Historique, Roman, Violence

Les Romains

Spartacus : La Révolte des esclaves
de Max Gallo
Broché – 1 janvier 2006
Éditions : Fayard

Spartacus : ce nom a traversé les millénaires. Max Gallo le fait vivre à nouveau en suivant le destin de ce Thrace qui refuse la domination romaine. Il y a d’un côté l’ordre des légions, la puissance et la richesse de Rome, de l’autre la soif de liberté, la sauvagerie, l’anarchie d’hommes qui ont brisé leurs chaînes et qui pillent, saccagent, suivant Spartacus sans lui obéir. Toute une époque cruelle s’anime sous la plume de Max Gallo : l’histoire devient chair palpitante, visage, pleurs et passions, voix qui racontent !

Attiré depuis toujours par l’histoire antique, je me suis plongé avec enthousiasme dans Les Romains – Tome 1 de Max Gallo, centré sur la figure emblématique de Spartacus. Le nom de l’auteur, souvent cité comme référence dans le domaine historique, promettait un voyage riche et instructif au cœur de la Rome antique. Mais très vite, mon enthousiasme s’est quelque peu refroidi. Le style m’a paru froid, presque clinique. Tout va très vite, trop vite. Trop de personnages qui défilent sans qu’on ait le temps de les saisir, encore moins de s’y attacher. L’émotion reste à distance, comme tenue en respect.

Cela dit, le récit de la révolte de Spartacus est traité avec une précision frappante. Les scènes sanglantes sont nombreuses, parfois à la limite du supportable, mais elles rendent compte de la brutalité d’un monde sans pitié. J’ai été pris, malgré moi, par la tension du récit.

Cependant, une question persiste. S’agit-il d’un roman historique ou d’une fiction inspirée de faits réels ? Le livre oscille entre les deux, sans vraiment trancher. Les répétitions et l’omniprésence de la violence finissent par alourdir la lecture.

Un roman qui, malgré ses limites, peut séduire les amateurs de cette époque. Pour ma part, j’en attendais un souffle plus épique.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Sur un plateau étroit qui domine et protège une falaise, deux troncs d’arbres posés l’un sur l’autre se consomment.
Près de ce foyer, un homme, debout, bras croisés, dit :
– Moi, Spartacus, prince des esclaves, je vais livrer bataille aux dix légions romaines du proconsul Licinius Crassus ! »

« – Soyez libres comme ces flammes sacrées qui brûlent pour Dionysos ! Il est venu en Thrace, il y a allumé ce feu de liberté pour qu’aucun homme, aucune femme de ce pays n’accepte la soumission, la servitude. Soyez fidèles à la volonté de Dionysos! Que jamais aucune chaîne n’enserre vos poignets! Toi, Apollonia, tu es fille d’Apollon, tes cheveux ont la couleur du soleil. Toi, Spartacus, tu as la force des torrents de tes montagnes, tu es fils de roi. »

« Castricus lui avait alors lancé :
– Rentre dans le rang, Thrace ! Et n’oublie jamais qu’un citoyen de Rome a droit de vie ou de mort sur les peuples qu’il a soumis. Un citoyen de Rome ne se bat pas contre un esclave ou un Barbare. Il punit. Il égorge. Mais il sait aussi récompenser.
Puis, se retournant, il avait crié :
– Baisse les yeux, Spartacus, ou je te les fais crever ! »

« Il saisit son glaive, essaya de les désarmer, mais les hommes nus se débattirent et l’écartèrent cependant que la faute hurlait, comme prise de folie. Des femmes s’enfuyaient, d’autres se tordaient les bras, s’abattaient sur le sol. »

« De sa main gauche, il serre la nue de Jaïr, l’oblige à se pencher davantage.
– Quand j’ai vu ce Numide lever sa hache, reprend-il, je me suis jeté en avant, l’épée au poing. Je l’ai enfoncée dans son ventre, jusqu’à la garde. Il a lâché son arme.
Il pose sa main droite sur sa poitrine.
– Son chantait une giclé, m’a recouvert. Son chantait s’est mêlé au mien. C’était mon frère, Jaïr, et je l’ai tué. Je n’ai pas eu le courage de Galvix le Dace.
Il secoue la tête. On pourrait croire qu’il sanglote, mais ses yeux restent secs. »

Max Gallo est un écrivain, historien et homme politique français, membre de l’Académie française depuis le 31 mai 2007.

Fils d’immigrés italiens, son père, originaire du Piémont, a quitté l’école après son certificat d’études, sa mère est originaire de la région de Parme, il vit en famille à Nice. Pendant la seconde guerre mondiale, son père rejoint la résistance. L’occupation et la libération vont marquer Max Gallo et lui donner le goût pour l’Histoire ; cependant son père l’oriente vers des études techniques. Il obtient d’abord un CAP de mécanicien-ajusteur, puis un baccalauréat mathématiques et technique au lycée du Parc-Impérial. À 20 ans, il entre dans la fonction publique comme technicien à la RTF, puis il part à Paris pour suivre des cours afin de devenir contrôleur technique.

En parallèle, il suit des études d’histoire. En 1957, en pleine guerre d’Algérie, il fait son service militaire comme météorologiste au Bourget où, avec Jean-Pierre Coffe, il fonde un journal antimilitariste.

Reçu à Propédeutique lettres, il est maître auxiliaire à Chambéry et après l’agrégation d’histoire, en 1960, professeur au lycée Masséna. Docteur en histoire, il devient maître-assistant à l’université de Nice et en 1968, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris.

Écrivain à succès fécond, il a publié un grand nombre d’ouvrages, souvent à fort tirage. Ses premiers romans, qu’il qualifie de « politique-fiction », seront publiés sous pseudonyme : Max Laugham. Dans un style littéraire qu’il appelle lui même « romans-Histoire », qui consiste à s’appuyer sur les ressources historiques en y ajoutant son expérience personnelle et son ressenti par rapport aux événements, il fait de l’histoire un roman.

Laisser un commentaire