Drame, Noir, Polar, Psychologie, Suspense, Thriller

Le Loup peint

de Jacques Saussey
Poche – 4 janvier 2017
Éditeur : Le Livre de Poche

Vincent Galtier est vétérinaire dans une petite ville de l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort accidentelle de son fils, son couple est à la dérive. Seule, Marion, sa maîtresse, parvient à lui faire vivre quelques rares moments d’oubli. Une nuit, alors qu’il vient de la quitter et traverse une forêt isolée pour rentrer chez lui, les passagers d’une voiture inconnue lui tirent dessus et tentent de le précipiter dans un ravin. Lorsque Vincent arrive finalement à son domicile, après leur avoir échappé de justesse, c’est pour y découvrir une scène de massacre. Il y en aura d’autres. Le cauchemar ne fait que commencer…
L’auteur de Quatre racines blanches et L’Enfant aux yeux d’émeraude offre un cadre inhabituel au thriller – le monde vétérinaire – dans ce page-turner machiavélique au suspense implacable.

Encore un roman qui attendait sagement dans ma bibliothèque depuis plusieurs années… Il était grand temps que je découvre enfin Le Loup peint de Jacques Saussey !

Et quelle bonne surprise ! Dès les premières pages, je me suis retrouvé plongé dans une intrigue magistralement construite, avec des personnages tellement bien campés que je les imaginais évoluer devant moi, comme dans un thriller sur grand écran.
Vincent Galtier est vétérinaire dans l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort de son fils, son couple n’est plus que l’ombre de lui-même. Une nuit, alors qu’il rentre chez lui après avoir retrouvé sa maîtresse, il est pris pour cible par des inconnus qui tentent de le tuer.
Lorsqu’il parvient enfin à rejoindre son domicile, il découvre une véritable scène de massacre. Et ce n’est que le début de son cauchemar. Très vite, Vincent devient suspect et doit tout faire pour prouver son innocence tandis que les crimes se multiplient autour de lui. J’ai suivi cette descente aux enfers avec beaucoup d’intérêt, sans jamais savoir où Jacques voulait m’emmener.

J’ai particulièrement apprécié la construction du récit, qui fait s’entrecroiser plusieurs histoires et plusieurs voix. Les personnages sont hauts en couleur, parfois inquiétants, parfois franchement savoureux. L’écriture est fluide, nerveuse, sans fioritures, mais l’auteur sait aussi se lâcher, notamment dans la seconde partie avec cette équipe de policiers pour le moins… particulière !
Certains dialogues m’ont franchement fait sourire. Auteurs n’hésitez plus, lâchez-vous plus souvent !

J’ai également apprécié les passages beaucoup plus crus, parfois franchement trash, qui renforcent l’atmosphère noire du roman.
Et puis il y a cet étonnant petit animal qui vient régulièrement semer sa pagaille dans l’histoire…

Mais Le Loup peint ne se résume pas à un simple polar. Le trafic d’un animal en voie d’extinction constitue une véritable toile de fond de l’intrigue et nous entraîne progressivement vers un désastre que je vous laisse découvrir.
J’ai aimé aussi les petits clins d’œil de l’auteur à certains écrivains et dessinateurs à travers les noms de rues fictives d’Auxerre.

Suspense, humour noir, violence, personnages déjantés et rebondissements, Jacques a réuni tous les ingrédients d’un bon thriller.
J’ai passé un agréable moment de lecture et je ne peux que vous conseiller de vous laisser embarquer dans cette intrigue captivante !

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Extraits :

« La voiture approchait à grande vitesse sur la chaussée étroite. Vincent prit alors conscience qu’il était bloqué en plein milieu de la voie, que le moteur refusait de démarrer.
Une vision de tôles arrachées et de souffrances atroces lui envahit l’esprit comme un raz-de-marée incontrôlable. La Mort. Elle avait fini par le retrouver.
Elle allait venir le chercher, quelques minutes à peine après l’avoir manqué de peu. Quelques mois après lui avoir ravi la moitié de lui-même sous le châssis de ce maudit camion, le projetant par là même dans les flammes de la culpabilité. »

« Elle était seule, désormais. Seule avec sa douleur, seule avec le souvenir de son fils qu’elle chérissait chaque soir avant de s’endormir de peur qu’il ne sorte de sa mémoire à la faveur du sommeil.
Elle éteignit sa lampe et garda les yeux ouverts dans le noir, fixés sur le plafond qu’elle discernait à peine à la lueur de la Lune. Pourquoi ne quittait-elle pas cet homme qui l’avait détruite? Pourquoi? Aucun avenir entre eux n’était plus possible. Il n’y avait aucune chance de rembobiner le fil tragique des événements.
Elle ne supportait même plus qu’il l’approche, et encore moins qu’il la touche. Alors qu’attendait-elle ?
Demain… »

« Et voilà. Encore une fois, il s’était foutu le doigt dans l’œil jusqu’au coude en tirant des conclusions trop rapides. L’analyse des empreintes sur le pistolet avait été approfondie. Une autre série avait été décelée sous la première et une trace partielle avait pu être identifiée. Elle correspondait au pouce de l’un des deux cadavres retrouvés dans la BMW. D’autre part, l’avant-bras du type présentait des traces fraîches de combustion de poudre, mais celui de Vincent Galtier n’en avait révélé aucune. Manifestement, ce n’était pas lui qui avait tué l’inconnu dans les bois. Cela l’innocentait de ce crime, et partant cela expliquait la raison de la course-poursuite et de la collision entre les deux voitures qui avait causé la mort des deux tueurs. Le vétérinaire n’avait donc pas raconté que des conneries. »

« Cinq heures que ça durait, déjà. Il n’en voyait pas le bout. Ah, la journée allait être longue, c’était sûr…
Il s’arrêta à l’angle de l’avenue du maréchal Norek.
À sa droite, après un petit immeuble bourgeois de quatre étages, le boulevard Chattam s’enfonçait dans un quartier de maisons cossues en direction opposée à l’hôpital. De l’autre côté du carrefour, l’avenue Minier, plus étroite, offrait une densité d’habitations et de commerces plus propice aux interrogatoires de porte à porte. Elle s’éloignait en une courbe tendue vers les quartiers les plus à l’ouest de la ville. Richard savait qu’elle se ramifiait rapidement dans un quartier d’immeubles qui représentait la grange aux meules de foin évoquée par le commandant Colize. »

Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, « La mante sauvage », achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre « Colère Noire ».
C’est le second, « De sinistre mémoire », écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011.
Son domaine : l’histoire noire. Très noire…
Il est désormais considéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui content » dans le polar.

Enfermé.e (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2018/11/12/enferme-e-de-jacques-saussey/

7/13 (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/15/7-13/

Amour, Émotion, Drame, Famille, Psychologie, Thriller

Dis, t’en souviendras-tu ?

de Janine Boissard
Broché – 8 mars 2018
Éditeur : Plon

Que se passe-t-il lorsque le poids des secrets est si lourd à porter ? Au cœur de la Provence, Aude tente de dénouer les fils de sa vie : qu’est-il arrivé à son mari ? Pourquoi ses souvenirs lui échappent ? Drames, mystères et affaires familiales se déploient dans le nouveau roman de Janine Boissard.

Aude a 23 ans, elle est l’épouse d’un parfumeur connu à Grasse. Et voilà que ce matin, elle se retrouve à l’hôpital, privée d’une partie de sa mémoire. Elle apprend qu’on l’a retrouvée, inanimée, sur un chemin désert. Non loin, la voiture de son mari, portières ouvertes, vide. Quel leur est-il arrivé ?
Avec l’aide d’un psychiatre, elle va tenter de recouvrer sa mémoire. Mais le veut-elle vraiment ? Avec le retour de ses souvenirs, ne devra-t-elle pas faire face à une redoutable vérité ?

Un suspense haletant et une belle histoire d’amour dans les paysages parfumés de la Haute Provence.

C’est le deuxième roman de Janine Boissard que je découvre, et je comprends un peu mieux pourquoi cette autrice touche autant de lecteurs. Avec Dis, t’en souviendras-tu ?, elle m’a offert une lecture captivante, portée par un suspense psychologique aussi délicat qu’émouvant. Dès les premières pages, je me suis profondément attaché à Aude. Victime d’une violente agression, elle se réveille amnésique, incapable de se souvenir des événements qui ont bouleversé sa vie. Plus troublant encore, son mari a disparu… et elle découvre qu’elle est enceinte.

J’ai vécu cette enquête à travers ses yeux, partagé entre l’envie de connaître la vérité et la peur de ce qu’elle pourrait retrouver au fond de sa mémoire. Chaque séance chez son psychiatre fait remonter des fragments de souvenirs, parfois flous, parfois terrifiants, comme les pièces d’un puzzle qu’il devient urgent de reconstituer. Peu à peu, l’image d’une existence idéale se fissure. Derrière la réussite de son mari, célèbre parfumeur, se cache un homme bien plus inquiétant qu’il n’y paraît. Les zones d’ombre de son passé, les secrets de famille et les silences trop longtemps entretenus donnent au récit une tension permanente.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’autrice aborde l’amnésie post-traumatique avec beaucoup de sensibilité. Mais ce roman va bien au-delà du simple thriller. Il parle aussi des liens familiaux, de l’amour maternel lorsqu’il devient possessif, des apparences que l’on préfère préserver et des blessures que l’on refuse de regarder en face. La plume de l’autrice est fluide, élégante et incroyablement immersive. Les chapitres s’enchaînent naturellement, si bien que je n’avais qu’une envie, tourner la page pour découvrir ce qui attendait Aude. J’ai également été touché par le regard profondément humain que Janine Boissard porte sur ses personnages. Aucun n’est totalement noir ou totalement lumineux, chacun porte son lot de regrets, de faiblesses et d’espoir.

