Amour, Émotion, Drame, Famille, Noir, Suspense, Violence

Principes mortels

de Jacques Saussey
Poche – 16 mai 2018
Éditeur : Bragelonne

La mort n’a jamais dit son dernier mot.

Été 1979. Franck Servin, dix-huit ans, fuit le naufrage du foyer familial pour réviser son bac. Il trouve refuge chez son oncle et sa tante, dans une ferme de la Creuse où, quatre ans plus tôt, son cousin Paul a trouvé la mort sur une route qu’il connaissait depuis l’enfance. Cette tragédie a ouvert une plaie qui ne s’est jamais refermée.
Trente ans plus tard, revenu dans la Creuse, là où tout s’est noué, Franck sait qu’il va mourir. Il a quelques jours pour laver sa mémoire et raconter comment, cet été-là, le piège du destin s’est refermé sur les siens.

« Jacques Saussey décrit un monde idéal avant
de le déchirer en petits morceaux entre les secrets
et les mensonges d’une famille complètement tordue.
Une fois que je l’ai eu commencé, je n’ai pas pu le refermer. »
Patricia MacDonald

Salué par la critique et les lecteurs comme un grand du roman noir, Jacques Saussey nous offre, avec Principes mortels, le meilleur de lui-même.

Principes mortels de Jacques Saussey, un roman noir qui m’a fait vibrer et dont les émotions m’ont profondément marqué !

En juillet 2011, Franck revient à la ferme de ses oncle et tante, en Creuse. C’est là, dans ce lieu chargé de souvenirs, qu’il décide de raconter l’histoire qui a bouleversé sa vie.

Juillet 1979. À 19 ans, Franck vient d’échouer au baccalauréat. Chevauchant sa Kawasaki, il se dirige vers la ferme de son oncle et de sa tante, Victor et Hélène. En effet, sa mère l’a envoyé chez eux, à la Renardière, afin qu’il prépare les épreuves de rattrapage. Mais ce séjour est aussi l’occasion de fuir un foyer devenu invivable, où l’alcoolisme de son père fait régner la violence. Son arrivée ravive également une douleur profonde. Franck ressemble étrangement à Paul, leur fils unique, mort quatre ans plus tôt dans un accident de mobylette. Pour ses proches, ces retrouvailles ne sont donc pas sans conséquences… Très vite, ce qui devait être une parenthèse studieuse prend une tournure sombre. J’assiste, impuissant, à l’effondrement progressif d’une famille meurtrie, incapable de surmonter son deuil. La santé de Victor se dégrade, les tensions s’exacerbent et les circonstances de la mort de Paul refont surface.

À travers une narration alternant entre 1979 et 2011, Jacques m’entraîne dans une histoire où le passé et le présent s’entremêlent, tandis que les secrets remontent peu à peu à la surface.
J’ai découvert un jeune Franck confronté à des événements terribles, qui tente malgré tout de protéger les siens et de sauver ce qui peut encore l’être. Malgré quelques instants de répit, et une rencontre charnelle, la noirceur reprend très vite ses droits…

J’avais pressenti que cette histoire finirait mal, mais je n’avais pas imaginé l’intensité des émotions qui m’attendaient. Impossible de lâcher ce roman avant cette dernière phrase, dont je n’avais pas mesuré toute la portée !
« Partez, avant qu’il ne soit trop tard… »
Pour moi, il était déjà trop tard, j’étais happé par cette histoire, emporté par ses émotions, jusqu’à un dénouement qui m’a laissé sans voix.

L’écriture de Jacques est magnifique à la fois simple, profonde et mystérieuse. J’ai ressenti toute la détresse de Franck, son attachement aux siens et la difficulté de prendre ses distances avec cette ferme où tant de choses se sont jouées.

Plus qu’un thriller, c’est un roman noir profondément humain et bouleversant, porté par des personnages denses et attachants, dans une atmosphère de plus en plus oppressante.

Un très beau coup de cœur !

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Extraits :

« Un pied posé à plat de chaque côté de la moto, je retire mon casque et le pose sur mon rétroviseur. Malgré la touffeur de l’après-midi, le moteur refroidit déjà en cliquetant.
Je glisse les doigts dans mes cheveux longs pour les décoller de mon crâne trempé de sueur. Dans mon cou, ils se sont un peu emmêlés à cause du vent, le long des quatre cent cinquante kilomètres que je viens de parcourir d’une traite. »

« Quand elle est sortie du coma, deux jours plus tard, elle a contacté un avocat et un commissaire de police, et elle a porté plainte contre mon père. Je n’ai rien pu faire pour l’en empêcher. Mais en avais-je vraiment envie, de toute manière ? Lorsque je l’avais trouvée évanouie dans la cuisine, le nez cassé et le visage en sang, mon père était en train de pleurer, le front posé sur le sol. Il tenait encore à la main la casserole avec laquelle il venait de la frapper. »

« Hélène hausse les épaules.
— Non, il a des maux de tête terribles, depuis quelques jours. Il a toujours mal supporté la canicule, mais cette année, c’est pire que jamais. Hier, il n’a pas pu mettre le nez dehors. Je ne te dis pas dans quel état d’énervement ça le plonge. Il n’est pas toujours facile, lui non plus. »

« — Il y a longtemps que tu as des maux de tête, comme ça ?
— Deux ou trois semaines. Peut-être quatre… je ne sais plus. Je n’y ai pas fait vraiment attention, au début. Ça a commencé vers la mi-juin. Il faisait une chaleur comme aujourd’hui, à ne pas mettre une vache dehors. J’ai pensé que c’était à cause de la sécheresse, de la violence du soleil.
Parce qu’ici, quand ça cogne… ça cogne, crois-moi !
Il avale une gorgée de Ricard, les yeux mi-clos.
— Et puis, c’est revenu. Et ça continue de temps en temps. J’ai un peu de répit pendant quatre ou cinq jours, et puis ça recommence. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, « La mante sauvage », achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre « Colère Noire ».
C’est le second, « De sinistre mémoire », écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui content » dans le polar.

— Le Loup peint (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/08/24/le-loup-peint/

— Enfermé.e (2018)
leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

— 7/13 (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/15/7-13/

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Lynwood Miller – Rivalités***

de Sandrine Roy
Broché – 10 mai 2019
Éditeur : Éditions Lajouanie

Lynwood  Miller, ex-membre des forces spéciales américaines, coule des jours heureux sinon paisibles auprès de la tendre mais surprenante Éli, dans le bassin d’Arcachon. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si un être odieux aux pouvoirs similaires, voire supérieurs à ceux de la jeune femme, ne venait s’immiscer dans la vie du couple. Tout irait donc pour le mieux si… le cadavre d’un adolescent n’était pas retrouvé émasculé sur les quais. Tout irait donc pour le mieux si… le commissaire Marchand ne se décidait à mettre Lynwood et Simon sur l’affaire… Lynwood  Miller est de retour pour sa troisième aventure. Éli et ses pouvoirs aussi étonnants que déroutants et Simon le geek des Pyrénées sont bien évidemment de la partie. S’ajoutent à ce fameux trio des criminels, des flics, un médium et quelques pédophiles incestueux… L’épisode s’annonce sacrément prenant !

J’attendais la suite de leurs aventures avec impatience, mais la vie ne nous permet pas toujours de faire ce que nous voulons !

Depuis le premier tome proposé par Sandrine Roy, il y a quelques années déjà, je suis tombé sous le charme du mystérieux et ombrageux Lynwood Miller, ancien agent des forces spéciales, et de la touchante Eli. Quel plaisir de les retrouver dans Rivalités, le troisième volet de cette série qui m’aura décidément réservé de belles surprises !

Mariés et plus amoureux que jamais, Lynwood et Eli goûtent enfin à une tranquillité bien méritée, après les épreuves traversées et les problèmes de santé de la jeune femme. Pour les fêtes de fin d’année, ils quittent provisoirement leurs montagnes pour rejoindre Arcachon et la maison d’Eli. Lynwood en profite pour inviter quelques amis, mais leurs retrouvailles ne vont pas se dérouler comme prévu. Le meurtre particulièrement horrible d’un adolescent vient bouleverser cette parenthèse paisible. En vacances chez le couple, le commissaire Marchant est appelé sur la scène de crime. Bien que l’affaire ne relève pas de son secteur, certaines similitudes avec une enquête menée cinq ans auparavant l’interpellent. Il sollicite alors l’aide de Lynwood et de Simon pour résoudre cette énigme aussi délicate que terrifiante.

Cette fois, Sandrine nous entraîne dans une intrigue policière plus sombre, où se mêlent des sujets douloureux, des meurtres et une menace qui s’immisce jusque dans l’intimité de nos héros. Eli doit également affronter un adversaire doté de pouvoirs similaires aux siens, voire supérieurs. Le danger se rapproche et Lynwood se retrouve plus que jamais déterminé à protéger celle qu’il aime.

J’ai été captivé par cette confrontation qui nous plonge toujours plus profondément dans les facultés d’Eli et dans cet univers où le paranormal côtoie une réalité particulièrement violente. La plume de Sandrine Roy, simple, épurée et directe, m’a une nouvelle fois emporté. Elle va à l’essentiel, sans digressions inutiles, et maintient une tension qui ne faiblit jamais.

