Adolescence, Amour, Émotion, Conte

La Chasse au Trésor

de Claudine Laurent Rousselle
Broché – 26 novembre 2025
Éditions : Auto-édition

Sylvie et Mathieu âgés de douze ans, sont cousin, cousine. »
Lors des vacances scolaires, ils se retrouvent chez leurs grands-parents. Ils sont heureux de vivre deux mois avec eux car ils les adorent.
Un matin, le grand-père leur demande un petit coup de main pour nettoyer le grenier où sont entreposés des meubles, des coffres et de nombreux objets hétéroclites, depuis plusieurs générations. Les deux enfants jubilent, pour eux,
l’occasion est trop belle pour faire des découvertes.
Ces découvertes les mèneront à une chasse au trésor.

Une nouvelle fois, Claudine Laurent Rousselle m’a emporté avec l’un de ses petits romans, de ceux qui font du bien et laissent une trace discrète mais précieuse. La Chasse au Trésor s’adresse aux enfants de 7 à 13 ans, mais aussi, et peut-être surtout, aux adultes qui aiment encore raconter des histoires, transmettre, partager des moments hors du temps. C’est un conte simple, délicat, sincère, pensé pour éveiller le goût de la lecture et, plus encore, l’envie de rêver loin des écrans omniprésents.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette bienveillance qui caractérise si bien la plume de Claudine. Elle nous propose ici une belle histoire de famille, où des grands-parents embarquent leurs petits-enfants dans une aventure ludique, pleine de surprises et de rebondissements. Une chasse au trésor comme on les aime, faite d’indices, de complicité et de rires partagés. Tout au long de ma lecture, je me suis surpris à sourire, porté par cette écriture douce et apaisante qui invite à la sérénité.

Ce récit m’a également ramené vers mes propres souvenirs d’enfance. À plusieurs reprises, des images se sont imposées à moi, simples et lumineuses, comme une parenthèse enchantée dans mon quotidien. J’ai apprécié cette capacité qu’a l’autrice à créer un univers rassurant, où l’imaginaire a toute sa place et où l’on prend le temps d’être ensemble.

La Chasse au Trésor est, à mes yeux, une histoire “cadeau”. Un livre à lire, à offrir, à partager, qui fera sans aucun doute plaisir aux plus jeunes… et ravivera chez les adultes une douce nostalgie. Pour ma part, je sais déjà qu’il trouvera naturellement sa place entre les mains de mes petits-enfants.

Merci, Claudine, pour ta confiance renouvelée et pour ce moment de lecture empreint de douceur et de tendresse.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Sylvie et Mathieu âgés de douze ans, sont cousin, cousine. »
Lors des vacances scolaires, ils se retrouvent chez leurs grands-parents. Ils sont heureux de vivre deux mois avec eux car ils les adorent.
Un matin, le grand-père leur demande un petit coup de main pour nettoyer le grenier où sont entreposés des meubles, des coffres et de nombreux objets hétéroclites, depuis plusieurs générations.
Les deux enfants jubilent, pour eux, l’occasion est trop belle pour faire des découvertes. »

« – Ça fait plaisir de les voir heureux, tu ne trouves pas ? Demande le grand-père.
– S’ils le sont, c’est grâce à toi ! Depuis tout petits, tu les emmènes dans la nature, à la pêche, aux champignons, faire de la marche dans les chemins forestiers, tu leur a appris à faire du vélo, à reconnaître les arbres, les fleurs… »

« Les jours suivants furent idylliques pour le clan des quatre, camping, pêche, rigolades et recherches le long du cours d’eau, celles-ci infructueuses, mais de très bons moments emmagasinés dans les mémoires.
Les grands-parents décident de faire une halte dans le village le plus proche pour faire le ravitaillement et poursuivre l’aventure.
Celle-ci risque de durer plus longtemps que prévu pour le plaisir de tous.
Ils ont deux mois devant eux, pour trouver le trésor, avant la rentrée des Classes. »

Née à Reims, Claudine Laurent Rousselle a vécu à “La Neuvillette” durant sa jeunesse et son adolescence, depuis elle vie en Haute-Savoie. Dans sa jeunesse, elle a participé à plusieurs concours de poésies.
Depuis quelques années le rêve d’écrire des contes lui vient à l’esprit. Elle se lance, et sort son premier roman “Un merveilleux cadeau” en 2022.
D’autres romans sont d’ores et déjà en attente…

Neige – La petite fille des Montagnes (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/07/neige-la-petite-fille-des-montagnes/

Un merveilleux cadeau (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/12/un-merveilleux-cadeau/

Max et le monde imaginaire (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/02/03/max-et-le-monde-imaginaire/

FLIPP LE PETIT FANTÔME (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/09/flipp-le-petit-fantome/

Adolescence, Émotion, Histoire

Les Promesses orphelines

de Gilles Marchand
Broché – Grand livre, 22 août 2025
Éditions : AUX FORGES DE VULCAIN

On racontait qu’on allait marcher sur la Lune, on disait qu’en l’an 2000 on se déplacerait en voiture volante. On parlait d’un Aérotrain capable de battre tous les records de vitesse.

Mais comment participer à tout ça quand on vit, comme Gino, au fin fond d’un village de l’Orléanais, quand le bulletin scolaire est en berne, quand on se demande comment séduire Roxane, la fille entrevue au bal du village des années plus tôt ?

Gilles Marchand, fidèle à ses personnages toujours en décalage, nous offre une traversée poétique des Trente glorieuses par un jeune idéaliste, la tête pleine de rêves plus grands que lui, acteur à sa manière d’un monde en accélération où le bonheur pour tous semblait à portée de main.

J’ai refermé Les Promesses orphelines avec un sentiment doux-amer, celui que laissent les romans qui ne bouleversent pas totalement, mais qui savent toucher juste, par éclats. Gilles Marchand raconte ici une vie ordinaire, mais il le fait avec une voix singulière, presque poétique, toujours empreinte de délicatesse. Ce n’est pas un roman qui emporte d’un seul souffle, plutôt un texte qui se révèle par fragments, par moments suspendus, par phrases qui s’attardaient en moi.

Gino est jeune, Gino rêve. Peut-être trop. Il vit dans un village de l’Orléanais, loin de Paris, loin des astres et des promesses qu’ils incarnent. Trop loin du monde pour lui, mais jamais trop loin de l’espoir. Il regarde le ciel, le progrès, les machines, les fusées, l’Aérotrain, et tout ce qui annonce un avenir possible, presque magique. Entre promesses de progrès et rêves démesurés, Gino va s’accrocher à son rêve ou malgré les grandes tristesses et les bonheurs lumineux, il va petit à petit tracer une voie vers sa destinée.

Nous sommes dans les années 50, au sortir de la guerre, dans cette période étrange où la bienveillance côtoie l’accélération du monde. Les Trente Glorieuses défilent, la musique change, les corps s’émancipent, la mode, les coiffures aussi. Tout semble soudain possible et promet un nouveau bonheur pour tous. Gino traverse cette époque sans être un héros, mais avec une humanité touchante. Puis il y a Roxane. Le premier amour. L’évidence, l’innocence, l’idée d’une vie entière à deux. Et comme souvent, la réalité frappe, sans prévenir. Les rêves se fissurent, la vie le heurte de plein fouet et tout ne se déroulera pas comme prévu.

