Émotion, Biographie, Bouffée d'oxygène, Humour

Évariste

de François-Henri Désérable
Poche – 1 septembre 2016
Éditeur : Folio

À quinze ans, Évariste Galois découvre les mathématiques ; à dix-huit, il les révolutionne ; à vingt, il meurt en duel. Il a connu Raspail, Nerval, Dumas, Cauchy, les Trois Glorieuses et la prison, le miracle de la dernière nuit, l’amour et la mort à l’aube, sur le pré. C’est cette vie fulgurante, cette vie qui fut un crescendo tourmenté, au rythme marqué par le tambour de passions frénétiques, qui nous est ici racontée. Avec le talent et l’audace qu’on lui connaît, François-Henri Désérable retrace l’étonnant parcours du « Rimbaud des mathématiques ».

Évariste Galois…
La première fois que j’ai croisé ce nom sur une plaque de rue, c’était il y a déjà trente ans. Elle est d’ailleurs toujours là, au bout de la rue, où je vie, au numéro 1. Je connaissais un peu le personnage, sans vraiment le connaître. J’avais même eu envie, il y a quelque temps, d’en apprendre davantage sur lui, puis la vie avait repris son cours…

Et puis, il y a quelques jours, en rentrant chez moi, je fais mon détour habituel par « mon » arbre à livres. Au milieu d’autres ouvrages, un petit livre de poche attire mon regard. Évariste, de François-Henri Désérable. Je jette un œil à la quatrième de couverture et je suis happé.
Je l’ouvre, lis la première phrase, puis la seconde… et je comprends immédiatement que je ne tiens pas entre les mains une biographie conventionnelle. Je viens de rencontrer une plume !

Dans le tumulte d’une époque exaltante, entre les Trois Glorieuses, la monarchie et la révolution, l’auteur redonne vie à ce jeune prodige des mathématiques. À partir d’une documentation limitée, il déploie un style d’une efficacité redoutable, plein de verve, d’audace et d’énergie. Une écriture à la fois élégante et irrévérencieuse, soutenue et volontiers provocatrice, portée par un rythme fougueux et un formidable désir de liberté.
Quel style ! Quelle vitalité !

François-Henri Désérable ne craint ni les détours, ni les clins d’œil aux célébrités de l’époque. Il se moque de Dieu, égratigne les puissants et fustige ceux qui n’ont pas su reconnaître le génie de son héros. Derrière l’humour et le sarcasme, je devine pourtant une véritable tendresse pour Évariste. Et lorsque viennent l’amour malheureux et cette mort si cruelle, si injuste, la plume se fait plus lyrique, presque bouleversante.

L’auteur ne prétend pas résoudre tous les mystères entourant la vie et l’œuvre de Galois. Il s’autorise à combler les blancs de l’Histoire, à imaginer, à broder un destin romanesque, pour offrir à ce jeune homme un peu de chaleur et de bonheur. Et ça fonctionne ! Peu à peu, Évariste m’est devenu proche, presque familier.

Je n’en sais toujours pas davantage sur les équations, je l’avoue. Mais j’ai découvert un génie incompris, un esprit libre qui a révolutionné la théorie des groupes et lui a laissé son nom. Surtout, j’ai partagé vingt années d’existence en vingt chapitres, avec ce sentiment poignant d’avoir côtoyé un homme qui n’aura pas eu le temps d’accomplir tout ce qu’il portait en lui.

Contemporain, rythmé, drôle et touchant, ce roman est pour moi une très belle réussite, portée par un écrivain au talent éclatant.

Dorénavant, je ne te regarderai plus “ma plaque” de la même façon…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« On sait qu’Évariste — d’emblée appelons-le Évariste – eut pour père Gabriel Galois, et de Gabriel Galois on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il fut le père d’Evariste (voyez comme une phrase, sous des dehors anodins, peut regorger d’indicible cruauté: que l’on puisse, après sa mort, réduire à sa seule qualité de père un homme qui vécut cinquante-quatre années, voilà qui devrait inciter les autres à cesser tout commerce charnel — et au diable l’humanité). »

« Les hommes vaquent à leurs occupations, la vie suit son cours, et celle de Gabriel Galois va bientôt commencer. On ne sait rien de sa jeunesse: celle, sans doute, d’un enfant né de parents aisés à Bourg-la-Reine, dans ce royaume de France où l’ordre immuable des choses semble devoir perdurer. Vous connaissez l’Ancien Régime, sa partition millénaire, vous savez comment elle se joue: les nobles, qui ont les terres, ne font rien et font de l’argent; le clergé, qui a le ciel, ne fait rien et fait de l’argent; le tiers état, parce qu’on lui a promis dans l’autre vie le ciel du second, s’échine dans celle-ci sur les terres des premiers, fait tout, n’a rien, ne fait pas d’argent. Trois ordres donc, et au-dessus des trois ordres, des trois dignités, le roi qui tient son pouvoir de Dieu, qui est comme Dieu sur terre, qui n’a de comptes à rendre à personne sauf à Dieu, c’est-à-dire à personne. Voilà pour le tableau. Ou plutôt pour l’esquisse, car il faudrait nuancer. Je ne suis pas historien. Je ne nuancerai pas. »

« Et puis il y a cette scène, qu’on est réduit à imaginer — les sextapes, hélas, n’existaient pas. C’est en 1811, au tout début de l’année 1811. Lübeck et Brême ont été annexées à l’Empire, Beethoven met la touche finale à son Concerto pour piano, Chateaubriand entreprend ses Mémoires, les hommes, on le voit, font leurs petites affaires, c’est la règle, et Gabriel Galois ne déroge pas à la règle. Il est dans la maison bourgeoise aux fenêtres ornées de glycine. Il fait nuit. Les volets sont clos. Il éteint le quinquet posé sur le guéridon, rejoint sa jeune épouse dans le lit à baldaquin, écarte la voilure accrochée en rideau, se glisse dans les draps de lin. »

François-Henri Désérable est un écrivain français.
Fils d’un ancien joueur de hockey sur glace, petit-fils de gondolier, il passe son enfance et son adolescence à Amiens et aux États-Unis, dans le Minnesota.

À dix-huit ans, il devient joueur de hockey professionnel (il le sera jusqu’en 2016) et commence à écrire.

À vingt-cinq ans, il publie aux éditions Gallimard Tu montreras ma tête au peuple (2013), récit des derniers instants des grandes figures de la Révolution française, distingué par plusieurs prix donc celui de la Vocation.

En 2015, paraît Évariste, biographie romancée d’Évariste Galois, prodige des mathématiques mort en duel à l’âge de vingt ans. Considéré comme la révélation de l’année 2015, ce roman remporte le prix des Lecteurs de L’Express–BFMTV et le prix de la biographie.

Son troisième roman, Un certain M. Piekielny (2017), enquête littéraire sur les traces d’un personnage de Romain Gary, est sélectionné pour les six grands prix de la rentrée.

Avec Mon maître et mon vainqueur (2021), dissection de la passion amoureuse, il remporte le Grand prix du roman de l’Académie française.

Il remporte le prix Montaigne 2024 avec L’usure d’un monde

Blog de l’auteur : fhdeserable.com

Amour, Émotion, Cercle littéraire, Histoire vraie, Psychologie

Femmes tout au bord

de Clarisse Gorokhoff
Broché – 7 janvier 2026
Éditeur : Actes Sud

Tout commence par une lettre. Et un amour perdu. Dévastée par sa rupture avec celui qu’elle aime encore, Anouk écrit à la mère de Paul, une femme condamnée par la maladie et décidée à orchestrer sa fin. Dans cette correspondance ardente qu’elles entretiennent en secret, les mots deviennent refuge, miroir, passage. Quelques mois plus tard, Anouk part sur les traces de Faye au cœur du désert brûlant du Nouveau-Mexique, et découvre, dans une maison peuplée d’ombres et de silences, les carnets de la disparue – et le mystère d’une troisième femme.
Tout en tension, fragilité et vérité brute, les voix de Faye et d’Anouk se répondent dans ce roman incandescent sur le deuil, la transmission et la métamorphose, né d’une expérience vécue. Une lettre d’amour à la vie autant qu’un adieu à la chair, un chant sur la puissance des femmes qui, même au bord, choisissent encore de se révéler.

Hier soir, dans le cadre de nos rencontres du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage, nous avons eu le plaisir de recevoir Clarisse Gorokhoff, qui a reçu le Prix 2026 !
Une soirée ponctuée d’un dîner au Relais des Peintres, à Auvers-sur-Oise. Un nouveau lieu, une nouvelle ambiance, et surtout un agréable moment de partage et de détente, loin du quotidien. Une belle soirée, tout simplement !


÷÷÷÷÷÷÷

Je découvre Clarisse Gorokhoff avec Femmes tout au bord, un roman qui m’a profondément touché. Inspiré d’une histoire réelle, il mêle correspondance, fulgurances poétiques et tension romanesque autour d’une magnifique histoire de femmes.

