Drame, Folie, Polar, Psychologie, Thriller, Violence

Glacé

de Bernard Minier
Poche – 10 mai 2012
Éditeur : Pocket

Du sang sur la neige…

Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval, accroché à la falaise.
Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée.
Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière.

“Retenez bien ce nom : Bernard Minier.”
Le Figaro littéraire

“De répit, point, ni pour les personnages ni pour nous. Une réussite !”
Le Point

Prix du meilleur roman francophone au Festival polar de Cognac

Impossible pour moi de lâcher Glacé. Dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par cette nature hostile, blanche et silencieuse, au cœur des Pyrénées. J’avoue m’être parfois un peu perdu parmi des personnages nombreux, aux trajectoires complexes, dont certains m’ont laissé perplexe. Mais cette densité participe aussi à la richesse du roman.

J’ai suivi le commandant Servaz avec intérêt. Cet homme entre deux âges, séparé, fragile sans jamais cesser d’être solide, m’a touché par son humanité. Il doute, il vacille, mais il avance. Et l’enquête qu’il doit mener est à la hauteur de cette rudesse intérieure, un cheval retrouvé pendu à une falaise, dans un décor glacé, appartenant à un puissant homme d’affaires. Un acte barbare, incompréhensible, commis non loin de l’Institut Wargnier, centre psychiatrique de haute sécurité abritant certains des criminels les plus dangereux d’Europe.

Très vite, l’étrangeté s’installe. Les morts s’enchaînent, toujours par pendaison, frappant des figures de ce village enneigé que l’on croyait paisible. L’angoisse monte, insidieuse. En parallèle, Servaz doit composer avec ses propres failles, notamment sa relation compliquée avec sa fille Margot. Ce tiraillement intime ajoute une profondeur bienvenue au récit.

Je me suis laissé porter par l’atmosphère oppressante, par ces montagnes qui semblent refermer leur étreinte sur les hommes. Bernard distille les informations avec précision. Chaque détail compte. Les aspects médicaux et psychiatriques sont expliqués avec clarté, ce qui renforce la crédibilité de l’ensemble.

Et puis il y a le suspense. Jusqu’aux dernières pages, je me suis interrogé, cherchant le ou les coupables, échafaudant des hypothèses… en vain. La révélation finale m’a surpris tout en me paraissant parfaitement cohérente.
Glacé est un thriller puissant, sans concession. Ici, la violence est brute, frontale. Ça pend, ça frappe, ça dérange. Bernard ne cherche pas à ménager son lecteur, et c’est aussi ce qui fait la force du roman.

Un premier opus qui claque comme un coup de feu dans la nuit froide. Un thriller sombre, intense…

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Extraits :

« Une rafale glacée chargée de flocons fouetta leurs visages. Mais personne ne descendit. Ils restèrent là, à contempler l’œuvre de folie et de mort. Ils savaient déjà qu’ils n’oublieraient jamais cette vision.
Le vent hurlait autour de la plateforme. Ce n’étaient plus des cris d’enfants que Huysmans entendait, mais ceux d’un autre supplice, des cris atroces couverts par les hurlements du vent. Ils reculèrent d’un pas à l’intérieur.
La peur les percuta comme un train en marche. »

« Elle ne put s’empêcher de le revoir en pensée : un visage mince, des iris couleur de miel qui se posaient sur elle avec la convoitise du prédateur. Kurtz était un authentique sociopathe. Le seul qu’elle eût jamais rencontré. Froid, manipulateur, instable. Sans le moindre soupçon de remords. Il avait violé et tué trois mères de famille dont la plus jeune était âgée de quarante-six ans et la plus âgée de soixante-quinze. C’était son truc, les femmes mûres. Et aussi les cordes, les liens, les bâillons, les nœuds coulants… »

« Tout autre que cet adolescent aurait accusé le coup. Mais pas lui. Pas ce garçon nommé Clément ; le garçon nommé Clément ne semblait nullement prendre la mesure des faits qui lui étaient reprochés. Servaz avait déjà lu des articles là-dessus, sur ces mineurs qui violaient, qui tuaient, qui torturaient – et qui semblaient parfaitement inconscients de l’horreur de leur geste. Comme s’ils avaient participé à un jeu vidéo ou à un jeu de rôle qui aurait simplement mal tourné.
Il avait refusé d’y croire jusqu’à ce jour. Des exagérations journalistiques. Et voilà qu’il était lui-même confronté au phénomène. Car, plus terrifiant encore que l’apathie de ces trois jeunes assassins, était le fait que ce genre d’affaire n’avait plus rien d’exceptionnel.
Le monde était devenu un immense champ d’expérimentations de plus en plus démentes que Dieu, le diable ou le hasard brassaient dans leurs éprouvettes. »

« À l’audience, Hirtmann révéla enfin sa vraie nature. Loin de chercher à minimiser ses penchants, il les étala au contraire avec complaisance. Une série de scandales retentissants éclata au cours du procès, car plusieurs membres du tribunal et de la bonne société genevoise avaient participé à ses soirées. Hirtmann donna leurs noms en pâture avec délectation, ruinant un nombre incalculable de réputations. L’affaire devint un séisme politico-criminel sans précédent mêlant sexe, drogue, argent, justice et médias. De cette période subsistaient de nombreuses photos parues dans la presse du monde entier et légendées : La maison de l’horreur (où l’on voyait la grande maison des bords du lac avec sa façade couverte de lierre), Le monstre sortant du tribunal (où Hirtmann apparaissait revêtu d’un gilet pare-balles et protégé par des policiers qu’il dépassait d’une bonne tête), Genève prise dans la tourmente, Untel accusé d’avoir participé aux orgies Hirtmann, etc. »

Bernard Minier, né en 1960, originaire de Béziers, a grandi au pied des Pyrénées. Glacé (2011), son premier roman, a reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac et figure dans la liste des 100 meilleurs polars du Sunday Times depuis 1945. Le livre a été adapté en série télévisée en 2017 par Gaumont Télévision et M6 est disponible sur Netflix.

Après Le Cercle (2012), N’éteins pas la lumière (2014), Une putain d’histoire (2015, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac), Nuit (2017), Sœurs (2018), M, le bord de l’abîme (2019), La Vallée (2020) et La Chasse (2021), il a publié en 2022 Lucia, en 2023 Un œil dans la nuit et Les Effacées en 2024. En 2024 paraît également chez Pocket un recueil de nouvelles inédit, Les Chats et 14 histoires mystérieuses diaboliques cruelles. Son dernier ouvrage, H, a paru en 2025. Bernard Minier est considéré aujourd’hui dans toute l’Europe comme l’un des maîtres du thriller. Ses romans, traduits en 28 langues, sont tous publiés aux Éditions XO et repris chez Pocket.

Émotion, Cercle littéraire, Drame, Histoire, Poésie

La Petite bonne

de Bérénice Pichat
Poche – 2 janvier 2026
Éditeur : Le Livre de Poche

Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais, ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?

La Petite Bonne avance en rythme, sans en avoir l’air,
vers le huis clos psychologique, jusqu’à surprendre tout le monde.
Libération.

La poignante histoire de deux vies abîmées par un monde
auquel les personnages n’avaient rien demandé.
Elle.

Un vrai tour de force pour une histoire prenante
avec des scènes qu’on n’oubliera pas.
Psychologies magazine.


