Adolescence, Émotion, Drame, Frisson horreur, Polar, Psychologie, Violence

La Promesse

de Tony Cavanaugh
Poche – 14 mars 2019
Éditions : Points

« Un limier borderline comme on les aime, misanthrope, cynique, teigneux et rongé de cauchemars. »
L’Express

Depuis plusieurs semaines, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces. Leur profil est toujours le même : jeunes, blondes et jolies. Si les enquêteurs du comté de Noosa parlent de fugues, Darian Richards, ex-flic, n’est pas dupe. Ces disparitions sont l’œuvre d’un tueur en série. Face à l’impuissance de la police locale, Richards décide de prendre les choses en main et entame la traque d’un monstre. Au risque de se confronter à plus fort que lui.
Tony Cavanaugh, romancier et scénariste, vit à Melbourne. L’Affaire Isobel Vine est disponible en Points.

« Ce Darian Richards est un vrai personnage de roman hard-boiled. »
Le Point

Traduit de l’anglais (Australie) par Paul Benita

En juin 2025, je découvrais Tony Cavanaugh avec L’Affaire Isobel Vine, un polar noir, dense, humain et implacable, qui m’avait vraiment séduit.
J’ai donc retrouvé avec plaisir l’univers de l’auteur avec La Promesse, qui est en réalité le premier épisode des enquêtes de Darian Richards, même s’il a été publié en français après le précédent.
Je conseille donc de les lire dans l’ordre chronologique pour mieux suivre l’évolution du personnage.

Cette fois, Tony Cavanaugh m’embarque dans une enquête glaçante, violente et parfois franchement gore.
Âmes sensibles, vous voilà prévenues !

Darian Richards a rendu sa plaque après l’échec de son enquête sur le « tueur du train ». Mais renoncer à traquer les assassins lui est tout simplement impossible. Il décide alors d’agir dans l’ombre, épaulé par Maria, une jeune enquêtrice toujours en service, Casey, le baba cool de la bande, et Isosceles, un geek aux ressources étonnantes. Son objectif est simple, retrouver un tueur en série qui s’en prend à de très jeunes filles, particulièrement aux blondes.
Sur le papier, rien de révolutionnaire… et pourtant !

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est cette plongée dans l’esprit de Winston, le psychopathe. Les chapitres alternent entre l’enquête de Darian et les pensées du tueur, qui s’adresse directement à nous, comme si nous étions ses « amis ».
Il nous explique son protocole, son organisation, sa manière de travailler, avec une froideur absolument terrifiante. Winston ne tue pas par impulsion, pour lui, c’est un métier, un plan qu’il applique avec une précision méthodique.
J’ai trouvé cette proximité avec le tueur particulièrement troublante et déstabilisante. L’auteur réussit même à lui donner une voix presque familière, ce qui rend son discours encore plus malsain.

Darian Richards, lui, reste un personnage difficile à cerner. Teigneux, manipulateur, obsédé par sa traque.

Et puis il y a l’Australie, que Tony Cavanaugh me fait découvrir à travers ses villes, ses plages, son bush et ses paysages. Un véritable bol d’air entre deux passages beaucoup plus difficiles !
J’ai toutefois parfois eu du mal à me repérer devant la profusion de lieux et de noms.

J’ai aimé cette écriture fluide, ce rythme qui ne faiblit jamais et cette traque menée sans concession. Le titre prend d’ailleurs tout son sens. Il évoque le tueur, mais aussi la promesse faite à une famille et que Darian s’est faite aussi à lui-même.

La Promesse est donc bien plus qu’une simple enquête policière. C’est une plongée oppressante dans la tête d’un assassin.
Un thriller noir, violent, dérangeant et terriblement addictif, dont certaines scènes m’ont véritablement mis les nerfs à vif. Je me suis laissé emporter par cette traque implacable et, une fois commencé, j’ai eu bien du mal à refermer le livre.

Tony Cavanaugh confirme pour moi son talent pour installer une angoisse presque palpable et plus encore.

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Extraits :

« Neuf appels ratés.
Mon téléphone et mon arme: ma vie se résumait à ça. Me débarrasser du flingue a été facile. Il m’a suffi de le balancer dans l’océan. Sans me soucier de contempler sa chute depuis le haut de la falaise. J’étais occupé à regarder le téléphone. Il fallait le détruire lui aussi, je le savais, pourtant je l’ai fourré dans ma poche arrière et j’ai continué à marcher. Plus tard, me disais-je. »

« Un soir, tard, après minuit, après mes mots de réconfort, elle a une nouvelle fois pris ma main et a commencé à m’entraîner vers son lit. Pour des raisons différentes, toutes égoïstes, j’avais autant envie d’elle qu’elle de moi. J’ai retiré ma main et je suis parti. Certains flics couchent avec des victimes ou des membres de leur famille. Peut-être ont-ils besoin de ça pour continuer, pour poursuivre la traque ou juste pour trouver un peu de joie dans ce traumatisme permanent. Pas moi. Mais j’en avais envie. »

« Maria se méfie de moi. Tous les policiers de la Sunshine Coast se méfient de moi. Les flics des petites villes ne sont pas portés sur le respect. Ils ont un complexe de supériorité. Ne tenant pas à éveiller des jalousies mesquines dans le commissariat perché là-haut sur la colline, j’ai débarqué en ville le plus anonymement possible, compte tenu de ma Studebaker décapotable rouge sang. J’ai fait profil bas; je n’ai jamais dit à personne d’où je venais ni ce que je faisais. Résultat : j’aurais aussi bien pu prendre une pleine page de pub dans le journal local. »

« Six voyages finals. Six filles. Jenny Brown, Marianne McWinter, Izzie Daniels, Jessica Crow, Carol Morales et Brianna Nichols.
Avant de prendre chacune d’elles, il a fantasmé. Un monde où il est roi et où elle est la reine de ses rêves, une esclave dans son lit. Elle est là pour lui fournir un miroir où se reflètent son pouvoir et sa gloire. Ce n’est jamais une histoire de sexe. C’est toujours pour le pouvoir. Ensuite, il s’est mis en chasse. Il l’a traquée, pendant des semaines peut-être. La traque renforce le fantasme, l’exacerbe. Il l’observe, pendant ses derniers jours, imaginant la gloire qu’ils vont connaître, elle et lui. Puis il passe à l’action, vite. Et elle n’est plus là.
Dans la vraie vie, et surtout pour un tueur en série, les fantasmes ne s’accomplissent jamais. »

Tony Cavanaugh est un auteur de romans policiers, scénariste et producteur.

Après des études universitaires dédiées à la littérature anglaise et à l’histoire de l’art, il débute sa carrière dans l’industrie cinématographique où il a travaillé pendant plus de trente ans.

Il est auteur d’une série policière ayant pour héros Darian Richards, ancien policier ayant quitté la brigade des homicides pour une retraite solitaire loin du crime. La promesse (« Promise », 2012) est le premier tome de la série.

L’Affaire Isobel Vine (Kingdom of the Strong, 2015) est son premier roman publié en France (Sonatine).
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/25/laffaire-isobel-vine/

Tony Cavanaugh vit à Melbourne.

son site : https://www.tonycavanaugh.com/
page Facebook : https://www.facebook.com/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller, Violence

Hunter

de Roy Braverman
Broché – 16 mai 2018
Éditeur : Hugo Roman

Si vous croisez sa route, ne vous arrêtez surtout pas.

Plus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps. Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues. Et voilà que Hunter, le demi-sang indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son œuvre ?

Après douze ans de haine et de chagrin, un homme se réjouit pourtant de revenir à Pilgrim’s Rest. Freeman a compris le petit jeu de Hunter et va lui mettre la main dessus. Et lui faire enfin avouer, par tous les moyens, où il a caché le corps de Louise, sa fille, une des cinq disparues.
Pilgrim’s Rest sera peut-être le terminus de sa vengeance, mais ce que Freeman ignore encore, au volant de sa Camaro rouge qui remonte Murder Drive, c’est qu’il n’est pas le seul à vouloir se venger. Et que la vérité va se révéler plus cruelle et plus perverse encore. Car dans la tempête qui se déchaîne et présage du retour de la terreur, un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux.

Hunter m’a secoué, pris aux tripes et véritablement bousculé.
J’y ai trouvé un thriller à l’américaine, noir, très noir, porté par une action débridée et surtout par le talent de Roy Braverman.

J’ai été impressionné par cet auteur caméléon, alias Patrick Manoukian, Ian Manook et d’autres encore…, à m’emporter dès les premières pages.
Avec Hunter, il signe un thriller survitaminé, étouffant, violent et sexuellement important. Ce registre très testostéroné n’est pourtant pas forcément ma tasse de thé, mais ici, la brutalité de l’environnement sert parfaitement le récit et ne me laisse pratiquement aucun répit. J’ai plongé tête baissée dans cette histoire, avec un plaisir parfois franchement sadique !
Les mots de Roy sont incroyablement visuels. Certaines scènes prennent vie sous mes yeux.

J’ai également beaucoup aimé l’humour, qui surgit parfois au détour d’un dialogue avant qu’un “clash” ne vienne me ramener brutalement à la réalité. Roy joue avec ces contrastes, et cela fonctionne particulièrement bien.