Dis, t’en souviendras-tu ? est un roman où le mystère familial se mêle à une belle histoire de résilience et d’amour. Une lecture prenante, riche en émotions, que j’ai dévorée avec un immense plaisir.
Et une chose est certaine… ce ne sera pas mon dernier rendez-vous avec Janine.

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Extraits :

« Sur une feuille de papier pliée en quatre, cachée tout au fond de sa poche, elle a écrit ses nom et prénom : Aude Saint Georges, son âge, 23 ans, et son adresse à Grasse. « C’est complètement ridicule, lui a lancé sa mère, tu ferais mieux de prendre ta carte d’identité, comme tout le monde. » Mais imaginez qu’elle la perde ou qu’on la lui vole ? Et, de toute façon, quand on a vécu cette horreur, se retrouver un jour dans un endroit inconnu, attachée à un lit, perdue dans le brouillard, on se rassure comme on peut, ridicule ou pas. Et ce bout de papier qu’elle pouvait toucher à tout instant, la rassurait comme le minuscule clignotant d’un SOS. »

« À l’hôpital, on lui avait expliqué qu’il y avait différentes sortes de souvenirs. Par exemple les « souvenirs de souvenirs », ces moments, ces instants, bons ou mauvais, que l’on vous a si souvent racontés que vous êtes certain de les avoir vécus. Et, à ceux-là, tout le monde avait droit. Il y avait aussi ce qu’on appelait la « confabulation », dont étaient victimes ceux qui souffraient d’amnésie, qui se sentaient obligés d’inventer des choses sur leur passé pour tenter de combler les trous. Sur ce mur, pas de « confabulation », du réel, du costaud, auquel on pouvait se fier. »

« Elle a rêvé qu’elle errait nue dans une plaine glacée. D’une longue chemise de nuit qui l’enveloppait comme un linceul, d’une voix qui lui ordonnait « À genoux ! » et d’un mot qui s’imprimait partout :
« immaculée ». C’est fini, c’est fini. Pourquoi ne cesse-t-elle pas de se répéter ces deux mots, comme un mantra ? Qu’est-ce qui a pris fin ? Quel danger s’est éloigné ? Quelle menace dont elle peine à se souvenir ? »

« — Toujours d’après Irène, la petite aurait pensé à divorcer, a poursuivi Basile. Apparemment, elle n’en a pas eu la force.
« La petite »… Aude a revu la jeune femme aux boucles blondes et au visage diaphane sur la photo.
Pour la première fois, elle s’est demandé si Béatrice avait, avant elle, occupé la chambre « Topaze». La chemise de nuit de dentelle : la sienne ? Elle a frissonné.
— Comment est-elle morte ? a-t-elle murmuré.
— Une surdose de médocs.
— Tu veux dire qu’elle s’est suicidée ?
— On ne le saura jamais. Un matin, elle ne s’est pas réveillée. Je te laisse imaginer le désespoir de ses parents : leur unique enfant. »

Dès l’âge de 20 ans, Janine Boissard commence sa carrière d’écrivain sous le nom de Janine Oriano, son nom d’épouse.
Avec B comme Baptiste, elle est la première Française à publier dans la collection “Série Noire”. En 1977, la grande saga L’Esprit de famille, publiée cette fois sous son nom de jeune fille, la fait connaître du grand public. Parallèlement, elle écrit pour la télévision. Les chambardements dans la famille, les problèmes de couple et la place de la femme moderne dans le monde du travail sont les thèmes le plus souvent abordés par Janine Boissard dans ses romans. Parmi ses plus grands succès, on retiendra la saga de Belle-Grand-Mère ainsi que Une femme en blanc (Robert Laffont, 1996), suivis de Marie‑Tempête (Robert Laffont, 1998).

Mère de quatre enfants, Janine Boissard a publié une quarantaine de romans, notamment, parmi les plus récents,
Histoire d’amour (2004)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/22/histoire-damour/
Belle Arrière-Grand-Mère (Fayard, 2014),
Au plaisir d’aimer (Flammarion, 2015),
Une femme : le roman d’une vie (Flammarion, 2016),
Voulez‑vous partager ma maison ? (Fayard, 2016),
La Lanterne des morts (Fayard, 2017),
Dis, t’en souviendras-tu ? (Plon, 2018),
Les Quatre Filles du docteur Moreau (Fayard, 2018).

Émotion, Drame, Fantastique, Frisson horreur, Violence

La tour de sélénite

d’Arnaud Codeville
Broché – 1 juin 2015
Éditeur : Autoédition

Si l’horreur avait la possibilité de se matérialiser, je pense en avoir été témoin cette nuit-là…

Adel Blanchard est un écrivain en perdition. Depuis quelques mois, sa vie ne se résume qu’à éviter les huissiers et à courir après son ex-femme pour voir ses deux enfants. Pour sortir la tête de l’eau, il accepte un poste de professeur de Lettres dans une faculté de Lille. Mais peu à peu, il ne peut s’empêcher de glisser dans la dépression. Un soir, alors qu’il est prêt à commettre l’irréparable, sa voisine de palier intervient miraculeusement et l’en empêche. Il voit en elle l’opportunité de démarrer un nouveau chapitre de sa vie, c’est donc naturellement qu’il participe au projet universitaire qu’elle organise avec un collègue : la restauration d’un phare en Loire-Atlantique. Malheureusement, il ne se doute pas que ce périple le mènera au cœur de la terreur où il y laissera une partie de son âme…

Cela faisait longtemps que je n’avais pas ouvert un véritable roman d’horreur. Pourquoi cette longue parenthèse ? Je l’ignore… Peut-être est-ce simplement l’âge qui me rend plus sélectif. Toujours est-il que La Tour de sélénite, d’Arnaud Codeville, patientait depuis des années dans ma bibliothèque. Et quelle excellente idée j’ai eue de l’en sortir !

Je l’ai commencé hier matin… et je l’ai terminé en quelques heures. Une lecture d’une seule traite, tant il m’a happé une fois ses griffes plantées dans mon imagination.
Je dois pourtant être honnête, les premières pages m’ont demandé un petit temps d’adaptation. J’y ai perçu les hésitations d’un premier roman, une introduction un peu longue et quelques accents plus romantiques qu’attendus. Mais Arnaud semble justement connaître son piège. Et si c’était ça justement son secret. Reculer, ralentir pour mieux capturer son lecteur ensuite…

J’ai fait la connaissance d’Adel, un écrivain brisé par la vie. Après le succès fulgurant de son premier livre, il se retrouve ruiné, divorcé, éloigné de ses enfants et profondément dépressif. Devenu professeur à l’université de Lille, il tente difficilement de reconstruire son existence. Après une tentative de suicide avortée, il est sauvé in extremis par sa voisine et collègue Laure et se lie d’amitié avec plusieurs de ses collègues, reprend peu à peu goût à la vie.

De retour de ses premières vacances avec ses enfants, un drame vient bouleverser ce fragile équilibre. Il apprend avec effroi que deux de ses collègues, dont Laure, qui devait l’appeler durant ses congés, ont disparu mystérieusement alors qu’ils devaient rénover un vieux phare abandonné. Pourtant, personne ne les a jamais vus y entrer. Dès lors, Adel et trois autres collègues décident de partir à leur recherche… sans imaginer qu’ils s’apprêtent à franchir les portes de l’horreur. À partir de cet instant, je n’ai plus respiré de la même façon. Le phare devient un personnage à part entière, vivant, oppressant, presque conscient de la présence de ceux qui osent pénétrer entre ses murs. Chaque pierre semble dissimuler un cauchemar, chaque couloir une menace. J’ai véritablement ressenti cette montée d’angoisse. Plus d’une fois, je me suis surpris à regarder derrière mon épaule ou à interrompre ma lecture quelques secondes tant certaines scènes étaient dérangeantes. Âmes sensibles, vraiment, abstenez-vous.

J’ai également beaucoup apprécié les personnages, tous profondément humains. Adel m’a touché par sa sincérité, son désespoir et son courage…

La plume d’Arnaud est fluide, nerveuse et terriblement immersive. La tension grandit sans relâche jusqu’à un huis clos fantastique où la terreur devient presque palpable.

Pour un premier roman, je le trouve remarquable. La Tour de sélénite est un récit sombre, addictif et viscéralement inquiétant, qui prouve déjà tout le talent d’un auteur capable de transformer un simple phare en l’un des lieux les plus effrayants que j’aie visités… sans jamais quitter mon fauteuil.

