Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Polar, Suspense

Comme des bleus

de Marie Talvat et Alex Laloue
Broché – 12 avril 2018
Éditeur : Plon

Paris, novembre 2016. Le sordide assassinat d’une femme enceinte secoue l’opinion publique. La Crim’ est sous pression. Il faut dire que tous les ingrédients du scandale sont réunis : une victime, fille d’un ténor du barreau, des élections qui approchent à grands pas et une presse qui se déchaîne.
Dernière recrue du groupe chargé de l’enquête, Arsène Galien est immédiatement jeté dans le grand bain. Entre doutes et excès de zèle, il compte bien profiter de cette affaire pour gagner la confiance de ses supérieurs. Quant à Pauline Raumann, jeune journaliste voisine de la victime, elle se serait bien passée d’être mêlée à cette enquête, qui fait ressurgir en elle des démons oubliés.
Reflets d’une génération en quête de sens, les deux novices ont des idéaux et des incertitudes plein la tête. Alors qu’une irrésistible attraction les pousse toujours plus près l’un de l’autre, ils vont se laisser emporter par une affaire hors du commun, à la poursuite du pire des tueurs.

LE PREMIER POLAR DE LA GÉNÉRATION Y

Avec Comme des bleus, je découvre Marie Talvat et Alex Laloue, deux auteurs qui m’ont réservé une bien belle surprise !

Dès les premières pages, je suis happé par une intrigue qui débute dans l’horreur. Adèle, une jeune femme, est sauvagement assassinée dans son appartement parisien. Sa voisine Pauline, journaliste, voit alors son quotidien complètement bouleversé. En parallèle, je fais la connaissance d’Arsène, une jeune recrue de la brigade criminelle du célèbre 36, quai des Orfèvres. Avec ses collègues, il se lance sur les traces du meurtrier.

J’ai beaucoup aimé cette construction originale où les auteurs alternent les chapitres consacrés à « Elle » et à « Lui ». Une approche qui m’a permis d’entrer très rapidement dans cette histoire, mais qui m’a surtout donné envie de découvrir ces deux personnages aussi attachants que singuliers.
Car derrière leurs différences, Pauline et Arsène partagent bien des fragilités. Je me suis attaché à ces deux êtres en quête de repères, qui se cherchent autant professionnellement qu’affectivement. Cette enquête va les confronter à leur passé, à leurs blessures et à un monde dont ils peinent parfois à comprendre les règles.
Leur rencontre sera-t-elle cette bouffée d’oxygène capable d’apaiser leurs âmes tourmentées ?

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est ce contraste entre la violence des faits et la fraîcheur qui se dégage du récit. Les auteurs nous offrent une enquête fluide, accessible, ponctuée d’un humour savoureux et de réflexions pertinentes sur notre quotidien.

Au fil des pages, je découvre une véritable personnalité d’écriture, une belle maturité et des dialogues qui font mouche. Les personnages ont du caractère, du répondant et une présence qui donne à cette histoire une saveur toute particulière. Et puis, il y a ce final ! Jamais je n’aurais imaginé un tel dénouement. Quel rebondissement ! J’en suis resté surpris, tant les auteurs ont su me prendre à contre-pied.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui sort des sentiers battus et renouvelle agréablement le genre policier.
Comme des bleus, c’est une enquête qui ne manque ni de mordant ni d’humanité, portée par deux personnages que je n’oublierai pas de sitôt.

Une très belle découverte que je vous recommande sans hésiter !

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Extraits :

« J’ai mal au crâne. Est-ce cela qui m’a réveillée ? Je ne crois pas. Plutôt une sensation de gêne que je n’arrive pas encore à identifier. Sans ouvrir les yeux, je passe mon corps en revue. Ma nuque est raide. Typique. J’ai dû m’endormir d’épuisement dans une position improbable. Ma bouche est pâteuse, ma gorge sèche, mon estomac acide. Vin, cigarettes et re-vin. Jusqu’ici, tout est en ordre. »

« Au début on s’aime avec passion, puis on s’aime avec raison, puis on s’aime par habitude pour finir par ne plus que se croiser sur un canapé en regardant un film ensemble, par habitude, en se couchant, par habitude, en faisant l’amour, par habitude, les va-et-vient ressemblant de plus en plus à des exercices physiques tellement répétés que l’on attend l’orgasme comme une pizza en livraison. On y croyait, à cette relation. On y croyait à cette façon d’emmerder les idées reçues. On se disait qu’on allait devenir l’un de ces couples qui se connaissent par cœur tout en continuant à se découvrir de jour en jour, où l’on rit avec passion et où l’on vit chaque minute comme si l’on venait de naître, où la séparation est insupportable et où la communion des corps est telle que l’on a l’impression, chaque soir, d’avoir une amante différente qu’on connaît comme sa sœur, qu’on chérit comme son épouse, et avec qui on s’étreint comme deux jeunes amoureux en temps de guerre. Un couple de série télé, quoi. »

« Docteur, j’ai la migraine. Ça fait vingt-six ans que ça dure. Aidez-moi, aidez-moi. Une lumière aveuglante se braque sur moi. Ouvrez grand la bouche, plus grand. J’essaye d’articuler quelque chose, mais la main poilue et sa montre à vingt mille balles me font signe de la boucler. Je suspecte une hémorragie cérébrale. Votre palais est transparent, je cherche la source du saignement, alors ouvrez grand la bouche et fermez votre gueule. Ça y est, j’ai trouvé d’où vient le problème. Merde alors, ça saigne sévère. Mon cœur bat à mille à l’heure. C’est grave, docteur ? Un peu, que c’est grave. Il faut trépaner tout de suite. Je sens la pointe d’un burin se caler entre mes deux yeux tandis qu’un marteau s’approche et… »

« Je sors de l’immeuble avec cette étrange impression. Ce sentiment que je n’ai pas eu depuis longtemps. Ce pressentiment que, cette fille, je vais la revoir. Je ne sais pas encore comment, ni si notre entrevue se terminera debout ou allongés, mais je vais la revoir. Dehors, un soleil d’automne vient me caresser le visage. »

Marie Talvat est romancière.
Après des études de journalisme et de médiation culturelle, elle s’est fait connaître sur YouTube avec sa chaîne « L’Instant inutile ».

Alex Laloue est le pseudonyme d’Alexandre Galien, un fonctionnaire de police.
Il a fait des études de droit et de sciences criminelles, puis intégré en 2015 la Direction Régionale de la Police Judiciaire. Il a par la suite pris une disponibilité pour se consacrer à l’écriture.

Il a déjà publié deux romans à quatre mains sous le pseudonyme d’Alex Laloue avec son ex-compagne Marie Talvat : Comme des bleus (2019), suivi de À corps perdu (2019).

Il a remporté le prix du Quai des Orfèvres 2020 pour son roman Les cicatrices de la nuit (publié sous son vrai nom), qui s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires. Le deuxième volet de la saga, Le souffle de la nuit, est sorti en septembre 2020 aux éditions Michel Lafon.

Il est depuis la rentrée 2020 en charge du cours « Roman Noir, époque sombre » à la Chaire d’écriture et de rhétorique de Sciences Po.

Émotion, Biographie, Bouffée d'oxygène, Humour

Évariste

de François-Henri Désérable
Poche – 1 septembre 2016
Éditeur : Folio

À quinze ans, Évariste Galois découvre les mathématiques ; à dix-huit, il les révolutionne ; à vingt, il meurt en duel. Il a connu Raspail, Nerval, Dumas, Cauchy, les Trois Glorieuses et la prison, le miracle de la dernière nuit, l’amour et la mort à l’aube, sur le pré. C’est cette vie fulgurante, cette vie qui fut un crescendo tourmenté, au rythme marqué par le tambour de passions frénétiques, qui nous est ici racontée. Avec le talent et l’audace qu’on lui connaît, François-Henri Désérable retrace l’étonnant parcours du « Rimbaud des mathématiques ».

Évariste Galois…
La première fois que j’ai croisé ce nom sur une plaque de rue, c’était il y a déjà trente ans. Elle est d’ailleurs toujours là, au bout de la rue, où je vie, au numéro 1. Je connaissais un peu le personnage, sans vraiment le connaître. J’avais même eu envie, il y a quelque temps, d’en apprendre davantage sur lui, puis la vie avait repris son cours…

Et puis, il y a quelques jours, en rentrant chez moi, je fais mon détour habituel par « mon » arbre à livres. Au milieu d’autres ouvrages, un petit livre de poche attire mon regard. Évariste, de François-Henri Désérable. Je jette un œil à la quatrième de couverture et je suis happé.
Je l’ouvre, lis la première phrase, puis la seconde… et je comprends immédiatement que je ne tiens pas entre les mains une biographie conventionnelle. Je viens de rencontrer une plume !

Dans le tumulte d’une époque exaltante, entre les Trois Glorieuses, la monarchie et la révolution, l’auteur redonne vie à ce jeune prodige des mathématiques. À partir d’une documentation limitée, il déploie un style d’une efficacité redoutable, plein de verve, d’audace et d’énergie. Une écriture à la fois élégante et irrévérencieuse, soutenue et volontiers provocatrice, portée par un rythme fougueux et un formidable désir de liberté.
Quel style ! Quelle vitalité !