À Pilgrim’s Rest, Freeman, un ancien policier noir, vit depuis quinze ans avec la douleur et la haine. Sa fille Louise a été tuée il y a quinze ans, par le serial killer Hunter, qui a également assassiné quatre autres hommes et fait disparaître leurs femmes. Après dix années passées en prison, Hunter s’évade du couloir de la mort et revient sur les lieux de ses crimes. Freeman n’a alors plus qu’une idée en tête, se venger.
Mais Hunter est-il réellement coupable de tout ce qu’on lui reproche ?

C’est là que Roy m’a particulièrement baladé. Mes certitudes se sont fracassées les unes après les autres, laissant place au doute et à des révélations que je n’avais absolument pas vues venir. Les personnages sont complexes, les apparences trompeuses et les coupables rarement ceux que j’imagine. J’ai aimé cette galerie de personnages, certains profondément humains, d’autres véritablement monstrueux. L’auteur n’épargne personne et fait cohabiter violence, souffrance, folie et une étonnante part d’humanité. J’apprécie également les chapitres titrés, souvent accompagnés de références musicales qui contribuent à installer une ambiance très personnelle et m’ont même donné envie d’aller écouter les chansons évoquées.

Hunter est un thriller brutal, oppressant et terriblement addictif. Je me suis fait manipuler avec délectation et, malgré quelques excès, j’ai pris un véritable plaisir à cette lecture.

Un thriller à lire absolument pour les amateurs de sensations fortes !

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Extraits :

« Leur putain de mère s’est tirée. Leur putain de mère à tous les deux. Un père et un nom pour lui, un autre père et un autre nom pour son frère. Tous les deux de passage, les pères. Un à seize ans, l’autre à dix-huit ans, et à vingt et un ans elle se tire avec un courtier de New York en vacances qui abandonne femme et mômes dans son chalet de location pour le petit cul de leur maman moulé dans un short en vichy rose trop court. Ce fumier d’assureur leur a piqué le peu de mère qu’ils avaient encore avec ses taloches à tout va, ses repas de conserves, ses coucheries hurlantes et ses gueules de bois à la semaine. »

« Ce jour-là, en désespoir de cause, il s’est couché contre elle, en sanglots dans la poussière de la cabane, et a bercé Eileen jusqu’à ce qu’elle ne saigne plus. Et beaucoup plus tard dans la nuit, sous un ciel démesuré d’étoiles et de constellations, alors que rôdaient les coyotes, il a déshabillé son amoureuse en pleurant et l’a enterrée loin de la grange abandonnée.
Puis il a bredouillé une prière de colère contre sa putain de famille. Contre ces putains de blancs. Contre cette putain d’Amérique tout entière. Et il est parti, la robe ensanglantée dans son sac à dos. »

« I see the bad moon arising
I see trouble on the way


— Mon ange, tu peux baisser la radio ?
— P’pa, pour une fois que j’écoute de la musique de vieux, ça devrait te plaire, non ?
— Le rock n’a pas d’âge, mon ange. Creedence encore moins! À propos, j’espère que tu n’es pas au volant puisque tu es au téléphone.
— Mais non, papa, c’est Wade qui conduit.
— Il est prudent, j’espère…
— Papa !
— D’accord, d’accord. Tout va bien pour vous ? Vous êtes où?
— On a passé Notchbridge. »

« — Papa, pourquoi les chasseurs tuent les faons ?
— Ils ne tuent pas les faons, mon ange, ils ne tuent que les cerfs.
— Mais les cerfs c’est les papas des faons !
— Oui, c’est vrai mon ange, ce sont leurs papas…
— Et est-ce que les faons meurent aussi quand leur papa meurt?
— Mais non mon ange, il leur reste leur maman.
— Les chasseurs ne tuent jamais les mamans ?
— Si mon ange, c’est triste, je sais, mais les chasseurs tuent aussi les biches, quelquefois…
— Si tu mourais, je mourrais aussi, dit petite Lou en posant un gros baiser chaud et mouillé sur sa joue. »

Roy Braverman est le pseudonyme de l’écrivain Patrick Manoukian.

Il écrit également sous les pseudonymes de Ian Manook et Paul Eyghar et sous le pseudonyme collectif de Page Comann, avec Gérard Coquet.

Il effectue des études de droit et de sciences politiques à la Sorbonne, puis de journalisme à l’Institut français de presse. Il repart ensuite en voyage en Islande, au Belize, et au Brésil.

De retour en France, il collabore en tant que journaliste à des rubriques touristiques du Figaro, de Télé Magazine, de Top Télé, de Vacances Magazine et de Partir.

De 2003 à 2011, il réalise le scénario de plusieurs bandes dessinées sous le pseudonyme de Manook.

En 2013, il signe du pseudonyme de Ian Manook un roman policier intitulé Yeruldelgger qui remporte le Prix SNCF du polar 2014.

Hunter (2018) est le premier titre d’une série de trois, paru chez Hugo Thriller sous le pseudonyme Roy Braverman

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Suspense

La fille de l’océan

de Alexis Aubenque
Broché – 6 juin 2019
Éditeur : Hugo Roman

Deux destins croisés, un terrible secret…
Au début de l’été, Jason Zimmer, enseigne de vaisseau des gardes-côtes du district de Santa Barbara, sauve in extremis de l’océan déchaîné une jeune femme. Vicky Lance, une chanteuse célèbre, connue pour ses frasques et sa vie dissolue. Mais Jason est persuadé que derrière cette image, se cache une personnalité bien plus complexe et touchante. Quels terribles secrets peut-elle bien cacher ?
De son côté, Keith Morrison, journaliste au Santa Barbara News, écrit des articles où il dresse le portrait de citoyens ordinaires. Il vient de porter son choix sur une mère de famille, danseuse dans un club privé. Le parcours exemplaire d’une femme modèle, farouchement déterminée à s’en sortir. Mais est-elle vraiment prête à tout ?
Enfin, un cadavre a été retrouvé dans la campagne environnante. Sandy Dawson, sergent au commissariat de la ville, est appelée sur place. La piste criminelle est aussitôt envisagée.

Alexis Aubenque fait partie des tout premiers auteurs que j’ai eu la chance de rencontrer sur les salons du livre. Dès notre première rencontre, quelque chose est passé. Un homme simple, chaleureux, qui aime discuter, rire et surtout raconter des histoires. Au fil des années, il est devenu pour moi un véritable conteur, et je me laisse embarquer avec plaisir dans chacun de ses récits.

Après ses romans de science-fiction, trop méconnus à mon goût, puis ses sagas River Falls, Nuits noires à Seattle, Jack Turner et bien d’autres, je retrouve ici Alexis dans un registre mêlant romance, suspense et feel-good. Cela faisait malheureusement quelques années que je n’avais pas pu lire l’un de ses récits… C’est fait !

Huit ans après La Fille de la plage, je retrouve avec bonheur Keith, Jason, Sandy et Nathan, toujours liés par cette amitié indéfectible et plus encore qui constitue le cœur du récit. Cette fois encore, j’ai plongé dans leur nouvelle aventure, passant de la légèreté au drame, de l’humour au doute, sans jamais perdre le fil.
Sous ses airs de lecture estivale, La Fille de l’océan aborde pourtant des sujets sérieux, déni de grossesse, manipulation familiale, mères isolées, célébrité et fragilité des apparences. Je me suis facilement mis à la place des personnages, en me demandant comment j’aurais moi-même réagi face à certaines situations.

J’ai retrouvé la plume fluide et addictive d’Alexis, ses chapitres courts, ses dialogues nombreux et cette construction qui donne énormément de rythme au récit. Chaque chapitre m’a permis de suivre un protagoniste différent et d’assembler progressivement les pièces d’un véritable puzzle.

J’ai particulièrement aimé retrouver cette bande d’amis, leurs personnalités, leurs valeurs et cette façon qu’ils ont de se soutenir malgré les épreuves. Et puis Alexis sait parfaitement jouer avec les contrastes. Il apporte de la légèreté aux moments graves et de la profondeur aux situations qui paraissent les plus légères. Santa Barbara, ses plages, ses corps de rêve, ses paillettes et ses fortunes offrent un décor de carte postale, mais derrière les apparences se cachent des personnages beaucoup plus profonds.

Tous vont prendre des risques, connaître la peur et parfois mettre leur vie en danger, au point de fragiliser cette amitié pourtant si solide. Les secrets se dévoilent peu à peu, les révélations s’enchaînent et l’enquête prend progressivement de l’ampleur. Une fois encore, Alexis Aubenque m’a offert un véritable page-turner. Je n’ai pas vu les pages défiler.

La Fille de l’océan a été pour moi une lecture captivante et profondément humaine, un délicieux cocktail de suspense, de romance, d’amitié et d’émotions.

