Noir, Émotion, Drame, Suspense, Amour, Violence, Famille

Principes mortels

de Jacques Saussey
Poche – 16 mai 2018
Éditeur : Bragelonne

La mort n’a jamais dit son dernier mot.

Été 1979. Franck Servin, dix-huit ans, fuit le naufrage du foyer familial pour réviser son bac. Il trouve refuge chez son oncle et sa tante, dans une ferme de la Creuse où, quatre ans plus tôt, son cousin Paul a trouvé la mort sur une route qu’il connaissait depuis l’enfance. Cette tragédie a ouvert une plaie qui ne s’est jamais refermée.
Trente ans plus tard, revenu dans la Creuse, là où tout s’est noué, Franck sait qu’il va mourir. Il a quelques jours pour laver sa mémoire et raconter comment, cet été-là, le piège du destin s’est refermé sur les siens.

« Jacques Saussey décrit un monde idéal avant
de le déchirer en petits morceaux entre les secrets
et les mensonges d’une famille complètement tordue.
Une fois que je l’ai eu commencé, je n’ai pas pu le refermer. »
Patricia MacDonald

Salué par la critique et les lecteurs comme un grand du roman noir, Jacques Saussey nous offre, avec Principes mortels, le meilleur de lui-même.

Principes mortels de Jacques Saussey, un roman noir qui m’a fait vibrer et dont les émotions m’ont profondément marqué !

En juillet 2011, Franck revient à la ferme de ses oncle et tante, en Creuse. C’est là, dans ce lieu chargé de souvenirs, qu’il décide de raconter l’histoire qui a bouleversé sa vie.

Juillet 1979. À 19 ans, Franck vient d’échouer au baccalauréat. Chevauchant sa Kawasaki, il se dirige vers la ferme de son oncle et de sa tante, Victor et Hélène. En effet, sa mère l’a envoyé chez eux, à la Renardière, afin qu’il prépare les épreuves de rattrapage. Mais ce séjour est aussi l’occasion de fuir un foyer devenu invivable, où l’alcoolisme de son père fait régner la violence. Son arrivée ravive également une douleur profonde. Franck ressemble étrangement à Paul, leur fils unique, mort quatre ans plus tôt dans un accident de mobylette. Pour ses proches, ces retrouvailles ne sont donc pas sans conséquences… Très vite, ce qui devait être une parenthèse studieuse prend une tournure sombre. J’assiste, impuissant, à l’effondrement progressif d’une famille meurtrie, incapable de surmonter son deuil. La santé de Victor se dégrade, les tensions s’exacerbent et les circonstances de la mort de Paul refont surface.

À travers une narration alternant entre 1979 et 2011, Jacques m’entraîne dans une histoire où le passé et le présent s’entremêlent, tandis que les secrets remontent peu à peu à la surface.
J’ai découvert un jeune Franck confronté à des événements terribles, qui tente malgré tout de protéger les siens et de sauver ce qui peut encore l’être. Malgré quelques instants de répit, et une rencontre charnelle, la noirceur reprend très vite ses droits…

J’avais pressenti que cette histoire finirait mal, mais je n’avais pas imaginé l’intensité des émotions qui m’attendaient. Impossible de lâcher ce roman avant cette dernière phrase, dont je n’avais pas mesuré toute la portée !
« Partez, avant qu’il ne soit trop tard… »
Pour moi, il était déjà trop tard, j’étais happé par cette histoire, emporté par ses émotions, jusqu’à un dénouement qui m’a laissé sans voix.

L’écriture de Jacques est magnifique à la fois simple, profonde et mystérieuse. J’ai ressenti toute la détresse de Franck, son attachement aux siens et la difficulté de prendre ses distances avec cette ferme où tant de choses se sont jouées.

Plus qu’un thriller, c’est un roman noir profondément humain et bouleversant, porté par des personnages denses et attachants, dans une atmosphère de plus en plus oppressante.

Un très beau coup de cœur !

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Extraits :

« Un pied posé à plat de chaque côté de la moto, je retire mon casque et le pose sur mon rétroviseur. Malgré la touffeur de l’après-midi, le moteur refroidit déjà en cliquetant.
Je glisse les doigts dans mes cheveux longs pour les décoller de mon crâne trempé de sueur. Dans mon cou, ils se sont un peu emmêlés à cause du vent, le long des quatre cent cinquante kilomètres que je viens de parcourir d’une traite. »

« Quand elle est sortie du coma, deux jours plus tard, elle a contacté un avocat et un commissaire de police, et elle a porté plainte contre mon père. Je n’ai rien pu faire pour l’en empêcher. Mais en avais-je vraiment envie, de toute manière ? Lorsque je l’avais trouvée évanouie dans la cuisine, le nez cassé et le visage en sang, mon père était en train de pleurer, le front posé sur le sol. Il tenait encore à la main la casserole avec laquelle il venait de la frapper. »

« Hélène hausse les épaules.
— Non, il a des maux de tête terribles, depuis quelques jours. Il a toujours mal supporté la canicule, mais cette année, c’est pire que jamais. Hier, il n’a pas pu mettre le nez dehors. Je ne te dis pas dans quel état d’énervement ça le plonge. Il n’est pas toujours facile, lui non plus. »

« — Il y a longtemps que tu as des maux de tête, comme ça ?
— Deux ou trois semaines. Peut-être quatre… je ne sais plus. Je n’y ai pas fait vraiment attention, au début. Ça a commencé vers la mi-juin. Il faisait une chaleur comme aujourd’hui, à ne pas mettre une vache dehors. J’ai pensé que c’était à cause de la sécheresse, de la violence du soleil.
Parce qu’ici, quand ça cogne… ça cogne, crois-moi !
Il avale une gorgée de Ricard, les yeux mi-clos.
— Et puis, c’est revenu. Et ça continue de temps en temps. J’ai un peu de répit pendant quatre ou cinq jours, et puis ça recommence. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, « La mante sauvage », achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre « Colère Noire ».
C’est le second, « De sinistre mémoire », écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui content » dans le polar.

— Le Loup peint (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/08/24/le-loup-peint/

— Enfermé.e (2018)
leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

— 7/13 (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/15/7-13/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Famille, Suspense, Thriller psychologique

Qui a tué Jane Mas ?

de Magali Vanhoutte
Broché – 15 octobre 2021
Éditeur : Éditions Faute de Frappe

On retrouve dans la benne à jouets d’une déchèterie de la métropole lilloise le cadavre d’une adolescente gothique.
Le lieutenant Adrien Carpentier, féru de musique, en déduit vite que la victime est la réplique parfaite de la chanteuse Jeanne Mas dans l’un de ses clips…
La fille a été droguée puis rouée de coups. Qui a cassé sa jolie poupée avant de l’abandonner dans un container ? Qui a tué Jane Mas ?
Un thriller mélomane aux allures de Top 50, entre le délire pop insouciant des années 80 et le tourbillon infernal d’une nostalgie meurtrière.

Avant même de commencer ma lecture, j’ai scanné le QR code situé à la fin du livre… Et là, frayeur de ouf ! 🤯

Mais comment Magali Vanhoutte a-t-elle fait pour s’introduire dans mon téléphone et copier quasiment l’une de mes playlists préférées ? J’ai vraiment flippé ! Et ce n’était que le début…
Ensuite, je suis rentré la tête la première dans ce thriller musical complètement dingue !

Avec Qui a tué Jane Mas ?, j’ai découvert une intrigue rythmée, intelligente et remarquablement construite. Si le suspense m’a tenu en haleine, je me suis aussi très vite attaché à certains personnages, qui m’ont profondément touché. J’ai particulièrement apprécié la finesse psychologique de l’auteure, cette sensibilité que je rencontre, hélas, bien trop rarement.

Tout commence lorsqu’une jeune fille mineure est retrouvée dans une déchèterie. Le lieutenant Adrien Carpentier et Benoît Demazure sont chargés de l’affaire. Un détail intrigue les enquêteurs, le meurtrier semble costumer ses victimes à la manière des années 80. La première ressemble étrangement à Jeanne Mas… Au fil des pages, d’autres cadavres viennent s’ajouter à cette macabre série. Chaque victime arbore un look évoquant les stars de cette décennie. Mais un autre élément les relie. La couleur de leurs cheveux, elle sont rousse. Pourquoi cette particularité ? Quel message se cache derrière ces mises en scène ?

Peu à peu, je comprends que j’ai affaire à un tueur en série bien singulier. Et c’est là que Magali m’a vraiment déstabilisé. Dès le départ, je connais l’identité du coupable, mais je peine à me positionner psychologiquement face à lui. Je me surprends même à éprouver une forme de compréhension que je n’aurais pas imaginée. C’est précisément cette ambiguïté qui m’a captivé !

Je n’en dirai pas davantage, car je tiens à vous laisser le plaisir de cette découverte. Sachez simplement que j’ai pris un plaisir immense à me laisser entraîner dans cette enquête, avec, en prime, un formidable voyage musical dans les années 80, années de ma jeunesse.

Vous l’aurez compris, le début de ma chronique était une petite boutade à l’attention de Magali. Mais, dans le doute, j’ai tout de même changé le code de mon téléphone… On n’est jamais trop prudent ! 😂

Un excellent thriller, des personnages qui ont une âme, une intrigue qui m’a ferré et une bande-son qui fait remonter de sacrés souvenirs. Bravo !

