Émotion, Drame, Famille, Polar, Psychologie, Violence

Sème la mort

de Laurent Malot
Broché – 15 novembre 2017
Éditions : Bragelonne

À la suite de l’épisode douloureux de L’Abbaye Blanche, le lieutenant Gange s’est séparé de sa femme. Pour conserver la garde alternée de leur fille, il a quitté son Jura natal pour s’installer à Étampes. Mais cette ancienne ville royale du sud de l’Essonne symbolise l’échec de son couple, et il a du mal à s’y investir. Dans son nouveau commissariat, on le surnomme « l’autiste des montagnes ».

Un quadruple meurtre secoue alors la ville. Arrêté avec un couteau à la main et du sang sur ses vêtements, un ado de 14 ans se mure dans le silence avant d’être interné en hôpital psychiatrique. Gange, aux affaires courantes, reste en retrait. En arrêtant un jeune qui sème le trouble dans les rues, il croise la route de sa mère, femme de pouvoir séduisante, prête à tout pour protéger son fils. Une femme d’influence que personne, à Etampes, n’ose vraiment contredire…

Survient alors un cinquième crime sauvage.

Dans une ville qu’il apprend à aimer peu à peu, autour d’une enquête mêlant agriculture bio, pouvoir des puissants, mais aussi l’éducation des enfants, Gange se retrouve sur les traces d’un dangereux psychopathe. Sans se douter un instant qu’il met les siens en danger…

Avec Sème la mort, Laurent Malot situe son intrigue dans le grenier céréalier de la France, en pleine Beauce, pour interroger nos aspirations et nos résistances au changement, à travers le prisme des lobbies surpuissants de l’agriculture conventionnelle. Semer la mort ou semer la vie… c’est une façon de penser le monde et de préparer l’avenir de nos enfants. Un polar résolument noir, ancré dans le réel et son époque, où l’on retrouve l’humour féroce et l’intégrité de Gange, le flic de L’Abbaye blanche…

Je viens de terminer Sème la mort de Laurent Malot, un roman policier sombre qui m’a une nouvelle fois donné matière à réfléchir. Car derrière l’enquête, l’auteur nous tend un miroir de notre société, et ce reflet n’est pas toujours très agréable à regarder.
Je retrouve pourtant dans ce roman ce que j’apprécie chez Laurent, un récit qui sonne juste.

Le lieutenant Gange a dû quitter son Jura adoré pour suivre sa fille Marine à Étampes, dans l’Essonne. Séparé de Gaëlle, sa femme, il traverse une période particulièrement difficile.
Dans son nouveau commissariat, l’accueil du commissaire Marcoen ne va pas vraiment arranger les choses. Gange s’enferme dans son mal-être et semble avoir perdu tout intérêt pour son métier. Il ne s’intéresse plus à rien, ni personne.
Seule Marine lui permet encore de garder la tête hors de l’eau.

Jusqu’au jour où le massacre d’une famille entière, les Ellens, réveille l’instinct du policier. Terrorisme, folie, acte isolé ? Toutes les hypothèses semble possibles.
Très vite pourtant, un coupable idéal apparaît. Ethan, un jeune homme surdoué retrouvé sur les lieux, un couteau à la main et couvert de sang.
Pour les médias comme pour certains enquêteurs, le coupable idéal semble tout trouvé.

Mais peut-on condamner quelqu’un simplement parce qu’il correspond au récit que l’on veut raconter ?
C’est l’une des nombreuses questions que Laurent soulève avec beaucoup de justesse. Car derrière l’enquête, il aborde aussi la place des enfants différents, leur fragilité et la difficulté de les accompagner. Ethan n’est pas le seul concerné. Rémy vient également rappeler combien certains enfants peuvent avoir besoin d’attention et de protection.

J’ai également été sensible à tout ce qui touche au monde agricole et au mal-être de ceux qui le font vivre. Les questions liées aux produits phytosanitaires, à la rentabilité et aux choix imposés aux exploitants donnent au roman une dimension profondément sociale. Laurent montre une profession prise dans un système dont il devient difficile de s’extraire.

Et puis il y a Gange, confronté à un environnement professionnel toxique qui vient encore fragiliser une vie personnelle déjà chaotique. J’ai aimé ce personnage qui, malgré les pressions et les convenances, refuse finalement de courber l’échine.

Entre polar classique et roman noir, Sème la mort explore ainsi la corruption, le pouvoir, la folie, mais aussi les dérives de notre société de consommation.
Une lecture lucide, parfois dérangeante, mais surtout profondément juste et humaine.

Merci Laurent pour cet excellent moment de lecture.
Une fois encore, tu m’as donné envie de retrouver ton univers et tes personnages pour de nouvelles aventures.

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Extraits :

« La jeune femme avait raison, Gange méritait sa réputation de sauvage. Quand il avait intégré le commissariat d’Étampes, on ne lui avait pas fait de cadeau, mais il n’avait pas manifesté non plus l’intention de s’intégrer. Il avait atterri dans la région quelques semaines plus tôt parce que Gaëlle s’y était installée avec Marine. »

« — Bonjour Ethan. Je suis le lieutenant Gange. On ma demandé de venir te voir au cas où tu aurais envie de parler.
L’adolescent le regarda à peine ouvrir la fenêtre pour faire entrer un peu d’air et s’asseoir derrière le bureau.
— Si tu ne veux pas me parler, on va juste passer le temps, ça me va très bien. Dans une demi-heure, un psychiatre va venir t’examiner et décidera probablement de te placer en internement. On lèvera alors ta garde à vue et tu seras transféré dans un centre psychiatrique.
Gange avait décidé de jouer franc-jeu. Si Karsenti ne l’avait pas fait, autant qu’Ethan sache ce qui l’attendait. »

« — Quel genre de pression ?
— Des pressions du ministère qui baisse les prix parce qu’on trouve moins cher ailleurs. Des pressions des industriels de la chimie qui nous appâtent avec des produits à bas prix pour mieux nous enchaîner à vie. Et encore des pressions des consommateurs, jamais contents de ce qu’ils ont dans leur assiette!
— Vous voulez parler des OGM ?
— C’est ça. Des OGM, des pesticides, des antibiotiques pour les animaux, et tout ce qu’on nous vend comme produits miracles.
Tout ça, c’est pour se faire du fric sur notre dos. Et votre Ellens, c’était la même chose. Y en a marre des apprentis sorciers, vous entendez! Parce que les premières victimes, c’est les agriculteurs.
C’est nous qui mourrons les premiers. Allez voir mes collègues, regardez les chiffres! On crève, dans la paysannerie! Si c’est pas de fatigue ou de misère, c’est du cancer. »

« Dans l’inconscient collectif suintait une sensation de fin du monde. Le populisme et le fascisme gagnaient du terrain. Le terrorisme ouvrait la porte à une troisième guerre mondiale. Le cataclysme écologique planait de plus en plus bas, la pollution ne montrait aucun signe d’amélioration, les abeilles mouraient en masse, la vache folle et la grippe aviaire n’avaient pas dit leur dernier mot. Quant à l’humanité, elle venait de s’effondrer à Alep. Il fallait que les couples soient solides pour y résister, qu’ils se créent des rayons de soleil suffisamment puissants pour traverser l’épaisse couche de peur et de dégoût. Plus d’un sur deux y échouait. Qui pouvait prétendre à l’épanouissement dans ces conditions ? »

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scénarii pour le cinéma.

— De la part d’Hannah (2014)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/20/de-la-part-dhannah/

— Que Dieu lui pardonne (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/15/que-dieu-lui-pardonne/

Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

Les Chiens de Détroit

de Jérôme Loubry
Broché – 11 octobre 2017
Éditeur : Calmann-Lévy

DÉTROIT A PERDU SES REPÊRES.
SES HABITANTS L’ABANDONNENT.
SES ENFANTS DISPARAISSENT.

2013, à Détroit. Cette ville qui a été la gloire de l’Amérique n’est plus qu’une ruine déserte, un cimetière de buildings.
Cette nuit-là, la jeune inspectrice Sarah Berkhamp mène le groupe d’intervention qui encercle une maison et donne l’assaut. Mais aucun besoin de violence, le suspect attend, assis à l’intérieur. Il a enlevé cinq enfants. Et il est sans doute le Géant de brume, le tueur insaisissable qui a laissé derrière lui sept petits corps, il y a quinze ans. Alors pourquoi supplie-t-il Sarah : « Aidez-moi… » ?
L’histoire s’ouvre donc avec l’arrestation du coupable. Et pourtant, elle ne fait que commencer. À Détroit, personne n’est innocent…

«Rarement un personnage sombre comme le Géant de brume
m’aura marquée et glacé le sang à ce point.»
Caroline Vallat, libraire, FNAC Rosny 2.

UNE INTRIGUE MAGISTRALEMENT
ENTRELACEE JUSQU’A LA FIN,
BOULEVERSANTE.

Avec Les Chiens de Détroit, de Jérôme Loubry, j’ai plongé dans une enquête aussi sombre qu’oppressante.
Tout commence en 1998, lorsque l’inspecteur Stan Mitchell tente de comprendre une série de disparitions d’enfants. Malgré sa ténacité et des recherches approfondies, aucune véritable piste ne se dessine. Puis un deuxième enfant est retrouvé mort dans les mêmes circonstances… Le coupable, lui, reste insaisissable.

