traquer ?
Rémy avale sa salive avant de répondre, la gorge serrée. Ses amygdales ont dû enfler durant la nuit.
— Nous, articule-t-il enfin.
— Exact ! Bravo, je vois que tu comprends vite ! D’habitude, ils sont plus lents à la détente ! »

Karine Giebel a été deux fois lauréate du prix marseillais du Polar : en 2005 pour son premier roman Terminus Elicius (collection  » Rail noir « , puis réédité chez Belfond en 2016) et en 2012 pour Juste une ombre (Fleuve Éditions), également prix Polar francophone à Cognac. Les Morsures de l’ombre (Fleuve Éditions, 2007), son troisième roman, a reçu le prix Intramuros, le prix SNCF du polar et le prix Derrière les murs. Meurtres pour rédemption (également paru dans la collection  » Rail noir « , puis réédité chez Fleuve Éditions en 2010) est considéré comme un chef-d’oeuvre du roman noir.

Ses livres sont traduits dans une douzaine de langues et, pour certains, en cours d’adaptation audiovisuelle.
Chiens de sang (2008),
Jusqu’à ce que la mort nous unisse (2009), adapté sur France Télévisions en 2018,
Purgatoire des innocents (2013) chez Fleuve Éditions,
Satan était un ange (2014) chez Fleuve Éditions,
De force (2016) paru chez Belfond,
D’ombre et de silence (2017),
Toutes blessent, la dernière tue (2018),
Ce que tu as fait de moi (2019)
Chambres noires (2020),
Glen Affric (2023, traduit et publié aux États-Unis en 2024)
Et chaque fois, mourir un peu – Livre 1 : Blast, suivi du Livre 2 : Trauma(s) (2024), ont paru aux Éditions Récamier.
Le recueil de nouvelles J’aime votre peur est publié chez Récamier et Pocket en 2025.

Émotion, Drame, Histoire, Psychologie, Suspense, Violence

Guérilla Social Club

de Marc Fernandez
Poche – 3 octobre 2018
Éditeur : Le Livre de Poche

Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.
Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.
Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.
L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, revient avec un nouvel opus, plus haletant que jamais, à cheval entre l’Europe et l’Amérique latine, où le passé vient frapper à la porte d’anciens guérilleros… Ennemis un jour, ennemis toujours.

Diablement réussi.
Paris Match

Marc Fernandez s’avère un redoutable conteur.
M, le magazine du Monde

Si Orwell avait rencontré Almodóvar,
cela aurait donné quelque chose dans ce goût-là.

Le Point

Avec Guérilla Social Club, Marc Fernandez m’a une nouvelle fois mis une sacrée claque !
Après Bandidos (que j’aurais du lire plus tard !) et Mala Vida, histoire autour des bébés volés sous le régime de Franco, il confirme ici tout le bien que je pensais déjà de lui.

Dans un style journalistique, vif, direct et terriblement rythmé, Marc m’a embarqué dans un récit qu’il m’a été très difficile de lâcher. Je ne parlerais pas vraiment de thriller, mais plutôt d’un formidable roman noir où des hommes et des femmes continuent de se battre pour la liberté. Et cette histoire m’a tellement emporté que les dernières pages m’ont même tiré quelques larmes (surtout la page 271).

J’ai également eu énormément de plaisir à retrouver les personnages de Mala Vida.
Diego, journaliste d’investigation, Ana, détective privée et ancienne opposante à la dictature argentine, et David, juge devenu avocat, forment un trio aussi fort que complémentaire.
Autour d’eux, Carlos, réfugié chilien et ancien guérillero, apporte lui aussi une dimension particulièrement attachante au récit. Lorsque les anciens compagnons de lutte de Carlos commencent à disparaître à Paris, Madrid, Buenos Aires ou Santiago du Chili, puis à être retrouvés torturés et assassinés, ses amis décident de mener l’enquête. Carlos lui-même est menacé et tout semble ramener aux nostalgiques des anciennes dictatures.

J’ai adoré cette construction qui m’a fait voyager d’un continent à l’autre et naviguer constamment entre passé et présent. Marc nous montre parfois des éléments que ses personnages ignorent encore, grâce notamment aux flashbacks et à différents détours narratifs.
Et même lorsque je pensais avoir compris certaines choses, les révélations finales m’ont laissé complètement abasourdi. C’est là que Marc est particulièrement fort. Il brouille avec talent la frontière entre réalité et fiction. Son écriture possède une telle efficacité que j’en suis parfois venu à oublier que je lisais un roman. Tout paraît possible, justement parce que l’auteur s’appuie sur une histoire et des blessures profondément réelles.

Mais au-delà de l’intrigue, c’est cette idée d’un passé qui pourrait refaire surface qui m’a particulièrement marqué. Une perspective inquiétante, qui donne à ce roman noir une résonance que j’ai trouvée très actuelle.

Guérilla Social Club est donc pour moi une formidable réussite. Une intrigue palpitante, une écriture vive, des personnages forts et attachants et un suspense qui tient jusqu’à la dernière page.
Quel conteur ! Quelle construction ! Quelle histoire !
Je me suis laissé happer du début à la fin. Un véritable coup de cœur !

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Extraits :

« Près de Santiago du Chili, 7 septembre 1986.
Il doit mourir. C’est la seule solution. La peine capitale pour tout le mal qu’il a fait, qu’il continue de perpétrer. Sa voiture blindée ne le sauvera pas. Boum.
La mort après un dernier virage. Un salaud de moins sur cette terre. Et une lueur d’espoir pour les autres. »

« Des semaines à courir, à faire des pompes, à tirer, à manier les armes longues, courtes, de tous types, à apprendre à se battre à mains nues, au couteau, au corps à corps. Des jours et des jours, aussi, à mettre au point le rôle de chacun, sa position sur le terrain, le timing de chaque geste et le plan de repli. Des heures à parler encore et encore, à se préparer au pire, à la torture s’ils étaient arrêtés, au sacrifice suprême aussi, pour que d’autres après eux en profitent.
La mort n’est pas qu’une simple hypothèse dans ce genre d’opérations. Mieux vaut perdre la vie les armes à la main que de se lamenter sans cesse et de ne rien faire. On ne résiste pas à la tyrannie avec des mots et de bons sentiments, on la combat avec des flingues.
Jusqu’au bout. »

« Carlos aussi a eu à subir les mauvais traitements infligés par la police politique. Il en garde quelques séquelles, notamment des traces de brûlures de cigarette sur l’omoplate droite et une phalange de moins au petit doigt de la main gauche. Mais il n’a jamais été très disert sur les circonstances de son départ, sur ses années de guérilla. Ses amis respectent ce choix, ce silence, et n’ont jamais osé insister. La seule confidence qu’il ait faite à Diego est qu’il garde un contact régulier avec un certain nombre d’anciens compagnons de lutte, tous réfugiés comme lui dans différents pays d’Europe, et qu’ils se réunissent une fois par an, en souvenir de leurs années de combat. »

« Amis du noir, bonsoir! Je suis Diego Martin, merci d’être à l’écoute de ce trois cent vingt-quatrième numéro d' »Ondes confidentielles ». Un sommaire un peu chamboulé ce soir. Et je prie tous les auditeurs amateurs de polars que vous êtes de m’en excuser. Mais je sais aussi que vous êtes friands de vraies histoires policières. Vous allez être servis avec ce programme spécial consacré à une affaire qui, je l’avoue, me touche personnellement, et qui est loin, très loin, d’avoir livré tous ses secrets. Nous allons parler d’enlèvements, de meurtres, de menaces de mort. En plein Madrid, messieurs, mesdames. Deux • victimes, dont l’une découverte il y a quelques jours à peine au Retiro. Plusieurs autres personnes menacées. Leur point commun ? Ce sont tous d’anciens guérilleros. Des personnes qui ont pris les armes pour se battre contre les dictatures. Au Chili, en Argentine, et sur tout le continent latino-américain. »

Journaliste depuis plus de 15 ans, Marc Fernandez a longtemps été chargé de suivre l’Espagne et l’Amérique latine pour Courrier International.

