Petit manuel de survie en milieu grabataire
de Nick Gardel
Broché – 26 mars 2019
Éditeur : Éditions du Caïman

Antoine Spisser est obèse. Ça ne le définit pas, mais ça le décrit assez bien. Surtout quand il se retrouve en équilibre sur la rambarde d’un balcon à 15 mètres du sol. Mais ce qui l’a amené dans cette situation est une autre histoire. Et ce ne sont pas les copropriétaires de son petit immeuble qui vous diront le contraire. Enfin… Ceux qui sont encore en vie…

Avec Nick Gardel, je sais rarement à quoi m’attendre… et c’est justement ce que j’aime chez lui.
J’ai eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises et, à chaque nouveau roman, je retrouve cette voix si particulière, cette gouaille qui semble tout droit sortie d’un mélange entre Audiard, Simonin et Frédéric Dard.
Avec Laisse tomber, je savais donc que je ne prenais pas beaucoup de risques, j’allais rire, être surpris et probablement me faire bousculer.
Antoine est obèse, plutôt désœuvré et vit dans un immeuble où ses voisins sont pour le moins… particuliers.
Entre Mme Wolfberg, acariâtre et espionne en chef de la copropriété, Mme Desmastien qui le prend pour son larbin, M. Orsini qui lui réserve un odieux chantage et toutes les autres figures hautes en couleur qui gravitent autour de lui, je me suis rapidement demandé comment il allait pouvoir survivre à cet environnement !
Et puis un accident survient…
À partir de là, tout s’emballe et un enquêteur placardisé, aussi incompétent qu’ambitieux, va tenter de résoudre l’affaire en faisant de presque tout le monde un suspect.
J’ai adoré cette galerie de personnages, ces vieux voisins que l’on pourrait presque trouver attachants… jusqu’à ce qu’ils dévoilent leurs petits secrets.
Nick s’amuse avec les mots, les situations et les références cinématographiques, véritable jardin secret d’Antoine. Son humour noir est omniprésent et certaines scènes m’ont littéralement fait exploser de rire. Je pense notamment à la page 97, qui m’a définitivement achevé !
Mais derrière cette fantaisie débridée, j’ai découvert un roman beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. L’auteur aborde avec beaucoup d’ironie des sujets sensibles comme la vieillesse, la dépendance, la solitude, l’obésité ou encore la fin de vie. J’ai également découvert la zététique, cette approche du doute qui consiste à questionner les affirmations plutôt qu’à les accepter aveuglément.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est le contraste entre la légèreté du ton et la noirceur de certains thèmes.
Laisse tomber est un roman choral complètement déjanté, corrosif et délicieusement cynique, mais qui pousse aussi à réfléchir sur nos petites existences. J’ai retrouvé tout ce que j’aime chez Nick, une plume gouailleuse, des dialogues savoureux, des jeux de mots parfois assassins et cette capacité à transformer le quotidien en véritable terrain de jeu.
Alors non, surtout, ne laissez pas tomber !
Pour ma part, j’ai passé un excellent moment et je recommande vivement cette petite pépite noire, drôle, grinçante et terriblement originale.
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Extraits :
« Bon…
Dans l’absolu, tout le monde s’en fout.
Les gens vivent au ras du sol et plus personne ne lève le nez. Alors, pensez donc, un type insignifiant en équilibre précaire sur une balustrade, ça peut mettre un certain temps à se remarquer. Surtout au troisième étage d’un immeuble au fin fond d’une impasse.
Le numéro 8 de l’allée Auguste Bartholdi. »
« — Tu vas finir par loucher à rester l’œil collé à ce judas.
— Parle donc moins fort, il va t’entendre !
— Grand bien lui fasse ! Ça aurait le mérite de te détacher de la porte. Tu fais bonne figure avec la joue collée ainsi pour espionner ton voisin.
Marie-Étienne Wolfberg tourna la tête et jeta un regard assassin à sa sœur. Celle-ci n’avait jamais rien compris de la nécessité primordiale de surveiller tout le monde et, en particulier, ce gros fainéant d’Antoine Spisser. »
« — Excusez-moi, mais je n’ai pas trace d’une indication de profession.
— Oh ? Pardon… Il faut tout refaire. Nom, prénom, âge et profession, c’est ça ? Donc… Je me nomme Edmond Wiesling, j’ai 32 ans et j’enseigne la zététique à l’université. »
« Les vieux aiment la mort des autres, autant qu’un licencié d’un sport quelconque apprécie une rencontre amicale. C’est comme un entraînement grandeur nature.
On y évalue ses forces et ses faiblesses, ses atouts et ses points à perfectionner. Celui-ci a raté sa sortie pour une question de timing, celle-ci marque des points par la qualité de son intérieur. Comme ce conseil de grand-mère qui vous enjoint de toujours enfiler une culotte propre avant de sortir, des fois qu’il vous arrive quelque chose. »


Nick Gardel est le pseudonyme de Nicolas Juan, un écrivain et un enseignant.
Après avoir exercé différents petits boulots, dont vendeur de disques d’occasion, d’informatique grand public, il intègre l’Éducation nationale.
Il s’y occupe d’adolescents les plus en marge du système scolaire voire de la société. Professeur des écoles, il travaille auprès d’enfants déficients.
Nicolas Juan s’est offert le pseudonyme de Nick Gardel pour laisser libre cours à sa passion de la phrase bien tournée et du mot bien placé.
Plus habitué au polar humoristique à la verve cynique et aux rebondissements foutraques, pour la première fois avec « Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance » (2021), il durcit le ton et soulève un peu le voile pudique sur son quotidien.
Depuis 2009, il a publié la plupart de ses recueils de nouvelles et polars en auto-édition.
Marié et père d’un enfant, il vit à Colmar.
Son site : http://nickgardel.e-monsite.com
— Chorale (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/chorale-de-nick-gardel/
— Nevermore (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/nevermore-de-nick-gardel/
— Musical Box (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/musical-box-de-nick-gardel/
— Mal placé (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/mal-place-de-nick-gardel/
— Mourir, encore… (et plein d’autres choses) (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/01/25/mourir-encore-et-plein-dautres-choses/
— Morts Chroniques (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/13/morts-chroniques/
— Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/23/ceux-qui-boivent-pour-oublier-sont-pries-de-payer-davance/