Pour moi, ce troisième tome est le meilleur des trois ! Plus intense, plus sombre, il m’a fait passer par de nombreuses émotions. Je l’ai lu d’une traite, happé par une intrigue surprenante, prenante, belle et triste à la fois.
Mais au-dessus de toutes ces horreurs demeure un sentiment plus puissant que tout, l’amour. Celui qui unit Lynwood et Eli, celui qui pousse à se battre pour l’autre et à affronter les ténèbres, même lorsque tout semble perdu.

Avec Rivalités, Sandrine m’a surpris, captivé et profondément touché. Une lecture intense qui confirme mon attachement à ce couple pas tout à fait comme les autres !

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Extraits :

« Après ces semaines passées au chevet d’Éli, Lynwood prenait plaisir à la voir rire, courir, vivre tout simplement. Il avait conscience qu’elle ne se sentait vraiment bien que près de l’océan et qu’elle faisait un gros effort pour vivre avec lui à la montagne. Tout à coup, elle quitta le rivage et remonta se blottir dans ses bras.
— Tu as froid ?
— Non.
Mais comme elle se hissait sur l’extrême pointe des pieds pour tendre ses lèvres vers les siennes, il sentit qu’elle avait le nez glacé. »

« Elle resta là, immobile et transie de peur, n’osant pas se retourner. Le son de la porte qui se fermait se fit entendre, sourd, lugubre. Quelque chose était entré. Il ne fallait pas qu’elle regarde. Cela rôdait silencieusement sous les voûtes.
Si elle se retournait, elle s’apercevrait qu’il n’y avait plus personne; les âmes des vivants avaient été avalées, englouties par cette entité funeste. Elle devait se cacher, ne surtout pas regarder. Le silence était lourd, oppressant, surnaturel ; une peur viscérale s’empara d’elle. »

« Concentrée, ses yeux allaient de son cahier à son écran, ses doigts couraient sur les touches du clavier ; elle avait l’air imperturbable, perdue dans son monde de mots.
La regarder était toujours une fascination pour lui. Jamais il n’avait côtoyé d’artistes et jamais il n’aurait imaginé vivre un jour aux côtés d’un être aussi attirant et mystérieux à la fois. Il pouvait rester des heures durant à l’observer ainsi, sans avoir besoin de lui parler.
Ses livres avaient du succès et étaient traduits dans plusieurs langues. Éli était productive. Quoique beaucoup moins ces derniers mois, à cause des événements qui s’étaient enchaînés. »

« Valérie Joubert n’avait rien d’une simple d’esprit, comme ils auraient pu le croire lorsqu’ils l’avaient découverte à moitié inconsciente dans le garage de la plage. Son langage était clair, sensé, réfléchi, quoique trahissant une grande souffrance longtemps contenue et qui ne demandait qu’à sortir.
— Des milliers de petites filles vivent en prison, peut-être même des millions à travers le monde. Et personne ne fait rien pour les libérer, pour les sauver de leurs bourreaux. Vous trouvez ça normal ? Vous trouvez ça juste ?
— Mais vous n’êtes plus une petite fille, tenta Édouard.
Alors de qui parlez-vous exactement ?
— Je parle de toutes ces gamines dont on abuse au sein de leur propre famille dès leur plus jeune âge, que l’on traite comme des objets sexuels, et qui sont condamnées au silence parce qu’elles n’ont aucun recours. »

Sandrine Roy est originaire de Bègles, près de Bordeaux.

Des études de Lettres modernes ont affirmé son goût déjà très prononcé pour la lecture et l’écriture, qu’elle pratique depuis on plus jeune âge. Elle vit depuis 14 ans dans la région de Montauban, où elle travaille en milieu scolaire. Elle est connue pour ses romans policiers et tout particulièrement sa série, mettant en scène Lynwood Miller, ancien membre des forces spéciales américaines.
Dessiner les nuages est sa première incursion dans le roman historique.

— Lynwood Miller, Tome 1 (2016)

— Lynwood Miller, Tome 2 : Pas de printemps pour Eli (2017)

— Lynwood Miller, Tome 3 : Rivalités (2019)

— Lynwood Miller, Tome 4 : Le mur d’Hadrien (2020)

— Dilemme (2020)

— Dessiner les nuages (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/18/dessiner-les-nuages/

Amour, Émotion, Drame, Historique, Sciences, Violence

Le Roman de l’an mil

de Ramón Basagana
Poche – 3 décembre 2015
Éditeur : Pocket

An de grâce 985. Par un hiver glacial, deux enfants échappent de peu à la mort. Leur père, grand savant et médecin personnel du calife de Cordoue, gît assassiné aux côtés de sa femme, sur le sol d’une auberge. Recueillis par un moine puis cachés dans une ferme, Alcym et Rébecca grandissent, se découvrent qui un don pour la magie, qui une passion pour la médecine. Forcés de fuir, leurs pérégrinations les conduiront jusqu’à Rome ou Bagdad, à la croisée des civilisations, où ils découvriront, peut-être, le secret de leurs origines…

Je découvre Ramón Basagana avec Le Roman de l’an mil, un roman historique qui m’a entraîné du sud de la France à Cordoue, au cœur d’al-Andalus, jusqu’à Bagdad. Une véritable pérégrination à travers les terres, les peuples et les religions, dans une époque où les destins se croisent, se déchirent et se reconstruisent.

Passionné par l’Histoire, je suis toujours en quête de nouvelles connaissances. Ici, l’auteur s’appuie sur des faits réels pour donner vie à une fresque captivante, portée par une plume trépidante. Il nous plonge dans le quotidien du Moyen Âge, entre croyances, sorcellerie, balbutiements de la médecine et premiers pas des sciences.

Au fil des pages, je découvre les tensions qui opposent les communautés juives, chrétiennes et musulmanes. La violence, les persécutions et les luttes de pouvoir côtoient pourtant des gestes de bonté et des élans de solidarité.
Au cœur de cette épopée, je fais la connaissance d’Alcym et Rebecca, deux jumeaux juifs qui survivent au massacre de leurs parents, perpétré par des chrétiens alors qu’ils traversent la Provence en direction de Mayence. Protégés par Gerbert d’Aurillac, ils trouvent refuge auprès d’une famille de paysans aimante, où ils grandissent à l’abri des premières horreurs de leur existence.
Mais leur répit sera de courte durée. Lorsque Rebecca est enlevée par un marchand d’esclaves maure, Alcym refuse de l’abandonner et se lance à sa recherche. J’ai suivi avec intérêt leur parcours semé d’embûches, où courage, intelligence et détermination deviennent leurs meilleures armes.

J’ai également été marqué par la cruauté de certaines figures historiques, notamment celle du pape Grégoire V, dont les agissements témoignent de la brutalité de l’époque. À l’inverse, Brédalinda, sorcière bienveillante, apporte une touche de mystère et de magie à cette fresque. Gerbert d’Aurillac, Almanzor et bien d’autres personnages donnent à ce récit une profondeur historique particulièrement intéressante.
Au fil de cette aventure, Rebecca révèle une intelligence et une force de caractère remarquables, tandis qu’Alcym grandit et se dirige vers la médecine, dans les pas de son père.

Entre réalité et fiction, Ramón Basagana mêle avec talent l’Histoire et le romanesque. J’y ai retrouvé tout ce qui me plaît dans une grande fresque historique. Les intrigues, les jeux de pouvoir, les trahisons, les retournements de situation et des destins profondément humains.

Avec Le Roman de l’an mil, j’ai vécu une immersion passionnante dans un monde où les croyances façonnent les existences et où la barbarie peut côtoyer la bienveillance. Un voyage historique riche et dépaysant que je vous invite à découvrir.

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Extraits :

« Il faisait froid. La charrette de foin brinquebalait sur les pavés. Emmitouflé dans un vieux carré de laine, indifférent aux flocons qui tournoyaient au-dessus des bœufs, frère Isambert avait les yeux rivés aux ruelles qui abouchaient la place. Mêmement à l’affut, le bouvier gardait l’œil au guet, sur sa gauche. Tapis derrière eux, transis de froid, Rébecca et Alcym.
Soudain, des hommes en armes surgirent par la grand-rue et déferlèrent sur la place à grand renfort d’imprécations, de menaces, de jurons. Le moine eut juste le temps de recouvrir les enfants d’un sac vide. La soldatesque écumait de rage.
— Qu’ils soient maudits! Qu’ils grillent en enfer… Ces Juifs sont pires que la vermine ! »

« Cinq ans déjà !
Brédalinda venait de raconter ces méfaits à Rébecca et ses yeux n’avaient toujours pas pleuré. Ceux de la bergère, par contre, n’avaient pu contenir les sombres cris de haine qui l’assaillaient. Elle serra Brédalinda dans ses bras et tout en lui glissant des mots de tendresse à l’oreille, lui promit de la venger.
— La vengeance engendre la haine, mon enfant.
— Peut-être, mais ça fait du bien ! Je jure de te venger ! »

« Elle traça une étoile sur le front de Rébecca.
— Vas-y, à présent, et que le Dieu de tes pères te protège.
L’instant d’après, Rébecca disparaissait sous les frondai-sons. La louve bondit vers le rebord rocheux, leva le museau et poussa un hurlement plaintif. Un autre hurle-ment, déjà lointain, lui fit écho. La clameur du fauve et celle de la petite Juive qui rêvait d’un prince maure pour sauver son amie, se fondirent en un seul cri. »

« — La mémoire de notre peuple est tellement marquée par la cruauté que je n’arrive pas à comprendre comment un pape peut honorer de son amitié un Juif comme moi.
— Qu’importe le fait d’être chrétien, Maure ou juif ?
J’étais ami avec ton père et je t’affectionne comme un ami très cher parce que l’amitié est un bienfait de la divinité. Si les ignorants l’ignorent, les hommes instruits savent qu’il peut exister des relations de sainte amitié, bonnes dans leurs effets, parce qu’elles le sont dans les causes qui les ont fait naître. »

Ramón Basagana est médecin et écrivain.