Hier soir au Cercle littéraire du Château de l’Hermitage nous avons eu le plaisir de recevoir Bérénice Pichat.
Une magnifique soirée
Une femme bien
Lumineuse souriante
Inoubliable

Je suis entré dans ce livre comme on entre dans une pièce fermée
un espace étroit
plein de silences
Avec La petite bonne de Bérénice Pichat
je me suis laissé prendre
dès les premières pages
par un premier roman d’une rare intensité
un texte qui sort des sentiers battus

Ici les phrases respirent
Elles avancent sans ponctuation
Elles battent comme un cœur
Les mots se suivent
se déposent
me guident
me troublent
Je n’ai plus seulement lu
j’ai écouté ses phrases qui deviennent musique

Je me suis retrouvé dans la tête de la petite bonne
dans ses gestes retenus
dans ses peurs et ses élans
Puis il y a une une autre voix
celle d’en haut
celle des maîtres
plus tranchante
plus sèche
et pourtant les deux mondes se mêlent
se frôlent
se heurtent

Tout devient sensation
tout devient tension
Le récit avance
il lutte
il enfle
finit par éclater

Dans les années trente
trois êtres
Blaise ancien pianiste brisé
madame Alexandrine sa femme
et cette petite bonne sans nom
Trois destins enfermés
condamnés
et moi au milieu
emporté

j’ai lu à voix haute
parfois
certaines phrases résonnaient trop dans mon esprit
il fallait absolument que je les évacue
pour reprendre mon souffle
avant de replonger dans le leur
c’était fluide
envoutant
Bouleversant

un livre à part
C’est addictif pour les oreilles et pour les yeux
une mise en page qui devient musique
une écriture qui touche avant de déchirer

un immense coup de cœur
Merci Bérénice
c’était beau
c’était magique

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Extraits :

« Les cent pas
j’aimerais pouvoir les faire
réellement
Ici c’est cinq pas dans la longueur
à peine trois dans la largeur
et vraiment
des petits pas
Des traversées
il en faut quelques-unes
pour arriver à cent
C’est long
mais jamais assez
Malheureusement j’ai tout mon temps
pour compter mes pas »

« Son souffle vite régulier
Il s’endort instantanément
Elle devrait dormir aussi
au moins quelques heures
Le réveil sera difficile
le panier plus lourd encore
si c’est possible »

« Cette nuit
elle n’a pas pu dormir
ça la questionnait
perturbait
Elle ne pensait qu’à ça
À ses côtés son homme ronflait
Elle ne l’a pas réveillé
Il n’a rien su de son insomnie
Il aurait dit quoi
Elle n’a pas osé
Ça la chiffonne encore davantage
Il ne la connaissait même pas
la petite Mariette
jamais vue
pourquoi lui en parler
C’est vrai
Simplement partager
ça l’aurait soulagée »

« Il ne peut écouter cet air sans sentir ses entrailles se serrer. Il ferme les yeux et s’installe mentalement au piano. Il effleure le couvercle et le soulève doucement, comme un coffre contenant un trésor inestimable. Les touches sont là, elles n’attendent que lui. Du bout des doigts, il monte et descend la gamme, pianote de la main droite une mélodie toute simple, pour le plaisir de vérifier la résonance. Les marteaux lui obéissent parfaitement. Par l’abattant entrouvert de l’instrument, il surveille l’alignement des cordes, l’accord parfait, les notes qui s’écoulent. Alors il se lance. La main gauche entre en scène, soutient la mélodie qui s’étaye, s’amplifie. Il l’orne à l’infini. Pied sur la pédale, pianiste tout puissant, il module le son, fait vibrer un écho plus lourd, révèle une profondeur. La mélodie devient tantôt une longue complainte, tantôt un plaidoyer enfiévré. Il connaît chaque placement, chaque respiration ; quand Blaise écoute le disque, c’est lui qui joue. »

Originaire du Havre, où elle vit toujours, Bérénice Pichat partage son temps entre enseignement et écriture.
Ceux qui vivent encore (2022) est son premier roman et le premier tome de sa trilogie, Les promesses des fleurs dont seulement deux tomes sont parus, toute entière située à Saint-Véran dans le Queyras.
En 2024, elle publie son troisième roman, La Petite Bonne.

Amour, Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique

Un peu, beaucoup… jusqu’à la mort

Angélina Delcroix
Broché – 15 août 2019
Éditeur : Nouvelles Plumes

Depuis le décès tragique de l’un des leurs, l’équipe de Joy Morel peine à se remettre sur pied. Pour l’adjudante, le défi est d’autant plus grand qu’il lui faut aussi trouver l’équilibre entre sa carrière et sa vie de jeune maman. Mais quand une étrange affaire se présente, Joy retrouve son intuition et ses réflexes d’enquêtrice.
Un homme a été retrouvé mort à son domicile après un coma éthylique ; à ses côtés le cadavre de son épouse, ligotée et mutilée. Simple crime conjugal ? L’homme, un ancien alcoolique, n’avait pourtant pas bu une goutte d’alcool depuis des années.
Alors que d’autres couples sont retrouvés assassinés dans les mêmes conditions, une jeune femme déroule dans une série de lettres adressées à son père, le fil de leurs souvenirs…

« Attention, chef d’œuvre !
Si vous aimez les thrillers parfaitement construits, à la mécanique bien huilée,
avec des cliffhangers, retournements de situations et surprises en tout genre,
attachez vos ceintures, parce que là, ça dépote ! »
Philippe (Haut-Rhin)

« Un excellent thriller psychologique ! »
Nadège (Nièvre)

Avec “Un peu, beaucoup… jusqu’à la mort”, je referme la trilogie d’Angélina Delcroix avec le sentiment d’avoir traversé quelque chose de dense, de brutal, de profondément marquant. Ce dernier opus vient clore avec force tout ce qui restait en suspens, et je dois avouer que les frissons ressentis dans le tome précédent n’étaient qu’un prélude. Pour apprécier pleinement l’ampleur de ce final, je recommande vraiment de lire les deux premiers volumes, chaque événement prend ici une résonance particulière. Personne n’est épargné. Ni les personnages, ni moi, lecteur.

J’ai lu ce roman en apnée.
Impossible de lever la tête.
Impossible de ralentir.

Chaque page apporte son lot de rebondissements, de violences, de manipulations psychologiques. Des images se sont imprimées en moi, parfois difficiles à chasser. Les coups pleuvent, sans relâche, et je me suis laissé emporter dans ce rythme tendu, constant, sans véritable répit. Angélina prouve une fois encore qu’elle sait où elle va. Elle construit, elle resserre, elle frappe juste. Son intrigue est maîtrisée de bout en bout.

Au cœur de ce thriller, j’ai retrouvé des thèmes sombres et profondément humains : l’alcoolisme, la rédemption, l’enfance abîmée, la quête d’amour, les esprits en marge. Tout s’entrelace dans une enquête qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Plus j’avançais, plus je doutais. Les certitudes s’effritaient. Je ne savais plus qui croire, ni qui était réellement coupable.

Et puis vient l’explosion finale.
Un dénouement que j’ai vu se dessiner sans jamais pouvoir l’anticiper pleinement.

Je ressors de cette lecture secoué, conquis, impressionné par la puissance du récit et par sa cohérence. Angélina m’a tenu du début à la fin, sans me lâcher.

Un thriller intense, éprouvant, terriblement efficace.
À lire absolument !

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Extraits :

« Quand la dernière flamme se transforme en fumée odorante et que les mains cessent de féliciter bruyamment, l’organisateur de la soirée prend la parole :
— Félicitations, Jacques! Cinq années! Quel beau chemin. Je suis heureux que nous puissions, ce soir, évoquer ton parcours puisque nous accueillons un nouveau membre, et ton expérience est une fabuleuse entrée en matière. »

« — Je préfère ne pas vous dire mon prénom, il me semble que le mot « anonyme » sur votre porte me le permet. Je suis là, comme vous tous, pour un problème lié à l’alcool, mais je ne suis pas alcoolique, et je ne l’ai jamais été.
Les visages se figent sous l’effet de la surprise.
— Pourtant, vous pouvez être fiers de moi puisque ça fait, aujourd’hui, exactement dix jours que je n’ai pas tué. »

« Ton amour. Tu m’as dit que le jour où je suis née, tu as ressenti un amour incroyable, d’une force que tu n’aurais jamais cru possible. Tu me répétais souvent que j’étais la plus belle de toutes les princesses, et surtout, que j’étais la tienne. Que rien ne nous séparerait jamais.
Que tu serais toujours là pour moi. Que notre amour était incassable. Je buvais tes paroles à m’en rendre saoule.
Aujourd’hui, j’ai encore envie de m’attacher à cet espoir, malgré ce qui s’est passé. »

