Adolescence, Émotion, Drame, Frisson horreur, Polar, Psychologie, Violence

La Promesse

de Tony Cavanaugh
Poche – 14 mars 2019
Éditions : Points

« Un limier borderline comme on les aime, misanthrope, cynique, teigneux et rongé de cauchemars. »
L’Express

Depuis plusieurs semaines, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces. Leur profil est toujours le même : jeunes, blondes et jolies. Si les enquêteurs du comté de Noosa parlent de fugues, Darian Richards, ex-flic, n’est pas dupe. Ces disparitions sont l’œuvre d’un tueur en série. Face à l’impuissance de la police locale, Richards décide de prendre les choses en main et entame la traque d’un monstre. Au risque de se confronter à plus fort que lui.
Tony Cavanaugh, romancier et scénariste, vit à Melbourne. L’Affaire Isobel Vine est disponible en Points.

« Ce Darian Richards est un vrai personnage de roman hard-boiled. »
Le Point

Traduit de l’anglais (Australie) par Paul Benita

En juin 2025, je découvrais Tony Cavanaugh avec L’Affaire Isobel Vine, un polar noir, dense, humain et implacable, qui m’avait vraiment séduit.
J’ai donc retrouvé avec plaisir l’univers de l’auteur avec La Promesse, qui est en réalité le premier épisode des enquêtes de Darian Richards, même s’il a été publié en français après le précédent.
Je conseille donc de les lire dans l’ordre chronologique pour mieux suivre l’évolution du personnage.

Cette fois, Tony Cavanaugh m’embarque dans une enquête glaçante, violente et parfois franchement gore.
Âmes sensibles, vous voilà prévenues !

Darian Richards a rendu sa plaque après l’échec de son enquête sur le « tueur du train ». Mais renoncer à traquer les assassins lui est tout simplement impossible. Il décide alors d’agir dans l’ombre, épaulé par Maria, une jeune enquêtrice toujours en service, Casey, le baba cool de la bande, et Isosceles, un geek aux ressources étonnantes. Son objectif est simple, retrouver un tueur en série qui s’en prend à de très jeunes filles, particulièrement aux blondes.
Sur le papier, rien de révolutionnaire… et pourtant !

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est cette plongée dans l’esprit de Winston, le psychopathe. Les chapitres alternent entre l’enquête de Darian et les pensées du tueur, qui s’adresse directement à nous, comme si nous étions ses « amis ».
Il nous explique son protocole, son organisation, sa manière de travailler, avec une froideur absolument terrifiante. Winston ne tue pas par impulsion, pour lui, c’est un métier, un plan qu’il applique avec une précision méthodique.
J’ai trouvé cette proximité avec le tueur particulièrement troublante et déstabilisante. L’auteur réussit même à lui donner une voix presque familière, ce qui rend son discours encore plus malsain.

Darian Richards, lui, reste un personnage difficile à cerner. Teigneux, manipulateur, obsédé par sa traque.

Et puis il y a l’Australie, que Tony Cavanaugh me fait découvrir à travers ses villes, ses plages, son bush et ses paysages. Un véritable bol d’air entre deux passages beaucoup plus difficiles !
J’ai toutefois parfois eu du mal à me repérer devant la profusion de lieux et de noms.

J’ai aimé cette écriture fluide, ce rythme qui ne faiblit jamais et cette traque menée sans concession. Le titre prend d’ailleurs tout son sens. Il évoque le tueur, mais aussi la promesse faite à une famille et que Darian s’est faite aussi à lui-même.

La Promesse est donc bien plus qu’une simple enquête policière. C’est une plongée oppressante dans la tête d’un assassin.
Un thriller noir, violent, dérangeant et terriblement addictif, dont certaines scènes m’ont véritablement mis les nerfs à vif. Je me suis laissé emporter par cette traque implacable et, une fois commencé, j’ai eu bien du mal à refermer le livre.

Tony Cavanaugh confirme pour moi son talent pour installer une angoisse presque palpable et plus encore.

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Extraits :

« Neuf appels ratés.
Mon téléphone et mon arme: ma vie se résumait à ça. Me débarrasser du flingue a été facile. Il m’a suffi de le balancer dans l’océan. Sans me soucier de contempler sa chute depuis le haut de la falaise. J’étais occupé à regarder le téléphone. Il fallait le détruire lui aussi, je le savais, pourtant je l’ai fourré dans ma poche arrière et j’ai continué à marcher. Plus tard, me disais-je. »

« Un soir, tard, après minuit, après mes mots de réconfort, elle a une nouvelle fois pris ma main et a commencé à m’entraîner vers son lit. Pour des raisons différentes, toutes égoïstes, j’avais autant envie d’elle qu’elle de moi. J’ai retiré ma main et je suis parti. Certains flics couchent avec des victimes ou des membres de leur famille. Peut-être ont-ils besoin de ça pour continuer, pour poursuivre la traque ou juste pour trouver un peu de joie dans ce traumatisme permanent. Pas moi. Mais j’en avais envie. »

« Maria se méfie de moi. Tous les policiers de la Sunshine Coast se méfient de moi. Les flics des petites villes ne sont pas portés sur le respect. Ils ont un complexe de supériorité. Ne tenant pas à éveiller des jalousies mesquines dans le commissariat perché là-haut sur la colline, j’ai débarqué en ville le plus anonymement possible, compte tenu de ma Studebaker décapotable rouge sang. J’ai fait profil bas; je n’ai jamais dit à personne d’où je venais ni ce que je faisais. Résultat : j’aurais aussi bien pu prendre une pleine page de pub dans le journal local. »

« Six voyages finals. Six filles. Jenny Brown, Marianne McWinter, Izzie Daniels, Jessica Crow, Carol Morales et Brianna Nichols.
Avant de prendre chacune d’elles, il a fantasmé. Un monde où il est roi et où elle est la reine de ses rêves, une esclave dans son lit. Elle est là pour lui fournir un miroir où se reflètent son pouvoir et sa gloire. Ce n’est jamais une histoire de sexe. C’est toujours pour le pouvoir. Ensuite, il s’est mis en chasse. Il l’a traquée, pendant des semaines peut-être. La traque renforce le fantasme, l’exacerbe. Il l’observe, pendant ses derniers jours, imaginant la gloire qu’ils vont connaître, elle et lui. Puis il passe à l’action, vite. Et elle n’est plus là.
Dans la vraie vie, et surtout pour un tueur en série, les fantasmes ne s’accomplissent jamais. »

Tony Cavanaugh est un auteur de romans policiers, scénariste et producteur.

Après des études universitaires dédiées à la littérature anglaise et à l’histoire de l’art, il débute sa carrière dans l’industrie cinématographique où il a travaillé pendant plus de trente ans.

Il est auteur d’une série policière ayant pour héros Darian Richards, ancien policier ayant quitté la brigade des homicides pour une retraite solitaire loin du crime. La promesse (« Promise », 2012) est le premier tome de la série.

— L’Affaire Isobel Vine (Kingdom of the Strong, 2015) est son premier roman publié en France (Sonatine).
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/25/laffaire-isobel-vine/

Tony Cavanaugh vit à Melbourne.

son site : https://www.tonycavanaugh.com/
page Facebook : https://www.facebook.com/

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Suspense

La fille de l’océan

de Alexis Aubenque
Broché – 6 juin 2019
Éditeur : Hugo Roman

Deux destins croisés, un terrible secret…
Au début de l’été, Jason Zimmer, enseigne de vaisseau des gardes-côtes du district de Santa Barbara, sauve in extremis de l’océan déchaîné une jeune femme. Vicky Lance, une chanteuse célèbre, connue pour ses frasques et sa vie dissolue. Mais Jason est persuadé que derrière cette image, se cache une personnalité bien plus complexe et touchante. Quels terribles secrets peut-elle bien cacher ?
De son côté, Keith Morrison, journaliste au Santa Barbara News, écrit des articles où il dresse le portrait de citoyens ordinaires. Il vient de porter son choix sur une mère de famille, danseuse dans un club privé. Le parcours exemplaire d’une femme modèle, farouchement déterminée à s’en sortir. Mais est-elle vraiment prête à tout ?
Enfin, un cadavre a été retrouvé dans la campagne environnante. Sandy Dawson, sergent au commissariat de la ville, est appelée sur place. La piste criminelle est aussitôt envisagée.

Alexis Aubenque fait partie des tout premiers auteurs que j’ai eu la chance de rencontrer sur les salons du livre. Dès notre première rencontre, quelque chose est passé. Un homme simple, chaleureux, qui aime discuter, rire et surtout raconter des histoires. Au fil des années, il est devenu pour moi un véritable conteur, et je me laisse embarquer avec plaisir dans chacun de ses récits.

Après ses romans de science-fiction, trop méconnus à mon goût, puis ses sagas River Falls, Nuits noires à Seattle, Jack Turner et bien d’autres, je retrouve ici Alexis dans un registre mêlant romance, suspense et feel-good. Cela faisait malheureusement quelques années que je n’avais pas pu lire l’un de ses récits… C’est fait !

