Amour, Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

Ainsi sera-t-il

de Sandrine Destombes
Broché – 1 mai 2016
Éditeur : France Loisirs

Depuis qu’une balle a plongé son partenaire et amant Fabio dans le coma, la commissaire Max Tellier n’a plus la force de se battre. Mais l’envie de découvrir la vérité est plus forte… Soutenue par son équipe, qui comme elle, soupçonne une histoire de flics véreux, elle enquête, en secret pour que justice soit faite. Pourtant déjà un autre meurtre les mobilise. Un cas pour le moins étrange : un joggeur, victime non pas d’une crise cardiaque, mais d’un empoisonnement…
Plus troublant encore, la victime est un prêtre…

Après La faiseuse d’anges et L’arlequin, le troisième opus Ainsi sera-t-il, de Sandrine Destombes ne se contente pas de nous livrer un thriller efficace. Elle nous entraîne dans une histoire où plusieurs enquêtes vont s’entremêler, sur fond de politique, de police, de croyances et de radicalisation. Et dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par une intrigue qui ne laisse pratiquement aucun répit.

La commissaire Maxime Tellier est confrontée à un drame particulièrement personnel. Son amant, Fabio Cavalli, a reçu une balle dans la tête et se trouve entre la vie et la mort. Avant son agression, il soupçonnait l’existence d’une taupe au sein de la brigade des stupéfiants.
Maxi décide alors de reprendre du service et de mener sa propre enquête pour découvrir qui a voulu le faire taire.

Mais une autre affaire l’attend. La mort suspecte d’un prêtre retrouvé sans vie alors qu’il faisait son jogging. Ce qui ressemble d’abord à une crise cardiaque prend une tout autre dimension lorsque l’autopsie révèle d’étranges lésions. Et comme si cela ne suffisait pas, une ancienne affaire concernant le capitaine Brémont et le meurtre de sa femme et de son enfant refait surface.

J’ai beaucoup aimé Maxime, ou plutôt “Max”, cette femme au caractère bien trempé, parfois dure et peu commode, mais qui cache derrière cette carapace une grande émotion et sensibilité. Son équipe aussi, soudée, tenace et efficace, apporte également beaucoup d’humanité au récit.

Ce que j’apprécie particulièrement chez Sandrine, c’est son écriture directe, fluide et sans fioritures inutiles. Elle sait multiplier les pistes sans jamais perdre son lecteur et surtout faire monter progressivement la tension. Mais derrière le thriller se cache une réflexion plus profonde sur la foi, la manipulation et la violence et son récit devient progressivement de plus en plus trouble. J’ai trouvé le roman inquiétant précisément parce que le malaise vient autant de la logique des personnages que de leurs actes.
Et ce titre, Ainsi sera-t-il, résonne presque comme une sentence, une vérité que l’on voudrait imposer aux autres.

Sandrine vient de me démontrer encore une fois, qu’un polar peut être passionnant tout en nous poussant à réfléchir sur notre époque.
C’est tendu, parfois inconfortable, intelligent et particulièrement bien construit.
Vous l’aurez compris, je suis fan !

Amis lecteurs, si vous aimez les thrillers qui ne se contentent pas de vous divertir, foncez découvrir Sandrine Destombes !

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Extraits :

« Cela faisait déjà deux semaines qu’Enzo avait ramené sa protégée chez lui, en Italie. Il s’était d’abord installé chez Max à Paris, déployant chaque soir un vieux lit de camp jusqu’à ce que son nerf sciatique lui intime de trouver une autre solution. Il avait veillé sur elle, nuit et jour, depuis ce fameux soir où elle l’avait appelé, en pleine détresse. »

« Le printemps était au rendez-vous et Paris offrait ses plus belles couleurs. Max, malgré son appréhension, était contente de rentrer. Elle était dans sa ville, dans ses marques. Elle s’était accordé un jour de repos supplémentaire avant de retourner travailler, le temps pour elle de trier son courrier et de remplir le réfrigérateur. Max avait promis à son mentor de faire un effort sur son alimentation mais s’apercevant qu’elle avait une fois de plus oublié d’acheter des légumes, elle se rassura en estimant que le nombre de fruits accumulés dans la caisse de chardonnay ferait l’affaire. »

« — On est grands maintenant, répondit José. Laisse-nous t’aider. Et quand je dis ça, je parle aussi au nom des autres. Que ce soit Jeanne, Paul ou même Thomas. Ils n’attendent que ça.
Max sentit sa gorge se nouer et les larmes monter. Elle tourna le dos à son collègue et regarda en l’air, espérant refouler au plus vite ce surplus d’émotion. Lorsqu’elle lui répondit, il n’y eut cependant aucun trémolo dans sa voix. »

« Il n’était pas encore seize heures que Max était déjà éreintée par cette première journée de reprise. Elle craignait d’avoir surestimé ses forces. Mener de front l’enquête sur la mort du Père Francis et trouver la taupe qui avait tiré sur Fabio n’allait pas être de tout repos. Elle n’avait quasiment rien avalé depuis le matin et décida d’aller se restaurer au distributeur. Son choix s’arrêta sur une barre chocolatée qui, comme à son habitude, resta coincée dans les arceaux de la machine. Max était persuadée que les concepteurs de ces distributeurs n’avaient jamais utilisé leur propre invention. S’ils l’avaient fait, ils auraient sûrement pensé à un moyen de déblocage. Au lieu de ça, elle utilisa la seule technique qu’elle savait fiable : une grande tape dans le flanc de la machine accompagnée d’un coup de pied dans la partie basse du réceptacle. Elle finit par récupérer son en-cas sous les yeux amusés de ses collègues. Max était de retour, et ses petites manies aussi. »

Sandrine Destombes est une romancière française spécialisée dans les thrillers et les polars.
Elle a réussi à concilier sa passion pour l’écriture avec une carrière dans l’événementiel, avant de s’imposer comme une voix incontournable du polar français contemporain.

Elle est née 29 avril 1971 à Marseille et a toujours vécu à Paris. Après avoir décroché son diplôme à l’ESRA (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle), elle s’installe à Paris et s’oriente vers la production d’événements, un métier qu’elle exerce pendant plus de vingt ans. C’est sur son temps libre qu’elle commence à imaginer ses intrigues sombres, nourries d’une narration très visuelle et cinématographique. Très attachée à ses origines italiennes, elle distille d’ailleurs régulièrement son amour pour la région des Abruzzes dans ses textes. Sa carrière littéraire décolle au milieu des années 2010 grâce aux éditions France Loisirs (collection Nouvelles Plumes), mais le véritable tournant a lieu en 2018 avec son cinquième roman, Les Jumeaux de Piolenc, qui devient un immense succès en librairie. Traduit en huit langues, ce livre lui vaut le prestigieux Prix VSD RTL du meilleur thriller français, présidé par Michel Bussi.
Aujourd’hui, elle fait partie de la célèbre Ligue de l’Imaginaire et du collectif Les Louves du Polar.

La Faiseuse d’anges (Nouvelles Plumes, 2015),
L’Arlequin (Nouvelles Plumes, 2016),
Ainsi sera-t-il (Nouvelles Plumes, 2017),
Les Jumeaux de Piolenc (Hugo & Cie, 2018)
Ils étaient cinq (Nouvelles Plumes, 2018).

Adolescence, Émotion, Drame, Frisson horreur, Polar, Psychologie, Violence

La Promesse

de Tony Cavanaugh
Poche – 14 mars 2019
Éditions : Points

« Un limier borderline comme on les aime, misanthrope, cynique, teigneux et rongé de cauchemars. »
L’Express

Depuis plusieurs semaines, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces. Leur profil est toujours le même : jeunes, blondes et jolies. Si les enquêteurs du comté de Noosa parlent de fugues, Darian Richards, ex-flic, n’est pas dupe. Ces disparitions sont l’œuvre d’un tueur en série. Face à l’impuissance de la police locale, Richards décide de prendre les choses en main et entame la traque d’un monstre. Au risque de se confronter à plus fort que lui.
Tony Cavanaugh, romancier et scénariste, vit à Melbourne. L’Affaire Isobel Vine est disponible en Points.

« Ce Darian Richards est un vrai personnage de roman hard-boiled. »
Le Point

Traduit de l’anglais (Australie) par Paul Benita

En juin 2025, je découvrais Tony Cavanaugh avec L’Affaire Isobel Vine, un polar noir, dense, humain et implacable, qui m’avait vraiment séduit.
J’ai donc retrouvé avec plaisir l’univers de l’auteur avec La Promesse, qui est en réalité le premier épisode des enquêtes de Darian Richards, même s’il a été publié en français après le précédent.
Je conseille donc de les lire dans l’ordre chronologique pour mieux suivre l’évolution du personnage.

Cette fois, Tony Cavanaugh m’embarque dans une enquête glaçante, violente et parfois franchement gore.
Âmes sensibles, vous voilà prévenues !

