de Alain Cadéo
Broché – 18 juin 2026
Éditions : La Trace
Réédition.
Publié le 1er Janvier 1983 – Prix Marcel Pagnol

Stanislas est une longue méditation à travers les souvenirs d’un vieil homme à la fin de son existence, sur une île grecque et qui chante comme un adieu, un hymne à la vie, à ses amours d’antan, à ses joies comme à ses peines, avant de boire à la santé de la mort qu’il s’est choisie.

Il existe des livres qui arrivent jusqu’à nous avec une émotion particulière, comme s’ils avaient choisi leur moment. Stanislas est de ceux-là.
Je tiens d’abord à remercier très sincèrement Martine Cadéo pour cet envoi. À travers cette magnifique réédition, parue le 12 juin, date hautement symbolique du départ d’Alain Cadéo, les éditions La Trace poursuivent un travail admirable. Faire vivre une œuvre qui n’a rien perdu de sa lumière.
Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette écriture si singulière qui caractérise Alain Cadéo. Une langue qui ne cherche jamais à impressionner, mais qui respire, qui chante, qui caresse l’âme avec une infinie délicatesse. J’ai suivi Stanislas, soixante-quinze ans, retiré sur une île grecque, dans une maison blanche ouverte sur le vent, la mer et le silence. Là, loin du tumulte, il regarde sa vie défiler avec une lucidité désarmante. Les souvenirs reviennent sans nostalgie excessive, simplement parce qu’ils ont façonné l’homme qu’il est devenu. Les amours, les blessures, les absences, les joies… tout trouve naturellement sa place dans cette longue méditation où chaque mot semble pesé avec le cœur.
Au fil des pages, je ne lisais plus vraiment un roman. J’avais le sentiment d’écouter la confidence d’un homme arrivé au crépuscule de son existence, qui accepte le temps avec une sérénité bouleversante. La solitude n’y est jamais synonyme d’abandon. Elle devient un refuge, un espace de vérité où l’on apprend enfin à écouter le murmure du monde.
J’ai été profondément touché par la beauté de cette langue, par cette façon qu’avait Alain de transformer une simple pensée en émotion. Rien n’est démonstratif. Tout est suggestion, pudeur et humanité. Chaque phrase semble naître du souffle même de son personnage.
Puis il y a Carmino, ce jeune garçon qui lui apporte ses repas, les souvenirs de ses parents, de Maurice, Sophie, Blandine, Marika… Autant de présences qui composent une mosaïque de vie où chaque rencontre laisse une empreinte discrète mais essentielle. Alain ne raconte pas seulement une existence. Il peint des sensations, il sculpte le silence, il transforme les mots en lumière. Son écriture possède cette musicalité rare que je n’oublierai jamais.
Deux ans après sa disparition, sa voix demeure intacte. Car les écrivains capables de toucher aussi profondément le cœur de leurs lecteurs ne disparaissent jamais vraiment. Ils continuent de vivre dans chacune de leurs phrases. Stanislas est un roman d’une beauté paisible, profondément humain, qui invite à ralentir, à contempler et à remercier la vie pour ce qu’elle nous offre, même dans ses fragilités.
Merci Alain. Merci Martine, de faire vivre avec autant de fidélité l’œuvre d’Alain. Merci la vie…
Cette réédition est bien plus qu’une nouvelle publication, c’est un magnifique hommage à un écrivain qui, aujourd’hui encore, continue d’éclairer ses lecteurs de sa lumière si particulière.
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Extraits :
« La terre vibre comme à ses débuts, couverte de frissons, se préparant à quelque étrange soubresaut.
Les longues pierres blanches qui sortent de la mer montent en coulures lisses jusqu’aux premiers bosquets d’épineux. La maison est encore loin derrière, au-delà d’un quartier d’oliviers.
Sophie est la dernière femme qu’il m’a été donné de connaître. Depuis deux ans, et désormais jusqu’à la fin, je vis seul, dans cette demeure blanche dont les toits sont ronds… symbolique vivace, à six kilomètres du premier village. »
« Le Steinway est un long crocodile d’Afrique. C’est le seul instrument qu’ici je possède. Je le pousse au dehors sur la terrasse, certains soirs, face à la montagne, j’attaque sa paroi très abrupte, je la martèle d’accords. Elle se fige un moment dans une espèce d’attention puis elle se courbe ou se redresse; je lui imprime de secouantes caresses.
Ce piano fut probablement un des derniers grands plaisirs que nous nous sommes offerts. Il est venu, lorsque nous avons vendu notre maison au pays basque, remplacer l’orgue intransportable de grand-père Maurice. J’avais eu beaucoup de mal à me passer de musique, je voulais de plus que les enfants aient à leur disposition un moyen bien sonore de chanter leurs joies ou leurs chagrins. Ce piano fit office de dépotoir, nous y jetâmes toutes nos énergies et aussi nos colères. Il incitait nos plaintes. J’ai vu Thomas jouer des heures et j’ai entendu Cyprien, mon second fils, chanter la bouche près des cordes pour le mystère des harmoniques. Le soir, je leur racontais des histoires, accompagnant les mots de notes de musique et nous rêvions tous au milieu de la pièce, laissant la perfection d’étonnantes coïncidences faire glisser nos imaginations sur des paysages inconnus. »
« Le temps est une infâme tourbe. Les hommes le vivent comme une menace dont seule une fébrilité d’insecte peut freiner l’immanence ; ils en font un outil justificateur : agendas, plannings, horaires à respecter. »
« Dans la grande pièce sans meuble, mes imprécations résonnent et les sourires de ma fille me répondent doucement. Ce sont les seules photographies que je possède; je les ai fait développer, immenses : il y a sur le mur du fond des visages, des sourires, les siens à des âges différents : cinq ans, dix ans, vingt ans, quarante ans, quarante neuf ans. Cinq sourires. Dans chacun explose une douleur, douleur d’un demi-siècle… »
« Il est vrai que la vie est une infinité de détails s’imbriquant les uns les autres. Commencer à vieillir c’est peut-être simplement tendre un fil d’un événement à l’autre, c’est surtout renoncer à leur donner un sens. Seule la pauvreté d’esprit se cherche des justifications, on bourre sa misère d’explications infinies. »


Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.
Il est avant tout un passionné des autres, des humbles, ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.
Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.
Il nous a quittés en juin 2024.
Sa bibliographie complète est la suivante :
Les Voix de Brume (1982, nouvelles)
Stanislas (1983, roman)
La Corne de Dieu (1983, roman)
L’Océan vertical (1983, roman)
Le Mangeur de Peur (1984, roman)
Macadam Epitaphe (1986, texte)
Le Ciel au ventre (1993, texte)
Les Anges disparaissent (1998, roman)
Fin (1999, texte)
Et votre éternité sera la somme de vos rêves (2008, roman)
L’Ombre d’un doute (2008, théâtre)
Les Réveillés de l’ombre (2013, théâtre)
Zoé (2013, roman)
Chaque seconde est un murmure (2016, roman)
Des Mots de contrebande (Aux inconnus qui comme moi…) (2018, texte)
Comme un enfant qui joue tout seul (2019, roman)
Mayacumbra (2019, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/26/mayacumbra/
Lettres en Vie (2020, texte illustré)
Confessions (ou les spams d’une âme en peine) (2021, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/03/confessions-ou-les-spams-dune-ame-en-peine/
Arsenic et Eczéma (2022, théâtre)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/06/arsenic-et-eczema/
L’Homme qui veille dans la pierre (2022, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/09/08/lhomme-qui-veille-dans-la-pierre/
M (2023, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/08/m/
Billets de contrebande (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/03/04/billets-de-contrebande-inedits/
Le ciel au ventre (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/15/le-ciel-au-ventre/
Il y a quelque chose encore devant (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/29/il-y-a-quelque-chose-encore-devant/
Contes des petits mondes d’à coté (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/03/contes-des-petits-mondes-da-cote/