J’ai aimé la beauté des mots, Gilles comme dans ses autres romans conserve un style très personnel qui enveloppe ses personnages. C’est un beau roman, mais il y a ici, une propension à voir le bien, le beau, plutôt que le réel… Il m’a manqué un pas de plus, une aspérité, une faille plus franche. Et parfois, une gêne aussi, quand certaines réclames s’invitent brutalement dans le récit, comme une coupure publicitaire en plein film, me freinant dans mon élan de lecture.
Dommage…

J’attendrai avec impatience ton prochain ouvrage…

Merci pour cette belle soirée passée en ta compagnie au Cercle Littéraire du Château de l’Hermitage !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Qu’est-ce qui fait une vie réussie ? Succès professionnel ? Succès amoureux ? Succès familial ?
Amical ? Social ? Moral ?
J’ai longtemps cru que c’était une espèce de combinaison de tout cela. Une belle vie professionnelle et une famille aimante et souriante. Des pâtes dans l’assiette et un enfant dans le landau.
À l’adolescence, je me suis dit qu’une vie réussie était une vie qui changeait le monde ou, du moins, qui participait au progrès. C’était au siècle dernier, c’était après les guerres mondiales. Dans ces années où on priait le ciel pour que ça reste de l’histoire ancienne et où on lisait les journaux pour vérifier si la guerre froide n’avait pas pris quelques degrés. »

« C’est là que j’ai entendu pour la première fois sa voix. Elle n’était pas assortie à son regard. Ni même à son attitude. C’était presque une voix d’adulte avec un drôle d’accent venu d’un endroit inconnu. C’était comme s’il avait mis plein de vieux dans sa gorge et qu’il les laissait parler à sa place. Il a commencé à me raconter avec son drôle de débit, comme s’il reprenait sa respiration à chaque tronçon de phrase, comme s’il avait peur que la fin lui échappe. »

« La Vieille tante avait toujours été là, dans les parages. Ils pouvaient ne pas la voir pendant des semaines, et un soir elle apparaissait, une bouteille de vin sous le bras et un livre qu’il fallait absolument lire dans la main. Elle était toujours de bonne humeur. “‘Ma foi, je n’ai jamais eu goût à imposer ma mauvaise humeur à qui que ce soit.” »

« “Encore dans la lune, Gino ?”
Je ne l’avais pas entendue arriver. Ma mère s’est assise sur mon lit. Elle me répétait que j’étais son petit rêveur. Exactement ce que l’on me reprochait au collège, sauf qu’elle le disait avec un sourire.
Je n’osais pas lui expliquer que je n’étais pas dans la lune mais plutôt dans les nuages. Et que papa l’embrassait. »

Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Éric Bonnargent. Son premier roman solo, Une bouche sans personne en 2016, attire l’attention des libraires (il est notamment sélectionné parmi les “Talents à suivre” par les libraires de Cultura, finaliste du prix Hors Concours, et remporte le prix des libraires indépendants “Libr’à Nous” en 2017) et de la presse, en proposant le curieux récit, le soir dans un café, d’un comptable le jour expliquant à ses amis pourquoi il porte en permanence une écharpe pour cacher une certaine cicatrice.

Il a été batteur dans plusieurs groupes de rock et a écrit des paroles de chansons.

Des mirages plein les poches
https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/05/des-mirages-plein-les-poches-de-gilles-marchand/

Un funambule sur le sable
https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/14/un-funambule-sur-le-sable-de-gilles-marchand/

Une bouche sans personne
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/26/une-bouche-sans-personne/

Le soldat désaccordé
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/12/le-soldat-desaccorde/

Requiem pour une apache
https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/02/requiem-pour-une-apache/

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Violence

Inexorable

de Claire Favan
Broché – 11 octobre 2018
Éditeur : Robert Laffont

Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.

Inexorables,
les conséquences des mauvais choix d’un père.
Inexorable,
le combat d’une mère pour protéger son fils.
Inexorable,
le soupçon qui vous désigne comme l’éternel coupable.
Inexorable,
la volonté de briser enfin l’engrenage…
Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants.

 » Claire Favan franchit un cap avec cette histoire qui touchera inexorablement votre âme. « 
Yvan Fauth, blog EmOtionS.
 » À l’enfant qui est en vous, ce livre peut raviver des douleurs. À l’adulte que vous êtes devenu, il vous bousculera dans vos certitudes. « 
Caroline Vallat, libraire Fnac Rosny 2

Inexorable fait parti de ces romans qui ne vous laissent aucun répit.
Je l’ai commencé en début de soirée… et je ne l’ai pas lâché. Chapitre après chapitre, page après page, jusqu’à cette image finale bouleversante. Alexandra serrant la tête de Milo contre son ventre, dans ce geste universel d’une mère qui aime son enfant plus que tout…

Alexandra et Victor sont les parents de Milo, qui a quatre ans. Leur quotidien bascule le jour où Victor est arrêté. Il a tout quitté pour devenir braqueur, pour des raisons qui lui appartiennent. Mais c’est Milo qui en paiera le prix.
L’enfant change brutalement. Il se renferme, devient violent, ingérable. À l’école, on se moque de lui, on l’isole. Sa colère déborde. Son mal-être se transforme en mots blessants, en gestes incontrôlables.

Les années passent. Entre 2004 et 2019, Milo grandit sous nos yeux. Son adolescence est tout aussi chaotique, et la relation mère-fils se détériore peu à peu. Le dialogue se rompt.
Puis vient l’irréparable. Milo est arrêté pour un double meurtre. Après son mari, c’est son fils que la machine judiciaire broie. Alexandra bascule dans un cauchemar éveillé. Milo clame son innocence, enfermé dans une prison où tous les regards se posent sur lui, lui qui n’a jamais réclamé que l’amour de ses parents.

Comment croire à sa culpabilité ?
Comment le sortir de là ?

Claire Favan nous offre ici un thriller psychologique d’une rare intensité, construit sur l’évolution des personnages et le passage du temps. J’ai vécu chaque page dans l’angoisse, partagé la détresse de cette mère, attendu la chute… avant de recevoir le coup de poing final.

Il est question de traumatismes, de blessures profondes, de vies fracassées par des événements violents. Certains passages m’ont percuté de plein fouet, réveillant des souvenirs enfouis.
Claire ne caresse pas, elle frappe. Sans concession, très différents de ses précédents romans. Le cœur serré, l’estomac noué, je me suis attaché à cette mère démunie, déchirée, prête à tout pour protéger son fils.

Inexorable est une histoire familiale déchirante, une déclaration d’amour maternel face à l’impensable.
Un immense coup de cœur.
Malgré le poids qu’elle porte sur ses épaules et dans son cœur, Alexandra a toujours été là, elle a tout essayé, réussi parfois, échoué trop souvent à son goût, mais elle a toujours aimé son fils et pris les choix qu’elle estimait juste…
Un roman qui parle de “mamans” à lire absolument, qui m’a marqué profondément !

Bravo Claire, et merci pour ces mots qui vont droit au cœur.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« – Maître, je ne comprends pas ce qui a pu arriver. Il ne peut s’agir que d’une erreur… Victor… est… un homme bien…
Ses sanglots font trembler sa voix.
À l’autre bout du fil, l’avocat soupire. Ce n’est pas à lui de briser les illusions de cette pauvre fille, n’est-ce pas ?
Il comprend que le choc soit rude après avoir vu des flics armés jusqu’aux dents débouler chez elle en force pour arrêter son mari qu’elle prenait pour un agneau. Doit-il éclairer sa lanterne et lui annoncer que Victor Léman n’a rien d’un saint, bien au contraire ? »

« MILO NE COMPREND PAS. Il fait tout ce qu’on lui demande, pourtant ! Il dit ce qu’il ressent à Mme Marloux et elle lui donne des pistes pour mieux réagir. Il pensait qu’après avoir fait la paix avec sa mère et recommencé à parler de papa, tout s’arrangerait.
Les mots qu’il gardait pour lui coulent à présent. Et avec eux, les larmes. Il dort d’ailleurs mieux depuis qu’il évacue son chagrin. Il fait moins de cauchemars. Il se sent moins en colère aussi.
Alors pourquoi est-il toujours à l’écart à l’école? Pourquoi les adultes le surveillent-ils en permanence ?
Pendant toutes les récréations, il doit rester assis, seul, pendant que les autres s’amusent. Milo aimerait se joindre à eux. Il voudrait pouvoir recommencer à être un simple petit garçon. »

« LA DERNIÈRE ANNÉE de maternelle de Milo s’écoule péniblement. Il voit toujours sa psychologue, pourtant
Alexandra ne vit plus qu’au rythme des sentences de l’équipe éducative.
Son esprit est focalisé sur la terreur de ce qui l’attend chaque soir quand elle le récupère.
Dès qu’elle descend du bus et qu’elle s’approche de l’école, son ventre se serre et son cœur se met à battre plus vite. Les bons jours se comptent sur les doigts d’une main, quand les mauvais s’accumulent. »

« EN SE REGARDANT DANS LE MIROIR ce matin-là, Victor ressent le sentiment de dégoût envers lui-même qui ne le quitte pas beaucoup ces derniers temps. Non seulement il ment à sa famille et prend des risques qui pourraient le renvoyer en prison, mais en plus il apprécie cette partie de sa vie à laquelle il croyait avoir définitivement tourné le dos. »

Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d’or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l’ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Après les succès remarqués d’Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan a durablement marqué les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016, et Dompteur d’anges. Son dernier roman, Inexorable, marque un tournant plus intimiste, en mettant en scène un enfant broyé par la société.