Son enfance a été marquée par les années sombres de la post-guerre : blocus, malnutrition, répression franquiste.

Arrivé en France en 1960, il a suivi ses études en psychologie à L’université de Caen.

Après avoir obtenu un thèse de doctorat sur « L’habitat traditionnel et les structures familiales en Kabylie », il a été professeur de Psychologie Sociale à l’Ecole Supérieure de Commerce d’Alger pendant une dizaine d’années.

Ramón Basagana s’inscrit à la faculté de médecine et depuis 1981, il est médecin généraliste dans les Bouches-du-Rhône.

Ses premiers succès littéraires, Le Christ de Marie-Shan et L’héritière de Shanghai ont fait l’unanimité parmi les lecteurs.

son blog :
http://www.basagana-ramon.com/

Émotion, Drame, Psychologie, Violence

Organigramme

de Jacques Pons
Broché – 20 septembre 2018
Éditeur : Hugo Roman

Vous pensez que le monde de l’entreprise est parfois cruel ?
Que l’univers de la mode est sans pitié
Oubliez ce que vous croyez savoir.
La réalité est bien plus terrifiante.

Chez Louis Laigneau, fleuron du luxe français, la direction n’a jamais épargné à se salariés ni le stress, ni les humiliations. Mais au retour d’un séminaire de créativité censé stimuler les forces vives de l’entreprise à l’approche de la prochaine fashio week, ce ne sont pas les mannequins, mais les cadavres qui défilent…
L’open space est moins accueillant quand on imagine qu’un tueur est peut-être juste là, assis en face de vous…
Dans ce milieu hostile où tout n’est qu’apparences, chacun s’observe avec défiance Entre le burn out général qui menace et la psychose qui s’installe, un serial killer rôde. Qui est cette ombre menaçante qui semble tout connaître de Louis Laigneau et qui décime méthodiquement l’organigramme ?

Dans l’enfer feutré de la mode parisienne, personne n’est à l’abri.

Je découvre avec Organigramme la plume de Jacques Pons, et quelle découverte pour un premier roman !

L’histoire m’a entraîné au cœur de la prestigieuse Maison Louis Laigneau, fleuron de la haute couture française installé avenue Montaigne. Derrière les “vitrines” luxueuses et les paillettes se cache pourtant un univers professionnel beaucoup moins glamour. Stress permanent, humiliations, réunions interminables, pression du chiffre et culte de la performance rythment le quotidien des salariés. Ici, la hiérarchie est reine et les faux-semblants sont partout.
Pour tenter de remotiver ses équipes, la direction organise un séminaire obligatoire à Marrakech. Mais ce week-end censé favoriser la créativité va rapidement virer au cauchemar et faire naître une haine froide.
À leur retour à Paris, le cauchemar continue… sauf que cette fois, ce ne sont plus les mannequins qui défilent, mais les cadavres.

Un tueur anonyme a décidé de « dégraisser » l’entreprise en éliminant méthodiquement ses salariés, en remontant chaque case de l’organigramme. Le tueur utilise la torture psychologique pour pousser certains cadres déjà à bout vers le burn-out, avant de passer à une exécution méthodique. Très vite chacun devient suspect et chacun se demande si le monstre ne se trouve pas assis juste en face de lui.

J’ai été happé par cette mécanique implacable et j’ai assisté, médusé et fasciné, à la chute progressive de cet « empire ». Nul ne pourra y échapper.

Ce qui m’a particulièrement séduit, c’est le choix du monde de l’entreprise comme décor de thriller. La souffrance au travail, les rapports de domination et le burn-out donnent au récit une résonance personnelle et particulièrement actuelle. Évidemment, toutes les personnes broyées par leur entreprise ne deviennent pas des tueurs froids et machiavéliques ! Heureusement…
Mais j’ai compris la frustration et la profonde souffrance qui nourrissent la vengeance du personnage.

Jacques fait également se rencontrer deux univers radicalement opposés. Celui, feutré et cruel, du luxe parisien et celui de la banlieue.

J’ai apprécié cet équilibre entre l’enquête et l’univers professionnel, sans que l’un ne prenne totalement le dessus sur l’autre. L’écriture est vive, fluide, efficace et terriblement addictive. Les rebondissements se succèdent et, une fois encore, je me suis fait avoir alors que tous les éléments étaient pourtant sous mes yeux !

Pour un premier roman, Organigramme est une sacrée réussite. Un véritable page-turner, avec un final magistral. Bravo l’artiste !

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Extraits :

« Rien à faire. L’homme qui lui a lié les mains et les pieds ne lui a laissé aucune chance. Il repense à son adolescence, enrôlé de force par ses parents chez les scouts marins. Des heures à apprendre comment faire et défaire ces putains de nœuds, dans un camp qui puait la vase et la transpiration.
Une nouvelle goutte lui coule derrière l’oreille. Il tente de lever son épaule pour l’éponger, en inclinant la tête, mais le fil de nylon qui entrave ses poignets derrière le dossier du fauteuil découpe sa peau sous la tension qu’il lui imprime. Un gémissement lui échappe. Il perçoit la progression lente du sang qui se met à glisser le long de l’attache du pouce. Sur sa droite, plusieurs bidons de métal, soigneusement alignés contre un mur de toile épaisse. Sur sa gauche, le même pan de tissu et quelques chaises hors d’usage. »

« Voilà. Nous y sommes.
Ils n’ont, pour la plupart, plus la force de crier. Les plus résistants trouvent encore la ressource pour gémir. Je les hais. Je les plains mais je les hais. Je ne les connais pas tous. Il y en a même que je n’avais jamais vus auparavant. Tant pis. Il est trop tard pour renoncer. Ils paieront pour les autres, et comme les autres.
Mon seul regret est de ne pas assister à leur fin. »

« — CA-NON ! CA-NON-NISSIME !
— Marrakech, non, mais Marrakech, quoi ! J’hallucine ! Tellement cool. Il nous reste moins de deux mois pour nous mettre aux UV et arrêter de manger !
— Oh. My. God. Partir au soleil en plein hiver, ‘avais pas prévu, je suis au bout de ma vie!
— Mais pour nous ça va, hein, comment elles vont faire, aux RH, elles ont tellement de cellulite qu’elles vont bronzer en pointillé…
— Tu me diras, les pois c’est la grande tendance cet hiver, pour une fois elles seront dans le coup !
— J’adore! Vous êtes tellement des pestes ! »

« Je t’ai vue. Je t’ai vue sortir des toilettes. Je t’ai vue sortir des toilettes et rajuster nerveusement ce qu’il restait de ton chignon. Je sais avec qui tu étais. Je sais pourquoi tu étais avec lui. Tu es une traînée et tu le sais. Tu n’as pas beaucoup de talent. Mais tu feras une belle carrière, parce que tu sais à qui parler et comment leur parler. Je vois tout. Je ne dirai rien, mais tôt ou tard, tout le monde saura. »

Passionné de littérature, de voyages et de gastronomie, Jacques Pons travaille depuis plus de quinze ans dans l’univers de la mode. C’est cette expérience qui lui a inspiré l’écriture d’Organigramme, dans le cadre du concours du meilleur thriller 2018 présidé par Michel Bussi 2018, pour lequel il a reçu le Coup de cœur RTL.

Organigramme est son premier roman.

Émotion, Drame, Famille, Polar, Psychologie, Violence

Sème la mort

de Laurent Malot
Broché – 15 novembre 2017
Éditions : Bragelonne

À la suite de l’épisode douloureux de L’Abbaye Blanche, le lieutenant Gange s’est séparé de sa femme. Pour conserver la garde alternée de leur fille, il a quitté son Jura natal pour s’installer à Étampes. Mais cette ancienne ville royale du sud de l’Essonne symbolise l’échec de son couple, et il a du mal à s’y investir. Dans son nouveau commissariat, on le surnomme « l’autiste des montagnes ».