« Donelli reste silencieux. Il repense aux horreurs vécues par les enfants dans ce genre de réseau, au maillage énorme qui regroupe des personnes de tous milieux, même des plus hauts et surtout de ceux touchant aux enfants. Est-il possible de réajuster ses œillères après avoir vu le pire de l’espèce humaine ? Le « faire comme si ça n’existait pas » est juste rayé de la carte. Parfois, on voudrait que le déni s’installe pour rendre la vie plus légère. Mais l’inconscient est seul maître à bord. Lui seul décide de ce qu’il envoie aux oubliettes ou non. Et quand on devient parent alors qu’on a les pieds dans l’atrocité perpétrée par certains êtres abjects, l’instinct de protection et de survie interdit à l’oubli de s’installer. »

« Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que sans le lieutenant Barrère, je serais en ce moment même en train de subir d’horribles sévices, ou pire encore, en train d’en infliger à des enfants. J’aurais préféré mourir plutôt que de devenir un monstre, mais ce sont eux qui contrôlent tout et qui décident si vous vivez ou si vous mourez, si on vous viole ou si vous violez, si on vous frappe ou si vous frappez, si vous tuez ou si vous vous arrêtez juste avant, quand la douleur de l’autre est à son paroxysme.
Ben porte la main devant sa bouche, et sa gorge s’obstrue à l’écoute de tant d’atrocités. Il prend conscience que c’est une jeune fille de 16 ans qui lui déballe tout cela. Un sentiment d’injustice se répand en lui. La vie ne peut pas imposer tant d’horreurs à une enfant et la faire grandir en enfer jusqu’à pourrir chaque cellule innocente de son corps, jusqu’à travestir son âme pure. »

Angelina Delcroix est née en 1978, à Luçon. Elle envisage de faire l’École de Gendarmerie pour travailler dans la police scientifique, mais après une Licence de Génétique et des études en Psychothérapie, et en criminologie à l’école de gendarmerie. Elle exerce comme psycho-praticienne en Vendée et consacre son temps libre à sa passion, l’écriture. Forte de ses diplômes, elle choisit le genre thriller psychologique.

Un premier roman, Ne la réveillez pas paraît en 2017 aux Éditions Nouvelles Plumes, dans lequel l’auteure crée le personnage de Joy Morel, adjudante, suivi par Si je serai grande en 2018, deux romans qui rencontrent le succès.
En 2019, sort son 3è roman, Un peu, beaucoup… jusqu’à la mort.
Angelina Delcroix se consacre désormais entièrement à l’écriture.

Ne la réveillez pas (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/02/17/un-peu-beaucoup-jusqua-la-mort/

Si je serai grande (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/08/si-je-serais-grande/

Drame, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Le Refuge des affligés

de Céline Servat
Poche – 12 février 2026
Éditions : Taurnada

Alors que Gabrielle, gendarme à la brigade de recherches de Muret, enquête sur le meurtre atypique d’un SDF, Marco et son amie Manue participent à une retraite spirituelle.
Mais rien ne se passe comme prévu dans ce coin perdu des Pyrénées, et le besoin de se ressourcer est compromis par le meurtre de l’un des occupants des lieux…

Le danger guette
et personne n’est à l’abri.

Avec Le Refuge des affligés, Céline Servat est la suite de La Vallée des égarés. Pourtant, je peux affirmer qu’il se lit parfaitement de manière indépendante…

Dès la première page, je retrouve Marco dans une situation critique. Céline frappe fort, sans détour. Très vite, je suis happé par une construction narrative nerveuse, presque addictive. Aucun temps mort, aucune respiration inutile. Les chapitres s’enchaînent, différents, tendus, et me tiennent en alerte constante. Manipulations psychologiques, violences sourdes, dérives spirituelles… tout se mêle dans ce thriller intelligent qui explore avec finesse la frontière fragile entre quête de bien-être, spiritualité et emprise.

Marco Minelli, comptable et coupeur de feu, part dans un coin reculé des Pyrénées avec sa voisine et amie Manue. Il espère y affronter ses peurs lors d’une retraite spirituelle. En parallèle, une brigade de police à Muret enquête sur le meurtre d’un sans-abri. Deux fils narratifs qui finissent par se répondre, et qui renforcent l’impression d’un piège qui se referme.

Ce que j’ai particulièrement ressenti, c’est l’isolement. Céline maîtrise son décor avec précision. Un refuge de pierre, épais, presque hermétique, qui promet guérison et apaisement à sept âmes tourmentées. Peu à peu, une atmosphère étrange s’installe. Je perçois que quelque chose ne tourne pas rond, sans pouvoir l’identifier clairement. L’isolement géographique devient une menace. Les personnages, venus chercher la paix, se retrouvent coupés de tout, fragiles, exposés à des forces qu’ils n’avaient pas anticipées.

J’ai avancé dans ce roman comme dans un tunnel. L’écriture est immersive, la tension monte, l’angoisse s’infiltre. Je me suis laissé perdre à plusieurs reprises, preuve de la maîtrise de l’autrice. Et ce dénouement… je ne l’ai absolument pas vu venir.

Une lecture prenante, dérangeante parfois, mais redoutablement efficace.
Bravo Céline !

Et un grand merci à Joël Maïssa et aux éditions Taurnada pour cette découverte.

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Extraits :

« Marco Minelli revenait à lui peu à peu. Il ne savait pas vraiment où il se trouvait. Il s’appuya contre le mur avant de s’écarter vivement lorsqu’une douleur aiguë explosa dans son crâne. Dans le même temps, une myriade de couleurs envahit sa vision, alors même qu’il était dans une semi-obscurité.
Marco ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il voulut porter les mains à ses tempes pour calmer la douleur, quand il constata avec effroi que l’une d’elles était entravée.
Un bruit de chaîne confirma cette sensation.
Où était-il ? »

« Plus elle approchait de son but, et plus la dynamique quinquagénaire se demandait comment elle allait annoncer à son compagnon de route leur véritable destination. Sur le moment, son plan lui avait semblé simple mais, une fois concrétisé, les défaillances lui sautaient aux yeux. Sa principale source d’angoisse résidait dans la réaction de son ami. Comment allait-il appréhender son mensonge ? »

« Manue était institutrice. Plutôt que de s’installer dans la routine d’une école et d’une classe, elle avait choisi de faire des remplacements, découvrant des gamins, des collègues et des organisations variés au gré de ses affectations. Mère de trois enfants qu’elle avait pratiquement élevés seule, elle était une jeune grand-mère, énergique et fonceuse. Elle n’aimait pas tergiverser et l’humour était son principal mode de communication, notamment pour désamorcer des situations critiques. Marco avait petit à petit appris à décoder son cynisme. »

« Je m’appelle Ève. Je porte le prénom de la première femme dans l’interprétation biblique, même si je m’en remets plutôt à l’univers. Je serai votre guide pendant cette magnifique semaine. N’hésitez pas à me solliciter, je suis là pour vous. »

« Dans ma tête, quelque chose ne va pas. Certains détails me rendent hyper nostalgique: si j’entends une musique que j’écoutais beaucoup à 20 ans, l’âge où j’imaginais des possibles, où je me faisais des films, les larmes me montent aux yeux, je me sens oppressé. Si je rencontre quelqu’un qui a appartenu à mon passé, que j’ai perdu de vue, je me questionne sans fin sur ce qui se serait passé si j’avais pris d’autres décisions. »

Céline Servat est une Autrice de thrillers, polars et romans noirs.

Son premier roman Internato, le premier d’une trilogie sur les dictatures et les secrets de famille, est édité par M+ éditions en 2020. En 2021, sort le deuxième tome, Norillag, et en 2022, la trilogie se conclue avec Alambre.
Elle est aussi co-autrice de deux recueils de nouvelles, Au-delà de nos oripeaux, avec G Coquery, et Une plongée dans le noir avec son frère, le musicien Tomas Jimenez.
En 2024, les éditions cairn publient Le bœuf n’a plus la cote, un polar gourmand sur le thème ovalie et gastronomie, conformément à leur collection du même nom.
Mariée et mère de deux enfants, elle vit à Encausse-les-Thermes dans les Pyrénées Hautes-Garonnaises où elle travaille comme assistante sociale auprès d’enfants qui ont des troubles du comportement.
Céline est organisatrice du salon du polar T(h)ermes noirs. Elle est membre du collectif les louves du polar.

