Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Philosophique

Trois lignes dans le journal

de Lyra Kiev
Poche – 11 juillet 2024
Éditeur : Éditions Baudelaire

Mariée, mère et grand-mère, Élise se sent seule et incomprise. Le monde va trop vite, elle ne comprend pas pourquoi les autres sont happés par leur propre vie sans penser à elle. Elle a ce sentiment amer d’avoir tout donné, et de n’avoir rien reçu en retour. Mais ses attentes sont-elles légitimes ? Il lui faudra faire face à bien des déceptions pour comprendre que la félicité est dans l’acceptation de la vie, et que c’est à elle d’agir si elle veut changer les choses. Cet ouvrage est un roman contemporain qui pose la question du sens qu’on peut donner au temps qu’il nous reste à vivre.

Trois lignes dans le journal de Lyra Kiev est un roman qui m’a profondément remué. Une lecture étrange, parfois inconfortable, presque douloureuse, au point où j’ai envisagé plusieurs fois de l’abandonner… et pourtant, il a fini par me faire un bien immense.

Élise est une femme d’une soixantaine d’années autour de qui tout semble graviter, ses enfants, sa petite-fille, sa maison, ses vêtements, son apparence. Mais très vite, derrière cette façade bien ordonnée, j’ai découvert une femme dure, égocentrique, souvent blessante. Je l’ai trouvée insupportable. Elle réveillait en moi des souvenirs, des émotions, des situations que j’avais moi-même connues. Certaines pages m’ont mis en colère. J’ai fermé le livre plus d’une fois avant de le reprendre, presque à contrecœur, en espérant malgré tout qu’un basculement finirait par arriver.

Et il est arrivé.
Je crois même avoir béni cette fameuse page 100, celle où quelque chose se fissure enfin dans la vie d’Élise. À partir de cet instant, le récit prend une autre dimension. Ce qui semblait secondaire devient essentiel. Les silences prennent du poids, les regards changent, les êtres existent enfin. Élise découvre peu à peu qu’elle a une famille, des voisins, des amies… des gens qu’elle côtoyait sans jamais réellement les voir ni les entendre.

Lyra Kiev m’a plongé alors dans des fragments de vie d’une grande justesse, sur près de deux années durant lesquelles Élise va lentement se transformer. Et j’ai suivi cette évolution avec émotion, parfois même avec tendresse. À travers elle, l’autrice m’a poussé à réfléchir sur le temps qui passe, sur notre manière d’aimer, de parler aux autres, de les écouter, ou pas. Elle interroge avec délicatesse la place que chacun occupe dans sa famille, dans son couple, dans sa propre existence. Ce roman m’a amené à me recentrer sur moi-même, à questionner ce qui compte vraiment au quotidien. Derrière cette histoire de famille apparemment ordinaire se cachent des thèmes universels, la solitude, la vieillesse, la fin de vie, les blessures invisibles, mais aussi notre rapport au vivant.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la fluidité avec laquelle Lyra Kiev fait vivre tous ses personnages, tissant peu à peu un récit profondément humain.
Il m’aura fallu 99 pages pour comprendre où l’autrice voulait m’emmener. 99 pages pour réaliser qu’Élise n’était peut-être pas seulement un personnage, mais aussi un reflet de certaines parts de nous-mêmes. Ces parts fatiguées, enfermées, qui ne demandent qu’à se réconcilier avec la vie.

Ce roman a agi sur moi comme un électrochoc doux et nécessaire. Une lecture troublante, philosophique, profondément humaine, arrivée exactement au bon moment.
Merci, Lyra, pour cette histoire qui m’a autant bousculé que réparé.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Le chat de la voisine la rappela à la réalité en filant entre ses jambes; il manqua de la faire tomber: il ne voulait pas rester enfermé. Elle poussa un cri de surprise et resta hébétée deux secondes. Puis elle referma la porte d’entrée (après avoir vérifié deux fois que le gaz était coupé et la porte-fenêtre verrouillée), mit soigneusement le trousseau de clés dans la poche intérieure de son sac à main et leva le nez au ciel: non, il ne pleuvait pas. Elle hésita un instant puis se ravisa et pendit le parapluie fermé à son bras en pensant “Dieu fasse que je n’aie pas besoin de toi”.
— Élise, tu viens ou quoi! s’impatienta François. Ça fait un quart d’heure que je t’attends ! »

« — Téléphone ! hurla François sans bouger de devant la télévision.
— Je prends ! répondit Élise en se précipitant, et manquant de tomber, trébuchant sur une de ses pantoufles marron.
François haussa les épaules; il ne décrochait jamais, de toute façon. Il se contentait de crier “téléphone” à chaque fois qu’il sonnait, mais assez fort pour couvrir la sonnerie, au volume maximum. Élise avait si peur de rater un appel… »

« Les chats ont des attirances naturelles pour les gens déprimés, répondit Caroline d’une voix blanche. Je l’ai lu dans une revue chez le docteur. Celui-ci est venu spontanément vers moi, alors que je ne peux généralement jamais l’approcher… soupira-t-elle. »

« — Cet argent qui est à moi n’est pas qu’à moi. Je fais partie de l’humanité, il appartient à l’humanité aussi. L’argent amassé qui pourrit dans les banques n’aide que les riches à s’enrichir. Mes enfants sont à l’abri du besoin, je peux, donc je dois aider d’autres enfants, même s’ils ne sont pas les miens. Il faut sortir de cette notion de famille, de clan, de caste. Nous sommes tous frères. Cet enfant est aussi important que l’un des miens. »

« Pourquoi ?
Pourquoi les gens ne se réveillaient pas comme elle, pourquoi tout le monde n’allait pas chercher un enfant, rien qu’un ? Un chacun.
Pourquoi vivaient-ils comme des automates, pare-chocs contre pare-chocs le soir en sortant du travail, le samedi pour faire les courses, l’été pour partir en vacances, dans leur cercueil de fer ?
Pourquoi ne voyaient-ils pas plus loin que le bout de leur capot, que la clôture de leur jardin, que la limite de leur cercle familial ? »

Originaire du sud-ouest de la France, Lyra Kiev est passionnée de poésie, de mythes, de contes et de littérature classique. Elle écrit depuis ses douze ans, des poèmes, des nouvelles et des romans empreints d’héroïsme, de lyrisme et d’espoir. Elle s’est distinguée en remportant en 2021 le 2e prix d’un concours de nouvelles, avec sa réécriture du mythe d’Apollon et Daphné, et aspire à emmener ses lecteurs dans le monde merveilleux qu’on peut trouver à travers les choses simples du quotidien.

Drame, Fantastique, Frisson horreur, Thriller psychologique

Les croassements de la nuit

de Douglas Preston & Lincoln Child
Poche – 4 mai 2016
Éditeur : J’ai lu

Medicine Creek, localité paisible du Kansas. Quand le shérif Nazen découvre le cadavre dépecé d’une inconnue au milieu d’un champ de maïs, il se demande s’il ne rêve pas : le corps est entouré de flèches indiennes sur lesquelles ont été empalés des corbeaux. OEuvre d’un fou ? Rituel satanique ? Il faut le flair de Pendergast, l’agent du FBI, pour comprendre que cette sinistre mise en scène annonce une suite.L’épouvante saisit les habitants de la petite ville, mais pour Pendergast, il ne fait pas l’ombre d’un doute que le tueur est l’un d’eux…

Quel plaisir de retrouver une nouvelle fois l’univers de Douglas Preston et Lincoln Child, ainsi que leur fascinant inspecteur Pendergast… Avec Les croassements de la nuit, je me suis replongé avec bonheur dans une enquête sombre, inquiétante et totalement addictive.

Dès les premières pages, l’atmosphère m’a happé. Un crime sauvage est découvert au milieu d’un champ de maïs, dans une petite ville agricole perdue au cœur de l’Amérique profonde : Medicine Creek. Très vite, la tension devient palpable. Pendergast, officiellement en repos après les événements de La chambre des curiosités, se retrouve malgré lui entraîné dans cette affaire aussi brutale qu’inexplicable.
J’ai adoré le décor choisi par les auteurs. Cette campagne américaine, conservatrice et refermée sur elle-même, cache sous ses apparences tranquilles une foule de secrets et de rancœurs. Les fermiers luttent pour survivre face à l’industrie agroalimentaire, les marginaux sont rejetés, et chacun semble dissimuler quelque chose.

Comme toujours avec Preston et Child, les descriptions sont extrêmement précises. Les scènes de crime, notamment, sont détaillées avec un réalisme parfois glaçant. J’avais l’impression d’être aux côtés de Pendergast, au milieu des champs, de la poussière et des silences lourds de menace.
Mais ce qui m’a particulièrement marqué dans ce roman, c’est la présence de Corrie Swanson. Cette adolescente autochtone, rebelle, abandonnée par son père et vivant avec une mère alcoolique dans un mobile-home, apporte une vraie fraîcheur au récit. Derrière son insolence et son humour, elle cache une profonde solitude qui m’a beaucoup touché. La relation qui se construit entre elle et Pendergast fonctionne merveilleusement bien. Elle devient peu à peu son assistante improvisée, le conduisant dans ses investigations à travers la région. Ensemble, ils vont fouiller le passé trouble des habitants de Medicine Creek afin de comprendre qui se cache derrière ces meurtres atroces.