Un quadruple meurtre secoue alors la ville. Arrêté avec un couteau à la main et du sang sur ses vêtements, un ado de 14 ans se mure dans le silence avant d’être interné en hôpital psychiatrique. Gange, aux affaires courantes, reste en retrait. En arrêtant un jeune qui sème le trouble dans les rues, il croise la route de sa mère, femme de pouvoir séduisante, prête à tout pour protéger son fils. Une femme d’influence que personne, à Etampes, n’ose vraiment contredire…

Survient alors un cinquième crime sauvage.

Dans une ville qu’il apprend à aimer peu à peu, autour d’une enquête mêlant agriculture bio, pouvoir des puissants, mais aussi l’éducation des enfants, Gange se retrouve sur les traces d’un dangereux psychopathe. Sans se douter un instant qu’il met les siens en danger…

Avec Sème la mort, Laurent Malot situe son intrigue dans le grenier céréalier de la France, en pleine Beauce, pour interroger nos aspirations et nos résistances au changement, à travers le prisme des lobbies surpuissants de l’agriculture conventionnelle. Semer la mort ou semer la vie… c’est une façon de penser le monde et de préparer l’avenir de nos enfants. Un polar résolument noir, ancré dans le réel et son époque, où l’on retrouve l’humour féroce et l’intégrité de Gange, le flic de L’Abbaye blanche…

Je viens de terminer Sème la mort de Laurent Malot, un roman policier sombre qui m’a une nouvelle fois donné matière à réfléchir. Car derrière l’enquête, l’auteur nous tend un miroir de notre société, et ce reflet n’est pas toujours très agréable à regarder.
Je retrouve pourtant dans ce roman ce que j’apprécie chez Laurent, un récit qui sonne juste.

Le lieutenant Gange a dû quitter son Jura adoré pour suivre sa fille Marine à Étampes, dans l’Essonne. Séparé de Gaëlle, sa femme, il traverse une période particulièrement difficile.
Dans son nouveau commissariat, l’accueil du commissaire Marcoen ne va pas vraiment arranger les choses. Gange s’enferme dans son mal-être et semble avoir perdu tout intérêt pour son métier. Il ne s’intéresse plus à rien, ni personne.
Seule Marine lui permet encore de garder la tête hors de l’eau.

Jusqu’au jour où le massacre d’une famille entière, les Ellens, réveille l’instinct du policier. Terrorisme, folie, acte isolé ? Toutes les hypothèses semble possibles.
Très vite pourtant, un coupable idéal apparaît. Ethan, un jeune homme surdoué retrouvé sur les lieux, un couteau à la main et couvert de sang.
Pour les médias comme pour certains enquêteurs, le coupable idéal semble tout trouvé.

Mais peut-on condamner quelqu’un simplement parce qu’il correspond au récit que l’on veut raconter ?
C’est l’une des nombreuses questions que Laurent soulève avec beaucoup de justesse. Car derrière l’enquête, il aborde aussi la place des enfants différents, leur fragilité et la difficulté de les accompagner. Ethan n’est pas le seul concerné. Rémy vient également rappeler combien certains enfants peuvent avoir besoin d’attention et de protection.

J’ai également été sensible à tout ce qui touche au monde agricole et au mal-être de ceux qui le font vivre. Les questions liées aux produits phytosanitaires, à la rentabilité et aux choix imposés aux exploitants donnent au roman une dimension profondément sociale. Laurent montre une profession prise dans un système dont il devient difficile de s’extraire.

Et puis il y a Gange, confronté à un environnement professionnel toxique qui vient encore fragiliser une vie personnelle déjà chaotique. J’ai aimé ce personnage qui, malgré les pressions et les convenances, refuse finalement de courber l’échine.

Entre polar classique et roman noir, Sème la mort explore ainsi la corruption, le pouvoir, la folie, mais aussi les dérives de notre société de consommation.
Une lecture lucide, parfois dérangeante, mais surtout profondément juste et humaine.

Merci Laurent pour cet excellent moment de lecture.
Une fois encore, tu m’as donné envie de retrouver ton univers et tes personnages pour de nouvelles aventures.

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Extraits :

« La jeune femme avait raison, Gange méritait sa réputation de sauvage. Quand il avait intégré le commissariat d’Étampes, on ne lui avait pas fait de cadeau, mais il n’avait pas manifesté non plus l’intention de s’intégrer. Il avait atterri dans la région quelques semaines plus tôt parce que Gaëlle s’y était installée avec Marine. »

« — Bonjour Ethan. Je suis le lieutenant Gange. On ma demandé de venir te voir au cas où tu aurais envie de parler.
L’adolescent le regarda à peine ouvrir la fenêtre pour faire entrer un peu d’air et s’asseoir derrière le bureau.
— Si tu ne veux pas me parler, on va juste passer le temps, ça me va très bien. Dans une demi-heure, un psychiatre va venir t’examiner et décidera probablement de te placer en internement. On lèvera alors ta garde à vue et tu seras transféré dans un centre psychiatrique.
Gange avait décidé de jouer franc-jeu. Si Karsenti ne l’avait pas fait, autant qu’Ethan sache ce qui l’attendait. »

« — Quel genre de pression ?
— Des pressions du ministère qui baisse les prix parce qu’on trouve moins cher ailleurs. Des pressions des industriels de la chimie qui nous appâtent avec des produits à bas prix pour mieux nous enchaîner à vie. Et encore des pressions des consommateurs, jamais contents de ce qu’ils ont dans leur assiette!
— Vous voulez parler des OGM ?
— C’est ça. Des OGM, des pesticides, des antibiotiques pour les animaux, et tout ce qu’on nous vend comme produits miracles.
Tout ça, c’est pour se faire du fric sur notre dos. Et votre Ellens, c’était la même chose. Y en a marre des apprentis sorciers, vous entendez! Parce que les premières victimes, c’est les agriculteurs.
C’est nous qui mourrons les premiers. Allez voir mes collègues, regardez les chiffres! On crève, dans la paysannerie! Si c’est pas de fatigue ou de misère, c’est du cancer. »

« Dans l’inconscient collectif suintait une sensation de fin du monde. Le populisme et le fascisme gagnaient du terrain. Le terrorisme ouvrait la porte à une troisième guerre mondiale. Le cataclysme écologique planait de plus en plus bas, la pollution ne montrait aucun signe d’amélioration, les abeilles mouraient en masse, la vache folle et la grippe aviaire n’avaient pas dit leur dernier mot. Quant à l’humanité, elle venait de s’effondrer à Alep. Il fallait que les couples soient solides pour y résister, qu’ils se créent des rayons de soleil suffisamment puissants pour traverser l’épaisse couche de peur et de dégoût. Plus d’un sur deux y échouait. Qui pouvait prétendre à l’épanouissement dans ces conditions ? »

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scénarii pour le cinéma.

— De la part d’Hannah (2014)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/20/de-la-part-dhannah/

— Que Dieu lui pardonne (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/15/que-dieu-lui-pardonne/

Drame, Frisson horreur, Polar, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Dans la brume écarlate

de Nicolas Lebel
Broché – 27 mars 2019
Éditeur : MARABOOKS

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne.. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n’est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais… Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d’une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d’avoir retrouvé Lucie. Mais il s’agit d’une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l’on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n’est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie…
Un roman gothique dans un Paris recouvert de brouillard à l’heure où un vampire enlève des femmes et les vide de leur sang. Un roman choral qui laisse la parole à plusieurs protagonistes : à ceux qui perdent ou ont perdu, à ceux qui cherchent, à ceux qui trouvent ou pensent trouver. Un roman qui est l’histoire de six hommes qui aiment ou croient aimer chacun une femme : celui qui la cherche, celui qui l’aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres. Un roman parle des femmes comme premières victimes de la folie des hommes, même de ceux qui croient les aimer.

Avec Dans la brume écarlat” de Nicolas Lebel, j’ai eu l’immense plaisir de retrouver le capitaine Mehrlicht. Et retrouver Mehrlicht, c’est un peu comme retrouver un vieil ami… ou plutôt un vieil ours ! Il parle cash, grogne, fume comme une cheminée et me fait rire avec chacune de ses répliques. Un flic atypique, cultivé et grinçant qui semble tout droit sorti d’un film d’Audiard. Et autour de lui, Sophie Latour, Dossantos et toute l’équipe continuent eux aussi de prendre de l’épaisseur au fil des enquêtes.
C’est justement ce que j’aime chez Nicolas. Ses intrigues sont tordues et captivantes, mais sa plume est tout aussi importante. Elle est vive, malicieuse, pleine de verve, avec ces petites phrases qui me décrochent régulièrement un sourire.
Sans oublier les messages cachés, qu’il glisse ça et là… Et ça, je le ressens à chaque lecture.

L’affaire commence avec une mère persuadée que sa fille Lucie, vingt et un ans, est morte. Pourquoi cette certitude ? Sa mère l’a vu dans les tarots ! Mehrlicht reste évidemment sceptique, mais les événements vont rapidement donner une tout autre dimension à cette inquiétude.
Dans le même temps, du sang est retrouvé au Père-Lachaise, tandis que Taleb, un réfugié syrien, qui vit dans un camp de réfugiés, recherche désespérément sa sœur Noura, disparue elle aussi. Il est fou d’angoisse et se lance à sa recherche… Parallèlement, Yvan poursuit une quête obsessionnelle autour du « Monstru », cette figure terrifiante qui hante ses pensées depuis 28 ans. De son côté, Viktor parle avec tendresse à Ileana et une partie de pêche sur les quais de Seine tourne au macabre.
Quel rapport entre tous ces événements ?
C’est ce que Mehrlicht et son équipe vont devoir découvrir.

