Émotion, Témoignage, Adolescence, Histoire vraie

Le livre de Neige

de Olivier Liron
Broché – 10 février 2022
Éditions : Gallimard

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« J’ai voulu écrire ce livre comme un cadeau pour ma mère, Maria Nieves, dite Nieves, qui signifie neige en espagnol. Un livre pour elle, entre vérité et fiction. Un portrait romanesque par petites touches, comme des flocons. »

Neige a grandi sous la dictature franquiste, puis connu l’exil et la misère des bidonvilles de Saint-Denis. Humiliée, insoumise, elle s’est inventé en France un nouveau destin. Hommage espiègle d’Olivier Liron à sa mère, cette héroïne discrète qui lui a transmis l’amour de la vie et l’idée que les livres sont notre salut, Le livre de Neige raconte aussi, en creux, la naissance d’un écrivain.

 

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Quel hommage émouvant, que celui que nous offre Olivier Liron, dans ce roman, qui n’en est pas vraiment un…
L’auteur, nous raconte le déracinement de sa famille en 1939, qui a du quitté l’Espagne, le régime de Franco. L’histoire de sa maman… Sa vie, sa force et le courage qui l’a porté dans son quotidien dans un Saint-Denis en pleine effervescence, nous donnant la preuve que rien n’est acquis, que nous avons tous, qui que nous soyons, la possibilité de vivre la vie que nous voulons, et plus encore…

Mais, il nous raconte surtout, l’amour, les rencontres, l’école, les choix de vie et la nature aussi, avec beaucoup de poésie.

Dans la première partie du roman, de sa plume fine et délicate, Olivier m’a fait voyager dans le temps.
À cette époque, où, complètement perdu, je me suis retrouvé dans une classe où la plupart des élèves étaient des enfants “de l’immigration”. Portugais, espagnols, algériens, marocains ou africains, nous ne nous comprenions pas. Il a fallu se battre, souffrir, accepter, mais tenir, s’accrocher et ensuite parfois rêver… Seuls nos yeux et nos mains nous permettaient de nous comprendre, et de partager nos histoires avec les français, qui nous regardaient, eux, d’un peu trop haut. Pas mal de résonances donc, avec mon histoire et celle de ma famille. Des phrases qui m’ont émues aux larmes, qui m’ont touchées. Mes parents auraient dit “saudades !”
Nieves, quelques années avant moi, pas loin du lieu où j’habitais, a eu les mêmes ressentis, les mêmes envies que moi… Et tout comme elle, je ne regrette rien de mon vécu et des difficultés qui m’ont menés là où je suis aujourd’hui.
La seconde partie, va elle développer l’enfance d’Olivier, sa maman a grandit, elle s’est mariée et a vécu, une vie assez exceptionnelle, je dois le dire.
Le récit est très agréable, fluide, plein de délicatesse, très drôle aussi (les dialogues mi-français, mi-espagnol, comme le “parlé” de mes parents !), mélange d’émotions intenses… J’ai vraiment aimé me plonger dans la vie de Neige, bienveillante et pleine d’amour envers son fils, redécouvrir une autre Espagne, celle que craignaient mes grands-parents, celle que mes parents ont “osé” traverser à pied, bien plus tard…

Mais, presque plus que l’histoire, c’est surtout le style d’Olivier, sa façon très personnelle de nous raconter une partie de sa vie, qui m’a plu. Cette impression de redevenir un enfant à qui on conte une histoire, et quelle histoire… J’ai tout aimé !
Je suis certain qu’Olivier pourrait prendre n’importe support et le transformer en un texte magique, un texte émouvant où les mots ricocheraient les uns sur les autres, où les phrases attendraient bien alignées, et se mettant à trépigner dès leur lecture, un texte où les idées fuseraient en un éventail d’étoiles scintillantes !

Nouveau coup de cœur pour moi.
J’aime les romans généreux. Olivier va au-delà.
C’est un passeur de belles choses… Il m’a permis de vivre certains fragments de sa vie, et ce fut fort agréable…
Comment résister à un autre de ses ouvrages ?

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Extraits :

« Une nuit, alors que je commençais l’écriture de ce livre, j’ai vu ma mère en rêve.
Dans ce rêve, elle est à la fenêtre d’un train et elle sourit. La lumière est belle. Peut-être que, comme l’écrit Jean Giono, “le soleil n’est jamais si beau que les jours où l’on se met en route”. Nieves est en route pour un grand voyage. Pour une nouvelle vie. Elle regarde par la fenêtre, la lumière écrire son visage. Elle contemple le paysage et elle sourit.
Je sais que c’est un rêve. Un rêve, c’est une fiction qui dit la vérité. »

« Le sentiment dominant de Nieves à son arrivée en France, c’est la honte de ne pas parler le français. Sans accès à la parole, elle redevient une enfant. Du latin infans, “qui ne parle pas”. Ne pas parler, c’est être sans défense. Dans le rapport empêché à la parole se joue l’enfermement insidieux de la honte. Ici, Nieves à l’impression d’avoir moins de valeur que les autres. Elle sent qu’elle n’a pas sa place. »

« Pourquoi, en France, les jeunes générations n’ont pas davantage accès à l’histoire de l’immigration ? Pourquoi cette histoire commune, belle et nécessaire, n’est pas inscrite dans les programmes scolaires ? Pourquoi des phénomènes aussi massifs occupent-t-ils si peu de place dans la mémoire collective ? Quelle amnésie nous constitue ? »

« À ce propos, notre chienne Tina est morte. Elle était si malade et qu’elle ne mangeait plus les médicaments que je roulais dans le chorizo. Un jour, elle a fait un trou sous le grillage de la maison. Elle est partie mourir près du vieux lavoir. On a reçu un coup de fil des pompiers, qui l’ont retrouvée là-bas.
Elle est enterrée sous le tas de bois. Adieu Tina. Je n’aurai plus jamais la consolation de ton odeur de chien qui pue, quand on se roulait sous les bambous l’un contre l’autre. Plus jamais tu ne frétilleras de la queue à mon approche, puis jamais tes oreilles qui se dressent et remuent, plus jamais ta façon de tirer la langue avec un bruit de ventilateur à la puissance dix, plus jamais ta façon de boire de l’eau comme si tu n’avais pas bu depuis plusieurs générations de Tina, plus jamais ta façon de ramasser la vieille balle de tennis en mettant de la bave partout, plus jamais ton sourire d’ange égaré parmi les humains. Tu ne seras plus jamais là pour nous. La mort de Tina, c’est vraiment la fin de l’enfance. »

 

 

Olivier Liron, né en 1987 à Melun, est un écrivain, scénariste, acteur et personnage public français. Il obtient le Grand Prix des Blogueurs littéraires en 2018 avec son deuxième roman “Einstein, le sexe et moi”.