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Extraits :

« Je déposai ma valise et quelques cartons contenant le reste de ma vie dans un appartement vide. J’avais accepté ce poste de professeur de lettres à l’université privée de Lille par dépit, car mes maigres économies s’étaient envolées avec mon ex-femme. Quelques années auparavant, j’avais eu cette brillante idée de devenir écrivain. J’avais abandonné l’enseignement pour me consacrer à l’écriture.
Le premier livre m’avait valu une certaine notoriété dans le monde littéraire. Il s’inspirait des œuvres de Sir Arthur Conan Doyle, autant dans le style que dans la narration.
L’histoire mettait en scène un ancien Poilu qui revenait du front, et dont la femme était retrouvée assassinée peu après son retour. Ce roman connut immédiatement le succès et l’on me proposa même d’en faire un film. »

« — Il y a des zones d’ombre, murmura-t-elle, à la lisière de nos vies quotidiennes. Il existe des forces obscures que nous, pauvres êtres humains, nous sommes incapables de contrôler et même de comprendre…
Il y eut un long silence que seuls les bruits de la rue venaient combler. Elle termina son thé, et se leva d’un bond. Visiblement gênée par ses confidences, elle n’osait plus me regarder dans les yeux. Elle sécha ses larmes d’un revers de la main et me donna un baiser sur la joue. »

« — Ce phare est maudit…
Éric s’étrangla et explosa de rire.
— Je m’en doutai… je m’en doutai que le vieux allait nous sortir un truc pareil.
Je le fixai du regard et il comprit aussitôt qu’il devait se taire.
— Ne faites pas attention à lui, monsieur, vous pouvez être plus précis, s’il vous plaît ? Qu’est-ce qui vous dit que ce phare est maudit ?
— Il y a un peu plus de trente ans, commença le propriétaire, juste après la guerre en fait, l’île a trouvé un nouvel habitant. Un médecin…
L’Anglais, dont l’inquiétude se lisait sur le visage, l’interrompit :
— Quel mal y a-t-il à ça ? »

« Au bout d’une demi-heure, nous avions fait un passage assez grand pour qu’un homme puisse traverser.
Je pris mon courage à deux mains et le franchis le premier, éclairé par ma lampe-torche. L’odeur pestilentielle était beaucoup plus forte ici. La pièce, dont le sol était composé uniquement de terre de couleur sombre, était large d’au moins six mètres sur trois. Sur les murs ne restaient que les équerres en métal de plusieurs étagères. Le bois qu’elles soutenaient s’était probablement désagrégé avec le temps. À notre gauche était disposé un bureau en fer où un nombre incalculable de fioles, tubes à essai, bocaux à combustion, éprouvettes et bien d’autres instruments de chimie étaient posés çà et là. J’avançai prudemment quand soudain, mon corps refusa de faire un pas de plus. »

Né en 1980 dans le nord de la France, Arnaud Codeville est avant tout un passionné. Adolescent, il découvre le cinéma horrifique et comprend immédiatement que cet univers va prendre une place importante dans sa vie. Il aime avoir peur.

À 17 ans, Arnaud croise la route du jeu de rôle L’appel de Cthulhu. Il dévore dès lors les textes de H.P. Lovecraft, devient maître de jeu et écrit ses propres scénarios.

En 2015, il se lance dans l’écriture de son premier roman La tour de Sélénite. L’année suivante, il édite un second opus : 1974 qui sera élu « plume francophone » par les lecteurs d’Amazon puis primé par le site Plume libre dans la catégorie « nouvelle plume ».

En 2019, sort Parasite qui a été nommé au prestigieux Prix Masterton dont il a été finaliste.

En 2021, il publie Règne, son premier roman post-apocalyptique.

Émotion, Drame, Noir, Polar, Suspense, Thriller

Le Cercle

de Bernard Minier
Poche – Novembre 2013
Éditeur : Pocket

Pourquoi la mort s’acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest ?
Une prof assassinée, un éleveur dévoré par ses propres chiens… et un mail énigmatique, peut-être signé par le plus retors des serial killers.
Confronté à un univers terrifiant de perversité sur les terres de son adolescence, le commandant Servaz va faire l’apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

« Bernard Minier persiste et signe. Après l’éclatant succès de son premier roman, Glacé,
le voilà qui confirme son talent avec Le Cercle. »
Le Figaro littéraire

« L’auteur mène son suspense de main de maître
et on ralentit sa lecture pour que le livre ne se termine pas. »
Version Femina

Après Glacé, lu il y a quelques semaines, j’avais hâte de retrouver le commandant Martin Servaz dans ce deuxième volet, Le Cercle, de la trilogie de Bernard Minier.
Et une nouvelle fois, dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par une intrigue sombre et particulièrement inquiétante.

Dix-huit mois après les événements de Glacé, les blessures sont encore ouvertes et Julian Hirtmann, le terrible meurtrier évadé, est toujours en liberté. Il est devenu l’obsession de Martin Servaz, mais aussi celle d’Irène Ziegler, la jeune gendarme, désormais rétrogradée dans une gendarmerie rurale. Cette nouvelle enquête va ramener Martin à Marsac, là où il a vécu et étudié autrefois. Un retour dans son passé qui n’a rien d’anodin, puisque la femme qu’il a aimée jadis, Marianne, l’a appelé à l’aide. En effet son fils Hugo, suite à l’assassinat de l’une de ses institutrices devient rapidement le principal suspect, tandis que le nom de Hirtmann ressurgit une nouvelle fois.

J’ai beaucoup aimé cette façon qu’a Bernard de mêler l’enquête policière aux blessures personnelles de son personnage. Servaz m’a une nouvelle fois touché par son humanité. Fragile, tourmenté, parfois perdu, mais toujours debout.
J’ai également apprécié Margot, sa fille, elle-même étudiante à Marsac. Sa présence ajoute une dimension intime à cette histoire et permet de comprendre un peu mieux les failles de cet homme qui tente de concilier son métier et sa vie de père.

L’atmosphère m’a particulièrement marqué. L’auteur sait créer un environnement oppressant où chaque lieu semble cacher quelque chose. Les morts s’enchaînent, les mystères s’accumulent et je me suis rapidement demandé qui pouvait bien tirer les ficelles. J’avoue m’être parfois un peu perdu parmi les nombreux personnages et leurs trajectoires complexes. Mais cette densité participe aussi à la richesse de l’intrigue et m’a obligé à rester constamment attentif. J’ai beaucoup apprécié également les aspects médicaux et psychiatriques, expliqués avec suffisamment de clarté pour renforcer la crédibilité du récit sans alourdir l’ensemble.

Et puis il y a le suspense !
J’ai échafaudé de nombreuses hypothèses, cherché le, la ou les coupables, essayé de comprendre les liens entre les différents protagonistes… sans parvenir à tout anticiper.

Jusqu’aux dernières pages, Bernard entretient le doute et distille ses indices avec précision. La révélation finale m’a surpris, tout en me semblant parfaitement cohérente. Avec Le Cercle, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans Glacé. Une intrigue sombre, une tension permanente et cette sensation désagréable que le danger peut surgir à tout moment. J’ai aimé aussi et surtout les phrases glissées par l’auteur ici et là, sur la Politique, La Religion, les manipulations diverses de ceux qui nous contrôle, et puis il y a la musique très présente dans tout le récit, la poésie aussi…

Un thriller intense et addictif qui m’a une nouvelle fois donné envie de poursuivre l’aventure avec Martin Servaz… et de découvrir jusqu’où Julian Hirtmann pourra encore l’entraîner.

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Extraits :

« Son esprit n’était qu’un cri.
Une plainte.
Dans sa tête, elle criait de désespoir, elle hurlait sa rage, sa souffrance, sa solitude… – tout ce qui, mois après mois, l’avait dépouillée de son humanité.
Elle suppliait aussi.
Pitié, pitié, pitié, pitié… laissez-moi sortir d’ici, je vous en supplie…
Dans sa tête, elle criait et elle suppliait et elle pleurait. Dans sa tête seulement : en réalité, aucun son ne sortait de sa gorge. Elle s’était réveillée quasi muette un beau matin. Muette… Elle qui avait toujours aimé s’exprimer, elle à qui les mots venaient si facilement, les mots et les rires… »

« Combien d’années ? Dix-neuf ? Vingt ? Elle l’avait rejeté hors de sa vie, elle était partie avec un autre et elle avait trouvé le moyen de faire retomber la faute sur lui. Il l’avait aimée, oh oui… Peut-être plus qu’aucune autre femme avant et après elle… Mais cela s’était passé dans un autre siècle, il y avait si longtemps… »

« — Vous n’aimez pas le sport à la télé ? le taquina Servaz.
— Du pain et des jeux. Rien de très nouveau. Au moins les gladiateurs mettaient-ils leur vie en jeu, ça avait tout de même une autre allure que ces gamins en short courant après un ballon. Le stade n’est que la version extralarge de la cour de récré. »

« — Vous vous intéressez aux religions ? demanda-t-il.
Winshaw sourit. Il but une gorgée, son œil brasillant malicieusement au dessus du verre.
— Elles sont fascinantes, non ? Les religions, je veux dire… Comment de tels mensonges peuvent aveugler autant de gens ?

« — Les gens votent, dit soudain la Baleine. Ils croient qu’ils décident… Ils n’ont aucun pouvoir de décision. Aucun. Parce qu’ils ne font que reconduire à l’infini la même caste, élection après élection, législature après législature. Le même petit groupe de gens qui décident de tout pour eux. Nous… Et quand je dis « nous », j’inclus nos adversaires politiques. Deux partis. Qui se partagent le pouvoir depuis cinquante ans. Qui font semblant de n’être d’accord sur rien alors qu’ils le sont sur presque tout… Cela fait cinquante ans que nous sommes les maîtres de ce pays et que nous vendons au bon peuple cette arnaque nommée « alternance ». Les cohabitations auraient dû lui mettre la puce à l’oreille : comment deux pouvoirs aux options radicalement opposées pourraient-ils cohabiter ? Mais non : il a continué à gober l’escroquerie comme si de rien n’était. Et nous, a profiter de ses largesses. »

« Il avait deviné un homme qui, comme lui, détestait la vulgarité des loisirs modernes, la stupidité consumériste des générations actuelles, la pauvreté de leurs centres d’intérêt et de leurs goûts, la platitude de leurs idées, leurs comportements moutonniers et leur incurable philistinisme. Un homme seul, aussi. Oh oui, ils se comprenaient, tous les deux. Même si Martin avait sans doute du mal à l’admettre. Ils étaient aussi proches que pourraient l’être deux vrais jumeaux séparés à la naissance. »

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Bernard Minier, né en 1960, originaire de Béziers, a grandi au pied des Pyrénées. Glacé (2011), son premier roman, a reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac et figure dans la liste des 100 meilleurs polars du Sunday Times depuis 1945. Le livre a été adapté en série télévisée en 2017 par Gaumont Télévision et M6 est disponible sur Netflix.

Glacé (2011, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac),
https://leressentidejeanpaul.com/2026/02/24/glace/
Le Cercle (2012),
N’éteins pas la lumière (2014),
Une putain d’histoire (2015, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac),
Nuit (2017),
Sœurs (2018),
M, le bord de l’abîme (2019),
La Vallée (2020)
La Chasse (2021),
Lucia (2022),
Un œil dans la nuit (2023),
Les Effacées (2024).