Pour cette cinquième enquête, Nicolas m’a une nouvelle fois embarqué dans une histoire où l’horreur côtoie l’humour. Paris est plongé dans un brouillard épais, presque irréel, et l’atmosphère devient rapidement étouffante. La chronologie très précise, avec les heures et les minutes, donne au récit un rythme particulièrement efficace. Mais derrière cette histoire de vampire et cette enquête sombre, j’ai surtout retrouvé le regard de l’auteur sur notre société. Réfugiés, sans-papiers, violences, dérives d’Internet, immunité diplomatique… Nicolas aborde des sujets contemporains sans jamais oublier son intrigue.

J’ai adoré l’ambiance autour de la Seine, du brouillard et des cadavres, aussi poétique qu’inquiétante. Heureusement, Mehrlicht est toujours là pour faire retomber la pression avec ses expressions improbables et ses sonneries de téléphone inspirées des chansons des années 80. Et, comme toujours, elles tombent tellement à propos que je ne peux m’empêcher de rire !
Nicolas Lebel est décidément trop fort.

Je me suis régalé avec ce polar rondement mené, sombre, drôle et terriblement efficace.
Un vrai plaisir de lecture… très écarlate, mais lu avec beaucoup de plaisir !

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Extraits :

« Comme deux fantômes transis, elles se faisaient face dans la nuit.
— Non, je rentre, je suis crevée. Il est déjà minuit…
— C’est Jérémy qui va être déçu… ironisa Cathy.
Plantées sous un réverbère, les deux jeunes femmes se regardèrent et éclatèrent de rire en même temps.
— Il a mon numéro, conclut Lucie en se penchant pour faire la bise à son amie.
— Ça te changerait un peu les idées, non ? En ce moment…
Lucie baissa les yeux et ne répondit pas. »

« Elle se dirigea vers la porte, plantant là son collègue. Elle se disait que, pour les femmes, rien n’avait finalement changé. À se demander même si les choses changeraient un jour : il y avait eu les Weinstein, les « MeToo», les « Balance ton porc». Le monde occidental avait découvert avec effroi, dans un bêlement planétaire, que les femmes du xxi° siècle continuaient de subir harcèlements, insultes, agressions sexuelles et violences à tous les niveaux de la société, parce qu’elles étaient femelles, parce que, depuis le jardin d’Éden, Ève la pécheresse et ses descendantes avaient servi de sac de frappe et d’exutoire fanatique à la moitié couillue de l’humanité, aux Adams revanchards et aux dieux masculins de toutes les civilisations. On avait dès lors posé sur elles tous les anathèmes et tous les tabous… »

« Taleb Adil était assis en tailleur à l’entrée de sa tente Quechua.
Dans ce froid XVIII* arrondissement parisien, son duvet rabattu sur ses épaules par-dessus sa parka kaki à capuche, il jetait des regards à droite, à gauche, le long du boulevard Ney, tout en se fabriquant une cigarette avec quatre mégots qu’il avait ramassés. Ses cheveux châtain clair, longs et bouclés, zébrés de mèches blondes, tombaient en avant sur son visage pâle, lui bloquant la vue. D’un revers de main, il les écarta et examina le trottoir de nouveau. Il espérait percevoir un mouvement dans le brouillard, par-delà le grillage qui enserrait le camp. Mais il y avait peu de passage. Les Français évitaient le quartier. »

« L’un des fils Khadafi s’est battu avec la police, avec le SAMU, a envoyé ses gardes du corps contre la BAC, a trempé dans un réseau de prostitution, a remonté l’avenue des Champs-Elysées à cent quarante kilomètres/heure sans s’arrêter à un seul feu rouge… Aucune poursuite n’a été engagée contre lui. Immunité. Un ambassadeur suisse a forcé un barrage de police à Paris en 2014 parce qu’il se savait positif à l’alcootest, et a remonté un boulevard à contresens pour s’enfuir. Il a été interpellé. Immunité. Je peux vous raconter l’histoire de ce fils de diplomate qui dealait de grosses quantités de cocaïne en bas de chez lui, d’un autre qui tripotait les filles de son collège… Immunité ! L’immunité diplomatique qui protège un émissaire d’un pays étranger est une bonne chose, sauf quand elle devient un joker pour enfreindre impunément la loi, une carte de sortie de prison permanente. »

Nicolas Lebel est un auteur français.

Il est également enseignant et traducteur.
Il a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais.

Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : Les Frères du serment.

En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous (Prix des lecteurs polar du Livre de Poche 2019), en 2014, Le Jour des morts, en 2015, Sans pitié, ni remords (Prix Anguille-sous-Roche), en 2017, De cauchemar et de feu (Prix du Festival Sans Nom), puis, en 2019, Dans la brume écarlate (Prix Coquelicot Noir du Salon du Livre de Nemours), cinq romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent. Des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces cinq romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.

En 2021, il reçoit le Prix Griffe Noire du meilleur roman policier français de l’année pour « Le gibier ».
En 2023, il se met en disponibilité de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture de romans et de scénarios.

— L’heure des fous (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/26/lheure-des-fous/

— Sans pitié ni remords (2015)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/20/sans-pitie-ni-remords/

Facebook: https://www.facebook.com/pages/Nicolas-Lebel-Polars/485293481534883

Émotion, Drame, Folie, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Chien de sang

de Karine Giebel
Poche – 9 septembre 2010
Éditeur : Pocket

Chasse à l’homme au cœur de la forêt.

Ils sont là. Ils approchent.
Aboiements. Tonnerre de sabots au galop…
La forêt est si profonde… Rien ne sert de crier.
C’est le plus dangereux des jeux. Le dernier tabou. Le gibier interdit…
Le hasard les a désignés. Diane aurait dû rester à l’hôtel, ce jour-là. Au mauvais endroit, au mauvais moment…Quant à Rémy le SDF, s’il a perdu tout espoir depuis longtemps, c’est la peur au ventre qu’il tente d’échapper à la traque.
Ils sont impitoyables, le sang les grise.

« Elle taille des thrillers terrifiants et haletants qui attrapent le lecteur à la gorge pour ne le relâcher qu’au bout, secoué et piégé. D’une incroyable efficacité. »
Le Point

Je viens de terminer Chien de sang de Karine Giebel et, pourtant, le livre est toujours là, posé devant moi. Un simple livre, fermé, qui pourrait finalement ressembler à tant d’autres. Oui, mais je l’ai ouvert, je l’ai lu… et depuis, beaucoup de pensées tournent dans ma tête.

Je n’avais encore jamais lu Karine Giebel, même si j’avais souvent entendu parler de cette autrice. Avec ce thriller psychologique, j’ai enfin pu me faire ma propre idée… et quelle découverte !

Deux histoires particulièrement sombres vont se dérouler en parallèle.
D’un côté, Diane, une photographe venue immortaliser les paysages des Cévennes, se retrouve isolée en pleine nature après avoir été témoin de ce qu’elle n’aurait jamais dû voir.
De l’autre, Rémy, jeune SDF sans ressources, tente simplement de survivre et ne sait plus vraiment quel avenir il peut espérer. Après un acte héroïque, de sa part, une porte semble enfin s’ouvrir pour lui, un travail, un salaire, la possibilité de retrouver une place parmi les vivants. Mais derrière cette chance inespérée se cache peut-être tout autre chose…

J’ai rapidement compris que ce court roman n’allait pas me laisser indemne. Que Karine avait su doser le nombre de pages à la perfection. Qu’elle n’avait pas besoin de centaines de pages pour installer une atmosphère aussi poignante que terrifiante. J’ai aussi aimé son écriture faite de phrases courtes, parfois réduites à l’essentiel, sans sujet ni verbe, qui accélèrent le rythme et donnent presque l’impression de manquer d’air.
Au fil des pages, les deux récits se transforment en véritables traques où les règles changent et où les rôles de proie et de chasseur deviennent terriblement flous.

Les heures passent, les corps s’épuisent et la souffrance monte progressivement. J’ai été particulièrement touché par ceux qui subissent, qui souffrent tandis que les chasseurs m’ont profondément révulsé par leur violence et leur sadisme. Mais derrière le suspense, j’ai surtout découvert une réflexion glaçante sur la nature humaine, le pouvoir de l’argent et les différences sociales. L’homme peut-il réellement rester humain lorsqu’il possède le pouvoir de décider du sort des autres ? Une réflexion malheureusement plus que jamais d’actualité…

Plus j’avançais, plus la tension devenait difficile à supporter, jusqu’à frôler l’insoutenable. Et lorsque j’ai atteint la dernière ligne, le dernier mot, le dernier souffle, j’ai refermé le livre, tout doucement.
Et il est là. Fermé devant moi et pourtant, il résonne toujours dans ma tête…

Un thriller noir, très noir, psychologiquement violent et terriblement efficace.
Une première rencontre avec Karine Giebel qui m’aura profondément marqué… et certainement pas la dernière.