Adolescence, Émotion, Drame, Polar, Psychologie

Punk friction

de Jess Kaan
Poche – 3 juillet 2020
Éditeur : Éditions Lajouanie

Auchel, nord de la France. Le corps d’un jeune marginal brûle au petit matin dans le cimetière municipal. Acte gratuit, vengeance, meurtre ? La police ne sait quelle hypothèse privilégier, d’autant qu’on découvre très vite un nouveau cadavre, celui d’une étudiante, sauvagement assassinée. La population aimerait croire que le coupable se cache parmi la bande de punks squattant dans les environs… Le capitaine Demeyer, quadragénaire revenu de tout, et le lieutenant Lisziak, frais émoulu de l’école de police, du SRPJ de Lille sont chargés de cette enquête qui s’annonce particulièrement sordide. Une jeune lieutenant, en poste dans la cité, ne veut pas lâcher l’affaire et s’impose à ce duo pour le moins hétéroclite.

J’ai découvert l’écriture de Jess Kaan en 2002, avec une nouvelle, Kenshiro’s Way, l’année suivante j’ai lu Bloody Venise, puis en 2027, Triangulaire.
J’avais déjà Ressenti un “petit” quelque chose qui se dégageait à travers ses mots…

Fin 2020 j’ai subi une lourde inondation dans mon bureau. Des centaines de livres y sont passés, beaucoup n’avaient même pas encore été lus. Des mois, puis des années ont été nécessaires pour tout réparer, tout reconstruire. Et quand tu retrouves petit petit, en les reposant sur les étagères, des ouvrages que tu pensais avoir définitivement perdus, ça fait du bien à mon petit cœur ! Une seconde chance offerte par le destin.
Punk Friction faisait partie de ces rescapés. J’ai donc décidé de changer l’ordre de mes lectures prévues aléatoirement pendant quelques semaines… Ils m’attendaient.

Et aujourd’hui, enfin, je peux le dire, Punk Friction est un excellent polar… mais pas seulement.
Tout y est.

Auchel, dans le Pas-de-Calais, ancienne ville minière, sert de décor à ce récit sombre et réaliste, où l’on sent les habitants lutter au quotidien pour survivre. Un corps carbonisé est retrouvé dans un cimetière, puis une jeune étudiante est sauvagement assassinée quelques temps plus tard. Très vite, les soupçons se portent sur une bande de punks, accusée par les riverains.

Le capitaine Demeyer et le lieutenant Lisziak héritent de l’enquête. Rapidement, les certitudes vacillent, les pistes se brouillent. Si le cadre régional est remarquablement décrit, le roman dépasse largement ses frontières pour dresser le portrait d’une réalité sociale et économique qui touche les classes populaires de toute la France.

Roman noir, parfois grinçant, ponctué de répliques locales qui m’ont arraché quelques sourires, Punk Friction s’est imposé à moi surtout par son regard social. Derrière l’enquête, j’ai senti un autre récit affleurer. Celui d’une jeunesse désœuvrée, sans repères, confrontée à des adultes fatigués, eux-mêmes désabusés.

J’ai eu l’impression plusieurs fois que Jess utilisait son enquête comme prétexte. L’intrigue, les assassinats, les policiers, les nombreux rebondissements, les fausses pistes… Mais, c’est le message caché derrière, qui m’a vraiment emporté, ou plutôt… ce qui plane au-dessus. Certaines phrases, des mots, que Jess glisse ici ou là, qui petit à petit fendille l’âme de l’auteur, jusqu’à ce quelle soit complètement mise à nue…

Un roman prenant, intelligent, nécessaire.
Un polar qui divertit… et qui, peut-être, ouvrira les yeux.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Fred Desmondt avait passé une sale nuit en compagnie de mademoiselle Colo. Mademoiselle Colo, c’était la colopathie, sa maladie à chier comme il aimait la railler.
Cette garce le tenait par les boyaux depuis qu’il avait trente-quatre ans. Deux ans à surveiller son alimentation, à éviter le froid, les courants d’air, à essayer de comprendre pourquoi du jour au lendemain sa vie avait brutalement basculé.
Mademoiselle Colo, c’était de l’intense : le genre liaison sado-maso, nuits entières passées à se tordre sur les WC et malaises vagaux qui survenaient sans prévenir. Comme un succube, la gueuse bouffait son énergie et elle revenait souvent à l’assaut, histoire de se délecter. »

« – Vous dites hier choir? Vous chavez, j’va dormir tôt.
D’facon, ché films ch’est toudis l’même. Des paires eud’ nichons, des culs, des crimes… et après on s’deminde pourquoi eul’monde y tourne po rond. Entre chah et ceusses qu’s in mettent plein les fouilles… Mi, j’a qu’une tiote retraite, chavez, juste eud’ quoi viv’. J’deminde rin a personne, mais…
chi vous saurez… »

« Donovan montra les hématomes sur ses jambes. Ceux-ci redondaient avec son œil au beurre noir. Le père qui pesait son quintal de mauvaise graisse, celle que les multinationales font ingérer aux pauvres, le regard lourd et l’envie d’être ailleurs, s’énerva à son tour :
– Tais-te. Laisse Monsieur parler. T’arrêtes pas d’faire des conneries, et à cause de ti, on nous convoque’t’ chez les flics. Tu crois qu’on a que ça à fout’ de perd’ notre temps au commissariat ? »

« L’enthousiasme des deux lieutenants s’émoussa après l’interrogatoire du bègue Jean-Philippe et d’un Rémi à la compréhension assez limitée. Tous deux corroborèrent tant bien que mal la version de Donovan. »

« Garance approuvait chacun de ces mots tirés de l’expé-ience. Ces gosses n’étaient pas que des dossiers administratifs, des allocs versées par la CAF. Ils constituaient autant de vies, de futurs citoyens démarrant mal leur existence. La faute à une société malade, où le mot famille perdait de son aura sacrée. Où les individus se révélaient dans leur petitesse, leur envie de jouissance immédiate jusqu’à ce qu’elle contamine leur descendance. Des droits, jamais de devoirs. Jamais de frustration. Aller toujours plus vite et heurter le mur. Ces gosses la touchaient. »

Né sur les bords de la mer du Nord, habitant le Pas de Calais, Jess Kaan est un auteur éclectique puisque ses écrits couvrent divers genres (fantasy humoristique, fantastique, thriller et policier historique). Il rédige de nombreux articles sur ces domaines dans la presse et sur différents blogs en France, en Belgique, au Québec ainsi qu’en Pologne, en Espagne et aux États-Unis. Il participe également à de nombreuses publications collectives : recueils de nouvelles, anthologies.
Ses oeuvres se caractérisent par un lien exacerbé entre terroirs et personnages. En effet, il ne conçoit pas ses protagonistes comme de simples individus, mais la résultante d’expériences de vie.

Il a reçu en 2003 le prix merlin pour sa nouvelle L’affaire des elfes Vérolés et en 2005 le prix de l’armée des douze singes, le Prix Masterton 2014.

Depuis 2013, il a basculé vers le genre policier.