François-Henri Désérable ne craint ni les détours, ni les clins d’œil aux célébrités de l’époque. Il se moque de Dieu, égratigne les puissants et fustige ceux qui n’ont pas su reconnaître le génie de son héros. Derrière l’humour et le sarcasme, je devine pourtant une véritable tendresse pour Évariste. Et lorsque viennent l’amour malheureux et cette mort si cruelle, si injuste, la plume se fait plus lyrique, presque bouleversante.

L’auteur ne prétend pas résoudre tous les mystères entourant la vie et l’œuvre de Galois. Il s’autorise à combler les blancs de l’Histoire, à imaginer, à broder un destin romanesque, pour offrir à ce jeune homme un peu de chaleur et de bonheur. Et ça fonctionne ! Peu à peu, Évariste m’est devenu proche, presque familier.

Je n’en sais toujours pas davantage sur les équations, je l’avoue. Mais j’ai découvert un génie incompris, un esprit libre qui a révolutionné la théorie des groupes et lui a laissé son nom. Surtout, j’ai partagé vingt années d’existence en vingt chapitres, avec ce sentiment poignant d’avoir côtoyé un homme qui n’aura pas eu le temps d’accomplir tout ce qu’il portait en lui.

Contemporain, rythmé, drôle et touchant, ce roman est pour moi une très belle réussite, portée par un écrivain au talent éclatant.

Dorénavant, je ne te regarderai plus “ma plaque” de la même façon…

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Extraits :

« On sait qu’Évariste — d’emblée appelons-le Évariste – eut pour père Gabriel Galois, et de Gabriel Galois on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il fut le père d’Evariste (voyez comme une phrase, sous des dehors anodins, peut regorger d’indicible cruauté: que l’on puisse, après sa mort, réduire à sa seule qualité de père un homme qui vécut cinquante-quatre années, voilà qui devrait inciter les autres à cesser tout commerce charnel — et au diable l’humanité). »

« Les hommes vaquent à leurs occupations, la vie suit son cours, et celle de Gabriel Galois va bientôt commencer. On ne sait rien de sa jeunesse: celle, sans doute, d’un enfant né de parents aisés à Bourg-la-Reine, dans ce royaume de France où l’ordre immuable des choses semble devoir perdurer. Vous connaissez l’Ancien Régime, sa partition millénaire, vous savez comment elle se joue: les nobles, qui ont les terres, ne font rien et font de l’argent; le clergé, qui a le ciel, ne fait rien et fait de l’argent; le tiers état, parce qu’on lui a promis dans l’autre vie le ciel du second, s’échine dans celle-ci sur les terres des premiers, fait tout, n’a rien, ne fait pas d’argent. Trois ordres donc, et au-dessus des trois ordres, des trois dignités, le roi qui tient son pouvoir de Dieu, qui est comme Dieu sur terre, qui n’a de comptes à rendre à personne sauf à Dieu, c’est-à-dire à personne. Voilà pour le tableau. Ou plutôt pour l’esquisse, car il faudrait nuancer. Je ne suis pas historien. Je ne nuancerai pas. »

« Et puis il y a cette scène, qu’on est réduit à imaginer — les sextapes, hélas, n’existaient pas. C’est en 1811, au tout début de l’année 1811. Lübeck et Brême ont été annexées à l’Empire, Beethoven met la touche finale à son Concerto pour piano, Chateaubriand entreprend ses Mémoires, les hommes, on le voit, font leurs petites affaires, c’est la règle, et Gabriel Galois ne déroge pas à la règle. Il est dans la maison bourgeoise aux fenêtres ornées de glycine. Il fait nuit. Les volets sont clos. Il éteint le quinquet posé sur le guéridon, rejoint sa jeune épouse dans le lit à baldaquin, écarte la voilure accrochée en rideau, se glisse dans les draps de lin. »

François-Henri Désérable est un écrivain français.
Fils d’un ancien joueur de hockey sur glace, petit-fils de gondolier, il passe son enfance et son adolescence à Amiens et aux États-Unis, dans le Minnesota.

À dix-huit ans, il devient joueur de hockey professionnel (il le sera jusqu’en 2016) et commence à écrire.

À vingt-cinq ans, il publie aux éditions Gallimard Tu montreras ma tête au peuple (2013), récit des derniers instants des grandes figures de la Révolution française, distingué par plusieurs prix donc celui de la Vocation.

En 2015, paraît Évariste, biographie romancée d’Évariste Galois, prodige des mathématiques mort en duel à l’âge de vingt ans. Considéré comme la révélation de l’année 2015, ce roman remporte le prix des Lecteurs de L’Express–BFMTV et le prix de la biographie.

Son troisième roman, Un certain M. Piekielny (2017), enquête littéraire sur les traces d’un personnage de Romain Gary, est sélectionné pour les six grands prix de la rentrée.

Avec Mon maître et mon vainqueur (2021), dissection de la passion amoureuse, il remporte le Grand prix du roman de l’Académie française.

Il remporte le prix Montaigne 2024 avec L’usure d’un monde

Blog de l’auteur : fhdeserable.com

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Polar, Suspense

L’Homme de Lewis

de Peter May
Poche – 2 janvier 2013
Éditeur : Babel

En rupture avec son passé, Fin Macleod retourne sur son ile natale de Lewis. La mort tragique de son jeune fils a détruit son mariage, et il a quitté la police. La lande balayée par les vents, la fureur de l’océan qui s’abat sur le rivage, les voix gaéliques des ancêtres… il pense pouvoir retrouver dans ces lieux de l’enfance un sens à sa vie.

À peine Fin est-il arrivé qu’on découvre le cadavre d’un jeune homme, miraculeusement préservé par la tourbière. Les analyses ADN relient le corps à Tormod Macdonald, le père de l’amour de jeunesse de Fin, faisant du vieil homme le suspect n° 1. Mais celui-ci ne peut se défendre, perdu qu’il est dans les brumes de sa maladie d’Alzheimer, Fin va donc l’aider.

Au rythme des fulgurances qui traversent l’esprit sénile de Tormod, le passé ressurgit, douloureux, dramatique, dévoilant le sort que la société écossaise a réservé pendant des décennies aux enfants orphelins ou abandonnés que l’Église catholique envoyait sur les îles Hébrides.

J’ai appris avec tristesse le décès de Peter May vendredi dernier. Ayant adoré L’Île des chasseurs d’oiseaux, j’ai décidé de bouleverser mon ordre de lecture pour lui rendre hommage. Je viens ainsi de terminer le deuxième tome de sa saga écossaise, L’Homme de Lewis.

J’y ai retrouvé Fin Macleod, dans le prolongement des événements du précédent roman. Divorcé, ayant quitté la police, il revient sur son île natale de Lewis, libéré de ses anciennes contraintes. Peut-être cherche-t-il à retrouver ses racines, à réparer ce qui peut encore l’être, ou tout simplement à retrouver sa place parmi les siens. Cette île, avec ses paysages sauvages et ses habitants, pourrait bien devenir finalement son refuge.

À peine arrivé, il se retrouve impliqué dans une enquête menée par Gunn, l’inspecteur de Stornoway. Un cadavre, parfaitement conservé dans la tourbe, vient d’être découvert. La mort remonterait aux années 1950 et les analyses ADN conduisent à Tormod Macdonald, le père de Marsaïli, l’amour de jeunesse de Fin.
Mais un obstacle majeur se présente, Tormod souffre de la maladie d’Alzheimer et ses souvenirs s’effacent peu à peu.

Commence alors une véritable course contre le temps, entre enquête présente et réminiscences d’un passé douloureux. Une nouvelle fois, Peter May m’a captivé avec une intrigue d’une rare intelligence, qui dépasse largement le cadre du polar. J’ai découvert une page méconnue de l’histoire des Hébrides, notamment le destin des « homers », ces enfants sacrifiés dont les conditions de vie m’ont profondément bouleversé.

L’auteur alterne avec beaucoup de finesse les investigations de Fin et les souvenirs de Tormod. J’ai été sensible à la délicatesse avec laquelle il aborde Alzheimer, les amours anciennes, la nostalgie de l’adolescence et les regrets de l’âge adulte. Ses descriptions des paysages écossais sont toujours aussi saisissantes, j’ai eu l’impression de sentir le vent et de fouler ces terres battues par les éléments.

Derrière cette enquête se dessine un roman puissant, profondément humain, où les secrets d’une communauté se mêlent aux blessures intimes.
J’ai retrouvé des personnages remarquablement construits, auxquels je me suis attaché et que j’ai eu plaisir à suivre jusqu’au bout.

Et puis viennent les dernières lignes… Elles m’ont donné des frissons et une émotion que je ne suis pas près d’oublier.
Peter May était décidément un immense conteur, capable de faire naître l’émotion là où je ne l’attendais pas. Un véritable voyage au cœur de l’Écosse, mais aussi de la mémoire et de ses silences.

Merci encore à David Fréchou de m’avoir fait découvrir cet auteur exceptionnel, que je conseille à mon tour vivement.

