Amour, Émotion, Histoire, Suspense

Gravé dans le sable

de Michel Bussi
Broché – 15 juin 2017
Éditeur : Presses de la Cité

“Ce qui importait pour elle, c’est que Lucky ne soit pas mort comme un autre sur cette plage. Cette mort, il l’avait décidée, il l’avait voulue. Lucky n’avait pas fait la guerre, il avait joué.”

Quel est le prix d’une vie ?
Quand on s’appelle Lucky, qu’on a la chance du diable, alors peut-être la mort n’est-elle qu’un défi. Un jeu. Ils étaient cent quatre-vingt-huit soldats sur la péniche en ce jour de juin 1944. Et Lucky a misé sa vie contre une hypothétique fortune.
Alice, sa fiancée, sublime et résolue, n’a plus rien à perdre lorsque vingt ans plus tard, elle apprend l’incroyable pacte conclu par Lucky quelques heures avant le Débarquement.
De la Normandie aux Etats-Unis, elle se lance à la quête de la vérité et des témoins… au risque de réveiller les démons du passé.

2007, prix Sang d’encre de la ville de Vienne (Isère)
2008, prix littéraire du premier roman policier de la ville de Lens (Pas-de-Calais)
2008, prix littéraire lycéen de la ville de Caen
2008, prix Octave Mirbeau de la ville de Trévières
2008, prix des lecteurs Ancres noires de la ville du Havre

J’aime les romans où la grande Histoire se mêle au destin de personnages ordinaires. Avec Gravé dans le sable, Michel Bussi m’a offert exactement cela. Une aventure captivante qui prend naissance au cœur du Débarquement de 1944 avant de traverser les décennies et les continents.

Des plages ensanglantées d’Omaha Beach jusqu’aux rues de Washington, en passant par une Normandie rurale profondément attachante, je me suis laissé entraîner dans une intrigue où chaque détail semble avoir son importance. L’auteur joue avec le temps, les souvenirs et les destins croisés avec une remarquable maîtrise.

Très vite, j’ai cru avoir compris où il voulait m’emmener. À peine un tiers du roman parcouru, je pensais déjà tenir la clé de l’énigme. Mais c’était sans compter sur le talent de Michel Bussi, qui adore brouiller les pistes et renverser toutes les certitudes de son lecteur. À chaque révélation succède une nouvelle question, et l’histoire repart avec encore plus de force. J’ai particulièrement aimé cette façon de mêler fiction et contexte historique. Sans prétendre raconter la vérité, le roman s’appuie sur des événements bien réels et leur donne une dimension profondément humaine. On sent que derrière chaque page pourrait se cacher une histoire ayant réellement existé.

Les personnages m’ont beaucoup touché. Leurs blessures, leurs espoirs, leurs fidélités et leurs failles les rendent profondément attachants. Même ceux qui semblent les plus sombres ne se résument jamais à un simple rôle de méchant. Chacun possède sa part d’ombre, mais aussi sa vérité.

La plume de Michel Bussi est fluide, élégante et terriblement efficace. Les chapitres s’enchaînent avec naturel et rendent la lecture particulièrement addictive. Impossible de refermer le livre sans vouloir connaître la suite. J’ai également apprécié la touche de romantisme qui traverse discrètement le récit. Elle apporte beaucoup d’émotion sans jamais prendre le pas sur le suspense.

Au fil des pages, j’ai douté, espéré, changé plusieurs fois d’avis, réclamé justice pour certains personnages… avant de me laisser surprendre une dernière fois par un dénouement surprenant mais parfaitement maîtrisé.

Avec ce premier roman, publié à l’origine sous le titre Omaha Crimes, Michel Bussi démontrait déjà tout ce qui fera ensuite sa réputation. L’art de construire des intrigues redoutables et de faire vaciller nos certitudes jusqu’à la dernière page.

J’ai refermé ce livre avec la sensation d’avoir vécu une formidable aventure humaine, où les blessures du passé continuent de façonner les destins.
Un roman passionnant, émouvant et remarquablement construit, que je ne peux que vous recommander. Un très agréable moment de lecture.

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Extraits :

« La péniche ouvrit son ventre. Les cent quatre-vingt-huit rangers plongèrent dans l’eau froide puis se dispersèrent rapidement. Vus du haut de la Pointe-Guillaume, ils n’étaient guère plus grands que des fourmis sur une nappe froissée.
Difficiles à viser.
Lucky Marry parvint le premier sur la plage, à peine essoufflé. Il s’allongea dans le sable humide, protégé par un petit bloc de granit et la lourde caisse d’explosifs qu’il posa devant lui. Il entendit des bruits de pas rapides dans son dos et un souffle court. Ralph Finn se jeta lui aussi derrière l’abri de fortune.
Vivant ! »

« La Pointe-Guillaume se présentait comme un piton rocheux dominant la falaise normande, coiffé d’un blockhaus et hérissé de canons ; elle était considérée par les stratèges comme l’un des sites les plus importants de l’opération Overlord. Dans la péniche s’entassaient donc cent quatre-vingt-sept jeunes volontaires américains enthousiastes, pétant de santé à grimper et redescendre depuis un mois les falaises anglaises, facilement maintenant, ayant désormais la main ferme, sans vertige, bruyants le soir au bar, buvant et riant, fiers et confiants, en eux, en leur étoile, dans les étoiles de ce drapeau protecteur qu’ils devaient aller planter en haut de la Pointe-Guillaume. »

« Toute la journée du 6 juin 1944, Lison Munier et ses parents restèrent dans la cave de leur petite maison de pierre au centre de Château-le-Diable. Toute la jour-née, il était tombé des bombes. Lison, dans sa cave, avait la même sensation que les dimanches de pluie, quand elle était petite, quand elle n’avait pas le droit de sortir alors que tous les autres jouaient dehors. Le soir, on entendit les bombes s’éloigner, comme un orage qui passe. Lison, son père et sa mère sortirent regarder le ciel, juste devant chez eux. Ils étaient les premiers du village à s’aventurer dehors, ils avaient dû céder à l’impatience de Lison. »

« — Je suis le lieutenant Dean. Je dirigeais le commando rangers qui a mené l’assaut. J’ai reçu votre courrier. Je suis désolé, pour Lucky. Je comprends que vous soyez venue, je crois qu’il faut se rendre ici pour comprendre. De là-bas, des Etats-Unis, on ne peut pas imaginer, il faut venir ici sentir la mort et la poussière. Si vous en avez le courage, accompagnez-moi jusqu’à la plage, vous comprendrez encore mieux.
Alice monta dans la Jeep à côté du lieutenant.
— Je…
Alice hésita à utiliser le présent. Finalement, elle l’utilisa tout de même :
— Je n’arrive pas à croire à la mort de Lucky. »

Michel Bussi naît le 29 avril 1965 à Louviers. Dès ses 6 ans, il s’amuse à inventer des jeux de mots et des histoires. Plus tard, il dévore les romans policiers pour adolescents, comme Le Club des cinq ou Alice.

À 18 ans, il entame des études de géographie à l’université de Rouen et se spécialise dans la géographie électorale. Dans les années 1990, il devient lui-même professeur de géographie à l’université et dirige jusqu’en 2016 un laboratoire de recherche du CNRS. Éminent politologue, il est régulièrement sollicité par les médias.

Auteur polyvalent et ne se limite pas à l’écriture de polars. Passer du thriller au roman d’amour ne le dérange pas. Au contraire, en explorant d’autres formes d’écriture, que ce soit en BD ou à l’écran, l’auteur aime raconter d’autres histoires. Michel Bussi a notamment écrit N.E.O une quadrilogie pour adolescent qui décrit un monde au bord de l’implosion le jour où les adultes ont subitement disparu. L’auteur a également adapté certains de ses romans en BD, à l’instar de : Nymphéas Noirs (2019), Gravé dans le sable (2020) et Un avion sans elle (2021).

Les romans de Michel Bussi font chaque année parler d’eux. Un avion sans elle vend ainsi plus de 800 000 exemplaires en France et obtient les prix Maison de la Presse et celui du meilleur polar francophone en 2012. Ne lâche pas ma main est finaliste du grand prix de littérature policière, tandis que N’oublier jamais remporte le prix du talent littéraire normand en 2016. Maman a tort, Le temps est assassin et On la trouvait plutôt jolie sorti en 2017 continuent sur la même voie.

Histoire, Philosophique, Suspense, Violence

Le songe de Scipion

de Iain Pears
Poche – 16 septembre 2004
Éditeur : Pocket

En Provence, à trois époques décisives de l’histoire, la fin de l’Empire romain, la Grande Peste du XIVe siècle et la Seconde Guerre mondiale, trois hommes sont unis autour d’un texte, Le songe de Scipion, et de l’amour absolu porté à une femme d’exception. Que faire face aux hordes de barbares menés par le roi Euric, aux complots autour de la papauté, à la montée du nazisme tout-Puissant ? Au moment où la société dans laquelle ils vivent est au bord du chaos, Manlius Hippomanes, Olivier de Noyen et Julien Barneuve devront sacrifier une part d’eux-mêmes pour oser s’engager ou pactiser avec l’ennemi. À travers les récits subtilement entrelacés de leurs vies, l’auteur du Cercle de la croix pose de façon magistrale la question de l’engagement des Hommes dans leur siècle, des choix qui changent le cours d’une vie… et d’une civilisation.

