Émotion, Polar, Psychologie, Suspense

Police

de Hugo Boris
Poche – 7 septembre 2017
Éditeur : Pocket

“Ferme les yeux et pense à la France.” C’est une blague qu’on se lance, entre flics, quand il faut faire le sale boulot. Déjà épuisés par la routine des violences, trois gardiens de la paix se voient confier une mission inhabituelle. Une reconduite à la frontière. À Roissy. De là, le réfugié tadjik qu’ils escortent s’envolera pour une mort certaine.
Dans le huis clos de la voiture sérigraphiée : quatre corps, quatre consciences, quatre tragédies personnelles. Suffit-il vraiment d’ouvrir les yeux pour changer le monde ?

“Un roman bouleversant.”
Bernard Poirette – RTL

“POLICE ne dénonce pas, n’impose rien, mais se place à hauteur de ces hommes et de cette femme qui s’agrippent comme ils peuvent au quotidien pour tenir et avancer.”
Christine Ferniot – L’Express

Cet ouvrage a reçu le prix Eugène Dabit du roman populiste et le Prix des Lycéens et Apprentis de la région PACA.

J’avais lu Police d’Hugo Boris à sa sortie, il y a bientôt dix ans, et j’en gardais un souvenir fort. À l’approche de ma rencontre avec l’auteur dans quelques jours, j’ai eu envie de me replonger dans ce roman. Et je n’ai absolument pas été déçu.

Tout commence avec trois policiers, Virginie, Erik et Aristide.
Trois collègues, trois personnalités, trois vies très différentes. Virginie, seule femme du groupe, mariée, mère d’un jeune enfant et enceinte d’Aristide, semble perdue dans ses propres contradictions. Aristide, lui, s’accroche maladroitement à cet amour impossible. Quant à Erik, chef de groupe fatigué mais profondément humain, il apparaît comme une sorte de figure paternelle, celui qui tente encore de maintenir un équilibre moral.

Leur mission paraît simple, conduire un réfugié tadjik jusqu’à l’aéroport de Roissy afin de l’expulser. Mais très vite, ce trajet de quelques kilomètres va devenir un véritable séisme intérieur. Car le dossier de cet homme est clair. S’il retourne dans son pays, la mort l’attend probablement.

Et soudain, tout vacille.
À travers ce huis clos tendu et presque étouffant, Hugo Boris nous plonge dans la conscience de ces trois policiers. Chacun raconte sa vision du métier, ses convictions, ses blessures, ses doutes aussi. Derrière l’uniforme, il y a des êtres humains. Des hommes et des femmes qui appliquent les lois, certes, mais qui restent traversés par leurs émotions, leurs valeurs et leur propre morale.

Ce qui m’a profondément touché, c’est cette manière qu’a l’auteur de faire naître le doute presque silencieusement. Une mission ordinaire devient peu à peu une question de conscience. Jusqu’où peut-on obéir ? À partir de quand désobéir devient-il un acte profondément humain ?

Je m’étais demandé lors de ma première lecture ce que j’aurais fait à leur place. Aujourd’hui, je le sais.
Et c’est là toute la force de ce roman. Il nous oblige à nous interroger nous-mêmes. Hugo Boris ne juge jamais ses personnages. Il les regarde avec empathie, avec nuance, et nous laisse seuls face à nos propres contradictions.
L’écriture est sobre, précise, terriblement efficace. En quelques pages, l’auteur construit un roman choral d’une grande intensité émotionnelle, où chaque silence, chaque hésitation, chaque regard semble peser lourd.

Police est bien plus qu’un simple roman sur les forces de l’ordre. C’est un récit profondément humain sur la loyauté, la conscience et la désobéissance. Une lecture tendue, sensible et bouleversante.

Et vous… qu’auriez-vous fait à leur place ?

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Extraits :

« Le sang sur son treillis n’est pas le sien. Elle est intervenue sur une bagarre plus tôt dans la journée, se sera salie à cette occasion. Elle est seule dans le vestiaire, debout à côté du lavabo, jambes nues sur le carrelage, à fouiller parmi les pantalons de son casier.
Elle en passe un premier qui lui arrive à mi-ventre. Elle sait que le poids du ceinturon, de l’arme, du chargeur, des menottes et de la matraque fera redescendre le treillis au niveau des hanches. L’entrejambe traînera à mi-cuisse, si bas qu’elle aura l’air de porter un baggy, alors elle le laisse glisser à ses pieds, en pioche un autre dans la pile. »

« Elle envoie un message à Thomas, prévient qu’elle rentrera tard, rappelle de donner à Maxence ses gouttes de vitamine D et de lui plâtrer les fesses d’Aloplastine.
Elle s’était promis que sa vie ne changerait pas radicalement, qu’elle garderait du temps pour elle, ne se laisserait pas déborder. Sa mère, ses tantes, ses amies, peut-être, parce qu’elles avaient manqué de vigilance.
Mais elle n’y a pas coupé, elle non plus, sa vie a été retournée comme un sac. »

« Monsieur le Directeur,
Je tiens à porter à votre connaissance les difficultés d’interprétariat que j’ai rencontrées lors de ma convocation. Je précise que j’avais demandé à être entendu en tadjik, qui est ma langue maternelle. À l’entretien, l’interprète était un Ouzbek, je m’en suis rendu compte dès les premières phrases échangées et j’en ai été déstabilisé. Il maîtrisait mal la langue tadjike, ce qui m’a empêché de saisir précisément les questions qui m’étaient posées par l’officier. Je ne comprenais pas certaines tournures de phrases, des expressions entières. Je lui répondais en tadjik mais je ne vois pas comment il a pu traduire correctement mes réponses. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle « N’oublie pas de montrer ma tête au peuple », publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

Son premier roman, « Le baiser dans la nuque » (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

« La délégation norvégienne », son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît « Je n’ai pas dansé depuis longtemps ». L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, « Trois grands fauves » est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

En 2016, son roman « Police » est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.

Drame, Journalisme d'investigation, Sciences

La Guerre secrète contre les peuples

de Claire Séverac
Broché – 4 septembre 2015
Éditeur : KONTRE KULTURE

On nous dit que ce sont de simples avions de ligne… Dormez bien, braves gens, il ne se passe rien ! De ces traînées blanches laissées par des avions qui pulvérisent sur nos têtes des produits toxiques, transformant nos beaux ciels bleus en plafonds laiteux, au programme Haarp, officiellement destiné à permettre les communications longue distance, mais qui sert à bien d’autres fins… on nous ment sur tout. Le temps qui se détraque, les catastrophes météorologiques à répétition, dus au CO2 vraiment ? Des documents déclassifiés de l’armée, des experts repentis, des scientifiques intègres parlent, eux, de guerre climatique. Quelles meilleures armes que celles qui se dissimulent sous des phénomènes naturels ! Beaucoup d’entre nous ont entendu parler des diverses expériences de la CIA, toutes plus horrifiantes les unes que les autres. Mais combien savent qu’elles touchent le commun des mortels, que nous sommes tous victimes des armes bactériologiques, des implants, des nanoparticules, des mutations génétiques, des manipulations mentales, exposés aux perspectives terrifiantes ouvertes par le transhumanisme et l’eugénisme qui sont le but de nos élites ? Si nous ne nous y opposons pas, demain, ces nouvelles technologies au service des puissants feront de nous au mieux des pions, au pire des esclaves. Plus ou moins tenus secrets, ces projets revêtent tous un alibi humanitaire : la faim dans le monde, le réchauffement climatique, la santé, l’écologie, la sécurité… En réalité, ils obéissent tous au plan d’une oligarchie qui n’a plus besoin de toutes « ces bouches inutiles », comme ses membres nous appellent en privé, et qui se donne ouvertement comme objectif de réduire l’humanité à 500 millions d’individus. Le plus grand génocide de l’histoire est en marche dans la désinformation la plus totale.

La Guerre secrète contre les peuples de Claire Séverac est un ouvrage qui ne laisse clairement pas indifférent. Même en connaissant déjà une partie des sujets abordés, j’ai trouvé intéressant d’approfondir certaines réflexions et de découvrir le travail de recherche mené par l’autrice.

Dès les premières pages, j’ai compris que ce livre susciterait forcément des réactions opposées. Certains y verront une enquête courageuse, d’autres un ouvrage excessif ou controversé. Mais quoi qu’on pense des thèses défendues par Claire Séverac, je crois qu’elle avait au moins le mérite d’interroger notre époque et d’inciter chacun à se documenter, à réfléchir et à exercer son esprit critique. N’oublions pas que ce livre date de 2015.
À travers de nombreuses références, documents et exemples, un style percutant et un souci du détail, l’autrice aborde des thèmes sensibles. Les dossiers déclassifiés sont présentés de manière claire et accessible, et le contenu pousse vraiment à réfléchir. Les rapports entre pouvoir politique, industrie, santé, environnement ou encore contrôle des populations. Son écriture est directe, engagée, parfois alarmante, mais toujours portée par une volonté évidente de provoquer une prise de conscience chez le lecteur.

