Roman

Pire que le mal

de Sylvain Forge
Poche – 9 mai 2018
Éditeur : Éditions Toucan

Quand des policiers viennent annoncer au docteur Benjamin Delmas que son frère Lucas a été retrouvé noyé dans un canal à Bangkok, il ne comprend pas tout de suite de quoi il s’agit. Il n’a pas vu Lucas depuis si longtemps. Il s’entendait mal avec ce frère rebelle, membre d’une organisation écologiste radicale et si prompt à voir des complots derrière tous les malheurs du monde. L’autopsie révèle pourtant que Lucas ne s’est pas noyé par accident. On l’a maintenu sous l’eau. Grâce à une étrange lettre cachée et en retrouvant certaines amies de son frère, Benjamin comprend que Lucas allait boucler une longue enquête. Il avait voyagé dans plusieurs pays d’Asie à la rencontre de paysans qui n’avaient qu’un seul point commun : ils avaient tous utilisé un pesticide surpuissant, le binarzole, fabriqué par la multinationale BGC. Mais à ce moment précis, il est déjà trop tard pour le docteur Delmas. Des hommes sont sur sa trace…

C’est le troisième roman de Sylvain Forge que je découvre, après Tension Extrême et Sauve-la, et ce, après avoir retrouvé un carton de livres “sauvés” après une inondation que j’ai subie il y quelques années !
Et une fois encore, il a réussi à m’embarquer bien au-delà d’un simple thriller. Ce livre m’a profondément marqué, car il brouille sans cesse la frontière entre la fiction et une réalité qui semble malheureusement très crédible.
Dès les premières pages, j’ai été happé par une intrigue solidement construite et portée par une écriture fluide, nerveuse et d’une grande efficacité. Le rythme ne faiblit jamais, mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’incroyable travail de documentation réalisé par l’auteur. On sent que rien n’a été laissé au hasard.

L’histoire débute avec la mort de Lucas, journaliste enquêtant sur un produit phytosanitaire extrêmement dangereux fabriqué par un géant de la pétrochimie. Son frère Benjamin, psychiatre, refuse de croire à un simple accident et reprend l’enquête. Aidé d’anciens militants écologistes, il va mettre au jour un système tentaculaire où se mêlent intérêts industriels, manipulations politiques et héritages troubles de la grande Histoire.

Au fil des pages, je me suis souvent demandé où s’arrêtait le roman et où commençait la réalité. Sylvain aborde avec une redoutable intelligence les dérives de l’agrochimie, les scandales sanitaires, le poids des multinationales et les conséquences dramatiques que subissent des populations entières, souvent dans le silence le plus absolu. Les personnages sont crédibles, profondément humains, et leurs combats résonnent avec une force particulière. Plus j’avançais, plus un sentiment d’inquiétude grandissait en moi. Ce roman fait réfléchir autant qu’il captive. J’ai également apprécié la manière dont l’auteur relie les événements contemporains à leurs racines historiques. Cette mise en perspective donne une profondeur supplémentaire au récit et renforce encore son réalisme.

Pire que le mal est un thriller engagé, passionnant et dérangeant, qui questionne notre monde sans jamais sacrifier le suspense. Une lecture aussi addictive que troublante, qui résonne comme une enquête d’investigation très documentée comme en témoignent les sources bibliographiques citées à la fin du livre.

Bravo, Sylvain, pour ce roman puissant qui m’a autant passionné que bousculé.

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Extraits :

« Il venait de vider sa bière et contemplait la courbe du fleuve Chao Phraya. La lune brasillait à la surface, les eaux avaient l’apparence d’une cuirasse d’écailles. Sur la rive opposée, on voyait les néons des hôtels Oriental et Shangri-La.
Il était le dernier client, tous les autres étaient partis. Pour se dégriser, il se rendit à pied jusqu’à son boui-boui, installé près du quartier rouge de Bangkok. Des touristes plein les rues, idéal pour se fondre dans la masse. D’habitude, il empruntait un tuk-tuk et faisait des détours avant de rejoindre ses pénates. Prudence et précaution, sa devise quand il partait seul à l’étranger. Mais pas ce soir. Demain il prendrait l’avion pour Paris. Fin du job, mission accomplie. Les documents avaient été expédiés par le canal habituel. »

« Deux types le prirent sous les bras et le traînèrent vers la salle de bains. Du sang lui brouillait la vue.
Le froid du carrelage, un goût de fer dans sa bouche. Nouveau coup de trique.
Rideau.
L’eau était glacée et ce fut comme si une décharge électrique le parcourait des pieds à la tête. Il voulait respirer, mais c’était impossible. Sa tête restait immergée. Il tenta de ruer, d’utiliser ses mains pour s’accrocher à quelque chose. Peine perdue.
Ils le tenaient bien fermement et tout son corps était incliné vers le bas.
Qu’est-ce que je fous dans ma baignoire ? »

« Jaya enclencha le micro, il parlait toujours en anglais :
— Je m’appelle Jaya Prade et je suis né à Vanitamar. Depuis une douzaine d’années, la société des plantations du Karsagod exploite les champs de noix de cajou qui entourent mon village. Les épandages de pesticides ont commencé à ce moment-là.
D’abord avec du DDT puis avec du Binarzole.
Il s’agit d’un insecticide qui s’attaque aux nuisibles de l’anacardier avant de se dégrader dans l’environnement, c’est du moins ce que racontent les industriels. »

« Benjamin,
Quand tu liras cette lettre, je serai mort.
Je te donne ces documents, car tu es la seule personne en qui j’ai confiance. J’espère que tu les liras, l’idée qu’ils disparaissent avec moi m’est insupportable.
J’ai consacré un bon tiers de ma vie à comprendre ce qui avait tué Marion et ce que j’ai découvert, je ne peux le garder pour moi seul. »

Originaire d’Auvergne, Sylvain Forge a beaucoup voyagé avant de s’installer à Nantes, depuis plusieurs années. Spécialisé sur les questions de sécurité dans le monde de l’entreprise, c’est aussi un amateur de théâtre d’improvisation et de jeu de rôles, qui a depuis longtemps le goût de raconter des histoires. Pour lui, l’écriture est apparue comme une suite naturelle.

Il a obtenu le prix 2018 du Quai des Orfèvres pour “Tension extrême” (plus de 135 000 exemplaires vendus à ce jour).

En 2020 il obtient avec “SAUVE-LA” (Fayard noir) le prix polar du meilleur roman francophone au festival de Cognac.

Également conférencier, Sylvain Forge présente dans les médiathèques et durant les salons littéraires une conférence en forme de « master class » intitulée :
« Les secrets de l’écriture cinématographique au secours du nouveau roman policier ».

Expert en cybersécurité, le magasine Usine Nouvelle l’a classé en janvier 2019 parmi les « 100 Français qui comptent dans la cybersécurité ».

Conférencier en dramaturgie, Sylvain Forge est notamment l’auteur de “Parasite” (Mazarine, 2019) et d’“Un parfum de soufre” (Prix Plume d’argent 2016 du thriller francophone). Il parvient à associer des recherches scientifiques fouillées à un sens aigu du suspense. Ses ouvrages ont déjà conquis plus de 200 000 lecteurs.

Son nouveau récit (jeunesse), « Le royaume du fleuve » est sorti en mai 2021 chez Michel Lafon.

Sauve-la
https://leressentidejeanpaul.com/2021/06/18/sauve-la/

Blog de l’auteur : sylvainforge.webnode.fr
Twitter : @sylvainforge
Facebook : sylvainforge – Auteur

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