Il a une formation de pianiste en conservatoire. Après une hypokhâgne lettres et sciences sociales au lycée Jacques Amyot (Melun), puis une khâgne moderne au lycée Balzac (Paris), il est reçu au concours de l’École normale supérieure, option Lettres modernes. Il étudie ensuite l’espagnol et l’histoire de l’art à l’Université Complutense de Madrid puis est reçu à l’agrégation d’espagnol. Il enseigne la littérature à l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle de 2011 à 2014. En 2015, il se forme à la danse contemporaine à l’École du Jeu et à l’interprétation dramatique au cours Cochet. En 2017, il fait partie des auteurs sélectionnés à la Femis pour l’adaptation cinématographique de son roman Danse d’atomes d’or.

Il est l’auteur de romans, de nouvelles, de scénarios, de pièces de théâtre et de fictions sonores. Son premier roman en 2016, “Danse d’atomes d’or” (Alma éditeur), est sélectionné pour une dizaine de prix littéraires et reçoit un excellent accueil du public. Son deuxième roman, “Einstein, le sexe et moi” (Alma éditeur), sort à la rentrée littéraire 2018 et reçoit rapidement un très grand succès de librairies et critique. Il est lauréat du Grand Prix des Blogueurs littéraires 2018 et finaliste la même année du Prix Femina et du Grand prix des lectrices de Elle. Un véritable phénomène de société apparaît autour de l’écrivain.

Il a également écrit des nouvelles pour la revue Décapage et l’Opéra de Paris, ainsi que des fictions sonores pour le Centre Pompidou.

Ses deux romans, “Danse d’atomes d’or” et “Einstein, le sexe et moi” ont fait l’objet de multiples adaptations théâtrales et sont également en cours d’adaptation pour le cinéma.

Pour le théâtre, il écrit la pièce “La Vraie Vie d’Olivier Liron”, dans laquelle il interprète son propre rôle. La pièce est créée en 2016 puis se joue en tournée en France et en Belgique. Sa deuxième pièce “Neige” est créée par le collectif Lyncéus et la metteuse en scène Fanny Sintès en 2018.

Olivier Liron se fait aussi connaître sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram par ses lectures de poésie et ses compositions au piano.

Adolescence, Émotion, Humour

Je ne suis plus inquiet

de Scali Delpeyrat
Broché – 14 octobre 2020
Édition : Acte Sud

 

De l’histoire de ses grands-parents échappés aux rafles du Vel d’Hiv aux voix enregistrées dans le métro, en passant par un cadeau de Noël décevant, ou par les femmes qu’il n’a pas réussi à aimer, Scali Delpeyrat, dans ce récit à la première personne, drôle et tendre, se raconte en toute intimité. Et si tout cela n’était que l’histoire d’un père qu’on a aimé bien plus qu’on ne l’avait pensé ?

 

 

 

J’ai pris ce petit livre comme un “cadeau”, une pose, un moment de lecture qui, pour moi a ralenti le temps… Impossible de résumer cette compilation d’idées et de réflexions qui vous fera passer par tout type d’émotions.
C’est drôle, c’est barré, c’est touchant… C’est la vie quoi !

Brouillon ? Oh que non !
Certaines vous feront réfléchir, d’autres vous feront rire, et d’autres encore nous recentreront sur notre condition humaine, et oui, “On est bien peu de choses sur cette terre !” Qui ne s’est jamais posé ce genre de questions, qui n’a jamais vécu ces scènes dans son quotidien ?

Apparemment, il n’y a pas de lien entre les textes, mais très vite, vous trouverez ici et là, des réminiscences, des idées floutées qui s’affineront et finalement, vous aiguilleront vers de “vrais” liens entre certains d’entre eux.

“Je ne suis plus inquiet”, c’est ça !
Ce sont des tranches de la vie de Scali, ses grands-parents juifs, son père, son enfance, le Sud-ouest, des questionnements souvent, des réponses parfois, et toujours avec une légèreté truffée d’humour. C’est mélancolique et ça déborde d’amour.
C’est aussi un livre que je ne rangerai pas, un livre qui restera à portée de main. Un livre où je pourrai de temps en temps “re-piocher” certaines scénettes tout en souriant, en sachant que la réflexion ne sera jamais loin… Je repenserai aussi à Scali, à son sourire, sa bonne humeur, ses chansons…

Un livre, pour les doux rêveurs, les décalés jamais pressés, mais aussi pour les curieux inassouvis, qui comme moi se posent continuellement des questions…

Une belle découverte, qui mérite une transmission écrite et pourquoi pas orale !
Personnellement, je ne vivrai plus jamais les “transports publics” de la même façon…

Merci Scali.

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Extraits :

Amoureux.
« À l’âge de quatre ans, je suis tombé très amoureux d’une fille de ma classe à l’école maternelle. J’adorais la regarder dans la cour de récréations. Je pensais beaucoup à elle. Je rêvais d’elle chaque nuit. Le jour où j’ai appris que mon état s’appelait “être amoureux”, j’ai dit à ma mère “Maman, je suis amoureux d’une fille à l’école”. Ma mère m’a demandé son prénom et pour la première fois, j’ai dit à voix haute le prénom de celle dont j’étais amoureuse, “Malika !“. Je l’ai dit avec tout l’enthousiasme dont j’étais capable “Malika !”. Je croyais qu’entendre le prénom de cette petite fille déclencherait le même enthousiasme chez ma mère mais elle eut un fou rire nerveux, “Malika ? Et ben… C’est ton père qui va être content”. »

N’importe quoi.
« À table, devant le journal télévisé, mon père exprimait souvent ses opinions politiques. Il commençait par dire “moi si j’étais à la place de tous ces mecs au gouvernement”. En suite de quoi il dévoilait ses mesures pour sauver le pays de la faillite. Par exemple, “je forcerais les grévistes à travailler”. Ou bien, “je bloquerais les importations”. Ou bien encore, “je rendrais obligatoire le travail pour les chômeurs”. Ou bien aussi, “j’interdirais qu’on expose dans les musées des mecs comme Picasso”. »