Ce qui m’a marqué, c’est l’impression de lire un livre écrit avec conviction, presque comme un cri d’alerte. Claire Séverac questionne notre rapport à l’information, aux médias, aux décisions politiques et à notre liberté individuelle. Elle pousse à regarder autrement le monde qui nous entoure, quitte à déranger certaines certitudes.
J’ai trouvé la lecture stimulante par les questions qu’elle soulève. Ce livre m’a surtout rappelé l’importance de ne jamais accepter une idée sans chercher à comprendre, vérifier ou croiser les sources.

Au-delà de son aspect polémique, La Guerre secrète contre les peuples est un ouvrage qui invite à la vigilance, à la réflexion personnelle et au débat. Une lecture troublante, parfois dérangeante, qui pousse à s’interroger sur notre époque et sur la manière dont nous construisons notre vision du monde.

Je rends hommage à ce travail titanesque, Claire nous propose un livre engagé, dense et passionné, qui invite à ouvrir les yeux et à se poser les bonnes questions.

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Extraits :

« Le monde dans lequel on croit vivre est totalement différent de celui dans lequel on vit vraiment. C’est une illusion entretenue par ceux qui commandent, à coup de stratagèmes immondes et de mensonges assez engageants pour nous faire encaisser, sans broncher, une réalité autrement inacceptable : une Éducation nationale conçue pour nous cacher le savoir, un système de santé fait pour créer des maladies, des marchés financiers pensés pour voler les richesses, un gouffre de l’“intégration” creusé pour produire la désunion. Ainsi, la civilisation est de plus en plus incivilisée et les valeurs républicaines sont chaque jour profanées par des dirigeants qui n’ont que ces mots à la bouche mais qui n’en respectent aucunement le sens ! »

« En 1970, les Britanniques, les Américains et les Russes avaient déjà admis qu’ils effectuaient des modifications climatiques; on sait maintenant que les Chinois, les Japonais, les Allemands et certains autres gouvernements possédaient également la technologie nécessaire ; et qu’après la Guerre froide, la guerre économique n’a pas rendu plus raisonnables ni plus humains les valets de l’Empire qui nous gouvernent. En tout cas, il y a une constante dans leurs agissements : ils jouent avec nos vies, ils jouent avec la vie de notre planète, mais ça ne nous regarde pas ! Pour des décisions aux implications aussi graves, nous ne sommes ni concertés ni tenus au courant. »

« Selon Paul Watson d’Infowars.com, les scientifiques fous de l’Institut Carnegie continuent d’employer l’argent des contribuables pour mener des essais et injecter différentes formes de sulfates dans l’atmosphère – toujours sous le prétexte fallacieux de refroidir la planète, comme le prouve un communiqué de presse de 2010 sur cette étude ! »

« Nous vivons dans une société totalement immorale et destructrice et nous en sommes tous responsables ; si ce n’est de l’avoir créée, au moins de la tolérer. Ce n’est pas une crise économique ni politique que nous vivons, c’est une crise des consciences : pourquoi acceptons-nous ? Qu’est-ce qui nous rend si aveugles, si stupides, si lâches ? La Terre, notre foyer dans l’Univers, où nous a été donné gratuitement tout ce qu’il faut pour permettre et protéger la vie, des milliers de merveilles, cadeaux pour notre seul plaisir, est attaquée, souillée, empoisonnée, détruite, et combien d’entre nous la défendent ? »

Claire Séverac, née le 9 avril 1948 à Béziers, est auteur compositeur de chansons et auteure de livres.
Née d’une mère Basque et d’un père occitan, elle a passé son enfance dans le sud entre l’Océan Atlantique et les montagnes des Pyrénées, et a commencé à écrire des poèmes très jeune.

À 16 ans, elle étudie les Sciences Politiques, puis rencontre des musiciens, et commence à écrire des chansons avec Charles Dumont (« No regrets »).
Elle est engagée pour une tournée en Russie et en Pologne, puis, lorsqu’elle rentre à Paris, elle est engagée pour chanter sur le paquebot « France » : c’est son premier voyage en Amérique.
Là bas, elle rencontre Paul Leka (« Love is blue », « Nana kissing goodbye »…) et travaillera 4 ans avec lui dans son studio d’enregistrement dans le Connecticut avec des artistes tels que Gloria Gaynor, Harry Chapin, Billy Swan, Stevie Wonder.
Elle commence à écrire ses premières paroles de chansons en anglais.
Elle revient à Paris et écrit des chansons avec Alain Barrière. Elle joue dans une comédie musicale « Let my people come » et enregistre son premier single : « I will never forget you ».

De 1985 à 1997, elle travaille à Los Angeles comme auteur compositeur. Elle travaillait également pour la presse et la communication.
Elle écrivait aussi des livres sur des sujets éclectiques notamment Comment devenir footballeur professionnel (2007), Complot mondial contre la santé (2010), ou encore La guerre secrète contre les peuple (2015).

Elle décède le 25 décembre 2016 d’un cancer digestif si fulgurant qu’il a peu de chances d’être naturel…

Émotion, Drame, Folie, Noir, Psychologie, Thriller psychologique

L’écume de tes yeux

de Pierre-Henri Murcia
Broché – 31 janvier 2026
Éditeur : Éditions localement transcendantes

Sam est l’acteur le plus désiré de sa génération. Clara est booktokeuse, elle fait et défait les succès littéraires depuis son hameau perdu dans le sud. Quand leurs regards se croisent, elle fait semblant de ne pas le reconnaître.

Et c’est le début du jeu.

Car entre eux s’installe une danse étrange : qui manipule qui ? Qui désire vraiment l’autre ? Et pourquoi ce qui devrait être simple — s’aimer — devient-il si compliqué ?

Un roman sur le désir et ses pièges. Sur l’orgueil qui nous empêche de voir clair. Sur ces jeux de pouvoir qu’on appelle parfois « amour ». Et sur ce qu’il faut perdre pour enfin se trouver.

Avec L’Écume de tes yeux, Pierre-Henri Murcia propose un roman aussi troublant qu’intelligent, qui dialogue ouvertement avec L’Étranger de Camus. Mais ici, là où Meursault restait enfermé dans son silence et son indifférence, Murcia choisit d’ouvrir la porte et d’explorer ce qui se cache derrière le vide.

J’ai donc suivi Sam Roman, un acteur célèbre chargé d’incarner Meursault dans une adaptation cinématographique de L’Étranger. Fasciné par cette figure de l’homme détaché de tout, Sam finit peu à peu par confondre son rôle avec sa propre existence. Égocentrique, souvent insupportable, il se construit un récit où plus rien ne semble avoir d’importance… et il s’enfonce dans ce rôle, plus il semble se perdre lui-même, jusqu’au moment où le réel finit par résister.

Autour de lui gravitent Clara, influenceuse littéraire au regard étonnamment lucide, et Kevin, ancien détenu devenu écrivain malgré lui. Entre désir, jalousie, manipulation et violence, le roman explore notre époque obsédée par l’image de soi et les récits que chacun fabrique sur les réseaux sociaux, ce besoin constant de fabriquer un récit valorisant de sa propre vie…
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la richesse philosophique du texte. Murcia questionne avec finesse le nihilisme, l’orgueil et cette tentation moderne de vouloir vivre sans conséquences. Pourtant, malgré la profondeur du propos, le récit reste fluide, tendu et très prenant. Et puis il y a Clara. Sans grands discours, simplement par sa présence et son regard sincère, elle devient une forme de résistance au vide intérieur de Sam. Elle rappelle que le réel existe encore, que les actes ont des conséquences, et qu’aucun être humain ne peut totalement échapper aux autres.

Alors oui, j’ai trouvé que ce n’était pas une lecture toujours confortable, ni un roman facile d’accès, surtout si l’on connaît peu l’univers de Camus. Mais j’ai aimé être bousculé par cette œuvre singulière, qui utilise la littérature pour interroger notre rapport au réel, aux autres… et surtout à nous-mêmes.