En 2024 paraît également chez Pocket un recueil de nouvelles inédit, Les Chats et 14 histoires mystérieuses diaboliques cruelles.
Son dernier ouvrage, H, a paru en 2025. Bernard Minier est considéré aujourd’hui dans toute l’Europe comme l’un des maîtres du thriller.
Ses romans, traduits en 28 langues, sont tous publiés aux Éditions XO et repris chez Pocket.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Famille, Philosophique

La Passeuse d’histoires

de Sejal Badani
Broché – 9 septembre 2021
Éditeur : CHARLESTON

De l’Inde qui a vu naître ses parents, Jaya ne sait rien, ou presque. Mais alors que son corps semble lui refuser la maternité à laquelle elle aspire, Jaya ressent le besoin d’aller à la rencontre de ses origines.

Au cœur de la province du Madhya Pradesh l’attend Ravi, fidèle serviteur de sa grand-mère disparue et dépositaire de ses plus intimes secrets. Mariage arrangé, drames et amours impossibles… Jaya découvre, bouleversée, le destin tragique et hors du commun des deux générations de femmes qui l’ont précédée. C’est dans leur courage et leur résilience qu’elle puisera la force de trouver sa propre place dans le monde.

Loin des clichés d’une Inde de carte postale, Sejal Badani parvient à insuffler beauté et délicatesse au sein des tragédies les plus sombres.

« Une célébration de la littérature qui offre une voix à ceux qui en sont privés. »
New York Journal of Books

Je viens de terminer ce superbe roman le cœur lourd et la larme à l’œil…
Sejal Badani avec La Passeuse d’histoires m’a emporté avec son récit dans tout ce que j’aime. Un récit prenant et magnifique malgré les sujets qui s’enchainent tous plus graves les uns que les autres, mais à la fin, la vie, l’amour, la famille sont toujours là…

Tout a commencé par une couverture et un titre qui m’ont irrésistiblement attiré. Dès la première page, j’ai été happé par un récit d’une délicatesse rare, où les drames les plus profonds côtoient sans cesse l’amour, la famille et l’espoir. J’ai été emporté jusqu’au dernier mot transformant ma lecture en gros coup de cœur !

J’ai fait la connaissance de Jaya, une journaliste new-yorkaise d’origine indienne, bouleversée par trois fausses couches et un mariage qui s’effondre. Lorsqu’elle apprend que son grand-père maternel est mourant, elle décide de partir en Inde, sur les traces d’un passé qu’elle ignore presque totalement. Là-bas, Ravi, ancien serviteur et fidèle ami de sa grand-mère Amisha, lui ouvre les portes d’une mémoire longtemps enfouie. À travers sa voix naît une seconde histoire, celle d’Amisha, jeune fille mariée à quinze ans selon les traditions d’une Inde encore sous domination britannique.

J’ai été profondément touché par cette construction à plusieurs voix, qui fait dialoguer trois générations de femmes unies par les mêmes blessures, les mêmes rêves et une incroyable force de résilience. Amisha devient rapidement le cœur du roman, une femme privée de liberté, mais jamais de son imaginaire, elle trouve dans l’écriture un refuge et une manière de préserver son âme. Mais le personnage de Ravi est tout aussi magnifique. Intouchable dans une société régie par les castes, il incarne la fidélité, la gratitude et cette amitié inconditionnelle qui transcende les barrières sociales. Sa relation avec Amisha est d’une beauté bouleversante.

Sejal Badani dresse également un portrait fascinant de l’Inde d’autrefois, entre traditions ancestrales, domination coloniale, émergence de Gandhi et quête d’indépendance. Ce contexte historique enrichit le récit sans jamais étouffer l’émotion. La plume de l’autrice est élégante, sensible et profondément immersive. Chaque page semble rappeler que les histoires possèdent un pouvoir immense, celui de réparer les silences, de transmettre les mémoires et parfois même de changer une destinée.

La Passeuse d’histoires est un roman historique, une magnifique histoire d’amour et d’amitié, mais surtout un vibrant hommage aux femmes qui, malgré les interdits, ont trouvé dans les mots la plus belle des libertés.

Si vous ne l’avez pas lu, laissez-vous porter par cette merveille.
Elle a touché mon cœur… et je suis convaincu qu’elle saura toucher le vôtre.

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Extraits :

« VINGT POUR CENT DES FEMMES font un jour une fausse couche. Parmi elles, quatre-vingts pour cent perdent leur bébé au cours du premier trimestre de grossesse. Les risques sont de douze pour cent à trente ans – une probabilité qui augmente avec l’âge.
Je peux réciter par cœur ces statistiques, et bien d’autres encore. J’ai lu tout ce qui était à ma portée, dès le jour où on a décidé d’avoir un enfant.
C’était il y a cinq ans. Depuis, j’ai passé un nombre incalculable d’heures à la bibliothèque et sur Internet, dans l’espoir de trouver une nouvelle étude, un nouveau médicament, qui multiplierait mes chances d’arriver à terme. Mais peu importent mes lectures, j’en viens toujours à la même conclusion : certains bébés naissent, d’autres pas. »

« J’AVAIS CINQ ANS QUAND J’AI SUPPLIÉ ma mère de m’offrir un chien. La race ou la taille n’avaient aucune importance : je voulais juste avoir un compagnon qui soit bien à moi, à aimer et à câliner. Trois jours après ma requête, ma mère m’a fait la surprise : un chiot en laisse m’attendait à la maison. C’était le bonheur. Je l’emmenais partout et il dormait dans mon lit. Quelques mois plus tard, il s’est enfui et nous ne l’avons pas retrouvé. Assise sur mon lit, j’ai pleuré pendant des heures sous les yeux de ma mère qui demeurait silencieuse, dans l’embrasure de ma chambre. Je me suis finalement endormie, épuisée de chagrin. Ce n’est qu’au matin que j’ai compris que pendant la nuit, elle avait tiré la couverture sur moi et avait éteint la lumière. Jamais elle ne m’a adressé un mot à propos de cette douloureuse perte. »

« QUAND J’AVAIS SEPT ANS, j’ai voulu apprendre à faire du vélo. Ma mère m’en a acheté un avec des roulettes, mais je les ai enlevées. Mes pieds
atteignaient à peine les pédales. Chaque jour, je montais dessus et chaque jour, je tombais. L’une de ces chutes a été particulièrement brutale, et j’ai récolté dix points de suture au front. Alors, Maman a enfermé mon vélo dans le garage. Quand nous en avons discuté, elle m’a laissé le choix entre abandonner ou attendre de grandir un peu pour réessayer. J’ai refusé de l’écouter et j’ai ressorti le vélo du garage en cachette. Le jour suivant, je me cassais le bras et m’ouvrais la lèvre en dévalant une pente. Elle a immédiatement offert mon vélo à l’un de nos voisins.
Quand j’ai exigé de savoir pourquoi, elle m’a répondu : “Jaya, parfois, c’est mieux de laisser tomber les choses qui nous font mal.” »

« — J’ai quinze ans. Mon mariage a déjà été arrangé.
Neema jeta un œil à l’horloge, puis à la porte, évitant le regard d’Amisha. Cette dernière, qui avait été mariée à quinze ans elle aussi, savait que les filles pouvaient être offertes à tout âge. Certaines familles pauvres échangeaient leur nouveau-né contre un sac de riz. Dans certains villages, on n’attendait pas que les filles aient quinze ans. Amisha se demanda si ces traditions changeraient au fil du temps. Mais personne, pas même les Britanniques, n’avait été capable de modifier les choses jusqu’à présent. »

Sejal Badani est une ancienne avocate qui écrit aujourd’hui à plein temps. Quand elle n’écrit pas, elle aime lire et voyager, avec Bruce Springsteen, Beyonce et Ed Sheeran en fond sonore. Elle vit actuellement sur la West Coast avec sa famille et leurs deux chiens.
Ses ouvrages font partie des listes bestsellers du USA Today, du Washington Post, du Wall Street Journal et d’Amazon Charts.

Son deuxième roman, La Passeuse d’histoires, a déjà conquis plus d’un million de lecteurs dans le monde.

Drame, Polar, Suspense, Thriller

Memory

Arnaud Delalande
Poche – 10 février 2022
Éditeur : Pocket

Un meurtre. Huit témoins. Pas un ne se souvient de ce qui s’est passé.

Au cœur de Harmonia, une clinique spécialisée perdue dans la montagne, un patient est retrouvé pendu en présence de huit autres malades. Un suicide qui a tout l’air d’un meurtre déguisé. Un homme mort. Huit témoins. Un huis clos. La combinaison parfaite pour une enquête vite résolue… C’est compter sans l’amnésie bien particulière que présentent les résidents : leurs souvenirs s’effacent au bout de six minutes. Ils ont été témoins, mais ne se souviennent pas.
Jeanne Ricœur, jeune inspectrice de police, hérite de cette affaire impossible. Elle découvre une communauté à part, celle d’étranges victimes de la vie à la mémoire brisée, au quotidien fait de Post-it et de mémos. Et tandis qu’elle essaie désespérément de reconstituer le puzzle du drame, ses propres démons refont surface…

J’ai découvert Arnaud Delalande en 2002 avec son premier roman, Notre-Dame sous la terre, publié alors qu’il n’avait que 26 ans. J’avais immédiatement été séduit par son talent de conteur, et depuis, je n’ai cessé de suivre tous ses romans avec plaisir.
Avec Memory, je retrouve une nouvelle fois cette capacité qu’il a à m’embarquer dans des univers aussi singuliers que captivants. Pourtant, ce roman est très différent de ses précédents, mais je n’ai pas été déçu, bien au contraire. J’ai découvert une histoire profondément humaine, portée par des personnages auxquels je me suis rapidement attaché.

