Drame, Fantastique, Frisson horreur, Thriller psychologique

Les croassements de la nuit

de Douglas Preston & Lincoln Child
Poche – 4 mai 2016
Éditeur : J’ai lu

Medicine Creek, localité paisible du Kansas. Quand le shérif Nazen découvre le cadavre dépecé d’une inconnue au milieu d’un champ de maïs, il se demande s’il ne rêve pas : le corps est entouré de flèches indiennes sur lesquelles ont été empalés des corbeaux. OEuvre d’un fou ? Rituel satanique ? Il faut le flair de Pendergast, l’agent du FBI, pour comprendre que cette sinistre mise en scène annonce une suite.L’épouvante saisit les habitants de la petite ville, mais pour Pendergast, il ne fait pas l’ombre d’un doute que le tueur est l’un d’eux…

Quel plaisir de retrouver une nouvelle fois l’univers de Douglas Preston et Lincoln Child, ainsi que leur fascinant inspecteur Pendergast… Avec Les croassements de la nuit, je me suis replongé avec bonheur dans une enquête sombre, inquiétante et totalement addictive.

Dès les premières pages, l’atmosphère m’a happé. Un crime sauvage est découvert au milieu d’un champ de maïs, dans une petite ville agricole perdue au cœur de l’Amérique profonde : Medicine Creek. Très vite, la tension devient palpable. Pendergast, officiellement en repos après les événements de La chambre des curiosités, se retrouve malgré lui entraîné dans cette affaire aussi brutale qu’inexplicable.
J’ai adoré le décor choisi par les auteurs. Cette campagne américaine, conservatrice et refermée sur elle-même, cache sous ses apparences tranquilles une foule de secrets et de rancœurs. Les fermiers luttent pour survivre face à l’industrie agroalimentaire, les marginaux sont rejetés, et chacun semble dissimuler quelque chose.

Comme toujours avec Preston et Child, les descriptions sont extrêmement précises. Les scènes de crime, notamment, sont détaillées avec un réalisme parfois glaçant. J’avais l’impression d’être aux côtés de Pendergast, au milieu des champs, de la poussière et des silences lourds de menace.
Mais ce qui m’a particulièrement marqué dans ce roman, c’est la présence de Corrie Swanson. Cette adolescente autochtone, rebelle, abandonnée par son père et vivant avec une mère alcoolique dans un mobile-home, apporte une vraie fraîcheur au récit. Derrière son insolence et son humour, elle cache une profonde solitude qui m’a beaucoup touché. La relation qui se construit entre elle et Pendergast fonctionne merveilleusement bien. Elle devient peu à peu son assistante improvisée, le conduisant dans ses investigations à travers la région. Ensemble, ils vont fouiller le passé trouble des habitants de Medicine Creek afin de comprendre qui se cache derrière ces meurtres atroces.

L’enquête est haletante, tendue du début à la fin. Le suspense monte progressivement jusqu’aux derniers chapitres, particulièrement oppressants. Entre superstitions indiennes, secrets enfouis et horreurs indicibles, les auteurs construisent un thriller redoutablement efficace.

Impossible pour moi de refermer ce livre avant d’en connaître le dénouement.
Les amateurs de Pendergast retrouveront ici tout ce qui fait le charme de la série : une ambiance sombre, une intrigue intelligente, des personnages marquants et ce mélange si particulier entre enquête classique et étrangeté presque surnaturelle.

Une aventure captivante, inquiétante et terriblement divertissante.

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Extraits :

« Le légiste releva le drap très lentement, laissant apparaitre le cadavre gonflé de Stott dont les chairs se détachaient des os.
Hazen avait détourné machinalement les yeux; honteux, il se força à regarder le corps. Il avait vu pas mal de choses répugnantes dans sa vie, mais jamais rien d’aussi éprouvant. la peau s’était déchirée au niveau du torse, comme si elle avait rétréci, laissant échapper des lambeaux de chair. »

« Dans toutes les enquêtes qu’il lui avait été donné de mener par le passé, l’inspecteur s’était toujours efforcé de comprendre son adversaire afin de mieux anticiper ses réactions, mais cela lui était impossible dans le cas présent. La logique du meurtrier ne correspondait à aucun schéma connu, et il ne s’était jamais senti aussi éloigné de la psychologie d’un assassin. Pour la première fois de son existence, l’inspecteur Pentergast se sentait démuni. »

« Corrie, était au bord des larmes. pour une fois que sa vie l’intéressait, pour une fois qu’elle rencontrait une personne digne de respect et d’admiration, pour une fois qu’elle prenait tout simplement plaisir à ce lever le lever le matin, voilà qu’on la renvoyait à la médiocrité de son quotidien. Malgré tous ses efforts, elle ne put empêcher une larme de rage et d’impuissance de rouler sur sa joue. Elle s’empressa de l’essuyer du revers de la main. »

« Smit Ludwig, installé au comptoir chez Maisie, remuait machinalement sa cuillère dans sa tasse de café. Il avait à peine touché sa tourte de viande. Il était plus de six heures et il n’avait pas encore rédigé une ligne. Cette histoire le dépassait, ou bien alors c’est qu’il ne faisait pas le poids. À force de faire le compte rendu des foires agricoles et autres chiens écrasés, il avait peut-être perdu la main. Si tant est qu’il l’ait jamais eue. »

« Elle lui tendit le livre et Pendergast eut le temps d’entrevoir l’illustration. Le livre était tout taché et déchiré, mais l’inspecteur reconnut aussitôt un tableau qu’il ne connaissait que trop bien. Il recula d’un pas, saisi par cette révélation. »

Le duo américain formé par Douglas Preston et Lincoln Child a bâti, en près de trente ans de carrière, un univers aussi cohérent que foisonnant, dominé par l’agent spécial Pendergast et agrémenté de personnages hauts en couleur tels que Gideon Crew, Nora Kelly ou encore Constance Greene, entre autres. Leurs romans sont devenus des classiques du thriller contemporain et se prêtent particulièrement bien au format audio.
Un duo d’auteurs devenu une véritable marque

Douglas Preston est né en 1956 à Cambridge, dans le Massachusetts. Avant de se consacrer pleinement à l’écriture, il travaille de nombreuses années au musée américain d’Histoire naturelle de New York. Ce décor, qu’il connaît intimement, deviendra le théâtre de certains des plus grands frissons de leur œuvre, à commencer par « Relic ».

Lincoln Child, né en 1957 dans le Connecticut, est d’abord éditeur chez St. Martin’s Press, où il lance notamment une collection dédiée à l’horreur. Il devient ensuite analyste, puis se consacre lui aussi à l’écriture. La rencontre entre les deux hommes débouche, au milieu des années 1990, sur un projet commun : un thriller se déroulant dans les coulisses d’un grand musée new-yorkais.

Ce sera « Relic », publié en 1995, et rapidement traduit en français. Avec ce premier roman, Preston & Child posent les bases de ce qui deviendra leur signature : un mélange de roman policier, de thriller scientifique et d’horreur, porté par un sens aigu du rythme et du suspense. C’est aussi la première apparition d’Aloysius Pendergast, agent du FBI au look de gentleman du Sud, qui deviendra le fil rouge d’un vaste cycle romanesque.

Depuis, le duo a publié plusieurs dizaines de titres, dont une majorité de thrillers centrés sur des crimes mystérieux, des expériences scientifiques qui dérapent et des secrets enfouis qui ressurgissent au pire moment.

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