Amour, Émotion, Famille

À l’adresse du bonheur

de Lorraine Fouchet
Broché – 3 mars 2022
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

En lisant les petites annonces, Pierre Saint-Jarme découvre que Ker Joie, la maison de famille vendue dix ans plus tôt, est de nouveau sur le marché. Il se précipite pour la racheter. Trop tard. Alors il la loue, le temps d’un week-end, pour réunir la tribu sur l’île de Groix et organiser l’anniversaire d’Adeline, sa mère. Mais Pierre n’est pas le seul à lire les journaux… Un accident survenu il y a trente-sept ans s’invite à la fête. Tandis qu’Adeline souffle ses quatre-vingts bougies et pioche des moments précieux dans le bocal à émotions, les fracas du passé tracent vers l’île. Et si vous pouviez racheter votre maison d’enfance ? Ce roman ravive les souvenirs, parle du serment d’Hippocrate, de rancune tenace, et surtout d’amour. Il appelle à éclairer la nuit pour ceux qu’on aime, et réveille le parfum des vacances et des recettes de grand-mère.

J’aime beaucoup les romans de Lorraine Fouchet. À chaque lecture, je retrouve cette capacité qu’elle possède à parler de la famille avec une infinie tendresse, sans jamais oublier ses blessures, ses secrets et ses failles. À l’adresse du bonheur n’a pas fait exception.
L’autrice m’a emmené une nouvelle fois sur l’île de Groix, au large de la Bretagne, dans un décor lumineux où les paysages semblent respirer au rythme des émotions de ses personnages. Lorsque Pierre Saint-Jarme découvre que l’ancienne maison familiale, Ker Joie, est de nouveau en vente, il y voit l’occasion de renouer avec une partie de son histoire. Mais le destin en décide autrement. Pierre décide alors par dépit de la louer pour un week-end, car sa mère Adeline fête ses quatre-vingts ans, où toute la famille sera présente, mais ce retour sur les terres de son enfance va réveiller bien plus que des souvenirs.

Au fil des pages, j’ai fait la connaissance d’une galerie de personnages profondément humains, tous porteurs de leurs doutes, de leurs blessures et de leurs espoirs. Au centre de cette famille rayonne Adeline, une femme de quatre-vingts ans pleine de sagesse, de courage et de bienveillance. Véritable pilier du récit, elle éclaire ceux qui l’entourent comme un phare dans la tempête.

J’ai été particulièrement touché par Pierre, médecin marqué par la pandémie et par le sentiment douloureux de n’avoir pas toujours pu sauver ceux qu’il voulait protéger. À travers lui, Lorraine évoque avec beaucoup de justesse la souffrance silencieuse des soignants, leur impuissance et même leurs questionnements.
Mais ce roman est aussi une histoire de transmission, de pardon et de réconciliation. Les rancœurs anciennes refont surface, les secrets de famille émergent peu à peu, et chacun devra trouver la force d’avancer sans rester prisonnier du passé.
J’ai aimé ce qui se dégage de cette lecture. Même lorsque les personnages traversent l’épreuve, l’autrice conserve un regard profondément humain et résolument optimiste. Elle nous rappelle que le bonheur n’est jamais très loin lorsqu’on accepte d’ouvrir son cœur.

La Bretagne, magnifiquement décrite, devient un personnage à part entière. Les embruns, les paysages marins et la lumière de l’île de Groix enveloppent le récit d’une atmosphère réconfortante et pleine de charme. Porté par une écriture sensible, des chapitres courts et un rythme fluide, À l’adresse du bonheur est un roman qui fait du bien. Une histoire lumineuse, émouvante et pleine d’espérance qui m’a offert un moment de sérénité.

Un livre qui porte admirablement son nom et qui m’a laissé, une fois la dernière page tournée, un sourire discret au coin des lèvres.