L’enquête est haletante, tendue du début à la fin. Le suspense monte progressivement jusqu’aux derniers chapitres, particulièrement oppressants. Entre superstitions indiennes, secrets enfouis et horreurs indicibles, les auteurs construisent un thriller redoutablement efficace.

Impossible pour moi de refermer ce livre avant d’en connaître le dénouement.
Les amateurs de Pendergast retrouveront ici tout ce qui fait le charme de la série : une ambiance sombre, une intrigue intelligente, des personnages marquants et ce mélange si particulier entre enquête classique et étrangeté presque surnaturelle.

Une aventure captivante, inquiétante et terriblement divertissante.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Le légiste releva le drap très lentement, laissant apparaitre le cadavre gonflé de Stott dont les chairs se détachaient des os.
Hazen avait détourné machinalement les yeux; honteux, il se força à regarder le corps. Il avait vu pas mal de choses répugnantes dans sa vie, mais jamais rien d’aussi éprouvant. la peau s’était déchirée au niveau du torse, comme si elle avait rétréci, laissant échapper des lambeaux de chair. »

« Dans toutes les enquêtes qu’il lui avait été donné de mener par le passé, l’inspecteur s’était toujours efforcé de comprendre son adversaire afin de mieux anticiper ses réactions, mais cela lui était impossible dans le cas présent. La logique du meurtrier ne correspondait à aucun schéma connu, et il ne s’était jamais senti aussi éloigné de la psychologie d’un assassin. Pour la première fois de son existence, l’inspecteur Pentergast se sentait démuni. »

« Corrie, était au bord des larmes. pour une fois que sa vie l’intéressait, pour une fois qu’elle rencontrait une personne digne de respect et d’admiration, pour une fois qu’elle prenait tout simplement plaisir à ce lever le lever le matin, voilà qu’on la renvoyait à la médiocrité de son quotidien. Malgré tous ses efforts, elle ne put empêcher une larme de rage et d’impuissance de rouler sur sa joue. Elle s’empressa de l’essuyer du revers de la main. »

« Smit Ludwig, installé au comptoir chez Maisie, remuait machinalement sa cuillère dans sa tasse de café. Il avait à peine touché sa tourte de viande. Il était plus de six heures et il n’avait pas encore rédigé une ligne. Cette histoire le dépassait, ou bien alors c’est qu’il ne faisait pas le poids. À force de faire le compte rendu des foires agricoles et autres chiens écrasés, il avait peut-être perdu la main. Si tant est qu’il l’ait jamais eue. »

« Elle lui tendit le livre et Pendergast eut le temps d’entrevoir l’illustration. Le livre était tout taché et déchiré, mais l’inspecteur reconnut aussitôt un tableau qu’il ne connaissait que trop bien. Il recula d’un pas, saisi par cette révélation. »

Le duo américain formé par Douglas Preston et Lincoln Child a bâti, en près de trente ans de carrière, un univers aussi cohérent que foisonnant, dominé par l’agent spécial Pendergast et agrémenté de personnages hauts en couleur tels que Gideon Crew, Nora Kelly ou encore Constance Greene, entre autres. Leurs romans sont devenus des classiques du thriller contemporain et se prêtent particulièrement bien au format audio.
Un duo d’auteurs devenu une véritable marque

Douglas Preston est né en 1956 à Cambridge, dans le Massachusetts. Avant de se consacrer pleinement à l’écriture, il travaille de nombreuses années au musée américain d’Histoire naturelle de New York. Ce décor, qu’il connaît intimement, deviendra le théâtre de certains des plus grands frissons de leur œuvre, à commencer par « Relic ».

Lincoln Child, né en 1957 dans le Connecticut, est d’abord éditeur chez St. Martin’s Press, où il lance notamment une collection dédiée à l’horreur. Il devient ensuite analyste, puis se consacre lui aussi à l’écriture. La rencontre entre les deux hommes débouche, au milieu des années 1990, sur un projet commun : un thriller se déroulant dans les coulisses d’un grand musée new-yorkais.

Ce sera « Relic », publié en 1995, et rapidement traduit en français. Avec ce premier roman, Preston & Child posent les bases de ce qui deviendra leur signature : un mélange de roman policier, de thriller scientifique et d’horreur, porté par un sens aigu du rythme et du suspense. C’est aussi la première apparition d’Aloysius Pendergast, agent du FBI au look de gentleman du Sud, qui deviendra le fil rouge d’un vaste cycle romanesque.

Depuis, le duo a publié plusieurs dizaines de titres, dont une majorité de thrillers centrés sur des crimes mystérieux, des expériences scientifiques qui dérapent et des secrets enfouis qui ressurgissent au pire moment.

Drame, Journalisme d'investigation, Psychologie, Violence

LIGNE ROUGE

de François Chevallier
Broché – 21 février 2026
Éditeur : autoédition

Antoine Blondel, 50 ans, ancien flic devenu détective privé est engagé par un haut fonctionnaire en retraite pour rouvrir le dossier de sa fille Louise. Etudiante à Sciences Po, engagée à l’extrême gauche, elle a disparu cinq ans plus tôt. Antoine est bientôt rejoint par Vincent Le Goff, 26 ans, journaliste de terrain pour le magazine d’investigation controversé Ligne Rouge.

La piste d’un réseau de trafic de mineurs se dessine derrière le paravent d’une idéologie progressiste, avec la complicité des institutions. D’auditions en filatures, de la banlieue à la province, l’enquête mobilise toute l’équipe du journal, ainsi qu’un hacker lanceur d’alerte et un avocat à contre-courant. Elle poussera jusqu’à Bruxelles et Budapest, se transformant bientôt en séisme politique.

Quant à Antoine et Vincent, ils forment bientôt un duo aussi inattendu qu’incandescent.
Entre ces deux hommes que tout oppose – l’âge, l’expérience, le caractère — se tisse un lien puissant que ni l’un ni l’autre n’avait prévu.

Un récit immersif et transgressif, à mi-chemin entre Millénium et Houellebecq, ciselé dans une écriture nerveuse, sensorielle et cinématographique. Le roman noir politiquement incorrect que la fiction française contemporaine n’avait pas encore osé écrire.

Dès les premières lignes de LIGNE ROUGE de François Chevallier, je me suis retrouvé happé par une atmosphère sombre, pesante, presque suffocante. Une tension qui ne m’a plus quitté jusqu’à la dernière page. Je découvre ici un nouvel auteur, et très vite, j’ai été marqué par son style. Direct, percutant, extrêmement visuel. Son écriture, efficace, sans détour, qui ne cherche jamais à adoucir ce qu’elle a à dire, à été pour moi un grand plus, à travers les pages.

Je me suis alors plongé dans une intrigue dense, portée par des personnages solides. Antoine, d’abord, flic à l’ancienne, homme cabossé, père maladroit qui s’est peu à peu éloigné de ses enfants. Puis Vincent, journaliste engagé, qui enquête pour un média incisif, Ligne Rouge, entouré d’une équipe prête à faire éclater des vérités dérangeantes. Leur rencontre va les entraîner dans une affaire aussi sombre que troublante. Une disparition ancienne, des enfants vulnérables instrumentalisés, et surtout un système opaque où tout semble organisé pour que rien ne remonte à la surface. Ensemble, ils creusent, avancent, malgré les menaces, malgré les pressions, y compris venues de sphères censées protéger.
Et ils ne sont pas les deux seuls à porter l’intrigue !
Je peux vous assurer que tous les personnages présents dans ce livre ont un “vrai” rôle à jouer dans cette enquête tendue, immersive, où chaque piste ouvre sur un gouffre plus profond encore. Mais au-delà du polar, le roman porte aussi des messages forts, parfois clivants. Certains passages m’ont mis mal à l’aise, d’autres m’ont interrogé, parfois même dérangé. Pourtant, je pense qu’il est important de lire aussi ce qui bouscule, ne serait-ce que pour mieux comprendre… mieux contester…

Le roman de François m’a emmené bien au-delà d’une simple enquête. Des beaux quartiers parisiens aux capitales européennes, en passant par des zones plus troubles, il dessine une toile inquiétante, faite de silences, de complicités et d’aveuglements.
Ce qui m’a marqué, c’est aussi la relation entre les deux hommes. Qui peu à peu apprennent à se comprendre, à se compléter. Comme un vieux lion qui veille sur un jeune loup. Une alliance inattendue, mais essentielle. Car au fond, je reste convaincu que, quelles qu’elles soient, nos différences sont une richesse, elles devraient être un point d’équilibre, et non une fracture.