Le vigile indifférent.
« Je voulais m’acheter un pull en cachemire dans un grand magasin dont l’entrée principale était gardée par un vigile. Je n’ai jamais été réfractaire à ce dispositif de sécurité, aussi quand le vigile m’a demandé d’ouvrir mon sac, je me suis exécuté avec la meilleure volonté du monde. Mais une fois mon sac grand ouvert le vigile n’a pas pris la peine de regarder à l’intérieur. Il m’a fait un vague signe de la main pour m’inviter à entrer dans le magasin. Au lieu d’obtempérer, je lui ai dit “Pardon, mais vous n’avez pas regardé dans mon sac”. Il m’a d’abord gentiment répondu “Oui, c’est bon monsieur, vous pouvez passer”. J’ai donc insisté, “À quoi ça sert de faire ouvrir les sacs si c’est pour ne pas regarder à l’intérieur ?”. Le vigile a commencé à s’impatienter, ”Allez ça va, vous entrez maintenant”. C’est probablement l’injonction impérative qui m’a fait perdre toute mesure. Je me suis entendu lui répondre “Certainement pas ! Je ne vais jamais entrer dans un magasin que vous, Monsieur, vous surveillez ! Faudrait être dingue ! Ça peut péter d’une minute à l’autre, là ! Moi, je me barre ! Je me barre”. Et je suis parti comme un fou, renonçant à mon pull en cachemire. Plus je m’éloignais du grand magasin plus je sentais monter en moi la culpabilité. Pourquoi avais-je été aussi agressif envers ce pauvre vigile ? »

 

 

Scali Delpeyrat est comédien, auteur et metteur en scène.
Il est un ancien élève du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris.
En parallèle de sa carrière d’acteur, il écrit et met en scène des spectacles et des performances de théâtre, ainsi que des récits.
Avec sa compagnie théâtrale Le bel établissement, il monte et adapte ses textes. Homme de théâtre, mais également de cinéma et de télévision, Scali Delpeyrat est de ces acteurs qui s’invite régulièrement sur nos écrans.
En 2016, il rejoint le casting de la série politique « Baron noir » diffusée sur Canal+. Il tient le rôle de Martin Borde, secrétaire général de la présidence de la République.

« Je ne suis plus inquiet » (2020) est son premier récit littéraire d’auto-fiction publié. Un récit sincère et intime sur sa propre histoire et celle de sa famille.

Adolescence, Émotion, Drame

Les ailes collées

de Sophie de Baere
Broché – 2 février 2022
Édition : J-C Lattès

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« Sa poésie à Paul, c’était Joseph. Et Joseph n’était plus là. »

Suis-je passé à côté de ma vie ?
C’est la question qui éclabousse Paul lorsque, le jour de son mariage, il retrouve Joseph, un ami perdu de vue depuis vingt ans.
Et c’est l’été 1983 qui ressurgit soudain. Celui des débuts flamboyants et des premiers renoncements. Avant que la violence des autres fonde sur lui et bouleverse à jamais son existence et celle des siens.

Roman incandescent sur la complexité et la force des liens filiaux et amoureux, Les ailes collées explore, avec une sensibilité rare, ce qui aurait pu être et ce qui pourrait renaître.

Finaliste Prix Maison de la presse 2022
Sélection Prix du Château de Maffliers 2022
Sélection Prix Françoise Sagan 2022
Sélection Prix des lecteurs Version Fémina 2022
Sélection Prix Orange du Livre 2022

« D’une plume précise, l’auteure interroge la complexité des liens familiaux et amoureux des ados et déploie ses ailes dans ce roman puissant. » Version Femina

« Une langue simple, visuelle, et une justesse sociologique renversante » Le Parisien week-end

« Un roman sensible et délicat sur les sentiments que l’on cache, la violence à l’école, l’indifférence des adultes, le tout servi par une plume incandescente et joliment poétique. » Psychologies Magazine

« Une fresque intime à l’écriture qui touche en plein cœur. » Cosmopolitan

« Véritable explosion d’émotions pour ce troisième roman ! Jonglant habillement avec deux mondes bien différents : les années 80 et 2000, elle explore en profondeur les coulisses et devenirs de nos rêves enfouis de jeunesse. »La Fringale Culturelle

 

Couv_030_De Baere Sophie - Les ailes collées

 

J’ai trouvé ce roman il y a quelques jours dans ma boîte aux lettres sans aucune indication sur l’expéditeur, malgré diverses recherches, impossible de savoir de qui il venait !
Alors merci à cet(te) inconnu(e) pour cette très belle découverte !

Commencé ce matin, il fallait absolument que je le termine avant de me coucher. Il me fallait absolument connaître sa fin…
“Les ailes collées”, fait partie de ces romans poignants et bouleversants… Il a une noirceur rayonnante, et m’a captivé dès les premières phrases. Très vite, j’ai senti que cette histoire allait me toucher, me remuer. Dès lors, il m’était impossible de ne pas vivre, la tristesse et la souffrance ressentie par Paul.

2003.
Paul et Ana vont se marier et s’apprêtent aussi à devenir parents.
Ana veut faire une belle surprise à son futur mari, une surprise qui va replonger Paul vingt ans en arrière, à l’aube de son adolescence.

Été 1983.
Paul est mal dans sa peau. Timide, bègue et mal aimé, un père qui ne le “voit” pas et ne pense qu’à tromper sa femme, une mère qui a tout compris et noie au quotidien sa tristesse dans l’alcool…

… Et puis, il y a Joseph. Il est beau, il est libre, il est aimé de tous.
Dès lors, grâce à sa rencontre avec cet esprit bohème, la vie de Paul va prendre une tout autre direction…

Il y a de la passion dans la plume de Sophie de Baere. Elle griffe, elle écrit avec ses tripes, mais aussi beaucoup d’amour, de poésie et de sensibilité…
Je serai incapable, par mes simples mots, de retranscrire la façon dont Sophie m’a littéralement submergé dans cette histoire qui a beaucoup résonné en moi…

Pages après pages, l’émotion que j’ai ressentie montait, gonflait, alternant entre tristesse et colère.
Paul a subi tant de haine, tant de coups, je n’ai pu que compatir à son sort.
Et encore une fois, c’est la haine qui polluera un bonheur qui ne demandait qu’à s’épanouir.
Impossible de vous en dire plus sans trahir le récit.

Je me suis senti fragile à la fin de ma lecture, arrivée finalement beaucoup trop tôt.
On ne ressort pas entier d’un tel récit, d’une telle écriture…

“Les ailes collées” est le troisième roman de Sophie, après “La dérobée” et “Les corps conjugaux”. Ma curiosité, me pousse tout naturellement à la connaître un peu mieux, à la découvrir un peu plus…

Un nouveau coup de cœur pour ce roman qui m’a fait retourner au cœur de mon adolescence…
Merci Sophie !