Darian Richards a rendu sa plaque après l’échec de son enquête sur le « tueur du train ». Mais renoncer à traquer les assassins lui est tout simplement impossible. Il décide alors d’agir dans l’ombre, épaulé par Maria, une jeune enquêtrice toujours en service, Casey, le baba cool de la bande, et Isosceles, un geek aux ressources étonnantes. Son objectif est simple, retrouver un tueur en série qui s’en prend à de très jeunes filles, particulièrement aux blondes.
Sur le papier, rien de révolutionnaire… et pourtant !

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est cette plongée dans l’esprit de Winston, le psychopathe. Les chapitres alternent entre l’enquête de Darian et les pensées du tueur, qui s’adresse directement à nous, comme si nous étions ses « amis ».
Il nous explique son protocole, son organisation, sa manière de travailler, avec une froideur absolument terrifiante. Winston ne tue pas par impulsion, pour lui, c’est un métier, un plan qu’il applique avec une précision méthodique.
J’ai trouvé cette proximité avec le tueur particulièrement troublante et déstabilisante. L’auteur réussit même à lui donner une voix presque familière, ce qui rend son discours encore plus malsain.

Darian Richards, lui, reste un personnage difficile à cerner. Teigneux, manipulateur, obsédé par sa traque.

Et puis il y a l’Australie, que Tony Cavanaugh me fait découvrir à travers ses villes, ses plages, son bush et ses paysages. Un véritable bol d’air entre deux passages beaucoup plus difficiles !
J’ai toutefois parfois eu du mal à me repérer devant la profusion de lieux et de noms.

J’ai aimé cette écriture fluide, ce rythme qui ne faiblit jamais et cette traque menée sans concession. Le titre prend d’ailleurs tout son sens. Il évoque le tueur, mais aussi la promesse faite à une famille et que Darian s’est faite aussi à lui-même.

La Promesse est donc bien plus qu’une simple enquête policière. C’est une plongée oppressante dans la tête d’un assassin.
Un thriller noir, violent, dérangeant et terriblement addictif, dont certaines scènes m’ont véritablement mis les nerfs à vif. Je me suis laissé emporter par cette traque implacable et, une fois commencé, j’ai eu bien du mal à refermer le livre.

Tony Cavanaugh confirme pour moi son talent pour installer une angoisse presque palpable et plus encore.

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Extraits :

« Neuf appels ratés.
Mon téléphone et mon arme: ma vie se résumait à ça. Me débarrasser du flingue a été facile. Il m’a suffi de le balancer dans l’océan. Sans me soucier de contempler sa chute depuis le haut de la falaise. J’étais occupé à regarder le téléphone. Il fallait le détruire lui aussi, je le savais, pourtant je l’ai fourré dans ma poche arrière et j’ai continué à marcher. Plus tard, me disais-je. »

« Un soir, tard, après minuit, après mes mots de réconfort, elle a une nouvelle fois pris ma main et a commencé à m’entraîner vers son lit. Pour des raisons différentes, toutes égoïstes, j’avais autant envie d’elle qu’elle de moi. J’ai retiré ma main et je suis parti. Certains flics couchent avec des victimes ou des membres de leur famille. Peut-être ont-ils besoin de ça pour continuer, pour poursuivre la traque ou juste pour trouver un peu de joie dans ce traumatisme permanent. Pas moi. Mais j’en avais envie. »

« Maria se méfie de moi. Tous les policiers de la Sunshine Coast se méfient de moi. Les flics des petites villes ne sont pas portés sur le respect. Ils ont un complexe de supériorité. Ne tenant pas à éveiller des jalousies mesquines dans le commissariat perché là-haut sur la colline, j’ai débarqué en ville le plus anonymement possible, compte tenu de ma Studebaker décapotable rouge sang. J’ai fait profil bas; je n’ai jamais dit à personne d’où je venais ni ce que je faisais. Résultat : j’aurais aussi bien pu prendre une pleine page de pub dans le journal local. »

« Six voyages finals. Six filles. Jenny Brown, Marianne McWinter, Izzie Daniels, Jessica Crow, Carol Morales et Brianna Nichols.
Avant de prendre chacune d’elles, il a fantasmé. Un monde où il est roi et où elle est la reine de ses rêves, une esclave dans son lit. Elle est là pour lui fournir un miroir où se reflètent son pouvoir et sa gloire. Ce n’est jamais une histoire de sexe. C’est toujours pour le pouvoir. Ensuite, il s’est mis en chasse. Il l’a traquée, pendant des semaines peut-être. La traque renforce le fantasme, l’exacerbe. Il l’observe, pendant ses derniers jours, imaginant la gloire qu’ils vont connaître, elle et lui. Puis il passe à l’action, vite. Et elle n’est plus là.
Dans la vraie vie, et surtout pour un tueur en série, les fantasmes ne s’accomplissent jamais. »

Tony Cavanaugh est un auteur de romans policiers, scénariste et producteur.

Après des études universitaires dédiées à la littérature anglaise et à l’histoire de l’art, il débute sa carrière dans l’industrie cinématographique où il a travaillé pendant plus de trente ans.

Il est auteur d’une série policière ayant pour héros Darian Richards, ancien policier ayant quitté la brigade des homicides pour une retraite solitaire loin du crime. La promesse (« Promise », 2012) est le premier tome de la série.

L’Affaire Isobel Vine (Kingdom of the Strong, 2015) est son premier roman publié en France (Sonatine).
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/25/laffaire-isobel-vine/

Tony Cavanaugh vit à Melbourne.

son site : https://www.tonycavanaugh.com/
page Facebook : https://www.facebook.com/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller, Violence

Hunter

de Roy Braverman
Broché – 16 mai 2018
Éditeur : Hugo Roman

Si vous croisez sa route, ne vous arrêtez surtout pas.

Plus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps. Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues. Et voilà que Hunter, le demi-sang indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son œuvre ?

Après douze ans de haine et de chagrin, un homme se réjouit pourtant de revenir à Pilgrim’s Rest. Freeman a compris le petit jeu de Hunter et va lui mettre la main dessus. Et lui faire enfin avouer, par tous les moyens, où il a caché le corps de Louise, sa fille, une des cinq disparues.
Pilgrim’s Rest sera peut-être le terminus de sa vengeance, mais ce que Freeman ignore encore, au volant de sa Camaro rouge qui remonte Murder Drive, c’est qu’il n’est pas le seul à vouloir se venger. Et que la vérité va se révéler plus cruelle et plus perverse encore. Car dans la tempête qui se déchaîne et présage du retour de la terreur, un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux.

Hunter m’a secoué, pris aux tripes et véritablement bousculé.
J’y ai trouvé un thriller à l’américaine, noir, très noir, porté par une action débridée et surtout par le talent de Roy Braverman.

J’ai été impressionné par cet auteur caméléon, alias Patrick Manoukian, Ian Manook et d’autres encore…, à m’emporter dès les premières pages.
Avec Hunter, il signe un thriller survitaminé, étouffant, violent et sexuellement important. Ce registre très testostéroné n’est pourtant pas forcément ma tasse de thé, mais ici, la brutalité de l’environnement sert parfaitement le récit et ne me laisse pratiquement aucun répit. J’ai plongé tête baissée dans cette histoire, avec un plaisir parfois franchement sadique !
Les mots de Roy sont incroyablement visuels. Certaines scènes prennent vie sous mes yeux.

J’ai également beaucoup aimé l’humour, qui surgit parfois au détour d’un dialogue avant qu’un “clash” ne vienne me ramener brutalement à la réalité. Roy joue avec ces contrastes, et cela fonctionne particulièrement bien.

À Pilgrim’s Rest, Freeman, un ancien policier noir, vit depuis quinze ans avec la douleur et la haine. Sa fille Louise a été tuée il y a quinze ans, par le serial killer Hunter, qui a également assassiné quatre autres hommes et fait disparaître leurs femmes. Après dix années passées en prison, Hunter s’évade du couloir de la mort et revient sur les lieux de ses crimes. Freeman n’a alors plus qu’une idée en tête, se venger.
Mais Hunter est-il réellement coupable de tout ce qu’on lui reproche ?

C’est là que Roy m’a particulièrement baladé. Mes certitudes se sont fracassées les unes après les autres, laissant place au doute et à des révélations que je n’avais absolument pas vues venir. Les personnages sont complexes, les apparences trompeuses et les coupables rarement ceux que j’imagine. J’ai aimé cette galerie de personnages, certains profondément humains, d’autres véritablement monstrueux. L’auteur n’épargne personne et fait cohabiter violence, souffrance, folie et une étonnante part d’humanité. J’apprécie également les chapitres titrés, souvent accompagnés de références musicales qui contribuent à installer une ambiance très personnelle et m’ont même donné envie d’aller écouter les chansons évoquées.

Hunter est un thriller brutal, oppressant et terriblement addictif. Je me suis fait manipuler avec délectation et, malgré quelques excès, j’ai pris un véritable plaisir à cette lecture.

Un thriller à lire absolument pour les amateurs de sensations fortes !