Gros bisous, Magali !!! 😘

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Extraits :

« À regret, Johnny ôta le walkman de ses oreilles quelques mètres avant d’atteindre la devanture de l’épicerie. Mamie disait que ça n’était pas poli de garder son casque en présence d’autres personnes. De même elle trouvait inconvenant qu’une femme fume dans la rue ou qu’un homme n’ait pas ciré ses souliers… »

« Johnny revint vers le lit, aspergea le cou de sa mère en déplaçant délicatement quelques boucles gênantes, puis posa le flacon et revint se coucher contre le corps en déposant un baiser délicat sur la joue blanche et froide de la morte. Voilà qui était mieux. Il fut cependant contrarié de constater que la femme avait l’air triste dans son sommeil. Il ne voulait plus jamais la voir triste.
J’empêcherai le temps de t’enlever ton sourire… Johnny se redressa subitement. Voilà ce qu’il devait faire. Rendre à sa mère son sourire. Comme avant. »

« Il régla le radioréveil sur 10h puis éteignit la lampe de chevet et ramena l’édredon de Mamie jusqu’en dessous du menton et un bien-être l’envahit. Il dormirait bien. Il dormait toujours bien chez Mamie. Comme s’il était en sécurité. D’ailleurs, depuis qu’il était arrivé à La Madeleine dans la matinée, l’angoisse avait disparu. Fermant les yeux, il chassa l’image de la jolie Jeanne Mas démantibulée sur les marches de l’escalier. Il fallait oublier et il fallait se reprendre. Mamie l’aurait voulu ainsi. Tout ça l’avait beaucoup fatigué… et avait beaucoup fatigué maman. »

« — Son géniteur abusait d’elle. La mère savait mais ne disait rien. On se tait dans ces milieux-là, je suis bien placé pour le savoir. Alors la petite a fait une fugue il y a quelques mois et je l’ai ramassée alors qu’elle errait dans des lieux peu convenables. Je sais, ici ce n’est pas non plus un endroit pour une gamine, mais elle n’a plus jamais voulu me quitter… Et je n’ai jamais eu le cœur de la livrer aux services sociaux, elle qui refusait même de demander de l’aide aux structures d’accueil. Elle fuyait le diable, vous voyez… »

« — Je vous crois, Monsieur d’Albignac, lâcha Benoît sincèrement. Me permettez-vous une dernière question ? Pourquoi l’avoir aidée ?
— Parce qu’on se ressemblait. Deux anges déchus, pour des raisons différentes. Je voulais la sauver peut-être. J’ai échoué, conclut-il en baissant la tête pour la première fois de sa vie. »

Magali Le Maître/Vanhoutte a enseigné durant dix ans auprès des enfants du voyage et d’enfants en situation de handicap.

Elle s’est d’abord bâti une solide expérience poétique via deux superbes recueils parus aux éditions Cénacle de Douayeul, avant de se lancer dans la presse culturelle, l’écriture scénaristique et dans les légendes pour ouvrages photographiques.

Elle coécrit deux scénarios de court-métrages avec le réalisateur Sébastien Catteau, tournés en 2011 et 2013.

Elle fut d’ailleurs lauréate du Printemps des poètes de Liévin, en 2011, pour « D’infinis paysages ».

Magali Le Maître évoque et provoque l’univers du harcèlement via son premier polar,
– Quelqu’un comme elle » (2015).

– Le bal de ses nuits (2017) est son deuxième polar, un thriller psychologique encore plus sombre, plus surprenant… Une autrice est née.
https://leressentidejeanpaul.com/2026/09/21/le-bal-de-ses-nuits/

Émotion, Drame, Famille, Polar, Psychologie, Suspense

Que gèlent les silences

de Céline Bréant
Broché – 8 octobre 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Lauréate du prix Découverte Noir Charbon 2025 pour son thriller psychologique « Là où sombrent les secrets ».

Isabelle Maillard est ravie : Alain, son mari casanier, a enfin accepté de passer les fêtes de fin d’année à quatre, dans un joli chalet à la montagne. Si Cathy, leur adolescente, traîne les pieds, Justin, le petit dernier, est fou de joie à l’idée d’explorer de nouveaux décors.
Malheureusement, les branches d’un gigantesque hêtre s’écrasent sur le toit de leur logement. La famille Maillard est alors contrainte de trouver refuge chez leurs voisins, les Masson. Isabelle, d’abord déstabilisée par ce changement de programme, s’efforce de rester positive et de préserver l’esprit des fêtes.

Mais au matin de Noël, la chambre de Cathy est vide. La jeune fille est introuvable.

Dans le silence glacé qui s’installe, Isabelle comprend que les Masson portent en eux une tragédie jamais apaisée, et que la disparition de sa fille pourrait bien être liée aux ombres qui hantent cette famille.

Après avoir découvert Céline Bréant avec Là où sombrent les secrets, une lecture intense et bouleversante qui m’avait tenu en haleine jusqu’au bout, je la retrouve avec Que gèlent les silences, un thriller à nouveau saisissant et mystérieux.

Isabelle est heureuse. Cette année enfin, elle va passer Noël en famille, à la montagne, loin du quotidien. Son mari Alain a accepté de venir et Justin, leur fils, est ravi. Seule Cathy, leur fille adolescente, semble moins enthousiaste. Mais rien ne pourrait gâcher la bonne humeur d’Isabelle… jusqu’à leur arrivée. Un arbre tombe sur le toit de leur chalet, les obligeant à chercher un autre endroit pour dormir. Leurs voisins, les Masson, leur proposent alors de les héberger. Mais au matin de Noël, Cathy a disparu. Que s’est-il réellement passé durant cette nuit ?

Très vite, je comprends que cette disparition n’est que la partie émergée d’une histoire beaucoup plus sombre. Tous les personnages semblent avoir quelque chose à cacher. Certains mentent, d’autres manipulent, tandis que des passés particulièrement lourds refont surface. Je me suis constamment demandé ce que chacun savait réellement et surtout, à qui je pouvais encore faire confiance. D’un côté, l’enquête de police piétine, de l’autre, les secrets de famille se dévoilent de plus en plus. Des histoires anciennes, soigneusement enfouies, ressortent des dossiers que certains auraient préféré laisser prendre la poussière. Car il est parfois plus facile de désigner un coupable que de chercher la vérité et de s’attaquer aux véritables problèmes…

J’ai particulièrement apprécié l’évolution d’Isabelle. Après la disparition de sa fille, je l’ai vue se transformer complètement. La mère qui profitait simplement de ses vacances devient une femme déterminée, prête à tout pour comprendre ce qui est arrivé à Cathy. Les personnages liés à l’enquête apportent également un autre regard sur les événements et permettent de ne jamais rester uniquement du côté de la famille.

La plume de Céline est incisive et d’une redoutable efficacité. C’est sombre, glacial, parfaitement maîtrisé et surtout terriblement addictif.
Avec “Que gèlent les silences”, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans son précédent roman. Cette capacité à installer le doute et à me faire remettre constamment mes certitudes en question. Avec ce thriller psychologique intense elle rappelle une chose essentielle, on ne connaît jamais vraiment les gens… Et ceux que l’on pense capables de nous protéger peuvent parfois être ceux dont il faut le plus se méfier.

À lire, ou plutôt à dévorer, sans aucune modération !

Merci Joël pour cette nouvelle lecture.
Chaque roman publié chez Taurnada Éditions est pour moi comme une nouvelle marche qui me permet d’aller toujours plus haut !

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Extraits :

« Du haut de la côte, elle observa le village en contre-bas, les lumières féeriques de Noël qui n’égayaient plus son cœur depuis longtemps, puis elle s’enfonça dans l’obscurité de la forêt. Aujourd’hui, sa propre vie n’avait plus d’importance. Sa survie, elle la devait à son obsession. Elle vivait par procuration à travers cette dernière. »

« Cathy hocha la tête en piétinant, impatiente de partir.
– Tu feras attention, et ne fais pas la folle, d’accord ? Et tu mets un casque !
– Mais oui, c’est bon ! soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.
– Pas de panique, Isabelle. Je gère, la rassura Richard en levant les pouces devant lui.
– C’est en elle que je n’ai pas confiance, se justifia la mère angoissée. Elle peut être casse-cou quand elle veut impressionner.
– Mais arrête, pesta Cathy, mal à l’aise. Tu peux rentrer, c’est bon, on va partir. »

« La nuit s’était abattue sur la montagne comme un rideau sur la scène d’un théâtre. Un premier acte sans Cathy venait de s’achever. Où était-elle ? Que s’était-il passé ? Les Masson apportaient leur soutien sans oser émettre d’hypothèses défaitistes à voix haute. Plus le temps passait, et plus l’espoir tarissait. »

« La battue s’était poursuivie encore une heure. Le cortège avait scruté chaque millimètre de la zone, sans succès. Pas la moindre trace de Cathy dans les environs. Il faudrait sûrement agrandir le périmètre, mais sans piste, comment en établir un fiable ?
Le ciel bleu s’était voilé, et les flocons de neige s’étaient mis à tomber. Les gendarmes, bredouilles, avaient donc décidé de clore cette première session de recherche. La famille et tous les bénévoles avaient été invités à regagner leur domicile. »

« Je m’appelle Céline Bréant, j’ai 32 ans. Je vis à Bordeaux et je suis d’origine savoyarde. Si je m’interroge beaucoup sur ma vie, je n’ai toujours eu qu’une certitude et qu’un véritable objectif. Je voulais devenir romancière. Petite déjà, j’écrivais de petites histoires, et c’est vers 14 ans, que j’ai entrepris le projet d’écrire un roman, et j’ai poursuivi sur cette voie. Je rêvais de trouver un éditeur, mais alors que la trentaine approchait à grand pas, j’ai décidé de me lancer, malgré tout, et j’ai franchi le cap de l’auto-édition, en publiant « Les Clandestines », un roman qui me ressemblait et mélangeait les genres.
Et puis… J’ai préféré me recentrer, et revenir sur mon genre de prédilection : le thriller. Je suis passionnée par les faits divers, le cerveau humain, les livres à suspens, noirs, pleins de rebondissements qui entraînent le lecteur dans un tourbillon de questions, le manipulent, le piègent et lui offrent un final explosif. Et j’aime explorer le mal qui habite les individus, le point de bascule entre l’ordinaire et la folie, les traumatismes, les secrets, les mensonges, la mémoire. L’humain est terrifiant et fascinant à la fois : il donne matière à réflexion. Et à écrire…

À côté de l’écriture, j’ai un “vrai” métier.
Je veux dire, un métier pour vivre, gagner de l’argent. Je suis graphiste dans une agence de communication. De la même façon, j’aimerais pouvoir exercer ce métier dans le monde des livres, idéalement. J’aime les livres, les belles lettres, les œuvres de fiction, j’aime l’odeur du papier et toucher des doigts les belles couvertures en gaufrage.