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Extraits :

« Il court.
À en perdre haleine.
Depuis des heures, pourtant. Presque depuis l’aube de ce jour maudit.
Il file, se jouant des obstacles avec une surprenante agilité, une incroyable endurance.
Il court, alors que les prémices du crépuscule cisèlent déjà la forêt d’ombres inquiétantes pour le profane. Ombres qui ne l’effraient pas; lui, si puissant, si fort.
Il court.
Meute hurlante sur ses talons. Musique atroce qui le harcèle, le poursuit…
La fin est proche.
Ils ne lui auront donc laissé aucune chance.
Il ne comprend pas.
Pourquoi… ? »

« Gagner sa vie… Quelle curieuse expression! songe Rémy.
Gagner de quoi s’offrir l’écran plasma dernier cri pour s’avachir le soir venu sur leur canapé pleine peau et recevoir leur intraveineuse de pub.
De quoi s’acheter un 4×4 ou une berline à crédit qu’ils exhiberont fièrement le week-end.
De quoi équiper chaque membre de la tribu du portable qui fait appareil photo, baladeur, caméscope, connexion internet, télévision. Et, accessoirement, sert à téléphoner.
Bref, de quoi s’endetter pour tout ce dont ils n’ont pas besoin, mais dont on les assure qu’ils ne peuvent se passer pour mener une vie normale. »

« Le geôlier ne leur a rien révélé de ses desseins, infligé aucun supplice. Il les a juste séquestrés là, sous la menace du revolver, leur filant tout de même à boire et à manger dans sa grande clémence.
— Mais qu’est-ce qu’il nous veut, ce dingue ? répète Rémy pour la énième fois. On est tombés sur un malade, putain… J’aurais dû laisser ces types lui voler sa caisse et lui démolir la tronche ! J’aurais même dû les aider, tiens ! »

« — Mes amis et moi allons nous offrir une bonne partie de chasse aujourd’hui, poursuit le châtelain en fixant Rémy droit dans les yeux. À ton avis, quel gibier allons-nous traquer ?
Rémy avale sa salive avant de répondre, la gorge serrée. Ses amygdales ont dû enfler durant la nuit.
— Nous, articule-t-il enfin.
— Exact ! Bravo, je vois que tu comprends vite ! D’habitude, ils sont plus lents à la détente ! »

Karine Giebel a été deux fois lauréate du prix marseillais du Polar : en 2005 pour son premier roman Terminus Elicius (collection  » Rail noir « , puis réédité chez Belfond en 2016) et en 2012 pour Juste une ombre (Fleuve Éditions), également prix Polar francophone à Cognac. Les Morsures de l’ombre (Fleuve Éditions, 2007), son troisième roman, a reçu le prix Intramuros, le prix SNCF du polar et le prix Derrière les murs. Meurtres pour rédemption (également paru dans la collection  » Rail noir « , puis réédité chez Fleuve Éditions en 2010) est considéré comme un chef-d’oeuvre du roman noir.

Ses livres sont traduits dans une douzaine de langues et, pour certains, en cours d’adaptation audiovisuelle.
— Chiens de sang (2008),
— Jusqu’à ce que la mort nous unisse (2009), adapté sur France Télévisions en 2018,
— Purgatoire des innocents (2013) chez Fleuve Éditions,
— Satan était un ange (2014) chez Fleuve Éditions,
— De force (2016) paru chez Belfond,
— D’ombre et de silence (2017),
— Toutes blessent, la dernière tue (2018),
— Ce que tu as fait de moi (2019)
— Chambres noires (2020),
— Glen Affric (2023, traduit et publié aux États-Unis en 2024)
— Et chaque fois, mourir un peu – Livre 1 : Blast, suivi du Livre 2 : Trauma(s) (2024), ont paru aux Éditions Récamier.
Le recueil de nouvelles J’aime votre peur est publié chez Récamier et Pocket en 2025.

Émotion, Drame, Histoire, Psychologie, Suspense, Violence

Guérilla Social Club

de Marc Fernandez
Poche – 3 octobre 2018
Éditeur : Le Livre de Poche

Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.
Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.
Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.
L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, revient avec un nouvel opus, plus haletant que jamais, à cheval entre l’Europe et l’Amérique latine, où le passé vient frapper à la porte d’anciens guérilleros… Ennemis un jour, ennemis toujours.

Diablement réussi.
Paris Match

Marc Fernandez s’avère un redoutable conteur.
M, le magazine du Monde

Si Orwell avait rencontré Almodóvar,
cela aurait donné quelque chose dans ce goût-là.

Le Point

Avec Guérilla Social Club, Marc Fernandez m’a une nouvelle fois mis une sacrée claque !
Après Bandidos (que j’aurais du lire plus tard !) et Mala Vida, histoire autour des bébés volés sous le régime de Franco, il confirme ici tout le bien que je pensais déjà de lui.

Dans un style journalistique, vif, direct et terriblement rythmé, Marc m’a embarqué dans un récit qu’il m’a été très difficile de lâcher. Je ne parlerais pas vraiment de thriller, mais plutôt d’un formidable roman noir où des hommes et des femmes continuent de se battre pour la liberté. Et cette histoire m’a tellement emporté que les dernières pages m’ont même tiré quelques larmes (surtout la page 271).

J’ai également eu énormément de plaisir à retrouver les personnages de Mala Vida.
Diego, journaliste d’investigation, Ana, détective privée et ancienne opposante à la dictature argentine, et David, juge devenu avocat, forment un trio aussi fort que complémentaire.
Autour d’eux, Carlos, réfugié chilien et ancien guérillero, apporte lui aussi une dimension particulièrement attachante au récit. Lorsque les anciens compagnons de lutte de Carlos commencent à disparaître à Paris, Madrid, Buenos Aires ou Santiago du Chili, puis à être retrouvés torturés et assassinés, ses amis décident de mener l’enquête. Carlos lui-même est menacé et tout semble ramener aux nostalgiques des anciennes dictatures.

J’ai adoré cette construction qui m’a fait voyager d’un continent à l’autre et naviguer constamment entre passé et présent. Marc nous montre parfois des éléments que ses personnages ignorent encore, grâce notamment aux flashbacks et à différents détours narratifs.
Et même lorsque je pensais avoir compris certaines choses, les révélations finales m’ont laissé complètement abasourdi. C’est là que Marc est particulièrement fort. Il brouille avec talent la frontière entre réalité et fiction. Son écriture possède une telle efficacité que j’en suis parfois venu à oublier que je lisais un roman. Tout paraît possible, justement parce que l’auteur s’appuie sur une histoire et des blessures profondément réelles.

Mais au-delà de l’intrigue, c’est cette idée d’un passé qui pourrait refaire surface qui m’a particulièrement marqué. Une perspective inquiétante, qui donne à ce roman noir une résonance que j’ai trouvée très actuelle.

Guérilla Social Club est donc pour moi une formidable réussite. Une intrigue palpitante, une écriture vive, des personnages forts et attachants et un suspense qui tient jusqu’à la dernière page.
Quel conteur ! Quelle construction ! Quelle histoire !
Je me suis laissé happer du début à la fin. Un véritable coup de cœur !

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Extraits :

« Près de Santiago du Chili, 7 septembre 1986.
Il doit mourir. C’est la seule solution. La peine capitale pour tout le mal qu’il a fait, qu’il continue de perpétrer. Sa voiture blindée ne le sauvera pas. Boum.
La mort après un dernier virage. Un salaud de moins sur cette terre. Et une lueur d’espoir pour les autres. »

« Des semaines à courir, à faire des pompes, à tirer, à manier les armes longues, courtes, de tous types, à apprendre à se battre à mains nues, au couteau, au corps à corps. Des jours et des jours, aussi, à mettre au point le rôle de chacun, sa position sur le terrain, le timing de chaque geste et le plan de repli. Des heures à parler encore et encore, à se préparer au pire, à la torture s’ils étaient arrêtés, au sacrifice suprême aussi, pour que d’autres après eux en profitent.
La mort n’est pas qu’une simple hypothèse dans ce genre d’opérations. Mieux vaut perdre la vie les armes à la main que de se lamenter sans cesse et de ne rien faire. On ne résiste pas à la tyrannie avec des mots et de bons sentiments, on la combat avec des flingues.
Jusqu’au bout. »

« Carlos aussi a eu à subir les mauvais traitements infligés par la police politique. Il en garde quelques séquelles, notamment des traces de brûlures de cigarette sur l’omoplate droite et une phalange de moins au petit doigt de la main gauche. Mais il n’a jamais été très disert sur les circonstances de son départ, sur ses années de guérilla. Ses amis respectent ce choix, ce silence, et n’ont jamais osé insister. La seule confidence qu’il ait faite à Diego est qu’il garde un contact régulier avec un certain nombre d’anciens compagnons de lutte, tous réfugiés comme lui dans différents pays d’Europe, et qu’ils se réunissent une fois par an, en souvenir de leurs années de combat. »

« Amis du noir, bonsoir! Je suis Diego Martin, merci d’être à l’écoute de ce trois cent vingt-quatrième numéro d' »Ondes confidentielles ». Un sommaire un peu chamboulé ce soir. Et je prie tous les auditeurs amateurs de polars que vous êtes de m’en excuser. Mais je sais aussi que vous êtes friands de vraies histoires policières. Vous allez être servis avec ce programme spécial consacré à une affaire qui, je l’avoue, me touche personnellement, et qui est loin, très loin, d’avoir livré tous ses secrets. Nous allons parler d’enlèvements, de meurtres, de menaces de mort. En plein Madrid, messieurs, mesdames. Deux • victimes, dont l’une découverte il y a quelques jours à peine au Retiro. Plusieurs autres personnes menacées. Leur point commun ? Ce sont tous d’anciens guérilleros. Des personnes qui ont pris les armes pour se battre contre les dictatures. Au Chili, en Argentine, et sur tout le continent latino-américain. »

Journaliste depuis plus de 15 ans, Marc Fernandez a longtemps été chargé de suivre l’Espagne et l’Amérique latine pour Courrier International.