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Extraits :

« Leur putain de mère s’est tirée. Leur putain de mère à tous les deux. Un père et un nom pour lui, un autre père et un autre nom pour son frère. Tous les deux de passage, les pères. Un à seize ans, l’autre à dix-huit ans, et à vingt et un ans elle se tire avec un courtier de New York en vacances qui abandonne femme et mômes dans son chalet de location pour le petit cul de leur maman moulé dans un short en vichy rose trop court. Ce fumier d’assureur leur a piqué le peu de mère qu’ils avaient encore avec ses taloches à tout va, ses repas de conserves, ses coucheries hurlantes et ses gueules de bois à la semaine. »

« Ce jour-là, en désespoir de cause, il s’est couché contre elle, en sanglots dans la poussière de la cabane, et a bercé Eileen jusqu’à ce qu’elle ne saigne plus. Et beaucoup plus tard dans la nuit, sous un ciel démesuré d’étoiles et de constellations, alors que rôdaient les coyotes, il a déshabillé son amoureuse en pleurant et l’a enterrée loin de la grange abandonnée.
Puis il a bredouillé une prière de colère contre sa putain de famille. Contre ces putains de blancs. Contre cette putain d’Amérique tout entière. Et il est parti, la robe ensanglantée dans son sac à dos. »

« I see the bad moon arising
I see trouble on the way


— Mon ange, tu peux baisser la radio ?
— P’pa, pour une fois que j’écoute de la musique de vieux, ça devrait te plaire, non ?
— Le rock n’a pas d’âge, mon ange. Creedence encore moins! À propos, j’espère que tu n’es pas au volant puisque tu es au téléphone.
— Mais non, papa, c’est Wade qui conduit.
— Il est prudent, j’espère…
— Papa !
— D’accord, d’accord. Tout va bien pour vous ? Vous êtes où?
— On a passé Notchbridge. »

« — Papa, pourquoi les chasseurs tuent les faons ?
— Ils ne tuent pas les faons, mon ange, ils ne tuent que les cerfs.
— Mais les cerfs c’est les papas des faons !
— Oui, c’est vrai mon ange, ce sont leurs papas…
— Et est-ce que les faons meurent aussi quand leur papa meurt?
— Mais non mon ange, il leur reste leur maman.
— Les chasseurs ne tuent jamais les mamans ?
— Si mon ange, c’est triste, je sais, mais les chasseurs tuent aussi les biches, quelquefois…
— Si tu mourais, je mourrais aussi, dit petite Lou en posant un gros baiser chaud et mouillé sur sa joue. »

Roy Braverman est le pseudonyme de l’écrivain Patrick Manoukian.

Il écrit également sous les pseudonymes de Ian Manook et Paul Eyghar et sous le pseudonyme collectif de Page Comann, avec Gérard Coquet.

Il effectue des études de droit et de sciences politiques à la Sorbonne, puis de journalisme à l’Institut français de presse. Il repart ensuite en voyage en Islande, au Belize, et au Brésil.

De retour en France, il collabore en tant que journaliste à des rubriques touristiques du Figaro, de Télé Magazine, de Top Télé, de Vacances Magazine et de Partir.

De 2003 à 2011, il réalise le scénario de plusieurs bandes dessinées sous le pseudonyme de Manook.

En 2013, il signe du pseudonyme de Ian Manook un roman policier intitulé Yeruldelgger qui remporte le Prix SNCF du polar 2014.

Hunter (2018) est le premier titre d’une série de trois, paru chez Hugo Thriller sous le pseudonyme Roy Braverman

Bouffée d'oxygène, Folie, Humour, Polar

Laisse tomber

Petit manuel de survie en milieu grabataire
de Nick Gardel
Broché – 26 mars 2019
Éditeur : Éditions du Caïman

Antoine Spisser est obèse. Ça ne le définit pas, mais ça le décrit assez bien. Surtout quand il se retrouve en équilibre sur la rambarde d’un balcon à 15 mètres du sol. Mais ce qui l’a amené dans cette situation est une autre histoire. Et ce ne sont pas les copropriétaires de son petit immeuble qui vous diront le contraire. Enfin… Ceux qui sont encore en vie…

Avec Nick Gardel, je sais rarement à quoi m’attendre… et c’est justement ce que j’aime chez lui.

J’ai eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises et, à chaque nouveau roman, je retrouve cette voix si particulière, cette gouaille qui semble tout droit sortie d’un mélange entre Audiard, Simonin et Frédéric Dard.

Avec Laisse tomber, je savais donc que je ne prenais pas beaucoup de risques, j’allais rire, être surpris et probablement me faire bousculer.

Antoine est obèse, plutôt désœuvré et vit dans un immeuble où ses voisins sont pour le moins… particuliers.
Entre Mme Wolfberg, acariâtre et espionne en chef de la copropriété, Mme Desmastien qui le prend pour son larbin, M. Orsini qui lui réserve un odieux chantage et toutes les autres figures hautes en couleur qui gravitent autour de lui, je me suis rapidement demandé comment il allait pouvoir survivre à cet environnement !

Et puis un accident survient…
À partir de là, tout s’emballe et un enquêteur placardisé, aussi incompétent qu’ambitieux, va tenter de résoudre l’affaire en faisant de presque tout le monde un suspect.

J’ai adoré cette galerie de personnages, ces vieux voisins que l’on pourrait presque trouver attachants… jusqu’à ce qu’ils dévoilent leurs petits secrets.

Nick s’amuse avec les mots, les situations et les références cinématographiques, véritable jardin secret d’Antoine. Son humour noir est omniprésent et certaines scènes m’ont littéralement fait exploser de rire. Je pense notamment à la page 97, qui m’a définitivement achevé !

Mais derrière cette fantaisie débridée, j’ai découvert un roman beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. L’auteur aborde avec beaucoup d’ironie des sujets sensibles comme la vieillesse, la dépendance, la solitude, l’obésité ou encore la fin de vie. J’ai également découvert la zététique, cette approche du doute qui consiste à questionner les affirmations plutôt qu’à les accepter aveuglément.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est le contraste entre la légèreté du ton et la noirceur de certains thèmes.

Laisse tomber est un roman choral complètement déjanté, corrosif et délicieusement cynique, mais qui pousse aussi à réfléchir sur nos petites existences. J’ai retrouvé tout ce que j’aime chez Nick, une plume gouailleuse, des dialogues savoureux, des jeux de mots parfois assassins et cette capacité à transformer le quotidien en véritable terrain de jeu.

Alors non, surtout, ne laissez pas tomber !

Pour ma part, j’ai passé un excellent moment et je recommande vivement cette petite pépite noire, drôle, grinçante et terriblement originale.

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Extraits :

« Bon…
Dans l’absolu, tout le monde s’en fout.
Les gens vivent au ras du sol et plus personne ne lève le nez. Alors, pensez donc, un type insignifiant en équilibre précaire sur une balustrade, ça peut mettre un certain temps à se remarquer. Surtout au troisième étage d’un immeuble au fin fond d’une impasse.
Le numéro 8 de l’allée Auguste Bartholdi. »

« — Tu vas finir par loucher à rester l’œil collé à ce judas.
— Parle donc moins fort, il va t’entendre !
— Grand bien lui fasse ! Ça aurait le mérite de te détacher de la porte. Tu fais bonne figure avec la joue collée ainsi pour espionner ton voisin.
Marie-Étienne Wolfberg tourna la tête et jeta un regard assassin à sa sœur. Celle-ci n’avait jamais rien compris de la nécessité primordiale de surveiller tout le monde et, en particulier, ce gros fainéant d’Antoine Spisser. »

« — Excusez-moi, mais je n’ai pas trace d’une indication de profession.
— Oh ? Pardon… Il faut tout refaire. Nom, prénom, âge et profession, c’est ça ? Donc… Je me nomme Edmond Wiesling, j’ai 32 ans et j’enseigne la zététique à l’université. »

« Les vieux aiment la mort des autres, autant qu’un licencié d’un sport quelconque apprécie une rencontre amicale. C’est comme un entraînement grandeur nature.
On y évalue ses forces et ses faiblesses, ses atouts et ses points à perfectionner. Celui-ci a raté sa sortie pour une question de timing, celle-ci marque des points par la qualité de son intérieur. Comme ce conseil de grand-mère qui vous enjoint de toujours enfiler une culotte propre avant de sortir, des fois qu’il vous arrive quelque chose. »

Nick Gardel est le pseudonyme de Nicolas Juan, un écrivain et un enseignant.

Après avoir exercé différents petits boulots, dont vendeur de disques d’occasion, d’informatique grand public, il intègre l’Éducation nationale.
Il s’y occupe d’adolescents les plus en marge du système scolaire voire de la société. Professeur des écoles, il travaille auprès d’enfants déficients.

Nicolas Juan s’est offert le pseudonyme de Nick Gardel pour laisser libre cours à sa passion de la phrase bien tournée et du mot bien placé.
Plus habitué au polar humoristique à la verve cynique et aux rebondissements foutraques, pour la première fois avec « Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance » (2021), il durcit le ton et soulève un peu le voile pudique sur son quotidien.

Depuis 2009, il a publié la plupart de ses recueils de nouvelles et polars en auto-édition.
Marié et père d’un enfant, il vit à Colmar.

