Drame, Polar, Suspense, Thriller

Memory

Arnaud Delalande
Poche – 10 février 2022
Éditeur : Pocket

Un meurtre. Huit témoins. Pas un ne se souvient de ce qui s’est passé.

Au cœur de Harmonia, une clinique spécialisée perdue dans la montagne, un patient est retrouvé pendu en présence de huit autres malades. Un suicide qui a tout l’air d’un meurtre déguisé. Un homme mort. Huit témoins. Un huis clos. La combinaison parfaite pour une enquête vite résolue… C’est compter sans l’amnésie bien particulière que présentent les résidents : leurs souvenirs s’effacent au bout de six minutes. Ils ont été témoins, mais ne se souviennent pas.
Jeanne Ricœur, jeune inspectrice de police, hérite de cette affaire impossible. Elle découvre une communauté à part, celle d’étranges victimes de la vie à la mémoire brisée, au quotidien fait de Post-it et de mémos. Et tandis qu’elle essaie désespérément de reconstituer le puzzle du drame, ses propres démons refont surface…

J’ai découvert Arnaud Delalande en 2002 avec son premier roman, Notre-Dame sous la terre, publié alors qu’il n’avait que 26 ans. J’avais immédiatement été séduit par son talent de conteur, et depuis, je n’ai cessé de suivre tous ses romans avec plaisir.
Avec Memory, je retrouve une nouvelle fois cette capacité qu’il a à m’embarquer dans des univers aussi singuliers que captivants. Pourtant, ce roman est très différent de ses précédents, mais je n’ai pas été déçu, bien au contraire. J’ai découvert une histoire profondément humaine, portée par des personnages auxquels je me suis rapidement attaché.

Parmi eux, Jeanne Ricœur, inspectrice à Annecy, m’a particulièrement touché. Elle vient de perdre son père adoptif, policier lui aussi, après avoir déjà vécu le décès de sa mère quelques années auparavant. Ce nouveau deuil fait ressurgir les blessures et les traumatismes liés à son adoption.
Pour l’aider à reprendre pied, son supérieur et ami de son père lui confie une affaire qui semble, au départ, relativement simple. Mais Jeanne va rapidement comprendre qu’elle est loin d’être aussi évidente qu’elle en a l’air.
L’enquête nous conduit à Harmonia, un centre médical isolé dans les montagnes, où huit personnes ont été témoins d’un meurtre.
Le problème ? Tous souffrent d’amnésie antérograde et ne peuvent conserver de nouveaux souvenirs que quelques minutes.
Ils ont donc tout vu… mais sont incapables de s’en souvenir.

J’ai trouvé cette situation fascinante et particulièrement originale.
Ces patients doivent constamment s’appuyer sur des post-it, des notes et leur téléphone pour tenter de reconstruire leur quotidien. Jeanne se retrouve alors face à un véritable puzzle, dans lequel chaque indice peut disparaître de la mémoire de celui qui le détient.

J’ai beaucoup aimé cette ambiance de huis clos, entre mystère, tension et quelques situations parfois cocasses. L’intrigue nous entraîne progressivement vers les laboratoires, les secrets médicaux et les lanceurs d’alerte, donnant au récit une dimension presque réaliste qui m’a beaucoup plu. Je me suis laissé happer par cette enquête particulièrement bien construite, tout en appréciant le caractère de Jeanne, véritable écorchée vive au tempérament bien affirmé. Arnaud distille les informations avec intelligence et entretient suffisamment le mystère pour que je cherche constamment à comprendre.
Et lorsque le dénouement est arrivé, je dois reconnaître que je ne l’avais absolument pas vu venir. Une conclusion surprenante, cohérente et parfaitement maîtrisée.

Avec son écriture fluide et addictive, Memory m’a offert un très bon moment de lecture.
Encore une fois, Arnaud a réussi à me faire voyager ailleurs, et pour cela, je lui dis simplement : merci !
Si vous aimez les thrillers aux personnages forts et les ambiances angoissantes qui mettent du temps s’installer, « Memory » est fait pour vous !

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Extraits :

« La berline avait pilé, elle aussi, à quelques mètres de l’accident. Le conducteur en sortit et se dirigea vers le corps inanimé. Sifflant entre ses dents, il plongea la main dans sa poche pour y rencontrer la crosse d’un revolver équipé d’un silencieux. Mais déjà les badauds accouraient ; on appelait une ambulance.
Trop de monde ! Il eut un instant d’hésitation… Puis il regarda la scène en jurant, se mordit les lèvres et fit demi-tour. Il retourna dans son véhicule et en claqua la portière. L’un des passants était penché sur l’accidenté.
« Il est vivant ! Ne bougez pas, monsieur ! Les secours sont en route ! »

« Le ciel était lourd et uniforme au-dessus du cimetière des iles, le plus récent d’Annecy. Non loin du crématorium, une pleureuse de bronze se lamentait à l’orée rectiligne des stèles et des croix. La voix du prêtre, vaguement éraillée, semblait se perdre dans la brise glacée qui agitait doucement son étole et les cheveux des convives, visages mordus par les assauts du givre. Le tableau était fidèle à ce qu’il était censé être : funéraire, froid comme la mort, teinté d’une austérité pour ainsi dire flamande. Parmi l’assistance, devant les couronnes et les bouquets de chrysanthèmes, se trouvaient de nombreux policiers en uniforme. Au milieu d’eux : une jeune femme, en veste, pull et pantalon noirs. Blonde à la chevelure coupée court, les yeux bleu sombre, le visage pâle malgré des joues rosies par le gel, les lèvres fines, elle devait avoir un peu plus de trente ans. Ses traits étaient harmonieux, quoique durs et tirés par le chagrin. Elle contemplait ce cercueil sombre aux reflets d’opale que l’on descendait lentement en terre.
Sa silhouette était empreinte d’une sorte de grâce féline, contrariée par son allure de garçon manqué. Ravalant ses larmes, Jeanne leva le visage, cherchant à contrôler ses émotions. »

« Elle caressa d’un doigt le sous-main de cuir craquelé où, quand son père était encore lucide, il avait l’habitude de travailler ses dossiers, tard le soir, pour « régler ses Problèmes Administratifs », comme il disait. Au-dessous, un tiroir avec une clé. Ce tiroir aux allures de cache secrète avait longtemps fasciné Jeanne quand elle était petite. Elle se revoyait, effleurant la froideur de la clé dorée sans oser profaner le sanctuaire. Son visage fut soudain attrapé par un grand miroir qui trônait sur le mur en face d’elle. Il lui renvoya son image déboussolée. »

« Jeanne pénétra dans un hall blanc, avec peintures abstraites et plantes vertes, une tête de cerf incongrue au mur – pour « faire chalet », sans doute – et un ours polaire empaillé. Elle fut accueillie par deux flics de sa juridiction, qui la saluèrent d’un signe de tête, et une femme rousse de quarante-cinq ans, aux faux airs d’Isabelle Huppert, apparemment très affectée. Sèche, un peu martiale, les joues creuses, le front barré de rides prématurées, elle paraissait vouloir rester maîtresse d’elle-même. Control freak, pensa Jeanne instantanément. Un iceberg qui cache le feu ? Elle lui tendit sa main froide.
« Lieutenant Jeanne Ricœur.
— Bonjour. Nathalie Hauteville. Je suis la directrice », dit-elle, lèvres pincées. »

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Arnaud Delalande, né en 1971 à Herblay-sur-Seine, est un écrivain et scénariste de bande dessinée et de cinéma français. Après des études à Pontoise, une hypokhâgne et une khâgne aux lycées Chaptal et Victor Duruy (Paris), puis une licence d’histoire, Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1994. Repéré par l’éditrice Françoise Verny, il publie son premier roman en 1998 à 26 ans, Notre-Dame sous la Terre (éditions Grasset). Le roman va se vendre à environ 10 000 exemplaires et être traduit en plusieurs langues.

En mars 2011, il publie Le Jardin des larmes, récit contemporain relatant la destinée entrecroisée de deux humanitaires en quête de sens et confrontés au chaos : l’un se voit plongée dans les premiers jours du génocide rwandais, tandis que l’autre fait face aux conséquences du tsunami de 2004 sur les côtes du Sri Lanka. Le Piège de Lovecraft, en 2014, thriller inspiré de l’œuvre de H. P. Lovecraft où l’on suit la lente plongée d’un étudiant au cœur de la folie, reçoit le Prix Masterton du roman fantastique francophone 2015.

Mais c’est surtout la saga Viravolta, l’Orchidée Noire, publiée entre-temps, qui lui permet de se consacrer pleinement à l’écriture. Avec Le Piège de Dante (Grasset, 2006), commence en effet une série historique qui rencontre un réél succès, notamment à l’étranger. Dans le premier opus, Pietro Viravolta, dit l’Orchidée Noire, agent secret dans la Venise du XVIIIe siècle, enquête sur un tueur en série dont les meurtres s’inspirent des différents Cercles de L’Enfer de Dante. Dans Les Fables de sang en 2009, l’Orchidée Noire traque à Versailles un assassin qui signe ses meurtres de Fables de La Fontaine. Avec Notre espion en Amérique (2013), Viravolta part en compagnie de La Fayette conduire la guerre d’Indépendance américaine aux côtés de George Washington, avant de traverser la Révolution française dans les deux tomes Révolution 1 : Le Cœur du Roi et Révolution 2 : Le Sang du Roi, en 2017.