Co-auteur, avec Jean-Christophe Rampal, de :
La ville qui tue les femmes, enquête à Ciudad Juárez,
Pinochet, un dictateur modèle, (Hachette Littératures),
Narco Football Club, (éditions Moisson Rouge).
Ils ont également réalisé le webdocumentaire, La Cité des mortes.

Mala Vida (2015) est son premier roman en solo. Puis :
Guérilla Social Club (2017),
Bandidos (2018),
Tapas nocturnes (2022)

Marc Fernandez tient le blog polar Mauvais genre sur Slate.fr.
Il est cofondateur et rédacteur en chef de la revue Alibi, consacrée au polar.

Amour, Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

Ainsi sera-t-il

de Sandrine Destombes
Broché – 1 mai 2016
Éditeur : France Loisirs

Depuis qu’une balle a plongé son partenaire et amant Fabio dans le coma, la commissaire Max Tellier n’a plus la force de se battre. Mais l’envie de découvrir la vérité est plus forte… Soutenue par son équipe, qui comme elle, soupçonne une histoire de flics véreux, elle enquête, en secret pour que justice soit faite. Pourtant déjà un autre meurtre les mobilise. Un cas pour le moins étrange : un joggeur, victime non pas d’une crise cardiaque, mais d’un empoisonnement…
Plus troublant encore, la victime est un prêtre…

Après La faiseuse d’anges et L’arlequin, le troisième opus Ainsi sera-t-il, de Sandrine Destombes ne se contente pas de nous livrer un thriller efficace. Elle nous entraîne dans une histoire où plusieurs enquêtes vont s’entremêler, sur fond de politique, de police, de croyances et de radicalisation. Et dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par une intrigue qui ne laisse pratiquement aucun répit.

La commissaire Maxime Tellier est confrontée à un drame particulièrement personnel. Son amant, Fabio Cavalli, a reçu une balle dans la tête et se trouve entre la vie et la mort. Avant son agression, il soupçonnait l’existence d’une taupe au sein de la brigade des stupéfiants.
Maxi décide alors de reprendre du service et de mener sa propre enquête pour découvrir qui a voulu le faire taire.

Mais une autre affaire l’attend. La mort suspecte d’un prêtre retrouvé sans vie alors qu’il faisait son jogging. Ce qui ressemble d’abord à une crise cardiaque prend une tout autre dimension lorsque l’autopsie révèle d’étranges lésions. Et comme si cela ne suffisait pas, une ancienne affaire concernant le capitaine Brémont et le meurtre de sa femme et de son enfant refait surface.

J’ai beaucoup aimé Maxime, ou plutôt “Max”, cette femme au caractère bien trempé, parfois dure et peu commode, mais qui cache derrière cette carapace une grande émotion et sensibilité. Son équipe aussi, soudée, tenace et efficace, apporte également beaucoup d’humanité au récit.

Ce que j’apprécie particulièrement chez Sandrine, c’est son écriture directe, fluide et sans fioritures inutiles. Elle sait multiplier les pistes sans jamais perdre son lecteur et surtout faire monter progressivement la tension. Mais derrière le thriller se cache une réflexion plus profonde sur la foi, la manipulation et la violence et son récit devient progressivement de plus en plus trouble. J’ai trouvé le roman inquiétant précisément parce que le malaise vient autant de la logique des personnages que de leurs actes.
Et ce titre, Ainsi sera-t-il, résonne presque comme une sentence, une vérité que l’on voudrait imposer aux autres.

Sandrine vient de me démontrer encore une fois, qu’un polar peut être passionnant tout en nous poussant à réfléchir sur notre époque.
C’est tendu, parfois inconfortable, intelligent et particulièrement bien construit.
Vous l’aurez compris, je suis fan !

Amis lecteurs, si vous aimez les thrillers qui ne se contentent pas de vous divertir, foncez découvrir Sandrine Destombes !

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Extraits :

« Cela faisait déjà deux semaines qu’Enzo avait ramené sa protégée chez lui, en Italie. Il s’était d’abord installé chez Max à Paris, déployant chaque soir un vieux lit de camp jusqu’à ce que son nerf sciatique lui intime de trouver une autre solution. Il avait veillé sur elle, nuit et jour, depuis ce fameux soir où elle l’avait appelé, en pleine détresse. »

« Le printemps était au rendez-vous et Paris offrait ses plus belles couleurs. Max, malgré son appréhension, était contente de rentrer. Elle était dans sa ville, dans ses marques. Elle s’était accordé un jour de repos supplémentaire avant de retourner travailler, le temps pour elle de trier son courrier et de remplir le réfrigérateur. Max avait promis à son mentor de faire un effort sur son alimentation mais s’apercevant qu’elle avait une fois de plus oublié d’acheter des légumes, elle se rassura en estimant que le nombre de fruits accumulés dans la caisse de chardonnay ferait l’affaire. »

« — On est grands maintenant, répondit José. Laisse-nous t’aider. Et quand je dis ça, je parle aussi au nom des autres. Que ce soit Jeanne, Paul ou même Thomas. Ils n’attendent que ça.
Max sentit sa gorge se nouer et les larmes monter. Elle tourna le dos à son collègue et regarda en l’air, espérant refouler au plus vite ce surplus d’émotion. Lorsqu’elle lui répondit, il n’y eut cependant aucun trémolo dans sa voix. »

« Il n’était pas encore seize heures que Max était déjà éreintée par cette première journée de reprise. Elle craignait d’avoir surestimé ses forces. Mener de front l’enquête sur la mort du Père Francis et trouver la taupe qui avait tiré sur Fabio n’allait pas être de tout repos. Elle n’avait quasiment rien avalé depuis le matin et décida d’aller se restaurer au distributeur. Son choix s’arrêta sur une barre chocolatée qui, comme à son habitude, resta coincée dans les arceaux de la machine. Max était persuadée que les concepteurs de ces distributeurs n’avaient jamais utilisé leur propre invention. S’ils l’avaient fait, ils auraient sûrement pensé à un moyen de déblocage. Au lieu de ça, elle utilisa la seule technique qu’elle savait fiable : une grande tape dans le flanc de la machine accompagnée d’un coup de pied dans la partie basse du réceptacle. Elle finit par récupérer son en-cas sous les yeux amusés de ses collègues. Max était de retour, et ses petites manies aussi. »

Sandrine Destombes est une romancière française spécialisée dans les thrillers et les polars.
Elle a réussi à concilier sa passion pour l’écriture avec une carrière dans l’événementiel, avant de s’imposer comme une voix incontournable du polar français contemporain.

Elle est née 29 avril 1971 à Marseille et a toujours vécu à Paris. Après avoir décroché son diplôme à l’ESRA (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle), elle s’installe à Paris et s’oriente vers la production d’événements, un métier qu’elle exerce pendant plus de vingt ans. C’est sur son temps libre qu’elle commence à imaginer ses intrigues sombres, nourries d’une narration très visuelle et cinématographique. Très attachée à ses origines italiennes, elle distille d’ailleurs régulièrement son amour pour la région des Abruzzes dans ses textes. Sa carrière littéraire décolle au milieu des années 2010 grâce aux éditions France Loisirs (collection Nouvelles Plumes), mais le véritable tournant a lieu en 2018 avec son cinquième roman, Les Jumeaux de Piolenc, qui devient un immense succès en librairie. Traduit en huit langues, ce livre lui vaut le prestigieux Prix VSD RTL du meilleur thriller français, présidé par Michel Bussi.
Aujourd’hui, elle fait partie de la célèbre Ligue de l’Imaginaire et du collectif Les Louves du Polar.

