Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Suspense

La fille de l’océan

de Alexis Aubenque
Broché – 6 juin 2019
Éditeur : Hugo Roman

Deux destins croisés, un terrible secret…
Au début de l’été, Jason Zimmer, enseigne de vaisseau des gardes-côtes du district de Santa Barbara, sauve in extremis de l’océan déchaîné une jeune femme. Vicky Lance, une chanteuse célèbre, connue pour ses frasques et sa vie dissolue. Mais Jason est persuadé que derrière cette image, se cache une personnalité bien plus complexe et touchante. Quels terribles secrets peut-elle bien cacher ?
De son côté, Keith Morrison, journaliste au Santa Barbara News, écrit des articles où il dresse le portrait de citoyens ordinaires. Il vient de porter son choix sur une mère de famille, danseuse dans un club privé. Le parcours exemplaire d’une femme modèle, farouchement déterminée à s’en sortir. Mais est-elle vraiment prête à tout ?
Enfin, un cadavre a été retrouvé dans la campagne environnante. Sandy Dawson, sergent au commissariat de la ville, est appelée sur place. La piste criminelle est aussitôt envisagée.

Alexis Aubenque fait partie des tout premiers auteurs que j’ai eu la chance de rencontrer sur les salons du livre. Dès notre première rencontre, quelque chose est passé. Un homme simple, chaleureux, qui aime discuter, rire et surtout raconter des histoires. Au fil des années, il est devenu pour moi un véritable conteur, et je me laisse embarquer avec plaisir dans chacun de ses récits.

Après ses romans de science-fiction, trop méconnus à mon goût, puis ses sagas River Falls, Nuits noires à Seattle, Jack Turner et bien d’autres, je retrouve ici Alexis dans un registre mêlant romance, suspense et feel-good. Cela faisait malheureusement quelques années que je n’avais pas pu lire l’un de ses récits… C’est fait !

Huit ans après La Fille de la plage, je retrouve avec bonheur Keith, Jason, Sandy et Nathan, toujours liés par cette amitié indéfectible et plus encore qui constitue le cœur du récit. Cette fois encore, j’ai plongé dans leur nouvelle aventure, passant de la légèreté au drame, de l’humour au doute, sans jamais perdre le fil.
Sous ses airs de lecture estivale, La Fille de l’océan aborde pourtant des sujets sérieux, déni de grossesse, manipulation familiale, mères isolées, célébrité et fragilité des apparences. Je me suis facilement mis à la place des personnages, en me demandant comment j’aurais moi-même réagi face à certaines situations.

J’ai retrouvé la plume fluide et addictive d’Alexis, ses chapitres courts, ses dialogues nombreux et cette construction qui donne énormément de rythme au récit. Chaque chapitre m’a permis de suivre un protagoniste différent et d’assembler progressivement les pièces d’un véritable puzzle.

J’ai particulièrement aimé retrouver cette bande d’amis, leurs personnalités, leurs valeurs et cette façon qu’ils ont de se soutenir malgré les épreuves. Et puis Alexis sait parfaitement jouer avec les contrastes. Il apporte de la légèreté aux moments graves et de la profondeur aux situations qui paraissent les plus légères. Santa Barbara, ses plages, ses corps de rêve, ses paillettes et ses fortunes offrent un décor de carte postale, mais derrière les apparences se cachent des personnages beaucoup plus profonds.

Tous vont prendre des risques, connaître la peur et parfois mettre leur vie en danger, au point de fragiliser cette amitié pourtant si solide. Les secrets se dévoilent peu à peu, les révélations s’enchaînent et l’enquête prend progressivement de l’ampleur. Une fois encore, Alexis Aubenque m’a offert un véritable page-turner. Je n’ai pas vu les pages défiler.

La Fille de l’océan a été pour moi une lecture captivante et profondément humaine, un délicieux cocktail de suspense, de romance, d’amitié et d’émotions.

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Extraits :

« — Merde, merde, merde ! jura Paul Pierson. Allez, rhabille-toi vite! Vite !
Réveillée en sursaut, Sandy n’y comprenait rien.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Ma femme arrive !
— Quelle femme ?
— Ma femme ! Je t’expliquerai tout, mais il faut que tu t’en ailles tout de suite !
L’homme était totalement paniqué. Il attrapa les vêtements de Sandy posés près du lit et les lui jeta au visage.
— Tu es marié ! »

« Méthodiquement, il scrutait l’obscurité quand il crut apercevoir une ombre flotter à quelques mètres de lui. L’air commençait à lui manquer mais, empli d’une étincelle d’espoir, il se mit à nager plus vite encore et, quelques secondes plus tard, il distinguait la forme d’un corps.
Ses poumons le faisaient terriblement souffrir, une intense brûlure à l’intérieur du thorax le dévorait, mais il refusait d’abandonner.
Le courant très puissant le poussait heureusement vers son but, et alors qu’il n’y croyait plus, il tendit la main en avant et attrapa un bras. Oubliant la douleur infernale qui lui broyait les poumons, il saisit le corps inerte sous les aisselles, le plaqua contre le sien et commença à remonter. »

« La jeune chanteuse était à demi-allongée dans son lit.
— Alors, c’est vous qui m’avez sauvée ?
Habituellement plutôt sûr de lui, Jason se sentait intimidé. C’était la première fois qu’il se trouvait face à une véritable star. Même s’il ne connaissait pas bien ses chansons, il avait entendu parler de la réputation de la jeune femme, et n’en était pas moins mal à l’aise.
— Il paraît.
— Le Docteur Montgomery m’a dit que vous aviez failli y rester.
— Je suis en vie, et vous aussi, c’est tout ce qui compte.
Vicky Lance eut un petit rire qui la fit tousser.
Jason s’avança un peu plus près du lit. Malgré la fatigue qui se lisait sur les traits de la chanteuse, elle était adorable. De longs cheveux bruns encadraient son visage angélique. »

« — Vous avez raison. La justice doit passer, mais j’étais tellement en colère. Je crois que je pourrais tuer si on s’attaquait à mon enfant.
— J’en ferais autant, mais justement, la police sert à éviter la loi du talion. La violence engendre la violence.
Si nos sociétés sont bâties sur des lois, ce n’est pas le fait du hasard. La vengeance ne mène à rien de bon. Dans la colère, personne n’est capable de juger objectivement et de rendre la bonne sentence pénale pour punir un coupable. »

Née le 23 décembre 1970, originaire de Montpellier. Alexis Aubenque, après une maîtrise en sciences économiques, décide de changer radicalement de cap, et se tourne vers l’écriture.