Huit ans après La Fille de la plage, je retrouve avec bonheur Keith, Jason, Sandy et Nathan, toujours liés par cette amitié indéfectible et plus encore qui constitue le cœur du récit. Cette fois encore, j’ai plongé dans leur nouvelle aventure, passant de la légèreté au drame, de l’humour au doute, sans jamais perdre le fil.
Sous ses airs de lecture estivale, La Fille de l’océan aborde pourtant des sujets sérieux, déni de grossesse, manipulation familiale, mères isolées, célébrité et fragilité des apparences. Je me suis facilement mis à la place des personnages, en me demandant comment j’aurais moi-même réagi face à certaines situations.

J’ai retrouvé la plume fluide et addictive d’Alexis, ses chapitres courts, ses dialogues nombreux et cette construction qui donne énormément de rythme au récit. Chaque chapitre m’a permis de suivre un protagoniste différent et d’assembler progressivement les pièces d’un véritable puzzle.

J’ai particulièrement aimé retrouver cette bande d’amis, leurs personnalités, leurs valeurs et cette façon qu’ils ont de se soutenir malgré les épreuves. Et puis Alexis sait parfaitement jouer avec les contrastes. Il apporte de la légèreté aux moments graves et de la profondeur aux situations qui paraissent les plus légères. Santa Barbara, ses plages, ses corps de rêve, ses paillettes et ses fortunes offrent un décor de carte postale, mais derrière les apparences se cachent des personnages beaucoup plus profonds.

Tous vont prendre des risques, connaître la peur et parfois mettre leur vie en danger, au point de fragiliser cette amitié pourtant si solide. Les secrets se dévoilent peu à peu, les révélations s’enchaînent et l’enquête prend progressivement de l’ampleur. Une fois encore, Alexis Aubenque m’a offert un véritable page-turner. Je n’ai pas vu les pages défiler.

La Fille de l’océan a été pour moi une lecture captivante et profondément humaine, un délicieux cocktail de suspense, de romance, d’amitié et d’émotions.

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Extraits :

« — Merde, merde, merde ! jura Paul Pierson. Allez, rhabille-toi vite! Vite !
Réveillée en sursaut, Sandy n’y comprenait rien.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Ma femme arrive !
— Quelle femme ?
— Ma femme ! Je t’expliquerai tout, mais il faut que tu t’en ailles tout de suite !
L’homme était totalement paniqué. Il attrapa les vêtements de Sandy posés près du lit et les lui jeta au visage.
— Tu es marié ! »

« Méthodiquement, il scrutait l’obscurité quand il crut apercevoir une ombre flotter à quelques mètres de lui. L’air commençait à lui manquer mais, empli d’une étincelle d’espoir, il se mit à nager plus vite encore et, quelques secondes plus tard, il distinguait la forme d’un corps.
Ses poumons le faisaient terriblement souffrir, une intense brûlure à l’intérieur du thorax le dévorait, mais il refusait d’abandonner.
Le courant très puissant le poussait heureusement vers son but, et alors qu’il n’y croyait plus, il tendit la main en avant et attrapa un bras. Oubliant la douleur infernale qui lui broyait les poumons, il saisit le corps inerte sous les aisselles, le plaqua contre le sien et commença à remonter. »

« La jeune chanteuse était à demi-allongée dans son lit.
— Alors, c’est vous qui m’avez sauvée ?
Habituellement plutôt sûr de lui, Jason se sentait intimidé. C’était la première fois qu’il se trouvait face à une véritable star. Même s’il ne connaissait pas bien ses chansons, il avait entendu parler de la réputation de la jeune femme, et n’en était pas moins mal à l’aise.
— Il paraît.
— Le Docteur Montgomery m’a dit que vous aviez failli y rester.
— Je suis en vie, et vous aussi, c’est tout ce qui compte.
Vicky Lance eut un petit rire qui la fit tousser.
Jason s’avança un peu plus près du lit. Malgré la fatigue qui se lisait sur les traits de la chanteuse, elle était adorable. De longs cheveux bruns encadraient son visage angélique. »

« — Vous avez raison. La justice doit passer, mais j’étais tellement en colère. Je crois que je pourrais tuer si on s’attaquait à mon enfant.
— J’en ferais autant, mais justement, la police sert à éviter la loi du talion. La violence engendre la violence.
Si nos sociétés sont bâties sur des lois, ce n’est pas le fait du hasard. La vengeance ne mène à rien de bon. Dans la colère, personne n’est capable de juger objectivement et de rendre la bonne sentence pénale pour punir un coupable. »

Née le 23 décembre 1970, originaire de Montpellier. Alexis Aubenque, après une maîtrise en sciences économiques, décide de changer radicalement de cap, et se tourne vers l’écriture.

Passionné de littératures de genre, il devient libraire durant près de dix ans, tout en publiant des romans de science fiction, dont le diptyque « La chute des mondes » chez Pocket, ainsi que la nanologie « L’empire des étoiles » chez Fleuve Noir. Il se tourne ensuite vers le Thriller, où il publiera aux éditions Calmann-Levy la trilogie River Falls, dont le deuxième tome fut couronné par le Prix Polar de Cognac.

Il enchaîne en 2011 avec le premier tome des « Nuits Noires à Seattle », la suite délocalisée à l’Est de River Falls, mais aussi avec Canyon Creek, un « one shot » aux éditions du Toucan. Lauréat de prix prestigieux et traduit dans plusieurs pays, Alexis Aubenque dans son dernier roman, convie sur les plages ensoleillées de Santa Barbara une multitude de personnages attachants et savoureux dans une saga d’été qui mêle romance, amitié, mystère et rebondissements.

Lauréat du prestigieux Prix Polar du festival de Cognac pour Un Automne à River Falls, le deuxième épisode de la série des enquêtes de Mike Logan, Alexis est souvent dépeint comme le Harlan Coben français, pour son sens du suspens, la nervosité de son écriture et la force de ses personnages. Désormais, c’est chez Bragelonne Thriller que « le plus américain des auteurs français » publie sa série d’été.

— Des larmes sur River Falls (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/17/des-larmes-sur-river-falls/

Émotion, Famille, Psychologie, Suspense

L’Enfant aux cailloux

de Sophie Loubière
Poche – 13 mars 2014
Éditeur : Pocket

Elsa Préau est une retraitée bien ordinaire. De ces vieilles dames trop seules et qui s’ennuient tellement – surtout le dimanche – qu’elles finissent par observer ce qui se passe chez leurs voisins. Elsa, justement, connaît tout des habitudes de la famille qui vient de s’installer à côté de chez elle. Et très vite, elle est persuadée que quelque chose ne va pas. Les deux enfants ont beau être en parfaite santé, un autre petit garçon apparaît de temps en temps – triste, maigre, visiblement maltraité. Un enfant qui semble l’appeler à l’aide. Un enfant qui lui en rappelle un autre… Armée de son courage et de ses certitudes, Elsa n’a plus qu’une obsession : aider ce petit garçon qui n’apparaît ni dans le registre de l’école, ni dans le livret de famille des voisins. Mais que peut-elle contre les services sociaux et la police qui lui affirment que cet enfant n’existe pas ? Et qui est vraiment Elsa Préau ? Une dame âgée qui n’a plus toute sa tête ? Une grand-mère souffrant de solitude comme le croit son fils ? Ou une femme lucide qui saura croire à ce qu’elle voit ?

C’est le deuxième roman de Sophie Loubière que je découvre, après Black Coffee, mais avec L’Enfant aux cailloux, je suis entré dans un tout autre univers.
Et quelle lecture ! Je l’ai dévoré, incapable de le lâcher avant la dernière page.

Dès les premières pages, je me suis attaché à Elsa Préau, personnage aussi fascinant qu’inquiétant. Ancienne institutrice puis directrice d’école, cette vieille dame vit seule dans le pavillon de son enfance. La solitude lui pèse, alors elle observe, note, analyse et tente de rester connectée au monde qui l’entoure. Un peu imaginative, peut-être médium, certainement paranoïaque, mais surtout lucide, obstinée et terriblement persévérante.

Elsa consigne ses pensées dans de petits carnets, écrit aux élus, s’inquiète des nuisances, de l’environnement et de tout ce qui lui semble anormal. Jusqu’au jour où, en observant ses voisins, elle pense assister à la maltraitance d’un enfant.
Mais peut-on réellement lui faire confiance ?
Est-elle victime de ses hallucinations, manipulatrice, dangereusement paranoïaque ou simplement une femme âgée que la solitude a peu à peu fragilisée ?

C’est là que Sophie m’a complètement manipulé. Plus j’avançais, plus le doute s’installait et plus je me demandais qui croire. La police, les services sociaux, la famille… chacun semble avoir sa part d’ombre et d’impuissance.

J’ai beaucoup aimé cette façon qu’a l’autrice de brouiller les pistes sans jamais perdre le fil de son intrigue. Sa plume est vive, fluide, précise, et surtout remarquablement humaine.
Elle aborde la solitude des personnes âgées, la maltraitance infantile, les relations entre parents et enfants, mais aussi les failles de notre société.
J’ai également apprécié les nombreux sujets qui affleurent entre les lignes. Santé, politique, médias, environnement et manipulations diverses. Charge à nous de les accepter ou pas. Personnellement je les valide tous !
Elsa m’a profondément touché, tout en me mettant parfois mal à l’aise par certaines de ses manies et ses réactions radicales.

Et puis il y a cette atmosphère de malaise qui ne me quitte pas. Sophie entretient le suspense jusqu’au bout et distille ses révélations avec une remarquable efficacité. Chaque élément finit par trouver sa place, jusqu’à des dernières pages absolument époustouflantes.