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Extraits :

« Avant Joseph et aussi loin qu’il s’en souvienne, Paul n’avait jamais eu de véritable ami. À la maternelle, tout se passait plutôt bien avec ses camarades, mais les choses s’étaient corsées à son entrée en primaire.
Un être à part. Voilà ce que ses problèmes d’élocution avaient peu à peu fait de lui. Personne ou presque ne voulait jouer avec le bègue. Ni le groupe qui s’amusait à poules-renard-vipères, ni le clan des billes, ni les filles des cordes à sauter. Les autres enfants n’étaient pas méchants avec lui, on ne pouvait pas dire ça. Ils refusaient simplement de l’intégrer à leurs jeux. Même avec les billes neuves et la corde à sauter fluorescente que lui avait achetées la mère. »

« Dorénavant, la pauvre femme traînait le plus souvent en vieux tee-shirt informe et en caleçon au noir délavé. Même le Shalimar qui collait à sa peau et à ses cheveux avait disparu. Charles appelait ça être en bannette, mais cette bannette, pour Paul, c’était le signe que la mère avait rendu les armes. »

« Allongé sur son lit, le garçon expirait est inspirait. Fort. Longtemps. En élargissant ses poumons puis en les rétractant d’un coup, il tentait d’extirper les mauvaises pensées, d’oublier ce grand trou dans l’estomac. Cette douleur qui crochetait sa voix et bousculait ses pauvres mots. »

« Le soir trembla, la lune devint rouge. Paul n’était plus qu’un mélange de sable et d’eau.
Il fallait absolument qu’il se ressaisisse, alors, sans rien dire à ses parents, le garçon commanda une Heineken au comptoir. Il l’a bu derrière la sono, à quelques centimètres de la grosse enceinte. Il comptait sur la bière et la pluie de décibels pour s’étourdir et fragmenter sa peur.

 

 

Sophie de Baere est diplômée en lettres et en philosophie. Après avoir vécue à Reims puis à Sydney, elle s’est installée comme enseignante près de Nice. Elle est également auteure, compositrice et interprète de chansons françaises. Elle a publié en 2018 son premier roman, “La Dérobée” puis “Les Corps conjugaux”, récit d’un amour fou et bouleversant, paru aux éditions JC Lattès en 2020.

Adolescence, Drame, Suspense, Thriller

La quatrième feuille

de Christophe Royer
Poche – 17 mars 2022
Éditeur : Taurnada éditions

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Aujourd’hui, Sophie a tout pour être heureuse : un mari aimant, une famille attentionnée, une amie fidèle, un travail qu’elle adore et une belle maison sur les rives du lac d’Annecy. Pourtant, à la veille de sa première exposition photo, plusieurs faits troublants vont faire ressurgir des événements tragiques de son passé… Un flic détruit par sa première affaire, une bande de copines inséparables, un amour toxique… Et si le cauchemar recommençait ? Un thriller glaçant inspiré de faits réels.

 

2022_020_Royer Christophe - La quatrième feuille

 

C’est le second roman de Christophe Royer que je lis, et c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé sa plume aiguisée.
On apprend à la fin du roman que c’est un fait réel qui a inspiré Christophe !
Ça fait froid dans le dos…

Le texte est divisé en quatre parties et ce n’est pas un hasard.
Quatre feuilles, quatre amies… Mais sont-elles toutes des amies ?

Bienvenus dans ce thriller psychologique très efficace, qui raconte une histoire d’amitié qui va très mal se terminer.

Sophie et Carole préparent une exposition de photos, entre stress et excitation, elles se donnent à fond pour la réussite du projet. Plus la date approche, plus Sophie est excitée, mais en même temps elle se sent observée chez elle, ses chats qui ne répondent plus à l’appel du repas, et pour finir Carole qui est agressée par un inconnu, dans le local où doit avoir lieu l’exposition, et il finit par y mettre le feu en espérant peut-être se débarrasser de celle-ci…
Lorsque Sophie apprend ce qui est arrivé à son amie, elle se sent complètement perdue…

Flashback, quelques années plus tôt.
Sophie, Carole et Béatrice sont toutes les trois dans un lycée à Annecy. Elles sont les meilleures amies du monde. Très vite, elles se donnent un nom, “drôles de dames” ou “DDD”.
Carole et Béatrice permettent à Sophie de contrebalancer son vécu chez elle, où les rapports sont très compliqués, voire violents entre son père et Franck, son frère cadet. Sa petite sœur, elle, l’évite le plus possible, par peur de ses réactions.

Entre les amies, c’est à la vie, à la mort.
Puis un jour Maud entre dans le groupe qui devient “DDDD”.
Assez rapidement, Maud montre des comportements parfois étranges. Elle préfère s’isoler avec Sophie, fait en sorte de diviser le “Groupe”. Le trio va décider de s’éloigner progressivement de Maud.
Alors, lorsque qu’elle se rend compte qu’elle est évincée, elle…

Je ne dirai rien de plus pour ne pas gâcher votre plaisir. Christophe Royer nous a concocté un “petit” bijou, et il serait dommage de passer à côté. Chaque petit détail a son importance, jusqu’au dénouement final !

Un thriller glaçant et captivant que j’ai adoré.
Harcèlement, jalousie, manipulation… L’écriture est fluide, percutante, et très visuelle, pour ce page-turner lu d’une traite, avec ses chapitres courts et ses rebondissements qui s’enchaînent les uns après les autres !

Je remercie encore une fois, les éditions Taurnada pour leur confiance, et de m’avoir permis la lecture ce nouveau roman rempli d’émotions.