Jess Kaan est un pseudonyme. Sous sa véritable identité il est enseignant dans le nord de la France.

Adolescence, Émotion, Drame, Histoire vraie, Poésie

La bouche pleine de mots

de Camilla Gibb
Poche – 1 janvier 2003
Éditeur : Piment

Une petite fille nous parle. Elle se nomme Thelma et a tantôt la voix de Poil de Carotte, tantôt celle d’Alice au Pays des Merveilles. Elle veut nous révéler un secret, pour s’en débarrasser, pour survivre. Mais existe-t-il des mots qui forcent la vérité à rendre gorge? Guérit-on jamais d’une enfance saccagée? Du fond de sa nuit, Thelma appelle au secours. Elle croit que le roi est nu et les grandes personnes capables du pire. Elle accuse, dénonce, pleure mais rit aussi pour conjurer l’angoisse. «Aimez-moi », répète-t-elle, et le lecteur n’y résiste pas.
Gabrielle Rolin (traductrice de l’ouvrage)

En ouvrant La bouche pleine de mots de Camilla Gibb, j’ai compris très vite que ce roman ne me ferait pas seulement suivre une histoire, il allait me faire entrer dans la tête de la petite Thelma, une petite abusée par son père sous le regard silencieux d’une mère qui détourne les yeux. Très vite, je me suis retrouvé prisonnier de ses pensées, comme si son esprit devenait le seul lieu possible pour comprendre ce qu’elle vit, ou plutôt ce qu’elle ressent. Le monde autour d’elle reste flou, presque inaccessible, mais ce n’est pas là que le roman veut nous conduire. C’est en elle que tout se passe, dans ce territoire intérieur où personne n’écoute, personne ne veut voir, sauf moi, lecteur malgré moi devenu confident involontaire.

Thelma se dépeint tour à tour comme un insecte sur un mur, une petite fille perdue, une femme fracturée, presque folle. J’ai suivi ses angoisses, ses doutes, sa douleur qui ne dit pas son nom. Elle porte sur la peau et dans l’âme les traces d’un père destructeur, mais aussi celles de ses propres choix, dictés par la confusion et la survie. Malgré la noirceur, jamais je ne me suis senti étouffé, il y a, dans l’écriture de Camilla Gibb, une délicatesse qui laisse filtrer parfois de minuscules éclats de lumière, de poésie, de ceux qui empêchent le désespoir de tout engloutir.

Ce qui m’a le plus bouleversé, c’est la façon dont l’autrice explore l’instabilité mentale de Thelma. Son esprit se fragmente, se décompose, se recompose autrement pour supporter l’insupportable. Le récit navigue entre époques, perspectives et états d’être, comme si la narration épousait les fissures de sa psyché. Peu à peu, je comprends ce qui l’a menée là, ce lent glissement intérieur. Et pourtant, au cœur de cette déchirure, il subsiste une force improbable, une forme de courage qui m’a serré la gorge.

Mais le roman ne s’arrête pas à la chute. Il raconte aussi la résilience, la lente remontée grâce à ces mains inattendues qui se tendent, ces êtres bienveillants qui l’accompagnent hors du gouffre, doucement, patiemment.

Je me suis demandé régulièrement pendant ma lecture si ce roman n’était pas autobiographique. Trop de subtilités ici ou là qui ont leur importance, beaucoup trop d’importance…
J’ai refermé ce livre, profondément remué par ce récit brutal, mais traversé d’espoir. Un roman qui donne voix à une enfant qu’on n’a jamais voulu entendre…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Voilà d’où vient l’homme que nous appelons notre père : il est assis dans une grange avec ses frères Gar-reth et Timothy, par un pluvieux après-midi dans les collines des Costwolds. Garreth, son aîné de deux ans, a regagné le foyer pour les vacances de Pâques après avoir fini son second trimestre au collège de Wheaton.
La mère, surnommée “Houpette” à cause du doux nuage de cheveux gris qui encadre son visage, ne se lasse jamais de faire l’éloge de son grand garçon, “un vrai petit gentleman à présent”… Timothy, le dernier, âgé de cinq ans, est assis, muet, les joues gonflées en permanence de bonbons assortis qu’il stocke dans sa bouche. Quand il ne dort pas, il passe la plupart du temps sans prononcer un mot. »

« Longtemps, j’ai eu l’impression que les gens saisissaient parfaitement ce à quoi je faisais allusion et je m’étonnais de leur obstination à ne pas le montrer.
Plus tard, rentrée chez moi, je battais la campagne, cherchais mon chemin dans un enchevêtrement de fougères et de groseilliers tout en chuchotant dans le noir à mon amant imaginaire. Je lui décrivais ce petit univers parfaitement clos et silencieux réservé aux étrangers. »

« Le matin, j’avais un endroit où aller : ma jolie école. Là, j’avais mon pupitre bien propre et je m’exerçais à écrire dans mon cahier neuf, sous l’œil de la charmante Mrs Kelly. C’est elle qui me donna le carnet intitulé: « Mon autobiographie» dans lequel j’allais révéler qu’à ma naissance j’étais un bébé mort et de couleur violette. Elle manifesta de l’inquiétude mais ce fut la suite qui l’incita à téléphoner à mes parents pour leur demander un entretien. Le deuxième paragraphe lui semblait pire que le premier. “Je m’appelle Thelma et je suis née morte, mon corps saigne, parfois je me transforme en insecte ou en caillou dans la cave, en une brindille, je roule mes yeux dans ma tête pour voir l’intérieur. C’est tout rouge et saignant. Ce que je préfère, c’est me transformer en poney shetland ou aller à l’école.” »

« Quand j’arrivais en retard à la maison, Papa qui m’avait attendue pour m’aider à faire mes devoirs me disait que j’étais une mauvaise élève et m’ordonnait de me coucher pour recevoir un châtiment. A présent, cela m’était égal. Je le laissais jouer à ses jeux dégoûtants et rêvais à Mrs Kelly en pensant : “Bientôt, il ne pourra plus jamais me faire ça.” »

Camilla Gibb est née à Londres en 1961, d’origine canadienne.
Elle a terminé son doctorat en anthropologie sociale à l’Université d’Oxford en 1997, et elle a passé deux ans à l’Université de Toronto à effectuer des recherches postdoctorales avant de devenir écrivaine à temps plein.

Elle est l’auteure de quatre romans, Mouthing the Words (La bouche pleine de mots), The Petty Details of So-and-So’s Life, Sweetness in the Belly et Beauty of Humanity Movement.

Elle a été lauréate du Prix Trillium en 2006 et finaliste pour le Scotiabank Giller Prize en 2005 en plus d’avoir reçu le Book Award de la Ville de Toronto en 2000 et le Prix littéraire CBC (Radio-Canada) de nouvelle en 2001.

Ses livres ont été publiés dans 18 pays et traduits dans 14 langues. Elle a été écrivaine invitée à l’Université de Toronto et à l’Université de l’Alberta et est membre auxiliaire d’enseignement au programme de maîtrise en création littéraire à l’Université de Toronto.

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Humour, Psychologie

Les flammes de l’autre rive

de Lucie Delacroix
Broché – 3 octobre 2025
Éditeur : Auto-édition

Et si la vérité vous attendait de l’autre côté de l’océan ?

Laura s’envole pour le Québec afin d’animer une colonie de vacances, le cœur lourd et les nerfs à vif. Chez elle, ses parents lui dissimulent un secret. Mais à peine arrivée sur le sol canadien, un courrier inattendu bouleverse ses repères : une lettre signée d’une personne liée à cette vérité qu’elle cherche depuis des mois.

Portée par les veillées au coin du feu, les confidences nocturnes et la complicité naissante entre les animateurs, Laura s’engage dans une quête aussi intime que lointaine. À travers les paysages grandioses de la Belle Province, c’est tout un pan de son histoire qui se révèle — et peut-être, au détour d’un regard ou d’une chanson, une rencontre qui changera tout.

Un roman lumineux sur la quête de soi, les secrets de famille
et l’amour qui naît là où on ne l’attend pas.

