Le Visage de la nuit
de Cécile Coulon
Broché – 8 janvier 2026
Éditeur : Iconoclaste

Depuis qu’il a survécu à une fièvre mortelle, personne n’a vu son visage. Chaque nuit, l’enfant quitte le presbytère où il a été recueilli et s’enfonce dans les bois. Sous la lune, la forêt devient son territoire. Cette vie clandestine le protège du regard des autres.
Alors qu’il entre dans l’adolescence, une jeune fille apparaît parmi les arbres. Elle ne ressemble en rien aux habitants de ce village perdu, hanté par des haines ancestrales. Mais elle aussi porte un secret et rêve d’échapper à l’avenir qui lui est promis.
Le Visage de la nuit est un roman éblouissant, traversé d’éclairs sur l’adolescence, la violence et le désir.

Avec Le Visage de la nuit, Cécile Coulon m’a entraîné dans un récit aussi étrange qu’hypnotique, un conte sombre où la poésie côtoie constamment le malaise. Dès les premières pages, j’ai eu la sensation d’entrer dans un univers à part, presque suspendu hors du temps, où chaque mot semble murmurer quelque chose d’inquiétant.
Ce roman possède une atmosphère rare, à la fois gothique, mystique et profondément humaine. L’autrice joue avec mes perceptions, avec la lumière et l’obscurité, avec la beauté et la monstruosité, jusqu’à brouiller complètement les frontières entre le bien et le mal.
Au cœur du récit, il y a un enfant revenu miraculeusement à la vie, mais dont le visage porte désormais les traces d’une métamorphose terrible. Rejeté, observé, craint, il grandit dans un monde où les regards blessent autant que les mots. À travers lui, l’auteure explore l’exclusion, la différence et cette violence silencieuse que la société impose à ceux qu’elle considère comme “hors norme”.
J’ai été fasciné par les personnages qui gravitent autour de lui. Une institutrice aveugle d’une grande sensibilité, un prêtre aussi troublant que protecteur, une jeune fille enfermée dans l’ombre de la beauté de son frère, devenue presque malédiction… Aucun d’eux ne semble réellement à sa place, et c’est précisément ce qui rend ce roman si puissant.
L’écriture de Cécile est d’une précision remarquable. Elle possède quelque chose de presque chirurgical dans la manière de disséquer les émotions humaines tout en conservant une infinie poésie. Certaines scènes m’ont profondément touché, d’autres bouleversé…
J’ai particulièrement aimé cette impression de conte intemporel, renforcée par l’absence de prénoms, de noms et de repères géographiques. Tout devient alors universel. Je ne lisais plus seulement une histoire, je traversais une sorte d’expérience sensorielle et émotionnelle.
Le Visage de la nuit est un roman fascinant, noir et lumineux à la fois, qui interroge notre rapport au regard, à la beauté, à la différence et aussi à l’amour. Une lecture troublante, magnétique et profondément marquante.
Merci Corinne Tartare pour cette belle découverte…
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Extraits :
« – Mon enfant, votre père est parti, mais n’ayez crainte, je suis là.
Alors l’enfant de sept ans tourna vers lui son visage pourri et le prêtre sentit déferler dans tout son être un flot de tristesse. Cette figure dévastée ne le répulsait pas: il était au-delà du dégoût.
– Avez-vous mal ? murmura-t-il en gardant la paume contre la poitrine de l’enfant.
Il discerna dans le visage du monstre une expression connue, celle des petits qui s’interrogent et dont la question affleure entre les yeux et la bouche, une moue d’habitude adorable. »
« Elle était maigre et droite, serrée dans une robe grise qui tombait jusqu’aux pieds. Des guêtres plus épaisses recouvraient ses pieds. Ses chaussons en cuir, usés mais impeccables, glissaient sur les dalles du presbytère comme la traîne d’un fantôme. Son ombre, aiguisée par la pierre grise, avançait promptement dans les couloirs. Son visage, dépourvu d’yeux, était fait d’une bouche pincée, de pommettes trop hautes et d’un front couvert de cheveux blancs, épais. Sur ses orbites jadis occupées par un regard bleu clair, un linge noir, croisé, noué à l’arrière sur la nuque, couvrait une large partie des tempes, au-dessus des sourcils et sous les cernes. »
« Gardez en tête que je ne fais pas cela contre vous, que je crois sincèrement qu’un enfant de votre âge doit vivre, grandir, jouer et apprendre aux côtés des autres enfants, mais je ne vous livrerai pas en pâture, car l’enfance est un lieu d’innocence autant que de cruauté et ils se déchaîneront, n’en doutez pas. Lorsque vous atteindrez votre majorité, si nous sommes encore de ce monde, vous pourrez choisir de quitter ces lieux, de me dénoncer, en ville, aux hommes de loi, vous pourrez choisir de maudire cet endroit, mais jusqu’à votre âge adulte Madame et moi ferons notre possible pour vous donner ce dont vous avez besoin pour vous épanouir. »
« Pendant plusieurs jours, il ne courut plus les collines. Le visage de la jeune fille le hantait. Le soir, il rêvait d’elle, il la voyait avancer, son manteau traînait sur les cailloux. Il essayait de la repousser mais aucun son ne sortait de sa bouche, et elle se rapprochait, les yeux fixés sur lui. Il se réveillait, le cœur battant, ses couvertures repoussées au fond du lit. Il ouvrait la fenêtre pour sentir l’air frais mais il refermait rapidement, craignant qu’elle ne soit là, en bas, devant la porte. »
« Ne demandez pas d’argent à ceux qui n’en ont pas. N’en demandez pas tant à ceux qui en ont trop. Et refusez celui qui vous est proposé quand il est accompagné de mensonges. »


Romancière et poète, Cécile Coulon est l’autrice de Une bête au Paradis (Prix littéraire du Monde), Seule en sa demeure et La Langue des choses cachées, parus à L’Iconoclaste, qui ont conquis plus de 400 000 lecteurs. Elle a un don pour faire surgir la beauté là où personne ne l’attend.