Merci à Cyril Soler-Bonnet pour cette proposition de lecture…

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Extraits :

« Ce matin-là j’étais complètement dans les vapes. Mon téléphone était saturé de messages. L’important c’était celui de mon agent, il voulait qu’on se voie au sujet d’un navet avec une chèvre dans le rôle principal. Je n’avais pas envie parce que je sortais d’un rôle très prestigieux, celui d’un héros de Balzac, et j’avais tout déchiré avec ce film. J’étais passé à un autre niveau, l’Himalaya du cinéma, et aussi je ne me suis jamais senti aussi seul de ma vie. C’était le sommet, le toit du monde social. Je n’avais plus envie de rien, même pas de jouer dans un navet. »

« Franck a tapé à ma porte. Il voulait sortir mais je n’ai pas voulu. Je n’aime pas être reconnu, j’attends toujours la nuit, l’heure des chats gris, sans lune de préférence. La célébrité, dans mon métier, c’est ce qui m’intéresse le moins. Ce que je voulais, avant d’être célèbre, c’est la vie, c’est toucher à tout. J’ai eu de la chance. Les portes se sont ouvertes naturellement. Je suis séduisant, intelligent, tout me réussit. Je voulais tout manger. C’est pourquoi j’aimais l’idée de devenir acteur, pour jouer des rôles et frissonner mille fois par jour. Mais je n’ai pas vu le piège, comment la gloire m’a sorti du monde. »

« Dans ma courte vie j’ai touché à tout. C’est ce que je voulais, toucher à tout. J’ai joué les adolescents perdus, j’ai joué les jeunes hommes ambitieux, les théorèmes irrésistibles du désir. Et maintenant je vais jouer le séducteur suprême, le mystère impénétrable de Meursault, ce minable. Ce rôle me va si bien que j’en suis effrayé. Malgré son triomphe, Meursault restera un minable. Et son histoire restera l’histoire d’un minable. Et il le sait. Je le sais. »

« Clara est une jeune femme cultivée, elle n’a rien à faire avec lui. Elle sait comment se tenir devant les immenses tableaux de Jérémy. Mais lui, Kevin semble gauche et veule, intimidé et timide. Il n’a pas l’habitude. Qu’est-ce qu’elle trouve à ce type ?
Elle est intriguée, mais pourquoi ? C’est vrai que son histoire a quelque chose d’unique, un ouvrier voyou qui fait de la prison pour de vrai et qui écrit un roman pour de vrai, c’est intrigant. Il ne joue pas à être ce qu’il est, il est vraiment ce qu’il est. Mais c’est lassant d’être toujours la même chose. Un jour ou l’autre, elle verra bien que ce type est limité, elle se lassera de son numéro de victime, de voyou devenu écrivain. »

Pierre-Henri Murcia est né en 1965 à Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis mais il a grandi du côté de Pézenas. Il est ouvrier du bâtiment et œuvrier en littérature. Entre deux chantiers de rénovation, il cherche le moyen de partager l’expérience de libération intérieure que lui a apporté l’anthropologie critique de René Girard. Mais comment rendre accessible une pensée théorique aussi complexe ? Et comment faire entendre la voix d’un penseur systématiquement marginalisé par les autorités cultu(r)elles ? La théorie mimétique de Girard dérange car elle est vraie : elle met à nu les mécanismes du désir et expose les arrangements confortables de notre culture. De pièces de théâtre et romans auto-édités en essais abscons, Pierre Henri n’a jamais désespéré de propager la lumière de cette vérité qui rend libre.
Après Comment rater sa vie de couple à coup sûr, il poursuit avec L’écume de tes yeux l’exploration de sa formule nouvelle pour court-circuiter les pré-requis culturels et la sourde censure des évidences officielles.

Drame, Fantastique, Polar, Suspense, Terroir, Violence

Sur la dalle

de Fred Vargas
Poche – 29 mai 2024
Éditeur : J’ai lu

– Le dolmen dont tu m’as parlé, Johan, il est bien sur la route du petit pont ?
– À deux kilomètres après le petit pont, ne te trompe pas. Sur ta gauche, tu ne peux pas le manquer. Il est splendide, toutes ses pierres sont encore debout.
– Ça date de quand, un dolmen ?
– Environ quatre mille ans.
– Donc des pierres pénétrées par les siècles. C’est parfait pour moi.
– Mais parfait pour quoi ?
– Et cela servait à quoi, ces dolmens ? demanda Adamsberg sans répondre.
– Ce sont des monuments funéraires. Des tombes, si tu préfères, faites de pierres dressées recouvertes par de grandes dalles. J’espère que cela ne te gêne pas. – En rien. C’est là que je vais aller m’allonger, en hauteur sur la dalle, sous le soleil.
– Et qu’est-ce que tu vas foutre là-dessus ?
– Je ne sais pas, Johan.

Avec Sur la dalle, Fred Vargas m’a une nouvelle fois entraîné dans un univers singulier, mais cette fois, Adamsberg quitte Paris pour rejoindre la Bretagne et le mystérieux village de Louviec, une petite bourgade millénaire qui devient bien plus qu’un simple décor, un personnage à part entière.

Dès les premières pages, j’ai senti l’atmosphère particulière des lieux m’envelopper. Les ruelles pavées, les maisons de granit, les voûtes romanes, les auberges aux allures de cloîtres… chaque pierre semble porter en elle le poids des siècles et des légendes. Fred Vargas utilise l’histoire locale avec une habileté fascinante pour construire son intrigue. Ici, il est question d’un fantôme boiteux dont la jambe de bois résonne sur les pavés avant chaque mort annoncée. Et forcément, impossible pour moi de résister à une ambiance aussi étrange et envoûtante.

Comme toujours chez l’auteure, j’ai retrouvé cette galerie de personnages incroyablement travaillés, parfois décalés, souvent touchants, profondément humains. Qu’ils soient attachants ou franchement agaçants, chacun possède ses failles, ses manies. Entre un sosie parfait de Chateaubriand et un bossu qui a perdu sa bosse, l’autrice s’amuse avec ses personnages tout en leur donnant une véritable profondeur.

Et puis il y a Adamsberg… ce commissaire nonchalant, intuitif, presque lunaire, que j’aime tant, au fil des enquêtes. J’ai retrouvé avec bonheur sa manière unique de réfléchir, de « pelleter les nuages », comme il le dit lui-même. À ses côtés, quelques membres emblématiques de son équipe reviennent également, notamment l’inoubliable Retancourt, toujours aussi impressionnante et définitivement ma préférée.

Ce que j’apprécie particulièrement chez Fred, c’est cet équilibre subtil entre intrigue policière, humour discret et immense humanité. Au-delà du crime à résoudre, elle raconte avant tout des histoires d’hommes et de femmes, avec leurs blessures, leurs contradictions et leurs secrets. Tout semble délicieusement alambiqué, les pistes se croisent, les intrigues s’entremêlent, et pourtant tout finit par trouver sa place avec une précision remarquable.

J’ai été captivé du début à la fin. Une fois encore, elle m’a promené là où elle le voulait sans jamais me laisser deviner l’identité du coupable. Et comme souvent avec ses romans, j’ai presque regretté que l’enquête se termine tant je me sentais bien dans cet univers étrange et familier à la fois.

Pour les lecteurs déjà amoureux d’Adamsberg, “Sur la dalle” est un vrai plaisir. Et pour ceux qui ne connaissent pas encore le commissaire le plus atypique du polar français, je conseillerais peut-être de commencer par ses premières enquêtes afin de savourer pleinement l’évolution de cette équipe hors norme.

Une lecture immersive, mystérieuse et profondément humaine, portée par une plume inimitable.

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Extraits :

« D’emblée, Adamsberg détesta ce type qui s’arrogeait tous les privilèges et la morgue de la richesse. Son visage lui déplaisait. C’était un type dur et arrogant, mince et de haute taille, qui les dévisageait de manière implacable pardessus ses verres cerclés d’or.
– Suivez-moi, je n’ai que quelques minutes à vous consacrer.
– Mais nous, dit Adamsberg en bloquant sa marche, nous avons besoin de plus que quelques minutes pour vous parler. »

« Adamsberg souriait. Qu’on le considère comme étrange – encore qu’il n’ait jamais bien compris pourquoi – ne le gênait en rien, mais croiser sur sa route d’autres dérèglements manifestes lui plaisait. Au moins n’était-il pas seul à “pelleter des nuages”. »

« Ici par exemple, beaucoup croient dur comme fer que si quelqu’un marche sur son ombre, et particulièrement la tête, cela porte atteinte à l’intégrité de ton âme et, à la longue, te fait mourrir. Beaucoup d’autres, la majorité, en rigolent et s’amusent à traverser les ombres. Des enfants surtout, qui jouent en groupe à sauter dessus jusqu’à ce qu’ils soient chassés à coups de claques. »

« Non, sa patience ne tiendra pas la route. Il doit la tuer, il veut tuer. Et pour satisfaire cette pulsion, il dressera un plan anti-flics et il commettra une erreur, l’erreur à ne pas faire. Si la prochaine victime vit au village, il est bloqué mais il tente audacieusement le coup. Et il est cuit. Si elle vit hors de Louviec, il se heurte au cordon de sécurité. Il devra donner son nom en sortant et en rentrant, et il se trahit. »

« Il s’ennuyait, très visiblement, mais ses collègues ne s’en inquiétaient pas, sachant depuis longtemps que le commissaire était très capable de vivre l’ennui sans que cela l’ennuie. »

Fred Vargas est née en 1957, il s’agit là de son nom de plume pour l’écriture de romans policiers. Passionnée d’archéologie, pendant toute sa scolarité, elle ne cesse d’effectuer des fouilles. Elle suit des études d’histoire, s’intéresse premièrement à la Préhistoire puis choisit d’orienter son parcourt sur le Moyen-Âge.