Rien ne semblait pourtant devoir rapprocher Faye et Anouk. Elles ont un âge différent, vivent dans deux pays et ne se connaissent pas. Mais un homme les relie. Paul, le fils cadet de Faye et ancien amant d’Anouk. Pendant quatre mois, elles vont pourtant s’écrire. Faye est en fin de vie, tandis qu’Anouk tente de survivre à sa rupture amoureuse. L’une doit affronter la fin de sa propre existence, l’autre le deuil de l’être aimé.
Au fil de leurs lettres, elles vont se livrer, se dévoiler et finalement se délivrer. Elles racontent leurs blessures, leurs espoirs, leurs regrets et tout ce qu’elles n’ont peut-être jamais pu dire à personne. Toutes deux se tiennent ainsi tout au bord… Que reste-t-il d’une vie, lorsqu’arrive la fin ? Tout perd son importance, tout semble s’éteindre, la voix, le corps et… finalement le cœur de Faye, le jour et à l’heure où elle l’avait décidé en toute conscience.

Anouk décide de partir au Nouveau-Mexique, dans cette terre rouge, silencieuse et mystérieuse. Elle y rencontre Jack, le mari de celle avec qui elle a tellement échangé… mais aussi Lars, Griselda et les autres proches qui l’entouraient.
Mais en arrivant chez Faye, Anouk va surtout finir par se rencontrer elle-même. Elle qui semblait jusque-là errer sans véritable direction va peu à peu s’ancrer et comprendre qui elle est.

J’ai beaucoup aimé cette idée de transmission entre les femmes, de ces liens qui traversent les générations et continuent d’exister bien après nous. L’amour d’une mère, d’une grand-mère peut finalement devenir une forme d’éternité lorsqu’une descendance en perpétue la mémoire. J’ai été touché par la manière dont Clarisse explore la fragilité de ses personnages sans jamais les réduire à leurs blessures. Tout y est intense et vrai. Son écriture est brute, nerveuse, parfois hachée, comme si ses mots suivaient mon souffle et les battements de mon cœur.
Les chapitres courts donnent aussi au récit un rythme particulier, parfois haletant, qui accompagne parfaitement cette histoire située au bord de la chute… ou de l’envol…

Femmes tout au bord est un roman fragile et puissant à la fois, où la vie, l’amour et la mort se rencontre, se confrontent sans jamais perdre leur intensité.

J’ai terminé ma lecture profondément bousculé, mais avec la sensation d’avoir découvert un texte important et nécessaire. Un roman d’une grande délicatesse sur la condition féminine, la résilience et la capacité à pouvoir se réinventer.
Une très belle découverte qui a touché mon cœur et que je vous conseille vivement.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je vais chez une morte. Ou plutôt chez son veuf.
Je ne les ai jamais rencontrés mais elle, je l’ai bien connue. On s’est écrit chaque jour pendant quatre mois, jusqu’à ce qu’elle décide que souffrir n’était plus une preuve de courage. Au Nouveau-Mexique, si on insiste un peu, on peut mourir dignement.
Faye Steiner a insisté. »

« Ça a commencé doucement. Une gêne, pas grand-chose. J’ai fait comme si de rien n’était en espérant que ça disparaisse. Raté. Ça a grossi, pris de l’assurance. Et le verdict est arrivé. Cancer du pancréas.
Pas immense mais scélérat. Petite bête tapie dans l’ombre qui attend son heure. On me l’a confirmé à l’hôpital d’Albuquerque où Jack, mon mari, sauve des vies depuis vingt-trois ans. Ironique, non ? L’oncologue qui n’a pas vu la bombe à retardement sous son propre toit. Faut dire que j’ai une bonne dose de résistance à la souffrance – ou peut-être de déni.
Je me souviens de la première nuit où j’ai hurlé, le ventre en feu, comme si un démon y plantait ses griffes. »

« Chère Faye,
…/…
Je sais que vous êtes gravement malade, et que vous allez mourir. C’est terrible.
Je suis désolée pour vous. Pour Paul, et pour tous ceux qui vous aiment. Mais ce qui me bouleverse, c’est l’étrange douleur que je ressens depuis que je le sais. Une tristesse qui ne m’appartient pas. Une vague qui me submerge, comme si je perdais quelque chose de vital. Je me surprends à pleurer comme si c’était ma propre mère qui allait mourir. Alors qu’elle est morte il y a bien longtemps.
Je n’ai pas le droit d’écrire ça. C’est déplacé, sûrement, et même obscène. »

« Chère Anouk,
Merci pour ton message. Je n’étais pas sûre de pouvoir te répondre. Non pas parce que tu as franchi une limite, mais parce que, au contraire, tu es tombée juste.
Trop peut-être. Il y a, dans ta façon de dire les choses, quelque chose d’oblique et de clair à la fois. Comme si tu me regardais en plein dedans. »

Clarisse Gorokhof nait en 1989 à Paris. Elle suit des études de philosophie. A vingt ans, elle part vivre à Istanbul où elle restera cinq ans. Elle y a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable.

Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être – à la fois triviales et bouleversantes – qui forgent la société de nos jours.

En 2018, elle publie son second roman, Casse-gueule, la suite de De la bombe, publié en 2017. Il commence avec le récit d’une scène violente : l’héroïne, Ava, se fait tabasser par un inconnu jusqu’à en être défigurée. Elle qui tenait sa beauté de sa mère, qu’elle rejette, s’accommode plutôt bien de sa nouvelle laideur.

En 2019, elle publie son troisième roman, la suite romanesque des deux premiers, Les fillettes. Dans ce troisième ouvrage, « Clarisse Gorokhoff finit d’y imposer je ne sais quel ton, quel tour et quel sel dont on se souviendra un jour. » écrit Sébastien Lapaque, journaliste du Figaro. Elle continue à décortiquer les grandeurs et misères de la vie familiale en racontant l’histoire de trois petites filles dont la mère est droguée. On suit différents personnages, dont les fillettes, la mère et le père. Le livre est en lice pour le Prix des libraires 2020.

En 2026 sort son cinquième ouvrage : Femmes tout au bord. On suit le personnage de Faye Steiner, sexagénaire, mariée à un éminent oncologue américain et atteinte d’un cancer du pancréas incurable. Au Nouveau-Mexique, où elle vit, elle peut choisir le suicide assisté. Elle prend sa décision et en parle dans les lettres qu’elle envoie à Anouk, une jeune française qu’elle n’a jamais rencontrée et qui vit un chagrin d’amour : le fils de Faye vient de la quitter. L’écriture est cinématographique et la fin inattendue, à l’instar d’un thriller psychologique. Elle est en partie inspirée de la vie de l’autrice qui reçoit le prix du Cercle littéraire du Château de l’Hermitage 2026.

Émotion, Drame, Psychologie, Violence

Organigramme

de Jacques Pons
Broché – 20 septembre 2018
Éditeur : Hugo Roman

Vous pensez que le monde de l’entreprise est parfois cruel ?
Que l’univers de la mode est sans pitié
Oubliez ce que vous croyez savoir.
La réalité est bien plus terrifiante.

Chez Louis Laigneau, fleuron du luxe français, la direction n’a jamais épargné à se salariés ni le stress, ni les humiliations. Mais au retour d’un séminaire de créativité censé stimuler les forces vives de l’entreprise à l’approche de la prochaine fashio week, ce ne sont pas les mannequins, mais les cadavres qui défilent…
L’open space est moins accueillant quand on imagine qu’un tueur est peut-être juste là, assis en face de vous…
Dans ce milieu hostile où tout n’est qu’apparences, chacun s’observe avec défiance Entre le burn out général qui menace et la psychose qui s’installe, un serial killer rôde. Qui est cette ombre menaçante qui semble tout connaître de Louis Laigneau et qui décime méthodiquement l’organigramme ?

Dans l’enfer feutré de la mode parisienne, personne n’est à l’abri.

Je découvre avec Organigramme la plume de Jacques Pons, et quelle découverte pour un premier roman !

L’histoire m’a entraîné au cœur de la prestigieuse Maison Louis Laigneau, fleuron de la haute couture française installé avenue Montaigne. Derrière les “vitrines” luxueuses et les paillettes se cache pourtant un univers professionnel beaucoup moins glamour. Stress permanent, humiliations, réunions interminables, pression du chiffre et culte de la performance rythment le quotidien des salariés. Ici, la hiérarchie est reine et les faux-semblants sont partout.
Pour tenter de remotiver ses équipes, la direction organise un séminaire obligatoire à Marrakech. Mais ce week-end censé favoriser la créativité va rapidement virer au cauchemar et faire naître une haine froide.
À leur retour à Paris, le cauchemar continue… sauf que cette fois, ce ne sont plus les mannequins qui défilent, mais les cadavres.

Un tueur anonyme a décidé de « dégraisser » l’entreprise en éliminant méthodiquement ses salariés, en remontant chaque case de l’organigramme. Le tueur utilise la torture psychologique pour pousser certains cadres déjà à bout vers le burn-out, avant de passer à une exécution méthodique. Très vite chacun devient suspect et chacun se demande si le monstre ne se trouve pas assis juste en face de lui.

