de Iain Pears
Poche – 16 septembre 2004
Éditeur : Pocket

En Provence, à trois époques décisives de l’histoire, la fin de l’Empire romain, la Grande Peste du XIVe siècle et la Seconde Guerre mondiale, trois hommes sont unis autour d’un texte, Le songe de Scipion, et de l’amour absolu porté à une femme d’exception. Que faire face aux hordes de barbares menés par le roi Euric, aux complots autour de la papauté, à la montée du nazisme tout-Puissant ? Au moment où la société dans laquelle ils vivent est au bord du chaos, Manlius Hippomanes, Olivier de Noyen et Julien Barneuve devront sacrifier une part d’eux-mêmes pour oser s’engager ou pactiser avec l’ennemi. À travers les récits subtilement entrelacés de leurs vies, l’auteur du Cercle de la croix pose de façon magistrale la question de l’engagement des Hommes dans leur siècle, des choix qui changent le cours d’une vie… et d’une civilisation.

Avec Le Songe de Scipion, Iain Pears m’a proposé une lecture différente de celles que j’attendais. Habitué à ses romans plus proches de l’enquête, je me suis d’abord laissé surprendre par cette œuvre ambitieuse, érudite et profondément philosophique.
Dès les premières pages, j’ai compris que je n’étais pas face à un simple roman historique, mais devant une réflexion immense sur l’homme, la civilisation et les choix qui façonnent notre destinée.
À travers trois personnages séparés par plusieurs siècles, Manlius Hippomanes, Olivier de Noyen et Julien Barneuve, l’auteur construit un fascinant jeu de correspondances entre trois périodes de crise. La chute de l’Empire romain, le Moyen Âge finissant et la Seconde Guerre mondiale. Trois époques différentes, mais finalement traversées par les mêmes interrogations. Comment rester humain lorsque le monde vacille ? Comment choisir entre le bien et le mal lorsque chaque décision semble imparfaite ?
J’avoue avoir eu besoin de temps pour entrer pleinement dans ce récit. J’attendais une intrigue plus classique, des indices, une enquête… mais je cherchais finalement au mauvais endroit. Car la véritable richesse du roman se trouve ailleurs, dans les réflexions qu’il fait naître, dans les dilemmes moraux auxquels sont confrontés ses personnages et dans cette question essentielle. Que sommes-nous prêts à sacrifier pour préserver ce que nous croyons être notre civilisation ?
Peu à peu, je me suis laissé emporter par cette construction magistrale, par le travail historique impressionnant de l’auteur et par son érudition qui rappelle parfois celle d’un Umberto Eco. Chaque époque devient le miroir de l’autre, révélant les mêmes peurs, les mêmes compromissions et les mêmes combats.
Pour sauver une civilisation, faut-il parfois accepter de renoncer à certains principes ? Peut-on réellement savoir si nos décisions sont justes lorsque l’Histoire nous place face au chaos ?
Iain Pears ne donne pas de réponse facile. Il nous oblige à réfléchir, à questionner nos certitudes et à accepter cette part d’incertitude qui accompagne toujours les grands choix humains. “Le Songe de Scipion” est un roman exigeant, parfois déroutant, mais d’une grande richesse. Une œuvre qui mêle histoire, philosophie, politique et émotions humaines avec une remarquable maîtrise.
Une lecture qui demande de la patience… Face aux bouleversements du monde, que choisirions-nous de défendre… et jusqu’où serions-nous prêts à aller ?
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Extraits :
« Julien Barneuve mourut le 18 août 1943 à trois heures vingt-huit de l’après-midi. Il avait mis exactement vingt-trois minutes à mourir, entre l’instant où l’incendie s’était déclaré et celui où ses poumons calcinés aspirèrent leur dernier souffle d’air. Il ne savait pas que sa vie se terminerait ce jour-là, même s’il se doutait que ce n’était pas impossible.
Le feu dévastateur prit tout de suite et se propagea rapidement. Dès le début Julien comprit qu’on ne pourrait jamais maîtriser l’incendie et qu’il serait consumé avec tout le reste. Il ne lutta pas, ne chercha pas à fuir. C’eût été inutile. »
« En un sens, le sort d’Olivier de Noyen fut scellé dès l’instant où il aperçut pour la première fois près de l’église Saint-Agricol, située à quelques centaines de mètres du nouveau palais du pape à Avignon, la femme qu’il devait immortaliser dans ses poèmes. Olivier avait vingt-six ans et le destin le fit naître et mourir durant le siècle le plus sombre peut-être de l’histoire de l’Europe, époque qualifiée par les hommes de maudite. Le courroux divin provoqué par leurs péchés en rendait beaucoup quasiment fous de désespoir. Olivier, disait-on, faisait partie de ces infortunés. »
« Le document fondamental était celui que Julien avait trouvé au Vatican. Le Songe de Scipion montrait que l’évêque connaissait parfaitement le néoplatonisme, philosophie extrêmement complexe. Parmi tous ceux encore capables d’agir ce fut un philosophe qui, grâce à son pragmatisme et à sa lucidité, passa à l’action de manière décisive. Quelqu’un comme Julien aurait-il pu résister à une telle interprétation ? »
« Or Ceccani était un homme plutôt cultivé et, bien qu’il ne devint jamais l’un des fascinants et érudits cardinaux-philosophes qui rachèteraient l’Église corrompue du siècle suivant, il lisait autant que faire se pouvait en ce temps-là et possédait un début de bibliothèque. »
« — La politique vous ennuie ? demanda Bronsen.
Julien sourit.
— En effet. Toutes mes excuses, monsieur. Ce n’est pas que je n’aie pas essayé de m’y intéresser, mais des recherches méticuleuses et approfondies m’ont permis d’émettre l’hypothèse que tous les hommes politiques sont des menteurs, des imbéciles ou des filous, et je n’ai encore rien trouvé qui me fasse changer d’avis.
Ils peuvent causer de grands dommages et ne font que rarement de bonnes choses. Le citoyen lucide a le devoir de protéger la civilisation de leurs déprédations. »
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Iain Pears est né en Angleterre en 1955 et vit à Oxford. Docteur en philosophie et historien de l’art, il a travaillé pour l’agence Reuter jusqu’en 1990. Conseiller de la BBC et de Channel 4 pour plusieurs programmes culturels, il est aujourd’hui journaliste. Auteur de plusieurs études sur l’art, il a également publié six romans courts, composés dans l’esprit des « mysteries anglais”, ces textes brefs qui, à la suite des Histoires extraordinaires d’Edgar Poe, perpétuent la littérature à énigmes imprégnée de fantastique et de morbide. Après la publication de L’affaire Bernini et de L’affaire Raphaël, Le cercle de la croix paraît en France en 1998. Salué à sa sortie comme un événement littéraire majeur, la critique a vu en lui une étape capitale dans le renouvellement de la littérature policière et historique.

C’est toujours agréable, des lectures qui nous poussent à réfléchir !
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C’est exactement ça…
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