Son site : http://nickgardel.e-monsite.com

Chorale (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/chorale-de-nick-gardel/

Nevermore (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/nevermore-de-nick-gardel/

Musical Box (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/musical-box-de-nick-gardel/

Mal placé (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/mal-place-de-nick-gardel/

Mourir, encore… (et plein d’autres choses) (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/01/25/mourir-encore-et-plein-dautres-choses/

Morts Chroniques (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/13/morts-chroniques/

Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/23/ceux-qui-boivent-pour-oublier-sont-pries-de-payer-davance/

Drame, Noir, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller

Le Loup peint

de Jacques Saussey
Poche – 4 janvier 2017
Éditeur : Le Livre de Poche

Vincent Galtier est vétérinaire dans une petite ville de l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort accidentelle de son fils, son couple est à la dérive. Seule, Marion, sa maîtresse, parvient à lui faire vivre quelques rares moments d’oubli. Une nuit, alors qu’il vient de la quitter et traverse une forêt isolée pour rentrer chez lui, les passagers d’une voiture inconnue lui tirent dessus et tentent de le précipiter dans un ravin. Lorsque Vincent arrive finalement à son domicile, après leur avoir échappé de justesse, c’est pour y découvrir une scène de massacre. Il y en aura d’autres. Le cauchemar ne fait que commencer…
L’auteur de Quatre racines blanches et L’Enfant aux yeux d’émeraude offre un cadre inhabituel au thriller – le monde vétérinaire – dans ce page-turner machiavélique au suspense implacable.

Encore un roman qui attendait sagement dans ma bibliothèque depuis plusieurs années… Il était grand temps que je découvre enfin Le Loup peint de Jacques Saussey !

Et quelle bonne surprise ! Dès les premières pages, je me suis retrouvé plongé dans une intrigue magistralement construite, avec des personnages tellement bien campés que je les imaginais évoluer devant moi, comme dans un thriller sur grand écran.
Vincent Galtier est vétérinaire dans l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort de son fils, son couple n’est plus que l’ombre de lui-même. Une nuit, alors qu’il rentre chez lui après avoir retrouvé sa maîtresse, il est pris pour cible par des inconnus qui tentent de le tuer.
Lorsqu’il parvient enfin à rejoindre son domicile, il découvre une véritable scène de massacre. Et ce n’est que le début de son cauchemar. Très vite, Vincent devient suspect et doit tout faire pour prouver son innocence tandis que les crimes se multiplient autour de lui. J’ai suivi cette descente aux enfers avec beaucoup d’intérêt, sans jamais savoir où Jacques voulait m’emmener.

J’ai particulièrement apprécié la construction du récit, qui fait s’entrecroiser plusieurs histoires et plusieurs voix. Les personnages sont hauts en couleur, parfois inquiétants, parfois franchement savoureux. L’écriture est fluide, nerveuse, sans fioritures, mais l’auteur sait aussi se lâcher, notamment dans la seconde partie avec cette équipe de policiers pour le moins… particulière !
Certains dialogues m’ont franchement fait sourire. Auteurs n’hésitez plus, lâchez-vous plus souvent !

J’ai également apprécié les passages beaucoup plus crus, parfois franchement trash, qui renforcent l’atmosphère noire du roman.
Et puis il y a cet étonnant petit animal qui vient régulièrement semer sa pagaille dans l’histoire…

Mais Le Loup peint ne se résume pas à un simple polar. Le trafic d’un animal en voie d’extinction constitue une véritable toile de fond de l’intrigue et nous entraîne progressivement vers un désastre que je vous laisse découvrir.
J’ai aimé aussi les petits clins d’œil de l’auteur à certains écrivains et dessinateurs à travers les noms de rues fictives d’Auxerre.

Suspense, humour noir, violence, personnages déjantés et rebondissements, Jacques a réuni tous les ingrédients d’un bon thriller.
J’ai passé un agréable moment de lecture et je ne peux que vous conseiller de vous laisser embarquer dans cette intrigue captivante !

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Extraits :

« La voiture approchait à grande vitesse sur la chaussée étroite. Vincent prit alors conscience qu’il était bloqué en plein milieu de la voie, que le moteur refusait de démarrer.
Une vision de tôles arrachées et de souffrances atroces lui envahit l’esprit comme un raz-de-marée incontrôlable. La Mort. Elle avait fini par le retrouver.
Elle allait venir le chercher, quelques minutes à peine après l’avoir manqué de peu. Quelques mois après lui avoir ravi la moitié de lui-même sous le châssis de ce maudit camion, le projetant par là même dans les flammes de la culpabilité. »

« Elle était seule, désormais. Seule avec sa douleur, seule avec le souvenir de son fils qu’elle chérissait chaque soir avant de s’endormir de peur qu’il ne sorte de sa mémoire à la faveur du sommeil.
Elle éteignit sa lampe et garda les yeux ouverts dans le noir, fixés sur le plafond qu’elle discernait à peine à la lueur de la Lune. Pourquoi ne quittait-elle pas cet homme qui l’avait détruite? Pourquoi? Aucun avenir entre eux n’était plus possible. Il n’y avait aucune chance de rembobiner le fil tragique des événements.
Elle ne supportait même plus qu’il l’approche, et encore moins qu’il la touche. Alors qu’attendait-elle ?
Demain… »

« Et voilà. Encore une fois, il s’était foutu le doigt dans l’œil jusqu’au coude en tirant des conclusions trop rapides. L’analyse des empreintes sur le pistolet avait été approfondie. Une autre série avait été décelée sous la première et une trace partielle avait pu être identifiée. Elle correspondait au pouce de l’un des deux cadavres retrouvés dans la BMW. D’autre part, l’avant-bras du type présentait des traces fraîches de combustion de poudre, mais celui de Vincent Galtier n’en avait révélé aucune. Manifestement, ce n’était pas lui qui avait tué l’inconnu dans les bois. Cela l’innocentait de ce crime, et partant cela expliquait la raison de la course-poursuite et de la collision entre les deux voitures qui avait causé la mort des deux tueurs. Le vétérinaire n’avait donc pas raconté que des conneries. »

« Cinq heures que ça durait, déjà. Il n’en voyait pas le bout. Ah, la journée allait être longue, c’était sûr…
Il s’arrêta à l’angle de l’avenue du maréchal Norek.
À sa droite, après un petit immeuble bourgeois de quatre étages, le boulevard Chattam s’enfonçait dans un quartier de maisons cossues en direction opposée à l’hôpital. De l’autre côté du carrefour, l’avenue Minier, plus étroite, offrait une densité d’habitations et de commerces plus propice aux interrogatoires de porte à porte. Elle s’éloignait en une courbe tendue vers les quartiers les plus à l’ouest de la ville. Richard savait qu’elle se ramifiait rapidement dans un quartier d’immeubles qui représentait la grange aux meules de foin évoquée par le commandant Colize. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, « La mante sauvage », achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre « Colère Noire ».
C’est le second, « De sinistre mémoire », écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui content » dans le polar.

Enfermé.e (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

7/13 (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/15/7-13/

Émotion, Drame, Noir, Polar, Suspense, Thriller

Le Cercle

de Bernard Minier
Poche – Novembre 2013
Éditeur : Pocket

Pourquoi la mort s’acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest ?
Une prof assassinée, un éleveur dévoré par ses propres chiens… et un mail énigmatique, peut-être signé par le plus retors des serial killers.
Confronté à un univers terrifiant de perversité sur les terres de son adolescence, le commandant Servaz va faire l’apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

« Bernard Minier persiste et signe. Après l’éclatant succès de son premier roman, Glacé,
le voilà qui confirme son talent avec Le Cercle. »
Le Figaro littéraire

« L’auteur mène son suspense de main de maître
et on ralentit sa lecture pour que le livre ne se termine pas. »
Version Femina

Après Glacé, lu il y a quelques semaines, j’avais hâte de retrouver le commandant Martin Servaz dans ce deuxième volet, Le Cercle, de la trilogie de Bernard Minier.
Et une nouvelle fois, dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par une intrigue sombre et particulièrement inquiétante.

Dix-huit mois après les événements de Glacé, les blessures sont encore ouvertes et Julian Hirtmann, le terrible meurtrier évadé, est toujours en liberté. Il est devenu l’obsession de Martin Servaz, mais aussi celle d’Irène Ziegler, la jeune gendarme, désormais rétrogradée dans une gendarmerie rurale. Cette nouvelle enquête va ramener Martin à Marsac, là où il a vécu et étudié autrefois. Un retour dans son passé qui n’a rien d’anodin, puisque la femme qu’il a aimée jadis, Marianne, l’a appelé à l’aide. En effet son fils Hugo, suite à l’assassinat de l’une de ses institutrices devient rapidement le principal suspect, tandis que le nom de Hirtmann ressurgit une nouvelle fois.

J’ai beaucoup aimé cette façon qu’a Bernard de mêler l’enquête policière aux blessures personnelles de son personnage. Servaz m’a une nouvelle fois touché par son humanité. Fragile, tourmenté, parfois perdu, mais toujours debout.
J’ai également apprécié Margot, sa fille, elle-même étudiante à Marsac. Sa présence ajoute une dimension intime à cette histoire et permet de comprendre un peu mieux les failles de cet homme qui tente de concilier son métier et sa vie de père.