La Faiseuse d’anges (Nouvelles Plumes, 2015),
L’Arlequin (Nouvelles Plumes, 2016),
Ainsi sera-t-il (Nouvelles Plumes, 2017),
Les Jumeaux de Piolenc (Hugo & Cie, 2018)
Ils étaient cinq (Nouvelles Plumes, 2018).

Émotion, Conte, Drame, Psychologie, Thriller psychologique, Violence

Cataractes

de Sonja Delzongle
Broché – 11 avril 2019
Éditeur : DENOEL

Il y a quarante ans, le petit Jan Kosta, trois ans, a été l’un des rares survivants de la terrible catastrophe de Zavoï. Lors d’un gigantesque glissement de terrain, ce village des Balkans a été littéralement englouti sous des torrents de boue. Sauvé par son chien qui l’a traîné, inconscient, hors de l’eau fangeuse, Jan a perdu toute sa famille. Devenu hydrogéologue, Jan reçoit un coup de fil alarmé d’un ami ingénieur. Il se passe des choses étranges dans et autour de la centrale construite sur les flancs de la montagne de son enfance. Les gens ont des comportements imprévisibles, parfois violents. Les moines du monastère voisin ont tous disparu, et les bâtiments délaissés accueillent désormais un institut psychiatrique. Vladimir demande à Jan de venir étudier les faits. Que le mal vienne de la centrale, de la montagne ou des hommes, si un nouveau drame est sur le point de se produire, seul un survivant de Zavoï aura une chance de pouvoir tout arrêter.

J’avais déjà lu Phobia, Dust, Quand la neige danse et Récidive, et j’avais très envie de découvrir Cataractes, lorsque je l’ai acheté. Mais une inondation dans mon bureau est venue quelques semaines après bouleverser mes projets. J’ai perdu plusieurs dizaines de romans que je n’ai pas pu sauvé à temps et j’avais fait au mieux pour protéger les autres, en les stockants comme j’ai pu dans mon grenier. Ils m’ont attendu…
Au mois de juin dernier, je suis monté, et triste, j’ai entrepris un tri pour récupérer ceux que je pouvais encore lire.

C’est ainsi que “Cataractes” a refait surface… et quelle découverte !
Dès le prologue, une nouvelle fois, Sonja Delzongle m’a happé par la puissance de son écriture.

Un petit garçon de trois ans est emporté par la boue lors d’une catastrophe qui engloutit son village de Zavoï, dans les Balkans. Jan Kosta en est le seul survivant et ce traumatisme va le poursuivre toute sa vie. Devenu hydrogéologue, il s’est construit loin de cette terre, à Dubaï, auprès de sa femme et de sa fille.
Mais lorsqu’un ami d’enfance lui demande de revenir étudier la centrale hydraulique de Zavoï, son passé remonte brutalement à la surface.

Meurtres, comportements étranges, disparitions, vieille centrale inquiétante et nature sauvage composent alors une atmosphère particulièrement pesante.

Sonja construit son intrigue sur plusieurs niveaux, entre enquête, mystère, drame humain et blessures de l’Histoire. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est cette relation presque viscérale entre l’homme et sa terre. J’ai été subjugué par ses descriptions de la montagne serbe, tour à tour magnifique, apaisante et profondément inquiétante. L’eau, la terre, les racines, la source… tout semble entrer en résonance avec la personnalité de Kosta.
La centrale elle-même devient une formidable métaphore de cet homme qui tente de contenir les fissures de son passé.

Plus les vannes s’ouvrent et les fuites apparaissent, plus les défenses de Kosta cèdent.
Ce qu’il croyait avoir enfoui n’a jamais réellement disparu. Son enfance, ses blessures et ses racines sont toujours là. J’ai beaucoup aimé cette dimension psychologique, parfois presque poétique, qui donne au thriller une profondeur particulière.

L’intrigue, pourtant bien construite et riche en rebondissements, est finalement passée au second plan pour moi. J’ai davantage été fasciné par cette montagne, par cette quête de la source et par ce retour aux origines. Jan, Vladimir et Marija sont des personnages profondément humains, loin des héros invincibles.

Avec Cataractes, Sonja signe pour moi un thriller aussi sombre qu’original, porté par une nature omniprésente et presque vivante. Et surtout, elle nous rappelle que l’on peut s’éloigner de ses racines, mais jamais vraiment les abandonner. La fin, magnifique et bouleversante, m’a profondément ému.

Une très belle lecture, intense, surprenante et profondément humaine.

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Extraits :

« Jan ! Jan !
La voix de sa mère dans le vacarme. C’est la dernière fois qu’il l’entend. Étouffée, lointaine. Affolée. L’eau est montée si vite…
Personne n’a eu le temps de réagir. Lui, jouait dehors avec le chien. Hatsa. Où est-il ? Il ne perçoit plus ses aboiements, passés des plaintes au silence. À cheval sur Hatsa, un leonberg dont la taille évoque plus celle d’un poney, Jan a été soudain emporté. Autour de lui s’est refermée une masse visqueuse et froide. Glacée. Un mélange d’eau et de boue. Les maisons ont disparu. Toutes. La sienne a sans doute subi le même sort. Seuls quelques toits en pierres plates et grises rappelant des écailles de tortue affleurent. Bientôt, ils seront recouverts eux aussi. Des vies avalées. Tout ne sera plus qu’histoire ancienne. »

« L’eau, partout autour d’eux. L’eau, à perte de vue. Comme une mer sombre et menaçante. Une mer sans vagues. À peine quelques remous font-ils tanguer l’embarcation. L’eau occupe l’espace entre les montagnes, a avalé tout le relief accidenté. Au loin, les plus hauts sommets encore enneigés semblent émerger de cette mer soudainement formée, le spectacle est à couper le souffle. Le paysage, encore familier quelques heures auparavant, se trouve transformé à jamais. »

« Comment deux êtres qui se sont aimés au premier regard puis des années durant peuvent-ils en arriver là? Quel mauvais génie a pris le relais de Cupidon et s’amuse ainsi à détruire les couples ?
En réalité, se dit Kosta, inutile de chercher midi à quatorze heures, les mauvais génies, c’est nous, tout simplement. Nous détruisons le bonheur que nous avons construit parce qu’il s’est peu à peu transformé en ennui. Un ennui mortel qu’on se renvoie l’un à l’autre chaque jour comme dans un miroir. Ou à la gueule, comme une faute. »

« — OK, et après on ira boire un café. Tu sais, vieux, j’ai vécu la guerre, j’ai vu des choses terribles, des femmes et des enfants se faire massacrer, des potes tomber devant moi ou se faire déchiqueter en sautant sur une mine, et pourtant, tu ne vas pas me croire, mais aucune de toutes ces horreurs ne m’a laissé l’impression de solitude et d’égarement que j’éprouve ici depuis que… ça a dégénéré. J’ai le sentiment d’une chose qu’on ne peut pas maîtriser. Un truc invisible, tu comprends ? Qui se répand, comme une maladie contagieuse, un mal inconnu. Un virus dans le système, qui attaque le cerveau. Ils étaient sur le point de devenir fous les uns après les autres. Qui sait si ça ne va pas recommencer… Désolé, vieux, vraiment désolé. »

« Tu vois, fiston, cette baie, lui disait-il, c’est du genévrier, aux puissantes propriétés médicinales, mais elle ne te nourrira pas; en revanche, les nèfles, la cenelle, une variété de myrtille sauvage, le cynorrhodon, la mûre, le cassis, sont très bons à manger sans avoir à les transformer. La nature est le plus grand et le plus précieux garde-manger de l’homme et la meilleure pharmacienne et guérisseuse qui soit. »

Sonja Delzongle est une femme de lettres française, auteure de roman policier.

