Émotion, Histoire vraie, Philosophique, Témoignage

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

de Haruki Murakami
Poche – 17 février 2011
Éditeur : 10 X 18

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De la course à l’écriture, il n’y a qu’une foulée que Murakami nomme la vitalité. Pour s’astreindre à une discipline d’écrivain, l’auteur a vendu son club de jazz, arrêté de fumer, commencé à courir, inlassablement, tous les jours. Journal, essai, éloge de la course à pied, au fil de confidences inédites, Murakami nous livre une méditation lumineuse sur la vie.

“Un traité de sagesse à la japonaise, et c’est aussi la source cachée
de l’œuvre de Murakami, l’homme aux semelles de vent
qui dévore les mots et le bitume avec la même fringale.”
André Clavel, L’Express

Traduit du japonais par Hélène Morita

 

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Avec “Autoportrait de l’auteur en coureur de fond”, je découvre Murakami, un auteur culte au Japon et pas seulement, puisqu’il a été traduit dans une trentaine de langues.

Je me dois d’être honnête.
Cet essai autobiographique risque d’ennuyer plus d’un lecteur. Le livre s’adresse vraiment aux coureurs qui ont ce besoin personnel d’aller au-delà de soi. Pendant des années, j’ai couru à raison de cinq à six fois par semaines entre cinq et dix kilomètres, parfois beaucoup plus, en fonction de l’heure à laquelle je devais me rendre à mon travail. Ça a toujours été une véritable passion, une introspection personnelle qui me permettait d’aller toujours plus loin. Le plaisir du dépassement de soi, en participant même à quelques marathons.

Murakami, l’explique très bien. Il nous parle de ses sensations ressenties hiver comme été, tout au long de l’année. À aucun moment, il ne conseille, ou incite le lecteur à courir. La course à pied est un chemin très personnel. J’ai passé des heures et des heures, seul, tantôt sous le soleil, parfois sous la pluie. C’est un choix. Un geste si simple, à la portée de tous !
Chaussures de course aux pieds, ma musique dans les oreilles et c’était parti !
Je n’avais jamais vraiment fait attention à la démarche philosophique que la course à pied impliquait… C’était naturel pour moi, et ce, depuis très jeune. Ce sport en “solitaire” me convenait très bien. Grâce à Haruki Murakami, maintenant, je sais pourquoi. Je comprends aussi qu’elles ont été les conséquences pour ma vie professionnelle et personnelle.
Durant les courses à pieds, le seul adversaire que l’on doit vaincre, c’est soi. La course est pénible physiquement et parfois même moralement, mais c’est précisément la souffrance que nous cherchons à dépasser qui nous confère le sentiment d’être véritablement heureux, véritablement vivants.

Puis l’auteur révèle finalement les liens qui existent entre l’écriture et le sport, particulièrement les sports solitaires. Ce que Murakami a vécu, il parvient à nous le faire partager à travers des mots simples et des anecdotes d’une grande justesse. Finalement, ce récit dépasse de très loin le cadre qu’il s’était imparti. Il y a dans ce livre une philosophie de la vie fondée sur l’effort, la volonté, la persévérance, débouchant sur l’immensité du possible humain…

Un très grand Merci à Chris Loseus pour cette très belle idée de lecture, qui a encore ouvert quelques brèches supplémentaires dans mon esprit, et m’a donné envie de découvrir ce “nouvel” auteur.

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Extraits :

« “Courez chaque jour et vous garderez la forme !”
Ce que j’ai voulu faire, au contraire, c’est exposer mes pensées sur le sens que revêt pour moi, en tant qu’être humain, le fait de courir. Tout simplement m’interroger, chercher des réponses.
Selon Somerset Maugham, “il y a de la philosophie même quand on se rase”. Se raser a beau être parfaitement anodin, comme cette opération se répète quotidiennement, elle finit par se transformer en un acte qui tient de la méditation. »

« De nombreuses raisons expliquent le fait qu’à certaines époques de ma vie, j’ai cessé de courir “sérieusement”. Tout d’abord, j’ai été de plus en plus occupé par mon travail, et le temps libre est devenu une sorte d’extra. »

« Noter tout ceci par écrit paraîtra un peu idiot pour quelqu’un de mon âge, mais je veux m’assurer que je rends compte des faits très clairement : je suis le genre d’homme qui aime faire les choses – quoi que ce soit – tout seul. Et pour être encore plus direct, je dirai que je suis le genre d’homme qui ne trouve pas pénible d’être seul. Je n’estime pas difficile ni ennuyeux de passer chaque jour une heure ou deux à courir seul, sans parler à personne, pas plus que d’être installé seul à ma table quatre ou cinq heures durant. J’ai toujours eu cette inclination depuis ma jeunesse : lorsque j’avais le choix, je préférais invariablement lire des livres seul ou bien me concentrer à écouter de la musique plutôt que d’être en compagnie de quelqu’un d’autre. J’étais toujours apte à penser à des choses à faire quand j’étais seul. »

« Et un jour, j’ai eu envie de m’élancer sur la route. Simplement parce que j’en avais envie. Depuis toujours, j’agis selon mes désirs profonds. On a beau vouloir m’arrêter ou me persuader que je me trompe, je ne dévie pas. Comment un homme comme moi pourrait accepter d’être dirigé par qui que ce soit ? »

 

Haruki Murakami, né à Kyoto en 1949 et élevé à Kōbe, a étudié le théâtre et le cinéma à l’université Waseda, avant d’ouvrir un club de jazz à Tokyo en 1974.

