de Alan Spade
Broché – 16 décembre 2021
Éditions : Éditions Emmanuel Guillot

Quelle place occupe la mémoire dans notre vie de tous les jours ? Depuis qu’elle a perdu une partie de ses souvenirs intimes, Lucinda Vels traverse le quotidien comme un fantôme. Avec un certain cynisme, elle équipe d’autres personnes d’implants neuronaux, alors qu’en tant que « Tradi », elle désapprouve totalement la démarche. Mais elle a besoin d’amasser les crédits pour accomplir son rêve d’une société plus juste, et ce travail paie bien. Ironie du sort, elle va finir par se laisser persuader d’utiliser la technologie sur elle-même, afin de recouvrer la mémoire. C’est alors qu’elle se découvre mère. Elle qui a toujours pris soin de ne pas tomber amoureuse a eu une fille, et son destin va en être bouleversé.

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de rencontrer Alan Spade lors d’une séance de dédicace dans un centre commercial près de chez moi. Une rencontre bien trop brève à mon goût : un rendez-vous m’attendait, et je n’ai pas pu échanger autant que je l’aurais souhaité. Compte tenu de ma pile à lire, je lui avais précisé que ma lecture ne serait pas pour tout de suite…
Mais avant-hier soir, en rentrant chez moi, mon regard a été attiré par le livre d’Alan, posé sur mon bureau. J’avais oublié de le ranger. Je l’ai pris en main… et c’est à ce moment précis que tout a basculé. Par curiosité, j’ai lu quelques pages… et ma fierté en a pris un coup. Impossible de m’immerger dans l’histoire, comme si un mur invisible m’empêchait d’y entrer. Dès lors, ce livre est devenu un défi.
J’ai tout mis en pause, réglé mes affaires courantes, dîné, puis enfin, dans le calme, j’ai repris ma lecture depuis le début. Le style d’Alan n’est pas forcément fluide au premier abord ; il a exigé, au lecteur que je suis, une attention particulière. J’ai régulièrement dû me référer au glossaire, précieux allié placé à la fin du roman. Mais au fil des pages, un déclic s’est produit, j’ai commencé à percevoir la richesse de son écriture, son érudition et sa parfaite maîtrise de son univers. Peu à peu, je me suis laissé happer. L’histoire, mêlant mémoire et identité, distille une tension constante, nourrie par un rythme haletant et des retournements de situation imprévisibles.
Lucinda Vels, l’héroïne est confronté à une réalité instable, elle voit ses souvenirs lui échapper, se dérobant comme du sable entre ses doigts. Manipulation, quête de vérité, course contre le temps… Alan Spade tisse un récit immersif et angoissant, qui m’a plongé dans une spirale où le passé et le présent s’entrelaçaient dangereusement.
Memoria est un roman exigeant, mais envoûtant. Une lecture qui se mérite, mais qui, une fois apprivoisée, dévoile toute sa profondeur. Cela faisait longtemps que je n’avais pas “exploré” un roman de science-fiction aussi fascinant, et je ne regrette pas ce voyage dans un univers où la mémoire est à la fois une force et une menace.
Une lecture à ne pas manquer si vous aimez les thrillers psychologiques et les récits qui interrogent au plus profond de soi !
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Extraits :
« Lucinda palpa ses draps fiévreusement, comme si le simple fait de les agripper pouvait retenir le délicieux rêve et ces images qui s’enfuyaient. Elle avait été sur le point de voir ses yeux ! De pouvoir enfin connaître leur couleur, de plonger dans ces fenêtres de l’âme de l’enfant. Et tout cela lui échappait ! »
« Comme souvent ces derniers temps, Lucinda se rappela les instants qui avaient suivi son réveil dans son lit, ce jour fatidique où elle avait perdu la mémoire. Cette impression que de larges pans de son existence lui faisaient défaut avait été la plus marquante. Elle s’était demandé si elle n’était pas folle en réalisant que sa vie sociale était aussi emplie que le vide intergalactique. Ce n’était que par la suite, lorsque sa mère lui avait appris qu’elle la croyait sur Elsevia, une planète lointaine, qu’elle avait commencé à penser que sa santé mentale n’était peut-être pas en cause. Pourquoi lui aurait-elle menti ainsi ? »
« – “Citoyenne, vous n’étiez pas à votre poste hier matin ? Une visite à l’infirmerie, je crois ?
– Bien malgré moi.
– Comment allez-vous ?
– Beaucoup mieux, merci.
– Où en êtes-vous du découplage synaptique du Cyclon B26-Z?”
Le B26-Z était la dernière version des calottes neuronales de la Nan Tech. Lucinda avait commencé à travailler dessus deux semaines auparavant.
– “Cela avance correctement, répondit-elle. J’ai éliminé 75 % des scories résiduelles. Les variations de fréquence restent dans les normes.” »
« – Écoute, la semaine prochaine, c’est la fête de la Réconciliation. Si tu as vraiment eu une fille, c’est obligé que tu l’y aies emmenée au moins une fois. Attends jusque là. Des souvenirs te reviendront sûrement. Comme dans le Splash à rebond, tu sais.
Lucinda hocha la tête d’un air assez peu convaincu, mais Annette eut l’impression que sa détermination avait fléchi. »


« J’aime concevoir des univers ayant leur cohérence intrinsèque, qu’il s’agisse d’univers de science-fiction, de fantastique ou de fantasy (ou un peu des trois). Ils doivent avoir leur personnalité propre, l’un des meilleurs modèles en ce domaine étant vraisemblablement Dune, de Franck Herbert. Dans mes histoires, j’essaie d’imprimer un certain rythme de lecture, de ménager une tension dramatique et émotionnelle. Je considère que la littérature est l’un de ces domaines où l’on est en apprentissage toute sa vie. Je m’efforce d’améliorer chacun de mes ouvrages, de tirer parti de mes erreurs. C’est pourquoi les critiques sont importantes.
En plus de ses nombreuses autres qualités, Anne-Christine, mon épouse, m’offre une aide extrêmement précieuse, tant du point de vue du fond que de la forme. Elle m’apporte son point de vue féminin, qui est irremplaçable. J’écoute avec attention ses critiques. Celles-ci s’améliorent avec chaque livre. Ses compliments sont si rares que cela me permet de me concentrer sur l’essentiel.
En écrivant Espace et Spasmes (devenu depuis Les Explorateurs) et le Cycle d’Ardalia, j’ai pris conscience qu’à partir du moment où j’essayais de communiquer une part de rêve, tout devait concourir à provoquer en vous le frisson de l’évasion : de la couverture au titre du livre, en passant par le nom de l’auteur ! C’est pourquoi j’ai opté pour un pseudo, Alan Spade, qui m’est venu tout naturellement.
Afin d’élargir mon public, parce que c’est un genre qui me tient à cœur et que j’aime relever des défis, je me suis dernièrement lancé dans l’écriture de thrillers. L’un d’entre eux, ma nouvelle Le Vagabond, est offert en téléchargement gratuit.
À vous de juger en me lisant si j’ai su saisir l’air du temps, si ce que j’écris fait écho à vos interrogations ou vous touche d’une manière ou d’une autre. Ou simplement si vous en retirez quelque plaisir. »
Mon site d’auteur : http://emlguillot.free.fr/index.html
Mon blog : http://alanspade.blogspot.fr/