Quinze ans plus tard, en 2013, alors que les disparitions recommencent, les vieux démons de Stan ressurgissent. Hanté par cette affaire qui ne l’a jamais vraiment quitté, il redoute de voir l’histoire se répéter.
Y aurait-il un lien entre les événements de 1998 et ceux d’aujourd’hui ? C’est ce que Stan devra découvrir avec Sarah Berkhamp, sa nouvelle partenaire.
Deux flics cabossés, marqués par leur passé et leurs propres blessures, vont devoir affronter ensemble leurs démons. Un duo improbable face à une présence terrifiante, le mystérieux « Géant de brume ».
Mais dans ce roman, un autre personnage occupe une place essentielle. Détroit elle-même. Une ville déchue, abandonnée par nombre de ses habitants, avec ses maisons désertées et ses rues noyées dans la brume.

Jérôme m’a véritablement mené en bateau avec une narration alternant entre passé et présent. Les chapitres courts, tendus et parfaitement rythmés m’ont poussé à tourner les pages sans relâche. Les révélations arrivaient au compte-gouttes, juste assez pour entretenir le doute et faire naître de nouvelles questions. Et lorsque le twist final est arrivé, je dois bien reconnaître que je ne l’avais pas vu venir.

J’ai particulièrement apprécié les personnalités de Stan et Sarah, deux personnages fragiles mais profondément attachants. L’écriture est fluide, très descriptive, et contribue énormément à cette atmosphère étouffante. J’ai aimé cette sensation de me perdre avec eux dans les rues abandonnées de Détroit, à la recherche des enfants disparus…

J’ai toutefois trouvé la fin un peu trop rapide, même si elle m’a surpris et laissé plusieurs questions en tête. Pour un premier roman, Les Chiens de Détroit est pour moi une très belle découverte.
Un thriller sombre, efficace et particulièrement immersif, qui m’a donné envie de suivre Jérôme Loubry.

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Extraits :

« La voiture de police n° 18 quitta le parking souterrain du central et se jeta avec détermination dans les rues de Détroit. Une pluie agressive l’y accueillit. Elle la fouetta de ses larmes, adjurant ses deux passagers de ne pas s’enfoncer davantage dans l’horreur, leur murmurant de retourner vers le confort ouaté d’une vie qui pourtant n’existait plus.
Sarah Berkhamp observait la ville par la vitre. La lumière humide et déclinante de cette fin de journée déposait sa couverture sombre alors que des feux follets apparaissaient timidement à l’intérieur des habitations.
À sa gauche, Stan, son partenaire, poussait des jurons à chaque ralentissement du trafic.
Le temps pressait.
Une semaine d’enquête.
Des nuits à traquer l’ombre d’un géant sans jamais la frôler. »

« Le premier corps fut retrouvé par un joggeur aux abords de Palmer Park.
C’était un dimanche matin, une pluie fine et inconstante s’échappait des nuages anémiques. Détroit se réveillait à peine. Elle le serait entièrement dans quelques heures, lorsque le cri d’une mère reconnaissant le cadavre de son enfant résonnerait au plus profond de ses entrailles. »

« Le terme redouté devint une réalité.
« Le serial killer court toujours ». Tel fut le titre, en première page du Detroit Free Press, assortie d’une photo du troisième enfant mort. La victime était cette fois une petite fille, ce qui laissa perplexes les spécialistes de plus en plus nombreux à donner leur avis. Pour eux, l’assassin aurait dû ne viser que des garçons. C’était le schéma classique. Un tueur en série, une catégorie de cible privilégiée. Une section spéciale du douzième district fut créée et dédiée uniquement à la traque du tueur d’enfants. »

Jérôme Loubry est un écrivain français.

Il a d’abord travaillé à l’étranger et voyagé tout en écrivant des nouvelles. Il travaille dans le milieu de la restauration jusqu’en 2016, date à laquelle il décide de devenir écrivain. Il se lance dans le monde de la littérature et du polar en 2017.

L’éditrice de Guillaume Musso reconnait son talent et Jérôme Loubry publie aux éditions Calmann-Levy son premier roman, Les chiens de Détroit qui le propulse en 2018 Lauréat du Prix Plume Libre d’Argent.

En 2018 il est déjà considéré comme l’un des auteurs de polars français les plus prometteurs par le journal « Le Parisien ».

Le douzième chapitre, son deuxième thriller paru en 2018, reçoit le prix Polar de Mauves-en-noir. Il obtient le Prix Cognac du meilleur roman francophone 2019 pour Les Refuges. Son livre, Le Chant du silence, paru en 2023, est « un roman puissant, hypnotique, universel », selon France Info Culture.

Jérôme Loubry vit à Valensole dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Facebook : www.facebook.com/loubryjerome/

Drame, Frisson horreur, Polar, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Dans la brume écarlate

de Nicolas Lebel
Broché – 27 mars 2019
Éditeur : MARABOOKS

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne.. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n’est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais… Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d’une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d’avoir retrouvé Lucie. Mais il s’agit d’une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l’on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n’est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie…
Un roman gothique dans un Paris recouvert de brouillard à l’heure où un vampire enlève des femmes et les vide de leur sang. Un roman choral qui laisse la parole à plusieurs protagonistes : à ceux qui perdent ou ont perdu, à ceux qui cherchent, à ceux qui trouvent ou pensent trouver. Un roman qui est l’histoire de six hommes qui aiment ou croient aimer chacun une femme : celui qui la cherche, celui qui l’aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres. Un roman parle des femmes comme premières victimes de la folie des hommes, même de ceux qui croient les aimer.

Avec Dans la brume écarlat” de Nicolas Lebel, j’ai eu l’immense plaisir de retrouver le capitaine Mehrlicht. Et retrouver Mehrlicht, c’est un peu comme retrouver un vieil ami… ou plutôt un vieil ours ! Il parle cash, grogne, fume comme une cheminée et me fait rire avec chacune de ses répliques. Un flic atypique, cultivé et grinçant qui semble tout droit sorti d’un film d’Audiard. Et autour de lui, Sophie Latour, Dossantos et toute l’équipe continuent eux aussi de prendre de l’épaisseur au fil des enquêtes.
C’est justement ce que j’aime chez Nicolas. Ses intrigues sont tordues et captivantes, mais sa plume est tout aussi importante. Elle est vive, malicieuse, pleine de verve, avec ces petites phrases qui me décrochent régulièrement un sourire.
Sans oublier les messages cachés, qu’il glisse ça et là… Et ça, je le ressens à chaque lecture.

L’affaire commence avec une mère persuadée que sa fille Lucie, vingt et un ans, est morte. Pourquoi cette certitude ? Sa mère l’a vu dans les tarots ! Mehrlicht reste évidemment sceptique, mais les événements vont rapidement donner une tout autre dimension à cette inquiétude.
Dans le même temps, du sang est retrouvé au Père-Lachaise, tandis que Taleb, un réfugié syrien, qui vit dans un camp de réfugiés, recherche désespérément sa sœur Noura, disparue elle aussi. Il est fou d’angoisse et se lance à sa recherche… Parallèlement, Yvan poursuit une quête obsessionnelle autour du « Monstru », cette figure terrifiante qui hante ses pensées depuis 28 ans. De son côté, Viktor parle avec tendresse à Ileana et une partie de pêche sur les quais de Seine tourne au macabre.
Quel rapport entre tous ces événements ?
C’est ce que Mehrlicht et son équipe vont devoir découvrir.

Pour cette cinquième enquête, Nicolas m’a une nouvelle fois embarqué dans une histoire où l’horreur côtoie l’humour. Paris est plongé dans un brouillard épais, presque irréel, et l’atmosphère devient rapidement étouffante. La chronologie très précise, avec les heures et les minutes, donne au récit un rythme particulièrement efficace. Mais derrière cette histoire de vampire et cette enquête sombre, j’ai surtout retrouvé le regard de l’auteur sur notre société. Réfugiés, sans-papiers, violences, dérives d’Internet, immunité diplomatique… Nicolas aborde des sujets contemporains sans jamais oublier son intrigue.

J’ai adoré l’ambiance autour de la Seine, du brouillard et des cadavres, aussi poétique qu’inquiétante. Heureusement, Mehrlicht est toujours là pour faire retomber la pression avec ses expressions improbables et ses sonneries de téléphone inspirées des chansons des années 80. Et, comme toujours, elles tombent tellement à propos que je ne peux m’empêcher de rire !
Nicolas Lebel est décidément trop fort.

Je me suis régalé avec ce polar rondement mené, sombre, drôle et terriblement efficace.
Un vrai plaisir de lecture… très écarlate, mais lu avec beaucoup de plaisir !