J’ai été happé par cette mécanique implacable et j’ai assisté, médusé et fasciné, à la chute progressive de cet « empire ». Nul ne pourra y échapper.

Ce qui m’a particulièrement séduit, c’est le choix du monde de l’entreprise comme décor de thriller. La souffrance au travail, les rapports de domination et le burn-out donnent au récit une résonance personnelle et particulièrement actuelle. Évidemment, toutes les personnes broyées par leur entreprise ne deviennent pas des tueurs froids et machiavéliques ! Heureusement…
Mais j’ai compris la frustration et la profonde souffrance qui nourrissent la vengeance du personnage.

Jacques fait également se rencontrer deux univers radicalement opposés. Celui, feutré et cruel, du luxe parisien et celui de la banlieue.

J’ai apprécié cet équilibre entre l’enquête et l’univers professionnel, sans que l’un ne prenne totalement le dessus sur l’autre. L’écriture est vive, fluide, efficace et terriblement addictive. Les rebondissements se succèdent et, une fois encore, je me suis fait avoir alors que tous les éléments étaient pourtant sous mes yeux !

Pour un premier roman, Organigramme est une sacrée réussite. Un véritable page-turner, avec un final magistral. Bravo l’artiste !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Rien à faire. L’homme qui lui a lié les mains et les pieds ne lui a laissé aucune chance. Il repense à son adolescence, enrôlé de force par ses parents chez les scouts marins. Des heures à apprendre comment faire et défaire ces putains de nœuds, dans un camp qui puait la vase et la transpiration.
Une nouvelle goutte lui coule derrière l’oreille. Il tente de lever son épaule pour l’éponger, en inclinant la tête, mais le fil de nylon qui entrave ses poignets derrière le dossier du fauteuil découpe sa peau sous la tension qu’il lui imprime. Un gémissement lui échappe. Il perçoit la progression lente du sang qui se met à glisser le long de l’attache du pouce. Sur sa droite, plusieurs bidons de métal, soigneusement alignés contre un mur de toile épaisse. Sur sa gauche, le même pan de tissu et quelques chaises hors d’usage. »

« Voilà. Nous y sommes.
Ils n’ont, pour la plupart, plus la force de crier. Les plus résistants trouvent encore la ressource pour gémir. Je les hais. Je les plains mais je les hais. Je ne les connais pas tous. Il y en a même que je n’avais jamais vus auparavant. Tant pis. Il est trop tard pour renoncer. Ils paieront pour les autres, et comme les autres.
Mon seul regret est de ne pas assister à leur fin. »

« — CA-NON ! CA-NON-NISSIME !
— Marrakech, non, mais Marrakech, quoi ! J’hallucine ! Tellement cool. Il nous reste moins de deux mois pour nous mettre aux UV et arrêter de manger !
— Oh. My. God. Partir au soleil en plein hiver, ‘avais pas prévu, je suis au bout de ma vie!
— Mais pour nous ça va, hein, comment elles vont faire, aux RH, elles ont tellement de cellulite qu’elles vont bronzer en pointillé…
— Tu me diras, les pois c’est la grande tendance cet hiver, pour une fois elles seront dans le coup !
— J’adore! Vous êtes tellement des pestes ! »

« Je t’ai vue. Je t’ai vue sortir des toilettes. Je t’ai vue sortir des toilettes et rajuster nerveusement ce qu’il restait de ton chignon. Je sais avec qui tu étais. Je sais pourquoi tu étais avec lui. Tu es une traînée et tu le sais. Tu n’as pas beaucoup de talent. Mais tu feras une belle carrière, parce que tu sais à qui parler et comment leur parler. Je vois tout. Je ne dirai rien, mais tôt ou tard, tout le monde saura. »

Passionné de littérature, de voyages et de gastronomie, Jacques Pons travaille depuis plus de quinze ans dans l’univers de la mode. C’est cette expérience qui lui a inspiré l’écriture d’Organigramme, dans le cadre du concours du meilleur thriller 2018 présidé par Michel Bussi 2018, pour lequel il a reçu le Coup de cœur RTL.

Organigramme est son premier roman.

Émotion, Drame, Famille, Polar, Psychologie, Suspense

Que gèlent les silences

de Céline Bréant
Broché – 8 octobre 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Lauréate du prix Découverte Noir Charbon 2025 pour son thriller psychologique « Là où sombrent les secrets ».

Isabelle Maillard est ravie : Alain, son mari casanier, a enfin accepté de passer les fêtes de fin d’année à quatre, dans un joli chalet à la montagne. Si Cathy, leur adolescente, traîne les pieds, Justin, le petit dernier, est fou de joie à l’idée d’explorer de nouveaux décors.
Malheureusement, les branches d’un gigantesque hêtre s’écrasent sur le toit de leur logement. La famille Maillard est alors contrainte de trouver refuge chez leurs voisins, les Masson. Isabelle, d’abord déstabilisée par ce changement de programme, s’efforce de rester positive et de préserver l’esprit des fêtes.

Mais au matin de Noël, la chambre de Cathy est vide. La jeune fille est introuvable.

Dans le silence glacé qui s’installe, Isabelle comprend que les Masson portent en eux une tragédie jamais apaisée, et que la disparition de sa fille pourrait bien être liée aux ombres qui hantent cette famille.

Après avoir découvert Céline Bréant avec Là où sombrent les secrets, une lecture intense et bouleversante qui m’avait tenu en haleine jusqu’au bout, je la retrouve avec Que gèlent les silences, un thriller à nouveau saisissant et mystérieux.

Isabelle est heureuse. Cette année enfin, elle va passer Noël en famille, à la montagne, loin du quotidien. Son mari Alain a accepté de venir et Justin, leur fils, est ravi. Seule Cathy, leur fille adolescente, semble moins enthousiaste. Mais rien ne pourrait gâcher la bonne humeur d’Isabelle… jusqu’à leur arrivée. Un arbre tombe sur le toit de leur chalet, les obligeant à chercher un autre endroit pour dormir. Leurs voisins, les Masson, leur proposent alors de les héberger. Mais au matin de Noël, Cathy a disparu. Que s’est-il réellement passé durant cette nuit ?

Très vite, je comprends que cette disparition n’est que la partie émergée d’une histoire beaucoup plus sombre. Tous les personnages semblent avoir quelque chose à cacher. Certains mentent, d’autres manipulent, tandis que des passés particulièrement lourds refont surface. Je me suis constamment demandé ce que chacun savait réellement et surtout, à qui je pouvais encore faire confiance. D’un côté, l’enquête de police piétine, de l’autre, les secrets de famille se dévoilent de plus en plus. Des histoires anciennes, soigneusement enfouies, ressortent des dossiers que certains auraient préféré laisser prendre la poussière. Car il est parfois plus facile de désigner un coupable que de chercher la vérité et de s’attaquer aux véritables problèmes…

J’ai particulièrement apprécié l’évolution d’Isabelle. Après la disparition de sa fille, je l’ai vue se transformer complètement. La mère qui profitait simplement de ses vacances devient une femme déterminée, prête à tout pour comprendre ce qui est arrivé à Cathy. Les personnages liés à l’enquête apportent également un autre regard sur les événements et permettent de ne jamais rester uniquement du côté de la famille.

La plume de Céline est incisive et d’une redoutable efficacité. C’est sombre, glacial, parfaitement maîtrisé et surtout terriblement addictif.
Avec “Que gèlent les silences”, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans son précédent roman. Cette capacité à installer le doute et à me faire remettre constamment mes certitudes en question. Avec ce thriller psychologique intense elle rappelle une chose essentielle, on ne connaît jamais vraiment les gens… Et ceux que l’on pense capables de nous protéger peuvent parfois être ceux dont il faut le plus se méfier.

À lire, ou plutôt à dévorer, sans aucune modération !