L’Enfant aux cailloux est pour moi bien plus qu’un roman noir. C’est un formidable portrait de femme, dérangeant, intime, parfois drôle et profondément bouleversant.
Une histoire qui m’a manipulé, ému et fait réfléchir.
Un véritable coup de cœur que je vous conseille vivement !

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Extraits :

« Le jeu du vent et du soleil amusait les rideaux. Depuis sa chaise, le petit garçon eut un sourire. Il lui semblait qu’un être invisible, sensible aux caresses de ce dimanche d’été, jouait à cache-cache derrière le tissu en jacquard. Les yeux clos, l’enfant aurait juré entendre des gloussements de plaisir sous le motif de médaillon. »

« Des cris aigus et le grincement d’une balançoire tiraient Mme Préau de sa sieste dominicale vers 15 heures. Elle se levait, ouvrait les doubles rideaux et découvrait les enfants jouant dans le jardin. Une fillette et deux garçons. Le plus petit des garçons n’avait guère plus de trois ans et pleurnichait beaucoup, victime des farces de sa sœur. Peut-être âgée de cinq ou six ans, elle le faisait délibérément chuter de la balançoire, lui arrachait le ballon des mains ou le poussait d’un petit camion pour prendre sa place. Elle usait de sa supériorité physique avec aplomb, profitant du fait que ni son père ni sa mère ne les surveillaient. Ces derniers se contentaient de jeter de brefs coups d’œil à leurs enfants lorsque ceux-ci étaient trop turbulents. Parfois, le père sortait fumer des cigarettes en buvant un café ou une bière. Il s’asseyait sur un fauteuil de jardin en plastique blanc et s’intéressait surtout à son téléphone portable. La mère apparaissait peu en dehors de la maison ; si elle traversait le jardin, c’était au pas de charge et dans le seul but de décrocher le linge étendu devant le mur du garage. »

« Mme Préau jouissait d’une vue correcte pour son âge. Il lui était cependant difficile de voir net au-delà d’une certaine distance, même avec ses lunettes. Aussi décida-t-elle début août d’acquérir auprès de l’opticien M. Papy une paire de jumelles de théâtre.
La raison à cela : le garçonnet sous le bouleau pleureur. Son absence de contact entre lui et le reste de la famille l’intriguait. Cela relevait sans doute d’un tempérament solitaire ou d’une tendance au repli sur soi. Mais cette attitude aphasique à la limite de la prostration était singulière. Jamais il ne tenait dans ses mains de jouet, se contentant de brindilles et de cailloux. »

« À un moment, le silence devient intenable, les gens parlent. L’institution Église y est confrontée actuellement mais elle ne sera pas la seule. J’attire votre attention, Madame la ministre, sur le fait que ces derniers jours ont été arrêtés un professeur de gymnastique ainsi qu’un général de l’armée. La pédophilie ne frappe pas que l’Église et les hommes célibataires.
C’est souvent un phénomène familial, une perversion dont on ne guérit pas.
On parle beaucoup du célibat des prêtres. Ce célibat est souvent vécu comme une amputation. Non seulement pour l’aspect sexuel, mais aussi pour l’aspect affectif. Imaginez ces hommes qui jamais ne serrent quelqu’un dans leurs bras, qui jamais ne vont dans les bras de quelqu’un, à part leur proche famille. C’est très difficile à vivre, croyez-moi. Étant moi-même divorcée depuis 1975 et ayant fait le choix de ne pas me remarier afin de me consacrer à mon fils et à mon métier, j’en sais quelque chose. Je pense à tous ces hommes et ces femmes qui souffrent de solitude et de manque affectif, et je me dis qu’il ne faut pas s’étonner si certains plongent dans la dépression, l’alcoolisme ou la perversité. »

Journaliste et romancière, Sophie Loubière s’est longtemps partagée entre le micro (France Inter, France Info) et la plume. Auteur d’une dizaine de romans et de nouvelles policières, elle publie son premier polar dans la collection Le Poulpe en 1999. De Paris à San Francisco (Dans l’œil noir du corbeau), des forêts lorraines à la route 66 (Black coffee et White Coffee), elle plonge le lecteur dans un trouble profond.
En 2011, le succès de L’enfant aux cailloux lui vaut une reconnaissance internationale. Traduit en langue anglaise, le livre remporte plusieurs prix littéraires. En 2015, elle aborde l’Histoire avec À la mesure de nos silences (Fleuve Editions), un hymne à la vie, entre ombre et lumière, inspiré d’un fait réel de la seconde Guerre Mondiale. Cinq cartes brûlées (Fleuve Noir), confirme l’intérêt de Sophie Loubière pour le fait divers, révélateur des carences et névroses de notre société.

— Black Coffee (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/28/black-coffee/

Drame, Noir, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller

Le Loup peint

de Jacques Saussey
Poche – 4 janvier 2017
Éditeur : Le Livre de Poche

Vincent Galtier est vétérinaire dans une petite ville de l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort accidentelle de son fils, son couple est à la dérive. Seule, Marion, sa maîtresse, parvient à lui faire vivre quelques rares moments d’oubli. Une nuit, alors qu’il vient de la quitter et traverse une forêt isolée pour rentrer chez lui, les passagers d’une voiture inconnue lui tirent dessus et tentent de le précipiter dans un ravin. Lorsque Vincent arrive finalement à son domicile, après leur avoir échappé de justesse, c’est pour y découvrir une scène de massacre. Il y en aura d’autres. Le cauchemar ne fait que commencer…
L’auteur de Quatre racines blanches et L’Enfant aux yeux d’émeraude offre un cadre inhabituel au thriller – le monde vétérinaire – dans ce page-turner machiavélique au suspense implacable.

Encore un roman qui attendait sagement dans ma bibliothèque depuis plusieurs années… Il était grand temps que je découvre enfin Le Loup peint de Jacques Saussey !

Et quelle bonne surprise ! Dès les premières pages, je me suis retrouvé plongé dans une intrigue magistralement construite, avec des personnages tellement bien campés que je les imaginais évoluer devant moi, comme dans un thriller sur grand écran.
Vincent Galtier est vétérinaire dans l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort de son fils, son couple n’est plus que l’ombre de lui-même. Une nuit, alors qu’il rentre chez lui après avoir retrouvé sa maîtresse, il est pris pour cible par des inconnus qui tentent de le tuer.
Lorsqu’il parvient enfin à rejoindre son domicile, il découvre une véritable scène de massacre. Et ce n’est que le début de son cauchemar. Très vite, Vincent devient suspect et doit tout faire pour prouver son innocence tandis que les crimes se multiplient autour de lui. J’ai suivi cette descente aux enfers avec beaucoup d’intérêt, sans jamais savoir où Jacques voulait m’emmener.

J’ai particulièrement apprécié la construction du récit, qui fait s’entrecroiser plusieurs histoires et plusieurs voix. Les personnages sont hauts en couleur, parfois inquiétants, parfois franchement savoureux. L’écriture est fluide, nerveuse, sans fioritures, mais l’auteur sait aussi se lâcher, notamment dans la seconde partie avec cette équipe de policiers pour le moins… particulière !
Certains dialogues m’ont franchement fait sourire. Auteurs n’hésitez plus, lâchez-vous plus souvent !

J’ai également apprécié les passages beaucoup plus crus, parfois franchement trash, qui renforcent l’atmosphère noire du roman.
Et puis il y a cet étonnant petit animal qui vient régulièrement semer sa pagaille dans l’histoire…

Mais Le Loup peint ne se résume pas à un simple polar. Le trafic d’un animal en voie d’extinction constitue une véritable toile de fond de l’intrigue et nous entraîne progressivement vers un désastre que je vous laisse découvrir.
J’ai aimé aussi les petits clins d’œil de l’auteur à certains écrivains et dessinateurs à travers les noms de rues fictives d’Auxerre.

Suspense, humour noir, violence, personnages déjantés et rebondissements, Jacques a réuni tous les ingrédients d’un bon thriller.
J’ai passé un agréable moment de lecture et je ne peux que vous conseiller de vous laisser embarquer dans cette intrigue captivante !