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Extraits :

« Comme deux fantômes transis, elles se faisaient face dans la nuit.
— Non, je rentre, je suis crevée. Il est déjà minuit…
— C’est Jérémy qui va être déçu… ironisa Cathy.
Plantées sous un réverbère, les deux jeunes femmes se regardèrent et éclatèrent de rire en même temps.
— Il a mon numéro, conclut Lucie en se penchant pour faire la bise à son amie.
— Ça te changerait un peu les idées, non ? En ce moment…
Lucie baissa les yeux et ne répondit pas. »

« Elle se dirigea vers la porte, plantant là son collègue. Elle se disait que, pour les femmes, rien n’avait finalement changé. À se demander même si les choses changeraient un jour : il y avait eu les Weinstein, les « MeToo», les « Balance ton porc». Le monde occidental avait découvert avec effroi, dans un bêlement planétaire, que les femmes du xxi° siècle continuaient de subir harcèlements, insultes, agressions sexuelles et violences à tous les niveaux de la société, parce qu’elles étaient femelles, parce que, depuis le jardin d’Éden, Ève la pécheresse et ses descendantes avaient servi de sac de frappe et d’exutoire fanatique à la moitié couillue de l’humanité, aux Adams revanchards et aux dieux masculins de toutes les civilisations. On avait dès lors posé sur elles tous les anathèmes et tous les tabous… »

« Taleb Adil était assis en tailleur à l’entrée de sa tente Quechua.
Dans ce froid XVIII* arrondissement parisien, son duvet rabattu sur ses épaules par-dessus sa parka kaki à capuche, il jetait des regards à droite, à gauche, le long du boulevard Ney, tout en se fabriquant une cigarette avec quatre mégots qu’il avait ramassés. Ses cheveux châtain clair, longs et bouclés, zébrés de mèches blondes, tombaient en avant sur son visage pâle, lui bloquant la vue. D’un revers de main, il les écarta et examina le trottoir de nouveau. Il espérait percevoir un mouvement dans le brouillard, par-delà le grillage qui enserrait le camp. Mais il y avait peu de passage. Les Français évitaient le quartier. »

« L’un des fils Khadafi s’est battu avec la police, avec le SAMU, a envoyé ses gardes du corps contre la BAC, a trempé dans un réseau de prostitution, a remonté l’avenue des Champs-Elysées à cent quarante kilomètres/heure sans s’arrêter à un seul feu rouge… Aucune poursuite n’a été engagée contre lui. Immunité. Un ambassadeur suisse a forcé un barrage de police à Paris en 2014 parce qu’il se savait positif à l’alcootest, et a remonté un boulevard à contresens pour s’enfuir. Il a été interpellé. Immunité. Je peux vous raconter l’histoire de ce fils de diplomate qui dealait de grosses quantités de cocaïne en bas de chez lui, d’un autre qui tripotait les filles de son collège… Immunité ! L’immunité diplomatique qui protège un émissaire d’un pays étranger est une bonne chose, sauf quand elle devient un joker pour enfreindre impunément la loi, une carte de sortie de prison permanente. »

Nicolas Lebel est un auteur français.

Il est également enseignant et traducteur.
Il a fait des études de Lettres et d’anglais puis il s’est orienté vers la traduction. Il est parti en Irlande quelque temps avant de devenir professeur d’anglais.

Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : Les Frères du serment.

En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous (Prix des lecteurs polar du Livre de Poche 2019), en 2014, Le Jour des morts, en 2015, Sans pitié, ni remords (Prix Anguille-sous-Roche), en 2017, De cauchemar et de feu (Prix du Festival Sans Nom), puis, en 2019, Dans la brume écarlate (Prix Coquelicot Noir du Salon du Livre de Nemours), cinq romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent. Des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste. Ces cinq romans mettent en scène le capitaine Mehrlicht.

En 2021, il reçoit le Prix Griffe Noire du meilleur roman policier français de l’année pour « Le gibier ».
En 2023, il se met en disponibilité de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture de romans et de scénarios.

— L’heure des fous (2013)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/26/lheure-des-fous/

— Sans pitié ni remords (2015)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/20/sans-pitie-ni-remords/

Facebook: https://www.facebook.com/pages/Nicolas-Lebel-Polars/485293481534883

Émotion, Drame, Folie, Suspense, Thriller psychologique, Violence

Chien de sang

de Karine Giebel
Poche – 9 septembre 2010
Éditeur : Pocket

Chasse à l’homme au cœur de la forêt.

Ils sont là. Ils approchent.
Aboiements. Tonnerre de sabots au galop…
La forêt est si profonde… Rien ne sert de crier.
C’est le plus dangereux des jeux. Le dernier tabou. Le gibier interdit…
Le hasard les a désignés. Diane aurait dû rester à l’hôtel, ce jour-là. Au mauvais endroit, au mauvais moment…Quant à Rémy le SDF, s’il a perdu tout espoir depuis longtemps, c’est la peur au ventre qu’il tente d’échapper à la traque.
Ils sont impitoyables, le sang les grise.

« Elle taille des thrillers terrifiants et haletants qui attrapent le lecteur à la gorge pour ne le relâcher qu’au bout, secoué et piégé. D’une incroyable efficacité. »
Le Point

Je viens de terminer Chien de sang de Karine Giebel et, pourtant, le livre est toujours là, posé devant moi. Un simple livre, fermé, qui pourrait finalement ressembler à tant d’autres. Oui, mais je l’ai ouvert, je l’ai lu… et depuis, beaucoup de pensées tournent dans ma tête.

Je n’avais encore jamais lu Karine Giebel, même si j’avais souvent entendu parler de cette autrice. Avec ce thriller psychologique, j’ai enfin pu me faire ma propre idée… et quelle découverte !

Deux histoires particulièrement sombres vont se dérouler en parallèle.
D’un côté, Diane, une photographe venue immortaliser les paysages des Cévennes, se retrouve isolée en pleine nature après avoir été témoin de ce qu’elle n’aurait jamais dû voir.
De l’autre, Rémy, jeune SDF sans ressources, tente simplement de survivre et ne sait plus vraiment quel avenir il peut espérer. Après un acte héroïque, de sa part, une porte semble enfin s’ouvrir pour lui, un travail, un salaire, la possibilité de retrouver une place parmi les vivants. Mais derrière cette chance inespérée se cache peut-être tout autre chose…

J’ai rapidement compris que ce court roman n’allait pas me laisser indemne. Que Karine avait su doser le nombre de pages à la perfection. Qu’elle n’avait pas besoin de centaines de pages pour installer une atmosphère aussi poignante que terrifiante. J’ai aussi aimé son écriture faite de phrases courtes, parfois réduites à l’essentiel, sans sujet ni verbe, qui accélèrent le rythme et donnent presque l’impression de manquer d’air.
Au fil des pages, les deux récits se transforment en véritables traques où les règles changent et où les rôles de proie et de chasseur deviennent terriblement flous.

Les heures passent, les corps s’épuisent et la souffrance monte progressivement. J’ai été particulièrement touché par ceux qui subissent, qui souffrent tandis que les chasseurs m’ont profondément révulsé par leur violence et leur sadisme. Mais derrière le suspense, j’ai surtout découvert une réflexion glaçante sur la nature humaine, le pouvoir de l’argent et les différences sociales. L’homme peut-il réellement rester humain lorsqu’il possède le pouvoir de décider du sort des autres ? Une réflexion malheureusement plus que jamais d’actualité…

Plus j’avançais, plus la tension devenait difficile à supporter, jusqu’à frôler l’insoutenable. Et lorsque j’ai atteint la dernière ligne, le dernier mot, le dernier souffle, j’ai refermé le livre, tout doucement.
Et il est là. Fermé devant moi et pourtant, il résonne toujours dans ma tête…

Un thriller noir, très noir, psychologiquement violent et terriblement efficace.
Une première rencontre avec Karine Giebel qui m’aura profondément marqué… et certainement pas la dernière.

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Extraits :

« Il court.
À en perdre haleine.
Depuis des heures, pourtant. Presque depuis l’aube de ce jour maudit.
Il file, se jouant des obstacles avec une surprenante agilité, une incroyable endurance.
Il court, alors que les prémices du crépuscule cisèlent déjà la forêt d’ombres inquiétantes pour le profane. Ombres qui ne l’effraient pas; lui, si puissant, si fort.
Il court.
Meute hurlante sur ses talons. Musique atroce qui le harcèle, le poursuit…
La fin est proche.
Ils ne lui auront donc laissé aucune chance.
Il ne comprend pas.
Pourquoi… ? »

« Gagner sa vie… Quelle curieuse expression! songe Rémy.
Gagner de quoi s’offrir l’écran plasma dernier cri pour s’avachir le soir venu sur leur canapé pleine peau et recevoir leur intraveineuse de pub.
De quoi s’acheter un 4×4 ou une berline à crédit qu’ils exhiberont fièrement le week-end.
De quoi équiper chaque membre de la tribu du portable qui fait appareil photo, baladeur, caméscope, connexion internet, télévision. Et, accessoirement, sert à téléphoner.
Bref, de quoi s’endetter pour tout ce dont ils n’ont pas besoin, mais dont on les assure qu’ils ne peuvent se passer pour mener une vie normale. »

« Le geôlier ne leur a rien révélé de ses desseins, infligé aucun supplice. Il les a juste séquestrés là, sous la menace du revolver, leur filant tout de même à boire et à manger dans sa grande clémence.
— Mais qu’est-ce qu’il nous veut, ce dingue ? répète Rémy pour la énième fois. On est tombés sur un malade, putain… J’aurais dû laisser ces types lui voler sa caisse et lui démolir la tronche ! J’aurais même dû les aider, tiens ! »

« — Mes amis et moi allons nous offrir une bonne partie de chasse aujourd’hui, poursuit le châtelain en fixant Rémy droit dans les yeux. À ton avis, quel gibier allons-nous traquer ?
Rémy avale sa salive avant de répondre, la gorge serrée. Ses amygdales ont dû enfler durant la nuit.
— Nous, articule-t-il enfin.
— Exact ! Bravo, je vois que tu comprends vite ! D’habitude, ils sont plus lents à la détente ! »

Karine Giebel a été deux fois lauréate du prix marseillais du Polar : en 2005 pour son premier roman Terminus Elicius (collection  » Rail noir « , puis réédité chez Belfond en 2016) et en 2012 pour Juste une ombre (Fleuve Éditions), également prix Polar francophone à Cognac. Les Morsures de l’ombre (Fleuve Éditions, 2007), son troisième roman, a reçu le prix Intramuros, le prix SNCF du polar et le prix Derrière les murs. Meurtres pour rédemption (également paru dans la collection  » Rail noir « , puis réédité chez Fleuve Éditions en 2010) est considéré comme un chef-d’oeuvre du roman noir.