Passionné de littératures de genre, il devient libraire durant près de dix ans, tout en publiant des romans de science fiction, dont le diptyque « La chute des mondes » chez Pocket, ainsi que la nanologie « L’empire des étoiles » chez Fleuve Noir. Il se tourne ensuite vers le Thriller, où il publiera aux éditions Calmann-Levy la trilogie River Falls, dont le deuxième tome fut couronné par le Prix Polar de Cognac.

Il enchaîne en 2011 avec le premier tome des « Nuits Noires à Seattle », la suite délocalisée à l’Est de River Falls, mais aussi avec Canyon Creek, un « one shot » aux éditions du Toucan. Lauréat de prix prestigieux et traduit dans plusieurs pays, Alexis Aubenque dans son dernier roman, convie sur les plages ensoleillées de Santa Barbara une multitude de personnages attachants et savoureux dans une saga d’été qui mêle romance, amitié, mystère et rebondissements.

Lauréat du prestigieux Prix Polar du festival de Cognac pour Un Automne à River Falls, le deuxième épisode de la série des enquêtes de Mike Logan, Alexis est souvent dépeint comme le Harlan Coben français, pour son sens du suspens, la nervosité de son écriture et la force de ses personnages. Désormais, c’est chez Bragelonne Thriller que « le plus américain des auteurs français » publie sa série d’été.

Des larmes sur River Falls (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/17/des-larmes-sur-river-falls/

Émotion, Famille, Psychologie, Suspense

L’Enfant aux cailloux

de Sophie Loubière
Poche – 13 mars 2014
Éditeur : Pocket

Elsa Préau est une retraitée bien ordinaire. De ces vieilles dames trop seules et qui s’ennuient tellement – surtout le dimanche – qu’elles finissent par observer ce qui se passe chez leurs voisins. Elsa, justement, connaît tout des habitudes de la famille qui vient de s’installer à côté de chez elle. Et très vite, elle est persuadée que quelque chose ne va pas. Les deux enfants ont beau être en parfaite santé, un autre petit garçon apparaît de temps en temps – triste, maigre, visiblement maltraité. Un enfant qui semble l’appeler à l’aide. Un enfant qui lui en rappelle un autre… Armée de son courage et de ses certitudes, Elsa n’a plus qu’une obsession : aider ce petit garçon qui n’apparaît ni dans le registre de l’école, ni dans le livret de famille des voisins. Mais que peut-elle contre les services sociaux et la police qui lui affirment que cet enfant n’existe pas ? Et qui est vraiment Elsa Préau ? Une dame âgée qui n’a plus toute sa tête ? Une grand-mère souffrant de solitude comme le croit son fils ? Ou une femme lucide qui saura croire à ce qu’elle voit ?

C’est le deuxième roman de Sophie Loubière que je découvre, après Black Coffee, mais avec L’Enfant aux cailloux, je suis entré dans un tout autre univers.
Et quelle lecture ! Je l’ai dévoré, incapable de le lâcher avant la dernière page.

Dès les premières pages, je me suis attaché à Elsa Préau, personnage aussi fascinant qu’inquiétant. Ancienne institutrice puis directrice d’école, cette vieille dame vit seule dans le pavillon de son enfance. La solitude lui pèse, alors elle observe, note, analyse et tente de rester connectée au monde qui l’entoure. Un peu imaginative, peut-être médium, certainement paranoïaque, mais surtout lucide, obstinée et terriblement persévérante.

Elsa consigne ses pensées dans de petits carnets, écrit aux élus, s’inquiète des nuisances, de l’environnement et de tout ce qui lui semble anormal. Jusqu’au jour où, en observant ses voisins, elle pense assister à la maltraitance d’un enfant.
Mais peut-on réellement lui faire confiance ?
Est-elle victime de ses hallucinations, manipulatrice, dangereusement paranoïaque ou simplement une femme âgée que la solitude a peu à peu fragilisée ?

C’est là que Sophie m’a complètement manipulé. Plus j’avançais, plus le doute s’installait et plus je me demandais qui croire. La police, les services sociaux, la famille… chacun semble avoir sa part d’ombre et d’impuissance.

J’ai beaucoup aimé cette façon qu’a l’autrice de brouiller les pistes sans jamais perdre le fil de son intrigue. Sa plume est vive, fluide, précise, et surtout remarquablement humaine.
Elle aborde la solitude des personnes âgées, la maltraitance infantile, les relations entre parents et enfants, mais aussi les failles de notre société.
J’ai également apprécié les nombreux sujets qui affleurent entre les lignes. Santé, politique, médias, environnement et manipulations diverses. Charge à nous de les accepter ou pas. Personnellement je les valide tous !
Elsa m’a profondément touché, tout en me mettant parfois mal à l’aise par certaines de ses manies et ses réactions radicales.

Et puis il y a cette atmosphère de malaise qui ne me quitte pas. Sophie entretient le suspense jusqu’au bout et distille ses révélations avec une remarquable efficacité. Chaque élément finit par trouver sa place, jusqu’à des dernières pages absolument époustouflantes.

L’Enfant aux cailloux est pour moi bien plus qu’un roman noir. C’est un formidable portrait de femme, dérangeant, intime, parfois drôle et profondément bouleversant.
Une histoire qui m’a manipulé, ému et fait réfléchir.
Un véritable coup de cœur que je vous conseille vivement !