Autre passion ?
L’eau. J’aime me baigner dans l’océan, la mer, les rivières, les lacs, les piscines. J’aime le snorkelling, le bodyboard, je commence le surf et la plongée. Je rêve de découvrir les plus beaux sites de baignade du monde.

Et j’aime les animaux.
Chat, chien… Impossible de vivre sans eux. Ils m’accompagnent depuis toujours et leur présence à mes côtés est un vrai bonheur. »

D’origine savoyarde, Céline Bréant vit actuellement à Bordeaux. À 31 ans, après plusieurs années en tant que graphiste et maquettiste, elle décide de marquer une pause dans sa vie professionnelle pour explorer de nouvelles perspectives. Cette transition lui permet de se consacrer pleinement à une passion de toujours : l’écriture. Son genre de prédilection est le thriller. « Là où sombrent les secrets » est son deuxième roman.

— Là où sombrent les secrets (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/02/la-ou-sombrent-les-secrets/

Émotion, Drame, Famille, Polar, Psychologie, Violence

Sème la mort

de Laurent Malot
Broché – 15 novembre 2017
Éditions : Bragelonne

À la suite de l’épisode douloureux de L’Abbaye Blanche, le lieutenant Gange s’est séparé de sa femme. Pour conserver la garde alternée de leur fille, il a quitté son Jura natal pour s’installer à Étampes. Mais cette ancienne ville royale du sud de l’Essonne symbolise l’échec de son couple, et il a du mal à s’y investir. Dans son nouveau commissariat, on le surnomme « l’autiste des montagnes ».

Un quadruple meurtre secoue alors la ville. Arrêté avec un couteau à la main et du sang sur ses vêtements, un ado de 14 ans se mure dans le silence avant d’être interné en hôpital psychiatrique. Gange, aux affaires courantes, reste en retrait. En arrêtant un jeune qui sème le trouble dans les rues, il croise la route de sa mère, femme de pouvoir séduisante, prête à tout pour protéger son fils. Une femme d’influence que personne, à Etampes, n’ose vraiment contredire…

Survient alors un cinquième crime sauvage.

Dans une ville qu’il apprend à aimer peu à peu, autour d’une enquête mêlant agriculture bio, pouvoir des puissants, mais aussi l’éducation des enfants, Gange se retrouve sur les traces d’un dangereux psychopathe. Sans se douter un instant qu’il met les siens en danger…

Avec Sème la mort, Laurent Malot situe son intrigue dans le grenier céréalier de la France, en pleine Beauce, pour interroger nos aspirations et nos résistances au changement, à travers le prisme des lobbies surpuissants de l’agriculture conventionnelle. Semer la mort ou semer la vie… c’est une façon de penser le monde et de préparer l’avenir de nos enfants. Un polar résolument noir, ancré dans le réel et son époque, où l’on retrouve l’humour féroce et l’intégrité de Gange, le flic de L’Abbaye blanche…

Je viens de terminer Sème la mort de Laurent Malot, un roman policier sombre qui m’a une nouvelle fois donné matière à réfléchir. Car derrière l’enquête, l’auteur nous tend un miroir de notre société, et ce reflet n’est pas toujours très agréable à regarder.
Je retrouve pourtant dans ce roman ce que j’apprécie chez Laurent, un récit qui sonne juste.

Le lieutenant Gange a dû quitter son Jura adoré pour suivre sa fille Marine à Étampes, dans l’Essonne. Séparé de Gaëlle, sa femme, il traverse une période particulièrement difficile.
Dans son nouveau commissariat, l’accueil du commissaire Marcoen ne va pas vraiment arranger les choses. Gange s’enferme dans son mal-être et semble avoir perdu tout intérêt pour son métier. Il ne s’intéresse plus à rien, ni personne.
Seule Marine lui permet encore de garder la tête hors de l’eau.

Jusqu’au jour où le massacre d’une famille entière, les Ellens, réveille l’instinct du policier. Terrorisme, folie, acte isolé ? Toutes les hypothèses semble possibles.
Très vite pourtant, un coupable idéal apparaît. Ethan, un jeune homme surdoué retrouvé sur les lieux, un couteau à la main et couvert de sang.
Pour les médias comme pour certains enquêteurs, le coupable idéal semble tout trouvé.

Mais peut-on condamner quelqu’un simplement parce qu’il correspond au récit que l’on veut raconter ?
C’est l’une des nombreuses questions que Laurent soulève avec beaucoup de justesse. Car derrière l’enquête, il aborde aussi la place des enfants différents, leur fragilité et la difficulté de les accompagner. Ethan n’est pas le seul concerné. Rémy vient également rappeler combien certains enfants peuvent avoir besoin d’attention et de protection.

J’ai également été sensible à tout ce qui touche au monde agricole et au mal-être de ceux qui le font vivre. Les questions liées aux produits phytosanitaires, à la rentabilité et aux choix imposés aux exploitants donnent au roman une dimension profondément sociale. Laurent montre une profession prise dans un système dont il devient difficile de s’extraire.

Et puis il y a Gange, confronté à un environnement professionnel toxique qui vient encore fragiliser une vie personnelle déjà chaotique. J’ai aimé ce personnage qui, malgré les pressions et les convenances, refuse finalement de courber l’échine.

Entre polar classique et roman noir, Sème la mort explore ainsi la corruption, le pouvoir, la folie, mais aussi les dérives de notre société de consommation.
Une lecture lucide, parfois dérangeante, mais surtout profondément juste et humaine.

Merci Laurent pour cet excellent moment de lecture.
Une fois encore, tu m’as donné envie de retrouver ton univers et tes personnages pour de nouvelles aventures.

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Extraits :

« La jeune femme avait raison, Gange méritait sa réputation de sauvage. Quand il avait intégré le commissariat d’Étampes, on ne lui avait pas fait de cadeau, mais il n’avait pas manifesté non plus l’intention de s’intégrer. Il avait atterri dans la région quelques semaines plus tôt parce que Gaëlle s’y était installée avec Marine. »

« — Bonjour Ethan. Je suis le lieutenant Gange. On ma demandé de venir te voir au cas où tu aurais envie de parler.
L’adolescent le regarda à peine ouvrir la fenêtre pour faire entrer un peu d’air et s’asseoir derrière le bureau.
— Si tu ne veux pas me parler, on va juste passer le temps, ça me va très bien. Dans une demi-heure, un psychiatre va venir t’examiner et décidera probablement de te placer en internement. On lèvera alors ta garde à vue et tu seras transféré dans un centre psychiatrique.
Gange avait décidé de jouer franc-jeu. Si Karsenti ne l’avait pas fait, autant qu’Ethan sache ce qui l’attendait. »

« — Quel genre de pression ?
— Des pressions du ministère qui baisse les prix parce qu’on trouve moins cher ailleurs. Des pressions des industriels de la chimie qui nous appâtent avec des produits à bas prix pour mieux nous enchaîner à vie. Et encore des pressions des consommateurs, jamais contents de ce qu’ils ont dans leur assiette!
— Vous voulez parler des OGM ?
— C’est ça. Des OGM, des pesticides, des antibiotiques pour les animaux, et tout ce qu’on nous vend comme produits miracles.
Tout ça, c’est pour se faire du fric sur notre dos. Et votre Ellens, c’était la même chose. Y en a marre des apprentis sorciers, vous entendez! Parce que les premières victimes, c’est les agriculteurs.
C’est nous qui mourrons les premiers. Allez voir mes collègues, regardez les chiffres! On crève, dans la paysannerie! Si c’est pas de fatigue ou de misère, c’est du cancer. »

« Dans l’inconscient collectif suintait une sensation de fin du monde. Le populisme et le fascisme gagnaient du terrain. Le terrorisme ouvrait la porte à une troisième guerre mondiale. Le cataclysme écologique planait de plus en plus bas, la pollution ne montrait aucun signe d’amélioration, les abeilles mouraient en masse, la vache folle et la grippe aviaire n’avaient pas dit leur dernier mot. Quant à l’humanité, elle venait de s’effondrer à Alep. Il fallait que les couples soient solides pour y résister, qu’ils se créent des rayons de soleil suffisamment puissants pour traverser l’épaisse couche de peur et de dégoût. Plus d’un sur deux y échouait. Qui pouvait prétendre à l’épanouissement dans ces conditions ? »

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scénarii pour le cinéma.

— De la part d’Hannah (2014)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/20/de-la-part-dhannah/

— Que Dieu lui pardonne (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/15/que-dieu-lui-pardonne/

Émotion, Drame, Famille, Folie, Frisson horreur, Suspense, Thriller psychologique

Proies

de Tom Clearlake
Broché – 17 mai 2026
Éditeur : Moonlight éditions

Un lodge somptueux au bord d’un lac.
Au cœur des forêts du nord de l’Idaho.
Les vacances d’été s’annoncent idylliques pour la famille Carter, les Coleman et leurs amis.
Jusqu’à ce que les enfants découvrent cette maison abandonnée.
Et le corps de cet homme. Assassiné.
Une arme de poing dans une main.
Un attaché-case menotté à l’autre.
La suite logique serait d’appeler la police. Le groupe se divise.
Ils font le choix de préserver leur séjour et de signaler la scène de crime au moment du départ.
Mais les questions que pose ce cadavre restent.
Les réponses auront un prix.
Celui d’un aller simple en enfer.