Merci Joël pour cette nouvelle lecture.
Chaque roman publié chez Taurnada Éditions est pour moi comme une nouvelle marche qui me permet d’aller toujours plus haut !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Du haut de la côte, elle observa le village en contre-bas, les lumières féeriques de Noël qui n’égayaient plus son cœur depuis longtemps, puis elle s’enfonça dans l’obscurité de la forêt. Aujourd’hui, sa propre vie n’avait plus d’importance. Sa survie, elle la devait à son obsession. Elle vivait par procuration à travers cette dernière. »

« Cathy hocha la tête en piétinant, impatiente de partir.
– Tu feras attention, et ne fais pas la folle, d’accord ? Et tu mets un casque !
– Mais oui, c’est bon ! soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.
– Pas de panique, Isabelle. Je gère, la rassura Richard en levant les pouces devant lui.
– C’est en elle que je n’ai pas confiance, se justifia la mère angoissée. Elle peut être casse-cou quand elle veut impressionner.
– Mais arrête, pesta Cathy, mal à l’aise. Tu peux rentrer, c’est bon, on va partir. »

« La nuit s’était abattue sur la montagne comme un rideau sur la scène d’un théâtre. Un premier acte sans Cathy venait de s’achever. Où était-elle ? Que s’était-il passé ? Les Masson apportaient leur soutien sans oser émettre d’hypothèses défaitistes à voix haute. Plus le temps passait, et plus l’espoir tarissait. »

« La battue s’était poursuivie encore une heure. Le cortège avait scruté chaque millimètre de la zone, sans succès. Pas la moindre trace de Cathy dans les environs. Il faudrait sûrement agrandir le périmètre, mais sans piste, comment en établir un fiable ?
Le ciel bleu s’était voilé, et les flocons de neige s’étaient mis à tomber. Les gendarmes, bredouilles, avaient donc décidé de clore cette première session de recherche. La famille et tous les bénévoles avaient été invités à regagner leur domicile. »

« Je m’appelle Céline Bréant, j’ai 32 ans. Je vis à Bordeaux et je suis d’origine savoyarde. Si je m’interroge beaucoup sur ma vie, je n’ai toujours eu qu’une certitude et qu’un véritable objectif. Je voulais devenir romancière. Petite déjà, j’écrivais de petites histoires, et c’est vers 14 ans, que j’ai entrepris le projet d’écrire un roman, et j’ai poursuivi sur cette voie. Je rêvais de trouver un éditeur, mais alors que la trentaine approchait à grand pas, j’ai décidé de me lancer, malgré tout, et j’ai franchi le cap de l’auto-édition, en publiant « Les Clandestines », un roman qui me ressemblait et mélangeait les genres.
Et puis… J’ai préféré me recentrer, et revenir sur mon genre de prédilection : le thriller. Je suis passionnée par les faits divers, le cerveau humain, les livres à suspens, noirs, pleins de rebondissements qui entraînent le lecteur dans un tourbillon de questions, le manipulent, le piègent et lui offrent un final explosif. Et j’aime explorer le mal qui habite les individus, le point de bascule entre l’ordinaire et la folie, les traumatismes, les secrets, les mensonges, la mémoire. L’humain est terrifiant et fascinant à la fois : il donne matière à réflexion. Et à écrire…

À côté de l’écriture, j’ai un “vrai” métier.
Je veux dire, un métier pour vivre, gagner de l’argent. Je suis graphiste dans une agence de communication. De la même façon, j’aimerais pouvoir exercer ce métier dans le monde des livres, idéalement. J’aime les livres, les belles lettres, les œuvres de fiction, j’aime l’odeur du papier et toucher des doigts les belles couvertures en gaufrage.

Autre passion ?
L’eau. J’aime me baigner dans l’océan, la mer, les rivières, les lacs, les piscines. J’aime le snorkelling, le bodyboard, je commence le surf et la plongée. Je rêve de découvrir les plus beaux sites de baignade du monde.

Et j’aime les animaux.
Chat, chien… Impossible de vivre sans eux. Ils m’accompagnent depuis toujours et leur présence à mes côtés est un vrai bonheur. »

D’origine savoyarde, Céline Bréant vit actuellement à Bordeaux. À 31 ans, après plusieurs années en tant que graphiste et maquettiste, elle décide de marquer une pause dans sa vie professionnelle pour explorer de nouvelles perspectives. Cette transition lui permet de se consacrer pleinement à une passion de toujours : l’écriture. Son genre de prédilection est le thriller. « Là où sombrent les secrets » est son deuxième roman.

— Là où sombrent les secrets (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/02/la-ou-sombrent-les-secrets/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

L’abbaye blanche

de Laurent Malot
Broché – 14 septembre 2016
Éditions : Bragelonne

À Nantua, dans le Jura, Mathieu Gange élève seul sa fille de six ans. Sa femme a disparu depuis plusieurs mois sans donner d’explication. Flic intègre, il fait ce qu’il peut pour assurer sa mission, quand soudain la violence s’abat sur ce coin du monde où il ne se passe presque jamais rien.
Deux hommes sans lien apparent sont assassinés coup sur coup, puis on retrouve un cadavre mutilé dans la forêt. À mesure qu’il démêle les fils, Gange est entraîné dans une enquête dont les enjeux le dépassent. Notables véreux, secte, affaire d’État: le cocktail est explosif. Mais Gange ne peut pas renoncer.
La disparition de sa femme n’est peut-être pas innocente…

En commençant Sème la mort, dimanche dernier, je me suis rapidement aperçu qu’un roman précédent mettait en scène le lieutenant Gange. J’ai hésité à interrompre ma lecture, mais j’étais déjà trop embarqué dans l’histoire. Je savais pourtant qu’il me faudrait revenir en arrière pour découvrir L’Abbaye blanche, le premier polar de Laurent Malot…
C’est fait ! J’y ai donc retrouvé Gange et quelques personnages familiers, avec cette petite difficulté de connaître déjà une partie de leur avenir. Mais je dois reconnaître que je n’ai pas eu à m’accrocher bien longtemps. Le roman m’a rapidement happé !

Le lieutenant Gange, a été récemment muté à Nantua, dans le Jura, il élève seul sa fille de six ans. En effet Gaëlle, sa femme, les a quittés depuis plusieurs mois sans aucune explication. Mais très vite deux meurtres surviennent, sans lien apparent, au cours de la même semaine, puis on retrouve un cadavre torturé, assassiné dans la forêt. Gange se retrouve au cœur d’une enquête qui le mènera au cœur d’un possible énorme scandale politique et qui va prendre une tournure explosive. Peu à peu, les investigations conduisent vers l’Abbaye blanche, une secte dangereuse, liée à certains notables locaux. Trafic d’art, manipulation des âmes, ramifications jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. les enjeux dépassent rapidement le simple cadre d’une enquête criminelle. Et si la disparition de Gaëlle était elle aussi liée à cette organisation ?

J’ai particulièrement apprécié la dimension sociale et politique de ce récit. Laurent Malot explore avec audace les mécanismes du mensonge, de la manipulation, du pouvoir, mais aussi de l’amour et de la mort. La secte manipule ses adeptes, l’État manipule la secte. J’ai aimé ce lieutenant montagnard, profondément humain, avec ses qualités, ses failles et ses contradictions. La galerie de femmes qui l’entoure, journaliste, juge, baby-sitter et bien d’autres, apporte également beaucoup de caractère à l’histoire. Aucune ne se laisse facilement impressionner !

J’ai été quelque peu estomaqué par l’audace et la précision de Laurent Malot. Il va loin, très loin, et c’est précisément ce qui donne à son récit toute sa force. L’écriture est résolument celle d’un thriller, mais il a su insuffler une dynamique et une réflexion différentes, entre roman noir dressant un portrait pessimiste mais lucide de nos administrations publiques et dirigeantes et une enquête complexe, riche en actions et très prenante. L’écriture est réaliste, visuelle, rythmée, presque cinématographique, l’émotion est souvent présente et les dialogues percutants m’ont régulièrement fait éclater de rire, même au cœur des situations les plus tendues.

Laurent Malot, un auteur à découvrir, à lire et à relire même.
Après De la part d’Hannah, Que Dieu lui pardonne, et Sème la mort, L’abbaye blanche confirme mon envie de poursuivre avec cet auteur.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« — J’ai réfléchi depuis la dernière fois. Mon mari venait de…
enfin, c’était trop brutal, je ne pouvais pas penser à tout.
Je comprends. Vous avez des informations qui pourraient nous éclairer sur ce qui s’est passé ?
Second silence. Mme Quesnel n’avait sans doute pas encore confiance en lui, mais il était aussi possible qu’elle se rende compte qu’elle appelait pour rien. Gange attendit sans la bousculer.
— Je préférerais qu’on se voie… Vous pourriez passer à la maison ?
— Demain, ça irait ? Je vous rappelle pour confirmer.
— Très bien, j’attends votre coup de fil. »

« — Ce n’est pas banal, comme histoire. Les deux hommes ont été agressés par deux moines, une nuit de pleine lune. On a seulement retrouvé les vélos. Il paraît que les moines étaient poursuivis par un 4×4 !
— C’est palpitant, mademoiselle Medj. Mais, sans vouloir paraître grossier, j’ai du travail.
La journaliste ne montra aucun signe de colère et tourna les talons. Étienne arrivait en sens inverse. Elle lui sourit de façon assez convaincante pour qu’il s’arrête un instant et la regarde disparaître dans l’escalier. »

« — On a essayé de vous joindre le jour où votre père a été tué, on a laissé plusieurs messages sur votre répondeur.
— J’ai deux portables, vous avez appelé sur celui que je garde quand je suis en France.
— Vous travaillez à l’étranger ?
— À Dubaï, je construis des immeubles.
Gange avait entendu parler de cette ville qui n’arrêtait plus d’enfler. Un paradis où l’on avait monté une piste de ski artificielle alors que la température moyenne flirtait avec les quarante degrés. Un gâteau écœurant où des milliardaires de tous les continents s’empiffraient avec indécence. »