La vallée des égarés (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/12/la-vallee-des-egares/

Émotion, Drame, Historique

Lisbeth, au cœur du combat

de Nathalie Brunal
Broché – 1 février 2024
Éditeur : France Loisirs

Lisbeth, 19 ans, est battue par son père qui a sombré dans l’alcoolisme depuis le décès de son épouse. Afin d’échapper à ses coups, elle se réfugie chez Daniel, un ami de la famille. Pour la préserver des sévices paternels, son sauveur, qui lui avoue son amour, l’encourage à s’enfuir avec lui à Charleston. Ne voulant pas retourner chez son bourreau, elle accepte d’unir sa vie à la sienne.
La guerre de Sécession éclate peu de temps après leurs noces. Daniel part au combat, mais Lisbeth refuse de rester en retrait et désire plus que tout se rendre utile. le destin se chargera de lui montrer la voie et la mènera en Virginie dans un hôpital qui accueille les blessés. Confrontée à l’horreur de la guerre, elle s’épanouira dans sa nouvelle vie auprès des plus faibles en dépassant souvent les limites du raisonnable.

Je viens tout juste de refermer Lisbeth, au cœur du combat de Nathalie Brunal… et me voilà complètement chamboulé.
Il y a des romans qu’on lit, et d’autres qui vous traversent. Celui-ci m’a clairement traversé de part en part.

Dès les premières pages, j’ai su que j’allais trouver tout ce que j’aime en littérature. L’Histoire avec un grand H, des destins forts, et surtout un personnage féminin qui ne plie pas. Ici, la guerre de Sécession éclate, fracassant un pays déjà meurtri et révélant les pires fractures d’une société divisée, entre esclavage, pouvoir et survie. Le décor est posé, brutal, implacable.

Au cœur de ce chaos, il y a Lisbeth. Dix-neuf ans. Une jeunesse cabossée par un père violent, une existence marquée par la peur… mais une volonté de vivre plus forte que tout. Lisbeth n’est pas de celles qui baissent les yeux. Elle parle, elle ose, elle pense et assume. Et ça, dans une époque où les femmes sont priées de se taire, c’est déjà un acte de résistance.

Très vite, elle épouse Daniel, un homme plus âgé, protecteur, aimant. Ensemble, ils tentent de se construire un refuge à Charleston. On pourrait croire à un répit. Mais l’Histoire, la grande, ne laisse jamais vraiment les amoureux tranquilles. La guerre éclate, Daniel part au combat. Et Lisbeth refuse de rester en retrait.

Elle aussi veut agir. Elle aussi veut servir. Direction la Virginie, dans un hôpital de fortune où affluent les blessés, les corps brisés et les âmes perdues. Là, Lisbeth révèle toute sa force, un courage immense, une humanité bouleversante, une foi inébranlable dans la liberté des hommes, qu’ils soient blancs ou noirs. Elle soigne, elle soutient, elle dépasse parfois les limites du raisonnable, portée par son cœur immense.

J’ai été emporté par cette lecture, submergé d’émotions. J’ai redécouvert la violence d’une guerre que je connaissais finalement assez peu, et surtout la place essentielle de ces femmes oubliées de l’Histoire. Nathalie Brunal signe ici un roman différent, mais toujours aussi juste et documenté. Sa plume est sensible, incarnée, profondément humaine.

Je referme ce livre avec le sentiment d’avoir rencontré une héroïne inoubliable.
Merci Nathalie pour ce roman vibrant, fort et émouvant, qui m’a touché en plein cœur.

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Extraits :

« Lisbeth replaça le rideau devant la vitre et retourna s’asseoir sur le fauteuil près de l’âtre. Daniel, son époux, tardait à rentrer, cela ne lui ressemblait guère. Son travail à la scierie n’était pas sans danger et elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter. Son attention fut attirée par les flammes qui dansaient dans la cheminée. La chaleur irradiait sur ses joues et l’engourdissait. Elle songea à ses rêves d’enfant. Son existence n’avait pas pris le tour qu’elle espérait, mais Daniel, en lui demandant de l’épouser, lui avait permis d’échapper aux coups de son père. Celui-ci, qui n’avait pas supporté le décès de son épouse, avait noyé son chagrin dans l’alcool, oubliant au passage que sa fille unique souffrait également de cette perte. »

« – Vous n’êtes pas sans savoir que le Sud a besoin de main-d’œuvre. Sans ces gens de couleur, qui travaillerait dans les plantations ?
– Les Blancs sont-ils moins courageux ?
s’enquit-elle.
– Moins endurants, sans aucun doute. En outre, le soleil brûlerait nos peaux. La vôtre est si fragile que vous ne tiendriez pas plus d’une heure sous les rayons ardents.
– Les Noirs sont maltraités par les planteurs. Je comprends la volonté du président de mettre fin à leurs souffrances, insista-t-elle.
– Ne criez pas cela sur tous les toits si vous tenez un tant soit peu à votre vie ! Vous habitez en Caroline du Sud, l’État qui possède le plus grand nombre d’esclaves.
– Je vous promets de garder pour moi mes opinions. Que se passera-t-il maintenant que Lincoln est président ?
– Qui vivra verra, toutefois rien de bon ne sortira de tout cela… »

« Les joues de Lisbeth se colorèrent. Bien qu’ils soient mariés depuis plusieurs mois, Daniel ne l’avait pas encore touchée intimement. Elle n’aurait su dire si cela relevait de la galanterie ou du tait qu’elle ne lui plaisait guère, mais le peu qu’elle avait entendu confirmait qu’il ne se comportait pas, dans le lit conjugal, comme un mari devait le faire.
Attendait-il qu’elle ressente pour lui ce qu’il éprouvait pour elle? Si tel était le cas, elle était sur la bonne voie. Elle tremblait pour lui dès qu’il tardait et elle appréciait de sentir son souffle sur sa nuque quand il se tenait près d’elle. Il suivait ses gestes lorsqu’elle cuisinait, heureux de sentir l’effluve de l’eau de rose qu’elle vaporisait sur son décolleté. »

« Daniel aperçut la larme qui perlait au coin de la paupière de la jeune femme. Il l’essuya doucement avant de poser ses lèvres sur les siennes.
_ Nous aurons une vie entière pour nous aimer.
– Puissiez-vous avoir raison…
Il ouvrit ses bras pour qu’elle se réfugie contre son torse. Elle laissa les perles salées ruisseler sur ses joues. Un mauvais pressentiment lui serrait l’estomac. Daniel avait tout quitté pour elle… Il ne méritait pas de mourir pour un combat qui n’était pas le sien. Elle aurait donné le peu qu’elle possédait pour le garder près d’elle. »

« Les dernières heures s’étaient lentement égrenées. Morphée avait ignoré ses appels. Seul le bruit des canons avait brisé le silence de la nuit. Les violentes averses qui s’étaient abattues sur la ville avaient offert un répit à l’Union puisque les tirs s’étaient espacés. Le fort résistait, mais les Confédérés étaient coriaces. Combien de temps cela durerait-il encore…? De nombreuses questions tournaient en boucle. Des hommes haut placés prenaient des décisions, provoquaient des conflits auxquels ils ne prendraient pas part. Ils donnaient des ordres que d’autres faisaient exécuter. Dans quel but ? Des innocents comme Daniel fonceraient tête baissée vers la mort. Leurs vies avaient-elles moins d’importance que la leur ? »

Nathalie Brunal a 43 ans quand elle se lance le défi fou d’écrire son premier roman. « Dévoreuse » de livres depuis sa plus tendre enfance, elle est passée de l’autre côté du miroir pour à son tour, faire voyager les lecteurs. Lisant de tout depuis qu’elle sait lire avec une préférence pour les romans qui font découvrir de nouveaux horizons, elle a découvert le « feel-good » tout à fait par hasard. Il l’a inspirée pour l’écriture de son premier roman publié en juin 2017.  » Une tragique fête des fraises  » est drôle, frais et rempli d’humour. Son héroïne Anna est une Bridget Jones à la française. Avec son compagnon Roger, ils vont vivre des aventures rocambolesques. Vous pouvez les retrouver dans les autres tomes « Le défile des glaces » « Un bouquet sans mariée» « L’Hydromel Hindou » et «D’une pierre… Deux coups ». Ils sont regroupés dans L’intégrale Anna et Roger.