Dès les premières pages, j’ai été porté par la plume de Lucie Delacroix et par l’histoire de Laura. Entre les paysages grandioses, les expressions savoureuses et les soirées autour du feu de camp, je me suis laissé happer par ce roman vibrant d’émotions. On y parle d’amitié, de solitude, d’addiction, mais surtout de la quête des origines, ces racines invisibles qui nous façonnent et nous appellent, même à des milliers de kilomètres.

Laura est une jeune femme en colère, blessée par les secrets et les silences qui ont fissuré son enfance. Un jour, elle décide de tout quitter pour partir au Québec avec sa meilleure amie. Là-bas, au milieu des lacs et des forêts, elle espère souffler, se retrouver… Mais le destin lui réserve bien plus qu’une simple parenthèse. Une mystérieuse lettre déposée sur son oreiller dès son arrivée va tout bouleverser.
Qui lui écrit ? Et surtout, pourquoi maintenant ?

J’ai suivi Laura dans ce voyage initiatique avec le cœur serré. Elle découvre l’amitié sincère, l’amour naissant, la bienveillance d’une équipe d’animateurs, et cette nature généreuse qui soigne mieux que bien des mots. J’ai aimé ces moments simples, la musique des Cowboys Fringants, le sirop d’érable, les accents à travers les expressions québécoises… toute une atmosphère qui sent bon la vie.

Lucie a cette faculté de faire vibrer chaque émotion. Sa plume, fluide et sensible, capte le moindre frémissement d’un regard ou d’un silence. On rit, on espère, on pleure aussi. Car ce roman est une véritable montagne russe émotionnelle. On s’y brûle, mais il réchauffe aussi, car l faut savoir pardonner.
Et derrière l’histoire de Laura, il y a un message fort. Parfois, pour avancer, il faut accepter de regarder la vérité en face, même si elle fait mal.

La fin m’a bouleversé, tout simplement.
J’ai refermé le livre le cœur serré, mais le sourire aux lèvres. Les flammes de l’autre rive est un roman qui touche l’âme, c’est une ode à la résilience, à l’amour et à la vie sous toutes ses formes.

Et comme un joli clin d’œil, je remercie Lucie aussi pour la bande-son de ma lecture et plus encore, depuis, les Cowboys Fringants m’accompagnent à chaque promenade en promenant mon chien, j’adore !
Pas après pas, j’ai la banane !!!
Une très belle découverte…

Ce roman m’a touché bien au-delà des mots… il m’a fait du bien.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« “Toute l’équipe d’Air Canada vous souhaite une excellente année ! Qu’elle vous apporte une belle blonde ou un bon chum et une belle job’. Enjoy !”
Alors que s’entrechoquent les coupes de champagne offertes par la compagnie aérienne, Florence déambule dans les allées les bras chargés de bouteilles vides. Elle se nourrit des sourires qui éclairent les visages des passagers. L’ambiance qui règne dans l’avion est presque magique. Français, Canadiens et autres nationalités trinquent et rient de bon cœur, se souhaitant le meilleur pour cette nouvelle année à venir. »

« Blessée par leur attitude, mais aussi infiniment triste que leur soutien sans faille ait finalement des limites. J’aurais aimé que ma mère soit là ce soir, qu’elle me prenne la main et me raconte enfin tout ce que je cherche depuis des mois. Tout ce qu’elle n’a jamais voulu me dire. »

« Mes parents sont passionnés par votre pays, je commence, y compris de ses chanteurs. Maman ne loupe pas une occasion de nous faire écouter ses CD rapportés de leurs divers voyages ici. L’autoradio de sa voiture ne doit pas savoir jouer autre chose, d’ailleurs. Mon enfance a été bercée par les titres de Lynda Lemay. »

« À la nuit tombée, la foule s’agglutine devant la scène dès la fin du concert précédent. Le groupe suivant semble très attendu et c’est également pour eux que nous sommes venus. Johan trépigne d’impatience. Il nous fraie un chemin sur le côté afin de parvenir à deux rangs des barrières, au pied du décor. Ainsi, nous serons aux premières loges pour admirer ces artistes québécois.
Dès que les quatre pionniers du groupe débarquent sur scène, les festivaliers sont en transe. Ils sont accueillis par un tonnerre d’applaudissements, la foule crie leurs noms un à un. Je reconnais les premières notes, qui débutent un spectacle grandiose. Les titres s’enchaînent et la connexion avec le public est extraordinaire. Les chansons engagées se succèdent, défendant avec ferveur des valeurs fortes, telles que la solidarité et l’environnement. »

Bretonne de 34 ans, Lucie Delacroix est mariée et maman de trois jeunes enfants. Salariée, elle consacre son temps libre à la lecture et l’écriture. Elle aime les « page-turner », ces romans qu’on ne peut plus refermer sans en connaître le dénouement. Naturellement, elle en écrit aussi, passionnée d’écriture depuis son plus jeune âge.

Plongez dans ses romans, des histoires pleines de rebondissements avec un soupçon de romance.

Les flammes de l’autre rive, fait partie des finalistes du Grand Prix Romanesque 2025 !

Adolescence, Amour, Émotion, Fantastique

La Terre qui penche

de Carole Martinez
Poche – 6 avril 2017
Éditions : Folio

Blanche, la môme chardon, est-elle morte en 1361 à l’âge de douze ans comme l’affirme son fantôme ? Cette vieille âme qu’elle est devenue et la petite fille qu’elle a été partagent la même tombe. L’enfant se raconte au présent et la vieillesse écoute, s’émerveille, se souvient, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend. Veut-on l’offrir au diable pour que le mal noir qui a emporté la moitié du monde ne revienne jamais ? Un voyage dans le temps sur les berges d’une rivière magnifique et sauvage, la Loue, par l’auteur du Domaine des Murmures et du Cœur cousu.

J’ai refermé La Terre qui penche avec le sentiment d’avoir traversé un rêve sombre, un conte médiéval d’une beauté étrange. C’est le troisième roman de Carole Martinez que je lis, et encore une fois, elle m’a emporté ailleurs. Après Dors ton sommeil de brute, qui m’avait permis de découvrir un monde très personnel et Le Cœur cousu, qui m’avait laissé tellement de souvenirs incroyable, j’avais de nouveau envie d’être surpris, mais je ne m’attendais pas à ce voyage-là.

Je dois l’avouer, les premières pages m’ont dérouté. Le style me paraissait lourd, les phrases ciselées comme de la dentelle, demandaient de l’attention, le récit, dense et travaillé, m’obligeait parfois à revenir en arrière. Puis, peu à peu, mon esprit s’est laissé prendre par le rythme, happé par cette atmosphère particulière et romanesque, par cette langue poétique et ces tournures d’un autre temps. L’histoire, ancrée au Moyen-âge, a commencé à me murmurer ses secrets, et je n’ai plus lâché le livre.

Deux voix s’y répondent, deux femmes, “La vieille âme”, et “La petite fille”, Blanche. Elles sont à elles seules les piliers de cette histoire. Elles alternent, se complètent, et dessinent une fresque où se mêlent la rudesse de la vie médiévale et la magie des légendes. On croise des enfants-chien, l’ogre de la forêt qui ne s’intéresse qu’aux femmes… et d’autres créatures nées de l’imaginaire et de la peur. Entre réalité et surnaturel, la frontière est mince, comme elle devait l’être à l’époque.

“La petite fille” m’a particulièrement touché. Confrontée à la cruauté des adultes, aux non-dits, elle cherche à comprendre ses origines et finit par découvrir un frère, un père, une mère… Les révélations s’enchaînent, parfois brutales, mais toujours empreintes de cette poésie sombre qui caractérise l’auteure.

Il y a dans ce roman une force étrange, il nous parle de fragilité, de violence, d’amour et de rêves, tout en tissant une atmosphère envoûtante. Ce n’est pas un livre qu’on lit vite, mais qu’on savoure, mot après mot, comme on écouterait un vieux récit conté à la lueur des chandelles.