Quel bonheur d’être à nouveau surpris par Tom Clearlake que je suis depuis ses débuts !
Avec Proies, il a gravi une nouvelle marche, et pour moi, ça a été un vrai cadeau de lecture.

Dans les forêts reculées du nord de l’Idaho, Logan Carter, sa famille et ses amis passent un séjour dépaysant au milieu de la forêt de l’Idaho, dans un lodge tout confort. Des vacances au vert…
Tout semble réuni pour un séjour parfait mais, à peine arrivés, ils découvrent dans une maison abandonnée le corps d’un homme tué de deux balles dans le dos, reliée à sa main par une menotte, une mystérieuse mallette. Logan puis son groupe décident d’attendre la fin des vacances pour signaler le meurtre afin de préserver leur tranquillité, et ne pas perturber leurs vacances. Il s’avère que ce choix va déclencher une suite d’événements dramatiques et nous plonger dans une spirale implacable.

Dès les premières pages, j’ai été happé. Tom possède ce vrai talent d’installer immédiatement la tension et de maintenir le lecteur en haleine pendant toute la lecture, il ne m’a pas laissé le temps de réfléchir, il m’a véritablement entraîné dans une course contre la mort absolument haletante. Plus j’avançais dans l’intrigue, plus c’était sombre, dérangeant et palpitant. Assez vite, Logan montre son vrai visage. Celui d’un homme aux abois et particulièrement cupide. L’auteur nous dévoile jusqu’où l’avidité des gens peut les mener ainsi que les conséquences de certains actes.

Voici un thriller au rythme intense, au suspense constant, diaboliquement efficace, cinématographique par moments, aux rebondissements multiples. Les personnages sont crédibles dans leurs failles. Peur, égoïsme, appât du gain, instinct de survie. L’atmosphère anxiogène s’intensifie au fil des pages. J’ai retrouvé la plume percutante de l’auteur… et toujours cette émotion qu’il cache entre ses lignes, il a su m’emporter une fois de plus. Un excellent moment de lecture !

Encore une fois, merci Tom, pour ta confiance et pour ce moment de lecture intense et très marquant.

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Extraits :

« C’est à cet instant que la bobine du film de sa vie se mit à tourner à une vitesse démentielle, si vite qu’il n’eut pas le temps de saisir la moindre de ces images qui ne lui appartenaient déjà plus. Et la dernière, avant le générique de fin, fut celle de Samantha, blottie dans ses bras, au bord du lac. Ils regardaient leur fils, Jaden, faire des ricochets. Il recula, fléchit ses cuisses tremblotantes et essuya la sueur et les larmes qui l’aveuglaient.
Et sauta dans le vide. »

« Lisbeth pressa le pas jusqu’à l’entrée et s’extirpa avec les enfants de la puanteur qui imprégnait les lieux. Elle referma la porte et prit une longue inspiration. Sa tête tournait et son cœur battait à tout rompre. L’air frais des forêts, les arbres qui dansaient doucement, chassèrent avec peine la vision lugubre. Un renvoi gastrique brutal s’empara d’elle. Elle lâcha la main de sa fille et alla vomir dans un taillis. Penchée en avant, les mains sur les genoux, elle reprit son souffle.
Bon Dieu, pensa-t-elle tout haut, ce truc n’est pas vrai.
Elle se redressa et marcha vers les enfants.
— Venez, je vous ramène au lodge. »

« Le reste du groupe entourait la table, figé autour de son unique et défunt convive. Tous tenaient un mouchoir plaqué contre leur nez – un bien maigre rempart face aux exhalaisons suffocantes. À un moment, Logan avait tenté de se réveiller.
Mais ce cauchemar était bien réel.
— Qu’est-ce qu’on fait ? dit Mark d’un air hagard.
— Quelle question ! Il faut appeler la police, répliqua Mia.
— Il a peut-être ses papiers d’identité sur lui, dit Logan en faisant un pas vers le corps.
— Ne l’approchez pas ! lança le psychiatre. Nous sommes face à une scène de crime.
— Vous pensez que cet homme a été… assassiné ? demanda
Samantha sans pouvoir détacher ses yeux du corps.
— C’est même certain, répliqua le psy. Regardez la déchirure dans le dos de son t-shirt. C’est une sortie de projectile. Et là, c’en est une autre. »

« Des larmes froides roulèrent sur les joues de Logan.
Des tréfonds de son être, une vague de haine glaciale déferla. La face lisse répugnante du milliardaire surgit comme un diable de sa boîte, accompagnée d’une pulsion brutale : tuer cet homme. Le voir mourir. Le faire souffrir. Tout son corps fut pris de tremblements et un nœud lia ses intestins. Il quitta la fenêtre et s’allongea sur le lit. Ses yeux restèrent grands ouverts, fixés sur le plafond. Il se força à rester immobile, bras le long du corps, à côté de Terrence qui dormait encore profondément et semblait s’être détendu. »

« L’index de Logan pressa la gâchette du Glock. La barre de détente recula, poussa le plongeur hors du percuteur, le connecteur campa la barre vers le bas, le cruciforme quitta l’étagère et la barre lâcha le percuteur qui fusa en avant et frappa l’amorce, la poudre explosa et propulsa la balle qui fila dans le canon rayé et jaillit dans un cône de gaz brûlants orangés, la pointe creuse fendit l’air en rotation gyroscopique parfaite, droit vers le front de Steelson, le métal perça l’os frontal qui éclata sous l’impact en une toile d’araignée de fractures radiales autour de l’entrée, la tête creuse de la balle s’ouvrit comme une fleur, créant une cavitation hydrostatique qui pulvérisa les lobes frontaux, lacéra les axones, sectionna les artères cérébrales, l’ogive traversa le cerveau et frappa la table interne de l’os occipital, la nuque chauve se souleva et gonfla comme un ballon d’enfant, le crâne explosa sous la pression accumulée comme une pastèque trop mûre en libérant un geyser sanglant de matière grise pulpeuse, esquilles osseuses et lambeaux de chair qui jaillirent en l’air et s’étalèrent sur le mur d’écrans. »

Tom Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

« Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir. »

— L’Essence des ténèbres (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/17/lessence-des-tenebres/
— Tréfonds (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/03/19/trefonds-de-thomas-clearlake/
— Avides (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/01/avides/
— Sans retour (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/31/sans-retour/
— Signatures (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/18/signatures/
— Le seuil (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/14/le-seuil/
— L’Antidote (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/30/lantidote/
— Proies (2026)

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Suspense

La fille de l’océan

de Alexis Aubenque
Broché – 6 juin 2019
Éditeur : Hugo Roman

Deux destins croisés, un terrible secret…
Au début de l’été, Jason Zimmer, enseigne de vaisseau des gardes-côtes du district de Santa Barbara, sauve in extremis de l’océan déchaîné une jeune femme. Vicky Lance, une chanteuse célèbre, connue pour ses frasques et sa vie dissolue. Mais Jason est persuadé que derrière cette image, se cache une personnalité bien plus complexe et touchante. Quels terribles secrets peut-elle bien cacher ?
De son côté, Keith Morrison, journaliste au Santa Barbara News, écrit des articles où il dresse le portrait de citoyens ordinaires. Il vient de porter son choix sur une mère de famille, danseuse dans un club privé. Le parcours exemplaire d’une femme modèle, farouchement déterminée à s’en sortir. Mais est-elle vraiment prête à tout ?
Enfin, un cadavre a été retrouvé dans la campagne environnante. Sandy Dawson, sergent au commissariat de la ville, est appelée sur place. La piste criminelle est aussitôt envisagée.

Alexis Aubenque fait partie des tout premiers auteurs que j’ai eu la chance de rencontrer sur les salons du livre. Dès notre première rencontre, quelque chose est passé. Un homme simple, chaleureux, qui aime discuter, rire et surtout raconter des histoires. Au fil des années, il est devenu pour moi un véritable conteur, et je me laisse embarquer avec plaisir dans chacun de ses récits.

Après ses romans de science-fiction, trop méconnus à mon goût, puis ses sagas River Falls, Nuits noires à Seattle, Jack Turner et bien d’autres, je retrouve ici Alexis dans un registre mêlant romance, suspense et feel-good. Cela faisait malheureusement quelques années que je n’avais pas pu lire l’un de ses récits… C’est fait !

Huit ans après La Fille de la plage, je retrouve avec bonheur Keith, Jason, Sandy et Nathan, toujours liés par cette amitié indéfectible et plus encore qui constitue le cœur du récit. Cette fois encore, j’ai plongé dans leur nouvelle aventure, passant de la légèreté au drame, de l’humour au doute, sans jamais perdre le fil.
Sous ses airs de lecture estivale, La Fille de l’océan aborde pourtant des sujets sérieux, déni de grossesse, manipulation familiale, mères isolées, célébrité et fragilité des apparences. Je me suis facilement mis à la place des personnages, en me demandant comment j’aurais moi-même réagi face à certaines situations.

J’ai retrouvé la plume fluide et addictive d’Alexis, ses chapitres courts, ses dialogues nombreux et cette construction qui donne énormément de rythme au récit. Chaque chapitre m’a permis de suivre un protagoniste différent et d’assembler progressivement les pièces d’un véritable puzzle.