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Extraits :

« La voiture approchait à grande vitesse sur la chaussée étroite. Vincent prit alors conscience qu’il était bloqué en plein milieu de la voie, que le moteur refusait de démarrer.
Une vision de tôles arrachées et de souffrances atroces lui envahit l’esprit comme un raz-de-marée incontrôlable. La Mort. Elle avait fini par le retrouver.
Elle allait venir le chercher, quelques minutes à peine après l’avoir manqué de peu. Quelques mois après lui avoir ravi la moitié de lui-même sous le châssis de ce maudit camion, le projetant par là même dans les flammes de la culpabilité. »

« Elle était seule, désormais. Seule avec sa douleur, seule avec le souvenir de son fils qu’elle chérissait chaque soir avant de s’endormir de peur qu’il ne sorte de sa mémoire à la faveur du sommeil.
Elle éteignit sa lampe et garda les yeux ouverts dans le noir, fixés sur le plafond qu’elle discernait à peine à la lueur de la Lune. Pourquoi ne quittait-elle pas cet homme qui l’avait détruite? Pourquoi? Aucun avenir entre eux n’était plus possible. Il n’y avait aucune chance de rembobiner le fil tragique des événements.
Elle ne supportait même plus qu’il l’approche, et encore moins qu’il la touche. Alors qu’attendait-elle ?
Demain… »

« Et voilà. Encore une fois, il s’était foutu le doigt dans l’œil jusqu’au coude en tirant des conclusions trop rapides. L’analyse des empreintes sur le pistolet avait été approfondie. Une autre série avait été décelée sous la première et une trace partielle avait pu être identifiée. Elle correspondait au pouce de l’un des deux cadavres retrouvés dans la BMW. D’autre part, l’avant-bras du type présentait des traces fraîches de combustion de poudre, mais celui de Vincent Galtier n’en avait révélé aucune. Manifestement, ce n’était pas lui qui avait tué l’inconnu dans les bois. Cela l’innocentait de ce crime, et partant cela expliquait la raison de la course-poursuite et de la collision entre les deux voitures qui avait causé la mort des deux tueurs. Le vétérinaire n’avait donc pas raconté que des conneries. »

« Cinq heures que ça durait, déjà. Il n’en voyait pas le bout. Ah, la journée allait être longue, c’était sûr…
Il s’arrêta à l’angle de l’avenue du maréchal Norek.
À sa droite, après un petit immeuble bourgeois de quatre étages, le boulevard Chattam s’enfonçait dans un quartier de maisons cossues en direction opposée à l’hôpital. De l’autre côté du carrefour, l’avenue Minier, plus étroite, offrait une densité d’habitations et de commerces plus propice aux interrogatoires de porte à porte. Elle s’éloignait en une courbe tendue vers les quartiers les plus à l’ouest de la ville. Richard savait qu’elle se ramifiait rapidement dans un quartier d’immeubles qui représentait la grange aux meules de foin évoquée par le commandant Colize. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, « La mante sauvage », achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre « Colère Noire ».
C’est le second, « De sinistre mémoire », écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui content » dans le polar.

— Enfermé.e (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

— 7/13 (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/15/7-13/

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Thriller

Dis, t’en souviendras-tu ?

de Janine Boissard
Broché – 8 mars 2018
Éditeur : Plon

Que se passe-t-il lorsque le poids des secrets est si lourd à porter ? Au cœur de la Provence, Aude tente de dénouer les fils de sa vie : qu’est-il arrivé à son mari ? Pourquoi ses souvenirs lui échappent ? Drames, mystères et affaires familiales se déploient dans le nouveau roman de Janine Boissard.

Aude a 23 ans, elle est l’épouse d’un parfumeur connu à Grasse. Et voilà que ce matin, elle se retrouve à l’hôpital, privée d’une partie de sa mémoire. Elle apprend qu’on l’a retrouvée, inanimée, sur un chemin désert. Non loin, la voiture de son mari, portières ouvertes, vide. Quel leur est-il arrivé ?
Avec l’aide d’un psychiatre, elle va tenter de recouvrer sa mémoire. Mais le veut-elle vraiment ? Avec le retour de ses souvenirs, ne devra-t-elle pas faire face à une redoutable vérité ?

Un suspense haletant et une belle histoire d’amour dans les paysages parfumés de la Haute Provence.

C’est le deuxième roman de Janine Boissard que je découvre, et je comprends un peu mieux pourquoi cette autrice touche autant de lecteurs. Avec Dis, t’en souviendras-tu ?, elle m’a offert une lecture captivante, portée par un suspense psychologique aussi délicat qu’émouvant. Dès les premières pages, je me suis profondément attaché à Aude. Victime d’une violente agression, elle se réveille amnésique, incapable de se souvenir des événements qui ont bouleversé sa vie. Plus troublant encore, son mari a disparu… et elle découvre qu’elle est enceinte.

J’ai vécu cette enquête à travers ses yeux, partagé entre l’envie de connaître la vérité et la peur de ce qu’elle pourrait retrouver au fond de sa mémoire. Chaque séance chez son psychiatre fait remonter des fragments de souvenirs, parfois flous, parfois terrifiants, comme les pièces d’un puzzle qu’il devient urgent de reconstituer. Peu à peu, l’image d’une existence idéale se fissure. Derrière la réussite de son mari, célèbre parfumeur, se cache un homme bien plus inquiétant qu’il n’y paraît. Les zones d’ombre de son passé, les secrets de famille et les silences trop longtemps entretenus donnent au récit une tension permanente.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’autrice aborde l’amnésie post-traumatique avec beaucoup de sensibilité. Mais ce roman va bien au-delà du simple thriller. Il parle aussi des liens familiaux, de l’amour maternel lorsqu’il devient possessif, des apparences que l’on préfère préserver et des blessures que l’on refuse de regarder en face. La plume de l’autrice est fluide, élégante et incroyablement immersive. Les chapitres s’enchaînent naturellement, si bien que je n’avais qu’une envie, tourner la page pour découvrir ce qui attendait Aude. J’ai également été touché par le regard profondément humain que Janine Boissard porte sur ses personnages. Aucun n’est totalement noir ou totalement lumineux, chacun porte son lot de regrets, de faiblesses et d’espoir.

Dis, t’en souviendras-tu ? est un roman où le mystère familial se mêle à une belle histoire de résilience et d’amour. Une lecture prenante, riche en émotions, que j’ai dévorée avec un immense plaisir.
Et une chose est certaine… ce ne sera pas mon dernier rendez-vous avec Janine.

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Extraits :

« Sur une feuille de papier pliée en quatre, cachée tout au fond de sa poche, elle a écrit ses nom et prénom : Aude Saint Georges, son âge, 23 ans, et son adresse à Grasse. « C’est complètement ridicule, lui a lancé sa mère, tu ferais mieux de prendre ta carte d’identité, comme tout le monde. » Mais imaginez qu’elle la perde ou qu’on la lui vole ? Et, de toute façon, quand on a vécu cette horreur, se retrouver un jour dans un endroit inconnu, attachée à un lit, perdue dans le brouillard, on se rassure comme on peut, ridicule ou pas. Et ce bout de papier qu’elle pouvait toucher à tout instant, la rassurait comme le minuscule clignotant d’un SOS. »

« À l’hôpital, on lui avait expliqué qu’il y avait différentes sortes de souvenirs. Par exemple les « souvenirs de souvenirs », ces moments, ces instants, bons ou mauvais, que l’on vous a si souvent racontés que vous êtes certain de les avoir vécus. Et, à ceux-là, tout le monde avait droit. Il y avait aussi ce qu’on appelait la « confabulation », dont étaient victimes ceux qui souffraient d’amnésie, qui se sentaient obligés d’inventer des choses sur leur passé pour tenter de combler les trous. Sur ce mur, pas de « confabulation », du réel, du costaud, auquel on pouvait se fier. »

« Elle a rêvé qu’elle errait nue dans une plaine glacée. D’une longue chemise de nuit qui l’enveloppait comme un linceul, d’une voix qui lui ordonnait « À genoux ! » et d’un mot qui s’imprimait partout :
« immaculée ». C’est fini, c’est fini. Pourquoi ne cesse-t-elle pas de se répéter ces deux mots, comme un mantra ? Qu’est-ce qui a pris fin ? Quel danger s’est éloigné ? Quelle menace dont elle peine à se souvenir ? »

« — Toujours d’après Irène, la petite aurait pensé à divorcer, a poursuivi Basile. Apparemment, elle n’en a pas eu la force.
« La petite »… Aude a revu la jeune femme aux boucles blondes et au visage diaphane sur la photo.
Pour la première fois, elle s’est demandé si Béatrice avait, avant elle, occupé la chambre « Topaze». La chemise de nuit de dentelle : la sienne ? Elle a frissonné.
— Comment est-elle morte ? a-t-elle murmuré.
— Une surdose de médocs.
— Tu veux dire qu’elle s’est suicidée ?
— On ne le saura jamais. Un matin, elle ne s’est pas réveillée. Je te laisse imaginer le désespoir de ses parents : leur unique enfant. »

Dès l’âge de 20 ans, Janine Boissard commence sa carrière d’écrivain sous le nom de Janine Oriano, son nom d’épouse.
Avec B comme Baptiste, elle est la première Française à publier dans la collection “Série Noire”. En 1977, la grande saga L’Esprit de famille, publiée cette fois sous son nom de jeune fille, la fait connaître du grand public. Parallèlement, elle écrit pour la télévision. Les chambardements dans la famille, les problèmes de couple et la place de la femme moderne dans le monde du travail sont les thèmes le plus souvent abordés par Janine Boissard dans ses romans. Parmi ses plus grands succès, on retiendra la saga de Belle-Grand-Mère ainsi que Une femme en blanc (Robert Laffont, 1996), suivis de Marie‑Tempête (Robert Laffont, 1998).

Mère de quatre enfants, Janine Boissard a publié une quarantaine de romans, notamment, parmi les plus récents,
— Histoire d’amour (2004)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/22/histoire-damour/
— Belle Arrière-Grand-Mère (Fayard, 2014),
— Au plaisir d’aimer (Flammarion, 2015),
— Une femme : le roman d’une vie (Flammarion, 2016),
— Voulez‑vous partager ma maison ? (Fayard, 2016),
— La Lanterne des morts (Fayard, 2017),
— Dis, t’en souviendras-tu ? (Plon, 2018),
— Les Quatre Filles du docteur Moreau (Fayard, 2018).