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Extraits :

« Sur cette île battue par les tempêtes, à trois heures de la côte nord-ouest de l’Écosse, le peu de terre qui y reste accrochée fournit nourriture et chaleur aux habitants. Elle se charge aussi de leurs morts. Plus rarement, comme aujourd’hui, elle les rend. »

« C’est bizarre aussi que je me réveille toujours à la même heure. Et ce n’est pas à cause de la lumière qui se glisse autour des bords du rideau. Il y a si peu d’heures de nuit à cette époque de l’année. Ce doit être une sorte d’horloge interne. Toutes ces années à se lever à l’aube pour la traite, et tout ce qui remplissait mes jour-nées. Tout s’est envolé maintenant. »

« Bonjour, Fionnlagh.
Le garçon pointa la mâchoire en direction de la tente bleu pâle.

— Tu ne fais que passer ?
— C’est temporaire.
— Ça faisait un moment.
— En effet.
Fionnlagh fit une pause, pour donner de l’emphase à ses paroles. « Neuf mois. » L’accusation était claire.
— J’avais une vie entière à laisser derrière moi.
Fionnlagh inclina légèrement la tête sur le côté.
— Ça veut dire que tu es revenu pour rester ?
— Peut-être.

Fin tourna son regard vers la ferme.
— C’est mon foyer. Là où on revient quand on n’a nulle part où aller. Après, si je reste ou pas… c’est encore à voir.
Ses yeux verts revinrent sur le garçon. »

« Fin regarda le vieil homme avec attention. Les rayons du soleil s’accrochaient aux poils argentés qui parsemaient le bas de son visage et la chair flasque de son cou, les faisant ressortir sur sa peau pâle et sans souplesse. Ses yeux, en revanche, étaient presque opaques, obscurcis par des souvenirs qu’il ne pouvait pas, ou ne souhaitait pas partager. Il ne disait rien depuis un bon moment. Ses larmes avaient séché, laissant des traces salées sur ses joues. Il avait ramené ses genoux, serrés entre ses bras, contre sa poitrine, et restait assis à regarder la mer avec des yeux qui voyaient des choses que Fin ne pouvait apercevoir. »

Écrivain écossais, Peter May habite depuis une dizaine d’années dans le Lot.
Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise. Il y a quelques années, Peter May a décidé de quitter le monde de la télévision pour se consacrer à l’écriture de ses romans. Le Rouergue a publié sa série chinoise avant d’éditer la trilogie écossaise (parue d’abord dans sa traduction française avant d’être publiée, avec un immense succès, en anglais).

Il est décédé vendredi 25 septembre 2026, à 74 ans, laissant une œuvre devenue une référence du polar.

— L’Île des chasseurs d’oiseaux
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/30/lile-des-chasseurs-doiseaux/

Bouffée d'oxygène, Folie, Humour, Polar

Laisse tomber

Petit manuel de survie en milieu grabataire
de Nick Gardel
Broché – 26 mars 2019
Éditeur : Éditions du Caïman

Antoine Spisser est obèse. Ça ne le définit pas, mais ça le décrit assez bien. Surtout quand il se retrouve en équilibre sur la rambarde d’un balcon à 15 mètres du sol. Mais ce qui l’a amené dans cette situation est une autre histoire. Et ce ne sont pas les copropriétaires de son petit immeuble qui vous diront le contraire. Enfin… Ceux qui sont encore en vie…

Avec Nick Gardel, je sais rarement à quoi m’attendre… et c’est justement ce que j’aime chez lui.

J’ai eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises et, à chaque nouveau roman, je retrouve cette voix si particulière, cette gouaille qui semble tout droit sortie d’un mélange entre Audiard, Simonin et Frédéric Dard.

Avec Laisse tomber, je savais donc que je ne prenais pas beaucoup de risques, j’allais rire, être surpris et probablement me faire bousculer.

Antoine est obèse, plutôt désœuvré et vit dans un immeuble où ses voisins sont pour le moins… particuliers.
Entre Mme Wolfberg, acariâtre et espionne en chef de la copropriété, Mme Desmastien qui le prend pour son larbin, M. Orsini qui lui réserve un odieux chantage et toutes les autres figures hautes en couleur qui gravitent autour de lui, je me suis rapidement demandé comment il allait pouvoir survivre à cet environnement !

Et puis un accident survient…
À partir de là, tout s’emballe et un enquêteur placardisé, aussi incompétent qu’ambitieux, va tenter de résoudre l’affaire en faisant de presque tout le monde un suspect.

J’ai adoré cette galerie de personnages, ces vieux voisins que l’on pourrait presque trouver attachants… jusqu’à ce qu’ils dévoilent leurs petits secrets.

Nick s’amuse avec les mots, les situations et les références cinématographiques, véritable jardin secret d’Antoine. Son humour noir est omniprésent et certaines scènes m’ont littéralement fait exploser de rire. Je pense notamment à la page 97, qui m’a définitivement achevé !

Mais derrière cette fantaisie débridée, j’ai découvert un roman beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. L’auteur aborde avec beaucoup d’ironie des sujets sensibles comme la vieillesse, la dépendance, la solitude, l’obésité ou encore la fin de vie. J’ai également découvert la zététique, cette approche du doute qui consiste à questionner les affirmations plutôt qu’à les accepter aveuglément.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est le contraste entre la légèreté du ton et la noirceur de certains thèmes.

Laisse tomber est un roman choral complètement déjanté, corrosif et délicieusement cynique, mais qui pousse aussi à réfléchir sur nos petites existences. J’ai retrouvé tout ce que j’aime chez Nick, une plume gouailleuse, des dialogues savoureux, des jeux de mots parfois assassins et cette capacité à transformer le quotidien en véritable terrain de jeu.

Alors non, surtout, ne laissez pas tomber !

Pour ma part, j’ai passé un excellent moment et je recommande vivement cette petite pépite noire, drôle, grinçante et terriblement originale.

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Extraits :

« Bon…
Dans l’absolu, tout le monde s’en fout.
Les gens vivent au ras du sol et plus personne ne lève le nez. Alors, pensez donc, un type insignifiant en équilibre précaire sur une balustrade, ça peut mettre un certain temps à se remarquer. Surtout au troisième étage d’un immeuble au fin fond d’une impasse.
Le numéro 8 de l’allée Auguste Bartholdi. »

« — Tu vas finir par loucher à rester l’œil collé à ce judas.
— Parle donc moins fort, il va t’entendre !
— Grand bien lui fasse ! Ça aurait le mérite de te détacher de la porte. Tu fais bonne figure avec la joue collée ainsi pour espionner ton voisin.
Marie-Étienne Wolfberg tourna la tête et jeta un regard assassin à sa sœur. Celle-ci n’avait jamais rien compris de la nécessité primordiale de surveiller tout le monde et, en particulier, ce gros fainéant d’Antoine Spisser. »

« — Excusez-moi, mais je n’ai pas trace d’une indication de profession.
— Oh ? Pardon… Il faut tout refaire. Nom, prénom, âge et profession, c’est ça ? Donc… Je me nomme Edmond Wiesling, j’ai 32 ans et j’enseigne la zététique à l’université. »

« Les vieux aiment la mort des autres, autant qu’un licencié d’un sport quelconque apprécie une rencontre amicale. C’est comme un entraînement grandeur nature.
On y évalue ses forces et ses faiblesses, ses atouts et ses points à perfectionner. Celui-ci a raté sa sortie pour une question de timing, celle-ci marque des points par la qualité de son intérieur. Comme ce conseil de grand-mère qui vous enjoint de toujours enfiler une culotte propre avant de sortir, des fois qu’il vous arrive quelque chose. »

Nick Gardel est le pseudonyme de Nicolas Juan, un écrivain et un enseignant.

Après avoir exercé différents petits boulots, dont vendeur de disques d’occasion, d’informatique grand public, il intègre l’Éducation nationale.
Il s’y occupe d’adolescents les plus en marge du système scolaire voire de la société. Professeur des écoles, il travaille auprès d’enfants déficients.

Nicolas Juan s’est offert le pseudonyme de Nick Gardel pour laisser libre cours à sa passion de la phrase bien tournée et du mot bien placé.
Plus habitué au polar humoristique à la verve cynique et aux rebondissements foutraques, pour la première fois avec « Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance » (2021), il durcit le ton et soulève un peu le voile pudique sur son quotidien.

Depuis 2009, il a publié la plupart de ses recueils de nouvelles et polars en auto-édition.
Marié et père d’un enfant, il vit à Colmar.

Son site : http://nickgardel.e-monsite.com

— Chorale (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/chorale-de-nick-gardel/

— Nevermore (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/nevermore-de-nick-gardel/

— Musical Box (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/musical-box-de-nick-gardel/

— Mal placé (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/mal-place-de-nick-gardel/

— Mourir, encore… (et plein d’autres choses) (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/01/25/mourir-encore-et-plein-dautres-choses/

— Morts Chroniques (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/13/morts-chroniques/

— Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/23/ceux-qui-boivent-pour-oublier-sont-pries-de-payer-davance/

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Famille, Philosophique

La Passeuse d’histoires

de Sejal Badani
Broché – 9 septembre 2021
Éditeur : CHARLESTON

De l’Inde qui a vu naître ses parents, Jaya ne sait rien, ou presque. Mais alors que son corps semble lui refuser la maternité à laquelle elle aspire, Jaya ressent le besoin d’aller à la rencontre de ses origines.