Avec Le Songe de Scipion, Iain Pears m’a proposé une lecture différente de celles que j’attendais. Habitué à ses romans plus proches de l’enquête, je me suis d’abord laissé surprendre par cette œuvre ambitieuse, érudite et profondément philosophique.
Dès les premières pages, j’ai compris que je n’étais pas face à un simple roman historique, mais devant une réflexion immense sur l’homme, la civilisation et les choix qui façonnent notre destinée.

À travers trois personnages séparés par plusieurs siècles, Manlius Hippomanes, Olivier de Noyen et Julien Barneuve, l’auteur construit un fascinant jeu de correspondances entre trois périodes de crise. La chute de l’Empire romain, le Moyen Âge finissant et la Seconde Guerre mondiale. Trois époques différentes, mais finalement traversées par les mêmes interrogations. Comment rester humain lorsque le monde vacille ? Comment choisir entre le bien et le mal lorsque chaque décision semble imparfaite ?

J’avoue avoir eu besoin de temps pour entrer pleinement dans ce récit. J’attendais une intrigue plus classique, des indices, une enquête… mais je cherchais finalement au mauvais endroit. Car la véritable richesse du roman se trouve ailleurs, dans les réflexions qu’il fait naître, dans les dilemmes moraux auxquels sont confrontés ses personnages et dans cette question essentielle. Que sommes-nous prêts à sacrifier pour préserver ce que nous croyons être notre civilisation ?

Peu à peu, je me suis laissé emporter par cette construction magistrale, par le travail historique impressionnant de l’auteur et par son érudition qui rappelle parfois celle d’un Umberto Eco. Chaque époque devient le miroir de l’autre, révélant les mêmes peurs, les mêmes compromissions et les mêmes combats.
Pour sauver une civilisation, faut-il parfois accepter de renoncer à certains principes ? Peut-on réellement savoir si nos décisions sont justes lorsque l’Histoire nous place face au chaos ?

Iain Pears ne donne pas de réponse facile. Il nous oblige à réfléchir, à questionner nos certitudes et à accepter cette part d’incertitude qui accompagne toujours les grands choix humains. “Le Songe de Scipion” est un roman exigeant, parfois déroutant, mais d’une grande richesse. Une œuvre qui mêle histoire, philosophie, politique et émotions humaines avec une remarquable maîtrise.

Une lecture qui demande de la patience… Face aux bouleversements du monde, que choisirions-nous de défendre… et jusqu’où serions-nous prêts à aller ?

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Extraits :

« Julien Barneuve mourut le 18 août 1943 à trois heures vingt-huit de l’après-midi. Il avait mis exactement vingt-trois minutes à mourir, entre l’instant où l’incendie s’était déclaré et celui où ses poumons calcinés aspirèrent leur dernier souffle d’air. Il ne savait pas que sa vie se terminerait ce jour-là, même s’il se doutait que ce n’était pas impossible.
Le feu dévastateur prit tout de suite et se propagea rapidement. Dès le début Julien comprit qu’on ne pourrait jamais maîtriser l’incendie et qu’il serait consumé avec tout le reste. Il ne lutta pas, ne chercha pas à fuir. C’eût été inutile. »

« En un sens, le sort d’Olivier de Noyen fut scellé dès l’instant où il aperçut pour la première fois près de l’église Saint-Agricol, située à quelques centaines de mètres du nouveau palais du pape à Avignon, la femme qu’il devait immortaliser dans ses poèmes. Olivier avait vingt-six ans et le destin le fit naître et mourir durant le siècle le plus sombre peut-être de l’histoire de l’Europe, époque qualifiée par les hommes de maudite. Le courroux divin provoqué par leurs péchés en rendait beaucoup quasiment fous de désespoir. Olivier, disait-on, faisait partie de ces infortunés. »

« Le document fondamental était celui que Julien avait trouvé au Vatican. Le Songe de Scipion montrait que l’évêque connaissait parfaitement le néoplatonisme, philosophie extrêmement complexe. Parmi tous ceux encore capables d’agir ce fut un philosophe qui, grâce à son pragmatisme et à sa lucidité, passa à l’action de manière décisive. Quelqu’un comme Julien aurait-il pu résister à une telle interprétation ? »

« Or Ceccani était un homme plutôt cultivé et, bien qu’il ne devint jamais l’un des fascinants et érudits cardinaux-philosophes qui rachèteraient l’Église corrompue du siècle suivant, il lisait autant que faire se pouvait en ce temps-là et possédait un début de bibliothèque. »

« — La politique vous ennuie ? demanda Bronsen.
Julien sourit.
— En effet. Toutes mes excuses, monsieur. Ce n’est pas que je n’aie pas essayé de m’y intéresser, mais des recherches méticuleuses et approfondies m’ont permis d’émettre l’hypothèse que tous les hommes politiques sont des menteurs, des imbéciles ou des filous, et je n’ai encore rien trouvé qui me fasse changer d’avis.
Ils peuvent causer de grands dommages et ne font que rarement de bonnes choses. Le citoyen lucide a le devoir de protéger la civilisation de leurs déprédations. »

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Iain Pears est né en Angleterre en 1955 et vit à Oxford. Docteur en philosophie et historien de l’art, il a travaillé pour l’agence Reuter jusqu’en 1990. Conseiller de la BBC et de Channel 4 pour plusieurs programmes culturels, il est aujourd’hui journaliste. Auteur de plusieurs études sur l’art, il a également publié six romans courts, composés dans l’esprit des « mysteries anglais”, ces textes brefs qui, à la suite des Histoires extraordinaires d’Edgar Poe, perpétuent la littérature à énigmes imprégnée de fantastique et de morbide. Après la publication de L’affaire Bernini et de L’affaire Raphaël, Le cercle de la croix paraît en France en 1998. Salué à sa sortie comme un événement littéraire majeur, la critique a vu en lui une étape capitale dans le renouvellement de la littérature policière et historique.

Adolescence, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Histoire

Le chant des bannis

Le destin d’un jeune cagot en aquitaine
de Jacquie Béal
Broché – 28 mai 2026
Éditions : Terres de l’Ouest

Dans la Chalosse du XVe siècle, au crépuscule de la guerre de Cent Ans, Mariette, treize ans, survit sous la coupe d’un oncle violent et de sa marâtre tout aussi cruelle.
Sa vie bascule le jour où elle sauve Jaufré, un chrestia* traqué et accusé à tort. Condamnés à se cacher, ils se retrouvent pourtant au cœur des intrigues d’un baron, puis des ambitions guerrières d’un seigneur prêt à tout pour la gloire.
Entre mensonges, musique et danger, leur complicité grandit. Et dans un monde ravagé par la peur et les préjugés, combien de temps pourront-ils échapper à leur destin ?
À Dax, puis en Chalosse et jusqu’à la bataille de Castillon, Mariette et Jaufré avancent ensemble au rythme des conflits et des chansons telles deux âmes rebelles qui n’ont qu’un rêve : fuir… et gagner leur liberté.

*Chrestia est le nom donné aux Cagots d’Aquitaine au XVe siècle.

Il y a des auteurs dont je sais, dès les premières pages, que je vais être emporté. Jacquie Béal fait incontestablement partie de ceux-là. À chacun de ses romans, je retrouve cette passion profonde pour l’Histoire, cette érudition impressionnante, mais surtout cette capacité rare à faire naître des émotions à travers les mots. Elle ne se contente pas de raconter une époque, elle lui redonne vie.

Avec Le chant des bannis, elle m’a une nouvelle fois transporté. En quelques lignes seulement, j’ai quitté notre époque pour rejoindre l’Aquitaine du XVe siècle, une terre marquée par les conflits, les injustices et les bouleversements d’un monde en pleine mutation.

J’ai découvert l’histoire de Mariette, une jeune fille de treize ans rejetée par sa propre famille, maltraitée par ceux qui auraient dû la protéger. Face à la violence et au mépris, elle trouve pourtant la force de partir, et son courage va changer le destin de Jaufré, un jeune homme accusé à tort d’un crime qu’il n’a pas commis. Jaufré est un personnage profondément attachant. Jeune homme juste et généreux, il refuse de se soumettre aux injustices de son époque. Menuisier, musicien, doté d’un esprit étonnamment moderne, il tente malgré tout de rester fidèle à ses valeurs dans un monde où la naissance et le pouvoir décident bien souvent de la place de chacun.