Ses livres sont traduits dans une douzaine de langues et, pour certains, en cours d’adaptation audiovisuelle.
— Chiens de sang (2008),
— Jusqu’à ce que la mort nous unisse (2009), adapté sur France Télévisions en 2018,
— Purgatoire des innocents (2013) chez Fleuve Éditions,
— Satan était un ange (2014) chez Fleuve Éditions,
— De force (2016) paru chez Belfond,
— D’ombre et de silence (2017),
— Toutes blessent, la dernière tue (2018),
— Ce que tu as fait de moi (2019)
— Chambres noires (2020),
— Glen Affric (2023, traduit et publié aux États-Unis en 2024)
— Et chaque fois, mourir un peu – Livre 1 : Blast, suivi du Livre 2 : Trauma(s) (2024), ont paru aux Éditions Récamier.
Le recueil de nouvelles J’aime votre peur est publié chez Récamier et Pocket en 2025.

Émotion, Drame, Histoire, Psychologie, Suspense, Violence

Guérilla Social Club

de Marc Fernandez
Poche – 3 octobre 2018
Éditeur : Le Livre de Poche

Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.
Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.
Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.
L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, revient avec un nouvel opus, plus haletant que jamais, à cheval entre l’Europe et l’Amérique latine, où le passé vient frapper à la porte d’anciens guérilleros… Ennemis un jour, ennemis toujours.

Diablement réussi.
Paris Match

Marc Fernandez s’avère un redoutable conteur.
M, le magazine du Monde

Si Orwell avait rencontré Almodóvar,
cela aurait donné quelque chose dans ce goût-là.

Le Point

Avec Guérilla Social Club, Marc Fernandez m’a une nouvelle fois mis une sacrée claque !
Après Bandidos (que j’aurais du lire plus tard !) et Mala Vida, histoire autour des bébés volés sous le régime de Franco, il confirme ici tout le bien que je pensais déjà de lui.

Dans un style journalistique, vif, direct et terriblement rythmé, Marc m’a embarqué dans un récit qu’il m’a été très difficile de lâcher. Je ne parlerais pas vraiment de thriller, mais plutôt d’un formidable roman noir où des hommes et des femmes continuent de se battre pour la liberté. Et cette histoire m’a tellement emporté que les dernières pages m’ont même tiré quelques larmes (surtout la page 271).

J’ai également eu énormément de plaisir à retrouver les personnages de Mala Vida.
Diego, journaliste d’investigation, Ana, détective privée et ancienne opposante à la dictature argentine, et David, juge devenu avocat, forment un trio aussi fort que complémentaire.
Autour d’eux, Carlos, réfugié chilien et ancien guérillero, apporte lui aussi une dimension particulièrement attachante au récit. Lorsque les anciens compagnons de lutte de Carlos commencent à disparaître à Paris, Madrid, Buenos Aires ou Santiago du Chili, puis à être retrouvés torturés et assassinés, ses amis décident de mener l’enquête. Carlos lui-même est menacé et tout semble ramener aux nostalgiques des anciennes dictatures.

J’ai adoré cette construction qui m’a fait voyager d’un continent à l’autre et naviguer constamment entre passé et présent. Marc nous montre parfois des éléments que ses personnages ignorent encore, grâce notamment aux flashbacks et à différents détours narratifs.
Et même lorsque je pensais avoir compris certaines choses, les révélations finales m’ont laissé complètement abasourdi. C’est là que Marc est particulièrement fort. Il brouille avec talent la frontière entre réalité et fiction. Son écriture possède une telle efficacité que j’en suis parfois venu à oublier que je lisais un roman. Tout paraît possible, justement parce que l’auteur s’appuie sur une histoire et des blessures profondément réelles.

Mais au-delà de l’intrigue, c’est cette idée d’un passé qui pourrait refaire surface qui m’a particulièrement marqué. Une perspective inquiétante, qui donne à ce roman noir une résonance que j’ai trouvée très actuelle.

Guérilla Social Club est donc pour moi une formidable réussite. Une intrigue palpitante, une écriture vive, des personnages forts et attachants et un suspense qui tient jusqu’à la dernière page.
Quel conteur ! Quelle construction ! Quelle histoire !
Je me suis laissé happer du début à la fin. Un véritable coup de cœur !

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Extraits :

« Près de Santiago du Chili, 7 septembre 1986.
Il doit mourir. C’est la seule solution. La peine capitale pour tout le mal qu’il a fait, qu’il continue de perpétrer. Sa voiture blindée ne le sauvera pas. Boum.
La mort après un dernier virage. Un salaud de moins sur cette terre. Et une lueur d’espoir pour les autres. »

« Des semaines à courir, à faire des pompes, à tirer, à manier les armes longues, courtes, de tous types, à apprendre à se battre à mains nues, au couteau, au corps à corps. Des jours et des jours, aussi, à mettre au point le rôle de chacun, sa position sur le terrain, le timing de chaque geste et le plan de repli. Des heures à parler encore et encore, à se préparer au pire, à la torture s’ils étaient arrêtés, au sacrifice suprême aussi, pour que d’autres après eux en profitent.
La mort n’est pas qu’une simple hypothèse dans ce genre d’opérations. Mieux vaut perdre la vie les armes à la main que de se lamenter sans cesse et de ne rien faire. On ne résiste pas à la tyrannie avec des mots et de bons sentiments, on la combat avec des flingues.
Jusqu’au bout. »

« Carlos aussi a eu à subir les mauvais traitements infligés par la police politique. Il en garde quelques séquelles, notamment des traces de brûlures de cigarette sur l’omoplate droite et une phalange de moins au petit doigt de la main gauche. Mais il n’a jamais été très disert sur les circonstances de son départ, sur ses années de guérilla. Ses amis respectent ce choix, ce silence, et n’ont jamais osé insister. La seule confidence qu’il ait faite à Diego est qu’il garde un contact régulier avec un certain nombre d’anciens compagnons de lutte, tous réfugiés comme lui dans différents pays d’Europe, et qu’ils se réunissent une fois par an, en souvenir de leurs années de combat. »

« Amis du noir, bonsoir! Je suis Diego Martin, merci d’être à l’écoute de ce trois cent vingt-quatrième numéro d' »Ondes confidentielles ». Un sommaire un peu chamboulé ce soir. Et je prie tous les auditeurs amateurs de polars que vous êtes de m’en excuser. Mais je sais aussi que vous êtes friands de vraies histoires policières. Vous allez être servis avec ce programme spécial consacré à une affaire qui, je l’avoue, me touche personnellement, et qui est loin, très loin, d’avoir livré tous ses secrets. Nous allons parler d’enlèvements, de meurtres, de menaces de mort. En plein Madrid, messieurs, mesdames. Deux • victimes, dont l’une découverte il y a quelques jours à peine au Retiro. Plusieurs autres personnes menacées. Leur point commun ? Ce sont tous d’anciens guérilleros. Des personnes qui ont pris les armes pour se battre contre les dictatures. Au Chili, en Argentine, et sur tout le continent latino-américain. »

Journaliste depuis plus de 15 ans, Marc Fernandez a longtemps été chargé de suivre l’Espagne et l’Amérique latine pour Courrier International.

Co-auteur, avec Jean-Christophe Rampal, de :
— La ville qui tue les femmes, enquête à Ciudad Juárez,
— Pinochet, un dictateur modèle, (Hachette Littératures),
— Narco Football Club, (éditions Moisson Rouge).
Ils ont également réalisé le webdocumentaire, La Cité des mortes.

— Mala Vida (2015) est son premier roman en solo. Puis :
— Guérilla Social Club (2017),
— Bandidos (2018),
— Tapas nocturnes (2022)

Marc Fernandez tient le blog polar Mauvais genre sur Slate.fr.
Il est cofondateur et rédacteur en chef de la revue Alibi, consacrée au polar.

Amour, Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller psychologique

Ainsi sera-t-il

de Sandrine Destombes
Broché – 1 mai 2016
Éditeur : France Loisirs

Depuis qu’une balle a plongé son partenaire et amant Fabio dans le coma, la commissaire Max Tellier n’a plus la force de se battre. Mais l’envie de découvrir la vérité est plus forte… Soutenue par son équipe, qui comme elle, soupçonne une histoire de flics véreux, elle enquête, en secret pour que justice soit faite. Pourtant déjà un autre meurtre les mobilise. Un cas pour le moins étrange : un joggeur, victime non pas d’une crise cardiaque, mais d’un empoisonnement…
Plus troublant encore, la victime est un prêtre…

Après La faiseuse d’anges et L’arlequin, le troisième opus Ainsi sera-t-il, de Sandrine Destombes ne se contente pas de nous livrer un thriller efficace. Elle nous entraîne dans une histoire où plusieurs enquêtes vont s’entremêler, sur fond de politique, de police, de croyances et de radicalisation. Et dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par une intrigue qui ne laisse pratiquement aucun répit.