Dana Skoll est son pseudonyme pour la littérature jeunesse et fantasy.

Née d’un père français et d’une mère serbe, elle a grandi entre Dijon et la Serbie. Elle a mené une vie de bohème, entre emplois divers (les plus marquants ayant été le commerce artisanal africain-asiatique et la tenue d’un bar de nuit) et écriture.

Après un DEUG en Langues et Lettres Modernes, elle s’attaque au concours de l’École des Beaux-Arts de Dijon et obtient un diplôme au bout de six ans. Elle peint et expose durant une quinzaine d’années, puis devient journaliste en presse écrite à Lyon.

Après l’écriture d’une nouvelle devenue depuis un roman court, La journée d’un sniper (2007), elle publie un premier thriller À titre posthume (2009), puis Le Hameau des Purs, en 2011.

C’est en 2011 qu’elle commence l’écriture de Dust. Sa passion pour l’Afrique, qui remonte à sa petite enfance, l’a amenée à y faire de multiples séjours. Son roman parait en 2015 chez Denoël et connait un succès éditorial et public. La même année, elle obtient le Prix Anguille sous Roche.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/dust-de-sonja-delzongle/

En 2016, parait Quand la neige danse, toujours chez Denoël, qui met également en scène la profileuse Hanah Baxter et dont l’action se passe non plus au Kenya mais dans le froid nord-américain.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/quand-la-neige-danse-de-sonja-delzongle/

Récidive paru en 2017 nous offre une troisième enquête.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/recidive-de-sonja-delzongle/

Après une épopée arctique dans Boréal (2018),
elle revient cette fois dans les montagnes des Balkans, ses racines, avec Cataractes (2019).
Noir comme l’orage (2024), prix Ligue de l’Imaginaire 2024, est un thriller captivant se déroulant sur l’Île de Ré, où le capitaine Max Fontaine enquête sur des morts mystérieuses liées à la foudre.
Apnée, publié en 2025, se déroule en Égypte, sur les bords de la mer Rouge.
La forêt du Morvan sert de cadre à La gardienne, son thriller psychologique sorti en 2026.

Sonja Delzongle habite Lyon depuis 2001.

son blog : http://sonia-blogart.blogspot.fr
Facebook : www.facebook.com/Sonja-Delzongle-1403988013229391/

Journalisme d'investigation, Témoignage

Climarnaque 2

de Jean-Michel Jacquemin-Raffestin
Broché – 27 juin 2026
Éditions : BOOKS ON DEMAND

Omniprésentes dans les paysage français, présentées comme le symbole de la transition écologique, les éoliennes bénéficient depuis plusieurs années d’une image largement positive. Médias, discours politiques, programmes scolaires. Tout semble désigner cette énergie comme une réponse évidente à l’urgence climatique. Mais derrière cette communication bien rodée, certaines questions restent rarement abordées.

Dans ce second volet de CLIMARNAQUE, Jean-Michel Jacquemin-Raffestin propose une enquête critique sur le développement massif de l’éolien en France et dans le monde.

Pollution Liée à la fabrication des infrastructures, émissions de CO2, impacts sur la biodiversité, conséquences sanitaires, hausse du prix de l’électricité ou utilisation de fonds publics.

L’auteur met en lumière les aspects méconnus à travers des données vérifiées et de nombreuses sources, il interroge les fondements économiques, climatiques et politiques de cette stratégie énergétique. Pourquoi l’opposition aux projets éoliens grandit-elle dans les territoires ruraux ? Pourquoi tant de riverains, d’agriculteurs et d’éleveurs dénoncent-ils les conséquences sur leur environnement et leur qualité de vie? Entre enquête, analyse et réflexion de fond, CLIMARNAQUE 2 invite le lecteur à regarder au-delà des discours officiels afin de mieux comprendre les enjeux du « tout éolien ».

Jean-Paul dos Santos Guerreiro

J’ai découvert Jean-Michel Jacquemin-Raffestin en 2023 avec Ne leur pardonnez pas ! Ils savent très bien ce qu’ils font, un livre qui m’avait particulièrement marqué par son ton et ses nombreuses interrogations. Depuis, j’ai lu tous ses ouvrages. Fukushima – Tremblements et stupeur – 10 ans après à L’Empire du mensonge, en passant par Ce fameux nuage… Tchernobyl : la France contaminée, et l’année dernière Climarnaque… j’ai découvert un auteur méticuleux, rigoureux et surtout profondément engagé, que j’ai eu par la suite la possibilité de rencontrer plusieurs fois.

Lorsqu’il m’a proposé, il y a quelques mois, de travailler avec lui sur la suite de Climarnaque, vous n’imaginez même pas ce que j’ai pu ressentir… Moi qui suis son travail depuis plusieurs années, me retrouver de l’autre côté du livre, au cœur de ses recherches, avait quelque chose d’irréel. Comme une porte qui s’ouvrait sur un univers qui me passionne et sur les coulisses d’un travail que j’admire depuis longtemps.

Avec « Climarnaque 2 », Jean-Michel s’attaque cette fois à un sujet particulièrement sensible, celui de l’éolien.

Omniprésentes et mises en avant partout dans nos paysages, les éoliennes font pourtant l’objet de nombreuses interrogations. C’est précisément sur ces zones d’ombre que l’auteur choisit de se pencher. Il questionne leur développement, leur coût, leur fabrication, leur impact environnemental, leur financement et surtout leurs conséquences pour les populations qui vivent à proximité.

Mais il ne s’arrête pas là !
GIEC, voitures électriques, CO₂, culpabilisation collective… il élargit sa réflexion à l’ensemble du discours climatique qui nous est quotidiennement présenté.

Ce que j’apprécie particulièrement dans son travail, c’est sa volonté de documenter ses propos. Références, chiffres, études et sources accompagnent systématiquement son raisonnement et permettent à chacun de se faire sa propre opinion. Je sais que certains lecteurs pourront être bousculés par le ton parfois tranchant de l’auteur. Jean-Michel écrit avec ses convictions, sans jamais chercher à les édulcorer, et surtout il incite à se questionner et à prendre du recul sur ce que l’on me présente toujours comme des évidences.

« Climarnaque 2 » n’est donc pas, à mes yeux, une simple charge contre l’éolien. C’est avant tout une invitation à regarder derrière les tous les discours, à s’interroger sur les choix politiques et économiques et à comprendre les enjeux qui se cachent vraiment derrière la transition énergétique. Comme dans ses précédents ouvrages, je retrouve cette volonté de ne pas accepter les choses sans chercher à comprendre. J’ai refermé ce livre avec encore davantage de questions qu’en l’ouvrant… mais c’est peut-être justement ce que j’attends d’un ouvrage de ce genre. Ce tome 2 permet de mieux comprendre ce que l’on préfère parfois taire ou ne pas regarder.

À qui profite réellement cette “transition énergétique”, à tous les terriens ou aux patrons des grandes industries ?

Merci Jean-Michel pour cette nouvelle plongée au cœur des débats, merci pour ton courage, ta constance et surtout pour cette volonté de continuer à chercher, et à nous expliquer…
À très bientôt !