Au cœur de la province du Madhya Pradesh l’attend Ravi, fidèle serviteur de sa grand-mère disparue et dépositaire de ses plus intimes secrets. Mariage arrangé, drames et amours impossibles… Jaya découvre, bouleversée, le destin tragique et hors du commun des deux générations de femmes qui l’ont précédée. C’est dans leur courage et leur résilience qu’elle puisera la force de trouver sa propre place dans le monde.

Loin des clichés d’une Inde de carte postale, Sejal Badani parvient à insuffler beauté et délicatesse au sein des tragédies les plus sombres.

« Une célébration de la littérature qui offre une voix à ceux qui en sont privés. »
New York Journal of Books

Je viens de terminer ce superbe roman le cœur lourd et la larme à l’œil…
Sejal Badani avec La Passeuse d’histoires m’a emporté avec son récit dans tout ce que j’aime. Un récit prenant et magnifique malgré les sujets qui s’enchainent tous plus graves les uns que les autres, mais à la fin, la vie, l’amour, la famille sont toujours là…

Tout a commencé par une couverture et un titre qui m’ont irrésistiblement attiré. Dès la première page, j’ai été happé par un récit d’une délicatesse rare, où les drames les plus profonds côtoient sans cesse l’amour, la famille et l’espoir. J’ai été emporté jusqu’au dernier mot transformant ma lecture en gros coup de cœur !

J’ai fait la connaissance de Jaya, une journaliste new-yorkaise d’origine indienne, bouleversée par trois fausses couches et un mariage qui s’effondre. Lorsqu’elle apprend que son grand-père maternel est mourant, elle décide de partir en Inde, sur les traces d’un passé qu’elle ignore presque totalement. Là-bas, Ravi, ancien serviteur et fidèle ami de sa grand-mère Amisha, lui ouvre les portes d’une mémoire longtemps enfouie. À travers sa voix naît une seconde histoire, celle d’Amisha, jeune fille mariée à quinze ans selon les traditions d’une Inde encore sous domination britannique.

J’ai été profondément touché par cette construction à plusieurs voix, qui fait dialoguer trois générations de femmes unies par les mêmes blessures, les mêmes rêves et une incroyable force de résilience. Amisha devient rapidement le cœur du roman, une femme privée de liberté, mais jamais de son imaginaire, elle trouve dans l’écriture un refuge et une manière de préserver son âme. Mais le personnage de Ravi est tout aussi magnifique. Intouchable dans une société régie par les castes, il incarne la fidélité, la gratitude et cette amitié inconditionnelle qui transcende les barrières sociales. Sa relation avec Amisha est d’une beauté bouleversante.

Sejal Badani dresse également un portrait fascinant de l’Inde d’autrefois, entre traditions ancestrales, domination coloniale, émergence de Gandhi et quête d’indépendance. Ce contexte historique enrichit le récit sans jamais étouffer l’émotion. La plume de l’autrice est élégante, sensible et profondément immersive. Chaque page semble rappeler que les histoires possèdent un pouvoir immense, celui de réparer les silences, de transmettre les mémoires et parfois même de changer une destinée.

La Passeuse d’histoires est un roman historique, une magnifique histoire d’amour et d’amitié, mais surtout un vibrant hommage aux femmes qui, malgré les interdits, ont trouvé dans les mots la plus belle des libertés.

Si vous ne l’avez pas lu, laissez-vous porter par cette merveille.
Elle a touché mon cœur… et je suis convaincu qu’elle saura toucher le vôtre.

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Extraits :

« VINGT POUR CENT DES FEMMES font un jour une fausse couche. Parmi elles, quatre-vingts pour cent perdent leur bébé au cours du premier trimestre de grossesse. Les risques sont de douze pour cent à trente ans – une probabilité qui augmente avec l’âge.
Je peux réciter par cœur ces statistiques, et bien d’autres encore. J’ai lu tout ce qui était à ma portée, dès le jour où on a décidé d’avoir un enfant.
C’était il y a cinq ans. Depuis, j’ai passé un nombre incalculable d’heures à la bibliothèque et sur Internet, dans l’espoir de trouver une nouvelle étude, un nouveau médicament, qui multiplierait mes chances d’arriver à terme. Mais peu importent mes lectures, j’en viens toujours à la même conclusion : certains bébés naissent, d’autres pas. »

« J’AVAIS CINQ ANS QUAND J’AI SUPPLIÉ ma mère de m’offrir un chien. La race ou la taille n’avaient aucune importance : je voulais juste avoir un compagnon qui soit bien à moi, à aimer et à câliner. Trois jours après ma requête, ma mère m’a fait la surprise : un chiot en laisse m’attendait à la maison. C’était le bonheur. Je l’emmenais partout et il dormait dans mon lit. Quelques mois plus tard, il s’est enfui et nous ne l’avons pas retrouvé. Assise sur mon lit, j’ai pleuré pendant des heures sous les yeux de ma mère qui demeurait silencieuse, dans l’embrasure de ma chambre. Je me suis finalement endormie, épuisée de chagrin. Ce n’est qu’au matin que j’ai compris que pendant la nuit, elle avait tiré la couverture sur moi et avait éteint la lumière. Jamais elle ne m’a adressé un mot à propos de cette douloureuse perte. »

« QUAND J’AVAIS SEPT ANS, j’ai voulu apprendre à faire du vélo. Ma mère m’en a acheté un avec des roulettes, mais je les ai enlevées. Mes pieds
atteignaient à peine les pédales. Chaque jour, je montais dessus et chaque jour, je tombais. L’une de ces chutes a été particulièrement brutale, et j’ai récolté dix points de suture au front. Alors, Maman a enfermé mon vélo dans le garage. Quand nous en avons discuté, elle m’a laissé le choix entre abandonner ou attendre de grandir un peu pour réessayer. J’ai refusé de l’écouter et j’ai ressorti le vélo du garage en cachette. Le jour suivant, je me cassais le bras et m’ouvrais la lèvre en dévalant une pente. Elle a immédiatement offert mon vélo à l’un de nos voisins.
Quand j’ai exigé de savoir pourquoi, elle m’a répondu : “Jaya, parfois, c’est mieux de laisser tomber les choses qui nous font mal.” »

« — J’ai quinze ans. Mon mariage a déjà été arrangé.
Neema jeta un œil à l’horloge, puis à la porte, évitant le regard d’Amisha. Cette dernière, qui avait été mariée à quinze ans elle aussi, savait que les filles pouvaient être offertes à tout âge. Certaines familles pauvres échangeaient leur nouveau-né contre un sac de riz. Dans certains villages, on n’attendait pas que les filles aient quinze ans. Amisha se demanda si ces traditions changeraient au fil du temps. Mais personne, pas même les Britanniques, n’avait été capable de modifier les choses jusqu’à présent. »

Sejal Badani est une ancienne avocate qui écrit aujourd’hui à plein temps. Quand elle n’écrit pas, elle aime lire et voyager, avec Bruce Springsteen, Beyonce et Ed Sheeran en fond sonore. Elle vit actuellement sur la West Coast avec sa famille et leurs deux chiens.
Ses ouvrages font partie des listes bestsellers du USA Today, du Washington Post, du Wall Street Journal et d’Amazon Charts.

Son deuxième roman, La Passeuse d’histoires, a déjà conquis plus d’un million de lecteurs dans le monde.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Poésie

La Dixième Muse

de Alexandra Koszelyk
Broché – 15 janvier 2021
Éditions : Aux Forges de Vulcain

Au cimetière du Père Lachaise, des racines ont engorgé les canalisations. Alors qu’il assiste aux travaux, Florent s’égare dans les allées silencieuses et découvre la tombe de Guillaume Apollinaire. En guise de souvenir, le jeune homme rapporte chez lui un mystérieux morceau de bois. Naît alors dans son cœur une passion dévorante pour le poète de la modernité. Entre rêveries, égarements et hallucinations vont défiler les muses du poète et les souvenirs d’une divinité oubliée : Florent doit-il accepter sa folie, ou croire en l’inconcevable ? Dans cet hommage à la poésie et à la nature, Alexandra Koszelyk nous entraîne dans une fable écologique, un conte gothique, une histoire d’amours. Et nous pose cette question : que reste-il de magique dans notre monde ?

La Dixième Muse est le troisième roman d’Alexandra Koszelyk que je découvre, et une fois encore, j’ai été profondément touché par la sensibilité de son écriture. À chaque lecture, je retrouve cette plume singulière, à la fois poétique, lumineuse et d’une remarquable finesse psychologique, elle manie la langue française avec une beaucoup d’élégance.

Tout commence lorsque Florent découvre par hasard la tombe de Guillaume Apollinaire. Cet instant fait basculer son existence. Des visions l’assaillent et le plongent dans la vie du poète, de ses amours, de ses amitiés et de ses blessures. Peu à peu, Florent se laisse envahir par cette présence mystérieuse, jusqu’à consacrer tout son temps à comprendre celui qu’il considèrera dès lors presque comme un frère d’âme.