« — Non, ça, on n’est pas les seuls ! À l’abbaye, on est au moins quatre-vingts, tous aussi crédules les uns que les autres, certains complètement paumés dans des mondes parallèles. On ne s’aperçoit même plus qu’on est des légumes, on obéit aux Sages. Une séance de bourrage de crâne à 6 heures du matin, une autre le soir, pas moyen d’y échapper. En moins d’une semaine, notre propre famille n’a plus aucune chance de nous reconnaître. D’ailleurs, dès qu’on entre à l’abbaye, on change de nom. On oublie aussi notre âge et on gomme notre passé, comme si la vie commençait là-bas. C’est comme ça qu’on devient fidèle. On n’a plus que des frères, des sœurs et, au-dessus, des Sages pour nous guider vers l’Éternité.
— C’est ce qu’ils vous promettaient ? demanda Gange.
— L’Éternité et une place dans le Sérail des dieux.
— Les dieux ? Pourquoi, il y en a plusieurs ?
— Des dizaines. Le dieu de la Force, le dieu du Silence, le dieu du Froid, le dieu du Travail, tout ce qu’il faut pour qu’on se plie sans cesse à de nouvelles règles. Et pas moyen de refuser, on est formatés pour se liguer contre celui qui se rebelle. Il y a aussi le dieu de l’Argent, à qui on a filé tout notre pognon, et le dieu du Sexe, qui a ordonné aux plus belles femmes de coucher avec les Sages. Tout ça avec un sourire béat et le sentiment du devoir accompli. Des zombies qu’on est, y a pas d’autre mot ! »

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scénarii pour le cinéma.

— De la part d’Hannah (2014)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/20/de-la-part-dhannah/

— Sème la mort (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/09/29/seme-la-mort/

— Que Dieu lui pardonne (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/15/que-dieu-lui-pardonne/

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Polar, Suspense

L’Homme de Lewis

de Peter May
Poche – 2 janvier 2013
Éditeur : Babel

En rupture avec son passé, Fin Macleod retourne sur son ile natale de Lewis. La mort tragique de son jeune fils a détruit son mariage, et il a quitté la police. La lande balayée par les vents, la fureur de l’océan qui s’abat sur le rivage, les voix gaéliques des ancêtres… il pense pouvoir retrouver dans ces lieux de l’enfance un sens à sa vie.

À peine Fin est-il arrivé qu’on découvre le cadavre d’un jeune homme, miraculeusement préservé par la tourbière. Les analyses ADN relient le corps à Tormod Macdonald, le père de l’amour de jeunesse de Fin, faisant du vieil homme le suspect n° 1. Mais celui-ci ne peut se défendre, perdu qu’il est dans les brumes de sa maladie d’Alzheimer, Fin va donc l’aider.

Au rythme des fulgurances qui traversent l’esprit sénile de Tormod, le passé ressurgit, douloureux, dramatique, dévoilant le sort que la société écossaise a réservé pendant des décennies aux enfants orphelins ou abandonnés que l’Église catholique envoyait sur les îles Hébrides.

J’ai appris avec tristesse le décès de Peter May vendredi dernier. Ayant adoré L’Île des chasseurs d’oiseaux, j’ai décidé de bouleverser mon ordre de lecture pour lui rendre hommage. Je viens ainsi de terminer le deuxième tome de sa saga écossaise, L’Homme de Lewis.

J’y ai retrouvé Fin Macleod, dans le prolongement des événements du précédent roman. Divorcé, ayant quitté la police, il revient sur son île natale de Lewis, libéré de ses anciennes contraintes. Peut-être cherche-t-il à retrouver ses racines, à réparer ce qui peut encore l’être, ou tout simplement à retrouver sa place parmi les siens. Cette île, avec ses paysages sauvages et ses habitants, pourrait bien devenir finalement son refuge.

À peine arrivé, il se retrouve impliqué dans une enquête menée par Gunn, l’inspecteur de Stornoway. Un cadavre, parfaitement conservé dans la tourbe, vient d’être découvert. La mort remonterait aux années 1950 et les analyses ADN conduisent à Tormod Macdonald, le père de Marsaïli, l’amour de jeunesse de Fin.
Mais un obstacle majeur se présente, Tormod souffre de la maladie d’Alzheimer et ses souvenirs s’effacent peu à peu.

Commence alors une véritable course contre le temps, entre enquête présente et réminiscences d’un passé douloureux. Une nouvelle fois, Peter May m’a captivé avec une intrigue d’une rare intelligence, qui dépasse largement le cadre du polar. J’ai découvert une page méconnue de l’histoire des Hébrides, notamment le destin des « homers », ces enfants sacrifiés dont les conditions de vie m’ont profondément bouleversé.

L’auteur alterne avec beaucoup de finesse les investigations de Fin et les souvenirs de Tormod. J’ai été sensible à la délicatesse avec laquelle il aborde Alzheimer, les amours anciennes, la nostalgie de l’adolescence et les regrets de l’âge adulte. Ses descriptions des paysages écossais sont toujours aussi saisissantes, j’ai eu l’impression de sentir le vent et de fouler ces terres battues par les éléments.

Derrière cette enquête se dessine un roman puissant, profondément humain, où les secrets d’une communauté se mêlent aux blessures intimes.
J’ai retrouvé des personnages remarquablement construits, auxquels je me suis attaché et que j’ai eu plaisir à suivre jusqu’au bout.

Et puis viennent les dernières lignes… Elles m’ont donné des frissons et une émotion que je ne suis pas près d’oublier.
Peter May était décidément un immense conteur, capable de faire naître l’émotion là où je ne l’attendais pas. Un véritable voyage au cœur de l’Écosse, mais aussi de la mémoire et de ses silences.

Merci encore à David Fréchou de m’avoir fait découvrir cet auteur exceptionnel, que je conseille à mon tour vivement.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Sur cette île battue par les tempêtes, à trois heures de la côte nord-ouest de l’Écosse, le peu de terre qui y reste accrochée fournit nourriture et chaleur aux habitants. Elle se charge aussi de leurs morts. Plus rarement, comme aujourd’hui, elle les rend. »

« C’est bizarre aussi que je me réveille toujours à la même heure. Et ce n’est pas à cause de la lumière qui se glisse autour des bords du rideau. Il y a si peu d’heures de nuit à cette époque de l’année. Ce doit être une sorte d’horloge interne. Toutes ces années à se lever à l’aube pour la traite, et tout ce qui remplissait mes jour-nées. Tout s’est envolé maintenant. »

« Bonjour, Fionnlagh.
Le garçon pointa la mâchoire en direction de la tente bleu pâle.

— Tu ne fais que passer ?
— C’est temporaire.
— Ça faisait un moment.
— En effet.
Fionnlagh fit une pause, pour donner de l’emphase à ses paroles. « Neuf mois. » L’accusation était claire.
— J’avais une vie entière à laisser derrière moi.
Fionnlagh inclina légèrement la tête sur le côté.
— Ça veut dire que tu es revenu pour rester ?
— Peut-être.

Fin tourna son regard vers la ferme.
— C’est mon foyer. Là où on revient quand on n’a nulle part où aller. Après, si je reste ou pas… c’est encore à voir.
Ses yeux verts revinrent sur le garçon. »

« Fin regarda le vieil homme avec attention. Les rayons du soleil s’accrochaient aux poils argentés qui parsemaient le bas de son visage et la chair flasque de son cou, les faisant ressortir sur sa peau pâle et sans souplesse. Ses yeux, en revanche, étaient presque opaques, obscurcis par des souvenirs qu’il ne pouvait pas, ou ne souhaitait pas partager. Il ne disait rien depuis un bon moment. Ses larmes avaient séché, laissant des traces salées sur ses joues. Il avait ramené ses genoux, serrés entre ses bras, contre sa poitrine, et restait assis à regarder la mer avec des yeux qui voyaient des choses que Fin ne pouvait apercevoir. »

Écrivain écossais, Peter May habite depuis une dizaine d’années dans le Lot.
Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise. Il y a quelques années, Peter May a décidé de quitter le monde de la télévision pour se consacrer à l’écriture de ses romans. Le Rouergue a publié sa série chinoise avant d’éditer la trilogie écossaise (parue d’abord dans sa traduction française avant d’être publiée, avec un immense succès, en anglais).

Il est décédé vendredi 25 septembre 2026, à 74 ans, laissant une œuvre devenue une référence du polar.

— L’Île des chasseurs d’oiseaux
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/30/lile-des-chasseurs-doiseaux/

Émotion, Drame, Famille, Polar, Psychologie, Violence

Sème la mort

de Laurent Malot
Broché – 15 novembre 2017
Éditions : Bragelonne

À la suite de l’épisode douloureux de L’Abbaye Blanche, le lieutenant Gange s’est séparé de sa femme. Pour conserver la garde alternée de leur fille, il a quitté son Jura natal pour s’installer à Étampes. Mais cette ancienne ville royale du sud de l’Essonne symbolise l’échec de son couple, et il a du mal à s’y investir. Dans son nouveau commissariat, on le surnomme « l’autiste des montagnes ».