Mariette et Jaufré sont les deux grandes figures de ce récit, mais chaque personnage apporte sa pierre à cette fresque humaine. Au fil des pages, Mariette va découvrir une nouvelle existence, devenir la confidente d’une jeune noble mourante et révéler un talent insoupçonné pour le chant.

À travers leurs parcours, Jacquie Béal nous plonge dans une époque où la peur dominait les vies, où les plus faibles n’avaient souvent d’autre choix que d’accepter les règles imposées par les puissants. Elle décrit avec précision les mentalités, les coutumes, les croyances et les violences d’un Moyen Âge où la cruauté côtoyait pourtant une profonde humanité.

J’ai particulièrement apprécié cette manière qu’a l’auteure de mettre en lumière les injustices, la soif de pouvoir et les abus des hommes qui gouvernent, tout en racontant simplement celles et ceux qui cherchent seulement à survivre, aimer et espérer. Le chant des bannis est un roman historique passionnant, richement documenté, mais c’est aussi une belle histoire de rencontres, de résilience et d’amour. Une romance douce et sincère entre deux êtres que tout semblait opposer, mais que le destin a réunis.

Une fois encore, Jacquie Béal a réussi à m’ouvrir les portes d’un autre temps. Elle possède ce talent précieux de transformer l’Histoire en émotions, de faire résonner le passé dans notre présent.

Un magnifique voyage au cœur du XVe siècle, que je recommande aux passionnés d’Histoire… mais aussi à tous ceux qui aiment tout simplement… la vie.

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Extraits :

« Au milieu du XVe siècle, la bataille de Castillon va marquer la fin de la guerre de Cent Ans.
Depuis des décennies, en Aquitaine, une frange de la population est proscrite et persécutée. Il s’agit des « chrestias », appelés aussi “chrestians”, puis “gésitains” et, finalement, « cagots». On les accusait de transmettre une lèpre invisible.
…/…
À l’instar des lépreux qui vivaient dans des lieux d’isolement, ils devaient s’installer à l’extrémité des villages, avaient leur propre fontaine et un espace à l’écart dans les cimetières. On les obligeait, dans certaines régions, à arborer un signe en forme de patte d’oie sur leurs vêtements. »

« Durant l’été, je travaillais dehors, quand l’hiver venait, je filais la laine et la vie aurait pu continuer ainsi.
Je n’étais pas heureuse, mais j’étais devenue une experte pour éviter les coups et une experte, aussi, en chapardages de toutes sortes. Il fallait bien trouver de quoi manger et se réchauffer! Certains jours, même, il m’arrivait de m’amuser avec mon cousin Bernat et ses copains.
Bernat était, certes, une vraie brute. En cela, il marchait sur les traces de son père, mais une même haine pour la Berthilde nous avait rapprochés et il m’arrivait de courir la campagne avec sa bande de vauriens. »

« J’ignore d’où il venait et j’ai sursauté quand je l’ai vu surgir, grand et fier comme la première fois. Tout chrestia qu’il était, il toisa les garnements et les cris s’arrêtèrent.
Il releva le vieil homme et l’aida à marcher.
Jaufré! Le garçon qui m’avait fait penser à un ange blond aux yeux bleus !
Il n’avait pas eu besoin de parler. Un simple regard avait suffi. Sans plus s’intéresser à la horde de brutes qui commençaient à réagir, il était reparti sur le chemin en soutenant son compagnon blessé. »

« La veille, ils avaient été une demi-douzaine à molester le vieillard. Ils étaient, désormais, une quinzaine à écouter les “exploits” de leur chef et à boire le vin qu’il leur offrait. Il avait fallu peu de chose pour expliquer ce revirement de fortune. Le digne fils de mon oncle les avait conduits vers les masures des chrestias.
La bande avait tout mis à bas et s’était emparée des maigres biens qu’elle avait pu trouver.
Ces moins que rien s’étaient sentis plus riches et plus forts grâce à Bernat, ils s’étaient pris d’amour pour lui et pour son vin. Ajoutons à cela que ce sacripant avait été le premier à jeter de la merde sur Jaufré et que sa troupe de pendards avait trouvé ça à mourir de rire ! »

« J’ai souvent constaté que ceux qui ont le désir de diriger et de commander ne sont pas les plus talen-tueux, ni les plus courageux. On les voit partout, dans les tavernes, sur la place et dans les ateliers… Ils aiment qu’on les suive, qu’on les admire, mais ils ne sont pas capables de réaliser ce que d’autres font aisément. Ainsi va le monde depuis toujours et je gage qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Ceux qui donnent des ordres ne sont guère capables de faire autre chose. »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

Le temps de l’insoumise (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/07/le-temps-de-linsoumise/

De sang et d’encre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

La dame d’Aquitaine (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/18/la-dame-daquitaine/

L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/05/lincroyable-destin-daubeline-de-lambersac/

Sous le regard de l’aigle (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/11/sous-le-regard-de-laigle/

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Histoire

L’Enfant sans étoile

de Raphaël Delpard
Poche – 22 septembre 2010
Éditeur : Calmann-Lévy

L’itinéraire tourmenté d’un enfant caché pendant l’Occupation.

Parigné-l’Evêque dans la Sarthe. En 1943, les persécutions nazies se déchaînent. Louise Leblanc a accepté d’héberger un orphelin d’environ six ans que lui a confié un réseau de sauvetage d’enfants. En état de choc, amnésique, le garçon ne se souvient pas même de son nom. Louise lui donne un prénom, Jean, et l’inscrit sous son propre patronyme à l’école.
Les habitants du bourg l’acceptent comme l’un des leurs. Jean retrouve par bribes la mémoire à mesure qu’il s’acclimate à son nouvel environnement.
Mais un jour, le facteur avise Louise qu’une dénonciation anonyme a été envoyée à la gendarmerie l’accusant de cacher un enfant juif. Entre les villageois solidaires et les complices de la barbarie, s’engage alors une course de vitesse à l’issue jusqu’au bout incertaine…

Lorsque j’ai ouvert L’Enfant sans étoile de Raphaël Delpard, je savais que j’allais plonger dans l’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Pourtant, ce que j’y ai trouvé dépasse largement le simple récit de guerre. J’y ai découvert une magnifique histoire d’amour, de courage et d’humanité.

Nous sommes en 1943, dans la campagne sarthoise. Jean, un petit garçon juif rescapé du camp de Gurs, est confié à Louise Leblanc par un réseau de résistance. L’enfant est brisé, affaibli, presque absent au monde. Louise, elle, décide de tout faire pour lui rendre la vie, malgré les risques immenses que cela représente.

Très vite, je me suis attaché à ces deux personnages. Entre eux se noue un lien bouleversant, fait de tendresse, de protection et d’espoir. Dans un contexte où la peur, les dénonciations et la barbarie règnent, Raphaël Delpard choisit avant tout de mettre en lumière ce qu’il y a de plus beau chez l’être humain et c’est beau.
J’ai particulièrement aimé la façon dont l’auteur décrit la campagne française de cette époque. Ses paysages, ses moissons, ses villages semblent baignés d’une douceur presque irréelle, contrastant avec l’angoisse permanente de l’Occupation. Cette atmosphère donne au roman une force émotionnelle particulière.

L’écriture est simple, fluide et profondément sincère et j’ai senti derrière chaque page le travail de mémoire, mais aussi l’émotion personnelle d’un récit inspiré de faits vécus. Raphaël Delpard rend un hommage vibrant à ces femmes et ces hommes ordinaires qui ont risqué leur vie pour sauver celle des autres.

Au fil des chapitres, j’ai partagé les peurs de Jean, les souvenirs flous de ses parents, son désir de survivre et l’espoir de les retrouver un jour. Mais j’ai surtout été touché par cette formidable leçon d’humanité qui traverse tout le roman.