J’ai aimé la construction du roman, qui multiplie les points de vue et fait revivre Apollinaire à travers ceux qui l’ont aimé, admiré ou accompagné, de Picasso à ses muses. Cette galerie de voix compose une fresque d’une grande richesse où la poésie dialogue régulièrement avec l’Histoire.
Mais Alexandra va beaucoup plus loin. Elle imagine une dixième muse, Gaia, incarnation de la nature, des arbres et du vivant. Cette présence discrète mais essentielle apporte une dimension presque mystique au récit et rappelle combien notre lien avec le monde naturel est précieux. J’ai été séduit par cette fiction audacieuse où le réel côtoie le rêve, où le fantastique s’invite avec délicatesse sans jamais rompre l’équilibre du récit. Chaque page semble flotter entre mémoire, imaginaire et contemplation.

L’autrice rend également un magnifique hommage à l’œuvre d’Apollinaire. Ses poèmes, ses amours, son parcours militaire et son amitié avec Pablo Picasso ou Henri Rousseau prennent ici une résonance nouvelle, portée par une écriture d’une rare musicalité.
L’épilogue m’a surpris autant qu’il m’a ému et il referme ce voyage avec une infinie douceur…

La Dixième Muse est bien plus qu’un roman. C’est une ode à la poésie, à l’amour, à la création et à la nature. Une lecture envoûtante qui invite à ralentir, à contempler et à accepter de se laisser porter par la beauté des mots. J’en ressors émerveillé, avec cette sensation d’avoir voyagé dans un monde où la littérature, la mémoire et le vivant ne ferait plus qu’un.

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Extraits :

« Alors seulement on la voit, on prend conscience de son éclat. Elle, la taiseuse qu’on délaisse ou abandonne, crie ses invisibles appeaux. C’est l’heure de sa revanche, de sa révélation. Il est des naissances qui mettent une vie à se réaliser, il lui aura fallu quelques millénaires pour appréhender qui elle était. Mais elle est bien là. La Nature vibre et apporte aux hommes son abondance. Chaque arbre de chaque rue de chaque pays sur chaque continent porte ses fruits, fier et triomphant, comme ces mères qui offrent leur sein à leur enfant. Ils attendent qu’on cueille leurs fruits juteux, et leurs branches, alourdies de ces réussites, tombent et forment au sol un tapis nourricier. Les hommes se penchent, acclament cette terre, mais maintiennent dans leurs yeux la surprise de ce spectacle en plein hiver. »

« L’année précédente, sans arrêter de travailler, j’avais obtenu mon agrégation d’allemand. Quand Louise et moi avions regardé les résultats, ma compagne avait été la première à exploser de joie, elle avait poussé un cri guttural, de soulagement, qui en disait long après cette année entre parenthèses.
C’était rare qu’elle manifeste ainsi ses émotions, elle était de ces personnes introverties qui mesurent chacune de leurs paroles. Au début de notre relation, cela m’avait interpellé – je pensais qu’il n’y avait que mon père pour être aussi fort à ce jeu-là, puis je m’y étais fait. »

« Au même moment, près de la cheminée, Pablo, en train de bourrer sa pipe, a relevé la tête. Henri a continué, en chuchotant presque :
« Il m’a fallu cinquante ans pour apprendre à dessiner comme un enfant. Crois-moi, un jour, notre talent sera compris. C’est pour cette raison que je veux vous immortaliser, Marie et toi. Le poète et sa muse, par-delà les temps. »
Pablo a plissé les yeux, Gui a soufflé, puis s’est mis
à rire.
« S’il n’y a que ça pour te faire plaisir ! Commençons demain ! »
Il m’a cherchée du regard, j’ai acquiescé d’un sourire. »

« Avant ton réveil, tu murmurais des paroles indistinctes. J’ai seulement compris “café de Flore”, répété plusieurs fois. Le garçon de café a dit aux pompiers que tu sortais de ce restaurant quand le vélo t’a percuté. Tu y as oublié quelque chose, tu veux que j’y aille ? »
Les idées s’entassaient dans ma tête sans réelle logique; dans mon esprit, je venais tout juste de quitter un atelier de peinture. À chaque inspiration, je sentais encore les effluves de gouache emplir mes narines, et dans mes oreilles résonnait la voix d’une Marie. »

« Un auteur n’est rien sans un texte, et un texte n’est rien sans un lecteur ; c’est lui qui le tire des abîmes, qui lui permet de métamorphoser l’encre noire et sèche en un univers luxuriant ; l’imaginaire du lecteur permet à ces êtres de papier de grandir, de prendre leur souffle, de faire leurs premiers pas balbutiants. C’est un nuancier-éventail qui tire ses couleurs de chaque page que le lecteur tourne, et plus il grandit, plus il prend de nouvelles teintes, propres à chacune des individualités qui le traversent. C’est le pouls du lecteur qui imprime aux personnages leurs battements de cœur, ce sont leurs yeux qui distillent dans l’iris des protagonistes la braise essentielle. »

Alexandra Koszelyk est née en 1976 à Caen. Ayant vécu dans son enfance dans une commune située près de Caen (Normandie), elle mène dans cette ville ses études secondaires et supérieures.
Aujourd’hui elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien, tout en se consacrant à l’écriture. Elle est lauréate de plusieurs prix comme le prix Vleel 2022, ou le Prix Totem des lycéens 2020.

Chez Alexandra Koszelyk, le surnaturel s’invite dans les grands et les petits drames de l’Histoire, avec des romans « sidérant de poésie et d’actualité ». Cette écrivaine a baigné dans la culture ukrainienne héritée de ses grands-parents, émigrés en France dans les années 1930 (venant de la région de Galicie).

C’est aussi une blogueuse littéraire.
Sur son blog “Bric à Book”, elle organise chaque semaine des ateliers d’écriture.

À crier dans les ruines, 2019.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/22/a-crier-dans-les-ruines/

La Dixième Muse, 2021

Le Sanctuaire d’Emona, 2022

L’Archiviste, 2022

Pages volées, 2024
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/03/pages-volees/

Adolescence, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Histoire

Le chant des bannis

Le destin d’un jeune cagot en aquitaine
de Jacquie Béal
Broché – 28 mai 2026
Éditions : Terres de l’Ouest

Dans la Chalosse du XVe siècle, au crépuscule de la guerre de Cent Ans, Mariette, treize ans, survit sous la coupe d’un oncle violent et de sa marâtre tout aussi cruelle.
Sa vie bascule le jour où elle sauve Jaufré, un chrestia* traqué et accusé à tort. Condamnés à se cacher, ils se retrouvent pourtant au cœur des intrigues d’un baron, puis des ambitions guerrières d’un seigneur prêt à tout pour la gloire.
Entre mensonges, musique et danger, leur complicité grandit. Et dans un monde ravagé par la peur et les préjugés, combien de temps pourront-ils échapper à leur destin ?
À Dax, puis en Chalosse et jusqu’à la bataille de Castillon, Mariette et Jaufré avancent ensemble au rythme des conflits et des chansons telles deux âmes rebelles qui n’ont qu’un rêve : fuir… et gagner leur liberté.

*Chrestia est le nom donné aux Cagots d’Aquitaine au XVe siècle.

Il y a des auteurs dont je sais, dès les premières pages, que je vais être emporté. Jacquie Béal fait incontestablement partie de ceux-là. À chacun de ses romans, je retrouve cette passion profonde pour l’Histoire, cette érudition impressionnante, mais surtout cette capacité rare à faire naître des émotions à travers les mots. Elle ne se contente pas de raconter une époque, elle lui redonne vie.

Avec Le chant des bannis, elle m’a une nouvelle fois transporté. En quelques lignes seulement, j’ai quitté notre époque pour rejoindre l’Aquitaine du XVe siècle, une terre marquée par les conflits, les injustices et les bouleversements d’un monde en pleine mutation.

J’ai découvert l’histoire de Mariette, une jeune fille de treize ans rejetée par sa propre famille, maltraitée par ceux qui auraient dû la protéger. Face à la violence et au mépris, elle trouve pourtant la force de partir, et son courage va changer le destin de Jaufré, un jeune homme accusé à tort d’un crime qu’il n’a pas commis. Jaufré est un personnage profondément attachant. Jeune homme juste et généreux, il refuse de se soumettre aux injustices de son époque. Menuisier, musicien, doté d’un esprit étonnamment moderne, il tente malgré tout de rester fidèle à ses valeurs dans un monde où la naissance et le pouvoir décident bien souvent de la place de chacun.

Mariette et Jaufré sont les deux grandes figures de ce récit, mais chaque personnage apporte sa pierre à cette fresque humaine. Au fil des pages, Mariette va découvrir une nouvelle existence, devenir la confidente d’une jeune noble mourante et révéler un talent insoupçonné pour le chant.

À travers leurs parcours, Jacquie Béal nous plonge dans une époque où la peur dominait les vies, où les plus faibles n’avaient souvent d’autre choix que d’accepter les règles imposées par les puissants. Elle décrit avec précision les mentalités, les coutumes, les croyances et les violences d’un Moyen Âge où la cruauté côtoyait pourtant une profonde humanité.

J’ai particulièrement apprécié cette manière qu’a l’auteure de mettre en lumière les injustices, la soif de pouvoir et les abus des hommes qui gouvernent, tout en racontant simplement celles et ceux qui cherchent seulement à survivre, aimer et espérer. Le chant des bannis est un roman historique passionnant, richement documenté, mais c’est aussi une belle histoire de rencontres, de résilience et d’amour. Une romance douce et sincère entre deux êtres que tout semblait opposer, mais que le destin a réunis.