Fred Vargas a quasiment créé un genre romanesque : le Rompol. Avec 13 romans à son actif, tous parus aux Éditions Viviane Hamy, elle a été primée à plusieurs reprises notamment pour Pars vite et reviens tard qui se voit récompensé du Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2002, du Prix des libraires et du Deutscher Krimipreis (Allemagne). Fred Vargas a su créer des personnages étonnants et attachants. Le plus célèbre des commissaires vargassiens, Jean-Baptiste Adamsberg, et son acolyte, Adrien Danglard, constituent des personnages récurrents des ouvrages de l’auteur. Les livres de Fred Vargas sont traduits dans une quarantaine de pays et sont adaptés au cinéma ou la télévision.

Médiéviste et titulaire d’un doctorat d’histoire, Fred Vargas est chercheuse en Histoire et Archéologie au CNRS. Primés à plusieurs reprises, traduits dans plus de quarante langues, ses romans policiers sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie.

Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Philosophique

Trois lignes dans le journal

de Lyra Kiev
Poche – 11 juillet 2024
Éditeur : Éditions Baudelaire

Mariée, mère et grand-mère, Élise se sent seule et incomprise. Le monde va trop vite, elle ne comprend pas pourquoi les autres sont happés par leur propre vie sans penser à elle. Elle a ce sentiment amer d’avoir tout donné, et de n’avoir rien reçu en retour. Mais ses attentes sont-elles légitimes ? Il lui faudra faire face à bien des déceptions pour comprendre que la félicité est dans l’acceptation de la vie, et que c’est à elle d’agir si elle veut changer les choses. Cet ouvrage est un roman contemporain qui pose la question du sens qu’on peut donner au temps qu’il nous reste à vivre.

Trois lignes dans le journal de Lyra Kiev est un roman qui m’a profondément remué. Une lecture étrange, parfois inconfortable, presque douloureuse, au point où j’ai envisagé plusieurs fois de l’abandonner… et pourtant, il a fini par me faire un bien immense.

Élise est une femme d’une soixantaine d’années autour de qui tout semble graviter, ses enfants, sa petite-fille, sa maison, ses vêtements, son apparence. Mais très vite, derrière cette façade bien ordonnée, j’ai découvert une femme dure, égocentrique, souvent blessante. Je l’ai trouvée insupportable. Elle réveillait en moi des souvenirs, des émotions, des situations que j’avais moi-même connues. Certaines pages m’ont mis en colère. J’ai fermé le livre plus d’une fois avant de le reprendre, presque à contrecœur, en espérant malgré tout qu’un basculement finirait par arriver.

Et il est arrivé.
Je crois même avoir béni cette fameuse page 100, celle où quelque chose se fissure enfin dans la vie d’Élise. À partir de cet instant, le récit prend une autre dimension. Ce qui semblait secondaire devient essentiel. Les silences prennent du poids, les regards changent, les êtres existent enfin. Élise découvre peu à peu qu’elle a une famille, des voisins, des amies… des gens qu’elle côtoyait sans jamais réellement les voir ni les entendre.

Lyra Kiev m’a plongé alors dans des fragments de vie d’une grande justesse, sur près de deux années durant lesquelles Élise va lentement se transformer. Et j’ai suivi cette évolution avec émotion, parfois même avec tendresse. À travers elle, l’autrice m’a poussé à réfléchir sur le temps qui passe, sur notre manière d’aimer, de parler aux autres, de les écouter, ou pas. Elle interroge avec délicatesse la place que chacun occupe dans sa famille, dans son couple, dans sa propre existence. Ce roman m’a amené à me recentrer sur moi-même, à questionner ce qui compte vraiment au quotidien. Derrière cette histoire de famille apparemment ordinaire se cachent des thèmes universels, la solitude, la vieillesse, la fin de vie, les blessures invisibles, mais aussi notre rapport au vivant.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la fluidité avec laquelle Lyra Kiev fait vivre tous ses personnages, tissant peu à peu un récit profondément humain.
Il m’aura fallu 99 pages pour comprendre où l’autrice voulait m’emmener. 99 pages pour réaliser qu’Élise n’était peut-être pas seulement un personnage, mais aussi un reflet de certaines parts de nous-mêmes. Ces parts fatiguées, enfermées, qui ne demandent qu’à se réconcilier avec la vie.

Ce roman a agi sur moi comme un électrochoc doux et nécessaire. Une lecture troublante, philosophique, profondément humaine, arrivée exactement au bon moment.
Merci, Lyra, pour cette histoire qui m’a autant bousculé que réparé.

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Extraits :

« Le chat de la voisine la rappela à la réalité en filant entre ses jambes; il manqua de la faire tomber: il ne voulait pas rester enfermé. Elle poussa un cri de surprise et resta hébétée deux secondes. Puis elle referma la porte d’entrée (après avoir vérifié deux fois que le gaz était coupé et la porte-fenêtre verrouillée), mit soigneusement le trousseau de clés dans la poche intérieure de son sac à main et leva le nez au ciel: non, il ne pleuvait pas. Elle hésita un instant puis se ravisa et pendit le parapluie fermé à son bras en pensant “Dieu fasse que je n’aie pas besoin de toi”.
— Élise, tu viens ou quoi! s’impatienta François. Ça fait un quart d’heure que je t’attends ! »

« — Téléphone ! hurla François sans bouger de devant la télévision.
— Je prends ! répondit Élise en se précipitant, et manquant de tomber, trébuchant sur une de ses pantoufles marron.
François haussa les épaules; il ne décrochait jamais, de toute façon. Il se contentait de crier “téléphone” à chaque fois qu’il sonnait, mais assez fort pour couvrir la sonnerie, au volume maximum. Élise avait si peur de rater un appel… »

« Les chats ont des attirances naturelles pour les gens déprimés, répondit Caroline d’une voix blanche. Je l’ai lu dans une revue chez le docteur. Celui-ci est venu spontanément vers moi, alors que je ne peux généralement jamais l’approcher… soupira-t-elle. »

« — Cet argent qui est à moi n’est pas qu’à moi. Je fais partie de l’humanité, il appartient à l’humanité aussi. L’argent amassé qui pourrit dans les banques n’aide que les riches à s’enrichir. Mes enfants sont à l’abri du besoin, je peux, donc je dois aider d’autres enfants, même s’ils ne sont pas les miens. Il faut sortir de cette notion de famille, de clan, de caste. Nous sommes tous frères. Cet enfant est aussi important que l’un des miens. »

« Pourquoi ?
Pourquoi les gens ne se réveillaient pas comme elle, pourquoi tout le monde n’allait pas chercher un enfant, rien qu’un ? Un chacun.
Pourquoi vivaient-ils comme des automates, pare-chocs contre pare-chocs le soir en sortant du travail, le samedi pour faire les courses, l’été pour partir en vacances, dans leur cercueil de fer ?
Pourquoi ne voyaient-ils pas plus loin que le bout de leur capot, que la clôture de leur jardin, que la limite de leur cercle familial ? »

Originaire du sud-ouest de la France, Lyra Kiev est passionnée de poésie, de mythes, de contes et de littérature classique. Elle écrit depuis ses douze ans, des poèmes, des nouvelles et des romans empreints d’héroïsme, de lyrisme et d’espoir. Elle s’est distinguée en remportant en 2021 le 2e prix d’un concours de nouvelles, avec sa réécriture du mythe d’Apollon et Daphné, et aspire à emmener ses lecteurs dans le monde merveilleux qu’on peut trouver à travers les choses simples du quotidien.

Bouffée d'oxygène, Humour, Polar, Psychologie, Suspense

Spritz, cadavres et chocolats

de Juliette Sachs
Poche – 21 mai 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Un cocktail d’humour et de suspense, addictif et explosif.

Entre son incapacité chronique à garder un emploi plus de six mois et ses relations amoureuses catastrophiques, Emma, 30 ans, semble plus proche de l’adolescente rebelle que de l’adulte responsable.
Désespérée, sa mère multiplie les ruses pour lui présenter de potentiels soupirants. Tout dérape le jour où deux d’entre eux sont retrouvés morts dans de mystérieuses circonstances. Pour la police de ce petit coin de Normandie, le doute n’est pas permis, Emma est la suspecte numéro un.
Déterminée à prouver son innocence, la jeune femme se transforme en détective amateur. Mais avec un inspecteur Verdin aussi inflexible que psychorigide et une famille omniprésente, l’affaire s’annonce corsée… et sérieusement mouvementée.

Avec ce cosy mystery à la française, Juliette Sachs signe la première enquête d’Emma Cordier, une héroïne drôle et délicieusement imparfaite.

Lorsque les éditions Taurnada m’ont proposé Spritz, cadavres et chocolats de Juliette Sachs, un détail a immédiatement éveillé ma curiosité, ce fameux terme de “cosy mystery”. Je dois bien l’avouer, avant même d’ouvrir le livre, j’avais déjà un premier mystère à résoudre !