Parallèlement à son travail de romancier, de scénariste et scénariste de bandes dessinées, Arnaud Delalande participe au milieu des années 1990 au développement d’une école de cinéma pour les professionnels du film, le CEFPF, où il est professeur en scénario (ateliers d’écriture, cours en dramaturgie), directeur adjoint, puis consultant. Il continue son activité d’enseignement en scénario, dramaturgie ou « storytelling » en 2017 à l’école « Les Mots », fondée par Philosophie Magazine, rue Dante à Paris.

Membre de la SADN (Société des auteurs de Normandie), fondée par André Castelot et Michel de Decker, et juré pour le prix Spiritualités d’aujourd’hui remis chaque année par le Centre Méditerranéen de Littérature, il est depuis 2009 parrain et membre du conseil d’administration de l’ONG Bibliothèques Sans Frontières (BSF), dont la mission est le soutien au développement durable par la diffusion du livre, l’émergence de projets et de structures culturelles locales dans les pays en développement (Haïti, Cameroun, Niger, Rwanda, République démocratique du Congo).

Notre-Dame sous la terre (1998)
L’Église de Satan (2002)
La musique des morts (2003)
Le piège de Dante (2006)
La lance de la destinée (2007)
Les fables de sang (2009
Notre espion en Amérique (2013)
Révolution, 1 : Le cœur du roi (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/07/revolution-1-le-coeur-du-roi/
Révolution, 2 : Le sang du roi (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/13/revolution-2-le-sang-du-roi/
Le testament du chevalier (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/23/le-testament-du-chevalier/

Émotion, Drame, Thriller psychologique

Entretien avec le Chaos

de David Belo
Broché – 13 août 2026
Éditeur : Éditions Taurnada

Et si l’univers de « Dexter » rencontrait celui de « Desperate Housewives » !

Bienvenue à Hossegor, dans un charmant petit quartier du bord de mer. Entre plages de sable fin, villas somptueuses et pins des Landes majestueux, ses habitants y vivent dans la bienveillance et la tranquillité.
L’arrivée inopinée d’une famille énigmatique va bousculer leurs habitudes. Amanda, Carole, Sylvie et Arlette vont apprendre à leurs dépens qu’il n’est pas toujours bon de fouiner dans la vie de ses voisins. Surtout lorsque ceux-ci font profil bas et tentent de passer inaperçus.
Chacun a ses secrets…

Sous le soleil et la chaleur du Sud-Ouest, guette une tempête au doux parfum de chaos…

J’ai découvert l’écriture de David Belo en 2024 avec “Mon ami Charly”, puis avec Le monde part en vrille et Papillon de nuit.
À chaque fois, je retrouve chez lui cette voix singulière, dérangeante et magnétique, qui ne ressemble à aucune autre dans ce registre.
Alors, lorsque les éditions Taurnada m’ont proposé Entretien avec le Chaos, je n’ai pas hésité une seconde.
Et j’ai bien fait !
Une fois encore, la plume de l’auteur m’a embarqué dans un quotidien en apparence parfaitement tranquille, avant d’y installer progressivement une tension psychologique qui ne m’a plus lâché.

À Hossegor, dans un quartier résidentiel entouré de pins et pas loin du bord de mer, tout semble paisible. Pourtant, l’arrivée de nouveaux voisins va rapidement perturber cet équilibre.
Face à ce mystérieux couple et à leur jeune garçon, les quatre femmes du quartier, Amanda, Carole, Sylvie et Arlette, observent, s’interrogent et interprètent. Ce « clan des divorcées » apporte une véritable dynamique au récit, chacune ayant sa personnalité, ses blessures, ses secrets et sa manière de regarder les autres. Je me suis bien sûr particulièrement attaché à Amanda, sensible, attentive et ce “côté” magique qui lui va si bien. Il faudra lire le livre pour comprendre… mais j’ai également apprécié Carole, plus impulsive, ainsi que Sylvie et Arlette, qui complètent avec beaucoup de justesse ce quatuor de femmes aussi crédibles et “fantaisistes”, qu’imparfaites.

J’ai aimé la façon dont l’auteur prend son temps. Ici, pas de précipitation. J’observe, je doute, je soupçonne et je cherche à comprendre. Les indices arrivent au compte-gouttes, les fausses pistes se multiplient et le malaise s’installe presque imperceptiblement. David joue avec les regards, les silences, les suppositions et cette curiosité parfois malsaine que l’on peut avoir pour la vie des autres. Plus j’avançais, plus une question revenait dans mon esprit. Qu’est-ce qui se cache réellement derrière cette apparente tranquillité ? Et surtout, quand tout va-t-il basculer ?

Il m’aura fallu atteindre la dernière partie pour que le chaos annoncé par le titre fasse véritablement irruption. Et quel chaos !

J’ai refermé ce thriller psychologique avec cette délicieuse sensation d’avoir été manipulé et surpris jusqu’aux dernières pages. David possède décidément un talent particulier pour faire naître l’inquiétude là où je pensais être en sécurité.
Entretien avec le Chaos est une lecture fluide, intelligente, addictive et profondément déstabilisante.

Merci aux éditions Taurnada pour ce voyage qui sera, je n’en doute pas, un vrai régal pour tous les amateurs du genre.

Et David… si Morgane n’a pas pu terminer sa lecture, je peux lui prêter Mon ami Charly. Il est encore en très bon état ! 😉

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Extraits :

« Je veux une glace ! Glace ! Glace ! »
Capricieux, le petit garçon est en boucle à la manière d’un disque rayé. Il tape du pied, serre les poings et défie ses parents de lui refuser l’objet de sa convoitise.
Si ceux-ci n’abdiquent pas, il compte bien hurler, pleurer et se rouler dans le sable pour exprimer toute sa colère.
Son père, allongé sous le parasol, préfère laisser son épouse gérer la crise digne d’un incident diplomatique. Car, en cette belle journée du voyage organisé par le CE d’entreprise de sa femme, ils sont venus profiter de la plage sans un sou en poche.
Grossière erreur.
Il interviendra peut-être, si les choses dérapent ou si leurs voisins de serviettes commencent à murmurer et à les juger. En attendant, il dort. Du moins, il donne le change. Son épouse va forcément prendre les rênes. »

« Mon cœur frappe dans ma poitrine avec le punch d’un boxeur. Ma nuque et mon dos se trempent de sueurs. Ma respiration est haletante, mes poumons s’éreintent. Joues cramoisies et cheveux au vent, je n’ai plus le choix, je dois courir plus vite, plus loin, plus fort. Repousser mes limites pour sauver ma peau.
Car le sport est ma planche de salut, l’unique manière de couper le sifflet à mon cerveau, vider mon esprit, ne plus réfléchir et préserver ma santé mentale. C’est vital et viscéral.
Alors, chaque matin, je cours sur le sable humide. »

« Morgane souffre de déficience auditive depuis sa naissance. Ces nouveaux appareils de dernière génération lui ont facilité la vie d’une manière remarquable.
Même si ce n’est pas parfait, qu’il lui faut se concentrer pour distinguer au mieux les différents sons, ils lui permettent de communiquer davantage et d’améliorer son élocution. Sauf lorsqu’elle panique ou qu’elle est stressée, alors le naturel revient au galop et le langage des signes pallie ses défauts de prononciation. »

« En grimpant dans le bus, Morgane salue le chauffeur et se fige. Il est là ! Seul dans le fond, à demi masqué sous sa capuche et la tête contre la vitre. Habituelle-ment, elle s’installe à l’avant, au plus près de la porte.
Mais, aujourd’hui, elle hésite. Peut-elle s’asseoir à ses côtés et engager la conversation? En est-elle seulement capable ?
Elle remonte l’allée, ses lèvres sont pincées entre ses dents et ses mains agrippent chaque siège. Mille questions se bousculent dans son esprit. Il lui semblait bien plus facile de lui parler en classe, entourée des autres élèves et du professeur. Mais ici, l’intimité des places rapprochées lui tord l’estomac. Pourtant, il le faudra bien. Ils ont un devoir à faire ensemble.
Cinq mètres, déglutition de plus en plus difficile.
Trois mètres, picotement dans les jambes.
Un mètre… Zach bouge, se redresse et la regarde. »

David Belo est un peintre et décorateur en bâtiments depuis 1997… il est aujourd’hui artisan Spécialiste en décoration, entreprise BeloDeco (ancienne technique décorative : patine, imitation bois, imitation marbre, fresques etc…. )

Il a commencé la peinture sur tableau en janvier 2017. La passion du métier ainsi que ses connaissances lui permettent une bonne évolution dans le domaine de l’art. Peinture et photographie sont naturellement devenues sa façon de penser… vivre… Ses toiles sont réalisées avec des peintures de bâtiment, il joue avec les matières et les transparences de glacis à l’ancienne. (huile de lin – térébentine – pigments en poudre)

Il vit et travaille à Mogneville (France).

Passionné de films d’horreur, thrillers et adepte des livres audio, c’est à son tour d’inviter les lecteurs à frissonner au rythme de ses mots.

Auto-édition du recueil photographique des tableaux d’auteurs Portraits & mots d’écrivains (2020).

Représentation du tableau “Il était deux fois” de Franck THILLIEZ (2021), publié dans la version poche.

Mourir gentiment (2021), novella au format switch, Publié par Hugo Publishing sur Nextory.