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Extraits :

« — Merde, merde, merde ! jura Paul Pierson. Allez, rhabille-toi vite! Vite !
Réveillée en sursaut, Sandy n’y comprenait rien.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Ma femme arrive !
— Quelle femme ?
— Ma femme ! Je t’expliquerai tout, mais il faut que tu t’en ailles tout de suite !
L’homme était totalement paniqué. Il attrapa les vêtements de Sandy posés près du lit et les lui jeta au visage.
— Tu es marié ! »

« Méthodiquement, il scrutait l’obscurité quand il crut apercevoir une ombre flotter à quelques mètres de lui. L’air commençait à lui manquer mais, empli d’une étincelle d’espoir, il se mit à nager plus vite encore et, quelques secondes plus tard, il distinguait la forme d’un corps.
Ses poumons le faisaient terriblement souffrir, une intense brûlure à l’intérieur du thorax le dévorait, mais il refusait d’abandonner.
Le courant très puissant le poussait heureusement vers son but, et alors qu’il n’y croyait plus, il tendit la main en avant et attrapa un bras. Oubliant la douleur infernale qui lui broyait les poumons, il saisit le corps inerte sous les aisselles, le plaqua contre le sien et commença à remonter. »

« La jeune chanteuse était à demi-allongée dans son lit.
— Alors, c’est vous qui m’avez sauvée ?
Habituellement plutôt sûr de lui, Jason se sentait intimidé. C’était la première fois qu’il se trouvait face à une véritable star. Même s’il ne connaissait pas bien ses chansons, il avait entendu parler de la réputation de la jeune femme, et n’en était pas moins mal à l’aise.
— Il paraît.
— Le Docteur Montgomery m’a dit que vous aviez failli y rester.
— Je suis en vie, et vous aussi, c’est tout ce qui compte.
Vicky Lance eut un petit rire qui la fit tousser.
Jason s’avança un peu plus près du lit. Malgré la fatigue qui se lisait sur les traits de la chanteuse, elle était adorable. De longs cheveux bruns encadraient son visage angélique. »

« — Vous avez raison. La justice doit passer, mais j’étais tellement en colère. Je crois que je pourrais tuer si on s’attaquait à mon enfant.
— J’en ferais autant, mais justement, la police sert à éviter la loi du talion. La violence engendre la violence.
Si nos sociétés sont bâties sur des lois, ce n’est pas le fait du hasard. La vengeance ne mène à rien de bon. Dans la colère, personne n’est capable de juger objectivement et de rendre la bonne sentence pénale pour punir un coupable. »

Née le 23 décembre 1970, originaire de Montpellier. Alexis Aubenque, après une maîtrise en sciences économiques, décide de changer radicalement de cap, et se tourne vers l’écriture.

Passionné de littératures de genre, il devient libraire durant près de dix ans, tout en publiant des romans de science fiction, dont le diptyque « La chute des mondes » chez Pocket, ainsi que la nanologie « L’empire des étoiles » chez Fleuve Noir. Il se tourne ensuite vers le Thriller, où il publiera aux éditions Calmann-Levy la trilogie River Falls, dont le deuxième tome fut couronné par le Prix Polar de Cognac.

Il enchaîne en 2011 avec le premier tome des « Nuits Noires à Seattle », la suite délocalisée à l’Est de River Falls, mais aussi avec Canyon Creek, un « one shot » aux éditions du Toucan. Lauréat de prix prestigieux et traduit dans plusieurs pays, Alexis Aubenque dans son dernier roman, convie sur les plages ensoleillées de Santa Barbara une multitude de personnages attachants et savoureux dans une saga d’été qui mêle romance, amitié, mystère et rebondissements.

Lauréat du prestigieux Prix Polar du festival de Cognac pour Un Automne à River Falls, le deuxième épisode de la série des enquêtes de Mike Logan, Alexis est souvent dépeint comme le Harlan Coben français, pour son sens du suspens, la nervosité de son écriture et la force de ses personnages. Désormais, c’est chez Bragelonne Thriller que « le plus américain des auteurs français » publie sa série d’été.

Des larmes sur River Falls (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/17/des-larmes-sur-river-falls/

Émotion, Famille, Psychologie, Suspense

L’Enfant aux cailloux

de Sophie Loubière
Poche – 13 mars 2014
Éditeur : Pocket

Elsa Préau est une retraitée bien ordinaire. De ces vieilles dames trop seules et qui s’ennuient tellement – surtout le dimanche – qu’elles finissent par observer ce qui se passe chez leurs voisins. Elsa, justement, connaît tout des habitudes de la famille qui vient de s’installer à côté de chez elle. Et très vite, elle est persuadée que quelque chose ne va pas. Les deux enfants ont beau être en parfaite santé, un autre petit garçon apparaît de temps en temps – triste, maigre, visiblement maltraité. Un enfant qui semble l’appeler à l’aide. Un enfant qui lui en rappelle un autre… Armée de son courage et de ses certitudes, Elsa n’a plus qu’une obsession : aider ce petit garçon qui n’apparaît ni dans le registre de l’école, ni dans le livret de famille des voisins. Mais que peut-elle contre les services sociaux et la police qui lui affirment que cet enfant n’existe pas ? Et qui est vraiment Elsa Préau ? Une dame âgée qui n’a plus toute sa tête ? Une grand-mère souffrant de solitude comme le croit son fils ? Ou une femme lucide qui saura croire à ce qu’elle voit ?

C’est le deuxième roman de Sophie Loubière que je découvre, après Black Coffee, mais avec L’Enfant aux cailloux, je suis entré dans un tout autre univers.
Et quelle lecture ! Je l’ai dévoré, incapable de le lâcher avant la dernière page.

Dès les premières pages, je me suis attaché à Elsa Préau, personnage aussi fascinant qu’inquiétant. Ancienne institutrice puis directrice d’école, cette vieille dame vit seule dans le pavillon de son enfance. La solitude lui pèse, alors elle observe, note, analyse et tente de rester connectée au monde qui l’entoure. Un peu imaginative, peut-être médium, certainement paranoïaque, mais surtout lucide, obstinée et terriblement persévérante.

Elsa consigne ses pensées dans de petits carnets, écrit aux élus, s’inquiète des nuisances, de l’environnement et de tout ce qui lui semble anormal. Jusqu’au jour où, en observant ses voisins, elle pense assister à la maltraitance d’un enfant.
Mais peut-on réellement lui faire confiance ?
Est-elle victime de ses hallucinations, manipulatrice, dangereusement paranoïaque ou simplement une femme âgée que la solitude a peu à peu fragilisée ?

C’est là que Sophie m’a complètement manipulé. Plus j’avançais, plus le doute s’installait et plus je me demandais qui croire. La police, les services sociaux, la famille… chacun semble avoir sa part d’ombre et d’impuissance.

J’ai beaucoup aimé cette façon qu’a l’autrice de brouiller les pistes sans jamais perdre le fil de son intrigue. Sa plume est vive, fluide, précise, et surtout remarquablement humaine.
Elle aborde la solitude des personnes âgées, la maltraitance infantile, les relations entre parents et enfants, mais aussi les failles de notre société.
J’ai également apprécié les nombreux sujets qui affleurent entre les lignes. Santé, politique, médias, environnement et manipulations diverses. Charge à nous de les accepter ou pas. Personnellement je les valide tous !
Elsa m’a profondément touché, tout en me mettant parfois mal à l’aise par certaines de ses manies et ses réactions radicales.

Et puis il y a cette atmosphère de malaise qui ne me quitte pas. Sophie entretient le suspense jusqu’au bout et distille ses révélations avec une remarquable efficacité. Chaque élément finit par trouver sa place, jusqu’à des dernières pages absolument époustouflantes.

L’Enfant aux cailloux est pour moi bien plus qu’un roman noir. C’est un formidable portrait de femme, dérangeant, intime, parfois drôle et profondément bouleversant.
Une histoire qui m’a manipulé, ému et fait réfléchir.
Un véritable coup de cœur que je vous conseille vivement !

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Extraits :

« Le jeu du vent et du soleil amusait les rideaux. Depuis sa chaise, le petit garçon eut un sourire. Il lui semblait qu’un être invisible, sensible aux caresses de ce dimanche d’été, jouait à cache-cache derrière le tissu en jacquard. Les yeux clos, l’enfant aurait juré entendre des gloussements de plaisir sous le motif de médaillon. »

« Des cris aigus et le grincement d’une balançoire tiraient Mme Préau de sa sieste dominicale vers 15 heures. Elle se levait, ouvrait les doubles rideaux et découvrait les enfants jouant dans le jardin. Une fillette et deux garçons. Le plus petit des garçons n’avait guère plus de trois ans et pleurnichait beaucoup, victime des farces de sa sœur. Peut-être âgée de cinq ou six ans, elle le faisait délibérément chuter de la balançoire, lui arrachait le ballon des mains ou le poussait d’un petit camion pour prendre sa place. Elle usait de sa supériorité physique avec aplomb, profitant du fait que ni son père ni sa mère ne les surveillaient. Ces derniers se contentaient de jeter de brefs coups d’œil à leurs enfants lorsque ceux-ci étaient trop turbulents. Parfois, le père sortait fumer des cigarettes en buvant un café ou une bière. Il s’asseyait sur un fauteuil de jardin en plastique blanc et s’intéressait surtout à son téléphone portable. La mère apparaissait peu en dehors de la maison ; si elle traversait le jardin, c’était au pas de charge et dans le seul but de décrocher le linge étendu devant le mur du garage. »