L’intrigue est riche, parfois foisonnante, la narration nerveuse, non linéaire, et l’ensemble dégage une énergie brute. François Chevallier propose un roman noir qui sort clairement des sentiers battus, un texte qui m’a dérangé autant qu’il m’a captivé.
Tout ne m’a pas forcément convaincu, mais l’intensité, l’audace et la force du propos l’emportent largement.
Pour moi, un polar engagé, troublant et indéniablement marquant.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Jean-Louis Berger portait un costume trois pièces anthracite, une cravate prune, des souliers noirs aux reflets discrets. Ses cheveux gris, soigneusement disciplinés, encadraient un visage où la fatigue s’était muée en autorité. Le regard d’un homme qui a appris à ne rien laisser paraître. Il avait dû être beau. Il l’était encore, à la manière de ceux que la douleur polit au lieu de les briser.
Il ne proposa pas de café. Juste un geste bref vers le fauteuil. Antoine Blondel s’assit sans un mot. »

« Antoine Blondel sortait de la salle. Une heure de boxe anglaise, sans musique, sans miroir, sans commentaire. Rien que le sac, la sueur, la corde, le souffle. Une manière de rester vivant, de différer la décrépitude. Il avait bientôt cinquante ans sur les papiers, dix de moins sur le ring, dix de trop au réveil. Mais tant que son poing claquait juste, il gardait la main sur le fil.
Il s’était douché sans traîner, les muscles encore vibrants. Pull gris clair sur chemise blanche, col déboutonné, cou dégagé. Pas de veste. Pas de parfum. Juste l’odeur du savon de Marseille, du cuir de son sac et d’un corps tenu. »

« Et voilà qu’à trente-deux ans, il était devenu rédacteur en chef du magazine Ligne Rouge. Un mensuel d’opinion, étiqueté complotiste ou extrême droite par réflexe.
Pas de compromission, pas de chantage. Les sujets que d’autres évitaient, ils les traitaient – frontalement, avec dossiers, visages, chiffres. Ça parlait d’insécurité, d’islamisme, de corruption, de justice à deux vitesses, de dérives progressistes, le tout sans prendre de gants.
Pas de comité de rédaction pléthorique: juste un cercle restreint, une escouade de rédacteurs à poil dur, tous jeunes, parfois repentis d’une gauche d’avant. Format vidéo soigné, esthétique sobre, presque ascétique. Pas de slogans, pas d’envolées lyriques. Le calme, le regard, l’enquête. »

« — Je bois du vin rouge, je mange de la viande et je fume des clopes. Je fais le con à table, je dis Mademoiselle et je regarde les jambes des femmes dans la rue. J’en ai même baisé quelques-unes, et en plus, elles en sont pas mortes. Moi, j’appelle ça vivre. Mais tout ça, aujourd’hui, c’est archive ou délit.
Il se leva d’un coup et arpenta la pièce.
— Je suis un ancien modèle, tu comprends ? Périmé, bientôt interdit à la vente. Pour eux, je suis classé « toxique ». Eux, ils rêvent d’un monde pastel, sans odeur, sans bruit. Un monde sans viande, sans vin, sans clope, sans fessée. Où les hommes demandent pardon d’avoir des épaules. »

« C’est particulièrement courageux de témoigner ainsi, à visage découvert, devant des millions de téléspectateurs. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Perrine releva légèrement le menton.
— Si je me taisais, ou si je me cachais, cela voudrait dire que j’ai honte. Ou que j’ai peur. Or je n’ai rien à me reprocher. Et ils ne pourront jamais me faire pire que ce qu’ils m’ont déjà fait.
Elle se tourna vers la caméra.
— Je ne veux plus me taire. Je veux que les autres sachent qu’on peut parler. »

Psychologue de profession, François Chevallier a beaucoup travaillé sur les questions d’embrigadement et d’emprise sectaire, d’identité masculine ainsi que de fragilisation des repères dans l’Occident contemporain. Ayant longtemps exercé au coeur du XI° arrondissement de Paris, les tragédies collectives de Charlie Hebdo et du Bataclan, qu’il a vécu de près, ont marqué sa vision des fractures et des tabous de notre société.

« Auteur indépendant, je m’inscris dans une tradition du roman noir français où l’atmosphère compte autant que l’intrigue. Mes influences actuelles vont de Simenon à Houellebecq, en passant par certains thrillers nordiques, avec un intérêt particulier pour les zones grises — morales, politiques, humaines.
Ligne Rouge est mon premier roman. »

Amour, Émotion, Cercle littéraire, Drame, Histoire vraie, Historique

Yawenda’

Des glaçons comme du verre
de Isabelle Picard
Broché – 23 janvier 2026
Éditions : Éditions Dépaysage

Village-Huron, Québec, octobre 1957. Belle s’éteint et laisse Henri seul avec leurs dix enfants. Commence alors la lente œuvre du démembrement du clan : un à un, les enfants sont emmenés, placés, renommés. L’État décide, l’Église entérine, la maison se vide. Mais Liliane, l’aînée, ne se résigne pas : sa vie durant, elle se bat pour briser les silences coupables du ministère des Affaires indiennes et rassembler les siens.

Yawenda’ porte la force des retrouvailles et l’urgence de la transmission. C’est le récit vibrant d’une reconquête : celle de sa propre histoire, de sa voix, de son identité. Car des fils invisibles relient les générations brisées et révèlent comment l’intime et le politique s’entremêlent, comment une quête personnelle peut réveiller les luttes d’un peuple : les Wendat de Wendake.

Hier soir, le Cercle littéraire du Château de l’Hermitage a eu l’honneur d’accueillir Isabelle Picard, lauréate du Prix France Québec 2025, venue présenter son roman bouleversant “Yawenda’, Des glaçons comme du verre”.
Inspiré de l’histoire de sa propre famille, ce texte puissant revient sur la rafle des années soixante, période très sombre durant laquelle des milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leurs parents avec la complicité de l’État et de l’Église.
L’émotion était palpable tout au long de la soirée, portée par la parole sincère et touchante d’Isabelle.
Un grand merci à elle, ainsi qu’à Corinne Tartare, pour ce moment d’une intensité rare.

Je suis entré dans ce roman comme on entre dans une mémoire. Une mémoire vivante, fragile et précieuse. Dès les premières pages, je découvre Belle, Henri et leurs dix enfants, au cœur d’une réserve huronne dans le Québec des années 50. Malgré la rudesse du quotidien, je ressens leur bonheur simple, leur attachement à la nature, aux chants anciens, à cette vie modeste mais profondément ancrée.

Puis tout bascule.

Belle tombe malade. Un cancer. Elle, le pilier, la lumière, une femme blanche qui assume sa vie et a épousé l’homme qu’elle aimait, un indien… Elle choisi l’amour au-delà des frontières. Sa disparition laisse un vide immense que je ressens presque physiquement. Henri s’effondre, et l’alcool devient son refuge. Alors Liliane, leur fille ainée, quatorze ans à peine, se dresse. Elle n’a pas le choix. Elle devient mère avant l’heure, protectrice, courageuse, déterminée à maintenir ce qui peut encore l’être.

Mais ce n’est pas suffisant.

Très vite, le regard extérieur s’impose. Le ministère des Affaires indiennes, le système s’infiltre, juge, décide. Et je comprends avec effroi ce qui attend cette famille. Les enfants sont arrachés, dispersés, placés de force. Un à un. Comme si leur identité, leur culture, leur lien n’avaient aucune valeur. Je lis, et la colère monte. Sourde, puis brûlante. Ce qui me bouleverse encore davantage, c’est de savoir que cette histoire est celle de l’autrice. Que derrière les mots, il y a une vérité vécue. Une blessure réelle. Le style d’Isabelle Picard est d’une sobriété désarmante. Elle ne cherche pas à embellir. Elle expose. Elle dit. Et ça frappe fort.

Je me suis senti happé, presque pris au piège. Impossible de m’arrêter. Même quand la lecture devient douloureuse, même quand les larmes brouillent les lignes. J’ai continué, parce que je devais savoir. Parce que ce texte exige d’être lu jusqu’au bout. Et heureusement, au cœur de cette violence, il y a de la beauté. Une humanité persistante. Une dignité qui résiste. Ce roman dépasse la fiction. C’est une parole nécessaire. Un témoignage sur ces politiques d’assimilation qui ont brisé tant de familles autochtones, avec la complicité de l’État et de l’Église. C’est un livre intime et politique, un livre ouvert à tous, qui dérange, qui éclaire, qui m’a marqué.