OPATOMA, le fleuve aux mille morts (2023), aux éditions LBS, diffusion Dilisco, groupe Albin Michel. Parrainé et Bandeau sur couverture par Claire Favan, auteure.

Le monde part en vrille (2023), Nouvelle au format numérique aux éditions Taurnada.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/17/le-monde-part-en-vrille/

MON AMI CHARLY (2024), édition Taurnada.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/15/mon-ami-charly/

Papillon de nuit (2025), édition Taurnada.
https://leressentidejeanpaul.com/2025/05/15/papillon-de-nuit/

Émotion, Psychologie, Sciences, Suspense, Thriller

Les éveillés

de Nathalie Hug et Jérôme Camut
Poche – 10 mars 2010
Éditeur : Le Livre de Poche

Infirmière dans un centre pour polytraumatisés, Élise souffre depuis des mois d’insomnie. Dans le service, les gens racontent qu’elle a le don de réveiller les comateux. Cela semble impossible… et pourtant. Élise a ranimé Stanislas Opalikha. Lorsqu’elle est enlevée par ce redoutable assassin, c’est un inconnu guidé par d’effrayantes visions qui va retrouver leurs traces. Un terrible compte à rebours commence alors, suscitant des questions aussi redoutées que fascinantes. Qui sont les éveillés, ces femmes et ces hommes dont les origines semblent remonter à la nuit des temps ?
Un conte initiatique, entre rêve et réalité…

Encore un roman qui dormait depuis trop longtemps dans ma PAL…
Avec plus de 400 livres qui attendent d’être lus, le choix devient parfois un véritable casse-tête. Alors, de temps en temps, je laisse simplement mon intuition décider. Et avant-hier, ce sont Les Éveillés, de Jérôme Camut et Nathalie Hug, qui ont fait davantage de bruit que tous les autres.
Hasard ou coïncidence ? Je ne crois pas. Car cette lecture a fortement résonné en moi.

Dès les premières pages, j’ai été plongé dans l’univers des personnes plongées dans le coma, aux côtés d’Élise, une jeune infirmière entièrement dévouée à ses patients. Elle possède un don étonnant. Elle parvient à ramener certains d’entre eux vers le monde des vivants. Mais ce pouvoir a un prix, et Élise est épuisée, presque au bord de la rupture.
Parmi ceux qu’elle a réveillés se trouve Stanislas Opalikha, un homme aussi charismatique qu’inquiétant, connu sous le surnom de « l’Embaumeur ». Tueur en série, il développe rapidement une obsession pour Élise, qu’il considère comme une apparition presque angélique.
Puis Élise disparaît…

À partir de cet instant, je me suis retrouvé embarqué dans une enquête aux multiples ramifications. Salah, qui affirme avoir aperçu Élise dans cet étrange état entre le coma et l’éveil, cherche à la retrouver. Pierre, lui, découvre que sa mère malade lui a caché un lourd secret concernant ses origines. Lui aussi souffre d’insomnies et commence à avoir des visions qui vont l’entraîner sur une piste inattendue.

J’ai découvert une intrigue incroyablement ambitieuse, qui mélange thriller psychologique, thriller scientifique, fantastique, ésotérisme, histoire et recherches archéologiques. Les auteurs prennent le risque de croiser des univers qui pourraient sembler incompatibles et, pourtant, l’ensemble fonctionne remarquablement bien. J’ai particulièrement apprécié cette dimension scientifique, même si elle demande parfois de s’accrocher pour suivre les différentes informations et les nombreux protagonistes. Personnellement, j’ai adoré cette richesse qui donne au récit une véritable profondeur.
Au fil des pages, les secrets se dévoilent, les mystères s’accumulent et les rebondissements m’ont entraîné toujours plus loin. J’ai découvert des maladies génétiques rares, des neurologues, des médiums, des grottes remplies de squelettes médiévaux, des médaillons mystérieux et des éléments historiques qui viennent encore épaissir le mystère.
Mais derrière toute cette noirceur, j’ai surtout retrouvé une profonde humanité. Celle qui cherche à comprendre, à soigner, à guérir et parfois simplement à libérer l’autre de sa souffrance.

La plume des deux auteurs est fluide, les chapitres courts donnent un rythme efficace et les différents univers s’entremêlent progressivement.
“Les Éveillés” est pour moi un thriller hors normes, aussi mystique que scientifique, aussi sombre qu’humain, qui m’a constamment surpris.
Alors oui, il faut parfois s’accrocher. Mais quelle aventure !
Et finalement, je comprends pourquoi ce livre avait crié plus fort que les autres dans ma bibliothèque.
Il fallait simplement que je l’écoute.

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Extraits :

« Comment comprendre cet état intermédiaire entre l’être et le non-être ?
Comment se figurer l’existence sans la conscience ?
Un homme vivait cette impossibilité depuis près d’un an.
Allongé sur un lit étroit, nourri par voie parentérale, branché à un respirateur, changé, lavé, rasé par un personnel attentif, il ne donnait aucun signe d’amélioration. Sans mieux aller, l’état végétatif dans lequel il errait risquait de durer. Indéfiniment.
Et pourtant, sa conscience devait bien subsister.
Certes, elle pouvait se perdre, mais pas disparaître.
Elle était là, tapie quelque part, coincée semblait-il parmi des dizaines de milliards de connexions neuronales. Dans l’impossibilité de se manifester.
Un corps allongé des mois durant, singeant le sommeil ou la mort, sempiternelle pantomime du vivant endormi, inutile à lui-même et aux autres.
Inutile… »

« — Vous avez accompli un excellent travail, Élise. Vous savez bien que personne ne peut affirmer aujourd’hui si elle se réveillera, ni dans quel état.
— C’est trop dur, laissa échapper la jeune femme en s’approchant du médecin assis sur un coin de table. Je ne sais pas si je pourrai supporter cela encore long-temps. Je suis fatiguée.
Le professeur Jacques Mariani lui lança un sourire attendri.
— Prenez un peu de repos, vous avez veillé cette femme pendant des jours. À ce rythme, vous allez vous écrouler. Et l’unité ne saurait se passer de vos services. Élise se laissa tomber sur une chaise. Elle posa la tête entre ses mains et laissa errer son regard sur les inscriptions qui barraient le tableau.
— Salah, Robert, Bénédicte et Jean-Paul. Sans parler du petit Vincent… Tous là, entre la vie et la mort… plus près de la mort que de la vie. »

« Salah ouvrit les yeux.
Et elle comprit qu’elle venait de faire un premier acte volontaire. Sa vision encore trouble lui donna un aperçu déformé de sa chambre. Elle semblait vaste, les murs clairs. La fenêtre se trouvait certainement sur sa gauche. De là provenait une lueur plus vive.
Salah cligna plusieurs fois des paupières.
La fréquence sonore du moniteur cardiaque accélérait. »

« Quand trois heures sonnèrent à la pendule franc-comtoise, Pierre crut son tourment sur le point de s’achever. Il sentit ses paupières se charger de plomb et bâilla sans discontinuer. Il s’avança lentement jusqu’au premier fauteuil de peur de chasser le sommeil par un mouvement subit et se roula comme il put, calant ses longues jambes sur l’accoudoir mate-lassé. Puis il ferma les yeux et attendit. »

Née en 1970 à Nancy, Nathalie Hug a publié depuis 2006 quinze thrillers avec son mari Jérôme Camut dont la tétralogie W3 (Prix des Lecteurs du Livre de Poche en 2014 pour le premier tome Le Sourire des pendus) et celle des Voies de l’Ombre. Elle est également l’autrice, en solo, de L’Enfant-rien, La Demoiselle des Tic-Tac, 1, rue des Petits-Pas et Comme un enchantement. Nathalie Hug a reçu le prix Coup de cœur de la Griffe Noire (St Maur Les Fossés) pour l’ensemble de son œuvre.

Jérôme Camut et Nathalie Hug, respectivement nés en 1968 et 1970, se rencontrent fin 2004 à travers Malhorne de J. Camut, la série culte qui a renouvelé le fantastique. La magie opère immédiatement. Depuis, ils se sont mariés et consacrent leur vie à l’écriture à quatre mains.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Poésie

La Dixième Muse

de Alexandra Koszelyk
Broché – 15 janvier 2021
Éditions : Aux Forges de Vulcain

Au cimetière du Père Lachaise, des racines ont engorgé les canalisations. Alors qu’il assiste aux travaux, Florent s’égare dans les allées silencieuses et découvre la tombe de Guillaume Apollinaire. En guise de souvenir, le jeune homme rapporte chez lui un mystérieux morceau de bois. Naît alors dans son cœur une passion dévorante pour le poète de la modernité. Entre rêveries, égarements et hallucinations vont défiler les muses du poète et les souvenirs d’une divinité oubliée : Florent doit-il accepter sa folie, ou croire en l’inconcevable ? Dans cet hommage à la poésie et à la nature, Alexandra Koszelyk nous entraîne dans une fable écologique, un conte gothique, une histoire d’amours. Et nous pose cette question : que reste-il de magique dans notre monde ?

La Dixième Muse est le troisième roman d’Alexandra Koszelyk que je découvre, et une fois encore, j’ai été profondément touché par la sensibilité de son écriture. À chaque lecture, je retrouve cette plume singulière, à la fois poétique, lumineuse et d’une remarquable finesse psychologique, elle manie la langue française avec une beaucoup d’élégance.