Dès les premières pages, je suis tombé sous le charme de la plume de Juliette Sachs. Drôle, lumineuse, vive, mais aussi pleine de sensibilité. Très vite, je me suis laissé embarquer dans cette histoire fraîche et pétillante portée par Emma, héroïne aussi attachante qu’exubérante. Le choix du récit à la première personne fonctionne parfaitement. J’ai eu l’impression d’entrer immédiatement dans la tête d’Emma, de partager ses pensées, ses maladresses, ses angoisses et surtout son humour. Impossible de ne pas sourire devant ses réactions souvent excessives, mais tellement humaines.
Emma est une trentenaire qui cherche encore sa place dans la vie. Elle enchaîne les petits boulots, refuse de rentrer dans les cases, et voit avec lassitude sa mère organiser pour elle des rendez-vous amoureux plus catastrophiques les uns que les autres.

Sa mère, justement… quel personnage !
Envahissante, autoritaire, persuadée que sa fille finira vieille fille si elle ne lui trouve pas rapidement un mari “convenable”. Entre elles, les étincelles sont constantes, et j’avoue avoir pris énormément de plaisir à assister à leurs échanges savoureux.

Mais lorsque deux hommes présentés par sa mère quelques jours plus tôt sont retrouvés morts, tout bascule brutalement. Emma devient rapidement la suspecte idéale.
Pour éviter la catastrophe, elle décide alors de mener sa propre enquête, souvent de manière totalement improvisée. Et bien sûr, les situations absurdes, les quiproquos et les catastrophes s’enchaînent avec un naturel désarmant.

Heureusement, l’inspecteur Verdin entre dans la danse. Sérieux, méthodique, parfois franchement agaçant, il apporte un contrepoint parfait à l’énergie débordante d’Emma. Leur duo fonctionne à merveille et donne au récit un rythme particulièrement dynamique.

J’ai adoré cette ambiance cosy où l’humour côtoie le mystère sans jamais tomber dans la caricature. L’intrigue reste légère mais suffisamment bien construite pour maintenir le suspense jusqu’au bout et quel suspense !

Les dialogues sont savoureux, les personnages hauts en couleur, et l’ensemble dégage une énergie communicative.
Spritz, cadavres et chocolats est exactement le genre de lecture qui fait du bien. Drôle, entraînante, pleine de charme et terriblement addictive.

Un vrai moment de plaisir que je n’ai pas vu passer, une belle découverte…
Un grand merci à Joël Maïssa de Taurnada éditions !

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Extraits :

« Qu’ai-je bien pu faire de mal dans une vie antérieure pour naître dans une famille aussi cinglée ? J’égorgeais des chatons les soirs de pleine lune ? Ou alors j’ai buté une licorne. Il y a forcément une explication. »

« En désespoir de cause, je me relève et arpente ma prison de long en large. Si le dictionnaire a besoin d’une illustration pour l’expression « tourner comme un lion en cage », on peut afficher ma photo. »

« – Je peux vous demander de m’expliquer ce que vous faites sur cette fenêtre ?
– Je rentre chez moi.
– Par la fenêtre ?
– Eh bien, oui, par la fenêtre. Depuis quand les portes sont-elles devenues le seul mode d’entrée autorisée ?
La tête du gars me chiffonne et il me fixe comme si je venais de lui expliquer que la terre était plate. »

« Décidément, ce type me plait. Je crois qu’il pourrait bien être mon prochain ex. »

Juliette Sachs habite en région parisienne, mais demeure très attachée à la Bretagne dont sa famille maternelle est originaire. Après des études de droit à Assas, elle exerce le métier de juriste dans une grande entreprise. Elle a également travaillé quelques années dans le domaine de l’innovation.

Depuis toute petite, elle dévore tous les livres qui lui passent sous la main, avec une préférence pour les romans à suspense et les comédies. C’est donc tout naturellement qu’elle a décidé en 2017 de se lancer dans l’écriture de son premier roman On n’attire pas les hirondelles avec du vinaigre (2019), une comédie romantique, mêlant l’humour et le suspense. Elle récidive ensuite avec plusieurs autres romans édités entre autre chez Harper Collins et City éditions. En 2023, elle publie aux éditions Eyrolles Petits mystères en campagne, un roman mêlant le genre feel-good et le cosy mystery.

Outre les livres, elle est également passionnée par les nouvelles technologies et la photographie.

Juliette Sachs partage son temps entre la région parisienne et la Normandie.

Page Facebook :
http://www.facebook.com/JulietteSachs.auteure

Drame, Fantastique, Frisson horreur, Thriller psychologique

Les croassements de la nuit

de Douglas Preston & Lincoln Child
Poche – 4 mai 2016
Éditeur : J’ai lu

Medicine Creek, localité paisible du Kansas. Quand le shérif Nazen découvre le cadavre dépecé d’une inconnue au milieu d’un champ de maïs, il se demande s’il ne rêve pas : le corps est entouré de flèches indiennes sur lesquelles ont été empalés des corbeaux. OEuvre d’un fou ? Rituel satanique ? Il faut le flair de Pendergast, l’agent du FBI, pour comprendre que cette sinistre mise en scène annonce une suite.L’épouvante saisit les habitants de la petite ville, mais pour Pendergast, il ne fait pas l’ombre d’un doute que le tueur est l’un d’eux…

Quel plaisir de retrouver une nouvelle fois l’univers de Douglas Preston et Lincoln Child, ainsi que leur fascinant inspecteur Pendergast… Avec Les croassements de la nuit, je me suis replongé avec bonheur dans une enquête sombre, inquiétante et totalement addictive.

Dès les premières pages, l’atmosphère m’a happé. Un crime sauvage est découvert au milieu d’un champ de maïs, dans une petite ville agricole perdue au cœur de l’Amérique profonde : Medicine Creek. Très vite, la tension devient palpable. Pendergast, officiellement en repos après les événements de La chambre des curiosités, se retrouve malgré lui entraîné dans cette affaire aussi brutale qu’inexplicable.
J’ai adoré le décor choisi par les auteurs. Cette campagne américaine, conservatrice et refermée sur elle-même, cache sous ses apparences tranquilles une foule de secrets et de rancœurs. Les fermiers luttent pour survivre face à l’industrie agroalimentaire, les marginaux sont rejetés, et chacun semble dissimuler quelque chose.

Comme toujours avec Preston et Child, les descriptions sont extrêmement précises. Les scènes de crime, notamment, sont détaillées avec un réalisme parfois glaçant. J’avais l’impression d’être aux côtés de Pendergast, au milieu des champs, de la poussière et des silences lourds de menace.
Mais ce qui m’a particulièrement marqué dans ce roman, c’est la présence de Corrie Swanson. Cette adolescente autochtone, rebelle, abandonnée par son père et vivant avec une mère alcoolique dans un mobile-home, apporte une vraie fraîcheur au récit. Derrière son insolence et son humour, elle cache une profonde solitude qui m’a beaucoup touché. La relation qui se construit entre elle et Pendergast fonctionne merveilleusement bien. Elle devient peu à peu son assistante improvisée, le conduisant dans ses investigations à travers la région. Ensemble, ils vont fouiller le passé trouble des habitants de Medicine Creek afin de comprendre qui se cache derrière ces meurtres atroces.

L’enquête est haletante, tendue du début à la fin. Le suspense monte progressivement jusqu’aux derniers chapitres, particulièrement oppressants. Entre superstitions indiennes, secrets enfouis et horreurs indicibles, les auteurs construisent un thriller redoutablement efficace.

Impossible pour moi de refermer ce livre avant d’en connaître le dénouement.
Les amateurs de Pendergast retrouveront ici tout ce qui fait le charme de la série : une ambiance sombre, une intrigue intelligente, des personnages marquants et ce mélange si particulier entre enquête classique et étrangeté presque surnaturelle.

Une aventure captivante, inquiétante et terriblement divertissante.

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Extraits :

« Le légiste releva le drap très lentement, laissant apparaitre le cadavre gonflé de Stott dont les chairs se détachaient des os.
Hazen avait détourné machinalement les yeux; honteux, il se força à regarder le corps. Il avait vu pas mal de choses répugnantes dans sa vie, mais jamais rien d’aussi éprouvant. la peau s’était déchirée au niveau du torse, comme si elle avait rétréci, laissant échapper des lambeaux de chair. »

« Dans toutes les enquêtes qu’il lui avait été donné de mener par le passé, l’inspecteur s’était toujours efforcé de comprendre son adversaire afin de mieux anticiper ses réactions, mais cela lui était impossible dans le cas présent. La logique du meurtrier ne correspondait à aucun schéma connu, et il ne s’était jamais senti aussi éloigné de la psychologie d’un assassin. Pour la première fois de son existence, l’inspecteur Pentergast se sentait démuni. »

« Corrie, était au bord des larmes. pour une fois que sa vie l’intéressait, pour une fois qu’elle rencontrait une personne digne de respect et d’admiration, pour une fois qu’elle prenait tout simplement plaisir à ce lever le lever le matin, voilà qu’on la renvoyait à la médiocrité de son quotidien. Malgré tous ses efforts, elle ne put empêcher une larme de rage et d’impuissance de rouler sur sa joue. Elle s’empressa de l’essuyer du revers de la main. »