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Extraits :

« Le jeu du vent et du soleil amusait les rideaux. Depuis sa chaise, le petit garçon eut un sourire. Il lui semblait qu’un être invisible, sensible aux caresses de ce dimanche d’été, jouait à cache-cache derrière le tissu en jacquard. Les yeux clos, l’enfant aurait juré entendre des gloussements de plaisir sous le motif de médaillon. »

« Des cris aigus et le grincement d’une balançoire tiraient Mme Préau de sa sieste dominicale vers 15 heures. Elle se levait, ouvrait les doubles rideaux et découvrait les enfants jouant dans le jardin. Une fillette et deux garçons. Le plus petit des garçons n’avait guère plus de trois ans et pleurnichait beaucoup, victime des farces de sa sœur. Peut-être âgée de cinq ou six ans, elle le faisait délibérément chuter de la balançoire, lui arrachait le ballon des mains ou le poussait d’un petit camion pour prendre sa place. Elle usait de sa supériorité physique avec aplomb, profitant du fait que ni son père ni sa mère ne les surveillaient. Ces derniers se contentaient de jeter de brefs coups d’œil à leurs enfants lorsque ceux-ci étaient trop turbulents. Parfois, le père sortait fumer des cigarettes en buvant un café ou une bière. Il s’asseyait sur un fauteuil de jardin en plastique blanc et s’intéressait surtout à son téléphone portable. La mère apparaissait peu en dehors de la maison ; si elle traversait le jardin, c’était au pas de charge et dans le seul but de décrocher le linge étendu devant le mur du garage. »

« Mme Préau jouissait d’une vue correcte pour son âge. Il lui était cependant difficile de voir net au-delà d’une certaine distance, même avec ses lunettes. Aussi décida-t-elle début août d’acquérir auprès de l’opticien M. Papy une paire de jumelles de théâtre.
La raison à cela : le garçonnet sous le bouleau pleureur. Son absence de contact entre lui et le reste de la famille l’intriguait. Cela relevait sans doute d’un tempérament solitaire ou d’une tendance au repli sur soi. Mais cette attitude aphasique à la limite de la prostration était singulière. Jamais il ne tenait dans ses mains de jouet, se contentant de brindilles et de cailloux. »

« À un moment, le silence devient intenable, les gens parlent. L’institution Église y est confrontée actuellement mais elle ne sera pas la seule. J’attire votre attention, Madame la ministre, sur le fait que ces derniers jours ont été arrêtés un professeur de gymnastique ainsi qu’un général de l’armée. La pédophilie ne frappe pas que l’Église et les hommes célibataires.
C’est souvent un phénomène familial, une perversion dont on ne guérit pas.
On parle beaucoup du célibat des prêtres. Ce célibat est souvent vécu comme une amputation. Non seulement pour l’aspect sexuel, mais aussi pour l’aspect affectif. Imaginez ces hommes qui jamais ne serrent quelqu’un dans leurs bras, qui jamais ne vont dans les bras de quelqu’un, à part leur proche famille. C’est très difficile à vivre, croyez-moi. Étant moi-même divorcée depuis 1975 et ayant fait le choix de ne pas me remarier afin de me consacrer à mon fils et à mon métier, j’en sais quelque chose. Je pense à tous ces hommes et ces femmes qui souffrent de solitude et de manque affectif, et je me dis qu’il ne faut pas s’étonner si certains plongent dans la dépression, l’alcoolisme ou la perversité. »

Journaliste et romancière, Sophie Loubière s’est longtemps partagée entre le micro (France Inter, France Info) et la plume. Auteur d’une dizaine de romans et de nouvelles policières, elle publie son premier polar dans la collection Le Poulpe en 1999. De Paris à San Francisco (Dans l’œil noir du corbeau), des forêts lorraines à la route 66 (Black coffee et White Coffee), elle plonge le lecteur dans un trouble profond.
En 2011, le succès de L’enfant aux cailloux lui vaut une reconnaissance internationale. Traduit en langue anglaise, le livre remporte plusieurs prix littéraires. En 2015, elle aborde l’Histoire avec À la mesure de nos silences (Fleuve Editions), un hymne à la vie, entre ombre et lumière, inspiré d’un fait réel de la seconde Guerre Mondiale. Cinq cartes brûlées (Fleuve Noir), confirme l’intérêt de Sophie Loubière pour le fait divers, révélateur des carences et névroses de notre société.

Black Coffee (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/28/black-coffee/

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Thriller

Dis, t’en souviendras-tu ?

de Janine Boissard
Broché – 8 mars 2018
Éditeur : Plon

Que se passe-t-il lorsque le poids des secrets est si lourd à porter ? Au cœur de la Provence, Aude tente de dénouer les fils de sa vie : qu’est-il arrivé à son mari ? Pourquoi ses souvenirs lui échappent ? Drames, mystères et affaires familiales se déploient dans le nouveau roman de Janine Boissard.

Aude a 23 ans, elle est l’épouse d’un parfumeur connu à Grasse. Et voilà que ce matin, elle se retrouve à l’hôpital, privée d’une partie de sa mémoire. Elle apprend qu’on l’a retrouvée, inanimée, sur un chemin désert. Non loin, la voiture de son mari, portières ouvertes, vide. Quel leur est-il arrivé ?
Avec l’aide d’un psychiatre, elle va tenter de recouvrer sa mémoire. Mais le veut-elle vraiment ? Avec le retour de ses souvenirs, ne devra-t-elle pas faire face à une redoutable vérité ?

Un suspense haletant et une belle histoire d’amour dans les paysages parfumés de la Haute Provence.

C’est le deuxième roman de Janine Boissard que je découvre, et je comprends un peu mieux pourquoi cette autrice touche autant de lecteurs. Avec Dis, t’en souviendras-tu ?, elle m’a offert une lecture captivante, portée par un suspense psychologique aussi délicat qu’émouvant. Dès les premières pages, je me suis profondément attaché à Aude. Victime d’une violente agression, elle se réveille amnésique, incapable de se souvenir des événements qui ont bouleversé sa vie. Plus troublant encore, son mari a disparu… et elle découvre qu’elle est enceinte.

J’ai vécu cette enquête à travers ses yeux, partagé entre l’envie de connaître la vérité et la peur de ce qu’elle pourrait retrouver au fond de sa mémoire. Chaque séance chez son psychiatre fait remonter des fragments de souvenirs, parfois flous, parfois terrifiants, comme les pièces d’un puzzle qu’il devient urgent de reconstituer. Peu à peu, l’image d’une existence idéale se fissure. Derrière la réussite de son mari, célèbre parfumeur, se cache un homme bien plus inquiétant qu’il n’y paraît. Les zones d’ombre de son passé, les secrets de famille et les silences trop longtemps entretenus donnent au récit une tension permanente.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’autrice aborde l’amnésie post-traumatique avec beaucoup de sensibilité. Mais ce roman va bien au-delà du simple thriller. Il parle aussi des liens familiaux, de l’amour maternel lorsqu’il devient possessif, des apparences que l’on préfère préserver et des blessures que l’on refuse de regarder en face. La plume de l’autrice est fluide, élégante et incroyablement immersive. Les chapitres s’enchaînent naturellement, si bien que je n’avais qu’une envie, tourner la page pour découvrir ce qui attendait Aude. J’ai également été touché par le regard profondément humain que Janine Boissard porte sur ses personnages. Aucun n’est totalement noir ou totalement lumineux, chacun porte son lot de regrets, de faiblesses et d’espoir.