J’ai particulièrement aimé retrouver cette bande d’amis, leurs personnalités, leurs valeurs et cette façon qu’ils ont de se soutenir malgré les épreuves. Et puis Alexis sait parfaitement jouer avec les contrastes. Il apporte de la légèreté aux moments graves et de la profondeur aux situations qui paraissent les plus légères. Santa Barbara, ses plages, ses corps de rêve, ses paillettes et ses fortunes offrent un décor de carte postale, mais derrière les apparences se cachent des personnages beaucoup plus profonds.

Tous vont prendre des risques, connaître la peur et parfois mettre leur vie en danger, au point de fragiliser cette amitié pourtant si solide. Les secrets se dévoilent peu à peu, les révélations s’enchaînent et l’enquête prend progressivement de l’ampleur. Une fois encore, Alexis Aubenque m’a offert un véritable page-turner. Je n’ai pas vu les pages défiler.

La Fille de l’océan a été pour moi une lecture captivante et profondément humaine, un délicieux cocktail de suspense, de romance, d’amitié et d’émotions.

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Extraits :

« — Merde, merde, merde ! jura Paul Pierson. Allez, rhabille-toi vite! Vite !
Réveillée en sursaut, Sandy n’y comprenait rien.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Ma femme arrive !
— Quelle femme ?
— Ma femme ! Je t’expliquerai tout, mais il faut que tu t’en ailles tout de suite !
L’homme était totalement paniqué. Il attrapa les vêtements de Sandy posés près du lit et les lui jeta au visage.
— Tu es marié ! »

« Méthodiquement, il scrutait l’obscurité quand il crut apercevoir une ombre flotter à quelques mètres de lui. L’air commençait à lui manquer mais, empli d’une étincelle d’espoir, il se mit à nager plus vite encore et, quelques secondes plus tard, il distinguait la forme d’un corps.
Ses poumons le faisaient terriblement souffrir, une intense brûlure à l’intérieur du thorax le dévorait, mais il refusait d’abandonner.
Le courant très puissant le poussait heureusement vers son but, et alors qu’il n’y croyait plus, il tendit la main en avant et attrapa un bras. Oubliant la douleur infernale qui lui broyait les poumons, il saisit le corps inerte sous les aisselles, le plaqua contre le sien et commença à remonter. »

« La jeune chanteuse était à demi-allongée dans son lit.
— Alors, c’est vous qui m’avez sauvée ?
Habituellement plutôt sûr de lui, Jason se sentait intimidé. C’était la première fois qu’il se trouvait face à une véritable star. Même s’il ne connaissait pas bien ses chansons, il avait entendu parler de la réputation de la jeune femme, et n’en était pas moins mal à l’aise.
— Il paraît.
— Le Docteur Montgomery m’a dit que vous aviez failli y rester.
— Je suis en vie, et vous aussi, c’est tout ce qui compte.
Vicky Lance eut un petit rire qui la fit tousser.
Jason s’avança un peu plus près du lit. Malgré la fatigue qui se lisait sur les traits de la chanteuse, elle était adorable. De longs cheveux bruns encadraient son visage angélique. »

« — Vous avez raison. La justice doit passer, mais j’étais tellement en colère. Je crois que je pourrais tuer si on s’attaquait à mon enfant.
— J’en ferais autant, mais justement, la police sert à éviter la loi du talion. La violence engendre la violence.
Si nos sociétés sont bâties sur des lois, ce n’est pas le fait du hasard. La vengeance ne mène à rien de bon. Dans la colère, personne n’est capable de juger objectivement et de rendre la bonne sentence pénale pour punir un coupable. »

Née le 23 décembre 1970, originaire de Montpellier. Alexis Aubenque, après une maîtrise en sciences économiques, décide de changer radicalement de cap, et se tourne vers l’écriture.

Passionné de littératures de genre, il devient libraire durant près de dix ans, tout en publiant des romans de science fiction, dont le diptyque « La chute des mondes » chez Pocket, ainsi que la nanologie « L’empire des étoiles » chez Fleuve Noir. Il se tourne ensuite vers le Thriller, où il publiera aux éditions Calmann-Levy la trilogie River Falls, dont le deuxième tome fut couronné par le Prix Polar de Cognac.

Il enchaîne en 2011 avec le premier tome des « Nuits Noires à Seattle », la suite délocalisée à l’Est de River Falls, mais aussi avec Canyon Creek, un « one shot » aux éditions du Toucan. Lauréat de prix prestigieux et traduit dans plusieurs pays, Alexis Aubenque dans son dernier roman, convie sur les plages ensoleillées de Santa Barbara une multitude de personnages attachants et savoureux dans une saga d’été qui mêle romance, amitié, mystère et rebondissements.

Lauréat du prestigieux Prix Polar du festival de Cognac pour Un Automne à River Falls, le deuxième épisode de la série des enquêtes de Mike Logan, Alexis est souvent dépeint comme le Harlan Coben français, pour son sens du suspens, la nervosité de son écriture et la force de ses personnages. Désormais, c’est chez Bragelonne Thriller que « le plus américain des auteurs français » publie sa série d’été.

— Des larmes sur River Falls (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/17/des-larmes-sur-river-falls/

Émotion, Famille, Psychologie, Suspense

L’Enfant aux cailloux

de Sophie Loubière
Poche – 13 mars 2014
Éditeur : Pocket

Elsa Préau est une retraitée bien ordinaire. De ces vieilles dames trop seules et qui s’ennuient tellement – surtout le dimanche – qu’elles finissent par observer ce qui se passe chez leurs voisins. Elsa, justement, connaît tout des habitudes de la famille qui vient de s’installer à côté de chez elle. Et très vite, elle est persuadée que quelque chose ne va pas. Les deux enfants ont beau être en parfaite santé, un autre petit garçon apparaît de temps en temps – triste, maigre, visiblement maltraité. Un enfant qui semble l’appeler à l’aide. Un enfant qui lui en rappelle un autre… Armée de son courage et de ses certitudes, Elsa n’a plus qu’une obsession : aider ce petit garçon qui n’apparaît ni dans le registre de l’école, ni dans le livret de famille des voisins. Mais que peut-elle contre les services sociaux et la police qui lui affirment que cet enfant n’existe pas ? Et qui est vraiment Elsa Préau ? Une dame âgée qui n’a plus toute sa tête ? Une grand-mère souffrant de solitude comme le croit son fils ? Ou une femme lucide qui saura croire à ce qu’elle voit ?

C’est le deuxième roman de Sophie Loubière que je découvre, après Black Coffee, mais avec L’Enfant aux cailloux, je suis entré dans un tout autre univers.
Et quelle lecture ! Je l’ai dévoré, incapable de le lâcher avant la dernière page.

Dès les premières pages, je me suis attaché à Elsa Préau, personnage aussi fascinant qu’inquiétant. Ancienne institutrice puis directrice d’école, cette vieille dame vit seule dans le pavillon de son enfance. La solitude lui pèse, alors elle observe, note, analyse et tente de rester connectée au monde qui l’entoure. Un peu imaginative, peut-être médium, certainement paranoïaque, mais surtout lucide, obstinée et terriblement persévérante.

Elsa consigne ses pensées dans de petits carnets, écrit aux élus, s’inquiète des nuisances, de l’environnement et de tout ce qui lui semble anormal. Jusqu’au jour où, en observant ses voisins, elle pense assister à la maltraitance d’un enfant.
Mais peut-on réellement lui faire confiance ?
Est-elle victime de ses hallucinations, manipulatrice, dangereusement paranoïaque ou simplement une femme âgée que la solitude a peu à peu fragilisée ?

C’est là que Sophie m’a complètement manipulé. Plus j’avançais, plus le doute s’installait et plus je me demandais qui croire. La police, les services sociaux, la famille… chacun semble avoir sa part d’ombre et d’impuissance.

J’ai beaucoup aimé cette façon qu’a l’autrice de brouiller les pistes sans jamais perdre le fil de son intrigue. Sa plume est vive, fluide, précise, et surtout remarquablement humaine.
Elle aborde la solitude des personnes âgées, la maltraitance infantile, les relations entre parents et enfants, mais aussi les failles de notre société.
J’ai également apprécié les nombreux sujets qui affleurent entre les lignes. Santé, politique, médias, environnement et manipulations diverses. Charge à nous de les accepter ou pas. Personnellement je les valide tous !
Elsa m’a profondément touché, tout en me mettant parfois mal à l’aise par certaines de ses manies et ses réactions radicales.

Et puis il y a cette atmosphère de malaise qui ne me quitte pas. Sophie entretient le suspense jusqu’au bout et distille ses révélations avec une remarquable efficacité. Chaque élément finit par trouver sa place, jusqu’à des dernières pages absolument époustouflantes.

L’Enfant aux cailloux est pour moi bien plus qu’un roman noir. C’est un formidable portrait de femme, dérangeant, intime, parfois drôle et profondément bouleversant.
Une histoire qui m’a manipulé, ému et fait réfléchir.
Un véritable coup de cœur que je vous conseille vivement !