Deux nouvelles héroïnes vous attendent dans “vacances en terre inconnue », sourire garanti en leur compagnie.

N’hésitez pas à vous procurer  » Les tribulations d’Hortense « . Douceur, humour et amour s’y mêlent pour un agréable moment de lecture en compagnie d’Hortense et de sa tata  » brut de décoffrage « . D’ailleurs, vous avez tellement aimé ce duo hors du commun que vous avez réclamé d’autres tomes à l’auteur qui s’est pliée à vos exigences avec plaisir. Vous pouvez donc les retrouver dans « Les Amours tourmentées d’Hortense » et « Le Noël explosif d’Hortense ». Hortense s’est même offert une scène puisque vous pouvez la retrouver dans un vaudeville saupoudré d’humour, de rires et de quiproquos. « Le coup de théâtre d’Hortense » vous permettra de vous évader en ces temps difficiles.

« Quand Cupidon s’en est mêlé… » , une romance feelgood où se mêlent amour, surprises et un soupçon d’humour vous entraînera dans les rues de la Butte Montmartre.

Un Noël saupoudré d’espoir (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/12/24/un-noel-saupoudre-despoir/

Le défi d’Apolline (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/06/09/le-defi-dapolline/

Apolline, Un avenir incertain (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/05/20/apolline-un-avenir-incertain/

Les tribulations d’Hortense (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/28/les-tribulations-dhortense/

Les Amours tourmentées d’Hortense (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/01/30/les-amours-tourmentees-dhortense/

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Émotion, Drame, Sciences, Suspense, Thriller psychologique

Chaîne de crimes

de Chris Costantini
Broché – Grand livre, 22 janvier 2026
Éditeur : Istya & Cie

À New York, un meurtre réveille les ombres d’un crime jamais élucidé, et entraîne un détective hanté dans un face-à-face vertigineux avec la mémoire, le pouvoir et la science.

New York, 10 juillet. Samantha, meilleure amie de Thelonious Avogaddro, ex-détective du NYPD, est retrouvée assassinée. Le modus operandi et l’arme rappellent étrangement le meurtre de Laura, la sœur de Thelonius, survenu exactement cinquante ans plus tôt, le même jour.​

Décidé à ne pas laisser l’affaire lui échapper, Thelonious choisit de “doubler” l’équipe officielle du NYPD, trop exposée face à la notoriété de Samantha, figure respectée du monde politique et social new-yorkais. Il rouvre alors le cold case de sa sœur, mobilisant d’anciens indics, quelques journalistes spécialisés et son expérience d’enquêteur.​

Peu à peu, l’investigation le replonge dans un New York qu’il connaît trop bien : ingérences mafieuses, entrepreneurs immobiliers sans scrupules, luttes de pouvoir locales, mais aussi passé trouble et activisme féministe de sa sœur.​

À la frontière entre tradition et modernité, Thelonious s’ouvre aux outils d’intelligence artificielle, sans jamais renier son instinct et sa connaissance intime des ressorts de l’âme humaine. Jusqu’à ce qu’il découvre le “microchimérisme”, phénomène biologique alors confidentiel, qui remet en cause la fiabilité absolue de l’ADN et bouleverse la quête de vérité.

Je découvre un nouvel auteur avec Chaîne de crimes de Chris Costantini, un polar qui m’a immédiatement happé par une intrigue vraiment singulière. Dès les premières pages, je me suis retrouvé plongé dans une enquête où la police scientifique ne se limite plus à l’ADN. Comportementalisme, intelligence artificielle et même chimérisme viennent bousculer les certitudes. Autant dire que ma curiosité a été piquée très vite.

Tout commence par un assassinat à New York. Rapidement, l’affaire prend une tournure intime pour Thelonius Avvogado, ancien enquêteur du NYPD, lorsqu’un lien apparaît avec le meurtre non résolu de sa propre sœur, survenu des décennies plus tôt. J’ai particulièrement aimé la construction du récit, qui navigue entre deux époques et fait dialoguer passé et présent avec beaucoup d’efficacité.

Au fil des pages, j’ai eu l’impression de traverser une ville pleine de contrastes. New York se dévoile dans ses zones d’ombre, entre coulisses du pouvoir, arrangements douteux et argent qui circule dans les marges. Thelonius n’est pas un héros au sens classique. C’est un homme lucide, marqué par ses blessures, dont la sensibilité et l’acuité donnent une vraie profondeur à l’histoire. Sa manière d’observer, de ressentir avant d’agir m’a touché. Et puis il y a le jazz, omniprésent, presque comme une bande-son intérieure qui a accompagné ma lecture et donné au récit une atmosphère particulière.

Ce qui m’a le plus surpris reste la dimension scientifique du roman. Elle est très présente, parfois déroutante, et m’a amené à remettre en question des certitudes que je pensais solides. J’ai découvert des notions que je ne connaissais pas du tout et je me suis même retrouvé à faire des recherches en parallèle de ma lecture. À partir de là, impossible de décrocher, la fiction semblait rejoindre la réalité.

Chris va droit au but, en maintenant une tension constante, distillant des rebondissements efficaces jusqu’au dénouement. Les personnages sont travaillés, la psychologie fine, et l’ensemble s’inscrit clairement dans la tradition du polar américain tout en l’actualisant avec intelligence. Il explore avec justesse les thèmes de l’obsession, de la mémoire et des zones grises de chacun.

Une lecture que je recommande sans hésiter.
Et un grand merci à Annelyse Geneix pour cette belle proposition de découverte.

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Extraits :

« Ce devait être un magnifique 10 juillet aux dires des météorologistes. Pourtant des nuages menaçants s’amoncelaient au-dessus de Manhattan. C’était souvent le cas lorsqu’un vent frais venu des Appalaches se fracassait sur les courants plus chauds en provenance du golfe du Mexique. »

« – C’est devenu une affaire personnelle tu comprends.
Il ne dit rien mais il me connaissait par cœur. Il savait ce qui allait suivre : que je pèserais mes mots, les martèlerais même comme une promesse que je me faisais à moi-même, qui m’engagerait jusqu’à la fin de l’enquête et même au-delà. »

« – Il s’agirait d’une arme blanche, de coups de couteau, précisa Alex. Le premier a été fatal selon le légiste. Elle… elle n’a pas souffert. Nous avons cherché et vérifié tous les instruments tranchants, l’arme est introuvable.
Le corps de Samantha était désormais caché dans une housse noire zippée, sanglé à deux endroits, prêt à être embarqué pour l’autopsie. »

« Nous nous croisions aux repas et je mesurais à chaque fois l’abysse qui séparait nos deux générations. Une tectonique en mouvement. Il n’était plus question d’hommes et de femmes qui venaient de Mars ou de Vénus, mais bien de deux générations qui habitaient deux univers interstellaires très éloignés. »

Christophe Bourgois-Costantini, qui écrit également sous le nom de Chris Costantini, est né le 14 juin 1960 à Libreville, au Gabon. Il passe son enfance en Afrique entre le Mali et le Niger, fait ses études secondaires au collège Stanislas à Paris.
Père de quatre enfants, il est écrivain, entrepreneur, et conférencier.

Il est l’auteur de plusieurs romans policiers.
2009 : La Note noire,
2011 : À pas comptés,
2013 : Lames de fond,
2014 : Il n’est jamais trop tard,
2021 : Vazco,
2026 : Chaîne de crimes, qui poursuit la saga de Thelonious Avogaddro. Avec son héros, il partage sa passion de New York, du jazz, et sa connaissance des sciences comportementales, dans des intrigues à rebondissements et qui lui ont valu le surnom de « Bashung du Polar » par Le Point.

Il obtient le prix du premier roman du Festival international du film policier de Beaune pour La Note noire, le prix du Centaure noir pour Lames de fond, deux places de finaliste au prix du Polar francophone pour La Note noire et Lames de fond et une place de finaliste au prix de la Plume de cristal pour À pas comptés.