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Extraits :

« La pièce, insalubre, qui avait dû un jour être qualifiée de cuisine, empestait le moisi. Les murs étaient défraîchis est fissurés par endroits. Des carreaux en faïence encadraient un évier recouvert d’une épaisse couche de graisse ocre et noir. Au centre, une table en Formica sur laquelle étaient étalées de nombreuses feuilles manuscrites. Sur toutes, la même calligraphie, ronde et enfantine. C’était l’écriture de celle qui se tenait assise, la tête entre les mains. »

« Le week-end suivant, Sophie inventa une excuse pour ne pas voir Maud. À la place, elle fixe un rendez-vous à Béatrice et Carole dans un café ou elle leur raconta tout.
Carole et Béatrice n’étaient pas en colère contre Sophie, au contraire, elles étaient soulagées. Elles avaient compris depuis longtemps le manège de Maud et avaient déploré et l’attitude trop bienveillante de Sophie malgré leurs tentatives répétées pour lui ouvrir les yeux sur cette relation nocives. »

« L’officiant s’entretint une dernière fois avec les parents de “Xxxxx” avant de se rendre derrière le pupitre.
Son discours d’ouverture fut ultra-classique, mais plutôt bien tourné, reprenant quelques éléments de la vie de “Xxxxx” avant de laisser la place aux premières notes de guitare de Jeff Buckley avec le morceau Hallelujah. C’était toujours étonnant de constater la puissance d’une mélodie, d’une fois, d’un instrument. La musique avait cette faculté incroyable à pouvoir transcender les émotions et les souvenirs. »

 

 

Christophe Royer est né en 1971 au Creusot, en Bourgogne. Après l’obtention de son doctorat en biologie animale, il change de cap pour préparer un master d’informatique, sa deuxième passion, à l’INSA de Lyon. Aujourd’hui, chef de projet, il vit à Saint Vallier avec sa femme et leur fils.

Le « Projet Sapience » est né il y a 25 ans. Après une longue gestation, il prit la forme d’un dossier pour un jeu vidéo qui a été proposé à plusieurs éditeurs. Aucun n’a répondu, mais étrangement, deux années plus tard, un jeu reprenant les principes de base du dossier sortait. Par la suite, le scénario issu du jeu est resté dans un placard durant de longues années. En 2014, Christophe décide de reprendre l’idée originale et se lance dans l’écriture d’un roman d’anticipation, où l’aventure est omniprésente sur fond d’intrigues.

En 2016, sortie de la première partie « L’arche » qui va nous amener à quitter la Terre pour la mystérieuse planète Sapience. Un long voyage durant lequel un groupe hétéroclite de personnages devront s’unir pour faire face à une succession d’événements inquiétants.

En 2017, sortie de la suite et fin de cette aventure avec « Hostile ». Parvenus à la surface de Sapience, ils devront poursuivre leurs investigations tout en implantant au mieux la nouvelle colonie et en faisant connaissance avec les habitants. Riche programme…

En 2018, L’auteur change d’univers et revient sur Terre avec un thriller addictif qui se déroule entre Paris et Montceau-les-Mines. Nous suivons les aventures d’une jeune capitaine travaillant à la Brigade de Répression du Proxénétisme. D’abord proposé en auto-édition, il va ressortir le 12 septembre 2019 aux éditions Taurnada.

Adolescence, Romance

un jour ce sera vide

de Hugo Lindenberg
Broché – 20 août 2020
Éditeur : ‎Christian Bourgeois

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C’est un été en Normandie. Le narrateur est encore dans cet état de l’enfance où tout se vit intensément, où l’on ne sait pas très bien qui l’on est, où une invasion de fourmis équivaut à la déclaration d’une guerre qu’il faudra mener de toutes ses forces. Un jour, il rencontre un autre garçon sur la plage, Baptiste. Se noue entre eux une amitié d’autant plus forte qu’elle se fonde sur un déséquilibre : Baptiste a des parents parfaits, habite dans une maison parfaite. Sa famille est l’image d’un bonheur que le narrateur cherche partout, mais qui se refuse à lui.

Flanqué d’une grand-mère à l’accent prononcé, et d’une tante « monstrueuse », notre narrateur rêve, imagine, se raconte des histoires, tente de surpasser la honte sociale et familiale qui le saisit face à son nouvel ami. Il entre dans une zone trouble où le sentiment d’appartenance est ambigu : vers où va, finalement, sa loyauté ?

Ecrit dans une langue ciselée et très sensible, Un jour ce sera vide est un roman fait de silences et de scènes lumineuses qu’on quitte avec la mélancolie des fins de vacances. Hugo Lindenberg y explore les sentiments, bons comme mauvais, qui traversent toute famille, et le poids des traumatismes de l’Histoire.

 

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Un roman poignant à l’écriture belle et agréable, mais…
Et oui, il y a un mais !

“un jour ce sera vide”, est l’histoire d’un jeune garçon.
Il a 10 ans, il vit chez sa grand-mère en bord de mer et “subit” les visites régulières de sa tante. Ses journées sont monotones et s’écoulent hors du temps. Il marche ainsi invisible le long de la plage, occupe ses journées comme il peut… Il regarde les nuages, traque les fourmis…
Un jour, alors qu’il contemplait des méduses, il fait la connaissance de Baptiste qui très vite va devenir un modèle et surtout son meilleur ami… D’ailleurs, c’est son seul ami.
Baptiste est parfait. Il a tout. Une famille aisée, une jolie maman, une belle maison, mais surtout, il a sa propre chambre ! Et ce qui ne gâte rien, il est beau.

Commencera alors pour lui, une nouvelle façon de percevoir les choses, l’arrivée des premiers émois aussi. Baptiste va le mener dans un monde où tout n’est pas sombre, où il y a de la vie et des rires… Le monde extérieur l’attire, mais la peur et le doute l’empêchent d’aller de l’avant.

Ce roman retrace le parcours intérieur, très sombre, d’un garçon juif ayant régulièrement honte de sa famille. Très vite j’ai ressenti le malaise de son quotidien, sa souffrance même. Pour protéger le jeune orphelin, sa famille meurtrie par la Shoah, l’isole, enfermé dans un monde de silences et de non-dits où tout tourne en boucle, constament dans son esprit.

L’écriture est belle et agréable, mais…
On en revient au “mais”.

J’ai eu du mal à me projeter dans l’esprit du garçon. À 10 ans, il pense comme un adulte.
Trop réfléchi pour moi, dans ses tournures de phrases et dans ses réflexions aussi ! Cela m’a un peu embêté je l’avoue.
L’intrigue ne m’a pas captivée non plus, et le final un peu brusque a failli me faire trébucher ! (Je sais, je sais, je ne devrais pas lire en marchant !)
Mais, je me dois de souligner quand même, un sacré niveau d’écriture avec beaucoup de sensibilité et de mélancolie.
Style fluide, chapitres courts, Hugo Lindenberg arrête parfois le temps, le fige nous proposant des images, des détails qui m’ont fait remonter plusieurs souvenirs personnels.

C’est vrai je n’ai pas été emporté par ce roman original, mais les mots… les mots sont là.
Forts, justes, pointus qui appuient là où ça fait mal.
Un premier roman qui interpelle…

N’hésitez pas à vous faire votre opinion !