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Extraits :

« Le jeu du vent et du soleil amusait les rideaux. Depuis sa chaise, le petit garçon eut un sourire. Il lui semblait qu’un être invisible, sensible aux caresses de ce dimanche d’été, jouait à cache-cache derrière le tissu en jacquard. Les yeux clos, l’enfant aurait juré entendre des gloussements de plaisir sous le motif de médaillon. »

« Des cris aigus et le grincement d’une balançoire tiraient Mme Préau de sa sieste dominicale vers 15 heures. Elle se levait, ouvrait les doubles rideaux et découvrait les enfants jouant dans le jardin. Une fillette et deux garçons. Le plus petit des garçons n’avait guère plus de trois ans et pleurnichait beaucoup, victime des farces de sa sœur. Peut-être âgée de cinq ou six ans, elle le faisait délibérément chuter de la balançoire, lui arrachait le ballon des mains ou le poussait d’un petit camion pour prendre sa place. Elle usait de sa supériorité physique avec aplomb, profitant du fait que ni son père ni sa mère ne les surveillaient. Ces derniers se contentaient de jeter de brefs coups d’œil à leurs enfants lorsque ceux-ci étaient trop turbulents. Parfois, le père sortait fumer des cigarettes en buvant un café ou une bière. Il s’asseyait sur un fauteuil de jardin en plastique blanc et s’intéressait surtout à son téléphone portable. La mère apparaissait peu en dehors de la maison ; si elle traversait le jardin, c’était au pas de charge et dans le seul but de décrocher le linge étendu devant le mur du garage. »

« Mme Préau jouissait d’une vue correcte pour son âge. Il lui était cependant difficile de voir net au-delà d’une certaine distance, même avec ses lunettes. Aussi décida-t-elle début août d’acquérir auprès de l’opticien M. Papy une paire de jumelles de théâtre.
La raison à cela : le garçonnet sous le bouleau pleureur. Son absence de contact entre lui et le reste de la famille l’intriguait. Cela relevait sans doute d’un tempérament solitaire ou d’une tendance au repli sur soi. Mais cette attitude aphasique à la limite de la prostration était singulière. Jamais il ne tenait dans ses mains de jouet, se contentant de brindilles et de cailloux. »

« À un moment, le silence devient intenable, les gens parlent. L’institution Église y est confrontée actuellement mais elle ne sera pas la seule. J’attire votre attention, Madame la ministre, sur le fait que ces derniers jours ont été arrêtés un professeur de gymnastique ainsi qu’un général de l’armée. La pédophilie ne frappe pas que l’Église et les hommes célibataires.
C’est souvent un phénomène familial, une perversion dont on ne guérit pas.
On parle beaucoup du célibat des prêtres. Ce célibat est souvent vécu comme une amputation. Non seulement pour l’aspect sexuel, mais aussi pour l’aspect affectif. Imaginez ces hommes qui jamais ne serrent quelqu’un dans leurs bras, qui jamais ne vont dans les bras de quelqu’un, à part leur proche famille. C’est très difficile à vivre, croyez-moi. Étant moi-même divorcée depuis 1975 et ayant fait le choix de ne pas me remarier afin de me consacrer à mon fils et à mon métier, j’en sais quelque chose. Je pense à tous ces hommes et ces femmes qui souffrent de solitude et de manque affectif, et je me dis qu’il ne faut pas s’étonner si certains plongent dans la dépression, l’alcoolisme ou la perversité. »

Journaliste et romancière, Sophie Loubière s’est longtemps partagée entre le micro (France Inter, France Info) et la plume. Auteur d’une dizaine de romans et de nouvelles policières, elle publie son premier polar dans la collection Le Poulpe en 1999. De Paris à San Francisco (Dans l’œil noir du corbeau), des forêts lorraines à la route 66 (Black coffee et White Coffee), elle plonge le lecteur dans un trouble profond.
En 2011, le succès de L’enfant aux cailloux lui vaut une reconnaissance internationale. Traduit en langue anglaise, le livre remporte plusieurs prix littéraires. En 2015, elle aborde l’Histoire avec À la mesure de nos silences (Fleuve Editions), un hymne à la vie, entre ombre et lumière, inspiré d’un fait réel de la seconde Guerre Mondiale. Cinq cartes brûlées (Fleuve Noir), confirme l’intérêt de Sophie Loubière pour le fait divers, révélateur des carences et névroses de notre société.

— Black Coffee (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/28/black-coffee/

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Thriller

Dis, t’en souviendras-tu ?

de Janine Boissard
Broché – 8 mars 2018
Éditeur : Plon

Que se passe-t-il lorsque le poids des secrets est si lourd à porter ? Au cœur de la Provence, Aude tente de dénouer les fils de sa vie : qu’est-il arrivé à son mari ? Pourquoi ses souvenirs lui échappent ? Drames, mystères et affaires familiales se déploient dans le nouveau roman de Janine Boissard.

Aude a 23 ans, elle est l’épouse d’un parfumeur connu à Grasse. Et voilà que ce matin, elle se retrouve à l’hôpital, privée d’une partie de sa mémoire. Elle apprend qu’on l’a retrouvée, inanimée, sur un chemin désert. Non loin, la voiture de son mari, portières ouvertes, vide. Quel leur est-il arrivé ?
Avec l’aide d’un psychiatre, elle va tenter de recouvrer sa mémoire. Mais le veut-elle vraiment ? Avec le retour de ses souvenirs, ne devra-t-elle pas faire face à une redoutable vérité ?

Un suspense haletant et une belle histoire d’amour dans les paysages parfumés de la Haute Provence.

C’est le deuxième roman de Janine Boissard que je découvre, et je comprends un peu mieux pourquoi cette autrice touche autant de lecteurs. Avec Dis, t’en souviendras-tu ?, elle m’a offert une lecture captivante, portée par un suspense psychologique aussi délicat qu’émouvant. Dès les premières pages, je me suis profondément attaché à Aude. Victime d’une violente agression, elle se réveille amnésique, incapable de se souvenir des événements qui ont bouleversé sa vie. Plus troublant encore, son mari a disparu… et elle découvre qu’elle est enceinte.

J’ai vécu cette enquête à travers ses yeux, partagé entre l’envie de connaître la vérité et la peur de ce qu’elle pourrait retrouver au fond de sa mémoire. Chaque séance chez son psychiatre fait remonter des fragments de souvenirs, parfois flous, parfois terrifiants, comme les pièces d’un puzzle qu’il devient urgent de reconstituer. Peu à peu, l’image d’une existence idéale se fissure. Derrière la réussite de son mari, célèbre parfumeur, se cache un homme bien plus inquiétant qu’il n’y paraît. Les zones d’ombre de son passé, les secrets de famille et les silences trop longtemps entretenus donnent au récit une tension permanente.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’autrice aborde l’amnésie post-traumatique avec beaucoup de sensibilité. Mais ce roman va bien au-delà du simple thriller. Il parle aussi des liens familiaux, de l’amour maternel lorsqu’il devient possessif, des apparences que l’on préfère préserver et des blessures que l’on refuse de regarder en face. La plume de l’autrice est fluide, élégante et incroyablement immersive. Les chapitres s’enchaînent naturellement, si bien que je n’avais qu’une envie, tourner la page pour découvrir ce qui attendait Aude. J’ai également été touché par le regard profondément humain que Janine Boissard porte sur ses personnages. Aucun n’est totalement noir ou totalement lumineux, chacun porte son lot de regrets, de faiblesses et d’espoir.

Dis, t’en souviendras-tu ? est un roman où le mystère familial se mêle à une belle histoire de résilience et d’amour. Une lecture prenante, riche en émotions, que j’ai dévorée avec un immense plaisir.
Et une chose est certaine… ce ne sera pas mon dernier rendez-vous avec Janine.

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Extraits :

« Sur une feuille de papier pliée en quatre, cachée tout au fond de sa poche, elle a écrit ses nom et prénom : Aude Saint Georges, son âge, 23 ans, et son adresse à Grasse. « C’est complètement ridicule, lui a lancé sa mère, tu ferais mieux de prendre ta carte d’identité, comme tout le monde. » Mais imaginez qu’elle la perde ou qu’on la lui vole ? Et, de toute façon, quand on a vécu cette horreur, se retrouver un jour dans un endroit inconnu, attachée à un lit, perdue dans le brouillard, on se rassure comme on peut, ridicule ou pas. Et ce bout de papier qu’elle pouvait toucher à tout instant, la rassurait comme le minuscule clignotant d’un SOS. »

« À l’hôpital, on lui avait expliqué qu’il y avait différentes sortes de souvenirs. Par exemple les « souvenirs de souvenirs », ces moments, ces instants, bons ou mauvais, que l’on vous a si souvent racontés que vous êtes certain de les avoir vécus. Et, à ceux-là, tout le monde avait droit. Il y avait aussi ce qu’on appelait la « confabulation », dont étaient victimes ceux qui souffraient d’amnésie, qui se sentaient obligés d’inventer des choses sur leur passé pour tenter de combler les trous. Sur ce mur, pas de « confabulation », du réel, du costaud, auquel on pouvait se fier. »

« Elle a rêvé qu’elle errait nue dans une plaine glacée. D’une longue chemise de nuit qui l’enveloppait comme un linceul, d’une voix qui lui ordonnait « À genoux ! » et d’un mot qui s’imprimait partout :
« immaculée ». C’est fini, c’est fini. Pourquoi ne cesse-t-elle pas de se répéter ces deux mots, comme un mantra ? Qu’est-ce qui a pris fin ? Quel danger s’est éloigné ? Quelle menace dont elle peine à se souvenir ? »

« — Toujours d’après Irène, la petite aurait pensé à divorcer, a poursuivi Basile. Apparemment, elle n’en a pas eu la force.
« La petite »… Aude a revu la jeune femme aux boucles blondes et au visage diaphane sur la photo.
Pour la première fois, elle s’est demandé si Béatrice avait, avant elle, occupé la chambre « Topaze». La chemise de nuit de dentelle : la sienne ? Elle a frissonné.
— Comment est-elle morte ? a-t-elle murmuré.
— Une surdose de médocs.
— Tu veux dire qu’elle s’est suicidée ?
— On ne le saura jamais. Un matin, elle ne s’est pas réveillée. Je te laisse imaginer le désespoir de ses parents : leur unique enfant. »

Dès l’âge de 20 ans, Janine Boissard commence sa carrière d’écrivain sous le nom de Janine Oriano, son nom d’épouse.
Avec B comme Baptiste, elle est la première Française à publier dans la collection “Série Noire”. En 1977, la grande saga L’Esprit de famille, publiée cette fois sous son nom de jeune fille, la fait connaître du grand public. Parallèlement, elle écrit pour la télévision. Les chambardements dans la famille, les problèmes de couple et la place de la femme moderne dans le monde du travail sont les thèmes le plus souvent abordés par Janine Boissard dans ses romans. Parmi ses plus grands succès, on retiendra la saga de Belle-Grand-Mère ainsi que Une femme en blanc (Robert Laffont, 1996), suivis de Marie‑Tempête (Robert Laffont, 1998).

