de Marie de Palet
Broché – 8 mai 2025
Éditions : De Borée

Au début du XXe siècle, Sophie, petite fille espiègle et volontiers casse-cou, vit entre une mère un peu trop autoritaire et une grand-mère qui déborde d’affection. Mais qui est cet homme silencieux qu’elle trouve un jour assis dans leur cuisine ? Son père ? Impossible, il est mort il y a bien longtemps ! Se pourrait-il qu’on lui ait menti pendant toutes ces années ? Cette révélation inattendue perturbe Sophie plus qu’elle ne la comble de joie. Car son père, cet inconnu, semble totalement indifférent à sa présence. Pire, il projette de les emmener, sa mère et elle, loin du village qu’elle a toujours connu.

Après avoir lu Le Secret de Miette, que je vous recommande vivement, j’avais très envie de retrouver la plume de Marie de Palet. C’est donc avec une certaine curiosité et un réel plaisir que je me suis plongé dans Un chemin de rocailles. Et je peux le dire sans détour, je n’ai pas été déçu du tout !
Dès les premières pages, j’ai été happé par l’ambiance âpre et chaleureuse des Cévennes, cette terre rude où les silences pèsent parfois plus lourd que les mots. C’est là que grandit Sophie, une enfant vive, espiègle, à la fois casse-cou et profondément sensible. Elle vit auprès de sa mère, autoritaire et distante, et de sa grand-mère, douce et très aimante. Mais ce fragile équilibre vacille le jour où un homme se présente à elle comme étant son père… alors qu’on lui avait toujours dit qu’il était mort.
Sophie a huit ans. Et soudain, tout vacille. Ce qui aurait pu être une joie devient une suite de désillusions, de pauvreté, de rejet. J’ai suivit son parcours cabossé, ses années d’orphelinat, ses tentatives pour comprendre enfin d’où elle venait, qui elle était. C’est un roman de quête, de filiation, mais aussi de solitude et de résilience, mais la lumière reste toujours là cachée entre les pierres.
J’ai été touché par la justesse du ton et la sobriété de l’écriture. Marie de Palet n’a pas besoin d’effets. Elle sait dire l’essentiel. On sent la poussière des chemins, la chaleur des jours d’été, les regards qui blessent, les silences qui protègent. Elle excelle à capter les émotions les plus fines, les plus enfouies. Sophie, je l’ai vu grandir, tomber, se relever. Elle devient peu à peu une figure de courage et d’espérance.
Bien sûr, certains rebondissements sont attendus, et la fin se dessine assez tôt. Mais qu’importe. Ce n’est pas tant l’intrigue que l’émotion qui porte ce roman. Et moi, lecteur, j’y ai trouvé ce que je cherchais, une belle histoire, sincère et profondément humaine.
Un grand merci à Virginie de m’avoir mis ce livre entre les mains. Il m’a touché, remué, et offert un moment de lecture encore une fois hors du temps.
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Extraits :
« — Aguénous est gelé ! Aguénous est gelé !
D’une voix fluette à une petite oreille, l’information avait circulé dans le village et, après le repas de midi, ils s’étaient retrouvés, garçons et filles, autour du ruisseau que la glace recouvrait d’une chape épaisse. Ce n’était pas tous les hivers que pareille aubaine survenait. Même s’il faisait très froid, Aguénous était lent à « prendre croûte », comme disaient les vieux. Le torrent descendait de Balduc. Il commençait à se lancer comme un fou, sur le versant de la vallée, puis s’assagissait en arrivant dans les champs moins pentus pour reprendre un peu de vitesse avant de rejoindre la Nize où il s’engloutissait dans une dernière colère. »
« La fillette l’admirait sans retenue, éblouie, chaque fois, du savoir de la vieille femme. Apolonie riait de bon cœur de l’étonnement de Sophie et, même, en tirait une certaine fierté.
Marianne, la mère, au contraire, haussait les épaules en regardant sa mère et sa fille se passionner en commun pour des passe-temps inutiles.
— Il vaudrait mieux lui apprendre à travailler, grommelait-elle, ça lui sera plus utile, plus tard !
Comme prise en faute, la vieille femme arrêtait brusquement ces enfantillages, au grand désespoir de l’enfant qui en voulait à sa mère pour cette phrase qui gâchait sa joie. II est vrai que, pour Marianne, couturière de son métier, rien d’autre ne comptait que le travail. Sophie la voyait toujours étaler des patrons sur la table de la salle commune, tailler, coudre, ajuster du matin au soir et du soir au matin… »
« La petite s’approcha, intimidée. L’homme paraissait grand. Il était recroquevillé sur sa chaise et ne tourna pas la tête pour voir sa fille. Il leva à peine les yeux des flammes pour les poser sur la fillette, lui jeta un bref regard et retourna bien vite vers le feu qui semblait le fasciner.
— Dis bonjour à ton père, redit Marianne en la poussant vers l’homme. »
« — C’est la guerre, ma petite fille !
Sophie resta interdite. Elle savait ce qu’était la guerre : elle l’avait appris dans son livre d’histoire; mais elle ne comprenait pas pourquoi tous les gens du village s’étaient rassemblés comme s’il s’agissait d’un événement important.
Sa grand-mère avait repris sa conversation avec les autres femmes; alors, elle s’en revint lentement vers Marcelle et lui expliqua :
— C’est la guerre.
— Oui, répondit sa camarade, et ma mère m’a dit que tous les hommes allaient partir.
— Je ne sais pas, mais ils vont partir. C’est pourquoi tout le monde pleure.
— Ton père et ton frère vont partir ?
Marcelle éclata en sanglots : visiblement, elle n’avait pas pensé que sa famille serait touchée. »
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La notoriété de Marie de Palet s’est développée à l’heure de la retraite, lorsqu’elle a troqué son stylo rouge d’institutrice pour la plume d’écrivain. Lozérienne de racines et de cœur, elle met en scène sa province d’origine dans ses livres, dans lesquels elle dévoile sa connaissance intime du monde paysan d’autrefois. Un succès mérité jamais démenti, couronné en 2019 par le Grand Prix d’honneur pour l’ensemble de son oeuvre décerné par la Ligue auvergnate (Prix Arverne).
- Le Secret de Miette (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/04/le-secret-de-miette/