L’Enfant sans étoile est un livre tendre, émouvant et lumineux malgré l’ombre de la guerre. Une histoire qui rappelle que même dans les périodes les plus sombres, il y aura toujours des personnes qui choisiront la générosité plutôt que la peur. Cette lecture m’a profondément touché et je referme mon livre avec beaucoup d’émotion…

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Extraits :

« L’histoire de l’enfant commença le 15 mai 1943 à l’aube. Une jeune femme dont la silhouette était encore proche de l’adolescence frappa à la porte de la maison de Louise Leblanc, rue Basse-de-Brette, à Parigné-l’Évêque, dans la Sarthe.
Elle entra dans la cuisine d’un pas pressé, sur son passage heurta une chaise qui était éloignée de la table, puis, faisant une halte au centre de la pièce, du regard chercha un endroit où poser l’enfant qu’elle tenait serré contre sa poitrine, enveloppé dans une couverture. »

« — Et si l’enfant a besoin d’un médecin ?
— Une infirmière est prévenue de l’arrivée de votre pensionnaire. Elle viendra demain ou après-demain au plus tard. Compte tenu de sa situation, un médecin ne tardera pas également à vous rendre visite. Vous ne paierez rien.
— Et s’il a besoin de médicaments ?
— On vous dira le moyen d’en obtenir.
— Qui me le dira ?
— La Sarthoise. Chaque fois qu’un besoin se fera sentir, vous trouverez la marche à suivre dans la boîte à lettres.
— Cette Sarthoise, l’avez-vous déjà rencontrée ?
— Jamais. Je ne fais que vous répéter ce que je lis. Je n’en sais pas plus. »

« Un jour nouveau commençait. Louise Leblanc était insensible au ciel tissé de bleu, à l’air alourdi, aux piaillements des oiseaux. Sur le pas de la porte de sa maison, elle essayait de chasser le bourdonnement qui emplissait sa tête et l’empêchait de réfléchir. Elle n’avait aucun regret d’avoir accepté de prendre un enfant chez elle. D’où venait alors le trouble qui l’accablait? De réaliser qu’elle était désormais membre d’un réseau de Résistance, sans l’avoir ni voulu ni demandé? Elle se sentait si petite, minuscule, dans la grandeur du monde. Le malaise ne venait-il pas en réalité de la crainte de ne pas se montrer à la hauteur de la tâche qu’on venait de lui confier ? Comment s’y prend-on pour redonner le goût de la vie à un enfant qui est au bord du précipice ? »

« Avez-vous compris que Serge nous a donné une leçon de civisme? Comment naît le racisme ? En désignant l’autre comme différent. Serge a une bosse dans le dos. Alors, la belle affaire! Lequel d’entre vous n’a-t-il pas un défaut? Un genou plus gros que l’autre, les oreilles décollées. La bosse de Serge le rend-elle moins capable que Didier de faire du foot ?
Il attendit la réponse. Voyant qu’elle ne venait pas, il frappa dans ses mains. Les élèves se levèrent comme un seul homme et sortirent de la classe, soulagés de se retrouver à l’extérieur. »

« Durant l’heure suivante, Jean fut ailleurs. La classe était devenue un monde flou, les explications de Françoise Marchand lui parvenaient comme au travers d’un mur de ouate. Comment répondre à un nom qui n’est pas le sien ? Comment habiter une identité étrangère ? C’est mettre un costume trop large ou trop étroit, porter un chapeau de travers. Tout le monde voit bien que cela ne vous va pas. Un nom, c’est en apparence peu de chose, mais cette addition de lettres forme une musique unique. Il est faux de croire qu’on peut en changer facilement, que n’importe quelle suite de lettres peut faire l’affaire. Un nom est un signe dans le ciel, un rendez-vous permanent avec soi-même, un miroir tendu qui ne vous quitte pas, une balise par temps de brouillard. »

Raphaël Delpard, cinéaste et romancier, est né le 26 janvier 1942 à Paris 11e.
Il est l’auteur d’un travail de mémoire sur l’Algérie : 20 ans pendant la guerre d’Algérie, L’Histoire des pieds-noirs d’Algérie, Les Oubliés de la guerre d’Algérie (Éditions Michel Lafon).

Il suit simultanément une formation de théâtre et de marionnettiste avec Jean-Loup Temporal, et réalise quelques tournées scolaires avec sa propre compagnie et un spectacle de sa création, Pierrot au pays des poissons. Il travaille ensuite comme scénariste pour des réalisateurs tels Jean-Pierre Mocky, Sam Peckinpah et Robert Enrico, puis réalisateur de sujets divers. L’une de ses premières réalisations, un film de commande s’inscrivant dans la tradition française du comique troupier Les Bidasses aux grandes manœuvres, lui apportera des ouvertures vers le genre qui lui tenait à cœur: le cinéma fantastique.

Également acteur en 1980, il tient le rôle du mari dans Un amour d’emmerdeuse, comédie sensible décrivant les péripéties d’un couple après l’arrivée d’un enfant. La même année il réalise La Nuit de la mort (ressorti en vidéo sous le titre Les Griffes de la Mort), l’une des rares incursions françaises dans le domaine du film gore. Peu remarqué par le public français (du fait de sa sortie au même moment que le Shining de Stanley Kubrick), il connaîtra un certain succès aux États-Unis, recevant, pour l’occasion, un télégramme d’encouragement de la part de Tobe Hooper. Il mettra en chantier un film fantastique, Clash, sélectionné en 1984 au Festival d’Avoriaz, puis une comédie en 1985, Vive le fric, avant de délaisser le cinéma pour se consacrer à l’Histoire.

Depuis 1993, il se consacre davantage à la littérature. Son premier livre-document, Les Enfants cachés choisi dès sa parution par Bernard Pivot pour son émission Apostrophes sur Antenne 2 en 1993, est un succès. Il écrit ensuite des livres-documents sur l’Occupation, la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie. Sa première incursion dans l’histoire romancée, sortie dans une collection « Le Roman d’Amour de… » en octobre 2016, réhabilite Lucrèce Borgia. Depuis, comme l’atteste la partie « Publications » ci-dessous, il est revenu au livre-document, parfois romancé tel « La Cavalcade des Enfants Rois« . Mais pas exclusivement: il a publié une biographie de Bourvil, sortie fin 2025, en hommage à l’artiste qu’il a bien connu.

Il est revenu au cinéma en réalisant trois films documentaires tirés de ses livres éponymes : Les Enfants Cachés (1998), Les Convois de la honte (mars 2010) et La Conférence de la Honte (2022). Inspiré par l’écriture cinématographique des documentaires britanniques, il incorpore des évocations entre les témoignages et les documents.

Il écrit également plusieurs romans, dont : Pour l’amour de ma terre, L’Enfant qui parlait avec les nuages, Le Courage de Louise qui se situent dans la Sarthe. La substance est celle de la paysannerie au siècle dernier.

Émotion, Drame, Histoire, Suspense

Le tableau du peintre juif

de Benoît Séverac
Poche – 7 septembre 2023
Éditeur : 10 X 18

L’oncle et la tante de Stéphane vident leur appartement et lui proposent de venir recupérer quelques souvenirs :
– Tu pourrais prendre le tableau du peintre juif.
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Quel peintre juif ?
– Celui que tes grands-parents ont caché dans leur grenier pendant la guerre.

C’est ainsi que Stéphane découvre un pan de l’histoire familiale complètement ignoré. Eli Trudel, célèbre peintre, aurait été hébergé pendant l’Occupation par ses grands-parents, le tableau est la preuve de sa reconnaissance et Stéphane en hérite aujourd’hui. La vente de cette œuvre de maître pourrait être un nouveau départ pour son couple mais Stéphane n’a plus qu’une obsession : offrir à ses grands-parents la reconnaissance qu’ils méritent… Cependant quand le tableau est présenté aux experts à Jérusalem, Stéphane est placé en garde à vue, traité en criminel : l’œuvre aurait été volée à son auteur. Quel secret recèle cette toile ? Que s’est-il vraiment passé dans les Cévennes, en hiver 1943, pendant la fuite éperdue d’Eli Trudel et de sa femme ?

Dans cette enquête croisée entre passé et présent, Benoît Séverac nous maintient en haleine et nous entraîne aux côtés de Stéphane sur les traces du peintre juif et de sombres secrets de l’Histoire.

Je découvre Benoît Séverac avec Le tableau du peintre juif, que je viens tout juste de refermer… et qui m’a emmené bien plus loin que je ne l’imaginais.
Ce roman m’a fait voyager. Dans le temps, d’abord, en 1943, au cœur de la guerre, mais aussi dans l’espace, dans une petite ville près de Lyon, puis à Jérusalem et à Barcelone… Je ne connais pas Jérusalem, mais je trouve que Benoît à fort bien décrit Barcelone que je connais bien, ses lieux et les gens qui y vivent, j’avais vraiment l’impression d’y être.

Stéphane vit à Firminy, avec sa femme Irène. Il a perdu son entreprise, il y a peu de temps et depuis la vie avec sa femme est assez compliquée, de plus leurs deux filles ont quitté la maison. Ils se retrouvent seuls avec ce sentiment d’être passé à côté de quelque chose, à côté des rêves qu’ils s’étaient promis.

Puis un jour, un héritage inattendu. L’oncle et la tante de Stéphane s’apprête à quitter leur appartement de Paris et propose à leur neveu de récupérer quelques affaire qu’ils ne souhaitent pas conserver. Mais aussi une peinture. Et derrière celle-ci, une histoire. Celle de ses grands-parents, qui ont caché un peintre juif, Eli Trudel, et sa femme pendant l’Occupation. Un geste courageux. Un acte de résistance silencieux.

Très vite, j’ai ressenti la fierté de Stéphane, mais aussi sa chute, car là où il voit un devoir de mémoire, son épouse y voit une opportunité financière. Stéphane tombe de très haut. Il ne s’attendait pas du tout à cette réaction, alors qu’il s’apprêtait à faire reconnaître ses grands-parents comme étant des Justes parmi les Nations, à Yad Vashem. Et tout bascule. Lorsqu’il part à Jérusalem rien ne se passe comme prévu. Le tableau serait volé. Et lui, accusé. La honte l’empêche de contacter sa famille, de toute façon, Irène ne donne plus aucune nouvelle depuis son départ. seules ses filles le contactent de temps en temps.
À partir de là, je me suis laissé happer par son enquête. Une quête intime, obsessionnelle, pour comprendre la vérité, pour réparer, pour rendre justice.
Que s’est vraiment passé avec sa famille en 1943 !