Réservé à un public averti peut-être, suite à certaines scènes qui pourraient heurter la sensibilité des plus jeunes, ce récit m’a entraîné dans cette poésie d’outre tombe où, on le comprends assez vite, les deux « âmes » se complètent.

Bravo Carole et merci… J’ai encore une fois été surpris et bouleversé.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« À tes côtés, je m’émerveille.
Blottie dans mon ombre, tu partages ma couche.
Tu dors, ô mon enfance,
Et, pour l’éternité, dans la tombe, je veille.
Tout aurait dû crever quand tu as gagné ton trou, gamine,
Au lieu de quoi la vie a dominé, sans joie.
Seule la rivière a tenté quelque chose pour marquer ton départ, ma lumineuse. »

« Je cause ! Je sais bien que je cause. Je sais que je n’ai aucun secret pour qui dort à mes côtés et, comme une fille ne dort jamais seule, je suis un livre ouvert. Quoiqu’un livre, même ouvert, reste toujours fermé pour moi, puisque mon père se refuse à m’instruire, par peur que le diable ne s’insinue.
Il est filou, le diable, et agile, il se glisse dans les têtes par de toutes petites portes, un livre s’ouvre et le voilà qui pointe le bout de son nez entre deux pages. »

« Peut-être suis-je aussi vicieuse que le diable…
J’aimerais tant être un garçon et non une créature tellement fragile et mauvaise! Je pourrais alors rire fort, parler haut et porter mon regard loin devant, je pourrais marcher à grands pas en plein jour sans regarder mes pieds, et je ne craindrais plus ces mauvaises pensées qui me font systématiquement éternuer dès que je les ai durant la journée, car ni prier ni broder n’empêche l’esprit de virevolter, de s’égarer en fariboles, et souvent je me pique au doigt. »

Née en novembre 1966 à Créhange, Carole Martinez est romancière et professeure de français. Elle a notamment signé Le Cœur cousu (2007), auréolé de nombreux prix, et Du domaine des murmures, couronné par le Prix Goncourt des Lycéens en 2011. En 2015, elle publie La terre qui penche (Gallimard). Tentée par la littérature jeunesse – elle est l’auteure de Le Cri du livre, en 1998 – Carole Martinez se lance pour la première fois dans la bande dessinée en scénarisant Bouche d’ombre pour Maud Begon. Deux albums sont parus chez Casterman en 2014 et 2015.

Adolescence, Amour, Émotion, Drame

J’ai failli te manquer

de Lorraine Fouchet
Broché – 4 juin 2020
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

Lise et Cerise n’ont en commun que la rime. Tout oppose la mère et la fille. D’ailleurs c’est simple, Lise voulait un garçon. À la mort d’Axel, mari et père adoré, les deux femmes se retrouvent en tête à tête, et se repoussent comme des aimants réfractaires. Mais une inconnue s’invite dans l’équation. Elle efface tout, même les ressentiments, et apporte d’inespérées retrouvailles. Car il n’est jamais trop tard pour s’aimer… Dans la famille Venoge, on se déchire avec panache. Pourtant, la tendresse est bien là, en embuscade, et lorsqu’elle s’engouffre enfin dans la brèche, elle transforme les années perdues en heures gagnées.
Lorraine Fouchet nous l’affirme, le bonheur est réservé à tout le monde.

Je viens de refermer J’ai failli te manquer de Lorraine Fouchet, le cœur un peu… beaucoup à l’envers.
C’est l’histoire de Cerise, une jeune femme élevée dans l’amour naturel d’un père solaire et la froideur glaciale d’une mère incapable d’aimer une autre femme qu’elle-même. Ce roman, a été pour moi, le récit d’un combat. Celui d’une fille pour exister face à une mère destructrice, Lise, qui cumule névroses, mythomanie et une propension effrayante à se mettre en scène.

Lise n’a jamais su être mère, de plus elle voulait un garçon. Elle a eu une fille, et elle ne s’en est jamais remise. Cerise grandit comme elle peut, dans l’ombre de cette femme qui ne veut pas d’elle, mais qui refuse de la lâcher. Le drame s’enchaîne, Cerise entend un jour des gens parler de son adoption. Cela pourrait être un choc, mais c’est une délivrance. Enfin, une explication. Puis vient l’infarctus qui emporte son père Axel. Un vide immense laisse Cerise seule face à cette mère toxique, instable et hystérique. Et ses mots terribles : “J’aurais préféré que ce soit toi”. Difficile d’imaginer plus violent.

Pourtant, Cerise tient bon. Elle s’éloigne, tente de construire sa vie, devient romancière comme son père. Mais elle revient parfois, par loyauté, par promesse, jamais par envie. Entre deux silences, deux mensonges, elle tente de comprendre, de réparer, de survivre.

Mais ce roman, c’est aussi une parenthèse d’air pur. Lorraine m’a emmener dans sa Bretagne favorite, l’île de Groix, puis en Namibie, loin de Lise, loin du poids de l’héritage familial. Cerise respire enfin. Mais le passé revient toujours.

J’ai eu un peu de mal à lire ce livre, non pas à cause de l’écriture, fluide et poignante, ni des chapitres courts à la première personne du singulier que j’ai apprécié tout particulièrement, j’aime être dans la tête des personnages, mais parce que l’attitude de Lise m’a profondément écœuré. Tout le long de ma lecture je n’arrivais pas à lui trouver d’excuses, même lorsque le récit abordait son passé, ou lorsque qu’elle a commencé à perdre la tête, j’essayais de comprendre, comment une maman peut-elle agit ainsi… et puis petit à petit quelque chose m’est venu à l’esprit… Lorraine, sa vie, sa famille et peut-être tout simplement peu son histoire…

Au final ce roman n’est pas une plainte. Il est fort, il est beau. Il demeure au fond de lui une déclaration d’amour, tordue certes, brutale et sans fard.
Alors, pour finir, ce récit restera pour moi l’hommage d’une fille à sa maman, même si elle l’a blessée plus qu’aucune autre personne n’aurait pu le faire.
Et ça… pour moi, ça force le respect !
Bravo Lorraine !

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Ils s’éloignent. Leurs voix portent. Cerise entend distinctement quand, au bout du couloir, il s’écrie :
– Comment veux-tu que je sache que cette gamine a été adoptée ? Ce n’est pas écrit sur sa figure !
Pénélope répond :
– Sa mère me l’a dit. Son mari était fou d’elle, leur couple lui suffisait, il ne voulait pas d’une tierce personne entre eux. Mais elle a insisté pour adopter.
Cerise tombe des nues. D’abord elle rit, incrédule.
Ils confondent forcément avec quelqu’un d’autre.
Puis elle reçoit le choc retour, sous la forme d’un uppercut à l’estomac. Stupéfaite. Pétrifiée. Anéantie.
Glacée. »

« À midi plein, le même jour, Axel Venoge, tranquillement installé sur sa terrasse à Quiberon, s’effondre sur son Ouest-France. Infarctus massif.
La tempête balaie tout sur son passage, efface la joie du matin, crève les abcès, perfore le cœur de Cerise, répand sur sa vie d’ado insouciante la pire marée noire.
Elle n’entendra plus jamais la voix de son père.
Elle la gardera au creux de l’oreille le reste de son existence. Certains écoutent la mer dans un coquillage, elle entendra son père lui souhaiter bon voyage sur tous les quais de gare du monde. »

« La guerre dure maintenant depuis cinq longues années. J’ai un vélo bleu. Celui de Nadine est noir. Nous avons dix-sept ans. Je sais ce que je risque en acceptant de transporter des lettres pour la Résistance. Il n’y a qu’un seul chemin possible de Port-Maria vers Carnac. Mon amie et moi pédalons hardiment sur la route de la presqu’île pour livrer les médicaments de la pharmacie de son oncle. Les lettres ne sont ni sur moi, ni dans mes sacoches, ni parmi les comprimés ou les sirops, elles sont écrites sur du papier très fin roulé en boule et dissimulées sous la selle entre les ressorts. »

« Nous n’étions pas venus pour mourir mais pour vaincre. Un bel esprit des temps calmes a écrit: “Les jeunes gens savent qu’ils mourront un jour mais ils ne le croient pas.” Il ne nous connaissait pas. Nous le savions et ça ne nous faisait pas peur. »

« Nos enfants ignorent que nous avons eu leur âge, que nous avons été confrontés aux mêmes choix. »

÷÷÷÷÷÷÷

Lorraine Fouchet est écrivaine, scénariste et docteur en médecine, née le 22 octobre 1956 à Neuilly-sur-Seine.