Tout commence lorsque Florent découvre par hasard la tombe de Guillaume Apollinaire. Cet instant fait basculer son existence. Des visions l’assaillent et le plongent dans la vie du poète, de ses amours, de ses amitiés et de ses blessures. Peu à peu, Florent se laisse envahir par cette présence mystérieuse, jusqu’à consacrer tout son temps à comprendre celui qu’il considèrera dès lors presque comme un frère d’âme.

J’ai aimé la construction du roman, qui multiplie les points de vue et fait revivre Apollinaire à travers ceux qui l’ont aimé, admiré ou accompagné, de Picasso à ses muses. Cette galerie de voix compose une fresque d’une grande richesse où la poésie dialogue régulièrement avec l’Histoire.
Mais Alexandra va beaucoup plus loin. Elle imagine une dixième muse, Gaia, incarnation de la nature, des arbres et du vivant. Cette présence discrète mais essentielle apporte une dimension presque mystique au récit et rappelle combien notre lien avec le monde naturel est précieux. J’ai été séduit par cette fiction audacieuse où le réel côtoie le rêve, où le fantastique s’invite avec délicatesse sans jamais rompre l’équilibre du récit. Chaque page semble flotter entre mémoire, imaginaire et contemplation.

L’autrice rend également un magnifique hommage à l’œuvre d’Apollinaire. Ses poèmes, ses amours, son parcours militaire et son amitié avec Pablo Picasso ou Henri Rousseau prennent ici une résonance nouvelle, portée par une écriture d’une rare musicalité.
L’épilogue m’a surpris autant qu’il m’a ému et il referme ce voyage avec une infinie douceur…

La Dixième Muse est bien plus qu’un roman. C’est une ode à la poésie, à l’amour, à la création et à la nature. Une lecture envoûtante qui invite à ralentir, à contempler et à accepter de se laisser porter par la beauté des mots. J’en ressors émerveillé, avec cette sensation d’avoir voyagé dans un monde où la littérature, la mémoire et le vivant ne ferait plus qu’un.

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Extraits :

« Alors seulement on la voit, on prend conscience de son éclat. Elle, la taiseuse qu’on délaisse ou abandonne, crie ses invisibles appeaux. C’est l’heure de sa revanche, de sa révélation. Il est des naissances qui mettent une vie à se réaliser, il lui aura fallu quelques millénaires pour appréhender qui elle était. Mais elle est bien là. La Nature vibre et apporte aux hommes son abondance. Chaque arbre de chaque rue de chaque pays sur chaque continent porte ses fruits, fier et triomphant, comme ces mères qui offrent leur sein à leur enfant. Ils attendent qu’on cueille leurs fruits juteux, et leurs branches, alourdies de ces réussites, tombent et forment au sol un tapis nourricier. Les hommes se penchent, acclament cette terre, mais maintiennent dans leurs yeux la surprise de ce spectacle en plein hiver. »

« L’année précédente, sans arrêter de travailler, j’avais obtenu mon agrégation d’allemand. Quand Louise et moi avions regardé les résultats, ma compagne avait été la première à exploser de joie, elle avait poussé un cri guttural, de soulagement, qui en disait long après cette année entre parenthèses.
C’était rare qu’elle manifeste ainsi ses émotions, elle était de ces personnes introverties qui mesurent chacune de leurs paroles. Au début de notre relation, cela m’avait interpellé – je pensais qu’il n’y avait que mon père pour être aussi fort à ce jeu-là, puis je m’y étais fait. »

« Au même moment, près de la cheminée, Pablo, en train de bourrer sa pipe, a relevé la tête. Henri a continué, en chuchotant presque :
« Il m’a fallu cinquante ans pour apprendre à dessiner comme un enfant. Crois-moi, un jour, notre talent sera compris. C’est pour cette raison que je veux vous immortaliser, Marie et toi. Le poète et sa muse, par-delà les temps. »
Pablo a plissé les yeux, Gui a soufflé, puis s’est mis
à rire.
« S’il n’y a que ça pour te faire plaisir ! Commençons demain ! »
Il m’a cherchée du regard, j’ai acquiescé d’un sourire. »

« Avant ton réveil, tu murmurais des paroles indistinctes. J’ai seulement compris “café de Flore”, répété plusieurs fois. Le garçon de café a dit aux pompiers que tu sortais de ce restaurant quand le vélo t’a percuté. Tu y as oublié quelque chose, tu veux que j’y aille ? »
Les idées s’entassaient dans ma tête sans réelle logique; dans mon esprit, je venais tout juste de quitter un atelier de peinture. À chaque inspiration, je sentais encore les effluves de gouache emplir mes narines, et dans mes oreilles résonnait la voix d’une Marie. »

« Un auteur n’est rien sans un texte, et un texte n’est rien sans un lecteur ; c’est lui qui le tire des abîmes, qui lui permet de métamorphoser l’encre noire et sèche en un univers luxuriant ; l’imaginaire du lecteur permet à ces êtres de papier de grandir, de prendre leur souffle, de faire leurs premiers pas balbutiants. C’est un nuancier-éventail qui tire ses couleurs de chaque page que le lecteur tourne, et plus il grandit, plus il prend de nouvelles teintes, propres à chacune des individualités qui le traversent. C’est le pouls du lecteur qui imprime aux personnages leurs battements de cœur, ce sont leurs yeux qui distillent dans l’iris des protagonistes la braise essentielle. »

Alexandra Koszelyk est née en 1976 à Caen. Ayant vécu dans son enfance dans une commune située près de Caen (Normandie), elle mène dans cette ville ses études secondaires et supérieures.
Aujourd’hui elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien, tout en se consacrant à l’écriture. Elle est lauréate de plusieurs prix comme le prix Vleel 2022, ou le Prix Totem des lycéens 2020.

Chez Alexandra Koszelyk, le surnaturel s’invite dans les grands et les petits drames de l’Histoire, avec des romans « sidérant de poésie et d’actualité ». Cette écrivaine a baigné dans la culture ukrainienne héritée de ses grands-parents, émigrés en France dans les années 1930 (venant de la région de Galicie).

C’est aussi une blogueuse littéraire.
Sur son blog “Bric à Book”, elle organise chaque semaine des ateliers d’écriture.

À crier dans les ruines, 2019.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/22/a-crier-dans-les-ruines/

La Dixième Muse, 2021

Le Sanctuaire d’Emona, 2022

L’Archiviste, 2022

Pages volées, 2024
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/03/pages-volees/

Adolescence, Émotion, Drame, Psychologie

La mauvaise rencontre

de Philippe Grimbert
Poche – 1 septembre 2010
Éditions : Le Livre de Poche

Rien n’aurait dû séparer les deux garçons, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer.
P. G.

Par l’auteur d’Un secret.

Un beau et grand récit de l’intime. Appelé à devenir un classique du genre.
Serge Bressan, Le Quotidien.

Philippe Grimbert […] publie aujourd’hui La Mauvaise Rencontre l’histoire d’une amitié passionnelle dans laquelle on retrouve toute sa délicatesse.
Pascale Frey, Elle.

Au fond, on dirait Stefan Zweig qui aurait suivi les cours de Lacan.
Grégoire Leménager, Nouvel Observateur.

Après avoir lu Un Secret il y a quelques années, j’étais curieux de lire un autre roman de Philippe Grimbert.
J’ai eu l’occasion de trouver hier chez une amie La mauvaise rencontre et je me suis lancé. C’est un roman profondément humain qui interroge la nature de l’amitié, le poids de nos choix et la part de responsabilité que nous portons dans la vie des êtres que nous aimons.

Dès les premières pages, j’ai senti qu’un drame se préparait. Cette impression ne m’a plus quitté, tant Philippe Grimbert installe une tension discrète mais constante, comme un voile qui se soulève lentement jusqu’à une révélation bouleversante.

À travers les souvenirs de Loup, le narrateur, je découvre une amitié née dans l’enfance, profonde, fusionnelle, mais peu à peu gagnée par une emprise inquiétante. En remontant le fil de sa mémoire, il évoque Mando, son ami de toujours, mais aussi Nine, cette femme qu’il considère comme une seconde mère, et Gaby, fidèle présence de son entourage. Tous participent à ce puzzle où les non-dits, les promesses oubliées et les regrets prennent une place essentielle.

J’ai été particulièrement touché par la finesse psychologique de ce récit. Philippe ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Il préfère explorer les failles de l’âme humaine, les mécanismes de la culpabilité et cette facilité que nous avons parfois à détourner le regard lorsque les signes du mal-être apparaissent.
Au fil des chapitres, l’inquiétude grandit. L’amitié, si belle en apparence, révèle peu à peu son visage le plus sombre. Mando consigne tout dans un journal, comme s’il voulait préserver chaque instant d’un lien devenu indispensable, presque étouffant. On sent qu’un engrenage est en marche et qu’il sera bientôt impossible de revenir en arrière.

Je me suis souvent interrogé sur la responsabilité de Loup. Aurait-il pu agir autrement ? Était-il réellement capable de voir ce qui se jouait sous ses yeux ? Le roman ne délivre jamais de réponse définitive, et c’est précisément ce qui lui donne toute sa force.

La plume de Philippe est élégante, sensible et d’une grande délicatesse. Elle laisse les émotions s’installer sans jamais les souligner avec excès. Jusqu’à un final d’une intensité remarquable, où tout prend enfin son sens.