« Smit Ludwig, installé au comptoir chez Maisie, remuait machinalement sa cuillère dans sa tasse de café. Il avait à peine touché sa tourte de viande. Il était plus de six heures et il n’avait pas encore rédigé une ligne. Cette histoire le dépassait, ou bien alors c’est qu’il ne faisait pas le poids. À force de faire le compte rendu des foires agricoles et autres chiens écrasés, il avait peut-être perdu la main. Si tant est qu’il l’ait jamais eue. »

« Elle lui tendit le livre et Pendergast eut le temps d’entrevoir l’illustration. Le livre était tout taché et déchiré, mais l’inspecteur reconnut aussitôt un tableau qu’il ne connaissait que trop bien. Il recula d’un pas, saisi par cette révélation. »

Le duo américain formé par Douglas Preston et Lincoln Child a bâti, en près de trente ans de carrière, un univers aussi cohérent que foisonnant, dominé par l’agent spécial Pendergast et agrémenté de personnages hauts en couleur tels que Gideon Crew, Nora Kelly ou encore Constance Greene, entre autres. Leurs romans sont devenus des classiques du thriller contemporain et se prêtent particulièrement bien au format audio.
Un duo d’auteurs devenu une véritable marque

Douglas Preston est né en 1956 à Cambridge, dans le Massachusetts. Avant de se consacrer pleinement à l’écriture, il travaille de nombreuses années au musée américain d’Histoire naturelle de New York. Ce décor, qu’il connaît intimement, deviendra le théâtre de certains des plus grands frissons de leur œuvre, à commencer par « Relic ».

Lincoln Child, né en 1957 dans le Connecticut, est d’abord éditeur chez St. Martin’s Press, où il lance notamment une collection dédiée à l’horreur. Il devient ensuite analyste, puis se consacre lui aussi à l’écriture. La rencontre entre les deux hommes débouche, au milieu des années 1990, sur un projet commun : un thriller se déroulant dans les coulisses d’un grand musée new-yorkais.

Ce sera « Relic », publié en 1995, et rapidement traduit en français. Avec ce premier roman, Preston & Child posent les bases de ce qui deviendra leur signature : un mélange de roman policier, de thriller scientifique et d’horreur, porté par un sens aigu du rythme et du suspense. C’est aussi la première apparition d’Aloysius Pendergast, agent du FBI au look de gentleman du Sud, qui deviendra le fil rouge d’un vaste cycle romanesque.

Depuis, le duo a publié plusieurs dizaines de titres, dont une majorité de thrillers centrés sur des crimes mystérieux, des expériences scientifiques qui dérapent et des secrets enfouis qui ressurgissent au pire moment.

Humour, Polar, Psychologie, Suspense

Noir Poker Blanches Colombes

de Alain Tardits
Broché – 15 avril 2026
Éditeur : Phare et Lampions

Décembre 1983, de retour de Thaïlande, Frédéric Taquin se voit comme un miraculé : il a perdu vingt kilos au bas mot, sa santé et sa confiance, mais a sauvé sa peau. Mieux, il est revenu à Paris avec la jeune danseuse qui l’a tiré d’un sacré bourbier. Leur idylle lui permet de reprendre pied dans son agence de détectives. Il enchaîne les affaires courantes : adultères, soupçons d’arnaques, fraudes, etc.
Lorsqu’une dame « de la haute » frappe à sa porte, c’est pour un tout autre type de mission.
Son fils n’a plus donné signe de vie depuis plusieurs mois. Fuyant la justice française, il s’est réfugié là où le rêve américain commence pour certains et se termine pour beaucoup d’autres : Las Vegas.
Notre détective y débarque avec très peu d’atouts dans son jeu : de rares contacts qui s’en foutent, des pistes en forme d’impasses et une aversion pour les joueurs de poker. Dans cette ville de tous les contrastes, il croise une galerie de personnages dubitatifs qui comprendront à leurs dépens qu’il n’a pas fait le voyage pour rien.
Les States sont prévenus et n’ont qu’à bien se tenir : Frédy Taquin is back !

Retrouvez Frédy Taquin dans une nouvelle enquête aventureuse,
où embrouilles, dépaysement et humour sont de nouveau au rendez-vous !

J’ai découvert la plume de Alain Tardits en août dernier avec Un escroc dans les klongs, un polar qui m’avait surpris par son ton incisif, ses dialogues mordants et cet humour à contre-courant. Une vraie bouffée d’air dans un genre parfois trop balisé.

Alors forcément, quand Élias Achkar m’a proposé de découvrir la suite : Noir Poker Blanches Colombes, je n’ai pas hésité longtemps. J’avais envie de retrouver Frédéric Taquin, ce détective privé un peu cabossé, et de voir jusqu’où il pouvait encore aller.

Je le retrouve à Paris en décembre 1983, revenu de Thaïlande, marqué, fatigué, mais debout. À ses côtés, une danseuse qui semble vouloir lui offrir autre chose, une forme d’échappée. Lui, pourtant, reprend le fil de sa vie, bancal, presque résigné… jusqu’à ce qu’une nouvelle affaire le pousse à repartir.
Direction Las Vegas, là où tout lui paraît possible. Une disparition. Le fils d’un député. Peu d’indices. Et cette impression constante d’entrer dans une partie où tout le monde connaît déjà les règles… sauf lui.

Très vite, je sens que rien ne sera simple. À Las Vegas, chacun joue un rôle. Chacun bluffe. Et Taquin, lui, avance autrement. Il ne cherche pas à briller. Il encaisse, il doute, il s’accroche. Il avance à sa manière, lentement, parfois à contretemps. Et c’est précisément ce qui le rend profondément humain.
Ce qui me marque, c’est cette façon qu’a l’auteur de détourner les codes du polar. Oui, l’enquête est là, solide. Mais elle est traversée par une ironie sèche, quasi constante, presque désabusée. Les personnages sont troubles, jamais là où on les attend. Et moi, lecteur, je me laisse prendre dans ce jeu d’ombres où rien n’est totalement fiable. Frédéric Taquin n’est pas un héros. Il ne cherche pas à l’être. C’est un survivant. Et dans cet univers, ça change tout.

Certains lecteurs trouveront peut-être que le récit souffre de quelques longueurs. Pour ma part, je ne partage pas cet avis.
Au contraire, je pense que ces passages plus étirés, qu’ils soient intentionnels ou non de la part de l’auteur, insufflent un rythme particulier à l’intrigue. L’écriture frappe quand il le faut, ralentit quand c’est nécessaire, elle est précise, tendue et épouse parfaitement le rythme du récit, un rythme qui lui correspond parfaitement.
Je me laisse porter par cette ambiance noire et poisseuse, entre un Paris fatigué et un Las Vegas presque irréel. Je croise une galerie de personnages étranges, parfois dérangeants, mais qui restent crédibles. Et je reste accroché à ce fil, discret mais solide, qui ne cherche jamais l’esbroufe. Je referme ce roman avec le sentiment d’avoir vécu une enquête à hauteur d’homme. Une histoire qui mise sur l’atmosphère, sur les failles, sur la psychologie plus que sur le spectaculaire.
Je valide pleinement ce second opus, qui peut d’ailleurs se lire indépendamment du premier sans difficulté.

Un polar noir comme je les aime, rugueux, sincère, habité.

Merci à Élias Achkar pour cette lecture, et à Alain Tardits pour cette suite que je n’aurais vraiment pas voulu manquer.

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Extraits :

« À part mes os, comme je l’ai déjà dit, je n’ai rien sauvé de cette mission. Seulement la frousse me colle à la peau, en s’y incrustant. Au bout d’une quinzaine de minutes, des passagers attrapent leurs valises avec entrain. Coup d’œil circulaire, aucun espion en vue, on bouge. Naga a la moitié de mon âge et je sens qu’elle me trouve ridicule. Loin de partager son insouciance, moite de sueur, je m’approche de l’ultime barrière : un groupe de gendarmes stationnés devant la porte de sortie, occupés à reluquer les jolis petits culs et les grosses valises.
Qu’on ne s’y trompe pas, ils sont surtout spécialisés dans les grosses valises et repèrent rapidement un double fond. In-croyable, personne ne nous remarque. »

« Estelle a rempli son contrat, notre agence tourne.
Pendant mon absence, notre chiffre d’affaires a amorcé une remontée. Ce qui m’épate dans un premier temps, car Estelle est une excellente secrétaire, dotée d’un flair légendaire, mais elle n’a aucune formation de flic ni d’enquêteur. Elle ne connaît rien à l’art de la filature, de la prise de vues, du close-combat, elle n’a pas de licence de port d’armes, seulement un joli sourire désarmant et une ceinture noire en pâtisserie. Alors comment se fait-il qu’elle n’ait pas bu la tasse ? Quelque chose remplace son inexpérience: l’autorité naturelle. Pendant mon silence prolongé, elle a ouvert un annuaire professionnel et a découvert qu’il existe à Paris une université qui prépare aux métiers d’enquêteurs. Les universités ont des tas de filières bizarres. Elle y a fait un tour. »