L’atmosphère m’a particulièrement marqué. L’auteur sait créer un environnement oppressant où chaque lieu semble cacher quelque chose. Les morts s’enchaînent, les mystères s’accumulent et je me suis rapidement demandé qui pouvait bien tirer les ficelles. J’avoue m’être parfois un peu perdu parmi les nombreux personnages et leurs trajectoires complexes. Mais cette densité participe aussi à la richesse de l’intrigue et m’a obligé à rester constamment attentif. J’ai beaucoup apprécié également les aspects médicaux et psychiatriques, expliqués avec suffisamment de clarté pour renforcer la crédibilité du récit sans alourdir l’ensemble.

Et puis il y a le suspense !
J’ai échafaudé de nombreuses hypothèses, cherché le, la ou les coupables, essayé de comprendre les liens entre les différents protagonistes… sans parvenir à tout anticiper.

Jusqu’aux dernières pages, Bernard entretient le doute et distille ses indices avec précision. La révélation finale m’a surpris, tout en me semblant parfaitement cohérente. Avec Le Cercle, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans Glacé. Une intrigue sombre, une tension permanente et cette sensation désagréable que le danger peut surgir à tout moment. J’ai aimé aussi et surtout les phrases glissées par l’auteur ici et là, sur la Politique, La Religion, les manipulations diverses de ceux qui nous contrôle, et puis il y a la musique très présente dans tout le récit, la poésie aussi…

Un thriller intense et addictif qui m’a une nouvelle fois donné envie de poursuivre l’aventure avec Martin Servaz… et de découvrir jusqu’où Julian Hirtmann pourra encore l’entraîner.

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Extraits :

« Son esprit n’était qu’un cri.
Une plainte.
Dans sa tête, elle criait de désespoir, elle hurlait sa rage, sa souffrance, sa solitude… – tout ce qui, mois après mois, l’avait dépouillée de son humanité.
Elle suppliait aussi.
Pitié, pitié, pitié, pitié… laissez-moi sortir d’ici, je vous en supplie…
Dans sa tête, elle criait et elle suppliait et elle pleurait. Dans sa tête seulement : en réalité, aucun son ne sortait de sa gorge. Elle s’était réveillée quasi muette un beau matin. Muette… Elle qui avait toujours aimé s’exprimer, elle à qui les mots venaient si facilement, les mots et les rires… »

« Combien d’années ? Dix-neuf ? Vingt ? Elle l’avait rejeté hors de sa vie, elle était partie avec un autre et elle avait trouvé le moyen de faire retomber la faute sur lui. Il l’avait aimée, oh oui… Peut-être plus qu’aucune autre femme avant et après elle… Mais cela s’était passé dans un autre siècle, il y avait si longtemps… »

« — Vous n’aimez pas le sport à la télé ? le taquina Servaz.
— Du pain et des jeux. Rien de très nouveau. Au moins les gladiateurs mettaient-ils leur vie en jeu, ça avait tout de même une autre allure que ces gamins en short courant après un ballon. Le stade n’est que la version extralarge de la cour de récré. »

« — Vous vous intéressez aux religions ? demanda-t-il.
Winshaw sourit. Il but une gorgée, son œil brasillant malicieusement au dessus du verre.
— Elles sont fascinantes, non ? Les religions, je veux dire… Comment de tels mensonges peuvent aveugler autant de gens ?

« — Les gens votent, dit soudain la Baleine. Ils croient qu’ils décident… Ils n’ont aucun pouvoir de décision. Aucun. Parce qu’ils ne font que reconduire à l’infini la même caste, élection après élection, législature après législature. Le même petit groupe de gens qui décident de tout pour eux. Nous… Et quand je dis « nous », j’inclus nos adversaires politiques. Deux partis. Qui se partagent le pouvoir depuis cinquante ans. Qui font semblant de n’être d’accord sur rien alors qu’ils le sont sur presque tout… Cela fait cinquante ans que nous sommes les maîtres de ce pays et que nous vendons au bon peuple cette arnaque nommée « alternance ». Les cohabitations auraient dû lui mettre la puce à l’oreille : comment deux pouvoirs aux options radicalement opposées pourraient-ils cohabiter ? Mais non : il a continué à gober l’escroquerie comme si de rien n’était. Et nous, a profiter de ses largesses. »

« Il avait deviné un homme qui, comme lui, détestait la vulgarité des loisirs modernes, la stupidité consumériste des générations actuelles, la pauvreté de leurs centres d’intérêt et de leurs goûts, la platitude de leurs idées, leurs comportements moutonniers et leur incurable philistinisme. Un homme seul, aussi. Oh oui, ils se comprenaient, tous les deux. Même si Martin avait sans doute du mal à l’admettre. Ils étaient aussi proches que pourraient l’être deux vrais jumeaux séparés à la naissance. »

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Bernard Minier, né en 1960, originaire de Béziers, a grandi au pied des Pyrénées. Glacé (2011), son premier roman, a reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac et figure dans la liste des 100 meilleurs polars du Sunday Times depuis 1945. Le livre a été adapté en série télévisée en 2017 par Gaumont Télévision et M6 est disponible sur Netflix.

Glacé (2011, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac),
https://leressentidejeanpaul.com/2026/02/24/glace/
Le Cercle (2012),
N’éteins pas la lumière (2014),
Une putain d’histoire (2015, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac),
Nuit (2017),
Sœurs (2018),
M, le bord de l’abîme (2019),
La Vallée (2020)
La Chasse (2021),
Lucia (2022),
Un œil dans la nuit (2023),
Les Effacées (2024).

En 2024 paraît également chez Pocket un recueil de nouvelles inédit, Les Chats et 14 histoires mystérieuses diaboliques cruelles.
Son dernier ouvrage, H, a paru en 2025. Bernard Minier est considéré aujourd’hui dans toute l’Europe comme l’un des maîtres du thriller.
Ses romans, traduits en 28 langues, sont tous publiés aux Éditions XO et repris chez Pocket.

Drame, Polar, Suspense, Thriller

Memory

Arnaud Delalande
Poche – 10 février 2022
Éditeur : Pocket

Un meurtre. Huit témoins. Pas un ne se souvient de ce qui s’est passé.

Au cœur de Harmonia, une clinique spécialisée perdue dans la montagne, un patient est retrouvé pendu en présence de huit autres malades. Un suicide qui a tout l’air d’un meurtre déguisé. Un homme mort. Huit témoins. Un huis clos. La combinaison parfaite pour une enquête vite résolue… C’est compter sans l’amnésie bien particulière que présentent les résidents : leurs souvenirs s’effacent au bout de six minutes. Ils ont été témoins, mais ne se souviennent pas.
Jeanne Ricœur, jeune inspectrice de police, hérite de cette affaire impossible. Elle découvre une communauté à part, celle d’étranges victimes de la vie à la mémoire brisée, au quotidien fait de Post-it et de mémos. Et tandis qu’elle essaie désespérément de reconstituer le puzzle du drame, ses propres démons refont surface…

J’ai découvert Arnaud Delalande en 2002 avec son premier roman, Notre-Dame sous la terre, publié alors qu’il n’avait que 26 ans. J’avais immédiatement été séduit par son talent de conteur, et depuis, je n’ai cessé de suivre tous ses romans avec plaisir.
Avec Memory, je retrouve une nouvelle fois cette capacité qu’il a à m’embarquer dans des univers aussi singuliers que captivants. Pourtant, ce roman est très différent de ses précédents, mais je n’ai pas été déçu, bien au contraire. J’ai découvert une histoire profondément humaine, portée par des personnages auxquels je me suis rapidement attaché.

Parmi eux, Jeanne Ricœur, inspectrice à Annecy, m’a particulièrement touché. Elle vient de perdre son père adoptif, policier lui aussi, après avoir déjà vécu le décès de sa mère quelques années auparavant. Ce nouveau deuil fait ressurgir les blessures et les traumatismes liés à son adoption.
Pour l’aider à reprendre pied, son supérieur et ami de son père lui confie une affaire qui semble, au départ, relativement simple. Mais Jeanne va rapidement comprendre qu’elle est loin d’être aussi évidente qu’elle en a l’air.
L’enquête nous conduit à Harmonia, un centre médical isolé dans les montagnes, où huit personnes ont été témoins d’un meurtre.
Le problème ? Tous souffrent d’amnésie antérograde et ne peuvent conserver de nouveaux souvenirs que quelques minutes.
Ils ont donc tout vu… mais sont incapables de s’en souvenir.

J’ai trouvé cette situation fascinante et particulièrement originale.
Ces patients doivent constamment s’appuyer sur des post-it, des notes et leur téléphone pour tenter de reconstruire leur quotidien. Jeanne se retrouve alors face à un véritable puzzle, dans lequel chaque indice peut disparaître de la mémoire de celui qui le détient.