Une fois encore, Jacquie Béal a réussi à m’ouvrir les portes d’un autre temps. Elle possède ce talent précieux de transformer l’Histoire en émotions, de faire résonner le passé dans notre présent.

Un magnifique voyage au cœur du XVe siècle, que je recommande aux passionnés d’Histoire… mais aussi à tous ceux qui aiment tout simplement… la vie.

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Extraits :

« Au milieu du XVe siècle, la bataille de Castillon va marquer la fin de la guerre de Cent Ans.
Depuis des décennies, en Aquitaine, une frange de la population est proscrite et persécutée. Il s’agit des « chrestias », appelés aussi “chrestians”, puis “gésitains” et, finalement, « cagots». On les accusait de transmettre une lèpre invisible.
…/…
À l’instar des lépreux qui vivaient dans des lieux d’isolement, ils devaient s’installer à l’extrémité des villages, avaient leur propre fontaine et un espace à l’écart dans les cimetières. On les obligeait, dans certaines régions, à arborer un signe en forme de patte d’oie sur leurs vêtements. »

« Durant l’été, je travaillais dehors, quand l’hiver venait, je filais la laine et la vie aurait pu continuer ainsi.
Je n’étais pas heureuse, mais j’étais devenue une experte pour éviter les coups et une experte, aussi, en chapardages de toutes sortes. Il fallait bien trouver de quoi manger et se réchauffer! Certains jours, même, il m’arrivait de m’amuser avec mon cousin Bernat et ses copains.
Bernat était, certes, une vraie brute. En cela, il marchait sur les traces de son père, mais une même haine pour la Berthilde nous avait rapprochés et il m’arrivait de courir la campagne avec sa bande de vauriens. »

« J’ignore d’où il venait et j’ai sursauté quand je l’ai vu surgir, grand et fier comme la première fois. Tout chrestia qu’il était, il toisa les garnements et les cris s’arrêtèrent.
Il releva le vieil homme et l’aida à marcher.
Jaufré! Le garçon qui m’avait fait penser à un ange blond aux yeux bleus !
Il n’avait pas eu besoin de parler. Un simple regard avait suffi. Sans plus s’intéresser à la horde de brutes qui commençaient à réagir, il était reparti sur le chemin en soutenant son compagnon blessé. »

« La veille, ils avaient été une demi-douzaine à molester le vieillard. Ils étaient, désormais, une quinzaine à écouter les “exploits” de leur chef et à boire le vin qu’il leur offrait. Il avait fallu peu de chose pour expliquer ce revirement de fortune. Le digne fils de mon oncle les avait conduits vers les masures des chrestias.
La bande avait tout mis à bas et s’était emparée des maigres biens qu’elle avait pu trouver.
Ces moins que rien s’étaient sentis plus riches et plus forts grâce à Bernat, ils s’étaient pris d’amour pour lui et pour son vin. Ajoutons à cela que ce sacripant avait été le premier à jeter de la merde sur Jaufré et que sa troupe de pendards avait trouvé ça à mourir de rire ! »

« J’ai souvent constaté que ceux qui ont le désir de diriger et de commander ne sont pas les plus talen-tueux, ni les plus courageux. On les voit partout, dans les tavernes, sur la place et dans les ateliers… Ils aiment qu’on les suive, qu’on les admire, mais ils ne sont pas capables de réaliser ce que d’autres font aisément. Ainsi va le monde depuis toujours et je gage qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Ceux qui donnent des ordres ne sont guère capables de faire autre chose. »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

Le temps de l’insoumise (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/07/le-temps-de-linsoumise/

De sang et d’encre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

La dame d’Aquitaine (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/18/la-dame-daquitaine/

L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/05/lincroyable-destin-daubeline-de-lambersac/

Sous le regard de l’aigle (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/11/sous-le-regard-de-laigle/

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Poésie

Stanislas

de Alain Cadéo
Broché – 18 juin 2026
Éditions : La Trace
Réédition.
Publié le 1er Janvier 1983 – Prix Marcel Pagnol

Stanislas est une longue méditation à travers les souvenirs d’un vieil homme à la fin de son existence, sur une île grecque et qui chante comme un adieu, un hymne à la vie, à ses amours d’antan, à ses joies comme à ses peines, avant de boire à la santé de la mort qu’il s’est choisie.

Il existe des livres qui arrivent jusqu’à nous avec une émotion particulière, comme s’ils avaient choisi leur moment. Stanislas est de ceux-là.

Je tiens d’abord à remercier très sincèrement Martine Cadéo pour cet envoi. À travers cette magnifique réédition, parue le 12 juin, date hautement symbolique du départ d’Alain Cadéo, les éditions La Trace poursuivent un travail admirable. Faire vivre une œuvre qui n’a rien perdu de sa lumière.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette écriture si singulière qui caractérise Alain Cadéo. Une langue qui ne cherche jamais à impressionner, mais qui respire, qui chante, qui caresse l’âme avec une infinie délicatesse. J’ai suivi Stanislas, soixante-quinze ans, retiré sur une île grecque, dans une maison blanche ouverte sur le vent, la mer et le silence. Là, loin du tumulte, il regarde sa vie défiler avec une lucidité désarmante. Les souvenirs reviennent sans nostalgie excessive, simplement parce qu’ils ont façonné l’homme qu’il est devenu. Les amours, les blessures, les absences, les joies… tout trouve naturellement sa place dans cette longue méditation où chaque mot semble pesé avec le cœur.

Au fil des pages, je ne lisais plus vraiment un roman. J’avais le sentiment d’écouter la confidence d’un homme arrivé au crépuscule de son existence, qui accepte le temps avec une sérénité bouleversante. La solitude n’y est jamais synonyme d’abandon. Elle devient un refuge, un espace de vérité où l’on apprend enfin à écouter le murmure du monde.
J’ai été profondément touché par la beauté de cette langue, par cette façon qu’avait Alain de transformer une simple pensée en émotion. Rien n’est démonstratif. Tout est suggestion, pudeur et humanité. Chaque phrase semble naître du souffle même de son personnage.

Puis il y a Carmino, ce jeune garçon qui lui apporte ses repas, les souvenirs de ses parents, de Maurice, Sophie, Blandine, Marika… Autant de présences qui composent une mosaïque de vie où chaque rencontre laisse une empreinte discrète mais essentielle. Alain ne raconte pas seulement une existence. Il peint des sensations, il sculpte le silence, il transforme les mots en lumière. Son écriture possède cette musicalité rare que je n’oublierai jamais.

Deux ans après sa disparition, sa voix demeure intacte. Car les écrivains capables de toucher aussi profondément le cœur de leurs lecteurs ne disparaissent jamais vraiment. Ils continuent de vivre dans chacune de leurs phrases. Stanislas est un roman d’une beauté paisible, profondément humain, qui invite à ralentir, à contempler et à remercier la vie pour ce qu’elle nous offre, même dans ses fragilités.

Merci Alain. Merci Martine, de faire vivre avec autant de fidélité l’œuvre d’Alain. Merci la vie…
Cette réédition est bien plus qu’une nouvelle publication, c’est un magnifique hommage à un écrivain qui, aujourd’hui encore, continue d’éclairer ses lecteurs de sa lumière si particulière.

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Extraits :

« La terre vibre comme à ses débuts, couverte de frissons, se préparant à quelque étrange soubresaut.
Les longues pierres blanches qui sortent de la mer montent en coulures lisses jusqu’aux premiers bosquets d’épineux. La maison est encore loin derrière, au-delà d’un quartier d’oliviers.
Sophie est la dernière femme qu’il m’a été donné de connaître. Depuis deux ans, et désormais jusqu’à la fin, je vis seul, dans cette demeure blanche dont les toits sont ronds… symbolique vivace, à six kilomètres du premier village. »

« Le Steinway est un long crocodile d’Afrique. C’est le seul instrument qu’ici je possède. Je le pousse au dehors sur la terrasse, certains soirs, face à la montagne, j’attaque sa paroi très abrupte, je la martèle d’accords. Elle se fige un moment dans une espèce d’attention puis elle se courbe ou se redresse; je lui imprime de secouantes caresses.
Ce piano fut probablement un des derniers grands plaisirs que nous nous sommes offerts. Il est venu, lorsque nous avons vendu notre maison au pays basque, remplacer l’orgue intransportable de grand-père Maurice. J’avais eu beaucoup de mal à me passer de musique, je voulais de plus que les enfants aient à leur disposition un moyen bien sonore de chanter leurs joies ou leurs chagrins. Ce piano fit office de dépotoir, nous y jetâmes toutes nos énergies et aussi nos colères. Il incitait nos plaintes. J’ai vu Thomas jouer des heures et j’ai entendu Cyprien, mon second fils, chanter la bouche près des cordes pour le mystère des harmoniques. Le soir, je leur racontais des histoires, accompagnant les mots de notes de musique et nous rêvions tous au milieu de la pièce, laissant la perfection d’étonnantes coïncidences faire glisser nos imaginations sur des paysages inconnus. »

« Le temps est une infâme tourbe. Les hommes le vivent comme une menace dont seule une fébrilité d’insecte peut freiner l’immanence ; ils en font un outil justificateur : agendas, plannings, horaires à respecter. »

« Dans la grande pièce sans meuble, mes imprécations résonnent et les sourires de ma fille me répondent doucement. Ce sont les seules photographies que je possède; je les ai fait développer, immenses : il y a sur le mur du fond des visages, des sourires, les siens à des âges différents : cinq ans, dix ans, vingt ans, quarante ans, quarante neuf ans. Cinq sourires. Dans chacun explose une douleur, douleur d’un demi-siècle… »

« Il est vrai que la vie est une infinité de détails s’imbriquant les uns les autres. Commencer à vieillir c’est peut-être simplement tendre un fil d’un événement à l’autre, c’est surtout renoncer à leur donner un sens. Seule la pauvreté d’esprit se cherche des justifications, on bourre sa misère d’explications infinies. »

Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Il est avant tout un passionné des autres, des humbles, ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.