Dis, t’en souviendras-tu ? est un roman où le mystère familial se mêle à une belle histoire de résilience et d’amour. Une lecture prenante, riche en émotions, que j’ai dévorée avec un immense plaisir.
Et une chose est certaine… ce ne sera pas mon dernier rendez-vous avec Janine.

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Extraits :

« Sur une feuille de papier pliée en quatre, cachée tout au fond de sa poche, elle a écrit ses nom et prénom : Aude Saint Georges, son âge, 23 ans, et son adresse à Grasse. « C’est complètement ridicule, lui a lancé sa mère, tu ferais mieux de prendre ta carte d’identité, comme tout le monde. » Mais imaginez qu’elle la perde ou qu’on la lui vole ? Et, de toute façon, quand on a vécu cette horreur, se retrouver un jour dans un endroit inconnu, attachée à un lit, perdue dans le brouillard, on se rassure comme on peut, ridicule ou pas. Et ce bout de papier qu’elle pouvait toucher à tout instant, la rassurait comme le minuscule clignotant d’un SOS. »

« À l’hôpital, on lui avait expliqué qu’il y avait différentes sortes de souvenirs. Par exemple les « souvenirs de souvenirs », ces moments, ces instants, bons ou mauvais, que l’on vous a si souvent racontés que vous êtes certain de les avoir vécus. Et, à ceux-là, tout le monde avait droit. Il y avait aussi ce qu’on appelait la « confabulation », dont étaient victimes ceux qui souffraient d’amnésie, qui se sentaient obligés d’inventer des choses sur leur passé pour tenter de combler les trous. Sur ce mur, pas de « confabulation », du réel, du costaud, auquel on pouvait se fier. »

« Elle a rêvé qu’elle errait nue dans une plaine glacée. D’une longue chemise de nuit qui l’enveloppait comme un linceul, d’une voix qui lui ordonnait « À genoux ! » et d’un mot qui s’imprimait partout :
« immaculée ». C’est fini, c’est fini. Pourquoi ne cesse-t-elle pas de se répéter ces deux mots, comme un mantra ? Qu’est-ce qui a pris fin ? Quel danger s’est éloigné ? Quelle menace dont elle peine à se souvenir ? »

« — Toujours d’après Irène, la petite aurait pensé à divorcer, a poursuivi Basile. Apparemment, elle n’en a pas eu la force.
« La petite »… Aude a revu la jeune femme aux boucles blondes et au visage diaphane sur la photo.
Pour la première fois, elle s’est demandé si Béatrice avait, avant elle, occupé la chambre « Topaze». La chemise de nuit de dentelle : la sienne ? Elle a frissonné.
— Comment est-elle morte ? a-t-elle murmuré.
— Une surdose de médocs.
— Tu veux dire qu’elle s’est suicidée ?
— On ne le saura jamais. Un matin, elle ne s’est pas réveillée. Je te laisse imaginer le désespoir de ses parents : leur unique enfant. »

Dès l’âge de 20 ans, Janine Boissard commence sa carrière d’écrivain sous le nom de Janine Oriano, son nom d’épouse.
Avec B comme Baptiste, elle est la première Française à publier dans la collection “Série Noire”. En 1977, la grande saga L’Esprit de famille, publiée cette fois sous son nom de jeune fille, la fait connaître du grand public. Parallèlement, elle écrit pour la télévision. Les chambardements dans la famille, les problèmes de couple et la place de la femme moderne dans le monde du travail sont les thèmes le plus souvent abordés par Janine Boissard dans ses romans. Parmi ses plus grands succès, on retiendra la saga de Belle-Grand-Mère ainsi que Une femme en blanc (Robert Laffont, 1996), suivis de Marie‑Tempête (Robert Laffont, 1998).

Mère de quatre enfants, Janine Boissard a publié une quarantaine de romans, notamment, parmi les plus récents,
Histoire d’amour (2004)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/22/histoire-damour/
Belle Arrière-Grand-Mère (Fayard, 2014),
Au plaisir d’aimer (Flammarion, 2015),
Une femme : le roman d’une vie (Flammarion, 2016),
Voulez‑vous partager ma maison ? (Fayard, 2016),
La Lanterne des morts (Fayard, 2017),
Dis, t’en souviendras-tu ? (Plon, 2018),
Les Quatre Filles du docteur Moreau (Fayard, 2018).

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Famille, Philosophique

La Passeuse d’histoires

de Sejal Badani
Broché – 9 septembre 2021
Éditeur : CHARLESTON

De l’Inde qui a vu naître ses parents, Jaya ne sait rien, ou presque. Mais alors que son corps semble lui refuser la maternité à laquelle elle aspire, Jaya ressent le besoin d’aller à la rencontre de ses origines.

Au cœur de la province du Madhya Pradesh l’attend Ravi, fidèle serviteur de sa grand-mère disparue et dépositaire de ses plus intimes secrets. Mariage arrangé, drames et amours impossibles… Jaya découvre, bouleversée, le destin tragique et hors du commun des deux générations de femmes qui l’ont précédée. C’est dans leur courage et leur résilience qu’elle puisera la force de trouver sa propre place dans le monde.

Loin des clichés d’une Inde de carte postale, Sejal Badani parvient à insuffler beauté et délicatesse au sein des tragédies les plus sombres.

« Une célébration de la littérature qui offre une voix à ceux qui en sont privés. »
New York Journal of Books

Je viens de terminer ce superbe roman le cœur lourd et la larme à l’œil…
Sejal Badani avec La Passeuse d’histoires m’a emporté avec son récit dans tout ce que j’aime. Un récit prenant et magnifique malgré les sujets qui s’enchainent tous plus graves les uns que les autres, mais à la fin, la vie, l’amour, la famille sont toujours là…

Tout a commencé par une couverture et un titre qui m’ont irrésistiblement attiré. Dès la première page, j’ai été happé par un récit d’une délicatesse rare, où les drames les plus profonds côtoient sans cesse l’amour, la famille et l’espoir. J’ai été emporté jusqu’au dernier mot transformant ma lecture en gros coup de cœur !

