de Raphaël Delpard
Poche – 22 septembre 2010
Éditeur : Calmann-Lévy

L’itinéraire tourmenté d’un enfant caché pendant l’Occupation.
Parigné-l’Evêque dans la Sarthe. En 1943, les persécutions nazies se déchaînent. Louise Leblanc a accepté d’héberger un orphelin d’environ six ans que lui a confié un réseau de sauvetage d’enfants. En état de choc, amnésique, le garçon ne se souvient pas même de son nom. Louise lui donne un prénom, Jean, et l’inscrit sous son propre patronyme à l’école.
Les habitants du bourg l’acceptent comme l’un des leurs. Jean retrouve par bribes la mémoire à mesure qu’il s’acclimate à son nouvel environnement.
Mais un jour, le facteur avise Louise qu’une dénonciation anonyme a été envoyée à la gendarmerie l’accusant de cacher un enfant juif. Entre les villageois solidaires et les complices de la barbarie, s’engage alors une course de vitesse à l’issue jusqu’au bout incertaine…

Lorsque j’ai ouvert L’Enfant sans étoile de Raphaël Delpard, je savais que j’allais plonger dans l’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Pourtant, ce que j’y ai trouvé dépasse largement le simple récit de guerre. J’y ai découvert une magnifique histoire d’amour, de courage et d’humanité.
Nous sommes en 1943, dans la campagne sarthoise. Jean, un petit garçon juif rescapé du camp de Gurs, est confié à Louise Leblanc par un réseau de résistance. L’enfant est brisé, affaibli, presque absent au monde. Louise, elle, décide de tout faire pour lui rendre la vie, malgré les risques immenses que cela représente.
Très vite, je me suis attaché à ces deux personnages. Entre eux se noue un lien bouleversant, fait de tendresse, de protection et d’espoir. Dans un contexte où la peur, les dénonciations et la barbarie règnent, Raphaël Delpard choisit avant tout de mettre en lumière ce qu’il y a de plus beau chez l’être humain et c’est beau.
J’ai particulièrement aimé la façon dont l’auteur décrit la campagne française de cette époque. Ses paysages, ses moissons, ses villages semblent baignés d’une douceur presque irréelle, contrastant avec l’angoisse permanente de l’Occupation. Cette atmosphère donne au roman une force émotionnelle particulière.
L’écriture est simple, fluide et profondément sincère et j’ai senti derrière chaque page le travail de mémoire, mais aussi l’émotion personnelle d’un récit inspiré de faits vécus. Raphaël Delpard rend un hommage vibrant à ces femmes et ces hommes ordinaires qui ont risqué leur vie pour sauver celle des autres.
Au fil des chapitres, j’ai partagé les peurs de Jean, les souvenirs flous de ses parents, son désir de survivre et l’espoir de les retrouver un jour. Mais j’ai surtout été touché par cette formidable leçon d’humanité qui traverse tout le roman.
L’Enfant sans étoile est un livre tendre, émouvant et lumineux malgré l’ombre de la guerre. Une histoire qui rappelle que même dans les périodes les plus sombres, il y aura toujours des personnes qui choisiront la générosité plutôt que la peur. Cette lecture m’a profondément touché et je referme mon livre avec beaucoup d’émotion…
÷÷÷÷÷÷÷
Extraits :
« L’histoire de l’enfant commença le 15 mai 1943 à l’aube. Une jeune femme dont la silhouette était encore proche de l’adolescence frappa à la porte de la maison de Louise Leblanc, rue Basse-de-Brette, à Parigné-l’Évêque, dans la Sarthe.
Elle entra dans la cuisine d’un pas pressé, sur son passage heurta une chaise qui était éloignée de la table, puis, faisant une halte au centre de la pièce, du regard chercha un endroit où poser l’enfant qu’elle tenait serré contre sa poitrine, enveloppé dans une couverture. »
« — Et si l’enfant a besoin d’un médecin ?
— Une infirmière est prévenue de l’arrivée de votre pensionnaire. Elle viendra demain ou après-demain au plus tard. Compte tenu de sa situation, un médecin ne tardera pas également à vous rendre visite. Vous ne paierez rien.
— Et s’il a besoin de médicaments ?
— On vous dira le moyen d’en obtenir.
— Qui me le dira ?
— La Sarthoise. Chaque fois qu’un besoin se fera sentir, vous trouverez la marche à suivre dans la boîte à lettres.
— Cette Sarthoise, l’avez-vous déjà rencontrée ?
— Jamais. Je ne fais que vous répéter ce que je lis. Je n’en sais pas plus. »
« Un jour nouveau commençait. Louise Leblanc était insensible au ciel tissé de bleu, à l’air alourdi, aux piaillements des oiseaux. Sur le pas de la porte de sa maison, elle essayait de chasser le bourdonnement qui emplissait sa tête et l’empêchait de réfléchir. Elle n’avait aucun regret d’avoir accepté de prendre un enfant chez elle. D’où venait alors le trouble qui l’accablait? De réaliser qu’elle était désormais membre d’un réseau de Résistance, sans l’avoir ni voulu ni demandé? Elle se sentait si petite, minuscule, dans la grandeur du monde. Le malaise ne venait-il pas en réalité de la crainte de ne pas se montrer à la hauteur de la tâche qu’on venait de lui confier ? Comment s’y prend-on pour redonner le goût de la vie à un enfant qui est au bord du précipice ? »
« Avez-vous compris que Serge nous a donné une leçon de civisme? Comment naît le racisme ? En désignant l’autre comme différent. Serge a une bosse dans le dos. Alors, la belle affaire! Lequel d’entre vous n’a-t-il pas un défaut? Un genou plus gros que l’autre, les oreilles décollées. La bosse de Serge le rend-elle moins capable que Didier de faire du foot ?
Il attendit la réponse. Voyant qu’elle ne venait pas, il frappa dans ses mains. Les élèves se levèrent comme un seul homme et sortirent de la classe, soulagés de se retrouver à l’extérieur. »
« Durant l’heure suivante, Jean fut ailleurs. La classe était devenue un monde flou, les explications de Françoise Marchand lui parvenaient comme au travers d’un mur de ouate. Comment répondre à un nom qui n’est pas le sien ? Comment habiter une identité étrangère ? C’est mettre un costume trop large ou trop étroit, porter un chapeau de travers. Tout le monde voit bien que cela ne vous va pas. Un nom, c’est en apparence peu de chose, mais cette addition de lettres forme une musique unique. Il est faux de croire qu’on peut en changer facilement, que n’importe quelle suite de lettres peut faire l’affaire. Un nom est un signe dans le ciel, un rendez-vous permanent avec soi-même, un miroir tendu qui ne vous quitte pas, une balise par temps de brouillard. »


