de Chris Anthem
Broché – 10 Mai 2017
Éditeur : L’Atelier Mosesu

« C’était leur première grande sortie depuis des mois. Comme les fleurs et les animaux, Vincent et Agnès quittaient leur coque protectrice, le trou où ils venaient d’hiberner pour renaître à la faveur du printemps… Eux et leurs instincts engourdis par le froid, qui démarraient leur dégel. »
Un frère et une sœur en route vers le Sud. La campagne isolée. Un aubergiste maniaque. Des morts violentes. Mais sous l’apparence du slasher, un imprévu choc des titans.

Il y a quelques années, une importante inondation m’avait obligé à mettre une partie de ma bibliothèque à l’abri dans le grenier. Depuis, il m’arrive régulièrement d’y remonter pour récupérer un ou deux cartons… et chaque fois, j’y redécouvre des trésors oubliés. Cavaliers de l’orage en faisait partie…
Si vous aimez les romans noirs, violents et sans concession, celui-ci risque fort de vous marquer. Dès les premières pages, Chris Anthem installe une atmosphère oppressante où la folie, la brutalité et la peur s’invitent sans le moindre détour. Ici, rien n’est édulcoré. L’horreur frappe de plein fouet et ne laisse aucun répit.
Tout d’abord il y a Malone, c’est un tueur cruel et dérangé sur le plan psychiatrique, il est conseillé de respecter le code de la route sinon l’amende sera salée. Et puis très vite de nouveau “invités”. Vincent, sa sœur jumelle Agnès et la compagne de cette dernière, en pleine crise d’adolescence, partis vers le sud pour un voyage qui va rapidement virer au cauchemar. Une simple halte sur une aire d’autoroute, un auto-stoppeur inquiétant accepté à bord… et le destin bascule. Très vite, j’ai compris que les apparences étaient trompeuses et que le véritable danger ne se trouvait peut-être pas là où je l’attendais.
J’ai particulièrement apprécié la manière dont Chris Anthem construit son intrigue. Il prend le temps de développer ses personnages, leurs relations, leurs blessures et leurs motivations avant de faire exploser toute la violence contenue dans son récit. Cette progression rend chaque événement encore plus percutant.
La seconde partie m’a un peu moins convaincu et j’aurais aimé que certaines relations entre les protagonistes soient davantage approfondies. Mais cette légère réserve tout à fait personnelle n’a jamais entamé ma curiosité, tant j’avais envie de découvrir jusqu’où l’auteur allait oser nous entraîner. Car derrière ce road trip sanglant se cache bien plus qu’un simple roman gore. Ce qui m’a le plus surpris, c’est la profondeur psychologique qui finit par émerger. Peu à peu, les monstres dévoilent leurs failles, leurs blessures et une part d’humanité aussi inattendue que bouleversante.
Chris Anthem évite les clichés faciles du genre et préfère explorer la complexité de l’âme humaine, capable du pire comme de moments de fragilité presque désarmants.
J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir découvert une œuvre bien plus subtile qu’elle n’en donne l’impression au premier abord. Derrière le sang, la violence et l’horreur se cache une véritable réflexion sur les instincts humains et leurs contradictions.
Une lecture sombre, brutale, dérangeante, mais aussi étonnamment sensible, que je recommande à uniquement aux amateurs d’horreur psychologique et de thrillers extrêmes.
Et, au passage, un grand merci à Marc Falvo pour cette belle découverte.
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Extraits :
« Le papier peint n’avait pas dû être changé depuis les années soixante-dix. Depuis l’époque du plein emploi et des cols pelle à tarte. Depuis sa jeunesse. De grosses fleurs orange au teint fané s’étalaient sur les murs, rongés aux angles par l’humidité. Ici, avec l’étang proche, c’était un véritable fléau qui s’insinuait partout, remontait du sol argileux et grignotait l’auberge entière. Dans un futur qu’il aurait voulu moins rapide, Malone devrait prendre des mesures drastiques pour éviter la ruine. Mais pour l’heure, il lui fallait entrer en scène.
Son public attendait. »
« L’autostoppeur observa Vincent puis Agnès, suppliant ses tortionnaires du regard. Ils ne lui avaient encore rien fait – enfin, rien de grave -, mais l’homme sentait que la douleur, la foutue douleur ne tarderait pas. Il constatait la froideur de leurs yeux. L’inexpressivité de leurs visages. Il en avait vu, depuis le temps, sur les routes… Il se croyait préparé à tout. »
« Vincent s’accroupit à côté du corps démembré de l’autostoppeur. Au début il posa les deux mains sur ses genoux avant d’avoir une meilleure idée. En effet, quoi de mieux que de se faire photographier en pleine action ?
Vincent fit mine d’empoigner la hache qui dépassait du thorax meurtri. Agnès revint et donna l’appareil à Clara.
Sous la direction de l’adolescente, frère et sœur composèrent un tableau macabre. Idyllique. Vincent plantant gaiement sa hache dans la poitrine du voyageur et Agnès, sourire aux lèvres, appuyée sur l’arbre, offrant un clin d’œil exagéré en levant le pouce. Une lueur de joie puérile illuminait leurs traits. »
« Début de soirée.
La citadine de Vincent, Clara et Agnès stoppa sur le parking d’un motel bon marché. Une ceinture de chambres aux fenêtres étroites sur deux étages. Un endroit sordide. Mal éclairé, à la peinture lépreuse. Vrai trou à cafards dont ils avaient entendu parler trente bornes plus tôt, dans un restauroute où le trio s’était arrêté manger un hamburger. Leurs finances étaient basses et ils se moquaient du confort. Ils cherchaient surtout la tranquillité. »
« Le gérant de ce trou possédait lui aussi une gueule de sorcière. Cheveux filasse, quelques chicots pourris et l’air de sortir d’une pub pour la cirrhose. Avachi derrière un comptoir poussiéreux, il observa Clara, puis Vincent et Agnès, marcher vers lui. »
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Né en 1984 selon les manifestants – bien plus tôt selon la police – Chris Anthem se réjouit que des éditeurs aient un jour croisés son chemin. Ça lui évite de chercher un vrai travail. À part ça, on ignore d’où il vient, peut-être d’un pays étranger. Peut-être du ventre de sa mère. Il aime le bon vin et la musique blues, si ça vous intéresse. Et il n’a pas le permis.
Cavaliers de l’orage est son premier roman pour la collection Slash. Mais on murmure qu’il se cacherait ailleurs, sous d’autres noms d’emprunt.
