de Bénédicte Rousset
Broché – 19 mars 2026
Éditions : LA TRACE

Tome 3 de la Saga familiale autour d’Émile : Trois vies, un siècle : l’épopée d’un homme et deux femmes dans le tumulte de la grande Histoire…
- L’arrivée d’une usine concurrente inquiète Clémence et Pauline. À la tannerie de Saint-Ouen, une grève éclate et Alfred Warrender de Sales, en restant sourd aux revendications de ses ouvriers, met à mal les livraisons. Sans peaux, pas de chaussures… Un vol aggrave des tensions déjà vives à la fabrique, le passé de Pierre et Etienne refait surface et les mouvements sociaux s’étendent. Comment faire face ? Comment se démarquer ? Dans cette nouvelle vie, Émile travaille, dévore ses revues scientifiques, et fait une rencontre…

Après l’émouvant Promets-moi, Émile, et le superbe Le Tout-Paris et lui, je viens de termimer L’Affaire Warrender de Sales de Bénédicte Rousset… et une fois encore, je me suis laissé complètement emporter. Une plongée dans les années 20, dans un monde encore marqué par les blessures de la guerre, mais résolument tourné vers l’avenir.
Quel plaisir de retrouver les deux cousines Pauline et Clémence, toujours aussi déterminées face aux épreuves, aidées par le jeune Émile “Ansart et Prinveaux, le godillot qu’il, vous faut”, concepteur des modèles dans leur usine de chaussures à Creil, jusque-là florissante. Mais une concurrence nouvelle s’installe juste à côté de la leur, une concurrence qui risque d’être rude… les tensions montent. Et surtout, la situation se complique lorsque la tannerie de Saint-Ouen, et principale fournisseur de l’usine de Pauline et Clémence, dirigée par Alfred Warrender de Sales, le père d’Émile, se retrouve paralysée par une grève. Sans cuir… plus de production possible. J’ai senti l’équilibre du récit se fissurer.
À cela s’ajoutent des secrets de la part de Pierre et d’Étienne qui refont surface, des vérités enfouies qui viennent troubler encore davantage les relations. Et comme si cela ne suffisait pas, le climat social devient de plus en plus tendu. Je n’ai pu m’empêcher de ressentir une réelle empathie pour ses femmes d’un monde nouveau.
L’Affaire Warrender de Sales est un récit passionnant, et ce qui m’a frappé une fois encore, c’est la qualité de l’écriture de Bénédicte. Fluide, maîtrisée, profondément humaine et très à la pointe du détail historique et richement dépeint. L’autrice alterne avec justesse entre les histoires familiales et des passages plus rudes, voire violents, marqués par les conflits sociaux, entre patronat et ouvriers. J’ai retrouvé des personnages encore plus profonds, plus humains, plus touchants aussi.
Les thématiques abordées m’ont également marqué, la place des femmes, les inégalités, la condition animale… autant de sujets déjà brûlants à l’époque. Parlons-en de la condition animale… Ui, un sujet important les vaches qui désormais pourront être tranquille, « Plus rien à craindre pour leur peau, Ansart et Prinveaux remplacent leur cuir ». Et Ui, sacré Émile, de plus en plus attachant, son esprit brillant, ses idées parfois déroutantes « Au travail ! Ouvrier Barboteur ! », son mini Lapin… et tout le reste, sa manière d’imaginer un monde différent.
Les pages se sont enchaînées sans que je m’en rende compte. Ui, ce roman m’a touché, sincèrement. Ui, il m’a emporté, questionné… et profondément captivé. “Vers l’infini et au-delà !!!”
Une suite à la hauteur des deux précédents opus, peut-être même au-dessus…
Une seule envie, me replonger dans cet univers plain de passion… Vivement le tome 4 !
Un immense merci aux Éditions La Trace et à Bénédicte pour ce merveilleux moment de lecture.
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Extraits :
« – Ce soir… dit Pierre en ouvrant l’arrière du camion.
Clémence haussa les épaules.
– Quoi, ce soir ?
– Je t’expliquerai.
Pauline la considéra en silence. Des ouvriers sortaient de l’usine pour aider à décharger des pièces de cuir. Comme Pierre s’y mettait aussi, Clémence, les sourcils froncés, n’eut d’autre choix que de tourner les talons. Elle récupèrerait Émile et les jumeaux chez Grand-mère Madeleine et patienterait. »
« Aménaïde Dupuis était une jeune ouvrière ambitieuse. Clémence avait sympathisé avec elle à la mercerie. Native de Creil, c’est par Pauline et Alphonse de Candolle, ingénieur en chef, qu’elle avait été recrutée.
L’annonce lue dans le journal était tombée à point nommé, alors qu’elle se débattait dans une petite usine de métallurgie, auprès de patrons décidés à l’essorer jusqu’à la moelle. “Mêm’si ça valait mieux que de vivre chez mon oncle, ce dégoûtant”, avait-elle avoué à Clémence, “celui qui m’a recueillie à la mort d’ma mère”.
A dix-neuf ans, elle n’avait pas la langue dans sa poche. “Tous les directeurs valent pareil, avait-elle dit à Clémence, pleine d’aplomb, mais vous, z’avez l’air honnêtes. Ou bien vous cachez bien vot’ jeu.” »
« Elle inspira puis approcha de l’usine, le pas méfiant. Des hommes y entraient sous des insultes et des huées : certainement les non-grévistes. Personne n’osa s’attaquer à elle ou même l’invectiver. Ses vêtements de qualité témoignaient de sa condition sociale mais elle avait craint que, justement, cela pousse certains à la tourmenter.
À l’intérieur, c’était le chaos. Une odeur de cuir tanné l’accueillit. Au beau milieu de machines détruites, de liquides renversés et d’outils abandonnés, des hommes jouaient aux cartes. Clémence s’engagea dans l’allée centrale, traversa le grand hall, monta à l’étage et se renseigna. Monsieur Warrender de Sales était-il sur place aujourd’hui ?
Une femme lui indiqua son bureau. »
« Le mécontentement grondait à l’usine. En plus d’une augmentation des salaires, on réclamait l’éviction définitive d’Émile. Aménaïde le défendait avec vigueur. Comment faire confiance à de tels patrons ? se plaignait-on encore.
Pire, les deux clans, de plus en plus distincts, prenaient Émile pour exemple, l’un de l’innocence, l’autre de la fourberie. Pauline maintenait l’idée de le garder loin de tout cela. Clémence en avait des insomnies, c’était injuste !
Alors, ce matin, en se levant, elle avait décrété : “Assez !” »


