Amour, Émotion, Drame, Psychologie

À trop aimer

de Alissa Wenz
Broché – 19 août 2020
Éditeur : Denoël

Il n’y avait aucun doute : Tristan était violemment épris. Elle le rencontre, et c’est un émerveillement. Tristan est un artiste génial qui transforme le rêve en réalité. À ses côtés, la vie devient une grande aire de jeux où l’on récite des poèmes en narguant les passants. Il ne ressemble à personne, mais cette différence a un prix. Le monde est trop étriqué pour lui qui ne supporte aucune règle. Ses jours et ses nuits sont ponctués d’angoisses et de terreur. Seul l’amour semble pouvoir le sauver. Alors elle l’aime éperdument, un amour qui se donne corps et âme, capable de tout absorber, les humeurs de plus en plus sombres, de plus en plus violentes. Jusqu’à quel point ? Au point de s’isoler pour ne plus entendre les insultes, au point de mentir à ses proches, au point de s’habituer à la peur ? Est-ce cela, aimer quelqu’un ? Un premier roman d’une rare justesse sur l’emprise amoureuse.

Je n’ai pas lu ce livre.
Je l’ai encaissé.

Quelques jours plus tôt, j’avais rencontré Alissa Wenz, une femme habitée, vibrante, au Château de l’Hermitage. Elle m’avait déjà bouleversé avec son dernier roman “Le Désir dans la cage”. Alors forcément, j’avais envie d’y retourner. Mais je ne m’attendais pas à ça.

Dès les premières pages, de À trop aimer, j’ai pris une claque.
À chaque ligne, une question m’a poursuivi. Est-ce du vécu ? Ou simplement une fiction terriblement réaliste ?
Plus j’avançais, plus je me sentais happé, pris dans un tourbillon qui ne cessait d’accélérer. Une spirale où l’amour se mêle à la violence, où la passion devient un piège.
Je me suis lancé dans cette lecture sans savoir, je n’avais pas lu le sujet. Et je me suis retrouvé au cœur d’une emprise. Pas en simple lecteur. Non. Tantôt témoin impuissant, tantôt proche invisible, avec cette envie irrépressible de tendre la main, de dire “pars”, de la protéger.

Ce qui m’a troublé immédiatement, c’est aussi ce choix narratif.
Lui a un nom. Tristan. Elle, non.
Elle est “je”, elle est “tu”. Et moi, je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir l’autrice. De ressentir quelque chose de profondément intime, presque dérangeant.

Elle est libre, créative, vivante. Enseignante, artiste, entière.
Et puis il y a Tristan. Il est libraire, mais rêve de devenir très vite un grand photographe.
Leur rencontre. L’évidence. L’amour fulgurant. Celui qui emporte tout. Très vite, ils deviennent inséparables. Ils construisent, ils rêvent.

Mais peu à peu, quelque chose se fissure.
Au début, ce sont des détails. Des réactions excessives. Des tensions. Puis viennent les colères, les mots qui blessent, les silences lourds. Et malgré tout, elle reste. Parce qu’elle aime. Parce qu’elle pense pouvoir réparer.

Et moi, lecteur, petit à petit je suffoque.
La mécanique est implacable. L’emprise s’installe. Les cris deviennent menaces. L’amour devient peur. Et cette question ne me quitte plus, jusqu’où peut-on aller par amour ?

L’écriture est directe. Sans détour. Sans artifice. Alissa ne cache rien. Elle expose. Elle met à nu. Et c’est précisément ce qui rend ce texte si puissant. Ce roman, je ne l’ai pas simplement lu. Je l’ai vécu.

Il m’a dérangé. Touché. Bousculé. Et il m’a rappelé que certains livres ne racontent pas une histoire…
Ils vous obligent à la traverser.

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Extraits :

« J’étais à Cherbourg, à la recherche d’un parapluie, de Catherine Deneuve, d’un « Je ne pourrai jamais vivre sans toi », j’étais partie m’offrir vingt-quatre heures loin de Paris, un cadeau d’anniversaire à moi-même, une virée en solitaire, dans le plus grand secret. »

« Il vint. Il aima mes chansons. Il m’aima.
Il aima mes textes tissés de ratages sentimentaux, de tendresse voluptueuse, de volcans inassouvis.
Il aima mon engagement sur scène.
Le soir même, il m’envoya un message dans lequel il me disait à quel point le concert l’avait bouleversé, atteint. Une claque, pour ainsi dire. « Tu es violente, tu sais.»
Ces mots provoquèrent en moi des frissons sans égal, charnels, animaux.
Il n’y avait aucun doute : Tristan était violemment épris. »

« Il était la révolte, et l’enfance. Il était tout à la fois Patrick Dewaere et Nanni Moretti – mélange improbable, et pourtant réel. Du premier, il avait les vives écorchures, l’âme en feu. Du second, cet humour à la fois sophistiqué et puéril, cette immaturité jubilatoire que savent cultiver les grands intellectuels.
Tristan était fâché contre le monde, il entretenait avec délice une marginalité du cœur et donnait le sentiment d’être toujours un peu à côté de tout et de tous. Il me confia que son enfance n’avait pas été facile et qu’il avait tout fait pour fuir sa famille sans ambition et sans culture, fuir la morne banlieue qui l’avait vu grandir, fuir, se libérer, vivre à Paris, gagner sa vie même modestement, ne rien devoir à personne, accéder à de belles études par la seule force de son cerveau et de sa curiosité, construire ses idéaux, ses occupations et son art de ses propres mains. »

« L’averse dissipée, nous sommes rentrés à l’hôtel, et brusquement Tristan a explosé. Il a hurlé qu’il ne supportait pas les vacances, que je n’aurais pas dû l’emmener ici, il disait des choses comme «les vacances c’est pour les gens qui travaillent, pas pour les gens qui sont au chômage comme moi, tu crois vraiment que j’ai que ça à foutre de partir en vacances ». J’ai essayé de le calmer, ça ne marchait pas, alors je suis partie dans la salle de bains, j’ai fait couler un bain, je me suis allongée dans l’eau et j’ai enfoncé ma tête jusqu’à noyer mes oreilles pour ne plus entendre ses cris. »

Après une formation de piano et de chant en conservatoire, des études de lettres à l’École normale supérieure, ainsi qu’une formation théâtrale, Alissa Wenz choisit de partager sa vie entre la chanson et l’écriture.

Autrice compositrice interprète, elle se produit dans de nombreuses salles à Paris et en région, soutenue par Contrepied Productions.

Elle a étudié à la Fémis, et poursuit des activités de scénariste et enseignante de cinéma.

Elle est également écrivaine.
Ses deux romans, À trop aimer (2020) et L’Homme sans fil (2022), sont publiés aux Éditions Denoël.
L’homme sans fil fait partie des finalistes du Prix Pampelonne-Ramatuelle, ainsi que du Prix Orange du Livre.

Son album Je, tu, elle paraît chez EPM / Universal le 9 septembre 2022.
Romain Didier en signe les arrangements.
Un nouveau spectacle accompagne cet album.

Le Désir dans la cage
https://leressentidejeanpaul.com/2026/03/28/le-desir-dans-la-cage/

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