Dit Hugo,
Pourquoi n’y a-t-il pas de majuscule dans le titre ?
Je me triture les méninges et je ne vois pas…

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Extraits :

« “Tu vas t’esquinter la vue à lire tout le temps. Va à l’eau comme les autres.” Je me demande de quels autres elle parle. »

« Petit-déjeuner, se laver, s’habiller, déjeuner, dîner, se baigner, se déshabiller, se coucher. Notre vie est une symphonie de robinets qui coulent, de chasses tirées, de bains vidés, de vaisselle lavée, de linge essoré. Et pour se divertir de ce déluge : la mer. »

« Je dois toujours bien penser à mettre une intention de garçon, de ce que j’imagine être un garçon, dans chaque phrase, chaque geste chaque idée, parce que je vis dans la peur d’être démasqué et cette peur est d’autant plus difficile à maîtriser que je n’ai aucune idée grossière de ce que je dois dire, faire ou penser un vrai garçon. »

« Les voisines de ma grand-mère sont immortelles. Celle de Paris est tellement âgée qu’elle a un accent qui vient non pas de l’étranger, mais du passé. »

 

Hugo Lindenberg est le fils de l’historien, essayiste et journaliste Daniel Lindenberg.

Il est diplômé en 2001 d’une maitrise de droit public à l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne, puis d’un master de journalisme de l’ESJ Lille en 2005. Il devient alors journaliste de presse écrite pour divers magazines, notamment Ça m’intéresse et Les Inrocks.

En 2012, il participe au lancement du magazine Neon. L’année suivante, il devient rédacteur en chef adjoint du magazine Stylist. Il est également rédacteur en chef de Machin Chose, un magazine masculin gratuit à partir de 2017. Il exerce ses fonctions jusqu’en 2018. Depuis 2019, il est journaliste indépendant.

Il publie son premier roman “un jour ce sera vide” aux Christian Bourgois éditeur en 2020 qui reçoit le prix du Livre Inter en juin 2021.

Adolescence, Émotion, Histoire vraie

Enfermé depuis tout petit

de Marry Yohson
Broché – 22 janvier 2021
Éditeur : Librinova

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Le plus beau cadeau dans la vie d’une femme est de devenir maman. La naissance d’un enfant reste un moment inoubliable. Mais Carole et son bébé vivent dans un cadre familial destructeur ; elle se promet alors de toujours protéger son petit Julien. Peu à peu, ce fils tant aimé va perdre pieds face à un monde hostile à ses yeux. Et malgré l’amour de sa mère, il se sent seul et incompris, meurtri par une vie qui ne veut pas de lui. Son existence aura été un combat de tous les jours contre cette société qu’il ne comprend pas et qui l’abandonne, lui qui est resté « enfermé depuis tout petit ». Cette histoire bouleversante est la sienne.

 

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Je viens de terminer à l’instant ce récit bouleversant, l’histoire de cette femme, le destin de cette maman… Et je suis en colère !

En colère, car malgré le combat qu’elle a mené pendant vingt-huit ans pour son enfant malade, elle n’a jamais trouvé l’appui médical dont elle avait besoin.
En colère, parce que malgré son courage, c’est l’incompétence des “autres” qui à chaque fois diriger sa vie vers un sens qui n’était malheureusement pas le bon.
En colère, car malgré tout le soutien familial (heureusement…) qui guidait Julien, rien n’a été fait pour l’écouter et le sauver…
J’ai dû retenir plusieurs fois mes larmes, mais j’ai craqué.
Une enquête reste à ce jour en cours. À suivre…

« Enfermé depuis tout petit » est le témoignage d’une maman “perdue” dans le monde des maladies psychologiques, que nous raconte Marry Yohson.
Avec des mots simples, directs, l’auteure décrit la vie de cette mère et  de son fils dans leur monde où la violence et l’amour n’ont de cesse de se confronter.
Un jour, Julien ne pourra plus faire de différences entre le bien et le mal !

Dès le début, j’ai été pris par le récit.
Celui d’une jeune femme qui épouse un homme violent, très violent. Elle tombe enceinte. Elle pense que le bébé permettra un changement dans sa vie, mais rien ni fera. Les coups continuent, même sur son ventre rond. Dès sa naissance le bébé devra se faire opérer, en effet, il est né avec une malformation au pied et devra subir de nombreuses opérations. Pendant ce temps, le père, lui, est toujours aussi violent. L’enfant affecté par les coups qui pleuvent sur sa mère et sur lui n’aura jamais “repère” familial.
Julien grandit et les chemins qu’il prendra ne lui correspondent plus…
Quels sont ces démons qui l’empêchent d’aller vers l’avant ?
D’où vient ce mal-être constant ?

“C’est quoi être gentil maman… ?”

C’est poignant, prenant, douloureux mais surtout rempli d’amour. D’un amour infini d’une mère envers son fils.
Je suis bouleversé par le destin de cette maman et de son enfant et je n’imagine que très difficilement, l’état de désespoir et de fatigue quotidienne pour eux et pour leurs proches.

Alors, comme indiqué plus haut…
Je suis en colère !

On ne peut pas passer à côté de cette lecture sans réactions.
En espérant… qu’une large diffusion puisse faire changer les choses !
Je recommande…

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Extraits :

« Comment accepter que certains naissent avec toutes les chances d’être heureux et d’autres avec tant de souffrances ? Une question à laquelle personne ne peut répondre. Est-ce une question d’argent, de santé ou de chance ?
La vie est un parcours, un concours de circonstances. Certains disent « c’est ma destinée, nous avons tous un chemin tracé ».
Si nous n’avions pas rencontré cette personne, si nous n’avions pas eu cette maladie, nous n’aurions pas eu toutes ces difficultés. On pense alors que, lorsque tout va mal, on a fait des erreurs de choix, d’éducation ou dans nos relations. Mais, est-ce bien là le réel problème ? »

« L’alcool et la violence psychologique sont de plus en plus présents au sein du foyer. Quelques assiettes volent comme des oiseaux aux ailes abîmées qui finissent leur parcours fracassées contre les murs. Cette petite antenne de télévision, pourtant si pratique pour capter les émissions dans ce froid pays, elle aussi voltige ; mais là, les murs ne sont pas abîmés, c’est son crâne meurtri, rougi par le sang, qui le sera. »

« – C’est quoi être gentil maman… ?
À force d’insister sur le fait que son fils a un problème, un juge accepte qu’une expertise psychiatrique soit faite. Elle est réalisée au sein même de la vieille maison d’arrêt.
Les conclusions du grand spécialiste resteront dans un dossier bien ficelé, à l’abri de tout regard pendant quelques temps, des années.
Certes, une première avancée, mais qui ne sert à rien sauf à faire preuve d’un peu de gratitude face à une maman qui crie son désarroi. »

 

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Auteure et spectatrice de sa propre vie, Marry Yohson est née en 1962 dans une très jolie ville située à l’ouest de la France.