« Mme Préau jouissait d’une vue correcte pour son âge. Il lui était cependant difficile de voir net au-delà d’une certaine distance, même avec ses lunettes. Aussi décida-t-elle début août d’acquérir auprès de l’opticien M. Papy une paire de jumelles de théâtre.
La raison à cela : le garçonnet sous le bouleau pleureur. Son absence de contact entre lui et le reste de la famille l’intriguait. Cela relevait sans doute d’un tempérament solitaire ou d’une tendance au repli sur soi. Mais cette attitude aphasique à la limite de la prostration était singulière. Jamais il ne tenait dans ses mains de jouet, se contentant de brindilles et de cailloux. »

« À un moment, le silence devient intenable, les gens parlent. L’institution Église y est confrontée actuellement mais elle ne sera pas la seule. J’attire votre attention, Madame la ministre, sur le fait que ces derniers jours ont été arrêtés un professeur de gymnastique ainsi qu’un général de l’armée. La pédophilie ne frappe pas que l’Église et les hommes célibataires.
C’est souvent un phénomène familial, une perversion dont on ne guérit pas.
On parle beaucoup du célibat des prêtres. Ce célibat est souvent vécu comme une amputation. Non seulement pour l’aspect sexuel, mais aussi pour l’aspect affectif. Imaginez ces hommes qui jamais ne serrent quelqu’un dans leurs bras, qui jamais ne vont dans les bras de quelqu’un, à part leur proche famille. C’est très difficile à vivre, croyez-moi. Étant moi-même divorcée depuis 1975 et ayant fait le choix de ne pas me remarier afin de me consacrer à mon fils et à mon métier, j’en sais quelque chose. Je pense à tous ces hommes et ces femmes qui souffrent de solitude et de manque affectif, et je me dis qu’il ne faut pas s’étonner si certains plongent dans la dépression, l’alcoolisme ou la perversité. »

Journaliste et romancière, Sophie Loubière s’est longtemps partagée entre le micro (France Inter, France Info) et la plume. Auteur d’une dizaine de romans et de nouvelles policières, elle publie son premier polar dans la collection Le Poulpe en 1999. De Paris à San Francisco (Dans l’œil noir du corbeau), des forêts lorraines à la route 66 (Black coffee et White Coffee), elle plonge le lecteur dans un trouble profond.
En 2011, le succès de L’enfant aux cailloux lui vaut une reconnaissance internationale. Traduit en langue anglaise, le livre remporte plusieurs prix littéraires. En 2015, elle aborde l’Histoire avec À la mesure de nos silences (Fleuve Editions), un hymne à la vie, entre ombre et lumière, inspiré d’un fait réel de la seconde Guerre Mondiale. Cinq cartes brûlées (Fleuve Noir), confirme l’intérêt de Sophie Loubière pour le fait divers, révélateur des carences et névroses de notre société.

Black Coffee (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/28/black-coffee/

Bouffée d'oxygène, Folie, Humour, Polar

Laisse tomber

Petit manuel de survie en milieu grabataire
de Nick Gardel
Broché – 26 mars 2019
Éditeur : Éditions du Caïman

Antoine Spisser est obèse. Ça ne le définit pas, mais ça le décrit assez bien. Surtout quand il se retrouve en équilibre sur la rambarde d’un balcon à 15 mètres du sol. Mais ce qui l’a amené dans cette situation est une autre histoire. Et ce ne sont pas les copropriétaires de son petit immeuble qui vous diront le contraire. Enfin… Ceux qui sont encore en vie…

Avec Nick Gardel, je sais rarement à quoi m’attendre… et c’est justement ce que j’aime chez lui.

J’ai eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises et, à chaque nouveau roman, je retrouve cette voix si particulière, cette gouaille qui semble tout droit sortie d’un mélange entre Audiard, Simonin et Frédéric Dard.

Avec Laisse tomber, je savais donc que je ne prenais pas beaucoup de risques, j’allais rire, être surpris et probablement me faire bousculer.

Antoine est obèse, plutôt désœuvré et vit dans un immeuble où ses voisins sont pour le moins… particuliers.
Entre Mme Wolfberg, acariâtre et espionne en chef de la copropriété, Mme Desmastien qui le prend pour son larbin, M. Orsini qui lui réserve un odieux chantage et toutes les autres figures hautes en couleur qui gravitent autour de lui, je me suis rapidement demandé comment il allait pouvoir survivre à cet environnement !

Et puis un accident survient…
À partir de là, tout s’emballe et un enquêteur placardisé, aussi incompétent qu’ambitieux, va tenter de résoudre l’affaire en faisant de presque tout le monde un suspect.

J’ai adoré cette galerie de personnages, ces vieux voisins que l’on pourrait presque trouver attachants… jusqu’à ce qu’ils dévoilent leurs petits secrets.

Nick s’amuse avec les mots, les situations et les références cinématographiques, véritable jardin secret d’Antoine. Son humour noir est omniprésent et certaines scènes m’ont littéralement fait exploser de rire. Je pense notamment à la page 97, qui m’a définitivement achevé !

Mais derrière cette fantaisie débridée, j’ai découvert un roman beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. L’auteur aborde avec beaucoup d’ironie des sujets sensibles comme la vieillesse, la dépendance, la solitude, l’obésité ou encore la fin de vie. J’ai également découvert la zététique, cette approche du doute qui consiste à questionner les affirmations plutôt qu’à les accepter aveuglément.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est le contraste entre la légèreté du ton et la noirceur de certains thèmes.

Laisse tomber est un roman choral complètement déjanté, corrosif et délicieusement cynique, mais qui pousse aussi à réfléchir sur nos petites existences. J’ai retrouvé tout ce que j’aime chez Nick, une plume gouailleuse, des dialogues savoureux, des jeux de mots parfois assassins et cette capacité à transformer le quotidien en véritable terrain de jeu.

Alors non, surtout, ne laissez pas tomber !

Pour ma part, j’ai passé un excellent moment et je recommande vivement cette petite pépite noire, drôle, grinçante et terriblement originale.

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Extraits :

« Bon…
Dans l’absolu, tout le monde s’en fout.
Les gens vivent au ras du sol et plus personne ne lève le nez. Alors, pensez donc, un type insignifiant en équilibre précaire sur une balustrade, ça peut mettre un certain temps à se remarquer. Surtout au troisième étage d’un immeuble au fin fond d’une impasse.
Le numéro 8 de l’allée Auguste Bartholdi. »

« — Tu vas finir par loucher à rester l’œil collé à ce judas.
— Parle donc moins fort, il va t’entendre !
— Grand bien lui fasse ! Ça aurait le mérite de te détacher de la porte. Tu fais bonne figure avec la joue collée ainsi pour espionner ton voisin.
Marie-Étienne Wolfberg tourna la tête et jeta un regard assassin à sa sœur. Celle-ci n’avait jamais rien compris de la nécessité primordiale de surveiller tout le monde et, en particulier, ce gros fainéant d’Antoine Spisser. »

« — Excusez-moi, mais je n’ai pas trace d’une indication de profession.
— Oh ? Pardon… Il faut tout refaire. Nom, prénom, âge et profession, c’est ça ? Donc… Je me nomme Edmond Wiesling, j’ai 32 ans et j’enseigne la zététique à l’université. »

« Les vieux aiment la mort des autres, autant qu’un licencié d’un sport quelconque apprécie une rencontre amicale. C’est comme un entraînement grandeur nature.
On y évalue ses forces et ses faiblesses, ses atouts et ses points à perfectionner. Celui-ci a raté sa sortie pour une question de timing, celle-ci marque des points par la qualité de son intérieur. Comme ce conseil de grand-mère qui vous enjoint de toujours enfiler une culotte propre avant de sortir, des fois qu’il vous arrive quelque chose. »

Nick Gardel est le pseudonyme de Nicolas Juan, un écrivain et un enseignant.

Après avoir exercé différents petits boulots, dont vendeur de disques d’occasion, d’informatique grand public, il intègre l’Éducation nationale.
Il s’y occupe d’adolescents les plus en marge du système scolaire voire de la société. Professeur des écoles, il travaille auprès d’enfants déficients.

Nicolas Juan s’est offert le pseudonyme de Nick Gardel pour laisser libre cours à sa passion de la phrase bien tournée et du mot bien placé.
Plus habitué au polar humoristique à la verve cynique et aux rebondissements foutraques, pour la première fois avec « Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance » (2021), il durcit le ton et soulève un peu le voile pudique sur son quotidien.

Depuis 2009, il a publié la plupart de ses recueils de nouvelles et polars en auto-édition.
Marié et père d’un enfant, il vit à Colmar.

Son site : http://nickgardel.e-monsite.com

Chorale (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/chorale-de-nick-gardel/

Nevermore (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/nevermore-de-nick-gardel/

Musical Box (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/musical-box-de-nick-gardel/

Mal placé (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/mal-place-de-nick-gardel/

Mourir, encore… (et plein d’autres choses) (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/01/25/mourir-encore-et-plein-dautres-choses/

Morts Chroniques (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/13/morts-chroniques/

Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/23/ceux-qui-boivent-pour-oublier-sont-pries-de-payer-davance/

Drame, Noir, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller

Le Loup peint

de Jacques Saussey
Poche – 4 janvier 2017
Éditeur : Le Livre de Poche

Vincent Galtier est vétérinaire dans une petite ville de l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort accidentelle de son fils, son couple est à la dérive. Seule, Marion, sa maîtresse, parvient à lui faire vivre quelques rares moments d’oubli. Une nuit, alors qu’il vient de la quitter et traverse une forêt isolée pour rentrer chez lui, les passagers d’une voiture inconnue lui tirent dessus et tentent de le précipiter dans un ravin. Lorsque Vincent arrive finalement à son domicile, après leur avoir échappé de justesse, c’est pour y découvrir une scène de massacre. Il y en aura d’autres. Le cauchemar ne fait que commencer…
L’auteur de Quatre racines blanches et L’Enfant aux yeux d’émeraude offre un cadre inhabituel au thriller – le monde vétérinaire – dans ce page-turner machiavélique au suspense implacable.