J’ai fait la connaissance de Jaya, une journaliste new-yorkaise d’origine indienne, bouleversée par trois fausses couches et un mariage qui s’effondre. Lorsqu’elle apprend que son grand-père maternel est mourant, elle décide de partir en Inde, sur les traces d’un passé qu’elle ignore presque totalement. Là-bas, Ravi, ancien serviteur et fidèle ami de sa grand-mère Amisha, lui ouvre les portes d’une mémoire longtemps enfouie. À travers sa voix naît une seconde histoire, celle d’Amisha, jeune fille mariée à quinze ans selon les traditions d’une Inde encore sous domination britannique.

J’ai été profondément touché par cette construction à plusieurs voix, qui fait dialoguer trois générations de femmes unies par les mêmes blessures, les mêmes rêves et une incroyable force de résilience. Amisha devient rapidement le cœur du roman, une femme privée de liberté, mais jamais de son imaginaire, elle trouve dans l’écriture un refuge et une manière de préserver son âme. Mais le personnage de Ravi est tout aussi magnifique. Intouchable dans une société régie par les castes, il incarne la fidélité, la gratitude et cette amitié inconditionnelle qui transcende les barrières sociales. Sa relation avec Amisha est d’une beauté bouleversante.

Sejal Badani dresse également un portrait fascinant de l’Inde d’autrefois, entre traditions ancestrales, domination coloniale, émergence de Gandhi et quête d’indépendance. Ce contexte historique enrichit le récit sans jamais étouffer l’émotion. La plume de l’autrice est élégante, sensible et profondément immersive. Chaque page semble rappeler que les histoires possèdent un pouvoir immense, celui de réparer les silences, de transmettre les mémoires et parfois même de changer une destinée.

La Passeuse d’histoires est un roman historique, une magnifique histoire d’amour et d’amitié, mais surtout un vibrant hommage aux femmes qui, malgré les interdits, ont trouvé dans les mots la plus belle des libertés.

Si vous ne l’avez pas lu, laissez-vous porter par cette merveille.
Elle a touché mon cœur… et je suis convaincu qu’elle saura toucher le vôtre.

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Extraits :

« VINGT POUR CENT DES FEMMES font un jour une fausse couche. Parmi elles, quatre-vingts pour cent perdent leur bébé au cours du premier trimestre de grossesse. Les risques sont de douze pour cent à trente ans – une probabilité qui augmente avec l’âge.
Je peux réciter par cœur ces statistiques, et bien d’autres encore. J’ai lu tout ce qui était à ma portée, dès le jour où on a décidé d’avoir un enfant.
C’était il y a cinq ans. Depuis, j’ai passé un nombre incalculable d’heures à la bibliothèque et sur Internet, dans l’espoir de trouver une nouvelle étude, un nouveau médicament, qui multiplierait mes chances d’arriver à terme. Mais peu importent mes lectures, j’en viens toujours à la même conclusion : certains bébés naissent, d’autres pas. »

« J’AVAIS CINQ ANS QUAND J’AI SUPPLIÉ ma mère de m’offrir un chien. La race ou la taille n’avaient aucune importance : je voulais juste avoir un compagnon qui soit bien à moi, à aimer et à câliner. Trois jours après ma requête, ma mère m’a fait la surprise : un chiot en laisse m’attendait à la maison. C’était le bonheur. Je l’emmenais partout et il dormait dans mon lit. Quelques mois plus tard, il s’est enfui et nous ne l’avons pas retrouvé. Assise sur mon lit, j’ai pleuré pendant des heures sous les yeux de ma mère qui demeurait silencieuse, dans l’embrasure de ma chambre. Je me suis finalement endormie, épuisée de chagrin. Ce n’est qu’au matin que j’ai compris que pendant la nuit, elle avait tiré la couverture sur moi et avait éteint la lumière. Jamais elle ne m’a adressé un mot à propos de cette douloureuse perte. »

« QUAND J’AVAIS SEPT ANS, j’ai voulu apprendre à faire du vélo. Ma mère m’en a acheté un avec des roulettes, mais je les ai enlevées. Mes pieds
atteignaient à peine les pédales. Chaque jour, je montais dessus et chaque jour, je tombais. L’une de ces chutes a été particulièrement brutale, et j’ai récolté dix points de suture au front. Alors, Maman a enfermé mon vélo dans le garage. Quand nous en avons discuté, elle m’a laissé le choix entre abandonner ou attendre de grandir un peu pour réessayer. J’ai refusé de l’écouter et j’ai ressorti le vélo du garage en cachette. Le jour suivant, je me cassais le bras et m’ouvrais la lèvre en dévalant une pente. Elle a immédiatement offert mon vélo à l’un de nos voisins.
Quand j’ai exigé de savoir pourquoi, elle m’a répondu : “Jaya, parfois, c’est mieux de laisser tomber les choses qui nous font mal.” »

« — J’ai quinze ans. Mon mariage a déjà été arrangé.
Neema jeta un œil à l’horloge, puis à la porte, évitant le regard d’Amisha. Cette dernière, qui avait été mariée à quinze ans elle aussi, savait que les filles pouvaient être offertes à tout âge. Certaines familles pauvres échangeaient leur nouveau-né contre un sac de riz. Dans certains villages, on n’attendait pas que les filles aient quinze ans. Amisha se demanda si ces traditions changeraient au fil du temps. Mais personne, pas même les Britanniques, n’avait été capable de modifier les choses jusqu’à présent. »

Sejal Badani est une ancienne avocate qui écrit aujourd’hui à plein temps. Quand elle n’écrit pas, elle aime lire et voyager, avec Bruce Springsteen, Beyonce et Ed Sheeran en fond sonore. Elle vit actuellement sur la West Coast avec sa famille et leurs deux chiens.
Ses ouvrages font partie des listes bestsellers du USA Today, du Washington Post, du Wall Street Journal et d’Amazon Charts.

Son deuxième roman, La Passeuse d’histoires, a déjà conquis plus d’un million de lecteurs dans le monde.