Émotion, Psychologie, Sciences, Suspense, Thriller

Les éveillés

de Nathalie Hug et Jérôme Camut
Poche – 10 mars 2010
Éditeur : Le Livre de Poche

Infirmière dans un centre pour polytraumatisés, Élise souffre depuis des mois d’insomnie. Dans le service, les gens racontent qu’elle a le don de réveiller les comateux. Cela semble impossible… et pourtant. Élise a ranimé Stanislas Opalikha. Lorsqu’elle est enlevée par ce redoutable assassin, c’est un inconnu guidé par d’effrayantes visions qui va retrouver leurs traces. Un terrible compte à rebours commence alors, suscitant des questions aussi redoutées que fascinantes. Qui sont les éveillés, ces femmes et ces hommes dont les origines semblent remonter à la nuit des temps ?
Un conte initiatique, entre rêve et réalité…

Encore un roman qui dormait depuis trop longtemps dans ma PAL…
Avec plus de 400 livres qui attendent d’être lus, le choix devient parfois un véritable casse-tête. Alors, de temps en temps, je laisse simplement mon intuition décider. Et avant-hier, ce sont Les Éveillés, de Jérôme Camut et Nathalie Hug, qui ont fait davantage de bruit que tous les autres.
Hasard ou coïncidence ? Je ne crois pas. Car cette lecture a fortement résonné en moi.

Dès les premières pages, j’ai été plongé dans l’univers des personnes plongées dans le coma, aux côtés d’Élise, une jeune infirmière entièrement dévouée à ses patients. Elle possède un don étonnant. Elle parvient à ramener certains d’entre eux vers le monde des vivants. Mais ce pouvoir a un prix, et Élise est épuisée, presque au bord de la rupture.
Parmi ceux qu’elle a réveillés se trouve Stanislas Opalikha, un homme aussi charismatique qu’inquiétant, connu sous le surnom de « l’Embaumeur ». Tueur en série, il développe rapidement une obsession pour Élise, qu’il considère comme une apparition presque angélique.
Puis Élise disparaît…

À partir de cet instant, je me suis retrouvé embarqué dans une enquête aux multiples ramifications. Salah, qui affirme avoir aperçu Élise dans cet étrange état entre le coma et l’éveil, cherche à la retrouver. Pierre, lui, découvre que sa mère malade lui a caché un lourd secret concernant ses origines. Lui aussi souffre d’insomnies et commence à avoir des visions qui vont l’entraîner sur une piste inattendue.

J’ai découvert une intrigue incroyablement ambitieuse, qui mélange thriller psychologique, thriller scientifique, fantastique, ésotérisme, histoire et recherches archéologiques. Les auteurs prennent le risque de croiser des univers qui pourraient sembler incompatibles et, pourtant, l’ensemble fonctionne remarquablement bien. J’ai particulièrement apprécié cette dimension scientifique, même si elle demande parfois de s’accrocher pour suivre les différentes informations et les nombreux protagonistes. Personnellement, j’ai adoré cette richesse qui donne au récit une véritable profondeur.
Au fil des pages, les secrets se dévoilent, les mystères s’accumulent et les rebondissements m’ont entraîné toujours plus loin. J’ai découvert des maladies génétiques rares, des neurologues, des médiums, des grottes remplies de squelettes médiévaux, des médaillons mystérieux et des éléments historiques qui viennent encore épaissir le mystère.
Mais derrière toute cette noirceur, j’ai surtout retrouvé une profonde humanité. Celle qui cherche à comprendre, à soigner, à guérir et parfois simplement à libérer l’autre de sa souffrance.

La plume des deux auteurs est fluide, les chapitres courts donnent un rythme efficace et les différents univers s’entremêlent progressivement.
“Les Éveillés” est pour moi un thriller hors normes, aussi mystique que scientifique, aussi sombre qu’humain, qui m’a constamment surpris.
Alors oui, il faut parfois s’accrocher. Mais quelle aventure !
Et finalement, je comprends pourquoi ce livre avait crié plus fort que les autres dans ma bibliothèque.
Il fallait simplement que je l’écoute.

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Extraits :

« Comment comprendre cet état intermédiaire entre l’être et le non-être ?
Comment se figurer l’existence sans la conscience ?
Un homme vivait cette impossibilité depuis près d’un an.
Allongé sur un lit étroit, nourri par voie parentérale, branché à un respirateur, changé, lavé, rasé par un personnel attentif, il ne donnait aucun signe d’amélioration. Sans mieux aller, l’état végétatif dans lequel il errait risquait de durer. Indéfiniment.
Et pourtant, sa conscience devait bien subsister.
Certes, elle pouvait se perdre, mais pas disparaître.
Elle était là, tapie quelque part, coincée semblait-il parmi des dizaines de milliards de connexions neuronales. Dans l’impossibilité de se manifester.
Un corps allongé des mois durant, singeant le sommeil ou la mort, sempiternelle pantomime du vivant endormi, inutile à lui-même et aux autres.
Inutile… »

« — Vous avez accompli un excellent travail, Élise. Vous savez bien que personne ne peut affirmer aujourd’hui si elle se réveillera, ni dans quel état.
— C’est trop dur, laissa échapper la jeune femme en s’approchant du médecin assis sur un coin de table. Je ne sais pas si je pourrai supporter cela encore long-temps. Je suis fatiguée.
Le professeur Jacques Mariani lui lança un sourire attendri.
— Prenez un peu de repos, vous avez veillé cette femme pendant des jours. À ce rythme, vous allez vous écrouler. Et l’unité ne saurait se passer de vos services. Élise se laissa tomber sur une chaise. Elle posa la tête entre ses mains et laissa errer son regard sur les inscriptions qui barraient le tableau.
— Salah, Robert, Bénédicte et Jean-Paul. Sans parler du petit Vincent… Tous là, entre la vie et la mort… plus près de la mort que de la vie. »

« Salah ouvrit les yeux.
Et elle comprit qu’elle venait de faire un premier acte volontaire. Sa vision encore trouble lui donna un aperçu déformé de sa chambre. Elle semblait vaste, les murs clairs. La fenêtre se trouvait certainement sur sa gauche. De là provenait une lueur plus vive.
Salah cligna plusieurs fois des paupières.
La fréquence sonore du moniteur cardiaque accélérait. »

« Quand trois heures sonnèrent à la pendule franc-comtoise, Pierre crut son tourment sur le point de s’achever. Il sentit ses paupières se charger de plomb et bâilla sans discontinuer. Il s’avança lentement jusqu’au premier fauteuil de peur de chasser le sommeil par un mouvement subit et se roula comme il put, calant ses longues jambes sur l’accoudoir mate-lassé. Puis il ferma les yeux et attendit. »

Née en 1970 à Nancy, Nathalie Hug a publié depuis 2006 quinze thrillers avec son mari Jérôme Camut dont la tétralogie W3 (Prix des Lecteurs du Livre de Poche en 2014 pour le premier tome Le Sourire des pendus) et celle des Voies de l’Ombre. Elle est également l’autrice, en solo, de L’Enfant-rien, La Demoiselle des Tic-Tac, 1, rue des Petits-Pas et Comme un enchantement. Nathalie Hug a reçu le prix Coup de cœur de la Griffe Noire (St Maur Les Fossés) pour l’ensemble de son œuvre.

Jérôme Camut et Nathalie Hug, respectivement nés en 1968 et 1970, se rencontrent fin 2004 à travers Malhorne de J. Camut, la série culte qui a renouvelé le fantastique. La magie opère immédiatement. Depuis, ils se sont mariés et consacrent leur vie à l’écriture à quatre mains.

Adolescence, Émotion, Drame, Psychologie

La mauvaise rencontre

de Philippe Grimbert
Poche – 1 septembre 2010
Éditions : Le Livre de Poche

Rien n’aurait dû séparer les deux garçons, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer.
P. G.

Par l’auteur d’Un secret.

Un beau et grand récit de l’intime. Appelé à devenir un classique du genre.
Serge Bressan, Le Quotidien.

Philippe Grimbert […] publie aujourd’hui La Mauvaise Rencontre l’histoire d’une amitié passionnelle dans laquelle on retrouve toute sa délicatesse.
Pascale Frey, Elle.

Au fond, on dirait Stefan Zweig qui aurait suivi les cours de Lacan.
Grégoire Leménager, Nouvel Observateur.

Après avoir lu Un Secret il y a quelques années, j’étais curieux de lire un autre roman de Philippe Grimbert.
J’ai eu l’occasion de trouver hier chez une amie La mauvaise rencontre et je me suis lancé. C’est un roman profondément humain qui interroge la nature de l’amitié, le poids de nos choix et la part de responsabilité que nous portons dans la vie des êtres que nous aimons.

Dès les premières pages, j’ai senti qu’un drame se préparait. Cette impression ne m’a plus quitté, tant Philippe Grimbert installe une tension discrète mais constante, comme un voile qui se soulève lentement jusqu’à une révélation bouleversante.

À travers les souvenirs de Loup, le narrateur, je découvre une amitié née dans l’enfance, profonde, fusionnelle, mais peu à peu gagnée par une emprise inquiétante. En remontant le fil de sa mémoire, il évoque Mando, son ami de toujours, mais aussi Nine, cette femme qu’il considère comme une seconde mère, et Gaby, fidèle présence de son entourage. Tous participent à ce puzzle où les non-dits, les promesses oubliées et les regrets prennent une place essentielle.