Encore un roman qui attendait sagement dans ma bibliothèque depuis plusieurs années… Il était grand temps que je découvre enfin Le Loup peint de Jacques Saussey !

Et quelle bonne surprise ! Dès les premières pages, je me suis retrouvé plongé dans une intrigue magistralement construite, avec des personnages tellement bien campés que je les imaginais évoluer devant moi, comme dans un thriller sur grand écran.
Vincent Galtier est vétérinaire dans l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort de son fils, son couple n’est plus que l’ombre de lui-même. Une nuit, alors qu’il rentre chez lui après avoir retrouvé sa maîtresse, il est pris pour cible par des inconnus qui tentent de le tuer.
Lorsqu’il parvient enfin à rejoindre son domicile, il découvre une véritable scène de massacre. Et ce n’est que le début de son cauchemar. Très vite, Vincent devient suspect et doit tout faire pour prouver son innocence tandis que les crimes se multiplient autour de lui. J’ai suivi cette descente aux enfers avec beaucoup d’intérêt, sans jamais savoir où Jacques voulait m’emmener.

J’ai particulièrement apprécié la construction du récit, qui fait s’entrecroiser plusieurs histoires et plusieurs voix. Les personnages sont hauts en couleur, parfois inquiétants, parfois franchement savoureux. L’écriture est fluide, nerveuse, sans fioritures, mais l’auteur sait aussi se lâcher, notamment dans la seconde partie avec cette équipe de policiers pour le moins… particulière !
Certains dialogues m’ont franchement fait sourire. Auteurs n’hésitez plus, lâchez-vous plus souvent !

J’ai également apprécié les passages beaucoup plus crus, parfois franchement trash, qui renforcent l’atmosphère noire du roman.
Et puis il y a cet étonnant petit animal qui vient régulièrement semer sa pagaille dans l’histoire…

Mais Le Loup peint ne se résume pas à un simple polar. Le trafic d’un animal en voie d’extinction constitue une véritable toile de fond de l’intrigue et nous entraîne progressivement vers un désastre que je vous laisse découvrir.
J’ai aimé aussi les petits clins d’œil de l’auteur à certains écrivains et dessinateurs à travers les noms de rues fictives d’Auxerre.

Suspense, humour noir, violence, personnages déjantés et rebondissements, Jacques a réuni tous les ingrédients d’un bon thriller.
J’ai passé un agréable moment de lecture et je ne peux que vous conseiller de vous laisser embarquer dans cette intrigue captivante !

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Extraits :

« La voiture approchait à grande vitesse sur la chaussée étroite. Vincent prit alors conscience qu’il était bloqué en plein milieu de la voie, que le moteur refusait de démarrer.
Une vision de tôles arrachées et de souffrances atroces lui envahit l’esprit comme un raz-de-marée incontrôlable. La Mort. Elle avait fini par le retrouver.
Elle allait venir le chercher, quelques minutes à peine après l’avoir manqué de peu. Quelques mois après lui avoir ravi la moitié de lui-même sous le châssis de ce maudit camion, le projetant par là même dans les flammes de la culpabilité. »

« Elle était seule, désormais. Seule avec sa douleur, seule avec le souvenir de son fils qu’elle chérissait chaque soir avant de s’endormir de peur qu’il ne sorte de sa mémoire à la faveur du sommeil.
Elle éteignit sa lampe et garda les yeux ouverts dans le noir, fixés sur le plafond qu’elle discernait à peine à la lueur de la Lune. Pourquoi ne quittait-elle pas cet homme qui l’avait détruite? Pourquoi? Aucun avenir entre eux n’était plus possible. Il n’y avait aucune chance de rembobiner le fil tragique des événements.
Elle ne supportait même plus qu’il l’approche, et encore moins qu’il la touche. Alors qu’attendait-elle ?
Demain… »

« Et voilà. Encore une fois, il s’était foutu le doigt dans l’œil jusqu’au coude en tirant des conclusions trop rapides. L’analyse des empreintes sur le pistolet avait été approfondie. Une autre série avait été décelée sous la première et une trace partielle avait pu être identifiée. Elle correspondait au pouce de l’un des deux cadavres retrouvés dans la BMW. D’autre part, l’avant-bras du type présentait des traces fraîches de combustion de poudre, mais celui de Vincent Galtier n’en avait révélé aucune. Manifestement, ce n’était pas lui qui avait tué l’inconnu dans les bois. Cela l’innocentait de ce crime, et partant cela expliquait la raison de la course-poursuite et de la collision entre les deux voitures qui avait causé la mort des deux tueurs. Le vétérinaire n’avait donc pas raconté que des conneries. »

« Cinq heures que ça durait, déjà. Il n’en voyait pas le bout. Ah, la journée allait être longue, c’était sûr…
Il s’arrêta à l’angle de l’avenue du maréchal Norek.
À sa droite, après un petit immeuble bourgeois de quatre étages, le boulevard Chattam s’enfonçait dans un quartier de maisons cossues en direction opposée à l’hôpital. De l’autre côté du carrefour, l’avenue Minier, plus étroite, offrait une densité d’habitations et de commerces plus propice aux interrogatoires de porte à porte. Elle s’éloignait en une courbe tendue vers les quartiers les plus à l’ouest de la ville. Richard savait qu’elle se ramifiait rapidement dans un quartier d’immeubles qui représentait la grange aux meules de foin évoquée par le commandant Colize. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, « La mante sauvage », achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre « Colère Noire ».
C’est le second, « De sinistre mémoire », écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui content » dans le polar.

Enfermé.e (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

7/13 (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/15/7-13/

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Thriller

Dis, t’en souviendras-tu ?

de Janine Boissard
Broché – 8 mars 2018
Éditeur : Plon

Que se passe-t-il lorsque le poids des secrets est si lourd à porter ? Au cœur de la Provence, Aude tente de dénouer les fils de sa vie : qu’est-il arrivé à son mari ? Pourquoi ses souvenirs lui échappent ? Drames, mystères et affaires familiales se déploient dans le nouveau roman de Janine Boissard.

Aude a 23 ans, elle est l’épouse d’un parfumeur connu à Grasse. Et voilà que ce matin, elle se retrouve à l’hôpital, privée d’une partie de sa mémoire. Elle apprend qu’on l’a retrouvée, inanimée, sur un chemin désert. Non loin, la voiture de son mari, portières ouvertes, vide. Quel leur est-il arrivé ?
Avec l’aide d’un psychiatre, elle va tenter de recouvrer sa mémoire. Mais le veut-elle vraiment ? Avec le retour de ses souvenirs, ne devra-t-elle pas faire face à une redoutable vérité ?

Un suspense haletant et une belle histoire d’amour dans les paysages parfumés de la Haute Provence.

C’est le deuxième roman de Janine Boissard que je découvre, et je comprends un peu mieux pourquoi cette autrice touche autant de lecteurs. Avec Dis, t’en souviendras-tu ?, elle m’a offert une lecture captivante, portée par un suspense psychologique aussi délicat qu’émouvant. Dès les premières pages, je me suis profondément attaché à Aude. Victime d’une violente agression, elle se réveille amnésique, incapable de se souvenir des événements qui ont bouleversé sa vie. Plus troublant encore, son mari a disparu… et elle découvre qu’elle est enceinte.

J’ai vécu cette enquête à travers ses yeux, partagé entre l’envie de connaître la vérité et la peur de ce qu’elle pourrait retrouver au fond de sa mémoire. Chaque séance chez son psychiatre fait remonter des fragments de souvenirs, parfois flous, parfois terrifiants, comme les pièces d’un puzzle qu’il devient urgent de reconstituer. Peu à peu, l’image d’une existence idéale se fissure. Derrière la réussite de son mari, célèbre parfumeur, se cache un homme bien plus inquiétant qu’il n’y paraît. Les zones d’ombre de son passé, les secrets de famille et les silences trop longtemps entretenus donnent au récit une tension permanente.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’autrice aborde l’amnésie post-traumatique avec beaucoup de sensibilité. Mais ce roman va bien au-delà du simple thriller. Il parle aussi des liens familiaux, de l’amour maternel lorsqu’il devient possessif, des apparences que l’on préfère préserver et des blessures que l’on refuse de regarder en face. La plume de l’autrice est fluide, élégante et incroyablement immersive. Les chapitres s’enchaînent naturellement, si bien que je n’avais qu’une envie, tourner la page pour découvrir ce qui attendait Aude. J’ai également été touché par le regard profondément humain que Janine Boissard porte sur ses personnages. Aucun n’est totalement noir ou totalement lumineux, chacun porte son lot de regrets, de faiblesses et d’espoir.

