Roman

À corps ouverts

de Nathalie Guyader
Broché – octobre 2018
Éditeur : Nouvelles Plumes chez France Loisirs

Julia Lemonnier, avocate pénaliste à Marseille, s’est fixé un principe : ne jamais défendre de narco-trafiquants, ces criminels qu’elle juge responsables de la mort de sa sœur, Cléo, décédée d’une overdose dans une boîte de nuit. Aussi est-elle très étonnée d’apprendre que Jorgi Garcia, emprisonné aux Baumettes, souhaite qu’elle devienne son avocate. Mais Jorgi a un argument de poids : des informations sur sa sœur… Avant même d’avoir donné sa réponse, Julia est victime d’une tentative d’intimidation, l’enjoignant à se tenir loin du trafiquant. Entraînée dans une spirale macabre, la jeune femme ira-t-elle au bout de sa quête de vérité ?

Je découvre Nathalie Guyader avec À corps ouverts, un roman qui m’a intrigué dès les premières pages. Son écriture est fluide, le récit se lit avec facilité et l’ensemble m’a offert un agréable moment de lecture. Pourtant, malgré toutes ses qualités, il m’a manqué cette petite étincelle qui transforme une très bonne lecture en véritable coup de cœur. Vers les deux tiers du roman, j’ai commencé à entrevoir la direction que prenait l’intrigue, ce qui a légèrement atténué l’effet de surprise.

L’histoire alterne entre deux époques. En 2018, Julia, avocate à Marseille, accepte de défendre un caïd des quartiers nord. En échange, il lui promet des révélations sur la mort de sa sœur Chloé, officiellement victime d’une overdose. Peu à peu, son enquête met au jour une vérité bien plus sombre que tout ce qu’elle imaginait. Éloi, son compagnon, ambulancier à Marseille, s’inquiète pour elle et lui demande de venir vivre chez lui. Mais en parallèle, je découvre le destin de Guaï, un enfant solitaire au début des années 1990. Fils d’un thanatopracteur aussi exigeant que brutal, il grandit dans une quête incessante de reconnaissance. Cette partie du roman m’a profondément touché. J’ai suivi son parcours avec beaucoup d’émotion, tant ses blessures, ses doutes et son évolution sonnent juste.

J’ai parfois eu l’impression de lire deux histoires distinctes, avant de comprendre avec plaisir la manière dont elles finissent par se rejoindre. Cette construction en alternance est maîtrisée et maintient constamment la curiosité du lecteur. J’ai également beaucoup apprécié les nombreuses informations consacrées à la thanatopraxie. Elles témoignent d’un important travail de recherche et apportent une véritable originalité au récit. L’autrice restitue aussi avec beaucoup de réalisme l’atmosphère de Marseille, de ses quartiers populaires aux Baumettes, offrant un décor vivant et crédible.

Au final, À corps ouverts est un roman solide, documenté et porté par des personnages attachants. Même si je ne me suis pas totalement laissé emporter comme je l’espérais, j’en retiens une lecture sensible, originale et profondément humaine. Un premier rendez-vous réussi avec Nathalie Guyader, qui me donne envie de découvrir ses autres romans.

Ce roman a reçu le prix des lecteurs France Loisir 2018.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Il ouvrit la chambre froide et fit coulisser le corps sur un chariot, puis le glissa jusqu’à la table réfrigérée. Un parfum de formol qu’il ne sentait plus se libéra dans la pièce.
La vue de ses traits abîmés, des paupières enfoncées, la couleur livide de son teint le firent tressaillir. Ce corps-là n’avait plus rien à voir avec la silhouette gracieuse qui figurait sur la photo punaisée au mur, près de lui.
Mais d’ici quelque temps, rien n’y paraîtrait plus. II en ferait quelque chose de divin. Avec ce nouveau corps, il toucherait non seulement à la perfection mais encore à la beauté éternelle. Ce serait l’accomplissement de plusieurs années de travail. Il s’était entraîné des heures durant, déployant patience et minutie, pour préparer ce moment qu’il attendait depuis des mois. À présent, il était prêt. Prêt pour le chef-d’œuvre de sa vie. »

« Les deux équipiers sautèrent dans l’ambulance qui démarra en trombe, tandis que le deux tons de la sirène résonnait dans la nuit profonde qui régnait sur la ville en partie endormie. Minuit. La circulation était moins dense qu’en journée, mais dans une ville de la taille de Marseille, un soir de la fête de la Musique, nombreux fêtards traînaient encore dans les rues et n’hésitaient pas à prendre leur véhicule, même alcoolisés. Sur ces routes incertaines, il était plus prudent de mettre la sirène. »

« Un tintamarre de cuivres hurla dans la chambre de Julia qui se réveilla d’un profond sommeil dans un sursaut de mauvaise humeur. Elle frappa le dessus de son radio-réveil qui affichait 6 h. Comme d’habitude, la nuit avait été trop courte et elle émergea de son lit, l’esprit encore engourdi, pour se diriger vers la douche, telle une somnambule, suivie de près par El gato, qui réclamait déjà ses croquettes en miaulant. »

« Cela faisait plusieurs jours que Julia ressassait les événements qui s’étaient produits récemment. Depuis la visite du messager de Jorgi Garcia et la réception de la demande de désignation de ce dernier, elle ne cessait de se poser des questions sur la suite à donner.
Elle avait besoin de comprendre pourquoi on avait tenté de l’intimider et qui était à l’origine de cet acte malveillant. »

Nathalie Guyader est titulaire d’un doctorat de Lettres Modernes de l’Université de Bretagne Occidentale (1997).

Elle a publié un extrait de sa thèse, consacrée à Romain Rolland et aux musiciens de son temps, aux éditions du CNRS.

Elle a été successivement journaliste et critique culturelle pour la presse régionale et différentes agences de communication, auteure de guides touristiques, puis rédactrice en chef de plusieurs journaux d’entreprise.

Elle a publié différents ouvrages à titre professionnel, et des articles, dans des domaines très variés : l’industrie, les secteurs associatif et institutionnel, la formation, le médico-social, la recherche, la musique, le tourisme.

En 2008, elle obtient un Master 2 Management des Ressources Humaines à l’Institut d’administration des entreprises de Bretagne Occidentale. Depuis, elle mène une carrière dans les ressources humaines.

À corps ouverts (2018), son premier roman, est récompensé par le prix des lecteurs France Loisirs 2018.

Laisser un commentaire