La commissaire Maxime Tellier est confrontée à un drame particulièrement personnel. Son amant, Fabio Cavalli, a reçu une balle dans la tête et se trouve entre la vie et la mort. Avant son agression, il soupçonnait l’existence d’une taupe au sein de la brigade des stupéfiants.
Maxi décide alors de reprendre du service et de mener sa propre enquête pour découvrir qui a voulu le faire taire.

Mais une autre affaire l’attend. La mort suspecte d’un prêtre retrouvé sans vie alors qu’il faisait son jogging. Ce qui ressemble d’abord à une crise cardiaque prend une tout autre dimension lorsque l’autopsie révèle d’étranges lésions. Et comme si cela ne suffisait pas, une ancienne affaire concernant le capitaine Brémont et le meurtre de sa femme et de son enfant refait surface.

J’ai beaucoup aimé Maxime, ou plutôt “Max”, cette femme au caractère bien trempé, parfois dure et peu commode, mais qui cache derrière cette carapace une grande émotion et sensibilité. Son équipe aussi, soudée, tenace et efficace, apporte également beaucoup d’humanité au récit.

Ce que j’apprécie particulièrement chez Sandrine, c’est son écriture directe, fluide et sans fioritures inutiles. Elle sait multiplier les pistes sans jamais perdre son lecteur et surtout faire monter progressivement la tension. Mais derrière le thriller se cache une réflexion plus profonde sur la foi, la manipulation et la violence et son récit devient progressivement de plus en plus trouble. J’ai trouvé le roman inquiétant précisément parce que le malaise vient autant de la logique des personnages que de leurs actes.
Et ce titre, Ainsi sera-t-il, résonne presque comme une sentence, une vérité que l’on voudrait imposer aux autres.

Sandrine vient de me démontrer encore une fois, qu’un polar peut être passionnant tout en nous poussant à réfléchir sur notre époque.
C’est tendu, parfois inconfortable, intelligent et particulièrement bien construit.
Vous l’aurez compris, je suis fan !

Amis lecteurs, si vous aimez les thrillers qui ne se contentent pas de vous divertir, foncez découvrir Sandrine Destombes !

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Extraits :

« Cela faisait déjà deux semaines qu’Enzo avait ramené sa protégée chez lui, en Italie. Il s’était d’abord installé chez Max à Paris, déployant chaque soir un vieux lit de camp jusqu’à ce que son nerf sciatique lui intime de trouver une autre solution. Il avait veillé sur elle, nuit et jour, depuis ce fameux soir où elle l’avait appelé, en pleine détresse. »

« Le printemps était au rendez-vous et Paris offrait ses plus belles couleurs. Max, malgré son appréhension, était contente de rentrer. Elle était dans sa ville, dans ses marques. Elle s’était accordé un jour de repos supplémentaire avant de retourner travailler, le temps pour elle de trier son courrier et de remplir le réfrigérateur. Max avait promis à son mentor de faire un effort sur son alimentation mais s’apercevant qu’elle avait une fois de plus oublié d’acheter des légumes, elle se rassura en estimant que le nombre de fruits accumulés dans la caisse de chardonnay ferait l’affaire. »

« — On est grands maintenant, répondit José. Laisse-nous t’aider. Et quand je dis ça, je parle aussi au nom des autres. Que ce soit Jeanne, Paul ou même Thomas. Ils n’attendent que ça.
Max sentit sa gorge se nouer et les larmes monter. Elle tourna le dos à son collègue et regarda en l’air, espérant refouler au plus vite ce surplus d’émotion. Lorsqu’elle lui répondit, il n’y eut cependant aucun trémolo dans sa voix. »

« Il n’était pas encore seize heures que Max était déjà éreintée par cette première journée de reprise. Elle craignait d’avoir surestimé ses forces. Mener de front l’enquête sur la mort du Père Francis et trouver la taupe qui avait tiré sur Fabio n’allait pas être de tout repos. Elle n’avait quasiment rien avalé depuis le matin et décida d’aller se restaurer au distributeur. Son choix s’arrêta sur une barre chocolatée qui, comme à son habitude, resta coincée dans les arceaux de la machine. Max était persuadée que les concepteurs de ces distributeurs n’avaient jamais utilisé leur propre invention. S’ils l’avaient fait, ils auraient sûrement pensé à un moyen de déblocage. Au lieu de ça, elle utilisa la seule technique qu’elle savait fiable : une grande tape dans le flanc de la machine accompagnée d’un coup de pied dans la partie basse du réceptacle. Elle finit par récupérer son en-cas sous les yeux amusés de ses collègues. Max était de retour, et ses petites manies aussi. »

Sandrine Destombes est une romancière française spécialisée dans les thrillers et les polars.
Elle a réussi à concilier sa passion pour l’écriture avec une carrière dans l’événementiel, avant de s’imposer comme une voix incontournable du polar français contemporain.

Elle est née 29 avril 1971 à Marseille et a toujours vécu à Paris. Après avoir décroché son diplôme à l’ESRA (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle), elle s’installe à Paris et s’oriente vers la production d’événements, un métier qu’elle exerce pendant plus de vingt ans. C’est sur son temps libre qu’elle commence à imaginer ses intrigues sombres, nourries d’une narration très visuelle et cinématographique. Très attachée à ses origines italiennes, elle distille d’ailleurs régulièrement son amour pour la région des Abruzzes dans ses textes. Sa carrière littéraire décolle au milieu des années 2010 grâce aux éditions France Loisirs (collection Nouvelles Plumes), mais le véritable tournant a lieu en 2018 avec son cinquième roman, Les Jumeaux de Piolenc, qui devient un immense succès en librairie. Traduit en huit langues, ce livre lui vaut le prestigieux Prix VSD RTL du meilleur thriller français, présidé par Michel Bussi.
Aujourd’hui, elle fait partie de la célèbre Ligue de l’Imaginaire et du collectif Les Louves du Polar.

— La Faiseuse d’anges (Nouvelles Plumes, 2015),
— L’Arlequin (Nouvelles Plumes, 2016),
— Ainsi sera-t-il (Nouvelles Plumes, 2017),
— Les Jumeaux de Piolenc (Hugo & Cie, 2018)
— Ils étaient cinq (Nouvelles Plumes, 2018).

Émotion, Conte, Drame, Psychologie, Thriller psychologique, Violence

Cataractes

de Sonja Delzongle
Broché – 11 avril 2019
Éditeur : DENOEL

Il y a quarante ans, le petit Jan Kosta, trois ans, a été l’un des rares survivants de la terrible catastrophe de Zavoï. Lors d’un gigantesque glissement de terrain, ce village des Balkans a été littéralement englouti sous des torrents de boue. Sauvé par son chien qui l’a traîné, inconscient, hors de l’eau fangeuse, Jan a perdu toute sa famille. Devenu hydrogéologue, Jan reçoit un coup de fil alarmé d’un ami ingénieur. Il se passe des choses étranges dans et autour de la centrale construite sur les flancs de la montagne de son enfance. Les gens ont des comportements imprévisibles, parfois violents. Les moines du monastère voisin ont tous disparu, et les bâtiments délaissés accueillent désormais un institut psychiatrique. Vladimir demande à Jan de venir étudier les faits. Que le mal vienne de la centrale, de la montagne ou des hommes, si un nouveau drame est sur le point de se produire, seul un survivant de Zavoï aura une chance de pouvoir tout arrêter.

J’avais déjà lu Phobia, Dust, Quand la neige danse et Récidive, et j’avais très envie de découvrir Cataractes, lorsque je l’ai acheté. Mais une inondation dans mon bureau est venue quelques semaines après bouleverser mes projets. J’ai perdu plusieurs dizaines de romans que je n’ai pas pu sauvé à temps et j’avais fait au mieux pour protéger les autres, en les stockants comme j’ai pu dans mon grenier. Ils m’ont attendu…
Au mois de juin dernier, je suis monté, et triste, j’ai entrepris un tri pour récupérer ceux que je pouvais encore lire.

C’est ainsi que “Cataractes” a refait surface… et quelle découverte !
Dès le prologue, une nouvelle fois, Sonja Delzongle m’a happé par la puissance de son écriture.

Un petit garçon de trois ans est emporté par la boue lors d’une catastrophe qui engloutit son village de Zavoï, dans les Balkans. Jan Kosta en est le seul survivant et ce traumatisme va le poursuivre toute sa vie. Devenu hydrogéologue, il s’est construit loin de cette terre, à Dubaï, auprès de sa femme et de sa fille.
Mais lorsqu’un ami d’enfance lui demande de revenir étudier la centrale hydraulique de Zavoï, son passé remonte brutalement à la surface.

Meurtres, comportements étranges, disparitions, vieille centrale inquiétante et nature sauvage composent alors une atmosphère particulièrement pesante.

Sonja construit son intrigue sur plusieurs niveaux, entre enquête, mystère, drame humain et blessures de l’Histoire. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est cette relation presque viscérale entre l’homme et sa terre. J’ai été subjugué par ses descriptions de la montagne serbe, tour à tour magnifique, apaisante et profondément inquiétante. L’eau, la terre, les racines, la source… tout semble entrer en résonance avec la personnalité de Kosta.
La centrale elle-même devient une formidable métaphore de cet homme qui tente de contenir les fissures de son passé.