Parmi eux, Jeanne Ricœur, inspectrice à Annecy, m’a particulièrement touché. Elle vient de perdre son père adoptif, policier lui aussi, après avoir déjà vécu le décès de sa mère quelques années auparavant. Ce nouveau deuil fait ressurgir les blessures et les traumatismes liés à son adoption.
Pour l’aider à reprendre pied, son supérieur et ami de son père lui confie une affaire qui semble, au départ, relativement simple. Mais Jeanne va rapidement comprendre qu’elle est loin d’être aussi évidente qu’elle en a l’air.
L’enquête nous conduit à Harmonia, un centre médical isolé dans les montagnes, où huit personnes ont été témoins d’un meurtre.
Le problème ? Tous souffrent d’amnésie antérograde et ne peuvent conserver de nouveaux souvenirs que quelques minutes.
Ils ont donc tout vu… mais sont incapables de s’en souvenir.

J’ai trouvé cette situation fascinante et particulièrement originale.
Ces patients doivent constamment s’appuyer sur des post-it, des notes et leur téléphone pour tenter de reconstruire leur quotidien. Jeanne se retrouve alors face à un véritable puzzle, dans lequel chaque indice peut disparaître de la mémoire de celui qui le détient.

J’ai beaucoup aimé cette ambiance de huis clos, entre mystère, tension et quelques situations parfois cocasses. L’intrigue nous entraîne progressivement vers les laboratoires, les secrets médicaux et les lanceurs d’alerte, donnant au récit une dimension presque réaliste qui m’a beaucoup plu. Je me suis laissé happer par cette enquête particulièrement bien construite, tout en appréciant le caractère de Jeanne, véritable écorchée vive au tempérament bien affirmé. Arnaud distille les informations avec intelligence et entretient suffisamment le mystère pour que je cherche constamment à comprendre.
Et lorsque le dénouement est arrivé, je dois reconnaître que je ne l’avais absolument pas vu venir. Une conclusion surprenante, cohérente et parfaitement maîtrisée.

Avec son écriture fluide et addictive, Memory m’a offert un très bon moment de lecture.
Encore une fois, Arnaud a réussi à me faire voyager ailleurs, et pour cela, je lui dis simplement : merci !
Si vous aimez les thrillers aux personnages forts et les ambiances angoissantes qui mettent du temps s’installer, « Memory » est fait pour vous !

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Extraits :

« La berline avait pilé, elle aussi, à quelques mètres de l’accident. Le conducteur en sortit et se dirigea vers le corps inanimé. Sifflant entre ses dents, il plongea la main dans sa poche pour y rencontrer la crosse d’un revolver équipé d’un silencieux. Mais déjà les badauds accouraient ; on appelait une ambulance.
Trop de monde ! Il eut un instant d’hésitation… Puis il regarda la scène en jurant, se mordit les lèvres et fit demi-tour. Il retourna dans son véhicule et en claqua la portière. L’un des passants était penché sur l’accidenté.
« Il est vivant ! Ne bougez pas, monsieur ! Les secours sont en route ! »

« Le ciel était lourd et uniforme au-dessus du cimetière des iles, le plus récent d’Annecy. Non loin du crématorium, une pleureuse de bronze se lamentait à l’orée rectiligne des stèles et des croix. La voix du prêtre, vaguement éraillée, semblait se perdre dans la brise glacée qui agitait doucement son étole et les cheveux des convives, visages mordus par les assauts du givre. Le tableau était fidèle à ce qu’il était censé être : funéraire, froid comme la mort, teinté d’une austérité pour ainsi dire flamande. Parmi l’assistance, devant les couronnes et les bouquets de chrysanthèmes, se trouvaient de nombreux policiers en uniforme. Au milieu d’eux : une jeune femme, en veste, pull et pantalon noirs. Blonde à la chevelure coupée court, les yeux bleu sombre, le visage pâle malgré des joues rosies par le gel, les lèvres fines, elle devait avoir un peu plus de trente ans. Ses traits étaient harmonieux, quoique durs et tirés par le chagrin. Elle contemplait ce cercueil sombre aux reflets d’opale que l’on descendait lentement en terre.
Sa silhouette était empreinte d’une sorte de grâce féline, contrariée par son allure de garçon manqué. Ravalant ses larmes, Jeanne leva le visage, cherchant à contrôler ses émotions. »

« Elle caressa d’un doigt le sous-main de cuir craquelé où, quand son père était encore lucide, il avait l’habitude de travailler ses dossiers, tard le soir, pour « régler ses Problèmes Administratifs », comme il disait. Au-dessous, un tiroir avec une clé. Ce tiroir aux allures de cache secrète avait longtemps fasciné Jeanne quand elle était petite. Elle se revoyait, effleurant la froideur de la clé dorée sans oser profaner le sanctuaire. Son visage fut soudain attrapé par un grand miroir qui trônait sur le mur en face d’elle. Il lui renvoya son image déboussolée. »

« Jeanne pénétra dans un hall blanc, avec peintures abstraites et plantes vertes, une tête de cerf incongrue au mur – pour « faire chalet », sans doute – et un ours polaire empaillé. Elle fut accueillie par deux flics de sa juridiction, qui la saluèrent d’un signe de tête, et une femme rousse de quarante-cinq ans, aux faux airs d’Isabelle Huppert, apparemment très affectée. Sèche, un peu martiale, les joues creuses, le front barré de rides prématurées, elle paraissait vouloir rester maîtresse d’elle-même. Control freak, pensa Jeanne instantanément. Un iceberg qui cache le feu ? Elle lui tendit sa main froide.
« Lieutenant Jeanne Ricœur.
— Bonjour. Nathalie Hauteville. Je suis la directrice », dit-elle, lèvres pincées. »

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Arnaud Delalande, né en 1971 à Herblay-sur-Seine, est un écrivain et scénariste de bande dessinée et de cinéma français. Après des études à Pontoise, une hypokhâgne et une khâgne aux lycées Chaptal et Victor Duruy (Paris), puis une licence d’histoire, Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1994. Repéré par l’éditrice Françoise Verny, il publie son premier roman en 1998 à 26 ans, Notre-Dame sous la Terre (éditions Grasset). Le roman va se vendre à environ 10 000 exemplaires et être traduit en plusieurs langues.

En mars 2011, il publie Le Jardin des larmes, récit contemporain relatant la destinée entrecroisée de deux humanitaires en quête de sens et confrontés au chaos : l’un se voit plongée dans les premiers jours du génocide rwandais, tandis que l’autre fait face aux conséquences du tsunami de 2004 sur les côtes du Sri Lanka. Le Piège de Lovecraft, en 2014, thriller inspiré de l’œuvre de H. P. Lovecraft où l’on suit la lente plongée d’un étudiant au cœur de la folie, reçoit le Prix Masterton du roman fantastique francophone 2015.

Mais c’est surtout la saga Viravolta, l’Orchidée Noire, publiée entre-temps, qui lui permet de se consacrer pleinement à l’écriture. Avec Le Piège de Dante (Grasset, 2006), commence en effet une série historique qui rencontre un réél succès, notamment à l’étranger. Dans le premier opus, Pietro Viravolta, dit l’Orchidée Noire, agent secret dans la Venise du XVIIIe siècle, enquête sur un tueur en série dont les meurtres s’inspirent des différents Cercles de L’Enfer de Dante. Dans Les Fables de sang en 2009, l’Orchidée Noire traque à Versailles un assassin qui signe ses meurtres de Fables de La Fontaine. Avec Notre espion en Amérique (2013), Viravolta part en compagnie de La Fayette conduire la guerre d’Indépendance américaine aux côtés de George Washington, avant de traverser la Révolution française dans les deux tomes Révolution 1 : Le Cœur du Roi et Révolution 2 : Le Sang du Roi, en 2017.

Parallèlement à son travail de romancier, de scénariste et scénariste de bandes dessinées, Arnaud Delalande participe au milieu des années 1990 au développement d’une école de cinéma pour les professionnels du film, le CEFPF, où il est professeur en scénario (ateliers d’écriture, cours en dramaturgie), directeur adjoint, puis consultant. Il continue son activité d’enseignement en scénario, dramaturgie ou « storytelling » en 2017 à l’école « Les Mots », fondée par Philosophie Magazine, rue Dante à Paris.

Membre de la SADN (Société des auteurs de Normandie), fondée par André Castelot et Michel de Decker, et juré pour le prix Spiritualités d’aujourd’hui remis chaque année par le Centre Méditerranéen de Littérature, il est depuis 2009 parrain et membre du conseil d’administration de l’ONG Bibliothèques Sans Frontières (BSF), dont la mission est le soutien au développement durable par la diffusion du livre, l’émergence de projets et de structures culturelles locales dans les pays en développement (Haïti, Cameroun, Niger, Rwanda, République démocratique du Congo).

Notre-Dame sous la terre (1998)
L’Église de Satan (2002)
La musique des morts (2003)
Le piège de Dante (2006)
La lance de la destinée (2007)
Les fables de sang (2009
Notre espion en Amérique (2013)
Révolution, 1 : Le cœur du roi (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/07/revolution-1-le-coeur-du-roi/
Révolution, 2 : Le sang du roi (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/13/revolution-2-le-sang-du-roi/
Le testament du chevalier (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/23/le-testament-du-chevalier/

Émotion, Drame, Thriller psychologique

Entretien avec le Chaos

de David Belo
Broché – 13 août 2026
Éditeur : Éditions Taurnada

Et si l’univers de « Dexter » rencontrait celui de « Desperate Housewives » !

