Émotion

Giselle

Dimanche 9 février, nous sommes allés, ma femme et moi-même, à l’Opéra Garnier pour une représentation de Giselle, ballet d’une grande richesse mélodique, signé par Adolphe Adam sur un livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges.

Après le ballet très moderne de Crystal Pite, il y a quelques semaines, nous avons voulu profiter de ce ballet “classique” universel et intemporel qui réunit trois ingrédients essentiels : la danse, l’amour et la mort. Les roles de Giselle et d’Albrecht sont tenus par les étoiles Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio. C’est un ballet du répertoire que l’on rêve de danser. C’est un Graal dans une carrière.

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Avant la diffusion du spectacle, la diffusion en voix off d’un texte évoquant la grève contre la réforme des retraites à l’Opéra national de Paris depuis le 5 décembre a soulevé la salle. Huées et applaudissements, on retentit ainsi durant quelques minutes. Si « ce mouvement social le plus long de l’histoire de l’Opéra » a évolué depuis fin janvier avec la reprise de certains spectacles, la maison reste en effet très « mobilisée ». Des annulations ont eu lieu le vendredi 31 janvier pour la première de Giselle, et le 6 février, en raison de la journée nationale d’action. Très vite les gens se sont calmés attendant comme nous le début du ballet…

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Quelle chance donc de voir les étoiles Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio ! Plus que parfaits dans leur technique et leur jeu d’acteur ciselé, ils emportent une troupe ardente et au cordeau dans le moindre mouvement d’ensemble. Ce ballet volte-face met en balance deux visages sur la musique d’Adolphe Adam. Giselle, une paysanne joyeuse et naïve, tombe amoureuse d’Albrecht, prince déguisé en villageois. Tromperie et mort subite de Giselle que l’on retrouve au cimetière au milieu des Wilis, fantômes de jeunes filles trompées par leur amant et décidées à se venger des hommes.

Instants fulgurants

Entre ces deux extrêmes, sourire fraîcheur d’un côté et pâleur cadavre de l’autre, Giselle décline des instants fulgurants avec des arrêts sur image somptueux comme au cinéma, des diagonales et des cercles hautement techniques, un style évanescent et un travail de la nuque et du buste légèrement en avant très particulier.

 

La quintessence du ballet romantique

Le premier acte se déroule à l’automne au moment de la fête des vendanges. Giselle, une jeune paysanne naïve, se laisse séduire par un homme dont elle ignore tout. Albrecht s’est déguisé en paysan pour pouvoir approcher la belle. Il lui promet le mariage. Giselle ignore les mises en garde de sa mère. Quand elle découvre qu’Albrecht est déjà fiancé à une noble princesse, la jeune fille, de santé fragile, bascule dans la folie et meurt.

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Le deuxième acte, surnaturel, se déroule dans la forêt près de la tombe de Giselle. Il nous plonge dans le monde des Willis, les esprits de jeunes filles trahies par un amant infidèle. Leur reine, la sévère Myrtha, décide qu’Albrecht doit suivre Giselle dans la tombe. Elle le condamne à danser jusqu’à mourir d’épuisement. Mais l’esprit de Giselle, en dansant avec lui jusqu’au lever du jour, parvient à le sauver. Les Willis disparaissent avec la nuit.

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Mention spéciale à la prouesse de Dorothée Gilbert qui, dans le second acte, semble décoller du sol, irréellement désossée, ectoplasme flottant dont la virtuosité, telle une seconde peau, l’habille comme par magie.

Une mer de tutus

Le deuxième acte de Giselle, appellé l’acte blanc, est particulièrement envoûtant. Les danseuses semblent flotter, en apesanteur, sur une mer de brouillard. L’atmosphère est irréelle, magique. Le décor magnifique. Il faut près de vingt mètres de tulle pour fabriquer les tutus vaporeux des Willis et donner l’illusion de l’immatérialité. Dorothée Gilbert a dansé sa première Giselle en 2008 lors d’une tournée officielle à Monaco. Les spécialistes s’accordent à dire qu’elle est l’une des plus grandes interprètes actuelles de ce ballet légendaire.

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Pourquoi c’est culte ?

Giselle ou les Willis, son titre originel, est de ces ballets que l’on veut voir et revoir, encore et encore. Il est né en 1841 sur la scène de l’ancien Opéra de la rue Le Peletier à Paris.

À l’origine de ce ballet, il y eut l’idée d’un poète, Théophile Gautier, rêvant de ballerines diaphanes et immatérielles. C’est chez Heinrich Heine, son frère d’outre-Rhin, qu’il trouva la légende des wilis, ces fiancées mortes à la veille de leurs noces. Giselle demeure la quintessence du ballet romantique, avec sa virtuosité mais aussi son mystère, sa douceur et sa mélancolie. Carlotta Grisi, inspiratrice et créatrice du rôle (Son visage figure encore en médaillon au plafond du foyer du Palais Garnier, là-même où s’échauffent les danseurs avant d’entrer en scène), portée par la musique d’Adolphe Adam, donna la première sa légèreté surnaturelle au mythe le jour de ses 22 ans. Chorégraphié pour le Ballet de l’Opéra par Jean Coralli et Jules Perrot, c’est cette même troupe qui aujourd’hui et bientôt deux siècles plus tard sait comme aucune autre s’en faire l’interprète.

Nous avons passé une excellente soirée…

À quand notre prochaine sortie !

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