Amour, Émotion, Drame, Famille, Frisson horreur, Histoire vraie, Violence

Les Mutilées

de Vincent Villa
Broché – 9 juin 2026
Éditeur : auto-édition

Léa, sept ans, appelle soudain sa mère au secours dans l’eau de son bain en lui avouant l’horreur qu’elle subit : son père, Maxence, lui « gratte la zézette ». Pour Émilie, séparée de cet homme qu’elle a fui avec sa fille, débute alors un cauchemar au long cours. Indifférent à la souffrance de Léa, le système cogne sur Émilie autant qu’il caresse Maxence, s’acharnant sur la protectrice pour mieux protéger le violeur. L’amour maternel, l’arme des plus poignants combats, même les plus désespérés, lui permettra-t-il de sauver l’être le plus cher à ses yeux ?

Journaliste et auteur, Vincent Villa, déjà six thrillers dans son sillage créatif, signe là son premier roman noir, entre intrigue fictionnelle et réalité documentaire, sur le sujet révoltant des mères désenfantées.

Avant toute chose, je tenais à remercier Vincent Villa pour la confiance qu’il m’a accordée en me confiant la réalisation de la couverture de « Les Mutilées ». C’est un projet qui m’a profondément touché, mais je n’imaginais pas, en ouvrant ce livre, à quel point son contenu allait me bouleverser.
Durant ma lecture, j’ai eu beaucoup de mal à le considérer comme un simple roman tant le sujet abordé est grave, documenté et profondément humain. À chaque chapitre, j’ai senti le travail de recherche de l’auteur, sa volonté de comprendre avant de raconter, mais surtout de donner une voix à celles et ceux qui peinent parfois à être entendus.

Tout commence lorsque Léa, sept ans, révèle à sa mère, Émilie, les violences sexuelles qu’elle subirait lors des visites chez son père. Dès cet instant, la vie de cette mère bascule dans un combat dont elle ne mesure pas encore l’ampleur. Elle pense protéger son enfant. Elle va pourtant se retrouver confrontée à une mécanique judiciaire et institutionnelle qui la pousse progressivement dans ses retranchements. J’ai ressenti beaucoup de colère, des envies de tuer aussi, puis une immense détresse en suivant son parcours. Vincent ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Il montre, avec une grande sobriété, l’usure psychologique d’une femme qui s’effondre peu à peu sans jamais renoncer à défendre sa fille. L’écriture est incisive, rythmée, parfois presque poétique, mais cette beauté de la langue ne fait que renforcer la violence de ce qui est raconté. Le suspense, les rebondissements et la construction du récit rendent la lecture impossible à interrompre. J’avais constamment besoin de connaître la suite, tout en redoutant ce que j’allais découvrir.
Ce qui m’a le plus marqué reste cette réflexion sur la difficulté, pour certaines victimes, de faire entendre leur parole. Le roman met en scène des mécanismes institutionnels qui interrogent profondément et qui nourrissent une véritable réflexion sur la manière dont sont vécues certaines procédures judiciaires.

J’ai également été très sensible à la force du lien entre une mère et son enfant. Cet instinct de protection traverse tout le récit et donne à Émilie une puissance émotionnelle remarquable malgré son épuisement.

« Les Mutilées » est un roman noir, mais c’est aussi un texte profondément humain. Un livre qui dérange, qui secoue, qui révolte et qui pousse le lecteur à réfléchir bien au-delà de son intrigue.
J’ai refermé ce roman avec une émotion immense, le cœur lourd, mais convaincu d’avoir lu un ouvrage important.

Merci Vincent pour ta confiance. Je suis profondément fier d’avoir participé, à ma manière, à cette aventure…
Ton roman mérite d’être lu, partagé et discuté. Parce que certaines histoires dépassent la fiction et qu’elles nous obligent, tout simplement, à ne plus détourner le regard.

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Extraits :

« Elle assécha ces sanglots belliqueux d’un violent revers de manche. Ce n’était pas le moment d’abandonner à ses émotions la conduite, risquée, de ses actes, qui la propulseraient encore plus loin sur les chemins de l’illégalité. Une perspective assumée depuis qu’elle avait hâté l’heure de coincer leur existence dans quelques bagages, de la compresser, de la ratatiner, d’en emporter l’essentiel en réduisant le reste à une infinité d’insignifiances. Léa – de grands yeux sombres qui pataugeaient dans l’étendue sans fin de son chagrin – n’avait cure de ce sacrifice maternel orienté vers une quête ultime qui transcendait toutes les autres : apparier de nouveau le quotidien de sa fille avec l’allégresse, la légèreté, si du moins son trauma l’autorisait un jour à prétendre à ces douceurs que tout enfant de son âge devait revendiquer. »

« — Vous ne pouvez pas nier, maître, que les deux paroles s’opposent et que dans ces situations antagonistes, coutumièrement, il est compliqué de se forger un avis clair.
— Celui exprimé au printemps 2022 était le bon. Ma cliente avait été littéralement chassée par monsieur du domicile familial dans un climat très tendu, prémices de violences conjugales.
Bardés de douleur, les yeux d’Émilie lançaient des appels au secours silencieux, SOS écrits avec le cœur: la gifle, la gifle, la gifle!
— Y a-t-il eu un dépôt de plainte, à tout le moins de main courante, maître?
— Non, monsieur le juge.
— Très bien. Si chacun en a terminé avec ses arguments, l’audience est finie. Vous recevrez le délibéré dans un mois environ.
Sans aucun délai, Maxence tourna vers elle un visage dur fardé d’une assurance tranquille, comme habité par la certitude ostensible de triompher: ses pouces levés, provocateurs, célébraient déjà sa victoire écrasante. »

« — Tu veux te cacher à ton tour, Zoé ? demanda Jeanne en lui tendant un paquet de crocodiles, friandises molles, colorées et évidemment très sucrées, qu’elle avait largement contribué à décimer.
La question a priori inoffensive déclencha une rafale de pleurs ! La terreur soudaine, irrépressible, semblait ressusciter un trauma au sein du cerveau de Zoé, activer les zones les plus sensibles de sa mémoire !
Mylène jaillit et devança l’adulte inquiète pour prodiguer un réconfort morcelé en une étreinte et quelques bisous, baume tendre sur blessure à vif. La voix de Judith perça les pensées bouleversées de Jeanne, dans lesquelles s’entrechoquaient les échos d’une souffrance tenace.
— On dirait qu’elles se sont reconnues, jugea la nouvelle arrivante.
— Ce sont des sœurs de douleur… Elles doivent se reconstruire, à des degrés divers. D’où le surnom de l’endroit qui nous accueille, l’Atelier des cœurs brisés ?
Une lueur sombre traversa le regard clair de Judith, fila dans un ciel bleu bordé de mélancolie. »