Je referme ces pages avec émotion. Et avec la conviction d’avoir lu un texte essentiel.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« C’est l’histoire d’une femme qui portait son monde sur son dos. Pas le monde, son monde. Sa lourdeur se voyait déjà à sa posture, malgré son relatif jeune âge. La bosse qui se trouvait à la jonction du dos et du cou en témoignait. Une bosse de canot, auraient dit les ancêtres. Mais elle n’avait transporté que trois canots durant sa vie. Ce n’étaient certainement pas ces portages qui l’avaient façonnée ainsi. Elle avait compris, il y avait longtemps déjà, que le fardeau de sa peau, de son sang, même mêlé, lui pesait.
Elle se demandait où elle serait dans vingt ans. Si la vie voulait encore d’elle. »

« Mock, de dix ans sa cadette, ne comprenait que peu de choses à la politique, «l’autre politique», comme elle l’appelait. Elle suivait bien sûr tout ce qui se passait dans le monde, au pays comme dans sa province, mais elle ne saisissait pas tout à fait la finesse, la nécessité des joutes poli-tiques, des stratégies, des intrigues et des batailles que les politiciens se livraient entre eux. Elle y voyait une perte de temps. »

« Solange naquit au tout début de février, un soir où de gros flocons tombaient tranquillement, comme Belle se l’était imaginé. L’accouchement se passa bien. Après tout, la mère de famille avait l’habitude. Le bébé avait le teint foncé, une peau de cuir, comme disait Belle, et plusieurs cheveux noirs et raides sur le crâne, déjà presque longs. Belle avait eu six enfants à la peau de cuir, trois à la peau blanche, et une entre les deux. Solange était la plus belle à ses yeux, mais elle ne le dit pas. De toute façon, le dernier-né est toujours le plus beau pour une mère, c’est bien connu. »

« Elle était presque sereine à l’idée de mourir. Elle avait Dieu à ses côtés. Toutes les prières qu’elle avait répétées avaient servi à ça, la sérénité, elle le savait maintenant. Elle chérissait chacun des moments passés avec ses enfants:
Liliane qui devenait une femme, Étienne qui ne voulait pas montrer sa peine ni sa peur, les jumeaux Thérèse et Thomas qui se chamaillaient constamment, sans doute parce qu’ils étaient trop semblables, pensait-elle, Pascal qui aimait pratiquer tous les sports, avec tous les ballons et toutes les balles, été comme hiver, René et Jules, des petits hommes sensibles qui voulaient déjà être grands, Louise, la timide qui essayait tant bien que mal de se faire une place parmi les autres enfants, Claire, l’artiste du groupe, qui savait déjà tout, et Solange… »

Isabelle Picard est ethnologue, chroniqueuse, conférencière, consultante, chercheuse et autrice huronne-wendat.

Elle a étudié à l’Université Laval, où elle a obtenu un baccalauréat en ethnologie, une diplôme en études autochtones ainsi qu’un diplôme de deuxième cycle en muséologie.

Dans sa communauté, Isabelle Picard a rédigé la première politique culturelle de Wendake, puis a œuvré quelques années comme coordonnatrice du centre culturel.

Elle a été chargée de cours à l’Université Saint-Paul et à l’Université du Québec à Montréal. Isabelle Picard a aussi été chroniqueuse au journal “La Presse »” et pour Espaces autochtones.

En mai 2020, elle est devenue la première spécialiste aux affaires autochtones de la Société Radio-Canada. À travers son parcours professionnel, elle a toujours travaillé à mieux faire connaitre les réalités des Premières Nations.

En avril 2021, elle a publié un premier roman jeunesse intitulé “Nish : Le Nord et le Sud” aux Éditions les Malins.

Celle qui s’est donné comme mission de mieux faire connaître les réalités et les enjeux des Premiers Peuples du Québec nous offre un récit fort, universel et bien loin des stéréotypes.

Twitter : https://mobile.twitter.com/isabellepicard7

Drame, Noir, Polar, Psychologie, Violence

Terreur sur Marseille

de Serge Bertrand
Broché – 26 mars 2026
Éditions : Les Presses du Midi

Nul ne pouvait imaginer… L’incivilité, le trafic de drogues, l’insécurité se répandent comme une tache d’huile dans les quartiers de Marseille. En effet un caïd de cité mégalomane flanqué de sa bande de dégénérés fait régner la terreur. Les actes de violence et autres règlements de comptes se multiplient. Même la police n’est pas épargnée. C’est dans ce contexte apocalyptique que le commissaire Patrick Blanchard et son adjointe Mélusine Merle sont mandatés par le préfet pour rétablir l’ordre. Les deux enquêteurs débutent ainsi une mission dont ils ne sortiront pas indemnes…
Avec cet ouvrage, Serge Bertrand clôture sa trilogie sur Marseille, en emmenant le lecteur au fin fond des ruelles les plus sombres de la cité phocéenne.

Il m’a suffi de quelques pages pour comprendre que je ne quitterais pas mon fauteuil avant d’avoir atteint le mot “FIN”. Terreur sur Marseille, de Serge Bertrand, m’a happé sans la moindre échappatoire. J’ai littéralement dévoré ce roman, emporté par une intensité rare.

Après Les Deux Visages du Chaos et Ils doivent tous mourir, ce dernier volet ne prend aucun détour. L’auteur frappe fort, droit au but, et c’est précisément ce que j’ai aimé. Le rythme est effréné, les chapitres courts et nerveux. À plusieurs reprises, j’ai eu la sensation d’être en apnée, pris dans un tourbillon dont il m’était impossible de sortir.

Et puis soudain… ce moment. Celui où je me suis arrêté, incrédule : “Non, il n’a pas osé ?” Et pourtant si. Serge franchit des lignes, bouscule, surprend. Je me suis même surpris à relire certaines phrases, tant j’étais pressé de comprendre, d’anticiper, de savoir si j’avais bien saisi ce qui venait de se produire.

Dans ce roman, rien n’est épargné. J’ai plongé dans un Marseille en ébullition, à la limite du chaos. Violence omniprésente, règlements de comptes, trafics qui gangrènent les quartiers… La ville semble glisser inexorablement vers un point de non-retour. Face à cela, les forces de l’ordre sont dépassées, poussées dans leurs retranchements. Mandatées pour une mission de la dernière chance, elles s’engagent dans un affrontement brutal, presque apocalyptique, et pourtant terriblement crédible.

Ce qui m’a frappé, c’est ce réalisme cru, presque dérangeant. Serge Bertrand possède ce talent rare de rendre chaque scène palpable, comme si j’y étais. Et au cœur de ce chaos, j’ai retrouvé avec plaisir le commissaire Patrick Blanchard et Mélusine Merle. Leur humanité, leurs failles, leurs doutes apportent une lumière précieuse dans cette noirceur.

Et puis il y a cette présence mystérieuse, ce “fantôme” qui agit dans l’ombre, presque en silence, et qui peu à peu influe sur le cours des événements. Une figure intrigante, subtile, presque philosophique, qui donne une profondeur inattendue au récit.

J’ai également été touché par ces phrases en fin de chapitre, comme des respirations. Paroles de chansons, extraits poétiques… Elles résonnent avec l’histoire et m’ont souvent amené à prolonger ma réflexion, à regarder au-delà de l’action.

Ce roman est noir, rapide, percutant. Un polar social, nerveux, maîtrisé de bout en bout avec une fin époustouflante. Serge Bertrand confirme ici tout son talent et s’impose, à mes yeux, comme une voix incontournable du thriller français. Une lecture que je recommande sans hésiter.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Plus de montre, les portables déconnectés, ils n’ont plus aucun contact avec la France, ils passent leurs soirées à rigoler et à boire des bières locales. Ils mangent du kangourou et du crocodile avec leurs hôtes, qui sont d’authentiques Australiens. La journée, ils partent en Land Rover avec Sam, leur guide, à la découverte de paysages merveilleux et de grandes étendues éloignées des villes. Le soir, autour du feu, ils écoutent les histoires ancestrales du « Temps du rêve », les origines de leur monde, que raconte avec sagesse le chaman, traduit par Sam.
Après avoir subi des épreuves très difficiles lors de leur précédente enquête à Marseille, ils avaient besoin de se ressourcer et de se reconstruire. Ce break était indispensable pour leurs santés mentales. »

« J’ai tout sacrifié pour mon métier. Chaque jour, j’ai peur quand je pars en mission. J’ignore si je vais rentrer chez moi vivant. Les jeunes racailles des cités n’ont plus de limites. Ils sont mieux armés que nous et déterminés à tuer. Je ne sais pas si des délinquants ne vont pas me suivre pour me faire la peau. Le monde a changé, les gens sont devenus complètement fous. Il n’y a plus de valeurs, je n’ai plus ma place nulle part. Je n’ai plus aucun espoir, il est temps que j’abrège mes souffrances. Ce soir, je n’ai pas eu le courage de me tirer une balle dans la tête avec mon arme de service. »

« Les chasseurs de primes traquaient les canailles mort ou vif et faisaient le ménage. À présent, on se prétend civilisé, mais nous retournons à la sauvagerie la plus cruelle, sans état d’âme. Le plus insupportable, c’est le manque de justice. Nous constatons de plus en plus que les malfaiteurs défient les forces de l’ordre sans se soucier des conséquences. Ils sont convaincus qu’ils ne risquent rien. »

« Chaque jour, quand je vois la réalité de l’actualité, je suis révolté. Je méprise les gesticulations de nos dirigeants. Au fond de moi, je reste un rebelle insoumis et j’ai envie de crier: “Bande de guignols, cravatés comme des pendus, retirez un peu les mains de vos poches et le cul de vos fauteuils ! Allez voir sur le terrain, rendez-vous enfin compte que la situation s’est dégradée d’une façon inquiétante. Les mots ne suffisent plus, vous devez apporter des solutions et prendre des mesures urgentes contre la délinquance, l’insécurité et le trafic de drogue.” »

Après avoir réalisé son autobiographie en deux volumes qui témoignent de son parcours de rocker-voyageur, Destination Rock et Dans le feu du tempo, Serge Bertrand propose avec sa trilogie sur Marseille des enquêtes percutantes sans complaisance sur sa ville qui ne laissent aucun répit au lecteur : Ils doivent tous mourir, Les Deux Visages du chaos et Terreur sur Marseille.