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Extraits :

« Pierre Saint-Jarme a toujours aimé les petits déjeuners. Enfant, il souriait à son bol de chocolat en y trempant sa tartine de beurre salé. Adulte, il savoure son expresso en lisant le journal, croque dans un croissant et regarde les annonces immobilières : « propriété prestigieuse »,
« demeure d’exception », « site de toute beauté », des mots dithyrambiques. Clarisse boit son café long, à l’américaine, dans un mug rouge, en parcourant un magazine. »

« Pierre peste. Il a beau rappeler l’agence immobilière, il tombe systématiquement sur un insupportable répondeur qui répète d’un ton sirupeux que son correspondant est déjà en ligne et lui demande de renouveler son appel. Il grimace, fébrile, se ronge l’ongle du pouce. Persiste. Enfin, on répond.
– Ah, je commençais à m’inquiéter. Je suis le docteur Pierre Saint-Jarme. J’ai lu votre annonce. Je suis acheteur au prix demandé. »

« Pierre rentre chez lui, radieux et transfiguré.
-J’ai vu Charles, tout est arrangé! annonce-t-il à Clarisse. On signe à l’agence immobilière demain matin à 10 heures. Tu ne peux pas savoir ce que ça représente pour moi.
– Je crois que si, murmure sa femme.
Il la serre contre lui.
– La cohabitation avec ma famille n’a pas toujours été facile pour toi à Groix, je sais.
– C’est un euphémisme. Mais je t’aime, Pierre, de la Terre à la Lune et retour.
– Je t’aime, Clarisse, de Groix à la grande terre et retour.
– C’est moins loin, fait-elle en riant. »

« Pierre, dix-huit ans, et Paul, seize ans, braillent des chants de marins et boivent jusqu’à plus soif au Ty Beudeff, le mythique bar du port de Groix. Les frères Saint-Jarme sont connus là-bas, comme le loup blanc dirait leur mère Adeline, comme le thon blanc se marre Paul. Les frérots ont repéré une fille ravissante, une Vannetaise blonde aux yeux dorés avec des seins pommelés sous un tee-shirt floque Brav Eo Ar Vuhez, qui signifie en breton « La vie est belle ».
– Elle est pour moi, prévient Pierre.
– Pas question, que le meilleur gagne ! »

Lorraine Fouchet est écrivaine, scénariste et docteur en médecine, née le 22 octobre 1956 à Neuilly-sur-Seine.

Elle est la fille unique de Christian Fouchet (1911-1974), qui a rallié Londres le 17 juin 1940 et la France Libre le 19 juin 1940, ambassadeur, ancien ministre du général de Gaulle, et de Colette Fouchet, née Vautrin (1926-2018), membre de la Résistance intérieure française. Son grand-père maternel était le général Jean-Emile-Alexis Vautrin, organisateur de la Résistance dans le sud-est de la France, et sa grand-mère Antoinette Vautrin (née Salmon-Mercier) était membre du réseau Gallia. Les trois frères aînés de son père sont morts pour la France, comme le frère aîné et le père de sa mère. Son grand-père paternel Raymond Fouchet était Officier de Cavalerie.

Son arrière-arrière-grand-père maternel, Eugène Mercier (1838-1904), était le fondateur de la Maison de champagne Mercier.

Elle fait ses études primaires à Copenhague puis à l’Institut de La Tour, ses études secondaires au lycée La Folie Saint-James puis à Sainte-Marie de Neuilly.

Elle a été pendant quinze ans médecin d’urgence au SAMU de Paris, à Europ Assistance et à SOS Médecins Paris, et médecin des Théâtres de Paris, avant de se consacrer à l’écriture. Le dimanche 3 mars 1996, alors qu’elle a publié 3 romans, elle est de garde à SOS Médecins, et rédige le certificat de décès de Marguerite Duras.

Elle se partage entre les Yvelines et l’île de Groix dans le Morbihan.

Elle a reçu le prix Littré 1997, le prix Anna de Noailles de l’Académie française 1998, le prix des Maisons de la presse 2003, le prix Ouest 2016, le prix Bretagne – priz Breizh 2016, le prix des Lecteurs U 2017. Elle a été de 2018 à juin 2021 présidente de la Commission LIR au Centre National du Livre. Elle est la marraine de l’Association Livres en Loire et a été de 2020 à 2022 présidente du jury du prix Honoré de Balzac. Elle a été en 2023 présidente du jury du prix Jean Anglade.

Poste restante à Locmaria (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/poste-restante-a-locmaria-de-lorraine-fouchet/

Les Couleurs de la vie (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/29/les-couleurs-de-la-vie/

Tout ce que tu vas vivre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/20/tout-ce-que-tu-vas-vivre/

J’ai failli te manquer (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/26/jai-failli-te-manquer/

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