Plus les vannes s’ouvrent et les fuites apparaissent, plus les défenses de Kosta cèdent.
Ce qu’il croyait avoir enfoui n’a jamais réellement disparu. Son enfance, ses blessures et ses racines sont toujours là. J’ai beaucoup aimé cette dimension psychologique, parfois presque poétique, qui donne au thriller une profondeur particulière.

L’intrigue, pourtant bien construite et riche en rebondissements, est finalement passée au second plan pour moi. J’ai davantage été fasciné par cette montagne, par cette quête de la source et par ce retour aux origines. Jan, Vladimir et Marija sont des personnages profondément humains, loin des héros invincibles.

Avec Cataractes, Sonja signe pour moi un thriller aussi sombre qu’original, porté par une nature omniprésente et presque vivante. Et surtout, elle nous rappelle que l’on peut s’éloigner de ses racines, mais jamais vraiment les abandonner. La fin, magnifique et bouleversante, m’a profondément ému.

Une très belle lecture, intense, surprenante et profondément humaine.

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Extraits :

« Jan ! Jan !
La voix de sa mère dans le vacarme. C’est la dernière fois qu’il l’entend. Étouffée, lointaine. Affolée. L’eau est montée si vite…
Personne n’a eu le temps de réagir. Lui, jouait dehors avec le chien. Hatsa. Où est-il ? Il ne perçoit plus ses aboiements, passés des plaintes au silence. À cheval sur Hatsa, un leonberg dont la taille évoque plus celle d’un poney, Jan a été soudain emporté. Autour de lui s’est refermée une masse visqueuse et froide. Glacée. Un mélange d’eau et de boue. Les maisons ont disparu. Toutes. La sienne a sans doute subi le même sort. Seuls quelques toits en pierres plates et grises rappelant des écailles de tortue affleurent. Bientôt, ils seront recouverts eux aussi. Des vies avalées. Tout ne sera plus qu’histoire ancienne. »

« L’eau, partout autour d’eux. L’eau, à perte de vue. Comme une mer sombre et menaçante. Une mer sans vagues. À peine quelques remous font-ils tanguer l’embarcation. L’eau occupe l’espace entre les montagnes, a avalé tout le relief accidenté. Au loin, les plus hauts sommets encore enneigés semblent émerger de cette mer soudainement formée, le spectacle est à couper le souffle. Le paysage, encore familier quelques heures auparavant, se trouve transformé à jamais. »

« Comment deux êtres qui se sont aimés au premier regard puis des années durant peuvent-ils en arriver là? Quel mauvais génie a pris le relais de Cupidon et s’amuse ainsi à détruire les couples ?
En réalité, se dit Kosta, inutile de chercher midi à quatorze heures, les mauvais génies, c’est nous, tout simplement. Nous détruisons le bonheur que nous avons construit parce qu’il s’est peu à peu transformé en ennui. Un ennui mortel qu’on se renvoie l’un à l’autre chaque jour comme dans un miroir. Ou à la gueule, comme une faute. »

« — OK, et après on ira boire un café. Tu sais, vieux, j’ai vécu la guerre, j’ai vu des choses terribles, des femmes et des enfants se faire massacrer, des potes tomber devant moi ou se faire déchiqueter en sautant sur une mine, et pourtant, tu ne vas pas me croire, mais aucune de toutes ces horreurs ne m’a laissé l’impression de solitude et d’égarement que j’éprouve ici depuis que… ça a dégénéré. J’ai le sentiment d’une chose qu’on ne peut pas maîtriser. Un truc invisible, tu comprends ? Qui se répand, comme une maladie contagieuse, un mal inconnu. Un virus dans le système, qui attaque le cerveau. Ils étaient sur le point de devenir fous les uns après les autres. Qui sait si ça ne va pas recommencer… Désolé, vieux, vraiment désolé. »

« Tu vois, fiston, cette baie, lui disait-il, c’est du genévrier, aux puissantes propriétés médicinales, mais elle ne te nourrira pas; en revanche, les nèfles, la cenelle, une variété de myrtille sauvage, le cynorrhodon, la mûre, le cassis, sont très bons à manger sans avoir à les transformer. La nature est le plus grand et le plus précieux garde-manger de l’homme et la meilleure pharmacienne et guérisseuse qui soit. »

Sonja Delzongle est une femme de lettres française, auteure de roman policier.

Dana Skoll est son pseudonyme pour la littérature jeunesse et fantasy.

Née d’un père français et d’une mère serbe, elle a grandi entre Dijon et la Serbie. Elle a mené une vie de bohème, entre emplois divers (les plus marquants ayant été le commerce artisanal africain-asiatique et la tenue d’un bar de nuit) et écriture.

Après un DEUG en Langues et Lettres Modernes, elle s’attaque au concours de l’École des Beaux-Arts de Dijon et obtient un diplôme au bout de six ans. Elle peint et expose durant une quinzaine d’années, puis devient journaliste en presse écrite à Lyon.

Après l’écriture d’une nouvelle devenue depuis un roman court, La journée d’un sniper (2007), elle publie un premier thriller À titre posthume (2009), puis Le Hameau des Purs, en 2011.

C’est en 2011 qu’elle commence l’écriture de Dust. Sa passion pour l’Afrique, qui remonte à sa petite enfance, l’a amenée à y faire de multiples séjours. Son roman parait en 2015 chez Denoël et connait un succès éditorial et public. La même année, elle obtient le Prix Anguille sous Roche.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/dust-de-sonja-delzongle/

En 2016, parait Quand la neige danse, toujours chez Denoël, qui met également en scène la profileuse Hanah Baxter et dont l’action se passe non plus au Kenya mais dans le froid nord-américain.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/quand-la-neige-danse-de-sonja-delzongle/

Récidive paru en 2017 nous offre une troisième enquête.
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/05/recidive-de-sonja-delzongle/

Après une épopée arctique dans Boréal (2018),
elle revient cette fois dans les montagnes des Balkans, ses racines, avec Cataractes (2019).
Noir comme l’orage (2024), prix Ligue de l’Imaginaire 2024, est un thriller captivant se déroulant sur l’Île de Ré, où le capitaine Max Fontaine enquête sur des morts mystérieuses liées à la foudre.
Apnée, publié en 2025, se déroule en Égypte, sur les bords de la mer Rouge.
La forêt du Morvan sert de cadre à La gardienne, son thriller psychologique sorti en 2026.

Sonja Delzongle habite Lyon depuis 2001.

son blog : http://sonia-blogart.blogspot.fr
Facebook : www.facebook.com/Sonja-Delzongle-1403988013229391/

Émotion, Drame, Famille, Folie, Frisson horreur, Suspense, Thriller psychologique

Proies

de Tom Clearlake
Broché – 17 mai 2026
Éditeur : Moonlight éditions

Un lodge somptueux au bord d’un lac.
Au cœur des forêts du nord de l’Idaho.
Les vacances d’été s’annoncent idylliques pour la famille Carter, les Coleman et leurs amis.
Jusqu’à ce que les enfants découvrent cette maison abandonnée.
Et le corps de cet homme. Assassiné.
Une arme de poing dans une main.
Un attaché-case menotté à l’autre.
La suite logique serait d’appeler la police. Le groupe se divise.
Ils font le choix de préserver leur séjour et de signaler la scène de crime au moment du départ.
Mais les questions que pose ce cadavre restent.
Les réponses auront un prix.
Celui d’un aller simple en enfer.

Quel bonheur d’être à nouveau surpris par Tom Clearlake que je suis depuis ses débuts !
Avec Proies, il a gravi une nouvelle marche, et pour moi, ça a été un vrai cadeau de lecture.

Dans les forêts reculées du nord de l’Idaho, Logan Carter, sa famille et ses amis passent un séjour dépaysant au milieu de la forêt de l’Idaho, dans un lodge tout confort. Des vacances au vert…
Tout semble réuni pour un séjour parfait mais, à peine arrivés, ils découvrent dans une maison abandonnée le corps d’un homme tué de deux balles dans le dos, reliée à sa main par une menotte, une mystérieuse mallette. Logan puis son groupe décident d’attendre la fin des vacances pour signaler le meurtre afin de préserver leur tranquillité, et ne pas perturber leurs vacances. Il s’avère que ce choix va déclencher une suite d’événements dramatiques et nous plonger dans une spirale implacable.

Dès les premières pages, j’ai été happé. Tom possède ce vrai talent d’installer immédiatement la tension et de maintenir le lecteur en haleine pendant toute la lecture, il ne m’a pas laissé le temps de réfléchir, il m’a véritablement entraîné dans une course contre la mort absolument haletante. Plus j’avançais dans l’intrigue, plus c’était sombre, dérangeant et palpitant. Assez vite, Logan montre son vrai visage. Celui d’un homme aux abois et particulièrement cupide. L’auteur nous dévoile jusqu’où l’avidité des gens peut les mener ainsi que les conséquences de certains actes.

Voici un thriller au rythme intense, au suspense constant, diaboliquement efficace, cinématographique par moments, aux rebondissements multiples. Les personnages sont crédibles dans leurs failles. Peur, égoïsme, appât du gain, instinct de survie. L’atmosphère anxiogène s’intensifie au fil des pages. J’ai retrouvé la plume percutante de l’auteur… et toujours cette émotion qu’il cache entre ses lignes, il a su m’emporter une fois de plus. Un excellent moment de lecture !