J’ai été touché par cette plongée dans l’Histoire, par ces destins brisés, ces vies en fuite, cette peur omniprésente… racontés sans jamais tomber dans l’excès. Alors oui, j’ai ressenti quelques longueurs. Mais elles n’ont jamais suffi à me sortir du récit. Parce que derrière tout ça, il y a une question essentielle. Que reste-t-il de ceux qui ont agi dans l’ombre ?

Un roman touchant, instructif, et profondément humain. Une enquête qui relie passé et présent… et qui rappelle que certaines vérités méritent d’être retrouvées, coûte que coûte.

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Extraits :

« À l’heure qu’il est, je pourrais être installé sur la terrasse d’Annie et Kader, en train de siroter un apéritif et de regarder le soleil s’avachir sur la chênaie.
Mon seul souci serait la présence de moustiques. Bien qu’aucun de nous ne croie en leur efficacité, nous allumerions des serpentins répulsifs, et nous continuerions à boire en ponctuant notre conversation de tapes sur nos avant-bras et nos chevilles.
Au lieu de quoi, je suis dans cette salle d’interrogatoire, entre cellule de prison et abri antiatomique, et je crève de chaud autant que de peur. La France, la Dordogne, les vacances… Tout cela me paraît si loin, si inaccessible. »

« Les rares sources en ligne ne m’ont pas appris grand-chose. Tout ce que l’on sait, c’est qu’au moment de l’entrée des Allemands dans Paris, en 1940, Eli Trudel a fui la capitale avec son épouse, Jeanne Fredon, la fille du peintre André Fredon.
On dit qu’Eli n’a jamais commenté les événements mondiaux. C’était sa façon à lui de résister. Ne pas laisser la barbarie et le fracas le détourner de l’unique raison de sa présence sur terre : peindre. »

« Un coup d’œil au Trudel dans le rétroviseur détourne mon esprit de ces idées maussades. Je souris. Le tableau est dans son emballage de papier bulle, je l’ai recouvert d’une vieille couverture que j’ai toujours dans le coffre. Quand les filles étaient petites, je l’étalais dans l’herbe pour qu’elles puissent s’asseoir sans que ça gratte. Je ne sais pas pourquoi je la garde alors que nous ne pique-niquons plus, Irène et moi. »

« Mais depuis quand tu t’intéresses à la Shoah, toi ?
— Ça m’a toujours fasciné, tu le sais. Mes grands-parents n’ont pas été reconnus comme tels alors qu’ils ont eu un comportement héroïque.
— Qu’est-ce qui te fait croire qu’ils auraient souhaité accéder à ce statut ? S’ils n’ont pas fait la démarche de leur vivant, il y a peut-être une raison.
Elle marque un point. »

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité interprofessionnel des vins du Sud-Ouest.

Il est aussi membre cofondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentant trois continents.

Il est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis cofondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Et enfin il a enseigné l’anglais à l’École nationale vétérinaire de Toulouse et auprès des étudiants du diplôme national d’œnologie de Toulouse.

Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Histoire, Psychologie

Les bandits

de Jorge Volpi
Broché – 5 mars 2015
Éditeur : Seuil

Le 17 septembre 2008, J. Volpi, fondateur et directeur du fonds d’investissement J.V. Capital Management et mécène du Metropolitan Opera, est accusé d’avoir détourné quinze milliards de dollars et prend la fuite. Quelque temps plus tard, d’un lieu tenu secret, il envoie à un agent littéraire un manuscrit autobiographique révélant comment les maîtres de Wall Street se sont enrichis sans limites pendant la bulle immobilière tandis que des experts financiers de tout poil orchestraient une des plus grandes catastrophes économiques mondiales.

Mais à la différence d’autres confessions, celle de J. Volpi est une passionnante histoire de famille aux accents de roman noir et la quête d’un fils dévoyé qui cherche à découvrir si son père disparu, employé au Département du Trésor pendant la Seconde Guerre mondiale, était vraiment un espion à la solde de Moscou. Afin de connaître la vérité, J. Volpi charge une jeune historienne de mener une enquête.

De mensonges en escroqueries, où s’entrecroisent personnages de fiction et personnages historiques, le lecteur plonge dans les méandres de la fragilité humaine, les coulisses de Wall Street et les passages secrets de la guerre froide.

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli

Avec Les bandits, je découvre l’univers de Jorge Volpi. Et quelle découverte ! Dès les premières pages, je me suis retrouvé face à une construction romanesque fascinante, d’une grande maîtrise. Le style est marqué, parfois dense, presque vertigineux. L’érudition de l’auteur est impressionnante et m’a obligé, je l’avoue, à faire plusieurs pauses pour digérer toutes les informations qui se bousculaient au fil des pages. On sent derrière ce roman un travail colossal de recherches. Les références historiques, économiques et politiques s’entrelacent dans un récit ambitieux qui demande une attention constante. Il m’est arrivé de me perdre un peu dans cette forêt de détails financiers et d’analyses, mais impossible de ne pas reconnaître le talent de l’auteur dans cette critique frontale d’un capitalisme débridé, cynique et profondément amoral.

Le personnage principal porte d’ailleurs le même nom que l’auteur, Jorge Volpi. Un choix aussi surprenant qu’audacieux. Dans ce roman, ce Volpi-là est un escroc qui raconte avec un aplomb presque désarmant comment il s’est enrichi sur le dos de la classe moyenne, notamment jusqu’à la crise des subprimes. À travers la création de sociétés d’investissement douteuses, il manipule, trompe et dépouille des milliers d’investisseurs pour accumuler des fortunes.

Mais l’intrigue ne s’arrête pas là. En parallèle de ses propres turpitudes, le narrateur part aussi à la recherche de la vérité sur son père, un homme qu’il n’a jamais connu et qui aurait été soupçonné de sympathies communistes en pleine guerre froide. Cette quête intime vient perturber le récit principal et ouvre de nouvelles ramifications, tout aussi passionnantes.

Je ne m’attendais pas à pénétrer dans une œuvre aussi foisonnante. Entre crises financières, escroqueries internationales, espionnage, guerre froide, URSS, 11 septembre ou encore la création du Fonds monétaire international, l’auteur explore de multiples facettes de notre monde contemporain. À travers cette fresque dense, se dessine une vision profondément cynique du pouvoir et de l’argent. Un monde où les mensonges, la manipulation et la duplicité semblent être les véritables moteurs de l’histoire. J’ai particulièrement apprécié cette narration atypique, qui entremêle habilement fiction et faits historiques. Les personnages évoluent dans un univers où rien ne semble vraiment normal, et c’est justement ce qui rend la lecture si captivante.

Une lecture exigeante, parfois déroutante, mais indéniablement stimulante et passionnante.

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Extraits :

« Tel est, à peu de chose près, le récit de la mort de mon père que me fit Judith, laquelle, comme on a pu s’en rendre compte, a la langue bien pendue. Je devais avoir cinq ou six ans quand elle a évoqué devant moi cet épisode et, plus que de la présence du pigeon, je me souviens de sa langue de serpent, de son ton venimeux que je ne puis reproduire, de son regard d’acier planté dans ma timidité, et des pirouettes que traçaient en l’air ses doigts aux ongles rouge vif, jusqu’au moment où ses paumes, à la hauteur de mon visage, claquaient l’une contre l’autre pour illustrer sans le moindre tact, sans la moindre pudeur, l’écrasement des os de mon père contre le ciment. »

« Avons-nous été les responsables ? Véritablement ? Ce n’est pas que la question m’obsède, ni que je redoute de craquer si ma supposition se confirme – au point où nous en sommes, vous devez savoir que j’ignore la culpabilité -, mais quand j’y songe, par exemple pendant une séance de massage thailandais ou tandis que j’écris ces lignes à l’ombre d’un cocotier, je ne manque pas d’être surpris par ce qui ressemble à une histoire fantastique ou, mieux encore, à de la science-fiction. »

« Parce que, quelques années plus tard, après leur union avec les prêts hypothécaires à risque, les crédits subprime, notre invention allait devenir une arme de destruction massive. Mais au moment dont je parle, nous n’y pensions même pas. »

« Notre virus n’a pas tardé à se répandre.
À la fin des années quatre-vingt-dix, les CDS, nos contrats de couverture de défaillance, assemblés selon le modèle BISTRO, avaient de par le monde été repris par des centaines de banques, toujours désireuses de libérer de grandes quantités de risques et de capitaux.
À la J.P. Morgan, nous avons concocté d’innombrables combinaisons pour des banques de crédit japonaises et américaines, et deux géants, Crédit Suisse et Paribas, n’ont pas tardé à proposer leurs propres produits dérivés de style BISTRO. Dès lors, l’épidémie est devenue incontrôlable. Nous n’en revenions pas : certes, nous avions compté sur les charmes de notre créature, mais nous n’avions pas prévu qu’elle se multiplierait à une telle vitesse. »

Né à Mexico en 1968, Jorge Volpi a d’abord étudié la littérature et le droit avant de devenir avocat. Il est l’auteur de romans et d’un essai sur l’histoire intellectuelle de 1968. Son roman, À la recherche de Klingsor, publié en 19 langues, a reçu le prestigieux prix Biblioteca Breve en 1999, attribué avant lui à Mario Vargas Llosa et Carlos Fuentes. Il est considéré aujourd’hui comme l’un des écrivains les plus importants d’Amérique latine.

