Émotion, Drame, Folie, Noir, Polar

VICES Épisode 03 : Butterfly

de Gipsy Paladini
Broché – 19 octobre 2018
Éditions : Auto-éditions

« Et la voiture n’a pas dérapé, elle a accéléré, ça aussi, elle le jurait. Et les hommes à l’intérieur… ils ont ri. Oui, quand les os de mon petit gars se sont brisés entre la tôle et le mur, elle est certaine de les avoir vus rigoler… »

A la BJV, on traite les affaires qui concernent les mineurs et jeunes adultes. Ces derniers temps pourtant, Zolan n’a pas la tête au travail. Fou amoureux, il n’a qu’une obsession : épouser sa collègue Marie. Or les plans carriéristes de celle-ci ne s’alignent pas sur cet objectif. D’autant qu’elle le soupçonne de lui mentir et de la surprotéger. Frustrée de ne pas être prise au sérieux, elle décide de faire bande à part, aussi quand une jeune fille est kidnappée et que les premiers indices impliquent des néo nazis, elle mène sa propre enquête. Or l’affaire s’avère avoir plusieurs visages… A la Brigade aussi les façades se craquèlent et les cicatrices apparaissent. Il semblerait que Marie ne soit pas la seule à couver un secret…

VICES est une série littéraire de 8 “épisodes” dont les deux premiers ont été réunis en un ouvrage édité aux éditions Fleuve Noir. On y suit les destins mêlés des membres de la brigade des jeunes victimes confrontés aux maux de notre société moderne.
VICES c’est aussi l’histoire de Marie et de Zolan, deux êtres tourmentés que tout oppose, dont l’amour naissant est sans cesse menacé.

Troisième tome des “aventures” de la BJV et une nouvelle enquête singulière pour Marie Lafontaine et ses collaborateurs.
Comme je l’avais déjà indiqué lors de mon précédent Ressenti, chaque tome met en scène les mêmes personnages, ce qui nous offre la possibilité d’observer leurs évolutions et les rapports qui les lient. Toutefois, chaque tome peut se lire indépendamment.

Ce que j’avais déjà trouvé captivant dans les ouvrages antérieurs et qui est également présent ici, ce sont les interrogations fondamentales entre la loi et l’humanité, les relations parfois tendues entre les collaborateurs de la BJV, mais surtout les mystères qui entourent chaque personnage au sein de chaque enquête.
Chaque opus gagne en intensité, et l’on observe de plus en plus l’apparition de fêlures et les problèmes quotidiens que chacun rencontre. La force de Marie qui, pourtant, semble traîner un passé mystérieux, Zolan personnage ambigu qui roule les nuits seul sur sa moto dans la nuit, Bia constamment “ailleurs”, le commandant Tala qui semble toujours en souffrance, etc… Gipsy Paladini nous entraîne dans leur vie, dans leurs pensées, ils paraissent tous si vulnérables et on a l’impression qu’ils pourraient imploser à tout moment, et pourtant… Chaque jour, ils demeurent présents et volontaires, en dépit d’une violence qui les entoure constamment. Tiendront-ils sans s’effondrer ? L’auteure réussit à susciter en nous des images percutantes qui m’ont parfois perturbé, me questionnant sur la façon dont j’aurais réagi, qu’aurais-je donc fait si j’étais à leur place ?

Au-delà d’un simple roman policier, Gipsy nous dévoile le drame humain de leur existence qui s’immisce au travers de chaque enquête, vers des territoires particulièrement dangereux psychologiquement. Les personnages deviennent d’autant plus attachants. Je les visualise, je les entends et les comprends même parfois…
Comment parviennent-ils à avancer sur cette ligne invisible qui oscille entre un sentiment de sanction et celui du devoir, qui frôle beaucoup trop souvent la folie, et qui risque de les conduire vers une chute irréversible ?

Le don de Gipsy est d’éviter la violence inutile et le voyeurisme. Elle révèle les blessures et les soucis de chaque individu, c’est à nous de les accueillir, de tenter de les saisir, voire même de les accepter…
J’apprécie ses phrases “crues”, tout en étant subtiles, riches en poésie, à la fois violentes et empreintes de tendresse. Une lecture qui ne s’adresse peut-être pas à tout le monde, mais où les émotions se glissent et sont présentes entre chaque mot.
Je ne regrette vraiment pas d’avoir fait sa découverte… Avec elle, les choses ne sont jamais aussi simples qu’elles le semblent !

À suivre…

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Extraits :

« Coincé dans la cabine, Marcus soupire avec un tel désespoir que toute sa carcasse en vibre. Il ne comprend pas cette nouvelle génération de flics qui s’imagine pouvoir nettoyer la lie de la société tout en gardant les mains propres. Avoir une vie familiale et sociable stable. Être confronté aux pires abominations de l’humanité, mais seulement durant les 35h contractuelles… »

« Marie sèche ses larmes, prend une profonde inspiration puis lisse la page de son cahier, déjà à moitié couverte d’annotations. En gros, elle écrit : RECONNAISSANCE.
D’après les témoignages de ses collègues dépressifs, c’est ce manque qui les fait dérailler, le dédain de la population, l’absence de soutien de leur hiérarchie, les trahisons de l’État…
au fil des ans, le gouffre ne fait que se creuser. »

« C’est beau une identité ! Mais un peuple identitaire est difficile à manipuler. C’est pour ça qu’on nous assomme à coup de pensée unique et de mondialisation. Ce qu’ils ne comprennent pas c’est qu’une identité est un repère, et un homme sans repère n’a plus de racines ; il devient une proie pour les extrémistes religieux. »

« — C’est dans la nature de l’homme de se chercher des ennemis. Vous vous débarrasserez des musulmans, vous trouverez de nouvelles entités à exécrer : les insulaires, les gens du Nord, les fonctionnaires, les femmes, les rouquins… l’absurdité de la condition humaine n’a aucune limite. »

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Née dans l’est de la France, Gipsy Paladini rêve très tôt d’aventures.

Elle commence dès seize ans à découvrir le monde et voyage de l’Autriche à l’Italie en passant par la Turquie ou encore l’ex-Yougoslavie. Enfin, elle se rend à San Francisco où elle séjourne pendant plusieurs mois dans une auberge de jeunesse miteuse, au milieu de dealers et de toxicomanes.

À dix-neuf ans, elle part en Autriche où elle partage pendant deux ans la vie de la population immigrée yougoslave. Puis elle s’installe à Los Angeles où elle rencontre son mari, un ancien membre des forces brésiliennes. Elle n’a de cesse, ensuite, de parcourir le monde à la rencontre des populations défavorisées. Elle est depuis peu revenue habiter à Paris, avec époux et enfant. Jeune, dynamique, polyglotte (elle parle 6 langues dont 4 couramment), Gipsy Paladini a déjà publié le remarqué « Sang pour sang » en 2010 aux éditions Transit. Elle souhaite faire du flic Al Seriani un personnage récurrent.

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