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Extraits :

« La plupart des Français ne sont pas, ou peu informés de ce qu’est réellement l’éolien et de ce qu’il nous coûte. Pourquoi? Tout simplement parce que ceux qui en détiennent les ficelles, les politiques, les financiers, beaucoup d’exploitants privés, manipulent l’opinion publique à des fins strictement personnelles et on se cache derrière des formules fabriquées d’avance, le vent est gratuit, l’éolien ne pollue pas, il génère beaucoup d’emplois. Bref, un discours infantile pour mieux masquer la réalité. Et ça fonctionne ! »

« Qui paye ce mirage de l’énergie verte ?
Lorsque nos dirigeants parlent de « sauver la planète », ils ne précisent jamais, vous l’avez certainement remarqué, qui va payer ? C’est bien pour cela qu’Erik Orsenna a déclaré : « Rien n’est plus idiot que de dire, il faut sauver la planète. La planète s’en moque, figurez-vous, c’est nous qu’il faut sauver. »
Énergie verte, oui, comme le dollar ! »

« Nous constatons à présent que les rapports du GIEC ne sont pas neutres, mais répondent à une demande négociée politiquement.
Comme je l’ai déjà dit, c’est la conclusion qui est écrite en premier, ensuite la science est choisie pour soutenir ces conclusions.
Heureusement, un grand nombre de scientifiques qui ne dépendent pas du GIEC pour leur subvention sont libres, et ne se cachent pas de dire la Vérité, à leurs risques, comme le courageux prix Nobel de physique 2022, John Clauser, qui depuis est blacklisté et a vu ses conférences annulées partout dans le monde. »

« Les gouvernements versent des centaines de milliards dans les subventions aux énergies renouvelables, ou pour les voitures électriques, bénéficiant souvent aux intérêts des entreprises et aux banques plutôt qu’à l’environnement. Ce paradoxe est rarement discuté. Si la crise climatique était vraiment existentielle, sa gestion serait-elle vraiment confiée à ceux qui en profitent ? »

« Il n’y a pas d’urgence climatique. Il n’y a donc aucune raison de paniquer et d’alarmer. La politique climatique repose sur des modèles inadéquats… : le CO2 est la base de toute vie sur Terre : le CO2 n’est pas un polluant. Il est essentiel à toute forme de vie sur Terre. La photosynthèse est une bénédiction. Plus de CO2 est bénéfique pour la nature, écologuant la Terre : le CO2 supplémentaire dans l’air a favorisé la croissance de la biomasse végétale mondiale. C’est également bon pour l’agriculture, ce qui augmente les rendements des cultures dans le monde entier. »



Jean-Michel Jacquemin-Raffestin est journaliste, spécialiste de Tchernobyl et auteur de Tchernobyl – Cachez ce nuage que je ne saurais voir. Après avoir mené l’enquête pendant près de huit ans, pour raconter les causes et les conséquences de ce drame, il a entamé une autre enquête sur la catastrophe de Fukushima, avant de s’intéresser aux mensonges de la Covid-19 par une trilogie, qui se termine par l’Empire du mensonge, sur la guerre entre la Russie et les Etats-Unis sur le dos de l’Ukraine et de l’Europe.

Il se définit comme un passionné des mensonges d’État.

Fukushima – Tremblements et stupeur – 10 ans après
https://leressentidejeanpaul.com/2023/05/25/fukushima/

Ne leur pardonnez pas ! Ils savent très bien ce qu’ils font…
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/09/ne-leur-pardonnez-pas-ils-savent-tres-bien-ce-quils-font/

Ne leur pardonnez pas ! 2
Ils savent très bien ce qu’ils font… depuis très longtemps !

https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/01/ne-leur-pardonnez-pas-2/

Ne leur pardonnez pas ! 3
Ils savent très bien ce qu’ils font… L’EMPIRE DU MENSONGE

https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/27/ne-leur-pardonnez-pas-3/

Climarnaque (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/11/17/climarnaque/

http://www.jeanmicheljacquemin.com/biographie

Émotion, Drame, Famille, Folie, Frisson horreur, Suspense, Thriller psychologique

Proies

de Tom Clearlake
Broché – 17 mai 2026
Éditeur : Moonlight éditions

Un lodge somptueux au bord d’un lac.
Au cœur des forêts du nord de l’Idaho.
Les vacances d’été s’annoncent idylliques pour la famille Carter, les Coleman et leurs amis.
Jusqu’à ce que les enfants découvrent cette maison abandonnée.
Et le corps de cet homme. Assassiné.
Une arme de poing dans une main.
Un attaché-case menotté à l’autre.
La suite logique serait d’appeler la police. Le groupe se divise.
Ils font le choix de préserver leur séjour et de signaler la scène de crime au moment du départ.
Mais les questions que pose ce cadavre restent.
Les réponses auront un prix.
Celui d’un aller simple en enfer.

Quel bonheur d’être à nouveau surpris par Tom Clearlake que je suis depuis ses débuts !
Avec Proies, il a gravi une nouvelle marche, et pour moi, ça a été un vrai cadeau de lecture.

Dans les forêts reculées du nord de l’Idaho, Logan Carter, sa famille et ses amis passent un séjour dépaysant au milieu de la forêt de l’Idaho, dans un lodge tout confort. Des vacances au vert…
Tout semble réuni pour un séjour parfait mais, à peine arrivés, ils découvrent dans une maison abandonnée le corps d’un homme tué de deux balles dans le dos, reliée à sa main par une menotte, une mystérieuse mallette. Logan puis son groupe décident d’attendre la fin des vacances pour signaler le meurtre afin de préserver leur tranquillité, et ne pas perturber leurs vacances. Il s’avère que ce choix va déclencher une suite d’événements dramatiques et nous plonger dans une spirale implacable.

Dès les premières pages, j’ai été happé. Tom possède ce vrai talent d’installer immédiatement la tension et de maintenir le lecteur en haleine pendant toute la lecture, il ne m’a pas laissé le temps de réfléchir, il m’a véritablement entraîné dans une course contre la mort absolument haletante. Plus j’avançais dans l’intrigue, plus c’était sombre, dérangeant et palpitant. Assez vite, Logan montre son vrai visage. Celui d’un homme aux abois et particulièrement cupide. L’auteur nous dévoile jusqu’où l’avidité des gens peut les mener ainsi que les conséquences de certains actes.

Voici un thriller au rythme intense, au suspense constant, diaboliquement efficace, cinématographique par moments, aux rebondissements multiples. Les personnages sont crédibles dans leurs failles. Peur, égoïsme, appât du gain, instinct de survie. L’atmosphère anxiogène s’intensifie au fil des pages. J’ai retrouvé la plume percutante de l’auteur… et toujours cette émotion qu’il cache entre ses lignes, il a su m’emporter une fois de plus. Un excellent moment de lecture !

Encore une fois, merci Tom, pour ta confiance et pour ce moment de lecture intense et très marquant.

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Extraits :

« C’est à cet instant que la bobine du film de sa vie se mit à tourner à une vitesse démentielle, si vite qu’il n’eut pas le temps de saisir la moindre de ces images qui ne lui appartenaient déjà plus. Et la dernière, avant le générique de fin, fut celle de Samantha, blottie dans ses bras, au bord du lac. Ils regardaient leur fils, Jaden, faire des ricochets. Il recula, fléchit ses cuisses tremblotantes et essuya la sueur et les larmes qui l’aveuglaient.
Et sauta dans le vide. »

« Lisbeth pressa le pas jusqu’à l’entrée et s’extirpa avec les enfants de la puanteur qui imprégnait les lieux. Elle referma la porte et prit une longue inspiration. Sa tête tournait et son cœur battait à tout rompre. L’air frais des forêts, les arbres qui dansaient doucement, chassèrent avec peine la vision lugubre. Un renvoi gastrique brutal s’empara d’elle. Elle lâcha la main de sa fille et alla vomir dans un taillis. Penchée en avant, les mains sur les genoux, elle reprit son souffle.
Bon Dieu, pensa-t-elle tout haut, ce truc n’est pas vrai.
Elle se redressa et marcha vers les enfants.
— Venez, je vous ramène au lodge. »