Dis, t’en souviendras-tu ? est un roman où le mystère familial se mêle à une belle histoire de résilience et d’amour. Une lecture prenante, riche en émotions, que j’ai dévorée avec un immense plaisir.
Et une chose est certaine… ce ne sera pas mon dernier rendez-vous avec Janine.

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Extraits :

« Sur une feuille de papier pliée en quatre, cachée tout au fond de sa poche, elle a écrit ses nom et prénom : Aude Saint Georges, son âge, 23 ans, et son adresse à Grasse. « C’est complètement ridicule, lui a lancé sa mère, tu ferais mieux de prendre ta carte d’identité, comme tout le monde. » Mais imaginez qu’elle la perde ou qu’on la lui vole ? Et, de toute façon, quand on a vécu cette horreur, se retrouver un jour dans un endroit inconnu, attachée à un lit, perdue dans le brouillard, on se rassure comme on peut, ridicule ou pas. Et ce bout de papier qu’elle pouvait toucher à tout instant, la rassurait comme le minuscule clignotant d’un SOS. »

« À l’hôpital, on lui avait expliqué qu’il y avait différentes sortes de souvenirs. Par exemple les « souvenirs de souvenirs », ces moments, ces instants, bons ou mauvais, que l’on vous a si souvent racontés que vous êtes certain de les avoir vécus. Et, à ceux-là, tout le monde avait droit. Il y avait aussi ce qu’on appelait la « confabulation », dont étaient victimes ceux qui souffraient d’amnésie, qui se sentaient obligés d’inventer des choses sur leur passé pour tenter de combler les trous. Sur ce mur, pas de « confabulation », du réel, du costaud, auquel on pouvait se fier. »

« Elle a rêvé qu’elle errait nue dans une plaine glacée. D’une longue chemise de nuit qui l’enveloppait comme un linceul, d’une voix qui lui ordonnait « À genoux ! » et d’un mot qui s’imprimait partout :
« immaculée ». C’est fini, c’est fini. Pourquoi ne cesse-t-elle pas de se répéter ces deux mots, comme un mantra ? Qu’est-ce qui a pris fin ? Quel danger s’est éloigné ? Quelle menace dont elle peine à se souvenir ? »

« — Toujours d’après Irène, la petite aurait pensé à divorcer, a poursuivi Basile. Apparemment, elle n’en a pas eu la force.
« La petite »… Aude a revu la jeune femme aux boucles blondes et au visage diaphane sur la photo.
Pour la première fois, elle s’est demandé si Béatrice avait, avant elle, occupé la chambre « Topaze». La chemise de nuit de dentelle : la sienne ? Elle a frissonné.
— Comment est-elle morte ? a-t-elle murmuré.
— Une surdose de médocs.
— Tu veux dire qu’elle s’est suicidée ?
— On ne le saura jamais. Un matin, elle ne s’est pas réveillée. Je te laisse imaginer le désespoir de ses parents : leur unique enfant. »

Dès l’âge de 20 ans, Janine Boissard commence sa carrière d’écrivain sous le nom de Janine Oriano, son nom d’épouse.
Avec B comme Baptiste, elle est la première Française à publier dans la collection “Série Noire”. En 1977, la grande saga L’Esprit de famille, publiée cette fois sous son nom de jeune fille, la fait connaître du grand public. Parallèlement, elle écrit pour la télévision. Les chambardements dans la famille, les problèmes de couple et la place de la femme moderne dans le monde du travail sont les thèmes le plus souvent abordés par Janine Boissard dans ses romans. Parmi ses plus grands succès, on retiendra la saga de Belle-Grand-Mère ainsi que Une femme en blanc (Robert Laffont, 1996), suivis de Marie‑Tempête (Robert Laffont, 1998).

Mère de quatre enfants, Janine Boissard a publié une quarantaine de romans, notamment, parmi les plus récents,
Histoire d’amour (2004)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/22/histoire-damour/
Belle Arrière-Grand-Mère (Fayard, 2014),
Au plaisir d’aimer (Flammarion, 2015),
Une femme : le roman d’une vie (Flammarion, 2016),
Voulez‑vous partager ma maison ? (Fayard, 2016),
La Lanterne des morts (Fayard, 2017),
Dis, t’en souviendras-tu ? (Plon, 2018),
Les Quatre Filles du docteur Moreau (Fayard, 2018).

Émotion, Drame, Fantastique, Frisson horreur, Violence

La tour de sélénite

d’Arnaud Codeville
Broché – 1 juin 2015
Éditeur : Autoédition

Si l’horreur avait la possibilité de se matérialiser, je pense en avoir été témoin cette nuit-là…

Adel Blanchard est un écrivain en perdition. Depuis quelques mois, sa vie ne se résume qu’à éviter les huissiers et à courir après son ex-femme pour voir ses deux enfants. Pour sortir la tête de l’eau, il accepte un poste de professeur de Lettres dans une faculté de Lille. Mais peu à peu, il ne peut s’empêcher de glisser dans la dépression. Un soir, alors qu’il est prêt à commettre l’irréparable, sa voisine de palier intervient miraculeusement et l’en empêche. Il voit en elle l’opportunité de démarrer un nouveau chapitre de sa vie, c’est donc naturellement qu’il participe au projet universitaire qu’elle organise avec un collègue : la restauration d’un phare en Loire-Atlantique. Malheureusement, il ne se doute pas que ce périple le mènera au cœur de la terreur où il y laissera une partie de son âme…

Cela faisait longtemps que je n’avais pas ouvert un véritable roman d’horreur. Pourquoi cette longue parenthèse ? Je l’ignore… Peut-être est-ce simplement l’âge qui me rend plus sélectif. Toujours est-il que La Tour de sélénite, d’Arnaud Codeville, patientait depuis des années dans ma bibliothèque. Et quelle excellente idée j’ai eue de l’en sortir !

Je l’ai commencé hier matin… et je l’ai terminé en quelques heures. Une lecture d’une seule traite, tant il m’a happé une fois ses griffes plantées dans mon imagination.
Je dois pourtant être honnête, les premières pages m’ont demandé un petit temps d’adaptation. J’y ai perçu les hésitations d’un premier roman, une introduction un peu longue et quelques accents plus romantiques qu’attendus. Mais Arnaud semble justement connaître son piège. Et si c’était ça justement son secret. Reculer, ralentir pour mieux capturer son lecteur ensuite…

J’ai fait la connaissance d’Adel, un écrivain brisé par la vie. Après le succès fulgurant de son premier livre, il se retrouve ruiné, divorcé, éloigné de ses enfants et profondément dépressif. Devenu professeur à l’université de Lille, il tente difficilement de reconstruire son existence. Après une tentative de suicide avortée, il est sauvé in extremis par sa voisine et collègue Laure et se lie d’amitié avec plusieurs de ses collègues, reprend peu à peu goût à la vie.

De retour de ses premières vacances avec ses enfants, un drame vient bouleverser ce fragile équilibre. Il apprend avec effroi que deux de ses collègues, dont Laure, qui devait l’appeler durant ses congés, ont disparu mystérieusement alors qu’ils devaient rénover un vieux phare abandonné. Pourtant, personne ne les a jamais vus y entrer. Dès lors, Adel et trois autres collègues décident de partir à leur recherche… sans imaginer qu’ils s’apprêtent à franchir les portes de l’horreur. À partir de cet instant, je n’ai plus respiré de la même façon. Le phare devient un personnage à part entière, vivant, oppressant, presque conscient de la présence de ceux qui osent pénétrer entre ses murs. Chaque pierre semble dissimuler un cauchemar, chaque couloir une menace. J’ai véritablement ressenti cette montée d’angoisse. Plus d’une fois, je me suis surpris à regarder derrière mon épaule ou à interrompre ma lecture quelques secondes tant certaines scènes étaient dérangeantes. Âmes sensibles, vraiment, abstenez-vous.

J’ai également beaucoup apprécié les personnages, tous profondément humains. Adel m’a touché par sa sincérité, son désespoir et son courage…

La plume d’Arnaud est fluide, nerveuse et terriblement immersive. La tension grandit sans relâche jusqu’à un huis clos fantastique où la terreur devient presque palpable.

Pour un premier roman, je le trouve remarquable. La Tour de sélénite est un récit sombre, addictif et viscéralement inquiétant, qui prouve déjà tout le talent d’un auteur capable de transformer un simple phare en l’un des lieux les plus effrayants que j’aie visités… sans jamais quitter mon fauteuil.