Une lecture subtile, et émouvante que je vous conseille…

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Extraits :

« Il n’y a pas eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons et ça n’a pas été plus simple pour autant. Bien sûr, les années passant, une ou deux beautés y ont fait leur apparition, trois petits tours et puis s’en sont allées. Elles ont pris le bras de l’un, la bouche de l’autre, mais cela est resté une histoire de garçons. Rien n’aurait dû les séparer, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer. »

« Disparaître, voilà à quoi j’aimais jouer, de retour du collège, au moment où je me retrouvais devant la porte cochère de mon immeuble. J’avais un rituel : jeter un bref coup d’œil alentour, pousser le battant le plus rapidement possible et me glisser comme un voleur dans la pénombre du hall. Je m’imaginais alors dans une dimension parallèle, un autre monde laissant loin derrière lui le va-et-vient des passants, la fièvre de la circulation. Tout le confirmait, la fraîcheur des murs, le moelleux du tapis d’escalier, l’élévation enfin, qui me conduisait aux portes de mon domaine. Une fois à l’abri chez moi, il ne me restait plus qu’à compter, trois, trois fois trois, trois fois trois fois trois – un autre de mes rituels – et tout s’apaisait, jusqu’au lendemain. »

« Mando, mon meilleur ami. Mando l’intransigeant avec qui je partage tout, depuis les premiers jeux au Parc. Mando qui ne me laisse jamais m’éloigner des idéaux que nous nous sommes fixés, qui pointe mes faiblesses et dont je crains le jugement.
Mando et sa force, sur laquelle je m’appuie quand, si souvent, le courage me manque. »

« Adolescents, nous nous sommes enflammés pour la littérature fantastique et nous avons scellé ce pacte enthousiaste : le premier de nous deux qui passe de l’autre côté se débrouille pour faire signe à celui qui reste. Beaucoup se le sont promis, mais nous c’est autre chose. »

Philippe Grimbert est un auteur et psychologue français.

Après des études de psychologie, Philippe Grimbert a passé une dizaine d’années en analyse chez un lacanien, avant d’ouvrir son propre cabinet. Il travaille aussi dans deux instituts médico-éducatifs, à Asnières et à Saint-Cloud, auprès d’adolescents autistes ou psychotiques.

Passionné de musique, de danse et d’informatique, il a publié divers essais, dont « Psychanalyse de la chanson » (Belles Lettres, 1996) et « Pas de fumée sans Freud » (Armand Colin, 1999).

Il est aussi l’auteur de romans,
La fille de l’être (1998),
La petite robe de Paul (2001),
Un secret (2004) qui fut adapté au cinéma (avec Patrick Bruel et Cécile de France dans les rôles principaux) et qui fut récompensé par le prix Goncourt des lycéens 2004, le prix des Lectrices de Elle et le prix Wizo en 2005,
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/04/un-secret/
La mauvaise rencontre (2009),
Un garçon singulier (2011),
Nom de dieu ! (2014),
Rudik, l’autre Noureev (2015).

Roman

Pire que le mal

de Sylvain Forge
Poche – 9 mai 2018
Éditeur : Éditions Toucan

Quand des policiers viennent annoncer au docteur Benjamin Delmas que son frère Lucas a été retrouvé noyé dans un canal à Bangkok, il ne comprend pas tout de suite de quoi il s’agit. Il n’a pas vu Lucas depuis si longtemps. Il s’entendait mal avec ce frère rebelle, membre d’une organisation écologiste radicale et si prompt à voir des complots derrière tous les malheurs du monde. L’autopsie révèle pourtant que Lucas ne s’est pas noyé par accident. On l’a maintenu sous l’eau. Grâce à une étrange lettre cachée et en retrouvant certaines amies de son frère, Benjamin comprend que Lucas allait boucler une longue enquête. Il avait voyagé dans plusieurs pays d’Asie à la rencontre de paysans qui n’avaient qu’un seul point commun : ils avaient tous utilisé un pesticide surpuissant, le binarzole, fabriqué par la multinationale BGC. Mais à ce moment précis, il est déjà trop tard pour le docteur Delmas. Des hommes sont sur sa trace…

C’est le troisième roman de Sylvain Forge que je découvre, après Tension Extrême et Sauve-la, et ce, après avoir retrouvé un carton de livres “sauvés” après une inondation que j’ai subie il y quelques années !
Et une fois encore, il a réussi à m’embarquer bien au-delà d’un simple thriller. Ce livre m’a profondément marqué, car il brouille sans cesse la frontière entre la fiction et une réalité qui semble malheureusement très crédible.
Dès les premières pages, j’ai été happé par une intrigue solidement construite et portée par une écriture fluide, nerveuse et d’une grande efficacité. Le rythme ne faiblit jamais, mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’incroyable travail de documentation réalisé par l’auteur. On sent que rien n’a été laissé au hasard.

L’histoire débute avec la mort de Lucas, journaliste enquêtant sur un produit phytosanitaire extrêmement dangereux fabriqué par un géant de la pétrochimie. Son frère Benjamin, psychiatre, refuse de croire à un simple accident et reprend l’enquête. Aidé d’anciens militants écologistes, il va mettre au jour un système tentaculaire où se mêlent intérêts industriels, manipulations politiques et héritages troubles de la grande Histoire.

Au fil des pages, je me suis souvent demandé où s’arrêtait le roman et où commençait la réalité. Sylvain aborde avec une redoutable intelligence les dérives de l’agrochimie, les scandales sanitaires, le poids des multinationales et les conséquences dramatiques que subissent des populations entières, souvent dans le silence le plus absolu. Les personnages sont crédibles, profondément humains, et leurs combats résonnent avec une force particulière. Plus j’avançais, plus un sentiment d’inquiétude grandissait en moi. Ce roman fait réfléchir autant qu’il captive. J’ai également apprécié la manière dont l’auteur relie les événements contemporains à leurs racines historiques. Cette mise en perspective donne une profondeur supplémentaire au récit et renforce encore son réalisme.

Pire que le mal est un thriller engagé, passionnant et dérangeant, qui questionne notre monde sans jamais sacrifier le suspense. Une lecture aussi addictive que troublante, qui résonne comme une enquête d’investigation très documentée comme en témoignent les sources bibliographiques citées à la fin du livre.

Bravo, Sylvain, pour ce roman puissant qui m’a autant passionné que bousculé.

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Extraits :

« Il venait de vider sa bière et contemplait la courbe du fleuve Chao Phraya. La lune brasillait à la surface, les eaux avaient l’apparence d’une cuirasse d’écailles. Sur la rive opposée, on voyait les néons des hôtels Oriental et Shangri-La.
Il était le dernier client, tous les autres étaient partis. Pour se dégriser, il se rendit à pied jusqu’à son boui-boui, installé près du quartier rouge de Bangkok. Des touristes plein les rues, idéal pour se fondre dans la masse. D’habitude, il empruntait un tuk-tuk et faisait des détours avant de rejoindre ses pénates. Prudence et précaution, sa devise quand il partait seul à l’étranger. Mais pas ce soir. Demain il prendrait l’avion pour Paris. Fin du job, mission accomplie. Les documents avaient été expédiés par le canal habituel. »

« Deux types le prirent sous les bras et le traînèrent vers la salle de bains. Du sang lui brouillait la vue.
Le froid du carrelage, un goût de fer dans sa bouche. Nouveau coup de trique.
Rideau.
L’eau était glacée et ce fut comme si une décharge électrique le parcourait des pieds à la tête. Il voulait respirer, mais c’était impossible. Sa tête restait immergée. Il tenta de ruer, d’utiliser ses mains pour s’accrocher à quelque chose. Peine perdue.
Ils le tenaient bien fermement et tout son corps était incliné vers le bas.
Qu’est-ce que je fous dans ma baignoire ? »

« Jaya enclencha le micro, il parlait toujours en anglais :
— Je m’appelle Jaya Prade et je suis né à Vanitamar. Depuis une douzaine d’années, la société des plantations du Karsagod exploite les champs de noix de cajou qui entourent mon village. Les épandages de pesticides ont commencé à ce moment-là.
D’abord avec du DDT puis avec du Binarzole.
Il s’agit d’un insecticide qui s’attaque aux nuisibles de l’anacardier avant de se dégrader dans l’environnement, c’est du moins ce que racontent les industriels. »

« Benjamin,
Quand tu liras cette lettre, je serai mort.
Je te donne ces documents, car tu es la seule personne en qui j’ai confiance. J’espère que tu les liras, l’idée qu’ils disparaissent avec moi m’est insupportable.
J’ai consacré un bon tiers de ma vie à comprendre ce qui avait tué Marion et ce que j’ai découvert, je ne peux le garder pour moi seul. »

Originaire d’Auvergne, Sylvain Forge a beaucoup voyagé avant de s’installer à Nantes, depuis plusieurs années. Spécialisé sur les questions de sécurité dans le monde de l’entreprise, c’est aussi un amateur de théâtre d’improvisation et de jeu de rôles, qui a depuis longtemps le goût de raconter des histoires. Pour lui, l’écriture est apparue comme une suite naturelle.

Il a obtenu le prix 2018 du Quai des Orfèvres pour “Tension extrême” (plus de 135 000 exemplaires vendus à ce jour).

En 2020 il obtient avec “SAUVE-LA” (Fayard noir) le prix polar du meilleur roman francophone au festival de Cognac.