Bienvenue à Hossegor, dans un charmant petit quartier du bord de mer. Entre plages de sable fin, villas somptueuses et pins des Landes majestueux, ses habitants y vivent dans la bienveillance et la tranquillité.
L’arrivée inopinée d’une famille énigmatique va bousculer leurs habitudes. Amanda, Carole, Sylvie et Arlette vont apprendre à leurs dépens qu’il n’est pas toujours bon de fouiner dans la vie de ses voisins. Surtout lorsque ceux-ci font profil bas et tentent de passer inaperçus.
Chacun a ses secrets…

Sous le soleil et la chaleur du Sud-Ouest, guette une tempête au doux parfum de chaos…

J’ai découvert l’écriture de David Belo en 2024 avec “Mon ami Charly”, puis avec Le monde part en vrille et Papillon de nuit.
À chaque fois, je retrouve chez lui cette voix singulière, dérangeante et magnétique, qui ne ressemble à aucune autre dans ce registre.
Alors, lorsque les éditions Taurnada m’ont proposé Entretien avec le Chaos, je n’ai pas hésité une seconde.
Et j’ai bien fait !
Une fois encore, la plume de l’auteur m’a embarqué dans un quotidien en apparence parfaitement tranquille, avant d’y installer progressivement une tension psychologique qui ne m’a plus lâché.

À Hossegor, dans un quartier résidentiel entouré de pins et pas loin du bord de mer, tout semble paisible. Pourtant, l’arrivée de nouveaux voisins va rapidement perturber cet équilibre.
Face à ce mystérieux couple et à leur jeune garçon, les quatre femmes du quartier, Amanda, Carole, Sylvie et Arlette, observent, s’interrogent et interprètent. Ce « clan des divorcées » apporte une véritable dynamique au récit, chacune ayant sa personnalité, ses blessures, ses secrets et sa manière de regarder les autres. Je me suis bien sûr particulièrement attaché à Amanda, sensible, attentive et ce “côté” magique qui lui va si bien. Il faudra lire le livre pour comprendre… mais j’ai également apprécié Carole, plus impulsive, ainsi que Sylvie et Arlette, qui complètent avec beaucoup de justesse ce quatuor de femmes aussi crédibles et “fantaisistes”, qu’imparfaites.

J’ai aimé la façon dont l’auteur prend son temps. Ici, pas de précipitation. J’observe, je doute, je soupçonne et je cherche à comprendre. Les indices arrivent au compte-gouttes, les fausses pistes se multiplient et le malaise s’installe presque imperceptiblement. David joue avec les regards, les silences, les suppositions et cette curiosité parfois malsaine que l’on peut avoir pour la vie des autres. Plus j’avançais, plus une question revenait dans mon esprit. Qu’est-ce qui se cache réellement derrière cette apparente tranquillité ? Et surtout, quand tout va-t-il basculer ?

Il m’aura fallu atteindre la dernière partie pour que le chaos annoncé par le titre fasse véritablement irruption. Et quel chaos !

J’ai refermé ce thriller psychologique avec cette délicieuse sensation d’avoir été manipulé et surpris jusqu’aux dernières pages. David possède décidément un talent particulier pour faire naître l’inquiétude là où je pensais être en sécurité.
Entretien avec le Chaos est une lecture fluide, intelligente, addictive et profondément déstabilisante.

Merci aux éditions Taurnada pour ce voyage qui sera, je n’en doute pas, un vrai régal pour tous les amateurs du genre.

Et David… si Morgane n’a pas pu terminer sa lecture, je peux lui prêter Mon ami Charly. Il est encore en très bon état ! 😉

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Extraits :

« Je veux une glace ! Glace ! Glace ! »
Capricieux, le petit garçon est en boucle à la manière d’un disque rayé. Il tape du pied, serre les poings et défie ses parents de lui refuser l’objet de sa convoitise.
Si ceux-ci n’abdiquent pas, il compte bien hurler, pleurer et se rouler dans le sable pour exprimer toute sa colère.
Son père, allongé sous le parasol, préfère laisser son épouse gérer la crise digne d’un incident diplomatique. Car, en cette belle journée du voyage organisé par le CE d’entreprise de sa femme, ils sont venus profiter de la plage sans un sou en poche.
Grossière erreur.
Il interviendra peut-être, si les choses dérapent ou si leurs voisins de serviettes commencent à murmurer et à les juger. En attendant, il dort. Du moins, il donne le change. Son épouse va forcément prendre les rênes. »

« Mon cœur frappe dans ma poitrine avec le punch d’un boxeur. Ma nuque et mon dos se trempent de sueurs. Ma respiration est haletante, mes poumons s’éreintent. Joues cramoisies et cheveux au vent, je n’ai plus le choix, je dois courir plus vite, plus loin, plus fort. Repousser mes limites pour sauver ma peau.
Car le sport est ma planche de salut, l’unique manière de couper le sifflet à mon cerveau, vider mon esprit, ne plus réfléchir et préserver ma santé mentale. C’est vital et viscéral.
Alors, chaque matin, je cours sur le sable humide. »

« Morgane souffre de déficience auditive depuis sa naissance. Ces nouveaux appareils de dernière génération lui ont facilité la vie d’une manière remarquable.
Même si ce n’est pas parfait, qu’il lui faut se concentrer pour distinguer au mieux les différents sons, ils lui permettent de communiquer davantage et d’améliorer son élocution. Sauf lorsqu’elle panique ou qu’elle est stressée, alors le naturel revient au galop et le langage des signes pallie ses défauts de prononciation. »

« En grimpant dans le bus, Morgane salue le chauffeur et se fige. Il est là ! Seul dans le fond, à demi masqué sous sa capuche et la tête contre la vitre. Habituelle-ment, elle s’installe à l’avant, au plus près de la porte.
Mais, aujourd’hui, elle hésite. Peut-elle s’asseoir à ses côtés et engager la conversation? En est-elle seulement capable ?
Elle remonte l’allée, ses lèvres sont pincées entre ses dents et ses mains agrippent chaque siège. Mille questions se bousculent dans son esprit. Il lui semblait bien plus facile de lui parler en classe, entourée des autres élèves et du professeur. Mais ici, l’intimité des places rapprochées lui tord l’estomac. Pourtant, il le faudra bien. Ils ont un devoir à faire ensemble.
Cinq mètres, déglutition de plus en plus difficile.
Trois mètres, picotement dans les jambes.
Un mètre… Zach bouge, se redresse et la regarde. »

David Belo est un peintre et décorateur en bâtiments depuis 1997… il est aujourd’hui artisan Spécialiste en décoration, entreprise BeloDeco (ancienne technique décorative : patine, imitation bois, imitation marbre, fresques etc…. )

Il a commencé la peinture sur tableau en janvier 2017. La passion du métier ainsi que ses connaissances lui permettent une bonne évolution dans le domaine de l’art. Peinture et photographie sont naturellement devenues sa façon de penser… vivre… Ses toiles sont réalisées avec des peintures de bâtiment, il joue avec les matières et les transparences de glacis à l’ancienne. (huile de lin – térébentine – pigments en poudre)

Il vit et travaille à Mogneville (France).

Passionné de films d’horreur, thrillers et adepte des livres audio, c’est à son tour d’inviter les lecteurs à frissonner au rythme de ses mots.

Auto-édition du recueil photographique des tableaux d’auteurs Portraits & mots d’écrivains (2020).

Représentation du tableau “Il était deux fois” de Franck THILLIEZ (2021), publié dans la version poche.

Mourir gentiment (2021), novella au format switch, Publié par Hugo Publishing sur Nextory.

OPATOMA, le fleuve aux mille morts (2023), aux éditions LBS, diffusion Dilisco, groupe Albin Michel. Parrainé et Bandeau sur couverture par Claire Favan, auteure.

Le monde part en vrille (2023), Nouvelle au format numérique aux éditions Taurnada.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/17/le-monde-part-en-vrille/

MON AMI CHARLY (2024), édition Taurnada.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/15/mon-ami-charly/

Papillon de nuit (2025), édition Taurnada.
https://leressentidejeanpaul.com/2025/05/15/papillon-de-nuit/

Adolescence, Émotion, Drame, Psychologie

La mauvaise rencontre

de Philippe Grimbert
Poche – 1 septembre 2010
Éditions : Le Livre de Poche

Rien n’aurait dû séparer les deux garçons, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer.
P. G.

Par l’auteur d’Un secret.

Un beau et grand récit de l’intime. Appelé à devenir un classique du genre.
Serge Bressan, Le Quotidien.

Philippe Grimbert […] publie aujourd’hui La Mauvaise Rencontre l’histoire d’une amitié passionnelle dans laquelle on retrouve toute sa délicatesse.
Pascale Frey, Elle.

Au fond, on dirait Stefan Zweig qui aurait suivi les cours de Lacan.
Grégoire Leménager, Nouvel Observateur.

Après avoir lu Un Secret il y a quelques années, j’étais curieux de lire un autre roman de Philippe Grimbert.
J’ai eu l’occasion de trouver hier chez une amie La mauvaise rencontre et je me suis lancé. C’est un roman profondément humain qui interroge la nature de l’amitié, le poids de nos choix et la part de responsabilité que nous portons dans la vie des êtres que nous aimons.

Dès les premières pages, j’ai senti qu’un drame se préparait. Cette impression ne m’a plus quitté, tant Philippe Grimbert installe une tension discrète mais constante, comme un voile qui se soulève lentement jusqu’à une révélation bouleversante.

À travers les souvenirs de Loup, le narrateur, je découvre une amitié née dans l’enfance, profonde, fusionnelle, mais peu à peu gagnée par une emprise inquiétante. En remontant le fil de sa mémoire, il évoque Mando, son ami de toujours, mais aussi Nine, cette femme qu’il considère comme une seconde mère, et Gaby, fidèle présence de son entourage. Tous participent à ce puzzle où les non-dits, les promesses oubliées et les regrets prennent une place essentielle.