Adolescence, Émotion, Drame, Violence

Fauves

de Mélissa Da Costa
Broché – 7 janvier 2026
Éditeur : Albin Michel

« Je veux jouer avec le feu, trembler,
sentir la morsure de la mort. Défier les instincts
les plus brutaux, les plus sauvages, et les dépasser. »

Comment s’échapper de sa cage ? C’est l’obsession des fauves mais aussi celle de Tony, dix-sept ans, lorsqu’il rejoint un cirque itinérant après avoir fui la violence de son père. Faire face aux bêtes, affronter ses propres démons…

Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous propulse au coeur de l’arène, où l’ivresse du danger fait oublier la mort. Une fresque magistrale, portée par une écriture tendue et charnelle.

À ce jour, j’ai lu tous les romans de Mélissa Da Costa, et chacun m’a touché à sa manière. Avec Tenir debout, elle avait déjà amorcé un virage vers une littérature plus sombre, plus frontale, qui m’avait agréablement surpris. Avec Fauves, elle va encore plus loin. Elle livre ici un texte dur, immersif, psychologiquement violent et sans concession, porté par une écriture très visuelle…

J’ai suivi Tony, dix-sept ans, adolescent en fuite après avoir enfin osé s’opposer à André, un père alcoolique et brutal. Un coup porté, une porte claquée, et le voilà seul dans la nuit, sans plan, sans refuge. C’est alors qu’il croise un convoi de cirque, des roulottes, des camions, un chapiteau démonté. En quelques mots, presque par hasard, il entre dans cet univers fascinant et inquiétant à la fois, attiré par les fauves, hypnotisé par ce monde clos qui l’accueille sans jamais vraiment l’intégrer. Car Tony restera un gadjo, un étranger au sein de cette communauté tzigane… une famille.

Au fil de ma lecture, j’ai croisé des personnages cabossés mais profondément humains, parfois même touchants par leur finesse et leur fragilité. Mais la violence, qu’elle s’inscrive dans un héritage familial ou qu’elle naisse ailleurs, traverse l’ensemble du roman comme un fil tendu. La tension ne faiblit jamais, installant une atmosphère à la fois oppressante et magnétique, jusqu’à un final d’une intensité explosive. Mélissa fouille avec justesse les cicatrices laissées par l’emprise paternelle, cette virilité dévoyée qui se transmet et contamine tout sur son passage. Elle dresse également un portrait du cirque débarrassé de ses paillettes, révélant un univers très masculin où les femmes peinent à exister, souvent reléguées dans l’ombre, oubliées, parfois même méprisées.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la manière dont l’autrice met en lumière les rapports de force entre dominants et dominés, dans la famille, le couple, l’amitié, mais aussi dans la relation aux fauves, magnifiquement développée. À travers elles, elle rappelle combien la confiance et la patience sont essentielles, et combien elles restent fragiles face à la peur, aux blessures et aux héritages invisibles que l’on porte en soi.

Mélissa a ce don rare de me plonger, à chaque roman, dans un univers totalement différent, et c’est sans doute l’une de ses plus grandes forces. Les dernières pages m’ont marqué, prolongeant l’intensité du récit, même si certains éléments sont restés pour moi en suspens. Quelques pages supplémentaires n’auraient pas été de trop…

Fauves reste un roman sombre et bouleversant, traversé par la rage, la colère, mais aussi une forme de douceur inattendue.
Un livre à découvrir, quoi qu’il en soit.

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Extraits :

« La porte du bar s’ouvre à la volée. Un instant, la nuit se trouble, déchirée par les voix d’hommes, un morceau de Pink Floyd – « Pigs » -, et par la lumière orangée du pub, une lueur faiblarde, étouffée par la fumée opaque des cigarettes. La silhouette qui surgit est mince, déliée, titubante. Elle s’arrête et semble se demander ce qu’elle fait là. Le jeune garçon, puisque c’est un garçon, et pas encore un homme, sweat à capuche gris au col déchiré, manches tachées d’auréoles sombres, visage tuméfié et baskets dénouées, crache au sol. Il y met toute sa rage. Une fois, deux fois. Puis il remonte sur son épaule un sac lourd au tissu usé. »

« Il dort par intermittence, est réveillé par un soubresaut du camion ou le hennissement d’un cheval effrayé. À chaque réveil, il a besoin de quelques secondes pour se rappeler où il se trouve, ce qui l’a conduit dans ce semi-remorque. La douleur dans son corps le prend, ainsi que la soit. Une soif terrible causée par la cuite qu’il s’est offerte bêtement. Il ne sait pas quelle heure il est, si le convoi a déjà parcouru la moitié du chemin. Il pose les mains sur ses paupières, les presse fort. Les images de la soirée lui reviennent avec violence. Les émotions aussi : incrédulité, effroi. Son poing envoyé à une vitesse vertigineuse dans la tempe du paternel. La brutalité avec laquelle le corps a été projeté en arrière, s’est écrasé au sol. Le bruit sourd du crâne contre le carrelage. Terrifiant. »

« Tony observe les fauves et se demande ce qui retient ces cinq tueurs en puissance d’attaquer leur dresseur. De l’éventrer. Le traîner au sol. Qu’est-ce qui entrave leur instinct ? Il ne peut s’agir seulement de la crainte du fouet ni du morceau de viande qui les attend en récompense à la fin de l’entraînement. Qu’est-ce que les fauves lisent dans le regard de Chavo ? Qu’est-ce qu’ils perçoivent dans sa voix ? Ils pourraient le mettre à mort mais ils ne le font pas. Chavo les conserve sous son emprise. Cet homme soumet les fauves à sa volonté et, en le faisant, c’est comme s’il leur volait leur puissance. »

« Tony ne répond rien. Il pense aux mots lancés comme une invitation l’autre jour. Tu n’as qu’à revenir me voir quand tu voudras. Me tenir compagnie. Chavo est occupé en permanence. Il revoit la bretelle de la nuisette violette qui tombait constamment, dévoilant une épaule, cette nudité que Sabrina ne cherchait pas à cacher. »

« Peur… Je ne crois pas… Entrer dans l’arène ça me tait un truc puissant. Un truc qui me propulse tout là-haut. Un shot d’adrénaline. Un putain de feu d’artifice dans les veines. C’est une drogue dont tu ne peux plus te passer. »


Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.
Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade (2017),
sorti en librairie sous le Tout le bleu du ciel (2019), est son premier roman.
Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

Je revenais des autres (2017), et Les Lendemains (2020),
sont portés par les libraires et salués par la presse, ils ont conquis plus d’un million de lecteurs.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/18/les-lendemains/

Les douleurs fantômes (2022)
est lauréat du Prix Babelio – littérature française 2022.
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/25/les-douleurs-fantomes/

La Faiseuse d’étoiles (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/17/la-faiseuse-detoiles/

Les Femmes du bout du monde (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/31/les-femmes-du-bout-du-monde/

Tenir debout (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/05/tenir-debout/

Elle figure au palmarès du Figaro des auteurs français ayant le plus vendus de livres.

Drame, Suspense, Thriller psychologique

Obsessions

de Émilie Chani
Broché – 15 janvier 2026
Éditeur : Éditions Taurnada

Et si traquer la vérité réveillait nos propres démons ?

1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d’un crime ordinaire.
D’autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l’affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu’il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles…

Ce roman explore les cicatrices invisibles, les liens d’emprise et la frontière fragile entre victime et coupable.

Découvrir une nouvelle plume est toujours pour moi un vrai bonheur. Mais tomber, dès un premier roman, sur une telle maîtrise narrative, une construction aussi fine, des personnages aussi profondément travaillés et un final aussi éblouissant… là, je dis simplement : chapeau bas. Obsessions d’Émilie Chani m’a littéralement scotché, du début à la fin.

Comme une araignée patiente et redoutable, l’auteure tisse sa toile avec une précision impressionnante. L’enquête policière, pourtant menée avec brio, s’est rapidement retrouvée pour moi au second plan, tant la dimension psychologique et humaine du récit s’imposait avec force. Nous sommes dans les années 80. Nina est une enfant meurtrie. Son père, ravagé par l’alcool, devient violent, jusqu’à commettre l’irréparable. Condamné à la prison ferme, il laisse derrière lui une fillette brisée, recueillie par des grands-parents incapables de lui offrir l’amour dont elle a tant besoin, pour une simple et bonne raison, ils ne l’aiment pas.