J’ai beaucoup aimé cette ambiance de huis clos, entre mystère, tension et quelques situations parfois cocasses. L’intrigue nous entraîne progressivement vers les laboratoires, les secrets médicaux et les lanceurs d’alerte, donnant au récit une dimension presque réaliste qui m’a beaucoup plu. Je me suis laissé happer par cette enquête particulièrement bien construite, tout en appréciant le caractère de Jeanne, véritable écorchée vive au tempérament bien affirmé. Arnaud distille les informations avec intelligence et entretient suffisamment le mystère pour que je cherche constamment à comprendre.
Et lorsque le dénouement est arrivé, je dois reconnaître que je ne l’avais absolument pas vu venir. Une conclusion surprenante, cohérente et parfaitement maîtrisée.

Avec son écriture fluide et addictive, Memory m’a offert un très bon moment de lecture.
Encore une fois, Arnaud a réussi à me faire voyager ailleurs, et pour cela, je lui dis simplement : merci !
Si vous aimez les thrillers aux personnages forts et les ambiances angoissantes qui mettent du temps s’installer, « Memory » est fait pour vous !

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Extraits :

« La berline avait pilé, elle aussi, à quelques mètres de l’accident. Le conducteur en sortit et se dirigea vers le corps inanimé. Sifflant entre ses dents, il plongea la main dans sa poche pour y rencontrer la crosse d’un revolver équipé d’un silencieux. Mais déjà les badauds accouraient ; on appelait une ambulance.
Trop de monde ! Il eut un instant d’hésitation… Puis il regarda la scène en jurant, se mordit les lèvres et fit demi-tour. Il retourna dans son véhicule et en claqua la portière. L’un des passants était penché sur l’accidenté.
« Il est vivant ! Ne bougez pas, monsieur ! Les secours sont en route ! »

« Le ciel était lourd et uniforme au-dessus du cimetière des iles, le plus récent d’Annecy. Non loin du crématorium, une pleureuse de bronze se lamentait à l’orée rectiligne des stèles et des croix. La voix du prêtre, vaguement éraillée, semblait se perdre dans la brise glacée qui agitait doucement son étole et les cheveux des convives, visages mordus par les assauts du givre. Le tableau était fidèle à ce qu’il était censé être : funéraire, froid comme la mort, teinté d’une austérité pour ainsi dire flamande. Parmi l’assistance, devant les couronnes et les bouquets de chrysanthèmes, se trouvaient de nombreux policiers en uniforme. Au milieu d’eux : une jeune femme, en veste, pull et pantalon noirs. Blonde à la chevelure coupée court, les yeux bleu sombre, le visage pâle malgré des joues rosies par le gel, les lèvres fines, elle devait avoir un peu plus de trente ans. Ses traits étaient harmonieux, quoique durs et tirés par le chagrin. Elle contemplait ce cercueil sombre aux reflets d’opale que l’on descendait lentement en terre.
Sa silhouette était empreinte d’une sorte de grâce féline, contrariée par son allure de garçon manqué. Ravalant ses larmes, Jeanne leva le visage, cherchant à contrôler ses émotions. »

« Elle caressa d’un doigt le sous-main de cuir craquelé où, quand son père était encore lucide, il avait l’habitude de travailler ses dossiers, tard le soir, pour « régler ses Problèmes Administratifs », comme il disait. Au-dessous, un tiroir avec une clé. Ce tiroir aux allures de cache secrète avait longtemps fasciné Jeanne quand elle était petite. Elle se revoyait, effleurant la froideur de la clé dorée sans oser profaner le sanctuaire. Son visage fut soudain attrapé par un grand miroir qui trônait sur le mur en face d’elle. Il lui renvoya son image déboussolée. »

« Jeanne pénétra dans un hall blanc, avec peintures abstraites et plantes vertes, une tête de cerf incongrue au mur – pour « faire chalet », sans doute – et un ours polaire empaillé. Elle fut accueillie par deux flics de sa juridiction, qui la saluèrent d’un signe de tête, et une femme rousse de quarante-cinq ans, aux faux airs d’Isabelle Huppert, apparemment très affectée. Sèche, un peu martiale, les joues creuses, le front barré de rides prématurées, elle paraissait vouloir rester maîtresse d’elle-même. Control freak, pensa Jeanne instantanément. Un iceberg qui cache le feu ? Elle lui tendit sa main froide.
« Lieutenant Jeanne Ricœur.
— Bonjour. Nathalie Hauteville. Je suis la directrice », dit-elle, lèvres pincées. »

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Arnaud Delalande, né en 1971 à Herblay-sur-Seine, est un écrivain et scénariste de bande dessinée et de cinéma français. Après des études à Pontoise, une hypokhâgne et une khâgne aux lycées Chaptal et Victor Duruy (Paris), puis une licence d’histoire, Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1994. Repéré par l’éditrice Françoise Verny, il publie son premier roman en 1998 à 26 ans, Notre-Dame sous la Terre (éditions Grasset). Le roman va se vendre à environ 10 000 exemplaires et être traduit en plusieurs langues.

En mars 2011, il publie Le Jardin des larmes, récit contemporain relatant la destinée entrecroisée de deux humanitaires en quête de sens et confrontés au chaos : l’un se voit plongée dans les premiers jours du génocide rwandais, tandis que l’autre fait face aux conséquences du tsunami de 2004 sur les côtes du Sri Lanka. Le Piège de Lovecraft, en 2014, thriller inspiré de l’œuvre de H. P. Lovecraft où l’on suit la lente plongée d’un étudiant au cœur de la folie, reçoit le Prix Masterton du roman fantastique francophone 2015.

Mais c’est surtout la saga Viravolta, l’Orchidée Noire, publiée entre-temps, qui lui permet de se consacrer pleinement à l’écriture. Avec Le Piège de Dante (Grasset, 2006), commence en effet une série historique qui rencontre un réél succès, notamment à l’étranger. Dans le premier opus, Pietro Viravolta, dit l’Orchidée Noire, agent secret dans la Venise du XVIIIe siècle, enquête sur un tueur en série dont les meurtres s’inspirent des différents Cercles de L’Enfer de Dante. Dans Les Fables de sang en 2009, l’Orchidée Noire traque à Versailles un assassin qui signe ses meurtres de Fables de La Fontaine. Avec Notre espion en Amérique (2013), Viravolta part en compagnie de La Fayette conduire la guerre d’Indépendance américaine aux côtés de George Washington, avant de traverser la Révolution française dans les deux tomes Révolution 1 : Le Cœur du Roi et Révolution 2 : Le Sang du Roi, en 2017.

Parallèlement à son travail de romancier, de scénariste et scénariste de bandes dessinées, Arnaud Delalande participe au milieu des années 1990 au développement d’une école de cinéma pour les professionnels du film, le CEFPF, où il est professeur en scénario (ateliers d’écriture, cours en dramaturgie), directeur adjoint, puis consultant. Il continue son activité d’enseignement en scénario, dramaturgie ou « storytelling » en 2017 à l’école « Les Mots », fondée par Philosophie Magazine, rue Dante à Paris.

Membre de la SADN (Société des auteurs de Normandie), fondée par André Castelot et Michel de Decker, et juré pour le prix Spiritualités d’aujourd’hui remis chaque année par le Centre Méditerranéen de Littérature, il est depuis 2009 parrain et membre du conseil d’administration de l’ONG Bibliothèques Sans Frontières (BSF), dont la mission est le soutien au développement durable par la diffusion du livre, l’émergence de projets et de structures culturelles locales dans les pays en développement (Haïti, Cameroun, Niger, Rwanda, République démocratique du Congo).

Notre-Dame sous la terre (1998)
L’Église de Satan (2002)
La musique des morts (2003)
Le piège de Dante (2006)
La lance de la destinée (2007)
Les fables de sang (2009
Notre espion en Amérique (2013)
Révolution, 1 : Le cœur du roi (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/07/revolution-1-le-coeur-du-roi/
Révolution, 2 : Le sang du roi (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/13/revolution-2-le-sang-du-roi/
Le testament du chevalier (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/23/le-testament-du-chevalier/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Polar, Thriller psychologique, Violence

Ce qu’ils nous ont pris

de Léa Morenn
Broché – 2 juillet 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Un policier brisé. Des enfants qui disparaissent. Un passé qui refuse de mourir.

Suspendu de ses fonctions, Eren Conti devrait ignorer l’enquête qui secoue Paris. Mais il ne peut rester insensible face à ces enlèvements qui lui rappellent son propre drame, cet été 1989 où tout a basculé. Pour lui, c’est une évidence : il se doit d’intervenir.
Plus il avance, et plus l’affaire se transforme en descente aux enfers. Harcelé par des appels anonymes, menacé par ses souvenirs, tiraillé entre sa famille et son obsession, il découvre que la vérité pourrait bien être plus terrifiante que le mensonge.

Un thriller psychologique addictif, qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page.

Il est des thrillers qui divertissent, et d’autres qui vous happent jusqu’à vous faire oublier le monde qui vous entoure. Ce qu’ils nous ont pris, de Léa Morenn, appartient sans hésiter à cette seconde catégorie.