« Le reste du groupe entourait la table, figé autour de son unique et défunt convive. Tous tenaient un mouchoir plaqué contre leur nez – un bien maigre rempart face aux exhalaisons suffocantes. À un moment, Logan avait tenté de se réveiller.
Mais ce cauchemar était bien réel.
— Qu’est-ce qu’on fait ? dit Mark d’un air hagard.
— Quelle question ! Il faut appeler la police, répliqua Mia.
— Il a peut-être ses papiers d’identité sur lui, dit Logan en faisant un pas vers le corps.
— Ne l’approchez pas ! lança le psychiatre. Nous sommes face à une scène de crime.
— Vous pensez que cet homme a été… assassiné ? demanda
Samantha sans pouvoir détacher ses yeux du corps.
— C’est même certain, répliqua le psy. Regardez la déchirure dans le dos de son t-shirt. C’est une sortie de projectile. Et là, c’en est une autre. »

« Des larmes froides roulèrent sur les joues de Logan.
Des tréfonds de son être, une vague de haine glaciale déferla. La face lisse répugnante du milliardaire surgit comme un diable de sa boîte, accompagnée d’une pulsion brutale : tuer cet homme. Le voir mourir. Le faire souffrir. Tout son corps fut pris de tremblements et un nœud lia ses intestins. Il quitta la fenêtre et s’allongea sur le lit. Ses yeux restèrent grands ouverts, fixés sur le plafond. Il se força à rester immobile, bras le long du corps, à côté de Terrence qui dormait encore profondément et semblait s’être détendu. »

« L’index de Logan pressa la gâchette du Glock. La barre de détente recula, poussa le plongeur hors du percuteur, le connecteur campa la barre vers le bas, le cruciforme quitta l’étagère et la barre lâcha le percuteur qui fusa en avant et frappa l’amorce, la poudre explosa et propulsa la balle qui fila dans le canon rayé et jaillit dans un cône de gaz brûlants orangés, la pointe creuse fendit l’air en rotation gyroscopique parfaite, droit vers le front de Steelson, le métal perça l’os frontal qui éclata sous l’impact en une toile d’araignée de fractures radiales autour de l’entrée, la tête creuse de la balle s’ouvrit comme une fleur, créant une cavitation hydrostatique qui pulvérisa les lobes frontaux, lacéra les axones, sectionna les artères cérébrales, l’ogive traversa le cerveau et frappa la table interne de l’os occipital, la nuque chauve se souleva et gonfla comme un ballon d’enfant, le crâne explosa sous la pression accumulée comme une pastèque trop mûre en libérant un geyser sanglant de matière grise pulpeuse, esquilles osseuses et lambeaux de chair qui jaillirent en l’air et s’étalèrent sur le mur d’écrans. »

Tom Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

« Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir. »

L’Essence des ténèbres (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/17/lessence-des-tenebres/
Tréfonds (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/03/19/trefonds-de-thomas-clearlake/
Avides (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/01/avides/
Sans retour (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/31/sans-retour/
Signatures (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/18/signatures/
Le seuil (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/14/le-seuil/
L’Antidote (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/30/lantidote/
Proies (2026)

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller

Qui es-tu, Mary ?

de Christian Pernoud
Broché – 10 septembre 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Les âmes pures cachent aussi des ténèbres.

Automne 1973, Lake George.
Alan mène une existence paisible à l’écart du monde.
Mary surgit dans sa vie. Elle vient d’un New York gangrené par la violence.
Une histoire naît. La leur.
Mais très vite, des zones d’ombre apparaissent.
Des incohérences. Des silences.
Lorsque Mary disparaît brutalement dans d’étranges circonstances, la vie d’Alan se transforme en cauchemar.
Qu’est-il arrivé à la femme de sa vie ?
Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête.
Découvrir la vérité.

Il y a des lectures qui m’attrapent dès les premières pages et dont je peine à décrocher. Qui es-tu, Mary ?, le dernier roman de Christian Pernoud, en fait incontestablement partie.
Depuis Pour nous, l’auteur, longtemps connu sous le pseudonyme de Chris Loseus, a choisi de tomber le masque. Ici, il se dévoile davantage, et j’ai beaucoup aimé cette nouvelle facette de son écriture.

Mary semble entrer dans la vie d’Alan presque par hasard. Jeune femme séduisante, mystérieuse, venue d’un New York violent et chaotique, elle devient rapidement une évidence pour lui.
Mais, le temps d’un battement de paupières, Mary disparaît.
Noyade ? Meurtre ? Disparition ?
Une multitude de questions auxquelles Alan va chercher désespérément des réponses.

Alan lui, est un homme discret, solitaire, vivant près de Lake George. Sportif, travailleur et écrivain à ses heures perdues, il mène une existence plutôt tranquille. Je lui ai trouvé une certaine naïveté, presque rafraichissante.
Mary, en revanche, m’a immédiatement intrigué. Dès son apparition, quelque chose m’échappait chez elle. Et finalement, tout le roman repose sur cette question. Qui est réellement Mary ?
Le mystère plane du début à la fin et, plus j’avançais, plus les zones d’ombre s’épaississaient. J’ai tourné les pages sans interruption, impatient de comprendre et surtout d’élucider ce mystère.

Construit en quatre parties, le roman prend le temps d’installer son décor et son atmosphère. Une ambiance d’abord douce et intime, qui devient progressivement inquiétante, voire suffocante. Je me suis laissé entraîner aux côtés d’Alan, m’accrochant à chaque détail, jusqu’à ressentir moi aussi cette colère qui monte peu à peu.

Mary est un personnage fascinant, insaisissable, qui continue de laisser son empreinte même lorsqu’elle n’est plus là. Le récit nous entraîne alors dans les zones les plus sombres de l’âme humaine. J’ai aimé cette tension psychologique, cette façon de suggérer plutôt que de montrer.
Ici, pas de violence gratuite ni d’effets spectaculaires inutiles. Christian privilégie l’atmosphère, les silences, les émotions et les failles de ses personnages. Et c’est précisément ce qui m’a plu.

Un thriller psychologique subtil, captivant et profondément humain, qui m’a surpris et troublé.
Quant à la fin… je ne l’avais vraiment pas vue venir, et je l’ai beaucoup aimée.
Pour moi, une belle réussite que je vous conseille !

Un grand merci aux éditions Taurnada !!!
Quelle équipe de choc !

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Extraits :

« De la brume s’élève au-dessus du lac.
Un vol de canards sauvages fend le ciel.
Un bruit étouffé à chaque battement d’ailes : flap, flap.
Des buissons et des arbres flamboyants.
Le clapotis des flots sur la berge.
Mary danse devant moi.
Ses pieds nus frôlent les galets gris polis par les eaux.
Le soleil décline.
La silhouette à contre-jour laisse tomber ses escarpins tenus par la bride.
« Regarde comme c’est beau, me lance-t-elle en m’attrapant par la taille. N’oublie jamais que je t’aime, Alan Davidson. Ne l’oublie jamais quoi qu’il arrive ! »

« Je l’invite à s’asseoir. Elle retire ses lunettes et me tend la main.
« Moi c’est Mary, dit-elle en s’installant. Merci pour la chaise. » Ses yeux verts accrochent les miens. De fines ridules dessinent délicatement deux éventails à leurs extrémités quand elle sourit. « Vraiment, c’est cool, reprend-elle. Parce que je ne me voyais pas demander aux excités du bar… »

« Aujourd’hui je ne bosse pas. Mais les autres jours si… Je crains de ne pas être la bonne personne. Tu aurais plus de chance en rejoignant les excités au bar. »
Elle approche un doigt tendu dans ma direction.
« Ah non. C’est avec toi que je veux me balader. Elle appuie son index sur ma poitrine. J’imagine que tu ne bosses pas H24.
— Je débraye à 17 heures. Mais la nuit tombe tôt à cette époque.
— Ne te débine pas. Je profiterai de la plage en t’attendant. Banco pour 17 heures. »
Elle observe rêveusement les baigneurs en contre-bas. Son profil m’apparaît. Délicat, mélancolique.
« Si tu y tiens.
— Bien sûr que j’y tiens ! 17 heures devant ton musée. Sois à l’heure. Tu me parleras de ton roman. J’adore lire. Je veux tout savoir. »