Un quadruple meurtre secoue alors la ville. Arrêté avec un couteau à la main et du sang sur ses vêtements, un ado de 14 ans se mure dans le silence avant d’être interné en hôpital psychiatrique. Gange, aux affaires courantes, reste en retrait. En arrêtant un jeune qui sème le trouble dans les rues, il croise la route de sa mère, femme de pouvoir séduisante, prête à tout pour protéger son fils. Une femme d’influence que personne, à Etampes, n’ose vraiment contredire…

Survient alors un cinquième crime sauvage.

Dans une ville qu’il apprend à aimer peu à peu, autour d’une enquête mêlant agriculture bio, pouvoir des puissants, mais aussi l’éducation des enfants, Gange se retrouve sur les traces d’un dangereux psychopathe. Sans se douter un instant qu’il met les siens en danger…

Avec Sème la mort, Laurent Malot situe son intrigue dans le grenier céréalier de la France, en pleine Beauce, pour interroger nos aspirations et nos résistances au changement, à travers le prisme des lobbies surpuissants de l’agriculture conventionnelle. Semer la mort ou semer la vie… c’est une façon de penser le monde et de préparer l’avenir de nos enfants. Un polar résolument noir, ancré dans le réel et son époque, où l’on retrouve l’humour féroce et l’intégrité de Gange, le flic de L’Abbaye blanche…

Je viens de terminer Sème la mort de Laurent Malot, un roman policier sombre qui m’a une nouvelle fois donné matière à réfléchir. Car derrière l’enquête, l’auteur nous tend un miroir de notre société, et ce reflet n’est pas toujours très agréable à regarder.
Je retrouve pourtant dans ce roman ce que j’apprécie chez Laurent, un récit qui sonne juste.

Le lieutenant Gange a dû quitter son Jura adoré pour suivre sa fille Marine à Étampes, dans l’Essonne. Séparé de Gaëlle, sa femme, il traverse une période particulièrement difficile.
Dans son nouveau commissariat, l’accueil du commissaire Marcoen ne va pas vraiment arranger les choses. Gange s’enferme dans son mal-être et semble avoir perdu tout intérêt pour son métier. Il ne s’intéresse plus à rien, ni personne.
Seule Marine lui permet encore de garder la tête hors de l’eau.

Jusqu’au jour où le massacre d’une famille entière, les Ellens, réveille l’instinct du policier. Terrorisme, folie, acte isolé ? Toutes les hypothèses semble possibles.
Très vite pourtant, un coupable idéal apparaît. Ethan, un jeune homme surdoué retrouvé sur les lieux, un couteau à la main et couvert de sang.
Pour les médias comme pour certains enquêteurs, le coupable idéal semble tout trouvé.

Mais peut-on condamner quelqu’un simplement parce qu’il correspond au récit que l’on veut raconter ?
C’est l’une des nombreuses questions que Laurent soulève avec beaucoup de justesse. Car derrière l’enquête, il aborde aussi la place des enfants différents, leur fragilité et la difficulté de les accompagner. Ethan n’est pas le seul concerné. Rémy vient également rappeler combien certains enfants peuvent avoir besoin d’attention et de protection.

J’ai également été sensible à tout ce qui touche au monde agricole et au mal-être de ceux qui le font vivre. Les questions liées aux produits phytosanitaires, à la rentabilité et aux choix imposés aux exploitants donnent au roman une dimension profondément sociale. Laurent montre une profession prise dans un système dont il devient difficile de s’extraire.

Et puis il y a Gange, confronté à un environnement professionnel toxique qui vient encore fragiliser une vie personnelle déjà chaotique. J’ai aimé ce personnage qui, malgré les pressions et les convenances, refuse finalement de courber l’échine.

Entre polar classique et roman noir, Sème la mort explore ainsi la corruption, le pouvoir, la folie, mais aussi les dérives de notre société de consommation.
Une lecture lucide, parfois dérangeante, mais surtout profondément juste et humaine.

Merci Laurent pour cet excellent moment de lecture.
Une fois encore, tu m’as donné envie de retrouver ton univers et tes personnages pour de nouvelles aventures.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« La jeune femme avait raison, Gange méritait sa réputation de sauvage. Quand il avait intégré le commissariat d’Étampes, on ne lui avait pas fait de cadeau, mais il n’avait pas manifesté non plus l’intention de s’intégrer. Il avait atterri dans la région quelques semaines plus tôt parce que Gaëlle s’y était installée avec Marine. »

« — Bonjour Ethan. Je suis le lieutenant Gange. On ma demandé de venir te voir au cas où tu aurais envie de parler.
L’adolescent le regarda à peine ouvrir la fenêtre pour faire entrer un peu d’air et s’asseoir derrière le bureau.
— Si tu ne veux pas me parler, on va juste passer le temps, ça me va très bien. Dans une demi-heure, un psychiatre va venir t’examiner et décidera probablement de te placer en internement. On lèvera alors ta garde à vue et tu seras transféré dans un centre psychiatrique.
Gange avait décidé de jouer franc-jeu. Si Karsenti ne l’avait pas fait, autant qu’Ethan sache ce qui l’attendait. »

« — Quel genre de pression ?
— Des pressions du ministère qui baisse les prix parce qu’on trouve moins cher ailleurs. Des pressions des industriels de la chimie qui nous appâtent avec des produits à bas prix pour mieux nous enchaîner à vie. Et encore des pressions des consommateurs, jamais contents de ce qu’ils ont dans leur assiette!
— Vous voulez parler des OGM ?
— C’est ça. Des OGM, des pesticides, des antibiotiques pour les animaux, et tout ce qu’on nous vend comme produits miracles.
Tout ça, c’est pour se faire du fric sur notre dos. Et votre Ellens, c’était la même chose. Y en a marre des apprentis sorciers, vous entendez! Parce que les premières victimes, c’est les agriculteurs.
C’est nous qui mourrons les premiers. Allez voir mes collègues, regardez les chiffres! On crève, dans la paysannerie! Si c’est pas de fatigue ou de misère, c’est du cancer. »

« Dans l’inconscient collectif suintait une sensation de fin du monde. Le populisme et le fascisme gagnaient du terrain. Le terrorisme ouvrait la porte à une troisième guerre mondiale. Le cataclysme écologique planait de plus en plus bas, la pollution ne montrait aucun signe d’amélioration, les abeilles mouraient en masse, la vache folle et la grippe aviaire n’avaient pas dit leur dernier mot. Quant à l’humanité, elle venait de s’effondrer à Alep. Il fallait que les couples soient solides pour y résister, qu’ils se créent des rayons de soleil suffisamment puissants pour traverser l’épaisse couche de peur et de dégoût. Plus d’un sur deux y échouait. Qui pouvait prétendre à l’épanouissement dans ces conditions ? »

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scénarii pour le cinéma.

— De la part d’Hannah (2014)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/20/de-la-part-dhannah/

— Que Dieu lui pardonne (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/15/que-dieu-lui-pardonne/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

Les Chiens de Détroit

de Jérôme Loubry
Broché – 11 octobre 2017
Éditeur : Calmann-Lévy

DÉTROIT A PERDU SES REPÊRES.
SES HABITANTS L’ABANDONNENT.
SES ENFANTS DISPARAISSENT.

2013, à Détroit. Cette ville qui a été la gloire de l’Amérique n’est plus qu’une ruine déserte, un cimetière de buildings.
Cette nuit-là, la jeune inspectrice Sarah Berkhamp mène le groupe d’intervention qui encercle une maison et donne l’assaut. Mais aucun besoin de violence, le suspect attend, assis à l’intérieur. Il a enlevé cinq enfants. Et il est sans doute le Géant de brume, le tueur insaisissable qui a laissé derrière lui sept petits corps, il y a quinze ans. Alors pourquoi supplie-t-il Sarah : « Aidez-moi… » ?
L’histoire s’ouvre donc avec l’arrestation du coupable. Et pourtant, elle ne fait que commencer. À Détroit, personne n’est innocent…

«Rarement un personnage sombre comme le Géant de brume
m’aura marquée et glacé le sang à ce point.»
Caroline Vallat, libraire, FNAC Rosny 2.

UNE INTRIGUE MAGISTRALEMENT
ENTRELACEE JUSQU’A LA FIN,
BOULEVERSANTE.

Avec Les Chiens de Détroit, de Jérôme Loubry, j’ai plongé dans une enquête aussi sombre qu’oppressante.
Tout commence en 1998, lorsque l’inspecteur Stan Mitchell tente de comprendre une série de disparitions d’enfants. Malgré sa ténacité et des recherches approfondies, aucune véritable piste ne se dessine. Puis un deuxième enfant est retrouvé mort dans les mêmes circonstances… Le coupable, lui, reste insaisissable.