Adolescence, Émotion, Histoire, Suspense, Thriller historique

Papillon de nuit

de R. J. ELLORY
Poche – 1 février 2017
Éditeur : Le Livre de Poche

Assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, luttes pour les droits civiques, Ku Klux Klan : c’est dans cette Amérique en crise des sixties que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Verney, son meilleur ami.

1982. Daniel est dans le couloir de la mort. Peu de temps avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air. Papillon ne nuit, premier roman publié de R. J. Ellory, nous emporte là où rodent la folie et le complot.

    Récit qui entremêle présent et passé, émotions intimes
    et convulsions de la grande histoire, Papillon de nuit tient ses promesses
    dans un tourbillon de sensations et d’interrogations métaphysiques.
    François Lestavel, Paris Match.

    Un portrait saisissant, dur et troublant de l’Amérique.
    Emmanuel Romer, La Croix.

    Lorsque j’ai ouvert Papillon de nuit, de R. J. Ellory, je me doutais que j’entrais dans un roman intense, en effet, son roman “Seul le silence” m’avait beaucoup touché il y a quelques années. Mais je n’imaginais pas à quel point cette histoire allait me bouleverser.

    Daniel Ford attend dans le couloir de la mort. Il est accusé d’avoir tué son meilleur ami, Nathan Verney, douze ans plus tôt. Daniel est blanc, Nathan était afro-américain. Pourtant, depuis l’enfance, ils avaient traversé ensemble une Amérique tourmentée, affrontant le racisme, la violence et les fractures d’un pays en pleine mutation.

    Très vite, une question me hante. Daniel est-il vraiment coupable ?
    Et s’il ne l’est pas, comment en est-il arrivé là ?

    Au fil du récit, Daniel replonge dans ses souvenirs. Par petites touches, par fragments, il me raconte son histoire. Celle de deux enfants de six ans dans l’Amérique des années cinquante. Deux garçons liés par une amitié sincère et indestructible, du moins en apparence. Mais le temps passe, les illusions s’effritent, et la magie qui illuminait leurs regards d’enfants se fissure peu à peu face aux désillusions de l’âge adulte.

    À travers cette histoire intime, l’auteur m’immerge dans une période particulièrement agitée de l’histoire américaine. La guerre du Vietnam, les tensions raciales, les luttes politiques, le Watergate, les Kennedy, Martin Luther King, le Klu Klux Klan… autant d’événements qui forment la toile de fond de ce destin tragique. Mais au-delà de l’Histoire, c’est surtout dans le cœur de Daniel que je me suis retrouvé plongé. Et ce voyage est bouleversant. Page après page, j’ai ressenti la douleur, l’injustice et l’incompréhension.

    Impossible de rester insensible à cette histoire profondément humaine. Elle m’a littéralement serré la gorge. J’ai terminé ce roman le cœur lourd, les yeux humides, encore habité par cette amitié brisée et par cette tragédie.
    Le style de R. J. Ellory est d’une grande sensibilité. Par moments, il frôle même la poésie, contrastant avec la dureté du sujet. Le récit avance comme un long chemin vers la vérité, dévoilant peu à peu ses zones d’ombre et ses secrets.
    Une fois commencé, je n’ai plus réussi à lâcher ce livre. Pendant quelques heures, j’ai vécu dans l’esprit de Daniel, suspendu à son destin et dans l’attente de son exécution.

    Un roman dense, puissant et profondément émouvant, qui ne peut laisser indifférent, un excellent moment de lecture…

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    Extraits :

    « Quatre fois j’ai été trahi – deux fois par des femmes, une fois par le meilleur ami qu’un homme puisse désirer, et finalement par une nation. Et peut-être, à vrai dire, me suis-je trahi moi-même. Alors ça fait cinq.
    Mais malgré tout, malgré tout ce qui s’est passé à l’époque, et tout ce qui se passe maintenant, ça a tout de même été magique.
    Absolument magique. »

    « M. Timmons croit lui aussi que je n’ai pas tué Nathan Verney en Caroline du Sud par une nuit fraîche de 1970.
    Mais il ne le reconnaîtra jamais. Ce n’est pas à lui de remettre ces choses en question, car il y a la justice, les cours d’appel fédérales et d’État, et il y a de grands hommes graves armés de livres épais qui analysent ces choses en détail, qui font les lois, qui sont la loi, et qui est M. Timmons pour remettre tout ça en cause ?
    M. Timmons est gardien dans le couloir de la mort, il fait son boulot, il obéit aux règles, et il laisse ces questions d’innocence et de culpabilité au gouverneur et au petit Jésus. Il n’est pas censé prendre de telles décisions, il n’est pas payé pour ça. Alors il ne le fait pas.
    C’est plus simple ainsi. »

    « Certaines personnes affirment que la peine de mort est une solution trop facile, bien trop rapide. Ils disent que ceux qui ont commis un meurtre devraient souffrir autant que leur victime. Eh bien, croyez-moi, c’est le cas. Ils oublient les années que les gens comme moi passent ici, deux étages au-dessus de l’enfer. Ils n’ont jamais entendu parler des types comme M. West, et de son sentiment que le châtiment devrait être à la hauteur du crime, que vous soyez coupable ou non. Les gens n’ont vraiment aucune idée de ce que ça fait de savoir que vous allez mourir, et après les premières années ce jour peut arriver n’importe quand. »

    « Je nous revois maintenant, nous tenant tous là, le révérend, la sorcière qui avait mangé son mari, le gamin noir qui avait mis à terre Marty Hooper chez Benny’s, le Blanc emprunté, et le jeune dégingandé à la peau pâle qui portait cette minuscule fillette de couleur. Je nous revois maintenant comme si c’était une photo, et je pense à ce qui aurait dû être. Nous étions la famille universelle, il n’y avait pas de différence, nous parlions la même langue, nous respirions tous le même air, mangions la même nourriture et partagions le même chagrin. »

    Roger Jon Ellory est né à Birmingham. Sa mère, danseuse et actrice, l’élèvera seule jusqu’à ce qu’une pneumonie la terrasse au tout début des années 1970. À 16 ans, il rejoint sa grand-mère maternelle, qui décèdera en 1982. Après avoir connu la prison à l’âge de 17 ans, il se consacre à plusieurs activités artistiques – graphisme, photographie… et musique : il joue de la guitare dans un groupe de rock, les Manta Rays, qu’il quittera à la mort du batteur.

    Il se plonge alors dans la lecture, et sa passion pour la littérature de fiction ne fait que croître. Ses auteurs de prédilection: sir Arthur Conan Doyle, Michael Moorcock, Tolkien, Stephen King… Entre 1987 et 1993, RJ Ellory écrivit pas moins de vingt-deux romans, chacun lui valant systématiquement des refus éditoriaux, polis mais fermes, des deux côtés de l’Atlantique : en Angleterre, on refusait de publier des romans situés aux États-Unis qui étaient écrits par un citoyen anglais, et outre-Atlantique, on ne voulait pas de romans ayant les États-Unis pour cadre alors qu’ils étaient l’œuvre d’un Britannique…

    Découragé, RJ Ellory cesse d’écrire et occupe un emploi de bureau pour la première fois de sa vie. En 2001, il reprend la plume et écrit trois romans en moins de six mois. Le second, Candlemoth, sera publié par Orion ; nommé pour le Crime Writers’ Association Steel Dagger for Best Thriller 2003, il est traduit en plusieurs langues. Mais c’est avec Seul le silence, son cinquième roman publié en Angleterre que le public français le découvre. Suivrons, toujours chez Sonatine Editions, Vendetta en 2009 et Les Anonymes en 2010.

    Émotion, Cercle littéraire, Drame, Histoire, Poésie

    La Petite bonne

    de Bérénice Pichat
    Poche – 2 janvier 2026
    Éditeur : Le Livre de Poche

    Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais, ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?

    La Petite Bonne avance en rythme, sans en avoir l’air,
    vers le huis clos psychologique, jusqu’à surprendre tout le monde.
    Libération.

    La poignante histoire de deux vies abîmées par un monde
    auquel les personnages n’avaient rien demandé.
    Elle.