Il nous a quittés en juin 2024.

Sa bibliographie complète est la suivante :

Les Voix de Brume (1982, nouvelles)
Stanislas (1983, roman)
La Corne de Dieu (1983, roman)
L’Océan vertical (1983, roman)
Le Mangeur de Peur (1984, roman)
Macadam Epitaphe (1986, texte)
Le Ciel au ventre (1993, texte)
Les Anges disparaissent (1998, roman)
Fin (1999, texte)
Et votre éternité sera la somme de vos rêves (2008, roman)
L’Ombre d’un doute (2008, théâtre)
Les Réveillés de l’ombre (2013, théâtre)
Zoé (2013, roman)
Chaque seconde est un murmure (2016, roman)
Des Mots de contrebande (Aux inconnus qui comme moi…) (2018, texte)
Comme un enfant qui joue tout seul (2019, roman)

Mayacumbra (2019, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/26/mayacumbra/

Lettres en Vie (2020, texte illustré)

Confessions (ou les spams d’une âme en peine) (2021, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/03/confessions-ou-les-spams-dune-ame-en-peine/

Arsenic et Eczéma (2022, théâtre)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/06/arsenic-et-eczema/

L’Homme qui veille dans la pierre (2022, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/09/08/lhomme-qui-veille-dans-la-pierre/

M (2023, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/08/m/

Billets de contrebande (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/03/04/billets-de-contrebande-inedits/

Le ciel au ventre (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/15/le-ciel-au-ventre/

Il y a quelque chose encore devant (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/29/il-y-a-quelque-chose-encore-devant/

Contes des petits mondes d’à coté (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/03/contes-des-petits-mondes-da-cote/

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Conte, Philosophique, Poésie

L’Âme du monde II

Juste après la fin du monde
de Frédéric Lenoir
Poche – 5 janvier 2023
Éditeur : Pocket

La suite de L’Âme du monde.

Retrouvez dans ce nouveau conte initiatique la sagesse et l’émotion qui ont fait le succès de L’Âme du monde, vendu à plus d’un million d’exemplaires dans vingt pays.

Après un cataclysme planétaire, Natina, marche de village en village afin d’enseigner aux survivants ce qu’elle a appris des sages de l’ancien Monde : comment vivre en évitant les erreurs qui ont conduit à la catastrophe et apprendre à vivre en harmonie avec soi-même, avec les autres et dans le respect de la nature.
Au fil de cette quête, Natina retrouvera-t-elle celui à qui elle pense secrètement et qui vient parfois la visiter dans ses rêves ?

Il y a à peine 10 jours, je refermais L’Âme du monde avec le sentiment d’avoir vécu une lecture profondément transformatrice. En découvrant qu’il existait une suite, je n’ai pas hésité une seconde… Il me fallait poursuivre ce voyage.

Après un cataclysme qui a bouleversé notre planète, Natina parcourt un monde en reconstruction pour transmettre l’héritage des sages de l’Ancien Monde. Quelque part dans le monde, Tenzin poursuit lui aussi une quête intérieure où chaque rencontre devient une leçon de vie. Comment vont-ils faire pour se retrouver dans ce nouveau monde ?

J’ai retrouvé avec un immense bonheur tout ce qui m’avait bouleversé dans le premier tome. Frédéric Lenoir parle de l’amour, de la souffrance, de la joie, de la nature, de la mort et de l’espérance avec une douceur qui touche directement le cœur. Ce récit initiatique ne cherche jamais à imposer des réponses. Il invite simplement à ralentir, à observer, à méditer et à retrouver ce lien essentiel avec soi-même, avec les autres et avec le vivant.
J’ai été profondément ému par la bienveillance qui imprègne chaque page. Derrière l’apparente simplicité de ce conte se cache une véritable réflexion sur notre manière de vivre et sur le monde que nous souhaitons transmettre aux générations futures.

Natina et Tenzin deviennent peu à peu des passeurs de lumière, des personnages qui nous rappellent que la sagesse commence souvent par de petits gestes, une écoute sincère, le respect des autres et de la nature.

Une nouvelle fois, L’auteur réussit à rendre accessibles des réflexions philosophiques parfois complexes sans jamais me perdre. J’ai refermé ce livre avec le sentiment d’avoir grandi un peu.

C’est un roman lumineux, profondément humaniste, que je recommande à tous ceux qui éprouvent le besoin de redonner du sens à leur existence.
Une lecture qui apaise, nourrit l’esprit et, surtout, donne envie d’être meilleur.
Une lecture initiatique que tout le monde doit lire !

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Extraits :

« La petite fille posa sa cruche sur le bord de la route et courut jusqu’au village en criant de toutes ses forces : “La Vivante, la Vivante ! Elle arrive ! Elle vient nous visiter !” À ces mots, les visages des vieux comme des jeunes s’illuminèrent. Tous se pressèrent à l’entrée du village pour accueillir la jeune femme qui marchait d’un pas lent et gracieux. Bien qu’elle fût de type européen, elle était vêtue d’un sari indien blanc et avait pour seul bagage un petit sac qu’elle portait en bandoulière. »

« Il y a de nombreuses qualités à développer pour grandir en humanité. Mais la mère de toutes est sans doute l’émerveillement. Un homme ou une femme qui ne savent plus s’étonner et s’émerveiller perdent ce qu’il y a peut-être de plus essentiel dans leur humanité : la conscience de l’éclat du monde et du miracle de la vie. Comment ne pas s’émerveiller devant la beauté de la voûte céleste et l’harmonie du cosmos ? Devant l’apparition du soleil à la pointe de l’aube et son coucher rougeoyant au crépuscule du jour ? Comment ne pas s’émerveiller face à la majesté des cimes enneigées ? Face à l’infinité des horizons marins ? Devant un champ de coquelicots ou de blé ondulant sous la caresse du vent ? »

« Ô survivants, écoutez ceci : pour pouvoir subsister et nous développer, la loi de la vie nous impose de manger un autre vivant, qu’il appartienne au règne végétal ou animal. Les vaches broutent l’herbe ; les poissons se mangent entre eux, ou se nourrissent de plancton ou d’insectes; les loups dévorent les brebis et vous-mêmes, vous vous nourrissez de plantes, de fruits et parfois de chairs animales. Mais n’oubliez jamais que ce que nous mangeons est habité par le souffle sacré de la vie. Tous les êtres vivants – les arbres, les plantes, les animaux – ont une sensibilité et aspirent à vivre. Puisque nous savons cela et que nous devons néanmoins tuer un autre être vivant pour subsister, il est important d’avoir conscience de la gravité de cet acte et de le remercier de nous offrir sa vie. »

« — Vous savez, poursuivit Natina, en s’adressant à tous les enfants, il est très important d’accueillir les émotions qui surviennent dans notre cœur : que ce soit la joie, la peur, la colère ou la tristesse. Ce sont ces émotions qui nous rendent vraiment humains et capables de comprendre les autres et de ressentir ce qu’ils peuvent ressentir. Aucune émotion n’est négative. Toutes sont nécessaires et ont une grande utilité.
La peur nous avertit des dangers. La tristesse nous permet de traverser pleinement nos chagrins et de compatir à ceux des autres. La colère nous invite à ne pas accepter les injustices et à nous affirmer contre ceux qui ne nous respectent pas. La joie dilate notre cœur et nous permet de savourer la vie. Ce sont ces émotions qui nous rendent pleinement vivants et il convient de toujours les accueillir et les vivre lorsqu’elles se présentent. »

Frédéric Lenoir est philosophe, sociologue, historien des religions, conférencier et écrivain.