Mère de quatre enfants, Janine Boissard a publié une quarantaine de romans, notamment, parmi les plus récents,
— Histoire d’amour (2004)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/22/histoire-damour/
— Belle Arrière-Grand-Mère (Fayard, 2014),
— Au plaisir d’aimer (Flammarion, 2015),
— Une femme : le roman d’une vie (Flammarion, 2016),
— Voulez‑vous partager ma maison ? (Fayard, 2016),
— La Lanterne des morts (Fayard, 2017),
— Dis, t’en souviendras-tu ? (Plon, 2018),
— Les Quatre Filles du docteur Moreau (Fayard, 2018).

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Famille, Philosophique

La Passeuse d’histoires

de Sejal Badani
Broché – 9 septembre 2021
Éditeur : CHARLESTON

De l’Inde qui a vu naître ses parents, Jaya ne sait rien, ou presque. Mais alors que son corps semble lui refuser la maternité à laquelle elle aspire, Jaya ressent le besoin d’aller à la rencontre de ses origines.

Au cœur de la province du Madhya Pradesh l’attend Ravi, fidèle serviteur de sa grand-mère disparue et dépositaire de ses plus intimes secrets. Mariage arrangé, drames et amours impossibles… Jaya découvre, bouleversée, le destin tragique et hors du commun des deux générations de femmes qui l’ont précédée. C’est dans leur courage et leur résilience qu’elle puisera la force de trouver sa propre place dans le monde.

Loin des clichés d’une Inde de carte postale, Sejal Badani parvient à insuffler beauté et délicatesse au sein des tragédies les plus sombres.

« Une célébration de la littérature qui offre une voix à ceux qui en sont privés. »
New York Journal of Books

Je viens de terminer ce superbe roman le cœur lourd et la larme à l’œil…
Sejal Badani avec La Passeuse d’histoires m’a emporté avec son récit dans tout ce que j’aime. Un récit prenant et magnifique malgré les sujets qui s’enchainent tous plus graves les uns que les autres, mais à la fin, la vie, l’amour, la famille sont toujours là…

Tout a commencé par une couverture et un titre qui m’ont irrésistiblement attiré. Dès la première page, j’ai été happé par un récit d’une délicatesse rare, où les drames les plus profonds côtoient sans cesse l’amour, la famille et l’espoir. J’ai été emporté jusqu’au dernier mot transformant ma lecture en gros coup de cœur !

J’ai fait la connaissance de Jaya, une journaliste new-yorkaise d’origine indienne, bouleversée par trois fausses couches et un mariage qui s’effondre. Lorsqu’elle apprend que son grand-père maternel est mourant, elle décide de partir en Inde, sur les traces d’un passé qu’elle ignore presque totalement. Là-bas, Ravi, ancien serviteur et fidèle ami de sa grand-mère Amisha, lui ouvre les portes d’une mémoire longtemps enfouie. À travers sa voix naît une seconde histoire, celle d’Amisha, jeune fille mariée à quinze ans selon les traditions d’une Inde encore sous domination britannique.

J’ai été profondément touché par cette construction à plusieurs voix, qui fait dialoguer trois générations de femmes unies par les mêmes blessures, les mêmes rêves et une incroyable force de résilience. Amisha devient rapidement le cœur du roman, une femme privée de liberté, mais jamais de son imaginaire, elle trouve dans l’écriture un refuge et une manière de préserver son âme. Mais le personnage de Ravi est tout aussi magnifique. Intouchable dans une société régie par les castes, il incarne la fidélité, la gratitude et cette amitié inconditionnelle qui transcende les barrières sociales. Sa relation avec Amisha est d’une beauté bouleversante.

Sejal Badani dresse également un portrait fascinant de l’Inde d’autrefois, entre traditions ancestrales, domination coloniale, émergence de Gandhi et quête d’indépendance. Ce contexte historique enrichit le récit sans jamais étouffer l’émotion. La plume de l’autrice est élégante, sensible et profondément immersive. Chaque page semble rappeler que les histoires possèdent un pouvoir immense, celui de réparer les silences, de transmettre les mémoires et parfois même de changer une destinée.

La Passeuse d’histoires est un roman historique, une magnifique histoire d’amour et d’amitié, mais surtout un vibrant hommage aux femmes qui, malgré les interdits, ont trouvé dans les mots la plus belle des libertés.

Si vous ne l’avez pas lu, laissez-vous porter par cette merveille.
Elle a touché mon cœur… et je suis convaincu qu’elle saura toucher le vôtre.

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Extraits :

« VINGT POUR CENT DES FEMMES font un jour une fausse couche. Parmi elles, quatre-vingts pour cent perdent leur bébé au cours du premier trimestre de grossesse. Les risques sont de douze pour cent à trente ans – une probabilité qui augmente avec l’âge.
Je peux réciter par cœur ces statistiques, et bien d’autres encore. J’ai lu tout ce qui était à ma portée, dès le jour où on a décidé d’avoir un enfant.
C’était il y a cinq ans. Depuis, j’ai passé un nombre incalculable d’heures à la bibliothèque et sur Internet, dans l’espoir de trouver une nouvelle étude, un nouveau médicament, qui multiplierait mes chances d’arriver à terme. Mais peu importent mes lectures, j’en viens toujours à la même conclusion : certains bébés naissent, d’autres pas. »

« J’AVAIS CINQ ANS QUAND J’AI SUPPLIÉ ma mère de m’offrir un chien. La race ou la taille n’avaient aucune importance : je voulais juste avoir un compagnon qui soit bien à moi, à aimer et à câliner. Trois jours après ma requête, ma mère m’a fait la surprise : un chiot en laisse m’attendait à la maison. C’était le bonheur. Je l’emmenais partout et il dormait dans mon lit. Quelques mois plus tard, il s’est enfui et nous ne l’avons pas retrouvé. Assise sur mon lit, j’ai pleuré pendant des heures sous les yeux de ma mère qui demeurait silencieuse, dans l’embrasure de ma chambre. Je me suis finalement endormie, épuisée de chagrin. Ce n’est qu’au matin que j’ai compris que pendant la nuit, elle avait tiré la couverture sur moi et avait éteint la lumière. Jamais elle ne m’a adressé un mot à propos de cette douloureuse perte. »

« QUAND J’AVAIS SEPT ANS, j’ai voulu apprendre à faire du vélo. Ma mère m’en a acheté un avec des roulettes, mais je les ai enlevées. Mes pieds
atteignaient à peine les pédales. Chaque jour, je montais dessus et chaque jour, je tombais. L’une de ces chutes a été particulièrement brutale, et j’ai récolté dix points de suture au front. Alors, Maman a enfermé mon vélo dans le garage. Quand nous en avons discuté, elle m’a laissé le choix entre abandonner ou attendre de grandir un peu pour réessayer. J’ai refusé de l’écouter et j’ai ressorti le vélo du garage en cachette. Le jour suivant, je me cassais le bras et m’ouvrais la lèvre en dévalant une pente. Elle a immédiatement offert mon vélo à l’un de nos voisins.
Quand j’ai exigé de savoir pourquoi, elle m’a répondu : “Jaya, parfois, c’est mieux de laisser tomber les choses qui nous font mal.” »

« — J’ai quinze ans. Mon mariage a déjà été arrangé.
Neema jeta un œil à l’horloge, puis à la porte, évitant le regard d’Amisha. Cette dernière, qui avait été mariée à quinze ans elle aussi, savait que les filles pouvaient être offertes à tout âge. Certaines familles pauvres échangeaient leur nouveau-né contre un sac de riz. Dans certains villages, on n’attendait pas que les filles aient quinze ans. Amisha se demanda si ces traditions changeraient au fil du temps. Mais personne, pas même les Britanniques, n’avait été capable de modifier les choses jusqu’à présent. »

Sejal Badani est une ancienne avocate qui écrit aujourd’hui à plein temps. Quand elle n’écrit pas, elle aime lire et voyager, avec Bruce Springsteen, Beyonce et Ed Sheeran en fond sonore. Elle vit actuellement sur la West Coast avec sa famille et leurs deux chiens.
Ses ouvrages font partie des listes bestsellers du USA Today, du Washington Post, du Wall Street Journal et d’Amazon Charts.

Son deuxième roman, La Passeuse d’histoires, a déjà conquis plus d’un million de lecteurs dans le monde.

Amour, Émotion, Drame, Famille, Frisson horreur, Histoire vraie, Violence

Les Mutilées

de Vincent Villa
Broché – 9 juin 2026
Éditeur : auto-édition

Léa, sept ans, appelle soudain sa mère au secours dans l’eau de son bain en lui avouant l’horreur qu’elle subit : son père, Maxence, lui « gratte la zézette ». Pour Émilie, séparée de cet homme qu’elle a fui avec sa fille, débute alors un cauchemar au long cours. Indifférent à la souffrance de Léa, le système cogne sur Émilie autant qu’il caresse Maxence, s’acharnant sur la protectrice pour mieux protéger le violeur. L’amour maternel, l’arme des plus poignants combats, même les plus désespérés, lui permettra-t-il de sauver l’être le plus cher à ses yeux ?