Raphaël Delpard, cinéaste et romancier, est né le 26 janvier 1942 à Paris 11e.
Il est l’auteur d’un travail de mémoire sur l’Algérie : 20 ans pendant la guerre d’Algérie, L’Histoire des pieds-noirs d’Algérie, Les Oubliés de la guerre d’Algérie (Éditions Michel Lafon).
Il suit simultanément une formation de théâtre et de marionnettiste avec Jean-Loup Temporal, et réalise quelques tournées scolaires avec sa propre compagnie et un spectacle de sa création, Pierrot au pays des poissons. Il travaille ensuite comme scénariste pour des réalisateurs tels Jean-Pierre Mocky, Sam Peckinpah et Robert Enrico, puis réalisateur de sujets divers. L’une de ses premières réalisations, un film de commande s’inscrivant dans la tradition française du comique troupier Les Bidasses aux grandes manœuvres, lui apportera des ouvertures vers le genre qui lui tenait à cœur: le cinéma fantastique.
Également acteur en 1980, il tient le rôle du mari dans Un amour d’emmerdeuse, comédie sensible décrivant les péripéties d’un couple après l’arrivée d’un enfant. La même année il réalise La Nuit de la mort (ressorti en vidéo sous le titre Les Griffes de la Mort), l’une des rares incursions françaises dans le domaine du film gore. Peu remarqué par le public français (du fait de sa sortie au même moment que le Shining de Stanley Kubrick), il connaîtra un certain succès aux États-Unis, recevant, pour l’occasion, un télégramme d’encouragement de la part de Tobe Hooper. Il mettra en chantier un film fantastique, Clash, sélectionné en 1984 au Festival d’Avoriaz, puis une comédie en 1985, Vive le fric, avant de délaisser le cinéma pour se consacrer à l’Histoire.
Depuis 1993, il se consacre davantage à la littérature. Son premier livre-document, Les Enfants cachés choisi dès sa parution par Bernard Pivot pour son émission Apostrophes sur Antenne 2 en 1993, est un succès. Il écrit ensuite des livres-documents sur l’Occupation, la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie. Sa première incursion dans l’histoire romancée, sortie dans une collection « Le Roman d’Amour de… » en octobre 2016, réhabilite Lucrèce Borgia. Depuis, comme l’atteste la partie « Publications » ci-dessous, il est revenu au livre-document, parfois romancé tel « La Cavalcade des Enfants Rois« . Mais pas exclusivement: il a publié une biographie de Bourvil, sortie fin 2025, en hommage à l’artiste qu’il a bien connu.
Il est revenu au cinéma en réalisant trois films documentaires tirés de ses livres éponymes : Les Enfants Cachés (1998), Les Convois de la honte (mars 2010) et La Conférence de la Honte (2022). Inspiré par l’écriture cinématographique des documentaires britanniques, il incorpore des évocations entre les témoignages et les documents.
Il écrit également plusieurs romans, dont : Pour l’amour de ma terre, L’Enfant qui parlait avec les nuages, Le Courage de Louise qui se situent dans la Sarthe. La substance est celle de la paysannerie au siècle dernier.