« On se met au boulot et après une semaine d’enquête, il s’avère que l’industriel a une fortune d’un million de francs. Fils unique, veuf, sans enfants, mort complètement solitaire à l’âge de soixante-dix-huit ans. Tout est confirmé. Pas un chat à l’enterrement, bonjour les recherches. Estelle s’en empare, la généalogie est sa véritable passion, avec le jardinage, la pâtisserie sans sucre, les comédies de Molière, celles de Pirandello et le dressage de chiens. »

« Pas le temps de trouver une répartie, elle me prend la main comme on tire un chien par sa laisse et m’entraîne dans la file d’attente d’une disco. Loanie déboîte et dépasse tout le monde, souveraine. Les videurs nous dévisagent, ‘un d’eux leur fait un signe d’apaisement et nous ouvre la porte en adressant un clin d’œil à ma compagne. À l’intérieur on se marche dessus et cela ajoute à l’ambiance. Le nombre de décibels nous empêche de communiquer, aucune importance Loanie se rue sur la piste de danse, laisse tomber son sac à main entre ses jambes et se trémousse en mimant un orgasme; deux heures durant. Pendant de rares pauses, elle achève de se bourrer la gueule à la bière. »

Né à Paris, Alain Mendou Tardits a vécu une partie de son enfance au Cameroun, d’où il a rapporté des souvenirs et son deuxième prénom. En France, il a laborieusement obtenu une licence de littérature américaine, qui lui a ouvert les portes de nombreux métiers : moniteur de boxe, vendeur de fringues, joueur de poker, homme sandwich, conteur, organisateur de tournois d’échecs et de spectacles, etc.
Il alterne depuis entre sketches, scénarios, contes historiques, et maintenant, romans policiers.

Drame, Journalisme d'investigation, Psychologie, Violence

LIGNE ROUGE

de François Chevallier
Broché – 21 février 2026
Éditeur : autoédition

Antoine Blondel, 50 ans, ancien flic devenu détective privé est engagé par un haut fonctionnaire en retraite pour rouvrir le dossier de sa fille Louise. Etudiante à Sciences Po, engagée à l’extrême gauche, elle a disparu cinq ans plus tôt. Antoine est bientôt rejoint par Vincent Le Goff, 26 ans, journaliste de terrain pour le magazine d’investigation controversé Ligne Rouge.

La piste d’un réseau de trafic de mineurs se dessine derrière le paravent d’une idéologie progressiste, avec la complicité des institutions. D’auditions en filatures, de la banlieue à la province, l’enquête mobilise toute l’équipe du journal, ainsi qu’un hacker lanceur d’alerte et un avocat à contre-courant. Elle poussera jusqu’à Bruxelles et Budapest, se transformant bientôt en séisme politique.

Quant à Antoine et Vincent, ils forment bientôt un duo aussi inattendu qu’incandescent.
Entre ces deux hommes que tout oppose – l’âge, l’expérience, le caractère — se tisse un lien puissant que ni l’un ni l’autre n’avait prévu.

Un récit immersif et transgressif, à mi-chemin entre Millénium et Houellebecq, ciselé dans une écriture nerveuse, sensorielle et cinématographique. Le roman noir politiquement incorrect que la fiction française contemporaine n’avait pas encore osé écrire.

Dès les premières lignes de LIGNE ROUGE de François Chevallier, je me suis retrouvé happé par une atmosphère sombre, pesante, presque suffocante. Une tension qui ne m’a plus quitté jusqu’à la dernière page. Je découvre ici un nouvel auteur, et très vite, j’ai été marqué par son style. Direct, percutant, extrêmement visuel. Son écriture, efficace, sans détour, qui ne cherche jamais à adoucir ce qu’elle a à dire, à été pour moi un grand plus, à travers les pages.

Je me suis alors plongé dans une intrigue dense, portée par des personnages solides. Antoine, d’abord, flic à l’ancienne, homme cabossé, père maladroit qui s’est peu à peu éloigné de ses enfants. Puis Vincent, journaliste engagé, qui enquête pour un média incisif, Ligne Rouge, entouré d’une équipe prête à faire éclater des vérités dérangeantes. Leur rencontre va les entraîner dans une affaire aussi sombre que troublante. Une disparition ancienne, des enfants vulnérables instrumentalisés, et surtout un système opaque où tout semble organisé pour que rien ne remonte à la surface. Ensemble, ils creusent, avancent, malgré les menaces, malgré les pressions, y compris venues de sphères censées protéger.
Et ils ne sont pas les deux seuls à porter l’intrigue !
Je peux vous assurer que tous les personnages présents dans ce livre ont un “vrai” rôle à jouer dans cette enquête tendue, immersive, où chaque piste ouvre sur un gouffre plus profond encore. Mais au-delà du polar, le roman porte aussi des messages forts, parfois clivants. Certains passages m’ont mis mal à l’aise, d’autres m’ont interrogé, parfois même dérangé. Pourtant, je pense qu’il est important de lire aussi ce qui bouscule, ne serait-ce que pour mieux comprendre… mieux contester…

Le roman de François m’a emmené bien au-delà d’une simple enquête. Des beaux quartiers parisiens aux capitales européennes, en passant par des zones plus troubles, il dessine une toile inquiétante, faite de silences, de complicités et d’aveuglements.
Ce qui m’a marqué, c’est aussi la relation entre les deux hommes. Qui peu à peu apprennent à se comprendre, à se compléter. Comme un vieux lion qui veille sur un jeune loup. Une alliance inattendue, mais essentielle. Car au fond, je reste convaincu que, quelles qu’elles soient, nos différences sont une richesse, elles devraient être un point d’équilibre, et non une fracture.

L’intrigue est riche, parfois foisonnante, la narration nerveuse, non linéaire, et l’ensemble dégage une énergie brute. François Chevallier propose un roman noir qui sort clairement des sentiers battus, un texte qui m’a dérangé autant qu’il m’a captivé.
Tout ne m’a pas forcément convaincu, mais l’intensité, l’audace et la force du propos l’emportent largement.
Pour moi, un polar engagé, troublant et indéniablement marquant.

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Extraits :

« Jean-Louis Berger portait un costume trois pièces anthracite, une cravate prune, des souliers noirs aux reflets discrets. Ses cheveux gris, soigneusement disciplinés, encadraient un visage où la fatigue s’était muée en autorité. Le regard d’un homme qui a appris à ne rien laisser paraître. Il avait dû être beau. Il l’était encore, à la manière de ceux que la douleur polit au lieu de les briser.
Il ne proposa pas de café. Juste un geste bref vers le fauteuil. Antoine Blondel s’assit sans un mot. »

« Antoine Blondel sortait de la salle. Une heure de boxe anglaise, sans musique, sans miroir, sans commentaire. Rien que le sac, la sueur, la corde, le souffle. Une manière de rester vivant, de différer la décrépitude. Il avait bientôt cinquante ans sur les papiers, dix de moins sur le ring, dix de trop au réveil. Mais tant que son poing claquait juste, il gardait la main sur le fil.
Il s’était douché sans traîner, les muscles encore vibrants. Pull gris clair sur chemise blanche, col déboutonné, cou dégagé. Pas de veste. Pas de parfum. Juste l’odeur du savon de Marseille, du cuir de son sac et d’un corps tenu. »

« Et voilà qu’à trente-deux ans, il était devenu rédacteur en chef du magazine Ligne Rouge. Un mensuel d’opinion, étiqueté complotiste ou extrême droite par réflexe.
Pas de compromission, pas de chantage. Les sujets que d’autres évitaient, ils les traitaient – frontalement, avec dossiers, visages, chiffres. Ça parlait d’insécurité, d’islamisme, de corruption, de justice à deux vitesses, de dérives progressistes, le tout sans prendre de gants.
Pas de comité de rédaction pléthorique: juste un cercle restreint, une escouade de rédacteurs à poil dur, tous jeunes, parfois repentis d’une gauche d’avant. Format vidéo soigné, esthétique sobre, presque ascétique. Pas de slogans, pas d’envolées lyriques. Le calme, le regard, l’enquête. »

« — Je bois du vin rouge, je mange de la viande et je fume des clopes. Je fais le con à table, je dis Mademoiselle et je regarde les jambes des femmes dans la rue. J’en ai même baisé quelques-unes, et en plus, elles en sont pas mortes. Moi, j’appelle ça vivre. Mais tout ça, aujourd’hui, c’est archive ou délit.
Il se leva d’un coup et arpenta la pièce.
— Je suis un ancien modèle, tu comprends ? Périmé, bientôt interdit à la vente. Pour eux, je suis classé « toxique ». Eux, ils rêvent d’un monde pastel, sans odeur, sans bruit. Un monde sans viande, sans vin, sans clope, sans fessée. Où les hommes demandent pardon d’avoir des épaules. »

« C’est particulièrement courageux de témoigner ainsi, à visage découvert, devant des millions de téléspectateurs. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Perrine releva légèrement le menton.
— Si je me taisais, ou si je me cachais, cela voudrait dire que j’ai honte. Ou que j’ai peur. Or je n’ai rien à me reprocher. Et ils ne pourront jamais me faire pire que ce qu’ils m’ont déjà fait.
Elle se tourna vers la caméra.
— Je ne veux plus me taire. Je veux que les autres sachent qu’on peut parler. »

Psychologue de profession, François Chevallier a beaucoup travaillé sur les questions d’embrigadement et d’emprise sectaire, d’identité masculine ainsi que de fragilisation des repères dans l’Occident contemporain. Ayant longtemps exercé au coeur du XI° arrondissement de Paris, les tragédies collectives de Charlie Hebdo et du Bataclan, qu’il a vécu de près, ont marqué sa vision des fractures et des tabous de notre société.