Co-auteur, avec Jean-Christophe Rampal, de :
— La ville qui tue les femmes, enquête à Ciudad Juárez,
— Pinochet, un dictateur modèle, (Hachette Littératures),
— Narco Football Club, (éditions Moisson Rouge).
Ils ont également réalisé le webdocumentaire, La Cité des mortes.

— Mala Vida (2015) est son premier roman en solo. Puis :
— Guérilla Social Club (2017),
— Bandidos (2018),
— Tapas nocturnes (2022)

Marc Fernandez tient le blog polar Mauvais genre sur Slate.fr.
Il est cofondateur et rédacteur en chef de la revue Alibi, consacrée au polar.

Émotion, Conte, Drame, Psychologie, Thriller psychologique, Violence

Cataractes

de Sonja Delzongle
Broché – 11 avril 2019
Éditeur : DENOEL

Il y a quarante ans, le petit Jan Kosta, trois ans, a été l’un des rares survivants de la terrible catastrophe de Zavoï. Lors d’un gigantesque glissement de terrain, ce village des Balkans a été littéralement englouti sous des torrents de boue. Sauvé par son chien qui l’a traîné, inconscient, hors de l’eau fangeuse, Jan a perdu toute sa famille. Devenu hydrogéologue, Jan reçoit un coup de fil alarmé d’un ami ingénieur. Il se passe des choses étranges dans et autour de la centrale construite sur les flancs de la montagne de son enfance. Les gens ont des comportements imprévisibles, parfois violents. Les moines du monastère voisin ont tous disparu, et les bâtiments délaissés accueillent désormais un institut psychiatrique. Vladimir demande à Jan de venir étudier les faits. Que le mal vienne de la centrale, de la montagne ou des hommes, si un nouveau drame est sur le point de se produire, seul un survivant de Zavoï aura une chance de pouvoir tout arrêter.

J’avais déjà lu Phobia, Dust, Quand la neige danse et Récidive, et j’avais très envie de découvrir Cataractes, lorsque je l’ai acheté. Mais une inondation dans mon bureau est venue quelques semaines après bouleverser mes projets. J’ai perdu plusieurs dizaines de romans que je n’ai pas pu sauvé à temps et j’avais fait au mieux pour protéger les autres, en les stockants comme j’ai pu dans mon grenier. Ils m’ont attendu…
Au mois de juin dernier, je suis monté, et triste, j’ai entrepris un tri pour récupérer ceux que je pouvais encore lire.

C’est ainsi que “Cataractes” a refait surface… et quelle découverte !
Dès le prologue, une nouvelle fois, Sonja Delzongle m’a happé par la puissance de son écriture.

Un petit garçon de trois ans est emporté par la boue lors d’une catastrophe qui engloutit son village de Zavoï, dans les Balkans. Jan Kosta en est le seul survivant et ce traumatisme va le poursuivre toute sa vie. Devenu hydrogéologue, il s’est construit loin de cette terre, à Dubaï, auprès de sa femme et de sa fille.
Mais lorsqu’un ami d’enfance lui demande de revenir étudier la centrale hydraulique de Zavoï, son passé remonte brutalement à la surface.

Meurtres, comportements étranges, disparitions, vieille centrale inquiétante et nature sauvage composent alors une atmosphère particulièrement pesante.

Sonja construit son intrigue sur plusieurs niveaux, entre enquête, mystère, drame humain et blessures de l’Histoire. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est cette relation presque viscérale entre l’homme et sa terre. J’ai été subjugué par ses descriptions de la montagne serbe, tour à tour magnifique, apaisante et profondément inquiétante. L’eau, la terre, les racines, la source… tout semble entrer en résonance avec la personnalité de Kosta.
La centrale elle-même devient une formidable métaphore de cet homme qui tente de contenir les fissures de son passé.

Plus les vannes s’ouvrent et les fuites apparaissent, plus les défenses de Kosta cèdent.
Ce qu’il croyait avoir enfoui n’a jamais réellement disparu. Son enfance, ses blessures et ses racines sont toujours là. J’ai beaucoup aimé cette dimension psychologique, parfois presque poétique, qui donne au thriller une profondeur particulière.

L’intrigue, pourtant bien construite et riche en rebondissements, est finalement passée au second plan pour moi. J’ai davantage été fasciné par cette montagne, par cette quête de la source et par ce retour aux origines. Jan, Vladimir et Marija sont des personnages profondément humains, loin des héros invincibles.

Avec Cataractes, Sonja signe pour moi un thriller aussi sombre qu’original, porté par une nature omniprésente et presque vivante. Et surtout, elle nous rappelle que l’on peut s’éloigner de ses racines, mais jamais vraiment les abandonner. La fin, magnifique et bouleversante, m’a profondément ému.

Une très belle lecture, intense, surprenante et profondément humaine.

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Extraits :

« Jan ! Jan !
La voix de sa mère dans le vacarme. C’est la dernière fois qu’il l’entend. Étouffée, lointaine. Affolée. L’eau est montée si vite…
Personne n’a eu le temps de réagir. Lui, jouait dehors avec le chien. Hatsa. Où est-il ? Il ne perçoit plus ses aboiements, passés des plaintes au silence. À cheval sur Hatsa, un leonberg dont la taille évoque plus celle d’un poney, Jan a été soudain emporté. Autour de lui s’est refermée une masse visqueuse et froide. Glacée. Un mélange d’eau et de boue. Les maisons ont disparu. Toutes. La sienne a sans doute subi le même sort. Seuls quelques toits en pierres plates et grises rappelant des écailles de tortue affleurent. Bientôt, ils seront recouverts eux aussi. Des vies avalées. Tout ne sera plus qu’histoire ancienne. »

« L’eau, partout autour d’eux. L’eau, à perte de vue. Comme une mer sombre et menaçante. Une mer sans vagues. À peine quelques remous font-ils tanguer l’embarcation. L’eau occupe l’espace entre les montagnes, a avalé tout le relief accidenté. Au loin, les plus hauts sommets encore enneigés semblent émerger de cette mer soudainement formée, le spectacle est à couper le souffle. Le paysage, encore familier quelques heures auparavant, se trouve transformé à jamais. »

« Comment deux êtres qui se sont aimés au premier regard puis des années durant peuvent-ils en arriver là? Quel mauvais génie a pris le relais de Cupidon et s’amuse ainsi à détruire les couples ?
En réalité, se dit Kosta, inutile de chercher midi à quatorze heures, les mauvais génies, c’est nous, tout simplement. Nous détruisons le bonheur que nous avons construit parce qu’il s’est peu à peu transformé en ennui. Un ennui mortel qu’on se renvoie l’un à l’autre chaque jour comme dans un miroir. Ou à la gueule, comme une faute. »

« — OK, et après on ira boire un café. Tu sais, vieux, j’ai vécu la guerre, j’ai vu des choses terribles, des femmes et des enfants se faire massacrer, des potes tomber devant moi ou se faire déchiqueter en sautant sur une mine, et pourtant, tu ne vas pas me croire, mais aucune de toutes ces horreurs ne m’a laissé l’impression de solitude et d’égarement que j’éprouve ici depuis que… ça a dégénéré. J’ai le sentiment d’une chose qu’on ne peut pas maîtriser. Un truc invisible, tu comprends ? Qui se répand, comme une maladie contagieuse, un mal inconnu. Un virus dans le système, qui attaque le cerveau. Ils étaient sur le point de devenir fous les uns après les autres. Qui sait si ça ne va pas recommencer… Désolé, vieux, vraiment désolé. »

« Tu vois, fiston, cette baie, lui disait-il, c’est du genévrier, aux puissantes propriétés médicinales, mais elle ne te nourrira pas; en revanche, les nèfles, la cenelle, une variété de myrtille sauvage, le cynorrhodon, la mûre, le cassis, sont très bons à manger sans avoir à les transformer. La nature est le plus grand et le plus précieux garde-manger de l’homme et la meilleure pharmacienne et guérisseuse qui soit. »

Sonja Delzongle est une femme de lettres française, auteure de roman policier.

Dana Skoll est son pseudonyme pour la littérature jeunesse et fantasy.