Dès les premières pages, j’ai été entraîné dans une enquête oppressante où chaque détail semble avoir son importance. Impossible de lever les yeux du livre tant Léa maîtrise l’art de faire monter la tension.

Eren Conti, policier suspendu mais incapable de renoncer à sa quête de vérité, est un personnage qui m’a profondément marqué. Cabossé par la vie, rongé par ses blessures, il oscille sans cesse entre détermination et fragilité. Je me suis souvent surpris à partager ses doutes, ses colères et son obstination.

J’ai particulièrement apprécié la construction du récit. Les chapitres courts, les changements de point de vue et les allers-retours entre passé et présent créent un rythme redoutablement efficace. Chaque fin de chapitre donne envie d’aller plus loin, encore une page, puis une autre… Mais derrière l’enquête se cache avant tout une histoire profondément humaine. Léa aborde avec beaucoup de justesse le deuil, les traumatismes, la culpabilité et les blessures que le temps ne parvient pas toujours à refermer.

J’ai cru plusieurs fois deviner la vérité, avant de comprendre que l’autrice m’avait habilement conduit là où elle le souhaitait. Jusqu’aux dernières pages, elle manipule son lecteur avec une remarquable intelligence.
J’aurais aimé passer un peu plus de temps auprès de certains personnages tant ils sont crédibles et attachants. C’est sans doute le plus beau compliment que je puisse faire à ce roman, il sonne vrai…

Intense, bouleversant et terriblement addictif, Ce qu’ils nous ont pris est un thriller psychologique qui ne repose pas uniquement sur ses rebondissements, mais aussi sur la force de ses émotions. Et un grand bravo aussi pour les propositions musicales ! Je les ai toutes suivies au fur et à mesure… en étant à peine surpris de les connaitre pour la plupart !

Une très belle découverte qui me donne déjà envie de découvrir son prochain roman.

Un grand Merci aux Éditions Taurnada !!!
Une nouvelle “pépite” dans l’équipe… Vous êtres trop forts !

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Extraits :

« “Tu portes bien l’uniforme, mais tu ne peux pas effacer ce que tu as laissé derrière toi, Comment peux-tu oser chercher les enfants des autres après ce que tu as fait ?” Cet appel anonyme, de qui peut-il provenir ?
Tout reprendre à zéro, Analyser chaque élément. Ils ont forcément raté quelque chose, un indice qui est là, caché sous leurs yeux et qui les nargue. Treize mois d’enquête, trois enfants disparus et pas un seul suspect.
”Bonjour, monsieur Conti. M. Maillard est prêt à vous recevoir. Veuillez me suivre.” »

« “— Eren, je pense que c’est mieux que tu t’en ailles.”
Ça y est, je le vois dans son regard : mon ami n’est plus là, et le commissaire est de retour. Je comprends qu’insister n’arrangera rien. Il a déjà fait son choix et je m’en sortirai chanceux s’il n’appelle pas Leroy dès que j’aurai quitté son bureau.
Je finis par me diriger vers la porte et, tandis que j’abaisse la poignée, une main agrippe mon épaule. Je me retourne vers lui et il fait une chose qu’il n’avait jamais faite avant : il s’avance et, sans aucune hésitation, m’entoure de ses bras. J’ai même l’impression de l’entendre renifler. Et avant de me relâcher, il dit :
“Prends soin de toi. S’il te plaît.” »

« L’état second qu’offre la boisson m’a toujours été d’une grande aide. Les médecins, les traitements, mes proches, rien mi personne n’est jamais arrivé à me faire autant de bien que l’alcool. Je l’ai dit une fois à mon addictologue, et sa réaction a été radicale, sûrement la peur que ça me tue. Médicaments plus forts, surveillance renforcée, rendez-vous médicaux quotidiens. Après ça, je n’ai plus jamais dit à qui que ce soit ce que j’en pensais.
La vérité, c’est que l’alcool anesthésie mes pensées, mes souvenirs les plus sombres. Il endort la tristesse qui sommeille en moi depuis tant d’années. Et quelquefois même, quand j’étais dans des états vraiment graves, après plusieurs bouteilles, j’arrivais à voir mon frère. Mes cauchemars étaient toujours les mêmes… »

« Ça fait quelques années qu’on vient ici. Cet endroit, on l’a découvert grâce à notre copain François, qui nous y a emmenés pour la première fois quand il y avait la fête foraine. Maman était pas contente du tout quand on lui a raconté tout ce qu’on a découvert. Nous, on était persuadés qu’elle allait trouver ça génial.
Mais elle est inquiète en ce moment. Elle est persuadée que des mecs bizarres se promènent ici. Elle dit qu’on les appelle des “pédophiles”. Tout le monde en parle dans notre quartier. Apparemment, la petite-fille de la coiffeuse de maman s’est fait approcher par un homme très louche et elle est partie en courant. »

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Léa Morenn est une auteure française qui a toujours aimé l’écriture, et cela dès son plus jeune âge.

Fascinée par les mots depuis l’enfance, elle écrit pour sonder ce qu’il y a de plus sombre en nous.
Mêlant le suspense à l’émotion, elle tisse des thrillers psychologiques qui bousculent les certitudes et laissent une empreinte durable.

Le refuge de Nell est son premier roman. L’idée de cette histoire lui est venue en 2012 mais c’est seulement en 2018 qu’elle décide de l’écrire. C’est finalement en mars 2021 que le roman sera auto-édité et publié sur Amazon.

Émotion, Humour, Polar, Thriller

Nice day

de Peggy Fratorre
Broché – 30 avril 2026
Éditeur : Éditions Cairn

Dimanche 31 octobre, minuit, place Masséna. Angelo vient de terminer son service, épuisé par les défilés d’horreurs en ce soir d’Halloween. Soudain, sous ses yeux, un homme tombe raide mort. Sans raison apparente. Un cadavre à deux pas du Paradis… Pour le commandant Lucie Ribaire et le capitaine Jacques Jouhandon de la Crim’ de Nice, la Baie des Anges a bien souvent le visage de l’Enfer. Et si l’ADN ne ment jamais, il peut parfois mener sur bien des fausses pistes…

J’avais découvert la plume de Peggy Fratorre en 2023 avec son recueil de nouvelles Ce qui nous lie et nous éloigne. J’y avais déjà perçu une auteure capable d’explorer avec finesse les failles humaines, les blessures de l’enfance, la fragilité des êtres et la place des femmes dans notre société. Avec Nice Day, elle confirme tout le bien que je pensais de son univers, et c’est une femme qui mène la danse, Lucie Ribaire. Elle est de celles qui ne se laisse pas abattre facilement, une femme forte et intelligente…

Au cœur de ce roman, j’ai donc fait la connaissance de Lucie Ribaire, commandant de police à Nice. Une femme de caractère, déterminée, intelligente et profondément humaine. Confrontée à une enquête particulièrement complexe, elle avance avec son équipe dans un véritable labyrinthe d’indices. Malgré des mois de travail acharné, les preuves semblent se contredire et l’ADN retrouvé sur la scène de crime ne fait qu’épaissir le mystère.

Peggy encore une fois maîtrise parfaitement son écriture et ses effets. Ce qui m’a particulièrement séduit, c’est la richesse du récit. L’auteure ne se contente pas d’écrire un polar. Elle tisse avec talent un roman où se croisent l’Histoire, les sciences, la botanique, la poésie et un humour subtil qui apporte une belle légèreté à l’ensemble. J’ai appris énormément de choses au fil des pages tout en restant captivé par l’intrigue. Son écriture est fluide, vivante et très visuelle. Plusieurs scènes se sont imposées à moi comme de véritables séquences de cinéma. D’ailleurs, je verrais parfaitement Lucie Ribaire devenir l’héroïne récurrente d’une série policière tant son personnage possède de relief et de potentiel.

J’ai également beaucoup apprécié la playlist proposée à la fin du roman. Une délicate attention qui prolonge l’expérience de lecture et m’a accompagnée merveilleusement pour densifier l’atmosphère du livre.

Avec Nice Day, Peggy Fratorre signe un polar original, intelligent et souvent surprenant. Je me suis laissé porter sans jamais deviner où l’auteure souhaitait m’emmener, jusqu’à une conclusion que je n’avais absolument pas vue venir.

Une lecture singulière, pleine d’esprit et de personnalité, que je vous recommande vivement.