Destination Rock (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/07/destination-rock/

Dans le feu du Tempo (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/08/dans-le-feu-du-tempo/

Ils doivent tous mourir (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/08/ils-doivent-tous-mourir/

Les deux visages du chaos (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/19/les-deux-visages-du-chaos/

Amour, Émotion, Drame, Psychologie

À trop aimer

de Alissa Wenz
Broché – 19 août 2020
Éditeur : Denoël

Il n’y avait aucun doute : Tristan était violemment épris. Elle le rencontre, et c’est un émerveillement. Tristan est un artiste génial qui transforme le rêve en réalité. À ses côtés, la vie devient une grande aire de jeux où l’on récite des poèmes en narguant les passants. Il ne ressemble à personne, mais cette différence a un prix. Le monde est trop étriqué pour lui qui ne supporte aucune règle. Ses jours et ses nuits sont ponctués d’angoisses et de terreur. Seul l’amour semble pouvoir le sauver. Alors elle l’aime éperdument, un amour qui se donne corps et âme, capable de tout absorber, les humeurs de plus en plus sombres, de plus en plus violentes. Jusqu’à quel point ? Au point de s’isoler pour ne plus entendre les insultes, au point de mentir à ses proches, au point de s’habituer à la peur ? Est-ce cela, aimer quelqu’un ? Un premier roman d’une rare justesse sur l’emprise amoureuse.

Je n’ai pas lu ce livre.
Je l’ai encaissé.

Quelques jours plus tôt, j’avais rencontré Alissa Wenz, une femme habitée, vibrante, au Château de l’Hermitage. Elle m’avait déjà bouleversé avec son dernier roman “Le Désir dans la cage”. Alors forcément, j’avais envie d’y retourner. Mais je ne m’attendais pas à ça.

Dès les premières pages, de À trop aimer, j’ai pris une claque.
À chaque ligne, une question m’a poursuivi. Est-ce du vécu ? Ou simplement une fiction terriblement réaliste ?
Plus j’avançais, plus je me sentais happé, pris dans un tourbillon qui ne cessait d’accélérer. Une spirale où l’amour se mêle à la violence, où la passion devient un piège.
Je me suis lancé dans cette lecture sans savoir, je n’avais pas lu le sujet. Et je me suis retrouvé au cœur d’une emprise. Pas en simple lecteur. Non. Tantôt témoin impuissant, tantôt proche invisible, avec cette envie irrépressible de tendre la main, de dire “pars”, de la protéger.

Ce qui m’a troublé immédiatement, c’est aussi ce choix narratif.
Lui a un nom. Tristan. Elle, non.
Elle est “je”, elle est “tu”. Et moi, je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir l’autrice. De ressentir quelque chose de profondément intime, presque dérangeant.

Elle est libre, créative, vivante. Enseignante, artiste, entière.
Et puis il y a Tristan. Il est libraire, mais rêve de devenir très vite un grand photographe.
Leur rencontre. L’évidence. L’amour fulgurant. Celui qui emporte tout. Très vite, ils deviennent inséparables. Ils construisent, ils rêvent.

Mais peu à peu, quelque chose se fissure.
Au début, ce sont des détails. Des réactions excessives. Des tensions. Puis viennent les colères, les mots qui blessent, les silences lourds. Et malgré tout, elle reste. Parce qu’elle aime. Parce qu’elle pense pouvoir réparer.

Et moi, lecteur, petit à petit je suffoque.
La mécanique est implacable. L’emprise s’installe. Les cris deviennent menaces. L’amour devient peur. Et cette question ne me quitte plus, jusqu’où peut-on aller par amour ?

L’écriture est directe. Sans détour. Sans artifice. Alissa ne cache rien. Elle expose. Elle met à nu. Et c’est précisément ce qui rend ce texte si puissant. Ce roman, je ne l’ai pas simplement lu. Je l’ai vécu.

Il m’a dérangé. Touché. Bousculé. Et il m’a rappelé que certains livres ne racontent pas une histoire…
Ils vous obligent à la traverser.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« J’étais à Cherbourg, à la recherche d’un parapluie, de Catherine Deneuve, d’un « Je ne pourrai jamais vivre sans toi », j’étais partie m’offrir vingt-quatre heures loin de Paris, un cadeau d’anniversaire à moi-même, une virée en solitaire, dans le plus grand secret. »

« Il vint. Il aima mes chansons. Il m’aima.
Il aima mes textes tissés de ratages sentimentaux, de tendresse voluptueuse, de volcans inassouvis.
Il aima mon engagement sur scène.
Le soir même, il m’envoya un message dans lequel il me disait à quel point le concert l’avait bouleversé, atteint. Une claque, pour ainsi dire. « Tu es violente, tu sais.»
Ces mots provoquèrent en moi des frissons sans égal, charnels, animaux.
Il n’y avait aucun doute : Tristan était violemment épris. »

« Il était la révolte, et l’enfance. Il était tout à la fois Patrick Dewaere et Nanni Moretti – mélange improbable, et pourtant réel. Du premier, il avait les vives écorchures, l’âme en feu. Du second, cet humour à la fois sophistiqué et puéril, cette immaturité jubilatoire que savent cultiver les grands intellectuels.
Tristan était fâché contre le monde, il entretenait avec délice une marginalité du cœur et donnait le sentiment d’être toujours un peu à côté de tout et de tous. Il me confia que son enfance n’avait pas été facile et qu’il avait tout fait pour fuir sa famille sans ambition et sans culture, fuir la morne banlieue qui l’avait vu grandir, fuir, se libérer, vivre à Paris, gagner sa vie même modestement, ne rien devoir à personne, accéder à de belles études par la seule force de son cerveau et de sa curiosité, construire ses idéaux, ses occupations et son art de ses propres mains. »

« L’averse dissipée, nous sommes rentrés à l’hôtel, et brusquement Tristan a explosé. Il a hurlé qu’il ne supportait pas les vacances, que je n’aurais pas dû l’emmener ici, il disait des choses comme «les vacances c’est pour les gens qui travaillent, pas pour les gens qui sont au chômage comme moi, tu crois vraiment que j’ai que ça à foutre de partir en vacances ». J’ai essayé de le calmer, ça ne marchait pas, alors je suis partie dans la salle de bains, j’ai fait couler un bain, je me suis allongée dans l’eau et j’ai enfoncé ma tête jusqu’à noyer mes oreilles pour ne plus entendre ses cris. »

Après une formation de piano et de chant en conservatoire, des études de lettres à l’École normale supérieure, ainsi qu’une formation théâtrale, Alissa Wenz choisit de partager sa vie entre la chanson et l’écriture.

Autrice compositrice interprète, elle se produit dans de nombreuses salles à Paris et en région, soutenue par Contrepied Productions.

Elle a étudié à la Fémis, et poursuit des activités de scénariste et enseignante de cinéma.

Elle est également écrivaine.
Ses deux romans, À trop aimer (2020) et L’Homme sans fil (2022), sont publiés aux Éditions Denoël.
L’homme sans fil fait partie des finalistes du Prix Pampelonne-Ramatuelle, ainsi que du Prix Orange du Livre.

Son album Je, tu, elle paraît chez EPM / Universal le 9 septembre 2022.
Romain Didier en signe les arrangements.
Un nouveau spectacle accompagne cet album.

Le Désir dans la cage
https://leressentidejeanpaul.com/2026/03/28/le-desir-dans-la-cage/

Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique

Ce que Marcy a oublié

de Marion Cabrol
Poche – 23 avril 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Près des falaises d’Anton, un os humain est découvert.
Vingt ans plus tôt, Grace Tanner, une fillette du village, disparaissait sans laisser de traces.
Pour Tom Lanier, journaliste local, l’affaire est personnelle : à l’époque, il partageait la vie de Marcy, amie d’enfance de Grace.
Alors qu’il reprend l’enquête, Tom comprend que Marcy pourrait détenir une part du secret.

Ce que l’on oublie finit toujours par nous rattraper.

Je suis entré dans ce roman comme on avance dans une brume épaisse, sans vraiment savoir où je mettais les pieds.

Tout commence vingt ans plus tôt, dans un petit village marqué à jamais par la disparition de Grace Tanner, une fillette envolée sans laisser de trace. Le lendemain, une autre enfant apparaît, Marcy, déposée dans un orphelinat, sans passé, sans repères. Elle ne se souvient de rien… sauf de Grace. Une amie. Une présence. Un souvenir fragile. Très vite elle se sauve et fonce voir la police en affirmant que Grace a été tuée. Mais personne ne la croit. Trop étrange, trop floue, trop improbable. Et dès le lendemain, elle oublie tout…

Cette idée me hante.

Des années plus tard, l’affaire ressurgit. Un os est retrouvé. Peut-être celui de Grace. Tom Lanier, journaliste local, décide de replonger dans cette histoire avec la police, il est bien décidé à découvrir avec eux, toute la vérité sur cette disparition étrange. D’ailleurs, lui aussi est lié à ce passé. Et surtout, il a connu Marcy, a partagé sa vie. Une relation brisée, qui le quitte du jour au lendemain, sans explication. Alors quand elle revient au village, je sens que quelque chose va basculer.

Et je ne me trompe pas.
Ce roman m’a fait l’effet d’une marée montante. Au début, tout semble calme, presque maîtrisé. Puis la tension grimpe, les doutes s’installent, les certitudes s’effritent… jusqu’à devenir une véritable tempête.

Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la construction des personnages. Ils portent le récit. Ils sont complexes, ambigus, jamais totalement lisibles. Chacun cache quelque chose. Chacun pourrait être coupable. Et moi, lecteur, je me suis perdu avec eux, dans leurs zones d’ombre, incapable de deviner où tout cela allait me mener.

Marion Cabrol m’a surpris. Là où je m’attendais à un récit plus linéaire, elle m’a entraîné dans un véritable labyrinthe. Les fausses pistes s’enchaînent, les révélations tombent sans prévenir. Jusqu’à la dernière page, je suis resté suspendu.

Mais au final, celle qui m’a le plus marqué, c’est Marcy. Elle m’a fasciné. Ses absences, ses silences, ses trous de mémoire… Elle avance dans un brouillard constant, prisonnière d’elle-même. Et moi, j’ai ressenti cette confusion, cette fragilité, presque physiquement.

Ce que Marcy a oublié m’a touché. Parce qu’il parle de mémoire, de secrets, de ce que l’on garde enfoui… et de ce que cela peut détruire. C’est un texte à la fois poignant, dérangeant, mais profondément humain.

Je referme ce livre avec le sentiment d’avoir découvert une autrice à suivre de très près.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« “— Tom ! Ils ont trouvé Grace ! Ramène-toi en vitesse.”
Le rédacteur en chef raccroche avant que je ne lui réponde. Sur l’autre ligne, j’entends au loin Louis et sa femme commenter les informations. J’allume la télé et je cherche fébrilement une chaîne locale québécoise.
C’est là, ça tourne en boucle.
Je regarde les images et je comprends que c’est grave.
La présentatrice, micro dans une main, répète d’une voix forte qui couvre à peine le bruit des sirènes :
“L’os d’un enfant a été découvert ce soir au sommet d’une colline. Le chien d’un promeneur l’a déterré. Son origine est encore incertaine, mais d’après les enquêteurs, il pourrait s’agir des restes de la petite Grace Tanner.” »

« Avant que ma vue ne se brouille de nouveau, j’ai le temps de remarquer la forme humaine floue tapie contre le mur. Mon corps se crispe, comme s’il sentait une menace. Je voudrais me relever pour me défendre, mes muscles ne m’obéissent pas. Je suis frêle et incapable de fuir. Mon cœur cogne lourdement dans ma poitrine. Je respire plus fort. Le peu d’énergie qui me reste disparaît dans un frisson qui traverse ma colonne vertébrale. Je ferme les yeux. »

« Je suis recroquevillé depuis une heure dans l’habitacle sale de la Ford. J’attends depuis une éternité. Mes nerfs sont à vif. Mon téléphone n’arrête pas de sonner : Lann exige des réponses. Louis m’a aussi envoyé quelques messages. Je ne les ai pas ouverts. Marcy est de retour et elle dort chez lui ! Comment a-t-il pu garder cela pour lui ? Je lui en veux de ce mensonge par omission. Il sait que j’aurais tout donné pour lui parler de nouveau. Je me calme en lui trouvant des excuses: le père de Louis est le médecin de Marcy. Marcy n’avait donc disparu que pour moi.
J’aurais pu insister, demander à mes amis s’ils avaient de ses nouvelles. Je me suis toujours refusé à le faire. Ça fait trop mal. »

« J’avais soif. Et peur. Les rais de lumière me perçaient les yeux, mais je ne voulais pas les fermer : Grace, son corps menu recroquevillé, surgirait.
C’était enfoui.
Puis une image. Un film flou. On jouait, on faisait du roller. Grace avait des bleus violacés sur les cuisses qui la faisaient souffrir. Moi, démarche claudicante comme si je réapprenais à marcher. Deux enfants boiteuses, endommagées.
Il y avait de la boue, des fleurs, des oiseaux. Quoi d’autre ? Des voix.
Des trous dans la terre.
Du sang sur les murs.
Plus le temps passait, plus ma tête se remplissait.
Les mouches.
L’odeur de la mort gagnait les souvenirs et les recouvrait.
J’avais cessé de pleurer. Mes yeux étaient secs, mon regard était clair. Je me souvenais de tout : un crime avait été commis. Il fallait faire vite : l’effaceur de mémoire allait revenir. Cours, petite souris, cours. »

Marion Cabrol est titulaire d’un master 2 en ingénierie culturelle, marketing et communication de l’École EAC.

Elle a travaillé en tant que responsable pédagogique, responsable marketing et communication, au zoo d’Amnéville, en Lorraine (2012-2019).
Les contacts qu’elle y a noué ont nourri son histoire. La lionne rouge (2020) est son premier roman.
Certains soigneurs ont accepté de relire le roman afin d’assurer son authenticité dans le récit du travail quotidien des animaliers.

Marion Cabrol est directrice marketing de l’entreprise Arskan depuis 2019.

Émotion, Drame, Histoire, Suspense

Le tableau du peintre juif

de Benoît Séverac
Poche – 7 septembre 2023
Éditeur : 10 X 18

L’oncle et la tante de Stéphane vident leur appartement et lui proposent de venir recupérer quelques souvenirs :
– Tu pourrais prendre le tableau du peintre juif.
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Quel peintre juif ?
– Celui que tes grands-parents ont caché dans leur grenier pendant la guerre.

C’est ainsi que Stéphane découvre un pan de l’histoire familiale complètement ignoré. Eli Trudel, célèbre peintre, aurait été hébergé pendant l’Occupation par ses grands-parents, le tableau est la preuve de sa reconnaissance et Stéphane en hérite aujourd’hui. La vente de cette œuvre de maître pourrait être un nouveau départ pour son couple mais Stéphane n’a plus qu’une obsession : offrir à ses grands-parents la reconnaissance qu’ils méritent… Cependant quand le tableau est présenté aux experts à Jérusalem, Stéphane est placé en garde à vue, traité en criminel : l’œuvre aurait été volée à son auteur. Quel secret recèle cette toile ? Que s’est-il vraiment passé dans les Cévennes, en hiver 1943, pendant la fuite éperdue d’Eli Trudel et de sa femme ?

Dans cette enquête croisée entre passé et présent, Benoît Séverac nous maintient en haleine et nous entraîne aux côtés de Stéphane sur les traces du peintre juif et de sombres secrets de l’Histoire.

Je découvre Benoît Séverac avec Le tableau du peintre juif, que je viens tout juste de refermer… et qui m’a emmené bien plus loin que je ne l’imaginais.
Ce roman m’a fait voyager. Dans le temps, d’abord, en 1943, au cœur de la guerre, mais aussi dans l’espace, dans une petite ville près de Lyon, puis à Jérusalem et à Barcelone… Je ne connais pas Jérusalem, mais je trouve que Benoît à fort bien décrit Barcelone que je connais bien, ses lieux et les gens qui y vivent, j’avais vraiment l’impression d’y être.

Stéphane vit à Firminy, avec sa femme Irène. Il a perdu son entreprise, il y a peu de temps et depuis la vie avec sa femme est assez compliquée, de plus leurs deux filles ont quitté la maison. Ils se retrouvent seuls avec ce sentiment d’être passé à côté de quelque chose, à côté des rêves qu’ils s’étaient promis.

Puis un jour, un héritage inattendu. L’oncle et la tante de Stéphane s’apprête à quitter leur appartement de Paris et propose à leur neveu de récupérer quelques affaire qu’ils ne souhaitent pas conserver. Mais aussi une peinture. Et derrière celle-ci, une histoire. Celle de ses grands-parents, qui ont caché un peintre juif, Eli Trudel, et sa femme pendant l’Occupation. Un geste courageux. Un acte de résistance silencieux.

Très vite, j’ai ressenti la fierté de Stéphane, mais aussi sa chute, car là où il voit un devoir de mémoire, son épouse y voit une opportunité financière. Stéphane tombe de très haut. Il ne s’attendait pas du tout à cette réaction, alors qu’il s’apprêtait à faire reconnaître ses grands-parents comme étant des Justes parmi les Nations, à Yad Vashem. Et tout bascule. Lorsqu’il part à Jérusalem rien ne se passe comme prévu. Le tableau serait volé. Et lui, accusé. La honte l’empêche de contacter sa famille, de toute façon, Irène ne donne plus aucune nouvelle depuis son départ. seules ses filles le contactent de temps en temps.
À partir de là, je me suis laissé happer par son enquête. Une quête intime, obsessionnelle, pour comprendre la vérité, pour réparer, pour rendre justice.
Que s’est vraiment passé avec sa famille en 1943 !

J’ai été touché par cette plongée dans l’Histoire, par ces destins brisés, ces vies en fuite, cette peur omniprésente… racontés sans jamais tomber dans l’excès. Alors oui, j’ai ressenti quelques longueurs. Mais elles n’ont jamais suffi à me sortir du récit. Parce que derrière tout ça, il y a une question essentielle. Que reste-t-il de ceux qui ont agi dans l’ombre ?