Née d’un père français et d’une mère serbe, elle a grandi entre Dijon et la Serbie. Elle a mené une vie de bohème, entre emplois divers (les plus marquants ayant été le commerce artisanal africain-asiatique et la tenue d’un bar de nuit) et écriture.

Après un DEUG en Langues et Lettres Modernes, elle s’attaque au concours de l’École des Beaux-Arts de Dijon et obtient un diplôme au bout de six ans. Elle peint et expose durant une quinzaine d’années, puis devient journaliste en presse écrite à Lyon.

Après l’écriture d’une nouvelle devenue depuis un roman court, La journée d’un sniper (2007), elle publie un premier thriller À titre posthume (2009), puis Le Hameau des Purs, en 2011.

C’est en 2011 qu’elle commence l’écriture de Dust. Sa passion pour l’Afrique, qui remonte à sa petite enfance, l’a amenée à y faire de multiples séjours. Son roman parait en 2015 chez Denoël et connait un succès éditorial et public. La même année, elle obtient le Prix Anguille sous Roche.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/dust-de-sonja-delzongle/

En 2016, parait Quand la neige danse, toujours chez Denoël, qui met également en scène la profileuse Hanah Baxter et dont l’action se passe non plus au Kenya mais dans le froid nord-américain.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/quand-la-neige-danse-de-sonja-delzongle/

Récidive paru en 2017 nous offre une troisième enquête.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/recidive-de-sonja-delzongle/

Après une épopée arctique dans Boréal (2018),
elle revient cette fois dans les montagnes des Balkans, ses racines, avec Cataractes (2019).
Noir comme l’orage (2024), prix Ligue de l’Imaginaire 2024, est un thriller captivant se déroulant sur l’Île de Ré, où le capitaine Max Fontaine enquête sur des morts mystérieuses liées à la foudre.
Apnée, publié en 2025, se déroule en Égypte, sur les bords de la mer Rouge.
La forêt du Morvan sert de cadre à La gardienne, son thriller psychologique sorti en 2026.

Sonja Delzongle habite Lyon depuis 2001.

son blog : http://sonia-blogart.blogspot.fr
Facebook : www.facebook.com/Sonja-Delzongle-1403988013229391/

Émotion, Drame, Suspense, Thriller, Violence

3 fois plus loin

de Nathalie Hug et Jérôme Camut
Poche – 8 septembre 2010
Éditeur : Le Livre de Poche

Dans les années 1950, quatre scientifiques traversent la jungle vénézuélienne en quête d’une espèce de singes muets. Ce qu’ils vont découvrir va changer le cours de leur vie. Amazonie, de nos jours : Nina Scott dirige une équipe de cueilleurs d’essences rares pour l’industrie américaine, dans une région contrôlée par les braconniers et les trafiquants de drogue. En s’éloignant du groupe, Nina tombe sur les vestiges d’un site magnifique, où les singes sont silencieux et où les arbres dissimulent des charniers. Alors que la mort frappe ses compagnons, elle est miraculeusement épargnée. Des mines d’émeraudes colombiennes aux bidonvilles de Caracas, des palaces de la Côte d’Azur aux confins du désert marocain, Nina va alors s’embarquer dans une aventure qui pourrait mettre en péril sa vie et bien plus encore.

Après avoir lu Les éveillés il y a quelques jours, j’avais vraiment envie de retrouver Nathalie Hug et Jérôme Camut.
Avec 3 fois plus loin, je confirme une nouvelle fois tout le bien que je pense de leur univers. Les deux auteurs mêlent avec une remarquable maîtrise dans ce roman, thriller, histoire, science, fantastique parfois, et pourquoi pas… une petite touche visionnaire ?

Dans les années 1950, une expédition scientifique s’aventure dans la jungle vénézuélienne. Des découvertes étranges vont bouleverser les certitudes des chercheurs et attiser bien des convoitises. Des décennies plus tard, Nina Scott, une jeune américaine qui dirige la cueillette d’essences rares pour l’industrie pharmaceutique dans les forêts, travaille à son tour dans cette région devenue dangereuse, ravagée par le trafic de drogue et le braconnage. Elle va découvrir des vestiges qui semblent directement liés aux recherches menées autrefois. Un village de pierre là où l’on ne construisait qu’en bois, des ruines recouvrant des charniers et surtout une mystérieuse espèce de singes étrangement muette… Très vite, les deux époques se répondent et ce lieu devient le fil conducteur de cette histoire. D’un côté, les recherches scientifiques menées sur un tepui, de l’autre, Nina qui tente de comprendre ce qu’elle vient de découvrir.

J’ai aimé cette construction qui fait constamment alterner passé et présent. À chaque réponse apportée surgit une nouvelle question, et je me suis retrouvé happé dans cette succession de découvertes. Plus j’avançais, plus les enjeux prenaient de l’ampleur et plus les zones d’ombre s’épaississaient pour mon plus grand plaisir !

La plume des deux auteurs est précise, rythmée et terriblement efficace. Mais ce qui m’a particulièrement séduit, c’est leur manière de privilégier l’humain à la simple aventure spectaculaire. L’aventure est racontée à hauteur d’homme, avec des personnages à la fois forts, fragiles, mais surtout profondément humains.
C’est justement cette dimension psychologique qui donne au récit son rythme si particulier. Et avec Nathalie et Jérôme, le récit est jalonné de surprises, de rencontres et de révélations. Une fois encore, leur écriture à quatre mains est parfaitement maîtrisée. J’ai tourné les pages avec frénésie, complètement absorbé par ces deux histoires séparées par plusieurs décennies mais inexorablement liées. Et, une nouvelle fois, je me suis fait surprendre par les révélations successives, où je n’ai pu m’empêcher de me renseigner en parallèle sur divers au fur et à mesure de ma lecture. Un très grand merci à eux, de chercher à nous ouvrir nos esprits !
Le dénouement est à la hauteur de l’intrigue, terrifiant, émouvant et totalement inattendu.

« 3 fois plus loin » est pour moi une nouvelle réussite de Nathalie Hug et Jérôme Camut. Un thriller d’aventure solide et intelligent, qui prend aux tripes.

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Extraits :

« Et si on s’arrêtait, l’espace de quelques instants, sur les tenants du destin des hommes, qu’y verrions-nous ?
Cette question m’a hanté tant de fois, et pourtant, je me suis toujours heurté à la même réponse. En regard des autres êtres vivants, l’humanité possède une magnifique propension à créer et dans le même temps, son exact contraire. Car le plus grand de ses talents est celui de la destruction. Depuis que notre espèce s’est dressée au-dessus des herbes, elle rase plus vite qu’elle ne bâtit, coupe les têtes plus vite qu’elles ne poussent et rivalise dans l’horreur, sur tous les continents, à toutes les époques et depuis la nuit des temps. »

« La jeune femme encore tremblante tient son sac contre sa poitrine, et s’y accroche avec force en répétant qu’elle a sauvé les preuves de ce qui se trouve là-haut et que ce n’est pas un petit orage qui va arrêter une Scott. Aidan Lassiter, Yahto et Kwanita, qui ont préparé leur départ, les attendent protégés par une bâche, le regard sombre et les pieds enfoncés dans vingt centimètres de fange. »

« Des larmes, qu’elle tente vainement de repousser, montent aux yeux de la jeune femme. Toute sa vie, elle a connu ces brusques accès d’émotion. À l’école déjà, la moindre engueulade la privait de ses moyens intellectuels, pourtant très développés. Une situation d’injustice provoquait immanquablement les mêmes débordements lacrymaux. Dans les relations avec sa hiérarchie, ce n’était pas mieux. Il suffisait qu’elle soit confrontée à un supérieur pour perdre ses moyens.
Ceux qui s’en apercevaient savaient titiller ce point que Nina pensait faible – les hommes en tête. »

« Ces petits singes chapardeurs ont le défaut de leur qualité. Relativement à leur taille, ils possèdent un cerveau aussi développé que celui de l’homme. Ce qui les place très haut dans l’échelle de l’évolution !

…/…

Alors il faut les détruire tout de suite, tous sans exception ! S’ils nous ressemblent, va savoir quelle diablerie ils risquent d’inventer dans les millénaires à venir. »

Née en 1970 à Nancy, Nathalie Hug a publié depuis 2006 quinze thrillers avec son mari Jérôme Camut dont la tétralogie W3 (Prix des Lecteurs du Livre de Poche en 2014 pour le premier tome Le Sourire des pendus) et celle des Voies de l’Ombre. Elle est également l’autrice, en solo, de L’Enfant-rien, La Demoiselle des Tic-Tac, 1, rue des Petits-Pas et Comme un enchantement. Nathalie Hug a reçu le prix Coup de cœur de la Griffe Noire (St Maur Les Fossés) pour l’ensemble de son œuvre.

Jérôme Camut et Nathalie Hug, respectivement nés en 1968 et 1970, se rencontrent fin 2004 à travers Malhorne de J. Camut, la série culte qui a renouvelé le fantastique. La magie opère immédiatement. Depuis, ils se sont mariés et consacrent leur vie à l’écriture à quatre mains.

— Les éveillés (2008)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/08/07/les-eveilles/