« Notre histoire ressemblait à une partition romantique jouée par un mauvais orchestre. Une douce mélodie gâchée par des fausses notes.
Le drame arriva quelques jours après ma demande en mariage. La température remontait. Un ultime sursaut avant l’hiver. Mary lisait sur le canapé, je me préparais un sandwich avant de rejoindre le musée. »

« Tu vois le topo, Alan. Je te parle d’un monde qui n’est plus. Tu n’as pas connu cette époque. T’étais gosse. On travaillait sans qu’on nous mette des bâtons dans les roues. Ce camion roule à toute berzingue sans se soucier de ceux qui vivent là depuis toujours. Les repreneurs de la scierie se moquent de la sécurité et du bien-être des riverains. Ce qu’ils veulent c’est faire du fric. Les arbres les intéressent ; enfin, le pognon qu’ils représentent, le reste rien à foutre ! C’est comme ça que les choses fonctionnent aujourd’hui, Alan. On délocalise les productions dans des pays lointains pour de la main-d’œuvre low cost en se fichant des milliers d’emplois perdus. On vend sa petite boîte à des groupes financiers sans scrupules plutôt que de la transmettre à ses gosses… Monde de merde ! »

Christian Pernoud est l’auteur de plusieurs romans sous le pseudonyme de Chris Loseus.

Amoureux des grands espaces il vit dans les Alpes avec sa femme et ses enfants. Il se rend régulièrement aux états-unis pour être au plus proche de ses intrigues.

Il est l’auteur, notamment, de :

Nouvelle ère (2014),
3600 Prospect avenue (2015),
Chatsworth Creek (2016),
Résurrection (2017),
Phobia (collectif 2018),
Bill dangereuse innocence (2019),
Le voyage de Madison (2019),
Les parapluies noirs (2020),
La joggeuse (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/11/la-joggeuse/
Pour Nous (2024) est le premier publié sous son vrai nom, explorant une facette moins sombre de son genre de prédilection.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/02/pour-nous/
J’aimerai te dire (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/07/jaimerais-te-dire/

Émotion, Drame, Suspense, Thriller, Violence

3 fois plus loin

de Nathalie Hug et Jérôme Camut
Poche – 8 septembre 2010
Éditeur : Le Livre de Poche

Dans les années 1950, quatre scientifiques traversent la jungle vénézuélienne en quête d’une espèce de singes muets. Ce qu’ils vont découvrir va changer le cours de leur vie. Amazonie, de nos jours : Nina Scott dirige une équipe de cueilleurs d’essences rares pour l’industrie américaine, dans une région contrôlée par les braconniers et les trafiquants de drogue. En s’éloignant du groupe, Nina tombe sur les vestiges d’un site magnifique, où les singes sont silencieux et où les arbres dissimulent des charniers. Alors que la mort frappe ses compagnons, elle est miraculeusement épargnée. Des mines d’émeraudes colombiennes aux bidonvilles de Caracas, des palaces de la Côte d’Azur aux confins du désert marocain, Nina va alors s’embarquer dans une aventure qui pourrait mettre en péril sa vie et bien plus encore.

Après avoir lu Les éveillés il y a quelques jours, j’avais vraiment envie de retrouver Nathalie Hug et Jérôme Camut.
Avec 3 fois plus loin, je confirme une nouvelle fois tout le bien que je pense de leur univers. Les deux auteurs mêlent avec une remarquable maîtrise dans ce roman, thriller, histoire, science, fantastique parfois, et pourquoi pas… une petite touche visionnaire ?

Dans les années 1950, une expédition scientifique s’aventure dans la jungle vénézuélienne. Des découvertes étranges vont bouleverser les certitudes des chercheurs et attiser bien des convoitises. Des décennies plus tard, Nina Scott, une jeune américaine qui dirige la cueillette d’essences rares pour l’industrie pharmaceutique dans les forêts, travaille à son tour dans cette région devenue dangereuse, ravagée par le trafic de drogue et le braconnage. Elle va découvrir des vestiges qui semblent directement liés aux recherches menées autrefois. Un village de pierre là où l’on ne construisait qu’en bois, des ruines recouvrant des charniers et surtout une mystérieuse espèce de singes étrangement muette… Très vite, les deux époques se répondent et ce lieu devient le fil conducteur de cette histoire. D’un côté, les recherches scientifiques menées sur un tepui, de l’autre, Nina qui tente de comprendre ce qu’elle vient de découvrir.

J’ai aimé cette construction qui fait constamment alterner passé et présent. À chaque réponse apportée surgit une nouvelle question, et je me suis retrouvé happé dans cette succession de découvertes. Plus j’avançais, plus les enjeux prenaient de l’ampleur et plus les zones d’ombre s’épaississaient pour mon plus grand plaisir !

La plume des deux auteurs est précise, rythmée et terriblement efficace. Mais ce qui m’a particulièrement séduit, c’est leur manière de privilégier l’humain à la simple aventure spectaculaire. L’aventure est racontée à hauteur d’homme, avec des personnages à la fois forts, fragiles, mais surtout profondément humains.
C’est justement cette dimension psychologique qui donne au récit son rythme si particulier. Et avec Nathalie et Jérôme, le récit est jalonné de surprises, de rencontres et de révélations. Une fois encore, leur écriture à quatre mains est parfaitement maîtrisée. J’ai tourné les pages avec frénésie, complètement absorbé par ces deux histoires séparées par plusieurs décennies mais inexorablement liées. Et, une nouvelle fois, je me suis fait surprendre par les révélations successives, où je n’ai pu m’empêcher de me renseigner en parallèle sur divers au fur et à mesure de ma lecture. Un très grand merci à eux, de chercher à nous ouvrir nos esprits !
Le dénouement est à la hauteur de l’intrigue, terrifiant, émouvant et totalement inattendu.

« 3 fois plus loin » est pour moi une nouvelle réussite de Nathalie Hug et Jérôme Camut. Un thriller d’aventure solide et intelligent, qui prend aux tripes.

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Extraits :

« Et si on s’arrêtait, l’espace de quelques instants, sur les tenants du destin des hommes, qu’y verrions-nous ?
Cette question m’a hanté tant de fois, et pourtant, je me suis toujours heurté à la même réponse. En regard des autres êtres vivants, l’humanité possède une magnifique propension à créer et dans le même temps, son exact contraire. Car le plus grand de ses talents est celui de la destruction. Depuis que notre espèce s’est dressée au-dessus des herbes, elle rase plus vite qu’elle ne bâtit, coupe les têtes plus vite qu’elles ne poussent et rivalise dans l’horreur, sur tous les continents, à toutes les époques et depuis la nuit des temps. »

« La jeune femme encore tremblante tient son sac contre sa poitrine, et s’y accroche avec force en répétant qu’elle a sauvé les preuves de ce qui se trouve là-haut et que ce n’est pas un petit orage qui va arrêter une Scott. Aidan Lassiter, Yahto et Kwanita, qui ont préparé leur départ, les attendent protégés par une bâche, le regard sombre et les pieds enfoncés dans vingt centimètres de fange. »

« Des larmes, qu’elle tente vainement de repousser, montent aux yeux de la jeune femme. Toute sa vie, elle a connu ces brusques accès d’émotion. À l’école déjà, la moindre engueulade la privait de ses moyens intellectuels, pourtant très développés. Une situation d’injustice provoquait immanquablement les mêmes débordements lacrymaux. Dans les relations avec sa hiérarchie, ce n’était pas mieux. Il suffisait qu’elle soit confrontée à un supérieur pour perdre ses moyens.
Ceux qui s’en apercevaient savaient titiller ce point que Nina pensait faible – les hommes en tête. »

« Ces petits singes chapardeurs ont le défaut de leur qualité. Relativement à leur taille, ils possèdent un cerveau aussi développé que celui de l’homme. Ce qui les place très haut dans l’échelle de l’évolution !