Également conférencier, Sylvain Forge présente dans les médiathèques et durant les salons littéraires une conférence en forme de « master class » intitulée :
« Les secrets de l’écriture cinématographique au secours du nouveau roman policier ».

Expert en cybersécurité, le magasine Usine Nouvelle l’a classé en janvier 2019 parmi les « 100 Français qui comptent dans la cybersécurité ».

Conférencier en dramaturgie, Sylvain Forge est notamment l’auteur de “Parasite” (Mazarine, 2019) et d’“Un parfum de soufre” (Prix Plume d’argent 2016 du thriller francophone). Il parvient à associer des recherches scientifiques fouillées à un sens aigu du suspense. Ses ouvrages ont déjà conquis plus de 200 000 lecteurs.

Son nouveau récit (jeunesse), « Le royaume du fleuve » est sorti en mai 2021 chez Michel Lafon.

Sauve-la
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/18/sauve-la/

Blog de l’auteur : sylvainforge.webnode.fr
Twitter : @sylvainforge
Facebook : sylvainforge – Auteur

Roman

À corps ouverts

de Nathalie Guyader
Broché – octobre 2018
Éditeur : Nouvelles Plumes chez France Loisirs

Julia Lemonnier, avocate pénaliste à Marseille, s’est fixé un principe : ne jamais défendre de narco-trafiquants, ces criminels qu’elle juge responsables de la mort de sa sœur, Cléo, décédée d’une overdose dans une boîte de nuit. Aussi est-elle très étonnée d’apprendre que Jorgi Garcia, emprisonné aux Baumettes, souhaite qu’elle devienne son avocate. Mais Jorgi a un argument de poids : des informations sur sa sœur… Avant même d’avoir donné sa réponse, Julia est victime d’une tentative d’intimidation, l’enjoignant à se tenir loin du trafiquant. Entraînée dans une spirale macabre, la jeune femme ira-t-elle au bout de sa quête de vérité ?

Je découvre Nathalie Guyader avec À corps ouverts, un roman qui m’a intrigué dès les premières pages. Son écriture est fluide, le récit se lit avec facilité et l’ensemble m’a offert un agréable moment de lecture. Pourtant, malgré toutes ses qualités, il m’a manqué cette petite étincelle qui transforme une très bonne lecture en véritable coup de cœur. Vers les deux tiers du roman, j’ai commencé à entrevoir la direction que prenait l’intrigue, ce qui a légèrement atténué l’effet de surprise.

L’histoire alterne entre deux époques. En 2018, Julia, avocate à Marseille, accepte de défendre un caïd des quartiers nord. En échange, il lui promet des révélations sur la mort de sa sœur Chloé, officiellement victime d’une overdose. Peu à peu, son enquête met au jour une vérité bien plus sombre que tout ce qu’elle imaginait. Éloi, son compagnon, ambulancier à Marseille, s’inquiète pour elle et lui demande de venir vivre chez lui. Mais en parallèle, je découvre le destin de Guaï, un enfant solitaire au début des années 1990. Fils d’un thanatopracteur aussi exigeant que brutal, il grandit dans une quête incessante de reconnaissance. Cette partie du roman m’a profondément touché. J’ai suivi son parcours avec beaucoup d’émotion, tant ses blessures, ses doutes et son évolution sonnent juste.

J’ai parfois eu l’impression de lire deux histoires distinctes, avant de comprendre avec plaisir la manière dont elles finissent par se rejoindre. Cette construction en alternance est maîtrisée et maintient constamment la curiosité du lecteur. J’ai également beaucoup apprécié les nombreuses informations consacrées à la thanatopraxie. Elles témoignent d’un important travail de recherche et apportent une véritable originalité au récit. L’autrice restitue aussi avec beaucoup de réalisme l’atmosphère de Marseille, de ses quartiers populaires aux Baumettes, offrant un décor vivant et crédible.

Au final, À corps ouverts est un roman solide, documenté et porté par des personnages attachants. Même si je ne me suis pas totalement laissé emporter comme je l’espérais, j’en retiens une lecture sensible, originale et profondément humaine. Un premier rendez-vous réussi avec Nathalie Guyader, qui me donne envie de découvrir ses autres romans.

Ce roman a reçu le prix des lecteurs France Loisir 2018.

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Extraits :

« Il ouvrit la chambre froide et fit coulisser le corps sur un chariot, puis le glissa jusqu’à la table réfrigérée. Un parfum de formol qu’il ne sentait plus se libéra dans la pièce.
La vue de ses traits abîmés, des paupières enfoncées, la couleur livide de son teint le firent tressaillir. Ce corps-là n’avait plus rien à voir avec la silhouette gracieuse qui figurait sur la photo punaisée au mur, près de lui.
Mais d’ici quelque temps, rien n’y paraîtrait plus. II en ferait quelque chose de divin. Avec ce nouveau corps, il toucherait non seulement à la perfection mais encore à la beauté éternelle. Ce serait l’accomplissement de plusieurs années de travail. Il s’était entraîné des heures durant, déployant patience et minutie, pour préparer ce moment qu’il attendait depuis des mois. À présent, il était prêt. Prêt pour le chef-d’œuvre de sa vie. »

« Les deux équipiers sautèrent dans l’ambulance qui démarra en trombe, tandis que le deux tons de la sirène résonnait dans la nuit profonde qui régnait sur la ville en partie endormie. Minuit. La circulation était moins dense qu’en journée, mais dans une ville de la taille de Marseille, un soir de la fête de la Musique, nombreux fêtards traînaient encore dans les rues et n’hésitaient pas à prendre leur véhicule, même alcoolisés. Sur ces routes incertaines, il était plus prudent de mettre la sirène. »

« Un tintamarre de cuivres hurla dans la chambre de Julia qui se réveilla d’un profond sommeil dans un sursaut de mauvaise humeur. Elle frappa le dessus de son radio-réveil qui affichait 6 h. Comme d’habitude, la nuit avait été trop courte et elle émergea de son lit, l’esprit encore engourdi, pour se diriger vers la douche, telle une somnambule, suivie de près par El gato, qui réclamait déjà ses croquettes en miaulant. »

« Cela faisait plusieurs jours que Julia ressassait les événements qui s’étaient produits récemment. Depuis la visite du messager de Jorgi Garcia et la réception de la demande de désignation de ce dernier, elle ne cessait de se poser des questions sur la suite à donner.
Elle avait besoin de comprendre pourquoi on avait tenté de l’intimider et qui était à l’origine de cet acte malveillant. »

Nathalie Guyader est titulaire d’un doctorat de Lettres Modernes de l’Université de Bretagne Occidentale (1997).

Elle a publié un extrait de sa thèse, consacrée à Romain Rolland et aux musiciens de son temps, aux éditions du CNRS.

Elle a été successivement journaliste et critique culturelle pour la presse régionale et différentes agences de communication, auteure de guides touristiques, puis rédactrice en chef de plusieurs journaux d’entreprise.

Elle a publié différents ouvrages à titre professionnel, et des articles, dans des domaines très variés : l’industrie, les secteurs associatif et institutionnel, la formation, le médico-social, la recherche, la musique, le tourisme.

En 2008, elle obtient un Master 2 Management des Ressources Humaines à l’Institut d’administration des entreprises de Bretagne Occidentale. Depuis, elle mène une carrière dans les ressources humaines.

À corps ouverts (2018), son premier roman, est récompensé par le prix des lecteurs France Loisirs 2018.

Drame, Folie, Noir, Psychologie, Thriller, Violence

Cavaliers de l’orage

de Chris Anthem
Broché – 10 Mai 2017
Éditeur : L’Atelier Mosesu

« C’était leur première grande sortie depuis des mois. Comme les fleurs et les animaux, Vincent et Agnès quittaient leur coque protectrice, le trou où ils venaient d’hiberner pour renaître à la faveur du printemps… Eux et leurs instincts engourdis par le froid, qui démarraient leur dégel. »


Un frère et une sœur en route vers le Sud. La campagne isolée. Un aubergiste maniaque. Des morts violentes. Mais sous l’apparence du slasher, un imprévu choc des titans.

Il y a quelques années, une importante inondation m’avait obligé à mettre une partie de ma bibliothèque à l’abri dans le grenier. Depuis, il m’arrive régulièrement d’y remonter pour récupérer un ou deux cartons… et chaque fois, j’y redécouvre des trésors oubliés. Cavaliers de l’orage en faisait partie…

Si vous aimez les romans noirs, violents et sans concession, celui-ci risque fort de vous marquer. Dès les premières pages, Chris Anthem installe une atmosphère oppressante où la folie, la brutalité et la peur s’invitent sans le moindre détour. Ici, rien n’est édulcoré. L’horreur frappe de plein fouet et ne laisse aucun répit.
Tout d’abord il y a Malone, c’est un tueur cruel et dérangé sur le plan psychiatrique, il est conseillé de respecter le code de la route sinon l’amende sera salée. Et puis très vite de nouveau “invités”. Vincent, sa sœur jumelle Agnès et la compagne de cette dernière, en pleine crise d’adolescence, partis vers le sud pour un voyage qui va rapidement virer au cauchemar. Une simple halte sur une aire d’autoroute, un auto-stoppeur inquiétant accepté à bord… et le destin bascule. Très vite, j’ai compris que les apparences étaient trompeuses et que le véritable danger ne se trouvait peut-être pas là où je l’attendais.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont Chris Anthem construit son intrigue. Il prend le temps de développer ses personnages, leurs relations, leurs blessures et leurs motivations avant de faire exploser toute la violence contenue dans son récit. Cette progression rend chaque événement encore plus percutant.