« — Je sais que je prends le risque d’être sanctionnée pour ce que je dis. Mon avocate m’a mise en garde plusieurs fois. Parler doit être bien plus grave que violer, aux yeux des juges. D’après elle, quand un papa passe très bien avec son avocat qui sait parfaitement le défendre, c’est plus facile de se dire que c’est lui qui incarne la société française et pas l’hystérique en train de hurler qu’on lui vole son enfant, qui se répand dans la presse et sur les réseaux sociaux, fait des vidéos, écrit au ministre de la Justice puis au président de la République, ou encore à la première dame de France. Bref, qui ne sait plus quoi faire, alors qu’elle n’est pas une mère protectrice, mais une mère empêchée de protéger son enfant!
On ne me fera pas taire pour autant. Vous entendez ? On ne me fera pas taire ! Je n’accable pas ces mères qui font un compromis et acceptent ce qu’il se passe pour continuer à recevoir leur enfant chez elle, mais c’est au-dessus de mes forces, me concernant ! »

Spécialiste du ballon rond à France Football puis à L’Equipe, Vincent Villa est attiré par l’écriture romanesque depuis longtemps. Mais ce journaliste sportif attend 2017 pour enfin céder à ses envies de saisir la plume dans le but d’écrire des fictions plutôt que d’informer, même si les deux ne sont pas incompatibles. Depuis des années, les polars comme les thrillers accaparent ses moments de lecture et c’est à ce moment-là que s’engager sur le chemin de la littérature noire devient une lumineuse évidence à ses yeux.

Une année plus tard nait son tout premier roman, “Je mangerai ton cœur« . Tour à tour sombre, romantique, haletant, journalistique, ce thriller attire l’attention des défricheurs de talent chez France Loisirs. Fin 2019, il rejoint les nouveaux auteurs des “Editions du 123. » En 2020, ce titre est lauréat du prix du salon du livre du Pays Noir, à Charleroi.

Mais un second roman est déjà prêt, et édité à peine quelques mois plus tard. À travers “PARADICTION« , paru au printemps 2021, la plume devient davantage sombre et tortueuse, trempée dans le machiavélisme et l’obscurité des âmes. Son troisième thriller, « #JE SUIS LILLY« , renoue avec une thématique chère à cet écrivain sensible, les violence faites aux femmes, en même temps qu’avec la noirceur vengeresse et les rebonds macabres, en arrière-plan de l’insoutenable résignation pour un fait divers tragique : un meurtre, un féminicide.

Écrivain à la plume percutante et inspirée de questions sociétales ancrées dans l’actualité, Vincent Villa aime l’écheveau conflictuel de la conscience, aux confins de la moralité et des pulsions primaires, et les intrigues entrelacées libèrent la tension du dénouement, comme l’achèvement complexe d’un puzzle littéraire. Une manière de concevoir ses histoires récompensée en 2023 lorsque son quatrième ouvrage, “ADHaine« , remporte le prix des salons Loiret Crimes et Noires Sœurs.

Le suivant, « Le cimetière des enfants perdus« , lui permet pour la première fois de remettre en scène des personnages d’un livre précédent, « #JE SUIS LILLY« . Axé sur la pédocriminalité, ce nouveau roman dénonce ce fléau sans verser dans la glauque. Dans sa double volonté de divertir et de dénoncer, Vincent Villa cherche en permanence un équilibre très subtil à trouver, tant l’écriture est sans filet. Une volonté confirmée avec « ANIMAL LECTER« , son sixième thriller, consacré aux animaux, avant une incursion dans le roman noir. Sa nouveauté, en effet, porte sur le scandale des mères désenfantées et l’inceste : un cri du cœur et de colère poussé à travers « Les Mutilées« .

Amour, Émotion, Famille

À l’adresse du bonheur

de Lorraine Fouchet
Broché – 3 mars 2022
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

En lisant les petites annonces, Pierre Saint-Jarme découvre que Ker Joie, la maison de famille vendue dix ans plus tôt, est de nouveau sur le marché. Il se précipite pour la racheter. Trop tard. Alors il la loue, le temps d’un week-end, pour réunir la tribu sur l’île de Groix et organiser l’anniversaire d’Adeline, sa mère. Mais Pierre n’est pas le seul à lire les journaux… Un accident survenu il y a trente-sept ans s’invite à la fête. Tandis qu’Adeline souffle ses quatre-vingts bougies et pioche des moments précieux dans le bocal à émotions, les fracas du passé tracent vers l’île. Et si vous pouviez racheter votre maison d’enfance ? Ce roman ravive les souvenirs, parle du serment d’Hippocrate, de rancune tenace, et surtout d’amour. Il appelle à éclairer la nuit pour ceux qu’on aime, et réveille le parfum des vacances et des recettes de grand-mère.

J’aime beaucoup les romans de Lorraine Fouchet. À chaque lecture, je retrouve cette capacité qu’elle possède à parler de la famille avec une infinie tendresse, sans jamais oublier ses blessures, ses secrets et ses failles. À l’adresse du bonheur n’a pas fait exception.
L’autrice m’a emmené une nouvelle fois sur l’île de Groix, au large de la Bretagne, dans un décor lumineux où les paysages semblent respirer au rythme des émotions de ses personnages. Lorsque Pierre Saint-Jarme découvre que l’ancienne maison familiale, Ker Joie, est de nouveau en vente, il y voit l’occasion de renouer avec une partie de son histoire. Mais le destin en décide autrement. Pierre décide alors par dépit de la louer pour un week-end, car sa mère Adeline fête ses quatre-vingts ans, où toute la famille sera présente, mais ce retour sur les terres de son enfance va réveiller bien plus que des souvenirs.

Au fil des pages, j’ai fait la connaissance d’une galerie de personnages profondément humains, tous porteurs de leurs doutes, de leurs blessures et de leurs espoirs. Au centre de cette famille rayonne Adeline, une femme de quatre-vingts ans pleine de sagesse, de courage et de bienveillance. Véritable pilier du récit, elle éclaire ceux qui l’entourent comme un phare dans la tempête.