Bénédicte Rousset a grandi dans le Vaucluse entre le petit atelier d’imprimerie de son père et une mère institutrice. Professeur de Lettres Modernes, l’écriture lui permet d’explorer des recoins jusqu’alors ignorés d’elle-même, dans une tradition familiale qu’elle découvre à travers les pièces de théâtre, poèmes et romans qu’ont écrit ses aïeux.
https://www.facebook.com/benedicte.rousset.auteur/
« Ecrire, c’est vivre plusieurs vies à la fois. Il y a de moi dans chacun de mes personnages, même les plus noirs : ce sont peut-être eux qui me révèlent en miroir ! Ils sont un moyen d’évacuer les traumatismes vécus dans l’enfance. Deux éléments me semblent essentiels dans mes romans : la quête de l’identité, et celle de la vérité. La première nous concerne tous : qui sommes-nous ? Comment nous comportons-nous face à l’image que nous renvoyons ? Sommes-nous conformes à cette image ? La deuxième entre dans la structure du roman policier : pourquoi tuer ? Comment arrive-t-on à franchir le pas ? Je crois qu’il y a un assassin en chacun de nous, mais, la plupart du temps, il ne rencontre jamais sa victime (heureusement, non ?). »
Celles qui se taisent
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/03/celles-qui-se-taisent/
À toutes celles que tu es
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/24/a-toutes-celles-que-tu-es/
Le portrait d’Humphrey Back
https://leressentidejeanpaul.com/2023/06/13/le-portrait-dhumphrey-back/
Promets moi, Émile
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/23/promets-moi-emile/
Le Tout-Paris et lui (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/12/le-tout-paris-et-lui/