La seconde partie m’a un peu moins convaincu et j’aurais aimé que certaines relations entre les protagonistes soient davantage approfondies. Mais cette légère réserve tout à fait personnelle n’a jamais entamé ma curiosité, tant j’avais envie de découvrir jusqu’où l’auteur allait oser nous entraîner. Car derrière ce road trip sanglant se cache bien plus qu’un simple roman gore. Ce qui m’a le plus surpris, c’est la profondeur psychologique qui finit par émerger. Peu à peu, les monstres dévoilent leurs failles, leurs blessures et une part d’humanité aussi inattendue que bouleversante.
Chris Anthem évite les clichés faciles du genre et préfère explorer la complexité de l’âme humaine, capable du pire comme de moments de fragilité presque désarmants.

J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir découvert une œuvre bien plus subtile qu’elle n’en donne l’impression au premier abord. Derrière le sang, la violence et l’horreur se cache une véritable réflexion sur les instincts humains et leurs contradictions.

Une lecture sombre, brutale, dérangeante, mais aussi étonnamment sensible, que je recommande à uniquement aux amateurs d’horreur psychologique et de thrillers extrêmes.

Et, au passage, un grand merci à Marc Falvo pour cette belle découverte.

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Extraits :

« Le papier peint n’avait pas dû être changé depuis les années soixante-dix. Depuis l’époque du plein emploi et des cols pelle à tarte. Depuis sa jeunesse. De grosses fleurs orange au teint fané s’étalaient sur les murs, rongés aux angles par l’humidité. Ici, avec l’étang proche, c’était un véritable fléau qui s’insinuait partout, remontait du sol argileux et grignotait l’auberge entière. Dans un futur qu’il aurait voulu moins rapide, Malone devrait prendre des mesures drastiques pour éviter la ruine. Mais pour l’heure, il lui fallait entrer en scène.
Son public attendait. »

« L’autostoppeur observa Vincent puis Agnès, suppliant ses tortionnaires du regard. Ils ne lui avaient encore rien fait – enfin, rien de grave -, mais l’homme sentait que la douleur, la foutue douleur ne tarderait pas. Il constatait la froideur de leurs yeux. L’inexpressivité de leurs visages. Il en avait vu, depuis le temps, sur les routes… Il se croyait préparé à tout. »

« Vincent s’accroupit à côté du corps démembré de l’autostoppeur. Au début il posa les deux mains sur ses genoux avant d’avoir une meilleure idée. En effet, quoi de mieux que de se faire photographier en pleine action ?
Vincent fit mine d’empoigner la hache qui dépassait du thorax meurtri. Agnès revint et donna l’appareil à Clara.
Sous la direction de l’adolescente, frère et sœur composèrent un tableau macabre. Idyllique. Vincent plantant gaiement sa hache dans la poitrine du voyageur et Agnès, sourire aux lèvres, appuyée sur l’arbre, offrant un clin d’œil exagéré en levant le pouce. Une lueur de joie puérile illuminait leurs traits. »

« Début de soirée.
La citadine de Vincent, Clara et Agnès stoppa sur le parking d’un motel bon marché. Une ceinture de chambres aux fenêtres étroites sur deux étages. Un endroit sordide. Mal éclairé, à la peinture lépreuse. Vrai trou à cafards dont ils avaient entendu parler trente bornes plus tôt, dans un restauroute où le trio s’était arrêté manger un hamburger. Leurs finances étaient basses et ils se moquaient du confort. Ils cherchaient surtout la tranquillité. »

« Le gérant de ce trou possédait lui aussi une gueule de sorcière. Cheveux filasse, quelques chicots pourris et l’air de sortir d’une pub pour la cirrhose. Avachi derrière un comptoir poussiéreux, il observa Clara, puis Vincent et Agnès, marcher vers lui. »

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Né en 1984 selon les manifestants – bien plus tôt selon la police – Chris Anthem se réjouit que des éditeurs aient un jour croisés son chemin. Ça lui évite de chercher un vrai travail. À part ça, on ignore d’où il vient, peut-être d’un pays étranger. Peut-être du ventre de sa mère. Il aime le bon vin et la musique blues, si ça vous intéresse. Et il n’a pas le permis.

Cavaliers de l’orage est son premier roman pour la collection Slash. Mais on murmure qu’il se cacherait ailleurs, sous d’autres noms d’emprunt.

Amour, Émotion, Histoire, Suspense

Gravé dans le sable

de Michel Bussi
Broché – 15 juin 2017
Éditeur : Presses de la Cité

“Ce qui importait pour elle, c’est que Lucky ne soit pas mort comme un autre sur cette plage. Cette mort, il l’avait décidée, il l’avait voulue. Lucky n’avait pas fait la guerre, il avait joué.”

Quel est le prix d’une vie ?
Quand on s’appelle Lucky, qu’on a la chance du diable, alors peut-être la mort n’est-elle qu’un défi. Un jeu. Ils étaient cent quatre-vingt-huit soldats sur la péniche en ce jour de juin 1944. Et Lucky a misé sa vie contre une hypothétique fortune.
Alice, sa fiancée, sublime et résolue, n’a plus rien à perdre lorsque vingt ans plus tard, elle apprend l’incroyable pacte conclu par Lucky quelques heures avant le Débarquement.
De la Normandie aux Etats-Unis, elle se lance à la quête de la vérité et des témoins… au risque de réveiller les démons du passé.

2007, prix Sang d’encre de la ville de Vienne (Isère)
2008, prix littéraire du premier roman policier de la ville de Lens (Pas-de-Calais)
2008, prix littéraire lycéen de la ville de Caen
2008, prix Octave Mirbeau de la ville de Trévières
2008, prix des lecteurs Ancres noires de la ville du Havre

J’aime les romans où la grande Histoire se mêle au destin de personnages ordinaires. Avec Gravé dans le sable, Michel Bussi m’a offert exactement cela. Une aventure captivante qui prend naissance au cœur du Débarquement de 1944 avant de traverser les décennies et les continents.

Des plages ensanglantées d’Omaha Beach jusqu’aux rues de Washington, en passant par une Normandie rurale profondément attachante, je me suis laissé entraîner dans une intrigue où chaque détail semble avoir son importance. L’auteur joue avec le temps, les souvenirs et les destins croisés avec une remarquable maîtrise.

Très vite, j’ai cru avoir compris où il voulait m’emmener. À peine un tiers du roman parcouru, je pensais déjà tenir la clé de l’énigme. Mais c’était sans compter sur le talent de Michel Bussi, qui adore brouiller les pistes et renverser toutes les certitudes de son lecteur. À chaque révélation succède une nouvelle question, et l’histoire repart avec encore plus de force. J’ai particulièrement aimé cette façon de mêler fiction et contexte historique. Sans prétendre raconter la vérité, le roman s’appuie sur des événements bien réels et leur donne une dimension profondément humaine. On sent que derrière chaque page pourrait se cacher une histoire ayant réellement existé.

Les personnages m’ont beaucoup touché. Leurs blessures, leurs espoirs, leurs fidélités et leurs failles les rendent profondément attachants. Même ceux qui semblent les plus sombres ne se résument jamais à un simple rôle de méchant. Chacun possède sa part d’ombre, mais aussi sa vérité.

La plume de Michel Bussi est fluide, élégante et terriblement efficace. Les chapitres s’enchaînent avec naturel et rendent la lecture particulièrement addictive. Impossible de refermer le livre sans vouloir connaître la suite. J’ai également apprécié la touche de romantisme qui traverse discrètement le récit. Elle apporte beaucoup d’émotion sans jamais prendre le pas sur le suspense.

Au fil des pages, j’ai douté, espéré, changé plusieurs fois d’avis, réclamé justice pour certains personnages… avant de me laisser surprendre une dernière fois par un dénouement surprenant mais parfaitement maîtrisé.

Avec ce premier roman, publié à l’origine sous le titre Omaha Crimes, Michel Bussi démontrait déjà tout ce qui fera ensuite sa réputation. L’art de construire des intrigues redoutables et de faire vaciller nos certitudes jusqu’à la dernière page.

J’ai refermé ce livre avec la sensation d’avoir vécu une formidable aventure humaine, où les blessures du passé continuent de façonner les destins.
Un roman passionnant, émouvant et remarquablement construit, que je ne peux que vous recommander. Un très agréable moment de lecture.