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Extraits :

« Je déposai ma valise et quelques cartons contenant le reste de ma vie dans un appartement vide. J’avais accepté ce poste de professeur de lettres à l’université privée de Lille par dépit, car mes maigres économies s’étaient envolées avec mon ex-femme. Quelques années auparavant, j’avais eu cette brillante idée de devenir écrivain. J’avais abandonné l’enseignement pour me consacrer à l’écriture.
Le premier livre m’avait valu une certaine notoriété dans le monde littéraire. Il s’inspirait des œuvres de Sir Arthur Conan Doyle, autant dans le style que dans la narration.
L’histoire mettait en scène un ancien Poilu qui revenait du front, et dont la femme était retrouvée assassinée peu après son retour. Ce roman connut immédiatement le succès et l’on me proposa même d’en faire un film. »

« — Il y a des zones d’ombre, murmura-t-elle, à la lisière de nos vies quotidiennes. Il existe des forces obscures que nous, pauvres êtres humains, nous sommes incapables de contrôler et même de comprendre…
Il y eut un long silence que seuls les bruits de la rue venaient combler. Elle termina son thé, et se leva d’un bond. Visiblement gênée par ses confidences, elle n’osait plus me regarder dans les yeux. Elle sécha ses larmes d’un revers de la main et me donna un baiser sur la joue. »

« — Ce phare est maudit…
Éric s’étrangla et explosa de rire.
— Je m’en doutai… je m’en doutai que le vieux allait nous sortir un truc pareil.
Je le fixai du regard et il comprit aussitôt qu’il devait se taire.
— Ne faites pas attention à lui, monsieur, vous pouvez être plus précis, s’il vous plaît ? Qu’est-ce qui vous dit que ce phare est maudit ?
— Il y a un peu plus de trente ans, commença le propriétaire, juste après la guerre en fait, l’île a trouvé un nouvel habitant. Un médecin…
L’Anglais, dont l’inquiétude se lisait sur le visage, l’interrompit :
— Quel mal y a-t-il à ça ? »

« Au bout d’une demi-heure, nous avions fait un passage assez grand pour qu’un homme puisse traverser.
Je pris mon courage à deux mains et le franchis le premier, éclairé par ma lampe-torche. L’odeur pestilentielle était beaucoup plus forte ici. La pièce, dont le sol était composé uniquement de terre de couleur sombre, était large d’au moins six mètres sur trois. Sur les murs ne restaient que les équerres en métal de plusieurs étagères. Le bois qu’elles soutenaient s’était probablement désagrégé avec le temps. À notre gauche était disposé un bureau en fer où un nombre incalculable de fioles, tubes à essai, bocaux à combustion, éprouvettes et bien d’autres instruments de chimie étaient posés çà et là. J’avançai prudemment quand soudain, mon corps refusa de faire un pas de plus. »

Né en 1980 dans le nord de la France, Arnaud Codeville est avant tout un passionné. Adolescent, il découvre le cinéma horrifique et comprend immédiatement que cet univers va prendre une place importante dans sa vie. Il aime avoir peur.

À 17 ans, Arnaud croise la route du jeu de rôle L’appel de Cthulhu. Il dévore dès lors les textes de H.P. Lovecraft, devient maître de jeu et écrit ses propres scénarios.

En 2015, il se lance dans l’écriture de son premier roman La tour de Sélénite. L’année suivante, il édite un second opus : 1974 qui sera élu « plume francophone » par les lecteurs d’Amazon puis primé par le site Plume libre dans la catégorie « nouvelle plume ».

En 2019, sort Parasite qui a été nommé au prestigieux Prix Masterton dont il a été finaliste.

En 2021, il publie Règne, son premier roman post-apocalyptique.

Émotion, Drame, Noir, Polar, Suspense, Thriller

Le Cercle

de Bernard Minier
Poche – Novembre 2013
Éditeur : Pocket

Pourquoi la mort s’acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest ?
Une prof assassinée, un éleveur dévoré par ses propres chiens… et un mail énigmatique, peut-être signé par le plus retors des serial killers.
Confronté à un univers terrifiant de perversité sur les terres de son adolescence, le commandant Servaz va faire l’apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

« Bernard Minier persiste et signe. Après l’éclatant succès de son premier roman, Glacé,
le voilà qui confirme son talent avec Le Cercle. »
Le Figaro littéraire

« L’auteur mène son suspense de main de maître
et on ralentit sa lecture pour que le livre ne se termine pas. »
Version Femina

Après Glacé, lu il y a quelques semaines, j’avais hâte de retrouver le commandant Martin Servaz dans ce deuxième volet, Le Cercle, de la trilogie de Bernard Minier.
Et une nouvelle fois, dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par une intrigue sombre et particulièrement inquiétante.

Dix-huit mois après les événements de Glacé, les blessures sont encore ouvertes et Julian Hirtmann, le terrible meurtrier évadé, est toujours en liberté. Il est devenu l’obsession de Martin Servaz, mais aussi celle d’Irène Ziegler, la jeune gendarme, désormais rétrogradée dans une gendarmerie rurale. Cette nouvelle enquête va ramener Martin à Marsac, là où il a vécu et étudié autrefois. Un retour dans son passé qui n’a rien d’anodin, puisque la femme qu’il a aimée jadis, Marianne, l’a appelé à l’aide. En effet son fils Hugo, suite à l’assassinat de l’une de ses institutrices devient rapidement le principal suspect, tandis que le nom de Hirtmann ressurgit une nouvelle fois.

J’ai beaucoup aimé cette façon qu’a Bernard de mêler l’enquête policière aux blessures personnelles de son personnage. Servaz m’a une nouvelle fois touché par son humanité. Fragile, tourmenté, parfois perdu, mais toujours debout.
J’ai également apprécié Margot, sa fille, elle-même étudiante à Marsac. Sa présence ajoute une dimension intime à cette histoire et permet de comprendre un peu mieux les failles de cet homme qui tente de concilier son métier et sa vie de père.

L’atmosphère m’a particulièrement marqué. L’auteur sait créer un environnement oppressant où chaque lieu semble cacher quelque chose. Les morts s’enchaînent, les mystères s’accumulent et je me suis rapidement demandé qui pouvait bien tirer les ficelles. J’avoue m’être parfois un peu perdu parmi les nombreux personnages et leurs trajectoires complexes. Mais cette densité participe aussi à la richesse de l’intrigue et m’a obligé à rester constamment attentif. J’ai beaucoup apprécié également les aspects médicaux et psychiatriques, expliqués avec suffisamment de clarté pour renforcer la crédibilité du récit sans alourdir l’ensemble.

Et puis il y a le suspense !
J’ai échafaudé de nombreuses hypothèses, cherché le, la ou les coupables, essayé de comprendre les liens entre les différents protagonistes… sans parvenir à tout anticiper.

Jusqu’aux dernières pages, Bernard entretient le doute et distille ses indices avec précision. La révélation finale m’a surpris, tout en me semblant parfaitement cohérente. Avec Le Cercle, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans Glacé. Une intrigue sombre, une tension permanente et cette sensation désagréable que le danger peut surgir à tout moment. J’ai aimé aussi et surtout les phrases glissées par l’auteur ici et là, sur la Politique, La Religion, les manipulations diverses de ceux qui nous contrôle, et puis il y a la musique très présente dans tout le récit, la poésie aussi…

Un thriller intense et addictif qui m’a une nouvelle fois donné envie de poursuivre l’aventure avec Martin Servaz… et de découvrir jusqu’où Julian Hirtmann pourra encore l’entraîner.

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Extraits :

« Son esprit n’était qu’un cri.
Une plainte.
Dans sa tête, elle criait de désespoir, elle hurlait sa rage, sa souffrance, sa solitude… – tout ce qui, mois après mois, l’avait dépouillée de son humanité.
Elle suppliait aussi.
Pitié, pitié, pitié, pitié… laissez-moi sortir d’ici, je vous en supplie…
Dans sa tête, elle criait et elle suppliait et elle pleurait. Dans sa tête seulement : en réalité, aucun son ne sortait de sa gorge. Elle s’était réveillée quasi muette un beau matin. Muette… Elle qui avait toujours aimé s’exprimer, elle à qui les mots venaient si facilement, les mots et les rires… »

« Combien d’années ? Dix-neuf ? Vingt ? Elle l’avait rejeté hors de sa vie, elle était partie avec un autre et elle avait trouvé le moyen de faire retomber la faute sur lui. Il l’avait aimée, oh oui… Peut-être plus qu’aucune autre femme avant et après elle… Mais cela s’était passé dans un autre siècle, il y avait si longtemps… »

« — Vous n’aimez pas le sport à la télé ? le taquina Servaz.
— Du pain et des jeux. Rien de très nouveau. Au moins les gladiateurs mettaient-ils leur vie en jeu, ça avait tout de même une autre allure que ces gamins en short courant après un ballon. Le stade n’est que la version extralarge de la cour de récré. »

« — Vous vous intéressez aux religions ? demanda-t-il.
Winshaw sourit. Il but une gorgée, son œil brasillant malicieusement au dessus du verre.
— Elles sont fascinantes, non ? Les religions, je veux dire… Comment de tels mensonges peuvent aveugler autant de gens ?

« — Les gens votent, dit soudain la Baleine. Ils croient qu’ils décident… Ils n’ont aucun pouvoir de décision. Aucun. Parce qu’ils ne font que reconduire à l’infini la même caste, élection après élection, législature après législature. Le même petit groupe de gens qui décident de tout pour eux. Nous… Et quand je dis « nous », j’inclus nos adversaires politiques. Deux partis. Qui se partagent le pouvoir depuis cinquante ans. Qui font semblant de n’être d’accord sur rien alors qu’ils le sont sur presque tout… Cela fait cinquante ans que nous sommes les maîtres de ce pays et que nous vendons au bon peuple cette arnaque nommée « alternance ». Les cohabitations auraient dû lui mettre la puce à l’oreille : comment deux pouvoirs aux options radicalement opposées pourraient-ils cohabiter ? Mais non : il a continué à gober l’escroquerie comme si de rien n’était. Et nous, a profiter de ses largesses. »

« Il avait deviné un homme qui, comme lui, détestait la vulgarité des loisirs modernes, la stupidité consumériste des générations actuelles, la pauvreté de leurs centres d’intérêt et de leurs goûts, la platitude de leurs idées, leurs comportements moutonniers et leur incurable philistinisme. Un homme seul, aussi. Oh oui, ils se comprenaient, tous les deux. Même si Martin avait sans doute du mal à l’admettre. Ils étaient aussi proches que pourraient l’être deux vrais jumeaux séparés à la naissance. »

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Bernard Minier, né en 1960, originaire de Béziers, a grandi au pied des Pyrénées. Glacé (2011), son premier roman, a reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac et figure dans la liste des 100 meilleurs polars du Sunday Times depuis 1945. Le livre a été adapté en série télévisée en 2017 par Gaumont Télévision et M6 est disponible sur Netflix.