Quinze ans plus tard, en 2013, alors que les disparitions recommencent, les vieux démons de Stan ressurgissent. Hanté par cette affaire qui ne l’a jamais vraiment quitté, il redoute de voir l’histoire se répéter.
Y aurait-il un lien entre les événements de 1998 et ceux d’aujourd’hui ? C’est ce que Stan devra découvrir avec Sarah Berkhamp, sa nouvelle partenaire.
Deux flics cabossés, marqués par leur passé et leurs propres blessures, vont devoir affronter ensemble leurs démons. Un duo improbable face à une présence terrifiante, le mystérieux « Géant de brume ».
Mais dans ce roman, un autre personnage occupe une place essentielle. Détroit elle-même. Une ville déchue, abandonnée par nombre de ses habitants, avec ses maisons désertées et ses rues noyées dans la brume.

Jérôme m’a véritablement mené en bateau avec une narration alternant entre passé et présent. Les chapitres courts, tendus et parfaitement rythmés m’ont poussé à tourner les pages sans relâche. Les révélations arrivaient au compte-gouttes, juste assez pour entretenir le doute et faire naître de nouvelles questions. Et lorsque le twist final est arrivé, je dois bien reconnaître que je ne l’avais pas vu venir.

J’ai particulièrement apprécié les personnalités de Stan et Sarah, deux personnages fragiles mais profondément attachants. L’écriture est fluide, très descriptive, et contribue énormément à cette atmosphère étouffante. J’ai aimé cette sensation de me perdre avec eux dans les rues abandonnées de Détroit, à la recherche des enfants disparus…

J’ai toutefois trouvé la fin un peu trop rapide, même si elle m’a surpris et laissé plusieurs questions en tête. Pour un premier roman, Les Chiens de Détroit est pour moi une très belle découverte.
Un thriller sombre, efficace et particulièrement immersif, qui m’a donné envie de suivre Jérôme Loubry.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« La voiture de police n° 18 quitta le parking souterrain du central et se jeta avec détermination dans les rues de Détroit. Une pluie agressive l’y accueillit. Elle la fouetta de ses larmes, adjurant ses deux passagers de ne pas s’enfoncer davantage dans l’horreur, leur murmurant de retourner vers le confort ouaté d’une vie qui pourtant n’existait plus.
Sarah Berkhamp observait la ville par la vitre. La lumière humide et déclinante de cette fin de journée déposait sa couverture sombre alors que des feux follets apparaissaient timidement à l’intérieur des habitations.
À sa gauche, Stan, son partenaire, poussait des jurons à chaque ralentissement du trafic.
Le temps pressait.
Une semaine d’enquête.
Des nuits à traquer l’ombre d’un géant sans jamais la frôler. »

« Le premier corps fut retrouvé par un joggeur aux abords de Palmer Park.
C’était un dimanche matin, une pluie fine et inconstante s’échappait des nuages anémiques. Détroit se réveillait à peine. Elle le serait entièrement dans quelques heures, lorsque le cri d’une mère reconnaissant le cadavre de son enfant résonnerait au plus profond de ses entrailles. »

« Le terme redouté devint une réalité.
« Le serial killer court toujours ». Tel fut le titre, en première page du Detroit Free Press, assortie d’une photo du troisième enfant mort. La victime était cette fois une petite fille, ce qui laissa perplexes les spécialistes de plus en plus nombreux à donner leur avis. Pour eux, l’assassin aurait dû ne viser que des garçons. C’était le schéma classique. Un tueur en série, une catégorie de cible privilégiée. Une section spéciale du douzième district fut créée et dédiée uniquement à la traque du tueur d’enfants. »

Jérôme Loubry est un écrivain français.

Il a d’abord travaillé à l’étranger et voyagé tout en écrivant des nouvelles. Il travaille dans le milieu de la restauration jusqu’en 2016, date à laquelle il décide de devenir écrivain. Il se lance dans le monde de la littérature et du polar en 2017.

L’éditrice de Guillaume Musso reconnait son talent et Jérôme Loubry publie aux éditions Calmann-Levy son premier roman, Les chiens de Détroit qui le propulse en 2018 Lauréat du Prix Plume Libre d’Argent.

En 2018 il est déjà considéré comme l’un des auteurs de polars français les plus prometteurs par le journal « Le Parisien ».

Le douzième chapitre, son deuxième thriller paru en 2018, reçoit le prix Polar de Mauves-en-noir. Il obtient le Prix Cognac du meilleur roman francophone 2019 pour Les Refuges. Son livre, Le Chant du silence, paru en 2023, est « un roman puissant, hypnotique, universel », selon France Info Culture.

Jérôme Loubry vit à Valensole dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Facebook : www.facebook.com/loubryjerome/

Drame, Frisson horreur, Polar, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Dans la brume écarlate

de Nicolas Lebel
Broché – 27 mars 2019
Éditeur : MARABOOKS

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne.. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n’est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais… Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d’une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d’avoir retrouvé Lucie. Mais il s’agit d’une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l’on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n’est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie…
Un roman gothique dans un Paris recouvert de brouillard à l’heure où un vampire enlève des femmes et les vide de leur sang. Un roman choral qui laisse la parole à plusieurs protagonistes : à ceux qui perdent ou ont perdu, à ceux qui cherchent, à ceux qui trouvent ou pensent trouver. Un roman qui est l’histoire de six hommes qui aiment ou croient aimer chacun une femme : celui qui la cherche, celui qui l’aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres. Un roman parle des femmes comme premières victimes de la folie des hommes, même de ceux qui croient les aimer.

Avec Dans la brume écarlat” de Nicolas Lebel, j’ai eu l’immense plaisir de retrouver le capitaine Mehrlicht. Et retrouver Mehrlicht, c’est un peu comme retrouver un vieil ami… ou plutôt un vieil ours ! Il parle cash, grogne, fume comme une cheminée et me fait rire avec chacune de ses répliques. Un flic atypique, cultivé et grinçant qui semble tout droit sorti d’un film d’Audiard. Et autour de lui, Sophie Latour, Dossantos et toute l’équipe continuent eux aussi de prendre de l’épaisseur au fil des enquêtes.
C’est justement ce que j’aime chez Nicolas. Ses intrigues sont tordues et captivantes, mais sa plume est tout aussi importante. Elle est vive, malicieuse, pleine de verve, avec ces petites phrases qui me décrochent régulièrement un sourire.
Sans oublier les messages cachés, qu’il glisse ça et là… Et ça, je le ressens à chaque lecture.

L’affaire commence avec une mère persuadée que sa fille Lucie, vingt et un ans, est morte. Pourquoi cette certitude ? Sa mère l’a vu dans les tarots ! Mehrlicht reste évidemment sceptique, mais les événements vont rapidement donner une tout autre dimension à cette inquiétude.
Dans le même temps, du sang est retrouvé au Père-Lachaise, tandis que Taleb, un réfugié syrien, qui vit dans un camp de réfugiés, recherche désespérément sa sœur Noura, disparue elle aussi. Il est fou d’angoisse et se lance à sa recherche… Parallèlement, Yvan poursuit une quête obsessionnelle autour du « Monstru », cette figure terrifiante qui hante ses pensées depuis 28 ans. De son côté, Viktor parle avec tendresse à Ileana et une partie de pêche sur les quais de Seine tourne au macabre.
Quel rapport entre tous ces événements ?
C’est ce que Mehrlicht et son équipe vont devoir découvrir.

Pour cette cinquième enquête, Nicolas m’a une nouvelle fois embarqué dans une histoire où l’horreur côtoie l’humour. Paris est plongé dans un brouillard épais, presque irréel, et l’atmosphère devient rapidement étouffante. La chronologie très précise, avec les heures et les minutes, donne au récit un rythme particulièrement efficace. Mais derrière cette histoire de vampire et cette enquête sombre, j’ai surtout retrouvé le regard de l’auteur sur notre société. Réfugiés, sans-papiers, violences, dérives d’Internet, immunité diplomatique… Nicolas aborde des sujets contemporains sans jamais oublier son intrigue.

J’ai adoré l’ambiance autour de la Seine, du brouillard et des cadavres, aussi poétique qu’inquiétante. Heureusement, Mehrlicht est toujours là pour faire retomber la pression avec ses expressions improbables et ses sonneries de téléphone inspirées des chansons des années 80. Et, comme toujours, elles tombent tellement à propos que je ne peux m’empêcher de rire !
Nicolas Lebel est décidément trop fort.