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Extraits :

« La péniche ouvrit son ventre. Les cent quatre-vingt-huit rangers plongèrent dans l’eau froide puis se dispersèrent rapidement. Vus du haut de la Pointe-Guillaume, ils n’étaient guère plus grands que des fourmis sur une nappe froissée.
Difficiles à viser.
Lucky Marry parvint le premier sur la plage, à peine essoufflé. Il s’allongea dans le sable humide, protégé par un petit bloc de granit et la lourde caisse d’explosifs qu’il posa devant lui. Il entendit des bruits de pas rapides dans son dos et un souffle court. Ralph Finn se jeta lui aussi derrière l’abri de fortune.
Vivant ! »

« La Pointe-Guillaume se présentait comme un piton rocheux dominant la falaise normande, coiffé d’un blockhaus et hérissé de canons ; elle était considérée par les stratèges comme l’un des sites les plus importants de l’opération Overlord. Dans la péniche s’entassaient donc cent quatre-vingt-sept jeunes volontaires américains enthousiastes, pétant de santé à grimper et redescendre depuis un mois les falaises anglaises, facilement maintenant, ayant désormais la main ferme, sans vertige, bruyants le soir au bar, buvant et riant, fiers et confiants, en eux, en leur étoile, dans les étoiles de ce drapeau protecteur qu’ils devaient aller planter en haut de la Pointe-Guillaume. »

« Toute la journée du 6 juin 1944, Lison Munier et ses parents restèrent dans la cave de leur petite maison de pierre au centre de Château-le-Diable. Toute la jour-née, il était tombé des bombes. Lison, dans sa cave, avait la même sensation que les dimanches de pluie, quand elle était petite, quand elle n’avait pas le droit de sortir alors que tous les autres jouaient dehors. Le soir, on entendit les bombes s’éloigner, comme un orage qui passe. Lison, son père et sa mère sortirent regarder le ciel, juste devant chez eux. Ils étaient les premiers du village à s’aventurer dehors, ils avaient dû céder à l’impatience de Lison. »

« — Je suis le lieutenant Dean. Je dirigeais le commando rangers qui a mené l’assaut. J’ai reçu votre courrier. Je suis désolé, pour Lucky. Je comprends que vous soyez venue, je crois qu’il faut se rendre ici pour comprendre. De là-bas, des Etats-Unis, on ne peut pas imaginer, il faut venir ici sentir la mort et la poussière. Si vous en avez le courage, accompagnez-moi jusqu’à la plage, vous comprendrez encore mieux.
Alice monta dans la Jeep à côté du lieutenant.
— Je…
Alice hésita à utiliser le présent. Finalement, elle l’utilisa tout de même :
— Je n’arrive pas à croire à la mort de Lucky. »

Michel Bussi naît le 29 avril 1965 à Louviers. Dès ses 6 ans, il s’amuse à inventer des jeux de mots et des histoires. Plus tard, il dévore les romans policiers pour adolescents, comme Le Club des cinq ou Alice.

À 18 ans, il entame des études de géographie à l’université de Rouen et se spécialise dans la géographie électorale. Dans les années 1990, il devient lui-même professeur de géographie à l’université et dirige jusqu’en 2016 un laboratoire de recherche du CNRS. Éminent politologue, il est régulièrement sollicité par les médias.

Auteur polyvalent et ne se limite pas à l’écriture de polars. Passer du thriller au roman d’amour ne le dérange pas. Au contraire, en explorant d’autres formes d’écriture, que ce soit en BD ou à l’écran, l’auteur aime raconter d’autres histoires. Michel Bussi a notamment écrit N.E.O une quadrilogie pour adolescent qui décrit un monde au bord de l’implosion le jour où les adultes ont subitement disparu. L’auteur a également adapté certains de ses romans en BD, à l’instar de : Nymphéas Noirs (2019), Gravé dans le sable (2020) et Un avion sans elle (2021).

Les romans de Michel Bussi font chaque année parler d’eux. Un avion sans elle vend ainsi plus de 800 000 exemplaires en France et obtient les prix Maison de la Presse et celui du meilleur polar francophone en 2012. Ne lâche pas ma main est finaliste du grand prix de littérature policière, tandis que N’oublier jamais remporte le prix du talent littéraire normand en 2016. Maman a tort, Le temps est assassin et On la trouvait plutôt jolie sorti en 2017 continuent sur la même voie.

Roman

Une bête au paradis

de Cécile Coulon
Broché – 21 août 2019
Éditeur : Iconoclaste

La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance. Une bête au Paradis est le roman d’une lignée de femmes possédées par leur terre. Un huis clos fiévreux hanté par la folie, le désir et la liberté.

Après avoir découvert Le Visage de la nuit, il y a quelques semaines j’avais très envie de poursuivre ma rencontre avec l’univers de Cécile Coulon. Quand Corinne Tartare m’a proposé cette nouvelle lecture je n’ai pas pu y résister… Et pour la seconde fois, l’autrice m’a emporté dans un récit puissant, brut et profondément enraciné dans la terre.

Le Paradis est une exploitation agricole transmise de génération en génération. Derrière ce nom presque idyllique se cachent pourtant les drames, les blessures, les silences, les trahisons et les rancœurs. Mais c’est aussi un lieu où l’amour, la famille, le courage et l’attachement à la terre donnent un sens à chaque existence.

J’ai fait la connaissance d’Émilienne, une femme de caractère qui porte sa ferme à bout de bras et élève ses petits-enfants après un terrible drame. À ses côtés grandit Blanche, héritière de cet amour viscéral pour cette terre qui façonne les êtres autant qu’elle les emprisonne. Lorsqu’elle découvre les blessures de la trahison, une question s’impose peu à peu, jusqu’où peut-on aller pour défendre ce que l’on aime ?

J’ai été immédiatement séduit par la plume de Cécile. Son écriture est charnelle, directe, presque instinctive. En refermant les yeux, je pouvais voir les champs onduler sous le vent, entendre les animaux de la ferme, sentir l’odeur de la terre humide et partager le quotidien de cette famille. Pendant quelques heures, j’ai eu l’impression de vivre au Paradis avec les Émard.

Les chapitres courts, chacun porté par un verbe, donnent au récit un rythme singulier et renforcent encore la tension qui s’installe progressivement. L’autrice ne cherche jamais à en faire trop. Elle écrit avec une économie de mots qui rend chaque scène plus intense.
J’aurais aimé pourtant que certains personnages, notamment Gabriel, Aurore ou bien Louis, soient davantage développés. Leur profondeur m’a parfois semblé en retrait face à la puissance du récit.
Mais cela n’enlève rien à la force de ce roman. Cécile explore avec beaucoup de justesse le monde rural, la transmission, le désir, la violence des sentiments et cette relation presque sacrée entre l’homme et sa terre.
Au fil des pages, la douceur laisse progressivement place à une tension sourde, jusqu’à une vengeance aussi inévitable que glaçante.
J’ai refermé ce livre avec le sentiment d’avoir découvert une œuvre profondément humaine, où la beauté de la nature côtoie sans cesse la noirceur des hommes.

Une lecture intense, marquante et sans concession, que je vous recommande vivement.

Petit regret malgré tout… Je trouve que la couverture, même si elle est très belle, ne reflète absolument pas l’atmosphère du roman. Un détail, certes, mais qui me semble en décalage avec la puissance et la profondeur de cette magnifique histoire.

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Extraits :

« De chaque côté de la route étroite qui serpente entre des champs d’un vert épais, un vert d’orage et d’herbe, des fleurs, énormes, aux couleurs pâles, aux tiges vacillantes, des fleurs poussent en toute saison. Elles bordent ce ruban de goudron jusqu’au chemin où un pieu de bois surmonté d’un écriteau indique :
VOUS ÊTES ARRIVÉS AU PARADIS »

« Blanche et Alexandre firent l’amour pour la première fois pendant qu’on saignait le cochon dans la cour. Ils avaient fermé les fenêtres, sans tirer les rideaux. En bas, la fête battait son plein. L’animal gueulait comme un supplicié, les paysans voisins s’étaient rassemblés ; le sang dessinait de larges coquelicots sombres sur la terre battue. »

« À l’époque, Louis désertait le lycée, il travaillait en douce, retardant le moment de rentrer chez lui, une espèce de chalet au bord d’un étang rempli de vase plus que d’eau. Régulièrement, son père le dérouillait. Au début il cognait sans raison, simplement parce qu’il faisait partie des hommes dont les poings avaient remplacé la bouche, les coups les mots. Peu à peu, il avait trouvé des prétextes pour attaquer plus souvent et plus fort. »

« Au début, Émilienne s’était méfiée. Marianne avait l’air si fragile, si peu capable aux champs. Et son loulou alors, une asperge des faubourgs, au teint aussi pâle que ses yeux, les cheveux emmêlés qu’il ne peignait jamais, la voix plus douce que celle d’une femme. Étienne avait étudié, milité au sein des groupes de gauche à la faculté et enseigné quelques mois, avant d’admettre qu’il n’avait pas les épaules pour affronter ce qui se préparait dans « le grand monde». Il cherchait un lieu à sa mesure, où il ne se sentirait pas dépassé par autre chose que la fatigue du travail bien fait. »

« La poule tenta de se dégager mais Blanche la coinçait contre elle. Lorsqu’elle eut atteint le perron, elle supplia une dernière fois sa grand-mère du regard. Celle-ci l’ignora, attrapa l’animal par la tête et lui brisa le cou. La petite étouffa un cri. Quelque chose en elle mourut en même temps. Elle voulut se jeter par terre, pleurer sur ce tas de plumes cassé en deux, mais Emilienne l’attrapa avant qu’elle ait pu bouger, et elle planta ses yeux dans les siens en murmurant:
— Ne cogne plus jamais ton frère, tu m’entends, plus jamais. »

Romancière et poète, Cécile Coulon est l’autrice de Une bête au Paradis (Prix littéraire du Monde), Seule en sa demeure et La Langue des choses cachées, parus à L’Iconoclaste, qui ont conquis plus de 400 000 lecteurs. Elle a un don pour faire surgir la beauté là où personne ne l’attend.

Le visage de la nuit (2026)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/06/03/le-visage-de-la-nuit/