Son premier roman, Écoute le chant du vent (1979), un titre emprunté à Truman Capote, lui a valu le prix Gunzo et un succès immédiat au Japon. Suivront : La Course au mouton sauvage, La Fin des temps, La Ballade de l’impossible, Danse, danse, danse et L’éléphant s’évapore.

Exilé en Grèce en 1988, en Italie puis aux États-Unis, où il écrit ses Chroniques de l’oiseau à ressort et Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, il rentre au Japon en 1995, écrit un recueil de nouvelles sur le séisme de Kōbe, Après le tremblement de terre, une enquête sur l’attentat de la secte Aum, Underground, puis suivent Les Amants du Spoutnik, le superbe Kafka sur le rivage et 1Q84 (livres 1,2 et 3). Plusieurs fois favori pour le Nobel de littérature, Haruki Murakami a reçu le prestigieux Yomiuri Prize et le prix Kafka 2006. Après L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, il autorise la publication d’Écoute le chant du vent suivi de Flipper, 1973, ses deux premiers romans inédits. Le Meurtre du Commandeur (livres 1 et 2) est son dernier roman paru.

Émotion, Humour

Confessions

(ou les spams d’une âme en peine)

de Alain Cadéo
Broché – 15 juin 2021
Éditeur : Éditions La Trace

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Qui souhaiterait recevoir les mails délirants d’un parfait inconnu prétendant être une âme perdue entre Ciel et Terre ? Comment et pourquoi ces satanés messages ne s’effacent qu’une fois lus ? Qui répondrait à cette farce inquiétante et macabre d’un étranger dérangeant, un fantôme, devenant objet de haine, de sarcasmes ou d’amour ?

 

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Alain Cadéo est un équilibriste, un magicien des mots…

Quand j’entre dans son monde, comme avec une décharge électrique, mon œil pétille, mon cœur vacille, mais qu’est-ce que c’est bon… Ne jamais savoir où l’on va, sur quelles pensées ont va glisser et pourquoi pas tomber, si ce n’est pour mieux se relever.

Gaspard Staccato vous attend !

Dans cette succession de mails qui rebondissent les uns sur les autres, vous n’aurez d’autres choix que de vous accrocher pour ne pas vous perdre, de sourire aussi parfois… Mais surtout n’essayez pas tout de suite de comprendre, suivez les mots, suivez les lignes, et accompagnez Gaspard un petit bout de chemin, il vous dévoilera son monde, ses envies, ses lubies, et vous embarquera jusqu’à un épilogue digne des meilleurs contes…

Pour ceux qui ne connaisse pas encore Alain, bien venu dans son monde, un monde ou la parole peut très vite dépasser l’imagination…
Et pour ceux qui le connaisse… Chuuuut…
Je n’ai plus rien à rien dire.
Juste à me retirer sur la pointe des pieds, tout en sachant que d’ores et déjà, plus que d’être entre de bonnes mains, vous êtes surtout entre de bons mots.

Essai réservé uniquement à ceux qui ont un cœur qui bat !
Après, c’est vous qui voyez…

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Extraits :

« Le Temps donc, ce salaud, ivre, parkinsonien, bègue et gâteux me laisse à loisir tout visiter dans de longs travellings sautillants comme une vieille pellicule, un tango d’automates détraqués, avec, supplice raffiné, parfums, odeurs, sensations hachées du toucher et même des couleurs ! … Enfin… une sorte d’épaisseur, de l’incarné… une dégueulante orgie de sentiments mixés.
Un cirque d’émotions. »
…/…
« C’est fou comme une histoire devient vite « plate » si on devient trop vrai. J’ai toujours aimé le mystère, cette immense part d’inconnu dissimulée, sans même qu’il le sache, dans la luxuriance tropicale de chaque individu.
Les « réalistes », enfin ceux qui prétendent l’être, avec leurs petites phrases sèches, leurs étalages de navets, de brocolis, leurs panonceaux affichant leurs produits et leurs prix, toute ma vie m’ont épuisé.
Jamais je n’ai compris à quel point je pouvais les agacer. Peut-être mes grands airs, mes envolées de corbeau noir lyrique sur leurs champs de radis… »

 

 

Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Editions La Trace.

Il vit à Évenos, en Provence.