Encore une fois, merci Tom, pour ta confiance et pour ce moment de lecture intense et très marquant.

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Extraits :

« C’est à cet instant que la bobine du film de sa vie se mit à tourner à une vitesse démentielle, si vite qu’il n’eut pas le temps de saisir la moindre de ces images qui ne lui appartenaient déjà plus. Et la dernière, avant le générique de fin, fut celle de Samantha, blottie dans ses bras, au bord du lac. Ils regardaient leur fils, Jaden, faire des ricochets. Il recula, fléchit ses cuisses tremblotantes et essuya la sueur et les larmes qui l’aveuglaient.
Et sauta dans le vide. »

« Lisbeth pressa le pas jusqu’à l’entrée et s’extirpa avec les enfants de la puanteur qui imprégnait les lieux. Elle referma la porte et prit une longue inspiration. Sa tête tournait et son cœur battait à tout rompre. L’air frais des forêts, les arbres qui dansaient doucement, chassèrent avec peine la vision lugubre. Un renvoi gastrique brutal s’empara d’elle. Elle lâcha la main de sa fille et alla vomir dans un taillis. Penchée en avant, les mains sur les genoux, elle reprit son souffle.
Bon Dieu, pensa-t-elle tout haut, ce truc n’est pas vrai.
Elle se redressa et marcha vers les enfants.
— Venez, je vous ramène au lodge. »

« Le reste du groupe entourait la table, figé autour de son unique et défunt convive. Tous tenaient un mouchoir plaqué contre leur nez – un bien maigre rempart face aux exhalaisons suffocantes. À un moment, Logan avait tenté de se réveiller.
Mais ce cauchemar était bien réel.
— Qu’est-ce qu’on fait ? dit Mark d’un air hagard.
— Quelle question ! Il faut appeler la police, répliqua Mia.
— Il a peut-être ses papiers d’identité sur lui, dit Logan en faisant un pas vers le corps.
— Ne l’approchez pas ! lança le psychiatre. Nous sommes face à une scène de crime.
— Vous pensez que cet homme a été… assassiné ? demanda
Samantha sans pouvoir détacher ses yeux du corps.
— C’est même certain, répliqua le psy. Regardez la déchirure dans le dos de son t-shirt. C’est une sortie de projectile. Et là, c’en est une autre. »

« Des larmes froides roulèrent sur les joues de Logan.
Des tréfonds de son être, une vague de haine glaciale déferla. La face lisse répugnante du milliardaire surgit comme un diable de sa boîte, accompagnée d’une pulsion brutale : tuer cet homme. Le voir mourir. Le faire souffrir. Tout son corps fut pris de tremblements et un nœud lia ses intestins. Il quitta la fenêtre et s’allongea sur le lit. Ses yeux restèrent grands ouverts, fixés sur le plafond. Il se força à rester immobile, bras le long du corps, à côté de Terrence qui dormait encore profondément et semblait s’être détendu. »

« L’index de Logan pressa la gâchette du Glock. La barre de détente recula, poussa le plongeur hors du percuteur, le connecteur campa la barre vers le bas, le cruciforme quitta l’étagère et la barre lâcha le percuteur qui fusa en avant et frappa l’amorce, la poudre explosa et propulsa la balle qui fila dans le canon rayé et jaillit dans un cône de gaz brûlants orangés, la pointe creuse fendit l’air en rotation gyroscopique parfaite, droit vers le front de Steelson, le métal perça l’os frontal qui éclata sous l’impact en une toile d’araignée de fractures radiales autour de l’entrée, la tête creuse de la balle s’ouvrit comme une fleur, créant une cavitation hydrostatique qui pulvérisa les lobes frontaux, lacéra les axones, sectionna les artères cérébrales, l’ogive traversa le cerveau et frappa la table interne de l’os occipital, la nuque chauve se souleva et gonfla comme un ballon d’enfant, le crâne explosa sous la pression accumulée comme une pastèque trop mûre en libérant un geyser sanglant de matière grise pulpeuse, esquilles osseuses et lambeaux de chair qui jaillirent en l’air et s’étalèrent sur le mur d’écrans. »

Tom Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

« Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir. »

— L’Essence des ténèbres (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/17/lessence-des-tenebres/
— Tréfonds (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/03/19/trefonds-de-thomas-clearlake/
— Avides (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/01/avides/
— Sans retour (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/31/sans-retour/
— Signatures (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/18/signatures/
— Le seuil (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/14/le-seuil/
— L’Antidote (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/09/30/lantidote/
— Proies (2026)

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller

Qui es-tu, Mary ?

de Christian Pernoud
Broché – 10 septembre 2026
Éditeur : Taurnada Éditions

Les âmes pures cachent aussi des ténèbres.

Automne 1973, Lake George.
Alan mène une existence paisible à l’écart du monde.
Mary surgit dans sa vie. Elle vient d’un New York gangrené par la violence.
Une histoire naît. La leur.
Mais très vite, des zones d’ombre apparaissent.
Des incohérences. Des silences.
Lorsque Mary disparaît brutalement dans d’étranges circonstances, la vie d’Alan se transforme en cauchemar.
Qu’est-il arrivé à la femme de sa vie ?
Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête.
Découvrir la vérité.

Il y a des lectures qui m’attrapent dès les premières pages et dont je peine à décrocher. Qui es-tu, Mary ?, le dernier roman de Christian Pernoud, en fait incontestablement partie.
Depuis Pour nous, l’auteur, longtemps connu sous le pseudonyme de Chris Loseus, a choisi de tomber le masque. Ici, il se dévoile davantage, et j’ai beaucoup aimé cette nouvelle facette de son écriture.

Mary semble entrer dans la vie d’Alan presque par hasard. Jeune femme séduisante, mystérieuse, venue d’un New York violent et chaotique, elle devient rapidement une évidence pour lui.
Mais, le temps d’un battement de paupières, Mary disparaît.
Noyade ? Meurtre ? Disparition ?
Une multitude de questions auxquelles Alan va chercher désespérément des réponses.

Alan lui, est un homme discret, solitaire, vivant près de Lake George. Sportif, travailleur et écrivain à ses heures perdues, il mène une existence plutôt tranquille. Je lui ai trouvé une certaine naïveté, presque rafraichissante.
Mary, en revanche, m’a immédiatement intrigué. Dès son apparition, quelque chose m’échappait chez elle. Et finalement, tout le roman repose sur cette question. Qui est réellement Mary ?
Le mystère plane du début à la fin et, plus j’avançais, plus les zones d’ombre s’épaississaient. J’ai tourné les pages sans interruption, impatient de comprendre et surtout d’élucider ce mystère.

Construit en quatre parties, le roman prend le temps d’installer son décor et son atmosphère. Une ambiance d’abord douce et intime, qui devient progressivement inquiétante, voire suffocante. Je me suis laissé entraîner aux côtés d’Alan, m’accrochant à chaque détail, jusqu’à ressentir moi aussi cette colère qui monte peu à peu.

Mary est un personnage fascinant, insaisissable, qui continue de laisser son empreinte même lorsqu’elle n’est plus là. Le récit nous entraîne alors dans les zones les plus sombres de l’âme humaine. J’ai aimé cette tension psychologique, cette façon de suggérer plutôt que de montrer.
Ici, pas de violence gratuite ni d’effets spectaculaires inutiles. Christian privilégie l’atmosphère, les silences, les émotions et les failles de ses personnages. Et c’est précisément ce qui m’a plu.

Un thriller psychologique subtil, captivant et profondément humain, qui m’a surpris et troublé.
Quant à la fin… je ne l’avais vraiment pas vue venir, et je l’ai beaucoup aimée.
Pour moi, une belle réussite que je vous conseille !

Un grand merci aux éditions Taurnada !!!
Quelle équipe de choc !

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Extraits :

« De la brume s’élève au-dessus du lac.
Un vol de canards sauvages fend le ciel.
Un bruit étouffé à chaque battement d’ailes : flap, flap.
Des buissons et des arbres flamboyants.
Le clapotis des flots sur la berge.
Mary danse devant moi.
Ses pieds nus frôlent les galets gris polis par les eaux.
Le soleil décline.
La silhouette à contre-jour laisse tomber ses escarpins tenus par la bride.
« Regarde comme c’est beau, me lance-t-elle en m’attrapant par la taille. N’oublie jamais que je t’aime, Alan Davidson. Ne l’oublie jamais quoi qu’il arrive ! »

« Je l’invite à s’asseoir. Elle retire ses lunettes et me tend la main.
« Moi c’est Mary, dit-elle en s’installant. Merci pour la chaise. » Ses yeux verts accrochent les miens. De fines ridules dessinent délicatement deux éventails à leurs extrémités quand elle sourit. « Vraiment, c’est cool, reprend-elle. Parce que je ne me voyais pas demander aux excités du bar… »

« Aujourd’hui je ne bosse pas. Mais les autres jours si… Je crains de ne pas être la bonne personne. Tu aurais plus de chance en rejoignant les excités au bar. »
Elle approche un doigt tendu dans ma direction.
« Ah non. C’est avec toi que je veux me balader. Elle appuie son index sur ma poitrine. J’imagine que tu ne bosses pas H24.
— Je débraye à 17 heures. Mais la nuit tombe tôt à cette époque.
— Ne te débine pas. Je profiterai de la plage en t’attendant. Banco pour 17 heures. »
Elle observe rêveusement les baigneurs en contre-bas. Son profil m’apparaît. Délicat, mélancolique.
« Si tu y tiens.
— Bien sûr que j’y tiens ! 17 heures devant ton musée. Sois à l’heure. Tu me parleras de ton roman. J’adore lire. Je veux tout savoir. »