Après des études universitaires en Administration Économique et Sociale, elle devient professeure. Elle est également passionnée d’art et a réalisé de nombreux tableaux.

Ce récit de vie est son premier livre. Un second est en cours d’écriture. Il dévoilera le secret de Julien et les lecteurs apprendront le dénouement judiciaire de cette terrible affaire.

Adolescence, Émotion, Drame

Un long chemin depuis la rivière des crevettes

de Thierry Essengue
Broché – 23 août 2018
Éditeur : Éditions de l’Onde

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Pascal, un jeune métis, abandonné par sa mère à sept ans va vivre un incroyable destin. D’abord un long combat engagé dans cette vie façonnée par deux cultures, depuis une enfance bercée par les moeurs de l’Afrique jusqu’à une maturité forgée par une forte résilience. Avec authenticité, poésie et émotion, l’auteur nous conte une histoire faite de rencontres extraordinaires, de situations cocasses, épiques ou dramatiques. Un magnifique voyage, par ailleurs enrichi de références historiques, culturelles et géographiques sur le Cameroun qui donnent un accent insolite à ce roman, en redistribuant la loi romanesque du genre et lui donnant une singularité profonde.

 

2021_083_Essengue Thierry - Un long chemin depuis la rivière des crevettes

 

Après la lecture de son premier roman “Pour l’amour de mon petit bout”, que m’avait envoyé Thierry Essengue, il me tardait de lire celui-ci…

C’est une très belle surprise !

“Un long chemin depuis la rivière des crevettes”, c’est la vie de Pascal, jeune métis très tôt abandonné par sa mère qui part avec son frère et sa sœur, obligé de vivre avec un père “qui ne le voit pas” et qui est très dur avec lui.
Réveils à coup de seau d’eau dans le lit, obligations de se débrouiller dans son quotidien, pour aller à l’école (20 km par jour), pour manger aussi. Pascal doit régulièrement cirer les chaussures de son père s’il veut un gagner un peu d’argent, laver tous les samedis la voiture familiale… Pascal à une vie triste et solitaire. Il a très peu d’amis. Très vite il se forge un caractère pour ne pas se faire avoir et va ainsi décider de sa propre vie, en prenant tous les risques.

Il veut savoir pourquoi sa mère l’a abandonné. Pourquoi elle ne lui écrit jamais. Pourquoi il n’a jamais de nouvelles de son frère ni de sa sœur. Pourquoi son père ne l’aime pas…
Quel est donc ce secret qui tourne autour de lui et l’empêche de vivre une vie sereine ?

Malgré la dureté du sujet, c’est un magnifique voyage que j’ai fait au Cameroun, pays que je connaissais fort peu.
La vie des gens, leurs cultures, la religion, la nature aussi, omniprésente. Un voyage extraordinaire avec une famille attachante, de plus en plus nombreuse avec tout un tas de rebondissements !

J’ai aussi beaucoup aimé les références historiques et culturelles disséminées tout le long de la lecture, qui m’ont appris énormément de choses.

Petit “bémol” par contre sur la forme.
Le texte est très beau et j’avais l’impression régulièrement d’avoir changé de pays, mais il y a beaucoup de “coquilles”, fautes d’orthographes, doubles espaces, etc… C’est dommage.
Peut-être qu’un nouvel éditeur pourrait travailler sur ce sujet ?

Un incroyable destin qui m’a fait passer par tout un tas d’émotions. C’est très poétique aussi. Un livre qui mérite vraiment d’être lu par tous ceux qui aime la vie, un message d’amour qui mérite d’avoir une nouvelle vie…

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Extraits :

« Je peux commencer cette lettre par cher père, mais non, ce sera Monsieur, car pour moi tu n’as jamais été autre chose qu’un étranger dont je porte le nom. À l’âge de 7 ans, je me retrouve seul avec un homme que j’appelle « mon père ». Pendant 12 ans, tu ne m’as jamais montré des signes qui m’auraient permis de confirmer cette filiation dans mon esprit et dans mon cœur. »

« – Maman, maman, t’es où ? J’ai quelque chose à te dire !
Aucune réponse, nous cherchons dans toutes les pièces, personne. Il n’y a vraiment personne, ni mon frère, ni ma sœur, ni mon père.
– Écoute, mon petit Pascal, va jouer dans ta chambre, je vais te préparer à manger. Ils vont peut-être arriver entre-temps.
Après le repas, je ne vois personne, je ne comprends pas. C’est alors que mon père arrive et tantine Sophie nous dit au revoir. Après son départ, mon père me prend dans ses bras et me dit :
– Tu sais mon fils, ta mère est partie avec ton frère et ta sœur, sans toi.
Cette explication simple ne veux rien me dire de concret dans l’immédiat, d’autant plus que mon père ne me donne pas d’autres explications. »

« Je vais comprendre que dans la vie, il n’y a pas que des méchants. Il y a aussi des gentils. Cette idée va me permettre au fil du temps, de développer un optimisme à toute épreuve est un espoir dans toutes les difficultés. Je crois aussi, qu’il y’a de la part de Samuel, un peu de pitié, de compassion et d’empathie. Cet homme souffre de ne pas avoir eu du fils et voilà que je suis près de lui, je prends ce rôle de façon involontaire. J’aurais donné ma vie pour retrouver ma mère et Samuel me donne l’impression d’être prêt à tout, pour atténuer ma peine. »

 

 

Thierry ESSENGUE est passionné de poésie et d’écriture depuis son adolescence. À travers les mots, il traduit sa sensibilité, aime faire ressortir les valeurs et les richesses de belles rencontres.
Aussi, celles des relations humaines du quotidien et la pudique expression de la sensualité. C’est pourquoi l’écriture – et surtout les mots, comme l’amour, l’amitié – fait partie des plus belles expressions de la vie qui ont cette magie. Cela nous aide à nous évader ou à nous transporter.
Il vit à Vaires-sur-Marne, et est responsable technique dans la maintenance du patrimoine des investisseurs.