J’ai été particulièrement touché par Pierre, médecin marqué par la pandémie et par le sentiment douloureux de n’avoir pas toujours pu sauver ceux qu’il voulait protéger. À travers lui, Lorraine évoque avec beaucoup de justesse la souffrance silencieuse des soignants, leur impuissance et même leurs questionnements.
Mais ce roman est aussi une histoire de transmission, de pardon et de réconciliation. Les rancœurs anciennes refont surface, les secrets de famille émergent peu à peu, et chacun devra trouver la force d’avancer sans rester prisonnier du passé.
J’ai aimé ce qui se dégage de cette lecture. Même lorsque les personnages traversent l’épreuve, l’autrice conserve un regard profondément humain et résolument optimiste. Elle nous rappelle que le bonheur n’est jamais très loin lorsqu’on accepte d’ouvrir son cœur.

La Bretagne, magnifiquement décrite, devient un personnage à part entière. Les embruns, les paysages marins et la lumière de l’île de Groix enveloppent le récit d’une atmosphère réconfortante et pleine de charme. Porté par une écriture sensible, des chapitres courts et un rythme fluide, À l’adresse du bonheur est un roman qui fait du bien. Une histoire lumineuse, émouvante et pleine d’espérance qui m’a offert un moment de sérénité.

Un livre qui porte admirablement son nom et qui m’a laissé, une fois la dernière page tournée, un sourire discret au coin des lèvres.

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Extraits :

« Pierre Saint-Jarme a toujours aimé les petits déjeuners. Enfant, il souriait à son bol de chocolat en y trempant sa tartine de beurre salé. Adulte, il savoure son expresso en lisant le journal, croque dans un croissant et regarde les annonces immobilières : « propriété prestigieuse »,
« demeure d’exception », « site de toute beauté », des mots dithyrambiques. Clarisse boit son café long, à l’américaine, dans un mug rouge, en parcourant un magazine. »

« Pierre peste. Il a beau rappeler l’agence immobilière, il tombe systématiquement sur un insupportable répondeur qui répète d’un ton sirupeux que son correspondant est déjà en ligne et lui demande de renouveler son appel. Il grimace, fébrile, se ronge l’ongle du pouce. Persiste. Enfin, on répond.
– Ah, je commençais à m’inquiéter. Je suis le docteur Pierre Saint-Jarme. J’ai lu votre annonce. Je suis acheteur au prix demandé. »

« Pierre rentre chez lui, radieux et transfiguré.
-J’ai vu Charles, tout est arrangé! annonce-t-il à Clarisse. On signe à l’agence immobilière demain matin à 10 heures. Tu ne peux pas savoir ce que ça représente pour moi.
– Je crois que si, murmure sa femme.
Il la serre contre lui.
– La cohabitation avec ma famille n’a pas toujours été facile pour toi à Groix, je sais.
– C’est un euphémisme. Mais je t’aime, Pierre, de la Terre à la Lune et retour.
– Je t’aime, Clarisse, de Groix à la grande terre et retour.
– C’est moins loin, fait-elle en riant. »

« Pierre, dix-huit ans, et Paul, seize ans, braillent des chants de marins et boivent jusqu’à plus soif au Ty Beudeff, le mythique bar du port de Groix. Les frères Saint-Jarme sont connus là-bas, comme le loup blanc dirait leur mère Adeline, comme le thon blanc se marre Paul. Les frérots ont repéré une fille ravissante, une Vannetaise blonde aux yeux dorés avec des seins pommelés sous un tee-shirt floque Brav Eo Ar Vuhez, qui signifie en breton « La vie est belle ».
– Elle est pour moi, prévient Pierre.
– Pas question, que le meilleur gagne ! »

Lorraine Fouchet est écrivaine, scénariste et docteur en médecine, née le 22 octobre 1956 à Neuilly-sur-Seine.

Elle est la fille unique de Christian Fouchet (1911-1974), qui a rallié Londres le 17 juin 1940 et la France Libre le 19 juin 1940, ambassadeur, ancien ministre du général de Gaulle, et de Colette Fouchet, née Vautrin (1926-2018), membre de la Résistance intérieure française. Son grand-père maternel était le général Jean-Emile-Alexis Vautrin, organisateur de la Résistance dans le sud-est de la France, et sa grand-mère Antoinette Vautrin (née Salmon-Mercier) était membre du réseau Gallia. Les trois frères aînés de son père sont morts pour la France, comme le frère aîné et le père de sa mère. Son grand-père paternel Raymond Fouchet était Officier de Cavalerie.

Son arrière-arrière-grand-père maternel, Eugène Mercier (1838-1904), était le fondateur de la Maison de champagne Mercier.

Elle fait ses études primaires à Copenhague puis à l’Institut de La Tour, ses études secondaires au lycée La Folie Saint-James puis à Sainte-Marie de Neuilly.

Elle a été pendant quinze ans médecin d’urgence au SAMU de Paris, à Europ Assistance et à SOS Médecins Paris, et médecin des Théâtres de Paris, avant de se consacrer à l’écriture. Le dimanche 3 mars 1996, alors qu’elle a publié 3 romans, elle est de garde à SOS Médecins, et rédige le certificat de décès de Marguerite Duras.

Elle se partage entre les Yvelines et l’île de Groix dans le Morbihan.

Elle a reçu le prix Littré 1997, le prix Anna de Noailles de l’Académie française 1998, le prix des Maisons de la presse 2003, le prix Ouest 2016, le prix Bretagne – priz Breizh 2016, le prix des Lecteurs U 2017. Elle a été de 2018 à juin 2021 présidente de la Commission LIR au Centre National du Livre. Elle est la marraine de l’Association Livres en Loire et a été de 2020 à 2022 présidente du jury du prix Honoré de Balzac. Elle a été en 2023 présidente du jury du prix Jean Anglade.

Poste restante à Locmaria (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/poste-restante-a-locmaria-de-lorraine-fouchet/

Les Couleurs de la vie (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/29/les-couleurs-de-la-vie/

Tout ce que tu vas vivre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/20/tout-ce-que-tu-vas-vivre/

J’ai failli te manquer (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/26/jai-failli-te-manquer/