« Auteur indépendant, je m’inscris dans une tradition du roman noir français où l’atmosphère compte autant que l’intrigue. Mes influences actuelles vont de Simenon à Houellebecq, en passant par certains thrillers nordiques, avec un intérêt particulier pour les zones grises — morales, politiques, humaines.
Ligne Rouge est mon premier roman. »

Amour, Émotion, Cercle littéraire, Drame, Histoire vraie, Historique

Yawenda’

Des glaçons comme du verre
de Isabelle Picard
Broché – 23 janvier 2026
Éditions : Éditions Dépaysage

Village-Huron, Québec, octobre 1957. Belle s’éteint et laisse Henri seul avec leurs dix enfants. Commence alors la lente œuvre du démembrement du clan : un à un, les enfants sont emmenés, placés, renommés. L’État décide, l’Église entérine, la maison se vide. Mais Liliane, l’aînée, ne se résigne pas : sa vie durant, elle se bat pour briser les silences coupables du ministère des Affaires indiennes et rassembler les siens.

Yawenda’ porte la force des retrouvailles et l’urgence de la transmission. C’est le récit vibrant d’une reconquête : celle de sa propre histoire, de sa voix, de son identité. Car des fils invisibles relient les générations brisées et révèlent comment l’intime et le politique s’entremêlent, comment une quête personnelle peut réveiller les luttes d’un peuple : les Wendat de Wendake.

Hier soir, le Cercle littéraire du Château de l’Hermitage a eu l’honneur d’accueillir Isabelle Picard, lauréate du Prix France Québec 2025, venue présenter son roman bouleversant “Yawenda’, Des glaçons comme du verre”.
Inspiré de l’histoire de sa propre famille, ce texte puissant revient sur la rafle des années soixante, période très sombre durant laquelle des milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leurs parents avec la complicité de l’État et de l’Église.
L’émotion était palpable tout au long de la soirée, portée par la parole sincère et touchante d’Isabelle.
Un grand merci à elle, ainsi qu’à Corinne Tartare, pour ce moment d’une intensité rare.

Je suis entré dans ce roman comme on entre dans une mémoire. Une mémoire vivante, fragile et précieuse. Dès les premières pages, je découvre Belle, Henri et leurs dix enfants, au cœur d’une réserve huronne dans le Québec des années 50. Malgré la rudesse du quotidien, je ressens leur bonheur simple, leur attachement à la nature, aux chants anciens, à cette vie modeste mais profondément ancrée.

Puis tout bascule.

Belle tombe malade. Un cancer. Elle, le pilier, la lumière, une femme blanche qui assume sa vie et a épousé l’homme qu’elle aimait, un indien… Elle choisi l’amour au-delà des frontières. Sa disparition laisse un vide immense que je ressens presque physiquement. Henri s’effondre, et l’alcool devient son refuge. Alors Liliane, leur fille ainée, quatorze ans à peine, se dresse. Elle n’a pas le choix. Elle devient mère avant l’heure, protectrice, courageuse, déterminée à maintenir ce qui peut encore l’être.

Mais ce n’est pas suffisant.

Très vite, le regard extérieur s’impose. Le ministère des Affaires indiennes, le système s’infiltre, juge, décide. Et je comprends avec effroi ce qui attend cette famille. Les enfants sont arrachés, dispersés, placés de force. Un à un. Comme si leur identité, leur culture, leur lien n’avaient aucune valeur. Je lis, et la colère monte. Sourde, puis brûlante. Ce qui me bouleverse encore davantage, c’est de savoir que cette histoire est celle de l’autrice. Que derrière les mots, il y a une vérité vécue. Une blessure réelle. Le style d’Isabelle Picard est d’une sobriété désarmante. Elle ne cherche pas à embellir. Elle expose. Elle dit. Et ça frappe fort.

Je me suis senti happé, presque pris au piège. Impossible de m’arrêter. Même quand la lecture devient douloureuse, même quand les larmes brouillent les lignes. J’ai continué, parce que je devais savoir. Parce que ce texte exige d’être lu jusqu’au bout. Et heureusement, au cœur de cette violence, il y a de la beauté. Une humanité persistante. Une dignité qui résiste. Ce roman dépasse la fiction. C’est une parole nécessaire. Un témoignage sur ces politiques d’assimilation qui ont brisé tant de familles autochtones, avec la complicité de l’État et de l’Église. C’est un livre intime et politique, un livre ouvert à tous, qui dérange, qui éclaire, qui m’a marqué.

Je referme ces pages avec émotion. Et avec la conviction d’avoir lu un texte essentiel.

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Extraits :

« C’est l’histoire d’une femme qui portait son monde sur son dos. Pas le monde, son monde. Sa lourdeur se voyait déjà à sa posture, malgré son relatif jeune âge. La bosse qui se trouvait à la jonction du dos et du cou en témoignait. Une bosse de canot, auraient dit les ancêtres. Mais elle n’avait transporté que trois canots durant sa vie. Ce n’étaient certainement pas ces portages qui l’avaient façonnée ainsi. Elle avait compris, il y avait longtemps déjà, que le fardeau de sa peau, de son sang, même mêlé, lui pesait.
Elle se demandait où elle serait dans vingt ans. Si la vie voulait encore d’elle. »

« Mock, de dix ans sa cadette, ne comprenait que peu de choses à la politique, «l’autre politique», comme elle l’appelait. Elle suivait bien sûr tout ce qui se passait dans le monde, au pays comme dans sa province, mais elle ne saisissait pas tout à fait la finesse, la nécessité des joutes poli-tiques, des stratégies, des intrigues et des batailles que les politiciens se livraient entre eux. Elle y voyait une perte de temps. »

« Solange naquit au tout début de février, un soir où de gros flocons tombaient tranquillement, comme Belle se l’était imaginé. L’accouchement se passa bien. Après tout, la mère de famille avait l’habitude. Le bébé avait le teint foncé, une peau de cuir, comme disait Belle, et plusieurs cheveux noirs et raides sur le crâne, déjà presque longs. Belle avait eu six enfants à la peau de cuir, trois à la peau blanche, et une entre les deux. Solange était la plus belle à ses yeux, mais elle ne le dit pas. De toute façon, le dernier-né est toujours le plus beau pour une mère, c’est bien connu. »

« Elle était presque sereine à l’idée de mourir. Elle avait Dieu à ses côtés. Toutes les prières qu’elle avait répétées avaient servi à ça, la sérénité, elle le savait maintenant. Elle chérissait chacun des moments passés avec ses enfants:
Liliane qui devenait une femme, Étienne qui ne voulait pas montrer sa peine ni sa peur, les jumeaux Thérèse et Thomas qui se chamaillaient constamment, sans doute parce qu’ils étaient trop semblables, pensait-elle, Pascal qui aimait pratiquer tous les sports, avec tous les ballons et toutes les balles, été comme hiver, René et Jules, des petits hommes sensibles qui voulaient déjà être grands, Louise, la timide qui essayait tant bien que mal de se faire une place parmi les autres enfants, Claire, l’artiste du groupe, qui savait déjà tout, et Solange… »

Isabelle Picard est ethnologue, chroniqueuse, conférencière, consultante, chercheuse et autrice huronne-wendat.

Elle a étudié à l’Université Laval, où elle a obtenu un baccalauréat en ethnologie, une diplôme en études autochtones ainsi qu’un diplôme de deuxième cycle en muséologie.

Dans sa communauté, Isabelle Picard a rédigé la première politique culturelle de Wendake, puis a œuvré quelques années comme coordonnatrice du centre culturel.

Elle a été chargée de cours à l’Université Saint-Paul et à l’Université du Québec à Montréal. Isabelle Picard a aussi été chroniqueuse au journal “La Presse »” et pour Espaces autochtones.

En mai 2020, elle est devenue la première spécialiste aux affaires autochtones de la Société Radio-Canada. À travers son parcours professionnel, elle a toujours travaillé à mieux faire connaitre les réalités des Premières Nations.

En avril 2021, elle a publié un premier roman jeunesse intitulé “Nish : Le Nord et le Sud” aux Éditions les Malins.

Celle qui s’est donné comme mission de mieux faire connaître les réalités et les enjeux des Premiers Peuples du Québec nous offre un récit fort, universel et bien loin des stéréotypes.

Twitter : https://mobile.twitter.com/isabellepicard7