Fils de René Lenoir (1927-2017), ancien Secrétaire d’État à l’Action sociale de 1974 à 1978 sous Valéry Giscard d’Estaing, il grandit dans l’Essonne. Intéressé par la pensée de Jung et les questions religieuses, après son baccalauréat, il entreprend des études de philosophie à l’Université de Fribourg, en Suisse et a pour professeur Emmanuel Lévinas. Il mène ensuite une quête spirituelle en Inde, en Israël et dans des monastères en France. En 1986, il entame à l’EHESS une thèse de doctorat en sociologie sur la rencontre du bouddhisme et de l’Occident qu’il obtiendra avec les félicitations du jury à l’unanimité en 1999.
En 1986, il entre aux Éditions Fayard comme Directeur littéraire, poste dont il démissionnera en 1991 pour se consacrer à l’écriture et à la recherche. À partir de 1996, il collabore à « L’Express » et tient une chronique dans Psychologies magazine avant de prendre, en 2004, la direction du magazine « Le Monde des religions », un bimestriel qui dépend du quotidien « Le Monde », et qui aborde le fait religieux de manière distanciée. Il démissionne de son poste de directeur en octobre 2013.
De 2009 et jusqu’en 2014, il produit et anime avec Leili Anvar une émission hebdomadaire sur France Culture : « Les racines du ciel », consacrée à la spiritualité. Il est chercheur associé au Centre d’études interdisciplinaire du Fait religieux (CEIFR).
Auteur d’une quarantaine d’ouvrages (essais, romans, contes, encyclopédies), traduits dans une vingtaine de langues et vendus à cinq millions d’exemplaires, il écrit aussi pour le théâtre, le cinéma et la bande dessinée. Sa pièce « Bonté divine », avec Roland Giraud, a été jouée à Paris en 2009. « La promesse de l’ange », écrit en collaboration avec Violette Cabesos, a obtenu le Prix des maisons de la presse 2004.
Co-fondateur de l’association « Environnement sans frontières », il est fortement engagé dans la cause écologique et a écrit avec l’astrophysicien Hubert Reeves « Mal de terre » (2003). Il est aussi le parrain de l’association pionnière dans le logement intergénérationnel Le Pari Solidaire depuis septembre 2011. Militant pour la cause animale, il rejoint en 2012 le jury du prix littéraire 30 Millions d’Amis. Il crée l’association Ensemble pour les Animaux en 2017.

Son site : https://www.fredericlenoir.com/

Petit traité d’histoire des religions (2008)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/16/petit-traite-dhistoire-des-religions/

Du Bonheur, un voyage philosophique (2015)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/01/du-bonheur-un-voyage-philosophique/

L’Âme du monde (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/06/20/lame-du-monde/

Plus fort que la nuit (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/12/plus-fort-que-la-nuit/

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Conte, Magique, Philosophique

L’Âme du monde

de Frédéric Lenoir
Poche – 21 août 2014
Éditeur : Pocket

Sept sages venus des quatres coins du monde se réunissent pour transmettre à deux jeunes adolescents les clés de la sagesse universelle.
Une fable initiatique étincelante qui touche le cœur autant que l’intelligence.

“Et l’alchimiste Lenoir de redescendre de sa montagne avec ce best-seller aussi philosophique que philosophal.”
Thomas Malher – Le Point

“Captivant.”
Elsa Godart – Psychologies

Il existe des livres qui se lisent comme des romans, et d’autres qui se savourent comme des compagnons de route. L’Âme du monde fait incontestablement partie de cette seconde catégorie. J’ai découvert ici un conte initiatique d’une grande simplicité apparente, mais dont la richesse se dévoile peu à peu au fil des pages. Frédéric Lenoir m’a entraîné dans un monastère tibétain où sept sages, venus des quatre coins du monde, se réunissent pour transmettre à deux adolescents un héritage précieux : les clés de la sagesse universelle.

L’intrigue sert avant tout de fil conducteur à une réflexion plus profonde sur le sens de la vie, le bonheur, l’amour, la vocation, la connaissance de soi et notre place dans le monde. Et c’est précisément ce que j’ai aimé. Derrière une histoire accessible se cache une véritable invitation à ralentir, à réfléchir et à s’interroger sur l’essentiel.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’auteur efface progressivement les différences entre les traditions religieuses et philosophiques pour ne conserver que ce qui les rassemble. Au fil des enseignements, il ne reste plus ni dogmes ni frontières, mais une parole universelle qui parlait directement à mon cœur. La plume de Frédéric est fluide, élégante et profondément bienveillante. Les contes, paraboles et petites histoires qui ponctuent le récit apportent une dimension poétique qui rend la lecture particulièrement agréable.

Bien sûr, ceux qui connaissent déjà la philosophie, les religions ou le développement personnel n’y trouveront peut-être pas de révélations majeures. Mais, j’y ai trouvé un rappel précieux de vérités simples que l’on oublie malheureusement parfois dans le tumulte du quotidien. Ce livre m’a fait du bien. Il m’a invité à prendre du recul, à me recentrer sur l’essentiel et à réfléchir à ce qui nourrit réellement l’âme humaine.

J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir reçu une leçon de vie empreinte d’humilité, de douceur et d’espérance. Un livre à lire lentement, à relire sans doute, et à garder à portée de main pour les moments où l’on perd un peu le nord.

Une magnifique découverte, lumineuse et inspirante, qui fut pour moi un véritable coup de cœur.
Les livres de Frédéric Lenoir ont ce pouvoir étrange. À chaque fois, ils m’obligent à ralentir, à faire le tri dans mes pensées et à repartir sur des bases plus saines.

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Extraits :

« Le vieux rabbin Salomon était assis dans sa cuisine quand il entendit une voix lui dire : « Va à Toulanka. » Il appela sa femme, Rachel, qui n’avait rien entendu. Il pensa avoir rêvé, mais la voix se fit de nouveau entendre : « Va à Toulanka, ne tarde pas. » Alors il se dit que Dieu lui avait peut-être parlé. Pourquoi lui ? »

« Le monastère de Toulanka, perché sur un éperon rocheux à près de quatre mille mètres d’altitude et adossé à une montagne entièrement recouverte de neige, était inaccessible en voiture. À une quinzaine de kilomètres se trouvait une petite bourgade. Il n’y avait qu’un seul hôtel, juste en face de la gare routière. C’est là que Rabbi Shlomo, la chamane Ansya, le père Pedro, Ma Ananda, Maître Kong, Cheik Youssuf, Gabrielle et sa fille Natina se retrouvèrent, moins d’une semaine après le début de ces événements. »

« — La question essentielle sur laquelle nous ne parviendrons jamais à nous accorder est celle de la définition de l’Absolu, confirma Gabrielle.
Moi, par exemple, je partage la vision panthéiste des sages stoïciens ou de Spinoza : Dieu se confond avec la Nature. Il n’est pas un être suprême, créateur du monde, qui parle aux hommes par la voix des prophètes, comme le pensent les juifs, les chrétiens et les musulmans, mais une force impersonnelle qui demeure en tout être et apporte son harmonie au monde.
— Ne parlons donc pas de Dieu ! s’exclama Cheik Youssuf dans un grand éclat de rire. Il y a bien d’autres croyances qui nous rassemblent. »

« Chacun parle de Dieu, du divin ou de l’Absolu selon la perception limitée qu’il en a. Et aucune religion ne peut prétendre posséder la totalité de la Vérité. Celle-ci s’est comme éclatée en morceaux en se manifestant dans le monde. »

Frédéric Lenoir est philosophe, sociologue, historien des religions, conférencier et écrivain.

Fils de René Lenoir (1927-2017), ancien Secrétaire d’État à l’Action sociale de 1974 à 1978 sous Valéry Giscard d’Estaing, il grandit dans l’Essonne. Intéressé par la pensée de Jung et les questions religieuses, après son baccalauréat, il entreprend des études de philosophie à l’Université de Fribourg, en Suisse et a pour professeur Emmanuel Lévinas. Il mène ensuite une quête spirituelle en Inde, en Israël et dans des monastères en France. En 1986, il entame à l’EHESS une thèse de doctorat en sociologie sur la rencontre du bouddhisme et de l’Occident qu’il obtiendra avec les félicitations du jury à l’unanimité en 1999.
En 1986, il entre aux Éditions Fayard comme Directeur littéraire, poste dont il démissionnera en 1991 pour se consacrer à l’écriture et à la recherche. À partir de 1996, il collabore à « L’Express » et tient une chronique dans Psychologies magazine avant de prendre, en 2004, la direction du magazine « Le Monde des religions », un bimestriel qui dépend du quotidien « Le Monde », et qui aborde le fait religieux de manière distanciée. Il démissionne de son poste de directeur en octobre 2013.
De 2009 et jusqu’en 2014, il produit et anime avec Leili Anvar une émission hebdomadaire sur France Culture : « Les racines du ciel », consacrée à la spiritualité. Il est chercheur associé au Centre d’études interdisciplinaire du Fait religieux (CEIFR).
Auteur d’une quarantaine d’ouvrages (essais, romans, contes, encyclopédies), traduits dans une vingtaine de langues et vendus à cinq millions d’exemplaires, il écrit aussi pour le théâtre, le cinéma et la bande dessinée. Sa pièce « Bonté divine », avec Roland Giraud, a été jouée à Paris en 2009. « La promesse de l’ange », écrit en collaboration avec Violette Cabesos, a obtenu le Prix des maisons de la presse 2004.
Co-fondateur de l’association « Environnement sans frontières », il est fortement engagé dans la cause écologique et a écrit avec l’astrophysicien Hubert Reeves « Mal de terre » (2003). Il est aussi le parrain de l’association pionnière dans le logement intergénérationnel Le Pari Solidaire depuis septembre 2011. Militant pour la cause animale, il rejoint en 2012 le jury du prix littéraire 30 Millions d’Amis. Il crée l’association Ensemble pour les Animaux en 2017.

Son site : https://www.fredericlenoir.com/

Petit traité d’histoire des religions (2008)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/16/petit-traite-dhistoire-des-religions/

Du Bonheur, un voyage philosophique (2015)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/01/du-bonheur-un-voyage-philosophique/

Plus fort que la nuit (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/12/plus-fort-que-la-nuit/