J’ai été particulièrement touché par la finesse psychologique de ce récit. Philippe ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Il préfère explorer les failles de l’âme humaine, les mécanismes de la culpabilité et cette facilité que nous avons parfois à détourner le regard lorsque les signes du mal-être apparaissent.
Au fil des chapitres, l’inquiétude grandit. L’amitié, si belle en apparence, révèle peu à peu son visage le plus sombre. Mando consigne tout dans un journal, comme s’il voulait préserver chaque instant d’un lien devenu indispensable, presque étouffant. On sent qu’un engrenage est en marche et qu’il sera bientôt impossible de revenir en arrière.

Je me suis souvent interrogé sur la responsabilité de Loup. Aurait-il pu agir autrement ? Était-il réellement capable de voir ce qui se jouait sous ses yeux ? Le roman ne délivre jamais de réponse définitive, et c’est précisément ce qui lui donne toute sa force.

La plume de Philippe est élégante, sensible et d’une grande délicatesse. Elle laisse les émotions s’installer sans jamais les souligner avec excès. Jusqu’à un final d’une intensité remarquable, où tout prend enfin son sens.

Une lecture subtile, et émouvante que je vous conseille…

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Extraits :

« Il n’y a pas eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons et ça n’a pas été plus simple pour autant. Bien sûr, les années passant, une ou deux beautés y ont fait leur apparition, trois petits tours et puis s’en sont allées. Elles ont pris le bras de l’un, la bouche de l’autre, mais cela est resté une histoire de garçons. Rien n’aurait dû les séparer, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer. »

« Disparaître, voilà à quoi j’aimais jouer, de retour du collège, au moment où je me retrouvais devant la porte cochère de mon immeuble. J’avais un rituel : jeter un bref coup d’œil alentour, pousser le battant le plus rapidement possible et me glisser comme un voleur dans la pénombre du hall. Je m’imaginais alors dans une dimension parallèle, un autre monde laissant loin derrière lui le va-et-vient des passants, la fièvre de la circulation. Tout le confirmait, la fraîcheur des murs, le moelleux du tapis d’escalier, l’élévation enfin, qui me conduisait aux portes de mon domaine. Une fois à l’abri chez moi, il ne me restait plus qu’à compter, trois, trois fois trois, trois fois trois fois trois – un autre de mes rituels – et tout s’apaisait, jusqu’au lendemain. »

« Mando, mon meilleur ami. Mando l’intransigeant avec qui je partage tout, depuis les premiers jeux au Parc. Mando qui ne me laisse jamais m’éloigner des idéaux que nous nous sommes fixés, qui pointe mes faiblesses et dont je crains le jugement.
Mando et sa force, sur laquelle je m’appuie quand, si souvent, le courage me manque. »

« Adolescents, nous nous sommes enflammés pour la littérature fantastique et nous avons scellé ce pacte enthousiaste : le premier de nous deux qui passe de l’autre côté se débrouille pour faire signe à celui qui reste. Beaucoup se le sont promis, mais nous c’est autre chose. »

Philippe Grimbert est un auteur et psychologue français.

Après des études de psychologie, Philippe Grimbert a passé une dizaine d’années en analyse chez un lacanien, avant d’ouvrir son propre cabinet. Il travaille aussi dans deux instituts médico-éducatifs, à Asnières et à Saint-Cloud, auprès d’adolescents autistes ou psychotiques.

Passionné de musique, de danse et d’informatique, il a publié divers essais, dont « Psychanalyse de la chanson » (Belles Lettres, 1996) et « Pas de fumée sans Freud » (Armand Colin, 1999).

Il est aussi l’auteur de romans,
La fille de l’être (1998),
La petite robe de Paul (2001),
Un secret (2004) qui fut adapté au cinéma (avec Patrick Bruel et Cécile de France dans les rôles principaux) et qui fut récompensé par le prix Goncourt des lycéens 2004, le prix des Lectrices de Elle et le prix Wizo en 2005,
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/04/un-secret/
La mauvaise rencontre (2009),
Un garçon singulier (2011),
Nom de dieu ! (2014),
Rudik, l’autre Noureev (2015).

Drame, Folie, Noir, Psychologie, Thriller, Violence

Cavaliers de l’orage

de Chris Anthem
Broché – 10 Mai 2017
Éditeur : L’Atelier Mosesu

« C’était leur première grande sortie depuis des mois. Comme les fleurs et les animaux, Vincent et Agnès quittaient leur coque protectrice, le trou où ils venaient d’hiberner pour renaître à la faveur du printemps… Eux et leurs instincts engourdis par le froid, qui démarraient leur dégel. »


Un frère et une sœur en route vers le Sud. La campagne isolée. Un aubergiste maniaque. Des morts violentes. Mais sous l’apparence du slasher, un imprévu choc des titans.

Il y a quelques années, une importante inondation m’avait obligé à mettre une partie de ma bibliothèque à l’abri dans le grenier. Depuis, il m’arrive régulièrement d’y remonter pour récupérer un ou deux cartons… et chaque fois, j’y redécouvre des trésors oubliés. Cavaliers de l’orage en faisait partie…

Si vous aimez les romans noirs, violents et sans concession, celui-ci risque fort de vous marquer. Dès les premières pages, Chris Anthem installe une atmosphère oppressante où la folie, la brutalité et la peur s’invitent sans le moindre détour. Ici, rien n’est édulcoré. L’horreur frappe de plein fouet et ne laisse aucun répit.
Tout d’abord il y a Malone, c’est un tueur cruel et dérangé sur le plan psychiatrique, il est conseillé de respecter le code de la route sinon l’amende sera salée. Et puis très vite de nouveau “invités”. Vincent, sa sœur jumelle Agnès et la compagne de cette dernière, en pleine crise d’adolescence, partis vers le sud pour un voyage qui va rapidement virer au cauchemar. Une simple halte sur une aire d’autoroute, un auto-stoppeur inquiétant accepté à bord… et le destin bascule. Très vite, j’ai compris que les apparences étaient trompeuses et que le véritable danger ne se trouvait peut-être pas là où je l’attendais.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont Chris Anthem construit son intrigue. Il prend le temps de développer ses personnages, leurs relations, leurs blessures et leurs motivations avant de faire exploser toute la violence contenue dans son récit. Cette progression rend chaque événement encore plus percutant.

La seconde partie m’a un peu moins convaincu et j’aurais aimé que certaines relations entre les protagonistes soient davantage approfondies. Mais cette légère réserve tout à fait personnelle n’a jamais entamé ma curiosité, tant j’avais envie de découvrir jusqu’où l’auteur allait oser nous entraîner. Car derrière ce road trip sanglant se cache bien plus qu’un simple roman gore. Ce qui m’a le plus surpris, c’est la profondeur psychologique qui finit par émerger. Peu à peu, les monstres dévoilent leurs failles, leurs blessures et une part d’humanité aussi inattendue que bouleversante.
Chris Anthem évite les clichés faciles du genre et préfère explorer la complexité de l’âme humaine, capable du pire comme de moments de fragilité presque désarmants.

J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir découvert une œuvre bien plus subtile qu’elle n’en donne l’impression au premier abord. Derrière le sang, la violence et l’horreur se cache une véritable réflexion sur les instincts humains et leurs contradictions.

Une lecture sombre, brutale, dérangeante, mais aussi étonnamment sensible, que je recommande à uniquement aux amateurs d’horreur psychologique et de thrillers extrêmes.

Et, au passage, un grand merci à Marc Falvo pour cette belle découverte.

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Extraits :

« Le papier peint n’avait pas dû être changé depuis les années soixante-dix. Depuis l’époque du plein emploi et des cols pelle à tarte. Depuis sa jeunesse. De grosses fleurs orange au teint fané s’étalaient sur les murs, rongés aux angles par l’humidité. Ici, avec l’étang proche, c’était un véritable fléau qui s’insinuait partout, remontait du sol argileux et grignotait l’auberge entière. Dans un futur qu’il aurait voulu moins rapide, Malone devrait prendre des mesures drastiques pour éviter la ruine. Mais pour l’heure, il lui fallait entrer en scène.
Son public attendait. »

« L’autostoppeur observa Vincent puis Agnès, suppliant ses tortionnaires du regard. Ils ne lui avaient encore rien fait – enfin, rien de grave -, mais l’homme sentait que la douleur, la foutue douleur ne tarderait pas. Il constatait la froideur de leurs yeux. L’inexpressivité de leurs visages. Il en avait vu, depuis le temps, sur les routes… Il se croyait préparé à tout. »

« Vincent s’accroupit à côté du corps démembré de l’autostoppeur. Au début il posa les deux mains sur ses genoux avant d’avoir une meilleure idée. En effet, quoi de mieux que de se faire photographier en pleine action ?
Vincent fit mine d’empoigner la hache qui dépassait du thorax meurtri. Agnès revint et donna l’appareil à Clara.
Sous la direction de l’adolescente, frère et sœur composèrent un tableau macabre. Idyllique. Vincent plantant gaiement sa hache dans la poitrine du voyageur et Agnès, sourire aux lèvres, appuyée sur l’arbre, offrant un clin d’œil exagéré en levant le pouce. Une lueur de joie puérile illuminait leurs traits. »

« Début de soirée.
La citadine de Vincent, Clara et Agnès stoppa sur le parking d’un motel bon marché. Une ceinture de chambres aux fenêtres étroites sur deux étages. Un endroit sordide. Mal éclairé, à la peinture lépreuse. Vrai trou à cafards dont ils avaient entendu parler trente bornes plus tôt, dans un restauroute où le trio s’était arrêté manger un hamburger. Leurs finances étaient basses et ils se moquaient du confort. Ils cherchaient surtout la tranquillité. »

« Le gérant de ce trou possédait lui aussi une gueule de sorcière. Cheveux filasse, quelques chicots pourris et l’air de sortir d’une pub pour la cirrhose. Avachi derrière un comptoir poussiéreux, il observa Clara, puis Vincent et Agnès, marcher vers lui. »

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Né en 1984 selon les manifestants – bien plus tôt selon la police – Chris Anthem se réjouit que des éditeurs aient un jour croisés son chemin. Ça lui évite de chercher un vrai travail. À part ça, on ignore d’où il vient, peut-être d’un pays étranger. Peut-être du ventre de sa mère. Il aime le bon vin et la musique blues, si ça vous intéresse. Et il n’a pas le permis.

