de Gérard Papier-Wagner
Broché – 10 mai 2026
Éditeur : Auto-édition

Paul découvre peu à peu qu’il est mort et réincarné en chat. Sa pleine conscience de soi et la mémoire presque intacte de son existence antérieure font de cet ancien journaliste un observateur privilégié de la société, ce d’autant qu’il bénéficie des exceptionnelles capacités physiques et sensorielles des chats.
Doit-il se réjouir de cette situation ou regretter de ne pas être mort, simplement ?

Une nouvelle fois, Gérard Papier-Wagner m’a fait le plaisir de me confier son dernier roman, et je tiens à le remercier sincèrement pour cette nouvelle invitation à découvrir son univers.
Avec C’est moi qui raconte, j’ai été surpris dès les premières pages par le choix audacieux de l’auteur. Gérard prend un chemin différent de ceux qu’il m’avait proposés jusqu’à présent et délaisse ses “frontières habituelles” pour nous offrir une histoire profondément humaine, pleine d’émotions et de réflexions.
J’ai suivi Paul, journaliste à Ouest-France, qui se réveille un jour dans le corps d’un chat nommé Nuage. Mais ce qui aurait pu être une simple métamorphose devient rapidement une aventure singulière lorsqu’il découvre qu’il va être adopté par Maude, son ancienne compagne. À partir de cet instant, le récit prend une dimension totalement différente, entre tendresse, humour et questionnements philosophiques. Je me suis immédiatement attaché à ces personnages aussi surprenants qu’authentiques : Paul, Maude, Sophie, Charles… Chacun possède sa propre histoire, ses blessures, ses contradictions et cette part d’humanité qui rend leurs parcours profondément crédibles.
Mais au centre de tout, il y a Nuage. Un chat pas vraiment comme les autres… Car derrière ses yeux de félin se cache toujours l’esprit de Paul. Alors il tente de vivre cette nouvelle existence sans jamais révéler son secret, même si certaines situations deviennent franchement étonnantes ! Comment ne pas sourire devant ce chat qui utilise les toilettes et tire la chasse, ou qui développe une passion inattendue pour les échecs en déplaçant les pièces sous le regard médusé de son ancien adversaire préféré ? Et que dire de cette scène où il intervient pour sauver une jeune femme attaquée en pleine rue, en griffant violemment son agresseur ?
Nuage est drôle, attachant, parfois déroutant, mais surtout terriblement humain.
J’ai aimé la façon dont Gérard glisse progressivement des réflexions sur l’existence, l’amour, la mémoire, les choix de vie et ce qui définit réellement notre identité. Derrière cette histoire originale se cache une profonde interrogation. Sommes-nous uniquement ce que les autres voient de nous, ou existe-t-il une part de nous-même qui dépasse notre apparence ?
Cette construction particulière pourra peut-être surprendre les lecteurs habitués à l’univers précédent de Gérard, mais pour ma part, j’ai trouvé ce changement de direction totalement réussi. Il faut parfois accepter de se laisser surprendre par un auteur, et c’est justement ce que j’attends d’une lecture, être bousculé, émerveillé, questionné. “C’est moi qui raconte” est devenu pour moi un roman à part, une parenthèse littéraire pleine de douceur, d’humour et d’émotion. Une histoire qui parle finalement autant des chats que des humains, de nos failles, de nos regrets, mais aussi de notre capacité à aimer et à renaître autrement.
J’ai refermé ce livre avec le sourire, mais aussi avec cette sensation d’avoir vécu un voyage différent.
Merci Gérard, pour m’avoir permis de regarder le monde, l’espace d’un instant, à travers les yeux d’un chat.
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Extraits :
« Pour lui s’écoulèrent d’abord les jours sans autres repères que ses nécessités vitales, jusqu’à ce que des réminiscences et des indices ne lui fissent comprendre avec stupeur, qu’il était mort et réincarné en chat. »
« Passée sa frayeur, Paul niché dans le blouson de sa bienfaitrice le temps du trajet reconnut le parfum très spécial de Sophie sans encore bien en saisir les implications. Mais une fois dans son appartement, se vit-il aussitôt assailli de souvenirs par bribes jusqu’à ce qu’émargeât un tout cohérent. Ceci découlait du paradoxe de son état, où son esprit fort de ses facultés intactes s’était réincarné dans le corps d’un chat nouveau-né, dont l’instinct de survie prima les premiers temps toute autre fonction cérébrale. A présent âgé de neuf semaines le chaton Nuage possédait une maturité suffisante pour que l’électrochoc de l’agression associât ses capacités cognitives à l’intellect de Paul conservant en mémoire sa vie antérieure. »
« Elle ne s’attarda pas, mais sur le chemin du retour, se prit à penser au réconfort de la compagnie d’un chaton. Aussi le lendemain soir installa-t-elle Nuage au rez-de-chaussée doté d’une petite cuisine et d’un WC, où elle mit son bac à litière.
Dans la grande pièce attenante, un plaid plié en quatre sur le vieux fauteuil devrait d’autant mieux plaire au nouvel occupant, que de là il pourrait observer les moineaux et pigeons du jardin. »
« Paul captif de Nuage se voyait le chroniqueur muet d’une histoire dont il se repassait le film en boucle lors de ses interminables demi-sommeils de félin bien au chaud. Comment, dans cette équivoque, ne pas mélanger le réel et le rêve, ou parfois le cauchemar ? Il lui arrivait de se voir face à un tribunal mettant en cause Maude, Charles et les autres.
— Qui êtes-vous ? demandait le juge, sourcil froncé.
— Je m’appelle Paul et je suis réincarné en chat.
— Les âmes, par nature immortelles puisqu’immatérielles, n’ont pourtant pas vocation à se souvenir. Que la vôtre garde la conscience d’elle-même est suspect. Seriez-vous maudit ?
— Demandez à Dieu. »
« — Prouve-moi que je n’ai pas rêvé, lança-t-il à Nuage ayant sauté sur le guéridon. Commence la partie.
D’un air négligent le chat poussa un pion blanc, Vincent un pion noir, et ainsi de suite quatre fois de manière cohérente, bien que Paul se fût juré de ne pas se laisser reprendre au jeu.
— Merci de me prouver que je ne suis pas encore gâteux.
Sois tranquille, je ne dirai rien à Maude, elle s’inquièterait. »
……………………………
Né en 1941 à Paris, diplômé architecte en 1966, Gérard Papier-Wagner a exercé en tant qu’urbaniste-architecte à Pointe-Noire en République du Congo, puis à Batna dans les Aurès en Algérie avant de travailler, en libéral à Rennes, dans sa propre agence d’architecture jusqu’en 2001.
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