de Mélissa Da Costa
Broché – 7 janvier 2026
Éditeur : Albin Michel

« Je veux jouer avec le feu, trembler,
sentir la morsure de la mort. Défier les instincts
les plus brutaux, les plus sauvages, et les dépasser. »
Comment s’échapper de sa cage ? C’est l’obsession des fauves mais aussi celle de Tony, dix-sept ans, lorsqu’il rejoint un cirque itinérant après avoir fui la violence de son père. Faire face aux bêtes, affronter ses propres démons…
Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous propulse au coeur de l’arène, où l’ivresse du danger fait oublier la mort. Une fresque magistrale, portée par une écriture tendue et charnelle.

À ce jour, j’ai lu tous les romans de Mélissa Da Costa, et chacun m’a touché à sa manière. Avec Tenir debout, elle avait déjà amorcé un virage vers une littérature plus sombre, plus frontale, qui m’avait agréablement surpris. Avec Fauves, elle va encore plus loin. Elle livre ici un texte dur, immersif, psychologiquement violent et sans concession, porté par une écriture très visuelle…
J’ai suivi Tony, dix-sept ans, adolescent en fuite après avoir enfin osé s’opposer à André, un père alcoolique et brutal. Un coup porté, une porte claquée, et le voilà seul dans la nuit, sans plan, sans refuge. C’est alors qu’il croise un convoi de cirque, des roulottes, des camions, un chapiteau démonté. En quelques mots, presque par hasard, il entre dans cet univers fascinant et inquiétant à la fois, attiré par les fauves, hypnotisé par ce monde clos qui l’accueille sans jamais vraiment l’intégrer. Car Tony restera un gadjo, un étranger au sein de cette communauté tzigane… une famille.
Au fil de ma lecture, j’ai croisé des personnages cabossés mais profondément humains, parfois même touchants par leur finesse et leur fragilité. Mais la violence, qu’elle s’inscrive dans un héritage familial ou qu’elle naisse ailleurs, traverse l’ensemble du roman comme un fil tendu. La tension ne faiblit jamais, installant une atmosphère à la fois oppressante et magnétique, jusqu’à un final d’une intensité explosive. Mélissa fouille avec justesse les cicatrices laissées par l’emprise paternelle, cette virilité dévoyée qui se transmet et contamine tout sur son passage. Elle dresse également un portrait du cirque débarrassé de ses paillettes, révélant un univers très masculin où les femmes peinent à exister, souvent reléguées dans l’ombre, oubliées, parfois même méprisées.
Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la manière dont l’autrice met en lumière les rapports de force entre dominants et dominés, dans la famille, le couple, l’amitié, mais aussi dans la relation aux fauves, magnifiquement développée. À travers elles, elle rappelle combien la confiance et la patience sont essentielles, et combien elles restent fragiles face à la peur, aux blessures et aux héritages invisibles que l’on porte en soi.
Mélissa a ce don rare de me plonger, à chaque roman, dans un univers totalement différent, et c’est sans doute l’une de ses plus grandes forces. Les dernières pages m’ont marqué, prolongeant l’intensité du récit, même si certains éléments sont restés pour moi en suspens. Quelques pages supplémentaires n’auraient pas été de trop…
Fauves reste un roman sombre et bouleversant, traversé par la rage, la colère, mais aussi une forme de douceur inattendue.
Un livre à découvrir, quoi qu’il en soit.
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Extraits :
« La porte du bar s’ouvre à la volée. Un instant, la nuit se trouble, déchirée par les voix d’hommes, un morceau de Pink Floyd – « Pigs » -, et par la lumière orangée du pub, une lueur faiblarde, étouffée par la fumée opaque des cigarettes. La silhouette qui surgit est mince, déliée, titubante. Elle s’arrête et semble se demander ce qu’elle fait là. Le jeune garçon, puisque c’est un garçon, et pas encore un homme, sweat à capuche gris au col déchiré, manches tachées d’auréoles sombres, visage tuméfié et baskets dénouées, crache au sol. Il y met toute sa rage. Une fois, deux fois. Puis il remonte sur son épaule un sac lourd au tissu usé. »
« Il dort par intermittence, est réveillé par un soubresaut du camion ou le hennissement d’un cheval effrayé. À chaque réveil, il a besoin de quelques secondes pour se rappeler où il se trouve, ce qui l’a conduit dans ce semi-remorque. La douleur dans son corps le prend, ainsi que la soit. Une soif terrible causée par la cuite qu’il s’est offerte bêtement. Il ne sait pas quelle heure il est, si le convoi a déjà parcouru la moitié du chemin. Il pose les mains sur ses paupières, les presse fort. Les images de la soirée lui reviennent avec violence. Les émotions aussi : incrédulité, effroi. Son poing envoyé à une vitesse vertigineuse dans la tempe du paternel. La brutalité avec laquelle le corps a été projeté en arrière, s’est écrasé au sol. Le bruit sourd du crâne contre le carrelage. Terrifiant. »
« Tony observe les fauves et se demande ce qui retient ces cinq tueurs en puissance d’attaquer leur dresseur. De l’éventrer. Le traîner au sol. Qu’est-ce qui entrave leur instinct ? Il ne peut s’agir seulement de la crainte du fouet ni du morceau de viande qui les attend en récompense à la fin de l’entraînement. Qu’est-ce que les fauves lisent dans le regard de Chavo ? Qu’est-ce qu’ils perçoivent dans sa voix ? Ils pourraient le mettre à mort mais ils ne le font pas. Chavo les conserve sous son emprise. Cet homme soumet les fauves à sa volonté et, en le faisant, c’est comme s’il leur volait leur puissance. »
« Tony ne répond rien. Il pense aux mots lancés comme une invitation l’autre jour. Tu n’as qu’à revenir me voir quand tu voudras. Me tenir compagnie. Chavo est occupé en permanence. Il revoit la bretelle de la nuisette violette qui tombait constamment, dévoilant une épaule, cette nudité que Sabrina ne cherchait pas à cacher. »
« Peur… Je ne crois pas… Entrer dans l’arène ça me tait un truc puissant. Un truc qui me propulse tout là-haut. Un shot d’adrénaline. Un putain de feu d’artifice dans les veines. C’est une drogue dont tu ne peux plus te passer. »


Mélissa Da Costa est une romancière française.
Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.
Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.
Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade (2017),
sorti en librairie sous le Tout le bleu du ciel (2019), est son premier roman.
Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/
Je revenais des autres (2017), et Les Lendemains (2020),
sont portés par les libraires et salués par la presse, ils ont conquis plus d’un million de lecteurs.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/18/les-lendemains/
Les douleurs fantômes (2022)
est lauréat du Prix Babelio – littérature française 2022.
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/25/les-douleurs-fantomes/
La Faiseuse d’étoiles (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/17/la-faiseuse-detoiles/
Les Femmes du bout du monde (2023)
https://leressentidejeanpaul.com/2023/08/31/les-femmes-du-bout-du-monde/
Tenir debout (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/05/tenir-debout/
Elle figure au palmarès du Figaro des auteurs français ayant le plus vendus de livres.

Si elle marque ce virage, je finirai peut-être par la découvrir !
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