J’ai été particulièrement touché par la finesse psychologique de ce récit. Philippe ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Il préfère explorer les failles de l’âme humaine, les mécanismes de la culpabilité et cette facilité que nous avons parfois à détourner le regard lorsque les signes du mal-être apparaissent.
Au fil des chapitres, l’inquiétude grandit. L’amitié, si belle en apparence, révèle peu à peu son visage le plus sombre. Mando consigne tout dans un journal, comme s’il voulait préserver chaque instant d’un lien devenu indispensable, presque étouffant. On sent qu’un engrenage est en marche et qu’il sera bientôt impossible de revenir en arrière.

Je me suis souvent interrogé sur la responsabilité de Loup. Aurait-il pu agir autrement ? Était-il réellement capable de voir ce qui se jouait sous ses yeux ? Le roman ne délivre jamais de réponse définitive, et c’est précisément ce qui lui donne toute sa force.

La plume de Philippe est élégante, sensible et d’une grande délicatesse. Elle laisse les émotions s’installer sans jamais les souligner avec excès. Jusqu’à un final d’une intensité remarquable, où tout prend enfin son sens.

Une lecture subtile, et émouvante que je vous conseille…

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Extraits :

« Il n’y a pas eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons et ça n’a pas été plus simple pour autant. Bien sûr, les années passant, une ou deux beautés y ont fait leur apparition, trois petits tours et puis s’en sont allées. Elles ont pris le bras de l’un, la bouche de l’autre, mais cela est resté une histoire de garçons. Rien n’aurait dû les séparer, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer. »

« Disparaître, voilà à quoi j’aimais jouer, de retour du collège, au moment où je me retrouvais devant la porte cochère de mon immeuble. J’avais un rituel : jeter un bref coup d’œil alentour, pousser le battant le plus rapidement possible et me glisser comme un voleur dans la pénombre du hall. Je m’imaginais alors dans une dimension parallèle, un autre monde laissant loin derrière lui le va-et-vient des passants, la fièvre de la circulation. Tout le confirmait, la fraîcheur des murs, le moelleux du tapis d’escalier, l’élévation enfin, qui me conduisait aux portes de mon domaine. Une fois à l’abri chez moi, il ne me restait plus qu’à compter, trois, trois fois trois, trois fois trois fois trois – un autre de mes rituels – et tout s’apaisait, jusqu’au lendemain. »

« Mando, mon meilleur ami. Mando l’intransigeant avec qui je partage tout, depuis les premiers jeux au Parc. Mando qui ne me laisse jamais m’éloigner des idéaux que nous nous sommes fixés, qui pointe mes faiblesses et dont je crains le jugement.
Mando et sa force, sur laquelle je m’appuie quand, si souvent, le courage me manque. »

« Adolescents, nous nous sommes enflammés pour la littérature fantastique et nous avons scellé ce pacte enthousiaste : le premier de nous deux qui passe de l’autre côté se débrouille pour faire signe à celui qui reste. Beaucoup se le sont promis, mais nous c’est autre chose. »

Philippe Grimbert est un auteur et psychologue français.

Après des études de psychologie, Philippe Grimbert a passé une dizaine d’années en analyse chez un lacanien, avant d’ouvrir son propre cabinet. Il travaille aussi dans deux instituts médico-éducatifs, à Asnières et à Saint-Cloud, auprès d’adolescents autistes ou psychotiques.

Passionné de musique, de danse et d’informatique, il a publié divers essais, dont « Psychanalyse de la chanson » (Belles Lettres, 1996) et « Pas de fumée sans Freud » (Armand Colin, 1999).

Il est aussi l’auteur de romans,
La fille de l’être (1998),
La petite robe de Paul (2001),
Un secret (2004) qui fut adapté au cinéma (avec Patrick Bruel et Cécile de France dans les rôles principaux) et qui fut récompensé par le prix Goncourt des lycéens 2004, le prix des Lectrices de Elle et le prix Wizo en 2005,
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/04/un-secret/
La mauvaise rencontre (2009),
Un garçon singulier (2011),
Nom de dieu ! (2014),
Rudik, l’autre Noureev (2015).

Drame, Folie, Noir, Psychologie, Thriller, Violence

Cavaliers de l’orage

de Chris Anthem
Broché – 10 Mai 2017
Éditeur : L’Atelier Mosesu

« C’était leur première grande sortie depuis des mois. Comme les fleurs et les animaux, Vincent et Agnès quittaient leur coque protectrice, le trou où ils venaient d’hiberner pour renaître à la faveur du printemps… Eux et leurs instincts engourdis par le froid, qui démarraient leur dégel. »


Un frère et une sœur en route vers le Sud. La campagne isolée. Un aubergiste maniaque. Des morts violentes. Mais sous l’apparence du slasher, un imprévu choc des titans.

Il y a quelques années, une importante inondation m’avait obligé à mettre une partie de ma bibliothèque à l’abri dans le grenier. Depuis, il m’arrive régulièrement d’y remonter pour récupérer un ou deux cartons… et chaque fois, j’y redécouvre des trésors oubliés. Cavaliers de l’orage en faisait partie…

Si vous aimez les romans noirs, violents et sans concession, celui-ci risque fort de vous marquer. Dès les premières pages, Chris Anthem installe une atmosphère oppressante où la folie, la brutalité et la peur s’invitent sans le moindre détour. Ici, rien n’est édulcoré. L’horreur frappe de plein fouet et ne laisse aucun répit.
Tout d’abord il y a Malone, c’est un tueur cruel et dérangé sur le plan psychiatrique, il est conseillé de respecter le code de la route sinon l’amende sera salée. Et puis très vite de nouveau “invités”. Vincent, sa sœur jumelle Agnès et la compagne de cette dernière, en pleine crise d’adolescence, partis vers le sud pour un voyage qui va rapidement virer au cauchemar. Une simple halte sur une aire d’autoroute, un auto-stoppeur inquiétant accepté à bord… et le destin bascule. Très vite, j’ai compris que les apparences étaient trompeuses et que le véritable danger ne se trouvait peut-être pas là où je l’attendais.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont Chris Anthem construit son intrigue. Il prend le temps de développer ses personnages, leurs relations, leurs blessures et leurs motivations avant de faire exploser toute la violence contenue dans son récit. Cette progression rend chaque événement encore plus percutant.

La seconde partie m’a un peu moins convaincu et j’aurais aimé que certaines relations entre les protagonistes soient davantage approfondies. Mais cette légère réserve tout à fait personnelle n’a jamais entamé ma curiosité, tant j’avais envie de découvrir jusqu’où l’auteur allait oser nous entraîner. Car derrière ce road trip sanglant se cache bien plus qu’un simple roman gore. Ce qui m’a le plus surpris, c’est la profondeur psychologique qui finit par émerger. Peu à peu, les monstres dévoilent leurs failles, leurs blessures et une part d’humanité aussi inattendue que bouleversante.
Chris Anthem évite les clichés faciles du genre et préfère explorer la complexité de l’âme humaine, capable du pire comme de moments de fragilité presque désarmants.

J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir découvert une œuvre bien plus subtile qu’elle n’en donne l’impression au premier abord. Derrière le sang, la violence et l’horreur se cache une véritable réflexion sur les instincts humains et leurs contradictions.

Une lecture sombre, brutale, dérangeante, mais aussi étonnamment sensible, que je recommande à uniquement aux amateurs d’horreur psychologique et de thrillers extrêmes.

Et, au passage, un grand merci à Marc Falvo pour cette belle découverte.

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Extraits :

« Le papier peint n’avait pas dû être changé depuis les années soixante-dix. Depuis l’époque du plein emploi et des cols pelle à tarte. Depuis sa jeunesse. De grosses fleurs orange au teint fané s’étalaient sur les murs, rongés aux angles par l’humidité. Ici, avec l’étang proche, c’était un véritable fléau qui s’insinuait partout, remontait du sol argileux et grignotait l’auberge entière. Dans un futur qu’il aurait voulu moins rapide, Malone devrait prendre des mesures drastiques pour éviter la ruine. Mais pour l’heure, il lui fallait entrer en scène.
Son public attendait. »

« L’autostoppeur observa Vincent puis Agnès, suppliant ses tortionnaires du regard. Ils ne lui avaient encore rien fait – enfin, rien de grave -, mais l’homme sentait que la douleur, la foutue douleur ne tarderait pas. Il constatait la froideur de leurs yeux. L’inexpressivité de leurs visages. Il en avait vu, depuis le temps, sur les routes… Il se croyait préparé à tout. »

« Vincent s’accroupit à côté du corps démembré de l’autostoppeur. Au début il posa les deux mains sur ses genoux avant d’avoir une meilleure idée. En effet, quoi de mieux que de se faire photographier en pleine action ?
Vincent fit mine d’empoigner la hache qui dépassait du thorax meurtri. Agnès revint et donna l’appareil à Clara.
Sous la direction de l’adolescente, frère et sœur composèrent un tableau macabre. Idyllique. Vincent plantant gaiement sa hache dans la poitrine du voyageur et Agnès, sourire aux lèvres, appuyée sur l’arbre, offrant un clin d’œil exagéré en levant le pouce. Une lueur de joie puérile illuminait leurs traits. »

« Début de soirée.
La citadine de Vincent, Clara et Agnès stoppa sur le parking d’un motel bon marché. Une ceinture de chambres aux fenêtres étroites sur deux étages. Un endroit sordide. Mal éclairé, à la peinture lépreuse. Vrai trou à cafards dont ils avaient entendu parler trente bornes plus tôt, dans un restauroute où le trio s’était arrêté manger un hamburger. Leurs finances étaient basses et ils se moquaient du confort. Ils cherchaient surtout la tranquillité. »

« Le gérant de ce trou possédait lui aussi une gueule de sorcière. Cheveux filasse, quelques chicots pourris et l’air de sortir d’une pub pour la cirrhose. Avachi derrière un comptoir poussiéreux, il observa Clara, puis Vincent et Agnès, marcher vers lui. »

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Né en 1984 selon les manifestants – bien plus tôt selon la police – Chris Anthem se réjouit que des éditeurs aient un jour croisés son chemin. Ça lui évite de chercher un vrai travail. À part ça, on ignore d’où il vient, peut-être d’un pays étranger. Peut-être du ventre de sa mère. Il aime le bon vin et la musique blues, si ça vous intéresse. Et il n’a pas le permis.

