de Alain Cadéo
Broché – 13 juin 2025
Éditions : La Trace

Comme Luca Di Fulvio et Christian Bobin qui étaient ses amis, Alain CADEO est parti le 12 juin 2024. Ce recueil posthume paraitra le 12 juin 2025 : un an après sa disparition…
« Il était une fois » faites attention, ça vous paraît léger, fragile, insignifiant… C’est pourtant là que dort tout l’inconscient. Méfiez-vous donc de ces petites histoires C’est le meilleur enfoui déjà dans nos crânes d’enfants. Le terreau et les graines de nos songes seront le plus beau champ de toutes nos actions. Car si le réel n’est qu’un singe se courbant devant les modes et l’immédiat, la rêverie est un lion sans âge, régnant en maître sur l’espace et le temps. »

Quand j’ai appris qu’Alain Cadéo nous avait quittés en juin 2024, j’ai senti un grand vide, une grande tristesse aussi…
Comme si une lumière s’était doucement éteinte. On ne s’était jamais vu, mais nous avions échangé parfois et très vite, j’avais “entrevu” la belle personnalité qui te guidait. Grâce à Martine, ton épouse, qui a ouvert tes nombreux cahiers et billets, j’ai pu découvrir avec plaisir ce nouveau recueil, Contes des petits mondes d’à côté. Un bijou de délicatesse qui m’a redonné, le temps d’une lecture lente, mon regard d’enfant, curieux, éveillé et plein d’émerveillement. L’amoureux des mots que je suis, ayant décidé de ne surtout pas lire ce recueil d’un seul tenant, afin que les émotions, les questionnements se développent à leur rythme, a savouré chaque page, comme s’il marchait dans un paysage familier, mais pourtant qu’il redécouvrait au gré des ombres et des lumières.
Lire Alain, c’est retrouver un souffle oublié. Il me ramène à moi-même, à mes silences, à ce qui compte vraiment. Il écrivait comme on tend la main, avec élégance, avec cœur, plus qu’avec panache. Aujourd’hui ses mots semblent glisser sans bruit, mais ils heurtent là où ça fait sens. Chaque petit conte m’a touché. Profondément. Ils parlent de moi, de vous, les “petits”, ceux qui préfèrent l’écoute à la démonstration, l’humilité au clinquant, au soit-disant “pouvoir”. Alain nous montre que la vraie poésie se cache dans les détails, dans ces riens du quotidien qui, mis bout à bout, finissent par dessiner ce qui est essentiel, la simplicité, la liberté comme un art de vivre afin de se retrouver, loin d’un monde dont l’évolution qui explose s’oublie.
Alain écrivait que “la paix se gagne par paliers”.
Il a raison et je crois que ses textes sont justement ces paliers. Des marches qui nous sont offertes, vers une vérité douce, mais jamais imposée, vers un monde qui s’ouvre uniquement à ceux qui savent regarder, écouter… Je suis chanceux, j’en fait parti.
Merci Alain, pour tes idées, pour tes mots qui résonnent désormais plus que je ne les lis. Ils resteront là, près de moi, à disposition suivant mon bon vouloir, comme une belle musique qui me ravira à chaque nouvelle écoute.
Et aujourd’hui, merci à toi, Martine, de nous les avoir offerts et de les faire perdurer…
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Extraits :
« Les contes n’ont pas d’âge, à peine un paysage et quelques personnages, animaux ou humains. Ils sont un peu comme les nuages, fuyants et aériens, et de bien innocents deviennent terrifiants.
Ils passent, changent, bougent sous les vents, pourtant on s’en souvient. Ils ont peut-être pris racine là où ne reste rien de ce qu’on nous a appris à coups d’explications, preuves, méthodes, lois, bombes, fusils, peur, patrie ou trahisons, logique, réalité, placements, dividendes et mille autres raisons. »
« Chers et doux amis… Je ne sais par où commencer… Mais il faut bien que je vous raconte cette… histoire… enfin ce qui m’est arrivé. Sachez dans tous les cas que, comme face à tout ce qui est un peu extraordinaire, je n’y étais pas préparé. Pardonnez également mon écriture un peu décousue, ces points de suspension qui sont les signes de mon esprit troublé… c’est qu’il est difficile de mettre en mots une aventure aussi… grotesque (là je devrais barrer, ce n’est pas le mot…je m’interroge… fantastique peut-être, effrayante, surprenante, déstabilisante, hors de la réalité…). »
« Je me souviens de ce soir-là, j’avais sept ans, nous remontions la rue où nous habitions avec mon père et il serra ma main à cet instant un peu plus fort que de coutume. L’ombre de l’énorme cathédrale plus bas étouffait, avalait le couchant. Les marronniers en fleurs balançaient leurs feuillages bien au-dessus du mur d’une caserne je crois, dont la crête était hérissée de tessons de bouteilles. Et les les martinets s’en donnaient à cœur joie dans un ciel bleu safran qui est le ciel du grand vent que les pleines lunes ramènent dans leurs cycles de sang. »
« L’écriture est une malédiction. Celui qui s’en approche un tant soit peu, se risquant à ouvrir des bocaux oubliés pleins de mots, ne sait plus comment faire pour s’en débarrasser. Il est pris d’une sorte de danse de Saint-Guy, agitant ses dix doigts, le cerveau envahi par mille insectes noirs qui grouillent, rampent, volent, vermine des grands fonds. Je ne sais pas par où commencer cette histoire. Je suis moi-même tout empêtré et atteint par cette syllogomanie.
J’entasse les mots sans répit et tremble chaque jour de devenir comme ce malheureux ayant été littéralement enseveli sous des monceaux de lettres et d’écrits qu’il n’envoyait jamais à personne par peur d’être incompris. »
« Lorsque vous passerez, frères humains, ne soyez pas désespérés. La paix, l’éternité se gagnent par paliers. Mais les bons compagnons que vous rencontrerez vous aideront à patienter. Douceur, tendresse, absolue gratuité, tout le meilleur des Hommes est là pour vous réconforter dans l’horrible silence précédant la Clarté… »


Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.
Il est avant tout un passionné des autres, des humbles, ceux qui lisent les mots, les portent et les défendent… Ses textes sont toujours exigeants, en perpétuelle recherche de chemins différents, à l’image de l’homme, singulier, sincère et altruiste, mais aussi inclassable, comme sa littérature.
Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.
Il nous a quittés en juin 2024
Sa bibliographie complète est la suivante :
- Les Voix de Brume (1982, nouvelles)
- Stanislas (1983, roman)
- La Corne de Dieu (1983, roman)
- L’Océan vertical (1983, roman)
- Le Mangeur de Peur (1984, roman)
- Macadam Epitaphe (1986, texte)
- Le Ciel au ventre (1993, texte)
- Les Anges disparaissent (1998, roman)
- Fin (1999, texte)
- Et votre éternité sera la somme de vos rêves (2008, roman)
- L’Ombre d’un doute (2008, théâtre)
- Les Réveillés de l’ombre (2013, théâtre)
- Zoé (2013, roman)
- Chaque seconde est un murmure (2016, roman)
- Des Mots de contrebande (Aux inconnus qui comme moi…) (2018, texte)
- Comme un enfant qui joue tout seul (2019, roman)
- Mayacumbra (2019, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/26/mayacumbra/ - Lettres en Vie (2020, texte illustré)
- Confessions (ou les spams d’une âme en peine) (2021, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/03/confessions-ou-les-spams-dune-ame-en-peine/ - Arsenic et Eczéma (2022, théâtre)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/06/arsenic-et-eczema/ - L’Homme qui veille dans la pierre (2022, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/09/08/lhomme-qui-veille-dans-la-pierre/ - M (2023, roman)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/08/m/ - Billets de contrebande (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/03/04/billets-de-contrebande-inedits/ - Le ciel au ventre (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/15/le-ciel-au-ventre/ - Il y a quelque chose encore devant (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/01/29/il-y-a-quelque-chose-encore-devant/