Adolescence, Drame

L’enfant parfaite

de Vanessa Bamberger
Broché – Livre grand format, 14 janvier 2021
Éditeur : Liana Levi

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Le syndrome de l’enfant parfait ? Roxane a intégré depuis toujours les exigences de ses parents. L’excellence et la performance lui sont des impératifs naturels. Pourtant, depuis la rentrée en classe de première, rien ne va plus, ni les notes, ni l’amitié, ni les amours, ni l’apparence physique. Pour soigner l’acné qui enflamme son visage, elle n’a d’autre recours que de solliciter un ancien ami de son père, François, devenu médecin. Avec son verbe franc, direct, slamé, elle raconte la pression scolaire, la perte de confiance en soi, la peur de décrocher et l’incompréhension des adultes. Autour d’elle, personne ne voit venir le drame. De ce qui est arrivé à Roxane, François devra répondre.
Avec une écriture intense, Vanessa Bamberger raconte l’adolescence et notre époque.

 

2021_078_Vanessa Bamberger - L'enfant parfaite

 

Ce roman de Vanessa Bamberger, auteure que je découvre, est un roman très contemporain, mais c’est surtout un roman choc !

Choc au niveau de son écriture, choc pour le final, même si l’auteure le dévoile assez vite, choc de l’adolescence, choc des parents de plus en plus perdus envers un monde qui va de plus en plus vite, choc aussi de la vie qui nous en demande à chaque fois plus… Si la pression sur les jeunes n’est pas nouvelle, il semblerait bien que le rouleau compresseur soit passé dernièrement à un cran au-dessus.

C’est une histoire d’adolescence, cette période trouble, cet âge de tous les dangers, où Roxane doit être la meilleur, elle n’a pas le choix.
Fille d’un cadre supérieur et d’une musicienne, elle absorbe depuis sa naissance les exigences de ses deux parents, être la première. Partout. Dans toutes les disciplines, afin d’obtenir une place en classe préparatoire dans l’un des meilleurs lycée parisien en première scientifique. Rythme exigeant, pression des notes. Roxanne trouvera dans le rap, le slam et la musique un écho à son mal-être que personne autour d’elle ne semble déceler.

Elle est si seule Roxanne avec son parcours instable au rythme des alliances amoureuses et amicales. Puis il y aura cette acné, qui arrive soudain, lui pourrissant la vie et faisant tout basculer.

Il n’y a aucun temps mort dans ce récit qui alterne entre deux personnages, Roxane, de sa rentrée en 2017, jusqu’en janvier 2018 et François, en 2019, jusqu’à un point critique qui va malheureusement faire entrer en collision leurs deux destins.

J’avoue avoir eu du mal à entrer dans l’écriture de Vanessa.
J’ai eut un long moment l’impression que le livre avait été écrit par deux personnes. La narration de François, classique et d’une bonne qualité d’écriture et celle de Roxanne, qui m’a gênée et même horripilée à plusieurs reprises. Mais j’ai poursuivi…
La forme ne me convenait décidément pas, mais le fond était là, présent, oppressant. Je voulais à tout pris connaitre la fin du récit !

Et soudain, au milieu du roman…
Une lumière ! Je venais de comprendre.

J’étais complètement passé à coté de la narration de Roxanne. Il m’a fallu essayer de retrouver mon âme d’adolescent pour me rendre compte à quel point Vanessa s’était jouée de nous, les lecteurs, puisque cette dernière avait “décliné” son texte en slam tout en rimes, comme le font les rappeurs et j’étais passé à coté !
J’imagine très difficilement le temps qu’il lui a fallu pour écrire ces parties là.

À partir de ce moment, ma lecture a changé, même si j’ai eu encore parfois du mal avec certaines formes de langage, malgré un petit lexique qui permet à ceux qui ont mon âge (et oui, je n’ai plus vingt ans…) de s’accrocher au “nouveau présent” !

La fin, très émouvante, a permis de me retrouver… à la fois triste et songeur…

Une lecture, du coup, un peu inégale pour moi, même si le récit m’a complètement transporté.
Un livre à relire, peut-être, ultérieurement, mais les passages de Roxanne devront être lus à voix haute, afin qu’ils retrouvent la puissance voulue par Vanessa, à la manière d’une œuvre musicale !

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Extraits :

« Je n’ai pas bien dormi cette nuit. Ma mère l’avait prédit. Je n’ai jamais bien dormi de ma vie, alors la veille d’une rentrée scolaire à Sully, imaginez le souci. Quand je me suis réveillée, elle était déjà partie. Mélanie, c’est parfois plus simple de l’appeler ainsi, Mélanie, ma furie ma mélodie, elle est altiste. Vous ne savez pas ce que c’est ? Normal, personne ne le sait au lycée. Personne n’est intéressé, la musique classique c’est mort. Un parent concertiste égale un passeport pour la recale sociale. »

« Devant moi, Ferdinand lève la main pour poser une question. Intimidé, il se met à bégayer. Chareau écarquille les yeux pour bien montrer sa surprise, et son agacement. Elle l’arrête. Attendez, je ne comprends rien à ce que vous racontez, il faut vous calmer ! Après ça Ferdinand ne dis plus rien. Sur la feuille la prof a imprimé un cours succinct, une poignée de formules, et maintenant elle se lance dans une démonstration bon train. À la fin de l’heure elle nous donne une liste d’exercices à faire pour le lendemain. Il y en a pour trois heures au moins. On se regarde, affolés. On ne sait pas très bien si on doit rire ou pleurer. Ferdi place son index sur sa tempe pour signifier que cette prof-là est donc, tout comme Perrier, complètement fêlée, puis rejette sa tête en arrière et éjecte sa main. Il fait mine de se flinguer. »

« C’est qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour faire prof. En réalité, il faut être taré. Insultés agressés mal payés, mal considérés maltraités mal encadrés, pas formés rudoyés bousculés. Les profs entrent en classe avec leur mine pitoyable de boucs émissaires de l’Éducation nationale, chargés de nous faire ingurgiter dans l’année des programmes de plus en plus lourds, de plus en plus techniques, sous format numérique. Dire que la plupart sont complètement nuls en informatique ! Du coup, ce qu’ils ont à faire, ils le font n’importe comment, en mode totalitaire. »

 

 

Vanessa Bamberger est romancière. Après des études à Sciences Po Paris, elle a vécu plusieurs années à Londres et à New-York. Elle est aujourd’hui journaliste à Paris.

Alors que ses trois premiers manuscrits sont restés lettres mortes, elle vient d’enchaîner trois romans un tous les deux ans, aux éditions Liana Levi.

Au cours de l’écriture de Principe et suspension, son premier roman, elle a rencontré des dirigeants de PME et visité plusieurs sites de production en France.

Après Principe de suspension (2017, et Piccolo, 2019) et Alto Braco (2019, et Piccolo, 2020), qui a reçu cinq prix littéraires, elle signe un troisième livre remarquable.