Je me suis régalé avec ce polar rondement mené, sombre, drôle et terriblement efficace.
Un vrai plaisir de lecture… très écarlate, mais lu avec beaucoup de plaisir !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Comme deux fantômes transis, elles se faisaient face dans la nuit.
— Non, je rentre, je suis crevée. Il est déjà minuit…
— C’est Jérémy qui va être déçu… ironisa Cathy.
Plantées sous un réverbère, les deux jeunes femmes se regardèrent et éclatèrent de rire en même temps.
— Il a mon numéro, conclut Lucie en se penchant pour faire la bise à son amie.
— Ça te changerait un peu les idées, non ? En ce moment…
Lucie baissa les yeux et ne répondit pas. »

« Elle se dirigea vers la porte, plantant là son collègue. Elle se disait que, pour les femmes, rien n’avait finalement changé. À se demander même si les choses changeraient un jour : il y avait eu les Weinstein, les « MeToo», les « Balance ton porc». Le monde occidental avait découvert avec effroi, dans un bêlement planétaire, que les femmes du xxi° siècle continuaient de subir harcèlements, insultes, agressions sexuelles et violences à tous les niveaux de la société, parce qu’elles étaient femelles, parce que, depuis le jardin d’Éden, Ève la pécheresse et ses descendantes avaient servi de sac de frappe et d’exutoire fanatique à la moitié couillue de l’humanité, aux Adams revanchards et aux dieux masculins de toutes les civilisations. On avait dès lors posé sur elles tous les anathèmes et tous les tabous… »

« Taleb Adil était assis en tailleur à l’entrée de sa tente Quechua.
Dans ce froid XVIII* arrondissement parisien, son duvet rabattu sur ses épaules par-dessus sa parka kaki à capuche, il jetait des regards à droite, à gauche, le long du boulevard Ney, tout en se fabriquant une cigarette avec quatre mégots qu’il avait ramassés. Ses cheveux châtain clair, longs et bouclés, zébrés de mèches blondes, tombaient en avant sur son visage pâle, lui bloquant la vue. D’un revers de main, il les écarta et examina le trottoir de nouveau. Il espérait percevoir un mouvement dans le brouillard, par-delà le grillage qui enserrait le camp. Mais il y avait peu de passage. Les Français évitaient le quartier. »

« L’un des fils Khadafi s’est battu avec la police, avec le SAMU, a envoyé ses gardes du corps contre la BAC, a trempé dans un réseau de prostitution, a remonté l’avenue des Champs-Elysées à cent quarante kilomètres/heure sans s’arrêter à un seul feu rouge… Aucune poursuite n’a été engagée contre lui. Immunité. Un ambassadeur suisse a forcé un barrage de police à Paris en 2014 parce qu’il se savait positif à l’alcootest, et a remonté un boulevard à contresens pour s’enfuir. Il a été interpellé. Immunité. Je peux vous raconter l’histoire de ce fils de diplomate qui dealait de grosses quantités de cocaïne en bas de chez lui, d’un autre qui tripotait les filles de son collège… Immunité ! L’immunité diplomatique qui protège un émissaire d’un pays étranger est une bonne chose, sauf quand elle devient un joker pour enfreindre impunément la loi, une carte de sortie de prison permanente. »

Nicolas Lebel est un auteur français.

Il est également enseignant et traducteur.
Il a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais.

Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : Les Frères du serment.

En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous (Prix des lecteurs polar du Livre de Poche 2019), en 2014, Le Jour des morts, en 2015, Sans pitié, ni remords (Prix Anguille-sous-Roche), en 2017, De cauchemar et de feu (Prix du Festival Sans Nom), puis, en 2019, Dans la brume écarlate (Prix Coquelicot Noir du Salon du Livre de Nemours), cinq romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent. Des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces cinq romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.

En 2021, il reçoit le Prix Griffe Noire du meilleur roman policier français de l’année pour « Le gibier ».
En 2023, il se met en disponibilité de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture de romans et de scénarios.

— L’heure des fous (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/26/lheure-des-fous/

— Sans pitié ni remords (2015)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/20/sans-pitie-ni-remords/

Facebook: https://www.facebook.com/pages/Nicolas-Lebel-Polars/485293481534883

Émotion, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Le bal de ses nuits

de Magali Le Maître
Broché – 16 mars 2017
Éditeur : Fleur sauvage

Un site de sorties pour parents divorcés et autres âmes égarées.
Un groupe d’amis devenus inséparables : cinq hommes, cinq femmes.
L’une est retrouvée égorgée ; puis une deuxième.
Les enquêteurs sont formels : le tueur est un membre du groupe.

Encore une histoire de psychopathe…
Et si ce n’était pas le bon scénario ?

Noirceur, suspens, faux semblants, l’auteure de Quelqu’un comme elle a su réunir tous les ingrédients nécessaires à un excellent thriller psychologique.

Après avoir découvert Magali Le Maître avec Quelqu’un comme elle il y a quelques années, j’ai eu beaucoup de plaisir à la retrouver avec Le bal de ses nuits. Et une nouvelle fois, je me suis laissé prendre dans ses griffes !

Magali va droit au but et m’embarque rapidement au cœur d’une drôle de bande d’amis réunis grâce à un site de rencontres un peu particulier qui se nomme S.O.S., pour « Si On Sortait ».
Le principe est simple. Permettre à chacun, parents, enfants, célibataires ou non, de se retrouver autour de sorties et de moments partagés.
C’est ainsi qu’un groupe se forme peu à peu, « La Meute », composé de cinq femmes, Suzanne, Véronique, Iris, Kim et Magdalena, et de cinq hommes, Greg, Chris, Bertrand, Carlo et Youenn, et leurs enfants. Mais derrière les verres partagés, les week-ends et les apparences sympathiques, une question finit forcément par surgir. Connaît-on réellement les gens avec qui l’on passe du temps ?
Magdalena, revenue à Lille après sept années passées en Espagne, fait partie du groupe depuis deux ans. Elle y a trouvé une nouvelle vie sociale, au grand désespoir de Benoît, son compagnon et capitaine de police, qui considère ces relations comme plutôt superficielles.

Mais lors de l’anniversaire de Kim, tout bascule lorsqu’un invité revient prétendument chercher son portefeuille, une fois la fête terminée. Kim est retrouvée égorgée…
Une enquête commence et la vie de « La Meute » vole en éclats.

J’ai particulièrement aimé la première partie, qui prend le temps de présenter les personnages tout en tissant progressivement une intrigue de plus en plus difficile à démêler.
Puis Magali redistribue complètement les cartes dans la seconde partie, offrant une nouvelle vision à son récit. J’avoue avoir été un peu perdu au début par ce changement d’angle… avant de comprendre à quel point cette idée était habile !

Avec ses chapitres très courts et ses différents points de vue, l’autrice m’a fait soupçonner absolument tout le monde.
Et lorsqu’un mystérieux individu, visiblement perturbé et obsédé par l’une des femmes du groupe, apparaît dans l’équation, je me suis transformé en véritable enquêteur. J’ai traqué les indices, cherché le moindre détail et fini par voir des suspects partout… au point de devenir presque fou !
Magali est arrivée à me manipuler, elle m’a bien eu ! D’ailleurs, dans ce récit, la manipulation est au cœur de ce thriller psychologique. Qui manipule qui ? Qui ment ? Qui dissimule quoi ?

Entre jalousie, vengeance, famille et passion obsessionnelle, Le bal de ses nuits m’a tenu en haleine jusqu’au bout.
Un roman particulièrement addictif, avec des retournements que je n’ai pas vus venir.
Une fois commencé, franchement… je vous mets au défi de le poser !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Elle était là, face à lui. Cette fois, il ne rêvait pas. De sa bouche pulpeuse s’échappaient des mots, tels des baisers, qu’il n’écoutait pas. Il n’entendait que la voix grave et sensuelle emplissant son salon, et il perdait son âme dans les profondeurs de cette douce musique érotique et envoûtante. »

« Magdalena, réveillée depuis dix bonnes minutes, traînait au lit, les yeux mi-clos. Le chant d’un oiseau lui parvenait par la fenêtre entrouverte. Une brise légère jouait avec les rideaux encore tirés, laissant par intermittence le soleil de juin lui caresser la joue. Décidément, à l’aube de ses trente-cinq ans, elle aimait de plus en plus la campagne. »

« En rentrant chez lui, il déchira littéralement sa panoplie et l’envoya valdinguer dans le couloir. La soirée s’était avérée catastrophique. Mais pour qui se prenaient-ils, tous, à poser leurs sales pattes et leurs yeux vicelards sur sa belle ? Et l’autre imbécile, là, qui croyait la mériter peut-être ?
Et elle? Pour qui se prenait-elle ? Il l’avait à peine entrevue ce soir, et n’avait pas pu en placer une. En vérité, elle avait fait peu de cas de sa présence. Il avait tant de choses à lui confier ! Comment pouvait-elle jouer à ce point l’indifférence alors qu’il s’apprêtait à lui offrir sa vie sur un plateau ? Et celle des autres s’il le fallait ! pensa-t-il, cynique.
Estimant que cette femme lui appartenait, il se sentait trahi. »

« Il les observait, planqué derrière une haie, à l’extérieur du fast-food. Elles étaient là toutes les cinq. Ça n’avait pas été difficile de les trouver, tout le monde connaissant leur rendez-vous hebdomadaire. Depuis un bon quart d’heure, il fixait son ange, irradiant de son aura naturel au milieu des autres nanas, toutes plus insipides les unes que les autres. »

Magali Le Maître a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour D’infinis paysages.

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar, Quelqu’un comme elle (2015).

Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.