« Notre histoire ressemblait à une partition romantique jouée par un mauvais orchestre. Une douce mélodie gâchée par des fausses notes.
Le drame arriva quelques jours après ma demande en mariage. La température remontait. Un ultime sursaut avant l’hiver. Mary lisait sur le canapé, je me préparais un sandwich avant de rejoindre le musée. »

« Tu vois le topo, Alan. Je te parle d’un monde qui n’est plus. Tu n’as pas connu cette époque. T’étais gosse. On travaillait sans qu’on nous mette des bâtons dans les roues. Ce camion roule à toute berzingue sans se soucier de ceux qui vivent là depuis toujours. Les repreneurs de la scierie se moquent de la sécurité et du bien-être des riverains. Ce qu’ils veulent c’est faire du fric. Les arbres les intéressent ; enfin, le pognon qu’ils représentent, le reste rien à foutre ! C’est comme ça que les choses fonctionnent aujourd’hui, Alan. On délocalise les productions dans des pays lointains pour de la main-d’œuvre low cost en se fichant des milliers d’emplois perdus. On vend sa petite boîte à des groupes financiers sans scrupules plutôt que de la transmettre à ses gosses… Monde de merde ! »

Christian Pernoud est l’auteur de plusieurs romans sous le pseudonyme de Chris Loseus.

Amoureux des grands espaces il vit dans les Alpes avec sa femme et ses enfants. Il se rend régulièrement aux états-unis pour être au plus proche de ses intrigues.

Il est l’auteur, notamment, de :

— Nouvelle ère (2014),
— 3600 Prospect avenue (2015),
— Chatsworth Creek (2016),
— Résurrection (2017),
— Phobia (collectif 2018),
— Bill dangereuse innocence (2019),
— Le voyage de Madison (2019),
— Les parapluies noirs (2020),
— La joggeuse (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/11/la-joggeuse/
— Pour Nous (2024) est le premier publié sous son vrai nom, explorant une facette moins sombre de son genre de prédilection.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/02/pour-nous/
— J’aimerai te dire (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/10/07/jaimerais-te-dire/

Émotion, Drame, Suspense, Thriller, Violence

3 fois plus loin

de Nathalie Hug et Jérôme Camut
Poche – 8 septembre 2010
Éditeur : Le Livre de Poche

Dans les années 1950, quatre scientifiques traversent la jungle vénézuélienne en quête d’une espèce de singes muets. Ce qu’ils vont découvrir va changer le cours de leur vie. Amazonie, de nos jours : Nina Scott dirige une équipe de cueilleurs d’essences rares pour l’industrie américaine, dans une région contrôlée par les braconniers et les trafiquants de drogue. En s’éloignant du groupe, Nina tombe sur les vestiges d’un site magnifique, où les singes sont silencieux et où les arbres dissimulent des charniers. Alors que la mort frappe ses compagnons, elle est miraculeusement épargnée. Des mines d’émeraudes colombiennes aux bidonvilles de Caracas, des palaces de la Côte d’Azur aux confins du désert marocain, Nina va alors s’embarquer dans une aventure qui pourrait mettre en péril sa vie et bien plus encore.

Après avoir lu Les éveillés il y a quelques jours, j’avais vraiment envie de retrouver Nathalie Hug et Jérôme Camut.
Avec 3 fois plus loin, je confirme une nouvelle fois tout le bien que je pense de leur univers. Les deux auteurs mêlent avec une remarquable maîtrise dans ce roman, thriller, histoire, science, fantastique parfois, et pourquoi pas… une petite touche visionnaire ?

Dans les années 1950, une expédition scientifique s’aventure dans la jungle vénézuélienne. Des découvertes étranges vont bouleverser les certitudes des chercheurs et attiser bien des convoitises. Des décennies plus tard, Nina Scott, une jeune américaine qui dirige la cueillette d’essences rares pour l’industrie pharmaceutique dans les forêts, travaille à son tour dans cette région devenue dangereuse, ravagée par le trafic de drogue et le braconnage. Elle va découvrir des vestiges qui semblent directement liés aux recherches menées autrefois. Un village de pierre là où l’on ne construisait qu’en bois, des ruines recouvrant des charniers et surtout une mystérieuse espèce de singes étrangement muette… Très vite, les deux époques se répondent et ce lieu devient le fil conducteur de cette histoire. D’un côté, les recherches scientifiques menées sur un tepui, de l’autre, Nina qui tente de comprendre ce qu’elle vient de découvrir.

J’ai aimé cette construction qui fait constamment alterner passé et présent. À chaque réponse apportée surgit une nouvelle question, et je me suis retrouvé happé dans cette succession de découvertes. Plus j’avançais, plus les enjeux prenaient de l’ampleur et plus les zones d’ombre s’épaississaient pour mon plus grand plaisir !

La plume des deux auteurs est précise, rythmée et terriblement efficace. Mais ce qui m’a particulièrement séduit, c’est leur manière de privilégier l’humain à la simple aventure spectaculaire. L’aventure est racontée à hauteur d’homme, avec des personnages à la fois forts, fragiles, mais surtout profondément humains.
C’est justement cette dimension psychologique qui donne au récit son rythme si particulier. Et avec Nathalie et Jérôme, le récit est jalonné de surprises, de rencontres et de révélations. Une fois encore, leur écriture à quatre mains est parfaitement maîtrisée. J’ai tourné les pages avec frénésie, complètement absorbé par ces deux histoires séparées par plusieurs décennies mais inexorablement liées. Et, une nouvelle fois, je me suis fait surprendre par les révélations successives, où je n’ai pu m’empêcher de me renseigner en parallèle sur divers au fur et à mesure de ma lecture. Un très grand merci à eux, de chercher à nous ouvrir nos esprits !
Le dénouement est à la hauteur de l’intrigue, terrifiant, émouvant et totalement inattendu.

« 3 fois plus loin » est pour moi une nouvelle réussite de Nathalie Hug et Jérôme Camut. Un thriller d’aventure solide et intelligent, qui prend aux tripes.

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Extraits :

« Et si on s’arrêtait, l’espace de quelques instants, sur les tenants du destin des hommes, qu’y verrions-nous ?
Cette question m’a hanté tant de fois, et pourtant, je me suis toujours heurté à la même réponse. En regard des autres êtres vivants, l’humanité possède une magnifique propension à créer et dans le même temps, son exact contraire. Car le plus grand de ses talents est celui de la destruction. Depuis que notre espèce s’est dressée au-dessus des herbes, elle rase plus vite qu’elle ne bâtit, coupe les têtes plus vite qu’elles ne poussent et rivalise dans l’horreur, sur tous les continents, à toutes les époques et depuis la nuit des temps. »

« La jeune femme encore tremblante tient son sac contre sa poitrine, et s’y accroche avec force en répétant qu’elle a sauvé les preuves de ce qui se trouve là-haut et que ce n’est pas un petit orage qui va arrêter une Scott. Aidan Lassiter, Yahto et Kwanita, qui ont préparé leur départ, les attendent protégés par une bâche, le regard sombre et les pieds enfoncés dans vingt centimètres de fange. »

« Des larmes, qu’elle tente vainement de repousser, montent aux yeux de la jeune femme. Toute sa vie, elle a connu ces brusques accès d’émotion. À l’école déjà, la moindre engueulade la privait de ses moyens intellectuels, pourtant très développés. Une situation d’injustice provoquait immanquablement les mêmes débordements lacrymaux. Dans les relations avec sa hiérarchie, ce n’était pas mieux. Il suffisait qu’elle soit confrontée à un supérieur pour perdre ses moyens.
Ceux qui s’en apercevaient savaient titiller ce point que Nina pensait faible – les hommes en tête. »

« Ces petits singes chapardeurs ont le défaut de leur qualité. Relativement à leur taille, ils possèdent un cerveau aussi développé que celui de l’homme. Ce qui les place très haut dans l’échelle de l’évolution !

…/…

Alors il faut les détruire tout de suite, tous sans exception ! S’ils nous ressemblent, va savoir quelle diablerie ils risquent d’inventer dans les millénaires à venir. »

Née en 1970 à Nancy, Nathalie Hug a publié depuis 2006 quinze thrillers avec son mari Jérôme Camut dont la tétralogie W3 (Prix des Lecteurs du Livre de Poche en 2014 pour le premier tome Le Sourire des pendus) et celle des Voies de l’Ombre. Elle est également l’autrice, en solo, de L’Enfant-rien, La Demoiselle des Tic-Tac, 1, rue des Petits-Pas et Comme un enchantement. Nathalie Hug a reçu le prix Coup de cœur de la Griffe Noire (St Maur Les Fossés) pour l’ensemble de son œuvre.

Jérôme Camut et Nathalie Hug, respectivement nés en 1968 et 1970, se rencontrent fin 2004 à travers Malhorne de J. Camut, la série culte qui a renouvelé le fantastique. La magie opère immédiatement. Depuis, ils se sont mariés et consacrent leur vie à l’écriture à quatre mains.

— Les éveillés (2008)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/08/07/les-eveilles/