Un roman touchant, instructif, et profondément humain. Une enquête qui relie passé et présent… et qui rappelle que certaines vérités méritent d’être retrouvées, coûte que coûte.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« À l’heure qu’il est, je pourrais être installé sur la terrasse d’Annie et Kader, en train de siroter un apéritif et de regarder le soleil s’avachir sur la chênaie.
Mon seul souci serait la présence de moustiques. Bien qu’aucun de nous ne croie en leur efficacité, nous allumerions des serpentins répulsifs, et nous continuerions à boire en ponctuant notre conversation de tapes sur nos avant-bras et nos chevilles.
Au lieu de quoi, je suis dans cette salle d’interrogatoire, entre cellule de prison et abri antiatomique, et je crève de chaud autant que de peur. La France, la Dordogne, les vacances… Tout cela me paraît si loin, si inaccessible. »

« Les rares sources en ligne ne m’ont pas appris grand-chose. Tout ce que l’on sait, c’est qu’au moment de l’entrée des Allemands dans Paris, en 1940, Eli Trudel a fui la capitale avec son épouse, Jeanne Fredon, la fille du peintre André Fredon.
On dit qu’Eli n’a jamais commenté les événements mondiaux. C’était sa façon à lui de résister. Ne pas laisser la barbarie et le fracas le détourner de l’unique raison de sa présence sur terre : peindre. »

« Un coup d’œil au Trudel dans le rétroviseur détourne mon esprit de ces idées maussades. Je souris. Le tableau est dans son emballage de papier bulle, je l’ai recouvert d’une vieille couverture que j’ai toujours dans le coffre. Quand les filles étaient petites, je l’étalais dans l’herbe pour qu’elles puissent s’asseoir sans que ça gratte. Je ne sais pas pourquoi je la garde alors que nous ne pique-niquons plus, Irène et moi. »

« Mais depuis quand tu t’intéresses à la Shoah, toi ?
— Ça m’a toujours fasciné, tu le sais. Mes grands-parents n’ont pas été reconnus comme tels alors qu’ils ont eu un comportement héroïque.
— Qu’est-ce qui te fait croire qu’ils auraient souhaité accéder à ce statut ? S’ils n’ont pas fait la démarche de leur vivant, il y a peut-être une raison.
Elle marque un point. »

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité interprofessionnel des vins du Sud-Ouest.

Il est aussi membre cofondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentant trois continents.

Il est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis cofondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Et enfin il a enseigné l’anglais à l’École nationale vétérinaire de Toulouse et auprès des étudiants du diplôme national d’œnologie de Toulouse.

Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Émotion, Drame, Historique

Nous qui avons connu Solange

de Marie Vareille
Broché – 11 mars 2026
Éditeur : Flammarion

“Le jour où je suis devenue une meurtrière, j’ai cessé d’aimer les mirabelles.”

Sarégnac, Corrèze. Célestine grandit dans la ferme familiale, bien décidée à réussir ses études pour échapper à la vie de labeur qui l’attend aux champs. Cadiran, Gironde. Solange est internée dans une école de préservation pour jeunes filles où sont envoyées des adolescentes jugées « déviantes ». Quel secret lie ces deux jeunes femmes ? Pourquoi Solange déteste-t-elle tant Célestine ? Et comment cette dernière a-t-elle pu commettre l’irréparable ? De la France de nos grands-parents jusqu’à nos jours, cette intrigue poignante ménage autant de suspense que de rebondissements. À travers les destinées de quatre générations de femmes puissantes, Marie Vareille retrace l’extraordinaire évolution de notre monde depuis un siècle et nous rappelle ce que nous devons tous à la persévérance et au courage de nos aînées.

À chaque fois que je lis un roman de Marie Vareille, j’ai cette sensation étrange… comme si, derrière chaque histoire, se cachait un message beaucoup plus profond, presque intime.
Avec La Dernière Allumette, j’avais lu ses mots comme un cri, une mémoire, un hommage à toutes ces femmes qui avaient osé, souffert et résisté…

Cette nuit, après quelques heures de lecture, j’ai fermé la dernière page de Nous qui avons connu Solange, avec un profond respect… Et en le refermant, je n’étais plus vraiment moi.
J’étais Célestine. J’étais Solange. J’étais Marguerite, Jeanne, Manon… mais aussi un peu Armand et tant d’autres encore.
J’aurais voulu ralentir ma lecture. Rester encore un peu dans leurs vies. Mais quelque chose m’attirait vers la fin, irrésistiblement. Ce moment où tout se dévoile. Où les silences se fissurent enfin, ce moment où Célestine se dévoile et s’ouvre à sa petite fille.

Célestine, née au début du siècle, grandit dans une ferme en Gironde. Très tôt, elle veut comprendre, apprendre, choisir. Elle rêve d’une vie où elle déciderai, s’émanciperai. Mais à son époque, une femme ne choisit pas. Elle obéit. Elle travaille. Elle se tait.
Et c’est là que ce roman m’a bouleversé. Parce qu’il raconte sans détour. Parce qu’il montre ce que l’on préfère parfois ne pas voir. Parce qu’il donne une voix à celles que l’on a enfermées.
Page après page, j’ai été happé. Le lien entre Célestine et Solange, je l’ai deviné très vite, il m’a frappé, profondément, m’a ému, marqué. J’ai pensé à ma mère, mes tantes, à mes grand-mères à toutes ces femmes que j’ai côtoyé dans mon enfance sans vraiment les voir…
Leur force. Leurs silences. Leurs combats invisibles, leurs espoirs peut-être.

Ce roman est dur, il fait mal car il dit la vérité. Mais il est aussi d’une beauté rare. Délicat, profondément humain, presque nécessaire. Il ouvre une nouvelle fois les yeux là où je pensais que tout avait déjà été écrit.
Non ! Tout ne sera jamais entièrement écrit. Il y aura toujours une Célestine, une Solange quelque part dans le monde, qui est perdue et qui ne demande qu’a hurler, qu’on la laisse vivre sa vie, qui refusera d’être enfermée, contrôlée, et d’être jugée dès qu’elle refusera de se taire, même quand tout la pousse à plier…

Un livre qui pourrait être un livre “de femmes” pour les femmes, mais il est bien plus que cela. C’est un livre pour comprendre. Pour ressentir. Pour ne plus détourner les yeux. Tel un cri, une évidence, un livre qui doit être lu. Un hommage à toutes celles que l’on a voulu faire taire face à la violence de certains hommes.

Un livre qui m’a remué, sincèrement, peut-être même mon plus gros coups de cœur pour 2026…
Merci Marie, pour cette force silencieuse, cachée entre les mots, qui attend que la vérité éclate et bouleverse, malgré les blessures, en traversant les générations.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je vais commencer, ma Biquette, par te dire ceci : le jour de la mort de Solange, ce jour où je suis devenue une meurtrière, j’ai cessé d’aimer les mirabelles. Pourtant, avant cette nuit terrible, durant laquelle la grange bleue a brûlé et où Solange est morte, aucune saveur n’égalait celle des mirabelles chauffées au soleil que je ramassais dans le verger des Bellanger ; celles que Maman glissait dans la poche de mon tablier en cachette, celles que je partageais avec Solange, sa joue tiède contre la mienne, au bord de la rivière. »

« J’ai vécu mes premières années principalement entourée de femmes et d’enfants. Les hommes, mobilisés en masse, étaient tous morts à la guerre, ou presque, et ceux qui étaient revenus avaient laissé un bout de leur âme au fond des tranchées boueuses. Note que cela ne les a pas empêchés, dès leur retour, de prendre la direction de la coopérative et de renvoyer les femmes du village à leur juste place, à savoir, selon eux, dans la cuisine. »

« Malgré la loi de 1882 qui avait rendu l’école obligatoire de six à treize ans, Maman, comme beaucoup des enfants de paysans dont l’aide était nécessaire à la ferme, était peu allée en classe. Elle savait néanmoins lire et écrire et elle possédait même quelques livres. C’était une de ses grandes fiertés. Les rares moments où elle me prenait sur ses genoux plus de quelques secondes ont été pour m’apprendre à lire, vers l’âge de cinq ans. »

« Je m’appliquais autant que je pouvais, pour être sa meilleure élève et voir le visage de ma mère s’éclairer quand elle tournait les pages de mes cahiers à carreaux aux marges fleuries d’excellentes notes. À l’époque, dans un village aussi petit que Sarégnac, les cours préparatoire et élémentaire étaient mélangés dans une seule et même salle de classe. M. Dujardin me citait en exemple, s’émerveillant de mes étonnantes capacités en calcul, surtout pour une fille, précisait-il parfois, et il me donnait souvent les exercices destinés aux plus âgés. »

« Ma passion pour les romans exaspérait Alphonse, pour qui perdre du temps à lire des événements qui ne sont jamais arrivés à des gens qui n’ont jamais existé relevait de la démence. Il a même jeté une fois Le Tour du monde en quatre-vingts jours au feu après m’avoir giflée, parce que bien trop profondément plongée dans les passionnantes aventures de Phileas Fogg je ne l’avais pas entendu m’ordonner de préparer le dîner. »

Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Elle est l’autrice de plusieurs best-sellers totalisant près d’un million de ventes dans le monde. Son roman Désenchantées, paru en 2022 aux éditions Charleston et en 2023 au Livre de Poche, a remporté le Prix des lecteurs Système U, ainsi que le Prix des lecteurs de la librairie Lamartine. La Vie rêvée des chaussettes orphelines a reçu le Prix Charleston poche 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021. Ses livres sont traduits dans plus de dix pays.