À l’école, Nina est montrée du doigt, rejetée, stigmatisée comme “la fille du prisonnier”. Même Thomas, qui s’était timidement rapproché d’elle, finit par s’éloigner par peur d’être humilié à son tour. Nina est seule, perdue, enfermée dans sa souffrance. Quelques années plus tard, sa rencontre avec Valentine lui offrira peut-être une chance de se reconstruire… ou du moins de respirer à nouveau…

En parallèle, en 1995, le commandant Victor Dufresne se voit confier une enquête sur plusieurs meurtres troublants. Sa hiérarchie, lassée de son obsession du détail, veut classer l’affaire rapidement. Le coupable est déjà trouvé. Mais Victor doute. Et ce doute va l’engloutir, l’obséder, jusqu’à mettre sa propre vie en danger.

Émilie Chani m’a emmené dans son univers avec une intelligence redoutable.
J’ai aimé me faire manipuler, croire deviner la trame, pour être sans cesse surpris par un rebondissement, un détail, un changement de perspective. Tragique, précis, nostalgique, psychologiquement violent, intimiste et terriblement efficace, ce roman m’a forcément marqué.

Obsessions est pour moi un grand coup de cœur, mon premier de 2026.
Émilie, une auteure à suivre de très près. Je n’en manquerai pas sa prochaine parution.

Un grand merci aux Éditions Taurnada.
Décidément, concentrer autant de talents sous une même bannière relève presque de l’obsession… et j’adore ça !

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Extraits :

« Faites que ça s’arrête…
Je vous en prie, faites qu’il parte, qu’il s’endorme, qu’il oublie qu’on existe…
Je veux disparaître. Je veux qu’on m’emmène loin d’ici.
Les prières silencieuses de Nina se perdaient dans le vide. Chaque soir, elle suppliait une force invisible : un dieu, un ange, n’importe quoi qui pourrait la sortir de là. Mais il n’y avait jamais de réponse. Seulement les disputes qui fendaient les murs jaunis, les objets lancés, les jurons crachés comme des coups. »

« La mère de Nina était une femme douce, mais meurtrie. Elle avançait dans la vie comme une funambule sur un fil trop mince, vacillant entre espoir et résignation, entre l’amour qu’elle portait à sa fille et l’impuissance qui l’enchaînait à un homme qu’elle ne parvenait pas à quitter.
Nina l’observait depuis toujours. Petite, elle s’accrochait à sa tendresse comme à un phare dans la nuit, guettant ses rares éclats de bonheur, ces moments volés où Marie semblait redevenir légère. Parfois, en cuisinant, elle chantonnait une vieille chanson de Barbara ou de Reggiani. Pendant ces instants suspendus, Nina croyait que tout allait bien. »

« Son regard s’orienta sur la pile de dossiers entassés à sa droite. Ce meurtre lui avait semblé anodin jusqu’à présent, mais ce détail le troublait. Il devait vérifier s’il existait un lien. Il écarta les papiers superflus d’un geste nerveux, cherchant le dossier correspondant.
L’urgence de la découverte lui mettait les nerfs à vif.
Il lui fallut moins d’une minute pour le trouver. Il l’ouvrit. Et s’arrêta net.
Le défunt a été retrouvé allongé sur le dos, la main droite posée sur le cœur. »

« Il y avait toujours un moment, juste avant de franchir la porte d’une scène de crime, où tout basculait.
L’air semblait plus lourd. Le silence plus pesant. Victor le savait. Il en avait connu des dizaines, mais ce soir-là, une étrange sensation le traversait : celle d’être déjà venu ici.
C’était absurde. Il n’avait jamais mis les pieds dans cet immeuble, jamais enquêté dans ce quartier. Pourtant, une impression fugace mais insistante lui serrait la poitrine. Dans l’air, quelque chose d’invisible rôdait, comme un avertissement silencieux. »

Émilie Chani est enseignante. Passionnée de littérature, elle explore les zones d’ombre, les liens ambigus, les silences qui en disent long.

Son premier roman Obsessions sort en janvier 2026.

Amour, Émotion, Drame, Historique

Sous le regard de l’aigle

UNE HISTOIRE DE COURAGE AU TEMPS DES KIOWAS
de Jacquie Béal
Broché – 29 octobre 2025
Éditions : Éditions complicités

Première moitié du XIXe siècle, au cœur des Grandes Plaines d’Amérique. Petite Plume, une jeune fille de la nation kiowa, est capturée lors d’un raid tribal. Arrachée à sa culture d’origine, elle est recueillie par une famille cheyenne et confrontée à un monde régi par d’autres rites, d’autres codes, d’autres douleurs.

Entre apprentissage de la survie, éveil à l’amour et transmission des traditions amérindiennes, elle forge peu à peu sa propre voie, portée par la sagesse des anciens et les visions qui jalonnent la piste rouge de son destin.

Roman historique et initiatique, Sous le regard de l’aigle explore avec justesse et sensibilité la quête d’identité d’une héroïne en lutte entre deux cultures, deux mémoires, deux peuples.

Je viens de refermer Sous le regard de l’aigle, le dernier roman de Jacquie Béal, une auteure que j’ai découvert avec De sang et d’encre en 2024, puis à travers La dame d’Aquitaine, Le temps de l’insoumise et L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac. À chaque lecture, je retrouve cette plume fluide, précise, terriblement addictive, qui sait mêler histoire, émotion et personnages féminins puissants.

Avec ce nouveau roman, j’ai pourtant été surpris. Très vite, j’ai compris que j’entrais dans un univers différent, tant par les lieux que par les images qu’il a fait naître en moi. Une fois encore, Jacquie m’a happé, m’emmenant loin, très loin, au cœur d’un monde rude, magnifique et profondément humain.

Petite Plume est une héroïne stupéfiante. Une femme dans un monde d’hommes, forgée par la violence et la perte, mais jamais brisée. Élevée enfant parmi les Kiowas, elle voit sa famille exterminée par les Osages avant d’être capturée par les Cheyennes. Dès lors, elle doit apprendre à survivre autrement, à comprendre une nouvelle culture, à respecter des traditions qui ne sont pas les siennes, tout en restant fidèle à ses racines. J’ai été profondément touché par sa force, sa fougue, sa capacité à se reconstruire sans renier ce qu’elle est.

Au fil des pages, j’ai suivi son apprentissage, sa vie au sein de sa nouvelle famille, ses doutes, ses joies, ses peines, ses élans amoureux aussi. Petite Plume grandit, devient Femme-Plume, et se retrouve face à une question essentielle, à quel peuple appartient-elle désormais ? Kiowa ou Cheyenne ? Cette quête d’identité, intime et universelle, donne au récit une puissance émotionnelle remarquable.

Jacquie signe ici un magnifique roman historique et initiatique. La reconstitution du monde des Kiowas et des Cheyennes est précise, documentée, vibrante. Les rites, les coutumes, la sagesse des anciens, les visions mystérieuses donnent au récit une profondeur rare. J’ai refermé ce livre marqué, le cœur encore habité par ces peuples amérindiens et leur histoire douloureuse.

Un roman passionnant, prenant, écrit avec respect et sensibilité. À lire sans hésitation.