    Un vrai tour de force pour une histoire prenante
    avec des scènes qu’on n’oubliera pas.
    Psychologies magazine.


    Hier soir au Cercle littéraire du Château de l’Hermitage nous avons eu le plaisir de recevoir Bérénice Pichat.
    Une magnifique soirée
    Une femme bien
    Lumineuse souriante
    Inoubliable

    Je suis entré dans ce livre comme on entre dans une pièce fermée
    un espace étroit
    plein de silences
    Avec La petite bonne de Bérénice Pichat
    je me suis laissé prendre
    dès les premières pages
    par un premier roman d’une rare intensité
    un texte qui sort des sentiers battus

    Ici les phrases respirent
    Elles avancent sans ponctuation
    Elles battent comme un cœur
    Les mots se suivent
    se déposent
    me guident
    me troublent
    Je n’ai plus seulement lu
    j’ai écouté ses phrases qui deviennent musique

    Je me suis retrouvé dans la tête de la petite bonne
    dans ses gestes retenus
    dans ses peurs et ses élans
    Puis il y a une une autre voix
    celle d’en haut
    celle des maîtres
    plus tranchante
    plus sèche
    et pourtant les deux mondes se mêlent
    se frôlent
    se heurtent

    Tout devient sensation
    tout devient tension
    Le récit avance
    il lutte
    il enfle
    finit par éclater

    Dans les années trente
    trois êtres
    Blaise ancien pianiste brisé
    madame Alexandrine sa femme
    et cette petite bonne sans nom
    Trois destins enfermés
    condamnés
    et moi au milieu
    emporté

    j’ai lu à voix haute
    parfois
    certaines phrases résonnaient trop dans mon esprit
    il fallait absolument que je les évacue
    pour reprendre mon souffle
    avant de replonger dans le leur
    c’était fluide
    envoutant
    Bouleversant

    un livre à part
    C’est addictif pour les oreilles et pour les yeux
    une mise en page qui devient musique
    une écriture qui touche avant de déchirer

    un immense coup de cœur
    Merci Bérénice
    c’était beau
    c’était magique

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    Extraits :

    « Les cent pas
    j’aimerais pouvoir les faire
    réellement
    Ici c’est cinq pas dans la longueur
    à peine trois dans la largeur
    et vraiment
    des petits pas
    Des traversées
    il en faut quelques-unes
    pour arriver à cent
    C’est long
    mais jamais assez
    Malheureusement j’ai tout mon temps
    pour compter mes pas »

    « Son souffle vite régulier
    Il s’endort instantanément
    Elle devrait dormir aussi
    au moins quelques heures
    Le réveil sera difficile
    le panier plus lourd encore
    si c’est possible »

    « Cette nuit
    elle n’a pas pu dormir
    ça la questionnait
    perturbait
    Elle ne pensait qu’à ça
    À ses côtés son homme ronflait
    Elle ne l’a pas réveillé
    Il n’a rien su de son insomnie
    Il aurait dit quoi
    Elle n’a pas osé
    Ça la chiffonne encore davantage
    Il ne la connaissait même pas
    la petite Mariette
    jamais vue
    pourquoi lui en parler
    C’est vrai
    Simplement partager
    ça l’aurait soulagée »

    « Il ne peut écouter cet air sans sentir ses entrailles se serrer. Il ferme les yeux et s’installe mentalement au piano. Il effleure le couvercle et le soulève doucement, comme un coffre contenant un trésor inestimable. Les touches sont là, elles n’attendent que lui. Du bout des doigts, il monte et descend la gamme, pianote de la main droite une mélodie toute simple, pour le plaisir de vérifier la résonance. Les marteaux lui obéissent parfaitement. Par l’abattant entrouvert de l’instrument, il surveille l’alignement des cordes, l’accord parfait, les notes qui s’écoulent. Alors il se lance. La main gauche entre en scène, soutient la mélodie qui s’étaye, s’amplifie. Il l’orne à l’infini. Pied sur la pédale, pianiste tout puissant, il module le son, fait vibrer un écho plus lourd, révèle une profondeur. La mélodie devient tantôt une longue complainte, tantôt un plaidoyer enfiévré. Il connaît chaque placement, chaque respiration ; quand Blaise écoute le disque, c’est lui qui joue. »

    Originaire du Havre, où elle vit toujours, Bérénice Pichat partage son temps entre enseignement et écriture.
    Ceux qui vivent encore (2022) est son premier roman et le premier tome de sa trilogie, Les promesses des fleurs dont seulement deux tomes sont parus, toute entière située à Saint-Véran dans le Queyras.
    En 2024, elle publie son troisième roman, La Petite Bonne.

    Adolescence, Émotion, Histoire

    Les Promesses orphelines

    de Gilles Marchand
    Broché – Grand livre, 22 août 2025
    Éditions : AUX FORGES DE VULCAIN

    On racontait qu’on allait marcher sur la Lune, on disait qu’en l’an 2000 on se déplacerait en voiture volante. On parlait d’un Aérotrain capable de battre tous les records de vitesse.

    Mais comment participer à tout ça quand on vit, comme Gino, au fin fond d’un village de l’Orléanais, quand le bulletin scolaire est en berne, quand on se demande comment séduire Roxane, la fille entrevue au bal du village des années plus tôt ?

    Gilles Marchand, fidèle à ses personnages toujours en décalage, nous offre une traversée poétique des Trente glorieuses par un jeune idéaliste, la tête pleine de rêves plus grands que lui, acteur à sa manière d’un monde en accélération où le bonheur pour tous semblait à portée de main.

    J’ai refermé Les Promesses orphelines avec un sentiment doux-amer, celui que laissent les romans qui ne bouleversent pas totalement, mais qui savent toucher juste, par éclats. Gilles Marchand raconte ici une vie ordinaire, mais il le fait avec une voix singulière, presque poétique, toujours empreinte de délicatesse. Ce n’est pas un roman qui emporte d’un seul souffle, plutôt un texte qui se révèle par fragments, par moments suspendus, par phrases qui s’attardaient en moi.

    Gino est jeune, Gino rêve. Peut-être trop. Il vit dans un village de l’Orléanais, loin de Paris, loin des astres et des promesses qu’ils incarnent. Trop loin du monde pour lui, mais jamais trop loin de l’espoir. Il regarde le ciel, le progrès, les machines, les fusées, l’Aérotrain, et tout ce qui annonce un avenir possible, presque magique. Entre promesses de progrès et rêves démesurés, Gino va s’accrocher à son rêve ou malgré les grandes tristesses et les bonheurs lumineux, il va petit à petit tracer une voie vers sa destinée.

    Nous sommes dans les années 50, au sortir de la guerre, dans cette période étrange où la bienveillance côtoie l’accélération du monde. Les Trente Glorieuses défilent, la musique change, les corps s’émancipent, la mode, les coiffures aussi. Tout semble soudain possible et promet un nouveau bonheur pour tous. Gino traverse cette époque sans être un héros, mais avec une humanité touchante. Puis il y a Roxane. Le premier amour. L’évidence, l’innocence, l’idée d’une vie entière à deux. Et comme souvent, la réalité frappe, sans prévenir. Les rêves se fissurent, la vie le heurte de plein fouet et tout ne se déroulera pas comme prévu.

    J’ai aimé la beauté des mots, Gilles comme dans ses autres romans conserve un style très personnel qui enveloppe ses personnages. C’est un beau roman, mais il y a ici, une propension à voir le bien, le beau, plutôt que le réel… Il m’a manqué un pas de plus, une aspérité, une faille plus franche. Et parfois, une gêne aussi, quand certaines réclames s’invitent brutalement dans le récit, comme une coupure publicitaire en plein film, me freinant dans mon élan de lecture.
    Dommage…

    J’attendrai avec impatience ton prochain ouvrage…

    Merci pour cette belle soirée passée en ta compagnie au Cercle Littéraire du Château de l’Hermitage !