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Extraits :

« Dimanche 31 octobre. C’est le noir complet, un ciel sans lune, une nuit froide d’automne. La place Masséna est maintenant déserte. Chose rarissime.
Car, de jour comme de nuit, cette esplanade, cœur battant de la ville, est toujours peuplée et bruyante. Un flot sérré d’individus s’y pressent, aimantés par les magasins et les restaurants, tels des insectes attirés par la lampe de jardin. Hommes d’affaires et fêtards ne cessent de s’y croiser. »

« Quelle drôle d’idée que cette tradition d’Halloween ! Étrange, cette volonté affichée de vouloir faire peur et mettre en scène l’horreur ! Effrayant, cette noirceur humaine! Comme s’il n’y avait pas déjà assez de choses monstrueuses dans la vie, sans en rajouter ce soir-là !
Au JT de treize heures, la journaliste avait expliqué que cette tradition venait de la culture celte: les druides allumaient de grands feux et encourageaient les villageois à revêtir des déguisements épouvantables pour repousser les esprits maléfiques.
Le masque empêchait l’identification, la reconnaissance des personnes. Il annulait la personnalité de celui qui le portait, le transformait et lui offrait un nouveau visage. Se travestir pour faire la fête. Se déguiser pour trouver un exutoire au quotidien.
Porter un masque et être un autre: dissimuler son vrai visage, par crainte de montrer sa véritable nature. Camoufler des travers pour laisser surgir son côté sombre, en toute légalité… « Laisse-toi succomber à tes plus sombres rêves », entendait-on dans Le Fantôme de l’Opéra. Se déguiser, c’était, en somme, montrer un nouveau visage, pour cacher le vrai. Le monde est un grand bal où chacun avance masqué, finalement. »

« Elle n’était pas n’importe quelle policière: elle était quand même sortie major de sa promotion. Pour autant, il n’avait pas été facile pour le commandant Ribaire de se faire une place parmi tous ces hommes, de se faire accepter… et encore moins de les diriger.
Fine observatrice, perspicace, attentive aux détails, ce Sherlock en jupons avait le don de mettre les gens en confiance pour les faire parler. Atouts indéniables pour mener à bien ses enquêtes. Et elle le faisait tambour battant, avec une vivacité d’esprit incroyable. »

« Jouhandon était un rêveur né. La tête ailleurs, comme le sont souvent les littéraires. Plongé dans la lecture dès son plus jeune âge, il avait grandi un livre à la main. Toujours armé d’un cahier et d’un crayon, pour tout noter. Il lisait tout ce qu’il trouvait, avec une prédilection pour les poètes maudits: Rimbaud, Verlaine, Baudelaire n’avaient pas de secret pour lui. Ce qui amusait beaucoup ses collègues et les avait poussés à le surnommer Orphée. Visiblement, entre la lyre et le flingue, il avait hésité ! »

Née à Marseille en 1977, clinique Massalia (ça ne s’invente pas !), ville chère à son cœur qu’elle a dû quitter en 2001 pour des raisons professionnelles, Peggy Fratorre a alors habité à Troyes (dans le Grand Nord !) pendant un an puis dans le Golfe de Saint-Tropez, à Cogolin pendant neuf ans.

Passionnée de littérature, c’est tout naturellement qu’elle est devenue professeur de lettres depuis vingt ans. Son métier est une véritable vocation qu’elle veut exercer depuis l’âge de dix ans !
C’est à l’occasion d’un concours de nouvelles, en 2009, qu’elle en est venue à l’écriture de nouvelles d’abord. En 2018, son recueil de nouvelles Ce qui nous lie et nous éloigne a été publié (édition La Lampe de chevet) et plusieurs ont été primées : Concours international FFM (Forum Femmes Méditerranée), Prix écriture d’Azur, Concours MPT d’Istres…
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/25/ce-qui-nous-lie-et-nous-eloigne/

Retrouvez-la sur son blog : http://peggyfratorre.blogspot.fr/
ou sa page FB : http://www.facebook.com/donnemoidesnouvelles/

Émotion, Polar, Psychologie, Suspense

Police

de Hugo Boris
Poche – 7 septembre 2017
Éditeur : Pocket

“Ferme les yeux et pense à la France.” C’est une blague qu’on se lance, entre flics, quand il faut faire le sale boulot. Déjà épuisés par la routine des violences, trois gardiens de la paix se voient confier une mission inhabituelle. Une reconduite à la frontière. À Roissy. De là, le réfugié tadjik qu’ils escortent s’envolera pour une mort certaine.
Dans le huis clos de la voiture sérigraphiée : quatre corps, quatre consciences, quatre tragédies personnelles. Suffit-il vraiment d’ouvrir les yeux pour changer le monde ?

“Un roman bouleversant.”
Bernard Poirette – RTL

“POLICE ne dénonce pas, n’impose rien, mais se place à hauteur de ces hommes et de cette femme qui s’agrippent comme ils peuvent au quotidien pour tenir et avancer.”
Christine Ferniot – L’Express

Cet ouvrage a reçu le prix Eugène Dabit du roman populiste et le Prix des Lycéens et Apprentis de la région PACA.

J’avais lu Police d’Hugo Boris à sa sortie, il y a bientôt dix ans, et j’en gardais un souvenir fort. À l’approche de ma rencontre avec l’auteur dans quelques jours, j’ai eu envie de me replonger dans ce roman. Et je n’ai absolument pas été déçu.

Tout commence avec trois policiers, Virginie, Erik et Aristide.
Trois collègues, trois personnalités, trois vies très différentes. Virginie, seule femme du groupe, mariée, mère d’un jeune enfant et enceinte d’Aristide, semble perdue dans ses propres contradictions. Aristide, lui, s’accroche maladroitement à cet amour impossible. Quant à Erik, chef de groupe fatigué mais profondément humain, il apparaît comme une sorte de figure paternelle, celui qui tente encore de maintenir un équilibre moral.

Leur mission paraît simple, conduire un réfugié tadjik jusqu’à l’aéroport de Roissy afin de l’expulser. Mais très vite, ce trajet de quelques kilomètres va devenir un véritable séisme intérieur. Car le dossier de cet homme est clair. S’il retourne dans son pays, la mort l’attend probablement.

Et soudain, tout vacille.
À travers ce huis clos tendu et presque étouffant, Hugo Boris nous plonge dans la conscience de ces trois policiers. Chacun raconte sa vision du métier, ses convictions, ses blessures, ses doutes aussi. Derrière l’uniforme, il y a des êtres humains. Des hommes et des femmes qui appliquent les lois, certes, mais qui restent traversés par leurs émotions, leurs valeurs et leur propre morale.

Ce qui m’a profondément touché, c’est cette manière qu’a l’auteur de faire naître le doute presque silencieusement. Une mission ordinaire devient peu à peu une question de conscience. Jusqu’où peut-on obéir ? À partir de quand désobéir devient-il un acte profondément humain ?

Je m’étais demandé lors de ma première lecture ce que j’aurais fait à leur place. Aujourd’hui, je le sais.
Et c’est là toute la force de ce roman. Il nous oblige à nous interroger nous-mêmes. Hugo Boris ne juge jamais ses personnages. Il les regarde avec empathie, avec nuance, et nous laisse seuls face à nos propres contradictions.
L’écriture est sobre, précise, terriblement efficace. En quelques pages, l’auteur construit un roman choral d’une grande intensité émotionnelle, où chaque silence, chaque hésitation, chaque regard semble peser lourd.

Police est bien plus qu’un simple roman sur les forces de l’ordre. C’est un récit profondément humain sur la loyauté, la conscience et la désobéissance. Une lecture tendue, sensible et bouleversante.

Et vous… qu’auriez-vous fait à leur place ?

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Extraits :

« Le sang sur son treillis n’est pas le sien. Elle est intervenue sur une bagarre plus tôt dans la journée, se sera salie à cette occasion. Elle est seule dans le vestiaire, debout à côté du lavabo, jambes nues sur le carrelage, à fouiller parmi les pantalons de son casier.
Elle en passe un premier qui lui arrive à mi-ventre. Elle sait que le poids du ceinturon, de l’arme, du chargeur, des menottes et de la matraque fera redescendre le treillis au niveau des hanches. L’entrejambe traînera à mi-cuisse, si bas qu’elle aura l’air de porter un baggy, alors elle le laisse glisser à ses pieds, en pioche un autre dans la pile. »

« Elle envoie un message à Thomas, prévient qu’elle rentrera tard, rappelle de donner à Maxence ses gouttes de vitamine D et de lui plâtrer les fesses d’Aloplastine.
Elle s’était promis que sa vie ne changerait pas radicalement, qu’elle garderait du temps pour elle, ne se laisserait pas déborder. Sa mère, ses tantes, ses amies, peut-être, parce qu’elles avaient manqué de vigilance.
Mais elle n’y a pas coupé, elle non plus, sa vie a été retournée comme un sac. »

« Monsieur le Directeur,
Je tiens à porter à votre connaissance les difficultés d’interprétariat que j’ai rencontrées lors de ma convocation. Je précise que j’avais demandé à être entendu en tadjik, qui est ma langue maternelle. À l’entretien, l’interprète était un Ouzbek, je m’en suis rendu compte dès les premières phrases échangées et j’en ai été déstabilisé. Il maîtrisait mal la langue tadjike, ce qui m’a empêché de saisir précisément les questions qui m’étaient posées par l’officier. Je ne comprenais pas certaines tournures de phrases, des expressions entières. Je lui répondais en tadjik mais je ne vois pas comment il a pu traduire correctement mes réponses. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle « N’oublie pas de montrer ma tête au peuple », publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

Son premier roman, « Le baiser dans la nuque » (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

« La délégation norvégienne », son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît « Je n’ai pas dansé depuis longtemps ». L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, « Trois grands fauves » est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

En 2016, son roman « Police » est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.