Elle est également l’autrice, aux éditions Charleston, de Je peux très bien me passer de toi (Prix Confidentielles), Ainsi gèlent les bulles de savon et Désenchantées.

Elle a reçu de nombreux Prix en littérature jeunesse pour sa trilogie « Elia la Passeuse d’âmes » et son roman Young Adult « Le syndrome du spaghetti » a été récompensé du Prix Babelio en 2021 et figure dans la sélection du Prix des Incorruptibles 2022-2023, organisé tous les ans en partenariat avec le Ministère de la culture et l’Éducation Nationale.

Là où tu iras j’irai (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/19/la-ou-tu-iras-jirai/

La vie rêvée des chaussettes orphelines (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/08/la-vie-revee-des-chaussettes-orphelines/

Désenchantées (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/15/desenchantees/

Ainsi gèlent les billes de savon (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/03/ainsi-gelent-les-billes-de-savon/

La Dernière Allumette (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/04/17/la-derniere-allumette/

Amour, Émotion, Drame, Historique

Oubliés

de José Rodrigues dos Santos
Poche – 16 octobre 2025
Éditions : Pocket

Un jeune capitaine portugais, une histoire d’amour inattendue et la guerre des tranchées : un récit poignant sur le courage, l’espoir et les liens qui unissent les âmes en temps de guerre.

Avril 1917.
Alors qu’un régiment de soldats portugais affronte la mitraille dans les Flandres, le régime, à Lisbonne, change de main. Pour les hommes envoyés au front, pas de relève, pas de permission. Sans la solidarité de ses frères d’armes, Alfonso se serait senti abandonné. Lui, le fils de paysans, l’ancien séminariste qu’on surnomme “le Sérieux” retrouvera cependant la foi dans le regard d’Agnès, jeune baronne française croisée au hasard des déroutes. Ces deux êtres, que tout oppose, se sont reconnus. Mais déjà les Allemands concentrent leurs dernières forces…

“J.R. dos Santos signe un grand roman. Il s’attache à rendre ses personnages vivants, émouvants dans leur humanité.”
France Info

“Un puissant roman.”
L’Avenir

Avec Oubliés, je retrouve avec un immense plaisir l’univers de José Rodrigues dos Santos, un auteur que je considère comme l’un des plus grands dans son domaine. Lorsque j’ai appris que les éditions Pocket publiaient son tout premier roman, écrit en 2004 sous le titre “A filha do capitão” (La fille du capitaine), je n’ai pas hésité une seule seconde.

Une fois encore, il a su m’emporter. Ce que j’admire profondément chez lui, c’est sa capacité à bâtir ses récits sur une documentation impressionnante, mêlant sciences, politique et Histoire avec un grand H. Et ici, plus encore que dans ses autres romans, quelque chose de très personnel a résonné en moi, à travers les lieux évoqués, les villes du Portugal que je connais, où je suis allé, les mots portugais glissés au fil des pages, j’ai senti mes racines vibrer. Mais “Oubliés” est bien plus qu’un simple roman historique. C’est une plongée bouleversante dans le rôle du Portugal durant la Première Guerre mondiale, un pan d’histoire que je ne connaissais pas, que je découvre ici !

Afonso Brandão, fils de paysans, est un jeune homme promis à une vie religieuse, qui va gravir les échelons grâce à son éducation avant de devenir soldat, puis capitaine. Son histoire d’amour avec Carolina est brutalement interrompue par son départ pour les Flandres françaises, où il découvre l’horreur de la guerre. Comme pour beaucoup, c’est la première fois qu’il quitte son pays. Et ce qu’il va vivre dépasse tout ce qu’il aurait pu imaginer. Entre devoir, survie et rencontres inattendues, son destin bascule. Lorsqu’il croise le regard d’Agnès, une jeune baronne française, mystérieuse et érudite, le récit prend une nouvelle dimension, plus intime, presque suspendue.

J’ai été profondément touché par cette histoire d’amour entremêlée à la violence du conflit, mais aussi par les réflexions philosophiques et l’influence omniprésente de la religion catholique.
Ce roman m’a semblé différent des autres œuvres de l’auteur. Plus humain, plus poignant encore. Il rend hommage à ces soldats oubliés, abandonnés dans les tranchées, qui ne seront jamais relevés à partir du moment où ils prendront leur poste, laissés pour compte par leur propre pays. Une réalité révoltante, que je ne soupçonnais pas à ce point.

J’ai été impressionné par tout ce que j’ai appris, sur l’histoire du Portugal, ses tensions politiques, la condition de ses soldats, souvent pauvres et délaissés, mais aussi sur la guerre elle-même. Chaque détail compte, chaque page résonne. J’ai été happé du début à la fin, porté par une écriture vibrante et profondément incarnée.

Si vous aimez les romans historiques qui allient érudition et émotion, je ne peux que vous recommander cette lecture marquante.

Pour ma part, c’est un immense coup de cœur, aussi enrichissant qu’émouvant.

÷÷÷÷÷÷÷

Extrait :

« Dès son plus jeune âge, Afonso da Silva Brandão avait compris que la vie est un long fleuve incertain, parsemé de courbes, de bifurcations, de ponts, de tunnels et de méandres, et que chaque voie recèle d’innombrables mystères, des secrets à percer et des énigmes à décrypter. Animé d’une curiosité constante et stimulé par une intelligence vive et intuitive, il ne tarda pas à soupçonner que le monde est un lieu étrange, un immense théâtre d’illusions, perfide et dissimulé, un double jeu de miroirs où tout semble chaotique, mais s’avère en fait ordonné, où les choses ont une signification, mais pas nécessairement un sens. Il se rendit compte, d’ailleurs, que c’est précisément dans l’existence d’un sens que commence l’énigme du sens de l’existence. »

« Son père s’appelait Rafael Brandão Laureano, ce qui soulevait un autre mystère. En effet, si son nom de famille était Laureano, pourquoi avait-il donné à ses enfants le nom de Brandão ? Là encore, Afonso n’eut jamais de réponse satisfaisante, son père se contentant de hausser les épaules lorsqu’on l’interrogeait sur son choix. Rafael Laureano mesurait 1,75 m, une taille inhabituellement grande au Portugal, et c’était un homme profondément religieux. »

« Paul se rendit à la réception et demanda conseil ; la réponse fusa sans hésitation.
— Ils sont tous différents, dit l’homme. Mais plusieurs de nos clients sont allés voir le Cinématographe Lumière et en sont revenus émerveillés.
— Le Cinématographe Lumière? Où se trouve-t-il?
— À l’Exposition, m’sieur. Au pavillon des Machines.
Ils décidèrent de suivre cette suggestion et montèrent dans leurs chambres. Avant de se coucher, Agnès admira la silhouette colorée de la tour Eiffel, avec sa structure de fer recouverte d’ampoules. La lumière électrique baignait le Champ-de-Mars, la tour brillait de toute sa hauteur et émettait trois puissants projecteurs depuis son sommet vers différents points de la ville.
— Un jour, nous aurons l’électricité à la maison, tu verras, soupira Claudette, assise devant la fenêtre à côté de sa sœur. »

« — Ce n’est qu’un tissu de mensonges ! s’exclama Afonso. — Il leva une main, paume vers le haut. — L’Église dit qu’il faut croire en Dieu, qu’il faut avoir la foi, qu’il faut prier. Je vous le demande, pourquoi ? Cela voudrait dire que ceux qui ne croient pas en Lui vont en enfer, juste parce qu’ils ne croient pas en Lui ? Ainsi, si je suis une canaille et que je prie tous les jours comme un croyant, et que quelqu’un d’autre est un homme bon, droit et honnête, mais qu’il n’a pas la foi et ne prie pas, j’irai au paradis, et lui en enfer ? Moi, qui suis une canaille, et lui, un honnête homme ? Est-ce que ça a un sens ? Quel est ce Dieu qui est si égoïste qu’Il exige que les gens L’idolâtrent ? Qui place l’idolâtrie au-dessus de la bonté ? »

Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers scientifiques.
La saga Tomás Noronha, traduite en 18 langues, s’est fait connaître en France avec « La Formule de Dieu », vendue à près de 500 000 exemplaires (2 millions dans le monde) et dont les droits d’adaptation au cinéma ont été acquis par Belga Films.
Avec « Immortel », il signe le 8e roman de la saga en France.
Les romans de J.R. dos Santos et de son héros Tomás Noronha rencontrent un grand succès à travers le monde.
Thrillers érudits, ils traitent des sujets de science, de religion ou d’histoire avec toujours un incroyable travail de recherche. Car le sujet central de tous les romans de J.R. dos Santos reste le même : la vérité.
En tant que journaliste-reporter de guerre et en tant qu’auteur, cette question ne l’a jamais quitté. Et ce qui rend la série des Tomás Noronha unique, c’est justement ce défi systématiquement relevé de remettre en cause une vérité pré-établie pour en rétablir une nouvelle, difficile à accepter peut-être, mais bien plus limpide.

Ses romans sont tous publiés aux Éditions Hervé Chopin :

José Rodrigues dos Santos vit à Lisbonne.