Glacé (2011, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac),
https://leressentidejeanpaul.com/2026/02/24/glace/
Le Cercle (2012),
N’éteins pas la lumière (2014),
Une putain d’histoire (2015, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac),
Nuit (2017),
Sœurs (2018),
M, le bord de l’abîme (2019),
La Vallée (2020)
La Chasse (2021),
Lucia (2022),
Un œil dans la nuit (2023),
Les Effacées (2024).

En 2024 paraît également chez Pocket un recueil de nouvelles inédit, Les Chats et 14 histoires mystérieuses diaboliques cruelles.
Son dernier ouvrage, H, a paru en 2025. Bernard Minier est considéré aujourd’hui dans toute l’Europe comme l’un des maîtres du thriller.
Ses romans, traduits en 28 langues, sont tous publiés aux Éditions XO et repris chez Pocket.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Famille, Philosophique

La Passeuse d’histoires

de Sejal Badani
Broché – 9 septembre 2021
Éditeur : CHARLESTON

De l’Inde qui a vu naître ses parents, Jaya ne sait rien, ou presque. Mais alors que son corps semble lui refuser la maternité à laquelle elle aspire, Jaya ressent le besoin d’aller à la rencontre de ses origines.

Au cœur de la province du Madhya Pradesh l’attend Ravi, fidèle serviteur de sa grand-mère disparue et dépositaire de ses plus intimes secrets. Mariage arrangé, drames et amours impossibles… Jaya découvre, bouleversée, le destin tragique et hors du commun des deux générations de femmes qui l’ont précédée. C’est dans leur courage et leur résilience qu’elle puisera la force de trouver sa propre place dans le monde.

Loin des clichés d’une Inde de carte postale, Sejal Badani parvient à insuffler beauté et délicatesse au sein des tragédies les plus sombres.

« Une célébration de la littérature qui offre une voix à ceux qui en sont privés. »
New York Journal of Books

Je viens de terminer ce superbe roman le cœur lourd et la larme à l’œil…
Sejal Badani avec La Passeuse d’histoires m’a emporté avec son récit dans tout ce que j’aime. Un récit prenant et magnifique malgré les sujets qui s’enchainent tous plus graves les uns que les autres, mais à la fin, la vie, l’amour, la famille sont toujours là…

Tout a commencé par une couverture et un titre qui m’ont irrésistiblement attiré. Dès la première page, j’ai été happé par un récit d’une délicatesse rare, où les drames les plus profonds côtoient sans cesse l’amour, la famille et l’espoir. J’ai été emporté jusqu’au dernier mot transformant ma lecture en gros coup de cœur !

J’ai fait la connaissance de Jaya, une journaliste new-yorkaise d’origine indienne, bouleversée par trois fausses couches et un mariage qui s’effondre. Lorsqu’elle apprend que son grand-père maternel est mourant, elle décide de partir en Inde, sur les traces d’un passé qu’elle ignore presque totalement. Là-bas, Ravi, ancien serviteur et fidèle ami de sa grand-mère Amisha, lui ouvre les portes d’une mémoire longtemps enfouie. À travers sa voix naît une seconde histoire, celle d’Amisha, jeune fille mariée à quinze ans selon les traditions d’une Inde encore sous domination britannique.

J’ai été profondément touché par cette construction à plusieurs voix, qui fait dialoguer trois générations de femmes unies par les mêmes blessures, les mêmes rêves et une incroyable force de résilience. Amisha devient rapidement le cœur du roman, une femme privée de liberté, mais jamais de son imaginaire, elle trouve dans l’écriture un refuge et une manière de préserver son âme. Mais le personnage de Ravi est tout aussi magnifique. Intouchable dans une société régie par les castes, il incarne la fidélité, la gratitude et cette amitié inconditionnelle qui transcende les barrières sociales. Sa relation avec Amisha est d’une beauté bouleversante.

Sejal Badani dresse également un portrait fascinant de l’Inde d’autrefois, entre traditions ancestrales, domination coloniale, émergence de Gandhi et quête d’indépendance. Ce contexte historique enrichit le récit sans jamais étouffer l’émotion. La plume de l’autrice est élégante, sensible et profondément immersive. Chaque page semble rappeler que les histoires possèdent un pouvoir immense, celui de réparer les silences, de transmettre les mémoires et parfois même de changer une destinée.

La Passeuse d’histoires est un roman historique, une magnifique histoire d’amour et d’amitié, mais surtout un vibrant hommage aux femmes qui, malgré les interdits, ont trouvé dans les mots la plus belle des libertés.

Si vous ne l’avez pas lu, laissez-vous porter par cette merveille.
Elle a touché mon cœur… et je suis convaincu qu’elle saura toucher le vôtre.

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Extraits :

« VINGT POUR CENT DES FEMMES font un jour une fausse couche. Parmi elles, quatre-vingts pour cent perdent leur bébé au cours du premier trimestre de grossesse. Les risques sont de douze pour cent à trente ans – une probabilité qui augmente avec l’âge.
Je peux réciter par cœur ces statistiques, et bien d’autres encore. J’ai lu tout ce qui était à ma portée, dès le jour où on a décidé d’avoir un enfant.
C’était il y a cinq ans. Depuis, j’ai passé un nombre incalculable d’heures à la bibliothèque et sur Internet, dans l’espoir de trouver une nouvelle étude, un nouveau médicament, qui multiplierait mes chances d’arriver à terme. Mais peu importent mes lectures, j’en viens toujours à la même conclusion : certains bébés naissent, d’autres pas. »

« J’AVAIS CINQ ANS QUAND J’AI SUPPLIÉ ma mère de m’offrir un chien. La race ou la taille n’avaient aucune importance : je voulais juste avoir un compagnon qui soit bien à moi, à aimer et à câliner. Trois jours après ma requête, ma mère m’a fait la surprise : un chiot en laisse m’attendait à la maison. C’était le bonheur. Je l’emmenais partout et il dormait dans mon lit. Quelques mois plus tard, il s’est enfui et nous ne l’avons pas retrouvé. Assise sur mon lit, j’ai pleuré pendant des heures sous les yeux de ma mère qui demeurait silencieuse, dans l’embrasure de ma chambre. Je me suis finalement endormie, épuisée de chagrin. Ce n’est qu’au matin que j’ai compris que pendant la nuit, elle avait tiré la couverture sur moi et avait éteint la lumière. Jamais elle ne m’a adressé un mot à propos de cette douloureuse perte. »

« QUAND J’AVAIS SEPT ANS, j’ai voulu apprendre à faire du vélo. Ma mère m’en a acheté un avec des roulettes, mais je les ai enlevées. Mes pieds
atteignaient à peine les pédales. Chaque jour, je montais dessus et chaque jour, je tombais. L’une de ces chutes a été particulièrement brutale, et j’ai récolté dix points de suture au front. Alors, Maman a enfermé mon vélo dans le garage. Quand nous en avons discuté, elle m’a laissé le choix entre abandonner ou attendre de grandir un peu pour réessayer. J’ai refusé de l’écouter et j’ai ressorti le vélo du garage en cachette. Le jour suivant, je me cassais le bras et m’ouvrais la lèvre en dévalant une pente. Elle a immédiatement offert mon vélo à l’un de nos voisins.
Quand j’ai exigé de savoir pourquoi, elle m’a répondu : “Jaya, parfois, c’est mieux de laisser tomber les choses qui nous font mal.” »

« — J’ai quinze ans. Mon mariage a déjà été arrangé.
Neema jeta un œil à l’horloge, puis à la porte, évitant le regard d’Amisha. Cette dernière, qui avait été mariée à quinze ans elle aussi, savait que les filles pouvaient être offertes à tout âge. Certaines familles pauvres échangeaient leur nouveau-né contre un sac de riz. Dans certains villages, on n’attendait pas que les filles aient quinze ans. Amisha se demanda si ces traditions changeraient au fil du temps. Mais personne, pas même les Britanniques, n’avait été capable de modifier les choses jusqu’à présent. »

Sejal Badani est une ancienne avocate qui écrit aujourd’hui à plein temps. Quand elle n’écrit pas, elle aime lire et voyager, avec Bruce Springsteen, Beyonce et Ed Sheeran en fond sonore. Elle vit actuellement sur la West Coast avec sa famille et leurs deux chiens.
Ses ouvrages font partie des listes bestsellers du USA Today, du Washington Post, du Wall Street Journal et d’Amazon Charts.

Son deuxième roman, La Passeuse d’histoires, a déjà conquis plus d’un million de lecteurs dans le monde.