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    Extraits :

    « Qu’est-ce qui fait une vie réussie ? Succès professionnel ? Succès amoureux ? Succès familial ?
    Amical ? Social ? Moral ?
    J’ai longtemps cru que c’était une espèce de combinaison de tout cela. Une belle vie professionnelle et une famille aimante et souriante. Des pâtes dans l’assiette et un enfant dans le landau.
    À l’adolescence, je me suis dit qu’une vie réussie était une vie qui changeait le monde ou, du moins, qui participait au progrès. C’était au siècle dernier, c’était après les guerres mondiales. Dans ces années où on priait le ciel pour que ça reste de l’histoire ancienne et où on lisait les journaux pour vérifier si la guerre froide n’avait pas pris quelques degrés. »

    « C’est là que j’ai entendu pour la première fois sa voix. Elle n’était pas assortie à son regard. Ni même à son attitude. C’était presque une voix d’adulte avec un drôle d’accent venu d’un endroit inconnu. C’était comme s’il avait mis plein de vieux dans sa gorge et qu’il les laissait parler à sa place. Il a commencé à me raconter avec son drôle de débit, comme s’il reprenait sa respiration à chaque tronçon de phrase, comme s’il avait peur que la fin lui échappe. »

    « La Vieille tante avait toujours été là, dans les parages. Ils pouvaient ne pas la voir pendant des semaines, et un soir elle apparaissait, une bouteille de vin sous le bras et un livre qu’il fallait absolument lire dans la main. Elle était toujours de bonne humeur. “‘Ma foi, je n’ai jamais eu goût à imposer ma mauvaise humeur à qui que ce soit.” »

    « “Encore dans la lune, Gino ?”
    Je ne l’avais pas entendue arriver. Ma mère s’est assise sur mon lit. Elle me répétait que j’étais son petit rêveur. Exactement ce que l’on me reprochait au collège, sauf qu’elle le disait avec un sourire.
    Je n’osais pas lui expliquer que je n’étais pas dans la lune mais plutôt dans les nuages. Et que papa l’embrassait. »

    Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Éric Bonnargent. Son premier roman solo, Une bouche sans personne en 2016, attire l’attention des libraires (il est notamment sélectionné parmi les “Talents à suivre” par les libraires de Cultura, finaliste du prix Hors Concours, et remporte le prix des libraires indépendants “Libr’à Nous” en 2017) et de la presse, en proposant le curieux récit, le soir dans un café, d’un comptable le jour expliquant à ses amis pourquoi il porte en permanence une écharpe pour cacher une certaine cicatrice.

    Il a été batteur dans plusieurs groupes de rock et a écrit des paroles de chansons.

    Des mirages plein les poches
    https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/05/des-mirages-plein-les-poches-de-gilles-marchand/

    Un funambule sur le sable
    https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/14/un-funambule-sur-le-sable-de-gilles-marchand/

    Une bouche sans personne
    https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/26/une-bouche-sans-personne/

    Le soldat désaccordé
    https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/12/le-soldat-desaccorde/

    Requiem pour une apache
    https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/02/requiem-pour-une-apache/

    Drame, Histoire, Polar historique, Roman, Sciences, Suspense

    Le Bureau des affaires occultes

    de Éric Fouassier
    Broché – 28 avril 2021
    Éditeur : Albin Michel

    Prix Maison de la Presse 2021

    Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.
    Valentin Verne, jeune inspecteur du service des moeurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges susceptible de déstabiliser le régime.
    Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.
    Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?
    Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?
    Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

    Dans la lignée des grands détectives de l’Histoire, de Vidocq à Lecoq en passant par Nicolas le Floch, un nouveau héros est né.
    « Un roman policier addictif » Biblioteca

    « LE roman historique de l’année. Vous ne le lâcherez pas. »
    Gérard Collard Le magazine de la santé

    Dès les premières pages du Bureau des affaires occultes, j’ai retrouvé ce que j’aime dans un bon polar. Des flics intègres, d’autres beaucoup moins, et cette frontière trouble entre le bien et le mal qui ne cesse de vaciller.
    Éric Fouassier nous plonge ici dans le Paris du XIXᵉ siècle, entre calèches, hauts-de-forme et balbutiements scientifiques. L’atmosphère est remarquablement rendue, dense, presque palpable. Les personnages historiques et les nombreux détails d’époque donnent au récit une authenticité précieuse.

    Ce roman est à la fois le croisement de plusieurs enquêtes… et bien davantage.
    C’est le passé terrible d’un enfant séquestré par un monstre, un assassin dévoyé surnommé « le Vicaire ».
    C’est aussi le Paris des découvertes, des sciences occultes, des salons, des intrigues politiques et des figures publiques.
    Et au cœur de ce labyrinthe, il y a Valentin Verne.

    Je me suis immédiatement attaché à ce jeune inspecteur du service des mœurs, élégant, perspicace, différent. Un homme marqué par ses tourments, méfiant, solitaire, qui se tient à distance des autres autant par prudence que par douleur. Sa rencontre avec Vidocq — oui, le Vidocq — est l’une des belles surprises du roman et apporte une saveur particulière à l’enquête. Valentin est un personnage complexe, fascinant, parfois inquiétant. Ses connaissances en médecine et en chimie lui permettent d’affronter des crimes d’un genre nouveau, utilisant les avancées scientifiques les plus récentes. Obsédé par la traque du Vicaire, auquel il est lié par un passé obscur, il se voit pourtant confier une autre affaire. Le suicide étrange de Lucien d’Auvergnes, jeune aristocrate aux penchants mystiques.

    Cette enquête l’entraîne alors dans le tout Paris, celui des quartiers les plus huppés, aux bas-fonds les plus sordides, révélant une affaire trouble mêlant folie, miroirs, hypnose et tentative de déstabilisation politique.

    Éric Fouassier m’a complètement happé. Les intrigues s’entrelacent avec intelligence, oscillant entre suspense, ésotérisme, épouvante et action.
    Ce premier tome est riche, documenté, et d’une redoutable efficacité. Une série historique très prometteuse, portée par une écriture fluide et parfaitement maîtrisée…
    Autant vous dire que j’ai déjà très envie de me plonger dans la suite !

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    Extraits :

    « Affronter sa peur.
    Lorsqu’il a découpé la toile de tente à l’aide d’un tesson de bouteille, l’enfant croyait trouver un refuge. Il ne pouvait pas imaginer ce qui l’attendait à l’intérieur. L’escalade de la peur. Tous ces regards enfiévrés, tous ces visages effarés qui lui renvoient sa propre terreur.. Maintenant il gît là, tremblant de tous ses membres, recroquevillé dans une pénombre poisseuse. Les rares chandelles disposées à l’intérieur n’ont pas pour fonction de chasser l’obscurité, mais de créer un savant jeu d’ombres et de clartés. Elles semblent flotter dans l’air, tels des papillons de flamme. À leur lueur inquiétante le jeune garçon préférerait encore le tunnel d’encre de la rue.
    Le noir, le néant. Tout, plutôt que ces visions d’épouvante qui l’assaillent sous la toile humide. Mais il n’ose plus bouger. Il se contente de fermer les yeux. Comme si le rideau de ses paupières constituait un rempart efficace. Suffisait à faire disparaître l’insoutenable. »

    « Ce matin-là, Valentin Verne quitta de bonne heure l’immeuble qu’il habitait au numéro 21 de la rue du Cherche-Midi. Il y occupait un vaste appartement au troisième étage. Un logement bien trop luxueux pour un jeune homme de vingt-trois ans qui ne disposait que d’un modeste traitement d’inspecteur. Si ses collègues avaient su quel cadre de vie était le sien, ils l’auraient probablement jalousé, mais Valentin n’était pas du genre à se lier facilement. »

    « Après avoir pris congé de Flanchard, Valentin avait récupéré le dossier Dauvergne et passé deux heures à l’éplucher dans le détail.
    Comme l’avait annoncé le commissaire, l’affaire se présentait sous un jour troublant. Selon les témoignages qui avaient pu être récoltés rue de Surène le soir du drame, le fils de la maison s’était jeté volontairement d’une fenêtre de l’hôtel paternel. Il avait été tué sur le coup. De prime abord, le suicide ne semblait pas faire le moindre doute. Cependant, ce qui rendait la chose peu banale, c’est que Lucien Dauvergne avait mis fin à ses jours en présence de sa mère qui s’inquiétait de son absence prolongée et était montée le chercher à l’étage. »

    Éric Fouassier est né en 1963. Docteur en pharmacie et docteur en droit, il est professeur d’université en région parisienne. Membre de l’Académie nationale de pharmacie, chevalier de la Légion d’Honneur, officier des palmes académiques. Il enseigne notamment l’histoire de la santé et assure les fonctions de conservateur du musée d’histoire de la pharmacie de l’université Paris-Saclay.

    Auteur d’un premier roman à l’âge de 16 ans, ce n’est finalement qu’en 2000 que l’envie de sortir ses écrits de ses tiroirs s’impose à lui. Pendant cinq ans, il écume les concours de nouvelles un peu partout en France et glane au passage de nombreuses récompenses. Cette activité intense débouche en 2005 sur l’édition d’un premier recueil de nouvelles qui sera vite suivi de deux autres chez de petits éditeurs. Il publie ensuite cinq romans dont le premier, un polar contemporain intitulé Morts thématiques lui permet de remporter le prix Plume de glace en 2011.

    C’est en définitive une belle rencontre avec Isabelle Laffont qui lui permet d’élargir son lectorat. Cette grande dame de l’édition lui ouvre avec une générosité et un enthousiasme communicatifs les portes des éditions Jean-Claude Lattès en 2017. Aujourd’hui, Isabelle Laffont est devenue son agent littéraire et la belle aventure continue aux éditions Albin Michel ! C’est en effet grâce au premier roman publié dans cette maison, Le bureau des affaires occultes, que Eric Fouassier décroche son premier best-seller couronné, entre autres, par le prix Maison de la presse en 2021, et qu’il se fait connaître du grand public comme un auteur phare du roman policier historique.