Amour, Émotion, Drame, Psychologie

Regarde-moi tomber, mon amour

de Hugo Boris
Broché – 5 février 2026
Éditeur : Iconoclaste

Sauver des vies, c’est le métier d’Arnaud, secouriste de haute montagne. Jusqu’au jour où tout vacille. Encordé avec une jeune collègue au fond d’une crevasse, il voit le sauvetage échapper à leur contrôle.
Hanté par ce qu’il croit être son erreur, il se met chaque jour un peu plus en danger. Sa collègue, sa femme, ses enfants ne le reconnaissent plus. Qu’a-t-il laissé au fond du glacier? Quels désirs enfouis pourraient bien le rattraper?
Dans l’espoir fou de réparer, Arnaud se rapproche de l’abîme.

Hier soir avec le Cercle littéraire du Château de Hermitage nous avons eu le grand plaisir de recevoir Hugo Boris ! Une soirée très chaude… mais très vivante et intéressante…

Il y a des romans qui racontent une histoire… et d’autres qui ouvrent une faille.

Avec Regarde-moi tomber, mon amour, Hugo Boris m’a entraîné au cœur d’une vertigineuse descente intérieure, celle d’un homme que la montagne n’a pas seulement blessé dans sa chair, mais dans son âme.

Arnaud est secouriste en haute montagne. Un homme solide, expérimenté, habitué à affronter l’extrême sans jamais vaciller. Il fait partie de ceux qu’on imagine inébranlables. Ceux qui sauvent les autres. Ceux qui gardent le contrôle.
Mais un jour, tout bascule.
Lors d’une intervention en crevasse, il ne parvient pas à sauver Éric, littéralement englouti par la glace sous ses yeux. À partir de cet instant, quelque chose se brise en lui. Une part de son esprit reste prisonnière du glacier.

J’ai été profondément touché par cette lente chute psychologique, racontée avec une tension presque étouffante. Arnaud revit sans cesse le drame, cherche des fautes, des réponses, un sens à ce qui lui échappe. La culpabilité devient une obsession. Elle le dévore peu à peu, jusqu’à le couper du monde, de sa famille, de lui-même.
À ses côtés, Renée, sa coéquipière présente le jour de l’accident, tente de le maintenir à flot. Entre eux se crée un lien fragile, puissant, presque suspendu au-dessus du vide. Deux êtres cabossés, unis par le traumatisme et par cette montagne qui fascine autant qu’elle détruit.

J’ai aimé le côté technique du roman, la modernité du regard porté sur cet univers. Ici, les héros ne sont plus invincibles. Hugo Boris déconstruit le mythe du sauveteur héroïque pour révéler un homme vulnérable, vieillissant, traversé par le doute et la peur de tomber, physiquement, moralement, humainement.

La montagne, elle, demeure immense, froide, majestueuse. Un décor sauvage et oppressant, presque vivant, qui semble observer les hommes lutter contre leurs propres abîmes.

C’est un roman tendu, intime, humain. Un récit sur la culpabilité, l’épuisement intérieur et cette manière qu’a parfois un drame de continuer à nous ensevelir longtemps après la catastrophe.

Une lecture âpre et bouleversante, qui m’a laissé le cœur serré jusqu’à la dernière page.

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Extraits :

« Il croise le regard affolé de Samia, griffe la paroi, incapable de crier.
Le vent siffle à ses oreilles – serpent dans la neige.
Cette brève seconde qui s’allonge.
La sensation d’échapper à la gravité au moment même où elle s’exerce.
Les paquets de glace pleuvent autour de lui comme des oiseaux morts.
La pesanteur lui tire la peau. »

« S’il a un truc à dire, c’est en face. Sans méchanceté, sans prendre de gants non plus. Ce personnage-là, qu’on respecte parce qu’il sait dire «non» en haut et «non» en bas. Capable de t’expliquer les yeux dans les yeux que t’as fait de la merde. Il ne sait pas bien quand il a lâché sur le tact, mais il en a soupé des garçons comme Cyril, Glenn, Kosta et les autres. »

« Il avance la main pour la glisser derrière le dos du type, vérifier sa colonne. Il se penche sur le côté, tend le cou pour focaliser la lampe au bon endroit.
Il n’arrive pas à passer les doigts. La trame du teeshirt est vitrifiée, prise dans la glace. La chaleur d’Éric a fait fondre la paroi derrière lui. La surface bleutée s’est creusée autour de son dos pour en épouser l’arrondi. Arnaud hoche doucement la tête pour balayer la zone avec sa frontale. »

« Il est encore bien gaulé, torse nu. Un peu plus nappé qu’il y a quinze ans, peut-être, mais toujours dans la course avec ses trapèzes en pente douce, ses triceps volumineux. Il recule jusqu’à sentir la cloison de la cabine dans son dos. Les pecs tapissent sa poitrine en armure de centurion. Il enfile un des pantalons que la vendeuse lui a déposés, vérifie son cul dans la glace, passe un pull en cachemire fabriqué dans un pays triste, et se demande à quel moment il a arrêté de s’intéresser à ses fringues. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle N’oublie pas de montrer ma tête au peuple, publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

Son premier roman, Le baiser dans la nuque (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

La délégation norvégienne, son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît Je n’ai pas dansé depuis longtemps. L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, Trois grands fauves est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

En 2016, son roman Police est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.

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