Elle est la fille unique de Christian Fouchet (1911-1974), qui a rallié Londres le 17 juin 1940 et la France Libre le 19 juin 1940, ambassadeur, ancien ministre du général de Gaulle, et de Colette Fouchet, née Vautrin (1926-2018), membre de la Résistance intérieure française. Son grand-père maternel était le général Jean-Emile-Alexis Vautrin, organisateur de la Résistance dans le sud-est de la France, et sa grand-mère Antoinette Vautrin (née Salmon-Mercier) était membre du réseau Gallia. Les trois frères aînés de son père sont morts pour la France, comme le frère aîné et le père de sa mère. Son grand-père paternel Raymond Fouchet était Officier de Cavalerie.

Son arrière-arrière-grand-père maternel, Eugène Mercier (1838-1904), était le fondateur de la Maison de champagne Mercier.

Elle fait ses études primaires à Copenhague puis à l’Institut de La Tour, ses études secondaires au lycée La Folie Saint-James puis à Sainte-Marie de Neuilly.

Elle a été pendant quinze ans médecin d’urgence au SAMU de Paris, à Europ Assistance et à SOS Médecins Paris, et médecin des Théâtres de Paris, avant de se consacrer à l’écriture. Le dimanche 3 mars 1996, alors qu’elle a publié 3 romans, elle est de garde à SOS Médecins, et rédige le certificat de décès de Marguerite Duras.

Elle se partage entre les Yvelines et l’île de Groix dans le Morbihan.

Elle a reçu le prix Littré 1997, le prix Anna de Noailles de l’Académie française 1998, le prix des Maisons de la presse 2003, le prix Ouest 2016, le prix Bretagne – priz Breizh 2016, le prix des Lecteurs U 2017. Elle a été de 2018 à juin 2021 présidente de la Commission LIR au Centre National du Livre. Elle est la marraine de l’Association Livres en Loire et a été de 2020 à 2022 présidente du jury du prix Honoré de Balzac. Elle a été en 2023 présidente du jury du prix Jean Anglade.

Adolescence, Émotion, Drame, Psychologie

Là où sombrent les secrets

de Céline Bréant
Broché – 3 juillet 2025
Éditeur : Taurnada éditions

Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?
Juin 2007. Trois jeunes amies bravent les interdits lors d’une classe verte en montagne. Une escapade nocturne près de la tristement célèbre « rivière maudite » vire au cauchemar : Maëlle disparaît sans laisser de trace.
Quinze ans plus tard, alors que Clémence tente toujours de vivre avec ce drame, Mila, d’une nature plus fragile, décide de chercher des réponses.
Mais déterrer le passé pourrait bien réveiller des secrets qu’il aurait mieux valu garder enfouis…

Mensonges, trahisons et culpabilité explosent dans ce thriller haletant qui explore les zones d’ombre de l’âme humaine.

Je viens de refermer Là où sombrent les secrets, je suis encore sous le choc après la lecture intense et bouleversante de ce roman, qui m’a tenu en haleine du début à la toute fin.

Tout commence en juin 2007. Trois adolescentes Maëlle, Mila et Clémence, lors d’un séjour à la montagne décident d’une escapade nocturne près d’une rivière que l’on dit “maudite”. Cette “sortie” très vite vire au cauchemar. Maëlle disparaît et ne rentrera jamais au chalet.
Quinze ans jour pour jour après la disparition… les blessures ne sont toujours pas refermées.
Clémence, est rongée par la culpabilité, et préfère taire ses souvenirs, Mila, elle, veut absolument comprendre, quitte à réveiller les fantômes.
Qu’est-il arrivé à Maëlle, la petite fille disparue ?
Le cauchemar commencé il y a 15 ans ouvre aujourd’hui de nouvelles portes…

J’ai été happé par cette histoire qui n’est pas seulement une enquête sur une disparition, c’est aussi un voyage au fin fond des méandres de l’âme, là où se mêlent culpabilité, amitié, secrets enfouis et résilience. Les retours dans le passé sont habilement menés, les révélations inattendues. Plus j’avançais, plus l’horreur montait, insidieuse, glaçante jusqu’au final de cette histoire qui va encore plus loin et pris complètement à contre pied, là où je pensais avoir trouvé ce qui était arrivé à Maëlle.

Les personnages aussi et surtout m’ont profondément touché. Ils sont déroutants, imparfaits, tous à la recherche de quelque chose, mais chacun d’entre eux reste fort à sa manière, malgré tout. J’ai aimé la complexité de leurs réactions, leurs cheminements chaotiques et tellement humain.

Je découvre Céline Bréant avec ce roman, elle a ce talent rare de nous faire ressentir les émotions à fleur de peau, grâce à une plume fluide, juste, et très percutante. Son roman est une claque. Il m’a interrogé sur ce que l’on choisit d’oublier pour arriver à survivre et sur les cicatrices que le temps n’effacera jamais.
Une lecture qui forcément laisse des traces. Une réussite.

Merci à toi, Joël Maïssa, et toutes mes félicitations pour ce nouveau choix qui vient magnifiquement enrichir ta galerie déjà remarquable d’auteurs et d’autrices, des voix singulières qui, à chaque lecture, ne cessent de m’éblouir.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« L’eau froide écrase sa cage thoracique et comprime ses poumons. La forte poigne du courant l’emporte en son sein et donne à son corps l’aspect d’une marionnette désarticulée. Son instinct de survie la pousse à se débattre, à lutter contre ce monstre assoiffé de remords, mais une force presque surnaturelle l’arrache à la surface, lui rappelant ses cauchemars d’enfant où des mains de géant multicolores l’entraînaient au fond d’un gouffre noir.
Elle crache et suffoque à la manière d’un animal moribond. Ses articulations, devenues molles comme du papier mâché, s’écorchent contre les rochers tranchants, laissant s’échapper des filets de sang dans ce flot infernal.
Exténuée et résignée, elle relâche ses muscles et accueille la mort comme une délivrance.
Comme un châtiment. »

« De nos jours
J’ouvre les yeux, le cœur battant. Je ne me suis plus jamais baladée en forêt de nuit. Comment ai-je pu forcer deux gamines à faire le mur pour assouvir ma soif d’adrénaline ? J’ai beau me convaincre d’être passée à autre chose, je le sens… Une partie de moi est restée bloquée là-haut, paralysée. Plus j’avance dans le temps, plus le fil qui me relie à mon passé s’allonge. Or, plus il s’allonge, et plus il se fragilise. »

« Au moment où je franchis le panneau du village, mon cœur bat à toute vitesse comme si les portes d’un avion s’ouvraient face au vide et que je devais sauter sans parachute. Tout mon corps le sait et se souvient : ici, le fantôme de Maëlle ne cesse d’errer en attendant de trouver la paix.