Cavaliers de l’orage est son premier roman pour la collection Slash. Mais on murmure qu’il se cacherait ailleurs, sous d’autres noms d’emprunt.

Émotion, Drame, Psychologie, Suspense, Thriller

La nuit n’est jamais complète

de Niko Tackian
Broché – 17 mai 2023
Éditeur : Calmann-Lévy

UN HUIS CLOS SUFFOCANT À CIEL OUVERT

Un désert de rocaille écrasé par le soleil. La route à perte de vue. Arielle et Jimmy parcourent le bitume de ce paysage hostile au volant de leur vieille Ford, vers une destination mystérieuse. Mais quand le père et la fille tombent sur un barrage de police et sont obligés de passer la nuit sur place, tout dérape…
Ils se réveillent abandonnés, naufragés de l’asphalte, avec trois autres rescapés. À quelques kilomètres de là, deux immenses tours métalliques se dressent, cadavres rongés par la rouille et le temps. Quelques maisons en tôle froissée se serrent pour se protéger du vent. Cette mine désaffectée sera leur refuge. Ou leur pire cauchemar… Car sont-ils vraiment seuls ?

(Re)Découvrez La nuit n’est jamais complète, un thriller terrifiant et addictif !
Écriture visuelle, scénario ficelé à la perfection, final déstabilisant : tout ce qui fait la force de Niko Tackian est déjà présent dans ce texte enfin réédité et accompagné d’une préface inédite de l’auteur.

Une lecture en apnée dont vous ne sortirez pas indemnes !

J’ai eu l’occasion de rencontrer Niko Tackian, un sacré personnage au regard impressionnant ! Je voulais lire ce roman… En me le dédicaçant, il m’avait simplement écrit : « Bonne lecture… et bonne chance. » Sur le moment, j’avais souri. Une fois le livre refermé, j’ai compris toute la portée de ces mots.

Vous le savez, je suis particulièrement sensible aux ambiances, et La nuit n’est jamais complète m’a littéralement happé. Dès les premières pages, je me suis senti désorienté, perdu au milieu d’un désert brûlant où chaque certitude semblait s’effondrer. Et c’est précisément cette sensation que j’ai adorée. Tout commence comme un simple voyage qui tourne au cauchemar. Jimmy et sa fille Arielle se retrouvent bloqués avec trois inconnus sur une route coupée, avant de s’enfoncer dans un décor aussi fascinant qu’oppressant. Un village minier abandonné, un silence inquiétant, des papillons noirs dessinés sur les murs, des phénomènes inexplicables… Niko Tackian construit un véritable piège psychologique dont il devient impossible de s’échapper.

J’ai eu l’impression de voir un film tant les scènes défilaient avec une force visuelle incroyable. La chaleur écrasante, les nuits étouffantes, la peur omniprésente et cette impression constante d’être observé créent une tension qui ne retombe jamais. À plusieurs reprises, j’ai élaboré des théories, imaginé mille explications… pour finalement me tromper à chaque fois. Ce que j’aime profondément chez cet auteur, c’est sa capacité à nous faire croire au fantastique avant d’offrir une explication rationnelle, toujours intelligente et parfaitement amenée. Mais derrière ce thriller d’une redoutable efficacité se cache aussi une véritable réflexion sur les blessures humaines, la mémoire, les liens familiaux et la manière dont notre esprit affronte les traumatismes. La relation entre Jimmy et Arielle m’a particulièrement touché, apportant une belle dose d’émotion au cœur de cette descente dans l’inconnu.

La plume de Niko est à la fois incisive, immersive et profondément humaine. Même lorsqu’il nous entraîne dans les ténèbres, il laisse toujours filtrer une fragile lumière d’espoir.
J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir traversé une expérience autant psychologique qu’émotionnelle.

Un thriller brillant, oppressant, impossible à lâcher, qui prouve une nouvelle fois le talent de l’auteur pour manipuler nos certitudes sans jamais perdre de vue l’essentiel : l’humain.
Une lecture que je vous conseille… Faites comme moi, lisez-le de préférence en pleine nuit.

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Extraits :

« Ruta n° 33. C’est ce qu’Arielle eut le temps d’apercevoir sur le petit panneau à moitié dissimulé par la poussière de la piste. Jimmy conduisait depuis trois heures, sans interruption, au milieu de ce paysage quasi désertique. Le bitume, rongé par le soleil, lézardait entre d’immenses champs de pierres grises et noires, encadrés de montagnes ciselées comme des dents de requin. À peine apercevait-on çà et là quelques clôtures en schiste qui délimitaient d’improbables propriétés et formaient avec les moutons et les chèvres sauvages le seul signe de vie depuis leur départ. Arielle savait qu’ils devaient se rendre dans cette ville, même si elle n’avait pas compris l’urgence avec laquelle son père l’avait pressée de faire ses valises. Maintenant ils étaient embarqués tous les deux dans ce voyage et elle pouvait ressentir à quel point il semblait important pour Jimmy. Il avait les mains crispées sur le volant, le regard tendu vers l’horizon et sa jambe droite bougeait légèrement en signe de
nervosité.
— Tout va bien aller, papa, dit-elle, en lui posant une main sur l’épaule. »

« Le café avait un goût huileux et une amertume désagréable. Jimmy observait sa fille qui s’était éloignée de quelques pas pour jeter le contenu de sa tasse sur le sable. À dix-sept ans, elle était presque devenue une femme. Toute en jambes dans son short en jean, elle portait un débardeur jaune sur lequel on pouvait lire « Go Tigers Go ». Ses cheveux noirs coupés court et sa silhouette de danseuse lui rappelaient sa femme. Il n’arrivait pas à se résoudre à l’appeler ex-femme, même si la maladie l’avait emportée depuis près de dix ans. Jimmy ne croyait pas vraiment à la mort. Il pensait que les esprits continuaient à vivre quelque part, tant que leur âme n’avait pas réussi à trouver le repos. Ses parents avaient beau avoir lutté bec et ongles pour lui donner une bonne éducation catholique, il n’avait jamais usé les bancs de l’église. Et pourtant, très tôt dans sa vie, il avait développé une sorte de dialogue intérieur. Dialogue avec qui ? Dieu, son inconscient, il ne savait pas. »

« Une chose était sûre, ce flic les avait abandonnés à leur sort. Ils ne pouvaient plus compter que sur eux. Pourtant, Victor n’arrivait toujours pas à l’admettre.
— Peut-être qu’on devrait attendre ici. Le flic va revenir, c’est pas possible qu’il nous laisse seuls toute une journée.
Jimmy se retourna vers lui et prit ce ton paternaliste qu’il utilisait chaque fois qu’il fallait convaincre un auditoire. Ça rappelait à Arielle les fréquentes disputes entre ses parents dont elle avait été témoin. »

« Comment est-elle arrivée là ? fut la première question qui lui vint à l’esprit. C’est alors qu’il sentit une présence sur sa droite. Une grande femme aux longs cheveux bruns portant une robe blanche se tenait debout à quelques mètres de lui et fixait l’horizon. Elisabeth avait un visage allongé et légèrement ovale. Ses traits fins formaient une symétrie parfaite, mis à part la partie gauche de sa bouche qui remontait légèrement, lui donnant un petit air moqueur que Jimmy avait toujours adoré et qu’elle avait transmis à sa fille.
— Je rêve, dit-il à son intention. »

Nicolas Tackian ou Niko Tackian est un scénariste, réalisateur et romancier français.

De l’écriture à la réalisation, il s’exprime avec le même engouement au cinéma, en bande dessinée, à la télévision et dans les jeux vidéo.

Il a été journaliste et rédacteur en chef de différents magazines de presse avant de devenir scénariste. Il devient auteur de bande dessinée et signe son premier projet aux éditions Semic, avant de rejoindre l’équipe de Soleil Productions avec laquelle il va signer plus de 30 albums.

Thriller ésotérique, science fiction, dark fantasy, anticipation, polar, fantastique sont autant d’univers qu’il aime explorer en BD (« Kookaburra Universe« , « Le Syndrome de Caïn« , « L’Anatomiste« , « Orks« , « La Compagnie des Lames« , « Corpus Hermeticum« …).

