Drame, Noir, Polar, Psychologie, Violence

Terreur sur Marseille

de Serge Bertrand
Broché – 26 mars 2026
Éditions : Les Presses du Midi

Nul ne pouvait imaginer… L’incivilité, le trafic de drogues, l’insécurité se répandent comme une tache d’huile dans les quartiers de Marseille. En effet un caïd de cité mégalomane flanqué de sa bande de dégénérés fait régner la terreur. Les actes de violence et autres règlements de comptes se multiplient. Même la police n’est pas épargnée. C’est dans ce contexte apocalyptique que le commissaire Patrick Blanchard et son adjointe Mélusine Merle sont mandatés par le préfet pour rétablir l’ordre. Les deux enquêteurs débutent ainsi une mission dont ils ne sortiront pas indemnes…
Avec cet ouvrage, Serge Bertrand clôture sa trilogie sur Marseille, en emmenant le lecteur au fin fond des ruelles les plus sombres de la cité phocéenne.

Il m’a suffi de quelques pages pour comprendre que je ne quitterais pas mon fauteuil avant d’avoir atteint le mot “FIN”. Terreur sur Marseille, de Serge Bertrand, m’a happé sans la moindre échappatoire. J’ai littéralement dévoré ce roman en moins de trois heures, emporté par une intensité rare.

Après Les Deux Visages du Chaos et Ils doivent tous mourir, ce dernier volet ne prend aucun détour. L’auteur frappe fort, droit au but, et c’est précisément ce que j’ai aimé. Le rythme est effréné, les chapitres courts et nerveux. À plusieurs reprises, j’ai eu la sensation d’être en apnée, pris dans un tourbillon dont il m’était impossible de sortir.

Et puis soudain… ce moment. Celui où je me suis arrêté, incrédule : “Non, il n’a pas osé ?” Et pourtant si. Serge franchit des lignes, bouscule, surprend. Je me suis même surpris à relire certaines phrases, tant j’étais pressé de comprendre, d’anticiper, de savoir si j’avais bien saisi ce qui venait de se produire.

Dans ce roman, rien n’est épargné. J’ai plongé dans un Marseille en ébullition, à la limite du chaos. Violence omniprésente, règlements de comptes, trafics qui gangrènent les quartiers… La ville semble glisser inexorablement vers un point de non-retour. Face à cela, les forces de l’ordre sont dépassées, poussées dans leurs retranchements. Mandatées pour une mission de la dernière chance, elles s’engagent dans un affrontement brutal, presque apocalyptique, et pourtant terriblement crédible.

Ce qui m’a frappé, c’est ce réalisme cru, presque dérangeant. Serge Bertrand possède ce talent rare de rendre chaque scène palpable, comme si j’y étais. Et au cœur de ce chaos, j’ai retrouvé avec plaisir le commissaire Patrick Blanchard et Mélusine Merle. Leur humanité, leurs failles, leurs doutes apportent une lumière précieuse dans cette noirceur.

Et puis il y a cette présence mystérieuse, ce “fantôme” qui agit dans l’ombre, presque en silence, et qui peu à peu influe sur le cours des événements. Une figure intrigante, subtile, presque philosophique, qui donne une profondeur inattendue au récit.

J’ai également été touché par ces phrases en fin de chapitre, comme des respirations. Paroles de chansons, extraits poétiques… Elles résonnent avec l’histoire et m’ont souvent amené à prolonger ma réflexion, à regarder au-delà de l’action.

Ce roman est noir, rapide, percutant. Un polar social, nerveux, maîtrisé de bout en bout avec une fin époustouflante. Serge Bertrand confirme ici tout son talent et s’impose, à mes yeux, comme une voix incontournable du thriller français. Une lecture que je recommande sans hésiter.

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Extraits :

« Plus de montre, les portables déconnectés, ils n’ont plus aucun contact avec la France, ils passent leurs soirées à rigoler et à boire des bières locales. Ils mangent du kangourou et du crocodile avec leurs hôtes, qui sont d’authentiques Australiens. La journée, ils partent en Land Rover avec Sam, leur guide, à la découverte de paysages merveilleux et de grandes étendues éloignées des villes. Le soir, autour du feu, ils écoutent les histoires ancestrales du « Temps du rêve », les origines de leur monde, que raconte avec sagesse le chaman, traduit par Sam.
Après avoir subi des épreuves très difficiles lors de leur précédente enquête à Marseille, ils avaient besoin de se ressourcer et de se reconstruire. Ce break était indispensable pour leurs santés mentales. »

« J’ai tout sacrifié pour mon métier. Chaque jour, j’ai peur quand je pars en mission. J’ignore si je vais rentrer chez moi vivant. Les jeunes racailles des cités n’ont plus de limites. Ils sont mieux armés que nous et déterminés à tuer. Je ne sais pas si des délinquants ne vont pas me suivre pour me faire la peau. Le monde a changé, les gens sont devenus complètement fous. Il n’y a plus de valeurs, je n’ai plus ma place nulle part. Je n’ai plus aucun espoir, il est temps que j’abrège mes souffrances. Ce soir, je n’ai pas eu le courage de me tirer une balle dans la tête avec mon arme de service. »

« Les chasseurs de primes traquaient les canailles mort ou vif et faisaient le ménage. À présent, on se prétend civilisé, mais nous retournons à la sauvagerie la plus cruelle, sans état d’âme. Le plus insupportable, c’est le manque de justice. Nous constatons de plus en plus que les malfaiteurs défient les forces de l’ordre sans se soucier des conséquences. Ils sont convaincus qu’ils ne risquent rien. »

« Chaque jour, quand je vois la réalité de l’actualité, je suis révolté. Je méprise les gesticulations de nos dirigeants. Au fond de moi, je reste un rebelle insoumis et j’ai envie de crier: “Bande de guignols, cravatés comme des pendus, retirez un peu les mains de vos poches et le cul de vos fauteuils ! Allez voir sur le terrain, rendez-vous enfin compte que la situation s’est dégradée d’une façon inquiétante. Les mots ne suffisent plus, vous devez apporter des solutions et prendre des mesures urgentes contre la délinquance, l’insécurité et le trafic de drogue.” »

Après avoir réalisé son autobiographie en deux volumes qui témoignent de son parcours de rocker-voyageur, Destination Rock et Dans le feu du tempo, Serge Bertrand propose avec sa trilogie sur Marseille des enquêtes percutantes sans complaisance sur sa ville qui ne laissent aucun répit au lecteur : Ils doivent tous mourir, Les Deux Visages du chaos et Terreur sur Marseille.

Destination Rock (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/07/destination-rock/

Dans le feu du Tempo (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/08/dans-le-feu-du-tempo/

Ils doivent tous mourir (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/08/ils-doivent-tous-mourir/

Les deux visages du chaos (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/19/les-deux-visages-du-chaos/

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