Journaliste et auteur, Vincent Villa, déjà six thrillers dans son sillage créatif, signe là son premier roman noir, entre intrigue fictionnelle et réalité documentaire, sur le sujet révoltant des mères désenfantées.

Avant toute chose, je tenais à remercier Vincent Villa pour la confiance qu’il m’a accordée en me confiant la réalisation de la couverture de « Les Mutilées ». C’est un projet qui m’a profondément touché, mais je n’imaginais pas, en ouvrant ce livre, à quel point son contenu allait me bouleverser.
Durant ma lecture, j’ai eu beaucoup de mal à le considérer comme un simple roman tant le sujet abordé est grave, documenté et profondément humain. À chaque chapitre, j’ai senti le travail de recherche de l’auteur, sa volonté de comprendre avant de raconter, mais surtout de donner une voix à celles et ceux qui peinent parfois à être entendus.

Tout commence lorsque Léa, sept ans, révèle à sa mère, Émilie, les violences sexuelles qu’elle subirait lors des visites chez son père. Dès cet instant, la vie de cette mère bascule dans un combat dont elle ne mesure pas encore l’ampleur. Elle pense protéger son enfant. Elle va pourtant se retrouver confrontée à une mécanique judiciaire et institutionnelle qui la pousse progressivement dans ses retranchements. J’ai ressenti beaucoup de colère, des envies de tuer aussi, puis une immense détresse en suivant son parcours. Vincent ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Il montre, avec une grande sobriété, l’usure psychologique d’une femme qui s’effondre peu à peu sans jamais renoncer à défendre sa fille. L’écriture est incisive, rythmée, parfois presque poétique, mais cette beauté de la langue ne fait que renforcer la violence de ce qui est raconté. Le suspense, les rebondissements et la construction du récit rendent la lecture impossible à interrompre. J’avais constamment besoin de connaître la suite, tout en redoutant ce que j’allais découvrir.
Ce qui m’a le plus marqué reste cette réflexion sur la difficulté, pour certaines victimes, de faire entendre leur parole. Le roman met en scène des mécanismes institutionnels qui interrogent profondément et qui nourrissent une véritable réflexion sur la manière dont sont vécues certaines procédures judiciaires.

J’ai également été très sensible à la force du lien entre une mère et son enfant. Cet instinct de protection traverse tout le récit et donne à Émilie une puissance émotionnelle remarquable malgré son épuisement.

« Les Mutilées » est un roman noir, mais c’est aussi un texte profondément humain. Un livre qui dérange, qui secoue, qui révolte et qui pousse le lecteur à réfléchir bien au-delà de son intrigue.
J’ai refermé ce roman avec une émotion immense, le cœur lourd, mais convaincu d’avoir lu un ouvrage important.

Merci Vincent pour ta confiance. Je suis profondément fier d’avoir participé, à ma manière, à cette aventure…
Ton roman mérite d’être lu, partagé et discuté. Parce que certaines histoires dépassent la fiction et qu’elles nous obligent, tout simplement, à ne plus détourner le regard.

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Extraits :

« Elle assécha ces sanglots belliqueux d’un violent revers de manche. Ce n’était pas le moment d’abandonner à ses émotions la conduite, risquée, de ses actes, qui la propulseraient encore plus loin sur les chemins de l’illégalité. Une perspective assumée depuis qu’elle avait hâté l’heure de coincer leur existence dans quelques bagages, de la compresser, de la ratatiner, d’en emporter l’essentiel en réduisant le reste à une infinité d’insignifiances. Léa – de grands yeux sombres qui pataugeaient dans l’étendue sans fin de son chagrin – n’avait cure de ce sacrifice maternel orienté vers une quête ultime qui transcendait toutes les autres : apparier de nouveau le quotidien de sa fille avec l’allégresse, la légèreté, si du moins son trauma l’autorisait un jour à prétendre à ces douceurs que tout enfant de son âge devait revendiquer. »

« — Vous ne pouvez pas nier, maître, que les deux paroles s’opposent et que dans ces situations antagonistes, coutumièrement, il est compliqué de se forger un avis clair.
— Celui exprimé au printemps 2022 était le bon. Ma cliente avait été littéralement chassée par monsieur du domicile familial dans un climat très tendu, prémices de violences conjugales.
Bardés de douleur, les yeux d’Émilie lançaient des appels au secours silencieux, SOS écrits avec le cœur: la gifle, la gifle, la gifle!
— Y a-t-il eu un dépôt de plainte, à tout le moins de main courante, maître?
— Non, monsieur le juge.
— Très bien. Si chacun en a terminé avec ses arguments, l’audience est finie. Vous recevrez le délibéré dans un mois environ.
Sans aucun délai, Maxence tourna vers elle un visage dur fardé d’une assurance tranquille, comme habité par la certitude ostensible de triompher: ses pouces levés, provocateurs, célébraient déjà sa victoire écrasante. »

« — Tu veux te cacher à ton tour, Zoé ? demanda Jeanne en lui tendant un paquet de crocodiles, friandises molles, colorées et évidemment très sucrées, qu’elle avait largement contribué à décimer.
La question a priori inoffensive déclencha une rafale de pleurs ! La terreur soudaine, irrépressible, semblait ressusciter un trauma au sein du cerveau de Zoé, activer les zones les plus sensibles de sa mémoire !
Mylène jaillit et devança l’adulte inquiète pour prodiguer un réconfort morcelé en une étreinte et quelques bisous, baume tendre sur blessure à vif. La voix de Judith perça les pensées bouleversées de Jeanne, dans lesquelles s’entrechoquaient les échos d’une souffrance tenace.
— On dirait qu’elles se sont reconnues, jugea la nouvelle arrivante.
— Ce sont des sœurs de douleur… Elles doivent se reconstruire, à des degrés divers. D’où le surnom de l’endroit qui nous accueille, l’Atelier des cœurs brisés ?
Une lueur sombre traversa le regard clair de Judith, fila dans un ciel bleu bordé de mélancolie. »

« — Je sais que je prends le risque d’être sanctionnée pour ce que je dis. Mon avocate m’a mise en garde plusieurs fois. Parler doit être bien plus grave que violer, aux yeux des juges. D’après elle, quand un papa passe très bien avec son avocat qui sait parfaitement le défendre, c’est plus facile de se dire que c’est lui qui incarne la société française et pas l’hystérique en train de hurler qu’on lui vole son enfant, qui se répand dans la presse et sur les réseaux sociaux, fait des vidéos, écrit au ministre de la Justice puis au président de la République, ou encore à la première dame de France. Bref, qui ne sait plus quoi faire, alors qu’elle n’est pas une mère protectrice, mais une mère empêchée de protéger son enfant!
On ne me fera pas taire pour autant. Vous entendez ? On ne me fera pas taire ! Je n’accable pas ces mères qui font un compromis et acceptent ce qu’il se passe pour continuer à recevoir leur enfant chez elle, mais c’est au-dessus de mes forces, me concernant ! »

Spécialiste du ballon rond à France Football puis à L’Equipe, Vincent Villa est attiré par l’écriture romanesque depuis longtemps. Mais ce journaliste sportif attend 2017 pour enfin céder à ses envies de saisir la plume dans le but d’écrire des fictions plutôt que d’informer, même si les deux ne sont pas incompatibles. Depuis des années, les polars comme les thrillers accaparent ses moments de lecture et c’est à ce moment-là que s’engager sur le chemin de la littérature noire devient une lumineuse évidence à ses yeux.

Une année plus tard nait son tout premier roman, “Je mangerai ton cœur« . Tour à tour sombre, romantique, haletant, journalistique, ce thriller attire l’attention des défricheurs de talent chez France Loisirs. Fin 2019, il rejoint les nouveaux auteurs des “Editions du 123. » En 2020, ce titre est lauréat du prix du salon du livre du Pays Noir, à Charleroi.

Mais un second roman est déjà prêt, et édité à peine quelques mois plus tard. À travers “PARADICTION« , paru au printemps 2021, la plume devient davantage sombre et tortueuse, trempée dans le machiavélisme et l’obscurité des âmes. Son troisième thriller, « #JE SUIS LILLY« , renoue avec une thématique chère à cet écrivain sensible, les violence faites aux femmes, en même temps qu’avec la noirceur vengeresse et les rebonds macabres, en arrière-plan de l’insoutenable résignation pour un fait divers tragique : un meurtre, un féminicide.

Écrivain à la plume percutante et inspirée de questions sociétales ancrées dans l’actualité, Vincent Villa aime l’écheveau conflictuel de la conscience, aux confins de la moralité et des pulsions primaires, et les intrigues entrelacées libèrent la tension du dénouement, comme l’achèvement complexe d’un puzzle littéraire. Une manière de concevoir ses histoires récompensée en 2023 lorsque son quatrième ouvrage, “ADHaine« , remporte le prix des salons Loiret Crimes et Noires Sœurs.

Le suivant, « Le cimetière des enfants perdus« , lui permet pour la première fois de remettre en scène des personnages d’un livre précédent, « #JE SUIS LILLY« . Axé sur la pédocriminalité, ce nouveau roman dénonce ce fléau sans verser dans la glauque. Dans sa double volonté de divertir et de dénoncer, Vincent Villa cherche en permanence un équilibre très subtil à trouver, tant l’écriture est sans filet. Une volonté confirmée avec « ANIMAL LECTER« , son sixième thriller, consacré aux animaux, avant une incursion dans le roman noir. Sa nouveauté, en effet, porte sur le scandale des mères désenfantées et l’inceste : un cri du cœur et de colère poussé à travers « Les Mutilées« .