Il devient également scénariste pour la télévision et signe plusieurs dizaines de téléfilms avant de créer avec Franck Thilliez, en 2015, la série « Alex Hugo » pour France 2 dont il continue d’assurer une partie des scenario.

En 2008, il écrit et réalise son premier film « Azad« , primé dans de nombreux festivals à travers le monde.

Après une minutieuse enquête sur le phénomène de la mort imminente, il écrit « Quelque part avant l’enfer » (2015), son premier roman et obtient le prix des lecteurs au festival polar de Cognac 2015.
Suivra « La nuit n’est jamais complète » en 2016 (lauréat du prix du polar lycéen d’Aubusson 2018) puis il change d’éditeur et publie « Toxique » (2017), puis « Fantazmë » (2018) et « Celle qui pleurait sous l’eau (2020), une trilogie introduisant le personnage de Tomar Khan, commandant à la brigade criminelle parisienne.
En 2019 son thriller « Avalanche Hôtel » obtient de nombreux prix, dont le célèbre « prix de la ligue de l’imaginaire« , qu’il intègre la même année rejoignant des auteurs à succès tels que Bernard Minier, Bernard Werber, Olivier Norek, Maxim Chattam et son camarade Franck Thilliez.
En 2021, il publie « Solitudes » aux éditions Calmann-Levy.

Page Facebook : https://www.facebook.com/niko.tackian.auteur/

Adolescence, Émotion, Fantastique, Folie, Frisson horreur, Psychologie, Suspense

Le Signal

de Maxime Chattam
Broché : 24 octobre 2018
Éditeur : Albin Michel

La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Falls.
Un havre de paix.
Du moins c’est ce qu’ils pensaient….
Meurtres sordides, conversations téléphoniques brouillées par des hurlements inhumains et puis ces vieilles rumeurs de sorcellerie et ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse leurs adolescents…
Comment le shérif dépassé va-t-il gérer cette situation inédite?
Ils ne le savent pas encore mais ça n’est que le début…

Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un livre ?

J’ai retrouvé avec Le Signal un Maxime Chattam déjà au sommet de son art. Dès les premières pages, il m’a entraîné dans une histoire dont il m’a été impossible de m’échapper. Ce qui semblait n’être qu’un simple déménagement vers une paisible petite ville de Nouvelle-Angleterre se transforme rapidement en un véritable cauchemar.

J’ai suivi la famille Spencer avec une inquiétude grandissante. Leur installation à Mahingan Falls, censée marquer un nouveau départ, devient peu à peu une descente dans l’inexplicable. Les phénomènes étranges, les morts violentes, les secrets enfouis et cette forêt inquiétante composent une atmosphère oppressante qui ne cesse de gagner en intensité.
Bien sûr, certains passages rappellent volontairement les grands classiques du cinéma d’horreur. Pourtant, Maxime dépasse très vite ces codes pour construire un thriller fantastique d’une redoutable efficacité. Chaque chapitre alimente l’angoisse, chaque révélation ouvre une nouvelle porte sur l’horreur.

J’ai particulièrement aimé la famille Spencer, profondément humaine et soudée. Je me suis également laissé séduire par cette bande d’adolescents qui m’a rappelé l’univers de Stranger Things ou encore les romans de Stephen King. Les références sont évidentes, mais l’auteur parvient à leur donner une identité bien à lui.

Impossible également de ne pas saluer l’objet-livre lui-même, avec ses pages noires qui annoncent déjà la noirceur du récit. Et que dire des deux cents dernières pages… Elles sont tout simplement magistrales. J’avais parfois l’impression d’assister à un film tant les scènes prenaient vie sous mes yeux. Certaines descriptions m’ont véritablement donné des frissons.

J’ai même prolongé l’expérience en écoutant la playlist proposée par l’auteur. L’immersion est alors devenue totale, au point que le moindre bruit autour de moi semblait soudain suspect.

Avec Le Signal, Maxime signe, à mes yeux, l’un de ses romans les plus ambitieux et les plus aboutis. Un thriller fantastique puissant, angoissant, remarquablement construit, qui m’a captivé de la première à la dernière page.

Une lecture qui fait peur… et que je ne suis pas près d’oublier.

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Extraits :

« Filant en pleine nuit, la camionnette ressemblait à un minuscule vaisseau perdu dans l’immensité du cosmos. Entourée d’obscurité, elle flottait dans le néant, guidée par ses phares blancs, comme propulsée par les lueurs rouges à l’arrière. La Ford se mit à tourner pour suivre la route à flanc de colline. Elle était seule sur des kilomètres à la ronde.
À l’intérieur, Duane Morris se concentrait pour ne pas perdre de vue le ruban d’asphalte étroit qui défilait face à lui. Il était hors de question de ralentir. Il devait maintenir une allure suffisante pour rester le moins de temps possible dans le secteur. »

« Lise se pencha vers le miroir de la salle de bains pour vérifier si le léger renflement qu’elle avait perçu sous son doigt n’était pas un point noir au milieu de son front. Rien qu’une miette qu’elle fit voler d’un coup d’ongle. Elle fixa son reflet. Ses cheveux d’ébène tombaient de part et d’autre de son visage blanc, comme le voile d’une veuve. Khôl pour souligner les yeux, presque jusqu’à s’en faire un masque, rouge à lèvres noir, vernis assorti, tout était parfait.
Corset en vinyle sur un T-shirt résille, jupe plissée écossaise et bottes lacées jusque sous le genou, rien n’était laissé au hasard C’était important car son look la définissait, il était sa véritable carte d’identité au quotidien, l’empreinte vive que Lise apposait sur les rétines, parfois sensibles, qu’elle croisait. Mais plus que tout, c’était capital qu’elle soit irréprochable pour ce soir.
Le grand soir. »

« — C’est vrai. Et surtout s’il y a quoi que ce soit, tu n’hésites pas, tu m’appelles.
— Pas de problème.
— Oh, et le babyphone est sur la table de la cuisine.
Lise acquiesça, elle savait tout cela. Elle n’avait qu’une envie : être seule avec le morveux assoupi. Elle était plutôt attention-née, voire carrément investie émotionnellement, avec les gosses qu’elle gardait. Arny était l’exception. Ce gamin, elle le détestait. Capricieux, moche et douillet de surcroît ! Dès qu’elle le pinçait – ce qu’elle faisait lorsqu’il l’énervait à brailler pour un rien -, il continuait à hurler pendant dix minutes, comme s’il avait été mutilé. Une vraie lopette. Un fils à papa qui allait se croire tout permis à l’adolescence, un de ces connards pour qui l’argent n’est pas un problème, et qui ne vivent que pour l’exercice du pouvoir. Dominer. Asservir. Maîtriser. Jouir. »

« Le piano tanguait, en équilibre sur la plateforme arrière du camion de déménagement, lorsque Thomas Spencer vit la sangle se rompre brutalement, libérant le monstre de cordes qui s’effondra aussitôt sur le manutentionnaire tout en nerfs qui se tenait dessous, l’écrasant contre le bitume de la route. Le plateau du clavier vint lui fracasser la boîte crânienne dans un terrible craquement humide et une éclaboussure de sang noir.
Thomas cligna des yeux pour chasser cette horrible image. »

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Maxime Guy Sylvain Drouot, connu sous les noms de plume Maxime Chattam et Maxime Williams, est un romancier français, spécialisé dans le thriller.

Au cours de son enfance, il fait de fréquents séjours aux États-Unis : sa première destination en 1987 est Portland dans l’Oregon, ville qui lui inspirera son premier roman. Rêvant d’abord d’être comédien, il suit le Cours Simon, devient figurant dans un spectacle de Robert Hossein et joue dans plusieurs téléfilms.

En 1988, il passe un certain temps dans la jungle thaïlandaise, rédigeant un journal de cette expérience. Cela marque ses premiers pas dans l’univers de l’écriture. Il ébauche son premier roman, Le coma des mortels. Il fait plusieurs petits boulots pendant plus de deux ans et reprend ses études de Lettres modernes. Il écrit Le Cinquième règne à cette époque puis fin 1999 il devient vendeur de romans policiers à la FNAC. « Le Cinquième règne » est publié bien plus tard, en 2003, sous le pseudonyme de Maxime Williams, et obtient le Prix du Roman Fantastic’Arts du Festival de Gérardmer 2003.

Il suit une formation en criminologie pendant un an à l’Université de Saint-Denis. Durant cette année, il apprend les rudiments de la psychologie criminelle, de la police technique et scientifique et de la médecine légale.

Toujours libraire, il consacre ses week-ends à son projet de thriller. Il rédige L’âme du mal en 2001, qui est publié l’année suivante chez Michel Lafon. Signé du pseudonyme de « Chattam », en référence à une petite ville de Louisiane, le livre crée la surprise et conquiert rapidement un public. Ce roman devient le premier volet de la Trilogie du mal, suivi de In Tenebris (2003) et Maléfices (2004). Il a par la suite écrit un préquel à sa Trilogie du Mal, La Promesse des ténèbres (2009).

Il a vendu plus de 7 millions d’exemplaires en France et est traduit dans une vingtaine de pays.
Plusieurs de ses romans ont été adaptaté en série télé.