Merci Jacquie, pour ta confiance renouvelée, pour ce voyage intense au cœur de l’Histoire et pour ce bel hommage à des peuples qui ont tant souffert…

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Extraits :

« Femme-Plume naquit dans la « Lune de l’herbe qui reverdit », quand le soleil réchauffe la terre, et c’est certainement ce qui la sauva, car elle naquit beaucoup plus tôt que prévu. Elle était si petite qu’on l’appela ”Petite Plume“ et sa grand-mère, la mère de Feuille de Saule, a toujours pensé que si elle avait résisté, c’était parce qu’elle avait choisi de naître pendant cette lune que les Hommes Blancs appellent ”Printemps“, quand il fait déjà assez chaud dans la prairie, mais ni trop chaud ni trop froid. En effet, les Kiowas n’ont jamais vu survivre un de ces enfants nés avant leur terme, et qui naissent pendant le plein hiver, quand la neige paralyse tout le pays, ou au cœur de l’été, quand la chaleur étouffe et que l’air ne rafraîchit plus rien. »

« Les légendes annonçaient la venue d’un grand chef qui aiderait les Kiowas à lutter contre un ennemi terrible. Ourson et Petite Hache, comme tous les garçons de la tribu, rêvaient de devenir ce chef. Ce que Petite Plume n’osa jamais leur avouer, pour ne pas les voir éclater de rire, c’est qu’elle espérait bien, elle aussi, incarner un jour ce grand guerrier ! »

« Ce qui attendait Petite Plume derrière ces rochers ne sortira jamais de sa mémoire. L’horreur est entrée dans sa vie le jour où elle a dû découvrir la frayeur insoutenable qui déformait le visage de Feuille de Saule. Elle n’oubliera jamais les yeux grands ouverts de sa mère et ses doigts crispés sur sa tunique ! »

« Petite Plume comprit qu’elle devait partir et marcher dans la direction du ciel flamboyant. Des chants de guerre et de victoire emplirent sa poitrine. En suivant la piste du Soleil, elle trouverait les Osages, tueurs d’enfants, elle ramènerait le Tai-Me dans son village! Alors, le Vrai Peuple ferait résonner les tambours, le crieur ferait le tour du camp pour annoncer le retour de Petite Plume – la fille de Loup qui Boite ! Tous chanteraient ses louanges et l’appelleraient ”Fille Chef“ ou ”Fille-Guerrier“ ! »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

Le temps de l’insoumise (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/07/le-temps-de-linsoumise/

De sang et d’encre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

La dame d’Aquitaine (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/18/la-dame-daquitaine/

L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/05/lincroyable-destin-daubeline-de-lambersac/

Émotion, Drame, Folie, Polar, Terroir, Violence

La loi des oubliés

Chasse ouverte dans le bassin minier
de Éric Dupuis
Broché – 4 septembre 2025
Éditeur : Aubane éditions

En 1986, après 18 ans de carrière à Paris, l’inspecteur de police Pierre Sénéchal revient dans le Pas-de-Calais, sa région natale. Sa première mission consiste à escorter Carrel, l’écorcheur du bassin minier, un criminel condamné en 1970 qui vient d’obtenir une libération conditionnelle. Cette décision judiciaire suscite l’émoi des familles car, parmi les victimes, deux jeunes filles du coron sont toujours considérées disparues. Connaissant l’une d’elles, sœur de son premier amour, Pierre décide de réétudier le dossier dans l’espoir de faire rouvrir l’enquête. À cet instant, l’inspecteur est propulsé dans un engrenage infernal, vengeance, trahison, et misère sociale vont peupler son quotidien. Confronté à l’omerta et aux exactions d’une bande de jeunes loubards qui ralentissent ses investigations, Sénéchal réalise que ces oubliés du coron ne répondent qu’à une seule loi, la leur…

Dès les premières pages de « La loi des oubliés » d’Éric Dupuis, j’ai été happé, littéralement. Ce roman m’a tenu en haleine du début à la fin, au point de m’être souvent surpris à repousser le moment de le refermer. Le suspense est redoutablement efficace, porté jusqu’à un dénouement que je n’ai absolument pas vu venir. Mais au-delà de l’enquête, c’est surtout l’atmosphère qui m’a marqué. Ce climat lourd, âpre, profondément ancré dans un territoire, comme je les aime tant.

Éric possède ce talent rare de faire vivre une région. Ici, le Pas-de-Calais des années 80, ses corons, ses gueules noires, la misère sociale, les mines qui ferment les unes après les autres et laissent derrière elles des vies brisées. Tout respire le réel. On sent la pauvreté, la résignation, les rancœurs accumulées, les silences trop lourds. Le décor est sombre, aussi noir que le charbon, et sert à merveille une intrigue faite de mensonges, de trahisons, de vengeance et de meurtres. J’ai adoré cette immersion totale, viscérale, écrite avec les tripes autant qu’avec les mots.

L’histoire suit Pierre Sénéchal, inspecteur revenu dans sa région natale après dix-huit ans de carrière parisienne. Un retour aux sources qui n’a rien de paisible. Il est hanté par son passé, par des disparitions de jeunes filles jamais élucidées, par des souvenirs douloureux qui resurgissent à chaque coin de rue. Ce retour agit comme une quête de vérité, peut-être aussi comme une tentative de rédemption. Et les révélations qui émergent sont fracassantes, cruelles, n’épargnant personne… pas même lui.

J’ai été rapidement pris par le rythme du récit. Les dialogues sont percutants, les scènes s’enchaînent avec une fluidité qui m’a souvent donné l’impression de regarder une série noire particulièrement réussie. Les personnages sont profondément humains, attachants dans leurs failles, et l’expérience policière d’Éric apporte un réalisme saisissant aux investigations, tout en brouillant sans cesse les pistes.

La loi des oubliés est pour moi une réussite totale. Ce roman réunit tout ce que j’aime, un terroir fort, une intrigue solide, des personnages incarnés et une charge émotionnelle puissante. Peut-être même, oserai-je le dire, le meilleur roman de l’auteur.
Un livre marquant à lire absolument…

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Extraits :

« La grande silhouette du numéro 8923 réintégra sa cellule. Georges Carrel n’était plus que l’ombre de lui-même. Lui, charpenté comme une armoire à glace lors de son arrivée, flottait dans ses vêtements. Son visage émacié, diaphane et les sillons de ses joues creusées laissaient à penser que sa dernière heure était arrivée. Une fois la porte fermée et le bruit sinistre de la serrure entendu, il s’allongea sur le lit, glissa ses mains croisées sous sa nuque et fixa le ciel azur partiellement masqué par les barreaux de la fenêtre. Une belle journée s’annonçait, Georges était aux anges. Soulagé d’avoir appris la bonne nouvelle : la commission venait d’accepter sa demande de libération conditionnelle. »

« Il ne regrettait rien, absolument rien. Aucun de ses actes abominables… bien au contraire. À chaque fois que l’un d’eux lui revenait en mémoire, il en éprouvait une satisfaction personnelle, un plaisir immense. D’ailleurs il avait conservé un bijou de chacune de ses victimes. Le fait de les ressortir, de les toucher, lui procurait une sensation inextricable, une jouissance extrême… »

« L’heure du bilan avait sonné après ses seize années passées au placard. Une épreuve si terrible que Carrel comptait profiter un maximum de sa liberté recouvrée dès le 13 septembre prochain. Et malgré les recommandations explicites de son psychiatre, il savait d’ores et déjà qu’il recommencerait ses actes criminels. Ce besoin était viscéral, ancré au plus profond de son être. Il gardait en mémoire ses erreurs de débutant l’ayant conduit en taule, à commencer par son empressement et l’émulation de ses premières agressions qui lui en avaient fait oublier les fondamentaux. Le manque de préparation, l’absence de gants, l’agitation et le pire de tout, la perte de son arme… »

Né dans les années 1960 à Courrières dans le Pas-de-Calais, Éric Dupuis poursuit ses études secondaires à Lens avant d’incorporer le premier contingent de policiers auxiliaires en octobre 1986, puis de devenir gardien de la paix en 1987. Après plusieurs années sur la voie publique et trente ans de carrière dans la police nationale en région parisienne, il devient major-instructeur. En tant que formateur en sécurité intérieure, il enseigne aujourd’hui activités physiques et professionnelles : tir, auto-défense et techniques de sécurité en intervention. Il est également passionné par les arts martiaux et notamment par le krav maga, une discipline d’auto-défense qu’il pratique et enseigne en tant que 4e dan. Dans le cadre de son travail d’acteur et de conseiller technique pour le cinéma et les séries télévisées, il se lance dans l’écriture et propose ses récits. Après Aussi noir que le charbon, il publie un autre polar se déroulant dans le bassin minier : Devoir de mémoire. Un retour aux sources, en quelque sorte…

Aussi noir que le charbon
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/19/aussi-noir-que-le-charbon-de-eric-dupuis/

Devoir de mémoire
https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/27/devoir-de-memoire/

La Catalane
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/07/la-catalane/