Cavaliers de l’orage est son premier roman pour la collection Slash. Mais on murmure qu’il se cacherait ailleurs, sous d’autres noms d’emprunt.

Émotion, Drame, Psychologie, Suspense, Thriller

La nuit n’est jamais complète

de Niko Tackian
Broché – 17 mai 2023
Éditeur : Calmann-Lévy

UN HUIS CLOS SUFFOCANT À CIEL OUVERT

Un désert de rocaille écrasé par le soleil. La route à perte de vue. Arielle et Jimmy parcourent le bitume de ce paysage hostile au volant de leur vieille Ford, vers une destination mystérieuse. Mais quand le père et la fille tombent sur un barrage de police et sont obligés de passer la nuit sur place, tout dérape…
Ils se réveillent abandonnés, naufragés de l’asphalte, avec trois autres rescapés. À quelques kilomètres de là, deux immenses tours métalliques se dressent, cadavres rongés par la rouille et le temps. Quelques maisons en tôle froissée se serrent pour se protéger du vent. Cette mine désaffectée sera leur refuge. Ou leur pire cauchemar… Car sont-ils vraiment seuls ?

(Re)Découvrez La nuit n’est jamais complète, un thriller terrifiant et addictif !
Écriture visuelle, scénario ficelé à la perfection, final déstabilisant : tout ce qui fait la force de Niko Tackian est déjà présent dans ce texte enfin réédité et accompagné d’une préface inédite de l’auteur.

Une lecture en apnée dont vous ne sortirez pas indemnes !

J’ai eu l’occasion de rencontrer Niko Tackian, un sacré personnage au regard impressionnant ! Je voulais lire ce roman… En me le dédicaçant, il m’avait simplement écrit : « Bonne lecture… et bonne chance. » Sur le moment, j’avais souri. Une fois le livre refermé, j’ai compris toute la portée de ces mots.

Vous le savez, je suis particulièrement sensible aux ambiances, et La nuit n’est jamais complète m’a littéralement happé. Dès les premières pages, je me suis senti désorienté, perdu au milieu d’un désert brûlant où chaque certitude semblait s’effondrer. Et c’est précisément cette sensation que j’ai adorée. Tout commence comme un simple voyage qui tourne au cauchemar. Jimmy et sa fille Arielle se retrouvent bloqués avec trois inconnus sur une route coupée, avant de s’enfoncer dans un décor aussi fascinant qu’oppressant. Un village minier abandonné, un silence inquiétant, des papillons noirs dessinés sur les murs, des phénomènes inexplicables… Niko Tackian construit un véritable piège psychologique dont il devient impossible de s’échapper.

J’ai eu l’impression de voir un film tant les scènes défilaient avec une force visuelle incroyable. La chaleur écrasante, les nuits étouffantes, la peur omniprésente et cette impression constante d’être observé créent une tension qui ne retombe jamais. À plusieurs reprises, j’ai élaboré des théories, imaginé mille explications… pour finalement me tromper à chaque fois. Ce que j’aime profondément chez cet auteur, c’est sa capacité à nous faire croire au fantastique avant d’offrir une explication rationnelle, toujours intelligente et parfaitement amenée. Mais derrière ce thriller d’une redoutable efficacité se cache aussi une véritable réflexion sur les blessures humaines, la mémoire, les liens familiaux et la manière dont notre esprit affronte les traumatismes. La relation entre Jimmy et Arielle m’a particulièrement touché, apportant une belle dose d’émotion au cœur de cette descente dans l’inconnu.

La plume de Niko est à la fois incisive, immersive et profondément humaine. Même lorsqu’il nous entraîne dans les ténèbres, il laisse toujours filtrer une fragile lumière d’espoir.
J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir traversé une expérience autant psychologique qu’émotionnelle.

Un thriller brillant, oppressant, impossible à lâcher, qui prouve une nouvelle fois le talent de l’auteur pour manipuler nos certitudes sans jamais perdre de vue l’essentiel : l’humain.
Une lecture que je vous conseille… Faites comme moi, lisez-le de préférence en pleine nuit.

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Extraits :

« Ruta n° 33. C’est ce qu’Arielle eut le temps d’apercevoir sur le petit panneau à moitié dissimulé par la poussière de la piste. Jimmy conduisait depuis trois heures, sans interruption, au milieu de ce paysage quasi désertique. Le bitume, rongé par le soleil, lézardait entre d’immenses champs de pierres grises et noires, encadrés de montagnes ciselées comme des dents de requin. À peine apercevait-on çà et là quelques clôtures en schiste qui délimitaient d’improbables propriétés et formaient avec les moutons et les chèvres sauvages le seul signe de vie depuis leur départ. Arielle savait qu’ils devaient se rendre dans cette ville, même si elle n’avait pas compris l’urgence avec laquelle son père l’avait pressée de faire ses valises. Maintenant ils étaient embarqués tous les deux dans ce voyage et elle pouvait ressentir à quel point il semblait important pour Jimmy. Il avait les mains crispées sur le volant, le regard tendu vers l’horizon et sa jambe droite bougeait légèrement en signe de
nervosité.
— Tout va bien aller, papa, dit-elle, en lui posant une main sur l’épaule. »

« Le café avait un goût huileux et une amertume désagréable. Jimmy observait sa fille qui s’était éloignée de quelques pas pour jeter le contenu de sa tasse sur le sable. À dix-sept ans, elle était presque devenue une femme. Toute en jambes dans son short en jean, elle portait un débardeur jaune sur lequel on pouvait lire « Go Tigers Go ». Ses cheveux noirs coupés court et sa silhouette de danseuse lui rappelaient sa femme. Il n’arrivait pas à se résoudre à l’appeler ex-femme, même si la maladie l’avait emportée depuis près de dix ans. Jimmy ne croyait pas vraiment à la mort. Il pensait que les esprits continuaient à vivre quelque part, tant que leur âme n’avait pas réussi à trouver le repos. Ses parents avaient beau avoir lutté bec et ongles pour lui donner une bonne éducation catholique, il n’avait jamais usé les bancs de l’église. Et pourtant, très tôt dans sa vie, il avait développé une sorte de dialogue intérieur. Dialogue avec qui ? Dieu, son inconscient, il ne savait pas. »

« Une chose était sûre, ce flic les avait abandonnés à leur sort. Ils ne pouvaient plus compter que sur eux. Pourtant, Victor n’arrivait toujours pas à l’admettre.
— Peut-être qu’on devrait attendre ici. Le flic va revenir, c’est pas possible qu’il nous laisse seuls toute une journée.
Jimmy se retourna vers lui et prit ce ton paternaliste qu’il utilisait chaque fois qu’il fallait convaincre un auditoire. Ça rappelait à Arielle les fréquentes disputes entre ses parents dont elle avait été témoin. »

« Comment est-elle arrivée là ? fut la première question qui lui vint à l’esprit. C’est alors qu’il sentit une présence sur sa droite. Une grande femme aux longs cheveux bruns portant une robe blanche se tenait debout à quelques mètres de lui et fixait l’horizon. Elisabeth avait un visage allongé et légèrement ovale. Ses traits fins formaient une symétrie parfaite, mis à part la partie gauche de sa bouche qui remontait légèrement, lui donnant un petit air moqueur que Jimmy avait toujours adoré et qu’elle avait transmis à sa fille.
— Je rêve, dit-il à son intention. »

Nicolas Tackian ou Niko Tackian est un scénariste, réalisateur et romancier français.

De l’écriture à la réalisation, il s’exprime avec le même engouement au cinéma, en bande dessinée, à la télévision et dans les jeux vidéo.

Il a été journaliste et rédacteur en chef de différents magazines de presse avant de devenir scénariste. Il devient auteur de bande dessinée et signe son premier projet aux éditions Semic, avant de rejoindre l’équipe de Soleil Productions avec laquelle il va signer plus de 30 albums.

Thriller ésotérique, science fiction, dark fantasy, anticipation, polar, fantastique sont autant d’univers qu’il aime explorer en BD (« Kookaburra Universe« , « Le Syndrome de Caïn« , « L’Anatomiste« , « Orks« , « La Compagnie des Lames« , « Corpus Hermeticum« …).

Il devient également scénariste pour la télévision et signe plusieurs dizaines de téléfilms avant de créer avec Franck Thilliez, en 2015, la série « Alex Hugo » pour France 2 dont il continue d’assurer une partie des scenario.

En 2008, il écrit et réalise son premier film « Azad« , primé dans de nombreux festivals à travers le monde.

Après une minutieuse enquête sur le phénomène de la mort imminente, il écrit « Quelque part avant l’enfer » (2015), son premier roman et obtient le prix des lecteurs au festival polar de Cognac 2015.
Suivra « La nuit n’est jamais complète » en 2016 (lauréat du prix du polar lycéen d’Aubusson 2018) puis il change d’éditeur et publie « Toxique » (2017), puis « Fantazmë » (2018) et « Celle qui pleurait sous l’eau (2020), une trilogie introduisant le personnage de Tomar Khan, commandant à la brigade criminelle parisienne.
En 2019 son thriller « Avalanche Hôtel » obtient de nombreux prix, dont le célèbre « prix de la ligue de l’imaginaire« , qu’il intègre la même année rejoignant des auteurs à succès tels que Bernard Minier, Bernard Werber, Olivier Norek, Maxim Chattam et son camarade Franck Thilliez.
En 2021, il publie « Solitudes » aux éditions Calmann-Levy.

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