Je me gare sur un parking en gravier cerclé de buissons en fleurs. Un chat étendu de tout son long prend un bain de soleil en se léchant le col. En voyant ma voiture, il bondit, les yeux ronds comme des billes, et va se planquer sous un autre véhicule. Quand j’ouvre la portière, le calme est saisissant et l’air moins étouffant qu’en bas, en ville. J’entends seulement le bourdonnement des abeilles et le chant des oiseaux. Autour de moi, une barrière de montagnes semble me tenir prisonnière. J’inspire profondément, passe mon sac en bandoulière et chemine le long de la route. »

« Depuis deux semaines, je vivote dans une autre dimension. Si les événements ont défilé à la vitesse des étoiles filantes, j’ai l’impression que le temps, désormais, s’est arrêté. Mon corps s’est relâché, mais mon cerveau, lui, fourmille de questions corrosives. Je les imagine fuser à l’intérieur de mon crâne, se télescoper, exploser et se désintégrer en des milliers de cendres brûlantes.
Il reste tant de points obscurs. »

« Je m’appelle Céline Bréant, j’ai 32 ans.
Je vis à Bordeaux et je suis d’origine savoyarde.
Si je m’interroge beaucoup sur ma vie, je n’ai toujours eu qu’une certitude et qu’un véritable objectif. Je voulais devenir romancière.
Petite déjà, j’écrivais de petites histoires, et c’est vers 14 ans, que j’ai entrepris le projet d’écrire un roman, et j’ai poursuivi sur cette voie.
Je rêvais de trouver un éditeur, mais alors que la trentaine approchait à grand pas, j’ai décidé de me lancer, malgré tout, et j’ai franchi le cap de l’auto-édition, en publiant
Les Clandestines, un roman qui me ressemblait et mélangeait les genres.
Et puis… J’ai préféré me recentrer, et revenir sur mon genre de prédilection : le thriller. Je suis passionnée par les faits divers, le cerveau humain, les livres à suspens, noirs, pleins de rebondissements qui entraînent le lecteur dans un tourbillon de questions, le manipulent, le piègent et lui offrent un final explosif.
Et j’aime explorer le mal qui habite les individus, le point de bascule entre l’ordinaire et la folie, les traumatismes, les secrets, les mensonges, la mémoire. L’humain est terrifiant et fascinant à la fois : il donne matière à réflexion. Et à écrire…
»

D’origine savoyarde, Céline Bréant vit actuellement à Bordeaux. À 31 ans, après plusieurs années en tant que graphiste et maquettiste, elle décide de marquer une pause dans sa vie professionnelle pour explorer de nouvelles perspectives. Cette transition lui permet de se consacrer pleinement à une passion de toujours : l’écriture. Son genre de prédilection est le thriller. Là où sombrent les secrets est son deuxième roman.

Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Frisson horreur

La Dernière Allumette

de Marie Vareille
Poche – 2 avril 2025
Éditeur : Le Livre de Poche

Depuis plus de vingt ans, Abigaëlle vit recluse dans un couvent en Bourgogne. Sa vie d’avant ? Elle l’a en grande partie oubliée. Elle est même incapable de se rappeler l’événement qui a fait basculer sa destinée et l’a poussée à se retirer du monde. De loin, elle observe la vie parisienne de Gabriel, son grand frère, dont la brillante carrière d’artiste et l’imaginaire rempli de poésie sont encensés par la critique. Mais le jour où il rencontre la lumineuse Zoé et tombe sous son charme, Abigaëlle ne peut s’empêcher de trembler, car elle seule connaît vraiment son frère…

Alternant passé et présent, confessions et silences, jouant avec le temps, l’espace et la capacité de son lecteur à ressentir la tragédie en ne lui en donnant que progressivement les clés, Marie Vareille fait montrer la tension et réunit dans ce roman une foule de solitudes, dénonçant les violences familiales et l’enfance dézinguée autant qu’elle nous en console.
Marine de Tilly, Le Point.

Il y a des romans que je lis, et d’autres qui me traverse. La Dernière Allumette, de Marie Vareille, fait partie de ceux-là. Dès les premières pages, j’ai senti quelque chose de familier, une émotion sourde qui montait sans prévenir. Ce n’était pas seulement l’histoire d’une jeune fille brisée : c’était un écho, presque une mise en miroir de certaines blessures que je porte encore aujourd’hui en silence. À chaque chapitre, j’ai eu la sensation troublante de me retrouver entre les lignes.

La plume de Marie Vareille est d’une justesse désarmante. Elle écrit la douleur comme on murmure à l’oreille de quelqu’un qui a connu la nuit. J’ai pleuré, bien sûr. Mais j’ai surtout été bouleversée par la délicatesse avec laquelle elle parle d’absences, de silences, d’oublis, de ces liens qui nous façonnent même quand ils sont blessés. L’allumette, cette dernière flamme à protéger coûte que coûte, est devenue pour moi un symbole intime. Une façon de dire que, malgré tout, il y aura toujours un peu de lumière.

Marie, ce roman magnifique m’a remué profondément, parce qu’il a touché quelque chose de vrai, que je croyais enfoui au plus profond de moi. Je ne suis pas près de l’oublier. Les histoires les plus douloureuses sont aussi celles qui me guérissent, pour cela, je te remercie…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Le Dr Hassan, la psychiatre que je fréquentais autrefois sur demande de l’administration scolaire, a toujours expliqué que «ce n’est pas une solution de déformer les vérités qui ne nous conviennent pas». Avec le recul, peut-être avait-elle raison. Le problème des mensonges, c’est qu’ils finissent toujours par avoir des conséquences. »

« Mon frère vivait chaque instant avec la conscience insupportable que le pire arrivait sans préavis, au moment où on s’y attendait le moins. À l’âge adulte, il avait appris à contrôler en partie ses angoisses, évidemment. Il prenait des médicaments, il appelait sa psy, il faisait du sport à outrance, courait des marathons et défonçait des sacs de frappe dans des clubs de boxe pour évacuer un trop-plein de rage qui se reconstituait sans cesse. Mais surtout, il dessinait. Il déversait à grands coups de crayon sur du papier Canson la nuit qui l’habitait. Il noircissait les feuilles pour éclairer son âme. Quand il écoutait les gens s’émerveiller de sa créativité, des mondes fantasmagoriques qu’il faisait naître sous ses doigts, il était toujours surpris. Parfois, il était tenté de leur expliquer qu’il n’inventait rien. Simplement, il vivait là, dans le cœur froid et humide de la forêt sans fin de ses angoisses. Seul. Toujours. »

« Gabriel ne supporte pas d’endurer ces troubles intérieurs. Soit il les dessine et il arrive à les faire sortir ; soit il court des kilomètres en espérant distancer ses angoisses ; soit il les étouffe et se laisse infecter de l’intérieur. »

« Je ne suis pas sûre d’être en capacité de reconstituer cette histoire jusqu’au bout. Mon quotidien est désormais un emmental, perforé d’inexplicables trous de mémoire. Ces problèmes cognitifs empirent de jour en jour, mais je sais qu’ils datent de l’enterrement. »

« C’est étrange. Parfois, j’ai l’impression que mon cerveau efface ce qui s’est passé. Je ne sais plus si j’ai exagéré, si les choses sont vraiment arrivées ou alors dans quel ordre…
Je lui explique que cette confusion mentale est caractéristique du stress post-traumatique, que son cerveau refuse d’admettre la situation, parce qu’elle est trop difficile à encaisser, alors il l’ettace partiellement, voire réécrit l’histoire de manière à ce que ce souvenir soit supportable. »

Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Elle est l’autrice de plusieurs best-sellers totalisant près d’un million de ventes dans le monde. Son roman Désenchantées, paru en 2022 aux éditions Charleston et en 2023 au Livre de Poche, a remporté le Prix des lecteurs Système U, ainsi que le Prix des lecteurs de la librairie Lamartine. La Vie rêvée des chaussettes orphelines a reçu le Prix Charleston poche 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021. Ses livres sont traduits dans plus de dix pays.

Elle est également l’autrice, aux éditions Charleston, de Je peux très bien me passer de toi (Prix Confidentielles), Ainsi gèlent les bulles de savon et Désenchantées.

Elle a reçu de nombreux Prix en littérature jeunesse pour sa trilogie « Elia la Passeuse d’âmes » et son roman Young Adult « Le syndrome du spaghetti » a été récompensé du Prix Babelio en 2021 et figure dans la sélection du Prix des Incorruptibles 2022-2023, organisé tous les ans en partenariat avec le Ministère de la culture et l’Éducation Nationale.