…/…

Alors il faut les détruire tout de suite, tous sans exception ! S’ils nous ressemblent, va savoir quelle diablerie ils risquent d’inventer dans les millénaires à venir. »

Née en 1970 à Nancy, Nathalie Hug a publié depuis 2006 quinze thrillers avec son mari Jérôme Camut dont la tétralogie W3 (Prix des Lecteurs du Livre de Poche en 2014 pour le premier tome Le Sourire des pendus) et celle des Voies de l’Ombre. Elle est également l’autrice, en solo, de L’Enfant-rien, La Demoiselle des Tic-Tac, 1, rue des Petits-Pas et Comme un enchantement. Nathalie Hug a reçu le prix Coup de cœur de la Griffe Noire (St Maur Les Fossés) pour l’ensemble de son œuvre.

Jérôme Camut et Nathalie Hug, respectivement nés en 1968 et 1970, se rencontrent fin 2004 à travers Malhorne de J. Camut, la série culte qui a renouvelé le fantastique. La magie opère immédiatement. Depuis, ils se sont mariés et consacrent leur vie à l’écriture à quatre mains.

Les éveillés (2008)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/08/07/les-eveilles/

Émotion, Biographie, Histoire vraie, Psychologie

Le courage des autres

de Hugo Boris
Poche – 18 mars 2021
Éditeur : Pocket

Il y a quinze ans, tout juste ceinture noire de karaté, Hugo Boris est témoin d’une altercation dans les transports en commun. Paralysé, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. Ce manque de courage l’obsède. Est-ce un trait de son caractère ou une peur universelle d’affronter l’autre, l’inconnu, au quotidien ?
Intrigué, il se met à observer ses contemporains dans le métro et le RER, tranches de vies entre parenthèses, rencontres fugaces, purs instants d’humanité. Il consigne sur le vif des situations d’effroi mais aussi le ravissement d’un dialogue, l’humour d’un échange imprévu. Il se demande si le courage est contagieux…

“Il fallait un certain courage pour se dépeindre ainsi en dégonflé ordinaire, et un certain talent pour rendre vivants et touchants ces moments de vie que nous ne regardons même pas tant ils sont quotidiens. Hugo Boris a eu les deux.”
Marianne

Le courage des autres n’est pas vraiment un roman, et c’est justement ce qui en fait une lecture si particulière. Hugo Boris parle de « microfictions », de petites histoires glanées au fil du temps dans le métro parisien. Il les « herborise », les trie et les rassemble pour composer un véritable herbier de nos courages et de nos faiblesses.

En lisant ces pages, j’ai surtout eu l’impression de me retrouver face à un miroir. Je prends les transports en commun presque tous les jours depuis plus de quarante ans, et j’ai reconnu dans ce livre quantité de situations vécues. Les bousculades, les incivilités, les conversations téléphoniques trop bruyantes, les enfants qui crient, les disputes, les repas renversés…
Dans cette jungle du métro parisien, tout le monde se croise, se côtoie et parfois s’affronte.

Mais Hugo va bien au-delà de la simple observation de ces petits travers quotidiens.
Il s’interroge sur nos réactions lorsque la violence surgit, physique, morale, psychologique ou raciste.
Face à une situation qui nous dérange, certains pestent, d’autres détournent le regard, tandis que quelques-uns choisissent d’intervenir. Et ce sont précisément ces derniers que l’auteur met en lumière. Ceux qui prennent la parole, se lèvent, s’interposent et défendent quelqu’un qu’ils ne connaissent même pas. Un courage qui peut sembler ordinaire, mais qui demande parfois une véritable force intérieure.

J’ai aussi beaucoup apprécié la manière dont Hugo se dévoile lui-même à travers ces histoires.
Il ne cherche jamais à se donner le beau rôle. Au contraire, il évoque ses doutes, ses faiblesses, ses renoncements et cette tendance que nous avons tous parfois à ne pas voir ce qui nous dérange.

Certaines scènes m’ont particulièrement marqué, comme celle de cette femme portant encore sur son bras la trace d’un passé que le silence suffit à raconter. Ou celle de ce grand brûlé qui choisit malgré tout de continuer à vivre au milieu des autres.

Ce que je retiens surtout de cette lecture, ce sont ces scènes vibrantes d’humanité. Elles m’ont poussé à réfléchir à mes propres comportements, à mes petites lâchetés, mais aussi à ces élans de solidarité qui peuvent surgir lorsque nous décidons enfin d’agir.

Le courage des autres est une lecture simple en apparence, mais profondément bénéfique.
Un livre qui m’a interpellé et qui, quelque part, relève presque de la « santé publique ». Apprendre à mieux regarder les autres pour peut-être devenir, nous aussi, un peu plus courageux.

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Extraits :

« 10 juin 2007. J’ai passé ma ceinture noire de karaté hier, à vingt-sept ans. J’ai commencé il y a une dizaine d’années après avoir échappé de peu à une agression, la nuit, dans une ruelle de Palaiseau, en Essonne, où j’ai vécu mon adolescence. Les derniers mois d’entraînement ont été intenses. Pour décrocher ce premier dan, j’ai appris les principaux katas, pratiqué les assauts souples, décortiqué toutes sortes de mouvements d’attaque et de défense. Au fil du temps, je me suis constitué un arsenal offensif de coups de poing directs, circulaires, remontants, descendants, en marteau. J’ai développé un éventail de coups de pied faciaux, latéraux, retournés, sautés. Je frappe maintenant du coude, du genou, du tranchant de la main, à distance longue, moyenne ou courte. Je saisis, je pousse, j’encercle, je crochète, je déséquilibre, je renverse. Et je ne me contente pas de lâcher les coups, je place. J’ai appris à masquer mes appels, à ne pas télégraphier mes intentions. J’ai répété les mêmes mouvements pendant des années jusqu’à leur donner assez de puissance pour traverser l’adversaire. »

« Les prédateurs mammifères s’attaquent en priorité aux individus présentant une apparence malade ou affaiblie, afin d’obtenir de la nourriture avec un minimum de risque et d’énergie dépensés. De manière analogue, les prédateurs humains recherchent une victime facile. Ils évaluent toujours les signes annonciateurs de force et les marques de faiblesse chez le candidat à l’agression. »

« Mon professeur de philosophie en hypokhâgne pratiquait l’aïkido et nous a affirmé un bon matin que les gens se faisaient agresser parce qu’ils étaient faibles. Il est vrai que les gens qui savent se battre ne se battent jamais. Pourtant, on voit bien à quel point la proposition est dangereuse. Il n’y aurait qu’un pas à franchir pour tenir la victime responsable de l’agression (t’avais qu’à mettre un antivol si tu voulais pas te faire voler ton vélo, t’avais qu’à pas mettre de minijupe si tu voulais pas te faire violer). Il n’y aurait qu’un pas à franchir pour dire : « Le pire, c’est que les faibles se sacrifient eux-mêmes. Ils savent. Ils cèdent tout de suite, ils se couchent presque. Il faut le voir pour le croire. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle « N’oublie pas de montrer ma tête au peuple », publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

— Son premier roman, « Le baiser dans la nuque » (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

— « La délégation norvégienne », son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît « Je n’ai pas dansé depuis longtemps ». L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, « Trois grands fauves » est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

— En 2016, son roman « Police » est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.
https://leressentidejeanpaul.com/2026/05/25/police/

— Regarde-moi tomber, mon amour (2026)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/05/30/regarde-moi-tomber-mon-amour/

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.