Amour, Émotion

Lettres de Washington Square

de Anne Icart
Broché – 6 février 2020
Éditeur : Robert Laffont

Dans ma prochaine lettre, je te raconterai mon arrivée à New York. Je te raconterai Ellis Island, ce terrible endroit par lequel passent tous les migrants. Il faut que je te laisse. Il fait vraiment très froid à présent, la nuit tombe et je dois aller prendre mon service au Waldorf.
Je t’embrasse, mon cher fils.
Des montagnes pyrénéennes à New York, une histoire d’amour filial incroyablement émouvante portée par l’espoir des deuxièmes chances que la vie offre parfois.

Finaliste du Prix des maisons de la presse 2020.

Lettres de Washington Square d’Anne Icart, encore un très beau roman qui m’a emporté au bout de quelques pages. En effet, dès les premiers mots, j’ai été saisi par la délicatesse de la plume de l’auteure, la justesse du ton et surtout la force des silences. Ce récit épistolaire m’a profondément ému. J’y ai découvert l’histoire d’un homme, Baptiste, qui n’a vécu que dans l’attente de retrouver son fils, resté en France, après la perte déchirante de sa femme en couches.

Nous sommes en 1989, à Ercé, en Ariège. Zélie, jeune femme en deuil de sa grand-mère, tombe par hasard sur des lettres anciennes, rangées dans des boîtes oubliées dans le grenier. Ce sont celles d’un certain Baptiste. Très vite, elle comprend qu’il s’agit de son arrière-grand-père, parti en Amérique dans les années 20, abandonnant, semble-t-il en apparence seulement, son fils Michel.

À travers ces lettres, Anne nous offre une plongée bouleversante dans le cœur d’un père resté fidèle à sa promesse. Celle d’écrire chaque semaine une lettre à son enfant, où il raconte le quotidien de sa vie, espérant le jour prochain où il pourrait revenir le chercher. Ces mots, rédigés depuis un banc de Washington Square, sont empreints d’amour et d’une dignité poignante. Mais malheureusement, la réalité sera bien plus cruelle… Ses lettres n’ont jamais été remises à son fils, et Michel a grandi sans savoir. Sans comprendre, pensant que son père l’avait volontairement abandonné. Ce silence imposé est sans doute ce qu’il y a de plus tragique.

Anne joue subtilement avec les époques, les voix et les souvenirs qui réapparaissent ici où là, déconstruisant la ligne du temps pour mieux mettre en lumière les secrets enfouis et les cicatrices héréditaires. J’ai été touché par tous ces personnages, qui semblaient me murmurer leur vérité à l’oreille.

J’ai perçu ce roman, comme un souffle, un vrai murmure qui s’insinuait lentement mais sûrement dans mon esprit. Il parle de filiation, de mémoire, d’exil, de guerre, d’intégration. Mais surtout, il parle d’amour. D’un amour que rien ne parvient à briser, même pas l’oubli.

Merci Anne, pour cette histoire qui réconcilie, qui apaise, et qui rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour entendre, la voix de celui qui attend quelque part…

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Extraits :

« Zélie avait approché la chaise du lit médicalisé. Elle regardait Tine, qu’elle avait dû faire hospitaliser trois jours auparavant. Insuffisance cardiaque. Le médecin ne leur avait guère laissé le choix. À son âge, avait-il dit, c’est plus prudent. Zélie pensait que la prudence n’avait pas grand-chose à voir là-dedans. L’âge, par contre… »

« Cette photo aussi, Zélie la connaissait par cœur. Sa grand-mère devait avoir une vingtaine d’années. Elle souriait. À qui ? À tout sans doute. À vingt ans, on a la vie devant soi et on espère.
Ses cheveux, longs et bouclés, étaient détachés. Ils formaient autour de son visage une épaisse crinière claire et brillante. Les avait-elle lâchés spécialement pour la photo ? On ne détachait pas ses cheveux à cette époque à la campagne. Ça ne faisait pas sérieux. »

« Assise par terre, jambes repliées, le dos appuyé contre la commode en merisier, Zélie ne bougeait pas, les yeux rivés sur la feuille qu’elle tenait dans sa main tremblante. Elle déplaça son regard sur les quatre boîtes qui l’entouraient, sur les dizaines et les dizaines de lettres de Baptiste qu’elles contenaient. Toutes ces lettres qu’il avait envoyées à Michel et que Michel n’avait jamais lues. »

« … plus loin, dans une allée latérale, une bande d’enfants, qui devaient avoir une dizaine d’années, nourrissaient des écureuils d’une familiarité stupéfiante. Un peu comme les pigeons du jardin du Luxembourg. Michel les observa un long moment, trouva la scène amusante; décidément, rien ici n’était comme ailleurs. Le chahut que faisaient les enfants ne semblait pas déranger l’homme assis à deux pas, derrière une table en fer forgé, penché, stylo à la main, sur ce que Michel imagina être une lettre.
L’ombre et le feuillage des arbres l’empêchaient de distinguer vraiment. L’homme relevait la tête de temps en temps, comme pour chercher l’inspiration. Il avait l’air de la trouver dans les rires des jeunes garçons et les grognements des écureuils. Alors, il penchait à nouveau la tête sur sa feuille de papier et se remettait à écrire. »

Parisienne mais ariégeoise de cœur, Anne Icart est rédactrice juridique, un univers très éloigné de la littérature.
Son 1er titre Les lits en diagonale, racontant la vie de son frère handicapé mental, a été primé par la Fondation Prince Pierre de Monaco. Elle publie en 2013 son 1er roman Ce que je peux te dire d’elles, histoires de femmes et de familles des années 50 à nos jours, a obtenu le prix du premier roman “Méo Camuzet” en 2013 et le prix du premier roman de la ville de Saint-Lys, suivi de Si j’ai bonne mémoire et Le temps des lilas, ces trois tomes formant « la saga Balaguère », Prix Pierre Benoît de l’Académie des Arts, Lettres et Sciences du Languedoc.
En 2020, s’inspirant d’une histoire familiale entre son Ariège natale et New York, Anne Icart publie Lettres de Washington Square relatant une relation filiale manquée.
Tous ses livres sont publiés aux éditions Robert Laffont et repris chez Pocket.

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